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L’architecture du récit et ses composantes

Les réseaux constitués autour d’un élément littéraire, d’un procédé d’écriture, des
composants du récit permettent d’initier des travaux sur le point de vue, le mode de
narration, le dialogue, la description, la mise en place de l’espace, du temps, la tonalité …

Ces découvertes faites à travers les textes constituent une grammaire de texte qui
entretient avec lui le même rapport que celui qu’entretient la grammaire par rapport à la
phrase.
Les systèmes et codes qui la composent détermine le sens, la cohérence et l’interprétation
qui en découlent.

Nous avons vu que le thème d’un récit mettait en relation :


- Des personnages, symboliques ou archétypaux
- Un univers, un contexte et un cadre spatial, temporal et circonstanciel
- Des motifs ou actions récurrentes suivant les genres.

Ces éléments possèdent des constantes et des variables :

Les personnages

La description et la caractérisation des personnages sont :


- directes lorsqu’elles sont explicites dans le texte : elles sont indiquées par des
adjectifs…
- indirectes lorsque l’on doit les déduire à partir d’indices vestimentaires, langagier
(accent, langue étrangère ….), comportementaux (attitudes …), contextuels …

La caractérologie d’un personnage fait partie des éléments constants dans un récit, tandis
que ces actions participent au renouvellement du texte en apportant des informations
nouvelles.

Lexique de la description des personnages


Identité Nom / Prénom / Surnom
Nationalité ou ethnie
Adresse
Situation familiale (situation de famille, cadre de vie et habitudes,

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Mœurs religions, loisirs …) et sociale (métier, classe sociale)
Leur passé, leur éducation (niveau éducatif)
Corps Sexe - Age - Taille (grand, petit, moyen) et poids
Jeune, vieux, adulte
Fort, frêle, faible, malade, maigre, musclé
Visage, cheveux, yeux (lunettes, couleur …), nez...) Poilu
Couleur de peau (race …), nez, oreilles (boucles …), bouche …
Vêtements couleurs, marques, insignes (écusson …), matière, chaussures, propreté,
parfum ? …
Signes (Cicatrices, boutons, fumeur …) liés à la description, au caractère, aux
particuliers  émotions et à leurs évolutions
Posture
Apparence (soigné, sale, beau / laid)
Le caractère distrait, intrépide, téméraire, sentimental, créateur, peureux …. Obéissant,
désobéissant Cruel, gentil, serviable
Réactif, patient, impatient
La logique, le Observateur, curieux, distrait, concentré
raisonnement  Anticipateur, malin Ayant de bonnes notions des plans, des chemins
Rapide, opportuniste Courageux Naïf, réfléchi
Le langage des Paroles / caractéristiques langagières venant de ce qu’ils sont (idiolecte)
personnages ou de leurs catégories socioculturelle ou professionnelle (sociolecte)

Le personnage a plusieurs statuts :

- Un statut qui lui accorde une valeur représentative symbolique. Par exemple, le
personnage du loup est un symbole en lui-même.
- Un statut dans la narration de l’histoire : il est un agent du récit, un actant, s’il
provoque les actions, patient s’il les subit.

Il est personnage principal si son rôle est déterminant (protagoniste) dans le récit,
personnage secondaire, épisodique, comparse, adjuvant ou opposant dans le cas contraire.

Le rôle du personnage :

L’actant peut être un groupe, une valeur, une idée considérée comme une seule entité
dans ses relations aux autres.
On classe les personnages actants (agent) en 6 classes (Greimas) 
Le sujet cherche l’objet Axe du vouloir
Le héros est celui qui réussit la quête, qui Le héros prouve sa valeur, sa différence, dans

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s’approprie son objet. les épreuves qualifiantes.
Il s’empare de l’objet ou but de la quête dans
l’épreuve principale.
L’adjuvant aide et l’opposant s’oppose à Axe du pouvoir
la quête
Le destinateur charge le héros d’une Axe du savoir
mission et le destinataire va bénéficier Le Héros remet l'objet de la quête au
de la quête ou va la sanctionner. Destinataire dans une épreuve glorifiante.

Vladimir Propp distinguait sept caractères de personnages dans le conte : l’agresseur, le


donateur, l’auxiliaire, la princesse, le mandateur, le héros et le faux-héros.

Le schéma actanciel représente les rapports existant entre les personnages dans un même
récit. Il montre comment chaque personnage se définit par opposition, ou parallélisme plus
ou moins nuancé avec d'autres personnages proches ou antagonistes. Il met en évidence
les motivations, obstacles, aides que chaque personnage peut rencontrer dans son action.

Voir le dossier sur les thèmes …

Pour que le récit soit cohérent, les personnages doivent apparaître dans le récit au moment
de leur action. Mais leur désignation pourra évoluer au fil de l’histoire, d’où le rôle des
reprises anaphoriques, des métaphores ou substituts des noms…

La description : l’espace / le temps « daté »

Le contexte

Un contexte réduit les univers et milieux à l’ensemble des circonstances et conditions


posées en termes d’espace, de temps, de milieu social …qui limitent et influent directement
et plus ou moins fortement sur les personnages, leurs actions et leur sens.
Le contexte est l’ensemble de tout ce qui fait sens dans un univers, un milieu ou un
environnement.
Il n’en n’est pas affecté et reste immuable et indépendant des variations du récit.

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Les circonstances, c’est l’ensemble des éléments secondaires à l’histoire qui entourent,
conditionnent ou déterminent les faits de l’histoire, un contexte particulier et ponctuel :
- Par exemple l’histoire se passe autrefois quand il y avait des loups, dans un bois à tel
endroit, tel moment …
- il y eut une grande sécheresse, une famine … et les loups sont affamés, ils se
rapprochent des villages

Elles permettent de distinguer un fait des autres par des éléments de cause, conséquence,
but, condition, manière, moyen, lieu, temps.

Elles s’inscrivent dans le texte au moyen des organisateurs et connecteurs :


Les organisateurs et connecteurs du texte
Les moments du temps Hier, aujourd'hui, l'année dernière ...
Logique du temps D’abord, puis, un jour, ensuite, après, en même temps,
Rupture dans l’histoire Soudain, tout à coup, mais, alors,
La relation cause / effet Donc, en conséquence, parce que, car, puisque, comme …
Equivalence entre et..., de même..., comme..., ainsi que...
parties du texte
Opposition de parties au contraire, mais, pourtant..., or...
du texte
Le choix affirmatif ou ou..., ni...
négatif
La fin du texte enfin, ainsi, c’est ainsi que, c’est depuis que …

L’espace et le décor

S’intéresser à l’espace d’un point de vue narratologique revient à s’intéresser à la


description qui le prend en charge (alors que, du point de vue de l’histoire, l’espace – par
exemple la mer, la ville ou le désert – est étudié comme un contenu avec des valeurs
symboliques.)

