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Les variantes (combinatoires et facultatives).

Objectifs de la séance :

- Comprendre la notion de variante.


- Les types de variantes (libre et combinatoire).
- Les notions de distribution libre et de distribution complémentaire.
- La différence entre les types de variantes.
- Comprendre la loi de distribution complémentaire pour les voyelles

La notion de variante d’un phonème : La variante d’un phonème renvoie aux différentes réalisations phonétiques
concrètes d’un phonème. Deux sons peuvent être des variantes d’un phonème donné si «ils ne peuvent être employés pour
différencier des signification intellectuelles» (Troubetskoï, Principe de phonologie, Klincksieck, Paris, 1986, p49). Deux
variantes d’un même phonème ne peuvent jamais former une paire minimale. Une variante est toujours un son ; ce n’est
jamais un phonème. C’est une réalisation phonétique concrète particulière du phonème. On distingue deux types de
variantes : les variantes libres (ou facultatives) et les variantes combinatoires (ou contextuelles).

1- Les variantes combinatoires : «Si deux sons d’une langue, parents entre eux du point de vue acoustique ou
articulatoire, ne se présentent jamais dans le même entourage phonique, alors ils sont à considérés comme des
variantes combinatoires du même phonème ». (Troubetzkoy, 1986, p50). Si deux sons d’une langue ne se présentent
jamais dans le même contexte phonique (ou dans la même distribution ou position), cela veut dire qu’ils ne peuvent
jamais s’opposer dans une paire minimale ; en d’autres termes, ces deux sons ne peuvent jamais constituer deux
phonèmes de cette langue.
Les variantes combinatoires dépendent de l’entourage (ou du contexte) phonétique dans lequel elles apparaissent ;
leur réalisation est déterminée automatiquement par le contexte phonétique et par des automatismes articulatoires. Leur
apparition est donc prévisible par l’analyse de ce contexte phonique. On dit qu’elles sont en distribution complémentaire,
car elles n’apparaissent jamais dans le même contexte phonique (distribution) mais elles occupent les différentes positions
dans la chaîne parlée de façon complémentaire, mais jamais dans la même position. Certains auteurs les appellent des
allophones. Un phonème présente donc des variantes combinatoires, s’il prend des formes différentes (des manifestations
phonétiques différentes) selon le contexte phonétique dans lequel il peut apparaître.

Exemples :

Pour les consonnes : Le /ᴙ/ se réalise en variante désonorisée [ ̻ᴙ] quand il subit l’influence d’une consonne
̻ᴙ] uvulaire désonorisé constituent des variantes combinatoires d’un
sourde et désonorisante: [ᴙ] uvulaire sonore et [
même phonème /R/. Ainsi, pour le mot prêtre on transcrira phonétiquement [p ᴙ ̻ ɛt ̻ᴙ] (il s’agit ici de la réalisation
concrète du phonème, qui se manifeste sous forme de variante désonorisée), mais phonologiquement on
transcrira : /pᴙɛtᴙ/1 (on a affaire ici au phonème, ou à un archiphonème dans le cas d’une neutralisation d’une
oppositions qui donne lieu a deux variantes combinatoire.). Il faut noter que la désonorisation des deux [ᴙ] est due ici
à la présence de deux consonnes sourde et désonorisantes, respectivement le [p] et le [t]. (Voir d’autres exemples dans
le cours d’André Thibault (semaine 03), le /l/ désonorisé et le /k/ palatalisé (ou encore vélarisé) à cause du contexte.

Pour les voyelles (la loi de distribution complémentaire): Certaines voyelles du français présentent deux timbres
vocaliques : ouvert et fermé : [e] et [ɛ], [oe] et [Ø], [o] et [ɔ]. La répartition ou la réalisation de ces deux timbres se
fait selon la loi de la distribution complémentaire: « Dans une syllabe accentuée fermée, la voyelle est ouverte et
dans une syllabe accentuée ouverte, la voyelle est fermée » (P. Léon, Phonétisme et prononciation du français,
nathan/sejer, 2004, p85). Ainsi, c’est la nature de la syllabe (ouverte ou fermée) qui détermine la nature du timbre, ce
qui fait de ces timbres vocaliques des variantes combinatoires (ou contextuelles).

