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Master 

: Littérature, éducation et culture humaniste

Module : Littérature, plaisir et instruction

Professeur : Mr. Kich Aziz

Etudiant : Berri Oussama

L’amour comme source de plaisir,


de jouissance
et comme quête d’identité
dans les cinq oeuvres de Balzac

Le père Goriot

Eugénie Grandet

Le colonel Chabert

Le chef-d’oeuvre inconnu

Pierre Grassou

Introduction

La littérature est tout d’abord un puissant moyen de nous faire participer à des
vies différentes de la nôtre.

Le récit littéraire permet de se mettre à la place de l’autre et d’observer comment


prennent place les différentes attitudes éthiques possibles dans des vies
particulières. L’expérience de la lecture est en elle-même une « éducation » au
sens où on y prend l’habitude de se mettre à la place de l’autre.

Il a aussi l’avantage de permettre aux hommes « d’entrer en imagination » avec


des personnages, d’éprouver des émotions en réaction à ce qui leur arrive en se
« souciant » de leur sort.

Effectivement, la littérature permet au lecteur de faire un décalage par rapport à


ce qu’il a l’habitude de vivre, de voir un autre univers fictif qui permet de
relativiser et de comparer avec ce qui est vécu et réel. La fiction offre des
univers diamétralement opposés et arrive par conséquent à toucher toutes les
sensibilités et les mentalités ; un tel contact avec le texte littéraire ne peut
qu’engendrer une remise en question de ses propres comportements et
habitudes, et de s’interroger sur la meilleure façon de mener sa vie.

Le roman français est l’un des genres capable d’offrir cette possibilité de se
projeter fictivement dans un autre monde. Par exemple, les efforts que peuvent
fournir les parents devant les demandes parfois exorbitantes de leurs enfants
deviennent tangibles et perceptibles pour le lecteur lorsqu’il étudie Le Père
Goriot et ce qui le pousse par la suite à mieux considérer les sacrifices de ses
propres parents etc.

L’univers romanesque tolère facilement aux lecteurs de s’identifier aux


personnages, d’assimiler le cadre spatio-temporel dans lequel se déroulent les
actions de l’histoire pour comprendre à la fin la psychologie et les facteurs qui
motivent les actions des protagonistes.

Avant de passer à l’annonce du plan, il me semble important d’aborder la


conception barthésienne du plaisir du texte qui va de pair avec ma lecture des
romans et nouvelles de Balzac.

Un texte de plaisir est «  celui qui contente, emplit, donne de l’euphorie ; celui
qui vient de la culture, ne rompt pas avec elle, est lié à une pratique confortable
de la lecture. » Le texte de jouissance est « celui qui met en état de perte, celui
qui déconforte (…), fait vaciller les assises historiques, culturelles,
psychologiques, du lecteur, la consistance de ses goûts, de ses valeurs et de ses
souvenirs, met en crise son rapport au langage. »

Roland Barthes explique : « Je me suis servi d’une opposition, psychanalytique,


entre le plaisir et la jouissance. Ce qui est du côté du plaisir, ce sont les textes
qui apportent une forme d’euphorie, de confort, qui renforcent son moi. C’est
pourquoi le plaisir est tout à fait compatible avec la culture. Il y a
incontestablement un plaisir de la culture. La jouissance, c’est quelque chose de
beaucoup plus radical, absolu, qui ébranle le sujet, qui le divise, qui le pluralise,
qui le dépersonnalise. C’est une expérience de type très différente et qui va très
souvent contre la culture en ce sens que les textes de jouissance, très rares et
variables selon les sujets, ont la valeur d’expérience-limite et marginale ».

C’est dans cette lignée que j’inscris mon travail. Je vais essayer de mettre en
lumière les grands événements qui ont marqué ma lecture de chaque oeuvre en
commençant par le père goriot en le comparnt avec le père grandet. Puis je vais
aborder la problématique de l’amour dans eugénie grandet et la comparer avec la
situation du colonel chabert puisque ces deux personnages ont une fin presque
commune. Et enfin je me pencherai dans l’univers esthétique et artistique et plus
précisément sur le maitre frenhofer et pierre grassou pour élucider la dimension
morale que Balzac voulait nous véhiculer et pour mieux saisir les mécanismes
psychologiques sous-jacents.

PLAN

I Les différentes facettes de l‘amour

1. L’amour démesuré de Goriot envers ses filles

2.Conséquences de l’abnégation en amour : le cas du père Goriot

3. L’amour-agapè d’Eugénie Grandet

4. Une analyse subtile du sentiment amoureux

5. L’amour : source d’émancipation pour Eugénie

6. Une vision nuancée des passions humaines

7. L’amour : source de décéption

8. Amor fati ou amour du destin dans Le Colonel Chabert


II La quête d’identité

1. Le colonel Chabert entre ipséité et perte de repère

2. La quête d’identité dans la peinture


2.1 Frenhofer : la quête inaccessible et absolue du Beau

2.2 Grassou : la quête d’identité par le pastiche

III La dimension éducative et instructive

Conclusion

I Les différentes facettes de l‘amour

1. L’amour démesuré de Goriot envers ses filles

Au moment de mourir dans sa chambre de pauvre à la maison Vauquer, Goriot a


fait un long monologue où il essaye d’expliquer pourquoi et comment ses filles
sont devenues ce qu’elles sont, c’est-à-dire seulement intéressées par son argent.

