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Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II

Complexe Horticole d'Agadir

Département d'Horticulture

PLANTES AROMATIQUES
ET MEDICINALES

1
Chapitre I

Importance du secteur des plantes aromatiques


Valeur économique au niveau mondial et perspectives pour le Maroc :
Plus de 20 000 espèces de plantes médicinales et aromatiques (P.M.A.) utilisées dans différents pays.
Cependant,
leur exploitation est très déséquilibrée au niveau des formes d'utilisation, valeur ajoutée et revenu pour le pays
exploitant.

Les quantités commercialisées en PMA et leur HE sont respectivement de 45 000 tonnes et de 45 tonnes,
pour un chiffre d'affaire global de l'ordre de 21 milliards de Francs (Hmammouchi, 1999), avec un taux
d'accroissement annuel de l'ordre de 5%.

Les principaux pays producteurs des P.M.A. sont les USA, le Royaume Uni, la France, l'Allemagne, la
Suisse et le Japon avec un chiffre de 1 000 million US$ pour un total de 1 400 million US$ importé par
l'O.C.D.E. (Hmamouchi, 1999). Les plantes à potentiel économique important sont domestiquées et exploitées
d'une façon moderne dans les pays industrialisés.

A l'échelle française, Grasse reste un pôle capital de l'industrie de distillation. Ainsi, sur 4 500 entreprises
françaises spécialisées dans les huiles et arômes, Grasse représente 64% du chiffre d'affaire soit 94 124 millions
de Francs français.
Le Maroc est traditionnellement un des principaux pays producteurs d’huiles essentielles et d'extraits
aromatiques. Plusieurs raisons expliquent cette situation :

 La grande tradition dont dispose la Maroc dans la distillation des plantes aromatiques et à parfums, qui s'est
conservée et développée depuis l'âge d'or de la civilisation arabo-musulmane jusqu'à présent.
 Le contexte géographique du pays, situé entre deux mers et un désert et traversé par trois chaînes de
montagnes, se traduit par une gamme complète de bioclimats méditerranéens. Cette diversité de bioclimats
favorise une flore riche et variée, endémique très marquée.
 La proximité d'un marché important, la France en particulier a certainement contribué au développement du
secteur (Benjilali B. 1995).

Ainsi de nombreuses espèces se retrouvent à l'état spontané et sont connues sur le marché international
comme produits marocains: l'armoise, le romarin, le cèdre de l'atlas; la camomille sauvage du Maroc, la menthe
pouliot, le myrte, le thym de Terguiste du Maroc à thymol, le thym doux du Maroc à bornéol, le laurier sauce,
l'origan du Maroc et autres.

La culture des P.A.M. demeure très limitée ; elle concerne quelques plantes comme le henné, le géranium,
la lavande, le rosier, le jasmin, la verveine, la menthe et le Safran. Le tableau 1 présente la liste des principales
plantes produites au Maroc:

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Tableau 1: Principales plantes médicinales et aromatiques à huiles essentielles produites
au Maroc (par ordre décroissant d'importance). Source : Hmamouchi M. et Benali H. (1995)

1. Romarin 16. Basilic


2. Menthe verte 17. Pin
3. Thym 18. Fraisier
4. Verveine 19. Camomille
5. Oranger doux et amer 20. Menthe poivrée
6. Sauge 21. Citronnelle
7. Cumin 22. Aneth
8. Origan 23. Violette
9. Coriandre 24. Absinthe
10. Laurier rose 25. Armoise
11. Rose pale 26. Matricaire
12. Eucalyptus 27. Sarriette
13. Fenouil 28. Angélique
14. Lavande 29. Hysope
15. Marjolaine

Jusqu'en 1980, la France était le principal client du Maroc pour ces productions en huiles essentielles et
extraits aromatiques. Plus de 80% de la totalité de nos exportations étaient destinées à ce pays. Les américains
étaient totalement absents. Mais durant cette dernière décennie la situation s'est totalement inversée, de façon à
ce qu'actuellement (moyenne entre 1990 -1993) le marché américain absorbe 41% de notre production contre
34% seulement pour la France. Il faut cependant nuancer cette constatation car le marché américain est
essentiellement important pour les résinoïdes. (Benjilali B., 1995). Le tableau 2 présente les principaux pays
producteurs et concurrents du Maroc dans le secteur de P.MA.

Tableau 2 : Principaux pays producteurs et concurrents du Maroc en PAM.

Pays Plantes produites


Maroc Coriandre, fénugrec, origan, verveine, romarin armoise,
marjolaine, laurier, thym, citrus…
Espagne Anis vert, fenouil, thym, romarin, aspic, eucalyptus
Egypte Coriandre, anis, fenouil, basilic, marjolaine, carvi, menthe
Portugal Origan
Tunisie Romarin
Algerie Thym
Turquie Coriandre, fénugrec, origan, laurier
Albanie Thym, Sauge, origan
Yougoslavie Romarin, origan, basilic
Chine Coriandre, fénugrec, menthe, eucalyptus
Corée Menthe
Océan indien Basilic
URSS Coriandre
USA Menthe, basilic, citrus
Source: Hmamouchi M. et Benali H. (1995)

Durant ces trois dernières campagnes (1997 - 2000), les exportations marocaines ont évolué positivement.
Cependant, le secteur reste dominé par les acteurs traditionnels avec un rôle très important pour les
intermédiaires qui connaissent les circuits d'approvisionnement chez les villageois et les bonnes zones de
production. Ceci rend difficile la maîtrise de la qualité de produits à l'exportation. Actuellement, plusieurs
nouvelles sociétés redynamisent le secteur en appliquant des méthodes de marketing plus appliquées et
connaissant les vrais besoins de leurs clients (Grant. 1995).

- Diverses utilisations des plantes aromatiques

Parfumerie et cosmétique

Grâce à leurs propriétés dermatologiques, les huiles essentielles des plantes aromatiques sont employées
dans toute la gamma des parfums, cosmétiques et produits de beauté: eau de toilette, eau de Cologne, déodorants,
crèmes de peau, dépilatoires, encens, rouge à lèvre, lotions, savons à raser.
3
Industrie agro-alimentaire 

L'aromatisation de certains produits est une pratique très ancienne (confiserie, boissons, plats cuisinés).
Aussi, l'utilisation des plantes a-t-elle été remplacée par leurs huiles essentielles pour faciliter le transport et le
stockage ainsi que pour une meilleure standardisation des productions et usages (Jemali. 1986)

Industrie pharmaceutique

Ainsi les huiles essentielles extraites de ces plantes sont soit utilisées d'une manière intégrale ou après être
soumis à des traitements physiques ou chimiques dans le but de modifier leur composition (redistillation,
fractionnement, détérpénation, rectification, concentration.

Les huiles ont d'autre part une activité antimicrobienne très intéressante, citant l'exemple des essences des
Myrtacées
(Girofle, Eucalyptus, Cajeput, Myrte), des labiées (Sauge, Thym), des lauracées. L'exploitation conséquente des
résultats disponibles peut aboutir à la formulation des produits pharmaceutiques traitants les infections de la peau
et des voies respiratoires (KOUMAGLO, 1995). Actuellement, on observe beaucoup d'intérêt pour les PAM de
la part des industries pharmaceutiques en particulier et celles ayant des activités dans le domaine de la
phytothérapie, l'homéopathie et l'aromathérapie.

 Phytothérapie : C'est une discipline qui englobe l'ensemble des soins thérapeutiques faisant directement
appel aux drogues d'origine végétale, …
 Aromathérapie : C'est une branche de la phytothérapie qui représente l'ensemble des méthodes permettant
de soigner une personne par les huiles essentielles, appelées encore essence et extraites des plantes dites
aromatiques.
 Homéopathie : C'est une nouvelle forme de thérapie qui utilise des extraits de plants et qui ne cesse de se
développer.

3. Méthodes d'extraction des huiles essentielles


Les techniques d'extraction communément utilisées pour l'obtention des huiles essentielles sont
l'hydrodistillation, la distillation par entraînement à la vapeur d'eau, l'extraction par solvant et l'extraction par le
CO2 liquide (Charles et Simon ,1990). La matière première peut être, soit traitée directement (cas des végétaux
fragiles) ou subit une première transformation destinée à améliorer le rendement de l'extraction (broyage,
concassage).

Dans le cas de l'hydrodistillation, le matériel végétal est en contact direct avec l'eau bouillante. L'eau et la
vapeur pénètrent dans les tissus de la plante et vaporisent les substances volatiles.

Dans d'autres techniques, on utilise la distillation à la vapeur sous vide partiel (100 à 200 mm Hg de
pression). Cette méthode permet une rapide distillation avec un minimum de décomposition hydrolytique de
l'huile.
Une autre méthode à emploi séculaire est celle de l'extraction par solvant. Pratiquée par les anciens, elle
trouve un développement particulier à la renaissance avec le procédé d'enfleurage (imprégnation à froid sur
châssis de matière grasse, concrète).

Bouzid et al (1997) ont eu recours pour l'activation et l'amélioration des conditions d'extraction à des
ultrasons qui favorisent la pénétration de l'eau au sein de la matrice végétale solide ainsi que la diffusion des
huiles essentielles dans le milieu d'extraction.
Les micro-ondes interagissent sélectivement avec les molécules d'eau libres et provoquent de
l'échauffement. Il en résulte une augmentation non uniforme de la température avec un effet plus grand aux
endroits où il y a le plus d'eau. Il se produit une rupture spontanée libérant les produits organiques dans le
solvant froid où ils sont dissous. En comparaison avec les techniques conventionnelles, ce procédé ne demande
pas un grand apport en énergie et la qualité de solvant requise pour l'extraction est minimale. Cette technique est
facilement maîtrisable en plus d'être rapide et fiable. Elle s'insère également dans le cadre d'un développement
durable tout en offrant une alternative à la production d'huiles essentielles et d'oléorésines à des fins de
consommation humaine.

Qualité et normalisation des huiles essentielles

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La production en huile essentielle est destinée soit à la consommation interne, la pharmacie,
l'aromathérapie, la parfumerie et l'agro-alimentaire. la crédibilité est acquise si l'on présente une huile essentielle
de qualité organoleptique constante et de composition chimique suivie.. pénétrer ces types de marchés implique
les satisfaire, non seulement en quantité mais aussi en qualité et affronter la concurrence en se plaçant
correctement par rapport à cette qualité exigée.

La discipline de la qualité repose sur les notions suivantes :

- maîtrise des procédés de fabrication


- relations fournisseurs-clients
- anticipation des besoins, d'innovation et de flexibilité

L'adoption de cette démarche émane d'un certains nombre de réalités; citons les plus importantes :

- Un environnement économique incertain (économie mondiale, évolution des taux bancaires, conflits
géopolitiques ect…)
- Un consumérisme plus important: grand public, clients intermédiaires plus exigeants…
- Un nouveau contexte social (salariés mieux informés, plus impliqués dans la vie de l'entreprise)
- Une innovation technologique très rapide
- Des produits et services de plus en plus complexes
- La fiabilité de l'homme
- Les considérations de sûreté des produits (exigences des consommateurs)
- Les produits nouveaux et les informations techniques mondialisées (concurrence nouvelle)
- Médiatisation des erreurs
- Protection de l'environnement: nouvelles exigences pour l'entreprise qui doit non seulement satisfaire ses
clients mais aussi la société et les non utilisateurs.

Les huiles essentielles, vue leur origine naturelle, sont plus difficiles à définir que les produits chimiques,
du fait qu'elles sont susceptibles à des variations plus ou moins importantes. Aussi, par leur intérêt économique,
on a tenté de les remplacer par des molécules de synthèse. Cependant, la distinction entre "arôme de synthèse" et
"arôme naturel" n'est toujours pas possible lors de l'analyse physico-chimique des matières premières. Elle est
pourtant toujours nécessaire, que ce soit pour l'information de l'industriel, pour ses approvisionnements, ou pour
celle du consommateur. La législation, très stricte, n'autorise pour certaines substances aromatiques que les
formes naturelles. En effet, si le produit n'existe pas dans la nature, il est facilement détectable et repérable
(HPLC, chromatographie gazeuse). Par contre, s'il existe dans la nature, son authentification nécessite
l'utilisation de méthodes analytiques élaborées qui peuvent être répertoriées en trois classes:
- la chromatographie gazeuse chirale (évaluation de l'excès énantiomérique)
- la spectrométrie de masse isotopique (détermination des teneurs en isotopes stables des molécules)
- la résonance magnétique nucléaire isotopique (mesure des rapports isotopiques sur plusieurs sites dans une
même molécule).
D'autre part, les méthodes d'analyses spécifiques des huiles essentielles ont fait l'objet de normes en
déterminant les teneurs d'un ou de plusieurs constituants spécifiques. Ces normes sont plus complètes et
comprennent: l'objet défini comme étant destiné à faciliter l'appréciation de la qualité:
- les références: codes de normes que l'on doit utiliser pour déterminer indice, densité, indice d'ester…
- la définition de l'huile essentielle: en précisant l'espèce botanique, la partie utilisée, les lieux de production, le
mode d'extraction
Les spécifications précisant: les caractéristiques organoleptiques : aspect, couleur, odeur ; les
caractéristiques physiques ; les caractéristiques chimiques ; les indices d'acide, d'ester ; le profil
chromatographique : indiquant un ensemble de constituants caractéristiques de l'huile essentielle dont les
proportions sont précisées par des valeurs minimales et maximales déterminées à partir de lots commerciaux
d'origine précise présentant plusieurs années de production.
Actuellement, deux organismes s'occupent d'une normalisation aussi complète que possible de toutes les
huiles essentielles:
 L' A.F.N.O.R. (Association Française de Normalisation) : association sans but lucratif, noyau du système
français de normalisation qui groupe autour d'elle tous les acteurs économiques. Elle est à l'écoute de leurs
besoins et développe une collection de normes répondant à des objectifs stratégiques, au niveau des normes
françaises mais aussi des normes européennes et internationales.
 L' I.S.O. (International Standard Organisation) : organisation internationale de normalisation, fédération
mondiale de 100 pays environ, à raison d'un organisme par pays. Son but est d'éviter les obstacles techniques au
commerce dans le cadre d'une concurrence loyale en s'appuyant sur des références communes clairement
définies (Garry et Chalchat, 1995).

