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le/ pont/ ti|pe/ du / e t r a

Dix mille notes de calcul automatique d'ouvrage d'art

par H. MATHIEU
Ingénieur en Chef des Ponts et Chaussées
Chef de Division au S.E.T.R.A.

Depuis leur création dans les pre- • l'un, relativement souple, a consis- thèque des modèles s'est avéré un
mières années 1960, les ponts-types té à quantifier les données des moyen lourd, rigide et peu efficace ;
du Service Spécial des Autoroutes franchissements, à unifier dans une l'évolution des règlements a entraîné
(S.S.A.R.), maintenant ponts-types du large mesure le choix des structu- l'abandon rapide des modèles sans
S.E.T.R.A., ont fait l'objet de nombreu- res et à fournir sous forme de que ceux-ci aient à peine servi. Les
ses publications. Citons notamment : « dossiers-pilotes » des cadres- mêmes idées étant reformulées pério-
types pour les études. diquement, nous pensons que ce bref
• « Les ponts sur autoroutes », I In- rappel n'est pas inutile.
troduction par A. Thiebault et H. • un autre, plus rigide, a consisté à
Mathieu (La Route 1965), établir une « Bibliothèque des mo- Le premier moyen, par contre, a été
» « Les ponts d'aujourd'hui et de de- dèles », c'est-à-dire de p r o j e t s un succès puisqu'il a été à la base
main », par des Ingénieurs du « prêts à l'emploi » qu'on pourrait de la réalisation de 85 % environ des
S.E.T.R.A. (P.C.M. décembre 1968) : réutiliser un grand nombre de fois. ponts autoroutiers des années 1960
— La standardisation des ponts et qu'il s'est rapidement et spontané-
(P. 54 à 58). ment étendu à de très nombreux ponts
Ce second moyen a été un échec
— Emploi et perspectives du calcul des voiries routières.
total. La raison en a été le manque
électronique (p. 45 à 53).
de souplesse de ce moyen, dans l'ab-
» « Les ponts automatiques an X » C'est ce moyen qui est toujours uti-
solu d'une part, et par rapport au pre-
(La Route 1972) par MM. Durand, lisé, à la suite de nombreux dévelop-
mier moyen d'autre part. Dans notre
Nourisson et Denis. pements et ajustements méthodolo-
article précité de « La Route 1965 »
nous avons montré de façon détail- giques que nous allons exposer. Di-
Plus que de techniques proprement lée qu'un pont dépend en général de sons tout de suite que ces dévelop-
dites, ces articles ont montré la créa- trop de paramètres significatifs pour pements et ajustements méthodologi-
tion et le développement d'une métho- qu'on puisse sans des inconvénients ques ont consisté à gagner largement
dologie (méthode de travail). Cette notables ramener la grande majorité en généralité quant au domaine d'ap-
méthodologie en effet ne s'identifie des ouvrages à un petit nombre de plication couvert, et à recourir à un
pas à une seule technique ; et si elle modèles ; par exemple, pour un sim- nombre de procédés accru.
a conditionné le choix et le dévelop- ple pont-cadre nous avons pu compter
pement d'un certain nombre de tech- 100 000 configurations significative- 1 - A l'origine il s'agissait seulement
niques, celles-ci préexistaient généra- ment différentes ; et en aurait-on ra- de procéder aux études d'une demi-
lement à la méthodologie. Au cours mené le nombre à 1 000 seulement en douzaine de types d'ouvrages à réa-
de ces dernières années la méthodo- tirant quelque peu sur les valeurs des liser sur quatre plates-formes autorou-
logie a continué à se développer et à paramètres, le problème n'aurait pas tières avec des biais normalisés.
évoluer. Décrire cette évolution est le été modifié pour autant. Sans doute Le calcul automatique par ordina-
but principal du présent article. ne pourrait-il l'être qu'aux dépens de teur, qui est arrivé à point nommé, a
la liberté actuelle de la géométrie des très vite élargi ces possibilités. Il con-
tracés, de l'adaptation au site, voire vient à ce sujet de rendre hommage
Cette méthodologie a eu pour ori- de la continuité des travées, inconvé- à la clairvoyance des auteurs du pre-
gine les travaux autoroutiers des an- nients qui paraissent difficilement ac- mier programme complet (PS BA 62
nées 1960 (Etat et Sociétés d'Econo- ceptables dans notre pays, et au prix traitant les tabliers à poutres conti-
mie Mixte). L'idée première était la d'un pourcentage élevé d'exceptions nues de béton armé). MM. Leray, in-
normalisation des ouvrages. On a à qui irait à rencontre du but recher- génieur des Ponts et Chaussées et
cette époque cherché à exploiter cet- ché. Bref, même pour les seules auto- Gallas, ingénieur des T.P.E., qui non
te idée par plusieurs moyens : routes, l'établissement d'une biblio- seulement n'ont pas limité ce pro-
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gramme aux données quantifiées re-
commandées, mais ont été jusqu'à
l'étendre à un nombre de travées quel-
conque de 1 à 6.

Les possibilités du calcul automa-


tique ayant été ainsi brillamment dé-
montrées du premier coup, trois équi-
pes animées principalement par MM.
Gerbault, Albouy et Nourisson, puis
par les successeurs des deux pre-
miers, ont alors en quelques années
couvert par des programmes proje-
teurs les structures les plus couram-
ment utilisées sur autoroutes. Préci-
sons à ce sujet :
• que les programmes ont été mis en
service en plusieurs phases à me-
sure de leur élaboration ; dans les
premières phases par exemple, on
a pu se limiter à des « calculs de
Passage supérieur type PSI-DP à 3 travées sur plateforme étroite d'autoroute.
structures » (calculs partiels) ou à
des calculs vérificateurs, ou enco-
re, pour les ponts en béton précon-
traint, à la détermination de la pré-
contrainte mais non des armatures
passives.

• mais que les mises en service de


ces programmes ont toujours été
accompagnées de « dossiers-pilo-
tes » contenant toutes explications,
indications, abaques, etc.. que
nous pouvions fournir non seule-
ment sur les calculs, mais aussi sur
les structures elles-mêmes, et que
nous avions harmonisé les consis-
tances de ces documents et notam-
ment des « bordereaux de don-
nées » de commande des calculs,
le tout pour faciliter la tâche des
usagers.

Pendant ce même temps, M. Leray


Passage supérieur type PSI-DE à 3 travées sur plateforme large d'autoroute.
et son équipe réalisaient le program-
me M.R.B. (calcul scientifique des
ponts-dalles de configuration d'appuis
quelconques) mettant ainsi en éviden-
ce la possibilité de traiter de façon que la distinction entre ponts-types et ment on peut constituer des ouvrages
pratique par le calcul automatique des ponts-non-types tendait déjà à s'es- en totalité avec de tels éléments.
tabliers spéciaux de configurations tomper. C'est généralement en pensant aux
extrêmement diverses inabordables seuls tabliers qu'on parle de ponts-
par des calculs manuels sérieux. Pré- 2 - On a bien vite constaté que le types. Or si les tabliers représentent
cisons à ce sujet que si bien des pont-type n'était qu'une notion un peu la partie la plus importante des ponts,
moyens comparables existent aujour- superficielle, la typification portant sé- ils ne représentent guère que 55 %
d'hui avec de multiples programmes parément sur les diverses parties des de la dépense totale en cas de fonda-
d'origines diverses (réseaux de pou- ouvrages, des fondations jusqu'aux tions sur semelles, et moins encore
tres, éléments finis, e t c . ) , le program- superstructures. En fait nous ne défi- en cas de fondations profondes.
me présente la particularité d'être ac- nissions que des éléments-types, et En fait le S.S.A.R. a très rapidement
compagné d'un véritable dossier-pilo- on pouvait constituer les ouvrages porté ses efforts sur toutes les parties
te qui permet son usage à domicile avec de tels éléments, en tout ou en d'ouvrages : les premières ébauches
par tout projeteur d'ouvrages d'art. partie. de dossiers-pilotes d'équipement par
On remarquera que dès cette épo- Le tableau ci-après montre com- M. Vallantin datent de 1962, et le pre-
19
Prix du S.E.T.R.A., les guides de
COMPOSITION O'ON PONT PAR ELEMENTS TYPES chantier G.M.S. 70 et G.M.O. 70, et
le S.E.R.O. 70 pour la maintenance
A L'AIDE DES DOSSIERS PILOTES des ouvrages.
On peut ainsi définir cette méthodo-
Équipements types logie comme une méthode de prétrai-
tement poussé et de diffusion de l'in-
G.C. 1 (J.A.D.E) (ST\ËR?
JQiN'S 01 CHAuSSr'E
formation technique en matière d'ou-
SURfACAG! DES TAHUfRS
(!ANCHEIT( vrages d'art — méthode valable, de
(VAGUATION DE^ E COUCHE OE ROUIEMEN'
toute évidence, pour bien d'autres
choses que les ouvrages d'art comme
le montrent par exemple le Catalogue
des structures et le Guide de chan-
tier de la Division des chaussées du
S.E.T.R.A.
f PI CF
PASSAGE mtmw
PSI.DP
DALLE CONTINUE OE
PSI. DE
TABLIER EN OAlLE
fV.I.PP.1
POU'RES PRECONTRAINTES
EN C M » ! H » V l f BETON PRÉCONTRAINT CONTINUE fLECIE
01 6f 'ON ARME PAR POST-TENSION
D'ÉPAISSEUR CONS'ANTf PRECON'RAINU

TXIT 4 - Si l'on considère par exemple


^ÇaSMifiSIJJ
/- \ les équipements d'ouvrages (garde-
Tabliers
V_ i i
F-^F ^ L .al<:ut PS.BQ
PONT A BEQ'JUES corps, dispositifs de retenue, joints
A I A 8 L I I R DE
types BE'ON PRECONTRAINT
de chaussées, étanchéités, e t c . ) , il
PI.PO PSI.DA PSI.OM PR.AD i '"* J s'avère que l'on a affaire à des modè-
PASSAGt INIÉRIfoR
EN PORHUuE DUVffl
DALLE CONTINUE 0£
BÉTON ARMÉ EN
TABLIER CONTINU
OSSATURE MIXTE
AClER-BfTON
les qu'il paraît relativement facile de
Oi DE'ON ARME D'EPAISSEUR CONSTANTE

-' »~ définir sous forme de dispositions prê-


tes à l'emploi. Compte tenu de l'ab-
sence de C.P.C. en la matière, nous
avons établi des « spécifications »
Soutènements contenant plans et prescriptions écri-
types
tes sous forme de calques permettant
r une insertion directe comme docu-
MURS 0( S0UIENÈMEN1
f pp. ]
PIUS i l PAlfiS
CI
CUlfcS l»Pf5
ments contractuels dans les dossiers
Oi BETON ARMÉ
d'appel d'offres et dans les marchés
[ & définitifs. Cette méthode, nous l'avons
vu en tête du présent article, s'était
par contre avérée inadéquate pour les
Etudes types de fondations tabliers, a fortiori pour les ouvrages
entiers.
\r FOND ^
uu
5 - Revenons aux tabliers-types, qui
sont la partie la plus importante des
ouvrages. Depuis leur élaboration, les
programmes ont d'abord été complé-
tés par des séquences de calcul qui
ne figuraient pas dans les premières
mier dossier-pilote de fondations éta- ple dalles à larges encorbelle- versions. Mais d'autres développe-
bli en collaboration avec le L.C.P.C. a ments) ments, moins évidents a priori, sont
été établi en 1964. venus s'y ajouter ensuite.
• que pour chaque type d'élément ou
de problème étudié plusieurs ma-
3 - De plus nous nous sommes as- nières d'aborder et de présenter les
sez vite rendu compte : Il s'agit d'abord du dessin automa-
études étaient possibles, et que ce tique qui, à l'origine simple illustration
* que la bibliothèque des dossiers- n'était pas toujours la même qui d'une ou deux sorties de la note de
pilotes nécessitait d'être complétée était la plus judicieuse calcul, est devenu au terme de plu-
par un certain nombre de docu- sieurs stades de développement, pour
• et enfin que cette méthodologie ne
ments de synthèse (le catalogue certains types d'ouvrage pratiquement
devait aucunement se limiter à l'éla-
C.A.T. 66 — maintenant C.A.T. 75 l'établissement direct de dessins
boration des avant-projets, mais
— très vite devenu, outre un cata- d'exécution.
pouvait porter sur tous les stades
logue, un manuel du projeteur ; le Il s'est agi aussi d'accentuer forte-
des études (des plus préliminaires
document-type des estimations ment la tendance à la souplesse et à
jusqu'aux études d'exécution), de la
EST ; le guide esthétique GUEST...). la généralisation de nos moyens d'é-
réalisation et de l'entretien des ou-
tude.
• qu'on pouvait aussi traiter, à titre vrages, voire de leur démolition ;
C'est ainsi, par exemple :
complémentaire, une foule de pro- c'est ainsi que nous avons publié
blèmes particuliers par des docu- le C.P.S. type (en collaboration avec • que le dossier P.S.I. D.P. 69 (tabliers
ments-types plus légers (par exem- la Division des Marchés et des à dalles continues précontraintes
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d'épaisseur constante) a comporté
une pièce 1.5 « Cas particuliers
d'utilisation » définissant les possi-
bilités d'emploi des notes de calcul
automatique, au prix généralement
de quelques calculs manuels com-
plémentaires simples, pour :
— les ponts de biais prononcé
— les dalles à encorbellements la-
téraux.
— les dalles à faible courbure en
plan.
— les ponts à une travée de largeur
variable.
— les dalles comportant de petits
goussets près des appuis.
— auxquelles sont venues depuis
s'ajouter les ponts-dalles en bé-
ton léger, puis les tabliers à pré-
contrainte partielle (application
de l'I.P. 2) ; Pont type portique biais à 29 grades (cf. dossier pilote Pipo 74, sous dossier n° 5).
• que le dossier P.I.P.O. 74 (ponts
en portiques ouverts de béton armé)
traite, outre la structure type d'ori- Nous soulignons que ces extensions fait l'objet de développements, c'est
gine sur semelles : du domaine d'emploi ont pu être obte- à la fois le domaine et le degré pos-
— les portiques sur pieux, selon nues sans complication notable des sible d'usage des méthodes.
plusieurs configurations possi- bordereaux des données. Néanmoins Nous considérons d'ailleurs que la
bles (une ou plusieurs files verti- nous devons aussi signaler la grande souplesse de ces méthodes n'a prati-
cales ou inclinées) importance, dans ces circonstances, quement pas de limites. Si par exem-
— les portiques de biais prononcé des fonctions de « gestionnaire » de ple il est estimé opportun de fournir
(avec recours en complément à programme ou de dossier-pilote : les une aide pour l'étude de problèmes
M.R.B.) gestionnaires sont, pour chaque pro- très diversifiés (par exemple les élar-
gramme ou dossier-pilote existant, gissements d'ouvrages d'art), on peut
— et contient même des indications deux ingénieurs parfaitement au fait fort bien commencer par rassembler
pour la conception des portiques de leur contenu, aptes à conseiller quelques exemples susceptibles de
fondés sur barrettes longitudina- les utilisateurs, à déceler les anoma- servir de précédents, et les publier
les et transversales lies apparentes des commandes, et à précédés d'une courte notice.
• et que la plupart de nos program- définir les adaptations qui peuvent
mes peuvent maintenant prendre en être nécessaires pour traiter les cas
compte des convois exceptionnels les plus particuliers. La liste des ges- Si, pour nous, la méthodologie est
définis à la demande (par exemple tionnaires est, naturellement, donnée fondamentale puisqu'elle est de va-
engins lourds de terrassement) en dans le C.A.T. 75. leur universelle, quel est l'état des
sus ou à la place des convois régle- techniques structurales auxquelles
mentaires, pour le dimensionnement nous l'appliquons maintenant ?
6 - Pendant ce temps, la quantifica-
initial) ou pour la maintenance des Disons tout de suite que s'il n'y a
tion des données — géométriques no-
ouvrages. pas eu stagnation, comme le prouve
tamment — des ouvrages, qui à l'ori-
gine paraissait fondamentale, ne jouait le § 5 ci-dessus, ces techniques n'ont
plus qu'un rôle de plus en plus secon- pas évolué fondamentalement au
Nous avons en effet estimé qu'il cours des dix dernières années, et
était plus efficace d'élargir le champ daire dans l'étude et la réalisation des
ouvrages. Si elle a survécu, c'est es- qu'il n'aurait à nos yeux pas été rai-
d'application de nos dossiers-pilotes sonnable qu'il en fût autrement.
que d'en multiplier le nombre ; la bi- sentiellement pour des raisons fonc-
bliothèque, comptant une trentaine de tionnelles concernant le dimensionne- Tout d'abord en effet la compétiti-
dossiers-pilotes et plusieurs dizaines ment optimal des voiries. vité des structures traitées par les
de documents-types divers, représen- dossiers-pilotes s'est maintenue ; et
tant au total 2 m d'épaisseur, ne s'est 7 - On le voit, l'idée initiale de pont- il est significatif qu'elles n'ont, pour
ainsi que peu accrue en volume de- type est largement dépassée ainsi que certaines réalisations, été abandon-
puis une demi-douzaine d'années. la distinction entre ponts-types et nées qu'en vertu de choix a priori et
Rappelons à cette occasion que la ponts-non-types : on peut seulement non des résultats d'une mise en con-
clé d'entrée dans la bibliothèque est dire désormais que dans un très large currence. Nous avons d'ailleurs élar-
le Catalogue, régulièrement tenu à domaine, les ponts « courants » (jus- gi le domaine traité en y incluant les
jour et qui a en particulier été réédité qu'et y compris les viaducs V.I.P.P.) travées indépendantes en poutrelles
au début de cette année sous le millé- peuvent bénéficier, en totalité ou en de fabrication industrielle P.R.A.D. et
sime C.A.T. 75, partie, de ces méthodes ; et ce qui les buses métalliques de grandes di^
2Q
mensions (document type APa), qui
avaient fait la preuve de leur compé-
titivité et de leur souplesse d'emploi.
Mais en outre il est clair qu'une
évolution très rapide nous aurait con-
damnés à l'improvisation permanente
et à de multiples impasses ; et com-
ment les utilisateurs des documents
auraient-ils pu suivre ce tourbillon,
d'une part pour l'établissement des
projets et ensuite pour la maintenan-
ce (dont on a trop tendance à oublier
les nécessités) ?