Si elles ne viennent pas ? répéta le vieillard en sanglotant. Mais je serai mort,


mort dans un accès de rage, de rage ! La rage me gagne ! En ce moment, je vois
ma vie entière. Je suis dupe ! Elles ne m'aiment pas, elles ne m'ont jamais
aimé ! Cela est clair.
Si elles ne sont pas venues, elles ne viendront pas. Plus elles auront tardé,
moins elles se décideront à me faire cette joie. Je les connais.
Elles n'ont jamais su rien deviner de mes chagrins, de mes douleurs, de mes
besoins, elles ne devineront pas plus ma mort ; elles ne sont seulement pas dans
le secret de ma tendresse. Oui, je le vois, pour elles, l'habitude de m'ouvrir les
entrailles a ôté du prix à tout ce que je faisais.
Elles auraient demandé à me crever les yeux, je leur aurais dit : " Crevez- les !
" Je suis trop bête. Elles croient que tous les pères sont comme le leur.
Il faut toujours se faire valoir. Leurs enfants me vengeront. Mais c'est dans leur
intérêt de venir ici. Prévenez- les donc qu'elles compromettent leur agonie.
Elles commettent tous les crimes en un seul. Mais allez donc, dites- leur donc
que, ne pas venir, c'est un parricide ! Elles en ont assez commis sans ajouter
celui - là. Criez donc comme moi : " Hé, Nasie ! Hé, Delphine ! Venez à votre
père qui a été si bon pour vous et qui souffre ! " Rien, personne.
Mourrai- je donc comme un chien ? Voilà ma récompense, l'abandon. Ce sont
des infâmes, des scélérates ; je les abomine, je les maudis ; je me relèverai, la
nuit, de mon cercueil pour les remaudire , car , enfin , mes amis , ai - je tort ?
Elles se conduisent bien mal ! Hein ? Qu'est- ce que je dis ? Ne m'avez- vous
pas averti que Delphine est là ? C'est la meilleure des deux.
Vous êtes mon fils, Eugène, vous ! Aimez- la, soyez un père pour elle.
L'autre est bien malheureuse. Et leurs fortunes ! Ah, mon Dieu ! J'expire, je
souffre un peu trop ! Coupez- moi la tête, laissez- moi seulement le coeur.

Ce passage intensément pathétique décrit à la fois la beauté sublime d'un amour


paternel absolu, mais aussi les ravages d'une passion. Mais ce qui m’a vraiment
attiré dans ce monologue cest que malgré l'abandon dont il est victime, le père
goriot reste toujours généreux. Nous sommes émus par la pureté des sentiments
de ce père qui, meme au moment de mourir, traite ses filles dénaturées avec
clémence. L'affection et l'abnégation reprennent le dessus : il s'inquiète de la
fortune de ses filles et demande à Rastignac d'aimer Delphine. Cette logique de
la passion, conduite jusqu'à ses extrêmes limites, ne peut que nous rappeler celle
de la démesure et de la fatalité dans la tragédie grecque, surtout quand le
personnage parle de se crever les yeux, il rappelle la figure mythologique d’
Œdipe qui se creva les yeux après avoir appris qu'il avait tué son père et épousé
sa mère. Comme dans les grands cycles de la tragédie grecque, il imagine même
une fatalité familiale qui le vengera d'avoir été assassiné par l'abandon : « leurs
enfants me vengeront ».
En effet, on peut observer des marques d’amplification dans ce passage, avec la
répétition du mot rage et un rythme ternaire « mes chagrins, mes douleurs, mes
besoins » qui résume parfaitement l’état pitoyable du père à ce moment. On a
aussi beaucoup de phrases hyperboliques telles que « je me relèverai, la nuit,
dans mon cercueil, pour les remaudire.». A cela s’ajoute l’intonation du père
Goriot, les phrases exclamatives, interrogatives et impératives complètent cette
liste de marque d’amplificatiion qui relèvent du registre « pathétique » En effet,
ici Balzac emploie ce registre pour montrer au lecteur l’importance de la douleur
du Père Goriot qui est ici exprimé par une succession de plaintes. Le lecteur peut
penser que c’est la maladie qui incite le père à blâmer ses filles mais finalement
on peut aussi se demander si le père est conscient de ses propos. Balzac insiste
énormément sur le registre pathétique, il engage son personnage dans un
monologue interminable. Ici, le Père Goriot va véritablement se dévoiler, alors
qu’il avait été un personnage très introverti.

