Vous êtes sur la page 1sur 197

Chapelle (1626-1686). Voyage de Chapelle et de Bachaumont, suivi de quelques autres voyages dans le même genre. 1823.

1/ Les contenus accessibles sur le site Gallica sont pour la plupart des reproductions numériques d'oeuvres tombées dans le domaine public provenant des collections de la
BnF.Leur réutilisation s'inscrit dans le cadre de la loi n°78-753 du 17 juillet 1978 :
*La réutilisation non commerciale de ces contenus est libre et gratuite dans le respect de la législation en vigueur et notamment du maintien de la mention de source.
*La réutilisation commerciale de ces contenus est payante et fait l'objet d'une licence. Est entendue par réutilisation commerciale la revente de contenus sous forme de produits
élaborés ou de fourniture de service.

Cliquer ici pour accéder aux tarifs et à la licence

2/ Les contenus de Gallica sont la propriété de la BnF au sens de l'article L.2112-1 du code général de la propriété des personnes publiques.

3/ Quelques contenus sont soumis à un régime de réutilisation particulier. Il s'agit :

*des reproductions de documents protégés par un droit d'auteur appartenant à un tiers. Ces documents ne peuvent être réutilisés sauf dans le cadre de la copie privée sans
l'autorisation préalable du titulaire des droits.
*des reproductions de documents conservés dans les bibliothèques ou autres institutions partenaires. Ceux-ci sont signalés par la mention Source Gallica.BnF.fr / Bibliothèque
municipale de ... (ou autre partenaire). L'utilisateur est invité à s'informer auprès de ces bibliothèques de leurs conditions de réutilisation.

4/ Gallica constitue une base de données, dont la BnF est producteur, protégée au sens des articles L341-1 et suivants du code la propriété intellectuelle.

5/ Les présentes conditions d'utilisation des contenus de Gallica sont régies par la loi française. En cas de réutilisation prévue par un autre pays, il appartient à chaque utilisateur
de vérifier la conformité de son projet avec le droit de ce pays.

6/ L'utilisateur s'engage à respecter les présentes conditions d'utilisation ainsi que la législation en vigueur, notamment en matière de propriété intellectuelle. En cas de non
respect de ces dispositions, il est notamment passible d'une amende prévue par la loi du 17 juillet 1978.

7/ Pour obtenir un document de Gallica en haute définition, contacter reutilisation@bnf.fr.


VOYAGE

DE CHAPELLE

ET

BAGHAUMONT.
Livres nouveaux qui se trouvent chez
le même libraire.
La Henriadetravestie,enversburlesques, avec
noteshistoriqueset critiques,1 vol.in-3a,fig.,
1823.Prix 2fi*.
Les Crimesde Robespierre et de sesprinci-
pauxcomplices} leursupplice;la mortdeMa-
rat, sonapothéose ; le procèset le supplicede
CharlotteCorday.Avecles portraitsde Marat,
Robespierre,Couthon, etCharlotte Corday, 3voir
ân-18.Prix . . . . 3fr. 5oc.
ProverbesdramatiquesdeCarmontelle, nou-
velleédition,revueetaugmentée dela viedel'au-
teur,d'uneDissertationhistoriqueetmorale surles
Proverbes,etc., par M.C. de Méry.4 vol.in-81*.
(ImprimeriedoPlassan.)Prix a4fr.

Sous presse, pour paraître le i5 dé-


cembre prochain.
Mémoires du comtede Gramrhonttpar Ha-
avec2joliesgra"
milton,2vol.iu-32,grand-raisin,
vurcs.(ImprimeriedePlassan.)Prix 5fr

DEPLASSAN, RUEDU
DEL'IMPRIMERIE
VAUGIRAED, l/oDÉON.
M0l5 , DERRIERE
_</celleapparitionla peur nous fit faire.^
deux,signesa*ecrois,ei'iraispasen arrière ?.
YOYAGE

DE CHAPELLE
ET

BACHAUMONT,
SUIVI
DE QUELQUESAUTRESVOYAGES
DANS
LEMEME
GENHE.
Orné d'une jolie gravure.

DELONGCHAMPS,LIBRAIRE,quaides
Augustins,n°5i.
i8a3.
VOYAGE

DE CHAPELLE
ET

BACHAUMONT.

C'estenversqueje vousécris,
Messieurslesdeuxfrères,nourris
Aussibienquegensdela ville;
Aussivoit-onplusdeperdrix
chezvous,qu'endixmille
3?ndix,jo,urs
Che2lesplusfriandsdeParis.
Vousvousattendezà l'histoire
Decequinouaestfàrrivé
Depuisque,parle longpavé
QuiconduitaiixrivesdoLoire
Nouspartîmespourallerboire
Leseaux,dontje mesuistrouvé
4 VOYAGÉ: DECHAPELLE
Assez malpourVous fairecroire
-''Quelesdestinsontréservé.
Maguérisonetcellegloire
Auremède tantéprouv.é,
Et parqui,defraîchemémoire,
Undenosamiss'estsauvé.
Dubâtonà pomme d'ivoire. , <
Vousneserezpasfrustrésde votreattente;et
vousaurez,jevousassure,uneassezbonneTelalion
denosaventures; carM.deBachaumont, quim'a
surpriscomme'-j'encommençaisunemauvaise, a
vouluque nousla lissionsensemble; et j'espéré
qu'avecl'aided'unsi bonsecond,elleseradigne
devousêtreenvoyée.-
;. CHAPELLE.

Contrele sermentsolennelquenousavionsfait,
M.Chapelle etmoi,d'êtresifortunisdanslevoya-
ge,quetoutesebosesseraienteh.commun, il n'a
paslaissé,parunedistinctionphilosophique^ de
prétendreen pouvoirséparer,-.sespensées;et,
ETEACIIAUMONT. 3
croyanty gagner,il s'étaitcachédemoipourvous
écrire.Jel'aisurprissnr.le fait,et n'aipusouffrir
qu'il eût seulcet avantage. Sesversm'ontparu
d'unemanièresiaisée,que,m'étantimaginéqu'il
étaitbienfaciled'enfairedemême,
. Quoique malade et paresseux,
Je n'aipum'entpôcher demettre
Quelques-uns desmiensaveceux.
Ainsile ^estedelalellre
Seral'ouvrage detousdeux.
Bienquenousne soyonspastont-à-faîtassurés
dequellefaçonvousaveztraiténotreabsence, etsi
vousméritezlesoinquenousprenonsdevoiïsfen,-
drpainsicomptedenosactions;nousne laissons
pasnéanmoins devousenvoyerlerécitdeloûtce
quis'estpassédansnotrevoyagé,si particulier,
quevousen serezassurément Nousne
satisfaits.
vousferonspoiutsouvenir denotresortiedeParis,
carvousenfuteàtémoins;et peut-êtremêmeque
voustrouvâtesélrangodenevoirsurnosvisages
quedesmarques d'unmédiocre chagrin.Il estvrai
quenousreçûmes vosembrasa emensavecassezde
4 VOYAGE DECHAPELLE
fermeté,etnousparûmes sansdoutebienphiloso-
phes
t Danslesassauts.etlesalarmes
Quedonnent lesderniersadieux;
Maisil fallutrendrelesarmes,
En quittanttoutdebonceslieux
Quipournousavaienttantdecharmes;
Et cefutlorsquedenosyeux
Vouseussiez vucoulerdeslarmes.
Deoxpetits cerveaux desséchésn'enpeuvent pas..
fournirunegrandeabondance, aussiforent-elles
en
peudetempsessuyées; etnonsvîmesle Bourg-la-
Reined'unoeilsec.Cefutencelieuquenospleurs
cessèrent,etquenotreappétits'aiguisa.Maisl'air
dela campagne l'avaitrendusi granddèssanais-
sance,qu'ildevinttout-à-faitpressantversAnto-
nî, et presqueinsupportable à Long-Jumeau, Il
nousfut impossible de passeroutresansl'apaiser .
auprèsd'unefontaine dontl'eauparaissait
la plus
claireetlaplusvivedumonde.
Là,deux:perdrixfurent.Urées
. D'entrelesdeuxcroûtesdorées
ETBACBAUMONT- 3
D'unbonpainrôtidontle creux
• Lesavaitjusque-là
serrées;
Etd'unappétitvigoureux
Toutesdeuxfurent,dévorées,
Et nousfirentmalà tousdeux.
Vousne croirezpasaisémentque desestomacs
aussibonsquelésnôtresaienteude la peineà di-
gérerdeuxperdrixfroides;voilàpourtant,envéri-
té,lachosecomme elleest.Nousenfumes toujours
incommodés oùnouscou-
jusqu'àSainte-Euverte,
"_.:
-"'chaînesdeuxjours,aprèsnotredépart,sansqu'ilar-
.-'rivâtrienquiméritedévousêtremana6.Vous savez
le longséjourquenousy fîmes,et voussavezen-
corequeM.Coyer,donttous'lesjoursnousespé-
vrionsl'arrivée,enfut lacause.Desgensqu'onobli-
ged'attendre,etqu'ontientsilong-temps1enincer-
titude,ontapparemment deméchantesheures;mais
noustrouvâmes moyend'enavoir'debonnesdans
la conversation
deM;l'évêqued'Orléans, quenous
avionsl'honneurdevoirassezsouvent,etdontl'en-
tretienesttout-à-faitagréable.
Ceuxquile con-
naissentvousaurontpu direquec'estundesplus
H VOYAGE DECHAPELLE
honnêtes hommes deFrance;etvousenserezen-
tièrementpersuadés, quandnousvousapprendrons
qu'ila
L'espTÎtetl'âme d'un Delbène, ^
C'est-â-direaveclabonté,
Ladouceur et l'honnêteté
D'unevertumâleetromaine
Qu'onrespecté enl'antiquité.
Nossoiréessepassaient leplussouventsur les
bordsdelàLoire;et quelquofoisnos après-dinées,
quandlachaleurétaitplusgrande,danslesroutes
dela forêtquis'étenddu côtédeParis.Unjour,
pendant la canicule, à l'heurequele chaudestle
plusinsupportable, nousfûmesbiensurprisd'y
voirarriverunemanièrede courrierassezextraor-
dinaire,
Qui,surunemazette outrée, v -,
Bronchant atoutmoment, trottait.
D'ourssacasaque étaitfourrée»
Comme le bonnetqu'ilportait;
Et-le cavalier rareétait
Toutcouvertdetoilecirée.
ETBACHAUMOJÏT. 7
Qui,fondantpartoutdégouttait.'
Ainsil'onpeintdansdestableaux
UnIcaretombantdesnues,
Où.l'onvoitdansl'air épandues
Sesailesdecireenlambeaux,
Par l'ardeurdu soleilfondues,
Choirautourdelui dansleseaux.
Lacomparaison d'unhomme quitombedesnues,
avecun quicourtla poste,vousparaîtrapeut-être
Bienhardie;maissivousaviezvu le tableaud'un
Icarequenoustrouvâmes quelquejoursaprèsdans
unehôtellerie,cettevisionvousseraitvenuecom-
meàrions,outoutaumoinsvoussemblerait excu-
sablè.Enfin;dequelquefaçonquevousla receviez,
ellenesauraitparaîtreplusbizarrequelefutànos
yeuxlafiguredece cavalier,qui étaitparhasard
notreamid'Aubevillew Quoiquenotrejoiefût ex-
trêmedans"cetteTêncdntre,nousn'osâmespourtant
pas noushasarderdel'embrasser dansl'étatqu'il
était.Maissitôt
Qu'aulogisil futretiré,
Débotté,frotté,déciré.
g. VOYAGE DECHAPELLE
Et qu'ilnousparutdélassé,
Il futcommeilfautembrassé.
Nousécrivîmes en cetemps-là ; comme,après
avoirattenduinutilement l'homme quevoussavez,
nousrésoluraes janslui.Ilfallut
erifindepartîr avoir
recoursà Blavétpournotrovoiture^ n'en,pouvant
trouverdecommodes à Orléans.Lejoùrqxi'ilnous
devaitarriveruncarrosse deParis,nousreçûmes,
unelettredeM.Boyer,parlaquelle il nousassurait
qu'ilviendrait
dedans, etquecesoir-lànousCoupe-
rionsensemble. Aprèsdoncavoirdonnélesordres
pourlerecevoir,
nécessaires nousallâmes au-devant
delui.Acentpasdesportesparut,lolongjlugrand,
chemin, unemanière décoche fortdélabré, tirépar
quatrevilainschevaux, et conduitparun vraico-
cherdelouage. _ ._
Unéquipage onsi mauvais ordrenepouvaitêtro
cequenouscherchions; etnousenfûmesassurés,
quanddeuxpersonnes qui étaientdedans,ayant.,
reconnunoslivrées,firentarrêter;
' -Etlorssortitavec
grandscris
-tJnbéquillard d'uneportière.
ETBACHAUMONT. g
Forthasanné,secettoutgris,
de.même
Béquillant manière
QueBoyerbéquilleà Paris.
Acettedémarche, quin'eûtcruvoirM.Boyer?
et cependantc'étaitle pelit ducavecM.Potel.Ils
s'étaienttousdeuxservisde la commodité de co
carrosse;l'unponrallerà lamaison deM.sonfrère
auprèsdeTours,et l'autreà quelques affaires qui
l'appelaientdanslepays.Aprèsles civilitésordi-
naires,nousretournâmes tousensemble àla ville,
oùnouslûmesunelettred'excuse qu'ilsapportaient
detapartdeM.Boyer;et cettefâcheuse nouvelle
nousfutdepuisconfirmée deboucheparcesmes-
sieurs.Ilsnousassurèrentquenonobstant la fièvre
quil'avaitprismalheureusement cettenuit-là,il
n'eût paslaissédepartiraveceux,comme ill'avait
promis,sisonmédecin, quisotrouvachealui par
hasardà quatrèrIieurcs dumatin,nel'eneûtempê-
ché. Nouacrûmessansbeaucoupde peineque,
pasaprèstantdesermons,
puisqu'ilnteVeuait il était
assurément
Fortmalade et presqueauxabois; ,
10 YOTAGE DECHAPELLE
Caronpeut,sansqu'onle cajole,
fois,-
Dire,pourla première
Qu'ilauraitmanquédeparole.

II fallaitdoncserésoudreà marchersansM.
Boyer.Noùs enfûmesd'abordunpeufâchés;mais,
avecsapermission, eu peu de tempsconsolés. Le
souperpréparépour^tùi servità régalerceuxqui
vinrentà sa place;etle lendemain, tonsensemble,'
nousallâmes coucherà BIoîs.Durantle chemin,'
la conversation fut un peu goguenarde; aussi'
étions-nous avecdesgensde bonnecompagnie.
Etant arrivés,nousne songeâmes d'abordqu'à
chercher M.Colomb. Aprèsunesi longueabsence,
chacunmouraitd'enviedelevoir.II étaitdansune
hôtellerie avecM.leprésidentLeBaill eu],faisantsi
bienl'honneurde la ville,qu'àpeinenousput-il
donnerun moment pourl'embrasser. Maislelen-
demain, à notreaise,nousrenouvelâmes uneami-
tiéqui,parlepeudecommerce quenonsavionseu
depuistroisannées,semblaitavoirétéinterrom-
pue.Aprèsmillequestions, faitestontesensemble,
comme il arriveordinairementdansuneentrevue
«T BACHAUMONT. 11
defort bonsamisquine se sontpasvus depuis
long-temps, nouseûmes,quoiqueavecunextrême
regret, curiositéd 'apprendrede lui, comme d ela
personne la plus et
instruite, que nous savonsa voir
étéle seultémoindetoutle particulier,
Cequefit enmourantnotrepauvreamiBlot,
Et sesmoindres et samoindrepensée.
discours
Ladouleurnous'défend d'endireplusd'unmot.
Il fittoutcequ'ilfitd'uneâmebiensensée.
Enfin,ayantcausédebeaucoup d'autreschoses
qu'il seraittroplong devous dire, nous allâmes
ensemble fairela révérence à SonAltesseRoyale",
et delà dînerchezluiavecM.etMadame laprési-
denteLeBailleul.
. '...-/.Là manière,
d'une"obligeante
D'unvisageouvertet riaut,
Il nousfit bonneet grandechère.
Nousdonnantà souordinaire
Toutcè^qùe Bloisa defriant.
Soncouvertétaitle pluspropredumonde; il ne
souffritpassursa nappeuneseulemiettedepain.
la VOYAGE DECHAPELLE
Desverresbienrincés,detoutessortesdeGgures,
brillaient
sansnombre sursonbuffet,etla glace
étaittoutautourenabondance. . .:"•
Encelieuseulnousbûmes frais;
Caril atrouvédesmerveilles
Surla glaceetsurlesbanquets,
Et pourempêcher lesbouteilles ; '
D'êtreàlamercideslaquais.
Sasalleétaitparéepourleballetdusoir;toutes
lesbellesdelàvillepriées;touslesviolons.de la
provinceassemblés, ettoutcelasefaisaitpourdi-
vertirmadame LeBailleul,
Etcettebelleprésidente
Nousparutsibiencejour-là,
Qu'elleendevaitêtrecontente.
Assurément elleeffaça
Tantdebeautés qu'àBloisonvante.
Ni la bonnecompagnie, ni lesdivertissentens
quisepréparaient, ne purentnousempêcher de•
partirincontinentaprès,le dîner.Amboise devait
êtrenotrecouchée,, et comme il.étaitdéjàtard,
BTBACHAUMONT. 10
. nousn'eûmesquele tempsqu'ilfallaitpourypou-
voirarriver.Lasoirées'ypassafortmélancolique-
mentdansle déplaisir
den'avoirplusà voyagersur
lalevéeetsurla vnedecetteagréablerivière
Qui, parlemilieudela France,
Entrelesplusheureuxcoteaux,
Laisséenpaixrépandreses.eaux,
Et portepartoutl'abondance'
Danscentvilleset centchâteaux
. .Qu'elleembellitdesaprésence.
DepuisAmboise jusqu'àFontallade,nousvous
épargnerons la peinede lireles incommodités de
quatremédiansgîtes,etànousle chagrind'unsi
fâcheuxressouvenir. Voussaurezseulement quela
joïède M.de Lussanne parutpaspetitede voir
arriverchezlui despersonnes qu'ilaimaitsi ten-
drement;mais,nonobstant labeautédesa maison
et sagrandexhère,il n'auraquelescinqversque
vousavezdéjàVus.~
Ni lespaysoùcroîtl'encens,
Ni ceuxd'oùvientla cassonade,
l4 VOYAGE DUCHAPELLE
Nesont,pointpourcharmer lessens;
i Cequ'estl'aimable Fontallàde
., Du.tendreet commode Lussans.
Il nesecontentapasdenousavoirsibienreçus
chezlui, il voulutencorenousaccompagner jus-
qu'àBlaye.Nousnousdétournâmes un peudeno-
tre chemin tous ensemble
,,pouraller..rendre' nos
devoirsà M.lenfàrquis deJonzac,sonbeau-frère.
Uncompliment departetd'autredécidala visite;
et detouteslesoffresqu'ilnousfit, nousn'accep-
tâmesquedesperdreaux et du paintendre.Cette
provision nousfut asseznécessaire,comme vous
allezvoir: .
CarentreBlayeetJonzac
OnnetrouvequeCroupignac.
esttrès-funeste;
Le Croupignac
CarleCroupignacestunlieu
Oùsixmourans faisaientlereste '
jj
De cinqousixcentsquela peste,"*.
AvaitenvoyésdevantDieu;
Et cessixmouranss'étaientmis
Toussixdansunmêmelogis.
ETEACHAUaiOKT. 10
Un septième,, soi-disantprêtre,
Pluspestiféréquelessix,
Lesconfessait parla fenêtre,
Depeur,disait-il,d'êtrepris
D'unmalsi fâcheuxet si traître.
Celieu, si dangereuxet si misérable,futtra-
versébrusquement, et ri'espérantpas trouverde
village,il fallutse résoudreà mangersurl'herbe,
oùlesperdreauxet le paintendredeM.deJonzac
furentd'ungrandsecours.Ensuited'un repassi
cavalier,continuant notrechemin,nousarrivâmes
à Blaye,maissi tard, et lelendemain nousenpar-
tîmessimatin>qu'il nousfut impossible d'enre-
marquerla situationqu'avecla clartédesétoiles.
Le montantquicommençait detrès-bonne heure,
nousobligeaità cettediligence. Aprèsdoncavoir
ditmilleaàieuxà Lussan,et reçu.millebaisersde
lui, nousnousembarquâmes dansunepetitecha-
loupe, et voguâmes long-temps avantle jour.
.;"-%*£>
Maissitôtqueparsonflambeau
La lumièrenousfut rendue,
Rienne s'offrità notrevue ..
l6 VOYAGE DE-CHAPELLE
Quele cieletnotrebatca^W-
Toutseuldansla vasteétendue
D'uneaffreusecampagne d'eau!-
La Garonneest .effectivementsi largedepuis
qu'auBecdesLandesd'Arabesse elleest jointe
avecla Dordognc, qu'elleRessemble tout-à-faïtà
la mer,e1sesmarées montentavectantd'impétuo-
sité, qu'enmoins1dequatreheuresnousfîmesle
trajetordinaire, -. :=^-rv-.,
Et vîmesaumilieudeseaux
DevantnousparaîtreBordeaux ,
resserre'
Dontle porten croissant
Plusdebarquesetdevaisseaux
Qu'aucun autrepoçtdela terre.
Sansmentir,la rivièreétait alorssi couverte;
quenotrefelouqueeutbiendela peineà trouver
uneplacepouraborder. Lafoire,qui'devaiï-Së.tô^,.'
nif~danspeude jours, avaitattiré;'pette grande^"
quantitédenaviresetdemarchands, .quasidetou-
teslesnations,pourchargerlesvinsdecepays;
Carcefameux.etr.udc.port .- r:.
ETBACHAUMOKT. x7
Encettesaisona-lagloire'
Dedonnertouslesansà boire
Presqueà touslespeuples
duNord.

Cesmessieurs .emportent delà touslesansune


effroyable quantitéde,.Vins:maisils n'emportent
paslesmeilleurs. Onlestraited'Allemands; etnous
apprîmesqu'il était défendu,non-seulement de
leur envendrepourenlever^ mais_éncoredeleur
enlaisserboiredanslescabarets. .Aprèsêtredes-
cendussurlagrève,etavoiradmirépendantquel-
que"tëjjnps;.la
^ decelteville,nousnousre-
tirâmesau.Çfi'ï^àu-Rquge, oùM.Talleman nous
vint.prendreàussitot-riu'ilsutnotrearrivée.De-
puiscemoment, nousrienousretirâmesdansno-
'tirelogis,pendantnotre.séjouràOBordèaùx, que
poury coucher.Lesjournéessepassaient le plus
agréablement dumondechezM.l'intendant;car
lesplushonnêtes gens,dela villen'ontpasd'autre
réduitquesamaison. Jl a trouvémêmequela plu-
partétaientsescousins;et onlecroiraitplutôtle
premierprésident dela province,quel'intendant.
Enfin,il esttoujourslemêmequevousl'avezvu,
lS I)ÉCHAPELLE
VOYAGE*
hormisquesa dépense estplusgrande.Maispour
madame nousvousdironsensecret
l'intendante,
qu'elleesttout-à-fait
changée.

