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scientifique et médicale

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Le sommaire de ce numéro

http://www.john-libbey-eurotext.fr/fr/
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Montrouge, le 30-04-2018

Juan Pablo Lucchelli

Vous trouverez ci-après le tiré à part de votre article au format électronique (pdf) :
Lacan, Dick et l’autisme

paru dans
L’Information psychiatrique, 2018, Volume 94, Numéro 4

John Libbey Eurotext

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ou scientifiques. En aucun cas, il ne doit faire l’objet d’une distribution ou d’une utilisation promotionnelle, commerciale ou publicitaire.
Tous droits de reproduction, d’adaptation, de traduction et de diffusion réservés pour tous pays.
© John Libbey Eurotext, 2018
Histoire de la psychiatrie
L’Information psychiatrique 2018 ; 94 (4) : 293-8

Lacan, Dick et l’autisme

Résumé Cet article s’intéresse au premier séminaire de Lacan où, lors de deux séances,
Juan Pablo Lucchelli il est question du fameux cas « Dick » traité par Melanie Klein, à savoir un cas d’autisme
chez un enfant. Pendant deux séances, il s’agira d’analyser les caractéristiques cliniques
Laboratoire de psychopathologie de ce cas étonnant qui ne correspond ni aux névroses ni aux psychoses. Pour des raisons
et clinique psychanalytique, inconnues, l’échange clinique avec une des participantes du séminaire n’a jamais été
Université de Rennes 2, EA 4050 publié, or c’est cet échange qui semble décisif dans la compréhension clinique de ce cas
Médecin psychiatre CMP Enfants, clinique. Nous allons donc nous intéresser à ce document resté inédit jusqu’à ce jour,
La Courneuve 93120, mais nous pointons aussi le besoin de ne pas assimiler l’autisme, structure clinique à
Hôpital Ville-Évrard, 74, Av. Jean Jaurès, part entière, à la psychose chez l’enfant. De plus, en introduisant un « schéma optique »
75019 Paris, France pour comprendre ce cas d’autisme, Lacan semblerait anticiper de quelques décennies
les recherches actuelles sur l’attention conjointe.
Mots clés : autisme infantile, psychanalyse, cas clinique, attention conjointe, Lacan
Jacques, Klein Melanie, cas Dick
Rubrique coordonnée
par Eduardo Mahieu
Abstract. Lacan, Dick and autism. This article focuses on the first Lacan seminar where,
in two sessions, famous “Dick” case treated by Melanie Klein, was discussed i.e. a case
of autism in a child. During the two sessions, it was necessary to analyze the clinical
characteristics of this astonishing case which corresponds neither to the neuroses nor
the psychoses. For unknown reasons, the clinical exchange with one of the participants
of the seminar has never been published, but it is this exchange that seems decisive
in the clinical understanding of this clinical case. We will therefore be interested in this
document, which has not been published until now, but we also underline the need not to
equate autism, a clinical structure in its own right, with psychosis in children. Moreover,
by introducing an “optical schema” to understand this case of autism, Lacan seems to
anticipate by a few decades the current research on joint attention.
Key words: infantile autism, psychoanalysis, clinical case, joint attention, Jacques Lacan,
Melanie Klein, Dick case

Resumen. Lacan, Dick y el autisme. Este artículo se interesa por el primer seminario
de Lacan en el que, durante dos sesiones, se discute el famoso caso “Dick” tratado por
Melanie Klein, a saber un caso de autismo en un niño. Durante dos sesiones, se tratará
de analizar las características clínicas de este caso asombroso que no se corresponde
ni con las neurosis ni con las psicosis. Por motivos desconocidos, el intercambio clínico
con una de las participantes al seminario nunca se publicó, cuando en realidad ese cam-
bio es el que parece decisivo para la comprensión clínica de esto caso clínico. Por lo
tanto vamos a interesarnos por este documento que sigue sin editarse hasta la fecha
de hoy, pero también señalamos la necesidad de no asimilar el autismo como estruc-
tura clínica plenamente independiente, con la psicosis en el niño. Además, al introducir
un “esquema óptico” para entender este caso de autismo, Lacan parecería anticipar en
algunos decenios las investigaciones actuales sobre la atención compartida.
Palabras claves: autismo infantil, psicoanálisis, caso clínico, atención compartida, Lacan
Jacques, Klein Melanie, caso Dick

