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Se rappeler de Soi-même être conscient, être recueillit en Soi.

 Un sentiment de pouvoir s'empare de vous, comme si quelque chose s'ouvre dèdans.

 Si on se rappelle VRAIMENT Soi-même, ç'est un acte émotionnel (le centre/cerveau émotionnel).

 Essayez de déterminer ce qu'il N'EST pas rappel de Soi!

 Le rappel arrête la pensée.

Toute chose est le résultat de 3 forces.


Le rappel de Soi est un effort de produire un certain phénomène: la naissance de l'état d'éveil
en Soi-même.
1. Force active: son propre organisme

2. Force passive: la situation auquelle l'organisme doit faire face

3. Force neutralisante: quelque chose de plus haut, qui décide la lutte dès deux = Dieu

Le rappel de Soi est une technique employée à invoquer une état supérieur de la conscience
dans votre organisme. Il est nécessaire d'avoir un but, de la volonté et de faire des efforts, par
dessus une bonne quantité des observations sur le Soi.
Tâchez de diviser votre attention en observant à la fois vous-méme, votre corps et vos
environs. Essayez de discerner la relation que vous avez avec le monde autour de vous.
Tâchez aussi d'appercevoir les connections des choses extérieures a votre personne. Un
universe plus riche en sensations s'ouvrira à votre présence. Plus vous serez capable de vous
détacher en regardant à vous-même regardant les choses qui vous attirent ou vous repoussent,
plus vous serez éveillé. On appele ça regarder objectivement sur votre relation à
l'environment.
L'attention simultane a des gradations, tout comme l'observation de Soi et le rappel.
Commencez par petites doses, puis augmentez vos efforts.
Toute chose nouvelle viens d'abord par éclats. Rien ne se manifeste d'un coup en totalité.
Vous devez vous concentrer sur une seule chose— sommeil et éveil, et la possibilité de
l'éveil.
Pendant que vous travaillez sur vous-même; vous irez constater une sensation nouvelle dans
les choses habituelles, vous irez appercevoir que les mêmes données de votre vie seront
différentes, plus significatives. Ç'est là l'effet normal du rappel de Soi. Le temps changera
aussi pour vous. Une journée peut avoir le contenu d'une semaine, une mois ou plus. Le temps
pourra sembler s'accélérer ou s'arrêter à la fois. La densité de vos experiences pourra changer,
c'est-à-dire, vous pourrez eprouver plus d'événements sur l'unité de temps.

