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CO N S T R U C T I O N E T T R AVAU X P U B L I C S

Ti253 - Les superstructures du bâtiment

Constructions mixtes -
Constructions souples

Réf. Internet : 42231 | 2nde édition

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III
Cet ouvrage fait par tie de
Les superstructures du bâtiment
(Réf. Internet ti253)
composé de  :

Méthodes de calcul et conception Réf. Internet : 42825

Les matériaux de construction Réf. Internet : 42224

Les bétons dans la construction Réf. Internet : 42221

Béton armé et béton précontraint Réf. Internet : 42223

Construction métallique Réf. Internet : 42230

Constructions mixtes - Constructions souples Réf. Internet : 42231

Construction bois Réf. Internet : 42824

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IV
Cet ouvrage fait par tie de
Les superstructures du bâtiment
(Réf. Internet ti253)

dont les exper ts scientifiques sont  :

Jean-Pierre MUZEAU
Professeur des universités, ancien responsable du département Génie Civil de
Polytech' Clermont-Ferrand

Frédéric RAGUENEAU
Directeur du Laboratoire de Mécanique et Technologie de l'ENS Cachan

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V
Les auteurs ayant contribué à cet ouvrage sont :

Jean-Marie ARIBERT
Pour les articles : C2560 – C2561 – C2568 – C2562 – C2563 – C2564

Daniel BITAR
Pour l’article : C2645

Laurence CARAMARO
Pour l’article : AM5119

Michel CRISINEL
Pour l’article : C2567

Joël KRUPPA
Pour l’article : C2507

Christian LYONNET
Pour l’article : C2470

Marc MALINOWSKY
Pour l’article : C2470

René MOTRO
Pour les articles : C2471 – C2472

Guy NEMOZ
Pour l’article : AM5119

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VI
Constructions mixtes - Constructions souples
(Réf. Internet 42231)

SOMMAIRE

1– Les constructions mixtes acier-béton Réf. Internet page

Construction mixte acier-béton. Généralités. Caractéristiques des matériaux C2560 11

Construction mixte acier-béton - Calcul des poutres mixtes de bâtiments. Partie 1 : C2561 17
poutres en T à âme pleine
Calcul des poutres mixtes de bâtiments. Partie 2 : poutres en T à enrobage partiel ou à C2568 25
âmes ajourées
Construction mixte acier-béton - Calcul des poteaux mixtes C2562 29

Construction mixte acier-béton - Calcul des assemblages mixtes C2563 35

Construction mixte acier-béton - Calcul des ossatures mixtes C2564 41

Conception et calcul des dalles mixtes acier-béton C2567 49

Planchers de bâtiments en construction métallique et mixte C2645 53

Sécurité incendie des ouvrages en structures acier et acier/béton. Partie 2 C2507 57

2– Les constructions souples, les constructions légères Réf. Internet page

Systèmes réticulés spatiaux en état de tenségrité. Développements récents C2471 65

Les structures légères C2472 69

Structures textiles C2470 73

Textiles à usage technique AM5119 81

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VII
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Constructions mixtes - Constructions souples
(Réf. Internet 42231)


1– Les constructions mixtes acier-béton Réf. Internet page

Construction mixte acier-béton. Généralités. Caractéristiques des matériaux C2560 11

Construction mixte acier-béton - Calcul des poutres mixtes de bâtiments. Partie 1 : C2561 17
poutres en T à âme pleine
Calcul des poutres mixtes de bâtiments. Partie 2 : poutres en T à enrobage partiel ou à C2568 25
âmes ajourées
Construction mixte acier-béton - Calcul des poteaux mixtes C2562 29

Construction mixte acier-béton - Calcul des assemblages mixtes C2563 35

Construction mixte acier-béton - Calcul des ossatures mixtes C2564 41

Conception et calcul des dalles mixtes acier-béton C2567 49

Planchers de bâtiments en construction métallique et mixte C2645 53

Sécurité incendie des ouvrages en structures acier et acier/béton. Partie 2 C2507 57

2– Les constructions souples, les constructions légères

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Construction mixte acier-béton


Généralités. Caractéristiques
des matériaux

par Jean-Marie ARIBERT
Professeur Émérite des Universités – Conseiller en Construction Mixte acier – béton
Ancien directeur du Laboratoire Structures de l’INSA de Rennes

1. Généralités ....................................................................................... C 2 560v2 –2


1.1 Principe de fonctionnement ............................................................... — 2
1.2 Description de différents types d’éléments utilisés en bâtiment ..... — 4
1.2.1 Planchers mixtes usuels .......................................................... — 4
1.2.2 Planchers mixtes à poutrelles intégrées ................................. — 6
1.2.3 Poteaux mixtes ........................................................................ — 10
1.2.4 Assemblages mixtes ................................................................ — 10
1.3 Dispositions courantes des poutres de planchers de bâtiment ....... — 12
1.4 Mode de construction étayé ou non étayé ........................................ — 13
1.5 Avantages de la construction mixte en bâtiment ............................. — 13
2. Présentation succincte de la règlementation en vigueur ....... — 14
2.1 Bref historique et introduction de l’EN 1994-1-1 ............................... — 14
2.2 Méthodologie de dimensionnement ................................................. — 14
2.2.1 Généralités ............................................................................... — 14
2.2.2 États limites ultimes ................................................................ — 14
2.2.3 États limites de service............................................................ — 15
3. Caractéristiques des matériaux ................................................... — 16
3.1 Les bétons .......................................................................................... — 16
3.2 Les aciers d’armature ......................................................................... — 17
3.3 Les aciers de construction ................................................................. — 17
3.4 Les tôles profilées en acier pour dalles mixtes ................................. — 18
4. Conclusion........................................................................................ — 18
5. Glossaire ........................................................................................... — 18
Pour en savoir plus.................................................................................. Doc. C 2 560v2

out l’art de l’ingénieur dans la conception et le calcul d’un élément de struc-


T ture mixte est de savoir faire fonctionner une part de l’élément en béton
avec une autre part de cet élément en acier, en associant ces deux matériaux
à leur interface au moyen de connecteurs travaillant essentiellement en cisaille-
ment. Grâce à l’effet de la connexion, il est alors possible d’accroı̂tre apprécia-
blement la rigidité et la résistance de l’élément, par exemple dans son compor-
tement en flexion si l’élément est une poutre métallique en I connectée sur sa
semelle supérieure à une dalle en béton. Dans certains cas, la liaison acier-
béton peut n’avoir à reprendre que des efforts de cisaillement faibles et être
assurée par simple adhérence et frottement sans avoir à mettre en place de
connecteurs ; c’est par exemple le cas d’un poteau mixte avec section en acier
de type I ou H enrobée de béton ou avec section en profil creux rempli de béton,
le poteau étant sollicité essentiellement à l’effort normal. Le fonctionnement en
mixte du poteau lui confère alors une plus grande résistance au flambement.
En France, si dans le domaine des ouvrages d’art le concept de pont mixte de
p。イオエゥッョ@Z@、←」・ュ「イ・@RPQU

type « bipoutres » a permis, dès les années 1980, un essor remarquable des
ponts routiers, puis ensuite des ponts rails, le secteur du bâtiment en revanche

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CONSTRUCTION MIXTE ACIER-BÉTON –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

n’a pas vu la réalisation d’un grand nombre de structures mixtes, ce type de


construction n’apparaissant le plus souvent que ponctuellement sous forme
de planchers ou de poteaux mixtes au sein d’une construction à ossature majo-
ritairement en acier. On peut trouver plusieurs explications à cette situation,
entre autres l’attitude des entreprises françaises du béton d’une part, de la
construction métallique d’autre part, consistant à rester profondément atta-
chées à l’habitude de réalisations spécifiques et traditionnelles, contrairement
à ce qui s’est passé, ces dernières décennies, avec d’autres pays européens

Q comme les pays scandinaves, l’Allemagne, l’Angleterre, la Pologne, la Hongrie,


etc. où les entreprises pratiquent couramment les métiers à la fois du béton et
de l’acier. Par ailleurs, à la décharge des maı̂tres d’ouvrage français, il convient
de souligner l’absence totale de réglementation officielle dans le domaine du
bâtiment mixte jusqu’en 2005, date de publication de la norme française
NF EN 1994-1-1 (traduite de l’Eurocode 4), complétée seulement en 2007 par
une Annexe Nationale. On pourrait rétorquer qu’il y a bien eu, de 1994 à 2005,
une période transitoire avec la norme expérimentale de l’ENV 1994-1-1, mais
celle-ci, susceptible de révisions, donc implicitement de statut faible, n’a guère
encouragé les maı̂tres d’ouvrage à y faire référence dans un cadre contractuel
de marché public ou privé. En fait, durant la période ENV, de nombreux échan-
ges internationaux sur des points techniques et des travaux de recherche com-
plémentaires financés par le Comité Européen de Normalisation (CEN) ont per-
mis d’aboutir à la version définitive de l’EN de 2005, tout en couvrant un
domaine d’application plus vaste que celui de l’ENV, permettant de concevoir
et de calculer désormais un bâtiment intégralement en conception mixte. Cer-
tains produits de construction concernant le bâtiment mixte ne peuvent être
traités dans l’EN, ce qui n’interdit pas leur utilisation avec ce code s’ils bénéfi-
cient d’Agréments Techniques au moins dans le pays où ils sont mis en œuvre.
À ce titre, dans le présent article, on a jugé opportun de mettre un accent parti-
culier sur des solutions actuelles de planchers minces à poutrelles imbriquées,
en plein développement aujourd’hui en Europe.
Faire un dimensionnement optimal d’une structure mixte, en s’assurant d’une
sécurité homogène de ses éléments, exige de bien maı̂triser les propriétés de
ses matériaux constitutifs, en particulier celles du béton, connu pour être un
matériau complexe évoluant dans le temps par opposition à l’acier de construc-
tion qui est un matériau stable. C’est la raison pour laquelle dans la dernière
partie de cet article des notions de base sont rappelées sur les phénomènes
de fluage et de retrait du béton que l’on ne peut négliger en raison du report
d’efforts dans le temps sur la partie acier et d’une certaine amplification des
déformées des éléments mixtes. Les connecteurs acier – béton nécessitent éga-
lement une caractérisation précise, mais ceci sera l’un des objets d’un article
ultérieur consacré aux poutres mixtes. Enfin, les aciers d’armature eux-mêmes
peuvent faire l’objet d’exigences précises, en particulier des exigences de duc-
tilité dans la mesure où l’on peut être amené à tirer profit de la résistance plas-
tique de l’élément en acier avec lequel l’armature collabore directement lorsque
le béton est fissuré.

assemblages, dalles), elle associe deux matériaux de natures et de


1. Généralités propriétés différentes, ici l’acier et le béton, avec l’objectif de tirer le
meilleur parti possible de cette association, tant sur le plan du fonc-
tionnement structural que sur celui du coût de construction. Il
convient, en particulier, de distinguer les structures mixtes des
1.1 Principe de fonctionnement structures hybrides, parfois appelées improprement « mixtes »,
composées d’éléments homogènes de matériaux différents, par
& La notion de structure « mixte »
exemple un bâtiment avec un noyau en béton armé sur lequel
D’une manière générale, une structure peut être définie comme prend appui une charpente constituée exclusivement de poutres et
mixte si, au niveau de la plupart de ses éléments (poutres, poteaux, poteaux en acier.

C 2 560v2 – 2 Copyright © - Techniques de l’Ingénieur - Tous droits réservés

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–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––– CONSTRUCTION MIXTE ACIER-BÉTON

Au premier abord, l’idée d’utiliser dans un élément mixte, par  Cornières


exemple une poutre mixte de section classique (figure 1a), d’une En alternative aux goujons soudés, on peut utiliser des cornières
part le béton pour reprendre un effort de compression, d’autre (fabriquées par pliage à froid) [C 2 521] qui sont clouées à l’aide
part l’acier pour reprendre un effort de traction et un effort tran- d’un pistolet à cartouches, donc ne nécessitant pas d’opération de
chant, ne serait pas, à elle seule, très originale par comparaison soudage, mais présentant une résistance moindre que les goujons
au béton armé traditionnel. soudés (figure 3b).
En fait, ce qui est tout à fait spécifique du fonctionnement d’un
élément mixte, c’est l’association mécanique des deux matériaux,


acier et béton, par l’intermédiaire d’une connexion située à l’inter-
face des matériaux, qui va accroı̂tre à la fois la rigidité et la résis-
tance de l’élément. Des modèles de calcul sont donnés ultérieure-
ment pour une évaluation précise de cette rigidité et de cette
résistance [C 2 561].
Mais on peut illustrer simplement l’effet d’une connexion en consi-
dérant l’exemple de la flexion élastique de deux poutres, de même
section rectangulaire et d’un même matériau pour simplifier, dont
l’une est supportée par l’autre ; dans un cas, on suppose qu’il n’y a
pas de liaison à l’interface des poutres, dans l’autre que la solidarisa-
tion est parfaite (figure 2).

Un calcul élémentaire de résistance des matériaux montre alors


que les contraintes de flexion, par suite de la solidarisation, sont
divisées par 2 et les flèches par 4.
& Organes de liaison
Il convient de préciser qu’en général, dans les éléments mixtes,
l’adhérence entre le composant en acier et celui en béton n’existe
pas naturellement, et que la solidarisation doit être obtenue au
moyen d’organes de liaison, appelés « connecteurs ».
 Goujons à tête
Il existe une grande variété de connecteurs en construction mixte
mais, à l’heure actuelle, en bâtiment, la connexion est le plus sou-
vent réalisée par des goujons à tête (figure 3a), fixés sur l’élément
Figure 3 – Types de connecteurs utilisés en bâtiment
métallique par soudage électrique (figure 4) à l’aide d’un pistolet
adéquat [C 2 522].

Figure 1 – Différentes sections de poutres mixtes

Figure 2 – Effet de solidarisation entre deux poutres en flexion


élastique Figure 4 – Soudage de goujon à tête (Photo J.-P. Muzeau)

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CONSTRUCTION MIXTE ACIER-BÉTON –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

 Butées soudées en T est la plus classique (figure 1a), comme le résultat direct de
On peut envisager également, mais cela est assez rare en bâti- l’association, par des connecteurs, de la dalle et d’un profilé en
ment, l’utilisation de butées soudées, en forme de tasseau ou de acier (laminé ou reconstitué soudé). La présence d’un renformis
tronçons découpés dans des profilés en cornière (figures 3c (figure 1b), bien qu’assez rare en bâtiment, va se traduire par une
et 3d), également dans des fers en T. plus grande excentricité de la dalle par rapport à l’axe du profilé
métallique, d’où une plus grande inertie en flexion et un plus
 Rôle principal des connecteurs grand moment résistant de la section mixte (comme cela est expli-
Le rôle principal des connecteurs est d’empêcher, ou au moins cité plus loin en [C 2 561]). On peut trouver des réalisations avec
de limiter, le glissement pouvant se produire entre l’acier et le des poutres métalliques en caisson, éventuellement constituées

Q béton, c’est-à-dire le déplacement relatif entre les deux matériaux


parallèlement à leur interface. Selon l’importance de l’effort de
cisaillement longitudinal à transférer entre les deux matériaux, on
d’un profilé creux laminé (de géométrie rectangulaire) pour de peti-
tes sections mixtes (figure 1c) ; cette solution peut offrir l’avantage
d’une plus grande stabilité au déversement, y compris en phase de
sera amené à distinguer par la suite deux modes de connexion, à construction. La solution de poutres mixtes partiellement enro-
savoir la « connexion complète » et la « connexion partielle », bées, c’est-à-dire consistant à remplir de béton armé les deux
chaque mode relevant d’une méthode de dimensionnement chambres du profilé (figure 1d), apparaı̂t actuellement beaucoup
spécifique. plus intéressante que la précédente, et même que les deux autres,
Un autre rôle des connecteurs est de s’opposer à la séparation dans la mesure où elle permet d’augmenter considérablement la
des deux matériaux transversalement à leur interface ; ce rôle, qui durée de tenue à l’incendie sans avoir à protéger le profilé par
n’exige pas de reprendre des efforts aussi importants que ceux une peinture intumescente, par un enduit ignifuge projeté ou
venant du cisaillement longitudinal, est en général satisfait de par encore par des panneaux isolants rapportés (cf. Annexe F de
la forme même des connecteurs (tête d’un goujon, extrémité supé- l’EN 1994-1-2 – Voir le Pour en savoir plus).
rieure recourbée d’une cornière clouée) ou l’adjonction d’un dispo- Le lecteur est aussi invité à consulter les articles [C 2 506]
sitif simple (filant traversant une cornière soudée, arceau soudé sur et [C 2 507] relatifs à la sécurité à l’incendie des ouvrages en cons-
une butée en tasseau). truction métallique qui traitent plus complètement de cet aspect.
Enfin, il convient de souligner que le mode de fonctionnement En outre, l’enrobage partiel de béton, s’il satisfait certaines condi-
mixte avec son aspect connexion ne se limite pas au seul cas des tions de réalisation (clause 5.5.3(2) de l’EN 1994-1-1) peut jouer un
poutres mais concerne, à des variantes près, tous les autres types rôle appréciable sur la résistance au voilement local des parois du
d’éléments mixtes : poteaux, assemblages, dalles, etc. profilé métallique et sur la résistance au déversement de la poutre
mixte (clause 6.4.3.h de ] l’EN 1994-1-1). Sur le plan de la fabrica-
tion, l’enrobage partiel ne peut être envisagé qu’à partir d’une lar-
1.2 Description de différents types geur de profilé de 180 à 200 mm, permettant encore la pose
d’éléments utilisés en bâtiment d’étriers dans le béton avec un recouvrement suffisant. Le béton-
nage s’effectue généralement au sol, sur une aire aménagée du
chantier ou parfois en atelier, avec remplissage d’une chambre où
1.2.1 Planchers mixtes usuels les paniers d’armatures préfabriqués sont déposés et positionnés,
& Caractéristiques puis remplissage similaire de l’autre chambre, une fois retournées
les poutres après un délai très court.
 De manière classique, une sous-structure de plancher mixte est
constituée par une poutraison métallique recouverte par une dalle  En ce qui concerne la réalisation de la dalle, il existe plusieurs
en béton, connectée à la poutraison, le fonctionnement structural solutions. L’article [C 2 645] fournit un exposé très détaillé de ces
de l’ensemble répondant au schéma suivant : solutions et on rappelle ici quelques solutions classiques, couram-
ment développées en France et en Europe.
 la dalle, soumise directement aux charges (charges perma-
nentes et charges d’exploitation), les transmet aux poutres & Techniques de fabrication de dalle
du plancher par flexion locale ;
 Pour réaliser une dalle pleine, il est possible d’utiliser des élé-
 les poutres, soumises aux efforts d’appui de la dalle, reportent ments préfabriqués qui permettent un montage très rapide tout en
ces efforts par flexion générale à leurs propres appuis, par évitant la mise en place d’échafaudages (figure 5). Toutefois,
exemple constitués par des poutres principales de l’ossature. un soin particulier doit être apporté à la réalisation de la connexion
Le béton étant lié à l’acier, il participe à cette flexion générale, qui nécessite la présence d’encoches en bord de dalle (ou parfois la
en particulier dans les zones où il est comprimé, en jouant le réservation de fenêtres dans les dalles montées en continuité) ; des
rôle de membrure supérieure de la poutre mixte (cela n’exclut barres d’armature en attente doivent être prévues pour entourer les
toutefois pas une conception de dalle en continuité au pas-
sage des appuis des poutres, la membrure se réduisant alors
à l’armature de la dalle fissurée).
 Deux aspects peuvent être soulignés concernant la dalle, indé-
pendamment de son type :
– son épaisseur est imposée par la résistance en flexion locale
(voire par la résistance à l’effort tranchant en présence de charges
concentrées de forte intensité), et cette épaisseur est en général
surabondante vis-à-vis de la flexion d’ensemble. Cela explique en
partie pourquoi la construction mixte n’utilise en général que des
bétons de classes de résistance usuelles, sans la nécessité de faire
appel à des bétons de hautes performances ;
– elle doit être considérée comme apte à remplir simultanément
ses deux fonctions de résistance en flexion locale et en flexion
générale, et son dimensionnement doit être vérifié en conséquence
pour la combinaison des deux types de sollicitation (ceci vaut éga-
lement pour la connexion).
La figure 1 montre des sections différentes de poutres mixtes de
plancher en présence d’une dalle pleine en béton armé. La forme Figure 5 – Utilisation de dalles préfabriquées

C 2 560v2 – 4 Copyright © - Techniques de l’Ingénieur - Tous droits réservés

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–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––– CONSTRUCTION MIXTE ACIER-BÉTON

connecteurs logés dans les encoches ou traverser les fenêtres des d’utiliser la solution de connecteurs en cornières clouées, notam-
dalles, la rigole entre deux dalles et les fenêtres devant être rem- ment dans les cas de connexion partielle (relativement fréquents
plies de béton coulé en place. Mais une dalle pleine sera coulée le en bâtiment) ; en fonction de la dimension du creux d’onde et de
plus souvent sur des prédalles en béton de faible épaisseur, venant la présence ou non d’un raidisseur dans ce creux, le nombre et la
s’appuyer sur les ailes des profilés de part et d’autre de la ligne des position des cornières dans un creux d’onde seront variables, mais
connecteurs. la configuration d’ensemble (par exemple disposition en quinconce
dans la direction longitudinale de la poutre) devra assurer un fonc-
 Un autre système de dalle consiste à utiliser un bac en tôle tionnement global symétrique de la connexion par rapport au plan
mince profilée à froid (figure 6) qui, dans un premier temps, sert moyen de la poutre mixte. Ce principe de fonctionnement symé-


de coffrage pour couler la dalle, puis, après durcissement du trique de la connexion s’applique également aux goujons.
béton, joue le rôle d’une armature inférieure pour la dalle,
l’ensemble justifiant la dénomination de « dalle mixte ». L’adhé-  Durant le bétonnage de la dalle, il conviendra de se prémunir
rence du béton avec le bac est obtenue par liaison mécanique due du risque de déversement des poutres supports en acier et, si
à la présence de bossages ou d’embossages sur les parois des nécessaire, de prendre des mesures pour les maintenir latérale-
ondes de la tôle ou éventuellement de trous poinçonnés dans ces ment au niveau des semelles comprimées. Les bacs en tôle mince
parois (figure 7a), également par liaison de frottement en utilisant profilée, correctement fixés (même simplement cloués), peuvent
des ondes de formes rentrantes (figure 7b) ; cette adhérence se suffire à assurer ce maintien [1].
trouve renforcée par l’ancrage d’extrémité assuré par la présence Un étaiement des tôles ou des prédalles est nécessaire lorsqu’el-
de goujons soudés ou autres connecteurs (figure 7c), ou assuré les ne peuvent supporter le poids de béton frais et la surcharge due
par une déformation à l’écrasement partiel des ondes lorsque aux opérations de mise en œuvre sur la distance séparant les pou-
celles-ci sont de formes rentrantes (figure 7d). trelles (portée de dalle), en général au-delà de 2,5 à 3 m. Par ail-
Les techniques actuelles de soudage permettent de fixer des gou- leurs, le poids de béton additionnel nécessaire pour compenser la
jons en sécurité à travers la tôle jusqu’à des épaisseurs de tôle gal- déformation des tôles ou des prédalles et de leurs supports pen-
vanisée de 1,5 mm, donc autorisant éventuellement un recouvre- dant le coulage (effet de mare) peut ne pas être négligeable.
ment de tôles d’épaisseur 0,75 mm (le soudage effectué, comme Enfin, sous réserve d’une protection à l’incendie convenable, le
déjà mentionné, au pistolet à arc électrique, est de type fusion- mode de fonctionnement d’une dalle mixte permet, en général,
forgeage). d’éviter la pose d’armatures en travée ; des armatures en chapeaux
 Dans des conditions de site difficiles, notamment en présence sur appuis sont toutefois nécessaires, comme dans tout plancher
d’un taux d’humidité élevé, une solution consiste à poinçonner des en béton armé. Également un treillis soudé, dit « anti-retrait »,
trous dans la tôle et à souder directement les goujons sur l’aile du donc correspondant à un faible pourcentage d’armature (de l’ordre
profilé, ces opérations étant effectuées en atelier avant transport de 0,5 cm2/ml (mètre-linéaire) dans chaque direction), est à placer à
des éléments sur le site. Cette technique, qui exige évidemment l’intérieur de la dalle afin de limiter le phénomène de fissuration
des tolérances précises de fabrication et implique une bonne coor- sur toute sa surface (dans les planchers courants, ce treillis se
dination de l’exécution sur chantier, semble avoir été assez bien situe à mi-distance des sommets des ondes et de la face supérieure
de la dalle).
optimisée dans certains pays d’Europe, notamment en Allemagne.
 Le calcul des dalles mixtes à température ordinaire est explicité
 Lorsque les connecteurs sont mis en place sur le site et que
dans la section 9 de l’EN 1994-1-1 (voir également
l’on souhaite éviter l’opération de soudage de goujons (qui néces-
l’article [C 2 567]).
site le recours à une puissance électrique suffisante), il est possible
En l’absence de protection ou d’armatures additionnelles, on
considère que la résistance au feu des dalles mixtes avec tôle pro-
filée en acier est d’au moins 30 min. Pour une durée de tenue au
feu supérieure, on dispose de toutes les spécifications utiles au
dimensionnement des dalles mixtes non protégées dans
l’EN 1994-1-2 (avec une méthode de calcul simplifié à la clause 4.3.2
et à l’Annexe D).
 Par ailleurs, l’association de dalles mixtes avec des poutres
métalliques à âmes ajourées, dites parfois « poutres alvéolaires »,
avec des hauteurs d’ouverture rectangulaire ou circulaire de 40 à
50 cm (figures 8 et 9) permettant le passage des gaines techniques
Figure 6 – Profilé connecté à une dalle mixte (climatisation, désenfumage, etc.) sans avoir à accroı̂tre la hauteur
libre du plénum (et donc à réduire la distance entre plancher et faux
plafond), est une solution de plus en plus mise en œuvre, en
France comme en Europe.

Figure 7 – Modes d’adhérence des dalles mixtes Figure 8 – Dalle mixte connectée à une poutrelle à âme ajourée

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Construction mixte acier-béton –


Calcul des poutres mixtes
de bâtiments
Partie 1 : poutres en T à âme pleine Q
par Jean-Marie ARIBERT
Professeur Emérite des Universités – Conseiller en Construction Mixte acier-béton
Ancien directeur du Laboratoire Structures de l’INSA de Rennes

1. Vérifications des poutres mixtes de section en T aux états


limites ultimes ................................................................................. C 2 561v2 – 3
1.1 Différents types de vérification .......................................................... — 3
1.2 Largeur participante de dalle ............................................................. — 4
1.3 Classification des sections mixtes (vis-à-vis du voilement local) .... — 5
1.4 Résistance élastique en flexion des sections mixtes ........................ — 6
1.5 Résistance plastique en flexion des sections mixtes ........................ — 8
1.6 Résistance à l’effort tranchant et interaction moment fléchissant/
effort tranchant ................................................................................... — 10
1.7 Analyse globale des poutres mixtes continues ................................ — 12
1.8 Résistance des poutres mixtes continues vis-à-vis du déversement — 14
2. Résistance des connecteurs et calcul de la connexion........... — 16
2.1 Généralités sur les connecteurs ........................................................ — 16
2.2 Résistance de calcul des goujons à tête soudés ............................... — 16
2.3 Calcul élastique de la connexion ....................................................... — 17
2.4 Calcul plastique de la connexion – Connexion complète ................. — 18
2.5 Concept de connexion partielle ......................................................... — 19
2.6 Sections intermédiaires de vérification (en calcul plastique
de la connexion) ................................................................................. — 21
2.7 Armature transversale relative à la connexion ................................. — 21
3. Vérifications des poutres mixtes de section en T aux états
de limites de service ...................................................................... — 22
3.1 Méthodes de calcul des flèches ......................................................... — 23
3.2 Contrôle de la fissuration .................................................................. — 24
3.3 Contrôle des vibrations ...................................................................... — 25
4. Exemples simples d’application numérique .............................. — 26
4.1 Remarque préliminaire ...................................................................... — 26
4.2 Exemple N 1 ...................................................................................... — 26
4.3 Exemple N 2 ...................................................................................... — 28
4.4 Exemple N 3 ...................................................................................... — 29
5. Conclusion........................................................................................ — 33
Pour en savoir plus.................................................................................. Doc. C 2 561v2

n construction mixte acier-béton des bâtiments, la poutre constitue l’élé-


E ment de base à maı̂triser par le calcul, la configuration la plus classique
étant celle de la poutre en T avec une dalle au-dessus d’un profilé métallique
et connectée à celui-ci. Tel est l’objet du présent article axé essentiellement sur
l’aspect calcul, les aspects de configuration et de fabrication des poutres ayant
été traités dans l’article [C 2 560].
On pourrait penser a priori que la théorie élastique classique de la Résistance
des Matériaux, généralisée au cas des sections hétérogènes, puisse suffire à
p。イオエゥッョ@Z@。ッエ@RPQV

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répondre à l’objet de l’article. En réalité, il n’en est rien en raison de multiples


phénomènes qui entrent en jeu dans un dimensionnement de poutre, comme la
phase de construction, l’étayage éventuel de la poutre, l’effet du fluage et de la
fissuration du béton sur les déformées et la redistribution des efforts internes,
l’effet du glissement au niveau de la connexion, à plus forte raison si celle-ci
n’est que partielle, etc.
Contrairement à la démarche utilisée pour les poutres mixtes d’ouvrages


d’art, très souvent supportées par des calculs élastiques, on a grand intérêt
pour les poutres mixtes de bâtiment à faire appel au calcul plastique des sec-
tions, voire des poutres elles-mêmes, chaque fois que cela est possible, quitte à
choisir des sections métalliques suffisamment compactes ou à modifier certains
pourcentages d’armatures de manière appropriée. Non seulement le calcul
plastique est plus simple en général, permettant de négliger certains des phé-
nomènes à prendre en compte dans le calcul élastique. Mais, il permet aussi de
mieux appréhender les états limites ultimes des poutres en conférant au dimen-
sionnement un niveau de sécurité homogène. Évidemment, les états limites de
service des poutres de bâtiment restent du ressort du calcul élastique. C’est
dans cette optique que se placent les développements qui suivent, accordant
une part majeure au calcul plastique.
Parmi les différents états limites ultimes des poutres de bâtiment, on ne doit
pas négliger d’inclure celui de la connexion acier-béton dont le dimensionnement
peut être traité de manière simple, également par le calcul plastique, sous réserve
que l’on utilise des connecteurs ductiles dont la définition précise est donnée
plus loin dans l’article. En général, les goujons à tête soudés, en dalle pleine ou
dalle mixte, constituent de tels connecteurs, contrairement aux butées et corniè-
res en dalle pleine qui sont des connecteurs non ductiles, exigeant un dimension-
nement de connexion de type élastique. Par ailleurs, l’utilisation de connecteurs
ductiles est une des conditions nécessaires pour pouvoir bénéficier, par l’inter-
médiaire du calcul plastique, des concepts de connexion complète et de conne-
xion partielle, concepts qui n’ont aucun sens en calcul élastique de connexion.
Dans le dimensionnement des poutres mixtes de bâtiments, il n’est pas rare
que les états limites de service prévalent sur les états limites ultimes, par exem-
ple en raison de la limitation imposée aux flèches. Dans ce cas, l’emploi d’une
connexion partielle trouve alors pleinement sa justification, sous réserve toute-
fois que cette connexion ne soit pas trop réduite au risque d’entraı̂ner à l’interface
acier-béton des glissements trop élevés et la rupture de connecteurs.
Dans la pratique actuelle des bâtiments avec éléments mixtes, notamment en
France, on doit constater une certaine réticence à introduire dans les projets des
poutres mixtes continues, avec une préférence pour les poutres simplement
appuyées avec ou sans consoles. Indépendamment d’un calcul plus complexe,
on peut trouver une explication à cela dans la présence d’une fissuration de la
dalle dans les zones relativement locales de moments négatifs, cette fissuration
étant souvent l’objet d’une appréhension qui, en fait, n’est pas vraiment justi-
fiée. Au moins à l’intérieur d’un bâtiment, la durabilité des poutres n’est guère
affectée par la fissuration et l’aspect d’esthétique des planchers peut trouver
une réponse simple dans l’emploi de revêtements souples. En outre, le choix
de ne pas projeter des poutres continues, lorsque celles-ci s’imposent logique-
ment d’un point de vue structural, conduit inévitablement à pénaliser le dimen-
sionnement de ces poutres. En particulier, il pénalise le dimensionnement aux
états limites ultimes, favorisé par une redistribution des moments de flexion qui
peut être importante pour des poutres avec profils métalliques compacts, bien
plus importante que dans les poutres en béton armé, et qui est parfaitement
quantifiée dans l’EN en fonction du type d’analyse globale utilisée. Le dimen-
sionnement aux états limites de service se trouve également pénalisé, en négli-
geant une réduction des flèches par rapport aux poutres simplement appuyées
(même en présence de la fissuration) et une moins grande sensibilité aux vibra-
tions pour de grandes portées. La contrepartie de l’emploi de poutres continues
se situe toutefois au niveau d’un risque d’instabilité par déversement du fait de
la compression de la semelle métallique inférieure dans les zones de moments
négatifs. Le phénomène de déversement est ici complexe, bien plus complexe

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qu’en construction métallique, du fait de l’interaction entre la dalle et le profilé


métallique et de la distorsion de ce dernier ne permettant plus une rotation de
torsion à la manière d’un corps rigide. L’article indique comment il est possible
d’éviter une vérification par le calcul direct en satisfaisant un certain nombre de
conditions assez fréquemment rencontrées en bâtiment.
Notons que cet article est scindé en deux parties ; la seconde [C 2 568] pré-
sentant les poutres partiellement enrobées et les poutres avec ouvertures


d’âmes. Les articles [C 2 561] et [C 2 568] constituent donc un tout à eux deux.
C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les expressions de calcul de la partie 2
sont numérotées en continuité de celles de la partie 1.

