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UNIVERSITÉ MOHAMMED -V- RABAT

Faculté des Sciences Juridiques, Économiques et Sociales-


Salé

Centre d’Études Doctorales : Droit Comparé, Économie Appliquée et Développement Durable


Formation Doctorale : Économie Appliquée

Thèse N° 135/2018

Thèse pour l’obtention de Doctorat


en Sciences Économiques et Gestion

Entrepreneuriat, milieu et développement territorial

cas du complexe industriel JORF LASFAR


Présentée et soutenue publiquement par :
M. Anass EL AIDOUNI
Le 10 février 2018
Sous la direction de :
Professeur Mustapha MACHRAFI

Membres du jury :
Pr. Belkassem AMAMOU, Professeur d’Enseignement Supérieur à l’École Nationale de
Commerce et de Gestion à Oujda Président

Pr. Mustapha MACHRAFI, Professeur d’Enseignement Supérieur à la Faculté des


Sciences Juridiques, Économiques et Sociales – Salé, Université Mohamed V Rabat
Directeur de thèse/ Suffragant

Pr. Yahya YAHYAOUI, Professeur d’Enseignement Supérieur à la Faculté des Sciences


Juridiques, Économiques et Sociales, Université Mohamed-1er Oujda
Rapporteur/ Suffragant

Pr. Taoufik DAGHRI, Professeur d’Enseignement Supérieur à la Faculté des Sciences


Juridiques, Économiques et Sociales – Salé, Université Mohamed V Rabat
Rapporteur/ Suffragant

Pr. Essaid EL MESKINI, Professeur d’Enseignement Supérieur à la Faculté des


Sciences Juridiques, Économiques et Sociales, Université Hassan 1er SETTAT
Rapporteur/ Suffragant

Année Universitaire 2017-2018


Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

RÉSUMÉ :
L’objectif de notre travail est d’expliciter la relation entre le phénomène entrepreneurial et
l’approche territoriale de développement. En effet, ce travail de recherche s’inscrit dans une
problématique nouvelle permettant de mener une réflexion aussi importante, à savoir l’effet
du territoire sur le dynamisme entrepreneurial. Notre cas pratique s’est déroulé dans le
complexe industriel Jorf Lasfar, situé à 20 Km de la province d’El-Jadida. Ce choix est
motivé par la qualité et les caractéristiques qui recèlent, d’une part, et, d’autre part, par les
résultats obtenus répondant à notre problématique.

Du point de vue théorique, nous avons présenté, d’abord, le phénomène entrepreneurial


comme point de départ, ensuite, l’approche territoriale, par l’idée d’expliciter l’évolution et le
développement de la notion du territoire, et enfin le recours à la notion du milieu territorial.
En effet, la notion du milieu territorial est considérée comme un levier de dynamisme
entrepreneurial, notamment par le rôle du milieu entrepreneurial, par les mécanismes d’une
ingénierie du milieu territorial et enfin par l’approche du milieu innovateur comme une
plateforme propice à l’innovation territorial.

Du point de vue empirique, ce travail a combiné à la fois une démarche qualitative


exploratoire basée sur l’étude de cas et l’observation passive, visant à comprendre la réalité et
le fonctionnement du complexe industriel Jorf Lasfar, et une démarche quantitative conduite
auprès d’un échantillon de quarante entreprises installés dans le complexe. Cette étude
empirique nous a permis de se prononcer sur l’importance et le rôle du milieu territorial dans
le dynamisme entrepreneurial local.

Mots clés : L’entrepreneuriat, le territoire, le développement territorial, le milieu, le milieu


innovateur.

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Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

L’université n’entend donner aucune approbation ni improbation aux


opinions émises dans cette thèse. Celles-ci doivent être considérées
comme propres à leurs auteurs.

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Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

REMERCIMENTS :

Je remercie, infiniment tous qui ont participé de près ou de loin à la réalisation de ce travail de
recherche.

D’abord, mes vifs remerciments s’adressent à Monsieur le professeur Mustapha MACHRAFI,


mon directeur de thèse, et ce pour son encouragement, sa supervision, son appui et son suivi
attentif rigoureux et respectueux. De même, je le remercie pour sa disponibilité, sa patience et
ses efforts, durant tout le cycle de préparation.

Ensuite, je tiens à remercier, Monsieur, le professeur Taoufik DAGHRI, responsable de


l’équipe de recherche « Entrepreneuriat et développement local » pour son aide et son soutien.

