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Jazz

Le jazz est un genre musical originaire du Sud des États-Unis,


créé à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle au sein des Jazz
communautés afro-américaines. Avec plus de cent ans
d'existence, du ragtime au jazz actuel, il recouvre de nombreux
sous-genres marqués par un héritage de la musique euro-
américaine et afro-américaine, et conçus pour être joués en
1
public . Il émerge à partir d'autres genres musicaux, dont le
ragtime, la marche, le negro spiritual et le blues, et comporte
des caractéristiques telles que l'utilisation fréquente de
l'improvisation, de la polyrythmie, de la syncope, du shuffle, du
2
scat et des notes bleues . En route, il emprunte de nombreux
éléments à la musique populaire américaine (en) et à la
3
tradition des brass bands . Couramment associé aux cinq
instruments emblématiques du jazz — le saxophone, la
trompette, le trombone, la clarinette et le piano —, le jazz
mobilise cependant un grand nombre d'instruments différents,
dont la guitare, la batterie, et la contrebasse.
Le trompettiste Louis Armstrong (gravure d'Adi Holzer).
Au cours du XXe siècle, le jazz a acquis une large popularité au-
delà des frontières des États-Unis et s'est répandu dans le Origines Ragtime, blues, marche,
monde, donnant naissance à de très nombreux styles et sous- stylistiques musique classique
genres selon les pays et les régions. Les premières formes de Origines Fin des années 1910 ; États-
jazz apparaissent à la Nouvelle-Orléans et à Saint-Louis dès culturelles Unis
1910 : le jazz Nouvelle-Orléans mélange le blues à la quadrille Instruments Saxophone, trompette,
et la biguine des Antilles françaises. Dans les années 1930 typiques trombone, clarinette, piano,
émergent le swing, un style marqué par le blues et contrebasse, guitare basse,
l'improvisation, et le jazz manouche, un genre créé en France batterie, guitare, guitare
sous l'influence des big bands et du bal musette. D'une musique électrique, chant, flûte,
populaire conçue pour la danse, le jazz devient un genre vibraphone, orgue Hammond,
musical complexe avec le bebop, joué à des tempos plus violon, tuba, bugle, cornet à
rapides et avec des accords plus élaborés. Le cool jazz de la fin pistons, xylophone
des années 1940 apporte des sons calmes, délicats, et des Popularité Très élevée aux États-Unis et en
mélodies longues et linéaires. Le free jazz des années 1950 se Europe des années 1920 aux
libère quant à lui des contraintes harmoniques, et met en valeur années 1950
l'improvisation et l'énergie. Scènes Monde entier, principalement en
régionales Amérique du Nord, au Japon et
Le hard bop apparaît au milieu des années 1950 et introduit des
en Europe
influences du rhythm and blues, du gospel et du blues,
Voir aussi Standard de jazz, musique afro-
notamment dans le jeu du saxophone et du piano. Quelques
américaine, terminologie du
années plus tard, le jazz modal utilise la gamme comme base de
jazz, lindy hop
la structure musicale et de l'improvisation. Dans les années
Sous-genres
1960 et 1970 se développe le jazz fusion, qui combine le jazz et Acid jazz, afrobeat, avant-garde jazz, bebop, Chicago Jazz,
des rythmes rock, des instruments électroniques et utilise une cool jazz, éthio-jazz, ethno-jazz, free jazz, hard bop, jazz
forte amplification sur scène. Une forme commerciale de jazz afro-cubain, jazz fusion, jazz manouche, jazz modal, jazz
fusion, appelée smooth jazz, connaît un franc succès dans les Nouvelle-Orléans, jazz punk, jazz rap, jazz vocal, jazz West
années 1980 et atteint un large public grâce à une diffusion Coast, latin jazz, mainstream, néo-bop, nu jazz, piano stride,
radiophonique de grande ampleur. Jusqu'à aujourd'hui, le jazz a post-bop, ska-jazz, smooth jazz, soul jazz, swing, third
engendré plusieurs dizaines de sous-genres, dont le jazz afro- stream
cubain, le jazz West Coast, le ska-jazz, l'avant-garde jazz,
Genres dérivés
l'indo-jazz (en), le soul jazz, le jazz de chambre, le latin jazz,
le jazz-funk, le loft jazz (en), le jazz punk, l'acid jazz, le jazz Bossa nova, funk, jump blues, pop, reggae, rhythm and

rap, le M-Base (en) et le nu jazz. blues, rock 'n' roll, rock progressif, rock psychédélique, ska

Les musiciens de jazz (jazzmen) jouent au sein de formations


qualifiées de jazz bands (orchestres de jazz). Les figures majeures du jazz sont les pianistes Duke Ellington, Art Tatum,
Thelonious Monk, Bud Powell, Oscar Peterson, Herbie Hancock et Count Basie, les trompettistes Louis Armstrong, Dizzy
Gillespie et Miles Davis, le contrebassiste Charles Mingus, les saxophonistes Coleman Hawkins, Lester Young, Charlie Parker et
John Coltrane, le clarinettiste Sidney Bechet, et les chanteuses Billie Holiday, Nina Simone et Ella Fitzgerald. Présent dans la
bande originale de nombreux films, le jazz a marqué l’œuvre de cinéastes comme Martin Scorsese ou Woody Allen, lui-même
clarinettiste de jazz. Depuis l'après-guerre, la capitale mondiale du jazz est New York, grâce à ses très nombreux clubs de jazz
(notamment dans la 52e rue) et ses auditoriums, dont le Carnegie Hall qui accueillit des concerts mythiques. Toutefois, des
festivals de jazz ont été créées partout dans le monde : les principaux sont ceux de Montreux, Montréal et Copenhague.
Sommaire
Caractéristiques
Caractéristiques générales
Importance de l'improvisation
Débats
Étymologie
Histoire
Origines
Musique et danses des esclaves
Influences afro-caribéennes
Ragtime et blues (1890-1910)
Jazz Nouvelle-Orléans et Dixieland (1910-1930)
Du swing au bebop
Cool jazz, hard bop, jazz modal, free jazz (années 1950)
Third Stream
Jazz fusion et sous-genres
Smooth jazz, nu jazz et jazz rap
Jazz contemporain
Caractères clés
Principaux artistes
Compositeurs
Musiciens
Chanteuses
Chanteurs
Formations
Diffusion
Clubs de jazz
New York
Paris
Autres villes
Festivals
Enregistrements et labels
Dans les médias
Presse spécialisée
L'enseignement du jazz dans un cadre formel
Influence
Musique
Littérature
Arts picturaux
Cinéma
Bibliographie
En français
En anglais
Notes et références
Articles connexes
Liens externes
Caractéristiques

