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A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers, Vénérable Maître et vous tous mes Frères en vos grades

et qualités.

La planche qu’il m’est proposé de faire ce soir s’intitule les 5 sens.

La Franc-Maçonnerie en tant qu'Ordre Initiatique, transmet son initiation en plusieurs fois.

La méthode repose sur une progression par paliers. Ce n’est pas un secret de rappeler que Le Rite
Ecossais Ancien et Accepté est construit sur 33 degrés.

Nous venons d’ouvrir à midi nos travaux au second degré et nous pouvons déjà apprécier les deux
premiers degrés.

Le grade d’apprenti pourrait se résumé comme une prise de conscience de soi, son travail l’oriente à
éclairer les zones d’inconnus de son être, il cherche avec le maillet et le ciseau à se dépouiller d’une
écorce de matière dans laquelle il est pétrifié.

C’est un travail sur soi où il recherche sa véritable identité. Il s’appuie également sur le fil à plomb
mais plus que la taille, c’est être la pierre qui importe.

La prise de conscience de soi ne peut être expérimentée que dans un ressenti corporel dans l'ici et le
maintenant.

Cette prise de conscience, c’est chercher à entrapercevoir qui je suis en ce moment, et d'accepter la
rencontre avec mon corps, mes pulsions, ma respiration, mes sensations, mes émotions et d'en être
conscient, c’est me pénétrer de mon être, de mon unité, de mon SOI, voici une facette importante du
grade d’apprenti.

Le grade de compagnon à quant à lui pour objectif de découvrir le monde, il va découvrir les autres, et
rentrer de préférence en fraternité avec les autres. Il est ainsi révélateur de voir que le premier
cartouche est apposé au plateau de l’hospitalier.

Dans ce lien aux autres, le compagnon accomplit la réalisation du Moi. Il doit voir la présence de
l’autre, il fera des rencontres, il subira des rivalités, se heurtera à des oppositions, à des dissonances
cognitives et devra dénouer des blocages pour avancer ensemble, en paix, en amour et dans la joie.

Cette posture que devra prendre le compagnon n’est pas simple, ce moi étant la partie de la
conscience individuelle qui est centrée sur les désirs personnels. Les préoccupations propres, les
exigences de l’EGO, tout tourne autour de la satisfaction des sens et des plaisirs.

Aussi pour moi l’EGO est à mon sens une problématique plus proche du second degré, elle ne doit
pas me semble-t-il est abordée de façon prégnante au premier degré.

Ainsi le grade de compagnon est aussi un prolongement à la connaissance de son être. Le connait-toi
même inscrit au frontispice du Temple de Delphes n’intéresse pas que l’apprenti, le compagnon lui
aussi doit poursuivre ce travail.

Ceci me semble important de souligner ce point, et je me permets de rappeler quelques extraits que
dit le Vénérable Maitre à l’occasion de la présentation du premier cartouche.

Vous avez été muni d’un Ciseau et d’un Maillet destinés à transformer la Pierre en un Cube parfait.
Apprenez à bien connaître votre nature profonde pour ne jamais vous mentir à vous-même.

En outre, pour être un bon Ouvrier, vous devrez développer vos cinq sens, car ils constituent le moyen
de contrôle indispensable pour cette recherche, comme ils sont les outils nécessaires à la prise de
contact avec l’extérieur.

Ainsi je me répète, le travail sur son être ne se limite pas au premier degré, le Franc Maçon travaille
sur son être aussi au grade de compagnon, ce qui me semble important c’est la distinction entre le
travail d’intériorisation que mène l’apprenti, et le travail de confrontation avec les autres que mène le
compagnon et qui par un effet miroir, ou par réaction fait réagir le compagnon et en cela devient
source de connaissance de sa personne.

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Il y a au grade de compagnon une double approche de mon être l’une par l’intérieur et l’autre par les
conséquences de mes réactions, et c’est en cela qu’il y a un contrôle permanent dans ses actions.

L’apprenti a appris à s’écouter, le compagnon apprend à écouter l’autre.

Je vais maintenant me pencher sur les cinq sens, il y a me semble-t-il deux manières d’aborder ce
sujet, une manière analytique et une manière globale.

La manière analytique serait de décliner les cinq sens les uns après les autres, mais je ne suis pas sûr
que cela présente beaucoup d’intérêt.

Je ne suis pas non plus certain que nous n’ayons que cinq sens, peut être que certains d’entre nous
perçoivent des champs électriques ou magnétiques, peut-être faut-il ajouter aux 5 sens aristotéliciens
les sens physiologiques liés à la douleur, à l’équilibre, à la température, et plein d’autres stimuli
internes.

Comment aborder alors les cinq sens dans leur globalité ? Peut-être faut-il voir la finalité directe ?

