Vous êtes sur la page 1sur 12

p.

George VASILAKIS

La justice et l’amour de Dieu

Introduction

Malgré mon intention initiale quelque peu différente, j’ai toutefois décidé de
changer le thème et le contenu de cet exposé. En regardant de plus près l’ensemble
des textes que nous avons analysé et examiné pendant ce semestre, j’ai constaté un
manque. Par son verbe empirique, le sermon de Père Lataste nous révèle de multiples
éléments sur le rapport entre la justice et la charité. Il parvient à faire une première
distinction entre la justice humaine et la justice divine, mais aussi à souligner l’amour
effectif. Dans le texte de Saint Thomas d’Aquin, nous avons une analyse approfondie
des vertus théologales et du comment elles se sont installées et fonctionnent chez
l’homme. Cependant il ne se préoccupe pas de la manière dont ces vertus, et surtout la
charité, existent en Dieu et comment les vertus sont appliquées par Dieu aux hommes
et à la création. Saint Jean Chrysostome évoque la manifestation de l’amour du Christ
par son sacrifice de la croix et de sa résurrection, mais il ne se réfère pas au rapport
entre l’amour de Dieu et sa justice. Le Pape Benoit XVI, dans son encyclique Caritas
et Veritate, tente de combler au plus près cette lacune (il fait référence au Pape Paul
V) et démontre expressément le rapport très serré entre ces deux notions, sans pour
autant se référer en la personne de Jésus, et à l’existence et l’expression de la justice
et de l’amour sur lui. C’est, précisément sur ce point, qu’il y a lacune, celle dont je
parle. Jésus Christ est l’exemple absolu à imiter, en qui coexistent naturellement la
justice et l’amour de façon absolue. De plus, ces deux notions sont liées de façon
indissoluble. On pourrait définir la théologie des Pères de l’Eglise sur cette relation en
une phrase. La justice de Dieu est son amour, et son amour est l’expression de sa
justice. L’amour et la justice s’identifient à Dieu et en Jésus Christ en tant qu’image
du Père.
Cette problématique constitue le sujet de ce mémo qu’on développe en quatre
chapitres. Le premier chapitre se réfère à l’Ancien Testament et à certains éléments
qui montrent que cette phase précoce de la révélation divine contient la doctrine d’une
justice divine bien particulière et assez différente de la justice humaine. Les premières
indications d’une justice divine sans caractère pénal y apparaissent. Puis, le deuxième
chapitre est consacré à la justice et à l’amour de Jésus Christ dans le Nouveau
Testament. L’enseignement du Seigneur, mais principalement sa vie, son incarnation,
sa crucifixion et sa résurrection, témoignent l’identification de ces deux notions. Afin
de soutenir cette hypothèse le troisième chapitre, concerne l’enseignement des Pères
de l’Eglise sur le sujet de la justice et l’amour divin. Nos références restent au sein de
la littérature patristique orientale que nous connaissons davantage et où l’aspect de

1

ne pourrait rester loin de l’application de ce modèle de la justice et de l’amour rendu par le Seigneur. surtout par le principe ecclésiastique de l’Economie dont on parle dans le quatrième chapitre. p. Le sujet de la charité et de la justice est vaste et il mérite à lui seul l’écriture d’une thèse afin d’en couvrir les principaux aspects. pourtant. a des conséquences profondes anthropologiques et est liée à l’amour et. le chapitre «en guise d’épilogue» se réfère à une bévue de traduction et d’interprétation qui. Il s’agit de l’interprétation du commandement «Tu aimeras ton prochain comme toi-même». nous nous limiterons à quelques références fondamentales et à une brève analyse. tout en requérant l’indulgence de nos «chers» enseignants. Le rapport entre les deux notions s’est manifesté dans le droit canonique. Là. 2 . L’interprétation véritable de ce passage peut devenir la base d’une cogitation concernant l’amour envers autrui et la mise en œuvre de la justice. L’Eglise en tant que corps du Christ et porteur de la révélation divine dans les siècles. donc. George VASILAKIS l’unification des deux vertus est prolixe. Enfin. à la justice.

