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Oncologie (2014) 16:285-290

DOI 10.1007/s10269-014-2401-3

MISE AU POINT / UPDATE DOSSIER

Place de l’hystérectomie d’emblée dans la prise en charge des tumeurs


trophoblastiques gestationnelles à bas risque
Hysterectomy in Case of Low-Risk Gestational Trophoblastic Neoplasia

J. Massardier · M. Mathe · P.-A. Bolze · T. Hajri · M. Devouassoux-Shisheboran · A.-M. Schott · J.-P. Lotz · B. You ·
F. Golfier
Reçu le 19 janvier 2014 ; accepté le 13 mai 2014
© Springer-Verlag France 2014

Résumé Introduction : Le traitement recommandé des Abstract Introduction: Single agent chemotherapy, most
tumeurs trophoblastiques gestationnelles (TTG) à bas risque usually methotrexate, is the treatment for low-risk Gestatio-
est une monochimiothérapie, habituellement par méthotre- nal Trophoblastic Neoplasia (GTN). The role of hysterec-
xate. La place de l’hystérectomie en première intention est tomy is not clearly known in this situation.
mal définie dans cette indication. Methods: Complete hCG normalization after hysterectomy
Méthodes : Évaluation de la normalisation des hCG des TTG was evaluated in case of low-risk GTN, in the French Center
à bas risque après hystérectomie initiale, enregistrées par le for Trophoblastic Disease, Lyon, France, between 1999 and
Centre français des maladies trophoblastiques de Lyon, 2013.
France, entre 1999 et 2013. Results: Forty-three patients out of the fifty-four included
Résultats : Sur les 54 patientes incluses, 43 (80 %) ont été (80%) were cured by hysterectomy alone. No criteria were
guéries définitivement par une hystérectomie. Aucun critère predictive of failure.
d’échec n’a pu être mis en évidence de façon significative. Conclusion: Hysterectomy could be an option in certain
Conclusion : Une hystérectomie est une option thérapeutique cases of low-risk GTN, especially on patient’s request.
possible des TTG à bas risque en cas de demande de la patiente.
Keywords Hysterectomy · Gestational trophoblastic
Mots clés Hystérectomie · Tumeur trophoblastique neoplasia · Hydatidiform mole
gestationnelle · Môle hydatiforme

J. Massardier (*) · M. Mathe · P.-A. Bolze · T. Hajri · B. You


M. Devouassoux-Shisheboran · A.-M. Schott · J.-P. Lotz · Service d’oncologie médicale, hospices civils de Lyon,
B. You · F. Golfier CHLS, 165, chemin du Grand-Revoyet,
Centre français des maladies trophoblastiques, F-69495 Pierre-Bénite, France
hospices civils de Lyon,
CHLS, 165, chemin du Grand-Revoyet, M. Devouassoux-Shisheboran
F-69495 Pierre-Bénite, France Service d’anatomopathologie, hospices civils de Lyon,
e-mail : jerome.massardier@chu-lyon.fr hôpital de la Croix-Rousse, F-69004 Lyon, France

J. Massardier · M. Mathe · P.-A. Bolze · T. Hajri · A.-M. Schott


M. Devouassoux-Shisheboran · A.-M. Schott · B. You · F. Golfier Pôle information médicale, évaluation, recherche,
Université Lyon-I, 8, avenue Rockefeller, hospices civils de Lyon, 162, avenue Lacassagne,
F-69373 Lyon cedex 08, France F-69424 Lyon cedex 03, France

J. Massardier J.-P. Lotz


Service de gynécologie-obstétrique, hospices civils de Lyon, Service d’oncologie médicale et de thérapie cellulaire,
HFME, 59, boulevard Pinel, AP–HP, université Pierre-et-Marie-Curie, hôpital Tenon,
F-69500 Bron, France 4, rue de la Chine, F-75970 Paris cedex 20, France

F. Golfier F. Golfier
Service de gynécologie-obstétrique, hospices civils de Lyon, EMR 3738 « Ciblage thérapeutique en oncologie »,
CHLS, 165, chemin du Grand-Revoyet, université Lyon-I, 8, avenue Rockefeller,
F-69495 Pierre-Bénite, France F-69373 Lyon cedex 08, France
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Introduction Matériel et méthodes

