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2 - Notions de géologie du Maroc

Le Maroc a été divisé en plusieurs zones structurales entre le craton africain d'âge
précambrien (orogenèse panafricaine) au Sud et la chaîne alpine du Rif au Nord, beaucoup
plus récente (Eocène à Miocène supérieur).

A - Le bouclier saharien :

Le socle ancien de gneiss et migmatites du Tiris (3288 à 2373 Ma) a été métamorphisé
pendant l'orogénèse éburnéenne (env. 2000 Ma), et intrudé à l'E par les granites d'Ain Bentili
(2037 Ma). Il est recouvert en discordance à l'Est par le Protérozoïque supérieur (1100 à 750
Ma), et vers l'Ouest par les nappes des Mauritanides (mises en place à la fin du Dévonien vers
360 Ma, lors d'une phase calédonienne). Au Nord se superpose un bassin Paléozoïque très
calme (Tindouf), et vers l'Ouest un bassin crétacé et tertiaire s'ouvrant vers l'Atlantique.

B - L'Antiatlas :

Dans les chaînons de l'Antiatlas, en bordure du Sahara, affleure une série paléozoïque
modérément plissée, recouverte par la discordance du Crétacé supérieur.

Le Précambrien affleure dans plusieurs massifs, depuis Ifni jusqu'au Jebel Sarhro et au
voisinage d'Erfoud ; il comprend peut-être des terrains de l'Archéen, mais surtout du
Protérozoïque volcano-sédimentaire : cette série est intrudée par deux séries de granites, les
uns anciens 1700-2000 Ma (granites éburnéens), les autres beaucoup plus récents comme
ceux de Tafraoute (549 Ma), rapportés à l'orogénèse panafricaine : au dessus, repose en
discordance une série du Précambrien terminal ("Adoudounien"), formée de dolomies à
stromatolites puis d'une série violacée "lie de vin", en conformité avec le Cambrien.

Dans le Précambrien de Bou Azzer, au S de Ouarzazate, est connu un complexe de


serpentinites, affleurant sur 50 km de long, et ayant fourni des minerais de cuivre et de cobalt
; les serpentinites sont surmontées de jaspes, de calcaires et autres sédiments marins, et
pourraient représenter une suture océanique éburnéenne. D'autres petits affleurements de
serpentinites sont connus jusque dans le Haut Atlas (Cherotzky, 1969).

La série Paléozoïque de l'Antiatlas comprend environ 12000 m de sédiments marins,


surtout formée de grès et d'argiles, dans lesquelles se trouvent plusieurs formations calcaires
fournissant des roches ornementales :

- à la base, une puissante barre de calcaires du Cambrien inférieur, comprenant des lentilles
riches en Archaeocyathus (organismes proches des éponges, en forme de cône à double
parois, avec des cloisons radiales reliant les deux parois) ; ces calcaires sont faiblement
métamorphisés (légère recristallisation).

- quelques bancs de calcaires noirs à Orthocères (nautiles déroulés) vers le sommet du


Silurien).
- récifs dévoniens en plusieurs localités, et calcaires pélagiques à Orthocères et Goniatites
(Ammonites du Paléozoïque) à Erfoud.

- quelques calcaires récifaux dans le Carbonifère près de Taouz.

Le plissement hercynien s'est produit vers la fin du Carbonifère ; après une longue érosion
se sont déposés en discordance le Crétacé continental (à ossements de Vertébrés), la dalle de
calcaires récifaux cénomano-turoniens, puis les évaporites du Sénonien.

C - La chaîne de l'Atlas

Cette barrière montagneuse continue, culminant à 4167 m au Jebel Toubkal au dessus de


Marrakech, est franchie par de rares cols à plus de 2000 m d'altitude, elle reste enneigée
jusqu'au printemps. Vers l'WSW elle disparaît avant la côte près d'Agadir ; vers l'E elle se
subdivise en deux branches encadrant les Hauts plateaux, la branche dirigée vers le NE étant
appelée Moyen Atlas.

Le Précambrien et le Paléozoïque affleurent largement dans le Haut Atlas Occidental, et


différent peu des séries de l'Antiatlas ; ils sont cependant plus fortement déformés par
l'orogénèse hercynienne, qui s'est accompagnée de quelques intrusions granitiques, dont la
plus importante est celle du Tichka, qui a transformé les calcaires cambriens par
métamorphisme de contact.