mieux que le sacrifice4». 21. Ce rétablissement inclut. Jésus Christ lui-même y révèle que la Loi et les Prophètes dépendent de l’amour. George VASILAKIS Chapitre I L’Ancien Testament L’Ancien Testament constitue le procès-verbal de la première partie de la révélation divine. tu n’en veux pas. Ils ressemblaient aux cérémonies magiques des peuples qui habitaient les alentours. 1 Is. Comme dit le Prophète : Yahvé est un «Dieu juste et sauveur1». à des libations d'huile par torrents? Faudra-t-il que j’offre mon aîné pour prix de mon crime. 18-19 4 Pr. En réalité. Aussi «Car tu ne prends aucun plaisir aux sacrifices . De plus on lit dans les Proverbes «Pratiquer la justice et le droit. Par conséquent. rejetaient fortement ces sacrifices. Sa justice se rapporte au salut. Les sacrifices à Dieu. Les Prophètes. parce qu’il sauve. p. Le peuple d’Israël a introduit dans sa pratique cultuelle. 45. L’interprétation correcte et la conception juste de l’Ancien Testament ne peut toutefois se réaliser que par le prisme du Nouveau Testament. le fruit de mes entrailles pour mon propre péché? On t’a fait savoir. il s’agit d’un rétablissement des droits humains envers ceux à qui ils ont fait défaut. avec des veaux d'un an? Prendra-t-il plaisir à des milliers de béliers. les références concernant la justice et surtout la justice divine sont nombreuses. Au cours des temps. dont une partie notable est réservée à la Loi. Yahvé juge. pour Yahvé. certains sacrifices de propitiation et de purification qui avaient pour but. 21 2 Mi. la punition des criminels. 51. A travers cette révélation on constate que la justice de Yahvé ne se limite jamais exclusivement à l’application d’une peine condamnatoire. ces sacrifices ont perdu leur signification initiale et le peuple avait fini par les appliquer sans la pénitence nécessaire et de manière machinale. d’aimer la bonté et de t’appliquer à marcher avec ton Dieu2». comme façon de purification ou de mérite devant Dieu. mais il reste toujours dans le cadre de la fonction réintégrante de la justice. 3 3 . évidemment. le rétablissement du rapport entre l’homme et Dieu. me prosternerai-je devant le Dieu de là-haut? Me présenterai-je avec des holocaustes. 6. un holocauste. Dieu. vaut. tu n’as point de méprise3». D’un cœur brisé. ce qui est bien. selon les instructions de Yahvé. uniquement. Pour exemple citons le Prophète Michée qui écrit : «Avec quoi me présenterai-je devant Yahvé. ce que Yahvé réclame de toi : rien d’autre que d’accomplir la justice. soulignant que Dieu demande la miséricorde et la compassion. Et aussi «Lavez-vous. 6-8 3 Ps. Il est évident que le sacrifice n’est point une condition au pardon. c’est un esprit brisé. Sa justice ne s’identifie pas seulement à la punition des pécheurs. ô homme. broyé. à la tradition desquels Jésus s’identifia.

quand ils seraient rouges comme la pourpre. George VASILAKIS purifiez-vous! Ôtez de ma vue vos actions perverses! Cessez de faire le mal. Allons! Discutons! dit Yahvé. je n’entende pas la musique de tes harpes. comme la neige ils blanchiront. 21-24 4 . comme la laine ils deviendront 5». Quand vous m'offrez des holocaustes… vos oblations. p. Mais que le droit roule comme de l’eau. je ne le regarde pas. apprenez à faire le bien! Recherchez le droit. Il y a certainement beaucoup d’autres passages dans l’Ancien Testament qui présentent un type différent de justice. et je ne puis sentir vos réunions solennelles. je méprise vos fêtes. plaidez pour la veuve. mais qu’elle constitue une grande partie de la justice divine. je ne les agrée pas. redressez le violent! Faites droit à l'orphelin. Quand vos péchés seraient comme l’écarlate. Mais notre but est de montrer que la dimension réintégrante de la justice n’est pas une inconnue dans L’Ancien Testament. comme un torrent qui ne tarit pas!6». 5. le sacrifice de vos bêtes grasses. Ecarte de moi le bruit de tes cantiques. Chapitre II 5 Is. Et encore «Je hais. 16-18 6 Am. 1.