1- On ne prend pas en considération l’assourdissement du [ᴙ] dans la transcription phonologique, car ce ne n’est pas un trait
pertinent : dans cette distribution, on ne peut pas opposé [ᴙ] et [ ̻ᴙ] sourd pour créer une paire minimale.
Loi de distribution complémentaire :

E EU O
Syllabe ouverte 1-E fermé. 3- EU fermé 5- O fermé.
Ces [se] Ceux [sØ] Seau [so]
Syllabe fermée 2- E ouvert 4 - EU ouvert. 6- O ouvert.
Sel [sɛl] Seul [soel] Sol [sɔl].
Pierre Léon, 2004, P85.

Les voyelles [e] et [ɛ], [oe] et [Ø], [o] et [ɔ] sont respectivement les variantes combinatoires des archiphonèmes : /E/,
/Ø/ et [O]. Ainsi, le mot décors se transcrit phonétiquement : [dekɔᴙ], avec la réalisation automatique du timbre
ouvert dans une syllabe accentuée fermée, mais, phonologiquement, il se transcrit /dekOᴙ/ avec l’archiphonème /O/.
Le mot château se transcrit phonétiquement [ʃɑto] avec un timbre fermé dans une syllabe accentuée ouverte, mais,
phonologiquement, il se transcrit /ʃɑtO/ avec l’archiphonème /O/. Le mot prêtre se transcrit phonétiquement [p ̻ᴙɛt ̻ᴙ],
notez la présence de la variante combinatoire désonorisée à cause du contexte phonique désonorisant, et du timbre mi-
ouvert de la voyelle à cause de la neutralisation de l’opposition /e/~/ɛ/ dans une syllabe accentuée fermée qui ne laisse
apparaître que la voyelle mi-ouverte). Mais, phonologiquement, le mot prêtre se transcrit : /pᴙEtᴙ/. (Notez la présence
du phonème /ᴙ/ du fait que l’assourdissement n’est pas pertinent dans cette distribution et de l’archiphonème /E/ du
fait de la neutralisation de l’opposition /e/~/ɛ/ dans une syllabe accentuée fermée).

La loi de la distribution complémentaire présente des exceptions dues à l’étymologie, à la graphie… (cf., Léon, 2004,
P86, voir aussi le cours de Thibault, semaine 06).

3- La variante libre (facultative): « Si deux sons de la même langue apparaissent exactement dans le même
entourage phonique, et qu’ils peuvent être substitués l’un à l’autre sans qu’il ne se produise par là une différence
dans la signification intellectuelle du mot, alors ces deux sons ne sont que des variantes facultatives d’un même
phonème unique » Idem, p, 47. Bien qu’elles apparaissent dans le même contexte phonique, les variantes libres ne
peuvent jamais opposer deux unités dans une paire minimale, car la substitution de l’une à l’autre n’entraîne pas
un changement de sens. Les variantes libres ne sont pas vraiment prévisibles, car elles ne dépendent pas de
facteurs linguistiques ou phonétiques. Elles dépendent de facteurs socio, sociolinguistique, géographiques, elles
sont liées au locuteur, à son origine sociale ou géographique, à son intention stylistique, etc. On dit qu’elles sont
en distribution libre.

Ex : Dans la langue française, la vibrante uvulaire [ᴙ] et la vibrante apical [r] sont les variantes libres d’un même
phonème. Elles apparaissent exactement dans le même contexte phonique, mais elles ne changent pas le sens des
unités linguistiques. Ex : [ᴙaᴙ] et [rar]. L’apparition de l’une ou de l’autre de ces variantes dépend de facteurs
stylistiques et/ou sociolinguistiques.

Bibliographie ;

- TROUBETSKOY, Principes de phonologie, Klincksieck, Paris, 1986.


- LEON, P, Phonétisme et prononciation du français, Armand colin, 2004.
- Les cours d’André Thibault, semaine 03….

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