Dans un autre passage au moment qu’il n’a plus d’argent, ses gendres lui
interdisent l’entrée chez eux et en plus ils le méprisent. Pour se justifier il dit :

Mes deux filles m’aiment bien. Je suis heureux père. Seulement mes deux
gendres se sont mal conduits envers moi. Je n’ai pas voulu faire souffrir ces
chères créatures de mes dissensions avec leurs maris, et j’ai préféré de les voir
en secret. Ce mystère me donne mille jouissances que ne comprennent pas les
autres pères qui peuvent voir leurs filles quand ils veulent (P.164).

Par cette générosité et cette abnégation qui transcende la souffrance et le


ressentiment, Goriot suscite chez nous lecteurs un sentiment d'admiration et de
compassion. Il nous met en face à un dénouement théâtral qui provoque en nous,
selon le jargon barthésien, la jouissance, qui se traduit par le déconfort et la
démesure.

2.Conséquences de l’abnégation en amour : le père Goriot


Balzac nous montre à travers cette histoire un exemple d’enfants qui traitent
sans égards des pères trop aimants et comment un père excessivement tendre
comprend trop tard que c’est lui-même qui a provoqué l’ingratitude et l’égoïsme
de ses filles. Même au moment de son agonie Goriot se reproche d’avoir cédé à
son amour en abandonnant le gouvernail social de la famille « Ah si j’étais
riche, si j’avais gardé ma fortune, si je ne la leur avais pas donnée, elles
seraient là, elles me lécheraient les joues de leurs baisers » (P.343).

Goriot a donné de l’éducation à ses filles bien au-dessus de leur rang dans la
société. Il a gâté ses filles pendant toute leur adolescence et finalement ses filles
se sont mariées hors de leur classe sociale. L’éducation, les gâteries, les
mariages qui sont à un niveau social plus élevés constituent la base des
problèmes que Goriot a affrontées. On peut estimer que le malheur du père
Goriot est lié à l’accès de ses filles aux splendeurs du grand monde.

A l’opposé du caractère généreux du père Goriot, l’avarice de M. Grandet se


manifeste dans plusieurs de ses comportements, tels que : 1) la médiocre
nourriture quotidienne qu'il donne à la servante et qui doit obligatoirement
suffire pour toute la famille ; 2) le feu qu'il n'allume que quand il fait vraiment
froid ; 3) son refus d'appeler un médecin pour sa femme au début de sa maladie ;
sans oublier bien sûr la situation misérable de sa maison qui reflète aussi
l'avarice du père Grandet.

Ce que les deux pères ont en commun est qu’ils aiment leurs filles. La grande
différence entre eux est que Grandet est avare et qu’il cache sa fortune à tout le
monde. Alors que Goriot par contre est généreux et donne tout ce qu’il peut à
ses filles à un tel point qu’il n’a plus rien.

On peut remarquer à travers ces deux situations à quel points des pères très
sévères, des pères égoïstes et injustes voire des pères complètement vicieux
gardent le respect et l’amour de leurs enfants. Grandet aime sa fille mais il aime
plus l’argent. La passion que Grandet a pour l’argent envahit toute sa vie.

3. L’amour-agapè d’Eugénie Grandet

Le roman d’Honoré de Balzac est une tragédie qui nous fait nous confronter à
une réalité, celle de l’argent et de la quête de l’amour. La souffrance d’une jeune
fille qui possède tous les moyens pour être heureuse dans ce monde où tout n’est
qu’illusion, un monde dominé par l’amour de soi et l’intérêt matériel.
« Eugénie se sauva dans le jardin, tout épouvantée en entendant trembler
l'escalier sous le pas de son père. Elle éprouvait déjà les effets de cette profonde
pudeur et de cette conscience particulière de notre bonheur qui nous fait croire,
non sans raison peut-être, que nos pensées sont gravées sur notre front et
sautent aux yeux d'autrui. En s'apercevant enfin du froid dénuement de la
maison paternelle, la pauvre fille concevait une sorte de dépit de ne pouvoir la
mettre en harmonie avec l'élégance de son cousin. Elle éprouva un besoin
passionné de faire quelque chose pour lui ; quoi ? Elle n'en savait rien. Naïve et
vraie, elle se laissait aller à sa nature angélique sans se défier ni de ses
impressions, ni de ses sentiments. Le seul aspect de son cousin avait éveillé chez
elle les penchants naturels de la femme, et ils durent se déployer d'autant plus
vivement, qu'ayant atteint sa vingt-troisième année, elle se trouvait dans la
plénitude de son intelligence et de ses désirs. Pour la première fois, elle eut
dans le coeur de la terreur à l'aspect de son père, vit en lui le maître de son
sort, et se crut coupable d'une faute en lui taisant quelques pensées. Elle se mit
à marcher à pas précipités en s'étonnant de respirer un air plus pur, de sentir
les rayons du soleil plus vivifiants, et d'y puiser une chaleur morale, une vie
nouvelle. Pendant qu'elle cherchait un artifice pour obtenir la galette, il
s'élevait entre la Grande Nanon et Grandet une de ces querelles aussi rares
entre eux que le sont les hirondelles en hiver. Muni de ses clefs, le bonhomme
était venu pour mesurer les vivres nécessaires à la consommation de la journée.
» p.88

Ce passage se situe au moment où Charles vient de faire ses premiers pas dans la
famille Grandet. Regardé d’un œil méfiant par le père et les autres, il retient
toute l’attention de sa cousine qui en tombe instantanément amoureuse. Ce
passage fait état des premiers signes de la passion amoureuse qui s’exprime en
elle par différentes manifestations. Nous verrons quelle vision de l’humanité
Balzac donne à voir au lecteur, quelles sont les modalités de cette analyse
psychologique de la passion humaine qui apparaît également comme une forme
d’émancipation pour Eugénie.

