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Partie II :
Organisation judiciaire au Maroc
Filière : GEA

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Introduction :
Le droit positif marocain a connu une évolution depuis le 17éme siècle, cette évolution a été
marqué par plusieurs étapes qui ont influencée le droit marocain, nous retiendrons alors trois
périodes pour retracer cette évolution :

 Le droit marocain avant le protectorat,


 Le droit marocain sous le régime du protectorat,
 L’évolution intervenue après l’avènement de l’indépendance.

 le droit marocain avant le protectorat.

Depuis la conquête arabe, c’est la loi coranique qui s’appliquait au Maroc, ce qui impliquait
l’union intime du droit et de la religion.

Le calife ou le sultan, représentant spirituel de la nation (umma), détenait entre ses mains tous
les pouvoirs y compris le pouvoir judiciaire. Mais cette organisation judiciaire qu’a connu le
Maroc depuis le XVe siècle jusqu’au XVIIe va connaitre de profondes transformations.

 le droit marocain avant les capitulations 

Les règles qui dominent la doctrine traditionnelle peuvent être résumées en quatre principes :

- Les personnes de confession musulmanes sont jugées exclusivement par des


magistrats musulmans : les cadis
- Les litiges opposant des plaideurs non musulmans mais de même religion, sont
tranchés par des magistrats ayant la même confession que les plaideurs, ils appliquent
leurs propres lois.

Cependant, ce principe libéral n’est pas absolu. Il est écarté dans deux hypothèses ;

- D’abord, lorsqu’il s’agit d’une affaire pénale, c’est la loi musulmane qui
s’applique,
- Les plaideurs non musulmans peuvent renoncer à leur propre juge et soumettre
l’affaire au juge musulman.
- Les plaideurs non musulmans de religions différentes doivent nécessairement
s’adresser au juge musulman.
- Il est fait obligation au cadi, chaque fois qu’il est saisi de se conformer à la loi
musulman en rendant son jugement.

Par conséquent, du VIII au XVI s, le Maroc organisait essentiellement deux régimes


de droit privé.

- L’un concernant les musulmans qui relevaient de la justice du chraa


- et l’autre propre aux membres de la communauté juive qui relevait de la justice
rabbinique

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- A ces deux systèmes devait s’ajoutait à partir XVII s un nouveau régime relatif
aux étrangers vivant au Maroc il s’agit de régime de capitulation
 le régime de capitulations et les tribunaux consulaires

Le Maroc à cette époque vivait dans une effroyable anarchie, ce qui a joué en faveur de
l’impérialisme européen, c’est ainsi que vers le milieu du 19é s les grandes puissances
s’efforcèrent de faire prévaloir jusque dans l’intérieur du pays leur influence économique et
politique et elles imposaient le système de protection qui trouvait son fondement dans le traité
du 28 mai 1767 conclu entre louis XV et Mly Mohammed.

Les Etats capitalistes d’Europe concluent, jusqu’au début du XIXe des conventions’’ de paix
et d’amitié’’ avec le Maroc. Ces conventions prévoyaient la clause de la nation la plus
favorisée qui permettait à toutes les puissances de bénéficier des dispositions des accords
anglo marocain du 9 décembre 1856, qui introduisaient une innovation à savoir étendre la
compétence des consuls aux litiges qui pourraient surgir entre les sujets du Roi d’Angleterre
et ceux du sultan, chaque fois donc qu’un étranger était en cause. Le but principal de ces
traités était de soustraire les étrangers aux juridictions musulmanes et de les soumettre aux
juridictions consulaires.

En plus, le consul appliquera, même en l’absence d’une disposition formelle, sa propre loi
nationale.

Ces privilèges seront renforcés par des privilèges fiscaux qui dispensaient les européens du
paiement des impôts.

Tous ces privilèges ont été étendus aux employés marocains de consulats, aux courtiers des
maisons de commerce, et aux associés agricoles (les protégés).