Etrange figure que celle de G.I. Gurdjieff. Très controversée aussi. Quand est-il né? Nul ne
sait. Certains disent 1866, d'autres 1872, 1877… Peut-être existait-il depuis toujours, puisque
la rumeur prétend qu'il était le détenteur d'une science secrète oubliée depuis dix mille ans. Il
laisse des ouvrages obscurs, illisibles et énigmatiques, qui ont pour nom Récits de Belzébuth
avec son petit-fils, ou Rencontres avec des hommes remarquables (porté au cinéma par Peter
Brook).
Né dans le Caucase d'une mère arménienne et d'un père grec, il part, à l'âge de 18 ans, pour
découvrir «la vérité essentielle». Il disparaît pendant plus de vingt ans, au fin fond du désert
de Gobi, croit-on… En 1912, il réapparaît à Moscou et bouleverse le philosophe Ouspensky
lors de leur première rencontre: pour lui, aucun doute, Gurdjieff est le détenteur d'un secret
extraordinaire, d'un savoir ésotérique dont personne n'a jusqu'ici entendu parler, qu'il ramène
d'Asie centrale.
Après bien d'autres péripéties, Gurdjieff arrive en 1922 à Paris. Il crée son Institut de
développement harmonique de l'homme au Prieuré d'Avron, où l'enseignement est fondé sur
son «savoir secret».
Paul Beekman Taylor, dont la mère a eu un enfant de Gurdjieff, et qui a vécu sa prime
enfance au Prieuré au début des années 30, puis revu Gurdjieff après la guerre, est professeur
de littérature médiévale anglaise à l'Université de Genève. Témoin direct, imprégné par cette
expérience marquante, il a publié sur Gurdjieff un premier livre en 1998, Shadows of Heaven:
Gurdjieff and Toomer. Un autre doit paraître prochainement (également en anglais).
- Paul B. Taylor, comment votre chemin a-t-il croisé celui de Gurdjieff?
- En 1922, ma future mère, née aux Etats-Unis, est arrivée à Paris où, à cette époque, l'on
brassait toutes sortes d'idées philosophiques, théosophiques, spiritualistes… Les rumeurs et
les histoires les plus folles couraient sur Gurdjieff - on l'avait vu en deux endroits différents en
même temps, etc. Ma mère, liée avec un groupe d'intellectuelles américaines comme Gertrude
Stein, ou encore avec l'écrivain Scott Fitzgerald, est allée le voir. Et elle a vécu par
intermittence au Prieuré, sa propriété, pendant plus de dix ans, jusqu'en 1935!
»De Gurdjieff, elle a eu, en 1928, une fille, qui est ma demi-sœur. Je suis moi-même né en
1930. Si je n'ai jamais connu mon père, j'ai passé ma première enfance au côté de Gurdjieff,
dans une atmosphère fascinante. Il maintenait au Prieuré puis à Fontainebleau un entourage
extraordinaire. Des gens comme Gertrude Stein, Marcel Duchamp, Man Ray, Max Ernst,
Brancusi, des médecins, des mathématiciens venaient lui rendre visite. La romancière
Katherine Mansfield a tout abandonné pour le suivre.
»Chaque soir, à table, il y avait vingt à trente personnes. On portait des toasts à l'armagnac.
Gurdjieff se faisait servir une tête entière de mouton. Quelquefois, comme une faveur, il m'en
donnait les yeux…
- Mais c'était un douteux gourou, le chef d'une secte, non?
- Non, les gens autour de lui formaient un phalanstère, une communauté. Pas une secte.
Gurdjieff ne voulait ni adulation ni obéissance. Et son entourage n'était soumis à aucun rite,
sinon à celui des toasts à l'armagnac (rires). Un gourou? Peut-être, mais alors dans un sens
positif. Cela dit, il est vrai qu'après sa mort, en 1949, on a surtout vu en lui un charlatan.
- Quel genre d'homme était-ce?
- Oh, il n'était pas beau, 1 m 65 environ, assez corpulent, il buvait beaucoup; magnifique
cuisinier, il adorait manger. Surtout, son magnétisme était extraordinaire, ses yeux
hypnotiques. Les femmes l'adoraient. Il prétendait avoir eu 104 enfants, 80 fils et 24 filles.
Personnellement, je n'en dénombre que sept. Il parlait arménien, russe, turc, grec, certaines
langues asiatiques, français, anglais…
»Mais quand il parlait, c'était toujours d'une façon qui forçait l'attention de son interlocuteur.
Il n'utilisait jamais le verbe être, par exemple. Il évitait les figures de style, et disait tout très
directement, quitte à être obscène: ces obscénités avaient un sens très exact pour lui.
»Il pensait que l'immense majorité des gens sont endormis, et qu'ils doivent apprendre à être
éveillés. D'où l'idée qu'il faut que chacun serve de «réveil-matin» aux autres.
- Provocateur?
- Oui. Il fallait déstabiliser les gens, les désarçonner.
- En quoi consistait exactement cette connaissance essentielle qu'il disait avoir trouvée?
- (Rires) Ha! Si je pouvais vous le dire! Dans un nouveau livre que je viens de terminer sur
lui, je piste toutes les connaissances possibles dont on décèle des traces dans ses Récits de
Belzébuth à son petit-fils: les classiques, les stoïciens, les Esséniens, les connaissances
