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Master 

: Littérature, éducation et culture humaniste

Module : Littérature maghrébine

Professeure : M. Belhabib Assia

Etudiant : Berri Oussama

Epreuve : Contrôle final

INTRODUCTION

Derrière le mot « identité » se cache une réalité, sinon une définition, qui
échappe à toute appréhension fixe. Une définition pour le moins récalcitrante qui
se caractérise par une dimension évanescente et fuyante. De ce fait, qu’est-ce
que nous entendons finalement par l’identité ? L’insaisissabilité de l’identité se
donne à lire par son caractère pluriforme. En effet, l’identité réfère tant à une
figure sociale, à une représentation abstraite, qu’à une ressemblance à un
individu ou à un ensemble de valeurs. D’après le Glossaire du dictionnaire
Larousse, l’identité est aussi : « un ensemble de critères, de définitions d’un
sujet et un sentiment interne. Ce sentiment d’identité est composé de différents
sentiments : sentiment d’unité, de cohérence, d’appartenance, de valeur,
d’autonomie et de confiance organisés autour d’une volonté d’existence. »

L’identité se caractérise également par la dualité de sa formation. Elle est tant


unique, chacun possède sa propre identité ; que multiple : adaptation en fonction
des différentes interactions avec autrui et intégration dans différents milieux
(professionnels, affectifs…), pouvant également amener à différents conflits,
tant par des phénomènes de dédoublement ou d’oppositions interpersonnelles
que par différents processus de conflits intrapersonnels. Elle se construit à la fois
dans la continuité et dans le changement ; et autant dans la ressemblance que
dans la séparation, c’est à dire l’autonomie qui permet l’affirmation personnelle.

En se référant aux romans étudiés, nous allons mettre en relief la fluidité et


l’aspect infiniment changeant de l’identité à travers le parcours de chaque
personnage et démontrer également le rôle que joue autrui dans ce processus de
développement de l’identité.

PLAN :

I- La notion de l’identité dans littérature maghrébine postcoloniale

II- La quête d’identité : ipséité et altérité

III- L’enfer, c’est la communauté : le cas de Zeineb dans Les Intranquilles et


Abdellah dans Nos Richesses de Kaouther Adimi

Conclusion

I- La notion de l’identité dans littérature maghrébine postcoloniale

La quête de l’identité ou la quête de soi-même est un des thèmes principaux de


la littérature postcoloniale et de la littérature maghrébine de langue française.
Selon beaucoup d’études, plusieurs facteurs contribuent à la formation d’une
identité, par exemple le fait d’être nommé, l'apprentissage et l’acceptation du
corps, l’appartenance à un groupe, le sentiment de valeur etc.

La littérature postcoloniale est caractérisée par le thème de la double identité


culturelle : un malaise identitaire dû à la colonisation. La quête de l’identité est
le trait dominant du récit postcolonial. La littérature maghrébine de langue
française traite aussi de la personnalité historique, de la lutte contre la
colonisation, de la quête de la liberté collective et du rejet de l'aliénation
culturelle. La question de l’émancipation féminine apparaît également dans les
récits maghrébins à partir des années soixante, au moment des indépendances.
Après la colonisation, la plupart des auteurs maghrébins s’expriment dans la
langue de l’ancien colonisateur car ils se sentent plus libres. Tel est le cas des
écrivains maghrébins de langue française qui tout en s’abreuvant des autres
cultures, notamment de la culture française, sont restés attachés à leurs origines.
Preuve en est, leurs productions littéraires abondent de références culturelles et
identitaires propres à l’espace maghrébin. L’identité culturelle telle que
véhiculée par ladite littérature est plurielle. Elle est composite et porte la trace
d’une mosaïque culturelle composée de plusieurs éléments où l’autochtone et
l’étranger se mêlent pour enfanter, en fin de compte, ce qui est appelé
communément l’identité culturelle maghrébine. La question de l’identité
culturelle en littérature est et restera donc à jamais posée. Il n’existe pas
d’œuvres littéraires sans références culturelles et identitaires. La littérature
maghrébine d’expression française se présente, dans ce cas, comme le modèle le
plus illustratif confirmant le rapport étroit entre littérature, culture et identité.

II- La quête d’identité : ipséité et altérité

Dans un monde globalisé qui ne semble pas pour autant capable de résoudre les
problématiques inhérentes aux appartenances culturelles étant donné les
crispations identitaires et la peur de l’Autre qui continuent à habiter les
imaginaires les romanciers, par le biais de la fiction, tentent de proposer une
voie de sortie au « chaos-monde » évoqué par Edward Glissant.