Introduction clinique qu’il présentait à l’égard des troubles névrotiques et


psychotiques chez l’enfant. Aujourd’hui nous pouvons affir-
L’autisme, en tant que trouble psychique, a été décrit mer qu’il s’agit d’un cas d’autisme assez classique, ce qui
pour la première fois en 1944 par Leo Kanner [1]. Cepen- expliquerait aussi que la thérapeute opère un changement
dant, d’autres descriptions cliniques avaient vu le jour, depuis de stratégie dans sa méthode psychothérapeutique, comme
les années 20 et 30. Un des premiers cas décrits est le elle l’explique dans son texte. Cet article a été commenté à
fameux « cas Dick », exposé par la psychanalyste Melanie Paris, en 1954, lors d’une des séances de ce que l’on nomme
Klein dans un article de l’année 1930 intitulé « L’importance « le séminaire » de Jacques Lacan par une des participantes,
de la formation du symbole dans la formation de l’ego » [2]. la psychanalyste Marie-Cécile Gélinier [3]. Au moment de
Une des raisons qui semble avoir motivé l’auteur à rendre rappeler les points les plus saillants du cas, Gélinier, fidèle
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compte du suivi de cet enfant est sans doute la différence à la description du texte de M. Klein, provoque la surprise
du Dr Lacan, au point qu’ils sembleraient ne pas avoir lu le
même texte, tant un des points cruciaux de l’observation cli-
Correspondance : J.P. Lucchelli nique semble avoir été mal compris par Lacan. La question
<lucchelli@hotmail.com> sur laquelle nous voudrions nous attarder concerne ce point

Pour citer cet article : Lucchelli JP. Lacan, Dick et l’autisme. L’Information psychiatrique 2018 ; 94 (4) : 293-8 doi:10.1684/ipe.2018.1793 293

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J.P. Lucchelli

de divergence, car la discussion tourne autour, précisément, ces participants de commenter le cas Dick, mais avant tout,
d’un des critères cliniques majeurs qui définit l’autisme (il lisons quels sont les points cardinaux chez Dick, résumés
s’agit de ce que l’on nomme les « intérêts restreints »), par Gélinier, description clinique qui a été supprimée dans
auquel le psychiatre français ne parvient pas à lui attribuer l’édition publiée du séminaire de Lacan.
l’importance nécessaire, au moins dans un premier temps. On peut lire dans la description clinique de Klein, reprise
Déjà dans son texte, Klein diagnostique le cas Dick comme par Gélinier, les éléments cliniques suivants chez cet enfant
une psychose au sens large du terme, mais en proposant âgé de quatre ans, avec de grandes difficultés au plan rela-
précisément d’élargir ce concept, en incluant ainsi des cas tionnel, un retard de langage et la présence d’une anorexie et
atypiques comme celui de l’enfant nommé Dick. À notre d’une alimentation sélective dès sa naissance. Voici ce que
sens, le malentendu à propos des « intérêts restreints » Gélinier, qui a lu l’article Klein en anglais, peut nous informer
reflète comment, déjà à l’époque, l’autisme est considéré à propos de Dick :
comme faisant partie du concept de psychose, notion qui – « il a un niveau général de développement qui corres-
comme nous le savons, perdure jusqu’à nos jours, notam- pond, dit-elle, à 15 à 18 mois » ;
ment dans le contexte français de la psychiatrie et de la – « un vocabulaire très limité, et plus que limité, incorrect :
santé mentale, sans doute en raison de l’influence de la il [Dick] déforme les mots et les emploie mal à propos la
psychanalyse. plupart du temps, alors qu’à d’autres moments on se rend
compte qu’il en connaît le sens » ;
– « elle [Klein donc] insiste sur le fait le plus frappant [chez]
Le texte non publié cet enfant [c’est qu’il] n’a pas le désir de se faire comprendre,
il ne cherche pas à communiquer » ;
Jacques Lacan commence son séminaire en 1953, sous – « elle trouve qu’il n’a aucune adaptation au réel et
le thème « Les écrits techniques de Freud » [4]. L’intérêt, aucune relation émotionnelle, il est dépourvu d’affect dans