Caractéristiques générales
Le jazz regroupe de nombreux styles musicaux, du ragtime de la fin du
e
XIX siècle à nos jours, et s'avère difficile à définir précisément. Certains auteurs
ont tenté de le définir en le mettant en perspective avec d'autres genres musicaux
— se plaçant du point de vue de l'histoire de la musique européenne ou africaine
par exemple —, mais le critique Joachim-Ernst Berendt estime que sa définition
4
doit être élargie . Il définit le jazz comme « une forme d'art musical originaire
des États-Unis, née de la confrontation entre la musique des esclaves noirs et
5 Le pianiste Duke Ellington en 1971,
celle des Européens » . Il soutient aussi l'idée selon laquelle le jazz diffère
dans le film L'Aventure du jazz.
fondamentalement de la musique européenne car « il suppose une spontanéité et
Refusant de distinguer différents
une vitalité, dans laquelle l'improvisation joue un rôle majeur », « une sonorité et sous-genres du jazz, il déclara : « le
un phrasé musical reflétant la personnalité du jazzman », et a une « relation jazz, c'est toute la musique ».
4
particulière au temps, exprimée par la notion de swing » . Le tromboniste Jay
Jay Johnson exprime cette idée de vitalité permanente en déclarant en 1988 : « le
6
jazz n'offre aucun répit. Il ne tient pas en place et ne le fera jamais » .

Travis Jackson propose une définition encore plus large du genre afin d'y inclure des sous-genres parfois radicalement différents.
Selon lui, « il s'agit d'une musique qui réunit des qualités telles que le swing, l'improvisation, les interactions entre les musiciens
7
du groupe, le développement d'une expression personnelle, et l'ouverture à différentes possibilités musicales » . Krin Gabbard
affirme que « la notion de jazz est une construction », qui, bien qu'artificielle, « demeure utile pour réunir des genres musicaux
8
ayant des éléments en commun au sein d'une même tradition musicale » . Cependant, alors que les critiques, les journalistes
spécialisés et les amateurs de jazz ont souvent débattu au sujet de la délimitation entre les sous-genres du jazz, les musiciens eux-
mêmes peinent fréquemment à définir le sous-genre auquel ils se rattachent. Duke Ellington, l'un des plus grands jazzmen, illustre
9
cette conception en déclarant : « le jazz, c'est toute la musique » .

Importance de l'improvisation
Bien que le jazz soit considéré comme un genre musical difficile à définir, l'improvisation en est l'un des principaux traits
distinctifs. Le caractère central de l'improvisation peut s'expliquer par son importance dans les genres musicaux à la source du
jazz, et notamment dans le blues des origines, qui s'inspire des chants de travail et complaintes des esclaves afro-américains dans
les plantations. Ces derniers étaient généralement composés d'un motif répétitif sous forme d'un appel suivi d'une réponse (call-
and-response), mais le blues comportait une part importante d'improvisation. La musique classique européenne, en revanche,
valorisait la fidélité des musiciens à la partition, et rejetait les tentatives d'interprétation personnelle et l'ornementation musicale :
l'objectif premier du musicien classique était alors de jouer la composition telle qu'elle est écrite. Le jazz est au contraire le
produit des interactions et de la créativité des musiciens au sein du groupe ; bien souvent, ces paramètres déterminent la valeur de
10
l'œuvre du compositeur (s'il y en a un) et des musiciens . Par conséquent, dans le jazz, le musicien expérimenté interprétera une
mélodie de manière personnelle, sans pouvoir la rejouer exactement de la même manière une seconde fois. Selon l'humeur du
musicien, les interactions entre les membres du groupe, voire avec le public, le jazzman peut modifier la mélodie, les harmonies
11
ou l'indication de la mesure à sa guise .