4. Une analyse subtile du sentiment amoureux


Le narrateur offre une vision au lecteur pour lui permettre d’accéder aux états
d’âme de l’héroïne, en analysant l’amour qu’elle ressent pour son cousin. Cette
répercussion sur l’âme d’Eugénie se manifeste par une description subtile du
sentiment amoureux. On remarque l’utilisation du champ lexical du sentiment («
Elle éprouvait déjà les effets », « elle éprouva un besoin passionné »). Il s’agit
d’esquisser la naissance de l’amour chez une jeune femme pure qui ne semble
pas connaître ni maîtriser ses sentiments, d’où cette exacerbation du sentiment
qui semble la dominer. Le champ lexical de la naissance (« éveillé », « pour le
première fois », « nouvelle ») ainsi que les verbes de mouvement (« se déployer
», « se sauva ») montrent son agitation tant intérieure qu’extérieure qui témoigne
de son manque d’expérience et de sa naiveté.

En effet, Balzac reprend ici un motif littéraire tres imprtant, qui est le portrait
psychologique de la jeune touchée par une flèche de Cupidon. On remarque
l’utilisation d’une imagerie poétique évocatrice. L’héroïne est représentée dans
une nature charmante et magique (« le jardin », « l’air pur », « les rayons
vivifiants du soleil ») ce qui attise notre plaisir poétique ou ce que shopenhauer
appelle la joie pure, cette joie ressentie quand l’être humain se trouve devant une
description animée par le beau.

Par ailleurs, le narrateur utilise des symboles de la passion amoureuse : « le


cœur », siège des sentiments devient le centre de l’âme d’Eugénie, « la chaleur
morale » renvoie à l’imaginaire amoureux des amants enlacés.

Cette chaleur morale va se concrétiser quelques pages après ce passage quand


les deux personnages vont se retrouver face à face :

Eugénie : Vous m’aimez ?... dit-elle.

Charles : Oh ! oui, bien, répondit-il avec une profondeur d’accent qui révélait
une égale profondeur dans le sentiment.

Charles lui prit la main, l’attira sur son coeur, la saisit, par la taille, et
l’appuya doucement sur lui. Eugénie ne résista plus, elle reçut et donna le plus
pur, le plus suave, mais aussi le plus entier de tous les baisers. P.106

Plus qu’un simple baiser, ce passage semble représenter la cristallisation de la


passion au plus profond de l’être d’Eugénie, à un tel point qu’elle constitue un
bouleversement de toute sa vie et de toute son éducation. La seule scène où les
deux protagonistes semble incarner la plus belle fusion aussi sensuelle que
corporelle.
5. L’amour : source d’émancipation pour Eugénie
Cette naissance de l’amour trouble en effet la vie de l’héroïne et bouleverse les
convenances instituées par le père à sa fille. Eugénie est en effet prise entre cette
passion naissante qui brûle en elle et tout ce qui la rattache à l’univers paternel.
Le champ lexical de la peur (« se sauva », « épouvanté »), la belle
personnification de « l’escalier » qui va jusqu’à « trembler » tout comme
l’héroïne, sont autant de signes qui montrent le sentiment d’angoisse d’Eugénie.
Cette montée de la peur qui participe du registre pathétique semble correspondre
en effet à une prise de conscience de la transgression des règles paternelles.

Ainsi on pourrait interpréter cette prise de conscience comme une initiation à la


connaissance.

Elle est maintenant capable de distinguer la « chaleur morale » du « froid


dénuement de la maison paternelle ». Elle perce l’apparence des choses, elle
acquiert « cette conscience particulière de notre bonheur qui nous fait croire (…)
que nos pensées sont gravées sur notre front et sautent aux yeux d’autrui. »

Cet épisode provoque en elle un éveil des sens et de l’intellect. Elle prend
conscience que c’est une « vie nouvelle », une libération, à laquelle s’oppose le
vieux Grandet représenté par ses bas instincts, « venu pour mesurer les vivres
nécessaires à la consommation de la journée ».

Ainsi Balzac offre à nous lecteurs grâce au jeu de la focalisation interne une
vision nuancée des passions humaines en analysant les sentiments d’Eugénie.