Ainsi, j’exprime ma gratitude aux membres du jury de thèse: Pr. Belkassem AMAMOU, Pr.
Yahya YAHYAOUI et Pr. Essaid EL MESKINI.

Au final, je dédie ma thèse à ma famille et surtout mes parents, mes amis, mes collègues de
travail et à tous ceux qui m’encouragé d’achever cette aventure qui je qualifie
d’exceptionnelle. Mes chers parents aucune dédicace ne saurait exprimer mon respect, mon
éternel et ma considération pour les sacrifices que vous avez consentis pour mon instruction et
mon bien-être. Je vous remercie pour tous soutiens et amour que vous me portez depuis mon
enfance et j’espère que votre bénédiction m’accompagne toujours.

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Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

GLOSSAIRE D’ACRONYMES :

C Cognitive
S Structurale
P Praxéologie
E Entreprise
O Organisation
PhE Phénomène entrepreneurial de VERSTRAETE
GREMI Groupe de Recherche en Milieu Inoovateur
ORMVAD Office Régional de Mise en Valeur de Doukala
OCP Office chérifien de phosphate
JLEC Jorf Lasfar Energy Company (Actuellement TAQA MAROC)
SONASID Société Nationale de Sidérurgie
SEJ Société d’Entreposage Jorf
CDG Caisse de dépôt et de gestion
PAI Plan d’accélération industrielle

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Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

SOMMAIRE

INTRODUCTION GÉNÉRALE................................................................................................ 7

Chapitre I : Cadre théorique et conceptuel d’entrepreneuriat ................. 18

Section I : Cadre historique et théorique de l’entrepreneuriat .......................................... 20

Section II : l’entrepreneur un acteur de l’entrepreneuriat ................................................ 37

Section III : Cadre conceptuel de l’entrepreneuriat .......................................................... 52

Chapitre II: L’approche territoriale de développement ............................ 75

Section I : L’organisation territoriale ; concept et stratégie .............................................. 77

Section II : Les réseaux territorialisés et dynamiques de proximité ................................. 94

Section III: Le territoire et le projet de développement .................................................. 116

Chapitre III: Le Milieu un levier de dynamisme entrepreneurial .......... 144

Section I : le milieu et le dynamisme entrepreneurial..................................................... 146

Section II : L’ingénierie du milieu au profit de dynamisme entrepreneurial .................. 161

Section III : Le milieu innovateur outil de dynamisme entrepreneurial ......................... 181

Chapitre IV : Le complexe industriel Jorf Lasfar : Milieu et dynamisme

entrepreneurial ............................................................................................. 204

Section I : Le contexte de l’entrepreneuriat et du milieu territorial au niveau de la

province d’El-Jadida ....................................................................................................... 206

Section II : Le Cadre épistémologique et méthodologique de recherche ....................... 229

Section III : Traitement des données de l’échantillon et analyse des résultats ............... 256

CONCLUSION GÉNÉRALE ................................................................................................ 287

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES ............................................................................... 294

TABLE DES MATIERES ..................................................................................................... 335

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Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

INTRODUCTION GÉNÉRALE

Cette introduction générale est conçue pour faciliter aux lecteurs intéressés par notre
thème de comprendre l’objectif de recherche, le cadre théorique et la méthodologie de
recherche mobilisés. Donc, elle est structurée en quatre paragraphes. D’abord, le premier
paragraphe décrit le contexte de cette recherche tout en mettant en évidence l’importance de
l’entrepreneuriat et la politique des écosystèmes menés par les autorités politiques en vue de
favoriser le dynamisme entrepreneurial et le développement territorial. Ensuite, le second
paragraphe expose la problématique centrale de notre travail de recherche ainsi que les
hypothèses qui vont remplacer la question de départ et qui sont en nombre de trois. Puis, le
troisième paragraphe affiche, la méthode de travail que nous allons utiliser, allant d’une revue
de la littérature au choix de la méthodologie de recherche. Enfin, le dernier paragraphe
annonce et décrit la structure et le plan détaillé de la thèse.

Le contexte de la recherche

Actuellement, l’économie marocaine est confrontée à une multitude d’entraves qui


limitent son développement. Parmi ces contraintes nous citons la question de chômage des
diplômés et la qualification des salariés au marché d’emploi, la fiscalité et le système
juridique et foncier. Ces contraintes impactent le développement des entreprises et rendent les
entrepreneurs marocains perturbés dans un environnement incertain.