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Facteurs influençant le rendement et la qualité des huiles
essentielles

1- Le Facteur génétique
Le métabolisme spécifique secondaire ainsi que la formation et l'accumulation des produits secondaires
chez différents taxons sont génétiquement codés. Cependant, nos savoirs à propos de la biosynthèse sont
minimes et on ne connaît que peu d'exemples pour élucider le contrôle génétique des variations qualitatives et
encore moins quand il s'agit des différences quantitatives. Mais, on est dans l'obligation de maîtriser
l'information génétique et les connaissances concernant la transmission des substances secondaires afin de
pouvoir produire les matières premières et les produits exigés par le marché (franz C. 1986).

D'autre part, l'efficience des plantes aromatiques et médicinales mises en culture dépend
fondamentalement de la capacité de productivité du matériel végétal utilisé. Mais les espèces disponibles en
culture ne représentent qu'une part réduite de la grande diversité qui existe dans le monde. Ainsi de nombreux
efforts de sélection ont été déployés pour obtenir du matériel végétal performant qui obéit aux exigences du
consommateur. Sobti et al (1978, cité par Davis.E.W. 1983), a produit en Inde des hybrides Ocimum canun x
Ocimum basilicum ayant un contenu de 47,7% de camphre alors que les parents ont respectivement un
Chémotype linalol et methyl chavicol. Mais cet allohexapoïde est loin d'être stable.

2 Les facteurs environnementaux


La synthèse des différents métabolites secondaires est certes génétiquement codée; cependant,
l'environnement de la plante influe considérablement la composition et la concentration de ces différents
éléments. La réponse du végétal face aux changements de son environnement peut être observé au niveau de sa
croissance, son rendement et sa teneur en certains composés chimiques contenus dans ses tissus (Abou Hadid,
1999). Ainsi, la distribution des différentes espèces est régit selon leurs exigences environnementales. Aussi, est-
il primordiale d'étudier l'écosystème naturel de chaque plante pour lui assurer les conditions environnementales
optimales qui permettront un maximum de rendement. De ce fait, l'harmonie entre l'influence et les exigences
écologiques des espèces ne doit pas être négliger.

. Une large gamme de composantes est retrouvée au niveau de l'éventail écologique ayant chacune un
effet particulier.

Facteurs
biotiques Qualité

Production en
matière sèche
Sol et nutr
Facteurs Production
Ratio des des
composants principes
Eau actifs
Niveau des
principes actifs

Température Quantité

Lumière

Incidence des facteurs de l'environnement sur les principes actifs des huiles essentielles

2.1. La lumière

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Sur le plan écologique, la qualité, l'intensité et la durée de la lumière sont importantes dans la formation
des produits spéciaux du métabolisme. En effet, Pavlov et Ilieva (1972, cité par Abou Haddid 1999) ont insisté
sur l'effet néfaste de la lumière à ondes courtes sur les plantes à huiles essentielle. D'autre part, l'intensité de la
lumière a un effet plus prononcé sur les écotypes que celui de la composition spectrale. En effet, une étude
réalisée sur la Sauge et le Thym, avec des intensités lumineuses différentes (15, 27, 45 et 100 % d'ensoleillement
direct) a révélé des variations morphologiques (réduction de coloration, étiolement, diminution de la densité des
poils sécréteurs), de rendement (l'intensité de 45% a permis chez la Sauge le meilleur rendement, celle de 100%
chez le Thym) et analytiques ( l'huile essentielle de Sauge récupérée à 45% d'ensoleillement contient la teneur la
plus élevée de (+)-thuyone et la plus basse de camphre. Le dihydro-cis-α-copanene-8-on lui décroît avec
l'intensité lumineuse; chez le Thym, la concentration du thymol et du myrcène sont les plus élevées en plein
ensoleillement).

2.2. La température

La température est une composante climatique ayant beaucoup d'importance dans l'accumulation des
substances secondaires. Certains travaux ont démontré qu'une température optimale peut garantir un maximum
de rendement chez quelques espèces. Brukin (1971, cité par Abou Haddid ,1999), a trouvé une relation positive
entre la température de la saison de croissance et l'accumulation de certaines substances actives. Une autre
opinion, soutenue par Mutusiewicz (1960, cité par Abou Haddid, 1999) affirme que le contenu en huile
essentielle peut être amélioré significativement en augmenter la température des jours qui précédent la récolte de
2 à 3°C.

2.3. Le sol

Le sol a un effet très complexe sur la croissance et le développement des plantes à travers ses propriétés
physiques, chimiques et biologiques. Cependant, il est difficile d'interpréter l'influence de ces facteurs
séparément. Mais la fertilité du sol conditionnée par grand nombre d'éléments (température, HR, aération,
texture, matière organique, présence et disponibilité en éléments minéraux et micro-organismes du sol), doit être
gérée de façon à mettre à la disposition des plantes l'environnement favorable à leur croissance. De nombreuses
plantes aromatiques croissent dans un sol neutre (6 à 7,5), de nature sableuse (Eldamardash).

2.4. La localité de culture

Le choix d'une localité avec un type de climat particulier peut permettre au cultivateur d'obtenir un
produit avec des qualités spécialement désirées.
En effet, une plante aromatique peut dégager une arôme ou un parfum plus prononcé sur une localité que dans
une autre. Des travaux effectués sur la Sauge officinale dans différentes localités de Slovakie (Hurbanovo, Nova
lubovna, plavnica). Cette expérimentation a révélé le fait que le rendement en huile essentielle varie selon la
localité. Ces variations sont uniquement quantitatives car la concentration de chaque composé de l'huile
essentielle ne varie pas significativement sur les trois localités (tableau 1) (HOLLA M. et VAVERKOVA S.
1993).

De même, Pitarevic et al (1985, cité par Boutnine, 1992), ont affirmé que la teneur et la composition de
l'huile essentielle de la Sauge officinale récoltée à différentes localités de la Yougoslavie (Kuna, 700m d'altitude
et Doli, 200m d'altitude) varie nettement sous l'effet des facteurs écologiques.

Des travaux de recherches menés dans la station fédérale de recherches agronomiques de Changins, sur la
Sauge officinale et le Thym vulgaire dans deux localités à contexte différents (Arbaz, 920m d'altitude et Bruson,
1060m d’altitude), ont révélé des pertes de rendement en matière sèche de 31% pour la Sauge et 15% pour le
Thym sur le site le plus gélif (Bruson) par rapport à Arbaz. Concernant la teneur en huile essentielle, la Sauge du
site le plus ensoleillé a donné en moyenne un taux d'huile essentielle dépassant de 30% celui de Bruson. Quant
au Thym, les taux ont été comparables dans les deux sites. Si le rendement est rapporté à l'hectare, Arbaz est
alors le site le plus avantagé avec des rendements en huile essentielle à l'hectare supérieur de 91,3% et 31% à
celui de Bruson pour respectivement la Sauge et le Thym (REY, 1991).
Des travaux similaires réalisés sur la culture du Basilic ont également abouti à des différences de
composition en huile essentielle pour ainsi dégager une classification en chémotypes différents (tableau 3)
(Baritaux et Richard, touche et Derbesy, 1992).

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Tableau 3 : Composition de l'huile essentielle du Basilic en fonction de son origine géographique

Origine Methyl Mathyl Methyl


Linalol Eugénol Chémotype*
géographique chavicol eugénol cinnamate
France 39,9 23,4 0,8 0,4 6,2 AB
Portugal 38,2 16,4 -- 4,7 5,1 AB
Bulgarie 59,6 2,8 -- 0,5 3,2 A
Finland 10,6 66,4 0,6 2,5 0,1 BA
Egypte 41,4 28,2 -- 0,2 3,3 AB
Nigéria 0,3 84,1 0,1 -- 0,1 B
Ile comore 0,9 86,3 1,4 0,1 0,5 B
Madagascar 1,9 84,7 1,5 tr 0,4 B
Cuba 10 56,6 -- -- 0,5 BA
Inde 19 77,5 0,1 -- 0,1 BA

*Chémotype A : linalol, composant mojoritaire


Chémotype B : methyl chavicol, composant mojoritaire
Chémotupe AB : linalol > methyl chavicol
Chémotype BA : methyl chavicol > methyl chavicol

2.5. Les variations saisonnières et le stade maturité et développement

La nature très spécifique des composés volatils contenus dans les plantes aromatiques les rend sujet à de
nombreuses fluctuations. Ainsi il devient difficile de déterminer la période de récolte optimale qui permettra
d'obtenir un maximum d'essence ayant la qualité requise. Ainsi des études menées en Hungarie sur la Sauge
officinale ont révélé des différences significatives entre les dates de récoltes, illustrées dans le tableau 4:

Tableau 4: Contenu en huile essentielle (%/MS) et rendement en phytomasse (g) par pousse de Sauge
officinale

Contenu en huile essentielle %/MS Phytomasse (g)


Mois feuilles Inflorescence Total (mg) feuilles tige inflorescence Total
Avril 0,88
Mai 0,62
Juin 0,81 1,59 3,5 0,43 0,71 0,67 1,8
Juillet 1,04 0,70 4,4 0,42 0,60 0,78 1,86
Août 1,31 0,63 9,5 0.73 1,02 0,74 2,49
Septembre 1,03 13,7 1,32
Octobre 0,85 18,1 2,17 1,64 3,80
novembre 0,83
(Mathe JR. Et al, 1992)

La composition de l'huile essentielle est également altérée par ces variations saisonnières. Ainsi, Pitarevic
et al (1984, cité par Boutnine, 1992), ont observé des fluctuations quantitatives des composants majeurs de
l'huile essentielle de la Sauge officinale dalmatienne (tableau 5).

Tableau 5: Variation de la composition de l'huile essentielle de la Sauge officinale en fonction des saisons

Composants
α-thuyone β-thuyone 1-8 cinéole Camphre
Mois
Juin 20 25 14 9
Juillet 32 20 11 8
Août 10 40 8 16
Septembre 20 30 8,5 9
Octobre 21 31 9 7
Novembre 28 22 6 11
Décembre 10 35 7 10

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Tableau 6 : Rendement en matière sèche et en huile essentielle du Basilic en fonction des variations
saisonnières

Les pa Rendement en huile essentielle (%)


feuilles inflorescences Total
Stade 1988 1989 1988 1989 1988 1989 1988 1989
Végétatif 1,9 2,1 1,53 1,26 1,31 1,23 0,86 0,75
50% de 3,1 4,0 1,64 1,19 1,36 1,25 0,77 0,62
floraison
100% de 4,4 5,6 1,66 1,31 1,31 1,18 0,62 0,64
floraison

La composition de l'huile essentielle varie également selon le stade développement de la plante récoltée (Tableau
7).

Tableau 7 : Composition de l'huile essentielle du Basilic en fonction des variations saisonnières

Cinéole Linalol Methyl chavicol Eugénol


Stade de feuilles Fleurs feuilles fleurs feuilles fleurs feuilles fleurs
récolte
Végétatif 8,3 3,8 34,6 38,2 33,1 28,8 8,9 2,5
50% de 10,0 4,1 36,4 42,7 32,2 25,4 8,9 1,9
floraison
100% de 8,2 4,6 39,2 42,7 31,1 24,8 9,0 1,7
floraison

Par contre sur des échantillons de Basilic cultivés en Guinée, Nianga M; et al (1995), ont observé que la
teneur en huile essentielle est plus élevée au début de la floraison (boutonnement) qu'avant, pendant ou après la
pleine floraison. Elle peut passer de 0,1% jusqu'à 3%/MS. La proportion en constituant peut également varier en
fonction du temps. Cette variation minimisée lorsque le terrain est bien choisi et la fumure bien conduit, ainsi
que la récolte bien surveillée. Toujours en Inde, des travaux similaires sur plusieurs variétés d'Ocimum basilicum
lors de trois saisons consécutives ont abouties aux conclusions suivantes: le maximum de rendement en huile
essentielle coïncide avec celui de la matière sèche durant le début de floraison (180 jours après plantation) pour
uniquement le cultivar Purprescens. Pour les autres variétés cette analogie n'est retrouvée qu'à 50% à 100% de
floraison.