L’institution du protectorat mettra sans doute fin à l’existence de la plupart des tribunaux
consulaires, mais les pluralismes législatif et juridictionnel ne disparaitront pas pour autant. 

 le droit marocain sous le régime de protectorat


Il était impossible pour le colonisateur français de faire table rase de toute une organisation
judiciaire, ancrée dans la culture marocaine depuis des siècles, c’est pourquoi cette réforme
introduite en matière judiciaire, s’est faite avec tous les ménagements qu’exigent les mœurs et
les habitudes marocaines.

Cette greffe française s’est portée d’abord sur :

 Le domaine de l’organisation judiciaire,


 et le domaine législatif.

Paragraphe1 : les réformes de l’organisation judiciaire


Ces réformes consistent à :

 mettre fin à la justice consulaire,

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 réorganiser les juridictions chérifiennes ;
 et instituer de nouvelles juridictions : les tribunaux modernes.

Pour les juridictions consulaires n’avaient plus de raison d’être, puisque les nations protectrice
avaient décidé d’installer, dans leurs zones respectives des organismes judiciaires inspirés de
leurs propres législations.

Les autorités du protectorat ont été à l’origine d’une production législative intense. Pièce
maitresse de l’édifice, les grands codes du 12 aout 1913-les dahirs organiques-embrassaient
les principales matières juridiques :

- Dahir formant code des obligations et contrats ;


- Dahir formant code de commerce ;
- Dahir sur la procédure civile ;
- Dahir sur la procédure criminelle ;
- Dahir sur l’immatriculation des immeubles ;
- Dahir sur la condition civile des français et des étrangers.

Les mêmes réformes seront réalisées dans les mêmes domaines, en 1914, dans l’ex zone
espagnole et en 1924, à Tanger. Sans doute tous ces codes avaient été influencés par les
législations françaises et espagnoles, mais leurs auteurs avaient puisés à d’autres sources à
savoir le droit musulman.

 L’indépendance et l’ère des réformes.


La proclamation de l’indépendance, et l’unification politique et administrative du pays ont
impliqué un processus d’unification sur le plan judiciaire, dans la mesure où il a été décidé de
mettre fin à la diversité du droit selon les parties du territoire et réaliser l’unification des
tribunaux et des codes.

 Rénovation de la justice marocaine en 1957-1967


Deux innovations importantes ont marqué pendant cette période le système judiciaire
marocain à savoir : la création de la cour suprême et l’élaboration de la loi d’unification de la
justice.

- Les réformes de l’organisation judiciaire

1- Création de la cour suprême

La création de la cour suprême par le dahir du 27 septembre 1957 a mis fin à


l’ingérence étrangère dans l’exercice de la justice marocaine. Désormais, c’est cette
haute juridiction qui sera appelée à connaitre des pourvois dirigés contre toutes les
décisions de justice rendues au Maroc.
Pour ce qui est de la cour d’appel de Rabat, comme les autres juridictions d’appel qui vont
se développer assez rapidement dans toutes les régions du pays, vont être appelées à
apprécier les jugements rendus aussi bien pour les tribunaux modernes que par les

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tribunaux de droit commun.

2- La réforme des juridictions inférieures

Dans la zone nord et celle de Tanger, les tribunaux modernes et la juridiction internationale
disparaissent au profit des tribunaux de droit commun qui ont été réorganisé par un dahir de
1954.
Pour les juridictions religieuses, les tribunaux rabbiniques gardaient les attributions qui leur
étaient reconnues en 1918. Cependant, la compétence du tribunal du chraâ limitée au statut
personnel des marocains musulmans, fut élargie à tous les musulmans même étrangers.

Pendant cette période, le législateur a réalisé l’unification de la législation pénale, en adoptant


deux codes :
-un code de procédure pénale, approuvé par le dahir du 10 février 1959
-et un code pénal, approuvé par le dahir du 26 novembre 1962.

3- La loi d’unification du 26 janvier 1965

Cette nouvelle loi a prévu trois objectifs :


- L’unification ;
- La marocanisation :
- Et l’arabisation des juridictions marocaines.

