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I- LA CRISE ALGERIENNE DE LA REPUBLIQUE FRANÇAISE ET LA NAISSANCE

D’UN NOUVEAU REGIME (LA VE REPUBLIQUE) : 1958-1974


Le contexte de la guerre d’Algérie a permis au général de Gaulle d’accéder au pouvoir en 1958. Il
entreprend alors une importante réforme politique avec l’adoption d’une nouvelle constitution qui stabilise
politiquement le pays, relance l’économie malgré des fragilités importantes.
1. La guerre d’Algérie et l’arrivée au pouvoir du général de Gaulle

En quatre ans (1954-1958), la guerre d’Algérie a conduit à la succession de trois gouvernements (Pierre-
Mendès France, Guy Mollet et Pierre Pflimlin) sans réussir à la résoudre. Après la manifestation
insurrectionnelle du 13 mai 1958 à Alger, une crise politique majeure éclate : le Président du Conseil, Pierre
Pflimlin, démissionne le 28 mai. Le Président de la République, René Coty, appelle Charles de Gaulle pour
le remplacer. C’est dans ce contexte tendu que de Gaulle arrive au pouvoir le 1er juin 1958.
Il s’attèle d’abord à stabiliser la vie politique en se fondant sur une nouvelle Constitution.
2. Une République stabilisée et renforcée (PPO., pp.192-193 : La Constitution de 1958)

Confirmé dans ses fonctions de président de la République le 1er juin 1958, l’Assemblée nationale donne
les pleins pouvoirs au général de Gaulle pour modifier les institutions. La nouvelle Constitution qui instaure
la Ve République est rédigée à l’été 1958 par Michel Debré, le Garde des Sceaux du général de Gaulle, et
adoptée par référendum (vote direct du corps électoral, appelé à répondre par « oui » ou « non » à la
question posée) en octobre 1958. Elle est démocratique et républicaine : le suffrage universel est respecté et
le président de la République est élu au suffrage universel direct ; les pouvoirs sont séparés : l’article 9 de la
Constitution évoque le pouvoir exécutif du Président et de son gouvernement (doc. 1) alors que l’article 61
fait référence au pouvoir législatif de l’Assemblée nationale et du Sénat (doc.3) ; …..
Cependant, elle renforce les prérogatives du Président et du Conseil constitutionnel :
- Le Président est le chef de l’État (article 5) et des armées (article 15) ; il a la charge de la nomination et
de la direction du Gouvernement (articles 8 et 9), la promulgation des lois (article 10), la consultation par
référendum (article 11), la dissolution de l’Assemblée nationale (article 12),
- les pouvoirs du Conseil constitutionnels sont aussi importants : il est consulté pour l’activation des pleins
pouvoirs (article 16), il vérifier la constitutionnalité des lois (article 61) et ses décisions ne peuvent faire
l’objet d’appel (article 62).
Le but de cette constitution est d’éviter l’instabilité gouvernementale que la IVème République a connue.

