Vous êtes sur la page 1sur 7

La notion d'arbitrage, nécessite d'une part une définition, et d'autre part, une

classification.
I- Définition
L’arbitrage est un mode juridictionnel et non étatique1 de règlement des litiges.
L’arbitre est un juge privé qui n’est pas investi du pouvoir de juger par un Etat,
mais par la volonté des parties. Il y a donc une originalité irréductible de
l’arbitrage.
On entend par arbitrage l'institution d'une justice privée grâce à laquelle les
litiges sont
soustraits aux juridictions de droit commun, pour être résolus par des individus
revêtus, pour
la circonstance, de la mission de les juger.
La recherche d'une définition juridique plus précise a depuis longtemps été
entreprise par les auteurs. Citons à titre d'exemple :
Jean Robert : « l'arbitrage est l'institution d'une justice privée grâce à laquelle
les litiges sont soustraits aux juridictions de droit commun, pour être résolus
par des individus revêtus, pour la circonstance, de la mission de les juger ».
Conformément à une définition classique d'Henri Motulsky : « L'arbitrage est le
jugement d'une contestation par des particuliers choisis, en principe, par
d'autres particuliers au moyen d'une convention »17(*).
M.C.Jarosson dans sa thèse de doctorat : « l'arbitrage est une institution par
laquelle un tiers règle le différend qui oppose deux ou plusieurs parties, en
exerçant la mission juridictionnelle qui lui a été confié par celles-ci ».
Une définition contemporaine donnée par Xavier Linant De Bellefonds et Alain
Hollande : « l'arbitrage est un mode alternatif de règlement des litiges
consistant à recourir à une ou plusieurs personnes privées choisies par les
parties, les arbitres, pour obtenir une décision impérative. La décision rendue
dans ces conditions est appelée sentence arbitrale ».
Pour Yves GUYON : « L'arbitrage consiste à faire trancher un litige, par de
simples particuliers, dont la sentence a néanmoins la même autorité qu'un
jugement rendu en première instance par une juridiction étatique ».

1 Charles JARROSSON, ARBITRAGE ET JURIDICTION, l’arbitre n’est pas une juridiction étatique
page112 113 Revue française de théorie juridique n°9 1989.
Historique
L’existence d’une histoire propre tend à singulariser le mode arbitral au sein
des modes de règlement des différends. L’institution d’arbitrage est apparue
en Grèce classique et est directement citée par Aristote dans sa Rhétorique :
« L’arbitre vise à l’équité, le juge à la loi ; l’arbitrage a été inventé pour que
l’équité soit appliquée ». Dans la période préislamique, l’organisation de la
société nécessitait le recours à l’arbitrage de « sages ». Le Coran, fait référence
à l’arbitrage dans le verset 57 de la Sourate des femmes. Au Moyen Age,
l’institution permettait d’échapper aux multiples justices seigneuriales. En droit
canonique, la mise en œuvre des procédures judiciaires ne doit intervenir que
lorsque tous les autres moyens d’obtenir son droit ont échoué.
Actuellement, Il est admis que l’arbitrage fait partie intégrante de la culture
marocaine. Toutefois, la réglementation juridique ne s’est opérée qu’en 1913,
avant qu’une modification portant sur la désignation des arbitres à l’avance
dans la clause compromissoire n’intervienne en 1928.
En effet, au titre du Dahir du 12 Août 1913 sur la procédure civile, les membres
de la commission de l’organisation judiciaire du protectorat français du Maroc
« avaient cherché à établir l’équivalent d’une loi de procédure internationale
propre à s’adapter aux litiges concernant les lois nationales les plus diverses » ;
c’est ce qui ressort en effet de la plume de Pichon et Ratier dans le rapport
présenté au président de la République française à ce sujet2. La procédure
d’arbitrage avait été organisée par les articles 527 à 543 du Dahir précité sur le
chapitre XV intitulé « Des arbitrages ».
Un Dahir Interprétatif a ensuite été adopté en 1954 avant que le législateur ne
remplace l’ensemble de ces textes par le Dahir du 28 Septembre 1974 qui a
promulgué un nouveau Code de Procédure Civile, les règles gouvernant
l’arbitrage édictées par ce dernier sont restées en vigueur jusqu’au 6 décembre
2007, le Dahir du 10 Septembre 1993 n’y ayant apporté aucun changement.
Mais il paraît opportun de relever que le Dahir de 1993 de même que les autres
Dahirs l’ayant précédé n’ont pas donné de définition légale à l’arbitrage et ceci
dans le but probable d’éviter une trop grande rigidité dans l’appréhension de
ce concept le confinant dans un cadre restreint qui aurait inéluctablement
freiné son essor le législateur a de fait laisser la doctrine le soin de procéder à
cette définition.