Quoique sa beauté
s oitextrême, '^
Qu'elleait toujourscegrandoeilbleu
Pleinde'douceur et plèïiidefeu,
Ellen'estpourtantpluslamême ;
Carnousavonsapprisqu'elleaime,
bienfortip-jeu.- '.'-—--^
• Et qu'elleaônië

Elle,quineconnaissait pasautrefoislescartes,
passemaintenant desnuitsaulansquenet. Toutes
lesfemmes delàvillesontdevenues'joueuses pour
lui plaire:elles
viennent régulièrement chezelle
veutvoirunebelleassem-
pour-ladivertir;et qui",
blée,n'a qu'àlui rendrevisite.Mademoiselle du
Pinsetrouvetoujours làbienàpropos pourentre-
tenirceuxquin'aiment pointle jeu.Envérité,sa
conversationestsifineetsispirituelle,quece ne
sontpointlesplusmalpartagés; C'estlà quemes-
sieurslesGascons apprennent lebelairet'labelle
façondeparler: .
ETEACHAUMONT. 1JJ
Maiscetteagréable duPin,
Quidanssamanièreestunique,
A l'espritméchantet bienfin;
Et si jamaisGascons'enpique,
Gascon feramauvaise fin.
An.reste,sansfaireiciles goguenardssurmes-
sieursles Gascons, puisqueGasconil y a, nous
commencions nous-mêmes à courirquelque
risque;
etnotreretraiteunpeùprécipitéenefut pasmalà
propos. Voyezpourtantquelmalheur!Nousnous
sauvonsde Bordeaux,pour donnerdeuxjours
aprèsdansAgen,
.- -*iAgen,celteville,fameuse, . —
« ^ Detantdobellesleséjour, ^ _,.
^
rv^j,Sifataleet si dangereuse .
. _Aux\oeurssensibles àl'ambur.
Dt-squ'onenapproché-l'enrrée,
Ondoitbienprendregardeà soi;
Cartel y vadebonnefoi
Pourn'y passerqu'unejournée,
Quis'y sentiparje »esaisquoi,
Arrêtépourplusd'uneannée.
'Jp VOYAGE DE--CHAPELLE
Unnombreinfinidepersûunesyont même pas-
sélerestedeleurviesansedpouvoir sortir.Lefa-
buleuxpalaisd'Annide nefutjamaissiredoutable.
Nousy trouvâmes M.de Saint-Luc_arrê,todepuis
sixmois,Nortdepuis quatreannées/.etd'Qrtisde-
puissixsemaines ; etcefutluiquinousinstruisit
detoutesceschoses, etquivoulutabsolument-non s
faireconnaître
lesenchanteresses decelieu.IIpria n
donctouteslesbellesdelajplleà souper;et.tout
cequisepassadanscejnàghifiqué repas,nousfir
bien,connaîtrequenousétionsdansunpaysen— .
chanté.Envérité,cesdamesonttantde beauté,
qu'ellesnoussurprirent dansleurpremierabord;
et tantd'esprit,qu'elles nousgagnèrent dês'Wpfj^:
mièroconversation. Il estimpossiblédèlës'Vbiret.
deconserver saliberté: et.c'estladestiné'dëVtdus,
ceuxquipassent encelieu-là, s'ilsontlâ'Hberté ;"
d'ensortir,d'y laisserau moinsleur^coeur:pqur'..•
otaged'unprompt retour.
Ainsidoncqu'avaient faitlesautres,
Il falluty laisserlesnôtres: - .,
Là, tousdeuxilsnousfurentpris;
.. ETBACHAUMONT. / 31
Mais;n'endéplaise à tantdebelles,
Cefut parl'aimabled'Ortis.
Aussinoustraita-t-ilmieuxqu'elles.
Celanesefitassurément quesousleurbonplai-
sir'.Ellesneluienvièrent pointcetteconquête;et
nousjugeantapparemment très-infirmes,ellesne
daignèrent pasemployer le moindredeleurschar-
mespour nousretenir._Aussi,le lendemain de
grandmatin,trouvâmes-nous lesportesouvertes
etleschemins libres;desortequerienuenousem-
pêchadegagnerEncossesur les coureursqueM.
deGhemeraul nousavaitpromis,et qui nousat-
tendaient depuisunmoisàAgen.C'estdeceVérita-
bleamiqu'on.pent assurer-,,;, ,
: Et dire,sansqn'ôirlécajoléi~'"
-Qu'il saitbien sa
tenir parole. """

Encosseestanlieudontnousnevousentretien-
dronsguère;car,exceptéseseaux,quisontadmi-
rablespourl'estomac,riennes'yrencontre.Il est
au pieddesPyrénées,éloignéde toutcommerce,
otl'on n'ypeutavoirautredivertissement quece-
22 VOYAGE DECHAPBLLE
luidevoirrévenir,sa santé.Unpetitruisseauqui
serpenteà vingtpasduvillage,entredessauleset
despréslesplusvertsqu'onpuisse était
s'Imaginer*
toutenotreconsolation.Nousallionstouslesma-
tinsprendre noseauxencebelendroit,etlèsaprès-
dînéesnous promener.Unjourquenousétionssur
sesbords,assissurl'herbe,etquenousressouve-
nantdeshautesmaréesdela Garonne 1,dontnous
avionslamémoire encoreassezfraîche,nousëxa-
minionsles raisonsquedonnentDescartes etGas-
sendidufluxet du-reflux,sortittoutd%ri"coup
d'entrelesroseauxlesplusproches,unhomme qui
nousavaitapparemment écoutés.C'était
Unvieillardtoutblanc,pâleet sec>
Dontlabarbeet la chevelure
Pendaientpinsbasquela ceinture;
Ainsil'onpeintMelchisedcc.

Ouplutôttelleestla figure
D'uncertainvieuxévêque grec.
Quifaisantlesalamalcc , '
Dità tousla bonneaventure;
. ETBACHATÎMONT. 2.3
Car.ilportaitun chapiteau
Comme uncouvercle delessive,
Maisd'unegrandeurexcessive,
Quiluitenaitlieudechapeau.
Et cechapean,dontlesgrandsbords
Allaienttombant sursesépaules,
Étaitfaitdebranches desaules,
Et couvraitpresque toutsoncorps.
Sonhabitdecouleurverdâtre
Etaitd'untissuderoseaux,
Letoutcouvertdegrosmorceaux
D'uncristalépaisetbleuâtre.
Acetteapparition la peurnousfitfairedeuxsi—
- gnesdecroixettroispasenarrière;maislacurio-
sité prévalutsurla crainte,et nousrésolûmes,
bienqu'avecquelques petitsbattemënsde coeur,
d'attendrelevieillardextraordinaire,
dontl'abord
futtout-à-fait
gracieux,et quinousparlafortci-
vilementdecettesorte:
<tMessieurs, je nesuispointsurpris
Quedemarencontre imprévue
34 VOYAGE ÉÊCHAPELLE
VousayezunpeuTânië émue;'
vousaurezappris
Maislorsque
Enquelranglesdestinsontmis
à vousinconnue,
Manaissance
Vousrassurerez
vosesprits.

» Jesuisledieudeceruisseau,
Qui,d'uneurnejamaistarie,
Quipenche aupieddececoteau,
Prendslesoindanscetteprairiô:
Deverserincessamment I'êàù""-"'
Quilarendsi verteetfleurie.
huitjours,malinet soir,
i) Depuis
Vousmevenezrèglement" voir,
Sanscroiremerendrevisite.
Cen'estpasquejenemérite
Quel'onmerendecedevoir;
Carenfinj'ai cetavantage,
Qu'uncanalsi clairetsinet
Estlelieudemonapanage.
Dansla Gascogne untelpartagé
Estbienjolipouruncadet.
ETBACHAUMOHT. ' a5
» Aussil'avez-voustrouvétel,
Louantmesbordsetmaverdure;
Cequimeplaît,je vousassure,
Plusqu'uneoffrande ouqu'unautel;
je lejure,
Et tout-à-l'heure,
Vousenserez,foid'immortel,
Récompensés avecusure.

i) Dansce petitvallonchampêtre
Soyezdonclestrès-bienvenus,
Chacundevousy seramaître;
Et puisquevousvoulezconnaître
Lescausesdufluxetreflux,
Je vousinstruirailà-dessus,
Et vousferaibientôtparaître
Quelesraîsonnemens cornus '
Detoustempssontlesattributs
Dela faiblessedevotreêtre;

» Cartouslesditset lesredits
Decesvieuxrêveursdejadis,
Nesontquecontesd'Amadis.
Mêmedansvossectesdernières,
36 VOYAGE. DE.CHAPELLS
LesDescartes, lesGassen'dis,
Quoiqu'en différentes
manières,
Et plusheureux etplushardis
Afouillerlescauses premières,
N'ontjamais traitécesmatières•;-...
Quecomme devraisétourdis.
il Moiquisaislefindececi,
Comme étantchosequim'importe,
Pourvousmonamourestsi forte,
Qu'aprèsenavoiréclairez
Votreespritdosibonuesorte,
Qu'iln'ensoitjamaisensouci,
Je veuxqueladoctecohorte
Vousendoivelegrandmerci.»
11nonsprîtlorstousdeuxparla main,etnous
surle gazonàsescôtés.Nousnousre-
fitasseoir
gardionsassez
souvent sansriendire,fortétonnés
denousvoirenconversation avecun fleuve;mais
toutd'uncoup
lisemoucha, cracha,toussa,
Fuisencesmotsil commença :
ETBÀCHAUMOHT. QJ
« Lorsquel'ondeenpartageéchut
Aufrèredugranddieuquitonne,
L'avènement àla couronne
Decenouveau monarque fut
Publiépartout,etfallut
Quechaquedieu-fleuve enpersonne
Allâtlui portersontribut.
Danscerencontrela Garonne
Entretouslesautresparut,
Maissi brusqueet si fanfaronne,
Quesadémarche lui déplut;
Et le puissantdieurésolut
DechâtiercetteGasconne
Par quelque signalérebut.
» Défait,il enfitpeudecas
Quandelleluivintrendrehommage
;
Il serenfrognaJevisage,>
Etlatraitaduhautenbas.

i) Maiselle,aulieudel'apaiser,
Ayantprissoind'apprivoiser,
Avecla puissanteDordogne ,
fl8 VOYAGEi)BCHAPELLE.
deGascogne,
Milleautresfleuves
SemblaleVouloiroffenser.
» Lui,d'uneorgueilleusemanière,
Comme ilal'humeurfortaltière,
Amèrement s'encourrouça;
Et d'uneminefroideet fiére,
Deuxfoissiloinlarepoussa,
Quecetteinsolenterivière s
Touteslesdeuxfoisrebroussa
Plusdesixheuresenarrière.
» Bienqu'auvraicettetéméraire
Sefûtattirésurlesbras
Unpeufollement cetteaffaire
,
Lesgrandsfleuves ne crurentpas
Devoir,enuntelembarras,'.: ..*'
Seséparer deleurconfrère,
Nil'abandonner; aucontraire,
Usenmurmurèrent toutbas,
Accusant leroitropsévère.
» Maislui, branlantsescheveux blancs,
Tousdégouttant del'ondeamère,
«.Taisej^TGù'sy.ditTil,
insolens,
.ETBACHAUMOHT. 3Q,
» Ouvoussaurezen peude temps
i>Ceque.peutNeptune.encolère.»

» Sur-Ie-çbamp,aulieudese taire,
Plushautencoreon murmura.
Ledieulorsenfurieentra, - -
Sontridentpartroisfoisserra,
Et troisfoisparleStyxjura;
« Quoidonc!icil'onosera
« Direhautementcequ'onvoudra!
» Chaquepetitdieuglosera
i) SurcequeNeptunefera'
« Per Dioauestononsara.
i) Chacund'uns'enrepentira,
» Et pareiltraitementaura; ^
11Cardeuxfoisparjouronverra
» Qu'àsasourceonretournera,
DEt deuxfois.moncourrouxfuira;
i) Maisplusloinquepasunira
i) Celuiqui, poursonmalheur,a
i) Causétout cedésordre-là;
» Et cetexempledurera
« TantqueNeptunerégnera.» - ?•
, 30 VOYAGÉ DE"CHAPELLE
» Ace-dieu élément' *--'
du'm'ôitë
lorssesoumirent;. "-*^
Lesrebelles
Et, quoique obéirent
grondant,
•'~J:;--"
Parforceà cecommaudemerifT"' -'
» Voilàcequ'onn'ajamais-su,;,:;\i.i>
Et cequetoutlemondeadmire. -
Aussinousavionsrésolu,
Pournotrehonneur,den'enriendire;
Maisaujourd'hui vousm'ayezplu_;
Sifort, queje n'aijamaispu
""\"
M'empêcher devouseninstruire.
»
Iln'eutpasachevécesmotsqu'ils'écoula d'en-
trenousdeux,maissivitequ'ilétaitàvingtpasdo/
nousdevanf^jue nousnousenfussionsaperçus.
Nouslesuivîmes le pluslégèrementquenouspu- ^
mes;et voyantqu'ilétaitimpossible del'attraper,.
nouslui criâmesplusieursfois:
« Eh!monsieur leFleuve,arrêtez) ;;
Nevousenallezpassivite!
teEh!:de,gi^ce,:-un
motl.éçoutcz!: •'.
Maisil sê1remit"dans;3ôn
gîte,-;;.' -- •
"ET BACHATJMOST. 3l
-ptrentradanscesmêmesroseauxdontnousl'avions
envainjusqu'àcetendroit;
vusortir.Nousallâmes
car le bonhommeétait déjà toutfonduen eau
quandnousarrivâmes,etsavoixn'étaitplus

Qu'unmurmureagréableet doux;
Maiscetagréable murmure
N'estentenduquedescailloux.
Il nele put êtredenous;
-Etmême,sansvousfaireinjure,
' ITnél'eûtpasétédevous.

Aprèsl'avoir;appeléplusieursfoisinutilement ,
'enfinlaàinitnousobligeaderetournerennotreIo-
gîs;;oùnousfîmes.milleréflexionssurcetteaven-
turé. Notre^espritn'étaitpasentièrement satisfait
.^decetéclaircissement;;.etnousnepouvions conce-
voir pourqiioi^d^nsune^édition oùtouslesfleu-
vesavaienttrempé,,il n'yenavaiteuqu'unepartie
dechâtiés.Nous.reviûmes foisencemô-
plusieurs
me lieu, tant quenousdemeurâmes à Encosse,
poury conjurercethonnêtefleuvedenousvouloir
donnerà cesujetun quartd'heurede conversa-
3a - '
yOYAGB:^)B^CHAPELLE. ;<
itipn^maisil'ne noseaux'.étaut
;parutrplusj-et '.pri-ô*
vintenfindes'enaller..>;,-;;.--.• ;.;
:ses»:lé.£emps
UncarrossequeM.lesénéchal^'Armagnac^aya jt',
envoyé,nousmenabienà nptrefaise-chcz;lni,.à'
oùnousfûmesreçusavectant.de"joie.,;
Castille,
'
qu'ilétaitaiséde jugerquenos.visages.n'étaient
pointdésagréablesaumaîtredelamaison.', -;.;.,',<?-
C'estchezcetillustreFonIraîlles,
Oùlestourtes,-ïesortolans, ,. M
'"'
Lesperdrixrongesetiès'caïîïes", ' -V:£'.^.
Etmilleautresvolssûcculèus
Nousfirenthorreurdesmangeailles 7
DontCarbon '
ettantdecanaillesY :-- .-;,-,
Vousaffrontent depuis ''-':,,''
vingtànsV.k'':V''-'*:
Vousautrescasaniers, quineconnaissez
quelaT
demisèreet vosrôtisseurs
•vallée de Paris,'VOUBÏÏ
nesavez-cequec'estquela bonnechère.'Si vouif~
vvôus.yconnaissez,etsivousl'aimez
',comme vûu«
-
-dites, '
> ';. , '- .
Soyez doncassezbravesgens
Pourqûitté^Mifin vosmurailles
;
ETBACnAUMOMT.• 53
Et, sivousêtesdebonsens,
Allezet courezchezFontrailles
Vousgorgerdemetsexcellens.

Vousy serezbienreçusassurément,et vousle


trouvereztoujourslemême.Sanspluss'embarras-
serdésaffairesdumonde,il sedivertitàfaireache-
ver sa maison,qui seraparfaitement belle.Les
honnêtesgensdesa provinceensaventfortbienle
chemin ; maislesantresnel'ontjamaisputrouver.
Aprèsnousy'êtreempifrés quatrejoursavecM.le
présidentde'-Marmiesse, qui prit la peinede s'y
rendreaussitôtqn-iffutiiriformè denotrearrivée,
: nousallâmestouVëhsomble à Toulouse,descendre
chezl'abbédéBeâur'egdrd, quinousattendait^et
quinousdonnadecesrepasqu'onnepeutfairequ'à
Toulouse.Le lendemain,M.rle président deMar-
mîéssenousvoulutfairevoirjdansUndîner,jus-
qu^oûpeutallerla splendeuret la magnificence;
ou, avecsapermission, la profusion etla prodiga-
lité.LefestinduMenteurn'étaitrienencomparai-
son; et c'estici qu'il faut redoublernosefforts,
pourvousenfaireunedescription magnifique.
SA VOYAGEBB.CHAPELLE
auxrepas,
..Toi,quiprésides
."* GMuse!sois-nous favorable;
Décrisavecnoustouslesplats.
Quiparurentsur cettetable.
Pournotrehonneuret pourta gloire,
Faisqu'aucun detouscesgrandsmets.
Nes'échappe à notremémoire,
Et faisqu'on,enparleà jamais.
Maiscomme notreesprits'abuse•
Des'imaginer qu'auxfestins
Puisseprésiderunemuse,
Et qu'elleseconnaisseenvinsi
Non,non,lesdoctesdemoiselles
N'eurentjamaisunbonmorceau;
Et cesvieilles
sempiternelles
Neburentjamaisquedel'eau.
Aquidoncadressersesvoeux
Endosoccasionspareilles? _. .
Es.trcq roidestreille»?
à^vous^.Baçchus,
AVOUB, dieudes;mçUsavoureux?
JSTEACHAUMONT. àO
Mais,pourrimer,BacchusetCorne
Sontdesdieuxdepeud,esecours;
Et jamaisdemémoire d'homme ,
OnneleurfitW tel discours.
Toutnousmanqueau besoin,et.denotrechef
nousn'oserionsentreprendre unesi grandeaffaire.
Hfautdoncnouscontenter devousdirequejamais
onnevitriendosi splend.idc ; et nouseussions cru
Toulouse,celieusirenommé pourlabonnechè-
re, épuisépour jamaisde gibier,si l'un devos
amisetdesnôtresnenouseûtencorelelendemain,
dansun dîner,.faitadmirercettevillecomme un
1prodige,pourla quantitédebonneschosesqu'elle
fournit.Vousdevinerez aisément sonnom,quand
nousvousdirons
Quec'estundecesbeaux-esprits
DontToulouse fut l'origine.
C'estleseulGasconquin'apris
Nil'air nil'accentdu pays;
Et l'onjugeraità sa mine
Qu'iln'ajamaisquittéParis.
Enfinc'estl'agréableM.d'Osneville, dontl'airet
JU VOYAQE DECHAPELLE
l'espritn'ontrienqued'unhomme quin'auraitja-
maisbougédelacour.
Voussaurezqu'ilestmarié,
Environdepuisuneannée,
Et qu'ilesttout-à-faitlié
Dusacréliend'hyménée. •. „,
Liétout-à-fait,c'est-à-dire
Qu'ilestlié tout-à-faitbien.
Et qu'ilnolui manque plusrien,~
Et qu'ila toutcequ'ildésire.
L'épouse estbienapparentée,
Et bienappareuté l'époux;
Elleestjeune,riche,espritée;
Il estjeune,riche,espritdoux. .
Aveclui et danssoncarrossenousquittâmes
Toulousepouraller à Grouille,oùM. le comte
d'Auhijoux nousreçuttrès-civilement.Nousle
trouvâmes dansunpetitpalaisqu'ilafaitbâtirau
milieudesonjardin, entredesfontaineset des
bois,et quin'estcomposéquedetroischambres,
niaisbienpeinteset tout-à-faitappropriées.
Il
ETBACHAUMONÏ. . OJ
adestinéce.lieupourseretirerenparticulier
avec
deuxoutroisdesesamis,ou, quandil estseul,
s'entreteniravecseslivres,pourne pasdireavec
samaîtresse:

Malgrél'injusticedescours,
Danscetagréable ermitage
II coule,
doucement sesjours,
Etvitenvéritable sage.
Devousdirequ'iltenaitunefortbonnetableet
bienservie,ceneseraitvousapprendre rioii.de
nouveau;4nais peut-êtreserez-vous surprisde-sà-
chère,il ne vivaitque
voir.q'uefaisant-_si:grande-
d'unecroûtede.pain"parjour.Aussisonvisage
hommemourant.Bienquesonparc
ét^it-il..d'ùn
fût,très-grand,etqu'ileûtmille,endroits tous«plus
hoauxlesuns.queles autrespoursepromener, nous
passionsles journéesentières-dans unepetiteîle
plantéeettenueaussiproprequ'unjardin,et dans
ontrouve,comme
laquelle parmiracle,unefontai-
ne quijaillit,etvamouiller.lehautd'unberceau
degrandscyprèsquil'environnent.
33 VOYAGÎE^DBCHAr-ELLÊ
- Soiisceberceau.qu'Amour exprès
.^ Fitpourtoucherquelque inhumaine J
L?u'nde nousdeux,unjouraufrais
'Assisprèsdecettefontaine, . i y t
Lecoeurpercédemilletraits, /
D'une qu'ilportait pèiney -
main à '~
Grava c esverssurun cyprès: •
u Hélas!quel'onseraitheureux* ' "t
»Danscebeauliendigned'envie,
» Si, toujoursaimédeSylvie,
»L'onpouvait, toujoursamoureux,
', i)Avec e lle la
passer vie!n *

Vousconnaîtrez par-iàquedansnotrevoyage
nousnesongions pastoujoursàfairebonnechère,
et quenousayionsquelquefois desmomeùs assez
tendres.Au reste,quoique. Grouilleait tant de
charmes, M.d'Aubijoux ne nousput retenirque
ilnousdonnasoncarros-
troisjours,aprèslesquels
se.pourallerà Castresprendre celuideM.dePé-
nautier,quinousmenachezlui,àPénauticr, aune
lieuedeCarcassonne.Vos santés,yJurentbues-mil-
le fois,avécle-cber quinenousquit-
ami-Baisant,
| ETBACHAUMONT. ,3_g
ta pasunmoment. Lacomédie futaussiundenos
divertissemensassezgrand,-parcequela troupe
n'étaitpasmauvaise,, et qu'ony voyaittoutesles
dames deCarcassonne. Quandnousenpartîmes,^,
de Pénautier,quisansdouteestundesplushon-
nêteshommes du module, voulutabsolument que
nousprissionsencoreson carrossepour aller à
Narbonne,quoiqu'ily eût une grandejournée.
Letempsétaitsi beau,quenousespérions lelen-
demain,surnoschevaux frais,et quisuivaienten
maindepuisE_u cosse,allercoucherprèsdeMont-
pellier.Mais,.parmalheur,
Danscette•vilaine Narbonne;
;-_„^àujonrs'i&'plëntrtoujoursil tonne.
-*<%.'^
ic:Toute;là:u.uitdoHcqlies
ilplut, ' * ;
Ettantd'ëàùcettenuitil chut,
Quela campagne submergée
Tintdeuxjourslavilleassiégée.
Quecelanevoussurprenne point.Quand il pleut
sixheuresen cetteville,comme c'esttoujourspar
orage,et qu'elleestsituéedansunfondtoutenvi-
ronnédemontagnes; enpeude tempsleseauxse
ko VOXAGB ;DECHAPELLE
ramassent"eh si grandeabondance,'qu'il
estimpos-
sibled*ensortirsanscourirrisquedese noyer.
Nousvoulûmes pourtantlehasarder;maisl'acci-
dentd'unlaquaisemporté 'paruneravine,et qui
-sansdouteétaitperdusisonchevaine l'eûtsauvé
àlanage,nousfitrentrerbàeri" vitepburattendre
quelespassages fussentlibres.Desmessieurs,que
noustrouvâmes sepromenant dansla-grandeplace,
et quinousparurentêtredesprincipaux dupays,
ayantapprisnotre aventure,crurentqu'ilétaitde
leurhonneurdenenouslaisserpasennuyer.Ils
nousvoulurent doncfairevoirlesraretésdeleur
ville,et nousmenèrent d'aborddansl'églisecathé-
drale,qu'ilsprétendaientêtreunchef-d'oeuvre
pour
la hauteurdesvoûtes; maisnousne,saurionspas
direauvrai
quila fit,
Sil'architecte
Lafitronde,ovaleoucarrée,
Et moinsencors'illabâtit
Haute,basse,largeouserrée;
Car,arrivésencesaintlieu;
Nousn'eûmes jamais'autre;cnvie>
JETBACHAL'MOXT. 4l
Quedefairedesvoeuxà Dieu
Denele voirdenotrevie.
Coqu'ony montreencorderare,
Est unvieuxotsombretableau,
Oùl'onvoitsortirunLazare
Ademimortdesontombeau.
Maisle peintrel'a si bienfait
Sec,pâle,hideux,noir,effroyable,
Qu'ilsembleBienmoinsle portrait
DubonLazarequed'undiable.
Cesmessieursne furentpas contensde nous
avoir.faitvoircesdeuxmerveilles, ils eurenten-
corelabonté,pournousrégalertout-à-fait, denous
présenterà deuxoutroisdëleurspluspoliesdemoi-
envérité,delàv.v..Voïlà
selles,qûrtombaicnt,' tous
lès divertissemens quenous eûmesà Narbonne.
Voyezpar-làsi deuxjoursquenousy demeurâmes
sepassèrent agréablement.Toi quinousas si bien
divertis, #
Digneobjetdenotrecourroux.,
Vieillevilletoutedefango,
4a VOYAGE DECHAPELLE
Quin'esqueruisseaux etqu'égouls,
Pourrais-tu
prétendredenous
Lemoindreversàtalouange?
Va,tun'esqu'unquartier d'hiver
Dequinzeouvingtmalheureux drilles,-
Oùl'onpeutà peinetrouver
Deuxoutroismisérables filles
Aussimalsaines
quetonair.
Va,tun'eusjamais
riendobeau,
Rienquiméritequ'on'leprise,
Bienpeudéchoseesttontableau,
Etbienmoinsquerientonéglise.
estunpettviolente,
L'apostrophe oul'impréca-
tionun peuforte;maisnouspassâmesrdans cette
étrangedemeuredeuxjournées avectantdecha-
enestquitteà bonmarché.
grin,qu'elle Enfinlès
etnoschevaux
eauxs'écoulèrent; n'enayantplus
quejusqu'aux ilnousfutpermis
sangles, desortir.
Aprèsavoirmarché troisouquatrelieuesdansles
toutesnoyées,et passésurde.méchantes
plaines
planchesuntorrentquis'étaitfaitdel'égoutdes
HTBACHAUKONT. 43
eaux,large.comme unerivière;Béziers,celteville
ai propreet si biensituée,nousfitvoir un pays
aussibeauqueceluidontnousparlionsétaitvilain.
Le lendemain, ayanttraverséleslandesdeSaint-
Hubéri,et goûtélesbonsmuscatsde Loupian,
nousvîmesMontpellier se présenterà nous,envi-
ronnéde cesplantades et de cesblanquettes que
vousconnaissez. Nousy abordâmes à traversmille
boulesdemail;caronjouelà lelongdeschemins
àla chicane.Dansla granderue desparfumeurs,
par où Tonentred'abord,l'on croit êtredansla
boutiquedeMartial;et cependant,
Bienquëdè cettebelleville
"Viennent lesmeilleuressenteurs,
. Sontërxbirlenmuscatsfertile,
Nelui produitjalnaisdefleurs.
si parfuméeconduitdansunegrande
Ccffi$rûe
place,oùsonjtlesmeilleures
hôtelleries.Maisnous
fûmesbientôtépouvantés :
Derencontreren cetteplace
Un grandconcoursde populace.
44 VOYAGE DECHAPBLLE
Chacuny nommait d'Assouci.
« Hsera-brûlé, Dieumerci! *-
Disaitunevieillebagasse) --'
«Dieuveuillequ'autantononfasse.
..»Atousceuxquivivent.ainsî î
"
..V."
Lacuriositéde savoircequec'était-noûsfita-
vancerplusavant.Tout lebasétaitpleindépeuple,
et les fenêtresrempliesde personnes de qualités.
Nonsy reconnûmes un desprincipaux dela.ville,
qui nousfit entreraussitôtdansle logis.Dansla
chambre oùil était,nousapprîmes qu'effectivement
onallaitbrûlerd'Assouci pouruncrimequiesten
abomination parmiles femmes. Danscettemême
chambre noustrouvâmes graudnombrede dames,
qu'onnousditêtrelespluspolies,lesplusqualifiées .
etlesplusspirituelles dela ville,quoique pourtant
ellesnefussentni tropbellesni tropbienmises;A
leurspetitesmignardises, leurparlergrasctjenrs
discoursextraordinaires, nouscrûmes bientôtque
c'étaituneassemblée desprécieuses deMontpellier;
mais,bienqu'ellesfissentde nouveauxeffortsà
causedenous,elle3neparaissaient quedesprécieu-
ETBACHAUMOKT. 45
sesde campagne, et n'imitaientquefaiblementles
nôtresdeParis.Ellessemirentexpréssurle chapi-
tre desbeaux-esprits, afinde nous fairevoir ce
qu'ellesvalaient,parle.commerce qu'ellesontavec
eux.Il se commença doncune conversation assez
plaisante:
LesunesdisaientqueMénage -
Avaitl'air etl'espritgalant,
QueChapelain n'étaitpassage,
QueCostarn'étaitpaspédant;
Et lesautrescroyaient monsieurdeScudéris
UnMioînme defort bonnemine,
-'-.Yaillant;ficheet toujoursbienmis;
*"..Sasoeurunebeautédivine,
Et Péliasonun Adonis.'
EUes^ennommèrentencore une très-grande
quantité,dontil nenoussouvientplus.Aprèsavoir
bienparlédesbeaux-esprits, il fut questiondeju-
ger de leurs ouvrages.DansYAlaricet dansle
Moïse*onnelouaquele j ugementetla conduite;
et dansla Pucelle,riendu tout.DansSarrasin,on
n'estimaquela lettre deM.de Ménage;etla pré-
4o*. VOYAGE DBCHAPELLE
facedoM.Pélissonfat traitéederidicule.Voiture.,;
mêniepassapour.unhommegrossier.Quantaux
romans,Cassandre futestimépourla délicatessede
la conversation,Cyruset Clèliepourla magnifi-
cencedo l'expressionet la grandeurdes événe-
mens.Milleautreschosessedébitèrentencoreplus
surprenantesquotout cela.Puis,insensiblement,
la conversationtombasur d'Assouci,parcequ'il
leur semblaquel'heuredel'exécutionapprochait.
Unedecesdamespritla parole,et s'adressant àcel-
le quinousavait parula principaleet la maîtresse,
:
précieuse
«Mabonne,est-celui queIfon dit
i)Avoirautrefoistant écrit,
»Mêmecomposé quelquè,cho5e
» En verssurla métamorphose?
i)Il faut doncqu'ilsoitbel-esprit?»