nous le savons mieux aujourd’hui, était pour lui de relire toutes les circonstances de la vie quotidienne : il ne réagit
l’œuvre de Freud et, pour le cas précis de ce séminaire, de pas, ni à la présence ni à l’absence de sa mère ou de sa
relire en particulier les positions de Freud quant à la tech- nurse » ;
nique psychanalytique, ce qui n’est pas une mince affaire : – « il ne montre aucune anxiété dans aucune circons-
il s’agit de savoir comment fonctionne la psychanalyse et, tance » ;
mieux encore, comment doit opérer le psychanalyste dans – « il ne joue pas. Ses seules activités plus ou moins
le suivi de ces cures. On explore ainsi, dans ledit séminaire, ludiques seraient d’émettre des sons et se complaire dans
les différentes stratégies des psychanalystes, qui diffèrent, des sons sans signification, auxquels on ne peut pas donner
selon Lacan, de ce qui avait été préconisé par Freud dans de signification, dans des bruits » ;
ses écrits et dans ses cas publiés. Lors de la séance du – « il est tout à fait insensible à la douleur physique : il ne
17 février 1954 donc, on s’apprête à lire l’article de Klein réagit pas quand il se fait mal » ;
sur le cas Dick, mais non sans avoir d’abord dit quelques – « vis-à-vis des adultes, mère, père, nurse, il a deux atti-
mots sur une autre psychanalyste connue à l’époque, rien tudes tour à tour. Elle explique cela vis-à-vis du vocabulaire :
de moins que la fille de Sigmund Fred, Anna Freud. Ainsi, ou bien il s’oppose, systématiquement, par exemple quand
Lacan essaie de bien distinguer une « analyse du discours et on veut lui faire répéter des mots, ou il ne les répète pas, ou
une analyse du moi » : Anna Freud concentrerait sa stratégie il les déforme, ou alors, s’il prononce les mots correctement,
thérapeutique sur cette analyse du moi, centrant ainsi ses il paraît leur enlever leur sens, et il les mouline, il les répète
interprétations dans un rapport « duel » avec le patient. Mais d’une façon stéréotypée, bien que les mots soient corrects,
d’une manière encore plus complexe, Lacan veut comparer ça ne veut plus rien dire » ;
les positions théoriques et thérapeutiques d’Anna Freud et – « par ailleurs, il ne recherche jamais aucune caresse de
de Melanie Klein « concernant l’analyse des enfants, et spé- ses proches, de ses parents » ;
cialement les défenses du moi » [4]. Un long échantillon du – « et elle finit la description en insistant sur sa mal-
texte d’Anna Freud est lu pendant la séance du 17 février adresse physique. Deux choses : d’une part il est maladroit
et, après cela, Lacan invite Gélinier à rappeler à l’audience en général, et mal coordonné, plus précisément, il se montre
les points importants de la position clinique de Klein, mais incapable de tenir des ciseaux et des couteaux, alors qu’il
surtout à concentrer sa lecture et sur le cas clinique et sur la manipule très bien sa cuiller à table ».
manière qu’a Klein d’opérer dans la cure1 . Nous reparlerons Nous avons donc une description très complète de
de la démarche de Lacan ou, tout au moins de ce que nous l’enfant qui correspond, sur tous les points, à celle d’un
croyons qu’il avait en tête au moment de demander à un de enfant autiste. Il va sans dire qu’à l’époque l’article de
Kanner n’est pas très connu et que, de toute évidence,
Lacan et l’audience de son séminaire ne connaissent pas la
1
Nous remercions Jorge Baños Orellana d’avoir attiré notre attention sur clinique de l’autisme. On essaie tout de même de compren-
cette partie manquante du séminaire publié de Lacan, qu’il a commentée dre quelque chose à ce cas difficilement compréhensible,
et reconstituée avec grande pertinence (cf. “De cómo la señorita Gélinier
transfiguró la lectura lacaniana del caso Dick”, Página Literal, Revista de qui échappe aux catégories cliniques connues de l’époque,
Psicoanalálisis 2008 ; n◦ 8-9 : 116-32. San José de Costa Rica). notamment les névroses et les psychoses. Après la