orphiques, pythagoriennes, tous ces apports sont assez faciles à reconnaître dans son œuvre.
»Mais tout à coup interviennent des connaissances dont on ne peut plus identifier la source.
Seule certitude: il avait l'idée que l'origine de l'univers et sa structure sont reflétées dans la
musique.
- Qu'avez-vous pensé de ses «Récits de Belzébuth à son petit-fils», parus à titre
posthume, en 1950?
- Pour moi, c'était illisible! même si j'avais baigné dans ce livre depuis mon enfance, puisque
j'en avais constamment entendu lire des passages. Voilà dix ans, j'ai tout relu. Avec le
sentiment d'y trouver des choses tout à la fois extraordinaires, bizarres, incompréhensibles…
C'est comme une cathédrale gothique… Il y a un ensemble… Je tiens le chapitre sur la planète
Purgatoire pour une histoire de la Création en des termes superbes.
»D'ailleurs, certains physiciens américains ont remarqué que ces Récits de Belzébuth
établissaient très nettement deux éléments du Tableau périodique des éléments pas encore
découverts à l'époque… Certains pensent qu'il y a là-dedans une histoire du passé et du
présent, mais aussi du futur de la Terre… La science croit aujourd'hui que la Lune résulte du
choc d'un météore avec la Terre: Gurdjieff l'avait dit dans Belzébuth!
- Pourquoi ce titre de Belzébuth?
- Belzébuth, c'est le dieu Baal, un dieu philistin. Chez Gurdjieff, chassé de l'Absolu où se tient
le Dieu créateur, Belzébuth, pendant son exil, traverse l'univers, habite sur Mars, séjourne six
fois sur la Terre, dont il observe l'histoire pendant des milliers d'années. Au terme de
multiples souffrances, il parvient à une connaissance objective et réintègre le centre de
l'univers. »Cela dit, il faut admettre que personne n'a jamais compris ce livre. Beaucoup ont
pensé qu'il contenait une clé pour découvrir les secrets de l'univers et de la connaissance. Ne
l'ayant pas trouvée, plusieurs se sont sentis déçus, trompés… Sans comprendre que Gurdjieff
ne voulait pas donner de clé.
- A ce livre a succédé «Rencontres avec des hommes remarquables», souvent présenté
comme une autobiographie…
- Ce que ce livre n'est pas, à mon avis. On constate très vite que chacune de ces rencontres
(faites pendant les vingt ans où Gurdjieff a disparu) reflète une perspective différente sur le
monde… Certains, comme Peter Brook, qui a tourné Rencontres avec des hommes
remarquables, ont pris ce livre à la lettre: l'exil de Gurdjieff dans le désert de Gobi, le
monastère où il aurait découvert une connaissance fondamentale…
- Vous parliez d'éveil… C'était l'ambition de Freud aussi, d'éveiller les gens: rendre
conscient ce qui est inconscient.
- Oui, il y a des points communs. Mais Gurdjieff n'aimait pas le déterminisme freudien. Il
croyait qu'on pouvait agir sur soi, se libérer par des actes de volonté et des exercices
pratiques.
- Ses méthodes pédagogiques, très dures, en ont choqué plus d'un.
- Chez chacun, il pointait exactement là où ça faisait mal, le défaut de la cuirasse. Et il
réduisait souvent les gens en larmes. Dans quel but? Afin que les gens commencent par
prendre une connaissance plus objective d'eux-mêmes… Et que tout acte soit accompli en
pleine conscience, volontairement. Plus d'une fois, il m'en a fait la leçon.
»Un jour que nous voyagions en voiture de Paris à Genève, et que nous déjeunions de poisson
sur un quai au bord du lac, j'aide la serveuse à porter les plats. Nous traversons la route. Mon
plat est brûlant. Je m'apprête à le déposer sur la table. Et Gurdjieff crie: STOP! Je
m'immobilise, le plat en main. Une agonie! La main brûlée, j'ai mangé avec l'autre pendant
tout le repas.
- Plutôt sado-maso, non? Ça a vraiment un sens, ça?
- Ça correspond à ce que Gurdjieff appelait la «souffrance intentionnelle». C'est-à-dire une
maîtrise de sa propre souffrance. Au terme du repas, je n'avais d'ailleurs plus aucune trace de
brûlure sur la main, juste une petite rougeur… Incompréhensible.
»Autre exemple: si vous parcouriez deux heures à travers une tempête de neige pour atteindre
enfin votre but avec soulagement, Gurdjieff vous dirait: retrace tout ton chemin. Pourquoi?
Pour tout refaire de façon volontaire. Gurdjieff ne voulait pas que l'homme agisse par
habitude, par automatisme. Il fallait que chaque acte soit animé d'une volonté.
»En 1948, j'ai une fois laissé échapper devant lui un négligent «yeah», très américain. Il m'a
dit: «Je te donnerai une voiture Mercury si toi dire correctement «yes» (il baragouinait
l'anglais, aussi pour forcer l'attention des gens). Il voulait que je sois conscient de la façon
dont je m'exprimais.
»Moi, jeune homme pauvre, j'étais fou de joie! Hélas! Deux jours plus tard, je lâche
étourdiment un sonore «yeah!» Alors, lui: «Toi avoir perdu une voiture Mercury» (rires).
J'étais effondré.
- Le personnage paraît peu sympathique.