En effet, l’espace littéraire, tel qu’il est développé dans les textes que nous
étudions, souligne que le métissage ne peut qu’être une alternative à un monde
en devenir. Néanmoins, le fait métis ne peut pas avoir lieu sans une quête de soi
et un questionnement de sa propre identité. C’est une condition sine qua
non pour toute rencontre avec l’Autre.

Ainsi, en recréant une identité plurielle, l’écrivaine suggère une redéfinition du


fait identitaire, lequel est pris en otage par le discours politique. Ce faisant, c’est
l’individu, d’une manière générale, et l’individualité féminine, en particulier,
qu’on essaie de libérer en lui accordant la possibilité de « construire » une
identité où l’Autre est en soi.

En d’autres termes, l’altérité présuppose l’identité. L’une ne va sans l’autre.


L’altérité engage une dialectique entre le même et l’Autre. Cela dit, toute altérité
conditionne nécessairement l’émergence d’une identité. En ce sens, Marc Augé
écrit : « C’est toujours la réflexion sur l’altérité qui précède et permet toute
définition identitaire ».

Cette proposition souligne l’apport de l’altérité dans le façonnement d’une


identité. Cette idée pourrait être confirmée dans le cas de Les Intranquilles où la
problématique de l’altérité traverse toute l’œuvre ; le fait identitaire tel qu’il est
esthétisé  dans le roman, est accompagné de la figure de l’Autre. En somme,
l’Altérité joue un rôle important dans la dynamique identitaire, et partant, dans
la construction de l’individualité.

Prenons le personnage de Abdellah dans Nos Richesses de Kaouther Adimi qui


se marque de tous les autres personnages. L’auteure Adimi lui a attribué
beaucoup de caractères qui lui font la spécificité par rapport à tous les autres
personnages du roman, de valeur inestimable qui lui usurpe un statut tout grand
et puissant qu’il se trouve classé parmi les personnages principaux .Abdallah est
un personnage qui est le plus valorisé. Les conditions difficiles de la vie
confirment sa persévérance et comment une telle forte personnalité est construit.
Abdallah reste solitaire comme s’il est condamné à continuer le combat de la vie
tout seul, de la sorte l’auteure ne cesse pas de nous montrer la souffrance de ce
personnage durant toute sa vie. Il n’avait qu’un seul enfant, une fille qui s’est
mariée en Kabylie. Avant, il avait travaillé dans l’annexe d’une mairie où il était
chargé de tamponner des papiers. Ce personnage devenu si faible et si fragile
après avoir été un signe de force et de persévérance, à l’image de la bibliothèque
qui commence grande pour s’éteindre à la fin, il ne reste à Abdallh que la
contemplation du passé qui se trouve fragmenté dans son petit archive de ses
images.
Par ailleurs, cette fois c’est Meursault contre-enquête de Kamel Daoued qui
présente un questionnement sur l’altérité durant la période coloniale, mais aussi
postcoloniale ; l’auteur propose une nouvelle altérité, laquelle ne sera pas le
produit des rapports de forces ; à l’Arabe, identité abstraite, omniprésent dans le
récit de Camus, il propose « l’individu » - une identité individuelle - avec un
nom, une histoire, et par ricochet il lui donne une visibilité. Afin d’étayer cette
argumentation, citons le passage dans la page 43 où le narrateur insiste sur le
nom : « Un homme vient d’avoir son prénom un demi-siècle après sa mort et sa
naissance ». Ainsi, nous comprenons la valeur qu’accorde le narrateur aux noms
et à l’identité individuelle. A la dénomination « Arabe », il lui préfère un
prénom. Cette modification des mots apporte un autre sens aux choses
nommées. En somme, à travers ce langage que propose le narrateur en
déconstruisant un certain langage véhiculant des clichés, l’auteur restitue une
identité niée, que la colonisation avait fait subir aux colonisés.

Comme Kamel Daoud, Mohamed Leftah explore le thème du deuil à travers le


récit d'un narrateur qui cherche à reconstituer l'histoire de son enfant mort-né
qu'il avait jadis abandonné. Un deuil périnatal révélant les aspects de la quête
identitaire qui sous-tend dans le roman de Leftah. Ce dernier met en avant les
difficultés qui entravent cette quête ainsi qu'aux variations spatiotemporelles
mises en oeuvre dans une tentative de résister au topos obsessif de la perte.