(coupure III-III). La détermination des résistances utiles aux vérifica-


1. Vérifications des poutres tions des sections mixtes est traitée aux § 1.4, 1.5, 1.6.
mixtes de section en T On doit également compter comme sections critiques celles pré-
sentant un brusque changement de dimensions ou de propriétés
aux états limites ultimes mécaniques (autres que la modification apportée par la fissuration
du béton). À titre indicatif, le rapport entre le plus grand et le plus
petit moment résistant au passage du changement de section
devrait être supérieur à 1,2 (cf. clause 6.1.1 (5) de l’EN 1994-1-1).
1.1 Différents types de vérification
& Résistance au déversement en zone de moments négatifs
Sous les combinaisons d’actions aux états limites ultimes, les Elle concerne le cas d’une poutre continue ou d’une poutre en
différents types de vérification qu’il convient d’effectuer pour une porte-à-faux, impliquant un déplacement latéral de la semelle infé-
poutre mixte de bâtiment au stade final de la construction (en rap- rieure en acier (position déformée VII sur la figure) : cette résis-
pelant que des vérifications sont à effectuer également au stade du tance, de caractère plus global que précédemment, est abordée au
montage pour la poutre en acier) doivent porter sur les aspects sui- § 1.8 (et en bonne logique après avoir donné des indications sur la
vants (figure 1). détermination des moments fléchissants dans les poutres mixtes
continues, dans le § 1.7).
& Résistance des sections de la poutre
En principe, toutes les sections sont a priori concernées. En pra- & Résistance de la connexion au cisaillement longitudinal (cou-
tique, la vérification peut se limiter aux sections dites « critiques », pure IV-IV)
définies comme celles où le moment fléchissant passe par un maxi- Elle porte sur l’ensemble des connecteurs répartis à l’interface
mum (coupure I-I sur la figure, ou section au droit d’une charge acier-béton de la poutre. Plus localement, cette vérification
concentrée et de valeur élevée, pouvant agir en plus d’une charge implique celle relative à la résistance au cisaillement longitudinal
répartie), celles où l’effort tranchant est maximal (coupure II-II au du béton de la dalle renforcée, si nécessaire, par des barres d’arma-
niveau de l’appui d’extrémité), ou encore celles où la résistance ture transversale (coupures V-V et VI-VI). Le dimensionnement très
vis-à-vis à la fois du moment fléchissant et de l’effort tranchant spécifique de la connexion et de son armature transversale est
(interaction des deux sollicitations) est susceptible d’être atteinte traité au § 2.

Charge répartie

Couvre-joint d’âme

a vue longitudinale b vue en section

Figure 1 – Zones concernées par les vérifications aux états limites ultimes

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& Résistance de l’âme au voilement par cisaillement Dès lors, on comprend pourquoi, dans le domaine du bâtiment,
Dans les zones à effort tranchant élevé, à proximité des sections la plupart des codes de dimensionnement se contentent de propo-
critiques II-II et III-III, et éventuellement résistance de l’âme à ser des formules simples pour beff qui placent assez largement en
l’enfoncement local sous une charge concentrée (par exemple, la sécurité. Pour sa part, l’EN 1994-1-1 adopte l’expression suivante à
réaction au droit d’un appui intermédiaire, notamment en l’absence mi-portée ou au niveau d’un appui intermédiaire (figure 2) :
d’un raidisseur transversal). En fait, ces résistances relèvent typique-
ment des poutres en acier, et ne sont pas traitées dans le présent beff = be1 + be2 (1)
article (on trouvera toutes spécifications utiles dans l’EN 1993-1-5,
avec :


en se reportant aux clauses 5 et 6 de cette norme concernant respec-
tivement les deux types de résistance évoqués précédemment).
⎛ L0 ⎞
Avant d’entrer dans le détail des calculs de résistance des sec- bei = min ⎜ , b i ⎟ (2)
tions mixtes, il est indispensable d’introduire le concept de largeur ⎝ 8 ⎠
efficace de dalle, également appelée en France « largeur partici-
pante de dalle » ; en construction mixte acier-béton, ce concept se avec L0 qui est fonction de la portée de la poutre.
distingue en effet de celui, semblable, utilisé pour les poutres de
béton armé en T (cf. 5.3.2.1 de l’EN 1992-1-1). Dans le cas d’une poutre isostatique sur deux appuis simples, la
longueur L 0 est prise égale à la portée L de la poutre.
Dans le cas d’une poutre continue, L 0 est choisie conformément
1.2 Largeur participante de dalle aux indications données sur la figure 3.
Dans un plancher mixte considéré en flexion générale (cf. 1.2.1 On distingue de la sorte une largeur participante de dalle sous
dans [C 2 560]), le transfert des efforts de la poutre métallique à la moments de flexion positifs, basée sur une longueur L 0 égale
dalle, par le biais des efforts de cisaillement longitudinal concentrés approximativement à la distance entre sections de moment nul
au niveau des connecteurs, ne mobilise pleinement la dalle que si dans une même travée et une largeur participante sous moments
l’espacement 2bi entre les poutres métalliques n’est pas trop grand de flexion négatifs (au voisinage des appuis intermédiaires ou le
(figure 2). En particulier, cela signifie que les contraintes normales long d’un porte-à-faux). Cette dernière est basée, en revanche, sur
dans la section de dalle, au niveau d’une fibre quelconque (horizon- une longueur L 0 plus importante que la dimension de la zone des
tale sur la figure), ne vont pas être distribuées uniformément ; elles moments négatifs, en raison d’une diffusion plus importante par
seront manifestement plus élevées au droit des poutres métalliques traı̂nage par cisaillement dans une nappe d’armatures tendues
et plus faibles à mi-distance entre ces poutres. On parle parfois que dans du béton comprimé, comme le confirme l’expérience.
d’effet de « traı̂nage par cisaillement », en rapport avec le rôle des
contraintes de cisaillement permettant une diffusion des contraintes En fait, dans la relation (1), il serait possible d’augmenter le
normales de part et d’autre de chaque poutre métallique. terme à droite de l’entraxe b0 des connecteurs en saillie ; si cette
possibilité peut trouver une justification dans le cas de larges
Aussi, afin de pouvoir étudier le plancher comme un ensemble de semelles en acier rencontrées dans les ouvrages d’art mixtes, elle
poutres en T indépendantes (pour les poutres de rive comme pour ne présente pas d’intérêt véritable en bâtiment, et d’ailleurs
les poutres intermédiaires et les solives), il est pratique d’introduire l’EN 1994-1-1 autorise, dans ce cas, à prendre b0 = 0 (cf. clause
le concept de largeur participante beff de dalle. Cela revient à fixer, 5.4.1.2 (9)).
pour chaque poutre métallique, la largeur de dalle qui contribue à la
flexion générale du plancher, en supposant une distribution uniforme Également au niveau d’un appui d’extrémité, chaque terme bei de
des contraintes normales sur cette largeur au niveau d’une fibre. la relation (1) doit en principe être réduit par un facteur multiplica-
La définition de beff est assez délicate, en particulier si cette lar- tif βi ≤ 1. Mais, là encore pour le bâtiment, l’EN 1994-1-1 permet de
geur est choisie identique pour le calcul de la rigidité et de la résis- laisser de côté cette réduction puisqu’il permet de supposer la lar-
tance en flexion d’une section de poutre, conformément à l’option geur participante constante dans toute la zone de flexion positive
simplificatrice prise dans l’EN 1994-1-1 (cf. clauses 6.1.2 et 7.2.1(2) dans chaque travée, en adoptant la valeur beff à mi-portée. Le
se référant à la même clause 5.4.1.2), option qui est également même type de simplification est aussi applicable dans toute la
prise pour les structures en béton (cf. clause 5.3.2.1 de l’EN 1992- zone de flexion négative de part et d’autre d’un appui intermé-
1-1). On conçoit facilement que beff dépende du rapport de l’espace- diaire, en adoptant dans cette zone la valeur de beff au droit de
ment 2bi à la portée L de la poutre mais aussi du signe du moment l’appui intermédiaire (cf. clause 6.1.2(2) de l’EN).
fléchissant (un moment fléchissant positif comprime la dalle, au Bien que l’EN 1994-1-1 ne fournisse pas d’autre figure que la
moins sur une certaine épaisseur, alors qu’un moment négatif sol- figure 3, il est certain que cette dernière n’est pas transposable
licite le béton en traction et l’amène en général à fissurer). En outre, immédiatement à toutes les situations rencontrées en structures
l’expérience montre que beff dépend, de manière complexe, du type mixtes.
de chargement appliqué à la poutre, de la nature de ses liaisons
(appuis et assemblages), du type de comportement élastique ou
plastique et de bien d’autres facteurs (par exemple relatifs au 1,5 L4
mode de fabrication des poutres). mais
L0 = 0,25 (L1 +L2) 0,25 (L2 +L3) ≤ L4 + 0,5 L3
beff

be1 be2

L0 = 0,8 L1 0,7 L2 0,8 L3 – 0,3 L4


mais ≥ 0,7 L3

b1 b1 b2 L1 L2 L3 L4

Figure 2 – Largeur participante de dalle pour une poutre de plancher Figure 3 – Valeurs de L 0 pour une poutre mixte continue

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Exemple reclassements sont possibles, de la classe 3 à la classe 2, qui seront


évoqués plus loin).
 Dans le cas de portiques contreventés avec assemblages
semi-rigides des poutres attachées aux poteaux, la distribution des Dans l’EN 1994-1-1, les limitations fixées aux élancements c/t
moments fléchissants dans les poutres se trouve influencée par le d’une semelle comprimée et d/t de l’âme d’une poutre en acier,
comportement en rotation des assemblages, et il convient de tenir sont rigoureusement identiques à celles de l’EN 1993-1-1, et ceci
compte de cette influence pour la détermination de la largeur partici- pour les quatre classes, la classe adoptée pour une section étant
pante (cf. clause 5.4.1.2 (8) de l’EN). la plus défavorable des deux parois, semelle et âme. Ces limita-
tions sont indiquées au tableau 5.2 de l’EN 1993-1-1 (voir égale-
 Dans le cas de portiques non contreventés à assemblages


ment le paragraphe 2.2 de l’article [C 2 553]).
rigides, il peut même y avoir un renversement du signe des
moments sous des actions latérales pouvant intervenir dans des Toutefois, la présence d’un enrobage partiel de béton entre les
sens opposés (vent, action sismique) ; les valeurs de largeur partici- semelles en acier a un effet favorable, permettant (cf. 5.5.3 de
pante à utiliser en pratique peuvent être alors foncièrement différen- l’EN 1994-1-1) de :
tes de celles mentionnées plus haut (voir le chapitre 7 de l’EN 1998-1 – relever les limites c/t de la semelle, de 10 e à 14 e en classe 2 et
dans le cas du dimensionnement sismique). de 14 e à 20 e en classe 3 (où pour mémoire ε = 235/fy traduit
l’influence de la nuance de l’acier) ;
– reclasser en classe 2, avec la même section, une âme de
1.3 Classification des sections mixtes classe 3 enrobée d’un béton armé correctement connecté au profilé
(vis-à-vis du voilement local) en acier.
Le concept de classe de section peut s’appliquer, en principe, aux Par ailleurs, lorsque la section est sollicitée par un moment de
divers éléments de barre. En construction mixte, il concerne essen- flexion positif, la présence de la dalle influence la classification de
tiellement les poutres, permettant d’évaluer sur la base de critères la manière suivante :
simples la limitation des capacités de rotation de leurs sections. – toute semelle comprimée en acier, si elle est attachée à la dalle
Comme en construction métallique (cf. 5.5.2 de l’EN 1993-1-1), on de béton par des connecteurs avec un espacement suffisamment
définit de manière pratique quatre classes de section : rapproché dans la direction longitudinale de la poutre (à savoir,
– classe 1 : la poutre est capable de développer le moment de conformément à 6.6.5.5(2) de l’EN 1994-1-1, un espacement infé-
résistance plastique, noté Mpl + − rieur à 22 tfe pour une dalle pleine et à 15 tfe pour une dalle mixte
,Rd sous flexion positive et Mpl,Rd
avec nervures perpendiculaires à la poutre, tf étant l’épaisseur de la
sous flexion négative, avec une capacité de rotation suffisante pour
semelle), peut être considérée d’emblée comme relevant de la
permettre l’utilisation d’une analyse globale plastique, basée sur un
classe 1 ;
mécanisme par rotules plastiques formé au sein de la structure ;
– lorsque l’axe neutre plastique se situe dans la dalle ou dans la
– classe 2 : la poutre est également capable de développer le
semelle, supposée de classe 1 et attachée à cette dalle, la section
moment de résistance plastique, mais avec une capacité de rota-
mixte peut être considérée de classe 1 puisque l’âme est totale-
tion limitée ;
ment tendue, même si cette âme présente un grand élancement ;
– classes 3 et 4 : en raison du phénomène de voilement local
toutefois, si l’axe neutre coupe l’âme et/ou se trouve relativement
intervenant dans une zone comprimée de la poutre métallique
éloigné de la face supérieure de la dalle, la section mixte peut rele-
(âme ou semelle), les fibres en acier les plus sollicitées en
ver de la classe 2 en raison du risque accru d’écrasement du béton
contrainte normale ne peuvent dépasser la limite d’élasticité de cal-
de la dalle en compression venant limiter la capacité de rotation de
cul fyd = fy/g M lorsque les sections de la poutre mixte sont de
la section.
classe 3, ou une valeur inférieure à cette limite lorsque les sections
sont de classe 4. Autrement dit, les sections de classe 4 sont celles Des études paramétriques ont montré que le risque ne se posait
régies par le phénomène de voilement local en comportement élas- vraisemblablement qu’avec les nuances d’acier S420 ou S460 pour
tique, la résistance réduite de ces sections, liée aux effets du voile- la poutre métallique et qu’avec une distance xpl entre l’axe neutre
ment, devant être déterminée en pratique à l’aide du concept de lar- plastique (ANP) et la face supérieure de la dalle supérieure à 15 %
geur efficace des parois, âme et semelle comprimée (cf. 4.3 de de la hauteur totale h de la section mixte ; dans ce cas, il convient
l’EN 1993-1-5). Les poutres de classe 4 sont surtout utilisées dans alors de réduire le moment de résistance plastique à la valeur
les ouvrages d’art, rarement en bâtiment, et elles ne seront pas trai- +
tées dans le présent article.
βMpl ,Rd où le coefficient b est donné à la figure 4 (au-delà de
xpl/h = 0,40, la détermination du moment résistant de la section
Les sections de classe 3 doivent donc être traitées à l’aide d’un par le calcul plastique n’est plus valable ; on notera toutefois que
calcul élastique, alors que celles de classes 1 et 2 peuvent l’être à l’on a toujours la possibilité d’entreprendre un calcul élastique ;
l’aide d’un calcul plastique (en signalant d’ailleurs que certains cf. 6.2.1.2(2) de l’EN 1994-1-1).

beff β
0,85 fcd

1,00

xpl 0,85

ANP
h fyd Mpl,Rd
xpl
h

fyd 0,15 0,4

Figure 4 – Facteur de réduction b du moment de résistance plastique

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1.4 Résistance élastique en flexion & L’axe neutre se situe en dehors de la dalle (figure 5).
des sections mixtes La position de l’axe neutre, caractérisée par la distance z entre
cet axe et la face supérieure de la dalle, est donnée par l’égalité
Les développements donnés dans ce paragraphe concernent des moments statiques :
essentiellement les sections de classe 3 où le calcul élastique est
obligatoire (ils pourraient être utiles également à la classe 4, sous ⎛h ⎞ b + h2
réserve d’introduire un concept de largeur efficace d’âme et/ou de A h z = Aa ⎜ a + hp + hc ⎟ + eff c (3)
⎝ 2 ⎠ 2n
semelle comprimée, comme déjà indiqué plus haut). Ces calculs


peuvent être également appliqués aux sections de classe 1 ou 2 si avec Aa aire de la section de la poutre en acier,
l’on ne cherche pas à tirer profit de la réserve de résistance appor-
tée par l’adaptation plastique en section mixte (qui peut être Ah aire de la section mixte homogénéisée, donnée
importante). par :
L’étude en flexion élastique est basée sur les hypothèses
suivantes. + h
beff
Ah = A a + c (4)
& L’hypothèse de Bernoulli est valable pour la section mixte dans n
son ensemble ; autrement dit, toute section droite de poutre est
supposée demeurer plane après déformation, ce qui implique que On désigne par za la distance entre le centre de gravité de la sec-
le glissement puisse être négligé à l’interface acier-béton (il en est tion de la poutre en acier et la face supérieure de la dalle, soit :
ainsi lorsque la connexion est normalement dimensionnée, avec un
nombre et une position des connecteurs appropriés permettant un ha
za = + hp + hc (5)
transfert régulier de l’effort de cisaillement longitudinal distribué à 2
l’interface acier-béton de la poutre).
L’hypothèse faite au départ sur la position de l’axe neutre est réa-
Il résulte également de cette hypothèse que la déformation
lisée lorsque z > hc, c’est-à-dire, en utilisant (3) et (4), lorsque :
linéique de l’armature (admise avec une bonne adhérence au
béton), aussi bien en traction qu’en compression, est la même que + h2
beff
la déformation linéique moyenne du béton qui enrobe l’armature. Aa (z a − hc ) > c (6)
2n
& La résistance en traction du béton est négligée.
Le moment d’inertie géométrique de la section mixte homogé-
& Les matériaux acier et béton ont un comportement élastique néisée par rapport à l’axe neutre est donné par l’expression :
linéaire, caractérisé par le module d’élasticité Ea pour l’acier et par
le coefficient d’équivalence n, défini par les relations (7) ou (8) de + h
beff ⎡ h2 ⎛ h ⎞ ⎤
2
Ih = Ia + Aa (z a − z ) +
2 c
l’article [C 2 560]) pour le béton. De la sorte, la section mixte peut ⎢ c + ⎜z − c ⎟ ⎥ (7)
n ⎢⎣ 12 ⎝ 2 ⎠ ⎥⎦
être transformée en une section équivalente et homogène en acier,
l’aire de béton comprimé Ac étant remplacée par une aire équiva-
lente d’acier Ac/n, de même centre de gravité. avec Ia moment d’inertie géométrique de la section en
acier (par rapport à son axe central d’inertie).
On se place dans la situation, fréquente en bâtiment, où la dalle
est de type mixte, avec les ondes de la tôle profilée perpendiculai-
res à l’axe de la poutre en acier. La hauteur maximale possible de & L’axe neutre coupe la dalle (au-dessus des sommets d’onde ;
béton comprimé sous flexion positive est alors l’épaisseur hc de la
dalle au-dessus des sommets d’ondes, la hauteur des ondes étant figure 6).
par ailleurs définie par hp. Les formules données ci-après restent Il en est ainsi lorsque la condition (6) n’est pas satisfaite (z < hc).
valables dans le cas d’une dalle pleine, en faisant hp = 0. Pour sim- La distance z de l’axe neutre à la face supérieure de la dalle est
plifier la présentation, on suppose également que le profilé en acier maintenant donnée par l’équation des moments statiques :
est doublement symétrique ; le principe des calculs resterait le
même avec d’autres situations, par exemple : profilé en acier à + z2
beff
semelles inégales, dalle pleine avec renformis ou dalle mixte avec A hz = Aaz a + (8)
2n
onde parallèle à l’axe de la poutre en acier.
avec :
1.4.1 Cas d’une section sous moment positif
+ z
beff
On néglige en général la contribution de l’armature en compres- A h = Aa + (9)
sion dans la dalle, et on distingue deux cas, selon la position de n
l’axe neutre élastique dans la section.

beff beff
σc σc
hc hc z
hp z (sup) hp σa(sup)
σa

ha ha

(inf)
σa Traction σa(inf) Traction

Figure 5 – Distribution élastique des contraintes avec axe neutre Figure 6 – Distribution élastique des contraintes avec axe neutre
dans le profilé en acier (flexion positive) dans la dalle (flexion positive)

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Soit l’équation du 2e degré en z : et la distance z de l’axe neutre élastique (ANE) au centre de gravité
Ga de la section du profilé en acier est donnée par la relation :
z2
+
beff − n Aa (z a − z ) = 0
2
( )
⎛h ⎞
z Aa + A s = ⎜ a + hs ⎟ A s
⎝ 2 ⎠
(13)

dont la solution à retenir est :


Le moment d’inertie homogénéisé est donné par l’expression :
n A ⎛ 2beff
+ z
a

z = +a⎜ + 1 − 1⎟ (10) ⎛h ⎞
2


beff ⎜⎝ n Aa ⎟⎠ Ih = Ia + Aa z 2 + A s ⎜ a + hs − z ⎟ (14)
⎝ 2 ⎠

Avec la valeur de z ainsi trouvée, le moment d’inertie géomé- Sous le moment de flexion négative MEd, on a les contraintes
trique de la section mixte homogénéisée a maintenant pour normales suivantes en section :
expression : – la contrainte de traction dans l’armature :
b+ z 3 MEd (ha / 2 + hs − z )
Ih = Ia + Aa (z a − z )
2 (11)
+ eff σs =
3n Ih
À ce stade, utilisant les valeurs appropriées de Ih et de z (selon la – la contrainte de compression dans la semelle inférieure du
position de l’axe neutre élastique), les contraintes normales de fle- profilé :
xion dues à un moment sollicitant de calcul MEd s’obtiennent sans
difficulté ; par exemple : (inf ) M (h / 2 + z )
σa = − Ed a
– la contrainte de compression en face supérieure de la dalle : Ih

σc = −
MEd z 1.4.3 Définition d’un moment de résistance
n Ih élastique
Le plus souvent, le calcul des contraintes s a, s c et s s (telles
– la contrainte, de traction ou de compression, dans la semelle
qu’exprimées précédemment aux paragraphes 1.4.1 et 1.4.2) est
supérieure de la poutre en acier : suffisant pour effectuer le dimensionnement élastique d’une sec-

σa(
sup)
=
(
MEd hc + hp − z ) tion mixte. Toutefois, il sera pratique, par la suite, de pouvoir dispo-
ser de la notion de moment de résistance élastique Mel,Rd, aussi
Ih bien sous flexion positive que négative, même si cette notion de
moment résistant ne peut avoir qu’un caractère relativement
– et la contrainte de traction dans la semelle inférieure de la pou- conventionnel (par opposition au moment de résistance plastique
tre en acier : traité au § 1.5). En effet, la définition de cette notion va dépendre
de la combinaison d’actions particulière envisagée lors du dimen-

σa( ) =
inf (
MEd hc + hp + ha − z ) sionnement, mais également du fait que la poutre ait été étayée
ou non en phase de construction.
Ih
Lorsque la poutre a été étayée, Mel,Rd est défini simplement
1.4.2 Cas d’une section sous moment négatif comme étant égal au moment de flexion sollicitant MEd, supposé
croissant, pour lequel est atteinte l’une des contraintes limites
Une section mixte sous moment de flexion négatif résiste au suivantes :
niveau du profilé en acier et des barres d’armature comprises à – fcd = fck/g c dans le béton comprimé ;
− de dalle (figure 7). On
l’intérieur de la largeur participante beff – fyd = fy/g M dans l’acier du profilé, en traction ou en
désigne par As l’aire totale des armatures participantes et par hs la compression ;
cote de la nappe d’armatures par rapport à la face supérieure de la – fsd = fsk/g s dans l’armature tendue ou comprimée (selon le
semelle du profilé (dans le cas d’une double nappe d’armatures, on signe du moment).
peut adopter pour hs la cote du centre de gravité des nappes).
Lorsque la poutre n’a pas été étayée, les contraintes dues aux
L’aire de la section mixte homogénéisée est alors simplement : actions appliquées au profilé métallique seul en phase de construc-
tion, doivent être ajoutées à celles dues aux actions ultérieurement
A h = Aa + A s (12) appliquées à la poutre fonctionnant en élément mixte. Pour une
section particulière de la poutre et pour une combinaison donnée
d’actions en phase mixte (en plus des actions en phase de cons-
truction), il est logique d’adopter comme définition du moment de
beff résistance élastique l’expression suivante (cf. 6.2.1.4(6) de
σs Traction
l’EN 1994-1-1) :
hc hs
hp Mel,Rd = Ma,Ed + k Mc,Ed (15)
A.N.E
ha Ga
z avec Ma,Ed moment de flexion de calcul, repris par le pro-
ha /2 σa(inf)
filé métallique seul (en phase de construction),
Mc,Ed moment de flexion de calcul, repris par la sec-
Compression tion mixte,
k plus faible facteur pour lequel la contrainte
Figure 7 – Distribution élastique des contraintes sous flexion totale de flexion atteint l’une des contraintes
négative limites précitées, à savoir fcd, fyd ou fsd.

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1.5 Résistance plastique en flexion Compression


des sections mixtes beff 0,85 fcd
Pour mémoire, ce type de calcul est limité au cas des sections de
classe 1 ou 2. Pour le calcul du moment de résistance plastique, hc A.N.P z Fc1
+ − hp
désigné par Mpl , Rd sous flexion positive et Mpl, Rd sous flexion
négative, on adopte les hypothèses suivantes. ha/2
ha Ga Fa


& La connexion de la travée (où se situe la section étudiée) est ha/2
dimensionnée de manière à ce que le profilé métallique, ou la
dalle de béton, ou encore l’armature, puisse atteindre sa résistance
plastique maximale, selon le cas. On dit alors qu’il y a « interaction fyd
complète » entre deux des composants précédents de la poutre Traction
(pour précision, le cas d’interaction incomplète amenant à un
moment plastique réduit est examiné plus loin, au § 2.5, avec la Figure 8 – Distribution plastique des contraintes avec axe neutre
notion de connexion partielle). dans la dalle (flexion positive)
& La résistance en traction du béton est négligée.
homogénéisée ici avec le coefficient d’équiva-
& Toutes les fibres de la poutre en acier, y compris celles situées lence n0 ; cf. [C 2 560], relation (6)) ; quant au
au voisinage immédiat de l’axe neutre plastique, sont plastifiées coefficient 0,3, mis en évidence délibérément
en traction ou en compression ; les contraintes exercées sur ces dans la relation (18), il tient compte, en fait,
fibres sont donc égales à ± fyd = ± fy/g M. des effets du retrait.
& La distribution des contraintes normales dans le béton com-
primé est uniforme et égale à 0,85 fcd = 0,85 fck/g c. Le coefficient & Enfin, comme pour le calcul élastique au § 1.4, la contribution de
0,85 ne doit pas être interprété ici comme un facteur de réduction l’armature peut être négligée lorsque la dalle est comprimée. En
de la résistance du béton en compression par suite d’effets à long présence d’une dalle mixte, la tôle profilée comprimée doit impéra-
terme (autrement dit, il ne s’apparente pas au facteur acc de la tivement être négligée.
clause 3.1.6 (1) P de l’EN 1992-1-1). C’est en fait un facteur de cali-
brage qui s’est avéré, à l’usage, le plus approprié pour le calcul Les hypothèses qui précèdent (la première mise à part) condui-
plastique de la résistance en flexion des sections mixtes, permet- sent à une configuration par « blocs rectangulaires » des distribu-
tant l’utilisation d’emblée d’une distribution uniforme des contrain- tions de contraintes normales en section, comme cela est détaillé
tes du béton comprimé. ci-après en distinguant encore les cas sous flexion positive et ceux
sous flexion négative.
& Les barres d’armature de la dalle, lorsqu’elles sont sollicitées en
traction, sont plastifiées à la valeur de la contrainte de calcul
fsd = fsk/g s. Comme cela a déjà été souligné dans le § 3.2 de [C 2 560], 1.5.1 Cas d’une section sous moment positif
le calcul plastique en section impose à ces barres d’avoir une duc- Trois cas de la position de l’axe neutre plastique sont à envisa-
tilité suffisante, c’est-à-dire d’appartenir à la classe B ou C de ducti- +
lité. Mais, en raison de l’effet de rigidité apporté par le béton tendu ger, conduisant à des expressions différentes de Mpl,Rd.
entre fissures, qui tend à concentrer les déformations plastiques
des barres d’armature au droit de ces fissures, on doit s’assurer & L’axe neutre est situé dans la dalle (figure 8).
également que la section d’armature As est suffisante pour éviter
Le cas considéré se produit lorsque :
une rupture ; plus précisément, on doit avoir (cf. 5.5.1(5) de
l’EN 1994-1-1) : Fc > Fa (19)
− h
A s ⭓ ρsbeff (16)
c
avec Fa et Fc résistances plastiques respectivement du pro-
filé en traction et de la dalle en compression :
avec :
fy fctm Fa = Aa fyd (20)
ρs = δ kc (17)
235 fsk

c( cd )
Dans cette relation (17), on désigne par : + h 0,85 f
Fc = beff (21)
fctm la résistance moyenne en traction du béton
(cf. [C 2 560], tableau 2) ; La cote z de l’axe neutre plastique par rapport à la face supé-
rieure de la dalle est donnée par :
d un facteur égal à 1,0 si la section mixte est en
classe 2, et égal à 1,1 si la section est en
classe 1 ;
(+ × 0,85 f
z = Fa / beff cd ⭐ hc ) (22)

kc un coefficient tenant compte de la distribution En considérant le bras de levier entre Fa et la résultante Fc1 du
des contraintes dans la dalle avant fissuration, béton comprimé, le moment de résistance plastique est donné par :
donné par :
+
Mpl (
,Rd = Fa ha / 2 + hp + hc − z / 2 ) (23)
1
kc = + 0,3 ⭐ 1,0 (18) & L’axe neutre est situé dans la semelle supérieure en acier
1 + hc / (2 z 0 )
(figure 9).
avec z0 distance entre le centre de gravité de la dalle Ce cas se produit lorsque Fc < Fa, cette condition amenant la cote
supposée non fissurée et celui de la section z de l’axe neutre plastique à être supérieure à l’épaisseur totale de
mixte également supposée non fissurée (et dalle (hc + hp). Mais, pour que l’axe neutre se situe bien dans la

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Calcul des poutres mixtes


de bâtiments
Partie 2 : poutres en T à enrobage partiel
ou à âmes ajourées Q
par Jean-Marie ARIBERT
Professeur Émérite des Universités – Conseiller en Construction Mixte acier-béton
Ancien directeur du Laboratoire Structures de l’INSA de Rennes

1. Cas des poutres mixtes avec enrobage partiel de béton ........ C 2 568 – 2
1.1 Domaine d’application ....................................................................... — 2
1.2 Résistance en flexion ......................................................................... — 3
1.3 Résistance à l’effort tranchant et interaction moment résistant /
effort tranchant ................................................................................... — 4
1.4 Analyses globales des poutres mixtes avec enrobage partiel ......... — 4
1.5 Résistance au déversement ............................................................... — 5
1.6 Contrôle de la fissuration de l’enrobage ........................................... — 5
2. Guide succinct de dimensionnement des poutres mixtes
en T avec larges ouvertures dans l’âme ..................................... — 5
2.1 Généralités et domaine d’application ............................................... — 5
2.2 Classification d’une section avec âme ajourée ................................. — 6
2.3 Vérification de la résistance en flexion au droit de l’âme ajourée ... — 7
2.4 Vérification de la résistance à l’effort tranchant au droit de l’âme
ajourée ................................................................................................ — 8
2.4.1 Résistance offerte par la section en acier ............................... — 8
2.4.2 Résistance offerte par la dalle ................................................. — 8
2.4.3 Vérification de la résistance à l’effort tranchant ..................... — 8
2.5 Vérification de la résistance en flexion locale de type Vierendeel ... — 8
2.5.1 Résistance apportée par les tronçons en T en acier ............... — 8
2.5.2 Résistance apportée par la connexion de la dalle .................. — 9
2.5.3 Vérification de la résistance en flexion locale Vierendeel ...... — 10
2.6 Vérification complémentaire aux états limites de service ................ — 10
3. Exemples simples d’application numérique .............................. — 10
3.1 Remarque préliminaire ...................................................................... — 10
3.2 Exemple N 4 ...................................................................................... — 10
3.2.1 Combinaison des actions aux ELU ......................................... — 10
3.2.2 Vérification de la résistance en fléxion ................................... — 10
3.2.3 Vérification de la résistance à l’effort tranchant ..................... — 11
3.2.4 Dimensionnement de la connexion et armature transversale — 12
3.3 Exemple N 5 ...................................................................................... — 12
3.3.1 Vérification de la résistance en flexion au droit de l’âme
ajourée ..................................................................................... — 12
3.3.2 Vérification de la résistance à l’effort tranchant au droit
de l’âme ajourée ...................................................................... — 13
3.3.3 Vérification de la résistance en flexion locale de type
Vierendeel ................................................................................ — 13
3.3.4 Vérification de la flèche aux ELS ............................................. — 13
4. Conclusion........................................................................................ — 14
5. Glossaire – Définitions................................................................... — 14
Pour en savoir plus.................................................................................. Doc. C 2 568
p。イオエゥッョ@Z@。ッエ@RPQV

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CALCUL DES POUTRES MIXTES DE BÂTIMENTS –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

ans la première partie de cet article a été exposé le calcul de la poutre en T


D avec une dalle au-dessus d’un profilé métallique et connectée à celui-ci.
Dans cette deuxième partie, nous présentons d’abord le calcul des poutres
partiellement enrobées, c’est-à-dire avec du béton armé coulé entre les semel-
les du profilé métallique, puis le calcul des poutres avec âmes comportant de
larges ouvertures, couramment utilisées à l’heure actuelle.