Dans ce contexte et après des recherches effectuées sur le monde de l’entrepreneuriat


au Maroc. Nous avons constaté que l’entrepreneuriat considéré comme un moteur de
croissance et du progrès économique souffre de nombreux problèmes qui peuvent être, ainsi,
des sources de développement dans ce qui suit. Nous citons, ci-dessous, les principaux
problèmes :

D’abord, le problème d’accès au financement pour les entreprises. Malgré des efforts
entamés par les institutions financières et les banques (voir Annexe 6). La majorité des
entreprises sont mécontentes et ne peuvent accéder facilement au financement, et ce par la
complexité du système de garantie. C’est pour cela, cette problématique continue de miner le
développement du tissu entrepreneurial, ainsi qu’elle incite les différentes parties prenantes
concernées à s’incliner sur ce sujet, en vue de développer d’autres sources de financement
alternatives telles que le capital-risque, la finance islamique, les fonds d’investissements gérés
en mode de partenariat public-privé et l’accès à la bourse pour les PME.

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Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Ensuite, l’amélioration du cadre institutionnel relatif au dynamisme entrepreneurial.


En effet, le Maroc accompagne toujours ses investisseurs et ses entrepreneurs par une charte
d’investissement archaïque adoptée en 1995, caractérisé par un régime d’autorisation
préalable aux investissements. Cette charte n’a jamais été faite l’objet d’une révision, et ce,
malgré les tensions affichées par les gouvernements successifs. Cependant, en 2016, un projet
de réforme a été présenté par le ministre de tutelle, Moulay Hafid Elalamy stipulant la refonte
de la charte d’investissement par un nouveau code des investissements et des mesures fiscales
incitatives pour les industriels. Cette charte prévoit cinq nouvelles mesures incitatives pour
l’industrie et sera commune à l’ensemble des secteurs. Dans l’industrie, à titre d’exemple,
une des mesures phares est que les nouvelles entreprises ne paieront pas l’impôt sur les
sociétés pendant cinq ans, ainsi que pour les entreprises qui exportent, une zone franche sera
construite dans chaque région.

Enfin, un meilleur environnement des affaires peut favoriser le dynamisme


entrepreneurial, notamment par une réforme de la fiscalité qui est considérée comme la pierre
angulaire du climat des affaires. Cette réforme aura pour objectif de consentir un avantage
fiscal pour les entreprises nouvellement créées et les entreprises qui emploient des effectifs
importants des salariés équivalent à une baisse de leurs charges sociales.

En outre, nous passons maintenant à dévoiler le contexte institutionnel de notre


recherche qui est celui du plan d’accélération industrielle lancé par le ministère de l’Industrie,
de l’Investissement, du Commerce et de l’Économie Numérique couvrant la période 2014-
2020, visant de faire de l’industrie un levier majeur de croissance. Cette nouvelle stratégie
industrielle vise, d’une part, la création d’un demi-million d’emplois, pour moitié provenant
des IDE et pour moitié du tissu industriel national rénové, et, d’autre part, l’accroissement de
la part industrielle dans le PIB de 9 points, passant de 14% à 23% en 2020. À cet effet, en vue
d’atteindre ces objectifs 10 mesures clés regroupées en 3 classes ont été mises en place, à
savoir des écosystèmes industriels pour une industrie davantage intégrée, des outils de soutien
adaptés au tissu industriel et un positionnement à l’international plus marqué1.

Puisque, nous s’intéressons dans notre travail de recherche à l’interaction entre


l’entrepreneuriat et le territoire par la notion du milieu entrepreneurial et les réseaux
territoriaux. Nous allons détailler le premier axe relatif aux écosystèmes industriels. En effet,
il s’agit d’un chantier phare de la nouvelle stratégie industrielle qui vise à améliorer

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Le site officiel ministère de l’industrie, de l’investissement, du commerce et de l’économie numérique au
Maroc : http://www.mcinet.gov.ma/
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Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

l’intégration sectorielle, à démultiplier les investisseurs et à assurer une montée en valeur du


secteur industriel en favorisant l’établissement de partenariat stratégique ciblés et
mutuellement bénéfiques entre leaders industriels et TPME (Très Petites, Petites et Moyenne
Entreprises)2.

De même, il s’agit plus concrètement de fédérer des groupes d’entreprises autour de


« locomotives » porteuses de projets d’écosystèmes. Ces locomotives peuvent être des leaders
industriels nationaux, des groupements professionnels ou encore des investisseurs étrangers.
Les écosystèmes tendent, aussi, à faire de l’industrie un pourvoyeur d’emplois majeur,
notamment pour les jeunes, et à l’inscrire dans un cercle vertueux de progrès.