3 - Les pratiques culturales

1- Les apports hydriques

L'impact de l'irrigation sur le rendement essence des plantes aromatiques a été étudié par plusieurs
auteurs. En effet, il a été démontré que le niveau des substances actives dépendait du stade de développement
auquel l'apport hydrique a été appliqué. Une règle a été émise dans ce sens: "la formation et l'accumulation des
huiles essentielles tendent à croître sous las condition arides". Cependant, l'effet bénéfique du stress hydrique sur
le rendement et la composition en huile essentielle n'est pas toujours évident à identifier. Reste à signaler que les
plantes riches en huile essentielle sont plus abondantes dans zones arides que dans les habitats humides. Ce fait a
poussé certains auteurs a émettre l'hypothèse que les huiles essentielles jouent un rôle dans les mécanismes de
résistance à la sécheresse par la réduction de la transpiration (Fluck 1955, cité par Yaniv Z. et Palevitch D.
1980).

Le Basilic était sujet à de nombreux travaux de recherches dans ce sens. Kimura M. et al ont essayé
d'évaluer l'effet des différents régimes hydriques gérés à travers des potentiels capillaires différents (pF: 1,8; 2,5;
3,5). L'évapotranspiration évolue de 6,5mm (pF:3,5) à 9,6mm (pF:1,8). Alors que le nombre de feuilles, la
surface foliaire, la hauteur du plant, le poids frai et sec sont les plus élevés chez le traitement de pF: 1,8 (le
régime le moins stressant). Le meilleur rendement en huile essentielle est obtenu chez les plants qui ont subit le
régime à pF: 2,5 (le régime hydrique modéré).

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2 - La fertilisation
L'effet de la fertilisation minérale sur le rendement et la synthèse des métabolites secondaires a été
longtemps discuté. Sur des cultures de Basilic, les effets de la fertilisation sont également significatifs. En effet,
Takano T. et Yamamoto A. (1996) ont démontré que le nombre de feuilles, de rameaux, le poids frai et sec par
plant est le plus élevé quand l'équilibre de la solution est en faveur de NO 3 (60% NO3, 20% H2PO4, 20% SO4). Le
rendement en huile essentielle est également à son optimum quand NO 3 et H2PO4 sont dominants. Ils ont aussi
établi que l'équilibre optimal entre ces macro-éléments est 49:26:25% et que ces variations nutritives ont
également un impact sur la composition de l'huile essentielle. Les travaux de Tesi et al (1995) rapportent que le
Basilic est très sensible aux fortes doses du fertilisant 20-20-20 pour lequel ils préconisent la dose 1g/l. Le ratio
1:1:2 a été retenu comme étant le meilleur face à 1:1:1 et 1:0,25:1,5. Ils ont également abouti au fait que la
fertilisation azotée augmente considérablement la hauteur du plant et le poids frai des feuilles, sans conclure
aucune différence entre les diverses formes d'azote. Par contre, Adler et al soutiennent que la nature de l'apport
azoté (NH4, NO3) affecte les caractères de croissance, le contenu et la composition de l'essence.

3 - Les régulateurs de croissance

L'impact du système hormonal sur la croissance et le développement des plants ne peut être à présent
contester. De ce fait, de nombreux groupes de phytohormones sont utilisés pour contrôler la croissance et la
réponse des plantes aux différents facteurs environnementaux. Aussi puisque la production des métabolites
secondaires s'effectue au niveau des jeunes tissus chaque traitement qui induira une nouvelle croissance
contribuera indirectement à promouvoir la synthèse et l'accumulation de ces composants. La littérature rapporte
de considérables efforts ont été déployés pour étudier le potentiel d'utilisation des hormones pour manipuler la
croissance, le développement et le synthèse des métabolites secondaires chez les plantes aromatiques. Cet effet
bénéfique a été testé pour améliorer la germination des graines, modifier la croissance, le développement, la
synthèse et l'accumulation des composés actifs, l'uniformité dels plants, accroitre la floraison et la fluctuation,
retarder ou hâter la sénescence, accroître la dessiccation et la défoliation et augmenter l'accumulation des
métabolites secondaires en post récolte. 5Palevitch D. 1987).

4- Les méthodes de conditionnement et d'extraction


Les modalités de conditionnement (séchage) et de stockage ont une nette influence sur le rendement et la
qualité de l'essence chez l'ensemble des plantes aromatiques. En effet, Muller J. et al (1992) ont observé sur des
échantillons de Sauge officinale séchée à des températures qui varient entre 30 à 90°C une diminution du temps
de séchage de 99,7% de 120heures à 0,4heures pour respectivement 30 et 90°C. Les pertes en huiles essentielles
commencent dés que la température de séchage dépasse les 60°C. Elles peuvent atteindre les 90% de pertes lors
d'un séchage complet à 90°C. La composition de l'essence a également été affectée à des intensités différentes
selon la nature des composants
Sur le Basilic, les travaux de Britaux O. et al (1992) ont abouti au fait qu'après séchage de 12 heures à
45°C et un stockage de 3,6 et 7 mois, les pertes en huiles essentielles atteignent des pourcentages de 19%, 62%
et 66%. Aussi, avec l'augmentation de la période de stockage, la quantité des composés les plus volatils est
réduite; c'est le cas du methyl chavicol et de l'eugénol qui diminuent linéairement et de certains constituants qui
disparaissent complètement. D'autre part on assiste à l'augmentation de la teneur de quelques composants :

- monoterpènes: α-pinène, sabinène, β-pinène et myrcène.


- Monoterpènes oxygénés: 1-8 cinéole, linalol, α-terpinéol et géraniol
- Sesquiterpènes: β-élémène, β-caryophyllène, α-bergamotène, germacrén-D et δ-cadinène.

Culture de la sauge
10
1- Historique
La Sauge est l'une des plantes connues depuis la haute antiquité. En Egypte, à l'époque des Ramssès, cette
plante était réputée pour ces nombreuses vertus médicinales. On en faisait boire aux femmes stériles pour les
rendre fécondes et à celles qui étaient enceintes afin de recevoir à terme, sans accouchement anticipé. Les Grecs
utilisaient cette plante dans l'assaisonnement des plats classiques et des sauces mais plutôt comme remède contre
les morsures de serpent, fortifiant le cerveaux et tonifiant pour le corps et l'esprit.

Durant le moyen âge, les herboristes considèrent la Sauge comme indispensable dans la médecine
traditionnelle contre plusieurs maladies telles que : le Choléra, la fièvre, le rhume, les paralysies agitantes, les
crises épileptiques et les constipations. Elle était aussi utilisée comme tonique pour promouvoir une bonne
circulation du sang dans les vaisseaux sanguins, fortifier les muscles et calmer les nerfs. Chez les Romains, la
Sauge est nommée "Herba sacra". La littérature rapporte que l'école Salerne en Italie déclare : "Cur moriatur
homo cui salvia crescit in horto? " (Pourquoi l'homme meurt quand la sauge pousse dans son jardin? ). Il s'agit
de Salvia salvatix des latins, le végétal qui sauve et qui guérit. Et ce n'est qu'en 1580 qu'on obtenait par
distillation son huile essentielle. De nos jours, la Sauge fait partie des plantes médicinales les plus recherchées,
vu son intérêt en différents domaines médicaux, alimentaires, cosmétiques et parapharmaceutiques (Boutnine
1992).

2- Taxonomie et description botanique


La Sauge appartient à la famille des labiées, plus particulièrement au genre Salvia. Ce terme Salvia
dérive du latin salvare (sauver) en raison des propriétés thérapeutiques de la plantes. Les Sauges constituent dans
cette famille, un groupe de plus de 500 espèces (FOURNIER ,1948). Les traits saillants qui les caractérisent se
résument dans la coexistence d'une grande corolle à deux lèvres très prononcées, d'un calice également à deux
lèvres, de deux étamines au lieu de quatre et de feuilles à limbe élargi, parfois même très grandes.

On distingue deux groupes de plantes :

 Plantes en partie ligneuses: sous-arbrisseau à feuilles oblongues, grisâtres, très ridées et très
aromatiques (Sauge officinalis).
 Plantes entièrement herbacées: on y retrouve deux catégories

1. Calice à dents non prolongé en épine : Leurs feuilles sont petites, larges de deux centimètres environ, d'un
vert pâle, bordées de très petites dents ; fleurs assez petites (sauge verte). Un deuxième groupe est caractérisé par
des feuilles atteignants 8cm de largeur bordées de grosses dents irrégulières ou même de lobes profondes dentées
(Sauge des prés, Salvia pratensis L.

2. Calice à dents prolongées en épine piquantes: Dans ce cas les feuilles sont, soit velues -grisâtres avec des
fleurs blanchâtres lavées de mauve en épi visqueux et odorant (Sauge sclarée), soit cotonneuses-blanchâtres avec
des fleurs blanches en panicule ni visqueuses ni odorante (Sauge éthiopienne) (Fournier, 1948). Cependant, la
détermination systématique de l'ensemble des espèces n'est pas très évidente.

La Sauge officinale ou Salvia officinalis est connue sous les noms de grande Sauge, petite Sauge, Sauge
de Provence, Sauge commune. Elle fait partie des espèces vivaces sous arbustives buissonnant de 20 à 70 cm, à
tige et rameaux ligneux sur leur plus grande longueur. Ses feuilles sont persistantes, ovales ou lancéolées,
épaisses, crénelées, d'un vert blanchâtre à cause d'un revêtement de poils laineux ce qui lui confère un aspect
nacré.

3- Contexte écologique et agroclimatique de l'espèce


La Sauge, vu sa diversité spécifique, est retrouvée à l'état spontané dans de nombreux départements L'aire
géographique de la Sauge officinale s'étale sur l'Europe centrale et méridional, l'Asie occidentale, l'Afrique
septentrionale, l'Hoggar et la Macaronésie. Elle est souvent appelée "Sauge dalmate" car elle est très largement
cultivée en Dalmatie (Croatie) située au nord de la Yougoslavie, prés de la côte adriatique. Elle pousse dans les
clairières des forêts, des les broussailles, les pâturages, les steppes des plaines, les hauts plateaux et dans les
montagnes jusqu'à 2500 m.

Selon CROOKS et SIEVERS (1941, cité par Boutnine 1992) la Sauge résiste à des températures
hivernales qui descendent jusqu'à 0 °F (-18 °C). Par contre EMBONG et al (1977, cité par

11
Boutnine, 1992) affirme avoir des mortalités de 80% causées par le froid sur une culture de Sauge officinale en
Alberta (Canada) laissée sans protection hivernale. Aussi, des travaux menés en Suisse, sur deux sites
montagnards, climatiquement différents (voir tableau), ont monté que la Sauge officinale est sensible au froid en
deuxième année de culture sur le site de Bruson, gélif à l'arrière automne.

Altitude Température Précipitations


(moyenne annuelle) (moyenne annuelle)
ARBAZ 920 m 8 °C 600 mm/an
BRUSON 1060 m 6.7°C 921 mm/an

4. Culture de l'espèce
Certes la Sauge est une plante peu exigeante mais l'optimisation de sa culture est tributaire d'un certain nombre
de facteurs.

 L'amélioration génétique :

L'amélioration génétique s'est imposée dés que l'espèce a fait son passage de l'état spontané à une culture
intensive. En effet, on note dans ce sens la sélection de Salvia fructicosa Mill. Issue d'une population sauvage.
PUTIEVSKY et RAVID (1987, cité par Tarfaoui 1989) affirment qu'elle procure un rendement en feuilles
fraîches, feuilles sèches et en huile essentielle dépassant celui de Salvia officinalis L. Cette dernière a été
également sujet à des travaux de sélection clonale à base d'un ensemble de caractères morphologiques, productifs
et qualitatifs (Allessondro et al ,1992). La Sauge américaine, cultivée en Californie, Washigton et Oregon, qui
était au début de qualité inférieure à celle importée de Dalmatie, a subit des travaux de sélection au département
américain d'agriculture. Ces chercheurs ont réussi à produire une excellente qualité de Sauge véritable (sauge
officinale) qui est tout à fait comparable à celle de Dalmatie (Boutnine, 1992).