Après les séries salifères du Trias, un vaste golfe marin se forme dans l'Est pendant le
Jurassique inférieur et moyen, au cours d'une phase d'extension qui ouvre des fossés
indépendants des directions hercyniennes : le Lias inférieur forme une plateforme carbonatée,
parsemée de récifs au Lias moyen, l'ensemble ayant une épaisseur de 1000 à 1200 m. Cette
plateforme s'effondre au Lias supérieur, avec formation de deux sillons, l'un dans le Haut
Atlas Oriental, l'autre dans le Moyen Atlas. La mer se retire au Jurassique supérieur ; le
Crétacé inférieur est continental, après une phase de plissement se produit une vaste
transgression marine du Cénomanien à l'Eocène, avec un épisode régressif au Sénonien. Dans
l'Ouest au contraire, entre Agadir et Essaouira, la série marine est continue du Jurassique au
Crétacé terminal.

Le plissement et la formation des reliefs de l'Atlas sont liés principalement, après des
phases mineures au Crétacé et à l'Eocène supérieur, au Miocène supérieur-Pliocène (étages
mal datés dans les formations continentales) ; la déformation se produit surtout le long de
faisceaux de failles longitudinales, avec un double déversement vers le N et le S. Il s'agirait
d'une tectonique d'inversion des accidents anciens limitant les fossés d'effondrement
jurassiques, en régime décrochant. Cette situation est assez comparable à la formation des
Pyrénées, sauf qu'au Maroc il n'y a pas de métamorphisme associé.

D - La Meseta :

C'est massif hercynien pénéplané, recouvert de bassins de Crétacé supérieur-Eocène riches


en phosphates ; ces derniers sont peu déformés par les phases alpines, au contraire de l'Atlas
et du Rif.

Le socle hercynien, intéressant pour ses roches ornementales, se rencontre dans trois
massifs : les Jbilet au N de Marrakech, les Rehamna au N de Benguerir, et le "Massif Central"
entre Casablanca et Azrou. Cette zone est caractérisée par la rareté des affleurements
précambriens, une forte tectonique hercynienne (avec nappes dans l'Est), l'existence d'un
métamorphisme régional dans l'Ouest, et des intrusions granitiques.

Des calcaires se trouvent dans le Cambrien inférieur, des récifs dans le Dévonien inférieur
(Tiflet) et le Dévonien moyen (Oued Yqem), des lentilles de calcaires dans le Viséen
(précédant le flysch du Culm).

Les intrusions granitiques hercyniennes forment plusieurs batholites âgés de 340 à 260 Ma
(Carbonifère moyen à Permien), les plus jeunes étant post-tectoniques. Le raccourcissement
produit par le plissement hercynien est orienté en gros NW-SE.

Après pénéplanation de la chaîne hercynienne, plusieurs golfes marins venant de


l'Atlantique (Haha, Doukkala, Plateau des Phosphates, Sillon sud-rifain) déposent une série
transgressive du Crétacé supérieur à l'Eocène inférieur : elle inclue les bancs calcaires du
Turonien (Calcaires de Boujad) et la série phosphatée du Maestrichtien-Yprésien, grande
source de richesse pour le Maroc.

E - La zone du Rif

Le Rif est l'arc montagneux, culminant à 2448 m au Tidiquin, qui se raccorde à la chaîne
bétique d'Espagne à travers le détroit de Gibraltar. Au Sud, son avant-pays descend en pente
douce vers la vallée du Sebou. L'ensemble est formé de nappes déversées vers le Sud, avec
une structure complexe encore sujette à de nombreuses discussions.

Du Sud au Nord on rencontre l'avant fosse mio-pliocène, des nappes de calcaires et de


flyschs, une dorsale calcaire, enfin la zone interne comprenant des nappes paléozoïques et
cristallophylliennes. Ces dernières incluent le massif de péridotites peu serpentinisées de Bni
Bouchra, comparables aux péridotites de Ronda en Andalousie et à celles de Lanzo dans les
Alpes ; on a envisagé pour ces péridotites une origine intrusive, comme à Ronda, il s'agit plus
probablement à notre avis d'une dénudation du manteau lors d'une ouverture océanique
incomplète.

Les nappes internes se sont mis en place assez tôt (Eocène), tandis que les nappes externes
viennent s'intercaler dans le Miocène supérieur.

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