La problématique et les hypothèses de recherche

Il est aussi important d’avancer que le choix de la problématique de recherche pour


notre travail a été une opération délicate et pénible. Cela est justifié par le thème de recherche
qui nous sommes en train de débattre et qui regroupe deux concepts phares en science
d’économie et de gestion, à savoir l’entrepreneuriat et le développement territorial. En effet,
l’entrepreneuriat considéré comme une discipline récemment apparue au début des années 60
souffre de l’absence d’un cadre théorique unifié regroupant l’ensemble des paradigmes et des
concepts. De même, le concept de territoire qui est aujourd’hui au coeur des préoccupations
des agents économiques, notamment les les entrepreneurs locaux, a connu une transformation
passant d’un support de localisation offrant des économies et des externalités aux acteurs et
aux entreprises souhaitant s’installer à un acteur participant au développement territorial et au
dynamisme entrepreneurial.

À cet effet, le choix de la problématique de recherche a été pour objectif d’expliquer


l’interrelation et l’interaction entre les deux concepts cités ci-dessus, qui sont l’entrepreneuriat
et le territoire. C’est pourquoi l’introduction de la notion du « milieu » nous a beaucoup
facilité la tâche d’expliquer cette relation de complémentarité, ainsi que d’expliciter les enjeux
de dynamisme entrepreneurial par l’impact des stratégies et des logiques de milieu territorial.

Dans ce sens, notre problématique est la suivante :

« En quoi le milieu contribue-t-il au dynamisme entrepreneurial ? »

2
PLAN D’ACCELARATION INDUSTRIELLE : 2014-2020.
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Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

À travers cette problématique, nous cherchons, à expliquer l’effet et l’impact du milieu


territorial sur le phénomène de l’entrepreneuriat. Cela ne pourra être qu’à partir d’une revue
de littérature conçue et développée abordant d’une façon détaillée la notion du milieu. En
effet, le milieu selon GREMI est comme un ensemble de relations intervenant dans une zone
géographique qui regroupe dans de tous cohérents les éléments suivants : un système de
production, une culture technique et des acteurs, l’esprit d’entreprise, les pratiques
organisationnelles, les comportements d’entreprises, la manière d’utiliser les techniques,
d’appréhender le marché et le savoir-faire, sont toutes à la fois des parties intégrantes et
constitutives du milieu.

Donc, le milieu sera au cœur de la relation entre l’entrepreneuriat et le territoire.


D’abord, il permet à travers des logiques d’interactions et d’apprentissages à devenir un
milieu entrepreneurial et par conséquent à contribuer au dynamisme entrepreneurial. Ensuite,
le milieu développe avec le facteur temps et par des actions étatiques une ingénierie propre à
lui reposant sur des stratégies et des comportements, notamment un capital social territorial,
un encastrement territorial et un ancrage territorial. Ces stratégies seront considérées comme
l’élément-clé et le facteur incitatif de dynamisme entrepreneurial. Enfin, le dernier point sera
pour but d’expliquer l’importance du milieu innovateur sur le dynamisme entrepreneurial,
notamment par l’effet de l’innovation territoriale et l’organisation en réseau. D’après D.
MAILLAT, M. QUEVIT et L. SENN (1993), un milieu innovateur est un ensemble
territorialisé ouvert sur l’extérieur qui intègre des savoir-faire, des règles et du capital
relationnel. Il est attaché à un collectif d’acteur, ainsi qu’à des ressources humaines et
matérielles. Les interactions, entre ces éléments, développent une logique d’apprentissage qui
permet par la suite un déclenchement des processus d’innovation.

Notre problématique nous a permis à soulever plusieurs questions qui représentent


autant de préoccupation pour notre objet de recherche.

 Qu’est-ce que signifie le phénomène entrepreneurial ?


 Que peut-on comprendre par l’approche territoriale de développement ?
 Quel est l’impact des proximités sur les réseaux territorialisés ?
 C’est quoi le développement territorial.
 La gouvernance territoriale est-elle considérée comme outil de développement
territorial ?
 Quel est le rôle du milieu entrepreneurial sur le dynamisme entrepreneurial ?

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Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

 Comment l’ingénierie du milieu favorise-t-elle la création d’entreprise ?