Cette innovation consiste à ce que nul ne peut exercer la fonction de magistrat s’il ne
possède pas la nationalité marocaine, et aussi seule la langue arabe est admise devant les
tribunaux marocains, tant pour les débats et les plaidoiries que pour la rédaction des
jugements.
Pour l’unification, le législateur a agi dans trois directions :
- Certaines juridictions sont supprimées, il s’agit d’bord des tribunaux modernes,
ensuite des tribunaux du chraa qui comprenaient le tribunal du cadi et la chambre
régionale d’appel, et enfin des tribunaux rabbiniques.
- Les juridictions unifiées, la nouvelle organisation judiciaire comprend, en plus
de la Cour Suprême et des Cours d’appel, uniquement les anciens tribunaux de
droit commun à savoir les tribunaux du sadad et les tribunaux régionaux.
- Les matières qui relevaient de la compétence des juridictions supprimées ont été
attribuées aux tribunaux unifiés.

4- Les réformes intervenues en 1974-1993

- Les réformes introduites en 1974

La justice au Maroc a connu une évolution sensible durant les premières décennies de
l’indépendance, et c’est le dahir du 15 juillet 1974 fixant l’organisation judiciaire du royaume
et les textes d’application et la promulgation d’un nouveau code de procédure civile par le
dahir portant loi du 28 septembre 1974 qui ont été à la base d’une réorganisation judiciaire.
Ce réaménagement judiciaire qui avait pour but d’améliorer le rendement de la justice, et
aussi approcher la justice des justiciables, consistait en la création des juridictions
communales et d’arrondissement compétentes en matières civile et pénale pour traiter des
petites affaires. Ces juridictions ont compensé la disparition des tribunaux de sadad.

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- Les réformes introduites en 1993.

Les réformes introduites en1993 s’inscrivent dans le cadre de la promotion de l’état de droit,
l’institution de nouvelles garanties reconnus aux justiciables, et la protection des droits de
l’homme.
Ces réformes portent sur :
- L’organisation judiciaire, les innovations les plus importantes résident dans la
généralisation quasi-totale de la collégialité, au niveau des tribunaux de première
instance qui siègent désormais avec trois magistrats. Cependant, le législateur a
confié le jugement des affaires mineures à un juge unique.
- La procédure civile, le dahir du 10 septembre 1993 a modifié et complété
certaines dispositions du code de procédure civile pour résoudre des questions de
terminologie, ainsi la généralisation de la collégialité se traduit par la substitution
du terme ‘’tribunal’’ à celui du ‘’juge’’.
Sur le plan du fond, la loi du 10 septembre 1993 a introduit de nombreuses
innovations, il s’agit d’abord de la procédure écrite devenue la règle devant les
tribunaux de première instance, l’oralité n’a été maintenue que dans des affaires
mineures que ces tribunaux connaissent en premier et dernier ressort exp : affaire
de pension alimentaire, de révision de loyer etc. Ensuite, certaines prérogatives du
juge unique ont été ont été attribuées au président du tribunal.

Chapitre I : Le système judiciaire marocain.

Dans ce chapitre nous portons l’éclairage d’abord sur l’organisation judiciaire, ensuite nous
nous attacherons au déroulement du procès, et enfin nous examinerons en quoi consiste la
procédure.

Section 1 : l’organisation judiciaire

L’organisation judiciaire désigne l’ensemble des tribunaux et des cours du royaume. Le terme
tribunal est réservé à des juridictions inférieures telle que le tribunal de première instance, par
contre le terme cour s’applique uniquement aux juridictions supérieures, aux cours d’appel et
à la Cour Suprême.
Le terme juridiction est plus large, il désigne aussi bien un tribunal, une cour d’appel ou
même la cour de cassation. Aux termes de l’article 1du dahir du 15 juillet 1974 tel qu’il a été
modifié et complété par le dahir du 17 octobre 2011, l’organisation judiciaire comprend les
juridictions de droit commun suivantes :
- Les tribunaux de première instance ;
- Les tribunaux administratifs ;
- Les tribunaux de commerce ;
- Les cours d’appel ;
- Les cours d’appel administratives ;
- Les cours d’appel de commerce ;
- La cour de cassation.
Par ailleurs, il convient de souligner qu’il existe d’autres juridictions qui obéissent à un statut
juridique spécial ne relevant pas de l’organisation judiciaire proprement dite. Il s’agit des
juridictions spécialisées ayant compétence en matière de contrôle supérieur comptable à
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savoir la cour des comptes et les cours régionales des comptes. En outre, il existe au Maroc ce
qu’on appelle les juridictions d’exception dont les plus contestables ont été supprimées, le
service des tribunaux d’exception qui fonctionne toujours concerne les juridictions militaires.