« Aussil'est-il,etl'undesvrais,
» Repritl'autre,eldespremiersfaits.
«Seslettreslui furentscellées
i)Dèsleurspremièresassemblées.
STBACHAUMOHT. 4y
»J'ailalistede cesmessieurs;
» Sonnomesten tête desleurs.»
Puisd'uneminesérieuse,
Aveccertainair affecté,
Penchantsa tête de côté,
Et decetondeprécieuse,
Luidit: u Machère,en vérité,
» C'estdommage quedansParis
» Cesmessieurs de l'Académie,
n Touscesmessieurs lesbeaux-esprits,
«Soientsujetsà telleinfamie.»
L'enviede rire nous prît si furieusement,
qu'il
nousfallutquitterla chambreetlé logis,pouren
alleréclaterà notreaisedansl'hôtellerie.Nouseû-
mestouteslespeinesdu inondeà passerdansles
rues,à c&ùsede l'afilaéncëdu peuple.
Là d'hommeson voyaitfort peu.
Centmillefemmesanimées,
Toutesdocolèreenflammées,
Accouraientenfouleen celieu
Avecdestorchesallumées.
48 VOYAGE DECHAPBLLE
Ellesécumaient toutesderage;etjamaisonn'a„
rienvudesi teriblë.X'es.unes disaientquec'était
trop peudele brûler"; .lesautres,qu'ilfallaitl'é-
corchervifauparavant; et toutes,quesila justice
le leurvoulaitlivrer,ellesinventeraient dé;iiou-
veauxsupplices pourle tourmenter. Eiïfiiï
Onauraitdit,à voirainsi
Cesbacchantes.échevelées,
Qu'aumoinscemonsieur d'Assouci
Lesauraittoutesviolées; ..*.
et cependantilneleuravaitjamaisrienfait;Nous
gagnâmes avecbiendelàpeinenotrelogis,oùnous
apprîmes en arrivantqu'unhommede condition
avaitfaitsauvercemalheureux; et quelquetemps
aprèsonvintnousdirequetoutela villeétaiten
rumeur,quelesfemmes y faisaientunesédition,
et qu'ellesavaientdéjàdéchirédeuxpersonnes,
pour être seulementsoupçonnées do connaître
d'Assouci. Celanousfîtunetrès-grande frayeur;
Et de peurd'êtreprisaussi
Pouramisdusieurd'Assouci,
Cefutà nousdéfairegilc. ...^
ETBACnAUMOKT. 40
•Nousfûmesdonc assezprudens
' Pourquitternabordcetteville;
Et celafutd'assezbon sens.
Nousnoussauvonsdonc,comme descriminels,
par une porteécartée,et prenonsle cheminde
Massilargues, espérantd'y pouvoirarriveravant
la nuit. A une demi-lieuede Montpellier,nous
rencontrâmes notred'Assouci,avecun pageassez
joli quilesuivait.En deuxmotsil nouscontases
disgrâces;aussin'avions-nous pasle loisird'écou-
ter un longdiscours,ni delefaire.Chacundonc
alla de son côté;lui fortvite, quoiqu'àpied; et
nousdoucement; à causéquenos chevauxétaient
fatigués.Nousarrivâmesdevantlanuit chezM.de
Cauvisson, quipensamourirderire denotreaven-
ture.Il pritle soin,parsabonnechèreet par ses
bonislitsy.denousfairebientôtoubliercesfati-
gues.Nousne pûmes;'étantsi prochesdeNîmes,
refuserà notre curiositédenousdétournerpour
allervoir
Cesgrandsetfameuxbâtimens
Du pontdu Gardet desArènes,
(1)0 VQYAGE DECHAPELLE
. Quinous.restent
pour,mon'umcns
. Desmagpificences
romaines.
Ilssontplusentiersetplussains
Quetantd'autresrestessirares,
Echappés auxbrutales m ains —
.--„
Decedélugedebarbares v - --—--.
Quifutlefléaudeshumains.
FortsatisfaitduLanguedoc, nousprîmesassez
vitelaroutedeProvence par cettegrande.prairie
.de Bcaucaire,si célèbreparsa foire;etle même
jour nousvîmesdebonneheure
ParaîtresurlesbordsduHhôno
Cesmurspleinsd'illustres
bourgeois,
Glorieuxd'avoirautrefois
Eu chezeuxla couretletrône
Detroisouquatrepuissans rois.
jOny abordepar
Cetteheureuseetfertileplaine
Quidoitsonnomà la vertu
Dugrandet fameuxcapitaine . .
ICEACHAUatOST. Jl
Parquile fierDunoïs,battu,
Reconnutla grandeur
romaine.

Nousvîmes,pourvousparlerun peumoins
poétiquement, cettebelleet célèbrevilled'Arles,
qui,par sonpontde bateaux,nousfit passerde
Languedoc enProvence. C'estassurément la plus
belleporte.Lasituationadmirable decelieuy a
presque attirétoutelanoblesse dupays;et lesda-
tjnesy.sont,propres,.galantesetjolies;maissi cou-
v.erles
demouches, qu'ellesenparaissentun peu
coquettes. Nouslesvîmestoutesau cours, où
•nous'fûmes , ^faisantforfbien lew devoiravec
•quantitéde:measiëurs assezbienfaits.Ellesnous
donnèrent lieudelesaccoster,quoiqueiuconnns ;
fOtsansvanité,nouspbuvonsdire qu'endouxheu-
resde conversation nousavançâmes asseznosaf-
faires, et quenousfiniespeut-êtrequelques ja-
doux.Lesoir onnouspria d'uneassemblée, où
l'onnoustraitaplusfavorablement encore;mais
avectoutcela,cesbellesnopurentohtenir denous
qu'unenuit; et.lelendemain nousenpartîmes,et
traversâmes avec,biendelàpeine
5fl TOTAGE HECHAPELLE .. *
Lavasteetpierreuse
campagne, :.
Couverteencdrdecescailloux
Qu'unprince,revenant
d'Espagne,
Yfitpleuvoir ^
danssoncourroux»;-

Cestunegrande plainetoutecouverte decail-


louxeffectivement jusqu'àSalon,petitevillequi
n'a pointd'autreraretéqueletombeau*!e Noslra-
damus. Nousy couchâmes, et n'ydormîmes pasun
moment,àcausedesliantscrisd'une,comédienne
quis'avisad'accoucher cettenuit,prochedenotre
chambre, dedeuxpetitscomédiens. Untelvacar-
menousfitmonterà chevaldebonmatin;et cette
diligenceservità nousfaireconsidérer plusà no-
tre aise,enarrivantà Marseille, cettemultitude
de maisons qu'ilsappellentbastides,donttoute
la campagnevoisineestcouverte. Le grandnom-
breenestplussurprenant^ue la beauté; carelles
sonttoutesfort petiteset fortvilaines. Vousavez
tantouïparlerdeMarseille, quedevonsen entre-
tenirprésentement ceseraitrépéterles mêmes
choses,etpeut-être vousennuyer. ,-
ETBACHAUMOST. 53
ToutlemondesaitqueMarseille
Estriche, illustreetsanspareille
Poursonterroiretpoursonport;
Maisil fautvousparlerdufort.
Quisansdoutéestunemerveille.
' C'estNotre-Dame dela Garde;
Gouvernement commode et beau,
A quisuffit,pourfoulegardé* v~ ' ""
Unsuisseaveesahallebarde '
Peintsurla portedu château.
Cefort ësVsnriè.sommet d'unrocherpresque
et siliaut/élëvé,
inaccessible-, ques'ilcommandait;
à toutcequ'ilvoit au-aetfsous4£JU*Jlflpïupar*
dugenrehumainnevivraitqûë;sôus sonplaisir.
v Aussivoyons-nousque.'n'ôBTpis;,^,
bienl'importance,^,.
Enconnaissant
ontfaitchoix
Pourleconfier v
degensdeconséquence;
Toujours
Degenspourqui, danslesalarmes,
Ledangerauraiteudescharmes;
54, VOYAGE DECHAPELLE
De.gensprêtsà touthasarder,.
Qu'oneûtvuslong-temps commander,
Et dontlepoupoudreux eûth^lanchiëpus^lesarmest
Unedescription magnifique qu-onafaiteautre-
foisdecetteplace,nousdonnalà curiositédel'al-
lervoir.Nousgrimpâmes plusd'uneheureavînt
qued'arriverà l'extrémitéde cettemontagne, où .:
l'onestbiensurprisdenetrouverqu'uneméchante
masuretremblante, prêteàtomberaupremier vent.
Nousfrappâmes à laporte,maisdoucemerifj,'de
peur
dé la jeterpar terre;et aprèsavoirheurtélong-
tempssansentendremêmeun chienaboyersurla
tour,
Desgens,qui.travaillaientlà proche,
Nousdirent: a Messieurs,là-dedans
u Onn'entréplusdepuislong-temps. J
uLegouverneur decetteroche,
« Retournant encourparle coche.,
'''': » A,depuisenviron .quinzeans,
,' »Emporté la clefdanssapoche.»
Lanaïvetédocesbonnes,
gensnous,fitbien,rire;
ETSACtf AUJSIONT. 55
surtoutquandilsnousfirentremarquer unécri-
teauquenouslûmesavecassezde peine,car le
tempsl'avaitpresque effacé.
Portiondugouvernement
, ., Alouertoutprésentement.
'Plus bas,eupetitcaractère:
Ilfaut s'adresser
à Paris,
OuchezConrat,le secrétaire,
Ou.chezCourbé, l'homme d'affaire
Deftpusmessieurs lesbeaux-esprits-
n'avoirplusrien de.rareà
.--CroyaÏÏt-:apr.èjs;:-cela-
voir-ence-paysï^àoûslë,quittâmes et
sur-le-champ,
même:àvëc-empressement, pourallergoûter-des^
"muscats à la Cioutàtl
Nousn'y arrivâmes pourtant
..\£queforttard,parcequeleschemins sontrudes,et
'"-quepassantparCassis, dones'y
il ejt.bieiidifficile
pasarrêterà boire.Yqusn'êtespasassurément cu-
rieuxdesavoirdeîa Cioutat,
Quelesmarchands etlesnochers
La rendentfortconsidérable;
Maispourle muscatadorable,
56 VOYAGE DECHAPELLE
Qu'unsoleilprocheetfavorable
Confitdanslésbrûlansrochers,
T
Vousenaurez,frèrestrès-chers,
Etdumeilleur survotretable. -
Lesgrandesaffairesquenousavionsen celieu
furentachevées aussitôtquenouseûmesachetéle
meilleurvin.Ainsile lendemain, surlemidi,noùs
nousacheminâmes vers Toulon.Cetteville est!/
dansunesituationadmirable, exposée au midi,et
couverte auseptentrionpardesmontagnes.élevées
jusqu'aux unes/quiréridentsoiTportle plusgrand
et le plussûrquisoitaumonde. Nousy trouvâmes
M.le chevalierPaul,qui,par sa charge,parson
mériteet parsa dépense,éetle premieret le plus
considérabledupays.
C'estcePauldontl'expérience ---.
Gourmande làmeret levent,
Dontlebonheuretla vaillance
RendentformidablelaFrance .J,
AtouslespeuplesduLevant.
Cesverssont aussimagnifiques quesa mine;
mais,envérité/quoiqu'elle ait quelquechosede
/ET BACHATJMONT. -"^y"'fy
sombre,il ne laissepasd'êtrecommode, douxet
tônt-à-faithonnête.Il nousrégaladanssacassine,
si propreetsi bienentendue,qu'ellesembleunpe-
tit palaisenchanté.Nousn'avions.trouvé jusque-
là quedesorangers demédiocre grandeur,et dans
desjardins.L'envied'envoirde groscomme des
chênes,etdansle milieudescampagnes, nousfit
allerjusqu'àHières.Quecelieunousplut!Qu'il
est charmant! Et quelséjourserait-cequeParis
sousunsi beauclimat?
- Quec'estavecplaisirqu'auxmois
SifâcheuxenFranceetsifroids,
,^; On.estcontraintdechercherl'ombre
Desorangers qu'enmille,endroits
Ony voit,sansrangetsansnombre,
Formerdesforêtsetdesbois.
Là,jamaislesplusgrandshivers
N'ontpuleurdéclarerlaguerre.-
Cetheureuxcoindel'univers
Lesa toujoursbeaux,toujoursverts
Toujoursfleurisenpleineterre.
Qu'ilsnousontdonnédeméprispourlesnôtres.
58 VOYAGE DECHAPELLE
dontlesplus,conservés,
etlesmieuxgardésnedoi-
ventpa^être, en.c*omparaison,,
appelésdesoran-
gers!. ; ._• '. .__. .-,_ . -.
Carcespetitsnainscontrefaits,
Toujourstapisentredeuxais>
sousdescasemates, --,-
Et contraints
Nesont,à bienparler,quevrais
Etmisérablesculs-de-jattes.
Nousnepouvions terminernotrevoyage parun
lieuquinouslaissâtuneidéeplusagréable; aussi
dèslemoment plusqu'àretour-
nesongeâmes^-iious
nerà Paris.Notredévotion nousfitpourtantdé-
tournerunpeupouralleràlaSainte-Baume. C'est
unlieupresque et qu'onnepeutvoir
inaccessible,
sanseÛToi. C'estunantredansle milieud'unro-
cherescarpé,
déplusdequatre-vingtstoisesdehaut,
faitassurémentparmiracle;caril estaisédevoir
queleshommes
N'ypeuvent avoirtravaillé;
Et l'oncroit,avecapparence,
Quelessaintsespritsonttaillé
Cerocqu'av,e,c
tantdaconàtonce: „ ,".-".-
- ETBACHAtTMOKT. 5&
''^?Ç- Lasaintea si long-temps mouillé
•'Déslarinesdesapénitence.
Mais,si d'uneadresseadmirable
L'angea tailléceroc divin,
Le démoncauteleux et fin,
Eu afaitl'abordeffroyable,
Sachantbienquele pèlerin
Sedonneraitcentfoisaudiable,
Et sedamnerait enchemin.

Nousy.montâraos cependant avecdelapeinepar


unehbrrible'pîuie; et parla grâcedeDieu, sans
mûrmîiretun.seulmot;maisnousn'y fûmespas
plustôt arrivas,qu'ilnousprituneextrême impa-
tienced'ensortir^sans.savoir Nousexa-
pourquoi.
minâmes donc.assez brusquementla oizarrerie
de
cettedemeure, etnousnousinstruisîmes enunmo-
mentdesreligieux,deleur ordre,deleurscoutu-
/~';e-meset de leurmaniérédetraiterlespassans; car
cesontouxquilesreçoiventet quitiennenthôtel-
::;>;.';
lerie. "Xi4*
Onn'y mangejamaisdechair;
Onn'y donneque.dupaind'orge,
60 VOYAGE DECHAPELLE
Et desoeufs qu'ony Vendbiencher.
Lesmoineshideuxontdel'air ;^
Degensquisortent"d'une forge.
Enfin,celieusemble unenfer,-
Oupourlemoinsun coupe-gorge.
Onnepeutêtresanshorrenr -
Dedansceltehorribledemeure; '
Et la faim,la soifetla peur
Nousenfirentsortirsurl'heure.

et qu'ilfîtleplusvi-
Bienqu'ilfût presque.nùif,
laintempsdumonde,nousaimâmes mieuxhasar-
derdenousperdredanslesmontagnes, quedede-
meurera la Sainte-Baume. Lesreliquesqui sont
à Saïnt-Maximinnous portèrentbonheur, etnousy-.
firentarriver,avecl'aidéd'unguide,sansnous
êtroégarés;maisnonpassansêtremouillés. Aussi
la matinées'étantpassée
le/'lendemain, * entièreen #
dévotion,c'est-à-dire
à fairetoucherdeschapelets
à quantitéde corpssaints,età mettred'assez gros-
sespiècesdanslesIroncsYiHbps'àllâraes nouseni-
vrerd'excellenteblanchèttè-jLéNégréaux, et delà
coucherà Aix»,C'est une-capitalesans.rivière, et
•, w".- ET'BACnAUMOlJT. 6l
? donttouslesdehorssontfort désagréables; mais,
enrécompense, belleetassezbienbâtie,etdebon-v
riechère.Orgonfutensuitenotrecouchée* lieucé-
lèbrepourtouslesbonsvins; etlejourd'aprèsA-
vïgnonnousfitadmirerla beautédesesmurailles.
Madame y était,à quinousrendîmes
deCas'telane
visiteaussitôtle mêmejour, qui fut le jour des
Morts.Nousla trouvâmes chezelleenbonnecom-
pagnie.Ellen'étaitpoint,commelesautresveuves,
dansleséglisesàprier Dieu;

Carbienqu'elleait l'âmeasseztendre
-Pourtout cequ'ellê'aurait
chéri,
' Onauraitpeineàla surprendre
. Surlétombeau desonmari.

Avignon nousavaitparusibeau,quenousvou-
lûmesy demeurer deuxjourspourl'examinerplus-
valoisir.Lesoir,quenousprenionslefraissnrles
bordsduRhôneparunbeauclairdelune,nousren-
contrâmes un hommequise promenait, qui nous
Son
semblaitavoir de l'air du sieurd'Assouci.
manteau,qu'ilportaitsurle nez,empêchait
qu'on
-;W' .-''
6à VOYAGE DECH*T^LE
J^_ nelopûtbienvoirauvisage. Danscetteihceriitu-
nousprimeslalibertédél'accoster,
V:^.r^'-dfi, etdeluidé-
* mander: \-
•,:V".,*.---
u Es't-co
vous,monsieur d'Assouci ?»
' u Oui,c'estmoi, mevoicïi
messieurs;
»N'ayantpluspourtoutéquipage;/~?
r>Quemesvers,monluthetmonpage.
«Vousmevoyezsurle pavé
i>Endésordre, malpropre et sale;
DAussije masuisesquivé
DSausemporter paquetnimalc;
>jMaisenfinmevoilàsauvé,
» Carje suisenterrepapale.»
Il avaiteffectivementavecluile.mème pageque
nousluiavionsvulorsqu'ilsesauvadeMontpellier,
et quel'obscurité nousavaitempêché dediscerner*
Il nousprit enviedesavoirauvraice que,c'était
quecepetitgarçonnetqucîlc.bcllcqualitèl'oblir
.geaità le meneraveclui; nous,le questionnâmes
doncassezmalicieusement, luidisant: -
<tCepotîl'pagequivous suitj ''
»Et -qïii.-dorrièro^oûssoglisse,;-
."
vET'EACnAUMOKÏ-
» Quesait-il?En quelexercice,
instruit?
».E&qHeLarVl'^aveis-voûs
S'ilvousduit,
«II saittout,dit—il.
votreservice.»
»Il esthieîf.à.

Nousïë remerciâmes lorsbiencivilement,


ainsi
quevouseussiezfait; et ne lui répondîmes
autre
chose
(cQu'adieu, huit.
bonsoir'etlionne
*•-» De'votrepagequivoussuit,
î>Et quiderrièrevousseglisse,
» Et detoutcequ'ilsaitaussi,
^ MGrandmerci,monsieur d'Assouci.,
\ » D'ansi bcl-offrc,.de
service,
» Monsieur * ;
d'Assouci,grandmerci.ÎI
Notrelettrefiniraparcebelendroit.Quoiqu'el-
lesoitécritedeLyon,ce-n'csfcpas
quenousn'ayons
encoroà vousmanderlesbeautésdu-Pont-Saint-
Esprit,desbonsvinsdeCondrieux etdeCôte-Rô-
tie; mais,en vérité,noussommessi lasd'écrire,
quela plumenoustombedesmains,outrequonous
64 VOYAGE DBCHATELLE
voulonsavoirdequoivousentretenir,
lorsquenous
,
auronsle plaisirdevousrevoir.Cependant,
Sinousallionstoutvoûs^e'dufreîj
Nousn'aurions plusrienSATOUS
dire;
'
Et voussaurezqu'ilestplus^dotri'''££?j.
Decauserbuvantavecvous,^'^^^t-x,^
Qu'envoyageant devousécrire.
Adieu,lesdeuxfrèresnourris
Aussibienquegensdela ville,
Quenousaimonsplusquedixmille?
Desplusaimables deParis.
TJATE.
DeLyon,oùl'onnousadit
Quele roi,parunrudeédit,
Avaitfaitdéfensesexpresses,
Expressesdéfensesà tous,
Deplusporterchausses Suissesses.
Cetédit,quin'estrienpournous,
Vousréduitengrandesdétresses,
grossesfesses:
Grossesbedaines,
Caroùdiablevousmettrez-vbus?
ETBACHAUMONT. 65
ADRESSE.
Amessieurs
lesaînésBroussihs.
la rue ;
Chacunenseignera
Carleurdemeureestplusconnue
AuMaraisqueles Capucins.
VOYAGE

DE LANGUEDOC
ET

DE PROVENCE.