 Quelle relation existe-t-elle entre réseau, milieu et innovation ?
 Quels sont les enjeux du milieu innovateur ?
 Quel est l’apport du milieu innovateur au dynamisme entrepreneurial ?
À partir de ces questions de recherche, l’objectif de notre travail est d’apporter une
proposition sur la possibilité d’assurer un dynamisme entrepreneurial tout en recourant à la
notion du milieu territorial, ainsi que ses spécificités et ses atouts. Donc, le milieu est
considéré comme un levier considérable au phénomène entrepreneurial.

Dans ce cadre, nous allons proposer trois hypothèses principales de recherche qui
remplaceront la question principale de départ, ainsi qu’elles se présentent comme une
proposition aux questions de recherche. Ces réponses, provisoires et sommairement,
guideront le travail de recueil et l’analyse des données et devront cependant être testées,
corrigées et approfondies. Ces hypothèses sont présentées comme suit :

Hypothèse 1 : le milieu territorial composé d’une logique d’interaction et


d’apprentissage contribue au dynamisme entrepreneurial au niveau de la région.

Cette hypothèse vise à montrer qu’un milieu territorial caractérisé par des logiques,
une logique d’interaction entre les acteurs du milieu et une logique d’apprentissage, par la
présence des ressources et des actifs territoriaux , par une activité industrielle pertinente et par
une économie d’externalité contribue au dynamisme entrepreneurial. De même, le milieu
facilite par des liens internes qu’externes une culture entrepreneuriale locale.

Hypothèse 2 : l’ingénierie du milieu territoriale, à savoir le capital social territorial,


l’encastrement territorial et l’ancrage territorial, sont considérés comme des
stratégies favorisant la création d’entreprises dans le territoire

Le milieu territorial a pu développer une ingénierie territoriale axée sur un capital


social territorial, un encastrement territorial et un ancrage territorial. Ces mécanismes vont
conditionner la création d’entreprises au niveau du local. D’abord, les entrepreneurs locaux
devront être soutenus par un capital social territorial et une culture entrepreneuriale adaptée
aux spécificités territoriales en vue de développer et réussir l’entreprise. Ensuite,
l’encastrement territorial cherche à démontrer que le créateur d’entreprises est considéré
comme un acteur encastré dans un milieu territorial bénéficiant à la fois des ressources et des
liens développés au sein du territoire. Enfin, l’ancrage territorial qui vise à expliciter à travers

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Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

l’économie des ressources et l’économie de proximité son effet à motiver la création


d’entreprises.

Hypothèse 3 :Le projet milieu innovateur défini comme une formation socio
territorialisée participe au dynamisme entrepreneurial et au développement
territorial, notamment par l’existence des logiques et des stratégies.

Dans la présente hypothèse nous allons indiquer que le projet milieu innovateur
développé par le GREMI et P. AYDALOT (1984) peut constituer une plate-forme propice à
l’innovation, ainsi qu’il contribue au dynamisme entrepreneurial. Ainsi, le milieu innovateur
en tant qu’une formation socio-territoriale fondée sur des logiques et des stratégies contribue
au dynamisme entrepreneurial, notamment par les interactions développées entre les différents
acteurs et par le conditionnement d’une plate-forme d’innovation appropriée au soutien des
entrepreneurs et des entreprises ; l’aide accordée aux entreprises et le développement des
stratégies réactive ou proactive pour la détection des nouvelles opportunités d’affaires.

La méthode de travail
La méthode de travail a été basée sur des étapes structurées, allant d’une revue de
littérature au choix de la méthodologie de recherche. En premier lieu, nous avons commencé
par une revue de la littérature impressionnante concernant les apports disciplinaires et
théoriques relatifs à l’entrepreneuriat et au territoire. En effet, le but de cette étape est de
mieux comprendre les concepts et les notions pour tracer les contours d’un cadre théorique
enrichissant. Cela nous a permis, notamment d’avoir un chapitre relatif à l’entrepreneuriat, un
chapitre traitant l’approche territoriale de développement et un chapitre expliquant
l’interaction entre l’entrepreneuriat et le territoire à travers la notion du milieu.

En second lieu, nous passons au choix de l’épistémologie et de la méthodologie de


recherche en vue de l’adopter. Certes, c’est un choix assez contraignant, parce qu’il
conditionne le choix de terrain de recherche, ainsi qu’il facilite la vérification des hypothèses
de recherches. Donc, nous expliquons, ci-dessous, l’épistémologie qui sera choisie et la
méthodologie qui sera adoptée durant notre travail de recherche.