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Lacan, Dick et l’autisme

présentation clinique lors de la séance du 17 février, suit Melanie Klein. La première analyse est fondée sur la notion
une discussion à propos des points de vue théoriques de imaginaire des défenses et du moi, la seconde ferait tout
Klein et de la manière dont elle explique le cas Dick, mais de même apparaître un procédé plus dialectique. La preuve
nous ne rentrerons pas dans cette discussion. Par contre, il de cela est qu’il a suffi qu’elle introduise le « train » et son
nous intéresse de nous arrêter sur l’échange, assez vif, qu’il interprétation œdipienne pour que son intervention prenne
y a eu lieu entre Lacan et Gélinier, échange jamais publié. un sens pour l’enfant jusque-là fermé au langage : en effet,
Gélinier donc continue par ces mots : « Elle [Klein] pense à partir du moment où Klein indique à l’enfant que le grand
ensuite (. . .) et elle le justifie plus loin, d’une manière que train est « papa » et que le petit train est « Dick », l’enfant
je ne comprends pas (. . .) que les pulsions génitales – pro- prononce le mot « gare » [2].
prement génitales – ont été particulièrement précoces chez Or, quand Lacan s’aperçoit, lors de cette séance mémo-
Dick, et que ces pulsions génitales ont entraîné une moindre rable du 17 février, grâce à Gélinier, qu’il existe une
tolérance des pulsions sadiques et des défenses accrues donnée clinique fondamentale qu’il avait négligée, toute
contre les pulsions sadiques. Et alors, dit-elle, Dick n’a pas l’élucubration hégélienne de Lacan tombe comme un châ-
pu (. . .) faire cette distribution d’anxiété sur les objets du teau de cartes. Et Lacan est obligé de changer son cheval
monde extérieur, mais seulement sur deux ou trois objets, de bataille. Une semaine plus tard donc, nous constatons
qu’elle cite, qui étaient les seules activités ludiques de Dick : une transformation totale, une vraie rectification subjective,
l’intérêt pour les trains, pour les gares, pour les portes, comme l’effet d’une séance brève, Lacan change d’avis. Il
les trois choses qu’il manipulait ». Point clinique important n’essaie plus de dialectiser le cas Dick et introduit un modèle
puisqu’il informe de l’existence chez l’enfant d’une activité « optique » (la fameuse expérience du bouquet renversé)
précise, à savoir des intérêts restreints, un des deux critères pour rendre compte de ce cas d’autisme. Lors de la séance
fondamentaux des « troubles du spectre autistique ». Mais suivante, donc, Lacan avoue avoir relu le texte (il aurait pu
c’est à ce moment précis de la description du cas que Lacan commencer par là) et il dit : « Melle Gélinier nous le raconte
intervient, nous nous permettons de citer l’échange avec [le cas], et nous le résume (. . .) je l’ai revu, et il est vrai-
Gélinier : ment fort fidèle, ce qui ne nous empêchera pas de nous
« Peut-être, là, faites-vous quand même une élision, me rapporter au texte de Melanie Klein ». L’idée force, après
semble-t-il, qui est importante si vous la maintenez, de la la séance avec Gélinier, sera maintenant celle-ci : « Mela-
description que vous avez faite du cas clinique. Il y avait nie Klein doit donc renoncer là à toute technique. Elle a le
quelque chose d’autre qui est le comportement de Dick chez minimum de matériel [maintenant l’accent se déplace sur
Melanie Klein (. . .) Parce que ce que vous venez de dire, les le minimum de matériel dont Klein dispose, à savoir des
histoires concernant les portes, les gares et les trains, c’est trains ?]. Elle n’a pas même de jeux – cet enfant ne joue
surtout chez Melanie Klein, que ça a lieu. » (nous soulignons). pas. Quand il prend un peu le petit train, il ne joue pas, il fait
Gélinier : « c’est ce qu’elle dit avant (. . .) Elle pense que ça comme il traverse l’atmosphère – comme s’il était un invi-
les seules distributions faites sur l’extérieur, étant donné son sible, ou plutôt comme si tout lui était, d’une certaine façon,
anxiété, sont les trains, les gares, les portes (. . .) Et connais- invisible » [4]. Ainsi, la nouvelle proposition de Lacan sera
sant son intérêt pour les trains et les gares, et connaissant d’affirmer que le problème pour Dick est de ne pas pouvoir
que c’était son seul investissement anxieux d’objets, elle a assembler le bouquet et les fleurs en une seule image. En
pris un grand train qu’elle a mis à côté d’un petit train. » (nous effet, si nous devions résumer l’expérience du bouquet ren-
soulignons). versé proposée par Lacan, nous pourrions l’expliquer ainsi :
Lacan : « Vous êtes sûre qu’il y a ça, qu’elle connaissait si, d’une part, l’enfant est morcelé, puisque l’expérience
ça ? Elle ne connaissait rien de pareil, elle lui a foutu le train peut être remontée au vécu du nourrisson et au « stade
dans les mains. » (nous soulignons). du miroir » ([5], p. 93-100) que ce moment implique, d’autre
Quelqu’un : « Si. Elle le connaissait, elle le savait avant ». part, il retrouve une image complète, une unité rassurante,
Lacan – « D’ailleurs, ça ne change pas grand-chose » (nous dans l’image de l’autre, ses semblables ou, même, dans sa
soulignons). propre image reflétée dans la glace. Or, c’est cela qui pose
Peu avant la fin de son exposé, Gélinier précise : « J’ai problème chez Dick : il ne parvient pas à une unité, à placer
laissé tomber la fin du chapitre sur le diagnostic ». en un seul espace, de manière simultanée, les objets aux-
quels il a affaire, que c’est soit les jouets, les personnes ou
lui-même.
La séance du 24 février 1954 :
la rectification
Discussion
Lors de la séance du 17 février, et même avant, Lacan
est parfaitement hégélien. On entend parler de Bejahung, Il est nécessaire de rappeler que la question diagnostique
Verneignung et la lecture d’Hyppolyte ([5], pp. 879-87), Auf- est laissée de côté, et nous nous demandons aujourd’hui
hebung, du rôle de la négation dans l’humanisation du pourquoi. Cette mise entre parenthèses du diagnostic n’est
monde, etc. Dans la discussion qui nous occupe, l’idée était pas nécessairement un point négatif car cela permet de se
d’opposer deux procédés : celui d’Anna Freud et celui de concentrer sur les caractéristiques cliniques de l’enfant Dick

