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Ecole Supérieure d’Agriculture de Mograne (ESAM)

Année Universitaire 2020-2021

Cours :
Sociologie Rurale et Systèmes Agraires

Dr. Inès GHARBI


(inesgharbi21@yahoo.fr)
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Chapitre 2. Société rurale et
Changement agraire en Tunisie
(Suite)

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2.2. Réforme agraire après
l’Indépendance (1956)

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▪ Indépendance : 1956.

▪ Décolonisation agraire.

▪ Etat Indépendant : réduire le dualisme agraire :


des exploitations travaillant pour
l'autoconsommation et faiblement intégrées au
marché et des exploitations modernes qui
produisaient pour le marché (marchés extérieurs :
la France/l’Italie) .

▪ Généraliser le système de la propriété privée. 4


▪ Constitution du domaine privé de l’Etat : les terres
domaniales (500 000 ha ; 5% des terres agricoles du
pays).

▪ Ces terres proviennent de différents modes


d’acquisition :

➢ Liquidation des « habous » (décrets du 31 mai 1956


et du 18 juillet 1957).

➢ Rachat des terres des colons (protocoles du 13


octobre 1960 et du 2 mars 1963).

➢ Nationalisation des terres détenues par des


étrangers (loi du 12 mai 1964).
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▪ Apparition d’une masse énorme des paysans sans
terre (qui constituent la majorité de la population
rurale ) et sans travail : création d’emplois pour ces
« chômeurs ».

▪ Chômage et sous-emploi agricole : la misère des


ruraux.

▪ Exode rural intense et surpeuplement.

▪ Déséquilibre des structures foncières et sociales. 6


▪ Deux principales tendances politiques : le parti
libéral présenté par le Néo-Destour (crée par Habib
Bourguiba) et le mouvement socialiste : L’Union
Générale des Travailleurs Tunisiens (UGTT).

▪ UGTT : le rassemblement des agriculteurs en


grandes exploitations coopératives.

▪ Néo-Destour : fractionnement de ces terres


(domaniales) en petites propriétés privées.
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▪ Les planificateurs ont désormais en mains les moyens
fonciers pour engager la réforme des structures agraires
: mobilisation des terres domaniales.

▪ Cette réforme vise à absorber la petite et la moyenne


paysanneries dans des structures de production
importantes pour être économiquement modernisées.

▪ Cette restructuration doit permettre d’atteindre


plusieurs objectifs : une modernisation accélérée de
l’agriculture susceptible d’assurer les besoins
alimentaires du pays, l’intégration économique et
sociale de la paysannerie. 8
▪ 1964-1969 : époque des coopératives.

▪ Terres exploitées sous forme d’agro-combinats et


d’Unités Coopératives de Production Agricole (UCPA).

▪ Agro-combinats :
➢ Grosses unités agro-alimentaires publiques (viticulture,
fromage, huile).
➢ La terre et les moyens de production étaient propriété
de l’État et les «paysans» étaient des ouvriers percevant
un salaire de l’État.

▪ UCPA : regroupaient les terres des petits exploitants


autour d’anciennes fermes coloniales incorporées au
domaine privé de l’État.
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▪ Création de 348 UCPA sur 378 000 ha.

▪ La majorité des UCPA n'avaient pas atteint les résultats


attendus (modernisation et augmentation de la
production).

▪ Arrêt de l’expérience coopérative en 1969.

▪ Principale cause : leur création imposée aux exploitants,


sans adhésion volontaire.

▪ Fort dirigisme étatique, les exploitants n’étaient libres ni


du choix des spéculations, ni de la répartition des
revenus au niveau de ces UCPA.
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▪ Les paysans pauvres se sont trouvés sans moyens de
production ce qui les a obligés à louer ou à vendre leurs
terres et à s’exiler dans les villes à la recherche de
travail.

▪ Les années 1970 : le taux le plus élevé d’exode rural.

▪ Taux de chômage très élevé.

▪ Émigration internationale (France/Allemagne).


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▪ Mobilisation des ressources hydrauliques et
aménagement de périmètres irrigués.

▪ Mettre en place une importante et moderne


infrastructure hydraulique : grands et petits
barrages, lacs collinaires, puits et forages profonds
et de grands réseaux d’adduction.