Le Royaume de Dieu s’est caractérisé par la justice. Ce qui est particulièrement important. d’abord partielle9. 13. les hommes à rechercher avant tout la justice divine12. 33 5 . cette justice dans sa totalité et à un niveau absolu. notamment à travers la vie et l’enseignement du Seigneur. et s’engage dans l’histoire humaine. et tout particulièrement envers ceux qui. Jésus cependant a appliqué la justice de son Royaume qui se fond sur la miséricorde et l’amour. 8. mais en se rabaissant lui-même au niveau humain afin d’élever l’homme au niveau divin «…car telle est la raison pour laquelle le Verbe s’est fait homme. 11. Ainsi il applique la justice extrêmement réintégrante en ne pénalisant pas l’homme pour sa rébellion. George VASILAKIS Nouveau Testament La Loi et l’enseignement de l’Ancien Testament ne suffisaient pas pour le salut de l’homme. Mais cette justice est dissemblable de la justice de riposte des hommes. a brisé ces deux obstacles qui rendaient impossible l’unité de Dieu et de l’homme. p. en se mélangeant au Verbe et en se recevant ainsi l’adoption filiale. Dans le Nouveau Testament. 33. Dans le cas de l’adultère. à la fin des siècles. 6. 7 Ex. en tant que Dieu et en tant qu’homme. selon la Loi. Ainsi. puisqu’il dépasse les frontières de l’au-delà et de l’omniprésence. 30 12 Mt. c’est le fait que Jésus n’ait pas seulement enseigné une justice différente. Nous ne pouvons. puis. il ébranle les idées humaines sur la justice d’un Dieu qui ne condamne pas les injustes. Tandis que l’homme. 3-11 11 Mt. mais qu’il ait vécu. et le Fils de Dieu. en effet. 35 9 1 Co. En même temps. cet amour. 19. l’enseignement et surtout la résurrection du Fils de Dieu étaient indispensables pour la participation au Royaume de Dieu. Un amour sans limites. le Fils prenant chair humaine. n’en sont pas dignes10. devienne fils de Dieu. L’incarnation. Ceux qui détestent le plus la justice du Christ sont ceux que l’on nomme les «hommes de bien» qui vantent leur justice et qui critiquent ceux qui ne y adhèrent pas. C’est pourquoi. et les derniers seront premiers11». avoir part à l’incorruptibilité et à l’immortalité que si nous sommes unis à l’incorruptibilité et à l’immortalité13». 12 10 Jn. ses détracteurs essayèrent d’appliquer la justice humaine en exécutant la sanction de la Loi. de sa propre volonté. a rejeté le rapport à Dieu et s’est soumis au péché et à la mort. 11 8 He. Fils de l’homme : c’est pour que l’homme. restaient captivés par la mort et l’attendaient «afin d'obtenir une meilleure résurrection8». L’Incarnation constitue la manifestation suprême de l’amour. les hommes et femmes justes qui parlaient directement avec Dieu «comme un homme parle à son ami7». la justice de Dieu renverse les données établies et «les premiers seront derniers. Il incite même. entière. la dimension réintégrante et libératrice de la justice divine devient beaucoup plus apparente. constitue une manifestation de la justice divine. Même les amis de Dieu.