Nous soulignons en particulier que


ce n'est qu'au bout d'un certain nom-
bre d'années qu'on peut juger avec
certitude de la validité d'une techni-
que nouvelle (quand l'expérience n'a :
pas conduit à la condamner immédia- ' • ' " . • ! :
• ' . ' . . . ' : ; ;
. . • . • . ' . : :
. .. .:

tement). Sachant qu'on réalise chaque


année en France, selon nos métho-
Le dernier né des ponts types : le POD (portique ouvert de béton armé à 2 travées).
des, de l'ordre de 1.000 ponts (outre
une centaine à l'étranger), que les en-
treprises qui y participent sont plu-
sieurs centaines et que les maîtres
d'œuvre sont près de 200, les uns et de nature à s'en satisfaire en général • plus de 10.000 documents-types
les autres de tous niveaux, sachant lorsqu'on les adoptera. (dont plus de 2.000 dossiers-pilotes)
d'autre part qu'il ne serait pas toléra- et mises à jour ont été diffusés, les
Nous avons pu remarquer qu'en fait diffusions d'office n'en représen-
ble que 3 à 5 % seulement des ouvra-
il était plus fréquent que des dépen- tant qu'une petite minorité
ges puissent donner lieu à des dom-
ses injustifiées soient effectuées pour
mages sérieux dans leurs 20 premiè-
les appuis et pour les soutènements • et les commandes payantes de do-
res années, il est clair que nous ne
que pour les tabliers et même que cuments (ceux-ci étant gratuits pour
pouvions prendre sans nécessité le
pour les fondations. C'est pourquoi les D.D.E.) se sont élevées à 130.000
risque de techniques mal connues ou
une grande part de notre activité est francs environ par an.
« pointues » qui pour de faibles avan-
consacrée à leur amélioration, et c'est
tages donnent lieu à un taux de ris-
pourquoi aussi ces parties d'ouvra- Ces chiffres peuvent donner lieu à
que ou à un pourcentage d'échecs
ges — et non pas seulement les ta- de multiples réflexions sur ce qui se
élevés.
bliers, comme cela a été trop souvent serait passé, quantitativement et qua-
le cas dans le passé — devraient lar- litativement, si ces méthodes n'avaient
Nous considérons comme fonda-
mental que l'on réalise les ouvrages gement retenir l'attention des réalisa- pas existé.
courants simples et rustiques chaque teurs d'ouvrages. Les ponts les plus construits res-
fois qu'on le peut, étant précisé que tent :
Les mêmes principes de continuité — le PSI.DP, à raison d'environ 350
la simplicité implique la minimisation dans l'évolution des techniques, et par an
du total des risques de toutes origines d'observation de la qualité des résul- — le PICF, à raison d'environ 250
à tous stades (projet, exécution et tats, valent pour les équipements par an
maintenance). d'ouvrages et pour les méthodes — le PIPO, à raison de près de 200
Cela dit, si nos préférences vont d'exécution et de maintenance des
pour ces motifs en général aux struc- par an.
ouvrages. Dix pour cent des ouvrages calcu-
tures simples et massives à base de
dalles (éventuellement associées à de lés, nous l'avons dit, le sont à l'in-
Il reste à préciser un peu le domai-
fortes nervures), notre production tention de l'étranger. Du reste, un
ne d'emploi de ces méthodes. Quel-
n'en couvre pas moins des tabliers peu plus de la moitié le sont pour
ques chiffres sont nécessaires. Cha-
préfabriqués en travées indépendan- les voiries routières, et près de la moi-
que année, depuis 1973 :
tes à poutres précontraintes (V.I.P.P. tié pour les autoroutes (sociétés d'é-
• plus de 1.200 notes de calcul d'ou-
et P.R.A.D.) ainsi que les buses métal- conomie mixte essentiellement).
vrages ou de parties d'ouvrage, et
liques de grande dimension, et na- plus de 150 dessins automatiques
turellement certaines structures plus ont été délivrés à partir de nos pro- Nous devons enfin signaler que le
spéciales, car nous avons reconnu grammes ; la dix-millième note de cycle d'études en cours de la Direc-
leur compétitivité dans de vastes do- calcul automatique d'ouvrage éta- tion des Routes « Les ouvrages d'art
maines et nous pensons que les blie à partir des programmes de cal- dans les D.D.E. », nous conforte dans
moyens que nous avons mis au point cul de notre Division a été délivrée révolution des idées exposées dans
pour leur étude et leur réalisation sont le 15 avril 1976. le présent article. Avec beaucoup de
21
dynamisme, ceux qui ont assumé la
charge de ce cycle nous demandent
un important développement de nos
moyens d'étude, axé sur les idées de
souplesse et de diversification. Ce
« plan de charge » nous pose certes
un problème de moyens, notamment
en matière d'études générales, pour
lesquelles nous sommes particulière-
ment démunis ; mais il est bien en-
tendu que nous ferons de notre mieux
pour satisfaire ces demandes dans la
plus large mesure possible, et nous
tenons à exprimer notre reconnais-
sance aux nombreux participants à
ce cycle qui non seulement nous ont
poussés à persévérer dans la voie où
nous étions engagés, mais aussi nous
ont aidés à dégager la meilleure di-
rection générale de l'action future et
certaines idées de base du présent
article.

Ouvrage réalisé avec recherche es-


thétique particulière, notamment en
ce qui concerne les appuis.

^ S C E T A U R O U T E
^P W BUREAU D'ÉTUDES ET D'INGÉNIERIE AUTOROUTIER

DIRECTION GÉNÉRALE : Rue Gaston-Monmousseau - B.P. n° 111 - 78190 TRAPPES - Tél. : 050.61.15
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ROQUEBRUNE ANNECY
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PERPIGNAN Tél. 86.21.43 - Télex : 17 116
6, rue de la Corse - 66000 PERPIGNAN
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TOULOUSE Rue Yves-de-Cugis (Triolo) - 59650 VILLENEUVE-D'ASCQ
Zone Industrielle de Montaudran Tél. (20) 91.27.19 - Télex : 120 648
Rue Jean-Rodier - 31400 TOULOUSE
Tél. 80.45.20 - Télex : 52 006 STRASBOURG
AGEN Résidence « Le Grand Stade »
Aérodrome d'AGEN - LA GARENNE - 47000 ESTILLAC Rue du Canal de la Marne - 67300 SCHILTIGHEIM
Tél. 66.63.08 - Télex : 57 417 Tél. 33.05.26 - Télex : 89 068

22
L'association française des ponts et charpentes n.F.a.c.
par M. HUET
Ingénieur Général des Ponts et Chaussées
Directeur du S.E.T.R.A. - Président de l'A.F.P.C.

L'Association Française des Ponts nieurs sur plusieurs sujets assez lar- pour lancer un appel auprès des In-
et Charpentes est la branche fran- ges. Ces congrès sont l'occasion de génieurs pour qu'ils deviennent mem-
çaise d'une importante association in- découvrir les plus récentes réalisa- bres de l'A.F.P.C., à titre individuel
ternationale : l'Association Inierna- tions étrangères et, inversement, de (la cotisation est presque symboli-
tionale des Ponts et Charpentes, présenter les plus spectaculaires que), ou à titre collectif (de très
A.I.P.C, ou, selon les initiales anglai- constructions françaises des derniè- nombreuses Directions Départemen-
ses, J'A.B.S.E. res années. tales de l'Equipement, des Arrondis-
sements Opérationnels, sont déjà
Cette association internat.onaie C'est en ce moment, du 6 au 11 membres de l'A.F.P.C), et également
aura bientôt cinquante ans et elle septembre, que le dixième congrès a membres de l'A.I.P.C
est la plus ancienne association in- lieu à Tokyo. Le groupe français, un
ternationale d'ingénieurs civils. Pres- des plus nombreux après le groupe L'influence du groupe français au
que tous les grands constructeurs de Japonais, présentera des structures sein de l'A.I.P.C, le nombre de
ces dernières décennies ont été off shore, domaine dans lequel la communications dans les congrès et
membres de l'A.I.P.C. Pour ne parler France est en pointe, et deux records par conséquent l'impact de la tech-
que des français citons Brice, Ca~ du monde : les ponts de Saint-Nazaire nique française à l'étranger, dans le
quot. Courbon, Coyne, Freyssinet, Es- et de Brotonne. domaine du génie civil, dépendent
quillan, Guyon, Lebelle, Prot, Robin- beaucoup du nombre des membres
son... pour ne citer que quelques-uns L'activité de l'A.F.P.C est plus mo- français de l'A.I.P.C
des plus connus. C'était, il y a en- deste. Secrétariat de l'A.F.P.C. : S.E.T.R.A., 46,
core quelque temps, un véritable avenue Aristide-Briand, 92223 Bagneux.
privilège de pouvoir être membre de
Sans parler des « congrès » qu'elle
l'A.I.P.C.
peut organiser, comme les journées
d'avril 1974, ni du rôle du Comité
L'activité de l'A.I.P.C. comporte Technique, qui reste volontairement
deux aspects essentiels : d'une pari assez fermé mais dont les comptes-
ses publications — mémoires et bul- rendus sont diffusés à tous les mem-
letin — et, d'autre part, ses congrès bres, l'activité de l'A.F.P.C consiste
et symposium. essentiellement à éditer un bulletin
annuel, et à organiser des visites de
Les publications de l'A.I.P.C. sont
actuellement en cours d'évoiution. En
effet, depuis la création de I A.I.P.C,
chantier.
CGEA
Les dernières visites ont eu lieu sur
de nombreuses associations se sont les chantiers des ponts de Saint- enlèvement
créées, et de nombreuses publica-
tions sont apparues. Il a donc fallu
Nazaire, de Brotonne, de Genne-
villiers, des viaducs ferroviaires
et évacuation
réorienter les objectifs des publica- construits pour la R.A.T.P. pour la d'ordures ménagères
tions de l'A.I.P.C, pour qu'elles gar-
dent un caractère original. En partie
ligne de Marne la Vallée, de la cen- et déchets industriels
trale nucléaire de Bugey.
à la demande du groupe français,
ces publications seront maintenant
balayage mécanique
Quant au bulletin annuel, c'est une
plus proches des problèmes prati- publication originale. Monographie de la voirie
ques de l'Ingénieur que par le passé. des principaux ouvrages construits
dans l'année, il constitue une source location d'autocars
Chaque année, l'A.I.P.C organise de documentation précieuse pour les
un symposium, qui rassemble les Ingénieurs de Génie Civil, particuliè- location de véhicules
spécialistes d'un problème limité et rement dans le domaine des ponts. industriels
bien défini. En 1975 il a eu lieu a
Dresde, et portait sur les structures Cependant, l'activité de l'A.F.P.C,
réseau locamion
mixtes, et, en 1974, il a eu lieu à Qué- comme celle de l'A.I.P.C, est actuel- siège social
bec sur le flambement des structures lement limitée par le faible nombre 14, bd du général leclerc
en béton armé. Tous les quatre ans, de ces membres. Il m'a donc paru 92200 neuilly
l'A.I.P.C organise un congrès, qui utile de profiter de ce bulletin du téléphone : 75812 50
réunit un très grand nombre d'ingé- PCM, consacré aux ouvrages d'art, télex : 620891

23
l e / ouvrage/ cl cirl
d a n / l e / cl.de
le cycle d'études D.R.C.R. 1976
par Maurice LE FRANC
Ingénieur en Chef des Ponts et Chaussées
Chef de la D.O.A.A. du S.E.T.R.A.

Le cycle d'études organisé réguliè- sée, comme l'indiquait M. Grattesat, des renseignements précieux et peut-
rement par la D.R.C.R. est pour la dans le numéro spécial « La route être parfois inattendus, permettant
première fois consacré exclusivement 1972», «par un effort d'industrialisa- d'apprécier à sa juste valeur l'impor-
aux ouvrages d'art. Si la situation ré- tion souple permettant de réaliser des tance du problème et sa diversité.
cente constatée dans ce domaine ouvrages sur mesure tout en profi-
n'est pas complètement étrangère au tant au maximum des avantages de Les conclusions, et donc la stra-
choix de ce thème par le Directeur la standardisation et de la préfabri- tégie, résulteront bien entendu des
des Routes, M. Fève, il n'en reste pas cation », a conduit à des ouvrages discussions au sein des groupes de
moins vrai que la nécessité de faire nettement plus légers et moins coû- travail spécialisés et des débats au
le point, après une évolution rapide teux et a été décisive, il faut le rap- cours des réunions organisées au
tant des services de l'Equipement peler, pour la réalisation correcte plan régional et national. Il est impor-
que des techniques, s'imposait dans des programmes de développement tant, pour être efficace, que les con-
un secteur marqué par le caractère du réseau routier. clusions principales soient argumen-
ponctuel des réalisations et la spé- tées très sérieusement. En dehors de
cialisation des techniques utilisées. Tous ces changements n'ont pas quelques problèmes où l'aspect tech-
été sans conséquences importantes nique est dominant (ex : transports
Depuis la création du Ministère de et ont déjà provoqué des réflexions exceptionnels), il est donc tout à fait
l'Equipement en 1966, s'est produit en au niveau de l'administration centrale. essentiel, comme le souhaite d'ail-
effet une mutation profonde de l'ad- Cependant, une étude plus large dans leurs le Directeur des Routes, que le
ministration de l'Equipement tant le cadre d'un cycle d'études permet- cycle d'études soit l'occasion d'une
dans ses structures que dans la ré- tant de mieux appréhender les be- réflexion approfondie sur les problè-
partition des tâches, et l'accomplisse- soins « de la base » et les problèmes mes de besoins, d'organisation et sur
ment du métier de constructeur, et de à résoudre ne peut que se révéler le rôle même de l'administration en
constructeur d'ouvrages d'art en par- particulièrement fructueuse. général et à ses différents niveaux.
ticulier, se présente actuellement dans
un contexte nettement différent, dû
notamment :
• au développement des missions des Les objectifs Les thèmes
D.D.E. ;
• à la mise en place d'une adminis-
tration technique centrale et régio- L'objectif essentiel a été défini dans Quatre thèmes ont été choisis : les
nale forte ; une note du Directeur des Routes en études — la dévolution des travaux
date du 11 juin 1975. Il s'agit, après et les relations avec les entreprises
• à l'évolution de la formation des — l'exécution des travaux — la sur-
une analyse exhaustive de la situa-
ingénieurs ; veillance et l'entretien des ouvrages.
tion actuelle « de dégager une straté-
• à une certaine désaffection de la gie de l'efficacité des services, de la
technique. sécurité et de la qualité des ouvra- Ces thèmes correspondent aux éta-
ges ». Cet objectif est donc assez pes essentielles de la vie des ouvra-
Parallèlement, le volume et donc le ambitieux. ges, même si tous les problèmes les
rythme des réalisations s'accroissaient concernant ne sont pas couverts. Le
considérablement (environ doublement L'analyse doit reposer essentielle- contenu de chaque thème de réflexion
entre 1965 et 1973), et la technique ment sur l'expérience des participants n'est d'ailleurs pas rigoureusement
évoluait profondément et rapidement complétée par une enquête assez délimité et des interférences peuvent
à la fois sur le plan de la concep- exhaustive sur les réalisations des même se produire entre eux.
tion, des matériaux et de l'exécution. cinq dernières années. Cette enquête,
Cette évolution technique caractéri- en cours de dépouillement, apportera Ce découpage a pour but :
24
• de mettre en place une organisa- formations sur les problèmes con- recueillir et de vérifier en quelques
tion pratique pour le travail préala- crets, sur le comportement des mois une masse importante de ren-
ble en groupe et les discussions « réalisateurs » et donc meilleure seignements.
ultérieures des rapports ; connaissance des besoins ;
• d'intéresser diverses catégories • meilleure compréhension entre les Le dépouillement est actuellement
d'ingénieurs ou de techniciens et services à différents niveaux per- en cours au S.E.T.R.A. qui disposait
différents échelons de l'administra- mettant de réaliser des liaisons des moyens informatiques appropriés.
tion plus ou moins concernés dans plus efficaces. Les résultats, qui seront publiés dans
leur activité professionnelle par Toutefois, et il faut le souligner, le cadre du cycle d'études, seront
ces étapes et dont d'obtenir des ce sont les participants des D.D.E. particulièrement intéressants. Outre
réactions plus vives et plus diver- qui effectuent l'essentiel du travail. les renseignements techniques très
sifiées ; Les responsables des différents thè- nombreux qui pourront en être tirés,
mes sont d'ailleurs des Directeurs cette enquête, la première du genre
• d'aborder dans un cadre approprié départementaux de l'Equipement : en France, permettra de répondre clai-
des problèmes importants à carac- rement à certaines questions telles
tère technique ; • Thème 1 - Les études - M. Mante que l'importance relative de l'Etat et
(Isère). des collectivités locales dans la maî-
• d'examiner des problèmes globaux • Thème 2 - La dévolution des tra- trise d'ouvrage. Elle permettra surtout
tels que celui de l'organisation des vaux - M. Lefranc (Bas-Rhin). de bien poser le problème des ouvra-
services sous différents aspects. • Thème 3 - L'exécution - M. Belmain ges d'art en France et donc de don-
(Pas-de-Calais). ner la possibilité de choisir les solu-
• Thème 4 - La surveillance et l'en- tions les mieux adaptées pour amé-
tretien - M. Cohas (Ain). liorer les conditions de leur réalisa-
Les méthodes de travail tion.
et tous les rapporteurs appartiennent
à des services locaux. Ils peuvent
ainsi, dans l'esprit même du cycle
Bien que les ouvrages d'art consti- d'études, exprimer très librement
tuent un domaine très particulier, il leurs souhaits et leurs critiques. Le déroulement du cycle
ne s'agit pas, pour le bon déroule-
ment du cycle, de faire des études
techniques approfondies et réservées
à des spécialistes, mais de recher- L'enquête Placé sous la présidence de M. l'In-
cher par des approches variées les génieur Général Spinetta, le cycle
solutions les plus aptes à satisfaire d'études comporte quatre étapes :
aux objectifs rappelés ci-dessus. • établissement des rapports provi-
Dans le cadre du thème 2 (les au-
soires relatifs à chaque thème par
tres thèmes étant néanmoins concer-
Ce caractère varié se manifeste : les groupes de travail spécialisés ;
nés) a été lancée une enquête sur la
• dans les techniques de travail : construction des ouvrages dans les • discussion à l'échelon régional des
enquêtes, groupes de travail spé- D.D.E. pendant approximativement le rapports des groupes ;
cialisés, réunions-débats à l'éche- VIe Plan.
• établissement des rapports défini-
lon régional... ;
tifs et du rapport général ;
Cette enquête a porté sur le type
• dans la nature des activités des
de franchissement, les principales • séance plénière, à l'échelon natio-
participants aux différentes étapes
caractéristiques techniques de l'ou- nal, de présentation des rapports
du cycle.
vrage, la maîtrise d'ouvrage, les mo- et discussion finale.
dalités d'étude et de réalisation. Elle
En pratique, le cycle d'études est concerne tous les ouvrages construits Démarré pratiquement en novembre
une occasion assez remarquable de par les D.D.E., y compris donc ceux 1975, le cycle d'études, fin juillet 1976,
réunir, soit dans des groupes de tra- des collectivités locales, mais ne est donc sensiblement à mi-parcours
vail, soit lors des réunions-débats, prend pas en compte les réalisations puisque la séance plénière aura lieu
des ingénieurs et techniciens des des sociétés d'autoroutes. Il sera à Paris les 13 et 14 avril 1977. Actuel-
D.D.E., des services régionaux et des d'ailleurs utile de la compléter en ce lement, d'une part, tous les rapports
services centraux. A noter que le sens ultérieurement. provisoires ont été établis et diffusés
« brassage » qui sera ainsi opéré per- à l'ensemble des services, d'autre
mettra d'atteindre des objectifs moins Tous les départements ont répondu part, la moitié des réunions régionales
importants sans doute, mais cepen- à cette enquête, ce qui en prouve ont eu lieu : Aix et Paris pour le
dant non négligeables : tout l'intérêt, plus de 3 000 ouvrages thème 1 « Les études » ; Bordeaux et
très divers ayant été recensés. A ce Lyon pour le thème 4 « La surveil-
• meilleure motivation sur les pro-
sujet, il faut rendre hommage à M. lance et l'entretien des ouvrages ».
blèmes ouvrages d'art aux différents
Prade, Directeur-Adjoint du Puy-de- (Nota : les autres réunions régionales
échelons des D.D.E. ;
Dôme, et à son équipe, qui l'ont ani- auront lieu en septembre et octobre
• rassemblement de nombreuses in- mée et ont réussi cette gageure de à Nantes, Rouen, Arras et Metz).
25
Le déroulement du cycle est donc
dans l'ensemble satisfaisant.