- Il ne recherchait pas la sympathie. La sympathie fait partie des sentiments subjectifs, et il ne
voulait pas attirer les gens de façon subjective. Son but, c'était la connaissance objective, et
c'est pourquoi il s'attachait à créer la distance.
- On s'est toujours demandé d'où lui venaient les fonds nécessaires à son extraordinaire
train de vie.
- (Rires) Ah, quelle magnifique question! Oui, Gurdjieff était très doué pour trouver de
l'argent. Il a tout fait. Médecin, magnétiseur, cuisinier, maître de danse, tisseur de tapis,
vendeur d'épices orientales… Il a ramassé une fortune en vendant aux touristes américains des
canaris qui étaient des moineaux peints en jaune. Avec lui, tout était possible! Il répétait
toujours qu'il avait soixante métiers différents. D'ailleurs, selon lui, dès qu'on maîtrisait une
activité, il fallait passer à une autre.
- Hum… il encourageait fortement les gens de son entourage à contribuer à son Œuvre.
Il appelait cela régler «la question matérielle»…
- Oui. Il mettait la pression sur les gens sur le plan financier, notamment auprès des
gurdjieffiens de New York, parce qu'il lui fallait entretenir le Prieuré puis Fontainebleau - une
trentaine de personnes dépendaient entièrement de lui. Mais l'argent n'était pour lui rien
d'autre qu'un sale moyen pour faire les choses. Il en récoltait de toutes les manières possibles,
mais il en donnait aussi de façon faramineuse! Je l'ai vu laisser des pourboires
invraisemblables… Peu lui importait de claquer l'argent, il savait qu'il en «refabriquerait» le
lendemain.
- Vous racontez une drôle d'histoire dont le cadre est le Buffet de la Gare de Genève.
- En 1949, oui. Nous étions vingt à table et au terme du repas - il n'avait pas un sou - il a
lancé: Qui va payer? Chacun a fouillé ses poches - sauf ceux qui n'avaient rien, comme moi -
et la somme a été prestement réunie. Mais, à Dijon, lors du même voyage, plus personne
n'avait de quoi régler l'hôtel: Mme Caruso, la veuve du grand ténor, qui était des nôtres, s'est
portée garante, et l'affaire était réglée.
- Peu avant cet épisode, après votre propre retour aux Etats-Unis avec votre mère, vous
l'aviez déjà revu.
- Oui, en 1948. Nous attendions tous sa venue à New York, nous répétant: Gurdjieff arrive! Je
préparais des examens à l'Université de New York. Ma mère m'appelle: Gurdjieff est là,
viens! J'ai tout lâché. Certains le trouvaient vieilli, malade, mais il continuait à se dégager de
sa corpulence physique une puissance extraordinaire! Il ne dormait pas plus de deux heures
par nuit (sa méthode aurait été enseignée aux cosmonautes soviétiques) et il était toujours vif,
alerte!
»Nous avons été invités à partager son hôtel, 57e rue, puis nous l'avons suivi à son retour à
Paris. Imaginez! J'avais 18-19 ans. Je vivais dans cet entourage, en compagnie de femmes
magnifiques, Tatania, la petite-fille d'Ouspensky, la fille de l'architecte Frank Lloyd Wright et
Dushka Howarth, une fille de Gurdjieff qui était modèle à Paris.
- Quand l'avez-vous vu pour la dernière fois?
- La dernière, c'était quelques mois avant sa mort, place de l'Etoile. Il m'aperçoit, m'appelle.
Alors qu'on nous apporte de minuscules tasses de café turc, il me dit: Maintenant, c'est à toi
de raconter des histoires. Que voulait-il dire par là? Que, comme la musique, comme la danse,
les histoires encodent une connaissance du monde et de l'univers.
- Aujourd'hui, que reste-t-il de Gurdjieff?
- Le New Age s'est emparé du personnage. Dans le monde anglo-saxon, on réédite ses livres.
En France aussi. En Angleterre, aux Etats-Unis, des groupes fort nombreux étudient la danse
selon ses conceptions, ses livres, sa pensée.
»La Suisse elle-même est l'un des centres principaux d'où rayonne son enseignement, puisque
sa disciple, Jeanne de Salzmann, qui vit à Genève, transmet, avec d'autres, les conceptions de
Gurdjieff sur la danse. Il existe aussi à Chandolin un centre Gurdjieff, qui rayonne jusqu'à
Londres, Phoenix, Houston…
- A vous entendre, on a l'impression que l'un des buts de Gurdjieff était de remettre en
question les valeurs qui fondent toute notre vision du monde. Diriez-vous que c'était un
«philosophe de la déconstruction» avant l'heure?
- Je le crois. J'ai même écrit un article sur ce sujet. Oui, il voulait déconstruire notre vision du
réel. Il le voulait d'autant plus que pour lui, notre âge de l'industrie et de la technologie était
avant tout un moyen pour l'homme de tout changer autour de lui, sauf lui-même.
»Certains paraissent l'avoir compris. Frank Lloyd Wright, par exemple, n'a jamais caché que,
du jour où il avait rencontré Gurdjieff, toutes ses conceptions en architecture s'en étaient
trouvées changées: en 1956, il a construit le musée Guggenheim à New York.