Deux types de description s’opposent :


Les descriptions objectives Les descriptions subjectives
Dans les textes scientifiques, les inventaires Dans les romans, elles dressent un décor qui
des notaires, certains articles de presse … va étayer l’histoire.

La description :
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- Reproduit une réalité, dans son espace - temps.
- diffuse un savoir général comme étant une vérité.
- Donne des indications sur les lieux et les personnages d’un récit, sur les événements

- signale une prise de position de l’écrivain par rapport à un style ou un genre.

La description possède des fonctions différentes dans le récit :


- Une fonction représentative ou visualisatrice: la description dresse le portrait d’un
personnage, d’un lieu ou d’une époque.
- Une fonction dilatoire ou esthétique, par laquelle le déroulement du récit s’arrête le
temps de la description,
- Une fonction dramatique car la description étaye un contexte en dressant un décor,
une description de personnage, pour un nouveau chapitre du récit, créant une
rupture avec ce qui précède et une liaison avec ce qui va suivre. …. Il apporte ainsi
des compléments d’informations parfois implicites qui aident à la compréhension du
texte.

Le texte peut raconter une histoire transposée dans un autre lieu ou conserver un lieu
symbolique pour raconter une histoire décalée.

La description s’inclue dans un texte par :


- insertion, comme expansion à partir d’un thème donné (objet, personnage, lieu) peut
être désigné par un titre. Le thème-titre est ce dont parle la description et peut être
présenté :
 par ancrage : il figure au début de chaque passage, facilitant la compréhension
 par affectation : il figure à la fin du passage, suscitant, la surprise.
 Dans des conditions de déroulement du récit : arrivée d’un personnage à décrire,
élargissement au contexte environnant, digression suspensive dans le récit pour
maintenir l’attention ou l’attente …
- de façon fonctionnelle :
 l’aspectualisation décrit en indiquant les propriétés (la taille, la forme, la couleur,
etc.) ou les composants de l’objet à décrire
 la mise en relation décrit l’objet par ses relations avec d’autres objets :
o sa situation indique la place de l’objet dans l’espace et dans le temps
o l’assimilation indique (par des comparaisons, des métaphores ou des
reformulations) le rapport de l’objet avec d’autres objets

La description s’organise selon des plans :


- plan spatial : les indications spatiales structurent l’espace représenté (haut/bas,
droite/gauche, est/ouest, devant/derrière, etc.)
- plan temporel : les indications temporelles (d’abord, puis, enfin…) dynamisent et «
temporalisent » la description.
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La description des lieux

La description de l’espace et des lieux informe sur le contexte de l’histoire : la situation, les
personnages qui peuvent y être placés ou attendus, le temps.
Certains lieux conditionnent même des genres :
- Les espaces fermés dans les huis clos
- Les espaces ouverts : découvertes ou exploration, journal de voyage …

Le narrateur choisit une vision descriptive des lieux, à la façon d’un peintre :
- il dépeint un panorama ou fait un panoramique des lieux
- la description est statique (un personnage témoin est immobile et décrit ce qu’il voit)
ou ambulatoire (le personnage décrit ce qu’il voit lors de ses déplacements)
- le lieu est juste nommé ou décrit avec beaucoup de détails
- il y a appel aux sens : couleurs, odeurs, sons … ou non
- les lieux sont en mouvement ou non : il est habité par des sujets objets mobiles, par
des changements du au climat, à la situation …

L’auteur peut aussi choisir de mettre en relation le lieu de l’histoire avec la mise en page du
livre.
Procédés de mises en pages d’un livre en relation avec la description des lieux :
- le format (vertical, à l’italienne…)
- la transparence, un codage de couleurs
- le pliage en accordéon, en lettre …
- le cadrage : la demi-page, le hors champ, le dépassement de la page par les
personnages,
- un effet de zoom, d’angle de vue, d’échelle
- un retournement du livre
- le rythme, une alternance
- une animation (pop up)
- un itinéraire, l’inversion du sens de lecture gauche / droite
- la juxtaposition d’images, l’accumulation, le cache … …

La notion de contexte recouvre : 
- le contexte textuel : ce qui précède / suit un passage dans un texte, entourage
linguistique d'un élément — mot, phrase...
- le contexte situationnel : situation de discours, ensemble des circonstances au milieu
desquelles se déroule un acte d'énonciation.

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Le temps « daté »

Le temps n’est pas ici perçu comme le déroulement chronologique de l’histoire, mais
comme une période de référence (la préhistoire, l’Antiquité), un moment particulier de
l’histoire (la première guerre mondiale, le moyen âge), ou de la vie des personnages
(pendant l’enfance, l’adolescence …), ou une date précise (l’année de mon entrée en CP, en
1974 … comme dans les autobiographies, les journaux), ou une date relative (hier, lors des
dernières vacances …).

Ce temps participe au contexte car il est connoté et fait appel à des représentations,
connaissances, évènements types de ces périodes ou moments.
Il oriente la compréhension du lecteur en fonctions des conceptions normalement liées aux
temps indiqués.

Ordre chronologique de l’histoire

L’histoire racontée met en avant l’ordre chronologique des événements de l’histoire.


C’est Le temps de l’histoire. Un récit peut évoquer une journée, toute une vie ou plusieurs
générations. C’est le temps fictif de l’histoire.

Schéma narratif ou quinaire ou scénario (cinéma): chronologie de l’histoire


1 2 3 4 5
Roman de chevalerie
Avant les Pendant les événements : la quête Après les
événement Processus de transformation : l’intrigue événements
s
Etat / Les forces transformatrices sont à l’origine de la naissance, Etat terminal
situation / du développement, et de la suppression du conflit. Elles rétablissement de
équilibre sont : l'équilibre
initial - d'ordre intérieur : Ex. la crise de conscience d’un situation finale /
Une réalité personnage. rétablissement d’un
décrite : - d'ordre extérieur : Ex. L’arrivée d’un attaquant, d’un orage … équilibre nouveau ou
identique à l’état
cadre, - d'ordre mixte, intérieur et extérieur, par lien de cause à
initial, ou constatation
moment, lieu, effet.
de l’état de non
Elles visent à rétablir l'équilibre perdu lors de la perturbation.