S'il n'est pas encore possible d'en


tirer des enseignements définitifs,
quelques remarques peuvent cepen-
dant être faites dès maintenant en
guise de conclusions du présent arti-
cle :
• le cycle d'études a suscité un inté- 66, Route de la Reine
rêt certain au niveau des D.D.E. ; Tél. 604 91.40
92100
cet intérêt se manifeste à la fois, Télex : 260727F
BOULOGNE-BILLANCOURT
par le nombre des participants
dans les groupes de travail — où
près des 2/3 des D.D.E. sont repré- europe études europe études
sentés — et dans les réunions ré- u
gionales, et par le caractère animé r
des réunions et des débats ;
o
• un travail important a déjà été fait :
P
il se traduit essentiellement par la
qualité des rapports présentés par e
les groupes et par les résultats de
l'enquête sur la construction des e
ouvrages au cours du VI e Plan. Les t
participants aux réunions régionales
ont, dans leur ensemble, souligné u
la richesse de ces documents qui d
sont le fruit d'un travail très sé- e
rieux et il convient d'en remercier
les responsables des thèmes et s
leurs rapporteurs qui les ont établis
malgré leur charge habituelle de
travail ; e
• en dehors de questions techniques u Aménagement de la Place Maillot - Paris

non négligeables, des problèmes


et des propositions importants ont
r domaines d'activités
U
été soulevés et discutés ; sans vou-
loir les citer tous, mentionnons : p GENIE C I V I L :
Ponts - Viaducs • Echangeurs - Tunnels - Tracés routiers

— le développement d'un réseau de e TRAVAUX HYDRAULIQUES :


Réservoirs Adductions d'eau Assainissement - Irrigation
Quais - Digues à la mer
compétence au sein de notre * ENERGIE NUCLEAIRE :
administration,
e Enceintes de sécurité - Caissons de réacteurs
INDUSTRIE PETROLIERE :
— l'organisation de carrières d'in-
t Structures offshore - Plates formes • Réservoirs
génieurs ouvrages d'art,
— la création d'une cellule spécia- u EQUIPEMENTS SPORTIFS :
Piscines - Stades • Patinoires
lisée au niveau de la D.D.E., d B.E.T. TOUS CORPS D'ETAT :
Sièges sociaux - Immeubles d'habitation - Bâtiments industriels
— le rôle des C.E.T.E.,
e Bâtiments universitaires - Cliniques - Hôpitaux
— la responsabilité des maîtres
d'œuvre, s DIRECTIONS REGIONALES FRANCE

— la remise en valeur de la ges- REGION PARISIENNE 9 2 - 9 8 , Boulevard V i c t o r Hugo -92110 CLICHY - Tel 2 7 0 - 9 8 - 4 0
NORD 1, rue du Mal de Lattre de Tassigny - 59290 WASQUEHAL - 73-10-15
tion du patrimoine, NORMANDIE 9 2 - 9 8 , Boulevard V i c t o r Hugo -92110 CLICHY - Tel 2 7 0 - 9 8 - 4 0
— l'organisation des c o n t r ô l e s OUEST Le M é r i d i e n - 105, a v . de Crimée - 35000 RENNES - Tel 5 0 - 0 6 - 9 4
MIDI-PYRENEES 24, chemin de Lafilaire -31500 TOULOUSE - Tel 8 0 - 6 8 - 1 0
d'exécution. MEDITERRANEE Rce San Rémo - Traverse Le Mée - 13008 MARSEILLE - Tel 7 3 - 1 0 - 6 3
Il restera, après la séance plénière, RHONE-ALPES 130, Boulevard de l'Europe - 69310 PIERRE BENITE - Tel 5 1 - 7 3 - 2 7
EST 9 5 , rue Boeklin - 67000 STRASBOURG - Tel 3 1 - 1 0 - 6 0
à tirer les enseignements définitifs du CENTRE 9 2 - 9 8 , Boulevard Victor Hugo - 92110 C L I C H Y - Tel 2 7 0 - 9 8 - 4 0
cycle et à mettre en œuvre les solu-
tions qui auront été dégagées. Ces
solutions ne seront pas sans réagir
tant sur la qualité de nos ouvrages
que sur l'activité des services et mê-
me sur la vie professionnelle de cer-
tains d'entre nous. Ce sera la der-
nière étape, mais non la moins im-
portante. _
26
Ici recherche en matière
cl ouvrciçes dort
par C. BOIS
7.P.C., Chef de Département des Structures
et ouvrages d'art - L.C.P.C.
et J. BRUNEAU
I.P.C., Chef de la Section d'Essais sur Modèles
au département des structures et ouvrages d'art

tive à la construction, puis à la con- et des organismes qui font des étu-
Présentation générale servation des ouvrages d'art, et de des sur des matériaux destinés à
se donner les moyens techniques d'autres usages.
d'appliquer cette doctrine.
b) Structures et éléments
1-1 Pourquoi la recherche
1-2 Objectifs de la recherche de structures :
dans ce domaine ?

La recherche en matière d'ouvra- On peut parler d'élément de struc-


Les techniques utilisées dans la
ges d'art se présente, d'une manière ture dès que l'on a façonné avec un
construction des ouvrages d'art évo-
générale, sous deux angles : l'étude ou plusieurs matériaux une pièce
luent sans cesse, et cette évolution des matériaux en eux-mêmes, et l'étu- destinée à entrer dans la composition
se traduit dans la conception comme de des objets construits avec ces ma- d'une structure. D'une manière géné-
dans l'exécution. tériaux (structures et éléments de rale, l'étude de ces éléments et des
structure). structures complètes comporte :
De nouveaux matériaux de cons-
truction apparaissent sur le marché • l'étude des actions susceptibles de
a) Matériaux :
et la fabrication des matériaux tradi- s'exercer sur les ouvrages ou des
tionnels évolue également. parties d'ouvrages ;
L'étude des matériaux destinés à
la construction des ouvrages d'art • l'étude du mode de fonctionnement
Enfin, certaines structures sont de de chaque élément d'un ouvrage,
peut être présentée sous les aspects
plus en plus hardies, d'autres de plus ainsi que de l'ensemble de l'ouvra-
suivants :
en plus complexes. ge, sous les actions ainsi définies ;
• étude des propriétés caractéristi-
Pour pouvoir garantir la sécurité ques des matériaux et traduction • l'étude du comportement à long
d'utilisation des ouvrages d'art ainsi de ces propriétés par des gran- terme de ces objets.
réalisés, il importe de connaître le deurs mesurables ;
mieux possible leur fonctionnement ; De même que pour les matériaux,
• définition du mode de mesure de le type d'études ainsi défini n'est pas
pour cela, il est nécessaire de pro-
ces grandeurs ; spécifique des ouvrages d'art, toute-
céder à des études approfondies, tant
sur la nature et les propriétés des • fixation des valeurs que doivent fois, les autres domaines avec les-
matériaux que sur le fonctionnement prendre certaines de ces grandeurs quels ces études sont communes sont
et le comportement des objets que pour que les matériaux puissent moins nombreux ; le principal est le
l'on fabrique avec ces matériaux (élé- effectivement être utilisés dans la bâtiment.
ments de structure et structures com- construction des ouvrages d'art.
plètes). Il importe également de con- 1-3 Qui effectue la recherche
naître le mieux possible les actions en matière d'ouvrages d'art ?
On peut remarquer que des études
que ces ouvrages auront à supporter
de ce type ne sont pas spécifiques
au cours de leur vie. Tel est, dans Depuis longtemps en France, la
au domaine des ouvrages d'art. D'une
l'ensemble, l'objet de la recherche en
manière générale, on retrouve les plupart des ouvrages d'art sont cons-
matière d'ouvrages d'art.
mêmes objectifs dans l'étude des ma- truits sous la direction des Services
tériaux utilisés par l'homme, quelle du Ministère de l'Equipement, puis
que soit leur destination. Il en résulte gérés par ces services ; depuis une
Sous une autre forme, on peut dire d'ailleurs des liaisons étroites entre époque relativement récente, des ou-
que l'objet de la recherche est de les organismes spécialisés dans l'étu- vrages d'art en nombre appréciable
contribuer à élaborer la doctrine rela- de des matériaux pour ouvrages d'art sont construits, puis gérés, par d'au-

27
très services (autoroutes concédés) ; • les études en cours sur la minéra-
en tant que représentant de la puis- La recherche logie et la détermination de la cons-
sance concédante, le Ministère de dans le domaine titution d'un béton durci (c'est-à-
l'Equipement conserve cependant une des matériaux dire ancien).
fonction de contrôle dans la cons-
truction et la gestion de ces ouvra- Dans la même direction de recher-
ges. Il en a résulté, tout naturelle- che, on trouve également l'étude de
ment, que ce Ministère s'est équipé Les multiples activités de recher- l'influence du mode de fabrication de
de façon importante en services spé- che dans ce domaine correspondent certains matériaux sur leurs proprié-
cialisés susceptibles notamment d'ef- à des objectifs variés, que nous avons tés, comme, par exemple :
fectuer la recherche dans ce domaine, essayé de faire apparaître dans le
comme dans les autres domaines in- classement ci-dessous. • l'étude de l'influence des caractè-
téressant particulièrement l'Equipe- res chimiques des ciments sur les
ment : c'est le réseau des Laboratoi- propriétés du béton,
res des Ponts et Chaussées, qui com- 2-1 Identification des matériaux • l'étude des conditions d'utilisation
prend le Laboratoire Central et seize et étude de leurs propriétés des ciments avec ajouts, et de l'in-
Laboratoires Régionaux ; c'est aussi intrinsèques fluence de ces derniers sur les
le S.E.T.R.A., Service spécialisé d'étu- propriétés des bétons.
des.
Il s'agit là d'un des objectifs les
plus anciens de la recherche dans le On peut également citer, comme
D'autres o r g a n i s m e s participent découlant directement de cette acti-
domaine des matériaux utilisés dans
également de manière active à la vité de recherche, la définition d'es-
la plupart des fabrications, dont les
recherche dans le domaine des ou- sais d'agrément et de contrôle des
ouvrages d'art ne constituent qu'une
vrages d'art. Citons particulièrement aciers de précontrainte, et la mise en
branche parmi bien d'autres.
le C.E.B.T.P. et son centre de Saint- place d'une procédure de contrôle de
Rémy-les-Chevreuse. ces aciers dès la fabrication en usi-
Cette activité consiste principale-
ment à définir de manière précise le ne.
Dans ce qui suit, on examinera prin-
matériau désigné par telle appellation
cipalement l'activité de recherche des
en précisant de manière chiffrée cer- Dans le même ordre d'idées, il faut
services spécialisés du Ministère de
tains éléments considérés comme rappeler le rôle des laboratoires dans
l'Equipement. les études de composition de bétons,
caractéristiques ; ces éléments peu-
vent être : qui a abouti à l'établissement d'un
En ce qui concerne l'organisation catalogue de formules régionales, en
générale de la recherche dans les • la nature même du matériau, sur fonction des matériaux disponibles
Laboratoires des Ponts et Chaussées, le plan chimique (y compris, le cas localement et des usages auxquels le
nous renvoyons le lecteur à l'article échéant, sa structure cristalline), béton peut être destiné ainsi que la
de M. Batsch, directeur du Labora- mise au point d'un appareil d'auscul-
• des dimensions géométriques d'élé-
toire Central, publié dans la « Revue tation dynamique des bétons.
ments constitutifs,
Générale des Routes et Aérodromes »
(N° 520 - Mai 1976) « La Recherche • des propriétés physiques ou chi- Citons enfin, au titre de l'étude des
dans l'Administration ». miques particulières, propriétés des matériaux, l'étude en
• des propriétés mécaniques du ma- cours sur le mécanisme d'action des
Deux départements du L.C.P.C. sont tériau brut, adjuvants du béton.
plus particulièrement chargés de la
recherche dans le domaine des ou- • etc..
2-2 Domaine d'emploi
vrages d'art : et conditions d'utilisation
Elle consiste également à se don- de matériaux nouveaux
# le Département des Bétons et Mé-
ner les moyens de reconnaître que ou spéciaux
taux, responsable des activités de
tel matériau livré ou fabriqué est con-
recherche concernant les maté-
forme ou non à ce qui est demandé. L'apparition sur le marché de maté-
riaux (1) ;
Pour la plupart des matériaux, il existe riaux nouveaux, l'utilisation nouvelle
• le Département des Structures et maintenant des procédés, le plus de matériaux autrefois délaissés par-
Ouvrages d'Art, responsable des souvent normalisés, permettant de re- ce qu'on en trouvait de « meilleurs »
activités de recherche concernant connaître ou de mesurer les éléments en quantité quasi-illimitée, la nécessité
les structures et éléments de struc- définis ci-dessus. de mettre au point des matériaux ap-
tures. tes à remplir convenablement une
Citons, à titre d'exemple récent fonction mal remplie par les maté-
Chaque Laboratoire Régional com- dans cette direction :
prend un groupe ou une section, d'im-
portance très variable, spécifiquement • la méthode d'identification rapide
orienté sur1 les ouvrages d'art, et dont des ciments, étudiée et mise au
une partie de l'activité s'exerce dans point au L.C.P.C, applicable sur (1) Ce département est dirigé par M,mç Bra-
la recherche. chantier dès la livraison du ciment ; chet, Ingénieur E.S.T.P.
28
[Q 4

HC
, y

Figure n° 1 - Rupture du modèle réduit à l'échelle 1/5e d'un pont sans entretoises intermédiaires.

riaux connus, sont autant de facteurs L'étude et la mise au point, par le « plus généralement à définir égale-
qui nécessitent une recherche dans L.C.P.C, d'un ciment spécial pour ment le mode d'utilisation de ces
le but d'étudier ou de mettre au point coulis d'injection est un exemple de produits, en fonction du type de
ces matériaux. recherche visant à trouver un maté- réparation à effectuer (reprofilage,
Dans le domaine des matériaux nou- riau apte à remplir une fonction (in- ragréage, réinjection, réparation de
veaux, les granulats non traditionnels jection des gaines contenant des câ- pieux de fondations profondes,
ont la part la plus importante. bles de précontrainte) dans de meil- etc.).
leures conditions que les produits qui
L'utilisation des granulats légers existaient préalablement. Ce ciment
dans certains ouvrages a conduit les spécial est maintenant commercialisé
et son utilisation est opérationnelle. 2-4 Etude du comportement
Laboratoires à étudier des spécifica-
des matériaux
tions concernant ces matériaux en vue
de mieux maîtriser les techniques cor-
respondantes, et de permettre un Depuis longtemps, on cherche à
2-3 Conditions d'emploi de matériaux
développement de cette utilisation. Il mieux connaître la manière dont se
pour la réparation des ouvrages
en va de même pour les granulats comporte un matériau lorsqu'il est
d'origine marine, qui ne sont pas des utilisé dans un ouvrage. On cherche
Cette direction de recherche peut également à connaître le mécanisme
matériaux nouveaux à proprement
être considérée comme un cas parti- (physique ou chimique) correspon-
parler, mais dont on envisage aujour-
culier de la précédente. Elle vise prin- dant au comportement constaté.
d'hui une utilisation importante.
cipalement :

Parmi les procédés nouveaux, les • à délimiter les domaines d'emploi De plus en plus, il apparaît que les
mortiers et bétons contenant des fi- de matériaux à utiliser en fonction propriétés autres que le caractère
bres métalliques ont été mis à l'étude, de la nature de la réparation à élastique d'un matériau interviennent
notons d'ailleurs que l'utilisation de effectuer (recherche sur l'applica- dans le comportement normal d'un
ce matériau n'est pas réservée aux tion des résines synthétiques et des ouvrage, et doivent être prises en
ouvrages d'art, puisqu'une chaussée matériaux nouveaux dans les bé- compte. C'est pourquoi la recherche
expérimentale a été réalisée. tons) ; dans ce domaine est très importante.
29
Comme principales études dans tant sur les produits galvanisés, sur Les objectifs de la recherche con-
cette direction, entreprises au cours la protection anti-corrosion des câ- cernent d'une part l'aide à l'établis-
des dernières années, citons : bles de ponts suspendus, et sur les sement des projets et d'autre part
produits de protection des surfaces le développement de méthodes d'aus-
• l'approfondissement des connais- en béton en sont des exemples. Une cultation des ouvrages.
sances sur le comportement des place particulière doit être faite aux
aciers soumis à une traction déviée, recherches portant sur l'injection des
en fonction du mode d'élaboration câbles de précontrainte. Parallèlement 3-1 Aide au projet
de ces aciers ; à la mise au point du ciment spécial
pour coulis mentionné plus haut, une Dans cette rubrique, prise au sens
• l'étude du comportement des aciers part importante de cette recherche a large, nous comprenons aussi bien
des aciers à haute résistance ; porté sur le mode d'exécution de l'in- l'aspect réglementaire (connaissance
jection, ainsi que sur les résultats ob- des actions, détermination de valeurs
• l'étude du comportement des aciers tenus ; c'est ainsi qu'a été établie une caractéristiques, fixation de tolérance
au voisinage des soudures (taille Directive sur les injections, dont l'ap- d'exécution) que l'étude du compor-
critique des défauts dans les as- plication est obligatoire depuis quel- tement d'ouvrages ou de parties d'ou-
semblages soudés) ; ques années déjà. vrages sous les diverses actions.
• les études en cours sur l'origine
des microfissures du béton, et leur Enfin, les études sur la corrosion 3-1.1. Connaissances des actions :
influence sur les propriétés mécani- et la protection contre la corrosion
ques et rhéologiques du béton ; sont complétées par un troisième as- L'évolution de la réglementation va
pect, celui de la détection de la cor- dans le sens d'une définition plus ri-
• les études très poussées qui ont rosion ou du contrôle de l'état des goureuse des différents facteurs de
été effectuées pour approfondir les pièces sensibles à ce phénomène. la sécurité et requiert une connais-
connaissances sur le fluage du bé- sance plus précise des actions que
ton, ainsi que sur la combinaison C'est ainsi que le L.C.P.C. a étudié subissent les ponts. Trois recherches
du fluage du béton et de la relaxa- et mis au point, depuis plusieurs an- portent sur ce point.
tion des aciers (rhéologie d'un ma- nées déjà, des méthodes et des appa-
tériau complexe constitué de béton reils électro-magnétiques permettant : La première concerne l'étude des
comprimé et d'acier tendu).
actions dues au trafic routier. Le but
• d'évaluer le taux global de corro-
recherché est de connaître les solli-
sion d'un câble (câble de pont sus-
citations engendrées par le trafic
2-5 Corrosion de matériaux pendu ou à haubans, ou câble de
actuel, afin de pouvoir étudier de ma-
et protection contre la corrosion téléphérique) ;
nière réaliste le comportement à la
• de localiser dans ces câbles, la fatigue des ponts. L'étude porte pour
rupture de fils élémentaires. l'instant sur des ponts métalliques à
Les phénomènes d'attaque des ma-
dalle orthotrope dont certaines zones
tériaux par des actions d'ordre chi-
mique (corrosion) préoccupent les Plus récemment, cet arsenal a été sont fortement sollicitées par les char-
services de recherche depuis long- complété par une méthode de détec- ges locales. Ces résultats seront utili-
temps, et des études sont toujours en tion et de localisation de ruptures de sés pour des types de structures plus
cours dans ce domaine. fils, au moment même où ces ruptu- courants, et serviront à définir des
res se produisent, pour analyser les programmes d'essais de fatigue.
ondes sonores émises par ces rup-
Ces phénomènes peuvent s'appli- Le second domaine d'étude est ce-
tures.
quer à toutes sortes de matériaux et lui des effets dynamiques engendrés
non seulement aux aciers. par le trafic sur les ouvrages et parti-
culièrement lorsque de petits ouvra-
Des études importantes ont été ef- ges sans revêtement sont circules par
fectuées, au cours des dernières an-
La recherche des engins de chantiers lourds. Dans
nées, sur les mécanismes physico- dans le domaine ce cas les effets dynamiques sont très
chimiques de la corrosion des aciers, des structures importants et peuvent conduire à des
ainsi que sur les diverses formes que dégradations du tablier avant sa mise
et éléments de structures en service. Il importe donc d'en tenir
peut prendre celle-ci ; rappelons que
la mise en évidence de la corrosion compte au stade du projet.
fissurante sous tension résulte de re-
cherches entreprises par les labora-
Les buts poursuivis dans ce domai- Le troisième domaine de recherche
toires, à la suite de constatations fai-
ne sont étroitement liés à la concep- est celui des actions climatiques, et
tes sur ouvrages.
tion et à la réalisation des ouvrages. en particulier des effets thermiques.
C'est pourquoi les services d'études et Les différences de température entre
Ces études ont pour corollaire des principalement le S.E.T.R.A. ainsi que l'intrados et l'extrados des ponts hy-
recherches sur les méthodes propres les services constructeurs sont asso- perstatiques provoquent des change-
à empêcher la corrosion, ou au moins ciés à la définition des thèmes de re- ments sensibles dans la répartition
à en limiter les effets ; les études por- cherche et à leur suivi. des réactions hyperstatiques et des
30
Figure n 2 - Application des méthodes
optiques. Etude de la réduction d'effort
tranchant dans une poutre de hauteur variable.