PAR M. L. F.

A MADAME
***.
Le24septembre
1740.
C'estdonc très-sérieusement,Madame,que
vousdemandez la relationdenotrevoyage.-Vous
la voulezmêmeenproseet envers.C'estunmar-
chéfait, dites-vous,nousnesaurionsnousendé-
dire,tl fautbienvousencroire; maiscroyezaussi
quejamaisparolene futpluslégèrement engagée,
Je suissùi*
68 VOYAGE .DELANGUEDOC
Quetouthomme sensérira
D'uneentreprisesi falotUj
Quepersonne nenouslira;
Ouqueceluiquilefera,
Acoupsûrtrès-fort :
s'ennuiera
Queversetproseonsifflera } , :. ._
Et quesurcettepreuve-là <-.-;." .* -
Lerégiment delacalotte
Poursesvoyageurs nous-prendra.
Quoiqu'ilenpuissearriverjleplusgrandmal-
heurseraitdevousdéplaire. Nousallonsvouso-<
béirdenotremieux.Maisgardez-nous au moinsle
secret.Un ouvragefait pourvousnedoitêtre
mauvais qu'incognito.
Comme cen'estpointiciunpoème épique,nous
commencerons modestement parCastelnaudary,et
nousn'endironsrien.Narbonne ayant'étélepre-
mierobjetde noireattention,seraaussilé pre-
N'yeût-ilqueces
mierarticledenotreitinéraire.
ancieune«inscriptions là
qu'asi fort respectées
-temps,cetteNarbonne un peupluadïé-
Jméritait
gardsquen'enonteulesdeuxcélèbres voyageurs.
ETDEPROVENCE. 6*9
Nouspouvons attesterqu'iln'yplutni n'y tonna
pendantplusde quatreheures,et quejamaisle
cielnefut plussereinquelorsquenousen partî-
mes.
Maisvulelocalenterré
Delàcitéprimatiale,
Nouscroyons, toutconsidéré,
Quequandlasaisonpluviale,
Aumilieuduchamp labouré
Fermelabouche à la cigalo,
, ^Toutesleseauxont conjuré
" , bongrémalgré,
D'^euvironner,
.; î^avillearchiépiscopale:
,Çequi;rendreiïéu.révéré
..,_.,Uncloaquebeaucoup tropsale,
. ;: DequoiChapelle a;murmuré j'
.; t Maisd'untonsi peu.mesuré,
A Qu'il-èn résulte'grand«caudale.:
Aupointqn'ùnpréb'endièr lettré
Del'églisecollégiale
, NqHadit, d'unair très-assuré,
Quecevoyagecélébré
N'étaitaufondqu'oeuvre deballe.
70 VOYAGE DELANGUEDOC
Et queNarbonne,qu'ilravale,
admiré.
Nel'avaitjamais

Le fait, Madame, estvraià la lettre;à telles


enseignes queledocteprébendiersedessaisiteuno-
trefaveur,avecunejoieextrême,del'oeuvre de
cesmessieurs, quiluiparaissentde très-mauvais
plaisaus. Cen'estpasauresteleseulplaisirqu'il
nouseût fait.Cegénéreux inconnunousavait
menéaupalaisarchiépiscopal, admirer lesantiqui-
tés qu'ony a Teoueillies".Par soncrédit,nous
vîmestoutelamaison , grande,noble,clairemême
endépitdetoutcequidevraitlarendreobscure.
Maisonalogéunpeuhautleprimatd'Occitanie,
Nousavionsensuite suivinotreguideà lamétro-
pole,quiseraunefortbelleéglise,quandilplaira
à Dieuet auxÉtatsdefairefinirla nef.Quanta
ce tableau , si dénigrédausl'oeuvresusdit,mcs-^
sieursdeNarbonne touslesjours,
le regrettent
malgré la copiequeM.le ducd'Orléans leuren
laissalibéralement,.maisqu'ilstrouvent fortmé-
diocre,quoique le Lazarey soitpeut-être aussi
noirquedansl'original.-
ETDETROVENCE. 7I
_Nousreprîmesnotre'chemin, et parcourûmes
gaiement leschausséesquimènentà Béziers. Cette
villeestpourseshabitansun lieucéleste,comme
il est aiséd'enjugerparunpassagelatind'unde
leurs auteurs,dontje vousfais grâce.La,nuit
nousayant surpris-avant d'y être arrivés,'nous
fûmestentésd'y coucher. .
Maïssachantpartradition
Quedanscetteagréable ville,
Pourle soldechaquesaison,
Très-prudemment chaquemaison
A sbin:d'avoirun domicile:
Et craignantpournioncompagnon,
Quipourmoin'étaitpastranquille,
Nouscriâmes au postillon
AuplusvitedefairegUle.
Cefut donc'a Fezenasquenousallâmescher-
chernoiregite.'Hétaittard quandnousy arrivâ-
mes; les portesétaientfermées.Nousen fûmes
si piqués, que nousne voulûmesplusy entrer
quaudon les ouvrit le lendemain matin.Mais
quenousfûmesenchantés desdehors!Il n'enest
^? TOYAQE DE-lANCOJ^DOC
joint^deplns,rians.nlde,mieuxcultivés.,. Qiroj;
.quePezenas n'aitpasde proverbe latin en safa-
veur.,an moinsque je connaisse,sa situation
vautbiencelledeBéziërs.La chaussée qui coin-
anenceaprèslescasernes du.roi,ne durapasauf
t^nt que nousaurionsvoulu.Elleaboutità .une
routeassezsauvage,quinousconduisit à Valle-
roagne,lieupassablement dignedelacuriositédes
voyageurs.-'
PrèsTÏ'unechaînederochers
S'élèveun;monastère antique.
Desonéglisetrès-gothique,
Deuxtours,espècedeclochers.
Ornentla façaderustique..
Leséchos,s'ilenestdanscetristeséjour,
D'aucunbruitn'yfrappent l'oreille:
Et leurtroupeoisivesommeille
Danslescavernes d'alentour.
Dépêche,dis-jeà unpostillonde quatre-vingts
ans quichangeaitnoschevaux;l'horreurmega-
gne: quellesolitude! c'estla Thébaïdeen rac-
courci.Allons,l'abbé,nivousnimoinecommer-
r JT J3EPROVENCE. ^3
çons:ayeclesanachorètes. Eh !departouslesdi.a-
bles.,.cesontdesbernardins-; s'écriale maîtrede
la poste,quenousne croyions passi prèsdenous.
Or,vous saurez.quecehouhoinme pouvaitfairela
différence d'unanachorète et d'unbernardin ; car
il avaitsurun vieuxcoffre,à côtéde sa porte,
quelques centaines defeuilletsdelàviedosPères
dudésert,rongésdesrats. Si vousvoulezdîner,
ajouta-t-il,entrez,onvousferabonnechère.
Nosmoinessontdebonsvivans,
L'unpourl'autrefortindulgens ,
. Nefaisantrienqui lesennuie,
Ayantleur-cave biengarnie,
Toujoursreposéset contens,
Visitantpeula sacristie;
Maisquelquefois lesjoursdepluie
PriantDieupourtuer letemps.
Il estvrai qu'ilsavaientprofitédecettemati-
née-là,qui étaitfortsombreet fort pluvieuse'
pourdépêcher unegrand'messç. Nousgagnantes
le cloître.Croiriez-vous,madame,qu'un,cloître
de solitairesfût une grotteenchantée?T«lrot
7* VOYAGE DELANSUEDOG
pourtantceluide l'abbaye deVallemagnej je ne
puisle comparerqu'aune décoration Il
d'op'érà.
y asurtoutunefontainequimériterait le pinceau
del'Arioste.Elleressemble commedeuxgouttes
d'eauà lafontainedel'Amour. s
Sursescolonnes, desfeuillages
Entrelacésdansdesberceaux ,
Formentundômederameaux,
Dontlesdélicieux ombrages
Fontgoûter,dansdeslieuxsi beaux,
Lefraisdesplussombresbocages.
Souscettevoûtedecerceaux*,
La plusheureuse desnaïades
Répandlecristaldeseseaux
Par deuxdifférentes cascades.
Aupieddeleurdernierbassin,
Unfrèreigarçontrès-capable,
Entourédeflaconsdevin,
Plaçaitlebuffetet latable.
Toutauprès,undînerdontla suaveodeur
Auraitduplusmincemangeur i
Provoqué la concupiscence,
ETDErnovENCE. 75
Tenusurdesfourneaux à sonpointde chaleur,
la présence
Pourdisparaître,attendait
De quatrebernardins
quis'ennuyaieutau choeur.
Danscemoment nousenviâmes presquelesort
decespauvresreligieux:nousnousregardions de
cetair quipeintsi bientousles mouvemens de
l'âme.Chacundenousappliquaitce qu'ilvoyait
à savocationparticulière,etnousnousdevinions
sansnousparler.
L'abbéconvoitait l'abbaye:
Pourmoi, quipensaismoinsà Dieu,
Ah! disais-je
, si danscelieu
Je trouvaisIris ouSilvie
CarVoilàleshommes. Cequiestun sujetd'édi-
ficationpourlesuns,estun objetdescandale pour
lesautres.Quedemoraleà débiterlà-dessus !Pre-
nonscongédela délicieuse fontaine:ellenousa
menésun peuloin.
OfontainedeVallemagne!
Flotssanscesserenouvelés
,
j& VOYAGÉ-.DE.LAN0UED08
Làpluslagréable "
campagne. ,, .."
Nevautpas,vos bordsisolés.
Il n'y avaitplusqu'unepostepourarriverà
Lonpian , lieucélèbreparsesvins,dontnos.de-
vanciersvoulurentsemettreà portéede jugçij.
Leursimitateurs,ence pointseul,nousnousy
arrêtâmes. Maisl'année,nousdit-on, n'avaitpas
étébonne.L'hôtesseentrepritdenousdédomma-
geravecdeshuîtresd'ungoûtfortinférieurà cel-
lesdel'Océan.
Remontés enchaise,nousnouslivrionsà l'ad-
miration quenouscausaitla beautédupays,
deux
Quand gentilles demoiselles, ' ~;
D'unair agréable etbadin
Quin'annonçait pasdescruelles,
Nousarrêtèrentenchemin.
Ellesnousdemandèrent desplacesdansnotre
chaisepourallerjusqu'auvillageprochain , qui
étaitlelieudelaposte.L'abbéfut impolipour,la
première foisdesa vie; il les refusainhumaine-
ment;etjefusobligé,malgré moi,d'êtrederooi-
tiédans«onrefus.
. ETDEPROVENCE. nf.
;,Nonscommencions .alorsà côtoyerl'étangde
Thau, quisedébouchedansle golfedeLyonpar
le pWtde'Cetteet parle passagedeMaguelone. Il
fallut descendre
1,enfaveurdemon compagnon ,
q'uivoyait'poufla premièrefoisles campagnes
d'Amphitfite,et qui voulait contempler à son
aise '"
Cevasteamasde flots,cesuperbeélément
De l'aveugleFortuneimagenaturelle,
Commeelleséduisant,etperfidecommeelle:
' Asiledesforfaits,noirséjourdeshasards,
Théâtredangereux ducommerce et de Mars;
Dèsplusrarestrésorssourceavareetféconde,
Et l'empirecommundetouslesroisdu monde.
Nousarrivâmesenfinà-Montpellier. Cëtte^ville
n'aurarien de)nousaujourd'hui,Madame; etvous
vouspasseriezhrcn:desavoir"qu'aprèsnousêtre
fait d'abordconduireau jardinroyaldesplantes,
qui pourraitêtremieuxentretenu,et avoirpar-
courulégèrement au retourtout cequ'onestdans
l'usagede montreraux étrangers,nousvînmes
avecempressement chercherun excellentsouper,
78 VOYAGE DE.LAKOUEDOC
auquelnousétionspréparésparlerepasfrugalque
nousavionsfaità Lotipian.
'•La matinéedulendemain fut employée à visiter
laMosson etlaVérune.Les. eauxet lespromenades
de celle-ci
neméritentguèremoinsdecuriositéque
la magnificencedelapremière,où ily a desbeautés
royales;maisoù, sansêtre difficile à l'excès,on
peuttrouverquelques défautsauxquels; àlavérité,
le seigneurchâtelainest enétatderemédier.
Nousnoushâtâmesaprèscelade^aghé^Lunël,
oùnousfûmesaccueillis parM.delà***, majordu
régimentdeDuras,qui commandait danscequar-
tier.Il nousdonnaunaussibonsouperques'ilnous
eût attendus.L'abbéenprofitamédiocrement.

Il quittacettebonnechère
Pourunedévoteaction
Queceuxdesaprofessionrkt
Nefontpastroppourl'ordinaire.
Cefut,je crois,sonbréviaire
Quicausasadésertion..
Notreconvivemilitaire
Partageamonaffliction.
ETDEPHOVEKCE. 79
Maiscomme entouteoccasion
LaProvidence débonnaire
Compense, d'unemainlégère.
Plaisirettribulation,
Laretraitedemonconfrère
Grossitpourmoilaportion
D'unvindeSaint-Emilion
Qu'àLunelje n'attendais guère.
Unepartiedelanuitse passajoyeusement à ta-
ble.Nousnousséparâmes denotrehôteàhuitheu-
resdumatin,et nouscourûmes à Nîmespoury ad-
mirer";cësouvragessi supérieursaux ouvrages
modernes J si dignesde la poésiela plusmajes-
tueuse";ëh un ihbt^leschefs-d'oeuvre immortels
dontcettecité,autrefoissi considérable,a étéen-
richieparTesrtom'ains. Les arènes.s'aperçoivent
d'aussiloinquela villemême.
Monument quitransmet à lapostérité
Et leurmagnificence, et leurférocité.
Par.desdegrésobscurs, sousdesvoûtesantiques.
Nousmontons avecpeineausommet desportiques-
Lànosyeuxétonnés promènent leursregards,
$3 VOYl&B? DE'LAWGUBTJOC
Surlesrestespompeux dufàst'e.desCésar's.
n
Nouscontemplons l'enceinteoùl'arèneso^îlléc
Partoutlesangthmnaindont^Ue futmouillée.
Violant d efoisle ordonner
peuple; "
IeSrépas
Ducombattant vaincuquiluitendaitlesbras.
Quoi!dis-je,c'estici,surcettemôme pierre-
Qu'ontépargnélesans,lavengeance etlaiguerrè,
- Quece\sexesicher au.restëdesmortels]--ï~$ûf
Ornement adoréde cesjeuxcriminels, \ „.
Venaitd'unfrontserein,etdeméurlres^avîde, .;.
Savoureraloisirunspectacle homicide! '.
C'estdansce tristelieuqu'unejeunebeauté,
Nerespirant ailleursqu'amour etvolupté,
Parlegestefataldesamainrenversée,,
Déclaraitsanspitiésabarbarepensée,..^ '
Et conduisaitdel'oeille poignard suspendu
Dansle flancducaptifà sespiedsétendu.

Desvoyageurs foutdesréflexions à proposde


tout. J'avoue,Madame, quelatiradeestun^neu
sérieuse.Je vousendemande Lavue,d'un
pardon.
amphithéâtre romaina réveillé^ën moile»idées
_;:_-.-,..
tragiques.,*-;_.r , • - .- '
iETDEPROVENCE» . Jjfc.
Ceseraiticileliende^vous donnerquelque idée
desautresantiquitésde Nîmes.La Tour-Magne,
le templede Dianeet lafontainequi est auprès,
ont, dansleursruinesmêmes,, quelquechosed'au-
guste.Maisce qu'onappellela Maisoncarrée,
édificequ'onregardecomme lemonument detoute
l'antiquitéle mieuxconservé,frappeet fixeles
yeux;^efi:moinsconnaisseurs. . -r
On prouveà chaquepas desbas-reliefs et des
inscriptions.Les aiglesromaines,plusou moins
enti^res^sp.jsroient
partout.Enfin,parje pesais
quel encbaDtement, on s'imagino,plus de treize
-centsansaprèsl'expulsion totaledesRomains hors
lés.Gaules,seretrouveraveceux, habiterencore
unedeleurscolonies.Nousen séjournâmes plus
long-temps à Nîmes.Un jour francnoussuffità
peinepourtout.voiretrevoir.Cetempsd'ailleurs,
grâces)àM.d'A***,ne*.pouvait être mieuxem-
ployé;il ne nousquittapoint;et l'onne saurait
rienajouterà la réceptionqu'ilnousfit.

Ordoncprionsla Providence
Deplacertoujourssurnospas
G
82 VOYAGE DEEAWGUEUOU
* •Le Languedoc etla Provence,
/.-Et surtoutmessieursdeDuras:
Rencontre douceet gracieuse
Pourlesvoyageurs leursamis>
• - Autantqu'elleseraitfâcheuse — -'--,
Pourlesbataillonsennemis.

. Il nousrestaitle pontdii.Gardv-Notre curiosité,


excitéedé plus>nous-fitquitterle cheminde la
poste.Aprèsuneinfinitédedétourstortueuxentre
deuxmontagnes,nous noustrouvâmes, sur les
bordsduGardon,ayantenperspective le pont,ou.
plutôttroispontsl'unsurl'autre;'.^ ._. ^ :..,.,..
PourvouspeindrelepontduGard,
Il nousfaudraitemployerl'art
Et lejargond'unarchitecte.
Maisnouspens*ons qu'àcetégard,
Denotrecoupletropbavard,
Lasciencevousestsuspecte;
Aussi,sanscourirdehasard,
Notremusetrcs-circonspcctc /
Ne.forô pointdéfolécart
S ETDEPROVENCE. 8.7
*' '. Sursesarches qu'ellerespecte,
Quisans.doute périronttard.
Ici, Madame, l'admiration épuiséefait placeà
unesurprise mêléed'effroi.11nousfallutplusieurs
heurespourconsidérer ce merveilleux ouvrage.
Imaginez deuxmontagnes séparéesparunerivière,
etréuniesparcetriplepont,oùlahardiesse ledis-
puteà la solidité.Nousgrimpâmes jusquesurl'a-
quèduc, quenoustraversâmes presqueenrampant
d'unboutà l'autre.
*;,,. Offrant-.-ira
culteromanesque
A ceslieuxdérobés auxcoups
Delabarbarie arabesque,. z
Et mêmeéchappés aucourroux
Decepourfendeur gigantesque ', .*
QuidesRomains futsijaloux,
:Quesafureurdétruisitpresque
Cequelotempslaissaitpournous;
Examinant à.deuxgenoux
TJadébrisdepeintureà fresque,
Et d'unoeilanglaisoutudesque
Dévorant jusquesauxcailloux.
84 VOY*.«B.»»;DAUGHEDOe
Puisquittantàregret,quoiqueavecunesortede
confusion,un monument troppropreà nouscon-
vaincredela supérioritésansbornesdes Romains,
nouspoursuivîmes etnefûmesplus'oc-
notreroute,"
cupésaprèscelaqueduplaisirdëfeyoirbientôtun
amifort cherquenousallionschercherdesiloin.
Cetteidéeflatteusefutlesujetdenoireconversa-
tion lerestedela"journée.
Sur:îësoir,l'approchetTe
Villeneuve fitdiversionà nosentretiens.Duhaut
dela montagne, d'oùnousl'aperçûmes, celtejolie
villeparaîtêtre dansla plaine,quoiquesur une
côtefortélevée.Labeautédnpaysageetlalargeur
du Rhôneformentlepointdevuelo.plussurpre-
nantetleplusagréable.
C'esticiqueduLanguedoc
Finitlaterreépiscopalc.
Al'autrerive,surunroc,
Estlacitadellepapale,
Quesousla clefpontificale,
Lesgensdesoutaneet defroc
Défendraientfortbiendansun choc,
Avecune.ardeur sanségale,
BTDEPROVENCE. 8»
ContrelestroupesdeMaroc, *
Lamerleurservantd'intervalle.
Nouspassâmes lesdeuxbrasdu Rhône,et nous
arrivâmes à Avignon, aumilieudescrisdejoîe et
desacclamations d'unpeupleimmense. N'allezpas
croirequetoutcetintamarre se fit pournous.On
célébraitalorsdanscettevillel'exaltationde Be-
noît XIV.Lesfêtesduraientdepuistrois-jours.
Nousvîmesla dernière,et sansdoutela plus
belle.
Nosyeuxehfurentéblouis.
l'ordonnance,
L'art,la.richesse,
, Avaient épuisélascience
Desdécorateurs dupays.
Aumilieud'unegrandeplace
Douzefagotsmalassemblés
D'unenombreuse populace
Excitaient lescrisredoublés.
Toutautourcinquante figures,
Qu'onnousditêtredessoldats,
Pourfairecesserle fracas,
Vomissaient untorrentd'injures;
86.- VOYAGE DE-LANGUEDOC
Maisde peurdesègratignures, \
Us criaient,et nebourraient.pas.
Alorslescanonscommencèrent.
Le commandant, vêtudebleu,
Auxfusiliersquisetroublèrent,.:,
Permitde.seremettreunpeu.
.Puis,leursvieuxmousquets ils levèrent:
Trente-quatre firentfanx-feùi^.f : >^
Et quatorzeeutirantcrevèrent. -;
Sipersonnene fut tué,
Oupourle moinsestropié
Par cettecomique décharge, }
C'estun miracle., en vérité,"
'
Quimérited'êtreattesté.
Maisnousprîmessoudainle lai'ge,
Voyantquel'alguasilmajor
Voulaitfairetirer encor.
Nousentrâmesen diligence.
Au palaisdeSouExcellence
Monseigneur lovice-légat.
C'estlà quepourRomeil préside,
Et c'estdanssacourqueréside. , .
T.1DEPROVENCE. 87
Toutelapompe duComtat.
D'abord nilanterne,nilampe
Lanuitn'éclaire l'escalier:
Il fallut,pournousappuyer,
A tâtons,duferdela rampe
L'unetl'autrenou3étayerA
Aprèsavoirà lîaventure
Fait-enmontant plusd'unfauxpas,
Noustrouvons unesalleobscure,
Où,surquelques vieuxmatelas
QuatreSuisses deCarpenlras
Nebuvaient pasl'eautoutepure.
Maisriende'plusnepûmes voir.
Unvieuxprêtre/ëntr'bùvrànt laporte
D'unappartement asseznoir,'
Dit: Allons,vite,quel'onsorto;
Toutestcouché; mëssieurs,'bonsoir.
Notreambassade ainsifinie,
Nousrevînmes ànotrehôtel,
OùDieusaitquelle compagnie
D'unetableassezmalservie
Dévora lerégalcruel.
88 VOYAGE DÉXANGUEboa
Lamaîtresse,•dîa'illeurs
polie, '
Pournousexprèsavaittrouvé
Un decesbatteursdepavé
Vraidoyendemessagerie; ''
Surlefrontduquelëst'gr'avé'
Qu'ilsontmentitouteleurvie.
Il venaitdepasserlèsmonts.
Monbavard,sansqu'onlesemonce..
Faisantetdemande èt'TépÔnsïv
sermons, "_•
Parled'église,'de ^
De consistoires,
d'audiences,
Deprélats,denonnains, d'abbés,
Demoineset desigisbés,
Demiracles etd'indulgence,
Du dogeetdesprocurateurs,
Desfrancs-maçons et destrembleurs,
Del'opéra,delagazette,
De Sixte-Qnint,deTamerlan,
DeNotre-Dame deLorette,
Dusérailet deKonli-K.au,
De verset degéométrie,
dethéologie, *
D'histoire,
DeVersailles,dePètersbourg,
' -ETDÉPROVENCE. '"" 89
; *- Dèsconciles, delamarine,
Du conclave, dela tontine,
Et dusiège.de Philisbourg.
Il parlaitpourleNouveau-Mouthï.
Maisdefureur,jemelevai,
Et promptement je mesauvai
Comme il faisaitdéjàsaronde
DanslesplainesduParaguai.
J'arriveenfinaudomicile
Qui,jusqu'auretourdu soleil,
Semblait aumoinspourmonsommeil
M'assurer uncommode asile;
. . J'y fusaussitôtiufeçté
Par l'odeurd'unsuifempesté,'
Resteexpirantdela bougie
Dont,avecprodigalité,
Toutecettevilleébaubie,
Ornaitportailet galerie
Enl'honneurdeSa,Sainteté.