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personnages Rupture avec la Action / Sanction action résolution du
situation initiale dynamique réparatrice problème :
Provocation / dynamique résolution du Les s récits sont de
perturbation en rupture / problème, actions type descendant, (la
provoquant de déséquilibre réparatrices des situation finale est pire
l’instabilité ou des avec personnages pour que l’initiale) de type
complications et l’équilibre essayer de résoudre le ascendant (l’inverse),
ouvrant à une initial déséquilibre. cyclique
éventualité ou une Possibilité de S’il y a passage à l’acte, (recommencement) …
nouvelle virtualité passage ou son achèvement ou etc.
de non à non inachèvement,
l’acte sanction ou La coda indique
récompense … formellement la fin de
l’histoire.
Conte ou roman chevaleresque
Situation Contrat destinateur / destinataire Situation finale
initiale Epreuve Epreuve Epreuve glorificatrice
discriminante : principale de de réussite du héros
qualification ou conquête de
dislocation du l’objet de la quête
héros : avec opposant et
adjuvant
Roman policier
Enigme L’enquête, l’intrigue composées de : solution de l’énigme et
initiale : par - examen des données (lieux, indices, corps) châtiment du coupable
exemple, un - élaboration d'une hypothèse (cf. mobile...) Enigme élucidée et
crime - institution d'un test (recherche de preuves, piège, bluff..) châtiment.
mystérieux
- passation du test
- test probant
- hypothèse vérifiée

Il y a symétrie entre :
- La situation initiale du récit et la situation finale
- La situation dans laquelle est introduite la perturbation et celle de la résolution, ces
deux séquences formant les nœuds du récit.

Différenciation entre l’histoire et l’intrigue

L’intrigue n’est pas l’histoire, c'est-à-dire  la suite logique des événements du récit.
C’est la partie centrale d’un récit, entre la situation initiale et la situation finale stables
toutes deux. Elle est constituée des nœuds du récit, péripéties ou aventures. Elle
commence au déclenchement de l’histoire et se termine au dénouement du conflit.
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Elle est aussi appelée proposition dramatique, définie par l’action et exprimée par le
personnage, le conflit et la résolution de l’histoire, quand la proposition thématique définit
le pourquoi de l’action, son sens, portée par le personnage principal.

L’intrigue provoque un questionnement, une ouverture, une contradiction dont la


résolution constituera le but même de la lecture.
Elle est basée sur l’ensemble des motivations, émotions et réactions des personnages qui
donnent naissance à l’histoire et vise à créer des émotions, sentiments réactions chez le
lecteur.
Elle est subjective et dynamique, relie les éléments en un système organisé, rationnel,
favorisant le ressenti, les interrogations et les réactions du lecteur

Compréhension du Compréhension de l’histoire dans ses implications, sa morale,


déroulement du récit son but provoquant l’implication du lecteur
L’histoire raconte L’intrigue construit un système
Elle désigne les Par définition, c’est la situation embarrassante, la complication,
personnages combinaison de circonstances et d'incidents, l’enchaînement
Elle décrit le cadre et d'événements qui forment le nœud de l'action.
le contexte
Elle raconte les L’intrigue pose des questions :
étapes (en ordre ou - quelle question centrale pose-t-elle ?
en désordre) - Quel est le but, les motivations, le plan, les obstacles ou le
permettant la problème du personnage principal ?
compréhension du - Le conflit est-il interne ou externe à l’histoire ?
récit. - Quel désastre, péril ou conséquence adviendraient si le
personnage n’entrait pas en action ou si le problème n’était
pas résolu ?
La tension dramatique naît de la confrontation entre le but du
personnage et les conséquences du problème identifié.
Expliciter les motivations des personnages : sentiments, émotions

Elle utilise les antagonistes ou les opposants au personnage


principal.
Les conditions de l’intrigue, conséquences d’événements pré
requis, la font avancer ver sa résolution.
Les avertissements, ou les conditions préalables (petits obstacles)
font avancer l’intrigue vers un échec.
Conditions et avertissements créent une tension émotionnelle, le
« suspens » de l’intrigue.

Les actions peuvent être coûteuses : souffrance, sacrifice, pertes,


mais aussi rapporter des dividendes et être fructueuses :
acquisition d’un trésor, d’une qualité …
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La situation finale doit marquer les changements de morale,
d’équilibre, de valeurs des personnages par rapport à la situation
initiale.

Organiser le rythme d’avancement de l’histoire par une succession


d’actions et de péripéties posant à chaque fois un nouveau
dilemme.

L’histoire et l’intrigue sont généralement racontées dans l’ordre dans lequel ils se seraient
déroulés dans la réalité, représenté par l’ordre quinaire de l’histoire :

Avant l’intrigue L’intrigue souvent avec une situation Après l’intrigue


de crise avec confrontation, propose
un climax avant le dénouement.
exposition ou Péripétie ou conflit ou nœud Catastrophe ou résolution ou
introduction (nouement) ou développement dénouement ou conclusion

L’intrigue peut être :


- Linéaire : elle est alors unique ou unifiée. Tous les épisodes se rapportent au même
schéma narratif
- Complexe : plusieurs intrigues cohabitent dans le même récit, indépendants mais
ayant un lien entre eux. Par exemple ; le destin croisé de plusieurs personnages.
o La structure épisodique  est formée d’intrigues indépendantes les unes des
autres, racontées dans l’ordre ou non. Exemple : les intrigues qui se terminent
à chaque épisode des tomes policiers.
 Chaque épisode peut reproduire la structure de base de l’intrigue
complète : établissement, tension et intrigue, résolution puis retour à
l’intrigue globale.
 Les épisodes peuvent être
 parallèles,
 cycliques ou récursifs,
 en mosaïque (ils se complètent par convergence d’éléments), en
arborescence : ils interagissent,
 communicants
 interchangeables
 proposant des points de vue différents,
 Proposant des structures en abîme des récits dans le récit,
 Proposant des structures en miroir, inversées,
 s’enchâssant (l’intrigue principale se subdivise en différentes
intrigues, concernant des personnages de l’histoire principale. Ces

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récits secondaires ou enchâssés peuvent ne pas avoir le même
narrateur) … Il en existe deux formes :
 le récit encadré, dans lequel le récit second occupe
l’essentiel du texte. Il a une fonction phatique ou évaluative.
 les récits intercalaires, cas dans lequel aucun d’eux ne
prédomine sur les autres ou dans lequel ils sont également
enchâssés dans un seul récit prédominant. Liés au récit
premier par causalité, ils ont une fonction explicative, liés
par le thème, ils ont une fonction de contraste ou
d’analogie.
 Les intrigues de chaque épisode doivent s’entrecroiser et nourrir
l’intrigue de base.
 De même qu’il existe un schéma quinaire de l’histoire, il existe un
schéma épisodique des nœuds ou épisodes d’une histoire et de leurs
relations.

