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Le terme de classe sociale est l'une des rares notions sociologiques à être entrée dans le langage

courant : chacun connaît ce concept, même si les manières de l'interpréter différent.

La définition d'une « classe sociale » est hors de tout consensus, de nombreux auteurs ayant proposé
leur définition de l'expression. Dans une approche générale, elle peut être définie comme un groupe
d'individus qui se distingue des autres par un niveau de vie, un mode de vie et des pratiques
culturelles spécifiques.

De nos jours, la question de la pertinence d'une approche en termes de classes sociales pour rendre
compte de la société française se pose. C'est pourquoi nous allons montrer qu'une telle analyse peut
aujourd'hui être remise en cause.

Dans un premier temps, nous verrons que les inégalités économiques et sociales se sont réduites
depuis les années 1960, diminuant ainsi la pertinence de la notion de classe sociale. Dans un second
temps, nous verrons que le sentiment d'appartenance à une classe sociale est de plus en plus flou.
Enfin, nous verrons qu'aujourd'hui, d'autres critères doivent être pris en compte pour étudier la
société.

Selon Henri Mendras, la période allant de 1965 à 1984 a été celle d'une moyennisation de la
structure sociale grâce à l'aspiration vers le haut des classes populaires (« baisse des inégalités
économiques », document 1). La distance interclasses s'est largement réduite durant cette période.
Les années 1960 ont également été un moment d'homogénéisation des modes de vie : certaines
pratiques (comme le port du jean ou le barbecue, document 1) se sont progressivement diffusées à
l'ensemble de la population française. La massification scolaire durant la Ve République a également
participé à cette moyennisation de la société. Dès lors, selon Mendras, si « tout le monde est moyen
» alors il n'est plus pertinent de raisonner en termes de classes sociales. Il serait d'ailleurs préférable,
selon lui, de parler de « constellations sociales ».

Les analyses contemporaines affirmant qu'il n'est plus pertinent de raisonner en termes de classes
sociales partent généralement du principe qu'il n'existe plus réellement de « conscience de classe ».
Si, de manière constante depuis 1982, environ deux tiers des Français ont le sentiment d'appartenir à
une classe sociale, il faut toutefois remarquer qu'aujourd'hui une majorité d'entre eux se situe dans
la classe moyenne (58 % des personnes qui ont le sentiment d'appartenir à une classe sociale s'y
positionnent, document 2). Cette identification subjective grandissante à la classe moyenne
démontre que la notion de classe sociale a perdu de son sens, du moins dans sa dimension «
marxienne » de « classe pour soi ».

Dans les sociétés modernes, au-delà de leur fragmentation interne (augmentation de la distance
intraclasses), les catégories socioprofessionnelles auraient perdu de leur pouvoir explicatif des
pratiques sociales et culturelles des Français. Dès lors, les études sociologiques actuelles s'intéressent
de plus en plus souvent à d'autres critères pour étudier la structuration de l'espace social. Par
exemple, au-delà de la PCS, le genre explique aussi les inégalités de salaire. En 2011, quel que soit
leur groupe socioprofessionnel, les femmes touchent un salaire net mensuel moyen de 1 865 €
contre 2 312 € pour les hommes, soit un salaire en moyenne moins élevé de 19,3 % pour les femmes
(document 3). Ainsi, il semble qu'il soit aujourd'hui fondamental de se pencher sur de multiples
critères d'individualisation (le genre mais aussi le niveau de diplôme, l'âge, la génération, etc.) pour
rendre compte de manière pertinente de la société française.

Pour conclure, une analyse en termes de classes sociales pour rendre compte de la société française
actuelle peut être remise en cause pour plusieurs raisons : la moyennisation enclenchée durant les
années 1960 a réduit les inégalités économiques, sociales et culturelles entre des classes sociales
aujourd'hui de plus en plus fragmentées, le sentiment d'appartenance à une classe est brouillé et
d'autres critères que la classe sociale doivent désormais être pris en compte dans un contexte
d'individualisation croissante.

La mobilisation récente des « gilets jaunes » peut néanmoins être analysée comme un retour d'une
certaine forme de conscience de classe. Les « classes pour soi » théorisées par Karl Marx ne sont
peut-être pas si loin. Pour citer Louis Chauvel « après une période de purgatoire, des objets démodés
peuvent retrouver une jeunesse inattendue »…

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