Q Le plus souvent, les poutres à enrobage partiel concernent des solives sim-
plement appuyées à leurs extrémités pour lesquelles la détermination du
moment de flexion et de l’effort tranchant ne présente pas de difficultés parti-
culières. Il n’est toutefois pas exclu d’avoir à traiter des cas de poutres conti-
nues à enrobage partiel, par exemple des poutres de rive de planchers. Pour
ces cas, les analyses globales applicables nécessitent alors d’introduire quel-
ques conditions restrictives par rapport aux mêmes analyses utilisées avec les
poutres en T courantes. Évidemment lorsqu’une poutre continue est réalisée
avec un enrobage partiel, le risque d’instabilité par déversement peut être for-
tement réduit du fait d’un certain maintien latéral de la semelle inférieure.
En revanche, pour les poutres en T avec de larges ouvertures d’âme, le risque
de déversement serait théoriquement accru du fait d’une plus grande flexibilité
latérale de l’âme métallique ; mais à notre connaissance, il ne semble pas exis-
ter à l’heure actuelle de réalisations avec des poutres continues comportant de
larges ouvertures d’âme rapprochées en zone de moments négatifs de flexion.
C’est la raison pour laquelle on suppose ici connues les valeurs du moment
fléchissant positif et de l’effort tranchant dans ce type de poutre, en particulier
au droit d’une section d’âme ajourée. L’espacement entre deux ouvertures adja-
centes est choisi suffisant pour éviter toute ruine prématurée du montant de
l’âme entre ces ouvertures. Il convient de signaler également que les expres-
sions théoriques sont développées pour des poutres en acier mono-symétri-
ques, la tendance actuelle étant de fabriquer des poutres à âmes ajourées
avec une semelle inférieure nettement plus forte que la semelle supérieure.
On notera que, dans un souci de clarté, les exemples traités ici se placent
dans la continuité des exemples de la première partie de ce texte, c’est-à-dire
l’article [C 2 561], ce qui explique leur numérotation.
Le lecteur trouvera au dernier chapitre un glossaire de l’ensemble du vocabu-
laire technique utilisé dans cet article.

Une dalle pleine ou une dalle mixte peut également faire partie
1. Cas des poutres mixtes de la section efficace de la poutre mixte (figure 1), sous réserve
d’être connectée à la section en acier conformément aux principes
avec enrobage partiel et règles d’application précisées au § 2 de l’article [C 2 561].
de béton Alors que l’ENV 1994-1-1 ne donnait aucune spécification pour le
calcul des résistances de ce type de poutre, l’EN 1994-1-1 comble
fort heureusement cette lacune, en se limitant toutefois aux sec-
tions de classe 1 et 2 (cf. § 1.3 de l’article [C 2 561]), avec un élance-
ment d’âme hw / t w ≤ 124 ε (cf. relation (42)) pour éviter tout risque
1.1 Domaine d’application de voilement par cisaillement avant l’atteinte de la résistance plas-
tique à l’effort tranchant de la section.
Les poutres mixtes avec enrobage partiel de béton entre les ailes
ont été présentées d’une manière générale au § 1.2.1 de l’arti- Des dispositions constructives précises sont exigées dans la
cle [C 2 560], en soulignant l’avantage qu’elles offrent de résistan- clause 5.5.3(2) de l’EN 1994-1-1 pour assurer un fonctionnement
ces améliorées en flexion et à l’effort tranchant comparativement à mécanique effectif de l’enrobage. Ces dispositions sont les
celles d’une poutre en T, et surtout l’augmentation considérable de suivantes :
la durée de tenue à l’incendie qu’elles procurent sans avoir à utili- – le béton d’enrobage est armé par des barres longitudinales et
ser une protection particulière (cf. Annexe F de l’EN 1994-1-2 et arti- par des étriers transversaux à ces barres, l’ensemble se présentant
cles [C 2 506] et [C 2 507]). éventuellement sous la forme d’un treillis soudé ;

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–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––– CALCUL DES POUTRES MIXTES DE BÂTIMENTS

tw


bc
0,8 ≤ ≤ 1,0
bf
hw

bc

bf bf

Figure 1 – Sections types de poutres à enrobage partiel

Étriers fermés Étriers ouverts Étriers et barres


avec goujons soudés sur l’âme traversant l’âme
avec goujons

Figure 2 – Différentes fixations du béton à l’âme

– le rapport bc /bf est tel que défini sur la figure 1 ; « blocs rectangulaires », comme pour les poutres mixtes en T (cf.
– le béton entre les semelles est solidarisé à l’âme par soudage § 1.5 de l’article [C 2 561]) et comme l’illustre la figure 3. Dans le
des étriers sur celle-ci, ou au moyen de barres d’armature traver- cas a) sans dalle et dans le cas c) avec dalle et sous flexion néga-
santes d’un diamètre d’au moins 6 mm, ou encore par des goujons tive, l’axe neutre plastique (ANP) se situe dans l’enrobage pour les
soudés sur l’âme et d’un diamètre d’au moins 10 mm (figure 2) ; deux cas, avec nécessairement une partie du béton de celui-ci fis-
– l’espacement longitudinal des goujons soudés sur chaque face surée, donc négligée dans le calcul du moment résistant. Dans le
de l’âme, ou celui des barres d’armature traversantes ne dépasse cas b) avec dalle sous flexion positive, l’axe neutre plastique est
pas 400 mm. La distance entre la face intérieure de chaque semelle souvent au-dessus de l’enrobage, avec la totalité du béton de
et la file la plus proche des fixations sur l’âme ne dépasse pas celui-ci fissurée et négligée dans le calcul du moment résistant.
200 mm ; L’armature comprimée dans l’enrobage de béton peut être négli-
– dans le cas où la hauteur du profilé en acier dépasse 400 mm, gée dans le calcul du moment résistant (au même titre que l’arma-
les fixations des différentes files peuvent être disposées en ture comprimée dans la dalle). La connexion entre l’âme en acier et
quinconce. l’enrobage de béton doit être complète au sens du concept déve-
loppé au § 2.4 de l’article [C 2 561], mais ici pour assurer le transfert
des efforts axiaux entre ces deux parties acier et béton.
1.2 Résistance en flexion
En revanche, une connexion partielle peut très bien être utilisée
Les moments résistants de calcul, sous flexion positive ou néga- entre la semelle supérieure en acier et la dalle pleine ou mixte. Les
tive, peuvent être déterminés au moyen de l’approche plastique, connecteurs étant supposés ductiles (goujons soudés par exem-
avec des distributions de contraintes normales en section par ple), le calcul du moment résistant en valeur réduite en zone de

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CALCUL DES POUTRES MIXTES DE BÂTIMENTS –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

fyd
0,85 ∙ fcd

ANP – –
+ +
Mpl,Rd Cas a sans dalle
+ fsd


beff
0,85 ∙ fcd
ANP –

+
Mpl,Rd Cas b avec dalle sous
+ flexion positive

fsd

fyd

beff

fsd

+ – Cas c avec dalle sous


ANP Mpl,Rd
+ flexion négative
– –
fsd

fyd 0,85 ∙ fcd

Figure 3 – Distributions plastiques des contraintes d’une poutre à enrobage partiel

moments de flexion positifs s’opère comme au § 2.5 de l’arti- déterminée par le modèle de bielle-tirant (de chaque côté de
cle [C 2 561], l’effort de compression exercé dans la dalle pleine l’âme) de l’EN 1992-1-1 (clause 6.2.3). VRd,c est alors pris comme la
ou mixte étant alors réduit à une valeur égale à l’effort de cisaille- plus faible valeur entre la résistance du tirant VRd,s et la résistance
ment donné à la relation (64) de l’article [C 2 561] et repris sur la de la bielle de béton VRd,max (cf. également les relations (9) et (10)
longueur critique concernée. de l’article [C 2 331]).
Dans le cas où Va,Ed est supérieur à 0,5 Vpl,a,Rd, on considère qu’il
1.3 Résistance à l’effort tranchant y a une interaction de l’effort tranchant sur le moment de résistance
plastique M*pl,Rd (cf. clause 6.3.4(1) de l’EN 1994-1-1). La réduction
et interaction moment résistant / du moment résistant s’opère sur le même principe que pour une
effort tranchant poutre mixte sans enrobage, le coefficient de réduction r de la
limite d’élasticité pour l’âme en acier étant calculé par la même
La contribution de l’enrobage peut être prise en compte pour la expression (cf. relation (46) de l’article [C 2 561]), mais toutefois
détermination de la résistance à l’effort tranchant de la section avec le rapport VEd/VRd dans cette expression remplacé par Va,Ed/
mixte, sous réserve d’avoir satisfait aux exigences constructives Vpl,a,Rd.
précisées au § 1.1 assurant une bonne solidarisation entre l’enro-
bage et l’âme. Pour cela, l’effort tranchant VEd doit être réparti en
deux parties, Va,Ed et Vc,Ed, agissant respectivement sur la section
en acier et sur l’enrobage en béton. Il serait théoriquement possible
1.4 Analyses globales des poutres mixtes
d’effectuer cette répartition au prorata des rigidités en cisaillement avec enrobage partiel
de ces deux composants, ce qui nécessiterait pour l’enrobage l’uti-
lisation d’une technique d’homogénéisation dans l’espace entre Sont concernées ici les poutres mixtes continues avec enrobage
deux étriers, basée par exemple sur une équivalence des énergies partiel, le cas isostatique des poutres simplement appuyées, avec
de déformation. éventuellement une partie en console à l’extérieur des appuis, ne
soulevant pas de problème particulier de détermination des sollici-
Toutefois, l’EN 1994-1-1 (clause 6.3.3(3)) permet d’éviter une tations de flexion et d’effort tranchant.
méthode de calcul complexe en proposant une répartition de
l’effort VEd au prorata des contributions de la section en acier et Pour les vérifications aux états limites ultimes, l’analyse rigide-
de l’enrobage dans la valeur du moment de résistance plastique plastique reste applicable, sous réserve de respecter les conditions
M*pl,Rd avec la contribution de l’enrobage. Autrement dit, si Mpl,Rd déjà énoncées au § 1.7.1 de l’article [C 2 561] (en particulier la néces-
est le moment de résistance plastique de la seule section mixte en sité d’avoir des sections de classe 1 là où se forment les rotules
T, ce calcul simplifié conduit à adopter : plastiques), conditions auxquelles il y a lieu d’ajouter la nécessité
de négliger la contribution du béton comprimé de l’enrobage dans
( )
Vc,Ed = 1 − Mpl,Rd / M *pl,Rd VEd et Va,Ed = VEd − Vc,Ed (1) l’évaluation des moments de résistance plastique M*pl,Rd sous fle-
xions positive et négative (cf. 5.4.5 (4) b) dans l’EN 1994-1-1). Cette
La résistance de la section en acier, notée ici Vpl,a,Rd est évidem- dernière condition pourrait être évitée si l’on était capable d’établir
ment la résistance Vpl,Rd de la relation (38) de l’article [C 2 561]. que la capacité de déformation du béton en compression dans
Celle VRd,c de l’enrobage de l’âme, tenant compte des armatures l’enrobage est suffisante au stade où se forme le mécanisme plas-
d’effort tranchant verticales constituées par les étriers, peut être tique de la poutre continue.

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Construction mixte acier-béton –


Calcul des poteaux mixtes
par Jean-Marie ARIBERT

Professeur Émérite des Universités – Conseiller en Construction Mixte acier-béton
Ancien directeur du Laboratoire de Structures de l’INSA de Rennes
Note de l’éditeur
Cet article est la réédition actualisée de l’article C2562 intitulé « Construction mixte acier-
béton – Calcul des poteaux mixtes » paru en 2005, déjà rédigé par Jean-Marie ARIBERT.

1. Considérations préliminaires sur les méthodes


de dimensionnement................................................................................. C 2 562v2 - 2
2. Méthode simplifiée de calcul .................................................................... — 3
2.1 Domaine d’application............................................................................... — 3
2.2 Voilement local des parois en acier.......................................................... — 3
2.3 Résistance plastique en compression axiale ........................................... — 4
2.4 Résistance plastique en compression et flexion uniaxiale ..................... — 4
2.5 Influence de l’effort tranchant ................................................................... — 6
2.6 Élancement réduit au flambement ........................................................... — 6
2.7 Imperfections géométriques équivalentes des poteaux mixtes ............ — 7
2.8 Calcul du moment fléchissant maximal le long du poteau .................... — 9
2.9 Vérification du poteau vis-à-vis de la compression et de la flexion
uniaxiale...................................................................................................... — 10
2.10 Vérification du poteau vis-à-vis de la compression et de la flexion
biaxiale ........................................................................................................ — 10
3. Autres aspects du dimensionnement des poteaux mixtes.................... — 11
3.1 Résistance au cisaillement de l’interface acier-béton ............................. — 11
3.2 Calcul du cisaillement longitudinal en partie courante........................... — 11
3.3 Calcul du cisaillement longitudinal dans les zones d’introduction
des charges................................................................................................. — 11
3.4 Dispositions constructives pour l’enrobage des profilés
et pour les armatures................................................................................. — 13
4. Exemples d’application numérique.......................................................... — 13
4.1 Exemple n° 1............................................................................................... — 13
4.2 Exemple n° 2............................................................................................... — 15
4.3 Exemple n° 3............................................................................................... — 17
5. Modèles de calcul plus généraux ............................................................. — 21
5.1 Poteaux mixtes avec section monosymétrique....................................... — 21
5.2 Notions pour des modèles de calcul plus généraux ............................... — 22
6. Conclusion .................................................................................................. — 24
7. Glossaire – Définitions............................................................................... — 25
Pour en savoir plus .............................................................................................. Doc. C 2 562v2

ne présentation générale des poteaux mixtes a été donnée au § 1.2.3 de


U l’article [C 2560], montrant qu’il existe une grande variété de sections pos-
sibles, en distinguant toutefois deux grandes familles :
– les poteaux partiellement ou totalement enrobés de béton ;
– les profilés creux remplis de béton.
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CONSTRUCTION MIXTE ACIER-BÉTON – CALCUL DES POTEAUX MIXTES _______________________________________________________________________

Comme les poteaux en acier, les poteaux mixtes présentent les avantages
suivants :
– une capacité portante élevée pour des dimensions de section relativement
réduites ;
– une facilité d’assemblage aux autres éléments, les poutres en particulier,
en raison de la présence de la partie acier des poteaux (cf. § 1.2.4 de l’article
[C 2560]) ;
Q – une aptitude à se déformer dans le domaine plastique et à présenter un
comportement ductile.
De par la collaboration du béton avec l’acier, la solution d’un poteau mixte
peut permettre une réduction appréciable de la section du profilé acier, par com-
paraison à la solution du poteau en acier seul, pour une capacité portante fixée.
La protection apportée par le béton, dans le cas de profilés partiellement
enrobés (et à plus forte raison de profilés totalement enrobés), peut permettre
de conférer à ces éléments une résistance élevée à l’incendie (cf. clause 4.3.5. et
Annexe G de l’EN 1994-1-2). Même pour des profilés creux remplis de béton non
protégés, la partie intérieure en béton armé compense largement la perte de
résistance de l’acier rapidement échauffé, et permet d’obtenir des durées au feu
appréciables sous réserve d’un dimensionnement approprié (cf. Annexe PCRB
de la NF EN 1994-1-2/NA et [1], [2] ; voir également les articles [C 2506] et
[C 2507]).
Les premières études sur la capacité portante des poteaux mixtes à tempéra-
ture ordinaire furent entreprises vers les années 1960, avec de nombreux essais
réalisés aux USA, au Japon et en Europe, débouchant sur des codes nationaux
spécifiques à chaque pays. La Section 4.8 de la prénorme européenne ENV 1994-
1-1, publiée en 1994, a été basée ainsi sur la méthode de dimensionnement alle-
mande, combinée à des apports venant des méthodes belge et anglaise. Les
méthodes de dimensionnement de l’EN 1994-1-1 publié en 2005 se veulent
d’application plus générale que l’ENV, comme cela est expliqué au § 1.
C’est pourquoi la rédaction du présent article est basé sur les principes et
règles d’application de l’EN, Section 6.7, mis à part le § 5 abordant des modèles
possibles de calcul dans des cas particuliers non couverts par ce code.
Dans cet article, l’accent est mis au § 2 sur la méthode dite « simplifiée »
pour le calcul des poteaux comprimés et fléchis, même si ce choix de présen-
tation avant une méthode générale peut ne pas paraître totalement logique. En
fait, la méthode simplifiée permet de couvrir la plupart des cas pratiques du
bâtiment en utilisant seulement le calcul manuel, comme le montrent les
exemples traités au § 4.

1. Considérations préliminaires – les dispositions constructives concernant l’épaisseur d’enro-


bage des profilés et de l’armature longitudinale, l’aire de section et
sur les méthodes l’espacement des armatures transversales, etc.

de dimensionnement ■ Combinaisons des actions aux états limites ultimes


Pour mémoire, les combinaisons des actions aux états limites
ultimes sont définies dans la Section 6.4.3 de l’EN 1990 et les
Toute méthode de dimensionnement d’un poteau mixte ne doit valeurs des coefficients partiels des actions et des coefficients
s’envisager qu’aux états limites ultimes. d’accompagnement dans son Annexe A1 applicable aux bâti-
ments.
■ Détermination de la capacité portante d’un poteau mixte
Évidemment, il s’agit de l’objectif prioritaire du dimensionne- Toutefois, une particularité est à signaler pour un poteau mixte
ment, mais elle doit être complétée par d’autres aspects de soumis à un effort normal et à des moments fléchissants lorsque
ces sollicitations résultent d’actions indépendantes (cf. clause
dimensionnement plus locaux.
6.7.1(7) de l’EN 1994-1-1). Dans ce cas, il convient de ne prendre
Ceux-ci sont traités au § 2.2 pour le risque de voilement local que 80 % des coefficients partiels de ces actions pour le calcul
des parois en acier, et au § 3 pour : des sollicitations lorsqu’elles peuvent conduire à une augmenta-
– l’introduction des charges aux extrémités des poteaux ; tion de la capacité portante du poteau. Cette particularité est expli-
– le cisaillement longitudinal le long de l’interface acier-béton ; citée et justifiée au § 2.9.

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■ Méthode de dimensionnement dans un cas général


D’un point de vue général, une méthode de dimensionnement
2. Méthode simplifiée
vis-à-vis de l’instabilité de forme d’un poteau mixte devrait tenir de calcul
compte :
– des effets du second ordre géométriques locaux (relatifs à
l’élément) et éventuellement globaux (si l’élément est inséré dans 2.1 Domaine d’application
une structure souple) ;


– des effets du retrait et du fluage du béton (s’ils sont suscep- Comme déjà expliqué au § 1, le domaine d’application de cette
tibles d’affecter la stabilité) ; méthode est limité aux éléments avec section doublement symé-
– des effets des contraintes résiduelles et des imperfections géo- trique et uniforme sur leur longueur (voir les exemples de la
métriques du poteau en acier ; figure 1, où sont également indiquées les notations utiles pour la
– de la fissuration du béton en zone tendue (réduisant la rigidité suite).
en flexion) ;
– de la plastification de l’acier structural et de l’armature, etc. La section en acier peut être constituée par :
Tenir compte rigoureusement de ces effets est seulement envi- – un profilé laminé ;
sageable au moyen d’une modélisation numérique élaborée inté- – un profilé formé à froid ou ;
grant les non linéarités géométriques et matérielles et nécessitant – un profilé reconstitué soudé.
une résolution incrémentale. Si cette section en acier est composée de deux ou plusieurs sec-
C’est la raison pour laquelle l’EN 1994-1-1 est conduit à distin- tions non solidarisées, la méthode n’est pas applicable.
guer deux méthodes possibles : D’autres limitations sont à considérer, à savoir :
– l’une générale en 6.7.2, explicitée de manière plus détaillée au – l’élancement réduit du poteau, défini à la relation (21), ne
§ 5.2 de cet article, pouvant s’appliquer aux poteaux de section doit pas dépasser la valeur 2 ;
non symétrique ou non uniforme sur leur longueur ;
– le rapport de contribution de l’acier, défini à la relation (6),
– l’autre dite « simplifiée » en 6.7.3 et présentée ici au § 2, beau- doit se situer dans l’intervalle :  ;
coup plus pratique et souvent utilisée parce qu’elle s’applique aux
– dans le cas d’un profilé en acier totalement enrobé, les épais-
poteaux de section doublement symétrique et uniforme sur leur
seurs maximales d’enrobage du béton à considérer dans les
longueur.
calculs ne doivent pas dépasser les valeurs suivantes, même si ces
Cette méthode a un domaine d’application bien défini (cf. § 2.1) épaisseurs sont supérieures : cy = 0,4 b et cz = 0,3 h ;
lui permettant d’éviter des formulations complexes pour intégrer – l’aire de la section d’armature longitudinale à considérer dans
les différents effets précités. les calculs ne doit pas être prise supérieure à 6 % de l’aire de la
■ Ce qu’il faut retenir de la méthode simplifiée section de béton ;
– enfin, il convient que le rapport entre la hauteur h de la section
La méthode simplifiée existait déjà dans l’ENV/DAN 1994-1-1, et sa largeur b se situe entre 0,2 et 5.
Section 4.8.3, mais elle ne pouvait s’appliquer qu’à des poteaux
considérés isolément au sein d’ossatures dites « rigides », c’est-à-
dire d’ossatures où les effets globaux du second ordre géomé-
trique étaient négligeables (on utilisait alors le terme d’ossatures 2.2 Voilement local des parois en acier
« à nœuds non déplaçables », les ossatures contreventées ren-
trant en particulier dans cette catégorie). Le risque de voilement local des parois en acier d’un poteau
mixte doit être parfaitement contrôlé avant d’entreprendre toute
Dans la version EN, il convient de signaler une évolution impor- vérification relative à l’instabilité de forme de ce poteau.
tante du domaine d’application de la méthode simplifiée. Tout
d’abord, la méthode a été modifiée en prenant en compte ■ Dans le cas d’un profilé totalement enrobé, ce risque ne se pré-
l’influence des imperfections géométriques et structurales (essen- sente pas, pour autant que l’épaisseur d’enrobage de béton soit
tiellement les contraintes résiduelles dans l’acier) au moyen suffisante (cf. § 3.4 sur les dispositions constructives).
d’imperfections géométriques équivalentes en arc dont les ampli-
tudes ont été calibrées par rapport à des essais pour chaque type ■ Pour les autres types de poteaux mixtes, poteaux partiellement
de section mixte et chaque plan de flambement. Utilisant alors enrobés (figures 1b & 1c) et profilés creux remplis de béton
une analyse élastique au 2e ordre géométrique (simplement au (figures 1d, 1e et 1f), les élancements des parois de la section en
niveau local du poteau si l’ossature est rigide, ou au niveau local acier ne doivent pas dépasser les valeurs suivantes :
du poteau et global de l’ossature si celle-ci est souple), il devient • Pour les profilés creux circulaires (figure 1e) :
possible de déterminer l’amplification de la déformée du poteau,
et ensuite sa résistance ultime au flambement. (1)
• Pour les profilés creux rectangulaires (figure 1d) :
Remarque (2)
Désormais, la stabilité de forme des poteaux mixtes peut
donc être vérifiée lorsque ceux-ci appartiennent à des ossa- • Pour les profilés en I partiellement enrobés (figure 1b) :
tures souples.
(3)
Pour mémoire :
Enfin, dans la version EN, la méthode simplifiée a été adaptée
de manière à pouvoir s’appliquer à des profilés de nuances d’acier
S420 et S460 qui ne figuraient pas dans la version ENV (cf. inves-
tigation expérimentale en [3]). avec fy valeur nominale de la limite d’élasticité de l’acier.

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bc bc
cy cy b = bc

tw tw tw
cz

h = hc

h = hc
hc
tf

cz

tf

tf
Figure 1 – Sections doublement symétriques de poteaux mixtes et notations

2.3 Résistance plastique en compression 2.4 Résistance plastique en compression


axiale et flexion uniaxiale
La résistance plastique en compression axiale, Npl,Rd, d’une sec- La résistance plastique d’une section doublement symétrique
tion de poteau mixte s’obtient simplement en additionnant les d’un poteau mixte, soumise à un effort de compression N et à un
résistances plastiques de ses composants, soit : moment de flexion M (agissant suivant l’un des axes y ou z de la
section), peut être exprimée au moyen d’une courbe d’interaction
(4) dans le quart de plan ( ), telle que représentée sur la
figure 2.
avec Aa, Ac et As aires des sections respectivement du profilé,
du béton et de l’armature, La détermination de cette courbe est basée sur un calcul rigide-
plastique conduisant à une configuration par « blocs rectangu-
fyd, fcd et fsd résistances de calcul des matériaux : laires » des distributions des contraintes normales en section
(comme pour les sections de poutre du § 1.5 de l’article [C 2561]).
(5)
La courbe d’interaction présente un tracé continu mais, en pra-
(cf. § 2.2.2 de l’article [C 2560]). tique, elle peut être remplacée par une ligne polygonale approxi-
L’expression (4) s’applique aux profilés partiellement ou totale- mative, située du côté de la sécurité, en sélectionnant 4 ou
ment enrobés de béton. 5 points A, B, C, D, E de la courbe. La détermination de ces points
est facilitée par l’utilisation des propriétés de symétrie de la sec-
Pour les profilés creux remplis de béton, le coefficient 0,85 peut tion, comme l’illustre la figure  3 dans le cas d’un profilé en I tota-
être remplacé par 1,0 en raison d’un effet favorable de confine- lement enrobé de béton.
ment du béton (cf. 6.7.3.2(1) de l’EN 1994-1-1).
Le raisonnement qui suit pourrait s’appliquer à toute autre sec-
On est en mesure ici de définir la contribution du profilé en tion doublement symétrique, le coefficient α multipliant fcd valant
acier à la résistance plastique de la section mixte en compression 0,85 pour les profilés enrobés et 1 pour les profilés creux.
par le biais du rapport :
La distribution de contraintes qui correspond au cas D a son axe
neutre nécessairement au milieu de la section. Cette position
(6)
Déjà évoqué au § 2.1.

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Le facteur pour le béton est dû au fait que la demi-section de


béton sous l’axe neutre est tendue, et donc négligée.
Quant à , il s’obtient par simple addition des moments sta-
tiques de chaque barre, soit :

(8)

avec Asi aire de la section d’une barre en particulier, Q


ei distance de l’axe de cette barre à l’axe neutre
mentionné,
n nombre de barres d’armature.
La distribution de contraintes correspondant au cas B doit
conduire à un effort axial nul . En conséquence, l’axe
neutre plastique de cette distribution se situe à une cote hn au-
dessus de l’axe médian de la section, telle que la résultante
Figure 2 – Courbe d’interaction pour la résistance en compression (considérée en valeur absolue) du béton comprimé soit égale à la
et en flexion uniaxiale
résultante des contraintes de traction dans l’acier pour la zone de
hauteur 2hn.
Le moment de résistance plastique, Mpl,Rd, est analogue, dans
ce cas, à celui d’une poutre simplement fléchie (son expression
est donnée plus loin, équation (13)).
La distribution de contraintes correspondant au cas C conduit
au même moment de résistance plastique Mpl,Rd puisque les
contraintes de compression, tant dans le béton que dans l’acier,
pour la zone de hauteur 2hn, s’autoéquilibrent en moment autour
de l’axe médian.
La résultante des contraintes de compression dans l’acier pour
la zone de hauteur 2hn étant égale, au signe près, à la résultante
des contraintes de traction dans l’acier pour la zone de même
hauteur du cas B (qui a été elle-même caractérisée par rapport au
béton comprimé), il en résulte immédiatement que la résistance à
l’effort axial Npm,Rd pour le cas C est donnée par :

(9)

avec Ac aire de la section complète de béton.


Si l’on revient alors au cas D, la résistance à l’effort axial n’est
due qu’au bloc de béton situé au-dessus de l’axe neutre (les
autres blocs s’autoéquilibrant), donc est égale à Npm,Rd / 2.
Il reste encore à calculer Mpl,Rd, ce qui implique de connaître au
préalable la cote hn caractérisant la position de l’axe neutre du
cas B. Pour cela, on peut soustraire à la distribution des
contraintes du cas C celle du cas B, conduisant à des distributions
de contraintes uniformes uniquement pour la zone de hauteur
2hn, de valeurs –α fcd pour le béton et –2 fyd pour l’acier, dont la
résultante (en valeur absolue) est évidemment Npm,Rd.
D’où l’expression de hn :

(10)

Figure 3 – Distributions de contraintes correspondant aux points A, Cette expression ne tient pas compte de la présence éventuelle
B, C et D de la courbe d’interaction de barres d’armature dans la zone de hauteur 2hn, comme repré-
senté à la figure 3.
Dans le cas où des barres de section totale Asn, symétriquement
conduit en effet à une valeur maximale du moment résistant, réparties par rapport à l’axe médian de la section, existeraient
Mmax,Rd, les résultantes des blocs de contraintes s’ajoutant toutes dans cette zone, la relation (10) se généraliserait sous la forme :
pour produire un moment maximal autour de cet axe médian.
D’où la valeur : (11)

Il est alors pratique de calculer le moment de résistance plas-


(7) tique Mpn,Rd de la zone de hauteur 2hn de la section du poteau,
donné par une expression semblable à (7) :
avec Wpa, Wpc et Wps modules plastiques respectivement du
profilé, de la section complète du béton
(12)
et des barres d’armature.

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avec Wpan, Wpcn et Wpsn respectivement les modules Une analyse plus fine consiste à répartir VEd entre Va,Ed agis-
plastiques du profilé, du béton et sant sur le profilé et Vc,Ed agissant sur le reste de la section en
éventuellement des barres d’armature, béton armé. Dans cette optique, l’EN 1994-1-1 (clause 6.7.3.2(4))
compris dans la zone en question. permet d’adopter la répartition suivante :
On peut soustraire à la distribution des contraintes du cas D
celle de flexion de la zone de hauteur 2hn, envisagée précédem- (20)
ment.


On observe alors que les blocs de contraintes obtenus avec moment de résistance plastique du profilé en
conduisent au même moment que ceux du cas B. D’où l’expres- acier seul, égal en toute rigueur à
sion :
moment de résistance plastique de la section
(13)
mixte (cf. relation (13)).
La ligne polygonale ACDB de la courbe d’interaction de la Mais, dans cette hypothèse, s’il convient de s’assurer que
figure est donc maintenant définie. ne dépasse pas , il est logique de s’assurer également que
Quant au point E, il est recommandé de le situer à un niveau ne dépasse pas la résistance à l’effort tranchant de la partie
d’effort à mi-distance de A et de C, autrement dit, de prendre : en béton armé conformément à l’EN 1992-1-1, Section 6.2.

2.6 Élancement réduit au flambement


Toutefois, le gain de résistance au point E est faible vis-à-vis
d’une interpolation linéaire directe entre A et C, si bien que la ■ Selon une définition similaire à celle des poteaux en acier
détermination de E est souvent laissée de côté. On pourra toute- (cf. Section 6.3.1 de l’EN 1993-1-1), l’élancement réduit d’un
fois trouver plus de précisions sur la détermination exacte du poteau mixte pour le plan de flexion considéré est donné par :
point E en C.6.4 de l’Annexe C de l’ENV 1994-1-1.
(21)
2.5 Influence de l’effort tranchant
avec Npl,Rk valeur caractéristique de la résistance plastique à
Il convient de tenir compte de l’influence de l’effort tranchant la compression, soit, par différence
VEd appliqué au poteau sur la résistance précédente à l’effort nor- avec l’expression (4) :
mal et à la flexion, au-delà d’une certaine valeur de cet effort tran-
chant. (22)
On admet que, si l’effort tranchant Va,Ed qui s’exerce sur le pro- avec Ncr charge critique élastique de flambement (au sens
filé en acier seul dépasse 50 % de la résistance de calcul au cisail- Eulérien) du poteau.
lement Vpl,Rd de ce profilé, on doit tenir compte de son influence. Cette charge critique est elle-même donnée par :
Une manière de procéder consiste à utiliser, pour l’aire de
cisaillement Av du profilé, une limite d’élasticité réduite : (23)
(14)
avec longueur de flambement appropriée du poteau.
avec : • Cette longueur de flambement doit être basée sur le mode
d’instabilité global de l’ossature (qui sera différent si le
(15) poteau est un élément d’ossature souple ou d’ossature
rigide), avec la possibilité de tenir compte des rigidités en
Cette procédure est donc identique à celle utilisée avec les sec- rotation apportées par les liaisons d’extrémité avec les
tions de poutres mixtes pour lesquelles le calcul rigide-plastique poutres ; (sur ce point, on peut opérer éventuellement à la
est applicable (cf. relation (46) de l’article [C 2561]). manière de l’Annexe E de l’ENV/DAN 1993-1-1 qui concerne
La résistance plastique à l’effort tranchant du profilé est évi- le calcul des longueurs de flambement des poteaux en acier
demment donnée par : dans les ossatures à nœuds fixes et les ossatures à nœuds
déplaçables).
(16) Dans le cas d’ossatures rigides ou contreventées, peut être
Pour un profilé en I ou H fléchi suivant l’axe fort, l’aire Av a été prise, pour simplifier, à la longueur d’épure L du poteau qui place
déjà définie aux relations (39) et (40) de l’article [C 2561]. nécessairement en sécurité.
Si le profilé est fléchi suivant l’axe faible : • Quant au terme (EI)eff, il représente la rigidité efficace en
flexion de la section mixte du poteau qu’il convient de calcu-
(17) ler par la formule suivante (spécifiée en 6.7.3.3 (3) de l’EN
1994-1-1) :
Pour un profilé creux rectangulaire, selon l’axe de flexion consi-
déré, on peut prendre : (24)

(18) avec Ea, Es et Ecm modules d’élasticité respectivement du


profilé en acier, de l’armature et du béton
Et pour un profilé creux circulaire : (cf. § 3 de l’article [C 2560]),
(19) Ia, Is et Ic moments d’inertie géométrique de ces
mêmes composants, pour le plan de flexion
À titre de simplification, il est toujours possible de supposer considéré, et calculés par rapport à l’axe
que VEd agit sur le profilé en acier seul (autrement dit, on consi- médian de la section (on précise que Ic est
dère Va,Ed égal à VEd). calculé en supposant le béton non fissuré).