Les intrigues secondaires mettent souvent l’intrigue principale en valeur, par contraste,
opposition, parallélisme, mise en abîme … ou constituent l’antithèse de l’intrigue principale.

La diégèse est la succession chronologique de ces différents épisodes ou nœuds de


l’histoire.

La rupture de l’énigme provoque une dislocation, l’enchainement narratif laissant place à


un enchaînement discursif, thématique, comique …).

On distingue deux grands types d’intrigue :


Les intrigues d’action ou de Les intrigues psychologiques ou de réflexion ou de
résolution quand le lecteur se
révélation quand les faits ont peu d’importance en eux-
pose la question de ce qui va se
passer : le temps, l’évolution, mêmes. L’intérêt de l’histoire repose sur d’autres
l’ordre des événements et le facteurs : récits de voyage, en randonnée, biographies…
développement ont pour but Le temps, le développement, l’évolution sont
une résolution. 
secondaires ou inexistants. Souvent, le personnage est
le seul fil conducteur du récit.
Liées à la violence, le pouvoir … Liées à l’intelligence, la ruse …

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Les vingt types d’intrigues (Ronald B. Tobias) s’apparentent à des motifs liés aux
personnages et à leurs fonctions, aux objets et scènes types des romans :
1. La quête- 2. L’aventure- 3. La poursuite- 4. Le sauvetage- 5. L’évasion- 6. La vengeance- 7.
L’énigme- 8. La rivalité- 9. L’antihéros ou l’outsider - 10. La tentation- 11. La
métamorphose- 12. La transformation- 13. Le récit initiatique ou la maturité - 14. L’amour-
15. L’amour interdit- 16. Le sacrifice- 17. La découverte- 18. La transgression ou les
extrêmes - 19. L’ascension - 20. La chute

Georges Polti en distingue trente-six applicables à des scénarios (univers du cinéma) :


1- Sauver - 2- Implorer - 3- Venger un crime- 4- Venger un proche- 5- Être traqué - 6-
Détruire - 7- Posséder - 8- Se révolter - 9- Être audacieux - 10- Ravir ou kidnapper- 11-
Résoudre une énigme - 12- Obtenir ou conquérir - 13- Haïr - 14- Rivaliser - 15- L’adultère
meurtrier - 16- La folie - 17- L’imprudence fatale - 18-  L’inceste - 19- Tuer un des siens
inconnu - 20- Se sacrifier à l’idéal - 21- Tout sacrifier à la passion - 22- Se sacrifier aux
proches - 23- Devoir sacrifier les siens - 24- Rivaliser à armes inégales - 25- Tromper ou
adultère - 26- Crimes d’amour- 27- Apprendre le déshonneur d’un être aimé - 28- Les
amours empêchées - 29- Aimer l’ennemi - 30- L’ambition - 31- Lutter contre Dieu - 32- La
jalousie erronée - 33- L’erreur judiciaire - 34- Les remords - 35- Les retrouvailles - 36-
L’épreuve du deuil
 

 Un nœud dramatique est un événement qui fait rebondir une action, un obstacle, un coup
de théâtre, une scène obligatoire, un renversement de situation. Les nœuds dramatiques
d’une histoire se présentent en ordre :
- l’événement déclencheur
- La confrontation entre les adjuvants et les opposants, les parties en présence
- Le point de non retour : le personnage ne peut plus revenir en arrière, il est entraîné
vers un final quel qu’il soit.
- La crise fait basculer définitivement l’action vers la résolution : elle est annoncée
après le déclenchement, développée dans les péripéties et résolue dans le
dénouement.
- Le climax, ou le nœud dramatique le plus important de l’histoire, celui dans lequel le
personnage se révèle dans ses choix et place tous les tenants et aboutissants de
l’histoire. En cinématographie, il ne peut y avoir qu’un climax par film. Mais en
littérature, il peut y en avoir plusieurs (L’Iliade et l’Odyssée …). Il se situe souvent
juste avant le dénouement.
- La chute : c’est un final en coup de théâtre, surprenant et définitif.
- Les scènes obligatoires s’attardent sur un ou plusieurs nœuds du récit, maintenant
l’haleine du lecteur.

Pour rappel, le mot « scène » désigne :


Voix et vues de classe – Le récit – Théorie - 2017 Page 12
- La partie du théâtre sur laquelle se produisent les acteurs avec ses décors
- La partie d’un acte au théâtre dans laquelle se déroule une action en un seul lieu, un
seul temps, avec les mêmes personnages. La première scène présente la situation
initiale de la pièce et s’appelle scène d’exposition.
- Au cinéma, une séquence est un  ensemble de plans représentant une même action
dans le même temps et le même lieu. La scène est un ensemble
de séquences situées en plusieurs lieux et/ou en plusieurs temps, représentant
toujours une même action.
- Dans le récit, on parle de scène narrative quand le temps du récit et de temps de
l’histoire sont identiques. Leur vitesse de narration est identique.

Déroulement de l’histoire
Fil chronologique ou diégèse

Situation Développement de l’intrigue Situation


initiale finale

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(cinéma)
Exposition

Elément perturbateur

Climax : nœud dramatique principal Rebondissement Nœud dramatique Nœud dramatique Tension dramatique

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Dénouement / catharsis
Conclusion

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Le temps du récit / de la narration

Le récit est la narration qu’un auteur fait des évènements d’une histoire.

Les quatre constituants de base de la narration sont :


- la présence au moins d’un personnage
- qui va vivre une intrigue
- dans des lieux, des temps et selon des circonstances particuliers

On peut faire référence ici au principe des enquêtes policières  :


Qui a fait quoi ? Quel est le coupable ? Quelle est la victime ? Quel est le délit ?
Où, quand ? Le lieu et le temps
Comment ? Les circonstances
Pourquoi ? Le motif / Le mobile

Distinguer l’ordre de l’histoire de l’ordre du récit / de la


narration

Une histoire est un enchaînement logique d'actions (entrecoupées de séquences


ornementales / descriptives) sans lequel le récit n’aurait pas de sens. Cet ordre repose sur
les liens de cause / conséquence entre les différentes parties de l’histoire. Il est souvent
représenté par le schéma quinaire.