L'usage de l'improvisation s'est développé tout au long de l'histoire du jazz. Au début du XXe siècle, dans le jazz Nouvelle-Orléans
et le Dixieland, les musiciens improvisaient soudainement en pleine mélodie, tandis que les autres improvisaient des contre-
mélodies. À l'époque du swing, les big bands se reposaient davantage sur des mélodies déjà composées : les compositions étaient
soit écrites, soit apprises à l'oreille et mémorisées, et seuls les musiciens solo pouvaient improviser au sein de la composition.
Quelques années plus tard, dans le bebop, les formations de jazz sont plus petites
et les arrangements sont minimaux ; la mélodie est généralement fixée
brièvement au début de la chanson et rappelée à la fin, mais la quasi-intégralité
de la performance est composée de séries d'improvisations. Les sous-genres qui
suivirent, comme le jazz modal, abandonnent la notion de progression d'accords
et permettent aux musiciens d'improviser encore davantage de manière
individuelle, en ne conservant qu'une échelle musicale ou un mode commun.
Dans la plupart de ces styles de jazz, un musicien solo est accompagné par
d'autres qui jouent des accords pour définir la structure de la chanson, et ainsi
compléter son jeu. Dans certaines formes de jazz expérimental, telles que
l'avant-garde jazz et le free jazz, la séparation entre le musicien solo et le reste
du groupe est réduite, et il est accepté, voire obligatoire, de ne pas utiliser
d'accords, d'échelles et de pulsations rythmiques — ces extrêmes constituant une
Le big band de Paul Whiteman en forme d'improvisation quasi-totale.
1921. Marqué par la tradition de la
musique classique, il ne fait que peu
usage de l'improvisation et joue Débats
essentiellement des mélodies pré-
composées. Depuis l'émergence du courant
bebop, les formes de jazz
produites à des fins
commerciales ou influencées par la musique populaire ont été critiquées par
certains puristes. Selon le critique de jazz Bruce Johnson, une « tension entre le
jazz commercial et le jazz en tant qu'art » aurait existé dès la naissance du
7
genre . Les amateurs de jazz traditionnel ont rejeté le bebop, le free jazz et le
jazz fusion des années 1970 (Miles Davis, Frank Zappa, ou encore Herbie
Hancock), estimant qu'il s'agissait d'une dénaturation de la musique et d'une
trahison envers les pionniers du jazz. Le critique et producteur de jazz français
Hugues Panassié a ainsi considéré le bebop comme un genre musical « non
authentique » et distinct du jazz, provoquant la controverse dans le milieu
7
musical et entraînant la scission du Hot Club de France . Une conception
opposée veut que le jazz soit un genre protéiforme, capable d'absorber des
influences de divers styles musicaux : l'absence de création de normes internes
7
au genre permet l'émergence de nouveaux sous-genres à l'avant-garde du jazz .
Le trompettiste Miles Davis en 1971.
Un autre débat porte sur la question de l'ethnicité dans la musique jazz. Alors
Avec In a Silent Way (1969) et
que le jazz commençait à se développer, au début du siècle, beaucoup Bitches Brew (1970), il donne
s'interrogeaient sur la manière dont il allait influencer les représentations des naissance au jazz fusion et est
Blancs à propos de la communauté afro-américaine — auquel le jazz était alors accusé de rompre avec les
associé. Pour certains Afro-Américains, le jazz a permis de mettre en lumière la fondements du jazz.
contribution des Noirs à la culture et à la société américaines, et d'attirer
l'attention sur l'histoire et la culture noire. Pour d'autres, la musique et le terme
12
jazz rappelleraient en revanche « une société oppressante et raciste, qui restreint leur liberté artistique » . En outre, l'écrivain
afro-américain Amiri Baraka estime qu'il existe un « jazz blanc », qui serait le genre musical de l'expression de l'identité
13
blanche . Le cornettiste Bix Beiderbecke est l'un des premiers jazzmen blancs, et fut la figure de proue du « jazz blanc » jusqu'à
14
sa mort en 1931 . Des musiciens de jazz blancs firent leur apparition au début des années 1920, dans le Mid-Ouest
essentiellement, mais aussi sur la côte est. Le Chicago Jazz naît ainsi à la suite du déplacement de nombreux jazzmen du Sud, et
est développé par plusieurs musiciens blancs, comme Bud Freeman, Jimmy McPartland, Frank Teschemacher, Dave Tough et
Eddie Condon. D'autres musiciens originaires de Chicago, dont le clarinettiste Benny Goodman et le batteur Gene Krupa,
15
prendront la tête de big bands de swing au début de leur carrière, durant les années 1930 . À l'origine dominé par les musiciens
d'origine afro-américaine, le jazz est par la suite devenu un genre musical multiculturel.

Étymologie
Au-delà de la difficulté à définir précisément la musique qu'il désigne, l'origine du mot jazz est sujet à controverses. Les
hypothèses avancées quant aux origines de ce nom sont multiples et aucune ne semble faire l'unanimité. Le mot jazz pourrait être
dérivé :
16
du terme français jaser (discuter, palabrer) , en référence aux rythmes et au mot phrasé ou en référence à la
réflexion « Ça va jaser » [réf. nécessaire] que pouvait inspirer la crainte des conséquences des concerts de jazz
sur le voisinage ;
du nom de musiciens (comme Chaz Washington) ;
de l'argot avec des connotations sexuelles (jizz) ou qui indiquent l'énergie ou la force ;
du jasmin que l'industrie cosmétique française avait utilisé dans ses parfums, qui étaient vendus à La
Nouvelle-Orléans (une théorie de Garvin Bushell) ;
d'une déformation du chassé ou chasse-beau, figure du cakewalk (danse du gâteau, à la mode au XIXe siècle) ;
des racines africaines comme le mot bantou jaja (« danser », « jouer de la musique »), sur le terme africain
jasi (« être excité », « vivre à un rythme rapide, sous pression ») ;
Jaiza (« son lointain des percussions »). La dernière appellation viendrait de certaines tribus indonésiennes qui
appelaient « jaze baqti » une musique rythmée ;
17
le nom donné aux jazzmen vient du surnom donné à ceux qui fréquentaient les prostituées de La Nouvelle-
18
Orléans, dont l'habitude était de se parfumer au jasmin, dont ils exhalaient l'odeur après les ébats ;
les prostituées de La Nouvelle-Orléans sont appelées « jazz-belles » en argot cajun, en référence à la Jézabel
19
biblique ;
20
de l'occitan « jaç », signifiant « couche sommaire », « gîte » et par dérivation « bordel » . Cette théorie serait
21
notamment retenue par le saxophoniste Archie Shepp . Il faut noter à l'appui de cette hypothèse que le mot
jambalaya, spécialité culinaire de Louisiane, proviendrait également de l'occitan et aurait été importé en
Louisiane au début du XIXe siècle par des travailleurs originaires du sud de la France.
Les recherches de Gerald Cohen indiquent que le mot apparaît pour la première fois sous la plume de E. T. « Scoop » Gleeson
dans le San Francisco bulletin en mars 1913. La plupart des historiens penchent cependant sur le fait que ce mot est apparu pour
22
la première fois dans le Chicago Herald du 1er mai 1916 Il appartient au jargon du baseball pour désigner l'énergie d'un joueur.
Le mot aurait été employé pour qualifier la musique du groupe d'Art Hickman qui jouait dans le camp d'entraînement des San
Francisco Seals. Le groupe endossa l'adjectif lors de ses engagements à New York en 1914 et le terme se répandit
progressivement jusqu'à Chicago avant de revenir à La Nouvelle-Orléans sous la forme d'une lettre de Freddie Keppard à King
Oliver qui le popularisera dès 1917 avec son protégé Louis Armstrong.

En raison de ses connotations scabreuses, le terme était diversement apprécié des musiciens (Duke Ellington en particulier
préférait l'appellation « Negro music »). Durant les années 1930 et 1940, de nombreuses alternatives ont été proposées telles que
ragtonia, syncopep, crewcut, Amerimusic, ou encore jarb, sans grand succès. La diffusion du mot « jazz » (bien que sous la forme
Jass) est largement associée à son apparition sur le premier enregistrement du style, en mars 1917 par l'Original Dixieland Jass
Band.

