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cours de mécanique du béton

notions de visco-élasticité

Pr. Erick Ringot

Université Paul Sabatier Toulouse III

8 avril 2011
introduction

I Soumis à des charges mécaniques, le béton présente des


phénomènes dissipatifs associés à l'élasticité. Ces eets diérés
sont traduits par une certaine viscosité. De ce fait le temps
intervient dans la loi de comportement et la dissipation se
traduit par l'apparition d'un terme de vitesse de déformation ˙.
I La théorie de la viscoélasticité rend compte des évolutions
réversibles des matériaux visqueux.

I En toute rigueur le béton est un matériau veillissant : les


déformations diérées observées sur un béton ancien sont de
moindre amplitude que celles observées sur un béton jeune.

I Par souci de simplication, nous ferons ici abstraction du


phénomène de vieillissement qui aecte le béton.
formulation de la loi de comportement : Kelvin-Voigt

La formulation de Kelvin-Voigt est une loi de comportement dérivée


de la loi de Lamé-Hooke concernant les solides viscoélastiques.

I Loi de Kelvin-Hooke :

σ = λtr  I + 2µ

(1)

I Loi de Kelvin-Voigt :

tr  + θλ tr ˙ I + 2µ  + θµ ˙
h   i h i
σ=λ (2)

Des termes de vitesse de déformation et de vitesse de contraite


apparaissent. Les coecients θλ et θµ sont deux coecients
caractérisant la viscosité du matériau : ils sont homogènes au
temps.
Kelvin-Voigt : identication

I Identier un matériau visco-élastique c'est le caractériser par


la quantication de ses coecients µ, θµ , λ, θλ .
I Pour mesurer ces quatre coecients on se livre à des
expériences d'indentication consistant à soumettre un champ
de contrainte connu à une éprouvette réalisée dans le matériau
et à enregistrer l'évolution des déformations.

I Comme il y a quatre inconnues, les expériences de mécanique


sont conçues de sorte à découpler les phénomènes et donc à
mobiliser une partie des coecients.

I La détermination des paramètres de viscosité requiert


l'enregistrement des déformations au cours du temps (on
observe l'écoulement du matériau).
Kelvin-Voigt : identication
torsion

Pour identier les deux coecients µ et θµ on réalise une


expérience de cisaillement par torsion d'une éprouvette cylindrique.

σz θ = 2µ [z θ + θµ z˙ θ ] (3)

ou, en terme de distorsion ( G =µ est le module de cisaillement ) :

τtorsion = G [γ + θµ γ̇] (4)


Kelvin-Voigt : exercice torsion

On eectue un test de uage en torsion pure. Le moment de


torsion C est appliquée instantanément à l'extrémité d'une
éprouvette cylindrique de rayon R , de longueur L. Dire quelle est
l'évolution de la rotation Ω de la section d'extrémité au cours du
temps (tracer la courbe d'évolution).

I AN : G = 18750 MPa, L = 640 mm, R = 40 mm, C =


235 kN .m, θµ = 25 jours
Kelvin-Voigt : exercice torsion - réponse 1/2

I Etude cinématique : on montre que γ (r ) = αr ⇒ la distorsion


est proportionnelle au rayon.

I Loi de comportement : τ = G [γ + θµ γ̇] ⇒ le cisaillement est


également proportionnel au rayon ⇒ τ (r ) = τ Rr
I Par intégration :C = π2 τ R 3
τ = G γ + θµ γ̇ = GR [α + θµ α̇]
 
I Et :

I Finalement : C = GJ [α + θµ α̇] avec J = 12 πR 4 et α = ΩL


CL
I Par conséquent on obtient l'équation suivante :
GJ = Ω + θµ Ω̇
Kelvin-Voigt : exercice torsion - réponse 2/2

La solution générale de l'équation homogéne


d Ω = − dt est
Ω θµ
t − θt

Ω = k .e

ln
k = − θµ soit .La solution particulière de
µ

l'équation avec second membre est


CL
GJ . La solution générale est
ainsi :

− θt CL
Ω = k .e µ +
GJ
Au tout début de l'essai, à t0 = 0, la rotation est nulle Ω0 = 0 donc
CL . La rotation suit donc la loi suivante :
k = − GJ
CL h − t
Ω (t ) = 1 − e θµ
i
GJ
Kelvin-Voigt : traction

En traction monoaxiale :
on introduit le coecient de contraction ν (Poisson) tel que
22 = 33 = −ν11 , d'où :

σ11 = [λ (1 − 2ν) + 2µ] 11 + [λ (1 − 2ν) θλ + 2µθmu ] 11


˙ (5)

on pose E
= λ (1 − 2ν) + 2µ comme en élasticité, et
η = λ (1 − 2ν) θλ + 2µθµ et donc :

σ11 = E 11 + η 11


˙ (6)
Kelvin-Voigt : exercice traction

On eectue un test de traction pure sur un matériau viscoélastique,


la contrainte de traction est appliquée instantanément, déterminer
la loi d'évolution de la déformation axiale. Montrer que les deux
tests (torsion puis traction) permettent de déterminer les quatre
coecients de la loi de comportement.

