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Groupe d'études et de recherches sur les mondialisations

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DATE :  2005-04-12
LANGUE :  FRANÇAIS

Ethno-développement durable
Ethno-développement durable
Source :  Paula Caleffi

Le concept d'ethno-développement durable est né de la fusion de deux concepts aux origines différentes mais qui ont en commun l'objectif d'établir une critique du processus d'industrialisation, à savoir le concept
d'ethno-développement et le concept de développement durable.

L'ethno-développement durable est basé sur le respect interculturel et sur le droit de tous les peuples natifs du monde à l'autonomie et à l'autogestion face aux Etats Nationaux et au marché mondialisé. Ce concept
associe deux axes principaux – la Culture et le Marché –, et cette association doit forcément être pensée à partir de la culture : quelles sont les formes traditionnelles de production et quels sont les produits
d'origine traditionnelle que les communautés natives peuvent offrir au marché sans que cette relation soit renversée, c'est-à-dire, sans que ce soit le marché qui décide ce qui doit être produit et comment ?

Deux auteurs ont eu une forte influence sur la création et la diffusion de ce concept : Batalla affirme que le concept présuppose la capacité autonome de détermination de leur développement que possèdent les
sociétés dont les cultures diffèrent de celles des Etats Nationaux. Il affirme aussi l'importance de l'utilisation par ces peuples de leurs expériences historiques ainsi que de leurs ressources culturelles dans la
définition de leur avenir (Batalla, 1982). Pour Stavenhagen, ce concept suppose que les cultures autochtones soient libres de négocier avec les Etats l'établissement de relations selon leurs intérêts, et que pour cela
elles détiennent le contrôle de leurs terres, de leurs ressources, de leur organisation sociale et de leur culture (Stavenhagen, 1984).

Les deux auteurs travaillent avec deux conditions essentielles pour la réalisation de l'ethno-développement : l'autonomie de négociation des peuples natifs face aux Etats Nationaux, et l'établissement de relations
symétriques entre la production locale et le marché global. Ils suggèrent encore l'indépendance de la production locale face au marché global, autrement dit, ils déplacent l'axe de pouvoir vers la production locale
qui, selon leur théorie, devrait définir ses produits et sa temporalité.

Ainsi, les deux propositions ont beaucoup en commun, en plus de la difficulté de leur construction à partir de la réalité des peuples natifs. Si ses présupposés ne sont pas mis en doute, le concept d'ethno-
développement se heurte pourtant à de nombreux problèmes pour se traduire en réalité. Des problèmes issus des pratiques colonialistes exercées pendant la période d'expansion européenne, héritées et mises en
oeuvre historiquement par les Etats Nationaux eux-mêmes, qui se sont formés à l'image de leurs dominateurs, ainsi que des pratiques colonialistes locales.

Le concept est clair et il est inaltérable : il s'agit d'un idéal. Ce qui n'est pas clair, c'est comment l'atteindre.

Pour démarrer la discussion essentielle sur la transformation de la théorie en réalité, il nous faut comprendre qu'actuellement il reste dans le monde très peu de peuples natifs qui possèdent leurs terres
traditionnelles. D'autres possèdent des terres, mais celles-ci ne pourraient pas être classées comme traditionnelles, que ce soit par leurs caractéristiques actuelles ou par leur taille. De très nombreux peuples natifs
sont éparpillés dans de petites communautés aux périphéries de centres urbains ; ils n'ont pas cessé d'être porteurs de leur identité, mais l’estime qu’ils portent à eux-mêmes est très abîmée. Il est très rare que ces
populations produisent quelque chose qui puisse être classée comme "ethnique" par et pour le marché global, sinon à cause de leur propre condition actuelle, par leur simple manque d’une matière première qui
soit considérée comme appropriée. Dans ce contexte, compter sur l'organisation de ces communautés et sur la mobilisation de leur autonomie comme stratégie de négociation de leurs intérêts auprès de l'Etat
National, c'est supposer, de façon erronée, que les conditions de pauvreté, d'exclusion et de marginalisation n'ont aucun effet sur les personnes et sur les communautés.

Ainsi, soit nous acceptons que le concept d'ethno-développement doit être élargi pour être capable de répondre également aux peuples natifs qui vivent dans ces conditions, soit nous continuons à reproduire l'idée
du natif idéalisé qui vit dans des conditions idéalisées, car selon le concept, même les peuples natifs qui habitent encore leurs terres traditionnelles devront apprendre l'idiome national ainsi que la logique de
négociation des « blancs », pour défendre leur mode de vie face aux Etats Nationaux et au marché global.

Le concept de développement durable, de son côté, a été construit à partir de nombreux agendas internationaux soucieux de discuter les effets du développement sur l'environnement (1).

Ce qui est initialement à l'origine de la construction du concept de développement durable est la préoccupation au sujet des générations futures et de leur qualité de vie. Le concept cherche à rendre compatible le
développement avec une protection appropriée de l'environnement, tout en prévoyant la nécessité d'un usage responsable des ressources naturelles, ainsi que leur remplacement quand cela est possible. Par
conséquent, l'ethno-développement durable est une proposition de fusion des deux concepts déjà cités, dans le but d'articuler trois axes : la Culture, l'Environnement et le Marché.

Ethno-développement durable est donc un concept excluant dans le sens qu'il ne peut être appliqué qu'aux peuples natifs qui possèdent des terres traditionnelles. On attribue aussi aux peuples natifs la
responsabilité de s'engager dans un modèle conservationniste. Les questions qui contestent ce concept sont nombreuses, et les plus importantes évoquent l'attribution d'une exigence de conduite
conservationniste à des peuples qui n'ont pas été les responsables de la création de leurs problèmes, et qui sont souvent les victimes d’une conduite de développement prédatrice. De plus, la supposition que les
peuples natifs sont volontairement préservationnistes n'a jamais été prouvée. "Il faut faire la distinction entre des formes de gestion et d'aménagement des ressources – qui ne seraient pas en principe,
conservationnistes ou équilibrées – et des formes d'organisation sociale, car celles-ci peuvent – dans un contexte traditionnel – promouvoir un équilibre dans les relations entre ces sociétés et leur environnement"
(Gallois, 2001 p. 183).

Comme l'ethno-développement durable a la prétention de faire une synthèse des concepts d'ethno-développement et de développement durable, il devrait aussi donner une réponse valable à la question essentielle
créée par l'ethno-développement concernant l'autonomie des peuples natifs. Pourtant, le commerce de produits considérés comme "ethniques" par le marché, et qui sont produits selon des formes considérées
comme traditionnelles, aura du mal à apporter aux peuples natifs les conditions pour devenir indépendants des relations d’assistance vis-à-vis des Etats Nationaux ainsi que d'ONGs et/ou d'organisations et
d’agences internationales.