▪ Développement de l’irrigation et extension des


superficies en créant des périmètres publics.

▪ Les périmètres publics irrigués de la Basse vallée de


la Mejerda : les premiers grands périmètres publics.
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▪ Une loi de réforme agraire dans les périmètres
irrigués a été promulguée.

▪ Il s’agit de la loi agraire de 1963.

▪ La mobilisation des ressources en eau et


l’aménagement des périmètres irrigués ont été
accompagnés par des opérations obligatoires de
réorganisation foncière : remembrement des
parcelles dispersées, redistribution des terres,
limitations inférieure et supérieure de la taille
des exploitations, etc.
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2.3. L’agriculture des années 1970,
1980 : Le PAS

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▪ 1970 : retour à une économie libérale.

▪ Les formes d’exploitation collective ont fait place à


des modes d’exploitation individuels, dans lesquels
les agriculteurs ont la liberté de cultiver et de
commercialiser leurs produits.

▪ Le développement du secteur industriel consolidé


par la loi 1972 du secteur industriel de textile.

▪ Cette politique a fortement contribué à absorber le


chômage issu des années 1960. 15
▪ À la suite des chocs pétroliers de 1973 et de 1979 le
monde entre en récession et tous les prix des
matières premières s'effondrent (hors pétrole).

▪ Les pays en voie de développement traversaient une


crise se traduisant par déséquilibres financiers,
aggravation du déficit de la balance des paiements
et augmentation de l'inflation.

▪ Ces pays très endettés n'ont plus les moyens de


payer leurs dettes. 16
▪ Les institutions financières internationales (FMI,
BM) se sont évertuées à « recommander » à ces pays
une combinaison de politiques économiques que
l’on regroupe sous le nom : Plan d’Ajustement
Structurel (PAS).

▪ Le PAS est une politique économique permettant


aux pays surendettés de pouvoir réduire leur dette
extérieur et de permettre un relèvement de leur
économie.

▪ Mesures imposées par les instances internationales


notamment par le FMI à un pays afin qu’il sorte de
sa situation de crise financière.
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▪ En Tunisie, c’est au début des années 1980 que le
gouvernement cherche à réduire le déficit budgétaire face à
la baisse du prix du pétrole et à l’augmentation des produits
alimentaires importés.

▪ Au niveau de l’agriculture, un programme spécifique va être


mis en place : PASA.

▪ Il cherche à rompre définitivement avec les politiques


précédentes.

▪ Les mutations vont concerner tous les aspects de la


politique, qu’il s’agissent du crédit et de l’investissement, des
prix et des subventions ou encore de l’encadrement des
producteurs et du développement rural.
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▪ Privatisation de tous les secteurs à l’exception de
quelques secteurs comme la santé, l’enseignement et
les infrastructures.

▪ Cette libéralisation a aussi entraîné une diminution


du rôle de l’État dans le financement et le soutien
des activités agricoles.

▪ Le désengagement progressif de l’Etat.

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▪ Privatisation d’une partie des terres domaniales et la
création d’exploitations privées.

▪ La privatisation des terres domaniales s’est accélérée


avec l’adoption du PAS (1986).

▪ Création, sur les terres des UCPA, de Sociétés de mise


en valeur et de développement agricole (SMVDA). Ce
processus a été favorisé par la promulgation du code des
investissements agricoles du 6 août 1982.

▪ Il a confié la gestion de ces terres à des investisseurs


privés : des locations de longue durée ( 40 ans)
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▪ L’attribution d’une partie des terres domaniales,
notamment les petites parcelles dispersées, à des
techniciens agricoles et à des jeunes agriculteurs .

▪ Des locations de longue durée : 15 ans.

▪ Pour les jeunes agriculteurs l’objectif était


essentiellement social : création d’emplois pour les
jeunes ruraux et amélioration de leur situation.

▪ Pour les techniciens agricoles, l’objectif était de créer


des emplois pour les diplômés en agriculture, mais
aussi de favoriser la modernisation de l’agriculture
grâce à la maîtrise technique que ces diplômés étaient
supposés amener dans les campagnes. 21