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Construction mixte acier-béton –


Calcul des assemblages mixtes
par Jean-Marie ARIBERT

Professeur Émérite des universités – Conseiller en Construction Mixte acier-béton
Ancien directeur du Laboratoire de Structures de l’INSA de Rennes

1. Caractérisation des assemblages mixtes ................................................. C 2 563v2 -3


1.1 Rappels ........................................................................................................ — 3
1.2 Caractérisation du comportement moment-rotation d’un assemblage . — 4
1.3 Notions sur la méthode des composants ................................................. — 5
1.3.1 Identification des composants .......................................................... — 5
1.3.2 Propriétés mécaniques des composants ......................................... — 6
1.3.3 Assemblage des composants ........................................................... — 6
1.4 Caractéristiques mécaniques des composants d’assemblages mixtes — 9
1.4.1 Armature longitudinale en traction .................................................. — 9
1.4.2 Plaque de contact comprimée en acier ............................................ — 10
1.4.3 Âme de poteau soumise à la compression transversale................ — 10
1.4.4 Panneau d’âme de poteau soumis au cisaillement......................... — 11
1.5 Capacité de rotation des assemblages mixtes ......................................... — 11
2. Classification des assemblages mixtes .................................................... — 12
2.1 Classification par résistance....................................................................... — 12
2.2 Classification par rigidité............................................................................ — 12
2.3 Choix du modèle d’assemblage pour l’analyse globale de l’ossature ... — 13
3. Exemples numériques ................................................................................ — 14
3.1 Exemple N° 1 ............................................................................................... — 14
3.1.1 Détermination des divers composants ............................................ — 14
3.1.2 Détermination du moment résistant de calcul de l’assemblage.... — 16
3.1.3 Détermination de la rigidité en rotation de l’assemblage .............. — 17
3.1.4 Justification de l’efficacité du tasseau ............................................. — 17
3.2 Exemple N° 2 ............................................................................................... — 18
3.2.1 Détermination du moment résistant de calcul de l’assemblage.... — 19
3.2.2 Vérification de la résistance de l’assemblage vis-à-vis de l’effort
tranchant...................................................................................................... — 22
3.2.3 Détermination de la rigidité en rotation de l’assemblage — 23
4. Conclusion ................................................................................................... — 25
Pour en savoir plus .............................................................................................. Doc. C 2 563v2

es méthodes de calcul des poutres mixtes ont été largement développées


L dans les dossiers [C 2 561] et [C 2 568] et celles des poteaux mixtes dans le
dossier [C 2 562].
Le calcul des assemblages entre poutres de planchers et poutres et poteaux
d’ossatures est abordé ici, en se basant sur une méthode très générale, dite
« des composants », introduite et détaillée pour les assemblages en acier dans
l’EN 1993-1-8 (clause 6.1.3), puis généralisée aux assemblages mixtes dans
l’EN 1994-1-1 (Section 8 et Annexe A).
Les composants de base des assemblages en acier sont supposés ici connus.
Ils comprennent d’abord les moyens d’attache tels que soudures, boulons
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tendus, boulons cisaillés, boulons en pression diamétrale, etc., décrits de


manière détaillée dans les dossiers [C 2 520], [C 2 521] et [C 2 522]. Mais ils
comprennent également les zones de liaison des éléments poutres et poteaux
(par exemple, panneau d’âme cisaillé d’un poteau, âme de poteau comprimée
ou tendue transversalement, semelle et âme de poutre comprimées, etc.) et les
pièces intermédiaires entre ces zones de liaison (par exemple, platine d’about
d’une poutre fléchie, cornières boulonnées de semelle ou d’âme, jarret entre

Q poutre et poteau, etc.).


Quasiment la totalité de ces composants en acier sont répertoriés dans le
dossier [C 2 554], que l’on peut compléter des Recommandations du Bureau de
Normalisation de la Construction Métallique pour le dimensionnement des
assemblages selon la NF EN 1993-1-8 (avril 2015).
Dans cet article, l’accent est mis sur des composants de base additionnels
qu’il convient de maîtriser pour le calcul des assemblages mixtes, comme
l’armature longitudinale tendue d’une dalle de poutre et la plaque de contact
entre semelle inférieure comprimée de poutre et aile de poteau (cf. figure 19
du dossier [C 2 560]). Le renforcement apporté, tant en rigidité qu’en résis-
tance, à certains composants en acier par un enrobage des éléments par le
béton, notamment des poteaux, est également traité.
Une présentation générale des assemblages mixtes, aussi bien de type
poutre-poteau que de type poutre-poutre, a été donnée au § 1.2.4 de l’article
[C 2 560], illustrant la grande variété des dispositions constructives possibles et
laissant déjà entendre comment les caractéristiques des assemblages pou-
vaient interférer sur le comportement global des ossatures.
En particulier, le concept d’ossature mixte semi-continue a été avancé, rendu
possible grâce aux méthodes de calcul fournies par les Eurocodes 3 et 4, et
évitant le surcoût de fabrication d’assemblages pleinement rigides et résistants
lorsque les actions horizontales exercées sur l’ossature sont reprises, en tota-
lité, par un système de contreventement approprié.
Pour ces ossatures semi-continues, comme pour les ossatures plus clas-
siques de type articulé ou continu, cet article donne au § 2.3 des commentaires
utiles au calculateur de projet sur les critères de choix des méthodes d’analyse
globale entre les options élastique, rigide-plastique et élastique-plastique.
On précisera dans l’article [C 2 564] des adaptations possibles de ces
méthodes dans le contexte particulier de la construction mixte (en rapport avec
des phénomènes comme la fissuration du béton, la plastification partielle de
sections critiques de poutres, la redistribution de moments, le glissement
acier-béton, etc.).
Après des rappels nécessaires sur la méthode des composants, sont fournies
dans ce dossier les bases et expressions de calcul permettant de déterminer le
moment résistant et la rigidité en rotation des assemblages mixtes, mettant
plutôt l’accent sur les composants additionnels à ceux des assemblages en
acier.
La modélisation des assemblages au sein d’une ossature mixte est ensuite
envisagée, en fonction de la classification des assemblages en résistance ou
en rigidité et du type d’analyse globale utilisée pour l’ossature, élastique ou
plastique. Reprenant des éléments mixtes de poutre et poteau des exemples
traités dans les dossiers [C 2 561] et [C 2 563], deux exemples d’application
numérique sont donnés au § 3 pour des configurations différentes d’assem-
blage, qui supposent acquises les connaissances utiles au calcul des
assemblages en acier (cf. [C 2 554]).

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platine, la flexion de la semelle du poteau et la traction locale


1. Caractérisation de l’âme du poteau sollicitée transversalement) puisse exiger
des assemblages mixtes de ces deux composants des valeurs différentes de déforma-
tion, toutefois liées par une condition de compatibilité ciné-
matique résultant de la rotation d’ensemble de la platine.
En outre, ces deux composants doivent rester en deçà de
1.1 Rappels leurs capacités ultimes de déformation respectives.

En préliminaire, il semble utile de mentionner la définition


suivante, donnée par l’EN 1994-1-1 en 1.5.2.8 : « un assemblage
• Le transfert de l’effort de cisaillement longitudinal par les
connecteurs à l’armature, exigeant un nombre suffisant de
connecteurs sur la longueur sous flexion négative pour per-

entre un élément mixte (en fait, une poutre) et un autre élé- mettre à cette armature d’atteindre sa pleine résistance plas-
ment, en acier ou mixte (par exemple, un poteau) est considéré tique (cf. § 2.5 du dossier [C 2 561]).
comme mixte lorsque l’armature longitudinale (de la poutre) • L’équilibre de l’armature elle-même en lui assurant un
est prise en compte dans le calcul pour la résistance et la rigi- ancrage suffisant de part et d’autre du poteau. Dans le cas
dité de l’assemblage ». d’un poteau de façade sans débordement significatif de la
À l’inverse, lorsque l’armature ne peut être prise en compte (en dalle, une solution peut consister à entourer le poteau avec
raison, par exemple, d’une ductilité limitée ou d’un ancrage insuf- les barres d’armature.
fisant), l’assemblage doit être considéré comme « métallique ».
■ En ce qui concerne la reprise de l’effort tranchant VEd par
l’assemblage, celle-ci doit être considérée essentiellement au
La figure 1 qui représente une configuration à deux assem- niveau de la partie métallique (comme pour la section de poutre ;
blages de part et d’autre d’un poteau intérieur en acier, avec la cf. § 1.6 du dossier [C 2 561]), donc au niveau des différents bou-
collaboration des poutres en acier à une dalle mixte (continue au lons de la platine d’about.
passage du poteau), permet d’illustrer schématiquement le méca- À noter que les boulons de la rangée supérieure de la figure 1 tra-
nisme de transfert des efforts, en considérant (pour simplifier) vaillent à la fois en extension et en cisaillement. Dans cette situation,
seulement le moment de flexion MEd et l’effort tranchant VEd la formule de résistance de calcul des boulons, indépendante du fait
apportés par chaque poutre. qu’ils soient utilisés non précontraints ou précontraints, est donnée
■ La capacité de chaque assemblage à résister au moment est dans la dernière ligne du Tableau 3.4 de l’EN 1993-1-8, également
assurée par les quatre contributions suivantes. dans le Tableau 6 du dossier [C 2 521] et introduite dans les Recom-
mandations du BNCM d’avril 2015 (en 4.3.5 pour le calcul de l’effort
• Le transfert d’un effort de compression, au niveau de la tranchant résistant des assemblages).
semelle inférieure de la poutre, à travers la semelle et l’âme
du poteau. Cela suppose qu’il n’y ait pas de ruine anticipée ■ Par la suite, on s’intéressera essentiellement au cas des assem-
par voilement de l’âme du poteau, la résistance de celle-ci blages de type poutre-poteau, similaires à ceux de la figure 1, ou qui
pouvant être augmentée, si besoin, en plaçant un raidisseur utilisent d’autres systèmes d’attache pouvant conduire à une rigidité
transversal en prolongement des deux semelles de poutre ou en rotation et une résistance en moment relativement différentes.
une doublure d’âme. • D’une part, ce type d’assemblage est celui qui intervient
• Le transfert de l’effort de traction, à la fois dans l’armature directement dans le comportement global et la résistance des
longitudinale de la dalle et des boulons de la rangée supé- ossatures en portiques, examinées dans le dossier [C 2 564].
rieure de la platine d’about. • D’autre part, le cas des assemblages de type poutre-poutre ne
On conçoit facilement que l’atteinte de la résistance plas- constitue jamais qu’un cas particulier de celui des assemblages
tique de l’armature et de celle de la rangée de boulons (qui de type poutre-poteau, comme cela apparaîtra clairement dans
met en œuvre l’allongement des boulons, la flexion de la la méthode des composants exposée succinctement au § 1.3.

Armature
Dalle mixte longitudinale
Connecteur

VEd, 2
VEd,1

Boulon MEd, 1

MEd, 2

Poutre
Platine d’about
Poteau soudée

MEd, 1 et MEd, 2 sont comptés négatifs tels qu’orientés sur la figure

Figure 1 – Transfert des efforts dans les assemblages mixtes de chaque côté d’un poteau intérieur

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En pratique, l’Eurocode 4, comme d’ailleurs l’Eurocode 3, adopte


Remarque une modélisation idéalisée de la courbe précédente en trois parties,
Pour la clarté de certaines notations et rester en conformité comme indiquée en trait plein sur cette même figure 3.
avec les notations des Eurocodes 3 et 4, on sera amené à utili-
Jusqu’aux 2/3 du moment résistant de calcul, Mj,Rd, la courbe
ser l’indice « j » pour les assemblages, l’indice « b » pour les
est supposée « élastique linéaire », et caractérisée par la rigidité
poutres et l’indice « c » pour les poteaux.
en rotation, Sj,ini, dite « initiale ».
Ed : effet de calcul,
Entre 2/3 Mj,Rd et Mj,Rd, la courbe est non linéaire de sorte que


Rd : résistance de calcul,
l’Eurocode définit également une rigidité sécante, Sj, pour le
Cd : capacité de calcul, besoin d’une analyse globale simplifiée.
t : traction, À l’atteinte de Mj,Rd, cette rigidité sécante prend une valeur
c : compression ou béton, minimale, donnée par :
s : armature,
(1)
fc : semelle de poteau,
wc : âme de poteau, où le coefficient η dépend du type d’assemblage mixte.
wp : panneau d’âme de poteau, Selon l’EN 1994-1-1 en 8.2.2(1), il convient d’adopter η = 1,5
ep : platine d’extrémité de poutre métallique. pour un assemblage avec plaque de contact au niveau de la
semelle inférieure en acier (cf. figure 5). En l’absence de spécifica-
tions complémentaires de l’EN 1994-1-1, les valeurs de η pour
d’autres types d’assemblage doivent être considérées les mêmes
1.2 Caractérisation du comportement que celles données pour les assemblages en acier dans l’EN 1993-
moment-rotation d’un assemblage 1-8 au Tableau 5.2.
En particulier, il convient d’adopter η = 2,0 pour un assemblage
Considérant un assemblage poutre-poteau susceptible d’une
mixte à platine d’about non débordante (tel que représenté figure 2).
certaine déformation en rotation (figure 2) sous l’action d’un
moment Mj,Ed sollicitant l’assemblage, la rotation Φj de l’assem- Enfin, la troisième partie de courbe idéalisée est constituée
blage est définie généralement comme la variation de l’angle par un plateau de résistance plastique parfaite dont l’extrémité
(droit sur la figure 2) formé par la ligne moyenne du poteau et caractérise la capacité de rotation, Φj,Cd, de l’assemblage (à
la ligne moyenne de la poutre en acier (conventionnellement, Φj l’intersection du plateau avec la courbe moment-rotation expéri-
et Mj,Ed sont comptés négatifs lorsque l’armature de dalle est mentale).
tendue). Les trois caractéristiques qui viennent d’être définies, à savoir
Dans le cas où le poteau est sollicité en flexion de manière dis- Sj,ini, Mj,Rd et Φj,Cd, sont utiles à la classification des assemblages
symétrique de chaque côté ou sollicité d’un seul côté, la déforma- par rigidité et résistance, et à l’identification du modèle de com-
tion angulaire par cisaillement ou « distorsion » du panneau portement des assemblages en association avec le type d’analyse
d’âme peut contribuer de manière significative à la rotation Φj, globale utilisée pour l’ossature (cf. § 2.3).
que le panneau d’âme soit bordé ou non de raidisseurs.
Sur la base de données expérimentales (interprétées de
Une remarque peut encore être faite, concernant les figures 2 et 3.
manière statistique pour tenir compte d’une certaine dispersion
inévitable de ces données), il est possible d’établir une certaine Implicitement, le moment exercé Mj,Ed a été considéré en
courbe continue de calcul (|Mj,Ed|, |Φj|), dite courbe « moment- flexion négative, amenant l’armature à être tendue, comme
rotation », telle que celle représentée en trait plein suivi de poin- c’est le cas le plus fréquent dans les ossatures (semi-continues
tillés sur la figure 3. et même continues).
On peut toutefois trouver des situations où Mj,Ed correspond
à une flexion positive.

Mj, Ed
|Mj, Ed|
Courbe expérimentale

Mj, Rd

Courbe idéalisée

2/3 Mj, Rd

ϕj
Sj, ini
Sj

Φ j, Cd |Φ j|

Figure 3 – Courbes « moment-rotation » expérimentale et idéalisée


Figure 2 – Rotation d’un assemblage mixte de l’assemblage

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Par exemple, une ossature continue non contreventée, avec inver- 1994-1-1, peut être considérée comme « simplifiée » pour le cas
sion du signe du moment dû aux charges gravitaires en raison des assemblages mixtes de poteaux intérieurs, en utilisant des
d’actions horizontales importantes, comme les actions sismiques). ressorts à différents niveaux :
Dans ce cas, il existe également une courbe (Mj,Ed ; Φj), différente – un ressort seul représentant l’armature tendue de la dalle,
de celle de la figure 3 puisqu’elle correspond à un fonctionnement caractérisé par l’indice « s » (comme dans l’Eurocode 4) ;
plus proche d’un assemblage en acier que d’un assemblage mixte. – quatre ressorts en série au niveau de chaque rangée de bou-
La caractérisation en flexion positive relève alors d’une approche lons tendus, représentant l’âme de poteau tendue transversale-


tout à fait classique, similaire à celle de l’EN 1993-1-8. ment, la semelle fléchie du poteau, la platine d’about fléchie et les
boulons tendus, avec les indices respectifs 3, 4, 5 et 10 (comme
On notera toutefois que le centre de compression de l’assemblage ceux de l’EN 1993-1-8, tableau 6.11) ;
(qui n’est évidemment pas défini sur les figures du Tableau 6.15 de
– deux ressorts en série au niveau inférieur, représentant le pan-
l’EN 1993-1-8)) se situe alors vers la mi-épaisseur de la zone résis-
neau d’âme cisaillé du poteau et l’âme du poteau comprimée
tante de la dalle (pour la partie de dalle au-dessus des ondes de la tôle
transversalement, avec les indices respectifs 1 et 2 (identiques à
profilée dans le cas de la figure 2), comme des recherches expéri-
ceux de l’EN 1993-1-8).
mentales l’ont confirmé [1].
A priori, on pourrait être surpris par la représentation du panneau
Revenant au cas de la flexion négative, qui importe essentielle- d’âme cisaillé au moyen d’un ressort en translation d’indice 1.
ment dans le présent article, le § 1.3 ci-après montre comment il Bien que cet aspect relève typiquement des assemblages en
est possible de déterminer les caractéristiques de l’assemblage, acier, on peut rappeler ici que l’effet du panneau d’âme cisaillé est
en particulier Sj,ini et Mj,Rd, par un calcul analytique basé sur la répercuté sur la flexion de l’assemblage (rotation et moment
méthode des composants. résistant) au moyen du paramètre de transformation β (cf. l’EN
1993-1-8 en 5.3 (7),(8) et (9)). Ce paramètre β dépend, en priorité,
des deux moments exercés sur les assemblages de part et d’autre
1.3 Notions sur la méthode du poteau, de sorte qu’on peut le calculer avec une bonne préci-
des composants sion par les formules suivantes.
• Pour l’assemblage de droite, (figure 4b)
La démarche analytique de la méthode s’effectue en trois
étapes : (2)
– l’identification des composants significatifs pour le type
d’assemblage étudié ; • Pour l’assemblage de gauche (figure 4a les moments étant
– la détermination des propriétés mécaniques de ces compo- comptés en valeur algébrique).
sants ;
– l’opération d’association des composants pour en déduire les (3)
caractéristiques Sj,ini et Mj,Rd (et Φcd éventuellement).
Lorsque les valeurs des moments exercés ne sont pas connues,
des valeurs pratiques sont données au Tableau 5.4 de l’EN 1993-1-
1.3.1 Identification des composants 8 (également au tableau 2 de [C 2 554]).
L’EN 1993-1-8 définit en 1.4(1) un composant de base comme ■ Commentaires sur des simplifications de la modélisation précé-
« la partie d’un assemblage qui apporte une contribution identi- dente
fiée à une ou plusieurs de ses propriétés structurales ».
Comparativement à des modèles plus sophistiqués d’assem-
En identifiant les composants de base d’un assemblage, il blages mixtes développés dans la littérature (par exemple, [2],[3]),
convient de distinguer ceux qui sont sollicités en traction, de ceux le modèle de l’Eurocode 4, présenté ici, comporte plusieurs sim-
qui sont en compression, en flexion et en cisaillement. En fait, plifications, indiquées ci-après.
tous ces composants vont être modélisés mécaniquement par des
ressorts en translation. • La barre rigide, d’indices « cp,bwf », dans le prolongement du
ressort d’indice 2, ne rentre pas dans le modèle d’assemblage
■ Modélisation adoptée à proprement parler.
Des modélisations plus ou moins élaborées sont possibles ; Elle signifie simplement une limitation de l’effort de compres-
celle représentée figure 4 b, adoptée implicitement dans l’EN sion transmis à l’assemblage localement par la semelle et par une
partie de l’âme de la poutre en acier (indice « bwf » ; cf. l’EN 1993-
1-8 en 6.2.6.7, sans distinction des contributions respectives de
l’âme et de la semelle) et, en l’absence de platine d’about, égale-
ment par l’intermédiaire d’une plaque de contact (indice « cp » ;
cf. § 1.4.2).
• La présence éventuelle d’un enrobage partiel de béton entre
S
les semelles du poteau ne se traduit pas par des composants
3,4 5,10 de base supplémentaires. On renforce simplement la rigidité
et la résistance des ressorts 1 et 2 déjà mentionnés.
3,4 5,10
En ce qui concerne la rigidité, le béton d’enrobage est trans-
1
formé en acier équivalent à l’aide du coefficient d’équivalence n0,
2 défini à la relation (6) de [C 2 560]. Ce choix de coefficient d’équi-
valence est conforme à l’EN 1994-1-1 qui permet en 8.2.3(3) de
cp, bwf négliger le phénomène de fluage dans le calcul des assemblages.
• La déformation et la résistance de la dalle au contact de l’une
a b des ailes du poteau (en dehors du cas plutôt rare où le
poteau est sollicité symétriquement par des moments rigou-
Figure 4 – Modèle simplifié de composants pour les assemblages reusement égaux Mj,Ed,1 et Mj,Ed,2) ne rentre pas ici dans le
mixtes modèle d’assemblage.

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Là encore, une résistance limite doit être prise en compte pour On donne au § 1.4 des expressions analytiques de ki et Fi,Rd uni-
le transfert des efforts de la dalle au poteau, par exemple sur la quement pour les composants spécifiques des assemblages
base d’un modèle de bielle-tirant, classique en béton armé, et exi- mixtes, les composants en acier pouvant être trouvés dans l’EN
geant la présence d’une armature transversale adéquate pour le 1993-1-8 et dans l’article [C 2 554].
bon fonctionnement des bielles de béton (cet aspect est traité
dans le dossier [C 2 564]).
1.3.3 Assemblage des composants
• Le glissement de la connexion acier-béton au voisinage


immédiat de chaque assemblage n’est pas représenté à la Le passage des courbes force-déformation des composants
figure 4 par un composant spécifique. Toutefois, ce glisse- individuels à la courbe moment-rotation d’un assemblage
ment peut influencer la rigidité de l’armature, et donc la rigi- s’obtient en satisfaisant la compatibilité cinématique entre les
dité en rotation de l’assemblage, a fortiori lorsque la poutre déformations individuelles et la rotation de l’assemblage (cf. l’élé-
mixte présente une connexion partielle. ment rigide de couplage vertical, évoqué au § 1.3.1), tout en expri-
L’EN 1994-1-1 en annexe A3 fournit un coefficient de réduction mant l’équilibre entre les efforts individuels et le moment de
de la rigidité de l’armature, basé sur une théorie d’interaction l’assemblage.
élastique confirmée par des simulations numériques [4]. Ce coeffi- En outre, des limitations relatives à l’atteinte de la résistance en
cient de réduction est précisé au § 1.4.1. fonction de la capacité de déformation des composants doivent
Par ailleurs, en phase de comportement inélastique, la rotation être considérées avec la plus grande attention.
due au glissement peut être ajoutée à celle due à l’allongement de
l’armature, conduisant par conséquent à un effet favorable pour la 1.3.3.1 Détermination du moment résistant de calcul
capacité de rotation de l’assemblage [5].
On considère divers cas d’assemblage, de complexité croissante.
• L’élément rigide « coudé » faisant la liaison verticalement à la
figure 4 entre l’extrémité de gauche du ressort d’armature ■ Cas de l’assemblage mixte avec plaque de contact
« s », les extrémités de gauche des ressorts « 3 » des rangées
de boulons et l’extrémité de droite du ressort « 2 », se veut Dans un tel assemblage, la partie en acier n’apporte aucune
une simplification, de toute évidence, du couplage cinéma- résistance de traction pour reprendre la flexion (ici obligatoire-
tique entre les composants retenus par l’Eurocode 4. ment négative).
Cet élément de couplage, lié au mouvement d’ensemble de Comme le montre la figure 5, l’effort de compression est sup-
l’aile du poteau (et de la platine d’about lorsqu’elle est présente) posé aligné avec la fibre médiane de la semelle comprimée de la
pourrait ne pas être « coudé » et lier les rangées de boulons entre poutre, alors que l’effort de traction se situe au centre de gravité
les ressorts 4 et 5 sans rejoindre obligatoirement l’armature, cette des barres d’armature.
dernière n’étant par ailleurs plus interrompue comme dans le La valeur FRd correspond à la plus faible des résistances des
modèle de la figure 4 (mais continue, comme dans la réalité). composants concernés par ce type d’assemblage, à savoir :
Toutefois, avec ces modifications, le couplage des composants – Fs,Rd pour l’armature tendue ;
verticalement serait plus complexe, nécessitant des calculs itéra- – F2,Rd pour l’âme du poteau en compression transversale ;
tifs pour caractériser l’assemblage. – F1,Rd pour le panneau d’âme du poteau en cisaillement ;
– Fcp,Rd pour la résistance en compression de la plaque de
Pour en terminer avec le modèle de composants de l’Euro- contact en acier ;
code 4, même s’il peut apparaître simplifié à certains égards, – Fbwf,Rd pour la résistance en compression de la semelle et de
on peut dire qu’il constitue déjà un outil parfaitement opéra- la partie d’âme comprimée de la poutre.
tionnel pour caractériser la plupart des assemblages mixtes Pour davantage de précisions, se reporter au chapitre précédent
de type poutre-poteau. traitant de l’identification des composants (cf. § 1.3.1).
Les assemblages mixtes de type poutre-poutre peuvent éga- On en déduit :
lement être caractérisés par ce modèle (il suffit de supprimer
les composants 1, 2, 3 et 4 propres au poteau) et évidemment (5)
les assemblages en acier (en supprimant le composant « s »
de l’armature de dalle). avec
 
z bras de levier entre l’effort de compression et
1.3.2 Propriétés mécaniques des composants l’effort de traction mentionnés.
Dans les Eurocodes 3 et 4, le comportement de chaque compo-
sant de base i est supposé implicitement de type élastique-plas- Pour que le résultat (5) soit correct, il convient encore de s’assu-
tique parfait.
rer que le déséquilibre d’effort dans la dalle (représenté par FRd
Si wi est l’allongement (ou le raccourcissement) du ressort, Fi dans le cas particulier de la figure 5) ne crée pas de ruine préma-
l’effort sollicitant le ressort, les Eurocodes précités donnent systé- turée par écrasement du béton au contact de l’aile du poteau (cf.
matiquement pour le composant : 3e point des simplifications mentionnées au § 1.3.1).
– sa résistance de calcul (assimilée à une résistance plastique
parfaite) : Fi,Rd ; ■ Cas de l’assemblage mixte avec platine d’about
– sa rigidité initiale en translation ki définie par : Un assemblage mixte poutre-poteau dont la partie métallique
est boulonnée par platine d’about est représenté figure 6. Les
(4) efforts de traction résultant de la flexion négative sont repris à la
fois par l’armature, Ft1,Rd, et par la rangée supérieure de boulons,
(toujours ramenée au module d’élasticité de l’acier Ea, même si
le composant est renforcé par du béton, comme déjà expliqué § Ft2,Rd.
1.3.1 (cf. coefficient n0)) ; L’armature étant ductile (classe B ou C ; cf. § 3.2 de [C 2 560]),
– et parfois, mais plutôt à titre indicatif, un critère garantissant une fois atteinte sa résistance plastique de calcul (Ft1,Rd = Fs,Rd
une capacité de déformation de calcul wi,Cd. jugée suffisante. définie au § 1.4.1), elle est capable de se déformer de manière à

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Construction mixte acier-béton –


Calcul des ossatures mixtes
par Jean-Marie ARIBERT

Professeur Émérite des Universités – Conseiller en Construction Mixte acier-béton
Ancien directeur du Laboratoire de Structures de l’INSA de Rennes

1. Ossatures articulées et contreventées .................................................. C 2 564v2 - 3


2. Ossatures semi-continues et contreventées......................................... — 4
2.1 Analyse globale élastique ....................................................................... — 4
2.2 Analyse globale rigide-plastique ............................................................ — 5
2.3 Analyse globale quasi-plastique............................................................. — 6
2.4 Exemple numérique d’analyse globale quasi-plastique....................... — 7
3. Ossatures continues ................................................................................ — 15
3.1 Généralités................................................................................................ — 15
3.2 Dispositions constructives pour le renforcement des assemblages
mixtes poutre-poteaux ............................................................................ — 16
3.3 Analyse linéaire élastique avec redistribution des moments .............. — 17
3.4 Analyse linéaire élastique des ossatures non contreventées .............. — 22
3.5 Modèles numériques non linéaires par éléments finis......................... — 24
4. Participation de la dalle et transfert d’effort entre dalle et poteau .... — 28
4.1 Largeur participante de dalle .................................................................. — 28
4.2 Vérification de la résistance de la dalle au contact d’un poteau.......... — 29
5. Dispositions constructives en pied des poteaux mixtes...................... — 32
5.1 Pieds de poteaux articulés ...................................................................... — 32
5.2 Pieds de poteaux encastrés..................................................................... — 33
6. Conclusion ................................................................................................ — 34
Pour en savoir plus .............................................................................................. Doc. C 2 564v2

es bases et expressions de calcul permettant de vérifier le dimensionne-


L ment des poutres mixtes à âme pleine, éventuellement enrobée, et à âme
ajourée, ont été fournies respectivement dans les articles [C2561] et [C2568], le
dimensionnement des poteaux mixtes dans l’article [C2562], le dimensionne-
ment des assemblages mixtes poutre-poteaux et le calcul de leur rigidité en
rotation dans l’article [C2563].
Dans ce dernier article, la modélisation des assemblages au sein d’une ossa-
ture mixte a été caractérisée en fonction de la classification des assemblages,
en résistance ou en rigidité, et en fonction du type d’analyse globale utilisée
pour l’ossature, élastique, rigide-plastique ou élastique-plastique.
Il reste donc à préciser les méthodes globales d’analyse permettant de déter-
miner les efforts exercés sur les éléments précédents lorsque ceux-ci sont au
sein d’une ossature soumise à des combinaisons d’actions permanentes et
variables (à l’ELU et à l’ELS).
En général, les structures d’ossatures tridimensionnelles avec des éléments en
acier et/ou mixtes peuvent être subdivisées en plusieurs ossatures planes pouvant
être considérées comme appuyées transversalement au niveau des nœuds tridi-
mensionnels. On se placera systématiquement dans cette hypothèse.
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À notre connaissance, il n’existe pas, à proprement parler, de logiciels


capables de traiter le cas des ossatures mixtes tridimensionnelles, et d’ailleurs
l’EN 1994-1-1 ne traite pas le cas des poutres mixtes ou des poteaux mixtes
soumis à un couple de torsion en section.
On donne, dans le présent article, les développements jugés utiles pour
l’application des méthodes globales d’analyse, complétés de quelques disposi-
tions constructives et formules pour la conception d’assemblages avec jarrets,
Q pour le renforcement des zones de dalle dans le voisinage des assemblages, et
pour la conception des pieds de poteaux mixtes.
Tout d’abord, on considère le cas des ossatures mixtes articulées et contre-
ventées, cas de réalisation le plus fréquent, sans doute parce que ces
ossatures n’offrent pas de difficultés particulières d’analyse.
On considère ensuite le cas des ossatures semi-continues et contreventées
avec des assemblages semi-rigides ou partiellement résistants. Les avantages
inhérents à ce deuxième cas d’ossature mixte devraient attirer davantage
l’attention des calculateurs de projets. Si l’analyse globale élastique, avec des
rigidités en flexion tenant compte du comportement des assemblages et de la
fissuration du béton, peut toujours être appliquée à l’ossature dans son
ensemble, l’analyse globale plastique et, plus exactement l’analyse globale
quasi-plastique, s’avère généralement plus performante et relativement simple
à appliquer. Ce type d’analyse, spécifique des ossatures mixtes, n’est pratique-
ment pas connu en France, mais il est relativement utilisé au Royaume Uni. Il
sera ici exposé et illustré sur un exemple simple de portique.
Le troisième et dernier cas traité d’ossature est celui des ossatures continues
et souvent non contreventées, avec éventuellement un renforcement des
assemblages poutre-poteaux par des jarrets.
Dans le cas assez rare où les ossatures continues sont contreventées, l’ana-
lyse globale élastique, de type fissurée ou non fissurée pour les poutres,
complétée d’une méthode de redistribution des moments dans les poutres
avec transfert des écarts de moments aux nœuds des poteaux, appliquée de
manière itérative jusqu’à convergence des efforts internes, reste une possibi-
lité pour les calculateurs de projets, comme cela avait été indiqué brièvement
dès le début du § 1.7 de l’article [C2561]. Quelques précisions complémentaires
sont cependant données ici pour faciliter l’application de cette méthode.
Dans le cas plus fréquent des ossatures continues et non contreventées,
lorsque l’analyse globale utilisée est de type élastique linéaire, on est évidemment
tenu de prendre en compte, pour évaluer les rigidités des éléments de l’ossature,
les effets de la fissuration du béton, de son fluage et de son retrait, qui sont a
priori des effets complexes, notamment lorsque la structure est souple.
Toutefois, des approches pragmatiques sont suggérées dans l’article vis-à-vis de
ces phénomènes de fissuration et de fluage du béton, ainsi que des effets du
2e ordre géométrique lorsqu’ils doivent être introduits dans l’analyse globale.
L’utilisation d’une analyse globale non linéaire, de type élastique-plastique ou
élasto-plastique, est en principe permise par l’EN 1994-1-1 (cf. clause 5.4.3), sans
toutefois donner de règles d’application précises, mais en exigeant la prise en
compte du comportement des connexions acier-béton et des effets du second
ordre géométriques, s’ils sont significatifs. Seuls des modèles numériques par élé-
ments finis sont aptes à répondre à ce type d’analyse, mais force est de constater
que peu de modèles numériques ont été élaborés jusqu’à maintenant dans la litté-
rature pour une simulation détaillée du comportement des ossatures mixtes
jusqu’au stade ultime, en présence de grands déplacements aux nœuds et de glis-
sements significatifs dans les connexions des poutres.
Il sortirait du cadre du présent article d’exposer des développements en tech-
niques d’éléments finis qui seraient appropriées à la formulation et la
résolution du problème. On se contentera de donner des informations très
générales sur ces questions et d’illustrer, par quelques résultats numériques,
les performances des portiques mixtes par comparaison aux portiques en
acier.