 La multiplication :

La Sauge se multiplie par semis, boutures, marcottes mais surtout par division de touffe. Les boutures se
font en mars ou novembre avec des rameaux de l'année; les marcottes pendant la belle saison. Pour le semis,
procédé le moins coûteux il peut être fait en sur couche au printemps (mars-avril). On repique en mai-juillet pour
une mise en place en octobre. Les semences sont disponibles dans le commerce mais les informations qui les
concernent sont rares. On fait donc recours le plus souvent au bouturage pour contrecarrer à ces problèmes de
disponibilité des semences ainsi qu'à des défauts d'hétérogénéité. La durée de la faculté germinative des graines
serait de 3 à 7 ans.

 La conduite :

Sous abris, les graines sont semées de 4 à 8 semaines avant les dernières gelées. Lorsque les semis ont 5 à
8 cm de hauteur et deux séries de feuilles, on doit rempoter dans des pots de tourbe de 8 cm. Le plant est robuste
lorsqu'il présente des tiges multiples. En zones gélives, les plants peuvent être transplantés dés que le gel est
terminé et que le sol est réchauffé.

A l'extérieur, on peut semer superficiellement sur couche au printemps pour repiquer en mai et planter
définitivement en octobre à 40 cm d'écartement suivant des lignes distantes de 80 cm. Les mêmes distances sont
appliquées dans le cas des éclats ou des boutures avec arrosage jusqu'à reprise complète et des binages et
sarclages pour l'entretien de la culture. On effectue généralement trois binages par saison; on enfouit du fumier
de ferme en automne; quand on emploie des engrais chimiques on les enterre en avril au premier binage. Les
plants doivent être taillés au printemps de la deuxième année en coupant la moitié de l'arbrisseau pour éliminer
les vielles pousses et stimuler les jeunes. Il est aussi recommander de protéger les plants à la fin de l'automne en
les entourant de feuilles ou d'autres matières organiques. Une plantation bien entretenue peut durer au maximum
une dizaine d'années mais il est recommandé de renouveler la plantation tous les deux à trois ans car le
rendement diminue après. Au Maroc, la culture de Sauge est conduite en irrigué ou en bour.

 La récolte :

En Dalmatie où on produit le meilleur type de sauge, la récolte commence tôt en juin, dés que les plants
sont assez développés et continue tout au long de la saison sèche jusqu'au début de septembre. Aux USA, on
peut effectuer une seule bonne récolte en première année; cependant elle est meilleure pendant les cinq ou six

12
années suivantes avec 2 à 3 coupes par an. A Rabat on a obtenu 7 à 8 kg de sommités fleuries séchées et 18 à 20
kg de feuilles à l'are soit distillées 6 à 6.6 kg d'essence à l'hectare.

 Le séchage :

Fragile, la sauge doit être séchée lentement à l'ombre dans un endroit bien aéré sur une claie ou un tamis
car son huile essentielle est très volatile. Elle doit être conservée dans des containers hermétiques.

5. Composition de l'huile essentielle de la Sauge


Différents travaux effectués depuis des années ont aboutie à l'identification au sein de l'huile essentielle
de Sauge de composants appartenants aux familles chimiques suivantes :

 Cétones monoterpéniques: alpha et béta-thujone, camphre.


 Hydrocarbures monoterpéniques: alpha-pinéne, camphéne, sabinéne, myrcéne, alpha-terpinéne,
limonéne, gamma-terpinéne et terpénolène.
 Terpènes oxygénés: 1-8 cinéole, oxyde de caryophyllène.
 Sesquiterpènes: alpha-humulène, béta-caryophyllène.
 Sesquiterpènes alcooliques : viridiflorole.
 Alcools terpéniques : linalol, terpinène 1-ol-4, bornéol, alpha-terpinéol.
 Esthers: acétate de bornyl.

Guenther E. (1949, cité par Chopra et al 1960) a signalé que l'essence de Sauge dalmate contient du salvéne, du
d-alpha-pinéne,du cinéol, du d-béta-thuyone, du bornéol et d-alpha-camphre. De son côté, Boutnine (1992)
rapporte que les constituants majeurs de l'huile essentielle de Dalmatie, Yougoslavie, Albanie et Maroc sont 1-8
cinéole, alpha et béta -thuyone et le camphre, avec des concentrations nettement distinctes (tableau 1)

Tableau 1: Composition chimique de l'huile essentielle de la Sauge officinale de différentes origines

Pays Dalmatie Albanie Yougoslavie Maroc


Auteurs VERNIN et all VERNIN et all KUSTRAK et al BELKAMEL et al
Constituants % (1986) (1986) (1986) (1988)
Cinéole 1-8 12,00 8,20 10,93 10,50 - 13,00
Alpha-thuyone 37,15 23,40 24,57 2,50 - 3,00
Beta-thuyone 14,20 3,45 13,98 23,00 - 26,00
Camphre 12,30 22,45 12,35 15,00 - 18,00

D'autres travaux sur la sauge du jardin expérimental des USA, de celle de Dalmatie, Albanie et
Allemagne ont été effectués et ont abouti aux résultats suivants (tableau 2) :

6. Rendement en huile essentielle de la Sauge:


L'huile essentielle de la Sauge est obtenue généralement par entraînement à la vapeur d'eau, parfois par
hydrodistillation. Cette huile essentielle est un liquide jaune à incolore dont l'odeur est caractéristique, camphrée,
un peu épicée et de saveur piquante et amère. Les auteurs rapportent des rendements distincts selon les localités,
les saisons et bien d'autres facteurs. En effet, GUENTHER E. (1949, cité par Chopra et al 1969), confirme que la
Sauge en début de récolte (juin) peut fournir jusqu'à 2% d'essence volatile, mais vers la fin de la récolte
(septembre) ce chiffre tombe à 0,7% environ. Le taux moyen est de 1,4%. Belkamel (1989) a fixé ce taux entre
2,5 et 0,25% pour la plante sèche, alors qu'avec de la matière fraîche on obtient des taux de 0,56 à 0 8%.Dans la
république slovaque, HOLLA et VAVERKOVA (1993), ont retenu des rendements de 1,83; 1,45 et 2,11% sur
trois localités différentes. Il y a aussi des variations significatives entre les différentes parties de la plante: fleurs,
feuilles et tiges.

13
Culture du thym

1. Historique
Le thym est originaire de l'Europe méridionale, connu depuis toujours sur l'ensemble du bassin
méditerranéen. Les Egyptiens et les Etrusques l'utilisaient, mélangé à d'autres ingrédients, pour embaumer leurs
morts. Dans la Grèce ancienne, le Thym est utilisé en profusion comme parfum stimulant que les grecs versaient
dans leurs bains ou dont ils s'imprégnaient le corps. Le Thym était un symbole de courage, d'élégance et de style.

Utilisé en infusion, fumigation, gargarisme, compresse, le Thym possède une longue et flatteuse
renommée thérapeutique prônée par les Sumériens il y a plus de 5000 ans. Les herbalistes du XVIème siècle
n'hésitaient pas à donner une longue liste de tous les maux qui peuvent être traité par le Thym, depuis les
crampes abdominales, les hoquets jusqu'aux morsures de n'importe quelle bête venimeuse. Aujourd'hui, le Thym
est plutôt recherché pour ses propriétés antibiotiques (remplacer la pénicilline) et antiseptique grâce au thymol
(puissant antiseptique).

2- Taxonomie et description botanique


Le Thym appartient à la famille des labiées, particulièrement au genre Thymus. Ce dernier était sujet à
de nombreuses classifications citant celle de BENTHAM et de BATTADIER. Il existe plus d'une centaine
d'espèce de Thym dont les connues sont:

 Thym vulgaire Thymus vulgaris.

Sous arbrisseau plutôt rampant de 0.1 à 0.3 m dont les tiges sont minces, tortueuses, dressées avec des
rameaux grisâtres. Les feuilles sont petites roulées sur le bord, sessiles, lancéolées ou linéaires, opposées,
veloutées, ovales, courtement pétiolées, luisantes, de 6 à 12 mm. L'inflorescence est en glomérule ovoïde ou
globuleux. Les fleurs sont petites, rosées ou blanchâtres, groupées en épi, avec calice velue, gamosépale, bilobée
à 5 loges dont deux aiguës et corolle gamopétale bilobée, la lèvre supérieure à 2 lobes dressées et planes,
l'inférieure à 3 lobes séparées et étalées et 4 étamines.

Des travaux sur la biologie du Thym vulgaire ont rapporté qu'il est caractérisé par la présence de plantes
mâles dont les fleurs femelles ont toujours un androcée réduit et ne produisent jamais de pollen et de plantes
dites mâles fertiles dont les fleurs sont généralement hermaphrodites. Les fleurs hermaphrodites sont
protérandres: elles s'épanouissent alors que les organes femelles ne sont pas réceptifs. Il en résulte que le nombre
de graines formées par fleurs est souvent faible, de l'ordre de 0.2 à 0.5 en moyenne (Assouad et Valdeyron
1975).

 Thym citron Thymus citriodorus Chitt.

C'est un hybride sexuel issu du croisement de Thymus pulegiiîdes x Thymus vulgaris. Il se présente sous
forme de sous arbrisseau de 10 à 50 cm de hauteur en touffe rampante, à pousses plus ou moins érigées. Les
feuilles sont ovales arrondies à odeur de citron.
Les inflorescences sont oblongues comportant des fleurs lilas pâles.

 Thymus herba barona Lois.

Endémique de la Corse et la Sardaigne, c'est un sous arbrisseau vert de 10 à 30 cm. Les tiges sont
ascendantes; les feuilles vertes non enroulées, ponctuées de glandes, ovales, lancéolées à court pétiole ayant une
odeur très agréable. Les fleurs sont roses ou blanches.

 Thymus alpestris Tausch.

Stolonifère, les rameaux florifères sont régulièrement disposés sur les tiges couchées. Les feuilles sont
grandes, ovales, glabres sur les deux faces. Les inflorescences sont en épi allongées.

 Thymus britannicus Ronn.

Indigène, c'est une plante sans stolons portant des feuilles petites, velues en dessus et rigides. Ses tiges
quadrangulaires.

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 Thymus marschalianus Willd.

Originaire d'Europe, ce Thym a des rameaux ascendants ramifiés de 10 à 30 cm de hauteur.


Les feuilles sont ovales, lancéolées et ciliées.

 Thymus nervosus Gay.

Ce Thym est sous ligneux à la base, d'une hauteur de 5 à 15 cm, formant des gazons très compacts. Ses
feuilles sont étroites, imbriquées, linéaires, glabres et ciliées seulement à la base.

 Thymus praecox Opiz.

Sous forme de touffe assez lâche, les tiges sont cylindriques, stolonifères. Les feuilles sont petites, ovales,
arrondies et ciliées.

 Thymus serpyllum L.

Connu sous le nom de Serpolet, c'est une plante vivace herbacée, ayant des tiges couchées radicantes plus
ou moins stolonifères, formant un gazon plus ou moins dense. Les rameaux sont quadrangulaires et velus,
portant des feuilles petites, linéaires, oblongues, velues ou ciliées, persistantes et odorantes. Les cultivars de
Serpolet les plus intéressants au point de vu horticole sont: Albus (fleurs blanches), Coccineus (fleurs rouges),
Lanuginosus (très gazonnante, avec feuilles entièrement couvertes de longs poils blancs argentés).

Le Maroc compte environ 23 espèces de Thym dont les plus connus sont :

T. vulgaris
T. serpyllum L.
T. heisperidum Maire.
T. algeriensis Boiss. et Rent.
T. maroccanus Ball.
T. satureioîdes Cosson
T. serpylloîdes Bory subsp.gadorensis ( Pau ) Jalas
T. zygis L.P.XXIX
T. broussenetii Bois. P. XXXX
T. pallidus (Hmamouchi 1999).

3. Contexte écologique et agroclimatique de l'espèce


Le thym vulgaire est cultivé en Europe méridionale et centrale et se retrouve à l'état subspontané et
naturalisé sur les coteaux arides jusqu'à 1500 m. Au Maroc, on le rencontre dans les rocailles calcaires des
montagnes, principalement du le Rif oriental et occidental, de la Moulouya à oued Laou, y compris l'Atlas Rifain
(Hamouchu, 1999).

Le thym est une plante mèsothermophile: affectionnant un climat moyennement chaud. Cependant, il
existe des cultivars de Thym très résistants notamment les variétés-population de Thym vulgaire de race
allemande mais qui ont le défaut d'avoir une faible homogénéité et une qualité moindre.
Mais des travaux de sélection ont aboutie à l'obtention d'hybrides (clone Valdotain x clone Allemand) qui
présentent une résistance au gel très intéressantes. En effet, 98% des plantes ont été indemnes à faiblement
gelées (25%) dans la station d'Arbaz; sur Bruson, 0 à 12.5% des plantes ont été affectées à 100% (REY, 1991).
Il est à noter que même gelé à 20-25%, le Thym se rétablie parfaitement et ne subie pas de perte de rendement.
Le thym a besoin de soleil en culture intérieure, il requiert un minimum de 5 heures d'ensoleillement ou 12
heures de lumière artificielle. Il préfère les situations chaude, ensoleillées; avec un sol calcaire, bien drainé,
légers et pierreux.