Pour finir, il est nécessaire d’aborder le recueil de Siham Chekroun qui brosse le
portrait de neuf femmes différentes les unes des autres. Ce récit met en scène
des personnages féminins en devenir, des femmes s’affirmant pas à pas en tant
qu’individus moralement autonomes et sujets responsables.

Chaque femme projette sa singularité, sa façon d’aimer, ses désirs, son


autonomie. L’écrivaine a essayé d’explorer l’âme féminine à la manière de
Stefan Zweig pour montrer que la femme est plurielle et pourrait incarner tous
ces états d’âme à la fois.
III- L’enfer, c’est l’autre : le cas de Zeineb dans Les Intranquilles et
Abdellah dans Nos Richesses de Kaouther Adimi

Dans Les Intranquilles de Azza Filali, plus la société se morcelle, plus il y a


d’individus isolés, et plus il y a de « combinaisons communautaires », plus
Zeineb s’isole. L’absence d’intérêt de Zeineb pour ce qui a lieu autour d’elle a
été précédemment relevée. L’isolement, entendu comme le refus de conserver
un lien avec la communauté est l’unique garant de liberté pour Zeineb. Or celle-
ci dispose d’une liberté mais n’a la possibilité d’en faire qu’un usage qui est
restreint. Zeineb croit faire le choix de s’isoler alors que c’est sous la contrainte
qu’elle agit, la « contrainte sociale ». Devant ce flou, elle ne peut adresser de
reproches a personne puisque personne ne l’a forcé à rester chez elle, elle réagit
de manière monstrueuse. Elle renonce à ses rôles de mère, d’épouse et de
salariée.

L’isolement, contrairement à la solitude, est une expérience négative. Il n’est pas


question pour Zeineb de rompre avec la communauté pour mieux la retrouver.
La vie en commun n’est plus envisageable. Alors que la solitude, apparaît
comme inhérente à la condition humaine. Les individus isolés les uns des autres
sont incapables de poursuivre une entreprise commune. La peur renforce
l’isolement des individus et la méfiance des uns vis-à-vis des autres. Zeineb,
Latifa, Abdallah et Sonia n’ont aucune emprise sur la réalité qui les dépasse.

Zeineb qui, en essayant de concilier les attentes des autres et ses propres
aspirations, finit par être honnie de tous. Son isolement exprime aussi un parti
pris. Elle se retire et renonce à émettre son point de vue, à commenter quoique
ce soit d’autre que ses lectures. Zeineb s’enferme pour préserver ce qui lui reste
de liberté. Elle mène le mode de vie qui lui convient, quitte à décevoir ses
proches. Son bovarysme et sa réclusion lui font d’elle un personnage impassible,
fugueuese et introverti.

Le cas de Abdellah dans Nos Richesses est bien différent de celui de Zeineb.
Face à la négligence et l’indifférence de Ryad vis-à-vis des livres, Abdellah se
voit priver d’un lieu mythique où il a passé toute sa vie. L’esprit de l’auteure se
voit en quelque sorte dans le personnage d’Abdallah qui veut changer une
situation négative -produite par un autre qui ne lui ressemble pas du point de vue
intellectuel- mais il se trouve incapable. Le jeune homme Ryad à l’image de la
nouvelle société qui délaisse la culture et le savoir pour le gain rapide, il a osé à
anéantir toute cette richesse et a jeté tous les ouvrages sans aucun regret.

CONCLUSION

Pour conclure, nous dirons que le rapport identité-altérité a fondé tout un


imaginaire culturel où vient s’inscrire les représentations, les images, les mythes
les plus divers en rapport avec la violence de l’Histoire. A l’imaginaire colonisé,
se succède un nouvel imaginaire qui a du mal à se constituer souverainement et
indépendamment de la référence à l’Autre colonial. Cette lente décolonisation
de l’imaginaire est soulignée par les penseurs et les écrivains du Maghreb. Les
nouvelles identités ne se définissent plus à partir des fixations passéistes ou des
considérations abstraites. Elles se veulent l’expression d’une utopie et d’un
projet d’invention de l’homme. Les écrivains maghrébins des nouvelles
générations brisent les différents cloisonnements et posent l’identité en termes
de transculturalité et d’intertextualité planétaire, tant il est vrai que le dialogue
des cultures et des civilisations est partout à l’ordre du jour. Et comme disait
Amin Maalouf : « l’identité n’est pas donnée une fois pour toute, elle se
construit et se transforme tout au long de l’existence »