II- LES DEBUTS DE LA VE REPUBLIQUE : UN PROJET LIANT VOLONTE


D’INDEPENDANCE NATIONALE ET MODERNISATION DU PAYS
(1958 – 1974)
1. Le renforcement de la légitimité du président de la République
En renforçant le pouvoir du président, la V e République rompt avec l’instabilité politique connue sous la
IVe République. Elle permet de renforcer la légitimité du président et le place au-dessus des partis politiques.
En effet, la Constitution de 1958 change le mode de scrutin proportionnel par le scrutin majoritaire
uninominal. La majorité obtenue peut ainsi soutenir le gouvernement dans l’examen et le vote des lois. Elle
renforce donc le pouvoir du président de la République qui, désormais, nomme le premier ministre, préside
le conseil des ministres et fixe les priorités du gouvernement.
A partir de 1962, la légitimité du président de la République est renforcée car il est élu au suffrage universel
direct. Il s’établit alors un lien fort entre le président et la population.
De Gaulle profite de ce renforcement de son pouvoir et de son charisme pour fixer les grandes orientations
politiques, économiques et de la politique étrangère « son domaine réservé » ; il délègue la gestion de ce
qu’il appelle l’« intendance » (affaire intérieure) à son premier ministre. Mais, il maintient un lien très étroit
avec la population qui se manifeste par « des bains de foule ».
La grandeur de la France étant retrouvée, de Gaulle ambitionne de faire de la France une puissance de
premier plan. L’empire colonial est définitivement terminé dès 1960 en Afrique avec l’indépendance de 14
anciennes colonies. Plus difficilement, les accords d’Évian (1962) mettent fin à la guerre et accordent
l’indépendance à l’Algérie. Sur la scène internationale, de Gaulle ralentit la construction européenne : il
s’oppose fermement à l’entrée du Royaume-Uni dans la CEE en pratiquant la « politique de la chaise vide »
(politique européenne menée par la France pour empêcher l’entrée du Royaume-Uni dans la CEE). Il
entreprend de grandes tournées diplomatiques, comme en Amérique latine en 1964. Puissance nucléaire dès
1960, la France prend ses distances avec les États-Unis et quitte le commandement intégré de l’OTAN en
1966.
2. La modernisation du pays avec une forte intervention de l’Etat
La croissance économique de la reprendre entre 1959 et 1970 ; le taux de croissance annuel moyen du
PIB atteint + 5,8%. Le secteur industriel reste actif et s’intègre à l’économie mondiale libérale sous
l’impulsion des grandes entreprises comme Rhône-Poulenc (chimie) ou Renault (automobile). Cependant, le
secteur tertiaire s’impose comme le moteur principal de la croissance. Dans cette croissance, l’État joue un
rôle fondamental. Il met en place de grands programmes de modernisation, comme le « plan calcul » (1966)
qui doit aboutir à mettre au point un ordinateur français. Les grandes infrastructures se multiplient :
l’aéroport d’Orly (1961), le tunnel du Mont Blanc (1965), la zone industrialo-portuaire de Fossur-Mer
(1968). Une dizaine de réacteurs nucléaires (Saint-Laurent, Chinon, Bugey, Pierrelatte, Marcoule…) sont
mis en chantier pour produire une électricité moins chère.
À cette période, la société française se transforme. La croissance du pouvoir d’achat est soutenue (+4,4% par
an en moyenne), permettant aux Français de consommer plus. Les hypermarchés font leur apparition (le 1 er
ouvre ses portes dans la banlieue Sud de Paris en 1963). Le niveau de vie moyen progresse : 24% des
ouvriers ont une voiture à la fin des années 1950 contre 75% au début des années 1970. Les loisirs et le
tourisme de masse (tourisme pratiqué par le plus grand nombre) poursuivent leur progression, accompagnés
par l’État qui lance notamment le Plan Racine en 1963 pour aménager le littoral languedocien
(aménagement des stations balnéaires de La Grande Motte, Le Cap d’Agde…).
L’Etat encourage également la création artistique : en 1961, André Malraux, ministre des Affaires culturelles
(création du ministère des Affaires culturelles en 1959), crée, en 1961, des maisons de la culture destinées à
faciliter l’accès à la culture de l’ensemble des Français. L’Etat encourage également la création artistique
surtout sous la présidence de Georges Pompidou (1969-1974) qui donne son nom au Centre d’art
contemporain construit au cœur de Paris.
3. Les fragilités de la Vème République
La restauration de la puissance française sous la V e République n’est pas synonyme d’absence totale de
difficultés. Celles-ci sont d’ordre politique, social et économique.
- Sur le politique (diplomatique) :
Sur le plan politique, de Gaulle a du mal à résoudre la question la question algérienne. Entre 1958 et
1960, plus de la moitié des pays reconnait le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA),
organe politique issu du Front de Libération nationale (FLN), dirigé par Ahmed Ben Bella. Des États
fournissent clandestinement des armes au FLN pour lutter contre l’armée française notamment l’URSS et
l’Égypte. Le GPRA est invité à des conférences internationales et à l’ONU. La France est donc isolée sur la
scène internationale.
- Au niveau social :
Au niveau social, on note la violence qui se diffuse dans la société algérienne. L’armée française torture
les prisonniers pour obtenir des aveux. Les violences entre Algériens et Français d’Algérie se multiplient
(l’OAS tente d’assassiner de Gaulle en 1962). En France, la population se soulève contre la guerre en
Algérie.
- Sur le plan économique :
Avec les crises économiques de 1973, la France connaît un ralentissement sensible de sa croissance et un
fort taux du chômage provoquant ainsi la remise en cause de la place prépondérante de l’Etat à partir de
1974.

CONCLUSION
Sous la IVème République, la France tente de reconstruire sa puissance : elle lance la reconstruction
économique, s’allie avec les États-Unis dans la Guerre froide, s’engage dans la construction européenne
mais elle a encore du mal à accepter l’indépendance de ses colonies. Le retour de de Gaulle au pouvoir en
1958 donne naissance à la Vème République, et renforce la puissance internationale du pays.
Néanmoins, la Vème République connait quelques fragilités.