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1. Ossatures articulées
et contreventées
La figure 1 représente le type d’ossature plane concernée où la
stabilité vis-à-vis des actions horizontales et des actions gravi-
taires dissymétriques est assurée, soit par une palée triangulée
(figure 1-a), soit par un portique suffisamment rigide (figure 1-b).
La partie articulée de l’ossature peut être également appuyée
sur une structure rigide en béton armé (mur de refend, cage
a assemblage avec interruption
de dalle
b assemblage avec interruption
de dalle

d’escalier, etc.).
■ Assemblages poutres-poteaux « nominalement articulés »
Ces assemblages peuvent permettre de conserver la continuité
des poteaux, ce qui est pratiquement toujours le cas lorsque ceux-
ci sont en acier.
Lorsque les poteaux sont mixtes, en particulier pour les poteaux
à profils creux, il n’est pas rare que ceux-ci soient interrompus au
passage des planchers pour une raison de facilité constructive c assemblage avec continuité de dalle
(cf. § 3.3 de [C 2562]).
D’un point de vue structural, les assemblages « nominalement Figure 2 – Assemblages articulés par gousset d’âme boulonné
articulés » présentent toujours une certaine rigidité (au plus égale
à 0,5 Ea I1/Lb ; cf. relation (50) de [C 2563]) et une certaine résis-
• Si la dalle est continue, une armature, du type treillis soudé
tance (au plus égale à 0,25 fois le moment exigé pour un assem-
(figure 2-c), est à placer pour s’opposer au retrait et limiter
blage qui serait à résistance complète ; cf. § 2.1 de [C 2563]).
l’ouverture des fissures dans la dalle si la durabilité de la
Le fait de les considérer comme des articulations parfaites place structure est en cause (cf. § 3.2 de [C 2561]).
généralement l’analyse des sollicitations et les vérifications des
Au stade des combinaisons d’actions aux ELU, cette armature
éléments aux ELU (États limites ultimes) assez nettement en sécu-
est supposée se rompre et donc ne pas assurer la continuité de la
rité. On peut toutefois rencontrer quelques rares situations où
cette simplification ne se placerait pas tout à fait en sécurité ; par dalle. L’assemblage assure alors essentiellement le transfert de
exemple celle de poteaux assez élancés et fortement chargés à un l’effort tranchant de la poutre au poteau, et c’est seulement la par-
niveau proche de l’instabilité par flambement [1]. tie métallique de l’assemblage qu’il convient de dimensionner vis-
à-vis de cet effort.
■ Dispositions constructives des assemblages • Une solution avec gousset, soudé sur l’aile du poteau et bou-
Il est possible d’interrompre la dalle (pleine ou mixte) au pas- lonné à l’âme de la poutre, est tout à fait adaptée à la situa-
sage du poteau, en ménageant un interstice ou en plaçant un tion (figure 2), avec des règles bien établies pour évaluer la
joint de dilatation (figures 2-a et 2-b). résistance au cisaillement de bloc du gousset et de l’âme
(cf. § 3.10.2 de l’EN 1993-1-1).

Remarque
Il est à noter qu’avec cette solution, un certain jeu horizontal
g doit être prévu entre la semelle comprimée de la poutre et
celle du poteau afin d’éviter un contact précoce à partir duquel
l’assemblage cesserait de se comporter comme une articula-
tion (par suite d’une augmentation brusque du moment repris
par l’assemblage).
En pratique, g peut varier de 10 à 20 mm, et des essais ont
montré (par exemple, [1]) que g pouvait être évalué approxi-
mativement par la relation :

a contreventement par palée triangulée (1)


avec d distance entre la mi-épaisseur de semelle
comprimée et le centre de gravité du groupe
de boulons du gousset,
capacité de rotation désirée pour
l’assemblage.

• D’autres systèmes d’attache qu’un gousset boulonné à l’âme


de poutre peuvent être utilisés pour réaliser des assemblages
mixtes articulés.
b contreventement par portique rigide Par exemple, les solutions avec les systèmes par platine
d’about boulonnée tels que ceux de la figure 19b de [C 2560] ou
de la figure 1 de [C2563], mais en remplaçant l’armature ductile
Figure 1 – Ossatures articulées et contreventées par un simple treillis soudé.

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• Pour conférer à ce type d’assemblage une capacité de rota- En alternative, ces raidisseurs peuvent être remplacés efficace-
tion importante, la platine doit être mince (avec une épais- ment par un enrobage de béton entre les semelles du poteau
seur souvent inférieure ou égale à 10 mm ; cf. relation (42) de (cf. § 1.4.3 et 3.1.1.2 de [C 2563]) qui peut également contribuer à
[C 2563]) et ne pas comporter plus de deux rangées de bou- accroître la rigidité et la résistance du poteau lui-même.
lons.
Dans le cas d’une plaque d’about de hauteur limitée, située en
partie inférieure de la poutre en acier, les bras de levier des ran- 2.1 Analyse globale élastique


gées de boulons par rapport à la mi-épaisseur de la semelle com-
primée sont faibles et le moment résistant de l’assemblage est Si l’on considère maintenant une ossature semi-continue et contre-
donc également faible (puisque le treillis soudé est censé n’appor- ventée du type de celle représentée figure 3, la détermination des sol-
ter aucune contribution). licitations dans les éléments (poutres et poteaux) aux ELU peut très
bien s’effectuer à l’aide d’une analyse globale élastique (comme men-
• Bien que la capacité de rotation des assemblages soit une tionné au tableau 1 de [C 2563]) où les assemblages semi-rigides sont
caractéristique essentielle pour les constructions articulées, il représentés par des ressorts ponctuels (figure 4).
est rare que les calculateurs de projets déterminent les rota-
Rien n’interdit a priori d’entreprendre une analyse élastique non
tions exigées (qui ne sont jamais que celles des extrémités de
linéaire avec une rigidité sécante variable des assemblages
simples poutres isostatiques), ni d’ailleurs les capacités de
(cf. courbe de la figure 3 du [C 2563]).
rotation. L’utilisation de dispositions empiriques en la matière
est de mise la plupart du temps. En général, on se contente d’une analyse élastique linéaire pla-
çant en sécurité en adoptant pour chaque assemblage sa rigidité
Exemple sécante minimale en rotation Sj,ini/η ; (cf. relation (1) et para-
graphe 1.2 de [C 2563] pour les valeurs du coefficient η). Il
Par suite du glissement au droit des boulons avec l’ovalisation des
convient alors de s’assurer que le moment de calcul |Mj,Ed| dans
trous de boulons dans le cas d’un assemblage par gousset, ou par
les assemblages ne dépasse par leur moment résistant sous
suite de la plastification locale d’une platine d’about mince avec un
flexion négative .
écartement relativement important des deux rangées de boulons
(situation qui exclut la rupture des boulons en traction), il est courant En outre, l’analyse élastique est couramment de type « non fis-
d’obtenir des valeurs élevées de , par exemple de 80 à 120 mrad suré », la seule redistribution de moments étant celle due aux
pour fixer les idées [1]. rotations limitées des assemblages, comme déjà mentionné dans
un commentaire du § 2.3 de [C 2563] (pour mémoire, l’EN 1994-1-1
ne fournit d’évaluation du pourcentage de redistribution des
moments par fissuration que dans le cas de poutres assemblées
aux poteaux par des assemblages rigides et à pleine résistance,
2. Ossatures semi-continues avec éventuellement un assemblage nominalement articulé à une
et contreventées extrémité de poutre ; cf. 5.4.4(4) de l’EN).
Toutefois, avec un calcul des sollicitations basé sur une analyse
globale non fissurée, il peut être prudent de tenir compte de
La figure 19 de l’article [C 2560] a déjà montré la grande variété
possible des assemblages mixtes (comportant une armature duc-
tile) pour les ossatures semi-continues. Pour les cas (b), (d) et (e)
de cette figure, l’assemblage de la partie métallique n’est guère
fondamentalement différent de celui d’une ossature articulée en
acier de sorte que, dans la phase de construction, l’assemblage
mixte s’apparente à un assemblage nominalement articulé. Ce
n’est que dans la phase mixte définitive, où l’action de l’armature
se combine à celle de l’assemblage métallique, que l’assemblage
acquiert une rigidité et une résistance significatives.
En revanche, le cas (c) d’assemblage, en l’absence de toute
attache boulonnée, n’offre une capacité de résistance en flexion
que dans la phase de fonctionnement mixte, apportée par la seule
armature en traction, l’équilibre en compression étant assuré au Palée de
moyen d’une cale de contact entre la semelle de la poutre et la Ossature semi-continue stabilité
semelle du poteau.
La présence du tasseau soudé à la semelle du poteau est néces- Assemblage semi-rigide et/ou partiellement résistant
saire en phase de montage, mais également pour la reprise de Articulation ou rotule
l’effort tranchant amené par la poutre. L’exemple numérique traité
au § 3.1 de l’article [C 2563] a permis de vérifier le caractère semi-
rigide et partiellement résistant d’un assemblage du type de la Figure 3 – Ossature semi-continue et contreventée
figure 19-c, et l’exemple traité au § 3.2 du même article de vérifier
le même caractère pour un assemblage du type de la figure 19-b.
Les principaux avantages de l’utilisation d’assemblages semi-
rigides et partiellement résistants se situent dans la réduction des
hauteurs des sections des poutres mixtes (résultant des vérifica-
tions aux ELU), ainsi que dans l’amélioration des conditions de
service (réduction de flèches, contrôle de la fissuration).
Un inconvénient éventuel provient de la nécessité de renforcer
le poteau en acier dans la zone de compression locale, par
exemple en soudant, de part et d’autre de l’âme, des raidisseurs
transversaux dans le prolongement de la semelle de la poutre en
acier. Figure 4 – Ressorts en rotation pour l’analyse globale élastique

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l’éventualité d’une fissuration lors de la vérification de certains les rotules se forment dans les assemblages partiellement résis-
éléments. C’est en particulier le cas des poteaux mixtes dans une tants aux extrémités de la poutre et en travée, là où le moment de
ossature semi-continue contreventée où la longueur de flambe- flexion positif est maximal. En effet, il n’est pas réaliste d’envisa-
ment ᐍ (cf. § 2.6 de [C 2562]) peut tenir compte des rigidités en ger la formation de rotules plastiques dans les poteaux, les méca-
rotation apportées par les liaisons d’extrémité avec les poutres (cf. nismes de type panneau ou portique mis en œuvre par ces rotules
Annexe E de l’ENV/DAN 1993-1-1). ne pouvant se développer en raison du blocage des déplacements
Ainsi, en supposant les poutres mixtes de part et d’autre du horizontaux par les systèmes de contreventement.


poteau, de portée Lb et fléchies en simple courbure avec des rota- L’analyse des poutres de l’ossature par mécanismes plastiques
tions égales et opposées à leurs extrémités (d’où la sous-structure ne dispense évidemment pas de vérifier le dimensionnement des
de la figure 5), la rigidité en rotation apportée par une poutre à poteaux dont les efforts normaux peuvent s’obtenir en tenant
l’extrémité du poteau, compte tenu de la présence d’un assem- compte de la descente de charges.
blage semi-rigide, peut être évaluée par la relation :
À l’effort normal dans un poteau, il convient d’ajouter des
(2) moments d’extrémité dus au déséquilibre éventuel des moments
résistants des assemblages situés de part et d’autre du poteau. À
avec :
défaut d’une méthode de calcul plus élaborée, ce déséquilibre de
(3) moments peut être réparti entre les deux poteaux, au-dessus et
au-dessous de l’extrémité considérée, au prorata de leurs rigidités
lorsque l’on évalue la longueur de flambement du poteau. Ic/Lc respectives (cf. les notations de la figure 5).
La prudence incite à calculer l’inertie de la poutre, Ib,eff, en Des analyses détaillées des efforts exercés sur les poteaux, en dis-
tenant compte d’une certaine longueur fissurée de dalle, Lcr, tinguant les cas des poutres étayées et non étayées en phase de
adjacente à chaque assemblage d’extrémité de poutre. construction, avec des modes d’action différents des charges perma-
Par exemple, on peut adopter une valeur pondérée des inerties nentes de poids propre et des charges d’exploitation, peuvent être
de flexion I1 et I2 (cf. § 1.7.2 de [C 2561]) selon la relation : trouvées dans la littérature anglaise (par exemple, cf. § 3.2.2 de [2]).
Les figures 6 illustrent les types de mécanisme de poutre à
(4) considérer dans les différentes travées sous combinaison des
actions aux ELU, respectivement dans le cas d’une charge unifor-
mément répartie pd par unité de longueur (cas a)), et dans le cas
avec
de deux charges ponctuelles Pd situées au tiers et aux deux tiers
Une relation de type (4) peut évidemment être utilisée pour de la portée de la poutre (cas b)).
caractériser la rigidité des poutres dans l’analyse globale élastique
d’une ossature semi-continue. Elle sera également envisagée plus La vérification par l’analyse globale plastique consiste à s’assu-
loin pour les ossatures continues (cf. relation (16)). rer simplement que :

(5)

dans le cas de charge a) et que :

(6)
dans le cas de charge b) où l’on a supposé
avec moment de résistance plastique de la
poutre mixte sous flexion positive,
et moments résistants des assemblages
sous flexion négative aux extrémités A et
B de la poutre concernée.
L’inégalité (5) a été établie en supposant les deux assemblages
(A) et (B) de moments résistants sensiblement équivalents (dans le
cas contraire, il conviendrait de déterminer la position de la rotule
plastique sous moment positif qui ne serait plus à mi-travée).

Remarque
Figure 5 – Sous-structure poteau-poutres Des inégalités similaires à (5) et (6) peuvent être établies
pour des cas de chargement différents, par application du
théorème cinématique de l’Analyse Limite et en précisant la
2.2 Analyse globale rigide-plastique position de la rotule plastique en travée par minimisation de la
charge limite plastique.
Un autre type d’analyse globale mérite attention pour le cas des On peut noter également que l’approche précédente n’est pas
ossatures semi-continues contreventées, à savoir l’analyse rigide- remise en cause par l’utilisation de poutres mixtes de classe 3
plastique. sous flexion négative dans la mesure où le moment de résis-
D’une part, les caractéristiques clés des assemblages à utiliser tance élastique de la poutre, , tel que défini au § 1.4.3 de
sont le moment résistant et la capacité de rotation, ce qui évite [C 2561]), reste supérieur à celui de l’assemblage Mj,Rd.
d’avoir à évaluer la rigidité Sj,ini. Enfin, il convient de rappeler ici que les mécanismes plas-
D’autre part, les mécanismes plastiques à considérer sont tiques de poutre envisagés ne peuvent être valables que si le
nécessairement simples, se limitant à des mécanismes de poutre : risque de déversement est exclu (cf. § 1.7.1 et 1.8 de [C 2561]).

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2.3 Analyse globale quasi-plastique serait plus élevée dans le cas d’une charge concentrée
unique à mi-portée.
• La limite d’élasticité fy de la poutre en acier influence directe-
Remarque ment la rotation exigée des assemblages, du fait que les
Une question importante subsiste pour que les inégalités déformations nécessaires à la formation du mécanisme plas-
telles que (5) et (6) ne soient pas remises en cause, qui est de tique augmentent avec la déformation limite élastique :
connaître les rotations à exiger des assemblages A et B pour


permettre la formation de la troisième rotule plastique en tra-
vée, étant entendu que ces rotations doivent rester inférieures En pratique, la rotation exigée peut être considérée proportion-
à la capacité de rotation de chaque assemblage. nelle à fy.
• L’étayage de la poutre métallique en phase de construction
L’analyse rigide-plastique ne permet pas de répondre à cette est favorable à la rotation exigée des assemblages. Lorsque
question ; seule une analyse élasto-plastique des poutres, tenant la poutre n’est pas étayée, une grande partie des charges per-
compte de l’extension de la zone plastique en travée, peut per- manentes est supportée par la poutre métallique seule, géné-
rant dans celle-ci de plus grandes déformations et courbures
mettre une détermination précise des rotations exigées des
qu’avec une poutre mixte, d’où, au final, des rotations exi-
assemblages.
gées plus élevées.
On trouve dans la littérature anglaise de nombreux travaux
• Il y a tout avantage à ne pas chercher à atteindre rigoureuse-
pour apporter une réponse, aussi pragmatique que possible, à la
ment en travée le plein moment de résistance plastique de la
question soulevée ; par exemple les références [2] [3] [4] [6].
poutre , qui exige une extension non négligeable de la
■ Conclusions principales zone plastifiée.
Bien que les paramètres qui influencent la valeur de la rotation Si l’on adopte une valeur du moment à atteindre légère-
exigée des assemblages soient nombreux, on peut résumer les ment inférieure à , la rotation exigée de l’assemblage peut
conclusions de ces travaux comme suit. être considérablement réduite. À titre indicatif, cette réduction
peut être de 70 % dans des cas courants lorsque l’on adopte
• La rotation exigée n’est pratiquement pas influencée par la de l’ordre de . Dans cette optique, les auteurs de [5] [6]
rigidité de l’assemblage. semblent avoir été les premiers à introduire le concept d’analyse
• En revanche, cette rotation dépend clairement du rapport du « quasi plastique », en soulignant quantitativement les avantages
moment de l’assemblage au moment positif de résistance d’une telle analyse par rapport à l’analyse rigide-plastique clas-
plastique en travée, . Lorsque ce rapport aug- sique.
mente, toutes choses égales par ailleurs, la rotation diminue Avec ce type d’analyse, il convient de noter que les membres de
quasi linéairement. droite des inégalités telles que (5) et (6) sont uniquement modifiés
• La rotation exigée dépend également du rapport entre la por- en remplaçant par , en tant que simple application du
tée de la poutre et la hauteur totale D de la section de théorème des travaux virtuels (et non plus du théorème cinéma-
poutre, soit Lb/D, et augmente quasi linéairement avec ce tique de l’Analyse Limite).
rapport lorsqu’il varie de 15 à 30. ■ Formulation pratique pour des applications
• À même charge totale appliquée à la travée, le cas des D’un point de vue pragmatique, en opérant une synthèse des
charges concentrées au tiers et aux deux tiers de la portée différents travaux de la littérature anglaise et lorsque les condi-
(cas de la figure 6b) est celui qui exige la plus grande rota- tions suivantes sont satisfaites :
tion, alors que le cas d’une seule charge concentrée à mi-por-
tée serait celui conduisant à la plus petite rotation. Le cas de
(7)
la charge uniformément répartie (cas de la figure 6a) exige
une rotation intermédiaire entre les deux précédentes.
• Lorsque l’une des extrémités est articulée (par exemple en on peut proposer de se baser sur les valeurs suivantes pour un
présence d’un poteau de façade), la rotation exigée de l’assem- dimensionnement, conformément à [4] [7] :
blage à l’autre extrémité est plus faible qu’en présence de • Pour le cas de poutres étayées :
deux assemblages partiellement résistants, dans le cas de la
poutre sollicitée par les deux charges concentrées. Cette rota- (8)
tion est quasi-inchangée dans le cas de la charge répartie. Elle exigeant :
ϕj,Cd ≥ 22 mrad pour une charge uniformément répartie ;
ϕj,Cd ≥ 33 mrad pour deux charges concentrées.

Lb Lb / 3 Lb / 3
• Pour le cas de poutres non étayées (où les rotations exigées
sont celles en fonctionnement mixte sous les charges
d’exploitation essentiellement), les mêmes exigences sur ϕj,Cd
sont utilisables à condition d’adopter :
(9)
A B A B
(B) (A) ■ Formulations plus élaborées
Mj,Rd > Mj,Rd On peut trouver dans [6] des formules beaucoup plus précises
de la rotation exigée des assemblages. Ces formules ont été
a charge uniformément répartie b charges concentrées déduites par lissage (avec un coefficient de corrélation de 0,99)
des résultats numériques d’une vaste étude paramétrique de cas,
conduite à l’aide de la méthode théorique exposée en [5].
Figure 6 – Mécanismes plastiques de poutre dans les ossatures On donne ci-après les formules correspondant aux charges de
semi-continues et contreventées la figure 6 dans deux situations d’assemblages.

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On désigne par ϕj,req la rotation exigée (en radians), par R le tures fsk à 460 N/mm2. Mais ces choix de valeurs ne constituent pas
rapport , par Ih le moment d’inertie de la section mixte de vraies restrictions pour l’application des expressions (10) à (13)
homogénéisée sous flexion positive, et par le moment de lorsque l’on utilise des aciers dont les caractéristiques mécaniques se
résistance élastique sous flexion positive de la poutre mixte. situent dans les intervalles suivants : 235 N/mm2 ≤ fy ≤ 355 N/mm2 et
On précise qu’ici le moment de résistance élastique doit être 400 N/mm2 ≤ fsk ≤ 600 N/mm2.
seulement défini par l’atteinte de la limite d’élasticité dans la Ces expressions montrent en effet que la rotation exigée ϕj,req
semelle inférieure en acier (et non en considérant le cas général varie pratiquement de manière proportionnelle à fy (comme


des trois conditions de contraintes limites, comme défini en 1.4.3 constaté par d’autres auteurs [3]) et n’est nullement influencée par
de [C 2561]). la rigidité en flexion de la poutre mixte sous moment négatif.
Évidemment, a une valeur différente selon que la poutre
mixte a été construite étayée ou non étayée.
2.4 Exemple numérique d’analyse globale
• Cas de la figure 6a dans l’hypothèse quasi-plastique

2.4.1 Données et objectif de l’exemple


■ Données de l’exemple
(10)
On se propose d’analyser à l’ELU un portique à 2 travées Lb de
• Cas de la figure 6a dans l’hypothèse d’une articulation en A 10 m, les poutres de ces travées étant mixtes et supportées par
3 poteaux métalliques, de hauteur Hc égale à 3,60 m, articulés en
pieds (figure 7).
Ce portique est conçu contreventé latéralement. Les assem-
blages poutre-poteaux avec les poteaux d’extrémité peuvent être
considérés comme articulés, tandis que les assemblages avec le
poteau intermédiaire sont semi-rigides et partiellement résistants.
(11) Les poutres mixtes présentent la même section que celle de
l’exemple n° 3 de l’article [C 2561], avec pour rappel une dalle
• Cas de la figure 6b dans l’hypothèse pleine, d’épaisseur hc de 10 cm, constituée d’un béton C25/30,
connectée en connexion complète par des goujons soudés à un
profilé métallique IPE 400 de nuance d’acier S235.

(12) • Dans la zone des moments négatifs de part et d’autre du


poteau intermédiaire, la dalle comporte une seule nappe
d’armature longitudinale à raison d’une barre HA10 tous les
125 mm, de nuance d’acier S500 ; cette nappe est centrée à la
distance c = 40 mm de la face supérieure de la dalle
• Cas de la figure 6b dans l’hypothèse d’une articulation en A (figure 8).
Les poteaux métalliques sont constitués par des HEB 200 de
nuance d’acier S235, fonctionnant suivant leur axe fort de flexion
dans le plan du portique.
• Les assemblages de part et d’autre du poteau intermédiaire
sont du type de celui de l’exemple n° 2, traité au § 3.2 de
(13) l’article [C 2563], réalisé avec une platine d’about, de nuance
d’acier S235, soudée à la poutre métallique et boulonnée sur
l’aile du poteau par plusieurs rangées de boulons HR 10.9.
Comme on le justifiera plus loin, cette platine a ici une épais-
seur tp inférieure à 20 mm, plutôt de l’ordre de 15 mm, et com-
Dans ces expressions, les deux premiers termes dans les paren- porte vraisemblablement plus de 3 rangées de boulons M 22, de
thèses à partir de la gauche concernent la rotation éxigée due au manière à pouvoir garantir à l’assemblage une capacité de rota-
comportement élastique en travée et le troisième terme concerne tion :
la rotation exigée due au comportement plastique.
Ces expressions supposent que est supérieur à ,
sinon ce troisième terme de rotation plastique doit être supprimé. tout en lui permettant d’avoir une rigidité initiale et un moment
On notera les valeurs proches des coefficients numériques des résistant de calcul de valeurs proches de celles calculées dans
expressions (10) et (11), confirmant l’affirmation faite plus haut l’exemple n° 2 du [C 2563] :
d’une rotation quasi inchangée pour le cas de la figure 6a lorsque
l’on place une articulation en A.
Les expressions précédentes ont été établies pour un large Le poteau intermédiaire n’étant pas enrobé de béton entre les
domaine de validité, en précisant que peut varier de 0 à ailes, des raidisseurs transversaux ont été soudés dans l’âme,
2, Lb/D de 10 à 35, de 0,7 à 1, la hauteur totale de dalle hc dans le prolongement des semelles des IPE 400.
de 110 à 210 mm (avec éventuellement une tôle mince profilée de • On précise également que les poutres du portique n’ont pas
hauteur d’onde allant jusqu’à 60 mm), la résistance caractéristique été étayées en phase de construction.
du béton fck de 16 à 50 MPa, le pourcentage d’armature sous • En réalité, le portique à étudier est un portique intermédiaire
moment négatif de 0,5 à 1,5 %, la hauteur du profilé métallique ha parmi cinq portiques parallèles (deux de rive et trois intermé-
de 200 à 900 mm (« Universal beams » de production anglaise), etc. diaires) supportant la dalle d’épaisseur 10 cm et constituant
On peut signaler toutefois que, dans l’étude paramétrique, la limite un plancher de dimensions en plan 20 m par 20 m, relative-
d’élasticité des profilés fy a été fixée à 275 N/mm2 et celle des arma- ment analogue au plancher de l’exemple n° 3 du [C 2561].

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C 2 564v2 – 7

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CONSTRUCTION MIXTE ACIER-BÉTON – CALCUL DES OSSATURES MIXTES ____________________________________________________________________

Assemblages semi-rigides
et partiellement résistants

Contreventement
(1) (2)
latéral
Pd Pd


A Articulation B C
Poutre mixte

HEB 200 Hc = 3,6 m


S235
Rotule

Lb = 10 m Lb = 10 m

Figure 7 – Configuration et mode de chargement du portique à analyser à l’ELU

BETON C25/30 HA 10/S500


beff
hc = 100 c = 40

125 125 125

IPE 400
S235

Figure 8 – Rappel de la section de poutre mixte en zone de flexion négative

L’espacement régulier entre les portiques est donc ici de 5 m • poids des finitions et cloisons :
(figure 9).
• Les actions permanentes sur le plancher sont le poids
propre de celui-ci (matériaux acier et béton) et le poids des • soit, au total :
finitions et cloisons estimé à Gfi = 2 kN/m2. La valeur
caractéristique de l’action variable est prise égale ici à
Qk = 2 kN/m2. – pour l’action variable :

■ Combinaison des actions à l’ELU


La combinaison des actions à l’ELU considérée pour l’exemple, • La combinaison des actions à l’ELU conduit alors aux charges
correspond au cas de chargement dissymétrique où la charge suivantes par unité de longueur :
variable est dans une seule travée (AB sur la figure 7). – pour la travée AB :
Exprimant les actions en charge uniformément répartie par
unité de longueur de poutre, on a :
– pour la travée BC :
– pour les actions permanentes :
• poids de la dalle :
• Pour mémoire, les valeurs des moments résistants de calcul
des poutres sont :
• poids du profilé : – sous flexion positive (cf. § 4.4.2 de [C 2561] :

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C 2 564v2 – 8

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Conception et calcul
des dalles mixtes acier-béton

par Michel CRISINEL


Ingénieur civil diplômé de l’École polytechnique fédérale de Lausanne
Chargé de cours à l’École polytechnique fédérale de Lausanne, Suisse

1. Conception des planchers mixtes à tôles nervurée ....................... C 2 567 - 2


1.1 Planchers de bâtiment à ossature en acier ................................................ — 2
1.2 Dalles mixtes ................................................................................................ — 4
1.3 Types de tôles nervurées ............................................................................ — 4
1.4 Connexion entre la tôle et le béton ............................................................ — 5
1.5 Situations à considérer ................................................................................ — 5
2. Calcul de la tôle nervurée ...................................................................... — 6
2.1 Analyse pour les sollicitations (détermination des efforts intérieurs)..... — 6
2.2 Calcul de la résistance des sections ........................................................... — 6
2.3 Vérification de la tôle nervurée ................................................................... — 6
3. Calcul de la dalle mixte .......................................................................... — 6
3.1 Analyse pour les sollicitations (détermination des efforts intérieurs)..... — 6
3.2 Calcul de la résistance des sections ........................................................... — 7
3.3 Vérification des états limites ultimes ......................................................... — 11
3.4 Méthode de la connexion partielle (méthode alternative) ....................... — 12
3.5 Vérification des états limites de service ..................................................... — 12
3.6 Vérification du comportement vibratoire................................................... — 14
4. Exemple numérique ................................................................................. — 15
4.1 Schéma statique........................................................................................... — 15
4.2 Analyse ......................................................................................................... — 15
4.3 Calcul des efforts intérieurs ........................................................................ — 16
4.4 Résistances en section................................................................................. — 16
État limite de service, vérification des flèches...........................................
p。イオエゥッョ@Z@ョッカ・ュ「イ・@RPPX@M@d・イョゥ│イ・@カ。ャゥ、。エゥッョ@Z@ェ。ョカゥ・イ@RPQU

4.5 — 17
4.6 État limite de service, vérification de l’ouverture des fissures du béton .. — 18
4.7 État limite de service, vérification des vibrations...................................... — 18
Pour en savoir plus ........................................................................................... Doc. C 2 567

ne dalle mixte est un élément de construction des bâtiments métalliques


U à ossature mixte. Elle est composée d’une tôle nervurée sur laquelle on
coule une dalle en béton comportant un léger treillis d’armature destiné à
limiter la fissuration du béton due au retrait et aux effets de la température.
Dans ce type de dalles (appelées aussi planchers collaborants), la tôle nervurée
sert de plate-forme de travail lors du montage, de coffrage pour le béton et
d’armature inférieure pour la dalle après durcissement du béton. Elle peut éga-
lement servir de contreventement horizontal provisoire lors du montage de la
structure porteuse du bâtiment, à condition qu’elle soit fixée à la poutraison de
façon adéquate.

Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie


est strictement interdite. – © Editions T.I. C 2 567 – 1

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CONCEPTION ET CALCUL DES DALLES MIXTES ACIER-BÉTON ________________________________________________________________________________

Cet article comprend une partie consacrée à la conception des planchers


mixtes, ainsi qu'une partie dédiée à l'analyse et au dimensionnement des tôles
et des dalles mixtes proprement dites. Le stade de construction, où seule la
tôle contribue à la résistance, et le stade définitif, où la dalle constitue un
élément mixte grâce à la contribution du béton durci, sont clairement différen-
ciés. Les méthodes exposées sont en conformité avec les normes européennes
actuelles sur le calcul des structures porteuses, les « Eurocodes structuraux »

Q (normes EN 1991 à EN 1994).

menter le bâtiment et l’étage concerné en fluides et énergie pour


1. Conception des planchers les besoins du chauffage, de la ventilation, du sanitaire, de l’élec-
mixtes à tôle nervurée tricité et de la télématique. Enfin, c’est le plancher qui délimite
optiquement et esthétiquement les faces horizontales supérieure
et inférieure des locaux.
1.1 Planchers de bâtiment Du point de vue de sa construction, un plancher est composé de
à ossature en acier trois parties (figure 1) :
– le système porteur, comprenant la poutraison et la dalle ;
Le plancher, constitué de la poutraison et de la dalle ainsi que – la partie supérieure, comprenant isolation, étanchéité, chape et
des revêtements inférieur (faux-plafond) et supérieur (isolation, revêtement de sol ;
chape, revêtement de sol), a pour fonction structurale principale
– la partie inférieure, comprenant le plafond (faux-plafond ou
de supporter les forces verticales qui lui sont appliquées et de les
revêtement de la surface des poutres et de la dalle) et l’espace vide
transmettre aux appuis (les poteaux). Une fonction structurale
entre les poutres.
secondaire importante est celle que les planchers jouent dans la
transmission des forces horizontales : ils conduisent aux contre- Les planchers sont des éléments répétitifs dans la structure d’un
ventements verticaux ou au noyau central les forces du vent et des bâtiment élevé ; il est donc avantageux de prévoir des planchers
séismes et agissent ainsi comme contreventement horizontal de la de faible épaisseur, de faible poids propre et de montage rapide.
structure porteuse du bâtiment. La poutraison est un réseau de poutres métalliques horizontales
Leur fonction protectrice consiste à assurer les protections qui transmet aux poteaux les forces qui sollicitent la dalle. Ce
contre le bruit (isolation phonique), le feu (fonction coupe-feu), la réseau, le plus souvent orthogonal, est constitué des poutres
chaleur ou les différences de température (isolation thermique) et secondaires (ou solives), en général parallèles entre elles, qui
l’humidité (étanchéité, pare-vapeur). C’est aussi dans l’épaisseur reçoivent directement les charges verticales de la dalle et les trans-
du plancher que passent les conduites horizontales destinées à ali- mettent aux poutres primaires (ou sous-poutres ou sommiers)

Chape et revêtement

Dalle de béton

Armature (treillis)

Tôle nervurée
Hauteur de plancher

Faux-plafond

Poutre
Conduites (eau, climatisation,
électricité, etc.)
Support de faux-plafond

Figure 1 – Composition d’un plancher

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________________________________________________________________________________ CONCEPTION ET CALCUL DES DALLES MIXTES ACIER-BÉTON

perpendiculaires qui s’appuient sur les poteaux. Dans certains cas,


les sous-poutres s’appuient sur un troisième niveau de poutres (les
poutres maîtresses) qui, elles seules transmettent les forces aux
poteaux. Cela permet d’augmenter les portées et de diminuer le
nombre de poteaux. La conception de la poutraison détermine
ainsi la disposition et l’espacement entre les éléments fléchis en
fonction de la position des poteaux. Elle permet de définir les
types les plus courants de planchers à poutres métalliques.
Une poutraison à deux niveaux de poutres (figure 2) permet de
réaliser des grands espacements de poteaux dans les deux direc-
tions du plan. On évite ainsi les rangées serrées de poteaux situés

en façade ou dans les cloisons intérieures. La trame n’est pas
obligatoirement régulière, ce qui laisse une grande liberté d’amé-
nagement.
Dans les bâtiments à ossature métallique, la dalle est souvent
réalisée en béton armé ou en construction mixte avec tôle nervu-
rée d’acier. Plus rarement, la dalle en béton armé repose directe-
ment sur les poteaux, sans poutres métalliques. Cette conception
est alors proche de celle des bâtiments en béton armé. Figure 2 – Plancher à deux niveaux de poutres
Lorsque la dalle mixte est liée à la poutraison par des connec-
teurs, l’ensemble constitue un plancher mixte acier-béton (figure 3).
Dans un tel système, la dalle en béton remplit, en travée, la fonc- réalise une poutre mixte dont la résistance et la rigidité sont sensi-
tion de membrure supérieure comprimée alors que la poutre blement accrues.
métallique située dans la partie inférieure est essentiellement Dans les bâtiments, la connexion des poutres mixtes est assurée
tendue. Dans les zones d’appui des poutres mixtes, la participation par des goujons soudés sur l’aile supérieure des poutres métalli-
de la dalle à la résistance est obtenue par une armature supérieure ques du plancher. Les goujons sont des pièces cylindriques en acier
capable de reprendre les efforts de traction, la poutre métallique comportant une tête. Il existe également des connecteurs en forme
étant alors partiellement comprimée. d’équerres et fixés par des clous. Ce nouveau type de connexion
Pour obtenir l’effet mixte souhaité, c’est-à-dire une collaboration est particulièrement bien adapté au cas des dalles mixtes avec tôle
parfaite entre l’acier et le béton, il faut que la liaison entre la pou- nervurée, car ils peuvent être facilement fixés à travers la tôle. Le
tre et la dalle soit réalisée de façon à transmettre les efforts rasants soudage des goujons présente en effet souvent des difficultés liées
et limiter les glissements qui se développent à l’interface. Sans à l’alimentation en courant électrique, à la présence d’humidité et
liaison, les profils métalliques doivent supporter à eux seuls toutes à la présence d’un revêtement contre la corrosion de la poutre
les charges. Par contre, si une connexion est mise en place, on (peinture) et de la tôle (zingage).

Béton coulé en place

Treillis d’armature

Connecteur soudé

Bossage
Sommier Tôle nervurée

Solive

Figure 3 – Plancher mixte avec connecteurs acier-béton

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CONCEPTION ET CALCUL DES DALLES MIXTES ACIER-BÉTON ________________________________________________________________________________

aux effets de la température. Dans ce type de dalle, la tôle nervurée


a plusieurs fonctions. Elle sert notamment :
Béton – de plate-forme de travail pendant la construction de l’ouvrage ;
– de coffrage lors du bétonnage de la dalle ;
Tôle – d’armature inférieure de la dalle mixte.
nervurée
Elle peut également servir de contreventement horizontal provi-
soire lors du montage, à condition qu’elle soit fixée à la poutraison


de façon adéquate. Le béton sert à la création du plan horizontal et
à la reprise des efforts de compression se développant dans
l’élément mixte.

Treillis d’armature 1.3 Types de tôles nervurées


Fixation
Les tôles nervurées, appelées aussi plaques nervurées dans
l’Eurocode 4 (voir [Doc. C 2 567]), doivent posséder une capacité
Poutrelle métallique portante et une rigidité suffisantes pour servir de coffrage, si pos-
sible sans étai, ainsi qu’un profil particulier (forme de nervures,
bossages) pour garantir une bonne liaison mécanique entre l’acier
et le béton. La tôle est fixée sur les poutres métalliques qui la sup-
portent par des clous scellés par percussion ou par des vis autota-
raudeuses ou autoperceuses.
Figure 4 – Dalle mixte avec tôle nervurée
Le matériau de base servant à la fabrication des plaques nervu-
rées à froid est la tôle d’acier galvanisée double face et livrée sous
forme de bobines. La couche de zinc, barrière physique contre les
1.2 Dalles mixtes attaques de la corrosion atmosphérique, est obtenue par galvani-
sation à chaud dans des lignes traitant de larges bandes en
Une dalle mixte (figure 4) est composée d’une tôle nervurée sur continu (immersion dans un bain de zinc en fusion).
laquelle on coule une dalle en béton comportant un léger treillis Il existe un très grand nombre de types de tôles nervurées utili-
d’armature destiné à limiter la fissuration du béton due au retrait et sées dans la construction des dalles mixtes (figure 5). Ces tôles se

55 + 4 × 150 + 95 = 750

40

102,5 47,5 122,5

4 × 150 = 600 4 × 183 = 732

51 73

112 38 137
115 87 40
a profils « rentrants »

4 × 150 = 600 3 × 104 = 312

53 73

90 60 61,5 84 20 47

5 × 176 = 880 3 × 190 = 570

55 77

85 91 45 122 68 45

4 × 200 = 800 4 × 183 = 732

59 80

112 88 50
94 89 40
b profils « trapézoïdaux »

Figure 5 – Exemples de tôles nervurées utilisées pour les dalles mixtes

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C 2 567 – 4 est strictement interdite. – © Editions T.I.

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Planchers de bâtiments
en construction métallique et mixte

par Daniel BITAR
Docteur Ingénieur Génie Civil - INSA
Chef de projets de Recherche et Développement au Centre technique industriel
de la construction métallique (CTICM)
Enseignant à l’École nationale des ponts et chaussées

1. Planchers.................................................................................................... C 2 645 - 2
1.1 Trames. Charges .......................................................................................... — 2
1.2 Planchers. Guide de conception................................................................. — 4
2. Vibration et fréquence propre des planchers mixtes .................... — 16
2.1 Déformée modale du plancher................................................................... — 16
2.2 Application des charges. Calcul des flèches.
Fréquence fondamentale du plancher ....................................................... — 16
2.3 Planchers de basse fréquence .................................................................... — 19
2.4 Calcul de la rigidité modale ........................................................................ — 19
2.5 Calcul de l’accélération maximale.............................................................. — 19
2.6 Critères d’acceptation.................................................................................. — 19
Références bibliographiques ......................................................................... — 20

L es planchers constituent un plan horizontal rigide capable :


— de supporter les charges verticales (poids propre de différents composants
et charges d’exploitation) et de transmettre ces charges aux poteaux sans effets
préjudiciables sur le second œuvre ;
— de transmettre les efforts horizontaux (tels que ceux apportés par le vent ou
les efforts sismiques) vers les éléments verticaux : palées de stabilité, poteaux
de portiques, cage d’escaliers et/ou pignons rigides.
D’autres fonctions sont d’une importance plus ou moins majeure en relation
avec la destination du bâtiment. Il s’agit de la flexibilité de passages verticaux
et horizontaux (gaines et réseaux divers, et équipements techniques), de l’iso-
lation acoustique et thermique, de la stabilité et de la résistance au feu.
Cet article présente les différents systèmes de planchers de bâtiments en mon-
trant leurs modes de fonctionnement ainsi que leurs avantages et inconvénients.
La première partie de ce texte traite les aspects liés à la conception et donne
des recommandations et des ordres de grandeur pratiques afin de permettre
une définition rapide et efficace d’un avant-projet de plancher basé sur des
comparaisons objectives : plancher mixte ou non mixte, poutrelles sous dalles
ou intégrées, poutrelles alvéolaires ou à treillis, etc.
Le calcul à la vibration, fréquence fondamentale et accélération, des plan-
chers mixtes sera développé dans la deuxième partie du texte. Une méthode
simple d’application sera expliquée afin d’aboutir à une estimation viable de la
p。イオエゥッョ@Z@ョッカ・ュ「イ・@RPPS

réponse vibratoire des planchers.

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© Techniques de l’Ingénieur, traité Construction C 2 645 − 1

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PLANCHERS DE BÂTIMENTS EN CONSTRUCTION MÉTALLIQUE ET MIXTE _________________________________________________________________________

Notations et symboles Notations et symboles

Symbole Définition Symbole Définition

Aa Aire de la section du profilé métallique Im, ajourée Moment d’inertie de la section ajourée mixte
au centre de l’ouverture
As Aire de la section de la membrure inférieure


d’une poutrelle à treillis I1 Moment d’inertie de la dalle par mètre de largeur
a max Accélération maximale k Rigidité modale
B Largeur participante L Portée
D Hauteur d’une poutrelle à treillis ᐉ Longueur d’ancrage
d diamètre d’un goujon N Nombre de connecteurs par mètre linéaire
E Écartement P Poids ; charge concentrée
F Effort PRd Résistance d’un connecteur
f0 Fréquence fondamentale du plancher Qk Charge caractéristique concentrée
fi Fréquence fondamentale de chaque éléments qk Charge caractéristique uniformément répartie
g Accélération due à la pesanteur r Rayon de pliage
H Hauteur d’un goujon soudé ou d’une cornière clouée S Largeur du plancher
HT Épaisseur ou hauteur du plancher W Largeur de la dalle
hc Épaisseur de la dalle αA Coefficient de réduction
Ia Moment d’inertie de la section du profilé de base αn Coefficient de Fourier du n- ième composant
Iajourée Moment d’inertie de la section ajourée au centre de δ Flèche maximale
l’ouverture sans participation de la dalle
φ Diamètre d’une barre d’armature
Ib Moment d’inertie de la section de la poutre
secondaire ζ Amortissement

1. Planchers Les charges permanentes sont, d’une part, le poids propre du


plancher et d’autre part, les autres charges comme le revêtement
de sol, la chape, l’étanchéité, l’isolation, les cloisons, les faux pla-
fonds, parfois les faux planchers, et les équipements fixes. Ces der-
1.1 Trames. Charges niers comprennent :
— les équipements des ascenseurs et escaliers roulants ;
1.1.1 Trames — les équipements de chauffage, de ventilation et d’air
conditionné ;
Avant de présenter les différentes solutions actuellement utili- — les équipements électriques ;
sées dans les planchers de bâtiments à étages en construction — les tuyauteries, sans leur contenu ;
métallique, il est important d’insister sur la notion de trame. Il ne — les réseaux de câbles et les gaines.
s’agit pas de présenter ici les différentes possibilités architecturales
Les tableaux 1 et 2 [1] donnent quelques valeurs indicatives des
en termes de disposition de poteaux : bâtiments sans poteaux
poids volumiques pour des matériaux et éléments de construction
intermédiaires, bâtiments à deux rangées de poteaux, etc. Il est
qui permettent d’évaluer le poids des charges permanentes dans le
seulement question de rattacher le choix d’une solution à une por-
calcul du plancher.
tée économique où l’élément plan (dalle béton, dalle mixte ou
patelage) assure la transmission des charges par flexion transver-
sale et où l’élément filaire, poutre ou poutrelle, travaille en flexion
longitudinale (figure 1).
Ainsi selon la géométrie de la trame, rectangulaire ou triangu-
laire, on adoptera une distribution à 45o (ou selon la bissectrice)
pour la transmission des charges uniformément réparties sur le
plancher de l’élément plan (dalle) vers les éléments filaires. À partir
d’un rapport b/a supérieur ou égal à 4 (figure 2), la distribution en
deux rectangles égaux est à adopter. En revanche, lorsque le
a flexion transversale entre poutres ou poutrelles
« drainage » des efforts est forcé comme dans le cas de dalle ner-
vurée (sur bac acier ou à nervures béton), la distribution des char-
ges se fait vers les éléments porteurs sur lesquels reposent les
nervures ; cela est très important surtout pour le calcul des plan-
chers à trames carrées ou triangulaires (figure 3).

1.1.2 Charges b flexion longitudinale de la poutre ou de la poutrelle

Les charges à considérer dans le calcul d’un plancher sont les


charges permanentes et les charges d’exploitation. Figure 1 – Flexion transversale et flexion longitudinale d’un plancher
(0)

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C 2 645 − 2 © Techniques de l’Ingénieur, traité Construction

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_________________________________________________________________________ PLANCHERS DE BÂTIMENTS EN CONSTRUCTION MÉTALLIQUE ET MIXTE

Tableau 1 – Poids volumiques des matériaux de construction Trame 1 Trame 2


Poutre B
Poids volumique
Matériaux a1 a2
(kN/m3)
45° 45°
Métaux :
— acier................................................................. 77 à 78,5 b


— fer forgé .......................................................... 76
— fonte ................................................................ 71 à 72,5 45° 45°
— aluminium ...................................................... 27 Poutre A
Béton (1) :
Surface du Surface du
— béton normal .................................................. 24 (2) (25 béton chargement chargement
non durci) de la poutre B de la poutre A
— béton normal armé – béton précontraint
(taux normal d’armature) .............................. 25 a trames rectangulaires
— béton léger : ................................................... 9 à 20
• béton léger classe de masse volumique Surface du
LC 1,8............................................................ 16 à 18 chargement de la poutre B
• béton léger classe de masse volumique
LC 2,0............................................................ 18 à 20
Bois : Poutre B
— Contreplaqué :
• résineux........................................................ 5 45°
• bouleau ........................................................ 7
• panneaux lamellés et panneaux lattés ...... 4,5
b trame triangulaire
— Lamellé collé :
• lamellé homogène GL24h .......................... 3,7 Dalle pleine : distribution des charges à 45° ou selon la bissectrice
• lamellé homogène GL36h .......................... 4,4
— Panneaux agglomérés : Figure 2 – Distribution des charges uniformes sur les poutres
• panneaux de particules............................... 7,0 à 8,0
• panneaux de fibragglo................................ 12,0
— Panneaux de fibres : Les charges d’exploitation des bâtiments sont celles issues de
• panneaux durs............................................. 10 l’occupation des locaux. Les valeurs à considérer dans le calcul
• panneaux tendres........................................ 4,0 doivent tenir compte :
— chêne............................................................... 7,8 à 8,5 — de l’usage normal que les personnes font des locaux ;
— hêtre ................................................................ 6,8 à 7,5 — des meubles et objets mobiles (cloisons mobiles, range-
— pin ................................................................... 5,9 à 6,5 ments, marchandises en conteneur, par exemple) ;
— des véhicules ;
Mortier : — des événements rares prévus tels que concentrations de
— mortier de ciment .......................................... 19 à 23 personnes ou de mobilier, déplacement ou empilage d’objets
— mortier de plâtre ou mortier de chaux ......... 12 à 18 susceptibles de se produire à l’occasion d’une réorganisation
— mortier de chaux et de ciment ...................... 18 à 20 ou d’un aménagement des locaux (ces charges sont à préciser
contractuellement).
Maçonneries : Pour déterminer les charges d’exploitation, il convient de classer
— éléments pleins en terre cuite....................... 21 les planchers en catégories en fonction de leur utilisation. Les sur-
— briques pleines ............................................... 15,7 à 16 faces des bâtiments résidentiels, sociaux, commerciaux ou admi-
— briques creuses .............................................. 11,8 à 12 nistratifs seront classées selon leur usage spécifique, comme
indiqué dans le tableau 3 [2].
Granulats : (0)

— légers .............................................................. 9,0 à 20


— normaux ......................................................... 20 à 30
— lourds .............................................................. > 30
Tableau 2 – Éléments de construction.
Gravier en vrac .................................................... 15 à 20
Sable..................................................................... 14 à 19
Données pour l’estimation des charges permanentes

Ciment .................................................................. 15 à 16 Poids surfacique


(en sacs/en vrac) Éléments de construction
(kN/m2)
(1) Valeurs à augmenter de 1 kN/m3 dans les cas suivants :
— taux d’armature de béton armé ou de précontraint normal ; Hourdis pleins au plâtre (par cm d’épaisseur) . 0,14
— béton non durci.
Parquet chêne de 24 mm ................................... 0,12
(2) Suivant les matériaux locaux le poids volumique peut se situer entre
20 et 28 kN/m3. Chape asphalte (par cm d’épaisseur) ................ 0,22
LC : light weight concrete (on a gardé LC dans le document normatif Carrelage de 3 cm (y compris mortier) ............. 0,65
français)
GL : Glued laminated timber (on a gardé GL dans le document normatif
Cloisons : 2 plaques de plâtre + isolant ............ 0,5 à 0,75
français) Dalle béton armé (par cm d’épaisseur) ............. 0,25

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PLANCHERS DE BÂTIMENTS EN CONSTRUCTION MÉTALLIQUE ET MIXTE _________________________________________________________________________

(0)

Tableau 3 – Catégories de surfaces de bâtiments, selon l’eurocode NF EN 1990-1-1 [2]

Catégorie Usage spécifique Exemples

A Habitation, résidentiel Pièces des bâtiments résidentiels et des maisons ; chambres et salles des
hôpitaux ; chambres d’hôtels et de foyers ; cuisines et sanitaires.

Q B Bureaux

C1 : Espaces équipés de tables etc. ; par exemple : écoles, cafés, restaurants,


salles de banquet, salle de lecture, salles de réception.
C2 : Espaces équipés de sièges fixées ; par exemple : églises, théâtres ou
cinémas, salle de conférence, amphithéâtres, salle de réunion, salle
d’attente.
C3 : Espaces ne présentant pas d’obstacles à la circulation des personnes ; par
C Lieux de réunion (à l’exception des surfaces exemple : salles de musée, salles d’exposition, etc., et accès des bâtiments
des catégories A, B, D, E et F) publics et administratifs, hôtels, hôpitaux, gares.
C4 : Espaces permettant des activités physiques ; par exemple : dancings,
salles de gymnastique, scènes.
C5 : Espaces susceptibles d’accueillir des foules importantes ; par exemple :
bâtiments destinés à des événements publics tels que salles de concert,
salles de sport y compris les tribunes, terrasses et aires d’accès, quais de
gare.

D1 : Commerces de détail courants.


D Commerces
D2 : Grands magasins.
E1 : Espaces susceptibles de recevoir une accumulation de marchandises, y
compris aires d’accès ; par exemple : aires de stockage, y compris stockages
E Stockage et locaux industriels de livres et autres documents.
E2 : Espaces à usage industriel.
Circulation et stationnement pour véhicules Garages ; parcs de stationnement, parkings à plusieurs étages.
F légers (PTAC ⭐ 30 kN et nombre de places
assises ⭐ 8 , non compris le conducteur)

Circulation et stationnement pour véhicules de Voies d’accès, zones de livraison, zones accessibles aux véhicules de lutte
G poids moyen (30 kN ⭐ PTAC ⭐ 160 kN et à deux incendie (PTAC ⭐ 160 kN).
essieux)
PTAC : poids total autorisé en charge.

Les charges d’exploitation sur les planchers sont modélisées par 1.2 Planchers. Guide de conception
des charges uniformément réparties, par des charges linéiques
(charge sur les garde-corps) ou des charges concentrées (véhi-
cules). Le tableau 4, tiré de l’annexe nationale pour application en 1.2.1 Plancher à poutrelles métalliques
France de la norme NF EN 1991-1-1 [1], donne les valeurs des char- et dalle en béton armé non participante
ges d’exploitation à prendre en compte dans le calcul des plan-
chers. En outre, un coefficient de réduction est à appliquer à ces
1.2.1.1 Présentation et aide au choix
charges en fonction de la surface qui intéresse l’élément du plan-
cher à étudier. Cette solution convient pour un écartement entre les poutres de
Pour une application en France, le coefficient de réduction αA l’ordre de 3 à 7 m et des portées de poutres de l’ordre de 3 à 5 m.
n’est utilisé que pour les catégories d’usage A, B, C3, D1, et F La dalle seule a une hauteur totale de l’ordre de 20 à 25 cm afin
(tableau 3) à partir d’une surface A supérieure à 15 m2. Il faut noter d’assurer un confort acoustique convenable dans le cas de bâti-
qu’il n’y a pas de réduction à appliquer pour les autres catégories ments de logement ou de 12 à 15 cm pour les bâtiments de
d’usage. Ce coefficient est donné par l’expression : bureaux. La poutrelle métallique choisie, le plus couramment, dans
la série des IPE a une hauteur de 200 à 360 mm. Pour franchir des
A0 portées supérieures à 5 m, on est rapidement confronté aux pro-
α A = 0,77 + -------- ⭐ 1,0 blèmes liés à l’épaisseur ou hauteur du plancher, notée HT sur la
A
figure 4, lequel doit satisfaire les conditions de flèches et ainsi
avec A 0 = 3,5 m2. conduire à une hauteur de plancher préjudiciable vis-à-vis de l’éco-
La dégressivité devient particulièrement intéressante pour des nomie du projet. La figure 5 et le tableau 5 donnent les valeurs de
solutions hyperstatiques, comme les poutres continues. En effet, flèches admissibles pour les planchers selon l’Eurocode 3 [3].
la surface A du chargement des poutres continues peut atteindre La hauteur du plancher HT est donc d’une importance majeure.
100 à 120 m2 ce qui va permettre l’utilisation d’un coefficient de En effet, pour des bâtiments courants à hauteur imposée de l’ordre
réduction αA égal à 0,8. de 35 à 40 m, on constate qu’un gain de 20 cm sur l’épaisseur du

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Sécurité incendie des ouvrages


en structures acier et acier/béton –
Partie 2
par Joël KRUPPA

Ancien Directeur du Département Incendie et Certification
Centre technique industriel de la construction métallique (CTICM)

Note de l’éditeur
Cet article est la réédition actualisée de l’article [C 2 507] intitulé « Sécurité incendie des
ouvrages en structures métalliques – Partie 2 » paru en 2004 et rédigé par le même auteur

1. Comportement mécanique à hautes températures.................. C 2 507v2 – 2


1.1 Caractéristiques mécaniques des matériaux ..................................... — 2
1.1.1 Acier de construction .............................................................. — 2
1.1.2 Acier pour sections de classe 4 .............................................. — 3
1.1.3 Boulons et cordons de soudure .............................................. — 3
1.1.4 Acier inoxydable ...................................................................... — 3
1.1.5 Acier d’armature ...................................................................... — 4
1.1.6 Béton ........................................................................................ — 4
1.2 Modélisation de la structure .............................................................. — 5
2. Résistance au feu des éléments de structure ........................... — 6
2.1 Éléments en acier ............................................................................... — 6
2.1.1 Résistance des éléments ......................................................... — 6
2.1.2 Température critique ............................................................... — 8
2.1.3 Justification de la classe de stabilité au feu R15 ................... — 9
2.1.4 Éléments en acier partiellement protégés .............................. — 9
2.2 Éléments mixtes ................................................................................. — 9
2.2.1 Poutres mixtes ......................................................................... — 9
2.2.2 Planchers mixtes ...................................................................... — 10
2.2.3 Poteaux mixtes ........................................................................ — 11
2.3 Structures de maintien d’éléments séparatifs .................................. — 14
3. Comportement global des ouvrages ........................................... — 15
3.1 Modèles de calcul avancés ................................................................ — 15
3.2 Exemple d’évaluation globale ........................................................... — 20
Pour en savoir plus.................................................................................. Doc. C 2 507v2

es méthodes de vérification du comportement au feu des structures en acier


L ou mixtes sont présentées en deux parties, dans les articles [C 2 506]
et [C 2 507], en faisant référence aux Eurocodes.
Cette seconde partie traite du comportement mécanique des éléments de
structure échauffés, qu’ils soient en acier ou qu’ils associent profilé en acier et
béton, par référence aux méthodes de calcul simplifiées données dans les par-
ties « feu » des Eurocodes 3 et 4.
Des exemples de comportement global de structures soumises à l’incendie
sont traités dans le dernier chapitre.
p。イオエゥッョ@Z@。ッエ@RPQS

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SÉCURITÉ INCENDIE DES OUVRAGES EN STRUCTURES ACIER ET ACIER/BÉTON – PARTIE 2 –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

1. Comportement mécanique Δl / l = 2 × 10−5 θa − 6,2 × 10−3

à hautes températures avec l longueur à 20  C,


Dl dilatation due à la température,

1.1 Caractéristiques mécaniques qa température de l’acier [ C].


des matériaux

Q 1.1.1 Acier de construction Facteur de reduction


& La figure 1 et le tableau 1 donnent les facteurs de réduction, par kq
rapport aux valeurs à 20  C, des caractéristiques principales de 1
l’acier courant de construction à températures élevées [2], comme Limite d’élasticité efficace
suit : ky,q=fy,q/fy

– limite d’élasticité efficace fy,q, rapportée à la limite d’élasticité à 0,8


20  C : ky,q = fy,q / fy ;
– limite de proportionnalité fp,q, rapportée à la limite d’élasticité à
20  C : kp,q = fp,q / fy ; 0,6
Pente du domaine
– pente du domaine linéaire élastique Ea,q, rapportée à la pente à
élastique linéaire
20  C : kE,q = Ea,q / Ea. kE,q=Ea,q/Ea
0,4
& La dilatation thermique relative de l’acier Dl / l peut être détermi-
née comme suit :
0,2 Limite de proportionnalité
– pour 20 °C ≤ θa < 750 °C : kp,q=fp,q/fy

Δl / l = 1,2 × 10−5 θa + 0,4 × 10−8 θa2 − 2,416 × 10−4


0 200 400 600 800 1 000 1 200
– pour 750 °C ≤ θa ≤ 860 °C : Température (en °C)

, × 10−2
Δl / l = 11 Figure 1 – Facteurs de réduction pour diverses caractéristiques
de l’acier à températures élevées
– pour 860 °C < θa ≤ 1 200 °C :

Tableau 1 – Facteurs de réduction de l’acier au carbone aux températures élevées


Facteurs de réduction à la température qa par rapport à la valeur de fy ou Ea à 20  C
Température de l’acier
(qa) Limite d’élasticité efficace Limite de proportionnalité Pente du domaine élastique linéaire
(ky,q = fy,q / fy) (kp,q = fp,q / fy) (kE,q = Ea,q / Ea)

20  C 1,000 1,000 1,000



100 C 1,000 1,000 1,000

200 C 1,000 0,807 0,900

300  C 1,000 0,613 0,800



400 C 1,000 0,420 0,700

500 C 0,780 0,360 0,600

600  C 0,470 0,180 0,310

700  C 0,230 0,075 0,130



800 C 0,110 0,050 0,090

900  C 0,060 0,037 5 0,067 5

1 000  C 0,040 0,025 0 0,045 0



1 100 C 0,020 0,012 5 0,022 5

1 200 C 0,000 0,000 0 0,000 0

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–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––– SÉCURITÉ INCENDIE DES OUVRAGES EN STRUCTURES ACIER ET ACIER/BÉTON – PARTIE 2

 La variation de la dilatation thermique relative avec la tempé- Les propriétés mécaniques des aciers laminés à chaud pour
rature est montrée sur la figure 2. parois minces et formés à froid [5] sont données dans le tableau 2.

 Dans le cadre de calculs simplifiés, la relation entre la dilata- Remarque


tion thermique relative et la température de l’acier peut être consi- Il convient de prendre la définition de fyb dans l’EN 1993-1-3.
dérée comme constante. Dans ce cas, la dilatation thermique rela-
tive peut être déterminée par :
1.1.3 Boulons et cordons de soudure
Δl / l = 14 × 10−6 (θa − 20)


Les propriétés mécaniques des boulons à haute résistance et de
1.1.2 Acier pour sections de classe 4 cordons de soudure [2] sont données dans le tableau 3, avec kb,q
coefficient de réduction pour la résistance au cisaillement des bou-
La définition des classes de section est donnée dans la partie 1.1 lons et kw,q coefficient de réduction de la résistance au cisaillement
de l’Eurocode 3 (NF EN 1993-1.1). Il est considéré que ces classes de des soudures.
section sont indépendantes de la température.
1.1.4 Acier inoxydable
Dilatation Dl/l [x 10-3]
& Les lois contrainte/déformation de l’acier inoxydable ([2], [63])
dépendent de la nuance.
20
Les tableaux 4 et 5 donnent, pour deux nuances d’acier inoxyda-
16 bles, les coefficients de réduction suivants, par rapport à la valeur
appropriée à 20  C :
12 – pente du domaine élastique linéaire Ea,q :
8 k E,θ = Ea,θ / Ea ;
4
– résistance d’épreuve f0,2p,q :

k 0,2p,θ = f0,2p,θ /fy ;


0 200 400 600 800 1 000 1 200
Température (en °C) – résistance à la traction fu,q :

Figure 2 – Dilatation thermique relative de l’acier en fonction k u = fu,θ /fu.


de la température

Tableau 2 – Facteur de réduction pour l’acier au carbone pour le calcul des sections de classe 4 aux
températures élevées

Facteur de réduction pour les sections à parois minces Facteurs de réduction pour les sections à parois minces
Température de
laminées à chaud et soudées formées à froid
l’acier
(qa)
kE,q = Ea,q / Ea kp0,2,q = fp0,2,q / fy kE,q = Ea,q / Ea kp0,2,q = fp0,2,q / fyb

20 ºC 1,000 1,000 1,00 1,000

100 ºC 1,000 1,000 1,00 1,000

200 ºC 0,900 0,896 0,90 0,896

300 ºC 0,800 0,793 0,80 0,793

400 ºC 0,700 0,694 0,68 0,616

500 ºC 0,600 0,557 0,45 0,407

600 ºC 0,310 0,318 0,25 0,229

700 ºC 0,130 0,150 0,11 0,117

800 ºC 0,090 0,078 0,08 0,049

900 ºC 0,067 5 0,048 0,06 0,037

1 000 ºC 0,045 0,032 0,04 0,025

1 100 ºC 0,022 5 0,046 0,02 0,013

1 200 ºC 0,000 0,000 0,00 0,000

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SÉCURITÉ INCENDIE DES OUVRAGES EN STRUCTURES ACIER ET ACIER/BÉTON – PARTIE 2 –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

& Pour l’utilisation de méthodes de calcul simplifiées (voir [5]), ces


Tableau 3 – Facteurs de réduction de la résistance tableaux donnent également le facteur de correction k2%,q pour la
de boulons et cordons de soudure détermination de la limite élastique avec :

Facteur de réduction Facteur de réduction (


k y ,θ = f0,2p,θ + k 2%,θ fu,θ − f0,2p,θ )
Température pour boulons pour cordons de
(qa) (Tension et cisaillement) soudure, & La dilatation thermique (figure 3) des aciers inoxydables Dl/l est
(kb,q) (kwq) donnée par :

Q 20  C

100  C
1,000

0,968
1,000

1,000 avec l
(
longueur à 20  C,
)
Δl / l = 16 + 4,79 × 10−3 θa − 1,243 × 10−6 θa2 × (θa − 20)10−6

Dl augmentation de longueur due à la tempéra-


150  C 0,952 1,000 ture,
qa température de l’acier ( C).
200  C 0,935 1,000

300  C 0,903 1,000 1.1.5 Acier d’armature


400  C 0,775 0,876 Pour les aciers d’armature laminés à chaud, les propriétés méca-
niques peuvent être prises égales à celles des aciers de construc-
500  C 0,550 0,627 tion (§ 1.1.1).
 Les trois principaux paramètres pour les aciers d’armature for-
600 C 0,220 0,378 més à froid sont indiqués dans le tableau 6.
700  C 0,100 0,130
1.1.6 Béton
800  C 0,067 0,074 & La résistance et les propriétés de déformation du béton (normal
et léger) chargé uniaxialement, à température élevée, sont données
900  C 0,033 0,018 par la figure 4 pour les deux paramètres :
1 000 C 
0,000 0,000 – la résistance à la compression fc,q ;
– la déformation ecu,q correspondant à fc,q.