Bruno de Panafieu
Georges Ivanovitch Gurdjieff

Bruno de Panafieu
Georges Ivanovitch Gurdjieff
Les Dossiers H
 
L'Age d'Homme
1994
ISBN 2-8251-0283-0
401 pages

Qui était Gurdjieff? Que cherchait-il à transmettre?


A travers les souvenirs de ses élèves, les études de philosophes, d'hommes de théatre, de
journalistes et d'historiens des religions, se dessine à la fois le portrait collectif d'un homme
qui a profondément marqué son époque et les contours d'un enseignement venu du fond des
âges pour nous aider à répondre aux défis du présent.
Cinquante ans après sa mort, la révélation au public de la présence en Occident d'un grand
maître spirituel.

Sommaire
Jeanne de Salzmann
Le Regard
Première initiation
Réflexions
Roy Finch
Le Cosmos sacré
François Stahly
Une voie exigeante
Michel Camus
De la conscience du corps au "corps de la conscience"
Louis Pauwels
Du détachement...
Michel Legris
Dites-moi en cinq minutes
Pierre Schaeffer
Un consolateur assez sévère
Peter Brook
Une autre dimension: la qualité
Jean-Claude Carrière
Recherche intérieure
Christian Heck
Entre la forme et l'indéfinissable
Jerzy Grotowski
C'était une sorte de volcan
John Pentland
Le recherche commence maintenant
Musiques et mouvements
Pauline de Dampierre
Les Mouvements
David Hykes
Vers une écoute en éveil
Laurence Rosenthal
La musique de Gurdjieff
Marthe de Gaigneron
Danses sacrées
Perspectives traditionelles
Jacques Choisnel
"Car Ses œuvres ne resteront pas inachevées"
Michel Random
Les Hommes du blâme et la quatrième voie
Jacques Lacarrière
Lettre à un gnostigne contemporain
Dorothea Dooling
L'Échelle de l'évolution
Arnaud Desjardins
Hommage à Gurdjieff
Ravi Ravindra
Gurdjieff et l'enseignement de Krishna
Ètudes
Robin Skynner
Gurdjieff et la psychologie moderne
David Appelbaum
La place de l'homme dans le temps
Patrick Decant
Mécanicité et conscience
Charles T. Tart
La dynamique du sommeil éveillé
Jacob Needleman
Gurdjieff et la métaphysique de l'energie
Basarab Nicolescu
La philosophie de la Nature de Gurdjieff
Le parole de Gurdjieff
Questions et réponses
Témoignages
Roger Lipsey
Instants et regards
René Zuber
Carnet et notes
Michel Conge
Face à Monsieur Gurdjieff
Henriette Lannes
Il faisait corps avec ses idèes
René Daumal
La mort spirituelle
Luc Dietrich
La quête de la sincérité
Alfred R. Orage
Qui sont les meilleurs?
William J. Welch
Je me rappelle...
A.M. de Vilaine-Cambessédès
Aucun effort conscient n'est jamais perdu
Manuel Rainoird
Lettre à un ami
Solange Claustres
Le dessert
Jacques Le Vallois
Commencer à voir
Geneviève Lief
Comment j'ai appris qui il était
William Segal
Le patriarche venu d'Occident
Henri Tracol
Pour ne pas conclure
Repères biographiques
L'œuvre écrite de G.I. Gurdjieff
Biographie, discographie
Sur les auteurs

Lettre à un ami metteur en scène


Objet : Gurdjieff, vu par Colin Wilson – Comme convenu.

Comme je ne sais pas exactement ce que tu


souhaites, j’en viens à la conclusion que le mieux
est de soumettre un document que je considère
particulièrement riche en suggestions.
Tous les extraits que je te soumets ont été tirés
d’un ouvrage de Colin Wilson, intitulé
L’OCCULTE (Des sorciers de l’âge de pierre aux
mages contemporains).
D’après :
WILSON, Colin. Dans les extraits qui suivent, la vision du rappel à soi de
L’occulte, Éd. P. l’homme hypnotisé qui doit s’éveiller correspond assez à la
Lebaud, 1990. vision du bouddhisme.
" La clé de l’enseignement de Gurdjieff tient dans le mot
" travail ", écrit Wilson. J’ai l’impression que c’est de Gurdjieff
que vient l’expression " le travail sur soi ". D’autant plus que
ce n’est pas une très belle formule en français, et que lui-
même parlait français un peu à la russe. "Nous cédons à un
mode de vie routinier, ce qui veut dire que nos activités
quotidiennes deviennent tellement systématiques que le
" robot " du subconscient reste inutilisé. Plus rien d’imprévu ne
le tient en alerte. Ainsi, la vie intérieure devient-elle aussi
habituelle et prévisible que le monde extérieur. Le problème
est donc de convaincre le robot d’entrer en action et de
féconder la conscience par des injections de " nouveauté ".
Les difficultés et les épreuves sont les moyens les plus
efficaces pour y arriver."

Cette idée peut toujours consoler dans les moments difficiles.