4. Culture de l'espèce
Malgré sa présence à l'état naturel la culture du thym est de nos jours pratique courante dans de
nombreuses parties du monde.

15
 La multiplication :

Le Thym se multiple par divers procédés passant par le semis, la division de touffe, le marcottage et le
bouturage. Cependant, les clones de Thym vulgaire issus de division de touffes ou de bouturage ont le
désavantage d'être coûteux et de connaître des problèmes de dépérissement liés à l'enracinement adventif et
superficiel des boutures; alors que, le semis offre un enracinement puissant et plongeant (REY C. 1994). Le
Thym citron se reproduit surtout par éclats de souches ou par bouturage au printemps et à l'automne.

Il est à noter que des travaux de multiplication par microbouturage ont été effectués dans la station
fédérale de recherches agronomique de Changins sur un clone sélectionné de Thym (clone 87/35). Ces études
ont été entreprises dans le but de mettre au point une méthode de propagation rapide et fiable des têtes de clones
de Thym sélectionnées du fait que ces dernières se prêtent encore difficilement à la reproduction par voie
végétative traditionnelle. En effet, des microboutures de 1 cm de longueur, comportant un nœud, ont été mises
en culture. Le milieu nutritif CMS (collet 1985), contenant des sels minéraux et dépourvu de régulateurs de
croissance a permis le développement des meilleurs explants. Ces dernières ont montré un meilleur enracinement
avec des racines adventives longues et bien distribuées dans le substrat. Au bout de 4 à 5 semaines, ces
microplants peuvent servir de matériel de base pour d'autres cycles de multiplication. Ainsi, pourvu d'un
système racinaire bien développé et après un mois in vitro, ils sont transférés en serre d'acclimatation. UN
environnement saturé d'humidité est nécessaire durant les trois premiers jours pour acquérir le fonctionnement
des stomates. En procédant ainsi, plus de 90% des microplants ont réussi à passer des conditions in vitro à un
environnement naturel tout en conservant les mêmes caractères morphologiques du clone parent.

 La conduite :

La plantation s'effectue à tout les 30 cm en lignes distantes de 50 à 70 cm. A chaque printemps, il est
préférable d'engraisser la terre avec de l'engrais ou de la poudre d'os et de couper la plante de moitié pour
favoriser l'apparition de nouvelles pousses. Par contre, il est déconseillé de mettre de l'engrais durant l'été car cet
apport rend la plante fragile à l'époque des gelées. L'arrosage ne doit pas être effectué que lorsque la terre se
dessèche. La taille des extrémités des tiges est recommandée chaque mois. Durant la mauvaise saison, le Thym
citron suscite en climats tempérés une protection hivernale. Il faut renouveler les plants tous les 3 à 4 ans par
bouturage ou éclats de touffe sinon la tige devient trop ligneuse et les feuilles perdent leurs goûts
caractéristiques.

5. Composition de l'huile essentielle du Thym

Le Thym contient des pentosanes (10%) et plus de tanins, une substance amère, une résine, une saponine
et de l'essence en proportion très variable suivant les provenances. La composition de cette essence ne varie pas
moins, en tout cas elle se distingue de celle du Serpolet par sa forte teneur en Phénols. Ces phénols sont au
nombre de trois :

- le Thymol dont on trouve 20 à 25 % dans l'essence française (taux insuffisant pour une exploitation
industrielle très avantageuse).
- le carvacrol, son isomère liquide dont la proportion par rapport au Thymol varie jusqu'aux extrêmes limites
(0 à 100 %)
- le troisième phénol mal connu, tournant au vert-noirâtre par le perchlorure de fer.

On trouve en outre dans l'essence du thym du Cymén, du Pinéne, du Bornéol et du linalol (FOURNIER,
1948).

Selon REY (1992), on distingue sept chemotypes de thym différents: le 1-8 cinéole; le géraniol; le
linalol; L' alpha-terpinéol; le thymol; le carvacrol et le thuyanol-4.

Le chémotype thymol est retrouvé uniquement dans les localités chaudes et sèches du bassin
méditerranéen; contrairement au chemotype géraniol qui se restreint aux zones les moins chaudes et les plus
humides du bassin. Entre ces deux situations extrêmes existent les autres chemotypes. Les relations de
dominance entre ces types se fait dans l'ordre suivant: géraniol > alpha-terpinéol > thuyanol-4 > linalol >
Carvacrol > thymol. En effet, après fécondation, le type thymoldonne lieu uniquement à une descendance du
même chemotype; alors que le type géraniol peut produire des individus de tous les chemotypes.

Au Maroc, une étude chimiotaxonomique des thyms d'origine marocaine a révélé la présence de cinq
chémotypes différents (tableau 1)

16
5. Rendement en huile essentielle du thym : L'essence de "Thym" est obtenu par
distillation du Thymus vulgaris ou Thymus zugis. Sur le marché on distingue deux catégories d'essence:
l'essence de Thym brute, connue généralement sous le nom d'essence rouge et l'essence de Thym blanche qui
peut être soit le produit d'une redistillation de l'essence rouge soit un mélange arbitraire d'essence de Thym
rouge et de plusieurs composés obtenus indépendamment (Anonyme, 1993). Chopra et al (1960), rapportent
que le Thym peut fournir de 1 à 2,6% d'essence volatile rouge-orangé. La sélection suisse de Thym vulgaire
"Varico" atteint 3,9% volume/poids d'huile essentielle en moyenne sur cinq récoltes (REY CH. 1995).
Fournier (1948), affirme que la plante fraîche de Thym peut fournir dans certaines régions jusqu'à 0,9% et
sèche jusqu'à 2,60%.

17
Le basilic
1. Historique
Le Basilic est une plante connue depuis l'antiquité. Elle est originaire de l'Inde, de l'Asie tropicale et des
îles du pacifique. De ces zones, le Basilic s'est propagé dans l'ensemble de l'Asie et jusqu'en Egypte il y a déjà
4000 ans; puis il est remonté à Rome et s'est étendu à toute l'Europe méridionale. Il n'atteint l'Angleterre qu'au
XVIème siècle et touche l'Amérique un siècle plus tard avec les premiers émigrants.

Le Basilic était considéré comme herbe royale que seul le souverain a le droit de récolter. Les Romains
l'associer dans certains rites religieux comme symbole de la fertilité. L'association du Basilic au sacré se retrouve
dans les rites mortuaires. En effet, il fait partie des dizaines d'herbes et d'épices qui entrent dans le processus de
la momification en Egypte. Par analogie, le Basilic était considéré comme signe de mort dans la Grèce antique.
Les Egyptiens avaient découvert que le Basilic était une herbe bactéricide pouvant servir à conserver les
aliments et de là les morts.

2. Taxonomie et description botanique


Le Basilic est une plante aromatique mentholée de la famille de Labiées

 Nom latin : Ocimum Basilicum, Ocimum tonuiflorum, Ocimum sanctum


 Nom français : Basilic, herbe aux sauces, herbe royale, balicot (dans le midi de la France)
 Nom arabe : Alhabaq, Badruj
 Marocain : LeHabaq, Hbaksagir
 Nom anglais : Basil.

C'est une plante herbacée annuelle trapue à port buissonnant, possédant une tige anguleuse, ramifiée,
portant des feuilles pétiolées, lancéolées, opposées, vertes plus ou moins foncé et parfois légèrement rougeâtres.
Elles ont de 3 à 5 cm de longueur. Dans la région supérieure de la tige, ces feuilles axillent des verticilles impairs
de fleurs blanches, rosées ou flavescentes. Les fruits sont des tetrakénes (Hmamouchi 1999).

Il existe plus de 50 à 60 variétés de Basilic mais deux types se retrouvent communément sur le marché :

- Basilic à petites feuilles (Basilic fin vert)


- Basilic à grandes feuilles (Basilic grand vert)

Quoique le Basilic vert soit le plus connu, il existe des variétés pourpres très décoratives :

- Basilic pourpre frisé aux feuilles ridées et très dentelées


- Basilic pourpre opale dont les feuilles plus ternes et moins dentelées que sa consœur, possédant un arrière
goût de
gingembre fort apprécié.

3. Contexte écologique et agroclimatique de l'espèce


Le Basilic est une plante des climats tempérés (annuelle) et tropicaux (vivace), vu son origine asiatique.
Au Maroc, on le cultive pendant la belle saison dans les jardins ou en pot sur les terrasses pour son parfum suave
et sa capacité d'éloigner les moustiques. Il fleurit en juin - septembre. Pour un bon développement, il exige un
ensoleillement maximal; il a besoin d'un minimum de 5 heures d'ensoleillement par jour ou 12 heures de lumière
artificielle.

Les minimas de température très bas (< 8°C) lui sont très néfastes; il est aussi sensible au gel, ce qui rend
sa culture impossible sans protection hivernale. Sur le plan édaphique, le Basilic préfère les sols légers, bien
drainés et riches en compost. Il requiert également une terre bien humidifiée mais il devient maussade s'il est
implanté en sol trop humide.

4. Culture de l'espèce
Dans le cadre d'un programme de développement des produits naturels d'origine végétale, une équipe de
chercheurs de la république du Guinée ont établi une fiche technique de la culture du Basilic.

18
 La pépinière :

On préconise pour l'installation de la pépinière :

- Choix du terrain: sol fertile de préférence sur coteau ou à proximité d'un point d'eau intarissable
suffisamment drainé.
- Défrichement: à la fin de la saison sèche afin que toutes les herbes soient bien brûlées ou remuées avec la
terre avant
le début des pluies.
- Labour et pulvérisation: après le défrichement.
- Confection des planches: sur une longueur de 3 m et une largeur de 1.5 m, 20 planches sont nécessaires
pour un hectare de culture. La hauteur des planches varie de 20 à 40 cm suivant le degré d'humidité du lieu
choisi. Les planches sont ameublies et débarrassées de tous débris et enrichies par l'apport de matière
organique bien décomposée pour accélérer la poussée des graines et le développement des jeunes plants. Il
est recommandé d'arroser abondamment les planches pendant 5 à 7 jours avant le semis.
- Semis : deux modes de semis peuvent être effectués:
- En lignes : jumelées sous forme de raies tracées verticalement ou horizontalement sur la planche, distant de
15 cm à une profondeur de 1 à 2 cm environ en évitant tout encombrement en une même place.
- A la volée : en mélangeant les graines à la terre puis éparpillées sur toute la planche. Cette deuxième
méthode s'est
avérée plus favorable à la levée de jeunes plants.
- Arrosage : Abondant matin et soir; la levée commence 3 à 4 jours après le semis et s'étend sur une dizaine
de jours

Le séjour en pépinière peut durer 25 à 40 jours; les plants ayant 6 à 10 cm de hauteur sont aptes à la
transplantation. La quantité de semences estimée par hectare est de 1 kg. La pépinière doit être clôturée et
protégée contre les pluies battantes et régulièrement débarrasser des mauvaises herbes qui ne doivent pas
dominer les jeunes plants et les gêner dans leur développement.

 La conduite en plein champ :

Le choix du terrain se fait de préférence sur coteau, avec des sols légers, humifères, semi-hydromorphes à
hydromorphes temporairement. Un défrichement avant les pluies, un labour d'une profondeur de 15 à 20 cm et
des pulvérisations sont effectués avant la transplantation des jeunes plants de la pépinière. En système mécanisé,
le traçage des lignes de plantation de fait suivant des densités de 0.5 m qu 0.3 m et de 0.4 m x 0.3 m en système
manuel. On effectue un poquetage suivant les écartements choisis et une profondeur de 12 cm. Ces poquets sont
ensuite remplis à moitié de matière organique suffisamment décomposée (100g-120 g/poquet, 6-7 T/Ha). Après
la fumure, on arrose abondamment le terrain pendant une semaine pour corriger l'acidité de l'engrais organique.

Au repiquage, on enfouit l'engrais dans un mélange de terre avant la mise en place et on enterre le plant à
la limite du collet (NIANGA et al, 1995). Le passage de la pépinière peut être remplacé par des semis directs au
printemps dans un mélange de terre enrichi de compost à 6 mm de profondeur en rang espacé de 60 cm. Lorsque
les plants ont atteint 5 cm de haut, il est nécessaire d'éclaircir les semis en créant un espace de 30 cm entre
plants. Le pincement de l'extrémité du plant est effectué une fois qu'il a une hauteur de 15 cm pour le rendre plus
vigoureux et obtenir une croissance plus dense. Des travaux d'entretien, binage, sarclage et battage sont
nécessaires dés la troisième semaine après transplantation. Un deuxième apport d'engrais est préconisé après la
première récolte pour l'entretien du plant et sa préparation en vue de la seconde récolte.