sollicitations. Ces effets sont particu- les études visant à définir des pres- 3-1.3. Comportement des structures :
lièrement importants dans les ponts criptions d'exécution des ponts à la
mixtes et dans les ponts en béton pré- fois réalistes et conformes au but à Ce domaine de recherche englobe
contraint, en raison de la forte inertie atteindre. Les recherches citées ci- les questions encore mal connues
thermique du béton. Ce sont des me- dessus sur les pertes de précontrain- qu'il s'agisse du comportement des
sures de réactions d'appui réalisées tes par frottement en sont un premier ouvrages sous charges ou bien des
sur un pont en béton précontraint à exemple, car elles ne sont pas simple- effets différés liés à la rhéologie des
trois travées continues dans un tout ment un constat de la réalité des matériaux. Ces recherches sont con-
autre but qui ont permis de découvrir chantiers, mais elles permettent de duites en laboratoires pour partie et
l'ampleur de ce phénomène. Des varia- définir les moyens d'obtenir les résul- sur des ouvrages spécialement équi-
tions de la réaction d'appui sur culée tats souhaités, en l'occurence des per- pés d'appareils de mesure. Le L.C.
atteignant 20 % de la valeur moyenne tes par frottement conformes aux va- P.C. dispose d'une dalle d'essai qui
ont été constatées dans une même leurs fixées dans le projet, elles-mê- permet de réaliser des essais de
journée. Ces résultats sont à l'origine mes déterminées en fonction de l'ex- chargement statique et dynamique sur
de certaines dispositions réglemen- périence acquise sur les chantiers. des éléments de structure de faibles
taires récentes pour le calcul des dimensions (jusqu'à 19 m) ou sur des
ponts en béton précontraint. Enfin Un deuxième exemple concerne la modèles réduits de structures, dans
dans la mesure où la précontrainte mise en œuvre des appareils d'appui un rapport de 1/3 à 1/5 (fig. 1).
peut être considérée comme une fixes ou glissants en néoprène fretté
action, nous mentionnerons l'étude et néoprène téflon. Là aussi il y a né- Les techniques de mesure utilisées
des pertes de précontrainte par frot- cessairement correspondance entre dans ces études sont généralement
tement. En effet les paramètres de les dispositions du projet (hauteur celles des mesures de déformations
frottement entre les câbles de précon- suffisante, emplacements de vérinage par jauges électriques et des mesures
trainte et leur gaine dépendent de à prévoir pour changer les appareils de déplacements. Ces résultats per-
facteurs étroitement liés au soin ap- d'appui) et les prescriptions de mise mettent de calculer les contraintes,
porté à l'exécution. Il importe donc de en œuvre. connaissant les caractéristiques élas-
mesurer sur place, dans les conditions tiques du matériau. Les matériraux
réelles du chantier, les résultats obte- Mentionnons également les études utilisés sont l'acier pour les éléments
nus, afin de définir des modes de cal- liées à la mise en œuvre des chapes de ponts métalliques, le béton et le
cul des effets de la précontrainte aus- d'étanchéité, qu'il s'agisse de la fixa- micro-béton pour les éléments en
si proches que possible de la réalité. tion de tolérances de surfaçage du béton armé et béton précontraint.
Tel est l'objet de cette recherche, qui béton ou des moyens d'obtenir une
porte sur les différents procédés de qualité superficielle du béton satisfai- Il faut noter également l'utilisation
précontrainte. sante, et les observations sur la réa- de techniques de mesures optiques
lisation des structures par coffrages sur modèles réduits par photoélasti-
3-1.2. Prescriptions d'exécution : glissants. cimétrie ou interférométrie hologra-
phique en contraintes planes et en
Si l'on suppose les actions et le Cet aspect des activités de recher- flexion de plaques minces (fig. 2). Les
comportement des ouvrages bien con- che est donc lié à la réalisation des études expérimentales sur modèles
nus, il est essentiel de s'assurer que chantiers, et il est naturel que les la- sont parfois précédées ou complétées
la mise en œuvre puisse répondre aux boratoires régionaux dont l'un des par un calcul par la méthode des élé-
exigences du projet. Cela nous amène rôles est de contrôler ceux-ci, appor- ments finis.
aux différents aspects du contrôle tent une importante contribution au Parmi les recherches sur le fonc-
d'exécution, qui ont été évoqués plus travail de synthèse des observations tionnement des parties d'ouvrages
haut en ce qui concerne les matériaux. faites sur les chantiers d'ouvrages sous charges nous citerons l'étude
Nous mentionnerons simplement ici d'art. de la diffusion des forces de précon-
31
trainte et en construction métallique
les études d'assemblages, de platela-
ges raidis, de ponts mixtes.

En béton précontraint, les zones


d'ancrage des câbles de précontrain-
te, très fortement sollicitées, en parti-
culier avec la généralisation de câbles
de forte puissance, constituent des
points faibles de la structure. Cela est
d'autant plus vrai dans les ponts en
caisson, dans lesquels les éléments
minces comme les hourdis reçoivent
des ancrages de câbles. Il importe
donc de bien connaître la répartition
des efforts dans ces zones afin d'en
déduire des dispositions de ferrailla-
ge adaptées. Des problèmes analo-
gues sont étudiés dans le cas de la
précontrainte par armatures adhéren-
tes. Fig. n 3 - Utilisation du flexigraphe laser lors des épreuves du Viaduc de Saint-Cloud.

En construction métallique, des re-


cherches importantes ont été consa-
crées aux dalles orthotropes, aux as-
semblages par goussets, aux platela- tie des activités de recherche sur le En ce qui concerne le fonctionne-
ges et aux ponts mixtes. Sur ce dernier comportement des structures montre ment de la structure elle-même, une
point nous mentionnerons l'essai en le rôle essentiel des mesures en place observation visuelle est nécessaire,
laboratoire d'un modèle de pont mixte dans les ouvrages réels. Cela nous mais pas toujours suffisante. On peut
hyperstatique à deux travées de 19 m amène à un autre type de recher- recourir à des essais de chargement,
de long, et les mesures sur une pas- ches : la mise au point et le dévelop- mais il s'avère le plus souvent indis-
serelle pour piétons, afin d'étudier pement de méthodes d'auscultation pensable de déterminer l'état de con-
l'influence des déformations différées des ponts. traintes sous charges permanentes.
du béton.
Le recours à une terminologie mé- Les recherches sur les méthodes
dicale suggère que ces méthodes non destructives d'auscultation des
Une part importante des activités matériaux ont été évoquées ci-dessus
de recherche est consacrée à l'étu- trouvent leur champ d'application
dans le domaine de la pathologie des pour le métal. En ce qui concerne le
de des phénomènes différés en béton béton, c'est l'auscultation dynamique
précontraint et en particulier à la re- ouvrages. Lorsque des désordres sont
constatés dans un ouvrage, il importe qui est le plus couramment employée.
distribution des réactions hyperstati- Cette technique est entrée dans la
ques par fluage du béton et relaxa- de pouvoir en déterminer la cause et
estimer l'état des sollicitations réelles pratique, et les recherches ne portent
tion des armatures de précontrainte. plus que sur des améliorations et ex-
Du point de vue expérimental trois avant de définir une solution de répa-
ration. Ces méthodes sont également tensions de la méthode.
ponts en béton précontraint ont été
équipés d'appareils de mesure et sont utiles pour le contrôle, car elles per-
mettent de déterminer par exemple Pour les essais sous charge, les
suivis depuis deux à dix ans. Ces me-
les sollicitations sous charges perma- techniques employées sont les tech-
sures en place se sont avérées riches
nentes après achèvement d'un ouvra- niques usuelles du laboratoire, com-
d'enseignement, en particulier pour
ge ou d'évaluer l'homogénéité d'un me les jauges de déformation. Cepen-
la mise en évidence de l'importance
béton, c'est-à-dire d'établir une des- dant, on recherche une amélioration
des phénomènes thermiques. Elles
cription quantitative de l'ouvrage à sa des moyens de mesure des flèches
ont montré en outre que les métho-
mise en service. Il est juste de préci- avec l'utilisation des faisceaux laser
des actuellement utilisées pour le cal-
ser que beaucoup de ces méthodes qui permettent des mesures aussi pré-
cul des effets à long terme sont insuf-
d'auscultation sont encore au stade cises mais beaucoup plus rapides
fisantes. Pour la construction des
du développement et constituent donc qu'avec les moyens classiques (fig. 3).
ponts en béton précontraint, c'est un
domaine de recherche particulière- un domaine de recherche privilégié.
ment important. Cependant l'effort de recherche
Plusieurs approches complémentai- dans le domaine de l'auscultation des
res sont nécessaires pour définir ponts porte principalement sur la me-
3 - 2 . Méthodes d'auscultation l'état d'un ouvrage. La première phase sure des sollicitations permanentes,
des ouvrages consiste à définir l'état des matériaux, sous deux formes : la pesée des réac-
si possible par des méthodes non tions d'appui et la mesure des con-
Cette rapide description d'une par- destructives. traintes en place.
32
;:;:.:.-::;

Fig. n° 4 - Appareillage pour la pesée des réactions d'appuis en place sur la culée d'un pont en béton précontraint.

La connaissance des réactions d'ap- vers la mise au point d'une méthode résultant de l'augmentation des char-
pui dans les ponts hyperstatiques est semi-destructive de mesure des con- ges roulantes et de leur plus grande
un élément essentiel si l'on veut dé- traintes dans le béton par libération vitesse, l'ambition de franchir des
terminer l'état de sollicitation. Ces partielle. Ces méthodes, appliquées brèches de plus en plus grandes, la
réactions peuvent en effet différer avec succès en mécanique des ro- multiplication du nombre des ouvra-
assez largement des valeurs calcu- ches, commencent à être adaptées ges remettent en question les données
lées, soit à cause d'imperfections aux ouvrages en béton précontraint. acquises. Parallèlement les techniques
pendant la construction, soit encore nouvelles, des matériaux nouveaux ou
par le jeu des phénomènes à long ter- anciens mais aux caractéristiques
Si la panoplie des moyens d'auscul-
me dans les ponts en béton précon- améliorées offrent à l'ingénieur des
tation semble déjà assez fournie, il
traint. Il est donc important de pou- moyens plus puissants et plus écono-
n'en reste pas moins qu'un travail
voir disposer d'un appareillage amo- miques pour résoudre ces nouveaux
important de recherche et de mise au
vible permettant de mesurer les réac- problèmes. Mais la recherche de l'uti-
point reste à faire pour compléter
tions d'appui sur les ponts en service, lisation optimale des matériaux, l'ap-
ces moyens.
sans que des dispositions particuliè- plication de techniques de construc-
res aient été prises à la construction. tion plus économiques exigent une
C'est dans ce sens que les recherches connaissance approfondie des pro-
vont et ont pratiquement abouti priétés des matériaux eux-mêmes et
actuellement (fig. 4). Conclusion des structures qu'ils constituent. Ain-
si les possibilités nouvelles offertes
Une autre inconnue, plus difficile à par la technique posent aussi bien au
lever, est la valeur de la force de pré- calculateur qu'au constructeur des
contrainte. On peut tenter d'y parve- On construit des ponts depuis la questions auxquelles la recherche en
nir par des mesures directes, ou bien plus haute antiquité ; personne ne laboratoire, constamment appuyée par
par des mesures de contraintes abso- pense cependant que tout est acquis l'observation sur le terrain apporte
lues dans quelques sections. Actuel- dans ce domaine et qu'il n'y a plus progressivement des réponses, no-
lement, les mesures directes sont im- qu'à reproduire les réalisations anté- tamment dans les directions qui vien-
possibles sauf dans quelques cas par- rieures. On serait vite détrompé. Les nent d'être indiquées.
ticuliers. C'est pourquoi l'on s'oriente conditions de plus en plus sévères
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34
le nouveau
Charenton

...y»''wv ;^w.

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rie permettant de franchir successi- dont l'ouverture (22 m) était insuffi-


Le pont de Charenton vement du Nord au Sud l'ancien ca- sante pour le passage de la plate-
et l'Autoroute de l'Est nal de Saint-Maurice par une arche forme de l'Autoroute (41 m).
(A4) de 22 m d'ouverture, puis la Marne, Les difficultés qu'aurait entraîné la
par trois arches de 27 m. reconstruction de cette arche seule,
tout en maintenant la circulation sur
L'élargissement réalisé en 1926 le pont de Charenton et sur la R.N. 4,
Situé dans un site privilégié pour le avait permis de porter la largeur de et tout en assurant la continuité de
franchissement de la Marne, l'ancien la chaussée à 14 m et celle des deux fonctionnement des canalisations, ain-
Pont de Charenton, construit en 1863 trottoirs latéraux à 3 m. si que la nécessité de reprendre la
et élargi en 1926, était le dernier poussée des voûtes restantes, tous
exemplaire d'une série de nombreux Depuis cette date, le canal de Saint- ces éléments conjugués ont conduit
ouvrages construits successivement Maurice avait été comblé en 1954 pour notre service à proposer la recons-
au même emplacement depuis le permettre l'aménagement de la Route truction totale du pont qui se révélait
VIIe siècle, et dont on peut encore Nationale n° 4. par ailleurs souhaitable, d'une part
trouver quelques vestiges à proximité pour élargir l'ouvrage et lui donner
du Moulin de la Chaussée, ancien Le projet de l'Autoroute A 4, établi des caractéristiques suffisantes pour
moulin situé sur le « Bras de Gra- en 1963, ayant prévu la réutilisation écouler le trafic important de la R.N. 5
velle » de la Marne et encore utilisé de la R.N. 4 entre la Porte de Bercy qui l'empruntait, d'autre part pour
jusqu'à une date récente. et le Carrefour des Canadiens à Saint- améliorer les conditions de naviga-
Maurice, il était nécessaire de prévoir tion sur la Marne.
Ce dernier ouvrage était constitué la reconstruction au moins partielle
de cinq arches voûtées en maçonne- de l'arche empruntée par la R.N. 4 C'est donc dans le cadre des tra-
35
vaux de construction de l'Autoroute conde entrée utilisant une déviation reconstruction de l'ouvrage d'augmen-
A 4 que fut entreprise et financée la de la R.N. 5 qui prend son origine ter les caractéristiques de la chaus-
reconstruction du Pont de Charenton. dans le centre de Charenton. sée, la largeur du pont a été portée
à 33 m, comprenant une chaussée de
Cette même déviation permet au 29 m divisée en 9 voies de circula-
trafic de la R.N. 5 venant de Paris tion, un séparateur axial de 1 m et
Le Pont de Charenton : d'éviter le carrefour situé à la tête de deux trottoirs de 2 m 50.
partie intégrante du diffuseur du Pont de Charenton et d'accéder
de l'Autoroute A 4 au nouveau pont par la bretelle si- 1°) Tablier
tuée entre l'Autoroute et la Marne.
D'une longueur totale de 136 m, le
Ce schéma de circulation nous a tablier comprend deux travées de
Situé à 2 km 500 de la Porte de finalement conduit à envisager une 49 m et 87 m de portée. La faible hau-
Bercy, le diffuseur du Pont de Cha- structure constituée d'un ouvrage à teur disponible (2 m 60) avait conduit
renton est le premier diffuseur à assu- deux travées, l'une de grande portée notre service à concevoir un ouvrage
rer les échanges complets de l'Auto- (87 m) franchissant la Marne, l'autre entièrement métallique constitué de
route A 4 avec la voirie locale ; le de faible portée (49 m) franchissant quatre caissons en acier supportant
diffuseur de Conflans, situé plus près l'autoroute et faisant contre poids ; une dalle orthotrope.
de Paris, n'assure en effet que les ces deux travées reposent sur un
échanges entre la Province et Ivry- appui commun situé entre l'Autoroute
et la Marne, au-dessus duquel vien- Ce premier projet fut repris ultérieu-
sur-Seine par l'intermédiaire des
nent se raccorder au tablier deux pe- rement après la hausse importante
deux ponts jumelés de Conflans.
tites travées d'accès perpendiculaire des aciers en 1970 et fut remplacé
de 23 m 50 de portée. par une structure constituée de 8 pou-
En raison de l'exiguité du site, serré tres métalliques supportant une dalle
entre la Marne et les habitations de en béton armé de 20 cm d'épaisseur.
Charenton et de Saint-Maurice, les Cette solution, rendue possible par
échanges entre la chaussée Paris- la réalisation d'un ouvrage métallique,
permettait par ailleurs de dégager un Les poutres métalliques ont une
Province de l'Autoroute et le Pont de
gabarit de navigation très large sur hauteur pratiquement constante et
Charenton se font par deux bretelles
une hauteur de 5,25 m compatible égale à 2 m 55 sauf au voisinage de
qui ont leur extrémité sur le Pont de
avec la position des appuis de l'ou- l'appui intermédiaire où, pour repren-
Charenton, tandis que les échanges
vrage construit par la R.A.T.P. à proxi- dre les efforts d'encastrement, la
de la chaussée Province-Paris sont
mité immédiate. hauteur est portée à 4 m 34.
reportés à proximité du moulin de la
chaussée, à 300 m vers l'Est, par deux
bretelles de faible rayon de courbure. Les poutres groupées par moitié
Description de l'ouvrage pour former deux demi-ouvrages ont
Les échanges avec la banlieue Est des écartements constants (3 m 62)
sont doublés par une sortie vers Cha- à l'exception des deux poutres cen-
renton reportée à l'Ouest de la ligne trales qui sont écartées de 7,28 m
S.N.C.F. Paris-Lyon, et par une se- Utilisant la possibilité offerte par la pour des raisons constructives.

PONT DE CHARENTON

36
m

Service Régional de l'Equipement de la Région Parisienne

En effet, de par la nécessité de lisées en acier A 42 S 31 ; les entre- (70 cm) fut cependant réalisée pour
maintenir la circulation sur le pont, toises qui relient les deux demi- éviter tout soulèvement du tablier
la construction s'est faite suivant le tabliers ont leur membrure supérieure dans la petite travée lorsque la grande
déroulement suivant : renforcée pour supporter la dalle de travée est chargée.
béton intermédiaire.
• démolition du trottoir amont de
l'ancien pont ; Les travées d'accès, constituées
L'ouvrage a été calculé sans tenir
d'une dalle de béton reposant sur 2
compte de la participation de la dalle
• construction, au plus près, du demi- et 3 poutres en acier, sont encastrées
de béton à la flexion longitudinale.
ouvrage amont ; sur le tablier principal ; chaque pou-
tre est prolongée par une entretoise
• démolition de l'ancien pont après En effet, si une telle solution avait triangulée renforcée qui transmet les
transfert de la circulation sur le été retenue, il aurait fallu, au cours efforts d'encastrement aux poutres
demi-ouvrage mis en service avec du montage, comprimer artificielle- principales.
un trottoir de largeur réduite ; ment la dalle de béton située au-
dessus de l'appui intermédiaire par
<» construction du deuxième ouvrage une dénivellation provisoire dont l'am- Les poutres de la bretelle aval ont
symétriquement par rapport à l'axe plitude, calculée en fonction des trac- la particularité d'avoir été réalisées en
du nouveau pont ; tions naturelles provoquées par le acier E 440 à haute limite élastique,
moment d'encastrement sur appui au- possibilité offerte par la technique du
• après mise en service du demi- laminage contrôlé.
ouvrage, entretoisement des deux rait été trop importante ; cette solu-
tabliers et coulage de la dalle de tion avait donc été écartée, l'écono-
2°) Appuis et fondations
béton dans l'intervalle. mie attendue ne paraissant pas suffi-
sante pour compenser les difficultés Tous les appuis reposent sur le
Les poutres en acier A 52 S gamma de montage. niveau du calcaire grossier qui se
sont reliées entre elles par des en- trouve à une profondeur de 9 m sous
tretoises triangulées, boulonnées, réa- Une légère dénivellation d'appui le niveau inférieur du quai, les ter-
37
PHASES DE TRAVAUX
1 . DEMOLITION DU TROTTOIR COTE AMONT

S
, .OOr xyoo
Q= OdO

2 . CONSTRUCTION DU 1/2 PONT AMONT

.OOr <XK> =S
OoO
o
6

3 . MISE EN CIRCULATION DU 1/2 PONT AMONT ET DEMOLITION DE L'ANCIEN PONT

4 . CONSTRUCTION DU 1/2 PONT AVAL

^V

/S /N
,J 1 .