C’est plutôt exigeant comme enseignement.
"Quand on a souffert assez longtemps, le " robot" est amené à
réagir d’une façon ou d’une autre. Cette prise de position
exige un effort important, car il est indispensable de
convaincre le robot que l’affaire est sérieuse. La vie intérieure
cesse alors d’être plate et improductive, et le courant jaillit de
nouveau. Les pratiques ascétiques des saints relèvent
manifestement du même principe.  – Sinon, pourquoi toute
cette ascèse, pourquoi porter des cilices? Pour éveiller
quelque chose en soi. – De la naissance jusqu’à l’âge de vingt
et un ans, nous grandissons physiquement, et des
transformations se produisent en nous sans que notre volonté
intervienne. Puis, cette évolution s’arrête. Nous sommes si
habitués à ce que les changements se manifestent
" automatiquement ", qu’il nous est difficile d’accepter que
cela ne continue pas ainsi. Alors, la plupart des gens
s’ossifient.
" Pour que la croissance se poursuive  – quand la nature a
cessé de provoquer cette croissance, il faut penser à la
culture, autrement dit –   des efforts inhabituels doivent être
faits, dans le but de stimuler le robot. C’est là l’essence même
de l’œuvre de Gurdjieff. Son premier objectif était de vaincre la
paresse naturelle de l’homme, sa tendance à se relâcher et à
" décrocher ". […] Il n’y a pas de raison valable que nous ne
puissions continuer à nous développer sur le plan intérieur, et
faire en sorte que quelque chose en nous " change " chaque
jour."
La recherche, selon Gurdjieff, c’est la recherche de haute
conscience.
" Dans les moments de haute conscience, écrit encore Wilson,
on a toujours envie de crier : " Mais oui, bien sûr ! La vie est
alors pleine de signification. Ses possibilités sont tout à coup
infinies. À côté, " la conscience normale " ressemble plus ou
moins au sommeil, car, comme le sommeil, elle sépare
l’homme de la réalité.
" Quand l’homme éprouve cette sensation de " réalité ", il sait
que rien au monde ne peut être plus important que de la
conserver. Il essaye de ne pas oublier, il lutte de toutes ses
forces pour se réaliser pleinement dans cette situation
privilégiée. Il sait maintenant – et c’est vraiment pour lui une
évidence – qu’il possède une véritable volonté, une aptitude à
se concentrer sur un objectif pour l’atteindre par la voie la plus
rationnelle. Et puis… et puis il quitte l’étage supérieur,
redescend au rez-de-chaussée, et tout ce qu’il est capable de
se rappeler, c’est qu’il a eu une vision, qu’il a fait un rêve. Et il
se " rendort ".
– On se reconnaît tous là-dedans...
" La difficulté principale est une sorte d’apathie, une tendance
à gaspiller son temps. […] Gurdjieff, au cours de ses voyages,
est arrivé à cette découverte toute simple : que tout effort qui
sort de l’ordinaire, que tout acte à son début, ont pour effet de
réveiller l’esprit. En temps normal, je suis hors de portée de la
réalité, presque de la même façon que je le suis quand je dors
ou je rêve. Je contemple cet arbre mais je ne le vois pas
vraiment, je n’ai pas conscience de son existence. Mon esprit
est ailleurs – comme lorsqu’on écoute quelqu’un parler en
pensant à autre chose. Le résultat est une sorte d’effet de
surimpression sur la conscience, un brouillage. Mais que
survienne une crise, un transport de joie, quelque chose qui
me sorte de moi-même, et tout ce que je regarde devient
soudain plus clair. Il n’y a plus de brouillage. C’est comme
lorsque vous réglez une paire de jumelles, et que vous passez
d’une image floue à une image nette.
" Mais voilà, l’existence quotidienne confine à la routine, et je
ne m’embarque pas chaque jour pour un voyage excitant.
Impossible de compter sur des activités banales pour tenir
mon esprit en éveil. Il peut arriver que l’amour, la musique, la
poésie, élargissent mes horizons internes mais ce n’est pas
toujours le cas. Ce qu’il faut, c’est habituer le " robot " à
produire de plus grandes quantités d’énergie qu’il n’est
nécessaire. […]
" Gurdjieff mettait l’accent sur le fait qu’il est important
d’apprendre à travailler. Il disait qu’un homme qui était capable
de fabriquer une bonne paire de chaussures valait largement
un intellectuel qui avait écrit une douzaine de livres.  – À
cause de la concentration qu’exigeait le métier de fabriquer
des chaussures.
" Le but de Gurdjieff dans son Institut était de transformer des