Tableau 4 – Facteurs de réduction à hautes températures de l’acier de nuance européenne 1.4301 –


dénomination : 304 – référence française : 18-9

Coefficient pour la détermination de


Température Pente de la phase élastique Limite d’élasticité à 0,2 % Limite de rupture
la limite d’élasticité (fy,q)
(qa) (kE,q = Ea,q / Ea) (k0.2p,q = f0,2p,q / fy) (ku,q = fu,q / fu)
(k2%,q)

20 1,00 1,00 1,00 0,26

100 0,96 0,82 0,87 0,24

200 0,92 0,68 0,77 0,19

300 0,88 0,64 0,73 0,19

400 0,84 0,60 0,72 0,19

500 0,80 0,54 0,67 0,19

600 0,76 0,49 0,58 0,22

700 0,71 0,40 0,43 0,26

800 0,63 0,27 0,27 0,35

900 0,45 0,14 0,15 0,38

1 000 0,20 0,06 0,07 0,40

1 100 0,10 0,03 0,03 0,40

1 200 0,00 0,00 0,00 0,40

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Tableau 5 – Facteurs pour lois contrainte/déformation à hautes températures de l’acier de nuance


1.4401/1.4404 – dénomination : 316 – référence française : 17-10M

Coefficient pour la détermination de


Température Pente de la phase élastique Limite d’élasticité à 0,2 % Limite de rupture
la limite d’élasticité (fy,q)
(qa) (kE,q = Ea,q / Ea) (k0.2p,q = f0,2p,q / fy) (ku,q = fu,q / fu)
(k2%,q)


20 1,00 1,00 1,00 0,24

100 0,96 0,88 0,93 0,24

200 0,92 0,76 0,87 0,24

300 0,88 0,71 0,84 0,24

400 0,84 0,66 0,83 0,21

500 0,80 0,63 0,79 0,20

600 0,76 0,61 0,72 0,19

700 0,71 0,51 0,55 0,24

800 0,63 0,40 0,34 0,35

900 0,45 0,19 0,18 0,38

1 000 0,20 0,10 0,09 0,40

1 100 0,10 0,05 0,04 0,40

1 200 0,00 0,00 0,00 0,40

Dilatation Dl/l [x 10-3] Tableau 6 – Valeurs des trois principaux paramètres (Es,q ;
fsp,q ; fsmax,q) des relations contrainte/déformation
25 pour les aciers d’armature formés à froid
20
Température de
15 l’acier E s,θ fsp,θ fsy ,θ
(qs) Es fsy fsy
10
20  C 1,00 1,00 1,00
5
100  C 1,00 0,96 1,00
0 200 400 600 800 1 000 1 200 
200 C 0,87 0,92 1,00
Température [en °C]

300 C 0,72 0,81 1,00
Figure 3 – Dilatation thermique des aciers inoxydables en fonction
de la température 400  C 0,56 0,63 0,94
& Les courbes représentées sur la figure 4 correspondent aux coef- 500 C
0,40 0,44 0,67
ficients de réduction donnés dans le tableau 7.

600 C 0,24 0,26 0,40
1.2 Modélisation de la structure 700  C 0,08 0,08 0,12
& Dans les principes de base des parties « feu » des Eurocodes, 
800 C 0,06 0,06 0,11
sont mentionnés 3 niveaux possibles de schématisation des struc-
tures pour vérifier leur comportement au feu. Ce sont : 
900 C 0,05 0,05 0,08
– l’analyse globale de la structure en cas d’incendie généralisé ou
localisé, permettant de prendre en compte les interactions entre 1 000  C 0,03 0,03 0,05
éléments constitutifs de la structure (figure 5) ;
– l’analyse d’une partie de la structure (portique, assemblage 1 100 C
0,02 0,02 0,03
d’éléments), nécessitant de déterminer les conditions aux limites
de la sous-structure ainsi étudiée, elles sont ensuite considérées 1 200 C 
0,00 0,00 0,00
comme constantes pendant toute la durée de l’incendie (figure 6) ;

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VR
Constructions mixtes - Constructions souples
(Réf. Internet 42231)

1– Les constructions mixtes acier-béton R


2– Les constructions souples, les constructions légères Réf. Internet page

Systèmes réticulés spatiaux en état de tenségrité. Développements récents C2471 65

Les structures légères C2472 69

Structures textiles C2470 73

Textiles à usage technique AM5119 81

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Systèmes réticulés spatiaux en état


de tenségrité
Développements récents
par René MOTRO


Professeur Émérite, Président de l’International Association for Shell and Spatial
Structures (IASS)
Laboratoire de Mécanique et Génie Civil, UMR CNRS 5508, université de Montpellier
(France)

1. Une composition structurale innovante..................................... C 2 471 – 2


1.1 Définitions et commentaires .............................................................. — 2
1.2 Couplage morphologico-mécanique ................................................. — 3
1.3 Évolutions morphologiques ............................................................... — 4
1.4 Domaines d’application ..................................................................... — 5
2. Nouvelles configurations .............................................................. — 6
2.1 Grilles « souples » .............................................................................. — 7
2.2 Anneaux et « corde creuse » ............................................................. — 7
2.3 Grille plane à double nappe pliable .................................................. — 7
2.4 Arche de tenségrité ............................................................................ — 9
3. Contrôle et adaptabilité ................................................................ — 11
3.1 Contrôle dynamique d’une grille de tenségrité ................................ — 11
3.2 Passerelle piétonne ............................................................................ — 11
4. Conclusion........................................................................................ — 11
5. Glossaire ........................................................................................... — 13
Pour en savoir plus.................................................................................. Doc. C 2 471

es systèmes réticulés spatiaux en état de tenségrité appartiennent à la


L classe des structures légères. Leur composition structurale est associée à
un état d’autocontrainte qui nécessite une recherche de forme compatible
avec sa réalisation. Elles représentent une généralisation de la « précontrainte »
à des structures spatiales. Elles sont caractérisées par un couplage fort entre
morphologie et mécanique.
Dans le domaine de la construction, en raison d’une apparente complexité,
les applications de ce type de systèmes ne sont pas apparues naturellement
aux concepteurs, mais quelques réalisations attestent de leur faisabilité. Elles
trouvent leur pertinence dans des applications quelquefois inattendues,
comme dans le domaine médical, mais aussi dans celui des systèmes contrôla-
bles. Leur aptitude aux modifications géométriques sans retrait de composants,
et à leur déploiement rigidifié sans ajout de composants, est un facteur décisif
de progrès dans le domaine des structures pliables dépliables : elles représen-
tent une solution innovante par rapport aux autres modes existants.
Pour répondre aux enjeux associés à leur spécificité, plusieurs développe-
ments ont été nécessaires. Ainsi, de nouvelles configurations morphologiques
ont été proposées. Il s’agit en particulier de cellules aux géométries irrégulières
comportant un nombre élevé de composants : elles se révèlent utiles pour la
modélisation du cytosquelette de cellules endothéliales. La définition d’un
anneau de tenségrité et l’étude de sa pliabilité sont à l’origine de propositions
de passerelles piétonnes déployables ; le principe même de l’assemblage
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SYSTÈMES RÉTICULÉS SPATIAUX EN ÉTAT DE TENSÉGRITÉ –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

d’anneaux ne se réduit pas à des systèmes horizontaux, et des tours verticales,


voire inclinées, peuvent être construites avec des anneaux de tenségrité.
D’autres projets sont en cours d’étude pour des morphologies globales à deux
et trois dimensions.
L’existence de l’autocontrainte, la possibilité de mise en place de capteurs et
d’actuateurs autorisent le contrôle des systèmes de tenségrité, soit pour com-
mander leur déploiement, soit pour modifier leurs caractéristiques mécaniques
de façon à répondre à des impératifs fréquentiels. Ces progrès sont possibles
en raison d’un développement simultané de logiciels de commande. Ces quali-
tés sont désormais exploitées pleinement dans la conception de robots utilisés,
tant pour la conquête spatiale, que pour des emplois terrestres. La conception
des systèmes réticulés spatiaux est désormais facilitée par des modèles numé-
R riques intégrant le couplage entre morphologie et mécanique, modèles basés
sur des procédures telles que la relaxation dynamique : le concepteur peut lit-
téralement modeler en interaction son projet et, par exemple, modifier les cour-
bures d’une arche tout en respectant la possibilité d’existence d’états
d’autocontrainte.
En raison de leurs caractéristiques, les systèmes réticulés spatiaux en état de
tenségrité ouvrent la voie de systèmes constructifs contrôlables à morphologie
évolutive. Ils préfigurent peut-être le génie civil de l’Espace.
Le lecteur trouvera en fin d’article un glossaire de l’ensemble des termes tech-
niques rencontrés ici.

place de « systèmes réticulés spatiaux autocontraints en état de


1. Une composition tenségrité ».
structurale innovante Le mot autocontrainte se justifie mécaniquement et qualifie alors
l’auto-équilibre.
Cette proposition est tout à fait conforme au brevet déposé par
Kenneth Snelson [1] qui a donné leurs lettres de noblesse aux systè-
1.1 Définitions et commentaires mes répondant à cette composition structurale. Certains auteurs [2]
ont souhaité établir une classification associée à la composition des
Les systèmes en état de tenségrité sont une sous-classe des sys-
composants comprimés, ce qui permet d’évoquer des systèmes de
tèmes réticulés autocontraints [IN 19].
classe 1, lorsque ces composants sont réduits à un seul élément rec-
Leur composition structurale est tout à fait singulière : elle tiligne. On se retrouve, une fois de plus, sur le terrain des
implique la présence de composants simplement comprimés au
sein d’un ensemble de composants simplement tendus.

Exemple
La composition de la figure 1 comporte deux composants compri-
més, chacun de ceux-ci étant obtenu par l’assemblage de quatre élé-
ments rectilignes. Ces deux composants sont associés par un réseau
continu d’éléments tendus (on peut compter dans ce cas seize élé-
ments). Ce système répond à la définition proposée en référence [1].

L’état de tenségrité est un état d’auto-équilibre stable d’un


système comportant un ensemble de composants comprimés à
l’intérieur d’un continuum de composants tendus.

L’autocontrainte caractérise l’état mécanique d’un système


présentant des contraintes initiales de construction indépen-
damment de toutes actions extérieures.

Cette définition est celle d’un état, elle peut être applicable à des
systèmes autres que les systèmes construits ; par la suite seule la
dénomination « systèmes de tenségrité » sera conservée en lieu et Figure 1 – Système de tenségrité (Crédit Motro)

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–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––– SYSTÈMES RÉTICULÉS SPATIAUX EN ÉTAT DE TENSÉGRITÉ

controverses associées aux essais de définition : il est toujours diffi- l’état d’autocontrainte, mais elles sont peu reproductibles et liées
cile de dessiner des limites nettes pour justifier de l’appartenance de à l’expertise du concepteur.
systèmes à telle ou telle classe. Mais les définitions ne sont pas
garantes de quelconques qualités, on peut leur préférer une étude  Le vocabulaire polyédrique a permis à David Georges Emme-
des caractéristiques de comportement mécanique. rich de proposer des solutions pour des cellules élémentaires,
mais il n’est pas toujours possible de mettre en place un état
d’autocontrainte dans la géométrie source en insérant des butons
1.2 Couplage morphologico-mécanique entre les sommets des polyèdres dont les arêtes sont réalisées
avec des câbles tendus [3].
La conception des systèmes de tenségrité repose sur la prise en
compte d’un couplage fort entre « formes » et « forces » : les géo-  Des modèles numériques ont permis de privilégier le contrôle
métries doivent être telles qu’un état d’autocontrainte puisse être préférentiel de la géométrie, ou des états d’autocontrainte. Ce sont
mis en œuvre. Ce n’est pas possible pour toute configuration mor- respectivement la méthode des densités de forces [4] et la méthode
phologique ; c’est pourquoi il est nécessaire de procéder à une de relaxation dynamique [5]. Ces méthodes sont désormais classi-


recherche de forme. ques dans le domaine de la recherche de forme des systèmes réti-
culés spatiaux et on peut trouver des logiciels libres d’accès dont
celui réalisé au Laboratoire de Mécanique et Génie Civil [6] dédié
La recherche de forme est une méthode qui a pour objet la aux systèmes de tenségrité.
définition d’une géométrie compatible avec des conditions
mécaniques spécifiées selon les types structuraux concernés.  La définition d’un concept d’assemblage offrant la possibilité
de constitution d’un système de tenségrité.
& Pour les systèmes de tenségrité, de nombreuses méthodes sont
utilisables. Exemple : c’est le cas du principe de l’écarteur mis à profit pour
élaborer une grille plane à double nappe de plus de 80 m2 – figure 2
 Les procédures expérimentales ont la faveur des sculpteurs. connue sous le nom de Tensarch ([7] et § 1.4).
Elles permettent un contrôle simultané de la morphologie et de

a Écarteur
b Maillage
c Tissage

Figure 2 – Tensarch – Réalisation et schémas de principe (Crédit Laboratoire Mécanique et Génie Civil)

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Les structures légères


par René MOTRO
Professeur Émérite, Président de l’International Association for Shell and Spatial
Structures (IASS)
Laboratoire de Mécanique et Génie Civil, UMR CNRS 5508, université de Montpellier
(France)

1.
2.
Dénomination ..................................................................................
Typologie des structures légères .................................................
C 2 472 – 2
— 3

2.1 Pionniers, projets et choix techniques .............................................. — 3
2.2 Voiles minces ..................................................................................... — 3
2.3 Systèmes réticulés ............................................................................. — 4
2.4 Réseaux de câbles .............................................................................. — 5
2.5 Membranes en textiles techniques .................................................... — 5
2.6 Systèmes en état de tenségrité ......................................................... — 6
2.7 Dômes-câbles ..................................................................................... — 7
2.8 Formes « libres » ................................................................................ — 7
2.9 Les structures légères sources de progrès........................................ — 8
3. Recherche de forme........................................................................ — 8
3.1 Double courbure................................................................................. — 8
3.2 Le bi-câble .......................................................................................... — 9
3.3 Modèles numériques de recherche de forme .................................... — 10
3.4 Funiculaires inversés.......................................................................... — 10
3.5 Systèmes réticulés ............................................................................. — 11
4. Conclusion........................................................................................ — 11
5. Glossaire ........................................................................................... — 12
Pour en savoir plus.................................................................................. Doc. C 2 472

es structures légères, caractérisées par leur faible poids propre mais aussi
L par leur composition structurale et de multiples aspects innovants dans leur
conception et leur réalisation, ont connu un développement sans précédent
depuis une cinquantaine d’années. Elles offrent des solutions architecturales
répondant à la nécessité de construire des espaces de grandes dimensions
avec un nombre réduit de points porteurs.
Leur technologie a d’abord fait appel à des matériaux classiques comme le
béton dans le cas des voiles minces, puis à des matériaux innovants comme
les textiles techniques pour les membranes architecturales. Plusieurs solutions
nécessitent la mise en œuvre d’un état de contraintes initiales qui concourt à
leur rigidité sous les actions externes, impliquant une combinaison quelquefois
complexe des effets associés.
Il ne fait pas de doute que l’essor de l’informatique au sens large a
accompagné le développement des structures légères et ce, à plusieurs
niveaux :
– élaboration de modèles numériques prédictifs prenant en compte des com-
portements non linéaires tant sur le plan géométrique que matériel ;
– prise en compte de couplages entre paramètres mécaniques et géométri-
ques ;
– aide à la génération de données ;
– ouverture à une fabrication assistée par ordinateur.
Le présent article donne un aperçu des différentes typologies associables aux
structures légères et propose quelques modèles élémentaires aidant à la com-
préhension des problématiques de recherche de forme, de non linéarité
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LES STRUCTURES LÉGÈRES ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

géométrique, de combinaison des effets de contraintes initiales avec ceux résul-


tant de celles occasionnées par les actions extérieures.
Le lecteur trouvera en fin d’article un glossaire des principaux termes techni-
ques rencontrés au fil des chapitres.

R se risquer à donner un ordre de grandeur, on peut évoquer des


1. Dénomination poids propres inférieurs à 50 daN/m2 comme significatifs de
légèreté.

Le titre de cet article reprend une expression couramment


admise, mais il convient de le commenter. Les structures légères sont celles dont le poids propre est
inférieur à 50 daN/m2.
« Structures légères » : deux mots accolés, une définition tou-
jours difficile, et pourtant le qualificatif fait explicitement référence
au poids propre des structures. La réduction des poids propres, outre le gain de matériaux, a
donné accès à l’augmentation des portées libres, sans points
& Le mot structures lui-même n’est-il pas inapproprié ? Il l’est si d’appuis porteurs intermédiaires.
l’on s’intéresse à une séquence dans laquelle on évoquerait en pre- On peut aussi dans cette conquête de légèreté rappeler le propos
mier lieu une construction dont le mode d’assemblage porterait le de Robert Le Ricolais [2], dont les travaux théoriques ont largement
nom de « structure ». contribué au développement des structures légères : « poids nul,
Mais le milieu du génie civil a depuis longtemps fait fi du mot portée infinie. »
construction dès lors que sa fonction de résistance aux actions est Cette réponse faite à un journaliste qui s’inquiétait de l’objectif
invoquée. Le mot structure l’a supplanté, mais il a été en consé- recherché par Robert Le Ricolais, peut être battue en brèche sur le
quence qualifié, selon les humeurs du moment ou selon les atten- plan mécanique, mais elle a valeur d’utopie, elle indique une direc-
tions spécifiques des utilisateurs : ainsi si le matériau vient au pre- tion et un but de travail.
mier plan, on parle de structures en béton, en bois, en métal.
Lorsque le mécanicien veut faire valoir son propre vocabulaire, les
sollicitations, les efforts internes apparaissent dans des expres-
sions telles que structures tendues, comprimées, cisaillées, flé-
ASSUR

chies, précontraintes. Les morphologistes vont, eux, s’intéresser TONNES


M2
aux formes et faire naı̂tre des classifications basées sur leurs critè-
res ; ainsi en est-il des structures à simple courbure, à double cour- 3
bure, elles-mêmes pouvant être positives ou négatives.
Il est préférable de ne pas s’attarder sur les errances supposées : VOILES PRÉTENDUES
si l’on veut converser avec autrui, il est préférable de parler le
même langage que lui. Faisons-le, confortés par l’idée que les ingé- Poids propre des couvertures
nieurs ont pour objectif de concevoir, calculer et construire des édi-
fices de qualité, et que, à l’évidence, ce ne sont pas les définitions
GOTHIQUE

qui confèrent des qualités. 2


COQUES
ROME

& La légèreté caractérise plusieurs classes de structures. De nos


jours, les procédures d’optimisation sont multiparamètre, la prise
en considération d’un nombre important de paramètres étant un
gage de pertinence. Mais, dans le cas des structures légères, un
seul d’entre eux est convoqué dans la désignation : c’est le
« poids propre ».
Si, historiquement, les structures légères apparaissent très tôt RÉVOLUTION
1 STRUCTURALE
dans le registre des constructions comme en témoignent les
velums romains et les tentes des nomades, l’expression structures
légères fait référence à un développement qui a pris toute son
ampleur dans la deuxième moitié du 20e siècle. Le paramètre de
poids propre garde toujours son importance dans le début de ce
21e siècle, mais il est désormais couplé avec de nombreux autres
dans les processus d’optimisation et, en particulier, ceux qui sont
0,100 Dépression due au vent
associés aux dépenses énergétiques.
0
Certains ingénieurs, comme René Sarger, ont pu dater leur appa- -1 500 -1 000 -500 0 500 1 000 1 500 2 000 ANS
rition, et finalement proposer une amorce de définition, en compa-
rant le poids propre des constructions avec les effets de soulève-
ment induits par les actions du vent (figure 1 [1]). Et si l’on veut Figure 1 – Évolution du poids propre des constructions (Crédit Sarger)

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–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––– LES STRUCTURES LÉGÈRES

2. Typologie des structures façon uniforme, en évitant des zones sur-contraintes et des zones
sous-contraintes, eu égard aux capacités des matériaux. En
légères d’autres termes, l’ingénieur doit rechercher des sollicitations sim-
ples : traction et compression. Bannie la flexion, bannie la torsion
et, si possible, le cisaillement.
Poser le problème, définir un objectif, ce n’est pas le résoudre,
2.1 Pionniers, projets et choix techniques mais c’est se mettre sur une voie de recherche fructueuse. En par-
& Quelques pionniers et leurs projets courant cette voie, de nouvelles problématiques apparaissent,
induisant de facto un progrès de l’art de l’ingénieur qui aura su
La deuxième partie du 20e siècle a été marquée par la réalisation les solutionner. Et c’est sur ces bases que l’on a vu naı̂tre plusieurs
de projets dont la légèreté peut être soulignée. Des noms d’ingé- classes de structures légères. Les principales sont évoquées dans
nieurs leur sont associés, ils ont fait œuvre de pionniers dans ce cette deuxième partie de l’article. Cette présentation ne prétend
domaine. Une exposition réalisée en 1997 au Centre Pompidou à
pas à l’exhaustivité.
Paris avait pour titre « L’art de l’ingénieur, constructeur, entrepre-
neur, inventeur ». Elle avait fait une part importante aux structures
légères en leur consacrant un quart de son programme [3].
Le présent article n’est pas consacré à l’histoire des structures
2.2 Voiles minces R
légères, et c’est volontairement que l’action des pionniers n’est Les voiles minces en béton ont été parmi les premières structu-
pas explicitement décrite. Seules quatre réalisations emblémati- res légères popularisées dès avant la seconde guerre mondiale. Ils
ques introduisent ce propos : ont une épaisseur de quelques centimètres. Leur morphologie est
– un hangar à Heathrow (figure 2) ; au cœur de la conception dont l’objectif est d’atteindre un état de
– le CNIT à Paris (figure 3) ; sollicitation de membrane pour lequel la matière est entièrement
– le stade olympique de Munich (figure 4) ; comprimée. La question de la recherche de forme des surfaces
– la Biosphère de Montréal (figure 5). associées est au cœur de cette classe de structures.
Les quatre concepteurs mentionnés ont joué un véritable rôle de
pionniers dans le développement des structures légères. L’état de membrane correspond à une sollicitation simple de
compression.
& Choix techniques
Comment concevoir des structures légères ? Pour réduire le Les surfaces funiculaires d’un système d’actions (généralement
poids propre des constructions, il est nécessaire de tirer le meilleur le poids propre) constituent un ensemble de solutions adaptées.
profit des matériaux utilisés. Mais il en est d’autres, et qu’elles soient le résultat d’un processus
De façon assez surprenante, la réponse est simple : il faut avoir analytique ou expérimental, leur complexité géométrique prend
un objectif essentiel, faire en sorte que la matière soit sollicitée de toute son ampleur lorsqu’il faut les construire.

Figure 2 – Heathrow, Londres – Hangar pour Boeing, ingénieur Z. S. Makowski, 1966 (Crédit SSCR Guildford)

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Structures textiles
par Marc MALINOWSKY
Consultant Structure. Groupe ALTO
Président du Club de la Structure Textile
et Christian LYONNET


Centre Scientifique et Technique du Bâtiment (CSTB)

1. Développement des structures textiles............................................. C 2 470 - 2


1.1 Origine .......................................................................................................... — 2
1.2 Évolution au cours des 40 dernières années............................................. — 2
1.3 Évolution des caractéristiques des constituants....................................... — 3
1.4 Contribution de l’informatique ................................................................... — 3
1.5 Motivations principales............................................................................... — 4
2. Membranes ................................................................................................ — 6
2.1 Définitions .................................................................................................... — 6
2.2 Constitution.................................................................................................. — 6
2.3 Propriétés ..................................................................................................... — 8
2.4 Évolutions et tendances du marché........................................................... — 10
3. Éléments de mise en tension des toiles ............................................ — 12
3.1 Ossatures...................................................................................................... — 12
3.2 Éléments accessoires .................................................................................. — 14
4. Principes de statique. Typologie ......................................................... — 16
4.1 Principes de portance des toiles................................................................. — 16
4.2 Avantages et inconvénients des divers types ........................................... — 17
5. Modélisation et calcul ............................................................................ — 18
5.1 Fonctionnement mécanique et bases théoriques..................................... — 18
5.2 Méthodologie de calcul............................................................................... — 20
5.3 Recherche de forme .................................................................................... — 20
5.4 Calcul de la structure sous charges extérieures ....................................... — 24
5.5 Recherche de la géométrie de découpe de toile....................................... — 26
5.6 Études générales sur le chapeau chinois .................................................. — 28
6. Analyse des autres aspects techniques ............................................ — 29
6.1 Découpe et techniques d’assemblage des lés .......................................... — 29
6.2 Prétension des toiles ................................................................................... — 31
6.3 Récupération et évacuation des précipitations ......................................... — 32
6.4 Éclairement .................................................................................................. — 32
6.5 Thermique et condensation........................................................................ — 33
6.6 Comportement en cas d’incendie .............................................................. — 33
6.7 Entretien et maintenance ............................................................................ — 33
7. Réglementation. Codification technique et assurance ................. — 33
7.1 État de la question ....................................................................................... — 33
7.2 Propositions en matière de codification technique .................................. — 34
8. Conclusions ............................................................................................... — 35
Pour en savoir plus........................................................................................... Doc. C 2 470

e développement des structures textiles durant les dernières décennies


L s’inscrit dans le concept général d’allègement des constructions. Il semble
trouver son origine dans les études de structures tridimensionnelles et des
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structures à câbles qui se sont développées vers les années 50 dans les milieux
universitaires, par exemple en Allemagne.

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STRUCTURES TEXTILES _________________________________________________________________________________________________________________

1. Développement Les tempêtes de l’année 1975 ont abattu une cinquantaine de ces
dernières et ont nui à leur réputation. Par ailleurs, le premier choc
des structures textiles pétrolier a nettement augmenté leur coût d’exploitation, ce qui a
freiné leur développement.
Les années 70 ont vu le développement en Europe des structures
1.1 Origine textiles portées (figure 4). La prétension des toiles est générale-
ment obtenue dans ce type de construction par des arcs métalli-
Il est d’usage de faire remonter les premiers emplois des toiles ques. Ces constructions permettent, par rapport aux structures
tendues, pour se protéger, des intempéries, à des origines lointaines gonflables, une liberté de forme d’un niveau supérieur. Elles auto-
(historiques, voire préhistoriques). risent surtout de grandes dimensions qui sont particulièrement
Les tentes de nomades, les constructions militaires de campagne intéressantes pour les bâtiments de stockage ou d’aires sportives.
ou les abris de loisir ou de réception paraissent, en effet, présenter Durant les mêmes années 70, des études approfondies ont été


un caractère de parenté avec les bâtiments textiles contemporains. entreprises (tant formelles que de calculs, dérivés de ceux des
Ces constructions semblent toutes avoir été caractérisées par leur structures à câbles). Elles ont débouché sur le développement des
non-permanence et leur démontabilité. structures textiles tendues à prétension ponctuelle (figure 5). D’une
Les arènes romaines fournissent à cet égard un exemple remar- géométrie encore plus complexe que celles des structures à pré-
quable puisque, avec plusieurs siècles d’intervalle, on constate que tension linéaire, les structures à prétension ponctuelle empruntent
les romains ont couvert (figure 1) les arènes de voile de coton afin à l’architecture navale ses composants (mâts, wishbones, accas-
de se protéger du soleil ; les Nîmois aujourd’hui (figure 2) disposent tillage). Ces emprunts et l’esthétique qui en découle motivent
une lentille à parois textiles sur leurs arènes durant la saison d’hiver. aujourd’hui les emplois fréquents de cette dernière technique.
Les constructions textiles des 40 dernières années conservent, Les trois types de structures (détaillés dans le paragraphe 4
pour certaines d’entre elles, le caractère de démontabilité (ou quant au principe de leur fonctionnement) sont utilisés de façon
d’ouverture). Mais de nombreux emplois de ce type de bâtiments concomitante, les deux derniers types représentent cependant les
se sont développés dans les constructions fixes à vocation durable. ouvrages de surface importante réalisés actuellement.
Dans ce dernier cas, les constructions textiles se présentent Ces réalisations ont justifié l’application de la procédure d’ATEx
comme une alternative aux types de constructions traditionnelles. du CSTB pour certaines d’entre elles. On relève d’ailleurs que des
structures récentes combinent parfois la prétension linéaire et la
prétension ponctuelle.
1.2 Évolution au cours des 40
dernières années
Les premiers emplois significatifs des structures tendues, sous la
forme de structures gonflables, apparaissent aux États-Unis dans
les années 50, puis se développent et deviennent courantes en
Europe durant les années 60 (figure 3).

Figure 1 – Naissance d’une cité romaine


(David Macaulay. Éd. Deux coqs d’or)

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_________________________________________________________________________________________________________________ STRUCTURES TEXTILES


Figure 2 – Couverture en lentille textile des arènes de Nîmes Figure 5 – Structure à prétension ponctuelle (Architectes B + FL)

1.3 Évolution des caractéristiques


des constituants
Le développement des bâtiments à enveloppe textile est indisso-
ciable de celui des tissus à usages techniques (TUT) qui s’est opéré
ces dernières décennies.
Les fibres animales (peaux, laines, crins) ou végétales (coton, lin,
jute) utilisées de tout temps par l’homme pour se protéger des
intempéries présentaient des caractéristiques de résistance et de
durabilité limitées. L’importance en surface des constructions
utilisant ces revêtements et leur durée de vie étaient, de ce fait,
également limitées.
La seconde moitié du 20e siècle a vu le développement des fibres
de synthèse qui conjuguent une résistance en traction élevée et des
caractéristiques d’imputrescibilité améliorées par rapport aux fibres
naturelles. De façon concomitante, les enductions synthétiques
résistant à l’agressivité de l’environnement ont été mises au point.
Cette évolution conjuguée des fibres (destinées après tissage à
Figure 3 – Piscine du Canet-Plage conférer l’aspect résistance des tissus) et des enductions permit
l’essor des textiles techniques enduits dont une des applications
privilégiée est celle d’enveloppe « travaillante » des bâtiments.
Les tisseurs-enducteurs se sont spécialisés dans l’offre de
matériaux spécifiques aux bâtiments textiles qui, outre les caracté-
ristiques précitées, justifient une adaptation à des exigences
complémentaires telles la translucidité, la soudabilité, l’autolavabi-
lité... Les techniques d’obtention de ces tissus particuliers et leurs
caractéristiques font l’objet du paragraphe 2.
Parallèlement au développement des tissus à usages techniques,
les autres constituants des structures textiles tendues ont également
évolué. Dans le domaine des structures métalliques supports, ces
évolutions – générales au concept bâtiment – se sont traduites par
un allègement et une meilleure maîtrise de la protection contre la
corrosion. Dans le domaine des câbles, on relève l’emploi de fibres
de synthèse (Kevlar par exemple) en substitution aux câbles métal-
liques traditionnels.

1.4 Contribution de l’informatique


Figure 4 – Structure à prétension linéaire. La conception et le calcul des structures textiles sont indissocia-
Extension de la gare TGV à Poitiers bles de l’analyse des structures à câbles ou en membranes entre-
prises par divers précurseurs tels Frei Otto, Le Ricolais ou Sarger.
La similitude des structures en membrane textile avec les struc-
tures à câbles (article Structures à câbles [C 2 580]) est évidente lors-
que l’on admet de diminuer la section des câbles et d’en réduire
l’espacement jusqu’à constituer une résille jointive : la membrane.

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STRUCTURES TEXTILES _________________________________________________________________________________________________________________

Les deux types de structure ne peuvent reprendre les efforts qu’en


traction, leur poids propre pouvant être négligé. Du fait de ce faible
poids propre, les actions climatiques deviennent prépondérantes.
Ces actions, dues à la neige et au vent, ne peuvent être stabilisées
que par l’application d’une force extérieure (la prétension) sur les
deux familles de courbures opposées qui constituent la membrane.
La stabilisation d’un point quelconque de la membrane sous
l’action de charges climatiques de sens opposés ne peut être obtenue
que si la membrane présente une double courbure inverse en tout
point du réseau, ou positive pour les structures gonflables.
Il en résulte que la recherche de forme (figure 6) d’une membrane
induit celle de l’équilibre de chaque nœud du maillage sous les


actions qui lui sont appliquées en œuvre. L’optimisation du plan de
découpe et l’adaptation des caractéristiques de la membrane
découlent des considérations précédentes. On conçoit, dans ces
conditions, que la conception et l’étude des structures textiles
entraînent des calculs longs, et que le traitement informatique de
ceux-ci se trouve pleinement justifié.
Les premiers bâtiments complexes et de grande surface, en struc-
ture à câbles ou membranes, furent traités par maquette d’étude
(exemple : bâtiments des jeux Olympiques de Münich en 1972).
En 1974, une étude théorique fut lancée pour vérifier les études
maquettes (méthode dite des splines doux surfaciques).
Vers 1978, M. Majowiecki a procédé à une étude visant à
déterminer l’équilibre d’un filet de câbles en convergeant pas à pas
sur chaque nœud pris isolément.
Vers 1980, l’étude de relaxation dynamique a été développée en
Grande-Bretagne. Elle vise la recherche de forme et les efforts
correspondants dans un filet de câbles.
Ces recherches ont débouché, en 1984, sur les deux voies de solu-
tion actuellement appliquées et constituées par les algorithmes de
filets de câbles et le calcul par éléments finis.
Cette courte présentation n’a pour but que de situer la contribution
des recherches ayant abouti à des logiciels d’étude des membranes
textiles utilisées en architecture. La liste suivante (non exhaustive)
est due à l’obligeance de M.R. Motro de l’université de Montpellier II :
— Archimède [Laboratoire de Mécanique et de Génie civil de
Montpellier (France)] ;
— Fastnet /Easycut [M. Gründig, Berlin (République fédérale
d’Allemagne)] ;
— Force [M. Mollaert, Bruxelles (Belgique)] ;
— MEFTX /Architex [M. Trompette, Grenoble (France] ;
— PAM-LISA [M. Haug/Muttin, Paris (France)] ;
— RETE /Pneus [M. Majowiecki, Bologne (Italie)] ;
— Tensyl [M. Wakefield (Grande-Bretagne)].
Pour plus de détails, on se reportera au paragraphe 5.