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au-delà des catégories psychiatriques. Mais essayons avant lui qui aurait proposé la lecture du cas Dick de Klein) et, dans
tout de contextualiser et de reconstruire la suite des raison- un deuxième temps, face à l’évidence, il préfère mécon-
nements qui ont amené le Dr Lacan à méconnaître l’élément naître cet élément clinique cardinal qui définit les troubles
clinique décrit plus haut. On sait qu’après la rencontre d’avec du spectre autistique. Pourtant, le texte anglais est assez
Alexandre Kojève, le psychanalyste essayait d’appliquer la clair : « The child was indifferent to most of the objects and
méthode « dialectique » à la psychanalyse et à la lecture de playthings around him [. . .] But he was interested in trains
Freud [6]. Il suffirait, à titre d’exemple, de mentionner sa lec- and stations ». Autrement dit, à partir du moment où la pré-
ture du cas « Dora » de Freud considérée comme la suite des misse de laquelle partait Lacan s’est avérée fausse, toute
certains « renversements dialectiques » ([5], pp. 215-26), lec- son intervention n’avait plus beaucoup de sens et il a été
ture qui s’est avérée fort pertinente au moment de lire ce obligé de modifier son point de vue quant au cas Dick. En
cas de « névrose », un des premiers cas traités par le père effet, parce que : a) si l’enfant s’intéressait aux trains et,
de la psychanalyse. Mais c’est une chose que d’expliquer même, s’il connaissait le mot « train » et, en tout cas, le
par la dialectique, en tenant compte donc de la « fonction mot « station », alors b) Klein ne procède pas avec « bru-
dynamique » ([4], p. 76), une cure analytique classique d’une talité ». Bien au contraire, elle ne fait que suivre l’enfant là
jeune femme sans troubles psychiques majeurs, et c’en est où il est. Elle le dit fort bien d’ailleurs dans son texte quand
une autre que d’approcher la clinique de l’enfant, et en par- elle affirme qu’elle a dû laisser de côté ce qu’elle savait, sa
ticulier un cas d’autisme, à partir de la même méthode de technique. Mais Lacan, mauvais perdant, ne peut se rési-
lecture. Pour dire les choses d’une manière amusée, il faut gner à l’évidence, et quelques minutes plus tard insiste sur
reconnaître que Dick, c’est le moins qu’on puisse dire, s’est le fait que (c’était son point de départ) « Elle [Klein] lui fout
avéré peu « dialectique ». le symbolisme avec la dernière brutalité » [4], alors qu’avant
Nous comprenons facilement que le seul point de dis- il avait dit : « elle lui a foutu le train dans les mains ». Le
corde ou de malentendu concerne un des critères majeurs « symbolisme » ou les « trains » ne semblent rentrer que
de l’autisme : les comportements répétitifs et/ou les inté- par la voie de la « brutalité ». Que pouvons-nous dire de ces
rêts restreints. Il s’agit d’un élément crucial, en ce sens qu’il échanges ? On serait presque tentés de penser que le seul
permet de définir l’autisme non seulement par ce qu’il n’est à manifester quelque brutalité c’est Lacan-même, car il fait
pas, à savoir par ses aspects déficitaires (déficit de commu- abstraction d’un point clinique important et, même plus : il lui
nication ou de réciprocité sociale), mais aussi et surtout de faut l’absence des « intérêts restreints » pour pouvoir nous
définir l’autisme par ce qu’il est : pic d’habilités percep- expliquer le processus dialectique opéré par Klein, malgré