5 _ MISE EN CIRCULATION OU 1 / 2 PONT AVAL-COULAGE DE LA


DALLE DE RACCORDEMENT
AMENA6EMENT TROTTOIR AMONT

i=^l

6 . MISE EN CIRCULATION OU PONT TERMINE


COUPE TRANSVERSALE

AVAL AMONT

rains rencontrés étant constitués de une galerie d'éclairage et séparé du vrage. Elle repose sur une pile de
remblais et d'alluvions modernes. remblai en place par un blocage en 6 pieux forés ( 0 1 000) traversant
béton. l'ancienne fondation. Les efforts hori-
Pile centrale : zontaux sont repris par quatre tirants
La partie amont de la culée est inclinés ancrés dans une poutre située
Comme tous les appuis, la pile cen- fondée sur barettes en paroi moulée ®n arrière des appuis et reliée au
trale a été construite en deux temps ancrées dans le calcaire grossier. voile porteur des longrines.
à l'intérieur d'un batardeau de pal-
planches. La partie* aval a dû être fondée sur
deux rangées de pieux forés ( 0 1 000)
Elle repose, par l'intermédiaire du fait de la présence de maçonnerie Construction de l'ouvrage
d'une semelle en béton armé, en par- des ponts antérieurs, d'anciens pieux
tie sur la semelle de fondation de l'an- en bois et de la présence d'un collec-
cien ouvrage et en partie sur un mas- teur de gros diamètre traversant en
La construction de l'ouvrage avait
sif de béton immergé complémentaire biais la ligne d'appuis.
fait l'objet de deux lots, l'un relatif
de 4,75 m de hauteur. aux appuis et aux fondations et à la
Cette culée est prolongée par un démolition de l'ancien ouvrage, l'autre
De chaque côté de la pile, celle-ci mur de soutènement de grande hau- relatif au tablier métallique, qui ont
est prolongée, sous chaque travée teur (8 m) reposant sur des barettes été confiés aux entreprises suivantes :
d'accès par deux voiles verticaux re- en paroi moulée et soutenant la chaus-
posant sur des palplanches formant sée du quai de Charenton sur une
longueur de 103 m. Pour le Génie Civil : entreprises
rideaux anti-crue, puis, au delà des conjointes et solidaires :
appuis des travées d'accès par des
culées remblayées constituées de Culée Sud (Maisons-Alfort) • Européenne d'Entreprise, manda-
deux voiles verticaux latéraux entre- taire.
toisées reposant sur les mêmes ri- La culée Sud est constituée d'un • E.M.C.C.
deaux de palplanches renforcés par voile en béton dont les fondations
des palpieux, à intervalle de 5 m. sont différentes dans la partie amont • Société Parisienne et Méridionale
et la partie aval. (S.P.M.).
En amont de la pile, le quai de la A l'amont, la culée repose sur trois
Marne est soutenu par un rideau de pieux forés ( 0 1 500) à l'amont et sur Pour le tablier métallique : entre-
palplanches dont la stabilité est as- deux pieux forés ( 0 1 000) à l'arrière, prises conjointes et solidaires :
surée par une file de tirants passifs réunis par des longrines qui suppor-
• Sotracomet, mandataire.
ancrés sur le rideau situé sous l'un tent une dalle de béton située à
des murs latéraux de la culée. 2 m 50 sous la chaussée et sur la- •C.F.E.M.
quelle reposent les nombreuses cana-
Culée Nord (Charenton) lisations empruntant le pont. Commencés le 1 e r mars 1972, les
travaux se sont déroulés sur une pé-
La culée Nord est constituée d'un A l'aval, la culée se trouve à l'em- riode de 33 mois dont 17 mois pour
mur en béton, évidé pour recevoir placement de celle de l'ancien ou- la réalisation du demi-pont amont.
Les conditions d'exécution ont été Gaz, P.T.T.) ; faute de place, certains Maizières-les-Metz, ne pouvant four-
particulièrement difficiles en raison, tirants ont été forés à travers un égout nir que des pièces transportables par
d'une part, de la circulation impor- et ont été sectionnés, une fois le mur route, a réalisé les poutres de la pe-
tante qui empruntait le pont ou qui de soutènement construit. tite travée, tandis que l'usine de la
franchissait les carrefours situés aux C.F.E.M., à Rouen, a fabriqué les
têtes, d'autre part de la présence de La présence dans le sous-sol de la poutres de la grande travée, livrées
nombreuses canalisations concession- culée Sud, de galeries non recon- en un seul tronçon de 73 m par fron-
naires anciennes ou nouvelles qui de- nues, situées en arrière de la rive ton flottant.
vaient être rétablies dans l'ouvrage, abritant des tirants d'ancrage, a con-
ou déviées sous les carrefours de duit à remplacer les engins de forage Chaque poutre était montée en
tête, enfin, de la présence dans le terrestre initialement prévus par des trois parties ; un premier tronçon était
sous-sol de nombreux ouvrages an- engins flottants. posé sur l'appui central et sur deux
ciens en maçonnerie qui n'avaient pu
palées provisoires placées de part et
être repérés avant le début des tra-
Enfin, la présence, sur la rive droite, d'autre de l'appui, puis le tronçon
vaux.
de nombreuses maçonneries ancien- complémentaire franchissant l'ancien-
nes, a conduit à des difficultés de ne RN 4 était posé à la grue, de nuit.
Fondations battage des palplanches et des pal- La petite travée étant réalisée, les
pieux et à une augmentation du volu- poutres constituant la grande travée
Le maintien de conditions de circu- me total de démolition. étaient placées à l'aide de deux bi-
lation satisfaisantes a conduit à réa- gues flottantes en reposant, d'une
liser les terrassements de la culée Tablier part, sur les extrémités en porte à
Nord et du mur de soutènement du faux des tronçons centraux et, d'au-
quai de Charenton, à l'abri d'une pa- Les e n t r e p r i s e s Sotracomet et tre part, sur les appuis de la culée
roi berlinoise ancrée. La mise en C.F.E.M. s'étaient répartis les tra- Sud.
œuvre de ces tirants a été rendue vaux en fonction de la situation géo-
particulièrement difficile du fait de la graphique de leurs usines. Après mise en place et assemblage
présence, sous le quai de Charenton, de l'ossature métallique du demi-
de nombreux concessionnaires (Eau, L'usine de Sotracomet, installée à tablier amont, les travaux ont été

Photo Equipement de la Région Parisienne

40
COMMUNE DE MAISONS UFORT

interrompus pendant trois mois avant ainsi qu'après mise en service du Deux solutions furent alors em-
le coulage de la dalle, pour permettre 1/2 pont amont, et après démolition ployées concurremment, les poutres
à la Compagnie Générale des Eaux de l'ancien pont, le tablier fut com- livrées par Sotracomet furent grenail-
de poser une conduite d'eau de dia- plété par une partie triangulaire située lées et reçurent, en usine, une cou-
mètre 800 mm, dont le poids et l'en- à l'extrémité Nord, permettant de faci- che de peinture riche en zinc, à liant
combrement nécessitait l'utilisation liter les mouvements de virage vers organo-minéral, d'épaisseur 75 mi-
d'une grue. la droite pour les véhicules venant du crons (Carbozinc II). Puis celle-ci fut
quai de Charenton et accédant au complétée sur le chantier par une
D'une manière générale, les nom- pont. couche de peinture à haute viscosité
breux ouvrages des concessionnaires du type epoxy-polyamide d'épaisseur
qui empruntent le pont, imposèrent 100 microns (Carboline 4 B) et deux
Après réalisation du 1/2 pont aval,
des sujétions importantes dans la couches de finition acrylique. Par
ce triangle, constitué d'une partie de
conception et l'exécution de l'ouvra- contre, les poutres livrées par la
dalle en béton reposant sur une pou-
ge : C.F.E.M. furent réalisées à partir de
tre biaise supplémentaire, fut démoli
• nombreux travaux de déplacements pour laisser la place à la dalle défi- tôles prépeintes en forge avec une
aux deux carrefours de tête, nitive de jonction des deux tabliers. peinture riche en zinc à liant organo-
minéral d'épaisseur 15 microns (Car-
• poids important (3 t par mètre li- bowell) qui reçurent après montage
Celle-ci fut, elle-même, réalisée en
néaire), un complexe de peinture identique à
interrompant toute circulation sur
celle des autres poutres.
• encombrement important sous la l'ouvrage pendant un week-end pro-
dalle du tablier, longé afin d'assurer une prise nor-
male du béton. L'étanchéité mise en œuvre par la
• conception spéciale des entretoi- S.G.R.E.G. est une étanchéité classi-
ses d'appui pour laisser leur pas- que, de type mince en Brai-Epoxy,
Equipements
sage, appliqué en deux couches sur une
épaisseur de 1,5 mm. Un gravillonnage
• réalisation d'un platelage général Parmi ceux-ci, une attention parti-
de surface destiné à améliorer l'ac-
de visite, culière doit être donnée à la peinture
crochage de l'enrobé a été effectué à
de l'ouvrage.
• réalisation d'un ouvrage de soutien l'aide de gravillon porphyre.
provisoire au-dessus de la RN 4 Pour améliorer l'étanchéité, le revê-
L'appel d'offre ayant été lancé à une
pendant la démolition de l'ancien tement a été réalisé en Compo 1 005,
époque où l'on pouvait encore obte-
ouvrage. enrobé spécial fabriqué par la
nir des dérogations pour le sablage
La nécessité de maintenir en tou- sur chantier, et celles-ci ayant été par S. C. R. E. G., qui a la particularité
tes circonstances une fluidité suffi- la suite supprimées, l'Administration d'avoir, entre autres, une compacité
sante de la circulation entraîna aussi dut redéfinir avec l'entreprise un nou- supérieure aux enrobés bitumineux
d'autres sujétions d'exécution. C'est veau complexe de peinture. traditionnels.
41
Photo Equipement Région Parisienne

2 - L'ouvrage était emprunté par de été un itinéraire de passage impor-


Conclusion nombreuses canalisations appartenant tant.
à des sociétés concessionnaires qu'il
fallait maintenir en service. Finalement, malgré les difficultés
d'exécution, cet ouvrage dont la mise
En conclusion, la construction de
3 - La présence dans le sous-sol de en service définitive a eu lieu en
cet ouvrage a été particulièrement
nombreux ouvrages anciens partielle- novembre 1975, a été réalisé dans
difficile, et l'Administration a dû pren-
ment démolis et celle d'ouvrages an- des conditions techniques satisfai-
dre en cours de travaux, des décisions
nexes, d'assainissement en particu- santes qui laissent espérer que le
importantes pour faire face aux diffi-
lier, a entraîné des difficultés parti- Pont de Charenton, dont le numéro
cultés nombreuses entraînées par les
culières dans la réalisation des fon- suit immédiatement dans la série, ne
caractéristiques particulières du site.
dations. sera reconstruit que dans un avenir
assez lointain.
Ces difficultés ont été de natures
diverses mais, la plupart d'entre elles 4 - Enfin, l'ouvrage était reconstruit
étaient liées au caractère urbain du à l'emplacement de l'ancien pont. Tel est le souhait que nous pou-
site. vons formuler.
Ces difficultés se retrouvent géné-
1-11 était nécessaire de maintenir ralement dans la plupart des ouvra-
en toute circonstance, sauf pendant ges urbains, mais elles étaient, ici,
quelques périodes très courtes, la cir- particulièrement aggravées par le fait
culation sur l'ouvrage et à ses abords, que cet ouvrage a été reconstruit
dans des conditions satisfaisantes. dans un site privilégié qui a toujours
42
le béton léger
par Michel VIRLOGEUX
Ingénieur des Ponts et Chaussées
au Service d'Etudes Techniques des Routes et Autoroutes

C'est vers 1920, aux Etats-Unis, que expansés. L'expansion provient de fours d'expansion, qui ressemblent
furent fabriqués les premiers granu- dégagements gazeux qui se produi- beaucoup aux fours des cimentiers.
lats légers artificiels, par S J . Hayde. sent dans le matériau à haute tem- Dans le principe, un four d'expan-
Dès 1928, il existait une production pérature (de 1 100 à 1 300° C), alors sion est un cylindre tournant autour
industrielle. Des ouvrages importants qu'il est en phase pâteuse. Cette vis- de son axe qui est légèrement incliné
ont été réalisés avant la seconde cosité empêche les bulles de gaz de sur l'horizontale, le brûleur est situé
guerre mondiale : des immeubles de sortir de la matière, ce qui donne, à la partie basse du four, si bien que
grande hauteur, des tabliers de pont après refroidissement, la structure les granules, introduites à la partie
(comme la dalle de l'Oakland Bay vacuolaire souhaitée. haute, progressent vers des zones de
Bridge à San Francisco) ; des liberty plus en plus chaudes, la rotation
ships ont été construits en béton assurant la régularité de cette pro-
1-2 Fabrication
léger pendant la guerre... gression.

La fabrication des granulats légers


Beaucoup plus récemment, des Pour améliorer les conditions de
comporte un certain nombre de pha-
ouvrages remarquables (tours, l'expansion, les fours se sont peu à
ses préparatoires, qui précèdent l'ex-
ponts..), ont été construits en Alle- peu compliqués. Ils ont été remplacés
pansion proprement dite :
magne, aux Pays-Bas, en Australie, par une succession de deux ou trois
en Afrique du Sud. • l'extraction du matériau (en carriè- cylindres coaxiaux tournant à des
re pour les argiles, dans les terrils vitesses différentes, ou par une série
En France, il n'y a qu'une dizaine pour les schistes houillers) ; de deux ou trois fours rotatifs placés
d'années que les premiers granulats en cascade.
• le convoyage vers les installations
légers artificiels ont été fabriqués. On
de traitement, avec une phase de
explique ce retard par l'abondance 1-3 Les granulats légers
stockage intermédiaire qui a pour
et le faible prix des matériaux tradi-
rôle d'une part d'assurer un appro-
tionnels de bonne qualité. Les pre- Donnons très rapidement les prin-
visionnement régulier de l'usine et,
mières applications du béton léger cipales propriétés des granulats lé-
ont été limitées au bâtiment (blocs, d'autre part, de permettre une bon-
gers utilisés pour la confection des
panneaux préfabriqués). Mais, depuis ne homogénéisation des matériaux
bétons légers de structure.
cinq ans, la création de nouvelles extraits ;
usines et l'amélioration de la qualité • le broyage et le concassage du
des granulats légers ont permis la MASSE VOLUMIQUE
matériau, auquel on ajoute éven-
construction d'une douzaine de ponts tuellement des produits favorisant
en béton léger. l'expansion ; La masse volumique des grains (qui
tient compte des vides internes des
La construction de ponts est en • une nouvelle homogénéisation, sui- grains) des granulats légers « de
effet un des domaines dans lesquels vie d'une humidification ; structure» varie de 0,8 à 1,2 tonne
le béton léger peut présenter un grand o la granulation, qui se fait de diffé- par mètre cube selon les productions,
intérêt, par la réduction du poids rentes façons (la méthode la plus ce qui est à comparer aux 2,6 ou
propre qu'il permet. couramment utilisée pour les gra- 2,7 tonnes par mètre cube des gra-
nulats légers « de structure » com- nulats traditionnels. En pratique, on
porte une extrusion de- la matière à se réfère plutôt à la masse volumique
travers une grille percée de trous en vrac (qui tient compte aussi des
Fabrication circulaires, et un découpage en vides intergranulaires) qui est com-
des granulats légers petits cylindres à l'aide d'un fil à prise entre 0,5 et 0,7 tonne par mètre
couper le beurre placé à la sortie cube.
de la grille) ;
• séchage des granulats. GRANULOMETRIE
1-1 Principe de l'expansion

Les granulats légers utilisés en En fait, le séchage se fait le plus Les plus gros granulats légers uti-
France sont de l'argile et du schiste souvent dans la partie haute des lisés pour réaliser des bétons résis-
43

'

^«ss^É^^tei-

Passerelle du Tremblaye. Mise en place du- béton léger.

tanîs ne dépassent pas 10 ou 12 milli- comporte cependant un paramètre


mètres. En effet, la résistance des Les bétons légers nouveau : la quantité d'eau absorbée
grains — qui a une incidence assez à l'intérieur des granulats légers, que
forte sur celle du béton — diminue l'on distingue de l'eau qui est à la
beaucoup lorsque la taille des granu- surface de ces granulats légers —
lats légers augmente. Le diamètre 11-1 Composition appelée l'eau adsorbée — qui inter-
minimum variant, selon les produc- vient directement dans la quantité
tions, de 3 à 6 millimètres, les bétons L'étude de composition d'un béton d'eau de gâchage.
légers seront le plus souvent à gra- léger a trois objectifs : obtenir la ré-
nulométrie discontinue. sistance et la maniabilité souhaitées, Notons enfin que l'on utilise dans
mais aussi obtenir une masse volu- presque tous les cas un plastifiant
mique déterminée. réducteur d'eau, pour assurer une
ABSORPTION bonne maniabilité au béton léger qui
En pratique, la composition des risquerait d'être trop rêche sans cet
bétons légers de structure ne diffère adjuvant.
Du fait de leur structure poreuse, pas beaucoup de celle des bétons
les granulats légers peuvent absor- traditionnels. Il suffit de remplacer les
ber une certaine quantité d'eau, mal- granulats moyens et gros tradition- 11-2 Principales caractéristiques
gré la relative imperméabilité appor- nels par des granulats légers. Il n'est des bétons légers
tée par la vitrification de leur surface. pas possible, pour l'instant, d'utiliseï
Cette capacité d'absorption a des des bétons « tout léger », dans les- MASSE VOLUMIQUE
conséquences importantes au niveau quels le sable serait lui aussi rem-
de la fabrication et de la mise en placé par du sable léger. De tels bé- La propriété fondamentale du béton
œuvre du béton léger. On choisit tons ont en effet des caractéristiques léger est, bien entendu, sa faible
donc, pour la réalisation des ouvra- mécaniques insuffisantes. masse volumique. La masse volumi-
ges d'art, des granulats légers peu que de calcul — c'est-à-dire la masse
absorbants. La composition d'un béton léger volumique du béton durci, armatures
44
comprises — des bétons légers de Les déformations totales sous char- MISE EN ŒUVRE
structure les plus utilisés est de l'or- ges de longue durée d'application
dre de 1,80 à 1,85 tonnes par mètre restent donc comparables, et la ré- Les difficultés de mise en œuvre
cube. Elle peut varier, selon les gra- duction du coefficient de fluage (voi- sont tout à fait mineures. Il faut limi-
nulats légers utilisés et la composi- sin de 1 au lieu de 2) diminue les ter le temps de transport, à cause de
tion du béton, de 1,65 à 1,90 tonne redistributions d'efforts hyperstati-
l'absorption d'eau. Mais, si l'on en
par mètre cube. ques (par exemple dans les ponts
tient compte dès l'étude du béton, et
construits par encorbellements suc-
si le chantier est bien organisé, cela
RESISTANCE A LA COMPRESSION cessifs.
n'est pas réellement contraignant.