1.5 Motivations principales


Jusqu’aux années 70, il semble que le principal argument de choix
et de décision en faveur des structures textiles ait été le caractère
non permanent de l’édifice, son repliement ou sa démontabilité.
La couverture de courts de tennis pour leur usage en saison
d’hiver, ou la piscine du boulevard Carnot à Paris (figure 7) dont le
toit est replié en tête de mât à la belle saison, constituent des
exemples d’emplois non permanents des couvertures textiles.
La vocation d’édifice permanent est toutefois maintenant reven-
diquée pour la majorité des réalisations. Dans ce cas, de nouvelles
exigences sont formulées et des caractéristiques propres aux Figure 6 – Visualisation informatique de forme (Doc. ARCORA)
membranes textiles sont exploitées :
— possibilité de moduler la lumière : la toile, selon les choix
du concepteur, peut être opaque ou plus ou moins translucide. Des intérieures recherchées du fait de la diffusion de la lumière. De façon
agencements de toiles d’opacités différentes peuvent être réalisés. non exclusive, les bâtiments sportifs (gymnases, piscines, etc.)
Le caractère de translucidité des toiles procure des ambiances constituent des exemples d’exploitation de la translucidité des
toiles ;

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Figure 7 – Piscine découvrable à Paris Figure 8 – Réfrigérant du Bouchain
(d’après Technique et Architecture no 3. 1971)

— rapidité de construction : le niveau élevé de préfabrication


en atelier des divers constituants des bâtiments textiles permet
une mise en œuvre très rapide de ces constructions. Le réfrigérant
du Bouchain (figure 8) et les « Zénith » de Paris et de Montpellier
(figure 9) constituent les exemples les plus connus de la rapidité
d’exécution des bâtiments métallo-textiles ;
— mode de construction « léger » : la faible masse des
matériaux dont il est fait usage pour l’érection des structures tex-
tiles permet de ne pas hypothéquer de façon irrémédiable l’avenir
du sol où reposent les bâtiments utilisant cette technique ;
— aspect formel de la réalisation : ce critère, plus subjectif
que les précédents, est lié à l’aspect aérien des structures et à la
translucidité des toiles. La légèreté d’ensemble des bâtiments qui
en découle ne manque pas d’attirer les maîtres d’œuvre et certains
maîtres d’ouvrage. Parmi ces derniers, le cas de la SNCF est
remarquable quant au choix des couvertures textiles pour les gares
du TGV Atlantique (figure 4).
On relève cependant que certains ouvrages récents, les nuages Figure 9 – Zénith de Paris (Doc. M.M.)
de la Grande Arche de La Défense par exemple, ne traduisent
qu’imparfaitement dans la réalité le parti de légèreté d’aspect du
projet initial ; — les déplacements de parois qui rendent délicat le traite-
— faible coût de construction et d’entretien : le coût se ment des partitions intérieures des bâtiments ;
répartit de la façon suivante : — les difficultés de traitement des raccords entre la partie
— étude, coordination ................................................................ 5 % textile et les ouvrages « en dur » qui la bordent, du moins d’un
— ossature support : point de vue esthétique.
• fournitures .......................................................................... 40 % On trouvera, au paragraphe 4.2, une approche plus détaillée des
• montage .............................................................................. 12 % avantages et inconvénients de chacun des types de bâtiments
— membranes : textiles (aérosupportés, portés linéairement ou à prétension ponc-
• fournitures .......................................................................... 25 % tuelle).
• montage ................................................................................ 8 %
Le développement des structures textiles s’est effectué de façon
— divers, accastillage ............................................................... 10 % privilégiée dans certains types de bâtiments peu sensibles aux
Il est de l’ordre de 1 400 à 1 700 F/m2 (en 1993). inconvénients évoqués ci-avant. Ce sont :
L’entretien est comparable à celui d’une verrière (≈ 10 F/m2 par — les aires collectives, sportives ou culturelles ;
séance de nettoyage). — les aires de stockage industriel de moyenne ou grande
portées ;
L’argument de faible coût, réel dans de très nombreux cas
— les atriums lumineux pour ateliers, hôtels, bureaux ou centres
d’application, mérite d’être nuancé pour certaines réalisations.
commerciaux.
Si l’ensemble des aspects évoqués ci-avant sont à mettre au rang
Le développement de cette technique s’est également effectué
des avantages qui militent en faveur de l’emploi des structures
en fonction des critères d’opérations spécifiques, tels que :
textiles, d’autres paraissent constituer des freins à leur développe-
ment. Parmi ceux-ci on peut citer : — des fortes contraintes de calendrier d’exécution ;
— des contraintes géomécaniques d’implantation critiques
— les incertitudes qui subsistent quant à la durabilité des
(tassement ou séismicité) ;
toiles et principalement quant à la conservation de leur aspect initial
— des cahiers des charges prévoyant la réutilisation du site à
(y compris la translucidité) ;
court ou moyen termes.
— les caractéristiques limitées d’isolations thermique et
acoustique ;

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2. Membranes 2.2 Constitution


2.2.1 Âmes textiles
2.1 Définitions
Elles sont constituées par l’armature en fibres et par la couche
Les constructions textiles anciennes (tentes, chapiteaux itinérants) de fond ou « d’adhérisation » qui l’enrobe.
utilisaient des toiles monocomposant, généralement obtenues par
tissage du coton. 2.2.1.1 Fibres
Les caractéristiques de ces toiles étaient limitées, tant du point
Les caractéristiques de résistance des fibres synthétiques sont
de vue mécanique que, surtout, de leur durabilité.
sensiblement dix fois plus élevées que celles des fibres végétales
L’essor de l’architecture textile des dernières décennies est inti- employées antérieurement.


mement lié au développement des fibres synthétiques. Ces textiles
Le choix des fibres synthétiques s’opère en fonction des critères
sont des composites caractérisés par une dissociation des fonctions :
suivants :
résistance mécanique, et paroi étanche et protectrice.
— module d’élasticité ;
Les textiles à usages techniques (TUT) possèdent des applications — résistance à la rupture ;
diversifiées (géotextile, médical, aéronautique ou spatial, protection, — masse volumique (assortie de la densité relative par référence
etc.). L’architecture textile constitue un des secteurs de développe- au polyester qui est le plus utilisé) ;
ment des TUT, avec des spécificités de caractéristiques qui ont — compatibilité avec la matrice dans laquelle elles sont
conduit certains producteurs à se spécialiser dans ce domaine. (Un enrobées ;
tisseur-enducteur français réalise 70 % de son chiffre d’affaires de — prix.
TUT dans le domaine de l’architecture textile.)
Le tableau 1 récapitule les caractéristiques des fibres les plus
Le principe de constitution des textiles enduits est illustré sur la couramment utilisées.
figure 10. On y distingue :
Ces fibres présentent une absence de palier plastique et un
— le tissu lui-même, constitué par l’association, par tissage (ou
comportement élastique quasi linéaire jusqu’à rupture.
autre mode de liaison), de fils de chaîne et de trame ;
— la couche de fond ou « d’adhérisation » qui permet la liaison Les plus couramment utilisées en architecture textile sont le
entre le tissu et les couches protectrices ; polyester-PVC (polychlorure de vinyle) à 95 % et le tissu de verre
— les couches de protection, sur chacune des faces du tissu, enduit PTFE [polytétrafluoroéthylène (Téflon )] à 5 %, du moins en
obtenues par enduction ou calandrage ; Europe. (0)
— les protections superficielles éventuelles destinées à éviter ou
retarder les salissures des couches d’enduction et à protéger
celles-ci des agents de dégradation. Tableau 1 – Caractéristiques des fibres de renfort
Ce principe de constitution est, à quelques détails près, toujours
le même. La diversité des textiles enduits résulte de celle des Densité Module
Masse Résistance
composants (renfort et matrice) qui le constituent. Nature relative d’élasticité
volumique à la rupture
des fibres par rapport E
Les critères de sélection des matériaux associés sont au polyester
principalement : (kg/dm3) (MPa) (MPa)
— les propriétés mécaniques des fibres de renfort ; Polyester 1,2 1 6 000 750
— la durabilité et la plasticité des matrices d’enrobage du
renfort ; Verre 2,54 2,12 78 000 2 200
— la compatibilité fibres-matrice ; Carbone 1,74 1,45 200 000 2 100
— les procédés de fabrication ;
— l’aptitude à permettre la réalisation des assemblages classiques Kevlar 1,45 1,2 130 000 2 900
(soudure) ; Acier 7,85 6,5 210 000 1 800
— et, bien évidemment, le prix des divers constituants.

2.2.1.2 Tissu
Les fibres, liées entre elles sous forme de fils, sont généralement
assemblées par tissage, afin de constituer une nappe continue
résultant de l’entrecroisement à angle droit des fils.
Les fils positionnés dans le sens des lisières (longueur du tissu)
forment la chaîne, les fils dans le sens perpendiculaire (largeur du
tissu) forment la trame. Le mode d’entrecroisement des fils de
chaîne et des fils de trame constitue l’armure.
Les armures sont différenciées par le nombre variable des fils de
trame et des fils de chaîne qui se croisent.
On distingue selon le type d’armure, la toile, le panama, la serge,
etc. (figure 11). La serge est caractérisée par un effet oblique résul-
tant du tissage décalé à chaque rang, et confère une très haute
résistance à la déchirure amorcée.
Le panama et la serge sont les tissages les plus utilisés pour les
structures textiles.
Le principe de tissage classique présente l’inconvénient de créer
une anisotropie de comportement du tissu à la traction dans le
sens chaîne et trame.
Figure 10 – Principe de constitution d’un textile enduit

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Pour palier cet inconvénient, il est possible d’avoir recours à des 2.2.2 Enduction
techniques qui permettent d’obtenir une tension initiale équiva-
lente des fils de chaîne et de trame. Le tissu doit être rendu imperméable et durable. Ces fonctions
Ces techniques sont : sont réalisées par une protection continue : l’enduction double
face.
— le tricot chaîne à trame insérée (même principe que le métier
à tisser le velours) ou Raschel Tramer (du nom du métier à tisser) L’enduction ne modifie pas sensiblement les caractéristiques
(figure 12). Cette technique, très répandue aux États-Unis, mécaniques principales de la toile, sauf à renforcer sa tenue dans
commence à se développer en France ; le biais.
— la précontrainte d’un tissu classique (figure 13) avant et Les enductions sont généralement appliquées en épaisseurs
durant la phase d’enduction, cette technique a été développée en dissymétriques (0,5 à 0,8 mm) sur chaque face du tissu, la plus
France ces dernières années par la société Serge Ferrari. importante se trouvant en face extérieure.


2.2.1.3 Couche de fond ou « d’adhérisation »
2.2.2.1 Méthodes d’enduction
Elle est destinée à favoriser la liaison entre le tissu et l’enduction
qui le recouvre sur chacune de ses faces. Son épaisseur est ■ Enduction à chaud
d’environ 20 µm. C’est le procédé le plus utilisé pour les textiles à usage de bâtiment.
Elle est de nature voisine des enductions externes, mais dopée Le revêtement liquide est déposé par une trémie sur chaque face
en plastifiant, de manière à permettre un meilleur glissement des du tissu. Cette opération est suivie d’un glaçage au four et d’un
fils du tissu entre eux. roulage destiné à lisser le complexe ainsi réalisé.
Le rapport ENKA [28], souvent apporté en justification de ■ Calandrage
l’aspect durabilité des toiles (et détaillé dans le paragraphe 2.3.3.2), Un film plastique réchauffé est déroulé sur chaque face du tissu.
met en évidence l’importance jouée par cette couche intermédiaire L’ensemble est placé dans une presse chauffante destinée à réaliser
à l’interface tissu-enduction. la liaison des constituants assemblés. Cette technique est surtout
utilisée aux États-Unis.
■ Mouillage répété
Cette technique particulière est utilisée pour les enductions PTFE
(Téflon ) sur tissu de verre. Le tissu est trempé dans un bain puis
séché à plusieurs reprises. Cette technique est également utilisée
aux États-Unis.

2.2.2.2 Compatibilité tissu-enduction


En règle générale, les enductions PVC, butyle ou Hypalon sont
compatibles avec les supports en polyester, en polyéthylène et en
Kevlar. Les enductions Téflon ne sont, elles, compatibles qu’avec
les supports de fibres de verre.

Figure 11 – Tissage classique 2.2.2.3 Caractéristiques requises pour les enductions


Elles concernent :
— l’étanchéité à l’eau (et au gaz) ;
— la fonction protection du tissu (et durabilité intrinsèque) ;
— l’adhérence de l’enduction sur le support ;
— la souplesse ;
— la thermosoudabilité (afin de permettre l’assemblage des
lés) ;
— la réaction au feu ;
— l’anticryptogamie ;
— la translucidité et l’effet de diffusion ;
— la tenue des coloris dans le temps ;
— le prix.

Figure 12 – Tricot chaîne à trame insérée ou Raschel Tramer

Figure 13 – Précontrainte d’un tissu classique lors de l’enduction

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2.2.3 Revêtements — l’allongement à la rupture ;


— le module d’élasticité.
Certaines des caractéristiques requises, ci-dessus listées, ne Les méthodes d’essai uniaxiales définies par les normes
peuvent être assurées par les seules enductions. On a alors recours NF G 07-001 et NF G 37-103 ne présentent pas toujours un carac-
à des revêtements de surface, principalement en face extérieure du tère suffisant pour renseigner les utilisateurs de ces toiles dans les
tissu. applications de structures textiles. (0)
Les fonctions essentielles de ces revêtements de surface sont
d’éviter l’encrassement et les salissures prématurées de la toile, et
de protéger le complexe du rayonnement UV qui, associé à l’humi- Tableau 2 – Caractéristiques de composites souples
dité, constitue le facteur prépondérant de vieillissement des toiles. à usage de membrane autoportante
Dans le cas des toiles translucides ou diffusantes, le revêtement
protecteur a également pour but de freiner l’évolution de la trans- Nature du support

R mission lumineuse.
Les premiers revêtements employés furent des résines acryliques
qui sont de m oins en m oins utilisées. Ensuite, les protections de
Caractéristiques
Polyester/PVC
Fil de polyester
Fibre de verre
PTFE
Fil de fibre
surface des toiles PVC-polyester ont été réalisées à partir de PVF de verre
(polyfluorure de vinyle) ou PVDF (polyfluorure de vinylidène).
Ces revêtements se présentent : Nombre de fils au cm ................ 12/12 10/10
Finesse (1)................................... 1 100 dtex 800 dtex
— soit sous la forme d’un film collé sur l’enduction (≈ 100 µm) ;
Armure........................................ Panama Toile
— soit sous la forme de vernis ou d’enduction plus ou moins
Masse surfacique du support ... 270 g/m2 600 g/m2
épaisse (5 à 15 µm).
Nature de l’enduction ................ PVC PTFE (Téflon )
Le second type est le plus souvent utilisé en France. Rapport d’épaisseur ext./int. ..... 2/3-1/3 1-1
Les protections par film, dont la régularité d’épaisseur constitue Finition ........................................ Laque PVDF Téflon
l’un des avantages, présentent un risque de fissuration lors de la Masse surfacique totale ............ 800 g/m2 1 200 g/m2
mise en tension des toiles, car leur souplesse est limitée. Largeur de lé .............................. 210 cm 300 cm
La qualité des revêtements du type vernis ou enduction dépend Résistance maximale
essentiellement de leur épaisseur (et de la régularité de celle-ci) et à la rupture ................................. 400 daN/5 cm 460 daN/5 cm
de leur principe d’accrochage à l’enduction de base. Résistance à la déchirure
Qu’il s’agisse des films ou des vernis, les revêtements protecteurs amorcée ...................................... 12 daN/cm 15 daN/cm
posent un problème lors de la réalisation des soudures pour Allongement à la rupture .......... 15 % 4%
assemblage des lés. Les moyens de contourner cette difficulté seront Allongement résiduel instan-
abordés dans le paragraphe 6.1.2. tané sous 100 N/5 cm ................ 0,6 % 0,3 %
Résistance soudure/rupture ...... 80 % 100 %
Réaction au feu .......................... M2 M1
Translucidité............................... 8% 12 %
2.3 Propriétés Autolavabilité ............................. Médiocre Satisfaisante
Espérance de vieillissement...... 15/18 ans 25/30 ans
Pour leur emploi en architecture textile, les membranes doivent
présenter des propriétés et caractéristiques particulières, lesquelles (1) 1 tex = – 10–6 kg/m.
justifient d’être définies de façon spécifique à l’emploi considéré.
La définition de ces données semble encore très incomplète. On En effet, le tissu est sollicité simultanément dans deux directions
relève toutefois une tentative du Club de la Structure Textile de perpendiculaires de son plan. Les constructeurs ont donc parfois
dresser un tableau visant à préciser, de façon harmonisée, la besoin d’être renseignés sur le comportement sous sollicitation
présentation des caractéristiques des tissus enduits à usage de biaxiale des tissus, surtout pour les faibles valeurs de charge à
constructions textiles tendues. Des exemples de caractéristiques de mettre en œuvre lors de la prétension.
composites souples à usage de membrane autoportante sont donnés
Les investigations expérimentales dans le domaine des
dans le tableau 2.
contraintes biaxiales sont anciennes. Plus récemment, des essais de
traction biaxiale ont été développées en Allemagne par l’Institut für
Bautechnik de Berlin ou, plus récemment encore, par l’ITF-Lyon en
2.3.1 Propriétés mécaniques collaboration avec le laboratoire de mécanique des matériaux de
l’université de Lyon I.
Les propriétés mécaniques des membranes sont dues à la pré-
sence des fibres de renfort, assemblées en tissu. Les essais de traction bidirectionnelle permettent de mettre en
évidence la symétrie de comportement d’allongement en traction
On définit un tissu par : des tissus précontraints (§ 2.2.1) selon les sens chaîne et trame.
— la nature des fibres ;
Par un programme d’essais cycliques adaptés, les tests biaxiaux
— le nombre de fils par unité de longueur (objet de la norme
permettent d’appréhender les phénomènes de fluage des tissus
NF G 07-155) ;
dans les conditions d’emploi, qu’il s’agisse :
— le grammage de l’armature (selon la norme NF G 07-150) ;
— la masse du tissu enduit définie, quant à elle, par la norme — du fluage géométrique ou « embuvage » lié aux premières
NF G 37-102 ; sollicitations de traction appliquées au tissu ;
— le type de tissage. — ou du fluage sous charge maintenue, résultant de la préten-
sion imposée à la mise en œuvre ou de l’action des charges
climatiques.
2.3.1.1 Résistance en traction
Les essais de traction biaxiale paraissent particulièrement perti-
La résistance en traction du tissu est déterminée dans chaque nents pour les structures gonflables.
sens (trame et chaîne) afin de préciser, pour chacun de ces sens :
L’intérêt de tels essais est surtout l’étude du comportement sous
— la courbe d’allongement en fonction de l’effort de traction ; faibles sollicitations.
— la valeur de résistance maximale (rupture) ;

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Textiles à usage technique

par Laurence CARAMARO


Docteur en matériaux macromoléculaires et composites, université Claude-Bernard (Lyon-I)


Responsable R&D, société Fibroline

1. Architectures textiles ............................................................................. AM 5 119 — 2


1.1 Fabrication des surfaces textiles ................................................................ — 2
1.1.1 Tissage................................................................................................. — 2
1.1.2 Tricotage .............................................................................................. — 2
1.1.3 Technique de fabrication des non-tissés........................................... — 3
1.1.4 Tressage............................................................................................... — 3
1.2 Caractéristiques des surfaces textiles........................................................ — 4
1.3 Textiles 3D .................................................................................................... — 4
1.3.1 Tissage................................................................................................. — 4
1.3.2 Tricotage .............................................................................................. — 5
1.3.3 Tressage............................................................................................... — 5
1.3.4 Non-tissés............................................................................................ — 5
2. Traitements ................................................................................................ — 6
3. Domaines d’emploi.................................................................................. — 6
Pour en savoir plus ........................................................................................... Doc. AM 5 120

es textiles techniques sont des produits intrinsèquement fonctionnels dont


L les propriétés spécifiques sont adaptées à certains usages.
Ces textiles peuvent être tissés, tricotés, tressés ou sous forme de non-tissés.
Leurs domaines d’application très diversifiés intègrent tous les emplois des tex-
tiles en dehors des applications traditionnelles pour l’habillement et l’ameuble-
ment.
Suite à la présentation des fils et fibres à usage technique [AM 5 118], nous
exposons ici les différentes étapes de leur transformation conduisant à une sur-
face ou architecture textile.
Après un rapide survol des étapes de traitement et d’ennoblissement de ces
surfaces conférant au textile son aspect final, les principaux domaines d’emploi
des textiles techniques sont présentés.
p。イオエゥッョ@Z@。カイゥャ@RPPV

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TEXTILES À USAGE TECHNIQUE ___________________________________________________________________________________________________________

1. Architectures textiles On distingue les principaux types de tissus 2D dans le cas d’appli-
cations techniques :
— les tissus grande largeur de fils organiques haute ténacité
principalement en polyester ou polyamide, destinés essentiellement
Il existe différentes technologies permettant de produire des à des traitements de finition par enduction (fines ou lourdes) ;
architectures textiles, dont les propriétés dépendent essentielle-
— les tissus grande largeur à base de fils inorganiques ou organi-
ment de l’orientation des fils ou des fibres de constitution. On parle
ques hautes performances destinés à des marchés hautes perfor-
de surfaces textiles ou d’étoffes lorsque les fils constitutifs sont dis-
mances (électronique, balistique, protection, composite...) ;
posés dans un plan ou de textiles 3D (volumiques) lorsque les fils
sont disposés dans les trois directions de l’espace. Dans chacune de — les tissus étroits destinés aux domaines de la sangle (rubans,
ces catégories (surfaces textiles et textiles 3D), la direction des fils ceintures...) pour différentes applications (industrie, transport, sport
dans un plan peut être axiale, biaxiale ou multiaxiale. et loisirs...) ;
— les tissus spécialisés pour différents secteurs spécifiques (fil-


tres, grilles...).

1.1 Fabrication des surfaces textiles


1.1.2 Tricotage

Les technologies de fabrication des surfaces textiles sont basées Le tricot est obtenu par l’entrelacement curviligne de fils dont
sur quatre grandes familles de procédés de transformation des fils : l’élément de base est la maille [12] [13]. Dans la filière textile, on
parle souvent indifféremment de tricotage ou de bonneterie. Sui-
— le tissage (§ 1.1.1) ; vant le sens d’alimentation des fils, on distingue, par analogie aux
— le tricotage (§ 1.1.2) ; éléments chaîne et trame du tissage, le tricotage trame, ou maille
— la technique de fabrication des non-tissés (§ 1.1.3) ; cueillie, du tricotage chaîne, ou maille jetée.
— le tressage (§ 1.1.4). ■ Tricotage trame ou maille cueillie (figure 2a) : un seul fil issu
d’une bobine forme des boucles (mailles) cueillies par les mailles de
la rangée inférieure. Ces tricots sont fabriqués sur métier rectiligne
1.1.1 Tissage ou métier circulaire. Ils possèdent une grande élasticité mais sont
démaillables. Afin de limiter l’élasticité, il est possible d’insérer dans
le sens chaîne et/ou trame des fils longitudinaux de renforcement.
Le tissage classique [11] consiste à croiser à angle droit un ensem-
ble de fils parallèles (dénommé chaîne) et préalablement montés un ■ Tricotage chaîne ou maille jetée (figure 2b) : plusieurs fils dispo-
à un sur le métier à tisser (opération dite d’ourdissage) avec un sés sur une ensouple, comme pour les fils de chaîne d’un tissu, ali-
ensemble de fils parallèles appelé trame. Chaque fil de trame, ou mentent chacun une aiguille et sont entrelacés avec leur voisin de
duite, est inséré dans la chaîne puis tassé contre les précédents, droite ou de gauche. Ces tricots sont relativement peu déformables
grâce à une commande de chaque fil de chaîne, qui permet (schéma- et difficilement démaillables. Comme dans le cas du tricot trame, il
tiquement) de l’élever ou de l’abaisser alternativement par rapport est possible d’insérer des fils de renforcement longitudinaux capa-
au plan moyen du tissu réalisé. bles de renforcer ce type de structure. Ce tricot est plus largement
utilisé que le tricot trame dans les applications techniques.
Le mode d’entrecroisement des fils de chaîne et de trame consti-
tue l’armure du tissu ; l’aspect du tissu et ses caractéristiques Ces tricots sont cependant moins utilisés que les tissus dans les
dépendent fortement de l’armure choisie, mais aussi d’autres para- applications techniques. On trouve différentes utilisations telles
mètres tels que la grosseur (titre) et la torsion des fils utilisés, la den- que :
sité des fils par centimètre, tant dans le sens chaîne que dans le sens — supports d’enduction pour bâches ;
trame. — grilles de renforcement pour géotextiles ;
On distingue trois familles d’armures fondamentales : les armu- — agrotextiles (filets de protection, brise-vent, paillage...) ;
res toiles, sergés et satins. L’armure toile est la plus simple puisque — renforts pour casques ;
chaque fil de trame passe successivement au-dessus et au-dessous — médical, contention ;
d’un fil de chaîne, mais c’est aussi la moins déformable, du fait d’un — vêtements, cagoules et gants de protection.
nombre important d’entrecroisements (figure 1).

a taffetas b sergé 2/2 c satin


(ou toile 1/1)
a tricot trame b tricot chaîne

Figure 1 – Différents types d’armures Figure 2 – Différents modes de tricotage

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__________________________________________________________________________________________________________ TEXTILES À USAGE TECHNIQUE


a fibres synthétiques liées b fibres synthétiques et naturelles liées
thermiquement par aiguilletage Figure 3 – Surfaces textiles de non-tissés
(doc. IFTH)

1.1.3 Technique de fabrication des non-tissés

Les non-tissés sont des architectures textiles dont les fibres (ou
filaments) sont orientées d’une manière quasi aléatoire et isotrope
(figure 3) et liées entre elles par différentes techniques de consolida-
tion (chimiques, mécaniques ou thermiques). Il existe plusieurs pro-
cédés distincts pour produire des nappes de non-tissés.
■ Procédé voie sèche : cette méthode est la plus répandue car la
plus « simple » à mettre en œuvre. Les nappes de fibres disconti-
nues sont obtenues par cardage/nappage ou à partir d’un procédé
aérodynamique. Cette technique permet facilement d’associer diffé-
rentes fibres entre elles, en mélange ou par superposition de nap-
pes.
■ Procédé voie fondue : le stade initial du procédé est similaire à
celui de la production des fibres chimiques. Les filaments sont
extrudés à travers des filières, étirés et refroidis par voie pneumati-
que et réceptionnés sur un tapis mobile avant consolidation.
Figure 4 – Voile de nanofibres obtenues par electrospinning
Ce procédé, dit spun, est utilisé en particulier à partir de polyester déposées sur un non-tissé spunbond (d’après [14])
et de polypropylène. Le procédé Unifilo de production de mats à fils
continus en verre s’apparente également à ce procédé.
Il existe d’autres procédés dérivés : — le liage chimique par imprégnation, enduction ou
— le procédé meltblow, permettant de produire par voie fondue pulvérisation ;
des nappes de microfibres ou microfilaments, pouvant être utilisées — le liage mécanique par aiguilletage ou par jets d’eau
en combinaison avec des nappes de spun (procédé S/M/S : spun/ (spunlace) ;
meltblown/spun) et présentant l’avantage d’une grande surface spé- — le liage thermique par chauffage en four ou calandrage (utilisa-
cifique (adsorption, drainage) ; tion possible de fibres thermoliantes à bas de point de ramollisse-
— le procédé flash spinning, procédé direct à partir de solutions, ment).
utilisé pour le polyéthylène pour produire le Tyvek. On peut citer les domaines d’application suivants :
— les agro- et géotextiles ;
■ Procédé voie humide : ce procédé, moins utilisé que les deux pré-
— les renforts pour composites en mats et feutres aiguilletés
cédents, dérive de la fabrication du papier et est utilisé générale-
(verre, fibres naturelles) ;
ment à partir de fibres courtes. Certains voiles de non-tissés fins
— le médical et l’hygiène ;
destinés à des applications techniques sont réalisés à partir de cette
— les lingettes (cosmétique, nettoyage domestique) ;
technologie papetière.
— la filtration...
■ Procédé electrospinning (figure 4) : il existe un nouveau procédé
appelé electrospinning, ou filage électrostatique, développé initiale-
ment aux États-Unis, qui permet de produire des nappes de fila- 1.1.4 Tressage
ments nanométriques à partir de solutions diluées de polymères ou
de polymères fondus à très faible viscosité. Cette technologie a pour Dans son sens le plus large, le terme de « tresse textile » désigne
intérêt en particulier de produire des nappes avec une très faible un type de produit obtenu par l’entrecroisement réciproque des fils
porosité (membranes de protection, filtres...). disposés en diagonale par rapport an bord du produit [15].
La consolidation des nappes a un rôle essentiel dans la fabrica- Chaque bobine ou canette portant les fils est installée sur un dis-
tion des non-tissés et conditionne les caractéristiques des nappes positif appelé fuseau, réalisant le guidage de la bobine et permet-
obtenues (cohésion, résistance, densité, porosité...). On peut citer tant d’assurer le déroulement du fil tout en maintenant une tension
parmi les différentes techniques de consolidation : à peu près constante.

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Le fuseau se déplace sur un chemin de guidage sinusoïdal usiné ■ Tissus :


dans la table de la machine, sur lequel sont constitués en fait deux — la contexture définie par les paramètres suivants :
circuits concentriques en opposition de phase. Les fuseaux du pre-
• le compte en chaîne : c’est le nombre de fils de chaîne par cen-
mier circuit tournent dans un sens, alors que les fuseaux de l’autre
timètre de tissu,
circuit tournent dans le sens opposé. Ce mouvement de va-et-vient
• le duitage : c’est le nombre de fils de trame par centimètre de
permet la réalisation de tresses tubulaires.
tissu,
Si une jonction existe entre les deux circuits, la trajectoire parcou- • le titre des fils en chaîne,
rue n’est plus un cercle mais un arc de cercle, les fuseaux tournant • le titre des fils en trame,
alternativement dans un sens puis dans l’autre. Cette technique per- • l’armure utilisée ;
met la réalisation de tresses plates. — l’embuvage des fils représentatif de l’ondulation des fils dans
Comme en tissage, il existe différentes armures qui dépendent le tissu (différence entre la longueur des fils extraits des tissus et la
des séquences d’entrecroisement des fuseaux (diamond, regular, longueur que ces fils occupent dans le tissu).


hercules) et il est possible d’introduire des fils longitudinaux per-
mettant de renforcer les caractéristiques mécaniques dans cet axe ■ Tricots : au lieu du taux d’embuvage, on parle de longueur de fil
(tresses triaxiales). absorbé (LFA) par maille caractérisant l’élasticité de la structure tri-
cotée.
Un avantage important de la technique de tressage est la possibi-
lité de réaliser des pièces directement en forme. Le tressage est réa- Les autres caractéristiques sont :
lisé sur un mandrin qui a la forme de la pièce à réaliser. Des pièces — le nombre de mailles par centimètre (qui remplace le nombre
non axisymétriques peuvent être façonnées au moyen d’un auto- de fils de trame par centimètre) ;
mate qui programme le déplacement du mandrin pendant l’opéra- — le nombre de colonnes par centimètre (qui remplace le nombre
tion de tressage. Suivant ce principe, la société japonaise Murata de fils de chaîne par centimètre).
Machinery a développé un automate permettant de fabriquer des À partir de la LFA et du nombre de mailles par centimètre, on peut
pièces de connexion à plusieurs branches (figure 5). calculer aussi un taux d’embuvage qui sera évidemment beaucoup
Les domaines d’application des tresses sont liés principalement plus important que celui d’un tissu.
au domaine du textile traditionnel et en particulier de la
■ Tresse : il est important de connaître, en dehors du titre des fils,
passementerie ; cependant, on peut citer de nombreuses applica-
de l’angle de tressage, du type d’armure et de sa construction
tions techniques :
utilisée :
— cordage, haubanage ;
— sa masse linéique (g/m) qui dépend de l’angle de tressage ;
— sport et loisirs : cadre de vélo, cross de hockey, pagaie de
— son maillage, correspondant au nombre de croisements de fils
canoë, suspente de parachute, fil de pêche, club de golf, cadre de
par unité de longueur.
raquette de tennis ;
— industrie : conduite de fluide, gainage électrique et thermique ; ■ Non-tissés : le mode de fabrication conditionne fortement sa
— aéronautique : ailerons, pâles de turbine, pâles d’hélice ; construction. En fonction de ce mode de fabrication, il peut être
— médical : prothèses orthopédiques, fils de suture... important de connaître la direction de production et la direction
transversale dont dépendent les caractéristiques mécaniques.
Soulignons aussi qu’indépendamment de la nature des surfaces
1.2 Caractéristiques des surfaces textiles textiles, les caractéristiques basiques élémentaires suivantes sont
souvent précisées :
— nature, titre des fibres ou filaments ;
Les différentes surfaces textiles sont caractérisées en fonction de — épaisseur ;
leurs usages : performances mécaniques, thermiques, chimiques, — grammage correspondant à la masse par mètre carré de sur-
électriques... face textile.
Il existe pour la plupart de ces essais une grande diversité de nor-
mes spécifiques qui ont été développées à l’échelle nationale, euro-
péenne et internationale.
1.3 Textiles 3D
Nous dirons quelques mots sur les caractéristiques basiques des
surfaces textiles et en particulier des tissus et des tricots, qui per-
mettent en premier lieu de les définir. Afin de répondre à des sollicitations complexes, les fabricants de
surfaces textiles ont développé des architectures 3D qui permettent
de mieux satisfaire les besoins et les cahiers des charges requis
pour l’application, ou le procédé de transformation des préformes
souvent utilisées comme renfort de matériaux composites.
Ces préformes 3D permettent en particulier d’obtenir de bonnes
résistances en compression et au délaminage.
Ces technologies 3D ont été développées pour chacune des diffé-
rentes technologies de fabrication des textiles et font l’objet du dos-
sier Textures textiles tridimensionnelles [AM 5 122]. Elles ne sont
abordées que sommairement ici.

1.3.1 Tissage

On évoquera les tissus multicouches, les tissus orthogonaux et les


tissus à doubles parois.
■ Le tissage multicouche utilise plusieurs nappes parallèles de fils
Figure 5 – Pièces de connexion en tresse (doc. Muratec) de chaîne. Les fils de chaîne peuvent traverser toute l’épaisseur du

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