 La récolte :

Elle a lieu 8 à 12 semaines après la transplantation et quand le plant a atteint son développement normal.
Il faut récolter avant que les fleurs montent en épi, sinon le Basilic perd de son piquant, en s'assurant que le plant
conserve une hauteur minimale de 15 cm pour maintenir sa croissance et une double paire de feuilles. Il est à
signaler que les jeunes pousses ont plus de saveur. On préconise 2 à 4 récoltes suivant la nature du sol et les
conditions climatiques. Dans les conditions guinéennes, on a pu obtenir 1 kg de matière sèche/m² ce qui
correspond à 15 g d'huile essentielle/m2.
.

19
Chapitre VII
La menthe
(Mentha sp)
La menthe cultivée est une plante très consommée au Maroc (aromatisation du thé) ; les menthes
constituent le 3ème marché de l’aromatique après la vanille et les citrus. Les besoins de l’Union Européenne sont
assurés par les importations à raison de 99 %, soit 900 tonnes environ d’huiles essentielles. Sur le plan
commercial, la demande provient d’abord du secteur de l’herboristerie médicinale, puis avec le boum de
l’industrie chimique à la fin du 19 ème siècle, on s’est intéressé aux plantes à huile essentielle et particulièrement à
la menthe (GILLY, 1989 a).

Au niveau du Maroc, il existe déjà une activité relativement importante dans la production des huiles
essentielles. Grâce à sa situation privilégiée dans le bassin méditerranéen, le Maroc bénéficie d’un climat très
favorable. La valeur de nos exportions dans ce domaine s’élèvent en 1983 à 47.440.481 DH (BENJILALI,
1986). Notre potentiel dans ce domaine est énorme, mais nos connaissances restent limitées, qu’il s’agisse des
normes, de ces produits, de leurs compositions chimiques ou, d’une façon générale, de la qualité marchande de
notre production effective ou potentielle.

I. HISTORIQUE DE LA MENTHE

Les menthes font partie de ce grand cortège de plantes, héritage de hautes civilisations du passé antiquité,
comme le safran, la coriandre et toutes autres plantes à parfum aromatiques et médicinales ; leur emploi remonte
à la plus haute antiquité ; elles sont très anciennement cultivées au Maroc et la thérapeutique du moyen âge fait
fréquemment appel aux diverses espèces de ce genre (Mentha). Mais la culture systématique d’une menthe
sélectionnée en vue de l’extraction de l’huile essentielle ne débuta que vers 1750 à Mitcham, au sud de Londres.
Cette culture se développa rapidement et constitua jusqu’au milieu du 19 ème siècle un véritable monopole
(PEYRON et al ; 1984) ; en effet, le succès de la menthe Mitcham ayant provoqué une demande sans cesse
accrue, la culture industrielle de ce type de menthe (menthe poivrée) se répandit dans un certain nombre de pays,
d’une part aux Etats-Unis à partir de 1825, d’autre part et progressivement dès la fin du 19 ème siècle et le début
du 20ème siècle, dans plusieurs pays européens (Hollande, France, Italie, Hongrie, Bulgarie, etc…) (Roger,1984).

Au Maroc, la menthe est très anciennement utilisée en médecine traditionnelle, ainsi que pour
l'aromatisation du thé. Depuis la colonisation française, la France tenta de développer l’industrie de la menthe
poivrée et crépue au Maroc. Certaines zones conviennent éminemment à la culture de la menthe poivrée  ; la
plaine du Rharb, avec son sol alluvial fertile, a contribué à une production en huile essentielle estimée à 5 tonnes
en 1946. D’autres régions sont favorables telles que le sud de Tiflet et Khémisset, avec Maaziz. En 1986, la
superficie cultivée était de 1305 ha (MARA, 1986). Le matériel végétal était importé de la France et de
l’Algérie ; la qualité de l’huile est très bonne (GUENTHER, 1948a).

II. IMPORTANCE DE LA CULTURE DE LA MENTHE.

Cette production, modeste par rapport aux grands marchés agricoles, serait bien acceptée puisque l’on
cultive une plante alimentaire, certes, mais qui fait un grand détour par l’industrie du parfum et la chimie fine.
Par exemple, le prix du kilogramme d’huile essentielle de menthes poivrées passe de 100 FF à la sortie du
champ ; à 700 FF à la sortie de l’usine (GILLY, 1989 a).
Les menthes étaient utilisées dans des buts thérapeutiques au 16ème et 17ème siècle (ROGER, 1984) ; actuellement,
elles sont employées dans plusieurs domaines.

1. Usages médicaux de la menthe

 Menthe poivrée : c’est la menthe médicinale par excellence, elle stimule la sécrétion des sucs digestifs,
limite les ballonnements et les diarrhées, stimule la sécrétion biliaire.
 Menthe crépue : efficace en cas d’inappétence, de troubles gastriques, de crampes etc…
 Menthe pouliot : agit comme digestif, carminatif, cholagogue et désinfectant (FOURNIER, 1976).

2. Usages des essences de menthe

Les menthes doivent leur odeur et leur activité à leurs huiles essentielles qui ont une place particulière
dans l’ensemble des produits aromatiques d’origine végétale; grâce à certaines propriétés spécifiques, les besoins
en produits de la menthe sont multiples, tant leur flaveur (aromatisation) que pour leur odeur (parfumerie) leur

20
pouvoir rafraîchissant ou leurs propriétés médicinales. Leurs qualités sont strictement choisies en fonction de ces
usages (ROGER, 1984). Mais c’est en aromatisation que sont consommés les plus gros tonnages  : gommes à
mâcher, chewing-gum, tabacs parfumés et cigarettes mentholées, boissons, confiseries, liquosterie, sirop,
chocolats…

En parfumerie et cosmétique, les produits à base de menthe ont connu un développement spectaculaire
avec les pâtes dentifrices, bain de bouche, crèmes, rouges à lèvres, les mousses à raser, les «after-shave».

En pharmacie, les propriétés stimulantes, toniques, antiseptiques anesthésiques, sont valorisées en plus de
l’action aromatisante. Enfin, certains composants des essences de menthe sont utilisés dans des hémi-synthèses
pour la fabrication de dérivés apparemment plus sophistiqués (PEYRON et al., 1984).

II. LA PLANTE.

1. Identification

La menthe est une plante vivace qui fait partie de la famille des labiées, du genre Mentha et du groupe
systématique des Dicotylédones ; cette famille comprend environ 3000 espèces : thym, lavande, romarin,
basilic…

Les principales caractéristiques de ces espèces sont :

- une tige quadrangulaire.


- des feuilles simples et opposées.
- une odeur caractéristique qui se dégage par simple attouchement. 

La localisation des huiles essentielles est très externe ; elles se forment dans des poils à essence et se
localisent dans les tissus épidermiques (PATRICK, 1985).

Dans un ancien livre de médecine du 15 ème siècle, PLATEARIUS (1986) cite quelques menthes, dans une
grande confusion de description et de dessin. Les botanistes du 18 ème et du 19ème siècle : LINNE, LAMARCK,
SOLE, (1798), BRIQUET, GRAHAM, SMITH (1800), BAKER, essaient de mettre un peu d’ordre; MORTON
introduisa la caryologie et LAWRENCE, la chimiotaxonomie (GILLY, 1989a).

La systématique du genre Mentha apparaît particulièrement complexe en raison de multiples possibilités


d’hybridation entre les diverses espèces, et l’identification de la menthe à l’aide des seules données anatomiques
et morphologiques est insuffisante. Il faut faire appel aux caractères chimiques (JULIEN et al , 1985 ). Le genre
Mentha comporte plus de 25 espèces, lesquelles se subdivisent à leur tour en sous-espèces, formes, variétés,
sous-variétés, cultivars et sélections (ROGER, 1984). A ces notions botaniques vient se joindre la notion récente
de chimiotypes ; c’est ce dernier qui fera la valeur commerciale de la plante cueillie ou cultivée (GILLY, 1989a).

Dans une première approche, il est difficile de distinguer les différentes espèces de menthe sur la base de
la morphologie de la feuille.

Les espèces ayant une importance commerciale sont présentées comme suite :

a- Les menthes spontanées

Ces menthes ont un rendement en huile essentielle de 0,1 à 0,01 pour cent de matière fraîche. Pour être
cultivées, elles doivent être domestiquées (GILLY, 1989). On rencontre 5 espèces : M. pulegium L. M. arvensis
L., M. aquatiqua L., M. longifolia, M.suaveolens Ehr.

-Mentha pulegium L. (Menthe pouliot) répandue au Maroc à l’état spontané, c’est une plante fertile et
la descendance semble assez homogène (GILLY, 1989 a). Elle se distingue des autres menthes par son port étiré,
ses tiges en partie couchées sur le sol, ses fleurs rosées disposées au long de la tige et des rameaux, le calice est
obstrué par des poils connivents. La plante peut atteindre une hauteur de 30cm (FOURNIER, 1976).
LAWRENCE (1980), a trouvé que cette espèce à 3 chimiotypes.

Mentha arvensis L. appelée en France «Menthe des champs» ou «Menthe du Brésil» et en Amérique
«Corn mint». C’est une plante à inflorescence verticillée et feuille pétiolée (GILLY, 1989 a). Le limbe prend un
aspect ovale et atteint 10 cm de long et 4 cm de large. C’est la seule espèce native des USA. Toutes
21
les autres espèces de menthe ont été introduites. Elle prospère dans les habitats humides. La tige dressée peut
atteindre 80 cm de haut.

-Mentha aquatica L. (Menthe aquatique) : plante vivace à odeur forte. Cette espèce peut croître dans
l’eau. Les feuilles ont un pétiole à limbe denté ; les fleurs sont roses ou rarement blanches (YLLERA, 1969).

b- Les menthes cultivées.

C’est parmi les nombreux hybrides que l’homme fera au cours des siècles sa sélection : arôme agréable, vertus
médicinales, forte teneur en huile essentielle, rendement élevé au champ, résistance aux maladies et extraction
de l’huile (GILLY, 1989 a).

-Mentha piperita L. menthe poivrée (France), peppermint (U.S.A). C’est un hybride stérile obtenu par
le croisement de M.aquatica L. et M. viridis L. (GUENTHER, 1948 a).

C’est une plante pérenne, fortement aromatique, sans poils, à feuilles d’un vert franc allongées et munies
d’un pétiole à nervures saillantes sous forme de réseau, à inflorescence spicatée, le rendement en HE est de 0,6 à
1,2 % de matière fraîche (GILLY, 1989a). Il existe de nombreuses races, dont deux sont spécialement
recherchées pour la production des huiles essentielles :

-Mentha piperita officinalis, forme rubescent: menthe poivrée blanche (white mint); à tiges rougeâtres,
à feuilles nettement vertes, à fleurs rouge- brunes ; cultivée spécialement en Angleterre

-Mentha piperita officinalis, forme pallescens : menthe poivrée noire (black mint) ; à tige verte franche,
à fleurs Blanches, très largement cultivée en Europe et USA (DIGUE, 1986). SOLE, en avait défini 2 black
mint : la mitcham et une autre plus vigoureuse appelée la hongroise. Aucune caractéristique morpho-
histologique ne peut distinguer ces 3 menthes poivrées (White, mitcham, hongroise). GILLY et ses
collaborateurs (1986) ont montré que ce sont 3 chimiotypes différents ; la composition de leurs huiles
essentielles est présenté dans le tableau 1.

La menthe verte du Maroc a acquis un label international, puisqu’elle est connue sous le nom de «Menthe
du Maroc»

Tableau 1. Composition des essences de M.piperita en % d’huiles essentielles (GILLY, 1989 a).

Mentha peperita Rdt en % Pulegone Menthol Menthone Ac. De Terpène Carvone


1ère récolte à Grasse de matière méthyle
(juillet) Fraîche
Mitchan 1,2 3 38 19 5 6 0
Hongroise 0,48 4 21 41 9 5 0
White mint 0,92 - 38 22 8 10 0

-Mentha viridis L. (Mentha spicata), spearmint (U.S.A), elle a plusieurs noms vernaculaires : menthe
crépue, menthe douce, menthe verte (France). C’est une plante vivace, à inflorescence spicatée, ses épis de fleurs
plus étroits plus allongées et aigus ; les feuilles subsessiles opposées légèrement piquantes. Cette espèce est
obtenue par de multiples croisements de plusieurs espèces de menthes (FOURNIER, 1987). Il existe des formes
stériles et d ‘autres fertiles dont la descendance est relativement homogène.

Par la morphologie on distingue menthe douce à feuilles lisses et à feuilles crispées ; on peut aussi
distinguer les menthes à inflorescence de couleur lilas de celle d’un blanc pur. LAURENCE (1980), a dénombré
3 chimiotypes contenant 3 variétés : Scotch ou highland, Native ou américain et la variété crispata ;

-Mentha rotundifolia L. : c’est une plante de 25 à 28 cm qui a une odeur désagréable à feuilles
rugueuses, sans pétioles ; le limbe est couvert de petits poils ; les fleurs se présentent en verticelle (YLLERRA,
1969).