Jen'enfuspasquittepourcevilainparfum.Un
nuagedécousinsmetint compagnietoutela'nuit;
cequimerappelafort désagréablement
uncertain
§0 VOYAGE EELANGUEDOC
voyaged'Horace,dontla relationvaut un peu
mieuxquecelle-ci.
Cependant l'Aurorevermeille
Répandues feuxsurl'horizon.
Jemelève,l'abbés'éveille,-
J'entends lefouetdupostillon.
Cefutpour-moi bruitagréable. -,,'
Adieudonc,villed'Avignon,
Villepourtanttrès-respectable,
Si danstesmurstoutcurieux
Quivavoirfairel'exercice
Risquaitmoinssavieousesyeux.
Et qu'unbonordredepolice
Mîttouslesconteursennu3'eiiK
DanslesprisonsduSaint-Office.
Riendeplusbeauquel'entréeduComtatparle
Languedoc; rien de pluscharmantquela sortie
d'Avignonparla Provence.
Desdeux côtésd'un chemincomparable à
ceuxduLanguedoc, régnentdescanauxquiletra-
versenten milleendroits.La Duranceenfournit
une partie;lesautresviennentde Vaucluse.Le
ETDE.PROVENCE. . 01
Gristal desuns,l'eautroubledesautres,
transparent
fontdémêleraisément ladifférencedeleurssour-
ces.Dehautspeupliers, semés.sansordre,y défen-
dentdusoleil,dontl'ardeurcommence àêtreextrê-
me.Ontoucheàlaprovince duroyaume laplusmé-
ridionale. LaDurance, qu'onpasseà Bompar, nons
fitentrerinsensiblement enProvence.
D'arideschemins, unechaînedemontagnes, des
olivierspourtouteverdure,telleestlaroutequi
nousconduisit à Aix,grandeetbellevillequivaut
bienunarticleà part.Nousleréservons, Madame,
pourle secondvolumede.cet.ouvrage.mémo-
rable.
Ici finira,enattendant,le bavardageducouple
d'amisvoyageurs,qu'un,secondpassagedela .
Durance,à quatreoucinq.lieues d'Aix,fit enfin
arriverau termedeleurscourses,auchâteaude
Bl***.
C'estdecebrûlantrivage,
Dontl'ardente
aridité
Offrelepinpourbocage,
Undésertpourpassage
#2 VOYAGE :DB.:I,ASODEBO«
Parlestôrrenshumecté ; '
Lieuxoù'l'oiseaudécarnage
Disputeauhibousauvage
JD'nnrocla concavité,
. Unchênedétruitparl'âge:
Noirthéâtredelàrage
Deplusd'unventredouté.
Oùl'épouxpettrespect^'; ';.•.V
D'unedéesse ''•"-*
volâge',-
Forgeparmaintalliage
Lestraitsdeladéité
Quid'unsourcilirrité
Etonne,ébranle, ravage
L'universépouvanté.
MaislaissonscêVadotage.
Decelieutrès-peu flatté
J'osevousoffrirl'hommage
D'unmortelpeudansl'usage
Detrahirlavérité.
Sansl'avoirsollicité;
Sinoblessesansfierté,
Agrément sansétalage,'
Raisonsansaustérité,'
ETDEPHOVENCB. JJ3
Fontununiqueassemblage;
. Cestraits,votreheureuxpartage,
Honorent l'humanité..
Hélas.!la naïveté.....
Dececompliment peusage
Doitvousplairedavantage
Qu'undiscours plusapprêté,
Dontlebrillantverbiage
Manque deréalité,y
Sidématémérité
J'ai crucacher_lelangage,
Soûsrauspice.accrédilé....
. Del'agréable voyagé.. ..=-•.''
Quiparfameuxpersonnage
Vavousêtreprésenté;
Pardonnez cebadinage:
Voyezmonhumilité:
Del'éclatd'unfauxplumage
Je nefaispointvanité.
Lamodestie à monâge
N'estcommune qualité.
la comtesse-
Onvousmentsur Mm, Madame
g* VOYAGE DETiAJfGtTEDOC
L'auteur,très-véridiqued'ailleurs,s'estégayésur
la peinturequ'ilfaitdelui et desesétats.Il vous
donnepourundésertaffreux, unséjouraussibeau
qu'ilsoitpossibled'entrouverdansun«pays-de
montagnes. .:; .'

Carnouslisonsdansdeschroniques VJ
Quine sontpàs-encor "
ptthliçfïiëi,,-
Qu'autrefoislebonroi René
Danscetasilefortuné•'
Faisaitdesretraitesmystiques.. .f.:....
Onvoitmêmeuncanalfortnet,
Où,sanstassenigobelet, . : \
Ceroibuvaitl'eauviveet pure,.-.
Dontlafraîcheuretlemurmure
L'endormaient dansuncabinet
Formédefleurset deverdure;
Et denosjoursunebeauté'.
' Qui n'étaitrienmoinsque'bigote,
Avecunesoeurpeudévote
Y cherchal'hospitalité.
C'étaitla fugitiveHortense,
Laquelle^nouadit-oniei> : ^. .^ ~
ETDEPROVENCE. g5
• Surlesrivesdela Durance,
Nepourchassaitpassonmari.
Voilàcequec'est,Madame, quecelieusi fort
défigurépar sonseigneur.Quene peut-onvous
. faire connaîtreaussi,tellequ'elleest,la damedu
château J Cetteentreprisepassenosforces.II est
difficilede bienlouerce qui est véritablement
louable.Peindremadame la marquisede M***,
c'estpeindreSla douceur,la raison,lesbienséanr
ceset la vërtu^môme.
foistaisons-nous!
Ohl.pdiir^cettë
Dieuvousgarde,aimables époux
Quechacunchéritetrévère,
. Denotrelong-itinéraire.
L'ennuiretombera sur nous.
S'iln'ale bonheurdevousplaire.
SUITE

DU .VOYAGE

DE LANGUEDOC
ET

DE PROVENCE.

À M. **»..: /-
Le a8 octobre17^0.

voyageurs,
ThnagjflÊ^tTois
Et quipourtantnësbntmenteurs,
Qu'unevoituredélabrée,
Pardeuxmaigres chevauxtirée,
Pendanttroisjoursa fracassés,
meurtriset versés
Disloqués,
Jusqu'àcertainlieupleind'ornières
3
g8 . VOYAGÉ DEEANGUEDOC
Oùlesditschevaux, mortsdefaim,
Malgré millecoupsd'étrivièresi
Sesontarfêtèsenchemin,
Nousfaisantclairement comprendre_.._.„ .
Qu'ilsavaientassezvoyagé;;
-. ; V ^ .^
Quedenousilsprenaient congé,
Et qu'ilsnouspriaientdedescendre.
Jugezdonc,aprèscecadeau,
Dequelair,sansfeunimanteau,
Parunehuittrès-pluvieuse,
Notretroupe,fortpeujoyeuse,
Traversant àpiedmaintcoteau,
AuboutdJuncroutescabreuse
Parvientenfinjusqu'auchâteau.
Peignez-vous danscetteaventure
Troistêtesdontla chevelure,
Distillantl'eaudetoutesparts,
Imiteassezbienlafigure
DesScamandres etdes^Sangars.

Voilà,Madame,leportraitaunatureld'unmar-
quisfortaimable,
d'unsénateur quinepeut:seilouer
lui-même,parcequ'iitientla plume,et d'untrès-
ETDEPROVENCE. 00
de Saint-Jean-dc-Jémsalem.
joli chevalier Nous
arrivons;etmonpremiersoin,dansl'attirailqueje
viensdevousdécrire* estd'obéirà vosordres.Ma
première gazettea eulebonheurdevousplaire.Je
vaisrisquerla seconde,avecl'aidedemescompa-
gnons.
Demainnosmusesreposées,
vermeilles
Fraîches, etfriséeç,
Mettront
d'accord harpesetluth..
Et Vous
payeront leurtribut.
DEIiAMGI/JlDOC
VOYAGE

. 29octobre3740.
Nousvoicibienéveillés,quoiqu'il nesoitque
midi.L'atelierest prêt : nouscommençons sans
préambule. -~
Victimesdenotrecuriosité, nouspartîmes
le i5
decemois.Ladescription denotreéquipage
paraît
propreà êtreplacéedansun ouvrage faitunique-
mentpourvousamuser.
Toiquicrayonnes enpastel,
Viens,accours, musesubalterne;
Peins-nous partantd'unvieuxchâtel
Plusfiersquegendarmes deBerne.
Et loi, railleuruniversel,
Dieupolisson, je meprosterne
Devanttonagréable autel.
Toninfluence megouverne;
Pèreheureux delabaliverne,
Prêteà mamusecevraisel
DonttususenrichirMiguel,
ETDEPROVENCE,
Et privertoutauteurmoderne.
Telqu'ensortantdu Toboso ,
Lesieurdelatristefigure,
Piquantsanssuccèssamonture.
MalgrélesconseilsdeSancho,
Courut,suivantsonvertigo,
Auxmoulins servir.demouture;
Demêmeenpiteusevoiture,
. .Chacun denouscriant:Ho!ho!
Bravantet chuteetmeurtrissure,
VoulutfairetrotterClio.
Pourmoi,tropfaibleparnature,
J'osai,chétive.créature,
Meplaindre autrement qu'j/îpetto.
Soitrespectdolaprélature,
Oudevoirdémagistrature,
Nulautren'osafaireécho.
L'abbéseulperditl'équilibre.
Maisavantqued'envenirlà,
Poursedéfendreenhommelibrc,
Htenditveine,nerfctfibrc;
MaissabetcenOnl'entraîna.
loà VOYAGÉ DELANGUEDOC
Nousn'eûmes quelapeurdesonaccident :
""
-- Il suts'entirerà merveille;
Et troquasonmauditbidet
Contre unebêteàlongueoreille,
»Quin'estnilièvrenibaudet.
LesEspagnols; gens,seloneux,fortsages,estiment
infiniment cegenredemonture, etl'abbépourrait
certifierqu'ilsn'ontpastort.Quoi qu'ilensoit,l'èU
quipage queje viensde vousdétaillernouscon-
duisitauchâteau delaTour-d'Aiguës,monument,
dit-on,del'Amour etdelaFolie.
Lénomseuldesdeuxouvriers
Nepréviendra paspourl'on'vfà'gè*
Cecouplen'estpasdansl'usage
Desuivredesplansréguliers;
Etceseraitsottisepure
Delesprendrepournosmaçons,
S'ilfallait,parleursactions,
.ifugerdeleurarchitecture.
Maisilsonteulebonsensdechoisirunhabile
architecte-pour bâtirlamaisondela Tour.D'au-
ETDEPROVENCE. 103
trèsvousenferaientunebrillantedescription.Pius
d'unvoyageur vousparleraitdel'esplanadequiest
au-devant dela principaleporte, desfosséspro-
fonds,revêtusdepierres,etpleinsd'eauvive,dont
le châteauestenvironné;d'unefaçadeestiméedes
enfind'unefortbelletourcarréequi
connaisseurs;
s'élèveau-dessus de deuxgrandscorps-de-logis,
et qu'onassureavoirété construiteparlesRo-
mains.
' Mâ.mnsé,en rimesrelevées,
Pourraitvoustracerdanssesvers
Desbosquets bravantleshivers,
Surdës".voutes
fortélevées; . -
Telsqu'auxdépensdesessujets*.
Jadisunereineamazone
Enfitplanterà Babylone
Surlefaitedesonpalais.
Laissonscedétailà des peintresd'architecture
et depaysages,ouà des"faiseursderomans-. Mais
vousne serezpeut-êtrepas fâchéedesavoirà qui
la Provenceestredevable decebâtiment,quifait
unedescuriositésdocetteprovince; c'estaubaron
304 VOYAGE DELANGUEDOC
décantai.Cegentilhomme l'avaitdestinéppurêjr.c
l'habitationd'uneprincessedontlesaventuresne
sontpasignorées.

Or.cebarondeSental '. "


Fut éprisd'unehéroïne
Quilui donnamaintrival;
Voyageant enpèlerine
Tantot'bicnettantôtmal,:'.._
Villageoiseou citadine,
Promenant soncoeurbanal ,
Dela courdeCatherine
Aquelque endroitmoinsroyal.
Cettedamedémérite
Fut la reine-Marguerite;•' '
Noncelleà l'espritbadin," ~"
Quidestendresamourettes
Desmoinesetdesnonnettes
Afaitun.recueil malin;- .
Maissaniècetantprônée,
DontnotrebonroiHenri
Futpendantplusd'uneannée-
Le.tr,ès-aflïïgé
mari; . . . ,
. .. XI,DE.PROVESCE. . ^p3
- 4..; autrefenune,
'):Et.qui,plus,qu'une
"_„ .Portagravé.dans^paâme; ;
.... Lecommandement-divin ::.: '
Del'amourpour-leprochain.
Ontrouvedansmilleendroitsdu châteaules
chiffres dela reine.etdu baron,accompagnés de
troismotslatinsqueje vaisvousciterenoriginal,
pourfaireparade.d'érudition : satiabprcumappa*
ruerit.Si j'osaisvoustraduirecelatin, vousa-
vbùëriez, Madame, en
:qu'il.dit.beau.coup pa-
peude
'rbles. ..
.^^R-^^Ç^MïtiJa.gentille princesse
^ 'vNejvit-jam^ ^ - ;. .__/
. Etle baron,.gniI'attendaiMans.çe3se^
^
Enfutpour.Jw _
En quittantlaTour,nousprimesuneroutequi
nous conduisitdansun paysassezbizarrepour
exercerle pinceaudu voyageur.An sortird'un
oùnouscourûmes
précipice, uneespèce dedanger,
nousentrâmes dansun cheminresserréentredeux
montagnes Cedéfilés'élargitdansquel-
escarpées.
quesendroits,etdevientalorsaussiagréable que
106 VOYAGErDE 7LANGUEDOC-
levallonle pluscultivé.Ohdécouvre detempsen
temps,à traverslesouvertures dûrocher,desem-
placemens qui ressemblent assezà' de grandes
coursdevieuxchâteaux, entourés" dehautesmu-
railles.
Dutempsdeschèvre-pieds cornus, - •-
Lessylvains, lesfaunesvelus
Habitaient ceréduitsàu vàgë.v - • - ->-,
C'estlà qu'auxjonrs"du carnaval-*- ^ ------
SilèneetPandonnaient le bal
Auxdriadesduvoisinage.
Celieun'estplusaussiprofané. Desmissionnai-
res zélésy ontfait graverde toutespartssurles
arbresetsurlespierresdespassages tirésdel'Ecri-
ture, et depetitessentences propresà édifierles
passons.
Nousnoustrouvâmes le soirauxportesd'Apt.
: Saviez-vous,Madame, qu'ily eûtunevilled'Apt?
etsavez-vouscequec'estquela villed'Apt?Nous
serionsfortembarrassés devousledire.
* Lorsque nousy sommes entrés,
LOB cieuxn'étaientpointéclairés-—-
ETDEPROVENCE. IO7
Parlaluneni lesétoiles;
Et quandnousensommes sortis,
L'Auroreet l'épouxdeProcris
Etaientencoredanslestoiles.
Toutcequenouspouvons faireenfaveurdela
villed'Apt,c'estdela supposer grande,belle,peu-
plée,riche^etbienbâtie.Car,enbonnepolitique,
ilfautvanterlepaysoùl'onvoyage.
Nousarrivâmes cettemême matinée à Vaucluse.
C'estundéceslieuxuniquesoùlanaturea voulu
sesingulariser,II paraîtavoirétéfaitexprèspour
lamusedePétrarque-. Cefameux vallonesttermi-
néparundemi-cercle derochersd'uneprodigieu-
seélévation,
1,et qu'ondiraitavôjrététaillésper-
pendiculairement. Aupieddecettemasseénorme
depierre,sonsunevoûtenaturellequesonobscu-
ritérendenrayante àlavue,softd'ungouffre dont
Onn'ajauiaistrouvélefond,la rivièreappelée la
Sorgue.Un amasconsidérable derochersformeune
chausséeau-devant, maisà plusieurstoisesdedis-
tance,decettesourceprofonde. L'eaupasseordi-
nairement, pardesconduits dubassin
souterrains,
108 VOYAGE DE.LASGUED0O
dela fontainedanslç slîtoùelle.commencé sou
cours.Maisdansletempsdesa crue,quiarrive,
nousdit-on, aux deux.équinoxes, .elle«'élève
impétueusementau-dessus d'une.espèce demôle,
dontun voyageurgéomètre auraitmesurélahau-
teur. ;....,.
Là,parmidesrocs-entassés,
Couvertsd'une.mousse yerdâtre,
desilôtscourroussés
S'élancent
D'uneécumeblanche etbleuâtre.
Lachuteetlemugissement .
Decesondesprécipitées, .
Des.mers parl'orageirritées
Imitentlefrémissement.
Maisbientôtmoinstumultueuse
Ets'adoucissantà nosyeux,
Cettefontainemerveilleuse
N'estplusuntorrentfurieux.
Lelongdescampagnes fleuries,
Surlesableetsurlescailloux,
EIle.car.e8se
lesprairies
Avecunmurmure plusdoux. . „..
ETDEPROVENCE. 10$'
-Alorsellesouffresans>peirie'
,.-. QUemilledifférens canaux'
- * Divisent auloindansla plaine
' <LtfHrésôr fécond'dé seseaux.
Sonondetoujoursépurée,-
Arrosantlaterrealtérée,
Vafertiliserlessillons-
Delaplusriantecontrée
Queledieubrillantdessaisons,
Duhautdelavoûteazurée,.
..., PrisseéchaulTer desesrayons.<.-

/i^e'cheminqni'nousimena duvillageà lafontai-


ne,estunsentier,étroitetpierreux,:
quelacuriosi-
té seulepeutrendrepraticable.
Lespiedsdélicats
deLaiiredevaientsouffrir;dë-ceÇte
promenade, et
le douxPétrarquen'avait paspeudepeine àlasou-
tenir. ... .;..... ..

Maiscesentier,
toutescarpé
qu'ilsemble,.
SansdoutoAmour l'adoucissait
poureux;
Carnulcheminneparaîtraboteux
Adeuxamans qui-voyageât
ensemble,^
110 VOYACB DELANGUEDOC
Aprèsavoirassezexaminé lafontaine,nousli-
vrâmesle chevalieretl'abbéà la mercidenotre
guide.Nousavionsaperçuunegrottedansunan-
gledelamontagne.-Nous crûmesquelésdeuxhé-
rosdeVauclusepourraientbieny avoirlaisséquel-
quetracedeleursamours. Depuisl'aventured'E-
née etdeDidontouteslesgrottes-sont-ouspectes.
apeut-être
Celle-ci,disions-nous, rendule même
serviceà Laureetà Pétrarque.
Anmoinsy trou-
verons-nousquelquechansonouquelquesonnet:
lebonhomme enmettaitpartout.Enfaisantcesré-
nousparvînmes,
flexions, nonsanspeine,à l'entrée
dela caverne.
Nousy entrevîmesaussitôt
unefigure
humaine quis'avançait
gravement versnous: . .
Labarbelongue,lapeaubise,
Ungrosvolumo danslesmains;
Unemandillenoireetgrise,
Et lecordonautourdesreins.
unsolitaire
C'est,dîmes-nous,
Quipleureici sesvieuxpéchés.
Bonjour,notrerévérendpère;
Vousvoyezdansvotretanière
ETDEPROVENCE. 111
Deuxétrangers quisontfâchés
D'interrompre votreprière.
Qu'est-cedonc,insolehs ?Ehquoi!
Est-ceainsiqu'onmerendvisite'?
Osez-vous, sanspâlird'effroi,
Prendrepouruncoquind'ermite
Unpersonnage telquemoi?
Je suis....
Nousavionsoublié,Madame, devousdemander
unprofondsecretsur cettehistoire.Onnoustrai-
teraitndé
visionnaires. Nousvivonsdansunsiècle
..'^*ln%réduHtê;-^Ùies nefontpasfortu-
apparitions
JTCèiCependant,foi devoyageur, riende plusvrai
quecelle-ci.-'
Je suis,nousditd'unair rigide
Cevieillardaumaigrementon,
Le contemporain deCaton;
DèsGaulois l'oracleetle guide;
Legrand-prêtre dececanton;
Pourtoutdireenfin,undruide.
Vous,nudruide,monseigneur 1
Rcprimes-nous avecgrand'peur.
112 VOYAGE-DE-IÀNGtJEDOC
Nesoyezpasscandalisée, Madame,decemoùve*-
mentdecrainte.L'idéeseulederencontrerdés'drui-
desdansiaforêtdëMarseïÙefitrr^blërTarrnéè de
César. - -;
Ne vousmettezpointen colère,
Illustre évèquedesGaulois. -
Que votregrandeurdébonnaire
Nouspardonnepour cettefois. :.
Demeurezeh santé parfaite . •—
Dansvotrelugubreretraite,
^ ^ ;-<^-*>---.'rJ
Nousn'y retourneronsjamais".*
Et n'allezpasvousmettreentête, ' :it^?-
Denousréserverpourlafêté -J '"'
DevotrevilainTentâtes. ----.-
Le pontifese prit'àrire.
Allez,je në'sùispasméchant
Je connaisce quivousattire,
Et vousaurezcontentement.
Voussaurez,sanspasserla barque
Où l'on entre privédujour,
CommeLaure et soncherPétrarque,
Dansce délicieuxséjour,-....~-
.. ETDEPROVENCE. Il5
Plusconteris quereineetmonarque,
Apetitbruitfaisaient l'amour.
Sespromesses nefurentvaines.
Il fitun cercle,il y tourna:
Par troisfoisl'Olympe tonna;
Lerocherentr'ouvrit sesveines,
Et pardesroutessouterraines,
Untourbillon nousentraîna. .
Cetteopération
magique nousconduisit auplus
puissese figurer.Une
beaulieuquel'imagination
avertiesansdouteparle signal,vintnous
riymphë,
-recevoir.
Teintfraisjoeilvif,bouchévermeille^
-Unbouquet defleurssur'ièsein,
Chapeau depaillé"surl'oreille^
Ettambourdehasqùèàla mâiiï»
Venez,dit-elle;cetasile
Quevousn'habiterez jamais,
N'eutdanssonenceinte tranquille
Qu'unseulcoupled'amansparfaits.
Toujoursheureux, toujoursfidèles,
8
ll£ VOYAGE-DE J,ANGUflDOC
.
Laure^et.P.étrftrqnçdan^çeS'lieuSf
. Dansleurscaresses mutuelles
Ontfaitcentfois.envie,auxdieux...
'Maisdéjàvotreâmc,est;éinuo._
Del'imagede leursplaigirs^_... .
L'Amour_exauça leursdésirs
Partoutoùs'étendtyptre vue: " .
. Tantôtaupie.ddjîçe^ço^eau^^ . 7., i\'.t
Prèsdecesondesquijaillissent;
Souventsouscetépaisberceau
Quecesorangersembellissent;
' Ici quandle flambeau du jour - - - - ~\---.,
Desesfeuxbrûlaitlaverdure; ••.-•-
Plusloinquandlanuità sontour
Venaitrafraîchirla nature.
Lisezencaractèred'or, -*1''
Surcesportiques,sur cesmarbres,
Cesversplusexpressifs encor £>
Queceuxqu'Angélique et Médor
Gravaientensemble surlesarbres.

Eh quoi! dîmes-noussyce surprise,sont-ce


là ces chastesamoursdontle poèteitaliennous
.. ETDEriLOVENCE. 11±>
berce dans,ses sonnetset dansses chansons?
la morale
Et quedeviendra
Quedanssontriomphepieux
Samuseenversreligieux
Avecemphasenousétale?
Elleest toujoursbonnepour la théorie,répli-
qua.notreconductrice.D'ailleursil y a plus de
quatrecentsans que Pétrarqueet Laure s'ai-
maient.
C'étaitalorslamcide
desetaire.
Unindiscretn'aurait-point
étécru;
Et danscesiècle,lemystère _ 0...
Passaithautoment pourvertu.
Onévitaitlesinouvemens extrêmes,
Lesvainsdisc'ons,
les éclatsimprudeus.
Ponramiset pourconfidens
Deuxjeunescoeursn'avaientqu'eux-mêmes.»

Pétrarqueenfinsavaitjouirtoutbas,
Favorisésanslefaireconnaître;-
Il6 VOYAGE DE.LANGUEDOC
Et d'autantplusheureuxdel'être,,
Qu'oncroyaitqu'ilnel'étaitpas.
Faitesvotreprofitde cela,continua-t-elle, s'il
enest encoretemps.Adieu.Pourdesmortels, vous
avezeuuneassez-longue audienced'unenymphe.
Retournez joindrevos^camarades, et ne ditesau
moinsqueoequevousavezvu.Acesmots, nousfû-
mesenveloppés d'unnuagequi nousporta en un
clind'oeilàVaucluse.
Nousremontâmes à cheval.Notrevoyagedans
lesplainesduComtatnefutdenotrepartqu'uncri
d'admiration. Lescanauxtirésdela Sorguenous
suivaientpartout,et nousrépétionscontinuelle-
ment,comme en choeur d'opéra: ;..u.
Lieuxtranquilles,- ondeschéries,
Nymphe aimable, flotsargentés,
Ranimez l'émaildesprairies:
Fontaines,vosrivesfleuries,
Cesarbressanscessehumectés,
Séjourdésoiseauxenchantés,
Nousrappellent lesbergeries,
Lieuxautrefois sifréquentés,
ETDEPROVENCE. O7
beautés
Etdontlestouchantes
Nesontplusqu'ennosrêveries.
Nousauridns voulunousarrêteràLillcLetemps
nenouslepermit pas.Nouseûmes loisir
cependantle
d'enconsidérerladélicieuse C'estunter-
situation.
roirqnelanatureetletravailsedisputent
l'honneur
. d'embellir.
LaSorgue, qui,danstoutsoncours,ne
perdjamaissacouleurnisapureté,enveloppe en-
tièrementlavilledeseseaux.
C'est,dit-on,danscesmurscélèbres.
Que lemalinsutautrefois «
* Faire
glisserdansle harnois
D'unpoèteentendant ténèbres,
* D'unfolamourlefeugrégeois;
---,--».- -v-
effetà LillequePétrarquevit pourla
C'es't'cn.'
première fois,àl'office
duvendredi
saint,l'héroïne
quesesversontrendueimmortelle. Noussommes
mêmepersuadés quelabeautédupays.aen autant
de partàsesretoursfréquens, quelaconstance de
sapassion. Onnepeutrienimaginer deplussédui-
santquecellepartieduComtnt :deschampsfertiles,
i-lS VOYAGErDB LANGUEDOC
plantéscommedesvergers,
déseauxtransparentes,
descheminsboïdésd'arbres.-
Telfutsansdoute,bupeus'enfaut,
Lelieuquela mainduTrès-Haut
Ornapournotrepremier père:
Jardinoù'notrechastemèreî
Parlèdiabïëprisë;en
défaut, " .:T^
Trahitsbnépouxdébonnaire :
Par quoice doyendésmaris
Vitsesjoursdoublement maudits,
Et murmura,dit-on, dansl'âme,
D'êtrechasséduparadis
Sansy pouvoirlaissersafemme.