La résistance à la compression des RETRAIT On ne peut pas bétonner à la pom-


bétons légers de masse volumique pe, d'une part parce que la granulo-
élevée (supérieure à 1,8 tonne par Notons enfin que le retrait du béton métrie des bétons légers est le plus
mètre cube) est tout à fait compara- léger est nettement supérieur à celui souvent discontinue, et d'autre part,
ble à celle des bétons traditionnels. du béton traditionnel (d'environ 5 0 % ) , parce que sous l'effet de la pression
On atteint couramment sur chantier ce qui est très défavorable vis-à-vis de pompage les granulats légers ab-
des résistances nominales supérieu- des pertes de précontrainte ou des sorbent une très grande partie de
res à 400 bars. Mais, par prudence, effets de retrait différentiel (notam- l'eau de gâchage. Des études sont
on préfère pour l'instant ne pas comp- ment dans les ossatures mixtes acier- faites pour pallier cet inconvénient
ter sur des résistances supérieures à béton léger, ou les sections composi- assez majeur dans le domaine du
350 bars. La résistance diminue assez tes). Ce retrait est de plus fortement bâtiment.
sensiblement lorsque la masse volu- retardé par la présence de l'eau ab-
mique décroît. sorbée par les granulats légers, qui En ce qui concerne la mise en
joue le rôle de réserve. Si cela a des place, il faut noter que, du fait de la
RESISTANCE A LA TRACTION effets défavorables dans certains cas légèreté des granulats, la ségrégation
(pertes de précontrainte), cela dimi- est inversée. Cela donne des pare-
Pour une même valeur de la résis- nue fortement les fissurations de re- ments de très bel aspect : plus de
tance à la compression, la résistance trait. nids de cailloux sur les arêtes infé-
à la traction du béton léger est infé- rieures. Mais cela condamne la vibra-
rieure d'environ 2 0 % à celle du béton 11-3 Fabrication et mise en œuvre tion superficielle — du moins avec le
traditionnel, lorsque la conservation matériel existant — qui fait remonter
a lieu en atmosphère sèche. Cela les grains.
Il faut dire que si la fabrication et
caractérise la relative fragilité de ce
la mise en œuvre du béton léger
matériau, fragilité qui se traduit aussi
demandent des précautions spécifi- Signalons enfin que la nature va-
par une courbe contrainte-déforma-
ques, liées aux propriétés particuliè- cuolaire des grains diminue le rayon
tion très raide, par un déformation
res du matériau, elles ne présentent d'action des aiguilles de pervibration.
ultime plus faible (2 à 3 %o au lieu de
aucune difficulté réelle. Il faut donc multiplier les points de
5 à 6 %o), et par une moins bonne
vibration.
résistance aux efforts concentrés.
FABRICATION
MODULE DE DEFORMATION
LONGITUDINALE La condition essentielle d'une bon-
ne fabrication est l'utilisation d'une Domaine d'emploi
Le module de déformation longi- centrale à béton correctement équi- du béton léger
tudinale instantanée du béton léger pée.
est environ deux fois plus faible que
celui du béton traditionnel (environ Lorsque c'est possible, on doit pré-
200 000 bars pour les bétons légers férer un dosage volumétrique pour les Le béton léger, réalisé à partir d'un
de structure le plus souvent utilisés). granulats légers, pour éliminer les matériau élaboré — les granulats lé-
Les ouvrages en bétons légers sont aléas liés aux variations de leur mas- gers — est plus cher que le béton
donc plus déformables que les ouvra- se volumique et de la quantité d'eau traditionnel. La différence de coût dé-
ges classiques, ce qui est défavorable qu'ils ont absorbée. pend de trois facteurs principaux : la
pour les phénomènes vibratoires ou distance de transport des granulats
de stabilité, mais qui réduit certains De plus, dans la plupart des cas, il légers, le coût des granulats tradition-
types d'efforts parasites (gradients faut « prémouiller » les granulats lé- nels et, enfin, l'évaluation du «sup-
thermiques, tassements différentiels gers. En effet, s'ils sont trop secs, ils plément » de coût de fabrication et
d'appui...). vont avoir tendance à absorber très de mise en œuvre par l'entreprise. On
rapidement l'eau de gâchage, ce qui peut estimer que la différence de coût
Par contre, le module de fluage du produit un raidissage du béton avant totale est de l'ordre de 60 à 100 francs
béton léger est du même ordre de sa mise en œuvre. Il faut donc les par mètre cube en région parisienne,
grandeur que celui du béton tradition- prémouiller, ce qui permet de réduire dans les conditions actuelles. Cette
nel, car le fluage est un phénomène considérablement la vitesse d'absorp- différence est certainement suréva-
qui n'est lié qu'au mortier. tion. luée pour l'instant, du fait des crain-
45
Une des deux passerelles d'Amiens.

tes des entreprises et des réticences 111-1 Remplacement d'ouvrages mentation de la charge admissible sur
des centrales de béton prêt à l'em- ou de partie d'ouvrages l'ouvrage (Ponts de Jargeau sur la
ploi. existants Loire et de Boran sur l'Oise).

Le béton léger ne peut donc être Le béton léger peut tout d'abord 111-2 Ponts en béton armé
globalement intéressant que si les s'avérer intéressant lorsqu'il est pos-
réductions d'efforts qu'il permet, d'au- sible de réutiliser des appuis existants Les ponts en béton armé sont en
tant plus importantes que la part du (avec toutes les précautions que cela général de petits ouvrages, pour les-
poids propre est plus élevée, se con- implique), et où, par conséquent, les quels le poids propre ne représente
crétisent par des gains supérieurs. charges totales sont limitées : élar- qu'une part relativement faible des
Pour les ouvrages en béton armé ou gissement d'un ouvrage étroit, rem- charges totales. Le béton léger n'a
précontraint, ces gains se font sur les placement d'un tablier détruit... donc qu'assez peu de chances d'être
aciers — actifs et passifs •— et les intéressant.
fondations. Nous verrons que, sauf Le béton léger peut aussi être une
pour les très grands ouvrages, le bilan bonne solution pour la reconstruction On peut cependant envisager de
est très équilibré au niveau du tablier, de la dalle d'un ancien ouvrage mé- l'utiliser à proximité des usines de
et que le bilan total dépend essen- tallique. En effet, ces ouvrages sont fabrication de granulats légers ou
tiellement des économies que l'on généralement sous dimensionnés vis- dans des régions pauvres en granu-
peut faire sur les fondations. à-vis des règlements de charges ac- lats traditionnels de bonne qualité,
tuels. L'utilisation du béton léger peut particulièrement lorsque les fonda-
Nous allons donc, très rapidement, — dans certains cas seulement, car ce tions sont coûteuses.
passer en revue les différents types sont bien souvent les pièces secondai-
de ponts pour lesquels le béton léger res, sur lesquelles le poids propre n'a Mais le gain — s'il existe — reste
peut présenter un intérêt économique, guère d'incidence, qui sont sous- faible. Il peut augmenter dans le cas
et peut être appelé à se développer. dimensionnées — permettre une aug- des passerelles pour piétons, pour
46
lesquelles les charges d'exploitation vrages en béton léger dont les por- pas créer une révolution dans le do-
sont faibles (Passerelles d'Amiens). tées centrales sont comprises entre maine du génie civil : les différences
120 et 150 mètres. de coût restent faibles et un gain de
111-3 Ponts en béton précontraint 5 %, pour un grand pont en encorbel-
Notons enfin le cas particulier des lement, paraît une limite extrême, du
li faut distinguer deux grandes fa- ouvrages à travées d'équilibrage.
moins pour l'instant.
milles de ponts, selon leurs portées. L'emploi du béton léger dans la seule
Dans le cas des ouvrages de faible travée centrale permet de raccourcir
portée (ponts dalles, dalles nervu- les travées de rive qui n'ont qu'un Mais le béton léger ne pose plus
rées, ponts à nervures, ponts à pou- rôle de contrepoids, favorisé par la de gros problèmes de connaissances.
tres sous chaussée, ponts caissons différence des masses volumiques Des recommandations pour son em-
de portée inférieure à une cinquantai- (Pont sur la Deule à Lille, pont de ploi vont bientôt être diffusées par le
ne de mètres), les gains restent très Bruyères-sur-Oise, pont de Fontenel- SETRA et le LCPC, suivant de peu
faibles, lorsqu'ils existent. Le béton le).
celles établies par l'UTI.
léger ne sera donc intéressant qu'à
proximité des usines de granulats lé- 111-4 Ponts métalliques
De plus, avec l'épuisement progres-
gers, comme pour les ponts en béton
armé (Pont de Cheneau sur la Mo- sif des réserves de matériaux natu-
L'intérêt du béton léger dans les
selle, ponts de la liaison A1 Nord - rels, et les restrictions récemment
ossatures mixtes acier-béton, est ac-
rocade Est de Lille, ponts de la roca- tuellement limité par l'importance de apportées à l'exploitation des carriè-
de minière de Lens, passerelle du son retrait et par la forte valeur du res, son emploi devrait devenir de
Tremblaye, pont de la rocade Sud de coefficient d'équivalence instantané, plus en plus intéressant.
Calais). Il peut toutefois être une sous les charges d'exploitation. Cela
bonne solution lorsque son emploi peut changer, si le futur règlement
permet d'utiliser un matériel existant, D'autant que les ponts ne sont pas,
conduit à dimensionner les ouvrages
qui serait insuffisant pour construire et de loin, le seul domaine de déve-
vis-à-vis de l'état ultime (Passerelle
un ouvrage en béton traditionnel (ma- loppement possible. Le béton léger
de Cergy, pont de l'Abattoir à Valen-
tériel de lancement de poutres préfa- pourrait être utilisé pour la construc-
ciennes).
briquées par exemple). tion des grandes tours, comme celles
qui ont été construites aux Etats-Unis,
Le béton léger devrait cependant en Allemagne, en Australie et en
C'est pour les grands ouvrages que s'imposer de toutes façons dans le Afrique du Sud, pour la réalisation
le béton léger devient réellement in- cas de ponts à haubans mixtes, et des des structures flottantes (docks, for-
téressant, dans le domaine d'emploi dalles de type Robinson utilisant le mes de radoub), pour les structures
des ponts construits par encorbelle- béton léger devraient être plus éco- off shore (l'utilisation de béton léger
ments successifs (et éventuellement nomiques que les dalles orthotropes, pour la construction des colonnes,
des ponts à haubans en béton pré- sans être plus lourdes. abaissant le centre de gravité en flot-
contraint). Le mode de construction, taison, permet d'augmenter le poids
qui augmente l'importance du poids du pont et des équipements), et, de
propre dans les efforts globaux, ren- façon plus générale, pour tous les
Conclusion
force l'intérêt du béton léger. A titre ouvrages soumis à de faibles char-
d'exemple, signalons que les Hollan- ges d'exploitation (parkings souter-
dais viennent de construire cinq ou- On voit que le béton léger ne va rains, couvertures industrielles, e t c . ) .

Pont de Bruyère-sur-Oise.

47
<"i3
Le béton donne le ton.
Les revêtements de sols extérieurs en béton : Leurs applications ? Multiples. A vous de les
la beauté dans le temps. choisir :
Aujourd'hui, les revêtements de sols - circulation des piétons ; places et rues
extérieurs en béton donnent le ton. piétonnes, e s p a c e s verts, allées de jardins et
La raison ? Pour la première fois, imagination plages de piscine, cours d'écoles et centres
et économie ont trouvé un "terrain d'entente" commerciaux, trottoirs...
Esthétique : Choix étendu d e s couleurs, d e s - passage d e s véhicules : entrées de garage,
formes, des modules, des aspects de surface parkings, voirie urbaine...
permettant une totale liberté d'expression et une - et aussi toitures-terrasses, stations-service,
parfaite harmonisation avec l'environnement. quais, sols industriels.
Economie : Pavés, dalles décoratives, dalles Dalles gazon.Tout le monde rêve de verdure.
gazon : d e s petits modules aisément maniables : Alors, pourquoi ne pas intégrer le fonctionnel
- une qualité régulièrement contrôlée en usine, à la nature ?
- une pose aisée, rapide, par tous temps et sur Les dalles gazon permettent de créer
tous terrains, entrées de garage, "voies pompier" allées
- une démontabilité et un réemploi sans carrossables, parkings verts, et de stabiliser sols,
problèmes. talus, berges... ouvrages aussi originaux que
Les revêtements de sols extérieurs en fonctionnels qui s'intègrent parfaitement
béton - parce qu'ils allient de larges possibilités à l'environnement. Et qui respectent la nature.
décoratives aux propriétés physiques bien
connues du béton - gardent à l'usage toutes
leurs qualités. C'est la beauté dans le temps. Syndicat national des fabricants
de produits en béton pour voirie
Dalles décoratives, pavés, dalles gazon : trois de surface et signalisation.
produits, une multiplicité d'utilisations. Affilié à la fédération de l'industrie
du béton.
Dalles décoratives et pavés. Dans tous les
cas, ils laissent libre cours à votre créativité, tout SOL BETON
en vous permettant de faire preuve de réalisme. NOVATION

r Pour m e s prochaines réalisations,


j e désirerais connaître l'adresse du spécialiste
Sol-Béton-Novation le plus p r o c h e d e chez moi.
Nom
Légendes photos. Adresse
1) Parking "vert" en dalles gazon.
2) Sol d'esplanade aux lignes souples traitées en dalles Tél..
décoratives colorées.
3) Trottoir en pavés harmonieusement colorés. Profession ou Société.
4) Rue piétonne en dalles décoratives "pierre clivée". Sol-Béton-Novation 3, rue Alfred-Roll,
5) Allée de jardin public réalisée en dalles
décoratives "gravillons lavés". 75849 Paris. C e d e x 17.

49
le pont de Brotonne
en seine maritime
par J.-L. BRAULT
Ingénieur des Ponts et Chaussées à la D.D.E. de Seine-Maritime
Professeur-adjoint de béton armé et de béton pré-contraint
à l'E.N.P.C.

Photo Jean Guillet - Rouen


" • - ••:• • • • : • • " - 7 . : " • . .

Un numéro du « P.C.M. » consacré


aux ouvrages d'art se devait de com-
porter quelques monographies de
réalisations récentes, et si possible
spectaculaires.
D'où mon intervention, en tant que
maître d'œuvre du Pont de Brotonne.
Ceci dit, je n'ai pas l'intention d'in-
fliger au lecteur, qu'il soit rapide ou
peu pressé, une description technique
qui ne divertirait personne.

Que chacun sache, en revanche,


qu'il est cordialement invité à une
visite du chantier : les rives de la
Seine à hauteur de Caudebec ont
quelque charme à la belle saison, et
la chère est très honorable dans le
voisinage ; enfin, le périple à partir
de Paris n'a rien de décourageant :
c'est tout au plus l'affaire d'une heure
et demie d'autoroute.

Les camarades particulièrement


consciencieux — le cas échéant inté-
ressés — pourront aussi se reporter
à deux communications antérieures :
• ^

• l'une d'août 1974, parue dans « Le


Moniteur ». On y trouvera une justi-
fication des choix essentiels : rai-
son d'être de l'ouvrage, emplace-
ment, parti adopté, coût et plan de
financement.
En outre, l'article évoque les mo-
dalités d'appel d'offres et les ré-
sultats de la consultation.

• l'autre de février 1976, publiée dans


la revue « Travaux ». Les principaux
renseignements recueillis après
18 mois de chantier y sont évoqués ;
50
on a également fourni divers élé- tivité locale (le Département de la 1°) La notion de risque
ments d'information quant aux étu- Seine-Maritime en l'occurrence) ; il
des définitives, du moins dans leur était capital, dès lors, que le pont L'ouvrage, ai-je dit, se devait de
aspect le plus caractéristique ou ne fût point trop cher, faute de quoi n'être pas trop onéreux. Ce souci im-
inhabituel. on ne l'aurait pas construit. Ainsi pliquait une inévitable hardiesse. Une
a germé dans notre esprit l'idée de telle ligne de conduite, dans un passé
Dans l'immédiat, il suffit pratique- le réaliser en béton. récent, constituait l'un des titres de
ment — pour tout comprendre — de noblesse du métier d'Ingénieur. J'évo-
regarder les illustrations, et peut-être Bien sûr, l'aménagement qui, avec querai à cet égard les propos de mon
de savoir : ses voies d'accès, représente un in- premier chef de service déclarant à
vestissement voisin de 150 millions, ses jeunes collaborateurs : « Songez
est financé pour l'essentiel sur em- qu'à chaque fois que, grâce à votre
• qu'il s'agit d'un franchissement de
prunts. On verra donc fleurir une bar- ingéniosité, auront été économisés
la Seine entre Rouen et Tancarville,
rière de péage, mais ce n'est pas par sur un projet 50 000 F, vous aurez
donc dans la zone de navigation
ce trait que se singularisera le Pont gagné pour la collectivité l'équivalent
maritime du Port de Rouen. Etaient
de Brotonne. d'un lit d'hôpital ». Cette préoccupa-
proscrits, dès lors, les appuis en
Seine ; il fallait de surcroît déga- tion reste de mise, et elle fait partie
Ayant écarté d'entrée de jeu toute des idées que je cherche à inculquer
ger un gabarit de 50 m de hauteur ;
velléité de description technique, — ayant vieilli à mon tour — à mes
nous souhaiterions, à l'occasion de cadets de Î'E.N.P.C.
• que l'ouvrage a une longueur to- ces quelques lignes qui nous sont
tale de 1 300 m, dont une travée offertes, évoquer deux points particu-
principale de 320 m ; liers qui marquent l'action quotidienne Mais j'avoue que j'ai été saisi par
des Ingénieurs et qui revêtent dans la le doute en prenant connaissance —
• que le maître d'ouvrage est une réalisation qui nous occupe un as- ou conscience — du point de vue
courageuse et volontariste collec- pect plus patent qu'à l'accoutumée. de certains magistrats, sans parler

Vérins de tension des haubans. Photo Jean Guillet - Rouen

51
mérite la prison, c'est-à-dire la pail-
lasse voisine de celle du proxénète
ou du malfrat, l'Ingénieur qui n'a pas
su prévoir ce qui est souvent l'impré-
visible à notre niveau de connaissan-
ces du moment — alors le médiocre
technicien que je suis commet sans
doute une grande imprudence en
revêtant de son paraphe les docu-
ments d'exécution du Pont de Bro-
! *àfc* tonne, ouvrage très innovant et que
nous avons voulu tel pour mieux mé-
nager les deniers publics — pensant
que c'était là notre devoir. En tout
cas, endossent peut-être une grave
responsabilité morale les enseignants
(et je suis des leurs) qui persistent,
malgré certains propos et en dépit de
quelques verdicts troublants, à don-
ner à leurs élèves le goût de la
hardiesse.

Ne vaudrait-il pas mieux, après tout,


leur conseiller de tirer la couverture
à eux, et de prendre en toutes cir-
constances les marges les plus sécu-
risantes ? Ce serait d'autant plus fa-
cile que personne n'ira jamais con-
tester les choix d'un technicien, mê-
me si celui-ci discerne, au fond de
sa conscience, qu'il a mis un peu
plus de matière qu'il n'en fallait.