Paragraphe 1 : les juridictions de droit commun, dotées d’une compétence générale

Depuis la réforme de 1993, seules les juridictions communales et d’arrondissement, et


exceptionnellement les tribunaux de première instance, restent des juridictions à juge unique.
En revanche, les autres juridictions de droit commun obéissent à la technique de la
collégialité, les décisions qu’elles rendent nécessitent le concours le concours de plusieurs
juges :

- Trois magistrats au niveau du tribunal de première instance ;


- Trois magistrats dans le cadre de la cour d’appel ;
- Cinq magistrats au niveau de la cour de cassation.

A- Les tribunaux de première instance

 Organisation du tribunal de première instance

Un tribunal de première instance comprend trois grandes catégories que l’on retrouve
dans toutes les juridictions.
- Les magistrats du siège, qui ont pour mission de juger, il s’agit du président, un
certain nombre de juges et des juges suppléants ;
- Les magistrats du ministère public ou du parquet, qui représente, auprès du
tribunal, le pouvoir exécutif et la société toute entière, en assurant la défense de
l’intérêt général. Il s’agit du procureur du roi et de ses adjoints ou les substituts ;
- Le personnel administratif, constitués par les greffiers, et les membres du
secrétariat du parquet.
Un tribunal de première instance peut être divisé en sections, suivant la nature des affaires qui
lui sont soumises. Il s’agit :
- Des sections des affaires de la famille ;
- et des sections de la justice de proximité qui ont remplacé les juridictions
communales et d’arrondissement.
Le législateur a prévu que le tribunal de première instance peut être divisé en chambres :
Civile, commerciale, immobilière, sociale et pénale.
En outre, les tribunaux de première instance peuvent être classés, selon la nature des affaires
qu’ils connaissent en :
- tribunaux civils de 1ére instance ;
- tribunaux sociaux de 1ére instance ;
- tribunaux pénaux de 1ére instance.

 Compétence du tribunal de première instance

Elle est déterminée par la loi n°34-10 du 17 aout 2011. Le tribunal de première instance est
doté d’une compétence générale, selon la nature et l’importance des litiges, il siège à juge
unique ou avec une formation collégiale.
Sous certaines réserves et les compétences réservées au président, les tribunaux de première
instance siège à juge unique.

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Il convient également de relever que les attributions de deux sections du tribunal de première
instance sont fixées avec précision :
 Section des affaires de la famille ; statut personnel, succession, état civil, affaires
d’homologation et des mineurs, kafala, protection de la famille ;
 Justice de proximité : actions personnelle et mobilières n’excédant pas 5000
dirhams, les contraventions visées par les textes relatifs à la justice de proximité.
Ces nouvelles attributions, mise à part la compétence du tribunal de 1ére instance tient compte
de la valeur du litige.
- Si la valeur des demandes est inférieur à 20000 dirhams, le tribunal de premiére
instance statut en premier ressort, à charge d’appel devant les chambres des appels
des tribunaux de 1ére instance ;
- Si la valeur du litige est supérieure à 20000 dh ou si cette valeur est indéterminée,
le tribunal statue en 1er ressort à charge d’appel devant les cours d’appel.
B- Les Cours d’Appel

 Organisation de la Cour d’Appel

La cour d’appel est marquée par une grande spécialisation à la fois des magistrats
( magistrats chargés de l’instruction, magistrats des mineurs) et des chambres qui la
composent (chambre d’appel de statut personnel et successoral, chambre criminelle,
chambre correctionnelle)
La composition d’une cour d’appel regroupe les trois éléments que l’on retrouve dans les
autres juridictions :
- Les magistrats de siège : le premier président et les conseillers.
- Le ministère public est représenté par le procureur général du Roi et des substituts
généraux ;
- La C.A comprend également un greffe et un secrétariat du parquet général.