l’appréciation du sacrifice réciproque comme moyen d’apaiser Dieu. peut-être.G. en se mutinant et en prenant de l’autonomie a rejeté et. p. ne fut-elle pédagogique. Sources Chrétiennes 211. Offrant aussi le pardon à ses bourreaux et l’acceptation du repentir du brigand. avec sa résurrection. on allègue un extrait de l’exégèse de Saint Jean Chrysostome sur le premier Epitre aux Corinthiens et du passage 5. p. il est mort pour des impies14». Enfin. 5. 478 6 . mais c’est nous. à travers la fonction réintégrante de la justice telle qu’elle est appliquée par le Christ. Nous regardons Christ sur la croix. on trouve plusieurs fois la description d’une justice fortement réciproque. osera-t-on mourir 15». 374 14 Rm. elles l’ont. on constate également l’identification de l’amour et de la justice au visage du Christ qui «en effet alors que nous étions encore sans force. 7 16 Jean Chrysostom. des chaînes de la mort. Dieu n’est jamais hostile16». avec la création. cela ne suffit pas à expliquer l’acceptation d’une telle punition déshonorante par le Seigneur. 6 15 Rm. on pourrait assurément dire que : la justice du Christ se manifeste par son amour. Pourtant. P. aucun apôtre et aucun Père de l’époque apostolique n’est arrivé à formuler. ainsi. In Secundum ad Corinthios Epostolam Commenterius. Contre les hérésies. 61. «Sauver» signifie : réparer les conséquences des fautes humaines. oui. dans un premier temps. au temps fixé. vol. Le rapport des deux notions est tellement proche que nous ne nous tromperions pas de dire que l’amour et la justice de Dieu s’identifient. Sur ces points. la restauration ontologique des dégâts de l’homme et du cosmos. Homilia XI. Une restauration à la beauté originale de l’homme et à l’harmonie des ses rapports avec son prochain. principalement. surtout dans l’Epitre aux Hébreux. et. Bien évidement. il a offert ce que le plan initial de Dieu prévoyait pour l’homme et pour le cosmos. et. petit à petit. avec Dieu. Cette justice est. aussi catégoriquement que Saint Augustin. et que son amour détermine la façon de l’attribution de sa justice. s’est forgé l’idée du sacrifice réciproque et de la propitiation. 1974. c'est-à-dire. livre III. dans le Nouveau Testament. interprété comme une injustice et un crime des autorités contre Jésus Christ. mais elle sauve le monde. aucun homme ne pourrait le faire ni pour un homme juste ni pour quelqu'un de bon. Le capital judaïque qu’elles portaient ne leur permettait pas de comprendre aisément le mystère de la Crucifixion. Et il n’a pas dit . Pour donner un exemple de l’interprétation différente de la tradition orientale. mais offrant la réconciliation de l’homme envers Dieu (et non l’inverse). non pas infligeant un châtiment pour le renversement des rapports. dans sa dimension réintégrante ne rend pas le mal pour le mal. George VASILAKIS La justice de Dieu. pour l'homme de bien. 18-19. du 13 Iréné de Lyon. et que l’homme. 5. Il dit « Qu’est-ce qu’il prétend ? Il nous a réconcilié avec lui- même (Dieu). a perdu. D’ailleurs. 2. Jésus a offert la rédemption à tous. à peine en effet voudrait-on mourir pour un homme juste . particulièrement quand les premières communautés chrétiennes essayaient d’interpréter la Crucifixion. Dieu a réconcilié avec nous. Ce que Jésus a fait. car ce n’est lui qui est rendu hostile. Assurément. et l’immortalité en Dieu . parce que la nature humaine chutée fonctionne selon l’individualisme et l’égoïsme «car. En tout état de cause. par conséquence. CERF. Paris. alors.

George VASILAKIS moment même qu’une telle perspective est complètement étrangère à la justice humaine. Chapitre III 7 . p.