Le monde dans lequel nous sommes en contact par l’intermédiaire de nos sens est beaucoup plus
complexe qu’un simple ensemble de sons, d’odeurs, de goûts, …

Nous entendons une symphonie, pas uniquement des notes, nous admirons un tableau, pas de
simples photons de lumière. Tous ces ressentis sont accessibles grâces à la perception.

Traiter des 5 sens dans leur globalité c’est prendre en compte à la fois le processus de sensation et le
processus de perception.

Je ne m’étendrais pas sur le processus de sensation. Pour faire simple on peut toutefois dire que les
cinq sens, sont tous des «capteurs» biologiques qui, pour la plupart, détectent les vibrations de
différentes manières. Chaque sens perçoit ainsi des vibrations dans des bandes de fréquences
spécifiques et limitées.

Ainsi cette énergie que nous recueillons, ces stimulus sont alors traduits, transcodés par des flux
électriques dans des parties spécifiques de notre cerveau. Nos sens captent de l’énergie et par des
traitements complexes fournissent l’information sous une autre forme d’énergie.

Nos sens par essence matériel traitent ainsi de bout en bout de l’immatériel. Un peu comme notre
méthode symbolique qui cherche à traduire l’invisible en visible et inversement.

Mais ces cinq capteurs biologiques que nous utilisons, ne captent qu’une partie, une très, très petite
partie du spectre infini des fréquences de vibration, ce qui crée un Enorme trou dans les
informations que nous percevons sur ce qui est vraiment là.

Ainsi ces données très limitées fournies par ces cinq sens sont les seules choses qui nous
permettent d’être en contact avec le monde qui nous entoure.

Nous sommes, pour la plupart, presque aveugles dans cet univers.

Malgré cette infime partie de ce que l’on peut capter, On pourrait penser que notre environnement
nous fournit toutes les informations dont j’ai besoin pour appréhender le monde, et que seules les
informations que je perçois suffisent à percevoir ce qui est.

Mais nous ne voyons pas tous la même fleur, nous n’entendons pas la même symphonie, ni
n’admirons le même tableau.

Ainsi le processus de perception nécessite une connaissance préalable permettant de construire la


réalité à partir de fragments de sensations, nous ne recevons pas l’information sensorielle de façon
passive. Nous construisons, nous bâtissons activement ce que nous voyons, entendons, goutons,
touchons, sentons.

Ainsi notre expérience, à un impact considérable sur notre perception, nous disposons de filtre
perceptuel, ce sont nos idées préconçues, nos influences culturelles.

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L’illusion et la magie prouvent toutes les manipulations que l’on peut faire sur l’être humain en le
trompant sur ces habitudes.

Ainsi les voyages du compagnon seront là pour lui élargir son filtre perceptuel. La tradition issue des
Grands Initiés lui permettra d’apprécier plusieurs sagesses. Les ordres d’architecture lui montreront
une pluralité d’esthétisme et de savoir faire.

Les sept arts libéraux partagés par le trivium qui concerne le pouvoir ou technique de la langue, le
quadrivium qui concerne le pouvoir ou technique des nombres pourront par leurs structures, leurs
constructions, leurs règles aider le compagnon à affiner sa perception.

Mais une langue, une géométrie est une manière de voir la vie. Nous sommes parfois me semble-t-il
prisonnier aussi de nos propres définitions et valeurs.

Dans une mesure différente, et sur des plans différents, il me plait de croire que si je suis bâtisseur de
mon temple intérieur, je suis aussi bâtisseur de mes perceptions. Mais peut-être que la frontière entre
mon temple intérieur n’est pas très loin de mes perceptions. Je ne suis que ce que je comprends.

Nos 5 sens sont alors un trait d’union entre nous et l’extérieur. C’est un trait d’union actif dans les
deux sens.

Ainsi l’objet perçu par nos sens est inséparable du sujet connaissant, du compagnon.

Ce qui signifie qu’il n’y a pas d’objet d’étude sans sujet étudiant.

Paul Valéry disait je cite « Ma main se sent touchée aussi bien qu’elle touche. Réel veut dire cela, rien
de plus »

Pour faire plaisir à certain, Nietzsche disait, je cite « la réalité c’est mon système neuronal »

Nous ne sommes pas très loin non plus de la mécanique quantique qui corrobore cette vision de
l’observateur comme indissociable de la mesure effectuée

Si je reprends le rituel et que je relis la définition de la Gnose :« connaissance intégrale de la Vérité,


union de l’homme avec le divin ».

La vérité n’est pas donc extérieure, elle ne peut que se construire.

Nous sommes bien dans la démarche maçonnique ou la connaissance se construit sur les bases d’un
savoir.

Nous sommes alors dans l’apprentissage, dans l’épreuve, dans l’expérience, et tout cela est source
de connaissance.

L’apprentissage, l’épreuve, l’expérimentation c’est aussi et surtout le travail du compagnon.

Ce travail est là pour que je puisse me construire pour que je puisse vivre, que je puisse grandir.

J’ai dit Vénérable Maître.

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