.......L’épistémologie de recherche :

Pour l’épistémologie de recherche, nous allons choisir une approche positiviste


accompagnée d’une logique de déduction. En effet, ce choix a été motivé par plusieurs
critères et facteurs développés, ci-dessous :

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Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

D’abord, la nature de la réalité étudiée dans le paradigme positiviste est une donnée
objective indépendante du sujet de l’observateur. À cet effet, le phénomène de
l’entrepreneuriat dans le milieu complexe industriel Jorf Lasfar existe depuis longtemps et
prend plusieurs formes. Donc, nous allons chercher à observer cette réalité en vue d’expliciter
les relations existant entre les opérateurs du complexe, ainsi que de montrer l’importance des
logiques d’interactions et d’apprentissage entre les différentes parties prenantes permettant de
faciliter l’innovation et le dynamisme entrepreneurial.

Ensuite, la relation sujet-objet de recherche dans le paradigme positiviste caractérisée


par l’indépendance entre le sujet qui est le chercheur et l’objet de recherche. Cette
indépendance vise la production d’une connaissance objective loin de l’interprétation du
chercheur. Dans ce cadre notre objet de recherche est le lien théorique entre le milieu et le
phénomène entrepreneurial dans le complexe industriel Jorf Lasfar, agissant dans une optique
de développement territorial. En conséquence, nous allons indiquer que le dynamisme
entrepreneurial est conditionné par la qualité du milieu (ses ressources, ses acteurs et ses
logiques existants).

Enfin, les critères de validité de la connaissance ; dans le courant positivisme le


chercheur est appelé à utiliser les méthodes de collecte et d’interprétation des données
appropriées aux concepts étudiés. De même, le courant en question n’accepte que la logique
déduction considérée d’après lui comme une logique formelle ainsi qu’elle permet d’avoir une
reproduction objective de la réalité (V. PERRAT, M. SÉVILLE, 2003. P. 28).

Bref, après avoir opté pour l’épistémologie de recherche positiviste accompagnée


d’une logique de déduction. Nous présentons, un survol sur le raisonnement déductif de notre
travail de recherche. Premièrement, nous partons « d’une règle » signifiant que le milieu joue
un rôle dans le dynamisme entrepreneurial, d’après les travaux de P-A. Julien (1996) et P.
AYDALOT (1984). Deuxièmement, par le recours d’un questionnaire de recherche établit par
nous-mêmes et par la proximité géographique des acteurs institutionnels du complexe, nous
avons décidé d’étudier le lien entre l’entrepreneuriat et le milieu complexe industriel Jorf
Lasfar. Il s’agit, donc, d’un « cas pratique ».Enfin, nous tirons des conséquences sur les
résultats obtenus stipulant que le milieu par la qualité de ses ressources, ses acteurs et ses
logiques favorisent le dynamisme entrepreneurial, ainsi que le milieu innovateur est considéré
comme un outil de dynamisme entrepreneurial. Cette étape est nommée « Conséquence ».

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Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

......La méthodologie de recherche :

Après avoir défini le positionnement épistémologique de notre travail de recherche,


nous allons exposer le protocole méthodologique retenu. À cet effet, en vue de mener notre
travail de recherche et d’obtenir des résultats permettant la vérification des hypothèses de
recherche. Nous allons combiner à la fois une approche qualitative axée sur une étude
exploratoire et une approche quantitative orientée par une étude confirmatoire. Cela sera
réalisé en deux étapes développées ci-après.

L’approche qualitative a été choisie en premier lieu, en vue de mieux connaître le


milieu complexe industriel Jorf Lasfar et de délimiter la question de recherche, c’est-à-dire
« en quoi le milieu peut favoriser le dynamisme entrepreneurial, dans une optique de
développement territorial ». À cet effet, pour atteindre notre objectif, deux stratégies seront
adoptées par la méthode qualitative pour accéder au réel, il s’agit de l’étude de cas et de
l’observation participante.

D’abord, selon R.K. YIN (2009), l’étude de cas « est une enquête empirique qui étudie
un phénomène contemporain dans son contexte réel quand les limites entre le phénomène et le
contexte ne sont pas claires. Son avantage est qu’elle intègre dans un contexte l’analyse de
l’objet, c’est-à-dire qu’elle l’inscrit dans son environnement temporel, spatial et social. »
Dans ce contexte, le choix de l’étude de cas du complexe industriel Jorf Lasfar est motivé
pour divers raisons, d’une part, notre proximité du complexe, et donc, la possibilité de
contacter les acteurs et les décideurs du complexe, et, d’autre part, de démontrer par les
spécificités de notre étude de cas le rôle du milieu au dynamisme entrepreneurial, soit par la
participation à la création d’entreprises ou soit par l’existence des logiques d’interaction et
d’apprentissage au sein du milieu favorisant l’innovation.