6. Une vision nuancée des passions humaines


En revanche le narrateur omniscient prend en effet en charge la vision
d’ensemble de la scène afin de peindre une vérité humaine. Cette scène est
orchestrée par la vision du moraliste. Le narrateur omniscient met en scène les
pensées du personnage en proie à de vives passions. Il relativise la situation,
lorsqu’il fait remarquer qu’« ayant atteint sa vingt-troisième année, elle se
trouvait dans la plénitude de son intelligence et de son désir. » L’utilisation du
lexique moraliste (« intelligence », « désir ») ainsi que cette vision d’ensemble
de sa vie montre une prise de recul par rapport au personnage. Ce phénomène de
recul propre au discours moraliste se remarque également par l’utilisation de la
première personne du pluriel et les déterminants possessifs dans « notre bonheur
», « nos penchants » sont autant de signes qui témoignent de cette volonté de
créer d’une part une distance entre le créateur et le personnage et d’autre part un
rapprochement avec le lecteur qui adhère au raisonnement du moraliste. Ce qui
fait que le lecteur devient aussi comme faisant partie de la narration.

À travers ce choix narratif, balzac signale au lecteur qu’il est le garant d’une
vérité humaine qu’il déploie et explicite dans ce passage. Il exhibe le passage de
la naïveté à la prise de conscience mais surtout il est le révélateur de la véritable
nature humaine (« Le seul aspect de son cousin avait éveillé chez elle les
penchants naturels de la femme »). Le champ lexical de la nature met en
évidence le discours moraliste qui veut atteindre cette vérité de la nature
humaine. Balzac semble ainsi vouloir peindre à travers cette analyse
psychologique la vérité de la passion humaine dans sa complexité et ses
nuances.

7. L’amour : source de décéption


A la mort de son père et de sa mère, Eugénie se trouve en possession de dix-sept
millions. Elle était la plus riche héritière. Cette fortune ne lui apporte pas le
bonheur. Elle ne peut pas être heureuse puisqu'elle n'avait pas reçu des nouvelles
de Charles qui a effectué un voyage pour les Indes.

Enfin Eugénie reçoit une lettre de Charles et on peut imaginer le bonheur


d’Eugénie quand elle lit ce que Charles a écrit :

« D’enfant que j’étais au départ, je suis devenu homme au retour. Aujourd’hui,


je pense à bien des choses auxquelles je ne songeais pas autrefois. Vous êtes
libre, ma cousine, et je suis libre encore [...] » (p 136).

Le lecteur peut à ce stade supposer que Charles va maintenant proposer le


mariage à Eugénie mais le lecteur sera aussi déçu qu’Eugénie. Charles continue
la lettre de la façon suivante:

« L’amour, dans le mariage, est une chimère. Aujourd’hui mon expérience me


dit qu’il faut obéir à toutes les lois sociales et réunir toutes les convenances
voulues par le monde en se mariant » (p, 137).
Et d’ajouter : « Je vous avouerais, ma chère cousine, que je n’aime pas le moins
du monde mademoiselle d’Aubrion, mais, par son alliance, j’assure à mes
enfants une situation sociale dont un jour les avantages seront incalculables »
(P. 138).

On peut dire que dans cette scène désespérante que réside le comble de la
jouissance dont parlait Roland Barthes. Comme Eugénie, le lecteur ne peut
qu’être bouleversé par cette infidélité, par ce choc émotionnel et par cette
métamorphose soudaine que l’amoureuse va subir.

Eugénie, dégoûtée de la vie et de la fausseté des sentiments et des êtres humains,


elle décide d’abord à entretenir un mariage blanc avec M. Bonfons qui va mourir
plus tard avant de se retirer du monde pour vivre désormais pour Dieu seul, dans
le silence, la retraite et l’acceptation.

Je cite le dernier passage qui témoigne de cette retraite :

Eugénie marche au ciel accompagnée d’un cortège de bien faits. La grandeur


de son âme amoindrit les petitesses de son éducation et les coutumes de sa vie
première. Telle est l’histoire de cette femme qui n’est pas du monde au milieu
du monde, qui, faite pour être magnifiquement épouse et mère, n’a ni mari, ni
enfants, ni famille.

8. Amor fati ou amour du destin dans Le Colonel Chabert


En partageant la même attitude que celle d’eugénie grandet à la fin de l’histoire,
Chabert renonce à ses désirs, à son Moi intime, aux traditions, aux conventions
contradictoires de la collectivité et va se libérer du regard de l’autre pour
atteindre une réconciliation avec lui-même et accepter son sort. Etant un pauvre
vieux sans abri, sans famille et sans amis, décidant de ne plus chercher son passé
glorieux, Chabert s’accepte tel qu’il est et va passer le reste de sa vie dans une
maison des vieillards. Ni la misère, ni la pauvreté ne puissent dépouiller sa
physionomie de sa noblesse et de sa fierté, dont le personnage Derville en est
témoin : « Malgré la misère empreintée sur sa physionomie, il disposait d’une
noble fierté. Son regard avait une expression de stoïcisme qu’un magistrat
n’aurait pas dû méconnaître. »
II La quête d’identité

1. Le colonel Chabert entre ipséité et perte de repère


L’histoire du colonel Chabert permet de saisir, à travers ce cas exceptionnel,
l’importance des liens qui nous unissent aux autres hommes sans perdre une
partie de notre identité la plus intime. Blessé et laissé pour mort à la bataille,
Chabert a perdu, non pas la vie, mais son identité sociale, c’est-à-dire qu’il
n’existe plus comme être vivant pour tous ceux qui l’on connu ou qui ont
entendu parler de lui. Considéré comme mort, le colonel Chabert n’a plus aucun
droit ni sur ses biens ni sur sa femme ni sur la société.