2 A. Kettani l’arbitrage et les réalités marocaines, in Cahiers de la cour Suprême 2005 p.65
D’aucuns estiment, à ce propos, que l’arbitrage est l’institution d’une justice
privée grâce à laquelle les litiges sont soustraits aux juridictions de droit
commun pour être résolus par des individus revêtus pour la circonstance de la
mission du juge3. Une autre définition a également a été proposée par un
éminent auteur « l’arbitrage est une institution par laquelle un tiers règle un
différend qui oppose deux ou plusieurs parties, en exerçant la mission
juridictionnelle qui lui a été confiée par celles-ci4 ».
Si ces définitions se rapprochent sensiblement, d’autres auteurs adoptent une
conception particulière de la nature même de l’arbitrage, qu’ils définissent
comme étant « une technique visant à faire donner la solution d’une question,
intéressant les rapports entre deux ou plusieurs personnes par une ou plusieurs
personnes, l’arbitre ou les arbitres lesquels tiennent leurs pouvoirs d’une
convention privée et statuent sur la base de cette convention sans être investis
par l’Etat »5.
Les termes de « techniques » et non plus « institution », de même que la
référence à la « solution d’une question », sont autant de signes traduisant la
volonté de définir très largement l’arbitrage.
Cette Institution repose donc sur ses arbitres qui font, en somme, office de
juges privés. Ils sont habilités, dès consentement des parties, de dire le droit,
mais ne disposent pas de pouvoirs coercitifs pouvant contraindre l’une
quelconque des parties à « exécuter la sentence arbitrale ».
En revanche, cette réglementation à caractère interne et insuffisante, n’a pas
empêché le Maroc de connaître une pratique arbitrale. Les magistrats ont
rendu des décisions assez courageuses, témoignant ainsi de leur adhésion à
une tendance en faveur de l’arbitrage international.
A partir des années quatre-vingt-dix, l’ouverture à l’économie mondiale s’est
accompagnée de changements structurels et légaux. En effet, le droit des
affaires a connu des réformes d’ampleur permettant de disposer d’une
économie et de finances stables et d’assurer, en même temps, la sécurité
juridique. Ces réformes du droit économique sont allées de pair avec une
réorganisation de la justice visant une plus grande crédibilité et efficacité du
système judiciaire. Ainsi, la promulgation de la loi 08-05 abrogeant et

3 J. Robert l’arbitrage, droit international privé, Dallos, édition 1983 p.3.


4 Ch Jarrosson, la notion d’arbitrage, Parisn LGDJ, 1987, p.372.
5 R. David, l’arbitrage dans le commerce international, économica, 1982, p. 9.
remplaçant le chapitre VIII du Titre V du CPCM de 1974 est venue couronner
cette série de réformes destinées à accompagner l’ouverture de l’économie
nationale et à assurer son adaptation aux normes et standards internationaux.
L’arbitrage apporte au règlement des différends la rapidité, la garantie et la
justice. En effet, l’arbitrage était limité aux pays développés ou industrialisés
pour répondre aux exigences de la mondialisation et de l’économique libérale.
Ainsi, la force de l’arbitrage se situe dans ses fins et dans ses moyens :
• Dans ses fins, l’arbitrage est une justice adaptée.
• Dans ses moyens, le fondement contractuel de l’arbitrage offre à l’arbitre
une grande liberté, une grande autonomie, aussi bien vis-à-vis du juge
que vis-à-vis du droit :
o Vis-à-vis du juge, il est à présent admis que l’arbitre n’a pas de for
et qu’il peut statuer lui-même sur sa propre compétence.
o Vis-à-vis du droit, l’arbitre n’est pas obligé d’appliquer une loi
étatique et peut se référer à des règles transnationales ou statuer
en équité.

II- classification de l'arbitrage


Le droit marocain distingue entre : l'arbitrage interne et l'arbitrage
international (Paragraphe I). Le code de procédure civile porte la marque de
cette distinction. En effet l'organisation de ce mode de règlement des litiges
diffère selon que les parties intéressées s'adressent à une institution
permanente spécialisée au niveau national, régional ou international, ou en
dehors de toute institution d'arbitrage (Paragraphe II).

1- Arbitrage interne et arbitrage international


Le critère qui parait le mieux approprié, pour distinguer l'arbitrage interne (A)
d'un arbitrage international (B), est celui de l'application du droit processuel.