 Compétence de la Cour d’Appel

Au terme de l’article 24 du code de procédure civile les cours d’appel connaissent des
appels des jugements des tribunaux de première instance ainsi que des appels des
ordonnances rendues par leurs présidents.
Le législateur de 1974 a reconnu à la juridiction d’appel des attributions nouvelles, la
chambre criminelle est habilitée à juger, en première instance, les infractions les plus
graves comme les crimes et dont le nombre des magistrats a été porté à 5.

C- La Cour de Cassation

La cour de cassation est la plus haute juridiction marocaine, dont la création remonte au dahir
du 27 septembre 1957. Son organisation et sa compétence sont déterminées par le dahir du 15
juillet 1974 tel qu’il a été modifié et complété, le code de procédure civile, ainsi que certaines
dispositions du code de procédure pénale, et du code de justice militaire, un dahir du 25
octobre 2011 vient de consacrer la nouvelle dénomination : Cour de Cassation.

 Organisation

-Les magistrats du siège ; le premier président, des présidents de chambres et des conseillers ;
-le ministère public est représenté par le procureur général du Roi, qui est assisté par des
avocats généraux ;

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-un greffe et un secrétariat du parquet général.
La C.C comprend six chambres, civile, commerciale, de statut personnel, sociale,
administrative et pénale. Chacune de ces chambres peut être divisée en section, seulement le
législateur précise que toute chambre peut valablement instruire et juger quelle qu’en soit la
nature, les affaires soumises à la C.C.

 Compétence de la C.C
Les attributions de la cour de cassation sont nombreuses, il s’agit des attributions suivantes :

-les recours formés contre les actes et les décisions par lesquels les juges excédent leurs
pouvoirs ;
-les règlements de juges entre juridictions n’ayant au-dessus d’elles aucune juridiction
supérieure commune autre que la cour de cassation,
-les prises à partie contre les magistrats et les juridictions à l’exception de la cour de cassation
-les instances en suspicion légitime ;
-les recours en annulation pour excès de pouvoir formés contre les décisions de certaines
autorités administratives, c’est ainsi que la C.C statue en premier et dernier ressort contre les
actes réglementaires ou individuels du premier ministre, et les décisions des autorités
administratives dont le champ d’application, s’étend au-delà du ressort territorial d’un tribunal
administratif.
-les pourvois en cassation formés contre les décisions rendues en dernier ressort par toutes les
juridictions du royaume.
la C.C est chargée de contrôler la régularité de toutes les sentences rendues au Maroc .son rôle
se limite en principe à l’examen des questions de droit, vérifier si les tribunaux et les cours
d’appels ont bien appliqué la règle de droit.

Paragraphe 2 : les juridictions de droit commun spécialisée

Il s’agit des juridictions administratives et des juridictions de commerce.

A- les juridictions administratives


Les juridictions administratives ont été créées par la loi 41/90. Ces nouveaux tribunaux restent
sous le contrôle de la Cour Suprême jusqu’en 2006, et c’est la chambre administrative de la
C.S qui jouait le rôle de juridiction d’appel pour les jugements rendus par les tribunaux
administratifs du royaume. Cet édifice sera complété par l’institution des cours d’appels
administratives en 2006.

a- Organisation des tribunaux administratifs


Le retour au système de la collégialité et l’institution d’un ministère public indépendant par
rapport au pouvoir exécutif constituent les deux principales réformes consacrées par la loi 41-
90.
 Le système de la collégialité
Au terme de l’article 2 de la loi 41-90, un tribunal administratif comprend :
-un président et plusieurs magistrats ;
-un ou deux commissaires royaux de la loi et du droit.

 Le commissaire Royal de la loi et du droit


C’est une innovation introduite par la loi du 3 novembre 1993, en vertu de l’article, alinéa 3 ,
le président du tribunal désigne parmi les magistrats de ce tribunal, sur proposition de

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l’assemblée générale et pour une période de deux ans, un ou deux commissaires Royaux de la
loi et du droit.