gens tristes et égoïstes en des machines bien équilibrées. Il
expliquait qu’il y a chez l’homme trois " centres " : le centre
intellectuel, le centre émotionnel, le centre moteur (ou
physique), et que chacun fonctionne avec sa propre énergie. "
– Qu’il fallait travailler pour que chacun de ces centres-là soit
en harmonie avec les autres.
"Ce n’est pas seulement le fait de notre civilisation si
beaucoup de gens manquent d’harmonie. Ils s’abandonnent
aussi trop facilement aux émotions négatives qui les détruisent
temporairement. "
Et le témoignage du réveil à toute heure de la nuit, au son
d’une cloche, et parfois aussi pendant la danse. Ses disciples
demeuraient figés, à exercer le rappel à soi.
Tout ça, pour vous réconcilier avec les épreuves, avec les
difficultés de la vie. Gurdjieff disait d’ailleurs: "Si nous avons
des journées calmes et monotones et des nuits tranquilles,
nous nous abêtissons." Et il ajoutait : " Il vaut mieux se torturer
l’esprit que de supporter le néant d’une vie calme. " De son
côté, Seabrook disait : " Ses disciples étaient donc réveillés à
toute heure de la nuit,  – au son d’une cloche – et ils avaient
appris à rester figés dans n’importe quelle position jusqu’à ce
qu’ils se lèvent. "
Il parlait aussi des quatre états de conscience en insistant sur
le troisième qui est précisément le rappel à soi :
"Le premier est le sommeil, quand nous sommes plongés
dans notre univers personnel. Le deuxième est la conscience
éveillée, que nous avons l’impression de partager avec les
autres. Mais en réalité nous ne partageons rien, chacun
restant calfeutré sous la couverture de ses problèmes
subjectifs. Ce demi-sommeil est parfois zébré d’éclairs d’une
grande intensité. Il semble alors que nous nous éveillons
vraiment. Gurdjieff appelle ce troisième état " le rappel à soi ".
Il démontre par un exercice simple la difficulté d’y arriver. "
Wilson réfère ici à la célèbre technique qui consiste à regarder
sa montre et en même temps, à être conscient de soi-même
en train de la regarder. On retrouve dans un livre de Louis
Pauwels la mention de cet exercice, une pratique routinière à
l’époque du Prieuré.
" Au delà du rappel à soi, il y a un quatrième état, la
conscience objective, dans lequel l’esprit perçoit la réalité
objective à tout instant. Cet état est rarement atteint, même
par éclairs.
" Un des objectifs essentiels du travail – besognes
élémentaires ou exercices de danse – était d’accroître le
champ de la conscience personnelle et d’offrir des possibilités
toujours plus nombreuses d’accéder au troisième état, celui du
rappel de soi. "
" Les exhibitions de gymnastiques, explique Wilson, n’étaient
qu’une partie du spectacle. Il y avait aussi des tours, dont
Seabrook dit qu’ils étaient semblables à ceux que pratiquait
Houdini. Par exemple, un objet était caché, et un homme les
yeux bandés prenait dans les siennes les mains de différentes
personnes dans la salle, sans leur parler; il " lisait dans leurs
pensées ", et découvrait où l’objet se trouvait. En réalité,
explique Gurdjieff, il ne lisait pas dans leurs pensées, mais
était sensible à la pression de leurs mains; les mouvements
légers et involontaires des muscles indiquaient l’endroit où on
avait caché l’objet. "
Un développement intéressant de la pratique de la montre.
Comme tu le vois, il s'agit d'une pratique capitale.
" Pour m’exprimer avec ma terminologie personnelle, dit
Wilson, je dirai que l’habitude conduit le robot à économiser
l’énergie qu’il envoie à mon esprit conscient. Et mon esprit
conscient trouve alors l’existence morne et sans grand intérêt.
En fait, cette morosité est en moi, mais je pense que c’est le
monde extérieur qui en est responsable, de sorte que je ne
blâme pas ma conscience, et que celle-ci devient encore plus
morose et paresseuse. Conséquence : le robot réduit encore
un peu plus sa production d’énergie. C’est un cercle vicieux.
Mais que d’une manière ou d’une autre je me place dans une
expectative optimiste, et voilà mon robot en pleine activité,
déversant son trop-plein d’énergie dans la conscience. Plus il
libère l’énergie, plus le monde me paraît merveilleux et digne
d’intérêt. Si je suis très attentif à ce qui se passe en moi, je
reconnaîtrai que cet état d’éveil, ce sentiment de vie intense,
sont le résultat d’un effort de ma part. Une fois cela bien
compris, le cercle vicieux est brisé, et un nouvel homme
apparaît. "