le bien. La justice de Dieu et son amour sont la même et unique chose. et comme la restauration de l’homme tout entier. 672D-673A 8 . afin que justice leurs soit rendue20». et. parce qu’il a trouve la solution la 17 1 Co. ainsi qu’aucune riposte juridique relative au péché originel ne fut demandée17. au sein de son action incréé. Cette justice divine nous la percevons au travers des mystères. aucun changement ne fut nécessaire chez Dieu. p. et manifesté. Jésus a introduit dans le monde «la justice véritable et la collaboration avec Dieu». à tous 19». Liber Primus. en même temps. la sagesse. la justesse et la puissance de Dieu. Avec son incarnation. il a sauvé le pareil par le pareil. corps et âme réunis. mais Dieu. un amour incommensurable. conçoivent la justice de Dieu comme une victoire contre le diable et la mort. qui ne réclame rien en retour. par le passé a été dépendant de la mort par le péché. il (Dieu) n’a pas créé un nouvel homme pour vaincre le tyran. a encore une fois a sauvé l’homme qui. des morts. dit que la justice de Dieu signifie «qu’il (Dieu) donne copieusement. La sagesse . ses bien et la participation à la béatitude. l’homme ayant le dessous. On continue avec Saint Jean Damascène qui. des protestataires. au moyen desquels il communie avec nous et il nous donne sa vie. La justesse . écrit. De Vita in Christo. 13. des coupables. 150. Chez les Pères nous ne trouvons aucune sorte de satisfaction car ils reconnaissent l’amour divin comme véritable nature de la justice de Dieu. P. 17 19 Nicolas Cabasilas. sont la vertu divine et la justice». P. George VASILAKIS Les Pères de l’Eglise Les Pères de l’orient. Il conclut ainsi «… la philanthropie et la bonhomie extrême (de Dieu) pour le genre (humain). 508A 20 Nicolas Cabasilas. nous éclairera significativement. Lui-même a pris nature humaine. bon et juste. et qui n’est assujetti ni à la loi ni au besoin. Le bien .G.G. dans leur quasi totalité. La justice divine dans l’économie du salut n’est pas un schéma juridique. 5 18 Rm. ainsi. s’est même exposé à la souffrance et à la mort. se référant aux mystères de l’Eglise en rapport avec le passage de l’Apôtre Paul «Car en lui la justice de Dieu se révèle de la foi à la foi18». dans l’immortalité et dans la communion avec Dieu. mais a eu pitié d’elle et il lui a tendu la main. pour l’avènement de ce salut. simultanément. 1. les mystères peuvent être considérés comme «piliers de la justice». Examinons quelques exemples de la littérature patristique orientale. De Vita in Christo. Saint Nicolas Cabasilas. parce que. Liber Primus. et par les faiblesses de la chair. puisqu’il a vécu auprès des pécheurs «le Maitre du monde apparait (pour) honorer la justice en vivant avec les esclaves. 150. mais l’expression de l’amour. parce qu’il n’a pas abandonné sa créature dans la maladie. dont la présentation quoiqu’élémentaire. à son tour. tout en montrant. Cependant. qui (le premier) était indigent. C’est d’ailleurs pourquoi. dans l’Edition Précise de la Foi Orthodoxe au chapitre de l’économie divine «l’ennemi trompe l’homme avec l’espoir de la divinité. ni le prendre avec violence de la mort .

Oration Catechetica Magne. P.G. Il a envoyé son Fils. Catechesis XII. P. Dans le même esprit on peut citer l’enseignement de Saint Cyrile de Jérusalem qui. Chapitre IV 21 Jean Damascène. 981C-982A 22 Grégoire de Nysa.G. le Christ. 94. Cela. De Christo Incarnato. 86a. sans avoir l’obligation de mourir pour nous. Mais aussi. pourtant. s’est sacrifié afin que nous vivions. L’incarnation du Verbe fut simultanément la manifestation de l’amour et de la justice. P. 45. Liber Tertius. le Seigneur.G. la justice de Dieu ? Puisque nous étions pécheurs et le Christ est mort pour nous». 33. indissociables à la dimension réintégrante de la justice divine. p. le médecin traitant qui vient du ciel23». Expositio Fidei Orthodoxae. Puis il mentionne divers exemples comme la parabole du salaire des ouvriers . George VASILAKIS plus décente pour le nécessiteux21». la parabole du fils prodigue que le père a réhabilité alors qu’il avait dilapidé toute sa fortune. et. 64A 23 Cyril de Jérusalem. Enfin. montre le juste…22». Il devient alors évident. après ces quelques références patristiques (il y en a beaucoup d’autre mais leur énumération auraient rendu extrêmement longue cette petite étude) que la justice et l’amour s’identifient en la personne de Jésus Christ. De Contemptu Mundi. ne peut être appelé justice selon le sens humain du terme. la volonté de salut est le témoin de la bonté. et nous étions malades. P. Dieu donne à celui qui est venu la dernière heure. même lorsqu’il semble punir.G. 812-884 9 . La vie de Jésus dans toutes ses étapes ainsi que dans son enseignement sont. Ils ne conçoivent pas Dieu en vengeur. le même salaire qu’à celui qui est venu la première heure. mais amour et philanthropie de Dieu. chez les Pères orientaux. Pour conclure cette brève référence aux Pères de l’Eglise. et de l’autre en échange la rédemption du détenu. Nous avions péché et renié notre Père. comme distribution de l’égal. Ce même enseignement on le trouve chez Saint Grégoire de Nysa dans son Grand Discours Catéchétique où il écrit «d’une part. mentionnons l’enseignement caractéristique de Saint Isaak le Syrien «ne qualifie pas Dieu de juste. et à réparer le lien brisé entre Dieu et l’homme. Saint Isaak demande «Où est donc. 733B 24 Isaak de Syrie. indiquant l’identification des deux propriétés de Dieu. car sa justice ne peut pas être reconnue dans ta réalité 24». le Père n’a pas abandonné notre genre égaré. à un passage de ses Catéchismes dit «Le Seigneur a exaucé la supplication des Prophètes. mais ils perçoivent constamment la volonté de Dieu à vouloir restaurer la beauté originelle de l’homme.