-Mentha citrata Ehr : ou menthe bergamote (France), c’est un hybride stérile de M. piperita x M.
aquatica qui se conduit comme la menthe poivrée. La plante est fortement aromatisée avec un léger parfum
d’orange. La plante peut atteindre 60 cm de haut et présente une inflorescence capitatée. Elle est cultivée en Inde
(GILLY, 1989a).

22
2. Les exigences.

a- Photopériode

Les jours longs permettent une croissance des tiges et des feuilles ; ils favorisent la stimulation des huiles
essentielles (GUNTHER, 1948 a). Pour fleurir, la menthe nécessite une longueur de jour de 15 heures qui ne
peut pas être achevé au sud du 40° parallèle (MELVYN et al., 1980 ).

b- Température

La menthe craint les basses températures ; elle entre en repos végétatif pendant l’hiver.
La menthe poivrée est une plante pérenne à feuillage caduc ; il est possible qu’elle- ait un léger besoin en froid.
En hiver il semble que les stolons soient très résistants au froid, mais, si le sol gèle profondément et longtemps, il
peut y avoir une destruction mécanique des racines (GILLY, 1989a).

c- Sol

La menthe peut être cultivée dans tous les sols sauf dans les terres trop argileuses, humides et froides en
hiver. Sa culture réussit particulièrement bien dans les sols profonds non compacts, riches en humus et bien
drainés à pH allant de 5,5 à 8 (PATRICK, 1985). Selon RABAK (1916), la menthe poivrée cultivée dans les sols
légers (sableux) produit une huile essentielle avec un pourcentage en menthol plus élevé que dans les sols lourds.

d- Altitude

La menthe poivrée peut être cultivée en climat montagnard, tempéré, humide jusqu’à 900-1000m
d’altitude et en climat montagnard méditerranéen, à condition d ‘arroser pendant la sécheresse d’été (GILLY,
1989 a), En Espagne, MUNOZ (1987) conclut que le meilleur rendement est obtenu entre 1000 et 1500 m
d’altitude.

3. Techniques culturales.

a- Précédent cultural

La menthe est une plante vivace ; elle peut durer jusqu’à dix ans dans le sol, mais il est plus rentable de
faire une rotation après 3 ans, avec des cultures tel que, le blé, le maïs, la pomme de terre ou l’oignon
(GUENTHER, 1948 a).

b- Préparation du champ 

On pratique d’abord un labour profond, avant de reprendre par des façons aratoires qui ameublissent tout
le sol sur une profondeur de 30cm où l’on enfouit le fumier et les engrais de fond (P, K, Ca, Mg, B, selon
l’analyse de sol). Enfin, on prépare le champ selon le mode d’arrosage choisi : à la raie, aspersion, goutte à
goutte, mais il est préférable de tracer à la machine des vaseaux (sillons larges de 15cm et profonds de 10 cm. La
surface du champ doit être parfaitement nivelée et le drainage assuré par un défoncement en profondeur (45 cm)
(GILLY, 1989 a). Il est conseillé d’installer des brise-vents quand le vent est trop contraignant.

c- fertilisation

- Fumure organique : la menthe exige une richesse suffisante en matière organique dans le sol. Par
l’apport de fumier, on améliore la texture du sol ainsi que son pouvoir de rétention en eau. Si l’apport de celui-ci
n’a pas été utilisé sur la culture précédent la menthe, un apport de 30 tonnes à l’hectare s’impose lors du labour
(PATRICK, 1985).

 Fumure minérale :
 Fumure de redressement : calculée selon l’analyse de terre, s’enfuit au moment de labour.
 Fumure d’entretien : on appréciera l’importance des exportations (tableau 2) qu’il faudra
restituer au sol.

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Tableau 2 : Composition minérale de la sommité fleurie, récoltée en juillet à Grasse, en France
(GILLY, 1989 b).

N% P% K% Ca% Mg% Fe (ppm) Mn (ppm)

1,60 0,25 2,90 1,70 0,30 655 72

Les essais de PATRICK (1985) ont permis de mettre en évidence la quantité des divers éléments extraits
du sol par une culture de menthe ; en effet, la partie aérienne exporte annuellement pour quatre tonnes de matière
sèche à l’hectare : 170 Kg/ha d’azote ; 25 Kg/ha de phosphore ; 290 Kg/ha de potassium ; 130 Kg/ha de
calcium ; 17 Kg/ha de magnésium.

 L’azote est apporté mi-nitrique, mi-ammoniacal et fractionné en cours de culture.


 Le phosphore est apporté en phosphore soluble, soit biamoniaque, soit mono potassique.
 Les engrais seront apportés de préférence en arrosage fertilisant à 2 g/l.

Soit, en unités fertilisantes (GILLY, 1989b) :

N P2O5 K 2O
_______________________________________
 Juste avant la plantation ou avant
la sortie des pousses de la 2ème année 80 0 100
 Avec le 1er arrosage 50 100 100
 Après la coupe en 1ére coupe 50 50
 Au labour de fin de 1ère année 0 40 100
_______________________________________________
Au total 180 140 350
_______________________________________________

Les essais de 1975 menés à MILLY (GILLY, 1989) ont fait ressortir des besoins de l’ordre de 100N-150P
et 100 K2O pour un sol très riche en acide phosphorique et bien pourvu en potasse. Les recherches effectuées par
JACKSON et al. en 1983 sont résumés sur les tableaux 3 et 4 :
Tableau 3 : Recommandations en phosphore (JACKSON et al ; 1983)

Phosphore dans le sol (ppm) Phosphore recommandé (kg/ha)


0-20 115 à 165
20-40 75 à 115
Plus que 40 0

Tableau 4 : Recommandations en potassium (JACKSON et al., 1983).

K dans le sol (ppm) K recommandé (kg/ha)


0-100 135-215
100-200 75-135
Plus de 200 0

Par ailleurs, la fertilisation affecte la teneur des composantes chimiques des huiles essentielles de la
menthe poivrée. Ainsi, l’augmentation des doses d’azote réduit le % de menthol et accroît celui de menthone.
D’autre part, le menthol augmente avec des doses croissantes de potassium. Cependant ELLIS et al. (1941) ont
montré que la fertilisation n’a aucun effet sur la composition chimique de la menthe.

Un apport azote continu pendant la saison de croissance est important pour .maintenir la croissance et le
développement de nouvelles feuilles pour une production optimum d’huile essentielle dans le cas de la menthe
feuille, il est nécessaire d’apporter 100 unités d’azote supplémentaires après la première récolte, de préférence
sous forme de nitrate de chaux. Selon HORNOX (1983) le rendement en huile essentielle est directement affecté
par la fertilisation azotée, phosphorique et potassique.

24
d- Multiplication et mise en place de la culture.

La multiplication végétative est une voie de propagation incontournable lorsque l’on est en présence
d’une plante stérile (menthe verte du Maroc) ou d’une plante fertile dont la descendance est très hétérogène et
que, pour des raisons agricoles, on réalise un clonage d’individus présentant des caractéristiques intéressantes
(GILLY, 1989b). Les menthes ont une très grande facilité à s’hybrider ; c’est à cause de ce phénomène que la
quasi-totalité de ces cultures dans le monde sont constituées à partir de plantes obtenues par multiplication de
stolons qui permet de conserver les qualités primitives de la plante (ROGER, 1984). La plantation se réalise de
deux façons : soit on repique des plantes de 10 à 15 cm de haut, soit on enfuit sous une faible profondeur des
boutures de tiges souterraines (rhizomes) appelées aussi filets» qui se forment lors de la végétation autour de
chaque pied (PATRICK, 1985).

Un hectare de menthe fournit suffisamment de stolons pour planter une surface de 7 à 10 ha (MELVYN
et al., 1980). On compte environ 1000 à 1500 kg de rhizomes pour planter une surface d’un hectare (GILLY,
1989b). Dans les conditions normales, le terrain étant préparé, amendé, on trace un sillon de 8 à 10cm de
profondeur, les rhizomes seront placés par groupe de 3 à 4 et bout à bout qu’on recouvre de terre et on irrigue
immédiatement (HUET, 1972). Il est préférable de recommencer cette opération tous les deux ans afin d’obtenir
des grandes feuilles et d’éviter la fatigue des sols. Il est possible à recourir à la division de touffes et de
transplanter des plantules de 4 à 5cm avec un peu de rhizome. Cette opération doit avoir lieu au début du
printemps. Elle est peu pratiquée en grande culture du fait des soins attentifs nécessaires. Elle permet cependant
de multiplier la menthe assez rapidement (PATRICK, 1985). GUENTHER, dans son édition de 1985, insiste sur
la nécessité impérieuse de ne jamais faire une plantation en utilisant les filets provenant directement de l’arrache
d’un champ de 2-3ans en production qui risque d’être contaminé. Mais il faut les prendre dans une plantation
d’un an au plus, les trier, laver, nettoyer les plus beaux filets les arrachés les planter pour obtenir une pépinière.
La mécanisation de la plantation peut être prévue pour planter racine nue ou filet. Les mini-mottes sont plantées
à la densité de 4-6 plants/m² sur une ligne avec un interligne de 80 à 150 cm. Les filets à raison de 8000 à
1200kg/ha sont placés bout à bout dans la raie de plantation, recouverts de 5cm de terre légèrement tassée.

e- Irrigation.

La menthe s’enracine peu profondément ; elle nécessite une grande quantité d’eau durant la saison de
croissance, soit environ 1500mm/an (MELVYN et al . 1980). La fréquence des arrosages est fonction de la
réserve en eau utile du sol, on irrigue chaque fois que les 10 premiers centimètres de profondeur sont secs :
l’irrigation se fait, soit à la raie, soit par aspersion, selon (RODNEY 1977) ; la menthe poivrée irriguée à la raie
produit 23 % d’huile essentielle en plus que celle irriguée par aspersion ; pour la menthe verte, la différence est
de 34 %. Or cette dernière méthode augmente le taux d’évaporation de l’huile essentielle ; ce qui est dû à un
changement de perméabilité de la membrane des glandes huileuses des feuilles, lorsqu’elles sont mouillées
(RODNEY, 1977).
Sous un climat tant humide que méditerranéen et sur certains sols, on peut obtenir une croissance
satisfaisante sans arrosage jusqu’à une récolte de juillet-août. Mais après 3 ou 4 ans de culture, la menthe
dégénère (GILLY, 1989 b).

f- Entretien de la culture.

La menthe est peu exigeante en matière de sarclage, binage si le désherbage chimique préconisé est
effectué à temps (PATRICK, 1985).

f.1- Contrôle des mauvaises herbes.

Les mauvaises herbes sont le problème majeur de la production de la menthe ; elles entrent en
compétition avec la plante et réduisent le rendement ; elles affaiblissent la qualité de l’huile car elles affectent
négativement la couleur, l’odeur et la composition chimique de l’huile de la menthe (PARKER, 1980).
L’utilisation de TERBACILE (matière active de SINBAR) à raison de 1 à 1,2kg de produit commercial/ha
assure un contrôle efficace des mauvaises herbes. Son application doit avoir lieu sur sol propre et humide en fin
février début mars, en prélevée et en post-levée précoce. Seuls résistent à cet herbicide linéaire, chardon et
liserons ; ces derniers déjà levées lors de l’application de TERBACILE peuvent facilement être détruites par un
traitement au PARAQUAT à la dose de 21/ha de produit commercial (PATRICK, 198).

Les résidus de TERBACILE ont une longue durée de vie dans le sol mais le contrôle des mauvaises
herbes et possible avec une seule application de l’herbicide ; il peut aussi causer la toxicité et les dégâts d’autres
cultures qui suivent la menthe. La dose de plus de 700g de TERBACILLE (m.a) est à ne pas dépasser en une
seule année.
25
Le BENTAZON (matière active de BASAGRAN) peut être appliqué après l’émergence des mauvaises herbes
(MELVYN et al. , 1980). D’autres désherbants sélectifs peuvent aussi être utilisés, tels :

 en prélevée de la menthe : CYCLURON + CHLORBUPHANE (3 à 41/ha) ; CHLOROXURON (6 à


8kg/ha) ; MONOLINURON 1,2 à 2kg/ha) ; PROMETRYNE (1 à 2kg/ha) et PYRAZONE (3 à 4kg/ha).
 en post-levée de la menthe : METRIBUZINE (matière active de SENCORAL) : 0,5 à 1kg/ha
FEBRACILE.
 en cours de la végétation FEVRIN, ILLOXAN, GALLANT, TARGA, FERVINAL, PARKER, 1980).

Les données relatives aux dépenses de main d’œuvre pour le désherbage sont relativement rares. A titre
d’exemple, au Brésil, les pratiques indispensables de désherbage pèsent lourdement sur le prix de revient ;
DUTTA, (1971) estime que le simple désherbage entre pour 70 % dans le coût de la production de Mentha
Arvensis
f.2- Problèmes phytosanitaires.