tives, facilités dans la manipulation des ensembles et des elle (puisqu’elle est censée ne pas « savoir » et avoir agi avec
catégories, capacités de mémorisation, etc. [7]. Or, c’est pré- son « intuition »). Et Lacan d’insister, lors de la séance du
cisément en méconnaissant le point essentiel de « l’intérêt 17 février : « Les trains et tout ce qui s’ensuit, c’est quelque
restreint » que l’on change d’optique quant au cas clinique en chose sans doute, mais qui n’est ni nommable ni nommé.
question. Entendons-nous bien à propos du terme « mécon- C’est alors que Melanie Klein, avec cet instinct de brute qui
naissance » : on n’ignore pas que quelque chose existe, lui a fait d’ailleurs perforer une somme de la connaissance
mais on fera comme si cela n’existait pas. Revenons sur jusque-là impénétrable, ose lui parler – parler à un être qui se
l’échange entre Lacan et Gélinier, qui ressemble à une vraie laisse pourtant appréhender comme quelqu’un qui, au sens
discussion clinique qui aurait pu avoir lieu dans un hôpital symbolique du terme, ne répond pas. Il est là comme si elle
(par ailleurs, le séminaire se déroule à l’hôpital Sainte-Anne n’existait pas, comme si elle était un meuble. Et pourtant
de Paris) : Lacan semble surpris d’apprendre que Dick avait elle lui parle. Elle donne littéralement des noms à ce qui,
un intérêt particulier pour les trains, ce qui lui semble, et sans doute, participe bien du symbole puisque ça peut être
à juste titre, un point important du point de vue clinique, immédiatement nommé, mais qui n’était jusque-là, pour ce
mais aussi dans la compréhension de la cure kleinienne. sujet, que réalité pure et simple » ([4], p. 82).
En effet, il venait d’affirmer quelques instants avant le point C’est très instructif. Peut-on adhérer à cette idée ? Les
de discorde : « Peut-être, là, faites-vous quand même une trains, les gares, ne sont rien tant qu’elle n’ose pas les nom-
élision, me semble-t-il, qui est importante si vous la mainte- mer ? Rien n’est moins sûr. Car on nous dit que l’enfant a
nez, de la description que vous avez faite du cas clinique » : déjà un vocabulaire et que, parfois, il l’utilise de manière cor-
autrement dit, il est conscient que c’est un élément non recte : il serait d’ailleurs étonnant que ces mots qu’il utilise
négligeable, ne serait-ce que dans sa reconstruction du cas. de manière correcte ne concernent pas les trains car c’est
Mais une fois rendu à l’évidence qu’en effet, il existait chez son seul centre d’intérêt. On voit ici l’importance de la notion
l’enfant des intérêts restreints, il change subitement d’avis : de « structure clinique » car, puisqu’il s’agit d’un autiste,
« D’ailleurs, ça ne change pas grand-chose. ». Belle néga- nous savons très bien, et seulement par ce que c’est un
tion freudienne, car cela change tout. Il y a dans le cas Dick autiste, qu’il ne peut pas répondre lors d’une première ren-
deux éléments importants :1) l’enfant présentait des « inté- contre avec un thérapeute, en utilisant un mot qu’il n’avait
rêts restreints » (les trains) ; et 2) Klein connaissait cette jamais employé auparavant (on peut d’ailleurs appliquer le
information et, mieux encore, elle l’utilise pour approcher même raisonnement à un enfant typique). Donc, la question
l’enfant qui, autrement, serait resté inapprochable. Lacan de savoir, si oui ou non, l’enfant connaissait les trains, revient
semble, dans un premier temps, ignorer cet aspect (or, c’est sans cesse lors de la discussion.