Il se trouvera simplement, dans une


telle hypothèse, qu'on construira cha-
que année, dès lors que les coûts se-
ront augmentés, un peu moins de
routes nouvelles remplaçant des itiné-
raires dangereux, un peu moins d'hô-
pitaux... On perdra les vies humaines
que ces aménagements auraient per-
mis d'épargner. Mais qui songe à
elles, bien qu'elles soient évidentes
Voussoir sur pile 1 1 et vue sur R.D.
Photo Jean Guillet - Rouen (même si elles sont potentielles et
anonymes), lorsqu'il s'agit de juger un
même de celui des journalistes. On a toujours revêtu, et revêtira tant qu'il accident ou a fortiori une catastrophe
entendu, à l'occasion d'affaires qui sera exercé par des hommes, un as- qui sont eux, bien sûr, effectifs et
ont drainé quelque véhémence, des pect profondément probabiliste — et personnalisés ?
questions du genre : « Aviez-vous la par là même aléatoire. Nos barrages,
certitude (quand ce n'est pas : « la nos tunnels, nos ponts qui constituent
certitude absolue») que telle dispo- autant de défis à la pesanteur, rem- 2°) Les limites du raisonnable
sition offrait toutes garanties vis-à-vis plissent leur office dans l'immense
de la sécurité des personnes » (avec majorité des cas. Mais il est arrivé, Ce deuxième volet constitue en
bien entendu le corollaire implicite : e x c e p t i o n n e l l e m e n t , que certains quelque sorte le pendant du premier.
« Si vous n'aviez pas cette certitude, s'écroulent ; d'autres s'écrouleront en-
vous êtes un criminel »). core. Tout au plus nos modestes pro- La hardiesse, dans certains cas —
grès de roseaux pensants (mais de et c'est celui du Pont de Brotonne —
Comment, non pas au plan techni- roseaux quand même) permettront-ils constitue une nécessité. Nous serions
que, mais à celui de la philosophie, de rendre ces catastrophes moins presque tentés d'ajouter, pour être
ou de la simple honnêteté intellec- fréquentes, mais ne les élimineront mieux perçus : une nécessité écono-
tuelle, peut-on se figer dans une telle pas totalement... sauf bien sûr à ne mique. Il n'existe pas en effet de so-
attitude ? Et qui pourrait répondre plus rien entreprendre. lution éprouvée et sereine au-delà
affirmativement à semblables ques- d'une certaine portée, sauf bien sûr à
tions ? Le métier de constructeur a Si vraiment la Justice estime que consentir 20 ou 30 % de dépense
52
supplémentaire — voire davantage ; qui existe actuellement entre la qua- reste s'étonner qu'un état d'équilibre
en l'occurrence, il est de fait qu'un lité des concepteurs, souvent très satisfaisant n'ait pas été spontané-
pont suspendu, ou même qu'un pont affirmée, et celle des exécutants qui, ment atteint : le travail n'a en effet
à haubans métallique, auraient béné- en dépit de la valeur des directeurs rien de rebutant, à l'inverse par exem-
ficié de la sanction de l'expérience. de travaux, relève d'une médiocrité ple du montage à la chaîne ; il n'est
Mais au prix correspondant, l'ouvrage certaine compte tenu de l'extrême pas malsain — bien au contraire —
serait toujours dans les cartons, et faiblesse de la main-d'œuvre, et du et le domaine des grands chantiers
le Pays de Caux continuerait à se niveau insuffisant de l'encadrement est sans doute l'un des seuls où sub-
plaindre, pour longtemps, d'être vic- intermédiaire. Cette circonstance est siste un parfum d'aventure qui pourrait
time de son enclavement géographi- générale et le chantier du Pont de attirer bien des jeunes s'ils le con-
que. En définitive, et quel que soit le Brotonne n'y échappe pas. naissaient mieux. Ajoutons que les
risque auquel s'assujettissent, par conditions de rémunération sont no-
les temps qui courent, les responsa- Ainsi réalise-t-on une structure qui toirement convenables ; en tout cas,
bles en réalisant un projet très inso- travaille à des taux de contraintes d'un ce ne semble pas être par cet aspect
lite, le jeu en valait la chandelle. ordre de grandeur parfois double de que le bât blesse. Sans doute une
la normale avec un potentiel d'exé- meilleure audience donnée aux tra-
On mesure néanmoins, presque cution très vulnérable aux erreurs et vaux publics suffirait-elle à remettre
quotidiennement, ce qu'est le revers aux malfaçons. en selle une profession boudée par
de la médaille : les sections de béton nos concitoyens sans qu'on sache
étant réduites au minimum pour ga- De telles constatations, qui ne lais- trop pourquoi. Dans l'immédiat, la
gner sur le poids propre, la mise en sent pas d'être inquiétantes dans le clause sempiternelle des marchés se-
place du ferraillage et surtout du câ- contexte qui a été évoqué plus haut, lon laquelle le nombre des travailleurs
blage pose des problèmes endémi- peuvent induire des réflexions de di- étrangers doit être limité à 10 % don-
ques ; d'où, de ci de là, des poussées vers ordres. ne franchement à sourire.
au vide, des éclatements qui amoin-
drissent la résistance locale, quel- La première sera pour relever que
ques travaux confortatifs auxquels on s'il est un domaine où la revalorisa- La seconde concernera l'extrapola-
se livre pour les pallier. tion de la condition manuelle pourrait tion du projet de Brotonne auquel
et devrait s'appliquer, c'est bien celui certains songent déjà pour des affai-
A cet égard, il n'est que de simple des travaux publics, et notamment res en préparation. Nous ne pouvons
objectivité de dénoncer la distorsion celui des ouvrages d'art. On peut du à cet égard que recommander la cir-

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estimons que cette structure c o n s t i - assez grossières et presque e n f a n t i - (E.N.P.C. 51)
tue, dans les c o n d i t i o n s d'exécution nes, lesquelles mettent en exergue le
du moment, la limite de ce que l'on caractère fragile et pointu du p r o -
peut raisonnablement envisager. cédé constructif. En d'autres termes, Principales activités :
Franchir un pas supplémentaire en on pourrait souhaiter que c h a c u n ,
• Etudes de génie civil - Ouvrages
diminuant encore les épaisseurs se- maîtres d'œuvre ou entrepreneurs,
d'art - Béton armé et p r é c o n -
rait assurément téméraire. prenne le temps de souffler et de
traint.
c o n f o r t e r ses bases.
Enfin, et pour élargir le propos pré- • Bâtiments et constructions in-
cédent, il faut se demander si le temps Lorsqu'il sera devenu patent q u ' o n dustrielles.
n'est pas venu de marquer une pause maîtrise de f a ç o n satisfaisante les
projets actuels, alors il sera loisible • Ordonnancement - Programma-
dans la course à l'allégement. Le bé-
ton précontraint, en 30 ans, a fait des de songer à un nouveau pas en avant. tion - C o o r d i n a t i o n Etudes et
progrès indiscutables, mais ces pro- Chantiers.
grès ont parfois c o u r u un peu plus En résumé, savoir se montrer hardi • Etudes de méthodes d ' e x é c u t i o n .
vite que les hommes qui les p r o m o u - q u a n d il le faut, en ayant c o n s c i e n c e
vaient. On demeure perplexe devant que le chemin est épineux ; mais ne • Etudes en France et à l'étranger
certains échecs qui ont défrayé la pas trop jouer à la roulette russe, sur- pour maîtres-d'œuvre, e n t r e p r i -
c h r o n i q u e dans un passé récent, dans tout lorsque ce n'est pas strictement ses et clients privés.
la mesure où ceux-ci sont le plus indispensable.

54
le viaduc de Ccilix
par G. LACOMBE
Ingénieur des Arts et Manufactures
Directeur technique de Coignet S.A.
Professeur à l'Ecole Centrale des Arts et Manufactures

mécaniques du terrain en place, a Pour permettre la réutilisation d'un


Généralités une longueur de 723 m. matériel de coffrage existant (ayant
servi à la réalisation sur la Loire à
Tours des ponts autoroutiers et du
D'une longueur totale de 1 200 m pont Mirabeau) la portée des travées
environ, le viaduc de Calix constitue
l'ouvrage le plus important du boule-
Dévolution des travaux d'accès a été augmentée jusqu'à
70 m. Ces travées ont, de plus, été
vard périphérique Est de Caen. rendues continues avec la travée
Il assure le franchissement de la principale de 156 m : ce qui a conduit
zone portuaire située à l'est de la ville L'appel d'offres avec possibilité de automatiquement à encadrer celle-ci
et en particulier du bassin d'évite- variantes larges a été lancé en 1971 par deux travées dont la portée est
ment dit de « Calix » sur le canal ma- sur trois avant-projets établis par le la moyenne arithmétique des deux
ritime de Caen à la mer. S.E.T.R.A. portées adjacentes de 156 m et 70 m,
En outre, ce viaduc enjambe l'Or- Tous ces projets envisageaient pour soit 113 m.
ne, 5 voies ferrées et plusieurs rou- le viaduc deux ouvrages bien dis-
tes communales ou départementales. tincts. Cette solution a permis d'éviter la
rupture d'aspect, souvent fâcheuse
Le tablier de 16,50 m de largeur 1) L'ouvrage principal constitué de sur le plan de l'esthétique, entre l'ou-
livre passage à une chaussée unique la travée de 156 m encadrée par deux vrage principal et les ouvrages d'ac-
à 4 voies de 13,50 m de largeur entre travées d'équilibrage de 90 m, pour cès.
bordures. lequel avaient été envisagés : La coupe transversale du viaduc a
• un tablier en béton précontraint été conditionnée de son côté par la
Les caractéristiques en long de construit en encorbellement, technique de montage prévue :
l'ouvrage résultent des contraintes • un tablier métallique, Sur plus de 1 000 m de longueur en
suivantes : • un ouvrage à haubans. effet, l'ouvrage est en site terrestre :
ceci a conduit l'Entreprise à réaliser
1) La travée principale, située à 2) Les ouvrages d'accès pour les- la manutention et la mise en place
l'aplomb du canal maritime, doit dé- quels avaient été étudiés : des voussoirs à l'aide d'une grue à
gager des gabarits de navigation de • un tablier à poutres préfabriquées tour de grande puissance (moment
33 m X 60 m ou 25 m X 141 m : en béton précontraint de 36 m de de renversement admissible 400 TM)
ceci conduit à une portée de 156 m portée, circulant au sol dans l'axe du pont.
entre les piles implantées de part et • un tablier en poutre caisson en C'est pourquoi le tablier est com-
d'autre du canal, et fait culminer la béton précontraint de 36 m de por- posé de deux poutres caissons écar-
chaussée à mi-portée à une hauteur tée coulé sur cintre autolanceur, tées d'axe en axe de 9,60 m, repo-
de 38 m au-dessus du niveau de l'eau. • un tablier à ossature mixte acier- sant sur des piles indépendantes, sans
béton avec portées de 45 m. aucune liaison transversale, permet-
2) La pente des rampes d'accès à tant la libre circulation de l'engin au
cette travée principale ne doit pas Les travaux ont été attribués cou- sol (distance entre nus intérieurs des
dépasser 4 %. rant 1972 à l'Entreprise Coignet S.A. piles : 7,00 m, supérieure de 0,50 m
De ce fait, l'ouvrage d'accès rive sur la base d'un projet variante en au gabarit de l'engin, soit 6,50 m).
gauche (côté nord) qui se raccorde à béton précontraint totalement diffé- Au niveau du tablier, le vide sépa-
un remblai de 15 m de hauteur, pré- rent. Ce projet, étudié par l'Entrepri- rant les hourdis supérieurs des pou-
sente une longueur de 303 m, alors se, prévoyait l'intégration complète tres caissons est réduit à 4 m, suffi-
que l'ouvrage rive droite (côté sud), de l'ouvrage principal et des ouvra- sant cependant pour assurer le pas-
pour lequel il était impossible de ges d'accès, réalisés en totalité selon sage du fût de la grue de 3,50 m de
créer des remblais importants comp- la technique du montage en encor- largeur avec un jeu suffisant.
te tenu des faibles caractéristiques bellement de voussoirs préfabriqués. Ce vide est ensuite comblé par des

55
dalles préfabriquées assemblées par
précontrainte transversale.

Caractéristiques principales
de l'ouvrage

L'ouvrage comporte 15 travées dont


les portées respectives sont, du nord
vers le sud,
• 1 X 50,30 - 2 X 70,00 - 1 X 113,00
-1 X 156,00-1 X 113,00-8 X 70,00
- 1 X 50,30,
• soit au total : 1 182,60 m.

Un appui Cantilever, situé dans la


7e travée, partage l'ouvrage en deux
viaducs de longueurs sensiblement
égales, soit :
• 592 m et 590,60.
La largeur de 16,50 m en section
courante augmente en extrémité Sud
jusqu'à 23,39 m pour permettre le
raccordement avec les bretelles d'un
échangeur.

Description de l'ouvrage

FONDATIONS

Les fondations des ouvrages rive


droite (côté sud) ainsi que celles de
la pile rive gauche de la travée de
156 m sont réalisées sur pieux forés Grue. Tour affectée au chantier de pose. « Central-Photos » - Caen
de 1,50 m de diamètre, d'une lon-
gueur moyenne de 21 m, ancrés dans les sont de section carrée de 2,60 m poutres reposent sur une seule ligne
une couche calcaire gris bleu très X 2,60 m (voiles de 0,30 m d'épais- d'appui située dans l'axe des piles.
dure. seur).
Ces pieux, groupés par 4 pour les TABLIER
Ces piles sont couronnées en tête
piles courantes et par 14 pour les pi- par des chapiteaux massifs en béton Le tablier est composé de deux pou-
les bordant la travée de 156 m, sont armé en forme de tronc de pyramide tres caissons écartées d'axe en axe
coiffés par des semelles en béton renversée destinés à augmenter les
armé. de 9,60 m non entretoisées entre
dimensions en plan de la tête de elles, si ce n'est par le hourdis supé-
Les autres fondations rive gauche pile : rieur précontraint transversalement.
(côté nord) sont réalisées superficiel-
• dans le sens transversal jusqu'à Chaque caisson comporte deux
lement sur le calcaire jaune dit « pier-
re de Caen ». 4,60 m, permettant ainsi d'appuyer âmes verticales de hauteur variable
facilement la poutre caisson de et un hourdis inférieur d'épaisseur
3,82 m de largeur hors tout ; également variable, la largeur hors
PILES tout de ce hourdis étant de 3,82 m.
• dans le sens longitudinal jusqu'à Pour les fléaux de 70 m, la hauteur
Chaque pile comporte deux fûts 4,60 m ou 7,10 m permettant l'en- des poutres varie de 1,90 m au joint
évidés en béton armé. A l'exception castrement provisoire des fléaux en de clavage (soit 1/37 de la portée) à
des piles encadrant la grande travée, cours de montage à l'aide de cala- 4,00 m sur piles (soit 1/17 de la por-
qui ont une section rectangulaire ex- ges et de brêlages situés en bor- tée).
térieure de 2,60 m X 5,10 m (voiles dure des chapiteaux. L'épaisseur des âmes est constan-
de 0,50 m d'épaisseur), toutes les pi- Ces calages une fois enlevés, les te et égale à 0,30 m.
56
L'épaisseur du hourdis inférieur va-
rie de 0,23 m à 0,40 m.
Pour les fléaux de 156 m, la hau-
teur des poutres varie de 2,60 m au
joint de clavage (soit 1/60 de la por-
tée) à 9,70 m sur piles (soit 1/16 de
la portée).
L'épaisseur des âmes varie de
0,30 m à la clé à 0,35 m sur appui ;
l'épaisseur du hourdis inférieur va-
riant de 0,32 m à 1 m.

Quant au hourdis supérieur, son


épaisseur dans l'axe du pont est de
0,21 m ; il comporte des goussets au
raccordement avec les âmes qui por-
tent localement son épaisseur jusqu'à
0,34 m.
Au droit des piles, les caissons pré-
sentent une entretoise intérieure évi-
dée permettant la reprise des efforts
de torsion éventuels en cours de cons-
truction ou en service, créés par le
Mise en place d'un voussoir en site terrestre. Photo D. Bourdonnais
vent ou les chargements dissymétri-
ques.
des piles initialement prévue à 0,25 m
Cette entretoise permet également Exécution des travaux a été portée à 0,30 m pour éviter tout
de soulever le fléau à l'aide de vérins risque d'étirement du béton.
hydrauliques, soit en cours de cons-
truction pour le réglage définitif de
TABLIER
l'ouvrage, soit ultérieurement pour le FONDATIONS
remplacement des appareils d'appui
en néoprène ou néoprène-téflon. Les poutres caissons (voussoirs sur
Les pieux des fondations de 1,50 m piles et voussoirs courants) ont été
de diamètre ont été forés sous boue réalisées suivant la technique de pré-
La précontrainte longitudinale est bentonitique, sans chemisage pour fabrication dite « avec joints conju-
assurée par des câbles STUP, procé- la plupart. gués » et montage avec interposition
dés Freyssinet, de 12 T 15, 12 T 13, Ces pieux traversaient en effet des d'un film de résine époxy.
et 12 0 8 sous gaines, répartis en couches de terrain qui n'ont pas pré-
câbles de fléaux, câbles éclisses de senté de difficulté particulière et qui Les dalles de jonction entre les
continuité entre deux fléaux et câbles variaient peu d'une pile à l'autre : deux poutres ont également été pré-
de continuité mis en tension aprè6 • remblais récents, argile, vase, tour- fabriquées ; par contre, elles ont été
liaisonnement des deux poutres cais- be, graves compactes, calcaire. assemblées entre elles et avec les
sons. Par contre, en culée sud, la dispa- poutres caissons par un joint de bé-
La précontrainte transversale est rition de la couche de tourbe et son ton coulé en place auto-coffré par
réalisée par des câbles 12 0 8 pro- remplacement par une couche d'allu- l'élément préfabriqué.
cédés Coignet, sous tubes. vions sableuses ont fait craindre des
frottements négatifs par tassement Le poids maximal des éléments a
EQUIPEMENT DU TABLIER sous le poids des remblais d'accès, été déterminé par les possibilités des
ainsi que des éboulements : grues de chantier, soit 43 T au cro-
Les garde-corps sont du type « Bar- C'est pourquoi ces pieux ont reçu chet ; ce qui a conduit :
rière normale à lisse horizontale » dé- un chemisage métallique perdu.
• pour les fléaux de 70 m à des vous-
fini par le S.E.T.R.A. Un contrôle systématique par aus-
soirs de 3,75 m de longueur,
Ils sont fixés sur des éléments de cultation dynamique et forage dans la
corniche préfabriqués en béton armé base du pieu a permis de se rendre • pour les fléaux de 156 m à des
ancrés sur le hourdis dans une zone compte de l'excellente qualité du tra- voussoirs dont la longueur au voi-
suffisamment éloignée des ancrages vail exécuté par l'entreprise sous- sinage de la pile est réduite à
des câbles de précontrainte transver- traitante (S.I.F. - Bachy). 1,55 m pour les 8 premiers vous-
sale pour être assurés de la bonne soirs et à 1,85 m pour les suivants.
répartition de celle-ci. APPUIS Ce n'est que pour les 35 derniers
Les joints de chaussée sont des mètres du fléau que la longueur de
Les fûts des piles ont été exécutés 3,75 m a pu être conservée.
joints à peigne de 200 mm de souffle
sur les culées et de 300 mm au joint selon la technique des coffrages glis- Le voussoir de pile, d'un poids de
Cantilever. sants (procédés P.M.I.). L'épaisseur 160 T a, dans le même esprit, été
57
la machine de ce type
la plus vendue
dans le monde

..il t t jt y avoir
des raisons....
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tronçonné en 4 tranches horizontales
également réalisées à joints conju-
gués, dont le poids n'excédait pas
40 T.

Au total : 760 voussoirs ont été


préfabriqués.