Pour assurer l’indépendance du commissaire Royal de la loi et du droit, l’article 5 dispose :


‘’le commissaire Royal de la loi et du droit expose, à la formation de jugement , et en toute
indépendance ses conclusions écrites et orales sur les circonstances de fait et les règles de
droit applicables.’’

b- Compétence du tribunal administratif


Au terme de l’article 8 de la loi 41-90, les tribunaux administratifs sont habilités à juger :
-les recours en annulation pour excès de pouvoir formés contre les décisions des autorités
administratives ;
-les actions en réparation des dommages causés par les actes ou les activités des personnes
publiques à l’exclusion des dommages causés par un véhicule appartenant à une personne
publique ;
-le contentieux des pensions des agents civils et militaires ;
-le contentieux électoral ;
-le contentieux fiscal ;
-le contentieux de l’expropriation pour utilité publique ;
-l’appréciation de la légalité des actes administratifs.
Il faut toutefois rappeler que le législateur a réservé à la Cour de Cassation certaines matières
dans le domaine administratif, elle est compétente pour statuer en premier et dernier ressort
sur :
-les recours en annulation pour excès de pouvoir dirigés contre les actes réglementaires ou
individuels du premier ministre ;
-les recours contre les décisions des autorités administratives dont le champ d’application
s’étend au-delà du ressort territorial d’un tribunal administratif.

c- Les Cours d’Appel administratif


 Organisation
On retrouve les mêmes principes  à savoir la collégialité et l’indépendance du ministère
public.
 Compétence
Les cours d’appel administratives sont compétentes pour connaitre en appel des jugements
rendus par les tribunaux administratifs et des ordonnances de leurs présidents.

B- Les juridictions de commerce


Les juridictions de commerce ont été créés par la loi n°53-95. Désormais, l’organisation
judiciaire du royaume comprend trois ordres de juridictions : l’ordre judiciaire, l’ordre
administratif, l’ordre commercial.

a- Organisation des tribunaux de commerce


Les tribunaux de commerce comprennent :
-un président ;
-des suppléants ;
-des juges ;
- un ministère public composé d’un procureur du Roi et d’un ou plusieurs substituts ;
-un greffe et secrétariat du parquet.

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Ces tribunaux peuvent etre divisés en chambres selon la nature des affaires qui leur sont
soumises. Toutefois chaque chambre reste habilitée à connaitre de tout litige du ressort de ces
tribunaux.
Le président du tribunal de commerce est juge des référés. De ce fait, il est habilité à prendre
des mesures conservatoires, ordonner la remise en état, prévenir un dommage imminent ou
faire cesser un trouble manifestement illicite.

b- Compétence des tribunaux de commerce

Les tribunaux de commerce sont compétents pour connaitre des :


- actions relatives aux contrats commerciaux,
- actions entre commerçants à l’occasion de leurs activités commerciales ;
- actions relatives aux effets de commerce ;
-différends entre associés d’une société commerciale ;
-différends à raison du fonds de commerce.

Pour ce qui est de la procédure devant les tribunaux de commerce , elle est écrite et diligentée
par un avocat.

c- Les cours d’appel de commerce

Les cours d’appel de commerce comprennent :


-un premier président, des présidents de chambres et des conseillers ;
-un parquet général composé d’un procureur général du Roi et des substituts généraux ;
-un greffe et un secrétariat du parquet général.
Les cours d’appel de commerce connaissent des appels interjetés contre les décisions rendues
en premier ressort seulement par les tribunaux de commerce. Cette voie de recours est assortie
d’un délai franc de 15 jours à compter de la date de notification de la décision.

Paragraphe3 : les autres juridictions du Royaume

Il s’agit de la Cour et des cours régionales des comptes et les juridictions d’exception.