Nousfûmescoucher à Cavaillon,et.'frôûs
y ar-
rivâmesd'assez bonneheurepourpouvoirparcou-
rir les promenades et les dehorsdéla ville,qui
sontagréablement ornés.Le lendemain il fallut
nousrésoudre à quittercetadmirable pays.Nous
ensortîmesenpassantla Durance;et cefut en
mettant Je pieddanslebateau,-qu'undenousen-
tonnapouflesautres:
V BI DEPROVENCE. I lff
Adieu, plainesduComtat,-
BeauxlieuxquelaSorguearrose.
Adieu:millefoisbeat
Lemortelquisereposé
Dansvotrecharmant Etat!
éclat
Loindel'orgueilleux
Qaisouventauxsotsimpose :
Loindela métamorphose
Dufermieret duprélat,
Toutestsoumish sa glose,-
Horsle bonvice-légat,
ïQu'il,doit pourcause.
respecter
Lesoleilcouchant.nous vit arriveraAix.Il y
eutcejonr-làdeuxentréesremarquables daus.cet-
tevilles-:cwbévd'un
cardinalet la nôtre.Vousju-
gez bien, aprèsla peinturedu départde M***,
qu'ily avaitdeladifférence entrenoséquipages
et ceuxdel'éminence.M. le cardinald'Auvergne
venaitdefaireun pape,etnousdorcudrevisite
auxdruidesot auxnymphes. Un quartd'heure^
degrotteenchantéevautbiensixmoisdeconcla-
ve.Quoiqu'ilensoit, le mêmeinsLant nousras-
1*0 V0TAGE_3>Ë IANGUED0C
semblatousà Aix.ÎNousy entrâmes parcecours
.'sirenommé
Que lesbalconse t portiques ! A-
Devingthôtelsmagnifiques " --
Ornenten diversendroits " - •
t,
Ceslieux,dit-on,autrefois.-,
Etaientvraimentspécifiques--: w;,./ .
Pourrendreplusprolifiques ' — : -?^v
Lesmoitiésdemaintsbourgeois.
Maismaintenant,moinsGaulois,
Ils saventmieuxlesrubriques;
Et lesnlarispacifiques"
Reçoiventl'amicourtois
. Dansle3foyersdomestiques.
Quelques'arbresinégaux, '•-
'-'-'-jr ^
Forcebancs,quatrefontaines, :r^r-
Décorentcelongenclos, »-
Oùgens,quinesontpointsots,
De nouvelles incertaines
Vontamuserleurrepos.
Voilà'uneassezmauvaise plaisanterie, quenous
vouslivronspour ce qu'ellevaut.A parlervrai.
ETDEPR0VEKCE. *1-31.
:la capitale delaProvence estégalementau-dessus
'-,delà critiqueet dela louange.
Nousl'avonsvue
.dansuntempsoùlescampagnes sontpeupléesaux
dépensdesvilles.Maisnousavonsjugédecequ'el-
le doitêtre,parla maisondeM.etdemadame de
la T***,quioccupent lespremièresplacesdansla
province,et quisontfaitsl'unetl'autrepourles
rempliraugrédescitoyens etdesétrangers.
. Lecieldoplusmitunessaim debelles
Dedanscesmursqu'onnepeuttropvanter.
SiDieulesfitoutendresou cruelles,
; Surcepoint-làje nepuisvohis citer
Discours-,
chansons,
chroniques ninouvelles:
Forsquepourtantje doisvousattester;
de
Sur^lïÉjèçitmaints a uteursfidèles,
Quepointnefautséjourner avecelles,
Sil'onneveutlong-temps lesregretter.

Aussi,Madame, notrepartiengens
prîmes-nous
Nousne demeurâmes
de précaution. que deux
jonrsetdemià Aix.
Nousvoicienfinà Marseille.
C'estunedeces
122 * VOYAGE M 1AJJGUED0C
villesdonton nedit rien, pouren avoirtropà
dire.Ellene^ressémblè enrienauxautresvillesdu
royaume. Sabeautéluiestparticulière.Sesdehors
môme,et sesenvirons nesontpasmoinssinguliers.
C'estun nombreinfinide petitesmaisons,qui
n'ont,à la vérité,ni coursyni boisf ni jardins,
maisquicomposent entotal lé coupd'oeille plus
vivantqu'ily ait peut-être
aumonde. Qù,èl'aspect
deceportestfrappant !

Tellesjadisensouveraines
Occupaient letrônedesmers,
Carthage et Tyr,puissantes reines
Ducommerce del'univers.
Marseille,leurdignerivale,
Detoutesparts,à chaque instant,, -|fcf
Reçoitlestributsducouchant
Et delariveorientale.
Vousy voyezsoirotmatin
- Le Hollandais, le Levantin ,
f - L'AnglaissortantJe cesdemeures
Oùlelaboureur, l'artisan
N'ontjamaisvupendant troisheures-
ETDEPROVEKC£. 1201
Lesoleilpurquatrefoisl'an;
LeLapon,quinaîtdansla neige,
Le Moscovite, leSuédois,
Et l'habitantdela Nbrwège
Quisoudetoujoursdanssesdoigts.
Làtoutespritquiveuts'instruire,
Prenddenouvelles notions.
D'uncoupd'oeilonvoit, on admire
Souscemillierdepavillons,
Royaume , république,empire:
Et l'ondiraitqu'ony respire
L'airdetouteslesnations.

M. d'H***/ intendant,desgalères;chezquinous
dînâmesle-lendemaîndfe nôtre1arrivée,nousfit
voir,dans^&plu's granddétail,lespartieslésplus
curieusesde l'arsenal.La salled'armesestfort
belle.Cesontdeuxgrandes'galeries quisecoupent
encroix.Lesmurailles eri'sohtrevêtuesd'espaliers
de fusilset de mousquetons. D'espaceen espace
's'élèvent,avecsymétrie,despyramides desabres,
d'épéesetdebaïonnettes d'uneblancheur éblouis-
sante.Lesplafonds sontdécorésd'unboutàl'autre
124 VOYAGE DEXANGUEDOC
desoleils demême,
composés c'est-à-dire
derayons
defer.Onamisauxextrémités delasalledegrands
detambours
trophées , dedrapeauxetd'étendards,
quiparaisenl pardesreprésentations
gardés désol-
datsarmésdetoutespièces.

Ceslieuxoùreposentlesdards»
Quelaroôrtfournita lagloire,
Offrentensemble
à nosregards
L'horrible
magasindeMars,
Etle temple
delaVictoire.

Aprèsledîner,M.d'il***, dontonnepeuttrop
louerl'esprit,le goûtetlapolitesse,
nousprêtasa
chaloupe pourallerau château d'If, quiestà une
lieueenmer.Lesvoyageurs veulenttoutyoir.

Nousfûmes doncauchâteau d'If.


C'estunlieupeurécréatif,
Défenduparleferoisif
Deplusd'unsoldatmaladif,
Qui,deguerrierjadisactif,
Estdevenu ,,.._.-.„..!.;._..
gardepassif.. ___
ETDEPROVENCE. 125
- Surceroctaillédansle vif,
Parbonordreonretientcaptif,
Dansl'enceinted'unmurmassif,
Espritlibertin,coeurrétif,
Ansalutairecorrectif
D'unparentpeupersuasif.
Le pauvreprisonnier pensif,
A latristelueurdusuif,
Jouit, pourseulsô^oratif,
-_-.Dûïnurmurenonlénitif
; Dontl'élémentrébarbatif
Frappesonorganeattentif. "/
Or,pour&remémoratif;
Docedomicile afflictif, ._"-
Je )i&&id*unton expressif,
Devousle peindreenrimeenif. --
Cefait,durbc~désôlàtif
Noussortîmes d'unpashâtif,
Et rentrâmesdansnotreesquif,
En répétantd'untonplaintif:
Dieunonsgardeduchâteaud'If.
Nousregagnâmes le port à l'entréede la nuit,
126 V0TAGE,DE .LANGUEDOC
sicen'étaitduchâteau
fortsatisfaits, d'If,aumoins
denotrepromenade surlamer.
C'estici quel'abbénousquitta.Nousdevions
partirpourToulon ayantlejour;et luipourlape-
titevilledeSalon,où.il a dû.présenter sonoffrande
etlanotreautombeau deNostxadanrùs. Il y eutde
l'attendrissementdansnotreséparation._ /.
Adieu,disions-nous sanscesse/
Amisincère et flatteuî,
Hérosdedélicatesse, *
Dontleliantenchanteur
Faitbadiner lasagesse
Faitraisonner la jennesse,
Et parletoujoursaucoeur.
v-^.>-v-r :
Cependant nousessuyâmes noslarmes.Il allase-
coucher; etnousfûmes passerlanuitàtablechez1s
chevalier deC***.
LaroutedeMarseille à'Toulonn'auraitriende
distingué,sanslefameux v d'OlliouIes.
illage Cefut
' '"''''
là,
Comme centplumes l'ontécrit, ..._:"r.r
:r.i,.c
Q£%te^aUe^ta__«HH f^sTS^}:^ir Hv:":
JBTDBJROyENCE. 127
Régalalesnonnaj[ns h.éates
Desbeauxmirnçlej qu'elleapprit.
Danscemétier, .qui£ut.spnmaître?
Pointn'importe dele connaître.
Quantà cepauyre.dirçcteur
Qu'onmenaçait delabrûlure,
Hélasi il n'eutjamaisl'allure
D'unsjjrcier^ ni d'unenchanteur.
Quelques accidens dovoyigenouseiupechcicnt
d'arriverdebonneheureà Toulon.Lelendemain
notrepremier soinfutd'allervisiterleparc
Neptunea bâtisur cesrive»
Leplusbeaudetous,sespalais,
Et te dieula construit ûxprtjs
Poursontrésoretsesarchives
Ouy voitencorletrident
Dontil frappal'ondeétonnée,,-
Alorsquel'aquilon bruyant,
Et sacohorte mutinée
Firent,sanssqnconsentement,
Larmoyer le pieuxEnée.
Maiscequiplusnousétonna, .t _
128 VOYAGE DELANGUEDOC '
C'estqu'ony voitlesétrivières
Dontil châtialesrivières,
QuandGaronne serévolta:
Faitquel'onne connaissait '
guèrès
LorsqueChapelle l'attesta*:.,,-
NotrePégaseestunpeufaiblepourvoustraus-.
porterdans.cemagnifique arsenal.L'airdelamer
appesantitsesailes.
Le portdeToulonestentièrement faitdemain
d'homme. Laradeest,dit-on, lapinshellcctla'plus
sûredel'univers.L'immense étendue desmagasins
"etl'ordrequiy estobservéétonnent et touchent
Lacorderieseule,
d'admiration. quiestunbâtiment
surtroisrangs=de voûtes,a....itoisesdelong.Vous
nousencroirezaisément, si,aprèstantdemerreil-
les,nousvousdisons queleroiparaîtplusgrandlà
qu'à Versailles. '
Le jour suivantnousfûmesnousrassasierdu
coupd'oeilravissantdescôtesd'Hyères. Iln'estpas
declimatplusriant,nideterroirplusfécond. Cène
quedescitronniers
soritpartout et des;prangefsen
pleineterré../r^.,^.....,,.
.,_.„._i^.;';.
.L.;-V'''"-
..."ETDEPROVENCE. &9g
- Le graudenclosdesHespérides
Présentaitmoinsdepommes d'or
.Auxregardsdeslarronsavides
Deleuréblouissant trésor.
Vcrlumne, Pomone,
Zéphire
AvecFlorey régnenttoujours:
Çîestl'asiledeleursamours,
Et le trônedeleurempire.

Nousapprîmesà Hyères,carons'instruiten
.voyageant, l'effetqueproduisent
dansl'airlésca-
ressesdudieudeszéphyrsetdeladéessedesjar-
dins.Voussavez,Madame, qu'enapprochant du
paysdes orangers;;pnrespirede-loinle parfum
querépandla fleurdecesarbres.Uncartésien at-
tribueraitpeut-êtrecettevapeurodoriféranteau
ressortde l'air; et;unnëwtonien'ne
manquerait
pasd'enfairehonneurà-^attraction.
Cen'estrien
detoutcela.

Quandparla fraîcheurdumatin,
LajeuneFlore,réveillée,
.ReçoitZéphiresursonsein
9
1J0 VOYAGE DEEANCUEDOG
Souslesbrancheset lafeaillée'.
Del'orangeret dujasmin,
Millerosess'épanouissent:
Lesgazonsplusfraisreverdissent :
Toutseranime;et chaque-fleur ,
Parcestendresamansfoulée;
Desa tigerenouvelée,. .
Exhaleuneplusdouceodeur.: .
Autourd'euxvoltigeavecgrâce
Un essaimdezéphyrslégers.
L'Amourlessuitet s'embarx'asse .
Danslesfeuilles.desorangers.
Zéphire,d'uneâmeenflammée,
Couvresonamantepâmée
. Desesbaisersaudacieux.
Leurcoucheenestplusparfumée,
Et danscetinstantprécieux,
Toutela plaineestembaumée
Deleurstransports délicieux.
Leleverdel'auroreetle coucherdusoleilsont
ordinairementaccompagnés decesdouces,exha-
laisons.Lesjardinsd'Hyèresne sont pasmoins
ETDEPROVENCE. l3l
Il y ena un,entreautres,qu'on
utilesqu'agréables.
dit valoircommunément, enfleurset en fruits,
jusqu'à20,000livresde rente, pourvuque les
brouillardsne s'enmêlentpas.
Nousrevînmes coucherle mômejourà Toulon.
Lelendemain nouspréparaitunspectacle admira-
ble.Nousallâmes dèsle matindansle parc, pour
voirlancerà là merun vaisseau deguerredequa-
tre-vingtspiècesde canon.Cettemasseterrible
n'étaitplus soutenuequepar quelques piècesde
boisqu'onnomme,entermedemarine,épontil-
îes.Onlesôtesuccessivement. Elleporteenfinsur
sonproprepoidsdansunlit demadriersenduitsde
graisse.Unhomme alors,fortleste, abatun pieu
quiretientencorele navire.
Aubruit dèscrisperçansquis'élèventdansl'air,
Lamachine s'ébranle,etfondcommel'éclair.
Touts'éloigne,toutfuit; desa routeenflammée'
Lematelottremblant respirelafumée.
Lerivageaffaissésemblerentrersonsl'eau.
L'ondeobéitaupoidsdurapidevaisseau.
Lamer, enfrémissant,lui cèdele passage;
l3a VOYAGE DELANGUEDOC
Il vole,cetsur.lesflotsquesachutepartage,
Desesliensrompusdispersant les débris,
S'empare fièrement desgouffres de Thélîs.
Ainsiquandsurlespas.d'unhérosintrépide, .
LaGrècemenaçait lesbordsdelaColchide ,
DesarbresdeDodoneentrainéssurlesmers,
L'assemblage effrayantétonnal'univers.
Desesantresobscursenvainl'aÛreux Borée---.
Accourutenfurieau.secoursdeNèrée,
Levaisseau,fiervainqueur etdesventsetdesflots,
Accoutuma Neptuneaujougdesmatelots.
Aprèscela,Madame, quelquepartque,l'on-soit,-
il fautfermerlesyeuxsurtoutle reste,et partir;
c'estcequenousfîmessur-le-champ, quoiqueavec
regret.NousquittionsM.lechevalier deM*¥*,non
pasnotre compagnon de voyage,maissonfrère
aîné, jeunemarindevingt-troisans, quijoint à
beaucoup desavoiret d'expérience danssonmé~
tier, le caractèrele plussûret l'espritle plu&ai-
mable.,11avaitété pendanttrois,joursnotrepa-i
tron.Je me.disposais à vousébaucher sonportrait.
Deuximportuns quisecroientendroitdefaireles
BTDEPROVENCE. Î53
honneurs desamodestie,parcequ'ilssontsesfrè-
la plumedesmains.\
res, m'arrachent
Heureusement pourVous,Madame,nousn'a-
vonsplusrien à conter.NouspartonsdeM***
mardiprochain. devousassurer
J'aurail'honneur
moi-même, danspeudejours,demontrès-humble
respect,et devousprésenter
Unmortelquidevossuffrages
Depuislong-tempsconnaîtleprixj
Le compagnon demesvoyages,
Et l'Apollon
demesécrits.
Je suis, etc.

Vousavezcrulabesogne finie.
Voicipourtantunoapostilleenbref,
Oubienenlong,dontj'ai l'âmemarrie:
méchant
Si, parhasard,quelque géuio
Vousdérobaitcefruitdenotrechef,
Pourluicauserenpublicavanie,
Cequipourraitnousportergrandméchcf;
toutlecteurdébonnaire
Avertissons -
l34 VOYAGE DELANGUEDOC;ET DEPB.OVESCE.
Quecen'estpasvoyagedelongcours;
Et qu'endépitdu censeurtrès-sévère *
Qui necompt-.itni quartsd'heure-,ni jours,
Trèsrfortle tempsimporteànotreaffaire.
VOYAGE

D'ÉPONNE,

PAR DESMAHIS.

\ A MADAME DE ***,
LA MARQUISE
Vousquifixezsurvosbrillantestraces
Lesris badins,lesamoursingénus,
Et qui pourriez,par denouvellesgrâces,
MieuxquePsychél'emportersur Vénus;
Vousque le dieudu goûtéclaire,
Obtenez-moi delui l'heureuxtalentde plaire:
Jadisil inspiraChapelleetBachaumont.
Deleur voyageonveutqueje prennele ton;
Ils ontunnaturelquine s'imiteguère;
Maissi maplumeestmoinslégère,
Monvoyageest aussimoinslong.
Cesdeuxhommesinimitablesse seraieut sans
doutesurpassés s'ilsvouseussentadressé,Maâa-
l36 VOVÀGB
me,lesrienscharmans quilesontrenduscélèbres.
Jen'ai pasle géniedecesmessieurs;maisj'écris,
souslesyeuxdela plusjoliefemmedeParis, à la
plusbellefemmedelà cour.Combien labeautéet
lesgrâcesn'ont-ellespascréédetaleus!Danscette
confiance,je.commence manarration.
Lesgensaimables-avec quije suisyenuiciayant
fait uneampleprovisiondegaidtéetdephilosophie,
aveccesballotslégersnous* sortîmesdoParispar
le Cours.

Jadisc'étaitlereudez-votis
De noscoquettes lesplusvaines,
Denosprudeslesplushumaines.
De nosjounesgenslesplusfous.
C'estlà qu'endépitdesjaloux.
Quisejetaientà la traverse,
Il défaisait,auxyeuxde tous,
Undiscretet tendrecommerce
De regardset debilletsdoux.
LesbruyansEtatsde Cythère
S'y-tenaientsurlafindujour;
-Detouslesfrèresdel'Amourf-
D'EPONNE. l3y
,.- Il n'ymanquaitquele Mystère.
Maisaujourd'huiquenosbeautés,
Brillantesd'appas-empruntés,
Comme cesfauxoiseauxqui craignentla lumière.
Dèsquel'astredujourafinisa carrière,
Dansun jardinbienresserré, .
Detreillagesrempli,demaisonsentouré,
Dansuneespècedevolière,
: v Oùjamaisnul zéphyrn'entra.
Vont,ausortirdel'Opéra,
Respirerl'ambreet lapoussière.
OnnerencontreplusauCours
Quedessociétésobscures,
De'tendres amitiés,defidèlesamours,
Et d'assez,
maussades figures*
L'heuren'était pas favorablepour y trouver
beaucoup de cesgrotesques. Unhomme,quinous
paruttrès-contentdelui, gesticulait,grimaçait,
et parlaitseul:jevoulusparierquec'étaitcequ'on
appelleunpoète.Un autre, pâleet rêveur,mar-
chait à paslents;il avaitl'airtout-à-fait deces
amansmalheureux d'autrefois.Levieuxmarquis
i58 VOYAGE
et la jeunemarquisede ***sepromenaient ensi-
lencedansun vieuxcarrosse;c'étaitsansdouto
autantpourla santéde l'un'quepourle plaisirde
l'autre. Cesinsipides
personnagesfurentaussitôt
oubliésqu'aperçus.
En parlantde vous,,Madame,envousdésirant,
en vousregrettant,nousnoustrouvâmes sur le
pontdeNeuilly.Je remarquaià gaucheunemai-
sonpeuremarquable par elle-même,etjem'écriai:
Je voiscet agréablelieu,
Cesbordsrians, cetteterrasse,
OùCourtin,LaFareet Cbaulieu ,
Loindessotset desgensenplace,
Pensantbeaucoup , écrivantpeu,
Plaisantaient,raillaientavecgrâce,
Et faisaientdesverspleinsdefeu.
Enfansd'Aristippeet d'Horace,
Dansla sainemoraleinstruits,
DuPortiqueils cueillaient lesfruits,
Couronnés desfleursduParnasse.
Ils répandaientà pleinesmains ' <
Un selrare, dontquelques grains
D'EPONNE. i3g
-.-. Eussentremplide jalousie
0 LesplusaimablesdesRomains
. Et touscesgenscontemporains
D'Alcibiade et d'Aspasie.
Ils puisaientdansla poésie
Cenectarparelleinventé:
Le goût,l'esprit,l'urbanité, ,
Leurservaientla seuleambroisie
Quidonnel'immortalité.
Philosophes sansvanité,
Beaux-esprits sansvivacité,
Entrel'étudeetla paresse,
Danslesbrasdela volnpté
Ils avaientplacéla sagesse.
OùtrouverencordansParis
Desmoeurset destalenssemblables ?
Il n'est quetrop debeaux-esprits;
Maisqu'il estpeude gensaimables!

Je mesentispénétré,Madame, d'uncertainres-
pect, qui tenait un peu do l'idolâtrie,pour cet
ancientempledesmuses.Si, au lieudemadame
de***,vouseussiezprésidéà cesmystères.Gnide
l4tt VOYAGÉ
et Paphosn'en auraientpointeu pour.quij'eusse
euplusdedévotion,et j'y auraisétéenpèlerinage
plusvolontiers qu'àNanterre,oùnousarrivâmes
un momentaprès.L'abbé,arec cetonmoitiédé-
vot, moitiéprofanequevouslui connaissez, vint
à sontourà s'écrier?
C'estdanscesagréables plaines,
Surcescoteauxdutciëlchéris,.
Quela patronedeParis
A méritétantdeneuvaines.
Aujourd'hui dansle paradis,
Geneviève encelieuchampêtre,
Quenouille en main,menaitjadis
Dévotement sesmoutonspaître;
Dela lainedesesbrebis
Ellefilaitlàseshabits;
Dela jeuneet simplebergère,
L'innocence filaitlesjours.

Maisnousvoicià Rnel, cefut la demeure


d'un,
grandsministresquola Francoait oui.
fies..plus
D'il'OÎJKE. i4i-
queje changédetonpourpar-
Madame,
Souffirez,
ler delui.

Richelieu,d'unégalcourage,
Sutlancerle tonnerreet conjurerl'orage:
Il étenditsurtoutsesregardspéuétrans;
11dominasonmaître,il abaissalesgrands;
Il arrêtalevoldel'aigleimpériale;
H cultivalesartsd'unemainlibérale.
Maissurcegrandthéâtreoùje le voismonté,
Evoquantla vengeance etrespirantla haine,
Soninflexibledureté
A tropensanglantéla scène.

Croyez-vous, Madame,quecethommeimmor-
tel ait pugoûterun instantdebonheurdanstoute
sa vie? Je n'oseraisme vanterd'êtreheureux:
maisje ne changerais pas monobscurité,mali-
berté,monloisir,mesdoucesoccupations, contre
sapourpre,sonministère,songéniemême.