des fidèles. le salut et l’intégrité de l’homme26». la justice est mise en pratique dans toutes les circonstances de la vie ecclésiastique . l’Eglise reconnait aussi l’Economie. 15 26 Prodromos Akanthopoulos. l’Eglise peut examiner l’éventuelle suspension temporaire de ce Canon afin de contribuer à la réussite du but recherché.159 10 . Thessalonique. Dans l’Eglise Orthodoxe l’authentique organe législatif est le Synode Œcuménique. On se réfère à un seul exemple patristique (parmi les nombreux qui 25 1 Tm. Vanias. en ce qui concerne l’application des Sacres Canons on constate deux types de mouvances dans l’Eglise : L’Exactitude et l’Economie. C'est-à-dire que. les actes et les expériences afin d’être toujours le plus proche possible du droit. Ainsi. Hormis l’Exactitude de l’application des Canons Sacrés. Métaphoriquement. Le Code des Sacres Canons (Texte-Intrepretation- Commentaire). ou comme critère de contrôle de la justesse d’un acte. Avec le terme «Exactitude» on se réfère à l’observance exacte de la tradition authentique de l’Eglise en acceptant. la conservation. dans une situation déterminée bien particulière. Selon la terminologie ecclésiastique. 3. 3eme Edition. George VASILAKIS Le Droit Canonique L’Eglise. évident que l’Eglise met en pratique la justice réintégrante dans le but de restaurer le rapport entre l’homme et Dieu. La dimension de l’Economie dans la justice est un phénomène unique qui ne se trouve nulle part ailleurs dans la justice séculière. ainsi que la vie en Christ. qui a le pouvoir absolu et dont les décisions sont infaillibles puisqu’il est l’organe d’expression de l’Eglise dans son ensemble. p. en entretenant et en appliquant inconditionnellement les dogmes de la foi et les règles de l’ordre et de la vie. fidèle à l’enseignement du Christ. Comme le relate le 88em canon du Synode Œcuménique de 692 à Constantinople «on nous enseigne que le sabbat a été fait pour l’homme et par conséquent il faut considérer de préférence à toute autre chose. propre et authentique. toute dérive temporelle ne peut conduire hors des limites dogmatiques de l’Eglise Orthodoxe. les «Canons» sont les ordonnances instituées ou adoptées par l’Eglise. Dans la langue grecque le mot «Canon» désigne l’instrument utilisé pour tracer une ligne droite ou pour tester la droiture d’une ligne. empêche l’aboutissement du salut. Cela est valable pendant l’imposition de l’Exactitude. dans sa pratique actuelle. suit son exemple et applique. Ils concernent l’organisation juste. Assurément. dans le cas où le respect rigoureux d’un Canon. la diffusion et les actes de l’Eglise dans son ensemble. l’Exactitude constitue le critère selon lequel on juge la foi. p. on appelle «Canon» chaque chose utilisé comme exemple et indicateur pour réaliser et affronter une situation. 2006. Il devient. Naturellement. et d’autant plus quand elle applique le principe de l’Economie. les paroles. alors. qui elle-même est «la colonne et le soutien de la vérité25». la justice identifiée à l’amour. Cependant. mais c’est le droit canonique ou la dimension réintégrante de la justice qui est la plus évidente.