On peut en déduire que l’identité sociale ne peut donc être reconstruite que sur
la base de la reconnaissance d’autres hommes (dans ce cas des témoins),
l’individu ne pouvant jamais seul affirmer qui il est. Ainsi, ce que demande
Chabert, c’est sans doute moins sa fortune —il est ni même sa place dans la
société, mais ce qu’il demande c’est cette reconnaissance sociale qui lui permet
d’être vraiment ce qu’il croit être.

A travers ce cas exceptionnel du colonel Chabert, Balzac fait apercevoir une


réalité qui est souvent méconnue, à savoir que nous avons un besoin extrême de
la reconnaissance des autres hommes: autrement dit, l’homme n’est pas un être
solitaire mais un être fondamentalement social.

Autre aspect de ce roman très intéressant à souligner, c’est l’histoire qui semble
s’achever là où elle commence : l’état initial ressemble à l’état final. Or, le héros
se trouve à la fin dans le même endroit du départ.

De la naissance solitaire au vieillissement solitaire quand il est né, il a ouvert les


yeux dans un hôpital, privé de la chaleur familiale et maternel ; orphelin et sans
appartenance. Le seul refuge était l’armée. C’est sa patrie, et napoléon est son
père. Ce sont les sentiments qu’il nous livre lui-même :

« j’avais un père, l’Empereur ! Ah ! S’il était debout, le cher homme ! Et qu’il


voit son Chabert, comme il me nommait, dans l’état où je suis, il se mettrait en
colère. » p.27
Quand il s’est retourné à Paris, il était méconnaissable par sa femme, comme par
ses amis et même par sa ville. Cette ingratitude et cette déception que le
narrateur, avec un regard omniscient cherche à nous transmettre en décrivant les
sentiments du Colonel Chabert :

« […]il lui prit un si grand dégoût de la vie, que s’il y avait eu de l’eau près de
lui il s’y serait jeté, que s’il avait eu des pistolets il se serait brûlé la cervelle.»
p.27

Et d’ajouter : « J’étais donc méconnaissable, même pour l’œil du plus humble et


du plus reconnaissant de mes amis ! » p. 26

Une scène si terrible et si décevante, que l’avoué Derville ne puisse y assister


sans être ému, lors de sa dernière rencontre avec le Colonel Chabert qui se
nomme dés lors « 164 », et qui donne libre cours à ses sentiments en
s’exprimant ainsi : « Sorti de l’hospice des Enfants trouvés, il revient mourir à
l’hospice de la Vieillesse, après avoir, dans l’intervalle, aidé Napoléon à
conquérir l’Egypte et l’Europe. » p. 93

2. La quête d’identité dans la peinture


Les peintres et la peinture occupent une place importante dans La Comédie
humaine. Plusieurs œuvres ont pour personnage principal un peintre, La
Rabouilleuse (1842) ou La Maison du Chatqui-pelote (1829) par exemple. Outre
les personnages de peintres inventés, Balzac fait abondamment référence à des
peintres réels : 56 peintres du xixe siècle sont évoqués dans La Comédie
humaine. Dans Pierre Grassou, 22 peintres de diff érentes époques sont cités.

Balzac fait de la peinture un objet central de sa réfl exion sur la création


artistique.

La comparaison de Pierre Grassou avec Le Chef-d’œuvre inconnu permet


d’éclairer cet aspect de la question.

2.1 Frenhofer : la quête inaccessible et absolue du Beau

Parmi les trois peintres qui apparaissent dans le chef d’oeuvre inconnu, c’est sur
le seul Frenhofer, personnage entièrement inventé, peintre fictif, que l’auteur
concentre tous les intérêts de son œuvre. C’est à lui qu’il attribue le privilège de
monopliser la parole et la scène narrative en lui donnant le droit de manifester sa
conviction artistique et de démontrer son talent sur la toile, et il va jusqu’à jeter
son héros dans la folie. Quant aux deux autres, dont il a emprunté les noms et
quelques traits caractéristiques à des artistes qui ont réellement existé dans
l’histoire de la peinture, Nicolas Poussin et François Porbus, leur rôle est
quasiment réduit à celui de témoin. Frenhofer est un personnage contradictoire,
et cela prouve son état de folie: tout en possédant une théorie esthétique solide
ainsi qu’une technique fascinante parfaitement maîtrisée, il renie par ailleurs la
réalité matérielle de l’œuvre d’art ainsi que l’utilité des moyens picturaux – «Où
est l’art? perdu, disparu! Voilà les formes mêmes d’une jeune fille», dit-il en
présentant la beauté de rêve qu’il a peinte – et il finit par sombrer dans le monde
des hallucinations. Cette contradiction mise en scène par Balzac nous montre
comment l’ambition idéaliste de saisir la réalité même de l’absolu au nom de la
beauté peut pousser l’artiste dans le gouffre de la folie.