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Lacan, Dick et l’autisme

Lors de la séance suivante (le 24 février 1954), Lacan est ici déterminante. Lacan avait déjà introduit ce moment
change son point de vue quant à la lecture du cas Dick. Il de « retournement » du regard, donc d’attention conjointe,
nous semble qu’il faille retenir deux choses importantes : 1) comme un moment décisif dans la construction du sujet, en
l’introduction du « schéma optique » ; et 2) les conséquences 1963 : « Il suffit de se référer à ce moment que j’ai marqué
sur le mode de relation sociale (à l’autre) que cela implique. comme caractéristique de l’expérience du miroir et paradig-
Concernant le premier point, il est remarquable que la pre- matique de la constitution du moi idéal dans l’espace de
mière occurrence du schéma optique de Lacan (l’expérience l’autre – ce moment où l’enfant retourne la tête, selon ce
dite « du bouquet renversé ») ait lieu quand on essaye de mouvement familier que je vous ai décrit, vers cet autre, ce
rendre compte du cas Dick, à savoir un cas qui n’est pas faci- témoin, cet adulte qui est là derrière lui, pour lui commu-
lement explicable par la psychiatrie et par les psychanalystes, niquer par son sourire, les manifestations de sa jubilation,
au point que Klein doit changer de méthode thérapeutique. disons de quelque chose qui le fait communiquer avec
Par ailleurs, il faudrait aussi remarquer que, tout au moins l’image spéculaire. Si la relation qui s’établit à l’image spé-
à notre connaissance, c’est l’unique fois où Lacan applique culaire est telle que le sujet est trop captif de l’image pour
le schéma optique à un cas clinique concret et, presque, la que ce mouvement soit possible, c’est que la relation duelle
seule fois où il applique n’importe lequel de ses schémas à pure le dépossède de sa relation au grand autre [. . .]. Le
la clinique2 . Étant donné qu’à propos de l’autisme on retient sentiment de dépossession a d’ailleurs été bien marqué par
comme un point clinique fondamental le déficit d’attention les cliniciens dans la psychose [. . .] le hors-espace, en tant
conjointe et que celle-ci se définit comme « le fait de partager que l’espace est la dimension du superposable » ([10], p.
ensemble un intérêt commun pour un objet » [8], et que cette 142, nous soulignons). Nous n’irons pas plus loin dans ce
attention conjointe n’existe que par le contact visuel, on ne développement, mais il nous semble fondamental de préci-
peut donc nier la pertinence du modèle optique lacanien pour ser que pour Lacan, l’attention conjointe, à laquelle il ajoute
expliquer un cas d’autisme, même si le diagnostic était peu le mot souligné par nous à deux reprises de « communi-
connu à l’époque. En effet, depuis les années 70, et l’article cation », est décisive dans la constitution du sujet, et que
princeps de Scaife et Bruner [9], on accorde une importance celle-ci, bien entendu, ne se limite pas seulement à l’image
primordiale à l’attention conjointe, à l’incidence du regard dans le miroir, mais il faut encore, et c’est décisif, le moment
dans la construction même du rapport du sujet à autrui et, par de « nutation de tête », de retournement, où l’enfant met en
là-même, on reconnaît aussi l’incidence qu’a l’échange des corrélation l’image observable et son rapport à la réalité par
regards dans le rapport à la réalité et au monde symbolisé. l’intermédiaire d’un autre : donc il incorpore la simultanéité
Ainsi, comme le remarque Aubineau, « les compétences de l’existence d’un objet réel et de son image reflétée – tout
issues de l’intersubjectivité permettent la construction d’une ceci fait défaut dans l’autisme.
pensée singulière. Ces dernières évoluent en même temps Lacan relève aussi un autre élément, bien renseigné par
que la vision mature, aidées par le développement moteur Klein, à savoir le fait que l’enfant ne joue pas. C’est fort
tels que le contrôle postural, la manipulation d’objet dès 3- pertinent. Car le jeu est le jeu du faire-semblant, le jeu est
4 mois [. . .] De l’intersubjectivité primaire qui est la relation la grimace sociale par antonomase. C’est d’ailleurs la rai-
duelle, le bébé évolue vers l’intersubjectivité secondaire qui son pour laquelle les tests que l’on pratique chez l’autiste
intègre une relation triadique ou coopérative : l’enfant intègre (par exemple l’ADOS-2 [11]) demandent à savoir si l’enfant
et coordonne son attention avec une autre personne et un est capable de « faire semblant », de faire fonctionner une
objet ; ou deux autres personnes. Dans cette dynamique télécommande de télévision comme si c’était une voiture
développementale, c’est autour de 9 mois que l’on observe (notons qu’il faut la faire fonctionner comme si c’était une
clairement l’intersubjectivité secondaire dans laquelle se voiture et surtout parce que ce n’est pas une voiture). Le jeu
développe l’attention conjointe. » ([8], pp. 5-6). Il est aussi est le jeu des équivalences précisément, là où la télécom-
remarquable que Lacan lui accorde une importance déci- mande peut équivaloir à la petite voiture. Car il suffit que
sive plusieurs décennies auparavant, et qu’il fasse état dans ce soit accepté par l’autre, dans le monde du « faire sem-
son texte « De nos antécédents » (1966) : « Ce qui se blant », pour que ça marche. Ainsi, il va sans dire, le rapport à
manipule dans le triomphe de l’assomption de l’image du l’objet est indirect, jamais direct, c’est ainsi que l’existence
corps au miroir, c’est cet objet les plus évanouissant à n’y de l’attention conjointe s’avère décisive, ce qui fait défaut
apparaître qu’en marge : l’échange des regards, manifeste chez l’autiste (remarquons que les enfants autistes avec un
à ce que l’enfant se retourne vers celui qui de quelque niveau relativement préservé d’attention conjointe ont, en
façon l’assiste, fût-ce seulement de ce qu’il assiste à son général, de meilleurs pronostic quant au développement des
jeu » ([5], p. 70). L’attention conjointe (l’échange de regards) performances sociales que ceux chez qui elle est absente
(Loveland, 1986). Dans la suite de la séance du 24 février,
Lacan précise aussi que ce qui compte dans le développe-
ment de l’enfant n’est pas seulement le langage car, par
2
La seule exception serait les applications de son schéma en « Z » aux exemple, Dick avait déjà un langage, un stock verbal, un
cas freudiens de la « Jeune homosexuelle » et du « petit Hans » (Lacan J.
« La relation d’objet ». In : Le séminaire, Livre IV. Paris : Seuil, 1994) et au cas vocabulaire, mais que ce qui construit la personnalité, c’est
« Schreber ». la dimension de ce qu’il nomme, à la suite de Karl Bühler,