PREFABRICATION :
Le chantier de préfabrication a été
installé à l'extrémité nord du viaduc
sur le remblai d'accès dans l'emprise
d'une grue de 400 TM.
Il comportait essentiellement un
fond de moule de 85 m de longueur
permettant la préfabrication de la
totalité d'un fléau de 70 m ainsi que
de la partie extrême sur 35 m de
longueur des fléaux de 156 m.
Un second fond de moule de 45 m
de longueur permettait l'exécution de
la partie centrale d'un demi-fléau de
156 m. Vue d'ensemble du 3« fléau de 156 m. Photo Central-Photo - Caen

• Le premier moule comportait deux


coffrages de voussoirs de hauteur
maximale de 4 m permettant la fa- pose permettaient le fin réglage et Les dalles de jonction ont été po-
brication simultanée de deux vous- l'approche finale des voussoirs avant sées avec quelques travées de retard
soirs situés de part et d'autre des mise en précontrainte. sur les voussoirs, à l'aide d'un pont
voussoirs de piles. Pour le montage en site fluvial, la roulant prenant appui sur les deux
séquence était un peu plus complexe. poutres caissons.
Il a donc été utilisé 28 fois. La grue était alors utilisée unique-
ment pour charger le voussoir sur
• Le second moule ne comportait
un ponton.
qu'un coffrage de voussoirs (de
hauteur maximale 9,70 m). Par papillonnage, ce ponton était
Mise en service
Il a été utilisé 8 fois. amené à l'aplomb de l'extrémité du
Les coffrages, très mécanisés, per- fléau, côté canal, où le voussoir était
mettaient la fabrication journalière de pris en charge par un dispositif de Après une série d'épreuves très
3 voussoirs. treuils disposés sur le cadre de mon- complètes, qui se sont avérées parfai-
La disposition de cet atelier per- tagne ancré sur l'extrémité du fléau tement en accord avec les calculs,
mettait, après mise au stock une hui- en cours de pose. Le voussoir était l'ouvrage a été mis en service le
taine de jours après préfabrication, alors hissé par ces treuils jusqu'à son 13 décembre 1975.
un séjour des éléments préfabriqués emplacement définitif. Il représente actuellement la portée
sur parc pendant plus d'un mois. Pour faciliter les opérations, les record des ouvrages préfabriqués
Il en résultait des caractéristiques fléaux étaient montés en position ho- réalisés en encorbellement.
mécaniques du béton avant mise en rizontale.
précontrainte particulièrement favora- Une fois terminés, ils étaient réglés
bles à la diminution des effets du re- en niveau et inclinés selon la pente
trait et du fluage après mise en ten- voulue à l'aide d'une batterie de vé- Valeurs caractéristiques
sion (résistance supérieure à 370 bars rins hydrauliques disposés à l'aplomb
à 28 jours). de l'entretoise sur piles et d'un jeu
de cales de réglage. • Surface totale du tablier 20 000 M 2
MONTAGE :
• Epaisseur réduite
Ce même dispositif permettait de
moyenne du tablier .. 0,60 M
Le montage des travées en site ter- mesurer de temps en temps le désé-
restre a été réalisé directement à quilibre congénital éventuel d'un fléau • Précontrainte longitudi-
l'aide de la grue de 400 TM en posant dû aux différences de densité des bé- nale 29 Kg/M 2
les voussoirs sur des cadres métalli- tons ainsi qu'aux tolérances sur les • Précontrainte transver-
ques ancrés sur l'extrémité des fléaux. épaisseurs des âmes et des hourdis. sale 6 Kg/M 2
Après pose d'une paire de voussoirs, C'est ainsi que pour les fléaux de • Aciers passifs 58 Kg/M 3
enfilage des câbles de précontrainte 156 m, on a pu constater et corriger
et encollage des faces, des vérins hy- des d é s é q u i l i b r e s allant jusqu'à • Cube total de béton . . 21 000 M 3
drauliques solidaires du palonnier de 500 TM. • Délai d'exécution 39 Mois
59
Approche artistique et aménagement
Réaction d'un stagiaire "FANA"

par M. GERODOLLE

Oubliez un instant votre titre, votre sèment, un sentiment d'équilibre... Certes, au contact d'un musicien,
grade, vos fonctions de gestionnaire, bref quelque chose de plus agréable d'un sculpteur, d'un poète, d'archi-
d'aménageur, de constructeur... Vous qu'ailleurs. tectes, de conservateurs de musées,
n'êtes pas en train de lire la revue de critiques et de professeurs, je ne
P.C.M. suis pas devenu un artiste en quatre
Maintenant vous pouvez reprendre
jours !
votre casquette Monsieur le D.D.E.,
Vous venez d'ouvrir les volets de Monsieur le responsable de G.E.P., Je n'ai pas agrandi ma culture ni
votre chambre et vous avez sous les d'U.O.C, d'I.N.F.R.A... : quel rapport mon érudition, pourtant bien modes-
yeux votre jardin... ou la maison d'en avec vos préoccupations profession- tes au départ.
face... ou « l'espace vert » de votre nelles quotidiennes ? Aucun ? Vrai-
« grand ensemble » (tiens, je croyais ment ? Alors, laissez donc la lecture Je ne sais pas mieux qu'avant, au
que ça n'existait pus ?)... ou, pour- de ces lignes, et retournez à vos dos- premier coup d'œil, distinguer ce
quoi pas, le vaste panorama de .la siers ! que j'aperçois au travers des vitrines
montagne plongeant dans la mer (à dans les nombreuses galeries autour
moins que ce ne soit dans le lac). de l'E.N.P.C. de ce qui se produit
Vous vous rendez à votre bureau, Et ce n'est pas non plus la peine sur la table du dessinateur de la cel-
votre parcours vous offre une suc- de vous inscrire au séminaire qu'Alain lule des projets routiers lorsqu'il
cession rapide et ininterrompue de Gerbaldi renouvellera, je l'espère, en laisse échapper sa réserve d'encre
« flash » sur votre environnement 1977 : approche artistique et aména- de chine.
immédiat. Dans les diverses circons- gement.
tances de la journée, mais plus cons- Je n'ai ramené aucun canon, aucu-
ciemment lorsque votre activité du ne règle pour mieux juger du beau
moment vous en laisse le loisir, vous Mais si, au contraire, vous pensez
qu'un rapport doit exister, puisqu'en et du laid.
êtes « ouvert » à ce qui vous entoure,
et vous vous laissez gagner par des fin, ce cadre de vie, c'est nous qui
le fabriquons ou qui au moins l'in- Je regrette encore plus qu'avant
« impressions ».
fluençons (même avant l'invention les « clins d'œil » de cette forme
des « études d'impact » I) et bien d'art qui se réfère à une culture éten-
Bien sûr, votre prédisposition du que ce rapport n'apparaisse plus due et, par essence, réservée à une
moment intervient, mais également clairement lorsque l'on examine nos élite, tout en reconnaissant la néces-
l'agencement général de ce que vous décisions quotidiennes, et les métho- sité d'une formation qui donne au
avez sous les yeux. Je suis sûr que, dologies, et les pratiques qui les moins le goût de l'effort pour la pé-
si vous y réfléchissez un peu, vous entraînent, — alors guettez la sor- nétrer et la comprendre.
reconnaîtrez l'existence sur le trajet tie du programme 1977 de Formation
de votre bureau ou sur la ligne SNCF Continue E.N.P.C. et je vous sou-
que vous empruntez trop souvent haite 4 jours aussi pleins et intéres-
pour aller à vos importantes réu- sants que ceux que j'ai connus du
nions, quelques lieux prévilégiés, 28 juin au 1er juillet 1976 sous l'ani-
simple maison, rue, quartier, jardin, mation de Bernard Lassus, respon-
paysage,... devant lesquels, à chaque sable du Centre de Recherche d'Am- (1) Stage ENPC - Formation continue du
fois ou presque, quelle que méchan- biances, professeur aux Beaux-Arts, 28 juin au î o r juillet 1976.
te que soit votre humeur (ou celle et Michel Conan, du Centre de Re- (2) Animation dynamique. Excellent choix
de conférenciers par leur niveau et leur va-
de votre contrôleur financier local) cherche sur l'Urbanisme (D.A.F.U.)
riété. Agréables accueil et organisation ma-
vous éprouvez une détente, un apai- térielle à la Maison des X.
(2)-
60
J'ai même perdu quelques « certi- mais c'est bien volontairement et possible, mais au moins d'accepter
tudes » que je m'étais établies sur pour cela que les animateurs le dialogue à ces différents niveaux
les formes fonctionnelles, sur l'au- n'ont pas voulu faire une trop avec les interlocuteurs porteurs oe
thenticité des matériaux ! etc. qui grande place aux architectes, ces approches et cela bien sûr, non
me donnaient pourtant bonne cons- dont une partie de la démarche pour rattraper superficiellement ou
cience et me permettaient diverses ne nous est pas étrangère, et les « habiller » une conception préalable,
déclarations de « salon » propres à ont fait intervenir dans la dernière mais dès le stade même de la con-
améliorer mon image de marque partie, ception.
d'ingénieur pas trop fermé.
— j'ai vu comment des « habitants Des expériences nous y encoura-
— Mais j'ai entendu un sculpteur paysagistes », par une démarche gent, partant par exemple du Schéma
raconter (devant ses œuvres en- instinctive, sans aucun contact Directeur d'Apparence au niveau de
treposées dans un vaste garde- avec les artistes « reconnus » et la zone d'aménagement, passant par
meuble spécialisé dans ce domai- également hors des canons du la participation intégrée des profes-
ne, et non devant celles qu'il ex- « bon goût », ont su inventer les sionnels d'intervention et des futurs
pose actuellement) son approche notions de composition, d'appro- habitants au niveau de la construc-
des formes sans se préoccuper priation et de distorsion de l'es- tion, et allant jusqu'à la créativité
le moins du monde d'un quelcon- pace, d'accueil dans l'hétérogé- individuelle ou collective des habi-
que aspect fonctionnel, néité, etc.. Ce qui a conduit Ber- tants paysagistes dans une telle
nard Lassus à créer la notion du structure d'accueil : à tous ces ni-
— j'ai entendu un poète, très in- « démesurable », opposée « aux veaux, et sous des formes très di-
fluencé par les réminiscences et pseudo-rationalités, qui se veu- verses suivant leur art et leur tem-
les allusions à une vaste culture, lent précises, et qui, au nom de pérament, quelques artistes ont vou-
nous promener dans un jardin l'efficacité, ont nié l'approche lu et ont su sortir de la micro-société
dont il a su nous faire découvrir sensible et, par là même, ont de « initiés » d'avant garde (?) et, se
les infinies ressources, étouffé le paysage ». « réinsérer » dans la « communauté »,
renouant ainsi, après un siècle d'ab-
— j'ai entendu un musicien, dont tous sence, avec une tradition constante
Ainsi, ces 4 jours de contacts, jusqu'au milieu du 19e siècle, mais
les efforts tendent à intégrer son marqués par l'effort réciproque de
art dans le cadre de la vie jour- sous des formes totalement origina-
compréhension, m'ont permis de les et avec un très gros effort d'assi-
nalière des hommes, prendre . mieux percevoir et reconnaître
en compte leur environnement milation des conditions totalement
l'existence d'approches sensibles de différentes de nos sociétés.
sonore quotidien, et expliquer la l'aménagement non réductibles à
démarche des musiciens contem- notre « dénominateur commun » ha-
porains, bituel de scientifiques ou de techni-
ciens, et de mieux imaginer comment
— j'ai partagé les expériences d'un les prendre en compte dans nos acti-
architecte qui veut aller plus loin vités quotidiennes de gestionnaires,
dans cette intégration, notamment d'aménageurs ou de constructeurs :
par l'association des futurs ha- il « suffirait », pour cela (mais je ne
bitants. Cela m'a demandé évi- néglige pas l'effort d'imagination et
demment beaucoup moins d'ef- d'ouverture à faire de part et d'autre
forts que pour les précédents, pour y parvenir), de provoquer si

61
qualité de Ici vie

quelle qualité de Ici vie ?


par A. LOUBEYRE
I.C.P.C.

Chef des Services Techniques


au Secrétariat d'Etat Jeunesse et Sports

Dans le numéro de janvier de cette Elle dépendra aussi, certes, de no- dont cette attente est remplie, le rap-
revue, au moment d'ouvrir cette ru- tre environnement physique, mais prochement entre cette attente et sa
brique permanente sur la « qualité aussi de notre environnement humain, satisfaction nous semblant pouvoir
de la vie », il avait été demandé à et, pourquoi pas, ne pas l'avouer ? apporter un élément d'appréciation
chacun des membres du P.C.M., qui de notre environnement spirituel. C'est objectif de la qualité de la vie.
aurait « une idée, une suggestion di- dire le nombre de facteurs favorables
gnes d'intérêt, de venir nous en faire à l'expression d'harmoniques indivi-
part « en libres opinions ». duelles, qui peuvent masquer une ré-
ponse collective et objective à notre Qu'attendre de nous-mêmes
C'est la première chronique que question... Et pourtant, cette réponse et de nos proches ?
cette rubrique accueille ainsi. Elle semble exister compte tenu de la prise
nous semble avoir le mérite de vou- de conscience collective et relative-
loir mieux situer les articles déjà pa- ment récente de la nécessité d'une
rus dans un cadre plus vaste et nous certaine « qualité de vie ». Nous visons là tous ceux qui nous
pensons, même si nous ne part a touchent à quelque titre que ce soit.
geons pas toutes les idées émises, Il n'est pas de notre propos d'exa- Cet ensemble est l'espace affectif de
qu'il est toujours bon de transcen- miner l'influence de notre environne- notre vie et varie donc avec chaque
der un sujet pour mieux le circons- ment spirituel sur notre réponse ; individu, et avec l'âge.
crire. nous n'en aurions d'ailleurs pas les
capacités ! Qu'attendons-nous dans notre for
C'est pourquoi nous la publions Par contre, essayons de cerner l'im- intérieur ? Essentiellement l'Espoir,
telle quelle, en laissant à son auteur pact de notre environnement humain espoirs de prospérité, d'harmonie, de
la responsabilité entière de ses opi- sur notre jugement. Nous verrons développement, d'équilibre. « Nos es-
nions et propositions. mieux ainsi à quoi s'articule notre pérances mesurent notre bonheur pré-
N.D.L.R. réflexion sur la qualité de la vie et sent bien plus tôt que notre bonheur
d'un autre côté comment les efforts à venir » (Alain).
En effet, il ne paraît pas inutile de consentis sont diversement perçus.
se poser cette question après une L'Espoir, ce sont des traites sur
première série d'articles soulignant Pour ne pas se perdre dans le l'avenir ; le contexte où nous baignons
l'action concrète de membres du dénombrement des interactions entre nous paraîtra d'autant plus favorable
P.CM. sur l'amélioration de notre en- les hommes, nous allons tenter d'ap- qu'aux certitudes présentes, aux con-
vironnement naturel. porter des réponses globales et syn- traintes matérielles et palpables, pour-
thétiques, en considérant trois ensem- ront s'ajouter de telles traites ; non
P e u t - ê t r e serons-nous amenés, bles, qui sont trois composants de pas des certitudes de bonheur futur,
consciemment ou non, à transformer notre vie : nous-mêmes et nos pro- puisque dans l'avenir rien n'est cer-
le sens de cette question en « quelle ches (notre microcosme) ; la sphère tain, mais des espoirs. « Un monde
qualité de ma vie ? ». Notre réponse, du politique (qui conditionne notre sans espoir est irrespirable » (Mal-
comme toute appréciation qualita- vie) ; les autres (la collectivité). raux).
tive, n'est pas mesurable dans le
barème universel d'une monnaie et Nous allons nous intéresser dans L'Espoir est le moteur d'une inser-
dépend en fait de la personnalité de chacun de ces ensembles à ce que tion sociale réussie : il faut quand
chacun d'entre nous. nous en attendons et à la manière même espérer pour entreprendre ; il
62
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Quelle qualité de la vie ? Rapho - Janine Niepce

est la marque de la dynamique du ves familiaux, l'importance de l'esprit produire au maximum avec le mi-
développement collectif, il se nourrit tribal qui semble répondre à une as- nimum d'efforts et de fatigue ;
des progrès passés, images de ceux
piration essentielle chez l'homme ?
à venir. • rétribuer justement les services de
Le droit de chacun à fonder un foyer
chacun pour encourager l'effort et
est-il suffisamment garanti ?
maintenir une ambiance de confian-
On peut à cet Espoir trouver deux ce réciproque ;
pôles : un pôle individuel et un pôle
social. Le pôle social doit s'estomper • maintenir ouvertes les possibilités
derrière le pôle individuel : il est en de promotion en évitant le jeu sté-
effet dangereux d'identifier l'Espoir à Qu'attendre du politique ? rile des ambitions et des calculs ou
quelques progrès^ à quelques amélio- que les plus avides ou les moins
rations dont la non-réalisation peut scrupuleux ne viennent s'infiltrer au
entraîner une crise de confiance. premier rang.
C'est-à-dire de tous ceux dont nous
avons personnellement à exécuter les
L'Espoir personnalisé touche l'indi- Tout sera pesé, consciemment ou
directives ? Dans cet ensemble, on
vidu intimement, dans sa chair, dans non, à ce crible de l'efficacité. Appli-
peut placer des hommes et des insti- qué avec retard, c'est « le jugement
son psychique, sans présenter de tels
tutions : supérieurs hiérarchiques, nos de l'histoire », mais alors les lumières
dangers. Faut-il voir dans cet ordre
d'idées l'effort affirmé pour la recher- gouvernements, l'administration en qu'il jette ne bénéficient plus à ceux
che médicale, la primauté à la santé, général. qui auraient dû en profiter.
les perspectives si souvent débattues
d'allongement de la durée de vie ? Qu'attendons-nous d'eux ? Essen- N'est-ce pas en application d'un tel
tiellement l'efficacité, c'est-à-dire le critère que le Président de la Répu-
meilleur rapport des résultats à l'effort blique se réserve le droit de prendre
Mais tout est-il fait pour favoriser demandé, la limitation de nos diffi- les Ministres hors du Parlement ? Ce
l'éclosion de cet Espoir, ne serait-ce cultés, des pertes mêmes, dans les critère est en fait le suprême recours
que par le canal de ce qui est souvent circonstances imposées. de la légitimité, au-dessus des pas-
le plus cher à l'homme, c'est-à-dire sa sions et des partis. Les résultats en
famille ? L'affirmation, peut-être exa- sont parfois si anticonformistes qu'on
gérée, de l'individu, n'a-t-elle pas un Cette efficacité, c'est par exemple :
préfère souvent en éviter l'applica-
peu trop obscurci la nécessité de rê- • donner à chacun les moyens de tion !
63
Pour affronter
lo régulation du trafic
il Faut avoir lafousacré.
Nous l'avons!
Car nous avons appris le métier et
sommes forts de 30 années d'expérience
Car nous formons une équipe cohérente
comprenant aussi des électroniciens et des
informaticiens.
Car nous construisons tous les matériels,
signaux, armoires, détecteurs de micro et
de macro-régulation, coordinateurs de
zone et commandes centralisées à base de
mini-ordinateur.

SOCIETE INDUSTRIELLE DE LIAISONS ÉLECTRIQUES

BIEB Société Anonyme au capital de 47.026.000 F


Département: régulation du trafic

6 9 rue Ampère, 75017 Paris - Tél. 2 6 7 2 0 . 6 0 +

G4
voyageur n'est pas suffisamment pré-
venu que d'autres civilisations peu-
vent avoir privilégié d'autres façons de
vivre ; mauvaise interprétation de
l'idée de justice, qui n'est pas l'en-
semble des devoirs et des droits, mais
leur harmonisation en vue de l'harmo-
nisation des rapports sociaux.

Vous me direz, à quoi bon tous ces


développements philosophiques ?
Sommes-nous plus avancé mainte-
nant ?
Il s'agit là certes d'évidences pre-
mières, mais il était bon de les rap-
peler avant de poursuivre notre rubri-
que sur les améliorations concrètes
de notre cadre de vie, pour ne pas
faire l'injure aux lecteurs de la revue
de penser que pour les membres du
P.CM. la « qualité de la vie » s'arrê-
tait à des questions matérielles ou
concrètes et pourquoi ne pas le dire ?
parfois à des « gadgets », en sous-
estimant toute l'importance de l'envi-
ronnement humain ou spirituel.

Ensuite, la qualité de la vie est,


certes, une appréciation personnelle
et donc subjective, en dehors de tou-
te mesure possible ; mais la compa-
raison entre ce qu'on attend des au-
tres et ce qu'ils nous apportent réelle-
ment, n'est-ce pas là un critère objec-
tif de mesure de la qualité de la vie ?
N'est-ce pas là un moyen de se sen-
tir en phase avec les autres, le moyen
d'une autocritique bénéfique ?

Enfin, la recherche d'une améliora-


tion de la qualité de la vie ne passe-t-
elle pas par la critique, le « décorti-
Photo Rapho - Michel Simonet
quage » de ce qu'elle est réellement
Le droit de chacun à fonder un foyer est-il suffisamment garanti ?
pour chacun, de façon à privilégier les
conditions les plus favorables à l'épa-
couverte des autres apporte l'intelli- nouissement de l'individu au sein de
Qu'attendre des autres ? gence des différences. Elle permet la communauté ?
de ne pas projeter sur le monde l'ima-
ge idéalisée de son moi, empêchant En supposant que notre analyse
De tous les autres, dont on subit
ainsi la perte du « principe de réalité ». soit juste, c'est-à-dire que la qualité
le contrecoup ? Car l'individu n'existe
Tout se tient ; pas d'amélioration de la vie couvre aussi, en dehors du
qu'en tant que membre d'une collec-
des relations humaines sans honnê- cadre naturel, toutes les relations en-
tivité qui l'éduque, forme sa pensée
tre les hommes ne donnant pas lieu
en lui donnant un langage et condi- teté, sans confiance : confiance dans
à contrat formel, nous pouvons com-
tionne sa vie jusque dans ses libertés. le résultat de ses efforts, confiance
prendre les raisons qui ont poussé à
en ses semblables, confiance en
rattacher à ce Ministère de la Qua-
Qu'attendons-nous d'eux ? Essen- l'avenir. Le tout est de savoir créer
lité de la Vie, en plus de l'Environ-
tiellement l'honnêteté, au sens où le et maintenir cette confiance.
nement, la Jeunesse et les Sports, le
XVIIe siècle entendait « l'honnête Tourisme. Mais n'y aurait-il pas aussi
homme », c'est-à-dire le respect des Cela ne va pas parfois sans malen- place pour un Secrétariat d'Etat à la
lois, le respect des bonnes manières, tendus, car nos critères ne sont sou- Famille ?
de la morale, de la vie, du fair-play, vent pas ceux de tous les autres, A. L
pas de tricherie... ce qu'on ne res- d'où divorce entre vieux et jeunes ;
pecte pas toujours soi-même. La dé- aventures tragiques à l'étranger, où le
65