I AN - Quel est le coecient de viscosité η, exprimé en


Mpa.jour , d'un béton dont la déformation instantanée sous
l'action d'une contrainte de compression σ = 10 MPa vaut
0 = 200 µ, la déformation valant 365 = 600 µ à l'issue de
365 jours ?
Modèle rhéologique de Maxwell

Figure: modèle de Maxwell-Zener

Le comportement d'un matériau viscoélastique est expliqué par la


juxtaposition de modèles rhéologiques composés de ressorts et de
dissipateurs.
Modèle rhéologique de Maxwell

On établit les relations suivantes :

 = e2 + a2 (7)

σ = σ1 + σ2 (8)

σ1 = E1 1 = E1  (9)

σ2 = η ˙a = E2 e
2 2 (10)

=> trouver l'équation diérentielle liant  et σ??


Modèle rhéologique de Maxwell

Etapes de calcul :

 = e2 + a2 =⇒ ˙ = ˙e2 + ˙a2


σ˙2 σ2
⇒ ˙ = +
E2 η
σ2 = σ − σ1 = σ − E1 
1 1
⇒ ˙ = [σ̇ − E1 ]
˙ + [σ − E1 ]
E2 η
E1 E2 E2
⇒ [E1 + E2 ] ˙ +  = σ̇ + σ (11)
η η
Formulation fonctionnelle - uage

Cherchons à établir la réponse de uage (t ) à une sollicitation


unidimensionnelle σ(t ) d'un matériau viscoélastique à l'aide des
hypothèses suivantes :

1. la déformation (t ) est une fonctionnelle de toute l'histoire


du chargement (contrainte) σ(τ ) :

2.
(t ) = F (σ (τ )) , −∞ < τ ≤ t (12)

3. le matériau est non vieillissant ;

4. la fonctionnelle est linéaire :F (σ1 + k σ2 ) = F (σ1 ) + k F (σ2 )


Formulation fonctionnelle - uage

Figure: fonction de Heaviside

Supposons maintenant que l'on applique une sollicitation de uage


sous la forme :
σ(t ) = σ0 H (t − τ ) (13)

où H est la fonction échelon de Heaviside :

H = 0 si t < τ
H = 1 si t ≥ τ (14)
Formulation fonctionnelle - uage

Alors la réponse en déformation est de la forme :

(t ) = σ0 .J (t − τ ) (15)

La fonction J est la fonction de uage (ou complaisance de uage).


Si le matériau n'est pas veillissant, cette fonction est indépendante
de l'instant initial τ. Si le matériau est vieillissant (sans que ce soit
péjoratif ) la fonction de uage dépend de l'instant d'application de
la charge.
Formulation fonctionnelle - uage
Si la solicitation est étagée, alors la réponse est représentée par :

n
(t ) = ∆σj .J (t − τj )
X
(16)
j =1

Figure: réponse à une sollicitation étagée


Formulation fonctionnelle - uage

Généralisation : Si la solicitation est une fonction continue par


morceau et dérivable, alors la réponse est donnée par :

ˆt n

(t ) = J (t − τ ) . (τ ).d τ + ∆σj .J (t − τj )
X
(17)
dτ j =1
0

expression qui est un produit de convolution et qui est noté :


 (t ) = J ⊗ (18)
Dt
Formulation fonctionnelle - uage

EXERCICE
Trouver la fonction de uage correspondant au modèle de
Maxwell-Zener.
METHODE
La fonction de uage est la réponse en déformation à une
sollicitation échelon unitaire.
fonction de uage
Le modèle visco-élastique de Zener est régi par l'équation
diérentielle :

E1 E2 E2
[E1 + E2 ] ˙ +  = σ̇ + σ
η η

La fonction de uage est la réponse en déformation à un échelon de


contrainte σ0 appliqué à l'instant initial t0 = 0 ; en eet :
(t ) = σ0 .J (t )
L'histoire du chargement est réduit à σ(t ) = σ0 H (t ).
fonction de uage
Par conséquent : σ̇ = 0 t > 0 donc :

E1 E2 E2
[E1 + E2 ] ˙ + = σ0
η η

Posons E0 = E1 + E2 , alors :
E1 E2 E2
˙ + = σ0
η E0 η E0

Solution :

E2 −γ t E1 E2
 
1
(t ) = σ0 × 1− e avec γ = (19)
E1 E0 η E0
Fonction de uage :

E2 −γ t
 
1
J (t ) = 1− e (20)
E1 E0
fonction de relaxation

Réciproquement, on impose une déformation permanente :


(t ) = 0 .H (t ) ; par conséquent : ˙ = 0 t > 0 donc :