A- L'arbitrage interne
Quand le litige met en cause des intérêts purement marocains, sa solution
dépend de l'ordre juridique marocain. L'arbitrage entre en concurrence directe
avec la justice étatique. La possibilité d'y recourir, les règles qui le gouvernent,
les effets de la sentence arbitrale et les règles applicables au fond du litige
relèvent de la loi marocaine. Si l'Etat tolère l'arbitrage, il l'encadre étroitement.

B- L'arbitrage international
L’arbitrage est un mode juridictionnel et non étatique6 de règlement des litiges
du commerce international. L’arbitre est un juge privé qui n’est pas investi du
pouvoir de juger par un Etat, mais par la volonté des parties.
Sur le plan international, Il fallait se positionner par rapport à la controverse qui
oppose les
deux conceptions de l'internationalité, à savoir la conception formelle et
juridique qui
s'attache aux éléments d'extranéité du litige et la conception substantielle et
économique qui
s'attache à la mise en jeu des intérêts du commerce international.
Il a paru plus judicieux, pour éviter les insuffisances de l'une ou de l'autre des
deux
conceptions, de subordonner l'internationalité de l'arbitrage au cumul des
critères économique
et juridique soit par la mise en cause des intérêts du commerce international et
le lieu du
domicile ou du siège à l'étranger de l'une des parties. Le premier critère est
emprunté à la loi
française (art 1492 du nouveau code de procédure civile) et le second à la loi
suisse (art 176
de la loi fédérale suisse sur le droit international privé).
La loi 08-05 définit l’arbitrage commercial international comme étant,
l’arbitrage mettant en jeu les intérêts du commerce international (critère
économique) et dont l’une des parties au moins à son domicile ou son siège à
l’étranger (critère juridique).

6 Charles JARROSSON, ARBITRAGE ET JURIDICTION, l’arbitre n’est pas une juridiction étatique
page112 113 Revue française de théorie juridique n°9 1989.
2- Arbitrage institutionnel et arbitrage `'ad hoc''
Le législateur marocain distingue entre, l'arbitrage institutionnel qui est porté
devant une institution d'arbitrage permanente, et l'arbitrage `'ad hoc'' dont
l'organisation est confiée à un tribunal arbitral.
L'arbitrage ad hoc est celui qui est entièrement organisé par les parties. Ce sont
elles qui désignent les arbitres et déterminent les conditions de déroulement
de la procédure.
Ce procédé a l'avantage de la souplesse, car il permet de faire du sur mesure.
Mais il requiert un minimum d'entente et de dialogue entre les parties. Il est
assez fréquent dans les arbitrages internes, mais plus rare dans les arbitrages
internationaux.
L'arbitrage institutionnel est celui qui est organisé par une chambre d'arbitrage.
Généralement celle-ci participe à la mise en place du tribunal arbitral,
notamment en désignant son président. Elle propose également aux parties un
règlement d'arbitrage, qui fixe la procédure à suivre.
L'instance se déroule donc dans un cadre préétabli, ce qui est une commodité,
notamment dans les arbitrages internationaux. Le choix de l'organisme
d'arbitrage est délicat, car on trouve, en ce domaine, le meilleur comme le pire
et les parties manquent d'informations objectives puisque les arbitrages, et
leurs résultats, sont confidentiels.
L'essor de l'arbitrage commercial a suscité, depuis plusieurs années, la création
par les professionnels du commerce et les juristes des institutions d'arbitrage
qui ont pour objet d'offrir aux parties une structure permanente et organisée.
Les institutions sont variées : privées ou publiques, certaines sont spécialisées
dans l'arbitrage international - la plus connue et la plus importante est sans
doute la Cour d'Arbitrage de la Chambre de Commerce International - d'autres
dans l'arbitrage interne ; les unes sont réservés à certains litiges spécialisés, les
autres ont une vocation générale.
Beaucoup d'arbitrage international professionnel recommande l'arbitrage
institutionnel de manière décisive, aux frais d'arbitrage ad hoc. La principale
raison est essentiellement une plus grande prévisibilité et la régularité qui
fournit l'arbitrage institutionnel, ainsi que les avantages de l'intégration des
règles institutionnelles (par exemple, dispositions relatives à la formation du
tribunal arbitral, limitation de l'examen judiciaire).
En effet, en particulier au début d'un arbitrage entre les parties et les temps
inexpérimentés différentes cultures juridiques, le rôle d'une institution pour
faire avancer le processus d'arbitrage peut être très constructive et efficace.

Vous aimerez peut-être aussi