Les maladies trophoblastiques gestationnelles regroupent plu- L’étude a porté sur la base de données du Centre français des
sieurs entités, de définitions et de pronostics différents. Les maladies trophoblastiques entre novembre 1999 et février
grossesses molaires partielles (MP) et complètes (MC), les 2013. Le recueil des données était réalisé de façon prospec-
môles invasives, les choriocarcinomes, les tumeurs du site tive. La déclaration des cas était laissée à l’appréciation des
placentaire et les tumeurs épithélioïdes ont une définition his- praticiens prenant en charge les patientes. Les patientes pou-
tologique [1,2]. Les tumeurs trophoblastiques gestationnelles vaient avoir été déclarées au stade de grossesse molaire ou au
(TTG) ont une définition possiblement clinicobiologique stade de TTG. Les patientes pouvaient être traitées à Lyon ou
pure, fondée sur l’évolution des hCG, et dont les critères sont plus souvent dans le centre qui les avait pris en charge ini-
définis par la FIGO (réascension de 10 % ou plus des hCG sur tialement. Pour toutes les patientes enregistrées, une relec-
trois dosages consécutifs à une semaine d’intervalle [jours 1, ture histologique par un pathologiste référent a été organisée.
7 et 14] ou stagnation des hCG sur au moins quatre dosages Le fonctionnement du centre et les données enregistrées sont
consécutifs à une semaine d’intervalle [jours 1, 7, 14 et 21] ou déjà décrits par ailleurs [11,12].
persistance d’hCG positives 24 semaines après l’évacuation Les patientes éligibles devaient présenter une TTG à bas
de la môle) [3]. Les choriocarcinomes gestationnels font risque définie par les critères de la FIGO, c’est-à-dire un
cependant également partie de cette dernière catégorie, indé- score FIGO calculé entre 0 et 6 à l’issue du bilan d’exten-
pendamment de l’évolution des hCG. sion [3], et ayant été traitées initialement par une hystérec-
La prise en charge de ces entités est différente. Les MP et tomie. Les hCG étaient dosées dans le laboratoire habituel
les MC sont considérées comme des pathologies à potentiel de la patiente et le dosage préopératoire considéré était le
malin, et une évacuation utérine simple par aspiration est le dernier disponible avant l’hystérectomie. Le bilan d’exten-
traitement recommandé en première intention [4]. Le risque sion d’une tumeur trophoblastique comportait de façon non
d’évolution vers une TTG est alors de 2,3 % après une MP et restrictive un scanner du thorax et de l’abdomen, une IRM
de 15,9 % après une MC [5]. À l’inverse, le traitement de pelvienne ou une échographie pelvienne par un praticien
référence des tumeurs du site placentaire et des tumeurs épi- habitué aux pathologies oncogynécologiques, et une image-
thélioïdes nécessitera une hystérectomie même chez les rie cérébrale (IRM ou scanner). Ont été exclues les hysté-
patientes jeunes [6]. rectomies à visée d’évacuation utérine et les patientes pour
lesquelles une chimiothérapie a été initiée en même temps
En cas de diagnostic de TTG, le traitement devient habi-
que le geste chirurgical. Les patientes présentant une tumeur
tuellement médical. Le type de traitement est fonction du
du site placentaire ou une tumeur épithélioïde n’ont pas été
score FIGO, calculé à l’issu d’un bilan d’extension complet.
incluses, de même que les patientes présentant un échec de
En cas de score inférieur ou égal à 6, une TTG est considérée
traitement médical initial (hystérectomie de rattrapage). Les
à bas risque et le traitement fera appel à une monochimio-
hCG étaient dosées de façon hebdomadaire dans les suites
thérapie, le plus souvent du méthotrexate [7]. En cas de score
de l’hystérectomie, et une augmentation successive sur au
supérieur ou égal à 7, le traitement est une polychimiothé-
moins trois dosages était considérée comme une indication
rapie, le protocole EMA-CO étant le plus décrit dans la lit-
de traitement médical. Un suivi d’hCG négatives de 12 mois
térature [8].
était nécessaire pour affirmer la guérison après traitement,
Chez les patientes n’ayant plus de projet de grossesse et faisant exclure les patientes n’ayant pas encore normalisé
un âge en rapport, une hystérectomie comme méthode d’éva- leur taux d’hCG au 1er février 2012.
cuation d’une MC semble diminuer le risque d’évolution Le recueil des données était réalisé avec le logiciel
vers une TTG [9]. En cas de TTG résistante avec échec PARADOX 9. L’analyse statistique a été réalisée avec le
d’une ou plusieurs ligne(s) de chimiothérapie, et notamment logiciel SAS 9.1. La comparaison des groupes a utilisé un
dans les formes à haut risque ou les choriocarcinomes, ce test de Fisher, avec un seuil de significativité à 0,05.
geste est également une option thérapeutique [10]. La place
de l’hystérectomie est moins évidente en cas de TTG à bas
risque. Résultats
Afin de préciser ce point, nous avons étudié la cohorte de
patientes présentant une TTG à bas risque enregistrées par le Dans la période étudiée, 600 TTG à bas risque avec au moins
Centre français des maladies trophoblastiques, et ayant subi un an de recul ont été enregistrées. Parmi ces patientes,
une hystérectomie comme traitement initial de la TTG. L’ob- 66 ont bénéficié d’une hystérectomie en première intention.
jectif principal était de définir si cette chirurgie permettait Douze patientes ont été exclues pour réalisation d’une chi-
une normalisation spontanée des hCG, sans recours à un miothérapie concomitante. L’évolution des 54 patientes ana-
traitement médical ultérieur. lysées est présentée dans la Figure 1. Le taux d’échec en cas

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