" C’est une méthode


qui consiste à
empêcher que votre L'idée que ceux qui ne s'éveillent pas pendant leur vie n'ont
passé ne devienne aucune chance de survie après la mort est aussi très
votre futur  " importante. Personnellement, je suis assez de cette opinion. Il
faut se demander, en effet, ce qui survit à la mort. Dans le cas
où il n'y a pas de conscience (éveillée) il est serait logique que
rien ne survive. Dans le même ordre d'idées : selon Gurdjieff,
ne peut se réincarner qu'un individu chez qui existe quelque
chose, une conscience (éveillée, encore une fois), qui puisse
se réincarner (il a exprimé cette opinion à plusieurs reprises).
Je peux t'assurer que si ton personnage exprime cette opinion
les spectateurs vont avoir les cheveux un peu plus blancs en
sortant. Chaque fois que j'ai mentionné cette théorie, on aurait
pu entendre voler une mouche... Mais ne pas oublier de
rappeler le moyen d’échapper à l’extinction : le rappel de soi et
le renforcement de la conscience d'être que permet cette
technique... Bien sûr, on peut aussi se demander si Gurdjieff
ne soutenait pas cette théorie pour l'effet qu'elle produit et la
manipulation qu'elle permet.
" L’homme ne doit rien faire sans comprendre, disait Gurdjieff.
Plus un homme comprendra ce qu’il fait, plus les résultats
seront valables. "
" L’accent est mis dans toute son œuvre sur l’idée d’être,
explique Wilson. Il se plaît à répéter que la plupart des gens
n’existent pas - ou si peu. Ils ne sont guère plus que des
traînées vaporeuses maintenues dans les limites d’un corps. À
la question de savoir s’il existe une vie après la mort, Gurdjieff
répondait que de telles traînées n’ont aucune chance de
survivre, car il n’y a guère là matière à survivance. Et le destin
de l’homme? Il expliquait que celui qui possède une essence a
un destin; les autres sont simplement soumis aux lois du
hasard. […] Le type d’homme le plus achevé serait celui qui a
cessé d’être une simple feuille balayée par la tempête de ses
réactions émotionnelles. Le but du travail est de prendre du
poids - un poids psychique - jusqu’à ce que l’on soit une
lourde pierre, et non plus cette feuille soumise aux caprices du
vent. "

La phrase suivante résume très bien l'enseignement de


Gurdjieff ( Retenir que le passé, c'est surtout le
conditionnement dont on a été l'objet).
" C’est une méthode qui consiste à empêcher que votre passé
ne devienne votre futur ", avait un jour dit un élève de Gurdjieff
à une femme de lettres qui voulait absolument que
l’enseignement du maître lui soit résumé en une seule phrase.

" À la fin de All and Everything, relate Wilson, Belzébuth dit à


son petit-fils que ce dont l’homme a la plus besoin, c’est d’un
" organe " qui le tiendrait constamment au courant de l’heure
de sa mort. Cela l’empêcherait de gaspiller sa vie comme s’il
se croyait immortel. "
L'idée d'un tel organe pourrait faire une assez bonne réplique.
Note que de vivre avec l'idée constante de la mort est une
règle qu’on retrouve dans toutes les traditions. Chez les
Amérindiens, on suggère de vivre avec la présence de sa mort
à ses côtés, dont la main se poserait parfois sur l'épaule droite
de l'apprenti (un autre mot pour disciple).
Rien n'empêche d'incorporer la phrase de William James et les
réflexions de Gurdjieff qui suivent.
" Le remarquable apport de Gurdjieff fut de montrer que la
plupart de nos limitations sont arbitraires, et dues à la routine.
William James dit : " Il ne fait pas de doute que nous sommes
tous plus ou moins victimes d’une névrose d’habitude… "
Certes, nous ferions preuve d’une vitalité infiniment supérieure
s’il nous était possible de choisir une existence plus
passionnantes, plus aventureuse. Mais notre civilisation
s’efforce autant que possible d’ôter à la vie tout élément de
danger et de risque. Alors il faut trouver autre chose. Et c’est
là qu’intervient Gurdjieff. Nous sommes des créatures
intelligentes; nous avons un esprit, un cerveau; nous pouvons
inventer des disciplines qui soient aussi stimulantes que
n’importe quel danger physique. Notre évolution, qui, jusqu’à
présent, était le fait du hasard et de la sélection naturelle,
peut, grâce à ces disciplines, devenir consciente et
préméditée. "

Très importantes les trois idées suivantes : la " vraie volonté


de l'homme "...; la voie de l'homme rusé par rapport aux trois
autres dont il est question ailleurs... Un court exposé sur cette
question aurait sa place. De même que de rappeler...
" Gurdjieff visait à élargir la " vraie volonté " de l’homme. Il
partait du principe qu’il y a quelque chose qui ne va pas dans
l’être humain; qu’il est comme une voiture qui a des ennuis de
moteur; et que la première chose à faire est donc d’apprendre
comment fonctionne la machine. Ce n’est pas la voie du fakir,
du moine ou du yogi, mais la quatrième voie, celle de
" l’homme rusé ", c’est-à-dire celle de l’ingénieur - celui qui
comprend la machine. La voie du Subuh est, au contraire,
essentiellement la voie du moine ou du saint, celle qui est
ouverture de l’âme à Dieu. "
G.Gurdjieff
Et que Gurdjieff souhaitait créer un " yoga occidental ".
" Le but de Gurdjieff était de créer un " yoga occidental ",
d’utiliser les qualités typiques de l’occidental - analyse
scientifique, précision intellectuelle, habileté manuelle - à des
fins psychologiques. "

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