On pourrait même dire que c’est une étude aussi bien de la folie que de
l’esthétique picturale.

Tendue vers la conquête de l’absolu, Frenhofer, peintre fictif et visionnaire, se


fait le porte-parole d’une esthétique qu’on peur qualifier de surnaturaliste,
refusant à considérer l’œuvre d’art comme la reproduction de la nature. L’artiste
n’imite pas le modèle extérieur qu’il observe, il le retravaille et le transforme en
se référant au modèle qu’il esquisse dans son cerveau ; l’objet est donc
reconstruit selon une vision imaginative,. L’affirmation de Frenhofer vient
prouver ce qu’on vient de dire : « La mission de l’art n’est pas de copier la
nature, mais de l’exprimer ».

Frenhofer attribue à l’artiste une tâche comparable à celle de l’alchimiste : celle


de « forcer l’arcane de la nature », c’est à dire saisir l’essence des choses, qui se
dissimule derrière les formes et les apparences. Il s’agit, non pas de peindre les
effets extérieurs, mais d’exprimer l’âme mystérieuse des êtres et des objets. Le
rêve esthétique de Frenhofer touche à la métaphysique ; il répond à une
conception universelle de l’art, définie par son mouvement de démesure qui
rappelle implicitement le mythe de prométhée qui aspire à franchir les frontières
de l’humain, pour accéder au divin.

Cette ambition métaphysique s’accompagne d’une quête de la Beauté qui n’est


pas sans rappeler l’esthétique de certains poèmes des Fleurs du mal. L’idéal du
Beau absolu habite un espace ouvert sur le ciel et les enfers, il est divin par
l’appétit de la transcendance, infernal par l’effort permanent qu’il exige de
l’artiste. La beauté est l’objet d’une recherche inlassable, d’une lutte permanente
et parfois inaccessible. Prenant le poème la beauté comme exemple :

Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre,


Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour,
Est fait pour inspirer au poète un amour
Eternel et muet ainsi que la matière.

Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris ;


J'unis un cœur de neige à la blancheur des cygnes ;
Je hais le mouvement qui déplace les lignes,
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.

Les poètes, devant mes grandes attitudes,


Que j'ai l'air d'emprunter aux plus fiers monuments,
Consumeront leurs jours en d'austères études ;

Car j'ai, pour fasciner ces dociles amants, De purs miroirs qui font toutes choses
plus belles :
Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles !

Le rôle de Frenhofer dans la nouvelle est de réfléchir sur les conditions de l’acte
créateur au lieu de se livrer à la pratique de son art. Il s’est perdu dans une vision
intellectuelle qui l’a écarté du travail concrèt du métier ; emporté par sa passion
de l’art, il s’égare dans le ciel de l’abstraction.

L’échec de Frenhofer est incarné par le désaccord de l’idée et de l’acte, par la


distance entre l’œuvre imaginée et l’œuvre réalisée. Balzac nous enseigne que
L’artiste doit acquérir à la fois l’habitude du travail et l’expérience qui permet
de faire épouser la conception et l’exécution

Cet enseignement a été prononcé par l’autre figure du peintre dans la nouvelle
Porbus s’adressant à son maître frenhofer : « Travaillez !, dit Porbus, les
peintres ne doivent méditer que les brosses à la main. »
Si Frenhofer représente la recherche métaphysique, dirigée vers la conquête de
l’absolu, Porbus, lui, incarne à la fois la tension de la volonté vers
l’accomplissement de l’œuvre et un pragmatisme sans égal.

2.2 Grassou : la quête d’identité par le pastiche

Environ deux siècles après les malheurs de Frenhofer, génie blessé par la
conquête de soi et du chef-d’œuvre impensable, Balzac nous fait revenir à Paris,
au premier tiers du XIXe siècle, pour étudier le cas de Pierre Grassou (7), un
peintre amteur couronné par son opportunisme et son obstination de petit
laborieux. Si la jeunesse de Grassou ne met e lumière aucun indice de talent,
c’est que, comme disait le narrateur omniscient : «tout en lui annonçait la
médiocrité».

Aucun peintre de noble réputation ne repére en Grassou le signe d’une


quelconque grandeur, et bien même des fois des personnages connaisseurs de la
peinture conseillent Grassou de déposer les armes et de quitter les arts pour
toujours.

Qu’importe les moqueries qui s’abattent sur Grassou, lui a réussi pendant que
ceux qui se moquent trépignent dans leurs ateliers. Lui entrera à l’Académie et
fera postérité; les autres finiront comme des Frenhofer, au gouffre commune des
grands artistes oubliés. Quand Frenhofer a mis une décennie pour pouvoir
peindre un tableau doté d’une beauté divine, Grassou réalise des toiles en
quelques semaines, avec une exactitude et ponctualité. On assiste à une
dichotomie entre Temps de créativité et temps de productivité : Frenhofer a
sacrifié sa vie pour peindre l’inaccessible, alors que Grassou a copié des
tableaux sous commande d’une foule amatrice et ignare.