Un récit est une succession de séquences narratives racontant l’histoire mais pas
forcément dans l’ordre de son déroulement.

Souvent, dans le récit :


- En introduction, le résumé donne un aperçu de l’histoire, l’annonce ou annonce le
résultat final.
- L’orientation fournit des données contextuelles sur le récit : temps, lieux,
personnages, situation …

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- L’évaluation indique aux lecteurs l'attitude du narrateur face aux événements qu'il
rapporte ; elle est généralement incluse dans une des parties de la narration.

Le moment de la narration est celui dans lequel un fait est raconté dans un livre.

L’ordre du récit est le rapport entre la succession logique des événements de l’histoire
et l’ordre dans lequel ils sont racontés : les événements chronologiques de l’histoire
peuvent ne pas être racontés dans l’ordre logique  de leur déroulement.

Dans le récit que l’auteur fait de l’histoire, il peut jouer avec l’enchaînement des
actions décrites dans les différentes séquences :
L’enchaînement linéaire respecte l’ordre chronologique normal des actions et donc le
temps de l’histoire et le temps de la narration / récit sont identiques. Les événements sont
narrés dans la succession où ils se sont produits.
- la narration simultanée s’écrit en même temps que les faits, d’où l’emploi du présent
qui rend le récit vivant car en train de se dérouler.
- La narration différée s’écrit après les faits, mais leur ordre chronologique est
respectée : les temps employés sont au passé et répondent à la concordance des temps.
La narration linéaire anticipée décrit des faits pas encore advenus. Elle ne prend place
que dans les récits de fiction sur la base d’un univers imaginé.

Chronologie de l’histoire
Evénement 1 Evénement 2 Evénement 3

Enchaînement linéaire
Episode 1 Episode 2 Episode 3
Ordre linéaire. Narration simultanée

Episode 1 Episode 2 Episode 3


Ordre linéaire. Narration différée.
Fil du temps

L’auteur peut utiliser des anachronies dans le déroulement d’un même récit (retour en
arrière, anticipation, souvenirs …) : l’ordre dans lequel les événements sont narrés ne
correspond plus à l’ordre dans lequel ils se sont produits.

Il y a un écart ou une portée entre le moment où l’histoire est sensée s’être déroulée et
celui de la narration.

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L’amplitude, quant à elle, est la « mesure » de la durée que l’anachronie prend dans le
récit.
Cependant, à travers la relation désordonnée du récit, une chronologie logique des faits
relatés transparaît.
- Une partie du récit raconte après coup  des événements antérieurs / passés (souvenirs,
rétrospection, flash- back) de l’histoire, donc non modifiables : c’est une narration
postérieure aux faits, une anachronie par rétrospection, l’analepse. Les temps sont au
passé (passé simple, plus-que-parfait...).
- Une partie du récit anticipe des événements futurs de l’histoire (rêve divinatoire,
prophétie, hypothèse …) : c’est une narration antérieure aux faits, une anachronie par
anticipation, la prolepse. Les temps sont au conditionnel ou au futur.
- L’auteur peut intercaler des parties de narration ultérieure et de narration simultanée. Il
raconte un voyage passé, par exemple, et y ajoute ses commentaires du moment.

Temps de l’histoire : chronologie logique des événements


Evénement 1 Evénement 2 Evénement 3
Faits passés Faits futurs
Moment de la narration situé par exemple épisode 2.

Enchaînement linéaire
Les faits passés au moment de l’épisode 2 sont racontés dans les chapitres antérieurs.
Les faits futurs au moment de l’épisode seront racontés dans les futurs chapitres.
L’ordre de la narration : succession des paragraphes/ chapitres / épisodes du texte.
Episode 1 Episode 2 Episode 3
Anachronies dans le récit situées épisode 2
Faits passés Faits anticipés
 
Ecart de temps histoire/ récit Ecart de temps histoire /récit
L’analepse est un flash-back dans le récit. La prolepse anticipe les faits futurs du récit.

Le choix de l’ordre de narration peut renforcer l’intérêt du lecteur :


- Les flashbacks conviennent aux histoires nostalgiques ou à un questionnement sur le
pourquoi d’une résolution finale
- L’alternance de scènes d’action et des descriptions permet de mieux intégrer les
données du récit, les informations.

Voix et vues de classe – Le récit – Théorie - 2017 Page 17


La narration répond à un enchaînement chronologique des faits, éventuellement racontés
dans un ordre différent de la « réalité racontée », mais aussi à une cohérence logique
inscrite dans le texte au moyen d’organisateurs :
- Marqueurs du moment : hier, aujourd'hui, la semaine dernière ...
- marqueurs de temps chronologique : d’abord, après, puis …,
- connecteurs logiques :
o d’analogie (et..., de même..., ainsi que, comme...)
o d'opposition (mais..., par contre, or...)
o d'alternative (ou..., ni...)
o de conséquence (donc..., car..., puisque...)
o de conclusion (ainsi..., enfin...)

L’ordre des faits par rapport au moment de la narration

L’ordre des faits par rapport au moment de la narration s’inscrit dans la concordance des
temps.
Cette concordance comporte deux axes :
- l’axe du temps lui-même, symbolisé par la ligne du temps et la concordance passés
(passé composé, imparfait ou passé simple) / présent / futur : l’axe chronologique
- l’axe de l’antériorité ou de la postériorité d’un fait par rapport à un autre qui forme
une chronologie relative aux faits eux-mêmes :
o le conditionnel passé indique un fait antérieur à un autre qui lui était envisagé
comme futur « autrefois » (dans le passé) : il pensait qu’il rentrerait tard, après
que les élèves aient fini leur travail.
o Le futur antérieur indique un fait précédent un fait envisagé au futur,: il croira
qu’il rentrera tard, quand les élèves auront fini leur travail.

Cependant, la concordance des temps peut présenter différemment selon les cas :
Il croira qu’il rentrera tard, après que les élèves aient fini leur travail. Il pensait qu’il
rentrerait tard, quand les élèves auraient fini leur travail …

Le travail sur la concordance des temps peut ainsi faire l’objet d’une étude très
approfondie. Son étude peut être abordée à travers le récit, mais doit faire l’objet de
découvertes et d’exercices systématiques.