E1 E2 E2 E2 E1 E2
[E1 + E2 ] ˙ +  = σ̇ + ˙
σ ⇒ σ+ σ= 0
η η η η

Solution :

E
 
− η2 t
σ(t ) = 0 × E1 + E2 e (21)

Fonction de relaxation :

E2
R (t ) = E1 + E2 e − η t (22)
réponse à une histoire de contrainte quelconque
Supposons l'histoire de chargement dénie par une fonction σ(t )
pouvant présenter des discontinuités de valeurs ∆σi aux instant ti .
On cherche la réponse du matériau (système rhéolgogique) en
déformation :
Il faut résoudre l'équation diérentielle générale :

E1 E2 E2
[E1 + E2 ] ˙ +  = σ̇ + σ
η η

La solution générale de l'équation sans second membre est connue :

E1 E2
(t ) = A.e −γ t avec γ = (23)
η E0
La constante A est obtenue par la méthode de la variation de la
constante, tout calcul fait, on obtient :

ˆ t

(t ) = .J (t − τ ).d τ + ∆σi .J (t − ti ) (24)
0 dτ
réponse à une histoire de contrainte quelconque

L'expression

ˆ t

(t ) = .J (t − τ ).d τ + ∆σi .J (t − ti ) (25)
0 dτ
est notée :

ˆ t

(t ) = .J (t − τ ).d τ (26)
0 Dτ

où la notation
Df (ou simplement f˙ ) exprime aussi bien les
Dt
variations continues que discontinues de la fonction f .
Cette intégrale est un produit de convolution et on note :

(t ) = (J ⊗ σ̇) (t ) (27)


réponse à une histoire de déformation quelconque

De la même façon la réponse en contrainte à une expérience de


relaxation, où l'histoire des déformations (t ) est imposée, est
donnée par le produit de convolution impliquant la fonction de
relaxation :
est notée :

ˆ t
D
σ(t ) = .R (t − τ ).d τ = (R ⊗ )
˙ (28)
0 Dτ
PROPRIETE DE RECIPROCITE des fonctions de uage et de
relaxation :

J̇ ⊗ R = Ṙ ⊗ J = H (fct de Heaviside )
commutativité du produit de convolution

Soient f et g deux fonctions du temps t . On dénit le produit de


convolution de f par g par l'expression :

ˆ t
(f ⊗ g ) (t ) = f (τ ).g (t − τ ).d τ (29)
0
posons u =t −τ alors du = −d τ et τ = t − u, d'où :

ˆ 0 ˆ t
(f ⊗ g ) (t ) = f (t − u ).g (u ).(−du ) = f (t − u ).g (u ).du (30)
t 0

par conséquent :

(f ⊗ g ) (t ) = (g ⊗ f ) (t ) (31)
transformée de Laplace-Carson

Soit f une fonction du temps t . On considère la transformation L


telle que :

ˆ ∞
f −→
L f + tq f + (p ) = p.f (t ).e −pt .dt (32)
0
f + est dite image de f par la transformée de Laplace-Carson.
image d'un produit de convolution

Soient f et g deux fonctions du temps t . On considère le produit


de convolution g ⊗ f˙ tel que :

ˆ t
g ⊗ f˙ (t ) = f˙ (τ ).g (t − τ ).d τ
 
(33)
0
+
g ⊗ f˙

Puis l'image de ce produit de convolution : , on montre
que :

+
g ⊗ f˙ = g + .f +

(34)

⇒ La transformée de Laplace-Carson transforme un produit de


convolution en produit simple de deux fonctions.
transformée de fonctions standard

Fonction Transformée Fonction Transformée

f (t ) f p)
+( t 1
p
α.f (t ) α.f + (p ) tn n!
pn
Df p.f + (p) e −at p
Dt p +a
H (t ) 1 1−e
−at a
p +a
H (t − τ ) e −τ p cos ω t
p2
p2 +ω2
f (t − τ ) f + (p).e −τ p sin ω t

p2 +ω2
si f (t ) = 0 pour t ≤ 0 f (t ).e −at p +
p+a f (a + p)
Df ⊗ g  (t ) f + (p ).g + (p ) (−t )m .f (t ) p dpd mm f p(p)
+
Dt
transformée de la fonction de uage de Maxwell

E2 −γ t
 
1
J (t ) = 1 − e (35)
E1 E0
E2 p E2 η1 + Ep2
 
1
J + (p ) = 1 − = (36)
E1 E0 p + γ E0 p + γ
Réciproquement :

J̇ ⊗ R = Ṙ ⊗ J = H (fct de Heaviside ) ⇒ R + .J + = 1 (37)

1
⇒ R + (p ) = (38)
J + (p )
application pratique
La transformée de Laplace Carson permet de transformer un
problème de viscoélasticité en un problème d'élasticité. On opère
selon le schéma suivant :

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