A- La Cour des Comptes et les Cours régionales des comptes

La cour des comptes est régie par les articles 147 à 157 de la constitution de 2011.C’est une
juridiction comptable supérieure, elle est chargée des missions suivantes :
- Protection des principes et valeurs de bonne gouvernance, de transparence et de
reddition des comptes de l’Etat et des organismes publics.
- Assurer le contrôle supérieur de l’exécution des lois de finances ;
- S’assurer de la régularité des opérations de recettes et de dépenses des organismes
soumis à son contrôle en vertu de la loi et en apprécier la gestion ;
- Assister le parlement et le gouvernement dans les domaines relevant de sa
compétence en vertu de la loi ;
- Rendre compte au Roi de l’ensemble de ses activités ;
- Apporter assistance aux instances judiciaires.
Quant aux cours régionales des comptes, elles sont chargées d’assurer le contrôle des comptes
et de la gestion des collectivités locales et de leurs groupements.

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B- Les juridictions d’exception
A la différence des tribunaux de droit commun, les juridictions d’exception ne sont
compétentes que pour statuer sur les procès dont la connaissance leur a été attribuée par un
texte de loi spéciale.
Les tribunaux d’exception n’ont jamais connu au Maroc une grande expansion, même la
juridiction la plus contestable à savoir la cour spéciale de justice a été abrogée en 2004.
Bien mieux, la constitution de 2011 a introduit d’importantes réformes, selon les dispositions
de l’article 94 de la constitution les membres du gouvernement sont pénalement responsables
devant les juridictions de droit commun, pour les crimes et délits commis dans l’exercice de
leurs fonctions.
Les seules juridictions d’exception maintenues au Maroc, ce sont les juridictions militaires.
Les juridictions militaires qui fonctionnent sont de deux sortes :
-le tribunal permanent de forces armées royales (F.A.R)
- les tribunaux militaires en temps de guerre.

a- Le tribunal militaire permanent :


Le tribunal militaire permanent est composé de juges militaires, choisis en fonction du grade
de l’accusé et selon la gravité de l’infraction commise, la présidence est confiée à un juge
civil.
La compétence du tribunal militaire est assez large :
-il doit juger toutes les infractions commises par des militaires et les cadres de l’armée qu’il
s’agit d’infractions spécifiques ou de droit commun ;
-sa compétence peut s’étendre aux civils qui ont commis un crime au préjudice des membres
des F.A.R, ou une infraction contre la sureté extérieure de l’Etat.

b- Les tribunaux militaires en temps de guerre


A la différence du tribunal militaire permanent qui est une juridiction unique, les tribunaux
militaires en temps de guerre sont multiples, un tribunal par division des F.A.R.
Leurs composition est la même que celle du tribunal militaire permanent, seulement la
présidence aux niveaux de ces tribunaux est assurée par un officier de l’armée et non pas par
un juge civil.

Section II : les corps judiciaires

Nous examinerons d’abord en quoi consiste la profession de magistrat, ensuite nous


traiterons les autres professions tel que les greffiers, les huissiers de justice et même les
avocats.

Paragraphe 1 : les magistrats

Le statut de magistrature est régi par le dahir du 11 novembre 1974, ce texte de base a
été modifié par le dahir du 8 novembre 1979, le dahir du 25 décembre 1980 et la loi
n°19-83.

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A- le recrutement des magistrats

Selon les dispositions du dahir du 11 novembre 1974, l’accès au corps de la magistrature se


réalise par voie de concours ouvert aux titulaires du diplôme de Alimya , de la licence en
droit, de la licence Ech-Charia de l’université Quaraouyne ou d’un diplôme équivalent.
Les lauréats sont nommés attachés de justice, par arrêté du ministre de la justice et effectuant
en cette qualité, un stage de deux années.
Les attachés de justice qui ont subi avec succès l’examen de fin de stage peuvent être nommés
par dahir, sur proposition du conseil supérieur de la magistrature, au premier échelon du
troisième grade.
La constitution de 2011 a renforcé davantage l’indépendance de la justice. Son article 113
dispose ;’’ le conseil supérieur du pouvoir judiciaire veille à l’application des garanties
accordées aux magistrats, notamment quand à leur indépendance, leur nomination, leur
avancement, leur mise à la retraite et leur discipline.’’