Le tableau qui suit n’est qu’un aperçu de ces deux premiers axes :

Voix et vues de classe – Le récit – Théorie - 2017 Page 18


Concordance des temps
PASSE PRESENT FUTUR

Conditionnel passé : Conditionnel présent :


Futur 
action (passée, présente action (passée,
simple:
ou future) vue dans le présente ou future) Futur action
passé comme future mais vue comme future Futur antérieur : future
antérieure à celle au dans le passé. proche : action future
conditionnel présent. aller + précédant celle
Présent : infinitif au futur simple
narration
simultanée
ou générale.
Passé
Passé simple : proche :
Passé antérieur : actions venir / finir Le temps chronologique de l’histoire
faits antérieurs à ponctuelles de + infinitif  classe les faits sur une ligne du temps.
ceux au passé simple finies du récit L’ordre de la narration est celui choisi
par l’auteur pour raconter l’histoire.
Imparfait : description du décor,
L’aspect temporel des faits : un fait (état / action) possède son propre temps
des personnages, des habitudes.
indiqué par des aspects inscrits dans les temps des verbes, leur choix, les
Actions générales ou non finies … 
Plus que parfait : adverbes ou adjectifs choisis :

faits antérieurs à - Un état de finition : aspect accompli ou inaccompli,
Passé composé : actions achevées
ceux à l’imparfait ou - des limites (début ou fin) sont indiquées : aspect ingressif ou terminatif,
donc passées … l
au passé composé - une durée d’ensemble: aspect sécant, non global ou duratif
- une date ponctuelle : aspect non sécant, global et non duratif
- une progressivité : aspect continuatif, progressif, permansif,
- une fréquence : aspect semelfactif (unique), itératif, répétitif, duplicatif,
multiplicatif,
- …

Voix et vues de classe – Le récit – Théorie - 2017 Page 19


La durée de l’histoire / la durée du récit

La durée de l’histoire est l’espace de temps compris entre la date du début de l’histoire et
la date de sa fin, si elles sont connues.
La durée du récit, est le temps mis par l’auteur à raconter. Ce temps se mesure en pages,
chapitres, volumes.

La vitesse de narration est le rapport entre le temps de l’histoire (la durée fictive des
événements de l’histoire), et la longueur du récit (mise en texte, nombre de pages, de
lignes, de chapitres).
Ex. L’histoire peut être courte pour un texte long ou histoire peut être longue pour un récit
court.
La vitesse de narration imprime un rythme au roman, avec des accélérations et des
ralentissements.

On distingue quatre relations possibles entre temps de l’histoire et temps du récit :


- La longueur et les chapitres du récit sont proportionnels à la durée et aux moments
de l’histoire : scène narrative. ex. Les dialogues de théâtre (mode mimétique). Un
temps court est raconté en un récit court, un temps long en un récit long.
L’histoire est représentée quand les évènements sont décrits comme s’ils se
déroulaient devant nous.
Temps de l’histoire
Evénement 1 Evénement 2 Evénement 3

Temps du récit
Episode 1 Episode 2 Episode 3

- Le sommaire : une longue histoire est résumée en un récit court. Il y a effet


d’accélération.
L’histoire est relatée quand le récit est plus rapide que la réalité de l’histoire.
Temps de l’histoire
Evénement 1 Evénement 2 Evénement 3

Temps du récit Episode 1 Episode 2 Episode 3

- La pause est un passage descriptif ou un commentaire où le récit s’allonge alors que


l’histoire stagne. Il y a effet de ralentissement. Certains moments peuvent être mis
en parallèle, par entrelacement ou alternance, dans la narration simultanée comme
dans la narration différée :
o énumération répétitive d’actions, avec cumulation à chaque répétition,
amplification ou amenuisement
o rencontre en série de situations (randonnée)
Voix et vues de classe – Le récit – Théorie - 2017 Page 20
o mise en abîme (récit dans le récit), mise en place de récits secondaires dans le
récit principal (digressions concernant des éléments secondaires du récit), de
récits emboîtés (un élément du récit principal donne naissance à un autre récit …)

Temps
Evénement 1 Evénement 2 Evénement 3
de
l’histoire

Temps
Episode 1 Episode 2 Episode 3
du récit
+ Description + Commentaire

- L’ellipse est le passage sous silence (omission) d’un moment de l’histoire. Il y a effet


d’accélération maximale.
Temps
Evénement 1 Omission Evénement 2 Omission Evénement 3
de
l’histoire
Temps
Episode 1 Episode 2 Episode 3
du récit

Les ellipses peuvent être source d’implicite dans le texte : certaines informations ne sont
pas écrites et doivent être reconstituées par le lecteur.

La vitesse de narration prend une importance primordiale dans le découpage des scènes
d’un film, plus ou moins longue non pas par rapport au temps qu’elles occupent dans
l’histoire, mais par rapport à l’effet qu’elles doivent imprimer sur le spectateur : une scène
sera d’autant plus longue qu’elle sera haletante, cruciale (correspondant à un climax …).

La fréquence désigne le nombre de fois qu’un événement fictionnel est raconté par rapport
au nombre de fois qu’il est censé s’être produit.
On distingue trois relations possibles :
- le mode singulatif : le narrateur raconte une fois ce qui s’est passé une fois (ou n fois
ce qui s’est passé n fois). Ex. le récit d’action.
- le mode répétitif raconte plusieurs fois ce qui ne s’est passé qu’une fois.
- le mode itératif raconte une fois ce qui s’est passé plusieurs fois. Il évoque l’habitude
et la monotonie. Il s’exprime en général à l’imparfait.

Les aspects des temps

Voix et vues de classe – Le récit – Théorie - 2017 Page 21


Il existe trois temps dans un récit :
- L’ordre de l’histoire, soit l’ordre des faits organisés chronologiquement sur une ligne
du temps orientée du passé vers le futur
- L’ordre de la narration, c’est –à – dire l’ordre dans le quel l’auteur a raconté les faits,
avec d’éventuels flashs back ou anticipations
- Et enfin les aspects du temps, présentés par les caractéristiques temporelles des faits
eux-mêmes.