Ensuite, le recours à la méthode d’observation passive comme une stratégie de recueil


de données. Cette méthode va, nous permettre de dégager tant d’éléments importants facilitant
la rédaction du questionnaire, à savoir l‘absence d’un comité organisationnel qui s’occupe de
la gestion du milieu, la majorité des entreprises dans le complexe détient des relations avec les
opérateurs économiques (OCP, SONASID, JLEC) et le milieu complexe industriel Jorf
Lasfar possède des atouts important et intéressant (l’activité des entreprises sur le milieu, et
l‘emplacement stratégique).

Le recours à l’approche quantitative en second lieu sera pour but de compléter ce qui a
été déjà exploré dans l’étude qualitative. Elle a pour objectif d’obtenir des réponses et de
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Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

comprendre « comment » le milieu a-t-il vraiment participé au dynamisme entrepreneurial.


C’est pour cela, nous allons décider d’utiliser la méthode du questionnaire comme méthode de
collecte de données la plus adaptée pour obtenir des réponses auprès des entreprises opérantes
dans le complexe industriel Jorf Lasfar. En effet, notre questionnaire sera composé de quatre
thèmes et chaque thème retrace un ensemble de questions en interdépendance. Ces thèmes
sont formulés comme suit : l’entrepreneuriat, le milieu entrepreneurial « complexe industriel
Jorf Lasfar», l’ingénierie territoriale et création d’entreprises et enfin le milieu innovateur,
entrepreneuriat et développement territorial.

Au final ce questionnaire sera administré sur un échantillon de 40 entreprises dans le


complexe industriel Jorf Lasfar pour collecter le maximum d’informations. Ainsi, nous
faisons appel à deux logiciels qui vont servir à l’analyse des données, à savoir SPSS 21.0 et
l’Excel 2013.

La structure et le plan détaillé de la thèse


Notre thèse de recherche est constituée de quatre chapitres. Les trois premiers
chapitres portant sur l’aspect théorique de recherche, à savoir une définition du phénomène
entrepreneurial, l’approche territoriale de développement et l’interaction entre
l’entrepreneuriat et le territoire à travers la notion du milieu. Le dernier chapitre concerne la
réalité locale du complexe industriel Jorf Lasfar situé à 25 Km de la ville d’El-Jadida. En
effet, nous précisons, ci-après le contenu de chaque chapitre.

Chapitre I : Entrepreneuriat : cadre théorique et conceptuel.


Section I : Le cadre historique et théorique de l’entrepreneuriat
Section II : L’entrepreneur : un acteur de l’entrepreneuriat
Section III : Le cadre conceptuel de l’entrepreneuriat

Ce premier chapitre traite le champ théorique et conceptuel du phénomène


entrepreneurial. À cet effet, nous allons maitriser ce concept et connaitre en détail les
stratégies et les facteurs de succès qui peuvent assurer un dynamisme entrepreneurial, autre
que le financement et l’organisation. De même, nous allons intéresser à l’acteur de
l’entrepreneuriat, à savoir l’entrepreneur, et ce pour son encastrement territorial et son
aptitude à favoriser la création et le développement de son entreprise. Bref, ce rappel
théorique nous permettra de comprendre la dynamique entrepreneuriale, ainsi d’appréhender
le milieu territorial comme un déterminant à son succès.

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Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Chapitre II : L’approche territoriale de développement


Section I : L’organisation territoriale : concept et stratégie
Section II : Les réseaux territorialisés et dynamique de proximité
Section III : Le territoire et le projet de développement

Le deuxième chapitre se penche aussi sur le champ théorique et conceptuel de la


notion du territoire. En effet, nous allons dévoiler ce concept par une définition de
l’organisation territoriale : concept et stratégie, à travers les travaux de C. COURLET (2001)
et G. BENKO (1998). De même, nous allons définir l’économie de proximité, à la fois
géographique, organisationnelle et organisationnelle (J-P. GILLY, Y. LUNG, 2004) et (B.
PECQUEUR, J-B. ZIMMERMAN 2002), ainsi que de présenter son effet sur les réseaux
territorialisés. Cette économie de proximité permet de générer pour les entreprises et les
différents acteurs présents sur le territoire des effets externes et des externalités
technologiques et pécuniaires. Au final, nous allons mettre en lumière le projet de
développement territorial.