Histoire
e e
Le jazz prend ses sources à la fin du XIX siècle et au début du XX siècle, à partir de la musique classique européenne et de la
23
musique populaire américaine (en), mélangées à des influences culturelles de l'Afrique de l'Ouest . Sa nature, ses sous-genres
et sa composition ont évolué au fil du siècle, incorporant les innovations et les interprétations personnelles des différents
musiciens.
Origines

Musique et danses des esclaves

Avant 1808, la traite des esclaves avait déjà provoqué l'arrivée aux États-Unis
d'un million d'Africains subsahariens, principalement en provenance d'Afrique
de l'Ouest et du bassin du fleuve Congo. Ceux-ci ont importé leurs traditions
24
musicales : la musique africaine utilisait une seule mélodie, des rythmes
contre-métriques, et une structure en appel et réponse (en) (call and
25
response) (exemple : work song). Elle avait essentiellement un but
Danse à Congo Square vers la fin du
fonctionnel, pour accompagner le travail (chant de travail) ou les rites funéraires. e
XVIII siècle, par E. W. Kemble (1861-
Des rassemblements d'esclaves donnaient lieu à de grandes fêtes urbaines où se 1933).
mêlaient danses africaines et percussions. Jusqu'en 1843, une fête était organisée
26
chaque dimanche à Congo Square, à la Nouvelle-Orléans , et d'autres
rassemblements avaient lieu à la même époque dans le Sud des États-Unis.

En outre, le jazz a aussi pour origine la musique religieuse : les esclaves apprennent les harmonies des hymnes lors de l'office
27
dominical , et y ajoutent des influences africaines pour créer les negro spirituals et le gospel, peu à peu chantés dans les églises
28 e
méthodistes, baptistes ou pentecôtistes . De même, au cours du XIX siècle, un nombre grandissant de musiciens noirs
apprennent à jouer d'un instrument « européen », notamment le violon, et parodient la musique de bal dans les cakewalks. À
l'inverse, les minstrel shows, réalisés par des Euro-Américains au visage peint en noir (blackface), combinent la syncope des
rythmes africains et l'harmonie de la musique européenne.

Influences afro-caribéennes

Vers 1850, le compositeur blanc Louis Moreau Gottschalk adapte les rythmes de
la musique des esclaves et des mélodies des Caraïbes pour le piano de salon.
Dans Souvenirs from Havana (1859) tout comme dans la musique de la culture
créole des Caraïbes et de la Nouvelle-Orléans, on retrouve le même motif à trois
29, 30
coups nommé tresillo. Celui-ci est une entité rythmique basique dans la musique Un tresillo .
31, 32
d'Afrique subsaharienne et de la diaspora africaine .

Ragtime et blues (1890-1910)


Au début du XXe siècle, le blues se développe dans le Delta du Mississippi et est
largement diffusé à partir de 1920 avec entre autres le premier enregistrement de
Mamie Smith. Parallèlement, le ragtime apparaît, style de piano incarné par
Scott Joplin, musique syncopée influencée par la musique classique occidentale.
Dans les années 1920, le stride se développe à Harlem. Héritier du ragtime, le
stride introduit l'utilisation d'une pulsation ternaire, et la virtuosité des musiciens
augmente, comme chez James P. Johnson. Le boogie-woogie se développe à la
même époque à Chicago.

Le pianiste de stride James P.


Johnson en 1948.
Jazz Nouvelle-Orléans et Dixieland (1910-1930)
C'est à La Nouvelle-Orléans que l'on fait en général naître le jazz, en particulier
dans le quartier chaud de Storyville, avec les formations orchestrales des « brass bands », mélange de marches militaires
revisitées par les noirs américains et les créoles, qui privilégie l'expression collective. Dans les années 1910 apparaissent les
premières formes de jazz (« proto-jazz »), notamment sous l'impulsion du chef d'orchestre James Reese Europe, qui créa le Clef
Club. Cette salle de concert de Harlem accueille dès 1912 le premier orchestre de jazz composé uniquement d'Afro-Américains,
le Clef Club Orchestra. En 1913 et 1914 sont réalisés des enregistrements au phonographe pour la Victor Talking Machine
Company [réf. nécessaire].

Le premier enregistrement de jazz voit le jour en mars 1917 par l'Original Dixieland Jass Band. Autoproclamé inventeur du jazz,
Jelly Roll Morton est en effet un passeur entre ragtime et jazz, mais ce sont Kid Ory, Sidney Bechet et surtout Louis Armstrong
qui s'imposent comme les grands solistes des formations Nouvelle-Orléans caractérisées par l'improvisation collective sur le
schéma instrumental trompette, trombone, clarinette.

Du swing au bebop
Considéré comme l'âge d'or du jazz, apparu vers les années 1930, le swing (ou middle jazz) se démarque du jazz Nouvelle-
Orléans par un orchestre de plus grande taille sur le modèle des trois sections de trompettes, trombones et anches qui privilégie
les solistes prenant des chorus intégrés dans des arrangements écrits au détriment de l'improvisation collective. C'est l'ère des big
bands de Duke Ellington, Count Basie, Glenn Miller, Benny Goodman, avec un répertoire marqué par les compositions de
George Gershwin, Cole Porter, Richard Rodgers etc. et les chansons de variété de Tin Pan Alley, qui forment l'ossature des
standards de jazz. Les grands solistes de cette époque sont Coleman Hawkins, Roy Eldridge, Benny Carter, Johnny Hodges, Ben
Webster, Art Tatum, et Lester Young.

Au début des années 1940 naît le bebop. Tempos ultras rapides, petites formations, virtuosité époustouflante, innovations
harmoniques et rythmiques, la rupture est brutale et emmenée par Charlie Parker, Dizzy Gillespie, Kenny Clarke, Thelonious
Monk. L'intellectualisation du jazz par le bebop ne sera pas toujours bien perçue par le public et certains critiques, notamment
Hugues Panassié en France sera particulièrement virulent contre cette nouvelle forme de jazz.