B- les deux grandes catégories de magistrats

Bien qu’ils appartiennent à un corps unique, soumis aux mêmes conditions de recrutement et
aux mêmes obligations, les magistrats du siège et les magistrats du ministère public exercent
des fonctions différentes.

Les magistrats du siège

Ce sont ceux qui jugent, tranchent les procès qui leur sont soumis.
Pour garantir leur indépendance, la constitution les protège par une règle fondamentale : ils
sont inamovibles. Cela veut dire qu’ils ne peuvent être destitués, suspendus ou déplacés que
dans les conditions prévues par la loi.

Les magistrats du ministère public

Cette institution, qui est inconnue des pays anglo-saxons, remonte à l’ancien droit français. A
l’opposé des magistrats de siège, les magistrats du ministère public ne jugent pas, ils sont les
représentants du pouvoir public auprès des différentes juridictions du royaume. C’est pour
cela qu’ils ne bénéficient pas de de la règle de l’inamovibilité. Ils constituent un corps
hiérarchisé dont chaque membre est subordonné à son supérieur selon l’article 56 du statut de
la magistrature ;’’ les magistrats du parquet sont placés sous l’autorité du ministre de la justice
ainsi que sous le contrôle et la direction de leurs supérieurs hiérarchiques’’.

Paragraphe2 : les auxiliaires de la justice

Il s’agit des auxiliaires directs de la justice à savoir les greffiers et les huissiers
de justice, et des auxiliaires indirects comme les avocats et les adouls.

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A- Les auxiliaires directs

Les greffiers
Tout en relevant de la fonction publique, ils sont également régit par le décret du 14
septembre 2011.placé sous l’autorité du ministre de la justice, le corps des greffiers est chargé
essentiellement d’aider les magistrats à accomplir leur mission.

Les huissiers de la justice


Les huissiers de justice sont régis par la loi n°81.03, promulguée par le dahir du
14 février 2006. Les principales attributions des huissiers consistent :
-à procéder à toutes les notifications nécessaires à l’instruction des procédures ;
-à dresser tous les actes requis pour l’exécution des ordonnances, jugements, et
arrêts, lorsque le mode de notification n’a pas été précisé,
-les huissiers peuvent être chargés de remettre les convocations en justice,
délivrer les citations à comparaitre.

B- Les auxiliares indirects

Avocats
L’organisation des barreaux et l’exercice de la profession d’avocat ont fait
l’objet d’un certain nombre de réformes, la dernière réforme est intervenue par
un dahir du 20 octobre 2008.
Les conditions d’accès à la profession d’avocat :
-être de nationalité marocaine, sous réserve des dérogations prévues par les
Conventions internationales ;
- être âgé de 21 ans et de moins de 45 ans, jouir de ses droits civiques et civils ;
-être titulaire d’une licence en sciences juridiques ;
-n’avoir pas été condamné pour des faits contraires à l’honneur et aux bonnes
mœurs.
-être en mesure d’exercer pleinement la profession.

La principale attribution de l’avocat, consiste à plaider, assister, défendre et


représenter les parties en justice, il a le monopole de la défense.
L’avocat peut également donner des conseils et des consultations juridiques, rédigé des actes
sous seing privé, réaliser des arbitrages ou des médiations.

Les notaires
Cette profession est réglementée par le dahir du 22 novembre 2011.
L’article 35 résume les principales attributions du notaire : « il reçoit les actes auxquels la loi
impose le caractère d’authenticité attachés aux actes de l’autorité publique ou auxquels les
parties veulent donner ce caractére.il constate la date des actes et assure la conservation des
minute et en délivre exemplaires et copies ».

Les Adouls
La profession des adouls est régie par le dahir du 14 février 2006, il s’agit d’une profession
libérale, mais dont les membres sont nommés par voie réglementaires, par arrêté du ministre
de la justice.

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La principale fonction des adouls consiste à recevoir les déclarations et les témoignages.
Leurs attributions s’étendent aux différents actes relatifs au statut personnel, familial et
successoral et aux transactions sur les immeubles non-immatriculés.

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