Les verbes sont porteurs en eux-mêmes d’indications telles que :


L’objet auquel le Attention portée l’auteur C’est la voix active ou passive des
lecteur doit porter d’une action ou celui qui l’a verbes d’action transitifs.
le plus d’attention subi  Pierre ouvre les ruches. Les ruches
sont toujours ouvertes par Pierre.
Attention portée doublement Ce sont les verbes pronominaux.
sur l’auteur d’une action Pierre se demande s’il a raison
d’ouvrir les ruches par un tel temps.
Le mode indique L’indicatif présente une Les ruches sont pleines de miel.
un degré de assertion. Il pleut.
certitude ou de Le subjonctif indique une Pierre doute que les ruches soient
doute, un état incertitude. pleines.
d’esprit du sujet Impératif exprime un Ouvrez les ruches !
de la phrase commandement.
L’infinitif désigne un acte Ouvrir les ruches est un acte délicat.
Le participe s’utilise souvent Ouvertes, les ruches ne doivent pas
comme adjectif. être à la pluie.
Le conditionnel exprime une Les élèves pourraient participer au
action future soumise à tournoi s’il ne pleuvait pas.
condition, aléatoire …
Les aspects liés au L’imparfait indique un fait Les Gaulois étaient indisciplinés.
verbe passé « durable », une Il marchait souvent sur la route.
répétition de faits passé …
Ils indiquent le La passé simple indique un Il ouvrit la porte. Il entra.
commencement fait ponctuel passé et achevé.
ou la fin d’une Le passé composé indique un J’ai fréquenté l’école primaire de ma
action, sa durée, fait passé et achevé. ville pendant cinq ans.
sa fréquence, son Le présent situe une action Les élèves fréquentent tous l’école
rythme, son état présente ou d’une portée primaire pendant cinq.
d’achèvement générale. Les Gaulois ont une mauvaise
voire ses réputation venue des écrits de Jules
conséquences … César.
Le futur indique une action Demain, il fera beau.
Ils sont liés à la future.

Voix et vues de classe – Le récit – Théorie - 2017 Page 22


valeur des temps.

Cette notion a d’abord concerné les valeurs des temps (différence imparfait, passé
composé, passé simple), puis a été étendue à tous les éléments grammaticaux, syntaxiques,
lexicaux déterminant l’aspect temporel d’un fait (état ou action).
Cette notion est aussi très présente dans d’autres langues, notamment l’anglais et
l’allemand, à travers le temps des verbes.

Ainsi, l’aspect du temps d’un fait indiqué par le temps des verbes (leur valeur), le verbe
lui-même, un adverbe, adjectif, nom marque :
Les limites du fait : son début, sa fin
L’aspect inchoatif ou ingressif indique qu’une action vient de commencer sans indiquer sa
fin : périphrases commencer à, se mettre à + verbe à l’infinitif, verbes / noms de
« commencement tels s’endormir, plonger dans l’action, débuter …

L’aspect terminal ou terminatif indique la fin d’une action : périphrases finir de, cesser de,
terminer de + verbe à l’infinitif, verbes, noms d’achèvement (la randonnée s’achève, la fin
des cours …
Les limites des faits sont connues  ou non : début, déroulement achèvement, donc la
« durée » des faits
Les temps composés indiquent souvent des aspects accomplis ou extensifs ou antérieurs
indéfinis. Le fait, état ou action, est terminé et son résultat déjà passé :
- le passé composé présente un aspect accompli : l’action est finie.
- Utilisation de la voix passive d’un verbe : la cafetière était nettoyée
L’aspect résultatif  indique un fait dont on connait déjà le résultat, donc finie : le résultat
est obtenu, la course est gagnée …

Les temps simples indiquent généralement l’aspect inaccompli d’un état / action, le fait
qu’il ne soit pas achevé :
- Verbes au présent ou à l’imparfait : la route est longue (elle est encore longue) …
Les gaulois étaient chevelus (état qui serait encore vrai aujourd’hui … s’il y avait
encore des Gaulois !).
- Formes pronominales : le travail se poursuit …
- Verbes d’état : il reste patient.
L’aspect du temps marqué par la différence imparfait passé simple est dit sécant ou non
sécant.

Un verbe au passé simple indique un fait chronologiquement ponctuel d’aspect non

Voix et vues de classe – Le récit – Théorie - 2017 Page 23


sécant. Le passé simple et le futur indiquent un fait perçu dans sa globalité, qui ne se
poursuit pas sur une période de temps ultérieure : c’est un aspect global ou non duratif.

Des actions en arrière plan dont on n’indique pas la globalité de temps car de moindre
importance indiquées par l’imparfait (exemples : il pleuvait quand je suis partie : peu
importe la durée de la pluie, l’averse n’est vue qu’à un moment précis ou sécant de sa
durée) ont un aspect sécant, non global ou duratif (il est en train de, les gaulois étaient
chevelus, description de décors, d’habitudes, d’états ou d’actions « durables » …).

L’aspect continuatif est une variante de l’aspect sécant. Il indique un état / action
ininterrompu : il poursuit son chemin, il continue à, il ne cesse de, il reste (penché sur son
travail), il demeure joyeux, il a duré deux heures, il s’est poursuivi pendant tout le trajet …
Le verbe indiquant une action persistante possède un aspect permansif : il continue de …

L’imparfait peut également indiquer l’aspect progressif d‘un fait, son déroulement : il est
en train de parler, il va distribuant des tracts sur son parcours, il en est à réviser ses
devoirs. de plus en plus souvent, de plus en plus rarement … tout comme le participe
présent : un enfant grandissant, une plante flétrissant. Si le fait progresse, c’est qu’il n’est
pas fini, il se poursuit.
La fréquence des faits
L’aspect semelfactif concerne une action unique : il a chuté dans la descente.

L’aspect itératif ou répétitif exprime la répétition d’un fait / action : utilisation de


l’imparfait, d’adverbes (souvent, toujours, et les négations jamais, rarement … ), de
construction syntaxique (plus nous apprenons, plus nous savons) …

L’aspect multiplicatif  indique la répétition mathématique d’un fait (état / action) : toutes
les semaines, tous les jours …

L’aspect duplicatif indique la duplication d’un fait : il refaisait son lacet chaque fois qu’il le
trouvait la rosette trop peu voyante.
L’aspect perfectif indique un fait qui ne peut pas être prolongé sans être répété : il
mangeait une pomme, il ouvre la fenêtre …
L’aspect imperfectif indique un fait qui peut être prolongé indéfiniment sauf cessation
indiquée : il marche sur le GR. Il marque ainsi une certaine continuité.
L’aspect statique marque le fait que l’état ou l’action ne peut être classé ni dans l’aspect
perfectif, ni dans l’aspect imperfectif.