Cool jazz, hard bop, jazz modal, free jazz (années 1950)
Vers les années 1950 apparaissent des évolutions au bebop, comme le cool et le hard bop.
Le cool et le jazz West Coast regroupent des évolutions du bop moins marquées par le
rythme, et généralement faites par des blancs. Les four Brothers de Jimmy Giuffre, les
innovations de Lennie Tristano et la collaboration entre Miles Davis et Gil Evans sont
généralement regroupées sous cette bannière. Au contraire, le hard bop est plutôt un
mouvement noir, visant à réintroduire plus de soul et de blues dans le bop, et pour qui
l'aspect rythmique est prédominant. Art Blakey, Horace Silver ou Sonny Rollins y
participent. D'autres personnalités inclassables émergent : Bill Evans, Charles Mingus,
Oscar Peterson…

À la fin des années 1950, les structures harmoniques et l'improvisation sont portées à leurs
limites par John Coltrane. Emmenés par Coltrane et Ornette Coleman les musiciens
bouleversent la structure musicale et les techniques instrumentales. La grille harmonique, Ornette Coleman, figure du
le rythme régulier, et même le thème sont supprimés, au profit d'improvisations free jazz.
collectives, la prédominance de l'énergie, et l'utilisation de techniques non
conventionnelles (suraigus, growl, cris, slaps, « sons sales », voire bruitistes), c'est la
naissance du free jazz. Les réactions des critiques à cette nouvelle forme de jazz sont féroces, et le public beaucoup moins
nombreux à suivre cette musique nouvelle.

Third Stream
Le mouvement « Third Stream » naît vers le milieu des années 1950, en même temps que les premiers frémissements du free
jazz, et participe de la volonté des acteurs de la scène jazz d'élargir encore leurs horizons musicaux. Parmi les principaux
représentants du Third stream, on peut citer George Russell, John Lewis, Georges Handy, Jimmy Giuffre et Ran Blake. Bien que
non-exclusivement liés à ce courant, de nombreux musiciens comme Bill Evans, Eric Dolphy, Ornette Coleman, Kobi Arad ou
encore Scott LaFaro ont contribué aux concerts ou enregistrements relevant de cette esthétique.

Jazz fusion et sous-genres


Dès les années 1960 et surtout 1970, s'amorcent des mouvements de fusion entre le jazz et d'autres courants musicaux, le jazz et
la musique latine donnent le latin jazz, ou encore le jazz et la funk le jazz-funk, mais c'est surtout la fusion entre le jazz et le rock,
le jazz-rock, qui remporte l'adhésion du public. Les grandes figures en sont Miles Davis, Frank Zappa, Herbie Hancock ou encore
le groupe Weather Report. Au même moment, la création de la maison de disques ECM à Munich participe à la création et à la
diffusion d'un jazz plus « européen », aux sonorités plus feutrées et subtiles, inspiré par la musique classique, la musique
contemporaine et les musiques du monde. Jan Garbarek, John Surman, Jean-Christian Michel, Louis Sclavis, Kenny Wheeler en
sont quelques représentants.

Smooth jazz, nu jazz et jazz rap

Jazz contemporain

Caractères clés
Le jazz est un mélange de courants musicaux très divers. Au cours de son
évolution, il a su intégrer de nombreuses influences et se prêter à de nombreux
métissages, comme le blues, le rock, la musique latine, le hard rock, et ainsi de
suite. Du point de vue de la technique musicale, sa richesse et sa complexité sont
aujourd'hui telles qu'il est difficile de décrire précisément ce qui le caractérise.
Le jazz comprend une grande variété de sous-types, comme traditionnel, be-bop,
fusion, free-jazz, etc. D'après Travis Jackson, le jazz peut être défini d'une façon
plus « ouverte », en disant que le jazz (soit qu'on parle de swing, fusion, ou latin-
jazz) est une musique qui inclut souvent des qualités comme le swing,
l'improvisation, l'interaction en groupe, le développement d'une voix individuelle
33
comme artiste, et qui est ouverte aux diverses possibilités musicales .

Les éléments distinctifs suivants se retrouvent dans la majorité des styles de De gauche à droite : au 1er rang Cab
Calloway, Benny Carter, Jimmie
jazz :
Lunceford, Ben Webster, au 2e rang
Le swing : c'est une division du temps ternaire dans laquelle 2 Louis Armstrong, Art Tatum, Count
croches se jouent noire-croche dans un triolet, division du temps Basie, Duke Ellington au 3e rang Roy
2/3-1/3, le fameux « chabada », donnant ainsi un rythme Eldridge, Coleman Hawkins, Fats
entraînant spécifique au jazz ; Waller, Lester Young au 4e rang
L'accentuation des temps faibles (l'inverse de la musique Django Reinhardt, Lionel Hampton,
classique) ;
Earl Hines, Billie Holiday.
L'abondance de syncopes et contretemps ;
L'improvisation : un processus par lequel le musicien de jazz crée
ou produit une œuvre musicale spontanée en se servant de sa
créativité dans l'instant et de son savoir technique et théorique des divers styles de jazz ;
L'utilisation du chiffrage pour cadrer l'improvisation (basse continue moderne) ;
L'interaction en groupe ;
Le développement d'une voix individuelle comme artiste (sonorité et phrasé) : les musiciens de jazz sont
souvent à la recherche de l'expression musicale individuelle, innovatrice et créative ;
L'ouverture aux diverses possibilités musicales ;
Les standards de jazz : les morceaux bien connus, pour la plupart issus des comédies musicales de
Broadway, qui ont acquis une certaine notoriété via ces films, qui font l'objet de nombreuses reprises et sont
joués lors des jam sessions (p. ex., All of Me, Autumn Leaves, Mack the Knife, Summertime, etc.) ;
La substitution tritonique ; le remplacement d'un accord par un accord similaire dont la fondamentale se situe
au triton ;
L'abondance d'emprunts à d'autres tonalités ou d'autres modes ;
L'hybridation entre musique tonale et musique modale.

Principaux artistes
Les principales figures du jazz sont Louis Armstrong, Benny Goodman, Duke Ellington, Glenn Miller, Count Basie, Billie
Holiday, Ella Fitzgerald, Charlie Parker, Dizzy Gillespie, Thelonious Monk, John Coltrane, Miles Davis ou Keith Jarrett.

Compositeurs
Voir la catégorie compositeur de jazz.