En effet, l’intention de Balzac est clairement politique et dépasse le registre


esthétique. L’écrivain qui va jusqu'à prédire la mort de l'Art ne cache pas sa
déception à l’égard de la démocratie: son "héros" pasticheur qui symbolise tout
un état et pas seulement en art disait une phrase importante pour comprendre sa
conception de la peinture : je cite :

«Inventer en toute chose, c'est vouloir mourir à petit feu ; copier, c'est vivre.
III La dimension éducative et instructive

Pour dire que la littérature tend à comprendre l’être dans son essence. Elle veut
s’infiltrer dans ses profondeurs les plus intimes, les plus ambiguës et les plus
sombres. Elle est le reflet de l’homme, la manifestation de sa pensée et le
réservoir de ses incertitudes. Une de ces profondeurs la plus problématique est la
psychologie des personnages, étant l’aspect garantissant le mieux la
vraisemblance de ces êtres fictifs, permettant ainsi la possibilité aux lecteurs de
s’y identifier.

Les écrivains sont eux-mêmes des êtres vivants, humains semblables a leurs
personnages fictifs, du moins, si ces personnages ne retracent pas le même
chemin que traversent leurs créateurs, ils essayent de redessiner celui d’un autre
être existant ou pourrait exister. Or, il y aurait un échange psychique entre
écrivain.

On peut constater que la société telle qu’elle est décrite par Balzac est une
société faite d’avarice et de cupidité et c’est l’une des conditions de son
expansion. Aux réussites des uns correspondent nécessairement l’échec et la
déchéance des autres.

Il faut aussi souligner la dimension éducative que Balzac voulait nous véhiculer
à travers ces deux types de situations. On peut comprendre que l’écrivain nous
fait apprendre qu’il ne faut non plus être, ni trop avare comme le père grandet ni
trop généreux comme goriot, mais il vaut bien garder la tempérence et le juste
milieu à l’égard de nos enfants.

Le cas du roman Eugénie Grandet semble montrer la corruption collective de la


société, ce qui est pour Balzac une caractéristique de la société sous la
Restauration où de nombreuses fortunes voient le jour. D’autre part, il
s’interroge sur l’affreuse condition de l’homme c'est-à-dire sur la lutte entre
l’âme et l’esprit chez l’être humain où l’individu se trouve tiraillé entre une
existence mondaine corrompue et une vie heureuse, tel est le cas d’Eugénie. En
ce sens, Balzac semble proposer une vision moralisatrice du monde en mettant
en scène des personnages en proie à leurs passions. Le romancier réaliste
propose donc une représentation stylisée du réel et se fait visionnaire en donnant
à voir au lecteur une vérité sur la nature humaine.
Le Chef-d’œuvre inconnu signifie la dichotomie de l’imaginaire et du réel, en
tant que source de l’impuissance créatrice. Balzac montre implicitement que la
vision imaginative ne doit pas s’opposer à l’execution, mais entretenir avec elle
des relations de complémentarité.

Selon lui, et contrairement à Pierre Grassou, l’art ne peut se satisfaire que d’une
mission unique : ne pas copier la nature telle qu’on la voit de nos yeux, mais
l’exprimer telle qu’on la saisit avec l’œil de notre âme.

Conclusion
Balzac classe ainsi ses personnages dans différents types de « scènes » ou
parties en faisant dans chacune les portraits de leurs mœurs. Son but est donc de
représenter des personnages types de la société, inspiré de la réalité et qui vise à
montrer la véritable nature humaine de chacun d’entre eux. L’œuvre littéraire
selon Balzac a donc la prétention d’atteindre la vérité humaine par la vision de
l’homme qu’il offre au lecteur.

A travers les différents types de personnages étudiés dans ce travail, Balzac nous
montre l’urgence pour l’être humain de concilier son intérieur avec son
extérieur, ces désirs avec la possibilité des les satisfaire, ses projets avec sa
capacité de les réaliser, ses pulsions avec ses principes, sa personne et la
collectivité où il vit. Le but ultime de chaque être humain est de s’accepter tel
qu’il est, d’accepter son destin et la réalité quelle qu’elle soit.

Et pour finir, je peux vous dire que le choix des cinq oeuvres étudiées ont sucité
en moi une jouissance déconcertante dans le sens où aucun des livres ne m’a
apporté ni de l’euphorie, ni du confort, sauf le cas du Colonel chabert et
d’Eugénie Grandet qui ont pu accéder à la réconciliation.

Toutes ces oeuvres que j’ai choisies ont presque en commun cet aspect
déconfortant qui nous déstabilise mais qui nous enseigne parallèlement une
leçon énorme sur ce qu’est la véritable nature humaine, ce qui attribue à ces
livres une dimension éducative et sociale très interessante, aussi bien pour nous
en tant qu’étudiants et étudiantes que pour les êtres humains et citoyens et
citoyennes que nous sommes.