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J.P. Lucchelli

l’appel (« Appell ») [12]. En ce sens, l’appel, le fait de « faire restreints chez l’enfant autiste car c’est à partir de ceux-là
signe », présente déjà chez l’animal, rappelle Lacan, est à que l’on pourra s’appuyer dans le suivi et faire avancer son
corréler sans doute à ce que nous venons de reconstruire inscription dans le monde [7, 14].
à propos de l’attention conjointe, dans la mesure où celle-ci
est un fait de communication, d’adresse à l’autre, au-delà de
la parole et du vocabulaire, plus lié donc à l’énonciation qu’à Conclusion
l’énoncé.
Nous citons Lacan une dernière fois quand il affirme à pro- Melanie Klein décrit, sans le nommer comme tel, un des
pos de Dick et de l’expérience du bouquet renversé : « Dick premiers cas d’autisme de la littérature spécialisée. Le cas
joue avec le contenant et le contenu. Déjà, il a tout naturelle- lui semble suffisamment étrange et atypique pour changer
ment entifié dans certains objets, le petit train par exemple, sa méthode de travail, même si elle considère lors de la dis-
un certain nombre de tendances, voire de personnes – lui- cussion diagnostique qu’il s’agit d’un cas de psychose, mais
même en tant que petit train, par rapport à son père qui non sans avant avoir été obligée d’élargir le concept de psy-
est un grand train. Ce qui ne se produit pas, c’est le jeu chose chez l’enfant. Lacan, quant à lui, se trompe dans un
libre, la conjonction entre les différentes formes, imaginaire premier temps et veut faire dire au cas clinique ce qu’il ne
et réelle, des objets (. . .) C’est ce qui fait que, quand il va se dit pas mais, dans un deuxième temps, grâce au dialogue
réfugier dans l’intérieur vide et noir du corps maternel, les avec son interlocutrice (ce n’est sans doute pas un détail
objets n’y sont pas, au grand étonnement de Mlle Gélinier. qu’il s’agisse d’une femme et, qui plus est, qui a une pra-
Pour une raison simple – dans son cas, le bouquet et le vase tique avec les enfants), il rectifie sa position et reconstruit le
ne peuvent pas être là en même temps. C’est lui qui est la cas clinique en introduisant pour la première fois son fameux
clef » ([4], p. 97, nous soulignons). C’est la clé du cas en ce modèle optique du « bouquet renversé ». Aussi, le risque est
sens que, comme dans la citation précédente, l’espace est d’assimiler l’autisme à la psychose, alors qu’il s’agit vraisem-
« la dimension du superposable » : là où l’imaginaire, l’image, blablement de deux descriptions cliniques bien différentes
et le réel, à savoir la référence pure et simple des choses [14]. L’autisme vient ainsi ébranler les certitudes acquises
dans la réalité existante, validée par l’autre témoin, advient par les cliniciens, même aujourd’hui, les poussant à éla-
ou n’advient pas – ce qui ne se produit pas chez l’enfant borer des nouveaux savoirs. D’autres études allant dans le
autiste à un moment donné du calendrier de son développe- sens que nous avons évoqué devraient compléter ces points
ment. Pour Lacan, si l’existence du sujet n’est pas placée là fondamentaux de la recherche sur l’autisme.
il doit être (à la place de l’œil dans le schéma de Lacan), donc Liens d’intérêts les auteurs déclarent ne pas avoir de lien
là où l’image dans le miroir peut être validée et superposée d’intérêt en rapport avec cet article.
aux objets réels, il ne pourra pas « voir » les objets dans le
monde, défaut qui les rendra « inhumains » (souvenons-nous
que les objets, le jeu, c’est de l’humain par excellence, d’où Références
l’obligation de forger le concept de « cognition sociale », à
savoir le fait qu’il n’y a pas de « cognition » sans l’intervention 1. Kanner L. Autistic disturbances of affective contact. Journal Nervous Child
de la médiation de l’autre). Ainsi, Lacan peut affirmer : « il 1943 ; 2 : 217-50.
2. Klein M. L’importance de la formation du symbole dans le développement
regarde Melanie Klein comme s’il regardait un meuble » ([4],
du moi. Essais de Psychanalyse. Paris : Payot, 1978.
p. 96]). 3. Gélinier MC. valas.fr/Jacques-Lacan-Les-Ecrits-techniques-de-Freud-Livre-
Lacan s’est trompé et il le reconnaît, et c’est à partir de I-1953-1954,265.
cette reconnaissance qu’un nouveau savoir se produit. En 4. Lacan J. Le séminaire.Livre 1. Les écrits techniques de Freud. Paris : Seuil,
effet, comment pouvait-il affirmer maintenant que « le petit 1975.

train par exemple, un certain nombre de tendances, voire de 5. Lacan J. Écrits. Paris : Seuil, 1966.
personnes – lui-même en tant que petit train, par rapport à 6. Lucchelli JP. Lacan de Wallon à Kojève. Paris : éditions Michèle, 2017.
7. Mottron L. L’intervention précoce pour enfants autistes.
son père qui est un grand train » est comme quelque chose
Bruxelles : Mardaga, 2016.
de pertinent alors que la séance précédente il avait affirmé 8. Aubineau MH, Vandromme L, Le Driant B. L’attention conjointe, quarante
que ce propos même était l’exemple vivant de la « bruta- ans d’évaluations et de recherches de modélisations. L’année psychologique,
lité » de Melanie Klein (à savoir son intervention par le biais Topics in Cognitive Psychology 2014 ; 115 : 141-74.

des trains) ? Maintenant, il sait que l’enfant possédait cet 9. Scaife M, Bruner J. The capacity of join visual attention in the infant. Nature
1975 ; 245 : 265-6.
univers-là, donc Klein est moins brutale, ses interventions
10. Lacan J. Le séminaire, livre X. L’angoisse. Paris : Seuil, 2004.
sont plus pertinentes et Lacan se voit obligé à reconstruire
11. Lord C, Risi S, Lambrecht L, et al. The autism diagnostic observation
le cas Dick d’une manière fort pertinente qui complète, en schedule-generic : a standard measure of social and communication defi-
quelque sorte, ce qui avait opéré chez Melanie Klein (rap- cits associated with the spectrum of autism. J Autism Dev Disord 2000 ; 30 :
205-23.
pelons que la biographe de Klein rencontre « Dick » quand
12. Bühler K. Le dévelopement psychologique de l’enfant. Paris : L’Harmattan,
celui-ci a environ 50 ans et qu’il se rappelle encore du long 2015.
suivi avec sa thérapeute, à laquelle il était resté très attaché 13. Grosskurth P. Melanie Klein son monde et son œuvre. Paris : PUF, 1990.
[13]). Mais cette considération particulière concernant Dick 14. Maleval JC. Pourquoi l’hypothèse d’une structure autistique ?. La Cause
nous indique aussi l’importance de bien détecter les intérêts du désir (Navarin éditeur) 2014 ; 88 : 153-64.

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