Musiciens
Voir la catégorie musicien de jazz

Le cinéaste Woody Allen et son


Chanteuses groupe en concert à Irvine
(Californie) en décembre 2006. Le
Voir la catégorie chanteuse de jazz.
jazz est omniprésent dans la bande
originale de la plupart de ses films.

Chanteurs
Voir la catégorie chanteur de jazz.

Formations
Voir la catégorie Groupe de jazz

Diffusion

Clubs de jazz
Les clubs de jazz ont été l'un des principaux vecteurs de la diffusion de la musique jazz, notamment jusqu'au développement des
procédés d'enregistrement du son sur disque microsillon (vinyle). Les premiers sont apparus au début du siècle dans les lieux de
34
naissance du jazz : La Nouvelle-Orléans, Kansas City, puis Chicago, Washington et New York . Cette dernière voit proliférer le
nombre de clubs de jazz dans l'entre-deux guerres : la 52e rue de Manhattan en compte plusieurs dizaines à elle seule dans les
années 1950. Avec le déclin progressif de l'intérêt du grand public pour le jazz, le nombre de clubs se réduit mais plusieurs lieux
« mythiques » du jazz existent encore aujourd'hui.

New York
Les clubs de jazz les plus célèbres se trouvaient à New York, devenue la capitale
mondiale du jazz dès les années 1940. Le Savoy Ballroom et le Cotton Club
figurent parmi les premiers clubs new-yorkais, fondés à Harlem dès les années
1920. Les deux salles voient se produire des légendes du jazz telles que Louis
Armstrong et Duke Ellington, mais le Cotton Club refuse l'entrée aux clients
noirs. Le Village Vanguard, crée en 1935 et encore en activité, est le lieu
d'enregistrement de plusieurs albums live. The Village Gate sera le théâtre du
premier concert d'Aretha Franklin et ouvre sa programmation à des artistes de
rock, dont Jimi Hendrix et Jim Morrison. Il ferme en 1993 et mais rouvre en
2008 sous le nom Le Poisson Rouge. Le Birdland, nommé ainsi en référence au La 52e rue de Manhattan vers 1948.
surnom de Charlie Parker, accueille les plus grandes stars du jazz et compte Durant les années 1950, elle compte
plusieurs dizaines de clubs de jazz et
parmi ses habitués Gary Cooper et Marilyn Monroe. Le Fillmore East vit quant à
est surnommée « la rue du jazz ».
lui Miles Davis et Frank Zappa poser les fondements du jazz fusion (« révolution
électrique ») à la fin des années 1960. Enfin, le Blue Note ouvre en 1981 à
Greenwich Village et crée un réseau de franchises en Italie et au Japon.

Paris

Dans ses mémoires publiées en 1938, le marchand d'art Wilhelm Uhde témoigne qu'en 1905 les cafés parisiens d'avant garde, le
35
Bar royal, le Bar Maurice, Le Rat mort, Le Hanneton, le Café de Versailles, sont déjà animés par le jazz .

Lors de la Première Guerre mondiale, quelques groupes américains participent à la diffusion du jazz en France en jouant dans les
camps et les hôpitaux militaires. James Reese Europe, l'un des chefs d'orchestre de jazz les plus populaires à New York, arrive fin
1917 à Brest et Saint-Nazaire. Il recrute une soixantaine de musiciens, venant principalement de Harlem et de Porto Rico, qui
forment le 369e régiment d'infanterie (« Harlem Hellfighters »).

Paris fut la capitale du jazz en Europe et compta de très nombreux clubs dans les
années 1960 : le Blue Note, le Caveau de la Montagne, le Chat qui pêche, le
Caméléon, le Riverboat, le Bidule, Le Blues Jazz Muséum, Le Gill's Club, le
Riverbop, Le Petit Opportun, Le Living Room, Magnetic Terrasse, le Bilboquet,
Le Totem, Le Jazz Unité, Le Dreyer, Le Village, Les Sept-Lézards ou encore Le
Franc-Pinot. L'animation du Quartier de Saint-Germain-des-Prés est notamment
retranscrite par Boris Vian et Simone de Beauvoir. De cette époque ne subsiste
aujourd'hui que Le Caveau de la Huchette (Quartier latin), fondé en 1948.
La salle de concert du Hot Club du
Durant les années 1980 sont créées de nouvelles salles, comme le Jazz Club
Portugal (Lisbonne), fondé en 1948.
Étoile, Le Petit Journal Montparnasse, le New Morning ainsi que les clubs de la
rue des Lombards (Sunset-Sunside, Le Duc des Lombards, Le Baiser Salé).

Autres villes

Des clubs de jazz ont été créés dans la plupart des grandes villes aux États-Unis et en Europe. Dans le Vieux carré français de La
Nouvelle-Orléans se trouvent notamment le Preservation Hall, qui a pour vocation de préserver le jazz des origines, et le Snug
Harbor (en). Des clubs célèbres se trouvent également à Chicago (Friar's Inn), Los Angeles (Quality Cafe) et San Francisco
(The Blackhawk). Le Ronnie Scott's est le club de jazz le plus célèbre de Londres, et le Hot Club du Portugal celui de Lisbonne.

Festivals

1
1
Le jazz, genre musical initialement conçu pour être joué en public , se prête
particulièrement bien au concept de festival. De très nombreux évènements ont
été créés à travers le monde, principalement aux États-Unis et en Europe, mais
également en Asie et en Afrique depuis les deux dernières décennies.

Le Festival de jazz de Montreux (Suisse) est généralement considéré comme l'un


des principaux rendez-vous internationaux. Crée en 1967, il a accueilli les plus
célèbres artistes de jazz (Nina Simone, Ella Fitzgerald, et Miles Davis, qui y joue
Le pianiste Oscar Peterson et le à dix reprises entre 1973 et 1991) et a élargi sa programmation à d'autres genres,
contrebassiste Niels-Henning Ørsted comme le rock (Pink Floyd, Santana, Deep Purple) et la musique brésilienne
Pedersen au Festival de jazz de
(Gilberto Gil). Lors de l'édition 1971, le casino de la ville subit un incendie, dû à
Montreux en 1979.
un feu d'artifice provoqué par un spectateur du concert de Frank Zappa. Le New
Orleans Jazz & Heritage Festival célèbre quant à lui les musiques et les cultures
liées à la Nouvelle-Orléans, dont le blues, la musique cajun et le zarico. Le Chicago Jazz Festival accueille gratuitement les
spectateurs dans le Grant Park durant une semaine, au mois d'août.