Epistola CCXVII. considère la confession du pécheur. l’Evêque ou le père spirituel responsable) à contourner entièrement quelque canon et à appliquer une peine différente de celle prévue afin de conduire le rétablissement d’un pécheur repenti avec le corps de l’Eglise et avec Dieu. George VASILAKIS existent) qui est très caractéristique de cette logique. Il s’agit du 74 éme Canon de Saint Basil le Grand qui dit «celui à qui on confie la garde de la philanthropie divine a le pouvoir de lier et de délier. Et cela tient au fait que la justice séculière est de caractère réciproque. p. un docteur de la loi lui a demandé quel était le plus grand commandement dans la loi et Jésus lui dit «Tu 27 Basil le Grand. Εn guise d’épilogue Jésus. 804A 11 . Dans la justice séculière. Le principe de l’Economie existe seulement au sein de la justice ecclésiastique car elle autorise l’organe exécutif (c'est-à-dire: le Synode. Il peut donc. devient plus charitable. et réduit le temps de sa punition car il n’est pas digne de condamnation… et reçoit très vite la charité de Dieu27». tandis que dans la justice ecclésiastique la tolérance n’a aucune limite. mais dans tous les cas figures.G. il doit rester dans les limites prévues par la loi. appliquer une peine plus légère ou plus sévère. un juge a une marge d’interprétation de la loi mais il a l’obligation d’appliquer une des peines prévues prenant en compte la particularité de chaque cas. tandis que la justice ecclésiastique est de caractère réintégrant. après avoir fermé la bouche aux sadducéens. Amphilochio de canonibus. 32. P.

de nos jours. Ceci est le premier et plus grand commandement. Le mot «ως» manifeste le sens de l’identité et non celui de la ressemblance. 37-40 29 Lc. Cette interprétation nous conduit à une anthropologie très différente. se convertir à la charité». George VASILAKIS aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur. mais il lui parle comme s’il l’était. nous constatons une infime mais essentielle différence. et de la prise de conscience de l’image de Dieu sur le visage des autres. tel qu’il est perçu de façon présomptueuse. Et le second lui est semblable: "Tu aimeras ton prochain comme toi-même". La personne du Christ et l’identification de la justice à l’amour pourraient être la réponse à la question initiale de ce séminaire avec pour titre : «éduquer à la justice. Dieu nous invite à nous aimer nous-mêmes. 28 Mt. que dans sa traduction dans différentes langues. on pourrait lui donner la dimension réintégrante proposée et appliquée par le Christ. qui existe à l’identique sur le notre. 6. Dans la première phrase celui qui parle est le frère de celui à qui il parle. puisque chaque acte juridique aurait comme but initial la restauration des rapports entre les hommes et par la suite entre l’homme et Dieu. et qui donne à l’individu une plus-value fondée sur des desiderata et des besoins. Il nous invite à voir en l’autre le sceau du Christ qui existe également en nous. Le mot «ως» est traduit en français «en tant que» et par conséquent on doit comprendre le passage de Matthieu ainsi : « Tu aimeras ton prochain parce qu’il est toi-même ». 22. du moins. Si on considère la justice séculière à travers ce prisme. dans la langue française. faites-le pour eux pareillement29». Par exemple : «je vais te parler en tant que (ton) frère» et «je vais te parler comme (un) frère» sont des phrase de sens différent. p. mais principalement du fait que l’homme est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. De toute évidence. tandis que dans la deuxième phrase celui qui parle n’est pas le frère de l’autre. 31 12 . Cependant. De ces deux commandements dépendent la loi toute entière et les prophètes28». selon les biologistes atteint 99. et de toute ta pensée". Il ne s’agit pas seulement d’une similitude corporelle qui. Au visage de l’autre on voit l’image de Dieu. La particule explicative «ως» (comme) n’a pas la signification qui lui est très souvent donnée et par conséquent est naturellement mal traduite. Tant dans l’interprétation de cette phrase par les grécophones. la règle d’or du comportement envers les autres s’appuie sur ce fondement : «Ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous. Christ nous invite à un amour qui tient de l’unicité de chacun face à Dieu. l’amour qu’il nous propose n’est ni utilitaire ni individualiste. et de toute ton âme.8% de l’ADN de l’espèce humaine.