IlXuthaï,craint,envié;
Desatristegrandeur •
l'imagem'importune:" ,
i4a VOYAGE
Il aservila gloireetla fortune;
Jesersl'amouretl'amitié.
L'amour,dansla saisondeplaire,
Est le premier besoinducoeur;
Saflamme, viveetpassagère,
L'èpuremieux.quela colère
D'uneduègneoud'ungouverneur.
L'amitié,toujoursnécessaire,
Donneunfeuplusfaibleenchaleur.
Maisaussiplusfort en lumière;
Et quiperdla faveurdufrère,
N'estconsolé queparla soeur.
Voilàleseulitinéraire
Dela sagesse etdubonheur.
Vainement unnouveaustoïqne, !
Surlesbordsdulachelvétique,
Traitecommo unbrûlantpoison
Toutpenchant tendreet sympathique,
i Et nousordonne l a raison
Comme il feraitunnarcotique.
Réglez,dit-il,vosmouvemens;
Devous-même rendez-vous maître.
Eh | quidenouspeutjamaisêtre
D'EFOKNE. I45
L'arbitredesessentimens?
Croit-il,unÉpictèteenmain,
Avecuntraitédomorale,
Analyserle coeurhumain
Comme il faituneeauminérale?
Il vontque,fuyanttout appui,
Chacunsesuffiseà soi-même;
Maisla nature, à ceblasphème,
Soulèvesoncoeurcontrelui.
L'homme ne vit quedansautrui,
Et n'existequ'autantqu'ilaime.
Jenetarispointsurcettematière.Heureusement
pourvous,^Madame, quime
voilàSaint-Germain
remetdansla foutedontje m'étaissifortécarté.
C'estici queJacquessecond,
Sansministresetsansmaîtresse,
Le matinallaitàla messe,
Et le soirallaitausermon.
Cependantrheureux Hamilton,
Pleind'enjouement et dofinesse,
Savaittrouverdanscecanl.on,
TantôtlesrivesduPermesse,
l44 VÔTABÏ-
EttantôtcellesduLignon.
' Iljoignitlegoûtaugénie;
II n'eutpointla-sottemanie'
D'écrirepoursefaireunnom,
Et nequittajamaisleton
Delameilleure compagnie.
Sansdouteàl'ombre decesbois»-- -
Surtoutdanscesroutessecrètes,
Souscetilleulquejfaperçoisj
Hvenaitrâvérquelquefois
AvecunlivreeLdestablettes.
Quecetairfrais,voluptueux, -r
Cettelumièrepresqueobscure.
Cedésordremajestueux,
Cesilencedela nature,
Mefontbiensentirl'imposture
De cesorneruens fastueux,
Decesplaisirstumultueux ,
Qu'àforced'artonseprocure!
Aumilieudecetteforêt,jémereprésentailade-
meureduSilence.
Il me parait'aussidigned'être
queleSommeil
personnifié ettantd'autresà quilep
B'jéPONNE. l4S
o
.poètes nt faitcet S
honneur, 'il est un démondu
Bruit,pourquoileSilène»n'àurait-jlpasun génie?
Atout hasard,je lui adressaicetteprière:

, Silence,frère,du-repos,
Habitantde la solitude,
Amidesartset^del'étude,.
Quifuis.lapourpreetles faisceaux;
Toi, parquile sagesevenge
Descritiques,descabaleurs,
Designorans. etn'esrailleurs,
Reçois,celte,hymneà ta louangef
Et mecarantis,enéchange,;.
Ducommerce desgrandsparleurs. «_
Quandnotreoreilleest.aflligêe
Pardefroidset bruyansdiscours,
. C'estpartoi qu'elleestsoulagée;
Quandla raisonC3_t outragée,
C'està toi seulqu'ellearecours.
Aprèsavoir, par la parole,
Amuséle sot genrehumain,
Lasciencetoujoursfrivole,
Etle bel-esprittoujoursvain.,
l46 , VOYAGE
Privésdurenomquis'envole,
' Vont'sereposerdans,tonsein.
Tu peinsles amoureuses flammes
Mieuxquelesplusgalanspropos;
Lesplusingénieux bonsmots
Nevalentpastes épigrammes;
Tu conservesThonneur desfemmes,
Et tu tienslieud'espritauxsots.-

En sortantde la forêtde Saint-Germain, nous


crûmes entrerdanslavalléedeTempe. Unspectacle
tel queï'idylicn'cn apcut-êtrejamaispeintdéplus
agréable s'offrità notrevue.C'étaitunlendemain
denoces;c'étaientl'Hymenpaysan,l'Amour ber-
ger, la joienaïve;c'étaitnnefêtevraimentrusti-
que,bienpréférable à celledenosopéras.-.

Toi qui,vrai,riantet facile,


Feignisdesfêtessousl'ormeau,
Tylireenflantsonchalumeau,
Églédansantd'unpasagile, -:.'_
EtSilènesursontonneau, >'
Tcniers,vienstracerce'tàblçau:, .. .^
n'ÉroNNE. 147
La.nature,à tonart docile,
Semblaitnaîtresoustonpinceau.
Fourtroisjours,reineduhameau,
AyauL un bouquetpourparure.
Pour couronne, unpetitchapeau
Qui se perdaitdanssa coiffure,
Pourtroue,un siègede verdure,
Et pourdais,unhumblearbrisseau ,
La jeuneépousedela veille,
Tout à la fois pâleet vermeille,
Avaitencor-l'airétonné;
Et tout ensemble,heureuseet sage,
Laissaitlire sur.sonvisage ,
Le plaisirqu'elleava'itdonué, .
Sasimplicité la décore
Mieuxquele plusricheappareil ;
Sonépouxla regardeencore
Ivre d'amourot desommeil.
Sonbonheurnaissantse déploie
Sursonfrontnoiret radieux;
Et le dieuquifermesesyeux
N'en a pointéclipséla joie.
Autourd'euxformautun ballet,
li'j VOYAGB
TonslesAmours decescontrées,
Les Grâces,en.petitcorset,
LesRis, avecleurair follet,
De l'Hymenportentles livrées;
DesCéladons et desAstrées
Dansent ausonduflageolet.
Voyez-les,dansleurjoieextrême,
Aller,revenir,secroiser;
L'un d'eux,'àla brunequ'ilaime.
En passantravitun'baiser;
Contreunlarcinqu'ellepardonne,
Labelles'armede rigueur;
El bienvite, aufonddesoncoeiir^
Cachele plaisirqu'illuidonne.
Quis'enseraitjamaisdouté,
Quecesbergerspussentconnaître
Lapudeuretla volupté?
Pourfinircegroupechampêtre,
Quelques sontà côté,
vieillards
Qui, dansleurscoeurs.sentantrenaître
Desétincellesdegaieté,
Comme euhiveronvoitparaître
Quelques heuresd'unJOUT d'été',
D'EPONNE. i4g
i Racontentcequ'ilsontété,
Oubliantqu'ilsvontcesserd'être.

Nousfûmestoustentésde prendrela panetière


etla houlette.C'estaveccesidéessi doucesque
nousarrivâmes à Eponnc.Il meresteà vousren-
drecompte,Madame,, delavieque nousmenons
ici.
DanslesÉtatsd'unebeauté
Quin'estni coquette,ni prude;
Dansun châteaupeufréquenté.
Et dont,l'abord
estassezrude,
Maisd'oùl'oeilestauloinporté
~ Suruneraremultitude
D'objetspleinsdevariété,
Logentl'amitié-,la gaieté,
Lafranchise,la liberté.
Exemptsdesoins,d'inquiétude,
Icinousgoûtonsaujourd'hui
Laretraitesanssolitude,
Avecle repossansennui.
Nousconsacrons lesmatinées
Auxarts, auxloisirsstudieux;
VOYAGE " '
Demilleriensingénieux
Noussavonsremplirnosjournées,
Quisontsagement terminées
Par dessoupersdélicieux.-'
Lachèreestsimpleet délicate:
Unefautpourplaireà Cornus,'
' Ni'le'luxedeLucullus,' ... -
Nile régimed'Hippocrate.
MinerveestauprèsdeMomus;
Et si nousadmettons Socrate,
Epicuren'estpointexclus.
Surtoutessortesdé:chapitres
Noustenonsdejoyeuxpropos;
Sansrespectdesrangsni destitres,
En dépitdesmortiers, desmitres,
Nousfaisonsle procèsauxsots.
Nousparlonsdetoutsansmystère,
Et detoutcequel'onadit
Oudel'Olympe,oude Cythère;
Surle méritesanscrédit,
Oula faveurhéréditaire.
Quandl'entretienserefroidit,
Il n'estrienqûe'l'ônvoulûttaire. -.
D'ÉPOKNE. ï5l
Enfin,dansceriantséjour,
Lesplaisirsrégnenttoutle jour;
Euxseulshabitentcesretraites;
J'exceptelespeinessecrètes
Quepourraity causerl'amour.
Voilà,Madame, unepeinturefidèledenotrevie
champêtre;venezen augmenter lesdouceurs,en
lespartageant.Venezécouternoséglogues; venea
fixertoutenotreattentionsurcettebelleterrasse
d'oùl'oncroitvoirtoutelanature;nousy verrions
cequ'elleafaitdeplusaimableetdeplusséduisant,
-ainousavionslebonheurdevousy posséder.
VOYAGE

DU CHEVALIER

DE PARNY.

FRAGMENT
DUJOURNAL
DEMONVOYAGE , ADRESSE
A MONFRÈRE.

Le4juillet1773.
Dopuisquarante "Joursque nous avonsquitté
Lorient,lesventsnousontétéabsolument con-
traires,et nousavonstoujourscourudansl'est.
Hierà midi,nousnousestimions à 76lieuesdes
côtesd'Afrique,et nousvoguions entouteassu-
rance.La nuit, parunbonheurdesplusmarqués,
a ététrès-belle;aucunnuagene nousdérobaitla
10* VOYAGE DUCHEVALIER
clartédela-lime,etnousenavionsgrandbesoin.
Adeuxheureset demiedumatin, un soldat,qui
fumaitsurle pont,découvre la terreà unedemi-
lieuedevantnous;voussavezquecettedistance
n'estrienenmer.II ventaitbonfrais;etle navi-
re, contreson ordinaire,s'avisaitde filersix
noeu^s,Cetteterreestlà côtede Maniguelte, si-
tuéeparcinqdegrésdelatitudenord.Cestunpays
plat,et quine peutêtre aperçuqu'àunetrès-pe-
titedistance.Nousavionstoutauprèsdenousl'île
dePalma.Ondistinguait sanspeinedescabanes,
deshameaux, desrivières.
Vouspensez bienquele
premiersoina été dovirerdebord.Unmoment
après,ona jetélasonde;nousétionsparseptbras-
ses.Si le vaisseau avaitencoreparcouruquatre
foissa longueur,c'enétaitfaitde nous;et dans
l'instantoù.je vousécris;unénormerequinserait
peut-êtreoccupéà medigérer.JHmelioral
Noussommes encoreà quatre-vingts lieuesde
la ligne;latraverséeseradespluslongues. L'en-
nuiaugmente dejoureujour; c'estunemonnaie
qu'onseprêteet qu'onserendlibéralement. Passe
encorepours'ennuyer; mais-allerts'échouerI-
IIBFARWY. l55
Lepremieraoût.
C'estdudix-huitième degréde latitudesud, à
quinzelieuesdescôtesduBrésil,à troislieuesd'é-
cucilstrès-dangereux, et mouillésur un bancdo
rocherspar quatorze brassesdefond, queje vous
écrisaujourd'hui,peut-êtrepourla dernièrefois.
Depuisla côtéideManiguette', lesventsnousont
obligésdefairetoujoursrouteauplusprès;etnous
avonstraverséavecunerapiditésingulièrele ca-
naldeneufcentslieuesquiséparelescôtésd'Afri-
quede celles-duBrésil.Lepointd'hiernousmet-
taità centquarantelieuesdetërre.Versle soir,on
aperçutquelques grappesdegoémon;lamercom-
mençaità changerdecouleur.Cematinmêmes in-
dicesde l'approche deterre.L'aventuredoMani-
guettem'arendue défiant,et je prévoyais cequi
. devaitnousarrivor.A dix heureson crie: Terre
sur l'avant à nous.Onsondevingt-huitbrasses;
un instantaprès,vingt-deux. Onvire debord,et
onfaitroutedansle nord-est;maisle calrnesur-
vient,et levaisseaun'ayantpasassezdeventpour
résisterà la lameet à la forcedu courant,-la
déri-
l56 VOYAGE,-DU CUEVOILIER
venonsportaitinsensiblement surcesécueilsque
nousVoulions éviter."
Onprépareaussitôtles an-
cres.-Nous avionstoujoursla sondeà'lamain,et
noustrouvions toujoursvingt-deux brasses. Ami-
di, unpetitfraiss'élève;l'espérance renaît,onse
croitdélivrédu danger;maislescouranstropra-
pidesnous entraînaient toujourssurla terre.A
troisheuresonsondeencore, pjusquedix-
et,l'onn?a
huitbrasses;un demi-quart.d'heure après,qua-
torzebrasses;aussitôtonamènetouteslesvoiles,
etl'onjettel'ancre.
Voilànotresituationprésente.Je,vousépargne
lesréflexions : j'ai toutleloisird'enfaire,et n'ai
paslp courage deles écrire.La crainteet la,con-
sternationsontrépandues danslevaisseau; latran-
quillitéfeintedeschefsn'enimposeà personne.
Nousallonspasserla nuit à l'ancre.Sommeil,
vienstirerle rideausurtouslesobjetsdelàveille.
Viens,et si je doistrouverici le termede mes
jours,puissé-jedumoinsfranchirdanstes bras,
et sansm'enapercevoir ,vcepasinévitable etsire-
doute! , ,\
_ O tpi, monfrèreet monamil-mon triste'coeur
SBPARUT. l5f
Je-voisd'unoeiltranquilletout ce.qui
t'appelle-."
m'environne j.c'esttoiseul,c'esttonsouvenir qui
m'arrache deslarmes. Mesderniers regardssetour-
nerontverslaFrance,etmonderniersoupirsera
pourtoi.
Le2 août,à huitheuresdumatin.
Jen'aijamaispasséunesibonnenuit;monsom-
meiln'a ététroubléparaucunrêveaffligeant. On
s'estaperçuque,malgrénosdeuxancres,le cou-
rantnousentraînait; onenajetéunetroisième. Le
premierpilote\quiala confiance detoutlevais-
seau, et qui la mériteseul, estalléà la décou-
verte.'---.---_- - ; - - .
Atroisheuresaprèsmidi.
Voilàle canotquireparaît;touslesregardssont
tournéssurlui.Onne parlepoint;onn'osesefe-
garderjdepeurderetrouversescraiutesdansles
yeuxdesautres; c'estuntableaufrappant,mais
pourbienl'observer, peut-êtreserait-ilnécessaire
den'enpasfairepartie.
Asixheuresdusoir.
Lebienheureux canotvientd'arriverenfin-Voici
l58 VOYAGE DUCHEVALIER
cequem'aracontéi'olficier quile commandait:A
deuxlieuesdunavire,ilsontaperçuunevoile,à
pertedevue.-ilsontdirigéleurcourse dececôté-
là*Entroisheuresdetempsilseurentjointl'objet;
c'étaitunpetitbâtimentdepêcheurs.Usl'ontabor-
dé, etonttrouvéunvieillardblanc,avecdixnè-
gres*Cesgçnsfurent bienétonnésderencontreren
pleinemeruncanotquiparaissait venir.du
large.
Un denosmatelots savaitparbonheurle portu-
gais;sanscelatouteleurbonnevolonté, nouseût
été inutile.Lebancsur lequelnoussommes n'est
dangereux n'enaaucune
quelorsqu'on connaissan-
ce, il s'étendà quarante
lieuesentoutsens: ony
trouvepartoutaumoinsdouzebrassesdefond.Les
îlots, dontle voisinage un peu,sont
nouseffraie
desrochersnommés Abrolhos,célèbres parplus
d'unnaufrage.
Le4août.
' Cematin,à huitheures,nousavonsappareillé
avecunbonfraisquidureencore,et quinousest
nécessaire.Onsonded'heureenheure.Lefondest
très-inégal:nousavonsalternativementquarante,
douzeetvingtbrasses.
ÏAIUJY.. .
, .13JE3 '
l5g
'''-"- -' ' Le5 août.
Dansla nuit, nousavonsperdutotalement le
fond.On parlebeaucoupd'unerelâcheà Rio-Ja-
neiro.11y a cinquante
hommes surlescadres.
-; - Le6 août.
Nousdécouvrîmes hier au soirla petiteîle.du
Repos,quin'estqu'àquatrelieuesdela terrefer-
me.L'îleduRepos!quecenomflatteagréablement
Bonheur,aimable
l'oreilleetle çoeurJ tranquillité,
s'il étaitvrai quevous-,
fussiezrenfermés -dansce
pointdenotre.globe,"il seraitletërme.demacour-
gourjamaismon'existence.
sé. £'irais-yensevelir:
Inconnuà l'Univers,quej-auraisoublié,j'y cou-
leraisdesjoursaussisereinsqueJecielquilesver-
et je mourrais
rait naître.Je-vivraissans;.désirs.,
sansregrets.
C'estainsiqueje m'abandonnais auxcharmes de
la rêverie,et monâmeseplaisaitdanscesidéesmé-
lancoliques,lorsquereprenant,lout-à-coiip- leur
Coursnaturel,.mes.pensées setournentversParis:
adieutousmesprojetsde retraite.L'îleduRepos
lOO VOYAGE DUCHEVALIER
ne me-parutplusquel'îledel'Ennui:moncoeur
m'avertitquele bonheurn'estpasdansla solitude;
et l'Espérance
vintme direà l'oreille:Tulesre-
verras,cesépicuriensaimables,quiportentené-
charpele rubangris-de-lin,etla grappederaisin
couronnée demyrte;tu la reverrascettemaison,
nonpasdeplaisance,maisdeplaisir,où l'oeildes
profanesne,pénètrejamais;tu-lâréverras- —--
Cettecaserne,heureuxséjour,
Oul'amitié,parprévoyance,
Nereçoitlefripond'Amour
Quesonssermentd'obéissance;
Oùla paisibleégalité, î •
- Passantsonniveaufavorable
Surlesdroitsdelavanité,
Nepermetderivalité: '-
Quedanslescombats dela table;
Oùl'onneconnaîtd'ennemis
Quelaraisontoujourscruelle;
Oùjeuxet risfontsentinelle,
. . Pourmettreenfuitelesennuis;
; Ou.l'onporte,au lieudecocarde,-
DETAHNY. lffl
Un festondemyrtenaissant,
Un thyrseau lieu de hallebarde,
Un verreau lieude fourniment;
Oùl'on nefait jamaisla guerre
Que pard'agréablesbonsmots
Lancéset-rehdusà propos;
. Oùle vaincu, danssa colère,
Du nectarfait coulerles flots,
Et videinsolemment son verre]
Alà barbedesesrivaux.
Cetteordonnancesalutaire
Est écriteenlettresde fleurs
Surla portedu sanctuaire,
Bt mieuxencordanstousles coeurs:
« Depar nous,l'Amitiéfidèle,
» Et plusbas, Bacchuset l'Amour,
» Ordonnonsqu'icichaquejour
» Amèneunefête nouvelle;
î>Quel'ony penserarement,
» De peur dela mélancolie;
" Qu'ony prérèresagement
» A la sngesse, la folie;
i)Ala raison,le sentiment,
l62 VOYAGE:DUCHEVALIER.
i)Et qu'ony donneà la paresse,
, »Al'artpeuconnudejouir, •
HTouslesmoin ens dela jeunesse;
Î)Cartelestnotrebonplaisir.»

T;.Lèii6août.'
A peinelajelâchedeRiô-Janeiro a étédécidée,
quelesventsontchangé,etnousontrepoussés au
large.Labourrasque a duré'quatrejours,ètnous
sommes, à l'entréedela rade.
depuistrois,mouillés
Le capitainedeportserenditànotrebordhierau
matin,etd'aprèslesinstructions qu'ilnousa don-
nées,deuxdenosofficiers sontallésdemander au
vice-roilapermission d'entrer.Cetteprécaution
est nécessaireà touslesvaisseauxétrangersqui
veulentrelâcherà Rio-Janeiro.Cesgens-ciseres-
souviennent deDugay-Trouin,et les Français
n'ensontpointaimés.
Le 17août.
Le canotfutderetourhierausoiravecla per-
mission,et nousappareillâmessur-le-champ. En
passantdevantle premierfort, qui est à quatre
UEr-ARNY. l63
lieuesdela ville}noussaluâmes detreizecoupsde
canon,etilsnousfurentrendus.Il nousarrivade
terreuncanotd'escorte,pourveillerà la contre—
bande,et pourempêcher ledébarquement.
Nousvenonsd'avoirla visiteducommissaire et
celledumédecin; Lepremiera demandéau capi-i
.lainelesraisonsqui l'obligeaientà relâcher,et
quelsétaientsesbesoins;il a examinélescartes,
avaitdressé
les,jpurnaUx,.etleprocès-verbalqu'on
d'avance.Le médecina visitélesmalades,et ils
ontbarbouillé l'unetl'autreunedouzainc.defeuil-
lesdegrandpapier.^ _ , - .,,
. Nousjouissonsdanscetteradedu spectacle le
plusintéressantetle plusagréable.L'entréeoffre
toutcequ'onpeutimaginerdéplusbeau;desforts,
desbatteries,desretranchemens, desmontagnes..
et descollinescouvertesdebananiers ou d'oran-
gers,dejoliesmaisons de campagnedispersées çà
etlà, etunair d'abondance etdebonheurrépandu
detoutesparts.
Le 19août.
Hier,à midi,nouseûmesuneaudiencepùblique
du vico-roi.Lepalaisest vaste;maisl'extérieur,
104 VOYAGE DUCHEVALIER
et cequej'ai vu de l'intérieur,norépondent pasà
larichessedela colonie.Onnousreçutd'aborda-
veccérémonie dansune grandeavant-salle,puis
un rideauseleva, et nouslaissavoir le vice-roi,
environné detoutesacour.Il nousreçutpoliment,
accordaaucapitaine la relâche,et auxpassagersla
permission desepromener danslaville.Aprèsl'au-
dience,nousfîmesdesvisitesmilitaires,et nous
revînmes dînerabord.H nousestdéfendudéman-
gerà terre, etencoreplusd'y coucher.
Grâcesà debonnesjalousiesdoubles,bienen-
tretenuespar les maris,nousn'avonsvu aucune
Portugaise. Ellesne sortentjamaisqu'aprèsVAn-
gélus,quise dit à sixheuresdusoir,et c'estpré-
cisémentl'instantauquelnoussommesobligésde
regagnernotreprison.
La ville est grande,lesmaisonssontbasseset
malbâties,lesruesbienalignées, maisfortétroites.
Aprèsmidi, nous descendîmes à terre. Trois
vinrentnousrecevoirsur le rivage;c'est
officiers
l'usageici, les étrangerssonttoujoursaccompa-
gnésiNousallâmesà unefoirequi se tient à;une"
demi-lieue, de la ville.Cheminfaisant, j'eus:le
UEl'AILNY. ^ l65
plaisirdovoirplusieurs
Portugaises quisoulevaient
pournousexarainer.il
leursjalousîes y enavaittrès-
peudejolies;maisunenavigation detroismois,
delesvoir,lesrendaient
etladifficulté charmantes
à mesyeux.
On no trouvaità cettefoireque despierreries
maltaillées,malmontées,et d'an prix excessif.
Pendantque nousportionsdetouscôtésnosre-
gards,unesclavevintprier nos conducteurs de
nousfaire entrerdansun jardinvoisin.Nousy
trouvâmes quatretentesbiendressées. Lapremière
renfermait unechapelle,donttouslesmeubles é-
taientd'or,et d'argentmassifs,et travaillésavec
ungoûtexquis;la secondecontenaitquatrelits;
lesrideauxétaientd'uneétoffeprécieuse deChine,
peintedansle pays,lescouvertures de damasen-
richidefrangesetdeglandsd'or,etlesdrapsd'une
mousseline brodée, garniededentelle;la troisiè-
meservaitdecuisine, ettouty étaitd'argent.Quand
j'entraidansla quatrième,je mecrustransporte
dansundecespalaisdefée, bâtisparlesroman-
ciers.Danslesquatreanglesétaientquatrebuffets
chargésdevaisselled'oretdegrandsvasesdecris-
l'66 VOYAGE DUCHEVALIER
t-alquicontenaient lesvinslesplusrares;la table
étaitcouverte d*unmagnifiquesurtout,etdesfruits
d'Europeetd'Amérique. Lagaietéquirégnaitpar-
mi nousajoutaitencoreà l'illusion-Toutceque
je mangeaime parutdélicieuxet apprêtépar'la'
maindesgénies:jecroyaisavalerlenectar;et pour
achever l'enchantement^ilnemanquaitrplusquJu'ne:
Hébé.Noussortîoiésdécelieudedélices,enre-~
mercîantledieuquilesfaisaitnaître;cedieuest
un seigneurâgé d'environcinquanteans;'il est
]jnÎ53amment riche;maisil doitplusqu'ilnepos-
sède.Saseulepassionest démangersonbien'et
celuidesautresdanslesplaisirset la bonnechère.
Il fait transporterses tentespartoutoù il croit
pouvoirs'amuser, etil décampeaussitôtqu'ils'en-
nuie. Cethomme-làest un charmantépicurien;
il estdignedeporterlerubangris-de-lin.
Le 20août.
Mêmefêtehierchezl'homme auxqUatretentes;
maisbeaucoup plusbrillante,parcequ'ilavaiteu
le tempsdela préparer;cependantpasun seulmi-
noisféminin.
DEl'Ail»Y. 167
Nousfîmesaussiplusieurs visitesquiremplirent
agréablementlasoirée.Lesfemmes nousreçoivent
onnepeutmieux,etcomme desnuimaux curieux
qu'onvoitavecplaisir.Ellessonttoutestrès-bru-
nes;ellesontdebeauxcheveux relevés négligem-
ment,unhabillement quiplaîtpar sa simplicité,
degrandsyeuxnoirs-et voluptueux, etleurcarac-
enclinà l'amour,sepeintdans
tère,naturellement
leurregard.
...",.:: Le25août.
Nouseûmesiiorun joliconcert,suivid'unbal.
Onneconnaitici quele menuet.J'eusle plaisir
d'en^danser^ar^ec.unePortugaisecharmante, do
seizeanset demi;ellea unetailledenymphe,une
physionomie piquante,et la grâceplusbelleen-
corequelabeauté.Onlanomme donaT/ieresa.
Jenevousdirairiendeséglises;les Portugais
sontpartoutlesmêmes. Ellessontd'unerichesse
étonnante:il n'ymanque quedessièges.
J'auraisétécharmé deconnaître l'OpéradeRio-
Janeiro; maisle vice-roin'a jamaisvoulunous
permettred'y aller.
l63 VOYAGE. DUCHEVALIER...
Cepays-cîestun paradisterrestre.Laterréy
produitabondamment lesfruitsdetouslesclimats;
l'air y est sain; lesminesd'oret depierreriesy
sonttrès-nombreuses; maisà touscesavantagés,
il enmanque un, jguipeutseuldonnerduprixaux
autres,c'estlaliberté.Toutesticidansl'esclava-
ge; ony peutentrer,maisonn'ensortguère;eh
général,lescolonssontmécontens et fatiguésde
leursort.
Lei5 septembre.
Le5 de ce mois,nousquittâmes Rio-Janeiro.
Lesventsnousonttoujoursfavorisés. Hier,pen-
danttoutela;journée,ilaventébonfrais;le ciel
étaitsombre;toutannonçait ungrostemps.Dans
la nuit, lèventa soufflé
avecviolence;
letonnerre
fi'estfaitentendre
detroiscôtésdifférons,
etlesla-
mesvenaientdéferlersurla dunette.Réveillépar
lebruitdelatempête, à uneheure,je montesur
le pont.Nousétionsà secdevoiles,et danscet
étatle navirefilaithuitnoeuds.
Peignez-vousàla
foisle sifflement
duventet dela pluie,leséclats
do tonnerre,le mugissement desflotsqui vc-
:/_-t 1ÎEFARNY. l6g
liaientsebriseravecimpétuosité contrele vais-
seau, et un bourdonnement sourdet continuel
dansles cordages;ajoutezà toutcelal'obscurité
là plusprofonde,etun brouillardpresquesolide
quel'ouraganchassait avecviolence;vousaurez
unolégèreidéedocequej'observais alorstoutà
monaise.Jevousavouequedanscemoment je me
suisdittoutbas:Illi roburet oestriplex.Versles
troisheures,la tempêtea étédanstoutesaforce;
delongséclairstombaient SUTle gaillard,ety lais-
- saientune odeurinsupportable; lamerparaissait
defeu;unsilenceeffrayant régnaitsùrlepont: on
n'entendaitquelà voixdel'officierdequart, qui
criaitparintervalle Cegrain
:stribordibàs-T>orà*.
a duréunedemieheure, et il a été tout-a-coup
terminépariingrandcalme.
170 VOYAGE
DUCHEVALIER
,:

LETTRE
DE M. LE CHEVALIER
DE P....

Du capde Bonne-Espérance,
le5 novembre1773.
C'estici quel'onvoit,deuxchosesbiencruelles:
Desmarisennuyeux etdesfemmes fidèles,
Carl'Amour,tu lesais,n'estpasluthérien;
C'estici qu'alentour
d'unevastethéière.
Prèsd'unlargefromageet d'ungrandpotà bière,
Ondigère, l'onfume,etl'onnepenseà rien.
C'esticiquel'onasantétoujoursfleurie,
Visagedechanoine et panserebondie;
C'estdansceslieuxenfinqu'onnousfaitaujourd'hui
Avaleràlongstraitslaconstanceet l'ennui.
Oh a bienraison.dedire: Chaquepays, c7ia-
DEPARNY. 17t
que mode.En France,les fillesne s'observent
qu'àl'extérieur;l'amantesttoujoursceluiqu'on
ceçoitavecle plusdefroideur;c'es*celuiauquel
on veut fairele moinsd'attention ; et de l'air
le plusdécentet le plusréservé,on lui donne
un rendez-vouspour la nuit. Ici.tout au re-
bours.Vousêtesaccueilliavecunair d'intelligen-
ceet d'amitiéqui, parmiiious,signifierait beau-
coup;vosyeuxpeuvents'expliquerentouteas-
surance ; on1-eurrépond,surlemêmeton; onvous
passelebaiser-sur lamain,surlajoue,mémocelui
quisemble leplusexpressif: enfin,onvousaccorde
tout, exceptéla seulechosequis'accorde parmi
nous. /;' -.'' '-"' -
Quefairedonc?Je ne fumejamais;lafidélité
matrimoniale estbienennuyeuse ; dansuneintri-
gueoùle coeurn'est quechatouillé,on ne vise
qu'audénoûmeut. La promenade estmonunique
plaisir: tristeplaisirà vingt ans! Je la trouve
dansun jardiumagnifique, qui n'est fréquenté
queparlesoiseaux,lesdryadesetlesfaunes.Les
divinitésde ceslieuxs'étonnent demevoirsans
pipeel unlivreà la main.C'estlà quejejouisen-
17a VOYAGEDUCHEVALIER
core,par le souvenirdecesmomens passésavec
denotreamitié, denosfolieset
toi, desdouceurs
descharmesdela caserne.C'estlà queje t'écris*
tandisquetum'oubliespeut-êtredansParis:
Tandisqu'entouré deplaisirs,
Toujours aimé,toujours aimable,
Tusaispartager tesloisirs
Entrelesmusesetlatable.
Adieu,conserve touscesgoûts;
Voletoujours debelleenbelle,
AuParnasse faisdesjaloux,
Al'amitiérestefidèle.
Puisses-tu danssoixantehivers
Cueillirlesfleursdelajeunesse
,
Caresser encorta maîtresse,
Etlachantereujolisversi
DEPARNY. 173

LETTRE
AU MÊME.

De l'îlede Bourbon,le 19janvier177J.


Tu veuxdonc,monami, queje tefasseconnaî-
tre ta patrie? Tu veux que je te parlede cepays
iguoré,quetu chérisencore,parcequetu n'y es
plus : je vais tâcherde te satisfaireon peu de
mots.
L'air y esttrès>-sain.
La plupartdesmaladiesy
sonttotalementinconnues. Lavie estdouce, uni-
forme,etparconséquent fort ennuyeuse.Lanour-
riture est peu variée.Nous n'avonsqu'un petit
nombrede fruits, maisils sontexcclleus.
Ici mamaindérobeà l'orangerfleuri
Cespommes dontl'éclatséduisitAtalantc;
174 VOYAGE DUCHEVALIER
t Ici l'ananas,pluschéri,
Elèveavecorgueilsa couronne brillante; ~-:~~
Detouslesfruitsensemble il réunitl'odeur-
A côté,l'allépierreuse.-
Livreà monappétitunecrèmeflatteuse;
Lagrenadeplusloin-s'entr'duvre avec-lenteur
; ;£*
Labananejaunitsoussafeuilleélargie;
Lamangue mèprépare*une chairadoucie;
Unmielsolideetdurpendau hautdudattier;
Lapéchécroîtaus*si surcelointainrivage,
Et pluspropiceencor,l'utilecocotier
Meprodigue à lafoislemetsetle breuvage.'

Voilàtousles'préseosquenousfait Pôrâone;
pourl'amantedeZéphire/elle nevisitequ'àregret
cesclimatsbrûlans.
. Je nesaispourquoi lespoètesnemanquentja-
mais-d'introduire un'printemps'éternel dansles
paysqu'ilsveulentrendreagréables;rien"deplus
maladroit. Lavariétéestlasourcedotousnosplai-
sirs, et le plaisircessedel'être, quandil devient
habitude.Vousne voyezjamaisicila naturera-
jétmié,.elle\e$ttoujoprsla même.S?.T5ÇÎ tristeet
DEl'ABJJY, 1-yS
sombrevous donnetoujoursla même sensation.
Ç.esorangers,couverts"enmêmetempsdefruitset
..djjjleursjn'ont pourmoirien d'intéressant,parce
que jamais leurs branchesdépouilléesne furent
blanchiesparlesfrimas.J'aimeàvoirlafeuillenais-
santebriserson enveloppe légère;j'aimeà la voir
croître, se développer,jauniret tomber.Le prin-
\ tempsplairaitbeaucoupmoins,s'ilnevenaitaprès
l'hiver.
O monami! lorsquemonexil sera fini, avep
quelplaisirje reyerraiFeuillancourau moisde
mai! Avecquelleaviditéje jouiraidela naturei
Avecquellesdélicesje respirerailesparfumsde la
campagne ! avecquellevoluptéjefouleraile ga-
zonfleuri! Les plaisirsperdus'sont toujours les
mieuxsentis.Combiendefoisn'ai-jepasregretté
le chantdu rossignolet delà fauvette!Nousn'a-
vonsici quedesoiseauxbraillards,dontle criim-
portunattriste à la fois l'oreille et le coeur.En
-"comparant tasituationàlamienne,apprends,mon
ami,à jouir dé ce que tu possèdes.
Nousgavons,il est vrai, un cieltoujourspur et
serein;maisnous payonstrop cher cetavantage.
176 VOYAGE DUCHEVALIER
L'espritet le corpssontanéantisparla chaleur;
tousleursressortsserelâchent.L'âmeestdansun
assoupissement continuel,l'énergieet.Iàviguetifr
intérieuressedissipent
parlespores.Ilfautatten-
drele soirpourrespirer;maisvouscherchez en.
vaindespromenades. •. -.- .-,-*,;>-. -:-

D'uncôté,mesyeuxaffligés
N'ontpoursereposerqu'unvasteamphithéâtre
Derochersescarpés quele tempsa rongés.
Deraresarbrisseaux, parlesventsoutragés ,
Y croissenttristement surla pierrerougeâtre,
Etdeslataaiersallongés
Y montrent loinà loinleurfeuillage grisâtre.
Trouvantleursûretédansleurpeudevaleur,
Làd'étiques perdreaux, deleursailesbruyantes.
Rasentimpunément lesherbesjaunissantes,
Et s'exposentsanscrainto.aucanonduchasseur.
Dusommet desremparts danslesairsélancée,
Lacascade àgrandbruitprécipite sesflots,
EtroulantchezThétissonondecourroucée,
DuNègreinfortunérenverse lestravaux.
Ici, surJesconfinsdesétatsdeNeptune,. -à
!. 'DE FARNY. .,..;* Î7»;
Où.jcjur^etnuitson épouse.importune.
Affligeleséchosdelongsmugisseméns,
Dumilieudessablesbrûlaus
** Sortent toitsdefeuillage.
$ quelques
Là, jamaisle zéphyrvolage.
Nerafraîchitl'air enflammé;..
Souslesfeuxdu soleille corpsinanimé
Restesansforceet sanscourage.
Quelquefois l'aquilonbrûlant,
Sursesailesportantl'orage*,:- .
S'élancedusombreorient.*
DanssesautresTondeprofonde
S'émeut,s'enfle,mugittetgronde;
Auloinsurlavoûtedesmers ...
. Onvoit desmontagnes-liquides
S'élever,s'approcher,s'élancerdansles airjs,
Retomberet courirsurles.sables humides;
Lesflammes duvolcanbrillentdansle lointain;
L'océanfranchitsesentraves,
nondenosjardins,etported'ans, noscaves
Despoissonsétonnésde nagerdansle vin.
- Lebonheur,il est vrai, ne dépendpasdeslieux
qu'onhabite.Lasociété,pourpeuqu'ellesoitdon-
178 V0YÀ.GB-;iH7CHEVALIER.
ceet amusante, dédommage biendesincommodi-
tésduclimat* Jevaisessayerdetefaireconnaître
cellequ'ontrouveici..<... . '.': ;Vj-
Le caractèreducréoleest généralement bpn^v
c'estdommage qu'ilnesoitpasà mêmedelé polir
par l'éducation. Il estfrancogénéreux,braveet
téméraire. Il nesaitpascouvrirsessentimens dû-
masque delabienséance;r« vousluidéplaisezi'vous
n'aurezpasdepeineà vonsenapercevoir. Il ouvre
aisément sabourseà ceuxqu'ilcroitsesamis.N'é-
tant jamaisinstruitdesdétoursdela chicauo, ni
decequ'onnommelesaffaires,il se laissesou-
venttromper.Lepréjugédupointd'honneurest
respectéchezlui plusquepartout,ailleurs.II est
ombrageux, inquiet,etsusceptible à l'excès.Il se
prévientfacilement, etnepardonne guère.Ilaune
adressepeucommune pourtouslesartsmécani-
quesoud'agrément. IInelûimanquequedes'éloi-
gnerdésapatrie,et d'apprendre. Songénieindo-
lentetlégern'estpaspropreauxsciences et aux
étudessérieuses. Il n'estpascapable
d'application;
et cequ'ilsait,illo saitsuperficiellement, et par
""ïôùtïrie."
DEPARNY. I79
_0n;ne se doutepasdansftotreîledece quec'est
quel'éducation. L'enfanceestl'âgequi demande,
. dela partdesparens,le plusdeprudenceetle plus
de.soins.Ici l'on.abandonne lesenfansaux mains
desesclaves : ilsprennentinsensiblement lesgoûts
etlesmoeurs de ceux.avecqui ils vivent;aussi,h
la couleur,près, très-souvent le maîtreressemble
parfaitement à ^esclave.Asept ans, quelquesol-
dativrogneleurapprendà lire,à écrire,et leuren-
seignelesquatrepremièresrèglesd'arithmétique;
alorsl'éducation'est complète.
Le créoleest bonami'.amantinquiet,et mari
jaloux;cequ'ily a d'impayable, c'estquelesfem-
mespartagentcedernierridiculeaveclcursépoux,
et.qiielafoi conjugale n'en'estpasmieuxgardée
departet;d'autre.Il estvainet entêté;il méprise
cequ'ilne connaîtpas*et il connaîtpeudéchose»
il estpleinde lui-même,etvidedetout le reste.
Cefondd'orgueilet desuffisance vient del'igno-
ranceet delamauvaiseéducation. Ici, dèsqu'un
hommepeutavoirsix piedsde maïs,deuxcafiers
et unnégrillon,il se croittiré delà cuissedeJupi-
ter. TelauVgalopc à crudansla plaine,uuepipe
l80 VOYAGJS DUCHEVALIER
la bouche,-ungrandcaleçon etlespiedsnus,chan-
geraità peinesonsortcontreceluiduroideFran-r
ce.C'estcequiarriveradanstousles paysoùil
n'y a.pasdepeuple,oùtouslesrangs.seront con-
fondus,et où la dénomination .d'habitant mettra
deniveautouteslesconditions.
D'ailleurs,
accoutumé, comme .onl'esticidepuis
à parleren maîtreà .desesclaves.,
l'enfance,, on
n'apprend guère,oul'onoublieaisément cequ'exil
gcunégaletunsupérieur. Il estdifficile
dene pas
rapporter de l'intérieurdesondomestique ceton
décisif,etcetespritimpérieux querévoltela plus
légèrecontradiction. C'estaussicequientretient
cetteparesse naturelleau créole,et quiprendsa
sourcedanslachaleur duclimat. ,
Le sexe,dans,cepays,n'a pasà seplaindre de
la'nature.Nous avonspeudebellesfemmes ;-maia
presquetoutessontjolies;et l'extrême propreté,
sirareenFrance,embellit jusqu'aux laides.Elles
onten généralunetailleavantageuse et debeaux
yeux.La chaleurexcessive empêche lesliset les
•rosesd'êcloresur-leurvisage. Cettechaleur.flétrit
encoya-avantlo ^temps dïautresattraits^plus p.w-
DEPARNY. l8l
cièux.Ici unefemmede vingt-cinqansena déjà
quarante.II existeun proverbeexclusifen faveur
despetitspieds;pourl'honneurde nosdames,je
m'inscrisen fauxcontreceproverbe.Il leurfaut
dela parure,et j'osedurequele goûtne préside
pastoujoursà leur toilette.La nature,quelquené-
gligéequ'ellepuisseêtre, est plus agréablequ'un
art maladroit.Ceprincipedevraitaussiles guider
dans lesmanièresétrangèresqu'ellescopient,et
danstoutescesgrâcesprétenduesoù l'ons'efforce
0e n'êtreplussoi-même.
Les'jalousies secrètesetles tracasserieséternel-
lesrégnentici plusquedansaucun:villagedépro-
vince; aussi nosdamesse voientpeuentreelles.
Onnesortquepolirlesvisitesindispensables ; car
l'étiquetteest ici .-singulièrementrespectée:nous
commençons à avoirunecérémonie,unemode,un
bonton.
L'enfancedecettecoloniea étésemblable à l'âge
d'or.D'excellentes tortuescouvraientla surfacede
l'île; le gibiervetinitdelui-même s'offriraufusil.
Labonnefoitenaitlieude code.Lecommerce des
Européens atout gâté.Le créoles'estdénaturéin-
l82 VOYAGE DUCHBVALIER
sensiblement ; il a substituéà sesmoeurssimples
et vertueuses,des moeurspolieset corrompues;
l'intérêta désunilesfamilles;la chicaneest deve-
nuenécessaire ; le chabouca déchiréle Nègrein-
fortuné; l'aviditéa produitla fourberie,et nous
ensommes maintenant ausiècled'airain.
Je te saisbongré, monami, denepasoublier
lesNègres,danslesinstructions quetumedeman-
des.Ils sonthommes,ils sontmalheureux : c'est
avoirbiendesdroitssur uneâmesensible. Non,
je nesauraismeplairedansunpaysoùmesregards
,ne peuventtomberquesur le spectacledelaser-
vitude,oùlebruitdesfouetsetdeschaînesétour-
ditmonoreillo,et retentitdansmoncoeur.Je ne
voisquedestyrans et desesclaves^ et je ne vois
pas monsemblable. On troquetouslesjoursun
hommecontretin cheval;il estimpossible queje
m'accoutume à unebizarreriesi révoltante.II faut
avouerquelesNègressoutmoinsmaltraitésicique
dansnosautrescolonies. Ils sontvêtus; leurnour-
ritureestsaineet assezabondante ; maisilsontla
piocheà lamaindepuisquatreheuresdu matin
jusqu'aucoucherdu soleil;.maisleurmaître,,en
DBPARNY.- < l85
revenantd'examiner leurouvrage,répètetousles
soirs:Cesgueux-làne travaillentpoint ; mais
ils sontesclaves,monami : cetteidée doitbien
empoisonner le maïsqu'ilsdévorentet qu'ilsdé-
trempentde leurssueurs.Leur patrieestà deux
centslieuesd'ici; ils s'imaginentcependanten-
tendrele chantdescoqs, etreconnaître lafumée
despipesdeleurscamarades. Ils s'échappentquel-
quefoisau nombrededouzeou quinze,enlèvent
une..pirogue,et-s'abandonnent surlesflots.Ils y
laissentpresque;toùjours leurvie, etc'estpeude
chosey lorsqu'ona perdula liberté.Quelques-uns
onteulebonheurdegagnerMadagascar; maisleurs
compatriotes lesonttousmassacrés,disantqu'ils
revenaientd'aveclesblancs, et qu'ilsavaienttrop
d'e3prit.Malheureux!ce sontplutôt cesmêmes
blancsqu'ilfautrepousser devospaisiblesrivages.
Maisil n'est plustemps;vousavezdéjàpris nos
vicesavecnos piastres.Cesmisérablesvendent
leursenfanspourunfusil, oupourquelquesbou-
teillesd'eau-dc-vie.
Danslespremierstempsde la colonie,les Nè-
gresse.retiraientdanslesbois,etdelàils faisaient
l84 VOYAGE UUCHEVALIER
desincursions fréquentes dansleshabitations éloi-
gnées.Aujourd'hui lescolons'sont ensûreté;ona
détruitpresquetous les marrons;desgenspavés
par la commune en font leurmétier,et ils;vont
k la chassedeshommes, aussi.gaiement qu'àcelle
desmerles. ,_„..
Je croisqu'engénéralla religiondesNègres .est
lematérialisme. Ils reconnaissent.un Être suprê-
me. On leur apprendle catéchisme ; on prc'tend
leurexpliquer l'Lvangile ; Dieusaits'ilsen com-
prennentle premiermot!Onlesbaptisepourtant;
hongre,malgré,aprèsquelques joursd'instruction
quin'inslruitpoint. J'envisundernièrement qu'on
avaitarrachédesa patriedepuisseptmois: il se
laissaitmourirdefaim.Comme il étaitsurlepoint
d'expirer,et trôs-éloigné. de la paroisse,on me
pria delui conférerle baptême. Dmeregardaen
souriant,etmedemanda pourquoije luijetaisde
l'eausur la télé: je lui expliquaidemonmieuxla
chose;maisil seretournad'unautrecôté, disant
enmauvais français:Aprèsla mort, toutestfini,
4u moinspournousautresNègres;jeneveuxpoint
JU.-..;,- ... .
DEPARNY. l85.
d'uneautre vie, car peut-êtrey serais-jeencore
votreesclave. .

Maissur cetaffligeant tableau,


Qu'àregretmamaincontinue,
Ami,n'arrêtonspointla vue,
Et tironsun épaisrideau;
Dausle.champ qu'ilrenditfertile,
LaissonsleNègremalheureux
Criersousla.vergedocile,
Et sonmaître,plusennuyeux,
Compter les coupsd'unair tranquille:
C'esttroplong-temps m'occuper d'eux.
Dégageons monâmeoppressée
Sousle fardeaudesesennuis;
Surlesailesdela pensée,
Dirigeons monvolà Paris,
Et revenonsàla caserne,
Auxgensaimables,au falerne,
A toi, le meilleurdesamis,
A toi, quiduseindela France
- M'écrisencordanscesdéserts,
1$6 VOYAGE.DU CHEVALIER
. Et quejevoisbâillerd'avance -
Enlisantmaproseet mesvers.

Quefais-tumaintenant dansParis?Tandisque
le soleilesta notrezénith,,l'hiver
vousporteà
vousautresla neigeet.lesfrimas.Réalises-tu
ces
projetsd'orgiesauxquelson'répond, par dejolis
verset pardebonsvins?Peut-êtrequ'entouré de
tesamiset desmiens,amusépareux*tu lesamu-
sesà tontourpartescongéscharmans.

Peut-être,hélas!encemoment
Oùmaplumetropparesseuse
Tegriffonnerapidement
Unerimesouventdouteuse,
Assiégeantunlargepâté
Quefarcîtla truffelégère,
Vousbuvez fraisàla santé
D'unsauvagequineboitguère.

Danscepays,le tempsnevolepas,il setraîne:


au
l'ennuiluia coupélesailes.Lematinressemble
soir;lesoirressembleau malin;et je mecouche
-Vv DEPARNY. 187
avec la triste-certitude que le jour qui suit sera
semblableen tout an précèdent.Maisil n'est pas
éloignécet heureuxmomentoù le vaisseauqui me
rapporteravers la France, sillonneralégèrement
la surface des flots. Soufflezalors, enfansimpé-
tueux de Borée, enflezla voile tendue.Et vous,
aimablesnéréides, poussezdo vosmains bienfai-
santesmonrapidegaillard.Vousrendîtesautrefois
ceserviceaux galèresd'Lnée,quile méritaitmoins
quemoi:je ne suis pas tout-à-faitsi pieux; mais
je n'ai pas trahi ma Didon.Et vous, o mes amis!
lorsquel'Aurore, prenantune robe plus éclatante,
vousannonceral'heureux jour qui doit me rame-
ner dansvos bras, qu'une sainte ivresses'empare
de vosâmes.

D'une guirlandenouvelle
Ombragezvosjeunesfronts,
Et qu'au milieudesflacons
Brillele myrte ûdèle.
Qu'auprèsd'un autel fleuri,
Chacun,d'unevoix légère,
Chantepour toute prière:
1,83 VOYAGE DUCHEVAXIER DEFARNY.
' Regihapotens Cyprin .•:'. :
à
Puisvenant l'accolade ' r
« D'unamiressuscité, ' ' '^mm^__
Earunetriplerasade y^\V.*,*^^*
VoussaluerezmasantéiTy;'-">^

FIN.

Vous aimerez peut-être aussi