Les festivals français les plus importants sont Jazz à Vienne, Jazz à Juan, Jazz in Marciac, Jazz sous les pommiers, Coutances,
Paris Jazz Festival et Nancy Jazz Pulsations. Le Canada compte également plusieurs grands festivals, comme ceux de Montréal et
d'Ottawa. Ces dernières années ont été créés des festivals dans des pays où la musique jazz était peu présente jusqu'alors : le
Maroc (Jazzablanca), l'Algérie (Alger Jazz Meeting), le Sénégal (festival de Saint-Louis), Haïti (festival de Port-au-Prince) et
l'Azerbaïdjan (festival de Bakou).

Enregistrements et labels

Dans les médias


La télévision et les radios généralistes accordent généralement une faible place à la musique jazz. Sa diffusion dans les médias est
essentiellement l’œuvre de radios spécialisées. Les deux principales radios françaises de jazz sont TSF Jazz et Jazz Radio (basée
à Lyon et qui n'émet pas sur tout le territoire). Leur programmation s'étend également à la musique afro-américaine (blues, soul,
funk). Paris Jazz émettait de 1996 à 2002. Radio Jazz International et Radio Swiss Jazz sont les deux principales radios de jazz
suisses. Il existe également de nombreuses radios de jazz en Europe du Nord (NPO Radio 6, NRK Jazz, DR P8 Jazz) ainsi qu'aux
États-Unis, notamment en Californie (KCSM, KKJZ, KSDS).

Outre ces radios spécialisées, certaines stations généralistes consacrent des émissions à la musique jazz, notamment celles de
l'ORTF puis de Radio France. De 1955 à 1971, Frank Ténot et Daniel Filipacchi animent sur Europe 1 l'une des premières
36
émissions de jazz en France, Pour ceux qui aiment le jazz . Le sociologue et critique de jazz Lucien Malson anima plusieurs
36
émissions sur les stations du service public, comme Le Bureau du jazz ou Black and Blue, aux côtés d'Alain Gerber . Ils y
accueillent de nombreux musiciens, retransmettent des festivals et diffusent des concerts historiques, tel que celui de Ray Charles
36
en 1961 . Les principales émissions de jazz actuelles sont Summertime sur France Inter, et Club Jazz à FIP sur FIP. En 2013,
36
France Musique propose douze heures trente de jazz hebdomadaires .

Presse spécialisée
La diffusion du jazz s'effectue également grâce à des magazines périodiques. Les références mondiales sont les magazines
américains JazzTimes et Down Beat, fondé en 1934 et qui accorde également une place au blues. Le magazine Jazziz aborde
quant à lui le jazz dans sa grande diversité de styles.
Plusieurs publications existent également en français, dont Jazz Hot, fondé par les critiques de jazz Charles Delaunay et Hugues
37
Panassié en 1935, qui est aujourd'hui la doyenne des revues de jazz en activité . Le sociologue Lucien Malson, collaborateur de
38
Jazz Hot, fonde en 1959 Les Cahiers du jazz, dont il est le rédacteur en chef jusqu'en 1971 . Les magazines Jazzman et Jazz
Magazine ont fusionné en 2009 pour devenir Jazz Magazine Jazzman. La revue Jazz Classique, qui publie cinq numéros par an,
comprend de nombreuses interviews de musiciens. Enfin, le site Citizenjazz.com est la principale revue en ligne consacrée au
jazz.

L'enseignement du jazz dans un cadre formel


L'enseignement du jazz dans un cadre formel s'est développé à partir de la décennie 1940. L'exception étant le Conservatoire
Hoch, à Frankfurt-am-main, où Sekles a initié dès 1928 les premiers cours de jazz dans le monde entier, dirigés par Mátyás
Seiber.
39
New School, premier cours de niveau « college » (études supérieures) en 1941 .
40
Berklee College of Music, fondé en 1945, première école entièrement dédiée à l'enseignement du jazz .
41
Swiss jazz school, fondée en 1967 .
Stanford Jazz Workshop créé en 1972.
42
Département jazz de la Manhattan School of Music, 1982 .
43
Le département jazz du CNSM est fondé en 1991 .

Influence

Musique
Le jazz a influencé certains compositeurs de musique classique du XXe siècle, qui ont emprunté des rythmes et instruments de jazz
dans leurs œuvres. Citons Maurice Ravel et ses Bolero et Concerto pour la main gauche, Darius Milhaud et la Création du
monde, Francis Poulenc et son Concerto pour deux pianos et orchestre, Dmitri Chostakovitch et sa Suite pour orchestre de jazz nº
1, Igor Stravinsky et son Ebony concerto, André Jolivet et son Concerto pour trompette. L'intrusion du jazz dans la musique
classique a été aussi initiée par des musiciens de jazz, citons Georges Gershwin et sa Rhapsody in blue, ou le compositeur gallois
Karl Jenkins avec la Messe de l'Homme Armé.

Cependant, les saxophones, instruments indispensables dans l'orchestre de jazz, s'intègrent très mal dans les orchestres
symphoniques à cause de leur timbre riche en harmoniques aiguës, ce qui empêche aux orchestres symphoniques de les
considérer comme des membres à part entière ; en effet, dans les orchestres symphoniques, les saxophonistes sont des
contractuels. À l'aube du XXIe siècle, cette incursion du jazz dans les œuvres classiques du XXe siècle apparaît davantage comme
une expérimentation ou une recherche épisodique d'une certaine couleur ou ambiance, qu'une influence pérenne sur la création
classique.

Le jazz est, par l'intermédiaire du rhythm and blues, à l'origine de la grande majorité des musiques populaires du XXe siècle : rock,
pop, funk, etc.

Littérature
De nombreux auteurs ont fait figurer des musiciens ou des mélodies de jazz dans leurs œuvres. Boris Vian, grand amateur de jazz,
membre du Hot Club de France et lui-même trompettiste, fait référence au jazz dans la plupart de ses ouvrages. Un personnage de
L'Écume des jours (1947), Chloé, a été nommée d'après le standard de jazz Chloe (Song of the Swamp) de Duke Ellington, dont
Vian était un inconditionnel. Les héros de ses romans fréquentent les clubs de jazz et il est souvent fait mention du nom de
compositeurs, jazzmen et mélodies. Vian a par ailleurs contribué à la rédaction de la revue Jazz Hot et écrivit des émissions
radiophoniques de jazz en anglais, à destination du public américain (Jazz in Paris).