Voix et vues de classe – Le récit – Théorie - 2017 Page 24


Ainsi, l’utilisation réelle des temps tient compte à la fois de la concordance des temps (axe
chronologique et axe relatif aux faits), mais aussi de l’aspect de ce temps accordé aux faits
eux-mêmes. Elle s’accompagne de l’utilisation de mots d’autres classes grammaticales :
adverbes, noms …

Exemples Aspects Exemples


Les évaluations vont Aspect
commencer d’imminence
proche
Les élèves commencent à Aspect inchoatif ou Les évaluations ont débuté
travailler. ingressif. aujourd’hui.
Les élèves sont en train de Aspect inaccompli Les évaluations durent une semaine
travailler / duraient depuis une semaine.
Les élèves travaillent souvent Aspect itératif
Les élèves passent le BAC une Aspect semelfactif
fois dans leur vie
Les élèves signent la feuille de Aspect perfectif
présence
Les élèves finissent de Aspect terminal.
travailler.
Les élèves viennent de Aspect d’antériorité
terminer leur examen. proche.
Cette année là, les élèves Aspect accompli Cette année là, les évaluations
travaillèrent bien. ponctuel durèrent une semaine.
Les élèves ont bien travaillé. Action passée Les évaluations ont duré une
accomplie semaine.

Les temps organisent les faits selon une ligne temporelle orientée.
Les élèves travailleront.
Les élèves vont travailler.
Les élèves travaillent.

Les élèves finissent de travailler.


Les élèves ont bien travaillé.

Les aspects précisent les limites et / ou la durée des faits, leur état d’achèvement …  :

Durée des faits

Pierre s’endort.  Jusqu’à quand ?


Voix et vues de classe – Le récit – Théorie - 2017 Page 25
Pierre ouvre la porte : action ponctuelle finie et courte.
Pierre continue son trek : quand l’a-t-il commencé ? Quand le finira-t-il ?

Cohérence du récit

La cohérence est la relation sans contradiction entre des idées. Elle est sémantique et
informationnelle, et concerne la logique du texte.

La cohésion textuelle est la relation et l’assemblage entre eux d’éléments grammaticaux.


Elle est grammaticale et textuelle et se traduit en les règles morphologiques et syntaxiques

Il existe des cohérences à respecter entre le récit, l’univers évoqué, le narrateur :

Cohérence entre le récit et une réalité


 
évoquée :
Univers paraissant réel ou non,
interaction entre la narration et l’action

Cohérence de l’histoire : Cohérence liée à l’auteur et au


Respect de sa structure interne, narrateur :
logique du sens, position et Logique narrative, captation du
légitimité du narrateur lecteur, promesses de lecture et
prise de risque cohérentes

Il existe aussi des cohérences internes au récit :

Règle de cohérence du récit


Métarègles Cohérence du texte Cohésion grammaticale
L’unité du sujet Le thème doit rester centré autour d’un Champ lexical et niveau
même sujet ou progresser selon les règles de langue cohérent.
de la progression thématique : thème
Voix et vues de classe – Le récit – Théorie - 2017 Page 26
constant, linéaire ou dérivé.
Il doit être relié à un univers, des
personnages, des motifs en relation avec
lui.
Règle Certains éléments doivent figurer de
Emploi de répétitions,
Nécessaire équilibre entre ces deux règles

de reprise de façon constante d’une partie à l’autre du


Substitution par un
l’information  récit. groupe du nom
ou de Ils constituent des références dans le
synonyme, un pronom,
répétition récit, un fil conducteur de la continuité
un terme générique ou
thématique.
spécifique, une
périphrase, etc.)
Choix d’un
déterminant : un chat,
le chat (le chat décrit
précédemment)
Règle Enoncer l’intégralité du nécessaire à la marqueurs de
de progressio compréhension du récit : explicite ou implicite. relation,
n  de Respect du schéma quinaire. organisateurs
l’information Trois règles déterminent la cohérence d’une textuels,
Cette règle partie du récit et son enchaînement avec la substituts, etc.
assure la suivante : coordination
progression  1- une des phrases énonce l'idée principale ainsi qu'à la
thématique 2- les phrases suivantes développent le thème juxtaposition
du récit. (argumentation, exemples …)
3- la phrase de clôture de la partie fait la
synthèse ou annonce une transition
Varier les façons d'intégrer de
l'information nouvelle dans le récit.
Règle de non contradiction  Respect du schéma quinaire Concordance
Elle est sémantique et concerne le d’enchaînement des actions (le des temps
sens de l’énoncé. début ne peut pas être la fin de Choix des
Une partie d’énoncé ne peut être à l’histoire) reprises
la fois vraie et fausse dans le même Logique d’énonciation Vocabulaire des
texte, quelle que soit la partie de Respect du schéma actanciel champs
l’énoncé concernée  Constance du point de vue lexicaux
Règle de  congruence ou de relation Elle établit une relation avec les Utilisation de 
entre les passages, les idées, les mots et l'univers qu'ils évoquent connecteurs 
faits, les événements … dans le contexte de leur texte. pour lier les
infos

Les séquences d’un récit ne sont pas toutes de la même importance :

Voix et vues de classe – Le récit – Théorie - 2017 Page 27


- Les séquences ornementales sont supprimables. Elle agrémente le récit en y ajoutant
une atmosphère, une diversion, une digression … Elles forment des motifs libres car
elles peuvent s’écarter de la chronologie ou de la logique du récit.
- les séquences cardinales ne peuvent être supprimées sans que le récit ne soit
incomplet ou ne change de sens. Elles occupent les rôles clés de la narration : nœuds
du récit … Elles sont souvent indispensables à la logique de narration en formant des
motifs (éléments indécomposables du récit) dit associés au récit.

En résumé pour ce dossier, nous obtenons ce tableau récapitulatif :

Le récit
Le temps du récit
L’ordre  L’enchaînement linéaire - L’analepse (raconter un événement après
coup) - La prolepse (raconter un événement avant qu’il ne se soit
produit)
La portée (écart de temps entre le moment d’un récit et le fait qui y est
rapporté)-
L’amplitude : temps pris par une narration dans la récit
La vitesse La pause (la chronologie du récit s’arrête par exemple le temps d’une
narrative  description, d’un portrait) - La scène (comme au théâtre, la vitesse du
récit correspond à la vitesse de l’histoire) - Le sommaire (certaines
parties de l’histoire sont résumées, accélérant la vitesse du récit) -
L’ellipse (certaines parties du récit sont omises)
La fréquence Mode singulatif (on raconte une fois ce qui s’et passé une fois)- Mode
événementielle répétitif (on raconte plusieurs fois la même chose) - Mode itératif (on
raconte une fois ce qui s’est passé plusieurs fois)
La cohérence
Les règles Règles de répétition, de progression, de non contradiction, de
congruence.

Voix et vues de classe – Le récit – Théorie - 2017 Page 28

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