- Maladies : parmi le grand nombre de maladies et parasites signalés sur la menthe, les plus redoutées sont :

 Rouille : Causée par (Puccinia mentha) : c’est le champignon le plus à craindre au Maroc. Il cause des tâches
jaunes, comme des lésions dans les jeunes tiges et des points bruns-rouges sur la face inférieure des vieilles
feuilles. Les feuilles rouillées peuvent éventuellement chuter et la défoliation peut être sévère. Un traitement
préventif au CHLOROTHALONILL (matière active de DACONIL), FLO, IMPACTIX, TILT et MANCOZEB
s’avère très efficace contre cette maladie (MELVYN et al. , 1980). La menthe rouillée n’est pas
commercialisable ; lors de l’attaque, les producteurs marocains pratiquent une coupe brutale.

 Flétrissement dû au verticillium : causé par  Verticillium dahlia. Ce champignon est un sérieux ennemi de
la menthe poivrée ; il a causé récemment de grandes pertes en Amérique et considéré dans le piémont italien
comme une des causes de la disparition de l’Italo-Mitcham (GILLY, 1989b). Ce champignon peut survivre plus
de 10 années dans les racines de plusieurs plantes incluant plusieurs espèces de mauvaises herbes sans causer de
symptômes.

L’utilisation d’un matériel végétal indemne et l’élimination des mauvaises herbes peuvent limiter les
dégâts, une production profitable peut être maintenue par l’utilisation de rotations de 3 ou 4 années de menthe
suivies par 3 années d’autres cultures (l’oignon est recommandé) (PAUL et al. ; 1975).

 Anthracnose : Elle est causée par Sphacelona menthae et reconnue par des points sur les feuilles et les
tiges ; ce champignon peut causer la défoliation des plantes (MELVYN et al. ; 1980). Aux U.S.A les attaques
d’anthracnose sont souvent très graves (GILLY,1989 b).
- Ravageurs :

 Les pucerons verts et cassides provoquent un léger enroulement des feuilles. Seul les recours à un
insecticide utilisable sur cultures maraîchères, tels AZINOPHOS, PRIMICARBE ou autres, permet une lutte
efficace.
 Les citadelles provoquent des plaques blanchâtres sur les feuilles. Elles peuvent être combattues à l’aide des
mêmes produits que pour les pucerons.
 Les altises appelées «puces» sont surtout dangereuses en début de végétation, leur attaque se traduit par de
petites perforations au niveau des feuilles. Il faut employer des insecticides utilisables sur cultures légumières tel
que «Decis» (PATRICK, 1985).
 Les nématodes, CAYROL (1985) a décrit les 2 groupes de nématodes pathogènes inféodé à la menthe
poivrée.
 Les endoparasites migrateurs phytophages : Pratylenchus penetrans et Pratylencoïdes laticanda , présents
dans le sol et dans les racines (GILLY, 1989b). Les atteintes ne poussent plus et les feuilles de sommité prennent
une coloration rousse.
 Les ectoparasites : Longidorus, Criconema, Rotylenchus, présent seulement dans la terre, mais transportés
avec les racines et les filets.

Aucun nématicide existant actuellement sur le marché ne peut être utilisé sur la menthe. En propageant la
menthe par bouture herbacée ou par filet, sans racine et sans feuille, sans terre, on diminue les risques
d’infections. Lorsque le sol de plantation est déjà infesté par ces nématodes, ont peut pratiquer à la fin de l’été un
traitement par inoculation dans le sol d’un champignon nématophage (Arthrobotrys inegularis) : le S-350
(GILLY, 1989b).

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g- Récolte.

Le cycle végétatif de la menthe est déterminé par le climat, et, en particulier, par la longueur du jour et la
température. Selon (CHOVARD, 1980), il faudrait parler de thermophotopériode, ce qui explique les variations
de la date de floraison et de récolte. Lorsque l’on effectue une coupe, on réduit presque à zéro les échanges
respiratoires, la transpiration et la photosynthèse. Pour développer des jeunes pousses il leur faut puiser dans les
réserves accumulées dans les stolons, les racines et la base de la tige. La 1 ère coupe dépend de la date de
plantation ; plantée en février, la 1 ère coupe a lieu après 60 à 70 jours ; par la suite, on effectue une coupe tous
les 40 jours. En hiver, la menthe entre en repos végétatif (GILLY, 1989a). Il est économique de supprimer la
culture après 3 à 4 ans, et de faire une rotation, de préférence avec les légumineuses car les sols commencent à
s'épuiser et le rendement en huile essentielle diminue d’une année à l’autre (HUET, 1972).

g.1- Période de coupe

Lorsque la culture est destinée à la production de feuilles, la date de coupe dépend du marché. Quatre à 5
coupes par an sont possibles. La menthe destinée à l’extraction doit avoir un pourcentage élevé en huile
essentielle. RUTOVSKI et al. (1929) ont rapporté qu’avec le développement progressif de la menthe poivrée, le
contenu en menthol augmente et atteint son maximum à la floraison (tableau 5). Or une seule coupe est possible
20 jours avant ou après le début de la floraison ; cette dernière est assez homogène la 1ère année moins la
deuxième année.

Tableau 5 : Huile essentielle distillée de menthe poivrée à différents stades de développement de la plante
(RUTOVSKI et al. , 1929) .

Stade de végétation Menthol en % d’huiles Menthone en % d’huiles


essentielles essentielles
Avant la floraison 47,88 13,04
Sans boutons floraux 52,10 -
Avec boutons floraux 54,04 6,38
Début de floraison 59,92 7,22
Pleine floraison 59,73 1,43
Fin de floraison 60,68 2,46

GUENTHER (1958) a rapporté qu’une deuxième coupe n’est pas raisonnable par ce qu’elle ruine la tenue et la
force d’une plantation. Cependant, dans les zones méditerranéennes à hiver tempéré, le temps de la
photosynthèse permet à la fois une 1ère récolte et l’accumulation des réserves glucidiques dans les filets pour la
2ème coupe (GILLY, 1989b) ; mais les qualités organoleptiques de l’essence obtenue par distillation sont
différentes de celles de la première récolte (Tableau 6).

Tableau 6 : Composition des essences de M. piperita (GILLY, 1989 a)

Mentha piperita Rdt en % Pulégone Menthol Menthone Terpènes Caryone


matière en % HE en % en % HE en % HE en % HE
fraîche HE
1ère récolte Mitcham 1,2 3 38 9 6 0
(juillet) Hongrie 0,84 4 21 41 5 0
White mint 0,92 38 22 10 0
2ème récolte Mitcham 0,38 61 9 4 0
(novembre) Hongrie 0,56 26 11 3 0
White mint 0,71 ND ND ND 0

Selon SWIFT et al. (1944), il existe une relation directe entre le rendement de l’huile essentielle et le
menthol. En fait, la période de coupe varie considérablement avec les conditions climatiques, la menthe est riche
en huile essentielle dans un climat chaud et sec, la coupe est préférable en jour ensoleillé (ELLIS et al., 1944).

g.2- Les coupes.

Il s’agit de couper toute la matière verte au ras du sol située au-dessus du sol en ne laissant que les
souches pour la menthe destinée à la production de l’huile essentielle, la récolte se déroule au moyen d’une
faucheuse et d’une ramasseuse presse (PATRICK,1985).

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h- Rendement.

On compte 7 à 10 tonnes de matière fraîche pour la première coupe et 4 à 6 tonnes pour la seconde, soit
un total de 11 à 16 tonnes à l’hectare (PATRICK, 1984). Au Maroc, les rendements sont de l’ordre de 10 T/ha et
par coupe ; on compte 5 à 6 coupes/an, soit environ 40 à 50 T/ha/an (MARA, 1986). La perte de poids au
séchage est de 75% environ, soit 3 à 4 tonnes de matière sèche à l’hectare. La matière sèche entière est composée
d’environ 60% de tiges et de 40% de feuilles.

i- Le séchage.

Il est pertinent à ce point de discuter brièvement les raisons de séchage de la menthe avant la distillation :

 Le séchage augmente le rendement de l’extraction.


 le séchage réduit le temps de l’extraction.
 -Possibilité de stockage de menthe séchée.
 Facilité de manipulation et de transport de menthe séchée.
 L’huile essentielle de menthe séchée est plus stable que celle extraite de la menthe fraîche.

La menthe coupée subit un pré fanage de 24 à 48 heures dans le champ si les conditions météorologiques
le permettent. L’humidité est ramenée à 30% environ, ce qui évite un transport inutile d’eau jusqu’au lieu de
distillation.

4. Rendement en huiles essentielles (H.E).

Le rendement en HE d dépend des variétés (tableau 9) du lieu géographique, des conditions du champ et
du matériel végétal. Pour M arvensis, le rendement en biomasse fraîche est de 20 à 30T/ha et en matière sèche
1,5 à 5 tonnes/hectare. Pour une «Mitcham» (menthe poivrée), un rendement de 50 à 120kg/ha/an d’H.E est
obtenu avec un pourcentage de 0,8 à 1,2 de matière fraîche (2,2 à 3,2% de matière séche) (GILLY, 1989b).

III. LES HUILES ESSENTIELLES (HE).

Les H.E sont des substances volatiles qui dérivent d’une plante aromatique par les processus physiques
décrites précédemment (GUENTHER, 1950). Les composés des H.E sont les plus souvent analysés par CPG
(Chromatographie en phase gazeuse) couplé à la spectrophotométrie de masse (SCHANTZ et al., 1977). C’est
un mélange de composés terpéniques (menthol, carbone, linalol…) et de dérivés oxygénés de terpènes (ester,
alcools…) (KAZUYASU UMEMOT et al., 1977). Ce mélange présente une très grande diversité d’une espèce à
l’autre, et même à l’intérieur d’une même espèce (LAWRENCE, 1980).

1. Les HE de menthe

L’H.E de menthe est signalée pour la 1 ère fois à Berlin en 1574 sous le nom de «Oléum menthae » (Roger,
1984). Les principaux constituants sont des monotérpènes (LAWRENCE, 1978), chaque espèce possède un
composé caractéristique. Ainsi, les menthes sont regroupées selon leur principale composante chimique.

*Menthe à menthol :
M. arvensis : sont H.E est très riche en menthol (70 % au moins), 18 à 25 % de menthone, 4 à 7 %
d’ester de méthyle (HUET, 1972). Par essorage et refroidissement progressif des H.E en 3 étages (, +14, +10 et –
5°C), une partie du menthol (40 à 50 %) est cristallisée ; alors que l’huile résiduelle est vendue sous le nom de
l’huile démentholisée (GUENTHER, 1948b).

M. piperita: son HE représente la part la plus importante du marché des HE. C’est un liquide incolore
ou légèrement jaune verdâtre non solidifiable, varie beaucoup avec la provenance (PEYRON et al. , 1984) ; il est
composé de menthol (jusqu’à 65%), 20 % de metylester,12 % de menthone, des sucs amers et tanins (YLLERA
et al. , 1969).

*Menthes à carvone :
M.viridis L. : son HE est riche en carbone (60 à 65 %), avec une faible quantité de tanins et principes
amers (FOURNIER, 1976). Mais la composition de l’essence est variable suivant les races, les localités, la date
de récolte etc.… (GUENTHER, 1948c).

*Menthe à pulégone :
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M. pulegium L.: son HE est un liquide rouge jaunâtre d’odeur très forte, soluble dans l’alcool composé
de 75 à 80 % de pulégone, menthol et de limonème (FOURNIER, 1976).

*Menthe à linalol :
M.citrata Ehr ; son HE composé de 30 à 45ù de l’acétate de linalyl (TODD et al. ; 1977).

2. Les isolats

Si le menthol et la carvone ainsi que le pulégone sont les trois principaux isolats originaires d’essences de
menthes, seul le menthol présente une très grande importance industrielle et commerciale.

a- Menthol : est le plus recherché sur le marché des huiles essentielles de menthes. Il est fabriqué
selon 3 voies :

- Refroidissement graduel de l’essence brute de M. arvensis ; on sépare 40% environ de cristaux de


menthol.
- Hemisynthèse à partir d’isolats de plusieurs huiles essentielles.
- Synthèse : la 1ère fabrication industrielle de menthol synthétique dans le monde est apparue il y a
quelques années ; au Japon ; la seconde en Allemagne Fédérale et la troisième (1978) aux Etats-Unis.
- La production mondiale du menthol avoisine 300 tonnes par an dont la moitié provient de
l’hémisynthèse totale.

Jusqu’à ces dernières années, les principaux producteurs étaient ceux d’essence de M. arvensis, ainsi que
d’autres pays comme Taiwan qui le fabrique à partir d’essence démentholisée. Actuellement la production est
dominée par trois sociétés internationales.

- Harman et Reimer en Allemagne et les Etats Unis.


- Takasago au Japon
- Glidden Durkée aux U.S.A qui les produisent par synthèse.

a- Carvone : elle semble rarement produite industriellement par isolement de l’essence de M. viridis.
Par contre, plusieurs installations industrielles importantes d’hémisynthèse, existent principalement
en Israël, Mexique et le Japon (PEYRON et al. ; 1984).

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Secteur des PAM au Maroc

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