Des auteurs comme Simone de Beauvoir, Françoise Sagan, Truman Capote et Michel Leiris ont, par leurs descriptions de
l'atmosphère des clubs de jazz new-yorkais ou parisiens, témoigné de l'effervescence de la musique jazz à l'après-guerre.

Arts picturaux
Les rythmes et les couleurs du jazz, ainsi que l'atmosphère de ses clubs, ont été une source d'inspiration pour des artistes peintres,
sculpteurs ou photographes. Piet Mondrian, dans ses derniers tableaux, essayait de rendre la vivacité du swing et du boogie-
woogie. Henri Matisse a publié en 1947 un livre de gouaches découpées intitulé Jazz. Bien que les dessins ne soient pas à
proprement parler liés au jazz (il y est plutôt question de cirque et de théâtre), Matisse se reconnaissait dans la démarche de
l'improvisation jazz.

Nicolas de Staël a peint plusieurs tableaux représentant des jazzmen ou des clubs de jazz. Amateur de Sidney Bechet, dont il
admire le jazz « coloré », il réalise un ensemble de deux toiles en son honneur, nommé Les Musiciens, souvenir de Sidney Bechet
(1952-1953). La silhouette de Bechet avec sa clarinette, vêtu d'un costume sombre, est visible à la droite du tableau ; il est peut-
44
être accompagné du clarinettiste français Claude Luter . Dans ces deux toiles, les couleurs sont vives (jaune et rouge) pour
44
figurer le rythme et l'énergie du jazz .

Le jazz est un thème récurrent de l’œuvre de Jean-Michel Basquiat (1960-1988), et a inspiré sa manière de peindre. Il déclare
45
dans une interview que « le bebop est [sa] musique préférée » et que son jazzman favori est Miles Davis . Il écrit et peint sur ses
46
tableaux « de façon syncopée », à la manière du scat, et en utilisant l'improvisation . Dans le tableau Grain Alcohol (1983),
Basquiat fait référence à des jazzmen par des codes : MLSDVS désigne Miles Davis, DZYGLPSE Dizzy Gillespie, et MX RCH
46
Max Roach . Il consacre également des œuvres à des musiciens de manière explicite : Charles the First (1982) à Charlie Parker,
46
Lye (1983) à Nat King Cole, ou encore In the Wings (1986) à Lester Young .

L’œuvre du peintre Sacha Chimkevitch (1920-2006) est également marquée par le jazz : auteur de plusieurs affiches de festivals,
il réalisa des portraits de grand jazzmen, dont Charlie Parker, Duke Ellington et Erroll Garner.

Cinéma
De nombreux films ont pour sujet principal le jazz ou les musiciens de jazz. Le premier film parlant de l'histoire du cinéma est Le
Chanteur de jazz, sorti en 1927, qui raconte l'histoire d'un pianiste juif qui tente de devenir une vedette de jazz en se déguisant en
noir (blackface). Des jazzmen et des jazzbands apparaissent fréquemment dans des films, comme Paul Whiteman dans La Féerie
du jazz (1930) ou Lester Young dans Jammin' the Blues (1944). Paris Blues témoigne de l'effervescence de la scène jazz
parisienne de la fin des années 1950, et le documentaire L'Aventure du jazz, réalisé entre 1969 et 1972 par Louis Panassié, fait
figurer plus de 130 musiciens, dont Louis Armstrong et Duke Ellington. Le film Whiplash, sorti en 2014, est l'un des rares à
évoquer la batterie jazz.

En outre, plusieurs biographies de personnalités du jazz ont été réalisées. James Stewart incarne Glenn Miller dans Romance
inachevée d'Anthony Mann (1954), et la chanteuse Diana Ross incarne Billie Holiday dans Lady Sings the Blues. Bertrand
Tavernier réalise en 1987 Autour de minuit, qui retrace de manière romancée la vie du saxophoniste Lester Young et du pianiste
Bud Powell. En 1988, Clint Eastwood réalise Bird, un biopic consacré au saxophoniste Charlie Parker, avec Forest Whitaker dans
le rôle principal. La même année, Eastwood produit un documentaire de Charlotte Zwerin consacré à Thelonious Monk,
Thelonious Monk: Straight, No Chaser. Le film Ray (2004) brosse le portrait du pianiste Ray Charles, figure majeure de la
musique noire-américaine, dont l'œuvre s'étend sur plusieurs genres musicaux (jazz, mais aussi blues, rhythm and blues et soul).
Un documentaire a également été consacré à Michel Petrucciani en 2011. Enfin, l'acteur
Don Cheadle devrait incarner Miles Davis dans Miles Ahead, dont la sortie est prévue
pour 2015 et dont la bande originale a été composée par Herbie Hancock, une autre
47
légende du jazz .

Le jazz est également présent dans la bande originale de nombreux films dont le sujet
principal n'est pas la musique. Il est ainsi omniprésent dans les films de Woody Allen, lui-
même clarinettiste de jazz. La Rhapsody in Blue de George Gershwin constitue
notamment le thème du film Manhattan (1979). Allen a en outre réalisé un faux
documentaire sur la guitare jazz, Accords et Désaccords (1999). Le cinéaste d'animation
Norman McLaren a quant à lui tourné plusieurs courts-métrages expérimentaux mettant en
images des œuvres de jazz, dont Caprice en couleurs (1949), qui utilise le répertoire du
pianiste Oscar Peterson.

L'affiche du film Le Chanteur


Bibliographie de jazz (1927), dans lequel
Al Jolson se déguise en noir
pour devenir une vedette de
En français jazz.

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Articles connexes
Liste de festivals de jazz

Liens externes
Musiques urbaines et revendications sociales dans le milieu du Jazz (http://www.manioc.org/fichiers/V15088),
Philippe Sadikalay, 2014
Jazz et créolisation, (http://www.manioc.org/fichiers/V18099) Coline Toumson, 2018

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