Chapitre III : Le milieu un levier de dynamisme entrepreneurial


Section I : Le milieu et le dynamisme entrepreneurial
Section II : L’ingénierie du milieu au profit du dynamisme entrepreneurial
Section III : Le milieu innovateur, outil de dynamisme entrepreneurial

Le troisième chapitre, nous allons présenter la problématique de notre travail de


recherche, à savoir l’interaction entre le dynamisme entrepreneurial et l’approche territoriale
de développement. En effet, le lien sera expliqué par le recours à la notion du milieu
territorial. C’est grâce au milieu entrepreneurial, l’ingénierie du milieu territoriale et le milieu
innovateur que le phénomène entrepreneurial connaît l’essor et le développement. Ces
facteurs seront présentés en sections en vue d’apporter une réponse à notre problématique.

Chapitre IV : Le complexe industriel Jorf Lasfar : Milieu et dynamisme entrepreneurial


Section I : Le contexte de l’entrepreneuriat et du milieu territorial au niveau d’El-Jadida
Section II : Le cadre épistémologique et méthodologique de recherche
Section III : Le traitement des données de l’échantillon et analyse des résultats.

Finalement, le quatrième chapitre est à la fois empirique et méthodique. D’abord, nous


allons mettre en exergue le contexte de l’entrepreneuriat et du milieu territorial au niveau
d’El-Jadida. Cette section sera pour but de situer notre étude empirique qui se déroulera au

16
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

sein du complexe industriel Jorf Lasfar dont nous allons explorer qu’il s’agit d’un milieu
territorial caractérisé, d’une part, par l’existence des opérateurs industriels de renommés et
des institutions locales, et, d’autre part, par la présence des logiques d’interactions et
d’apprentissages. Ensuite, nous allons exposer le cadre épistémologique et méthodologique de
recherche. La méthodologie de recherche sera une combinaison de l’approche qualitative et
l’approche quantitative. Enfin, dans la dernière section, nous allons présenter nos résultats
empiriques. Ces résultats présentés seront obtenus par le recours à la méthode-test des
hypothèses, à savoir le teste de Fisher qui aura pour but de montrer l’impact d’une variable
sur une autre variable, le test de Khi-2 pour objectif d’expliquer la dépendance entre les
variables.

Au final de notre travail de recherche, nous allons essayer de résumer les principaux
apports théoriques et empiriques de la recherche, ainsi que de présenter les limites de
recherches et d’ouvrir la voie aux nouveaux chercheurs souhaitant approfondir leurs
recherches dans ce domaine.

17
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Chapitre I :Cadre théorique et


conceptuel d’entrepreneuriat

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Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Introduction
Ce premier chapitre constitue le point de départ de notre recherche doctorale. Il
cherche à expliquer en détail le phénomène entrepreneurial considéré comme axe primordial
dans notre raisonnement. En effet, la recherche en entrepreneuriat est en train de se grandir,
mais souffre, toujours, de l’absence d’un cadre de référence spécifique à la recherche dans la
matière.
La première section vise à présenter le cadre historique et théorique de
l’entrepreneuriat. D’abord, nous commençons par l’évolution historique qui a connu
l’entrepreneuriat dans les 17ème et 18ème siècles, notamment par l’économie capitaliste et les
différentes écoles de l’économie. Ensuite, nous exposons les principales approches expliquant
l’entrepreneuriat dans la théorie économique, à savoir l’approche fonctionnelle, l’approche
sur les individus ou le courant behavioriste, axé sur les traits de l’entrepreneur et enfin
l’approche par le processus. Ces approches ont donné naissance et acception au champ de
l’entrepreneuriat. Enfin, nous repérons les efforts des grands auteurs visant à assurer une
modélisation du phénomène entrepreneurial et de construire une théorie spécifique à
l’entrepreneuriat.
La seconde section est dédiée à l’acteur de l’entrepreneuriat, celui de l’entrepreneur.
En effet, nous développons dans le premier paragraphe, les approches constituant la théorie de
l’entrepreneur en vue de mieux comprendre ce concept. Elles sont en nombre de trois
approches, à savoir l’approche de J. Schumpeter concernant l’entrepreneur et l’innovation,
l’approche de M. Casson touchant la relation entre l’entrepreneur et la coordination et enfin
l’approche de F. Knight relatif au risque et à l’incertitude. Ensuite, nous passons dans le
deuxième paragraphe à opérer une classification détaillée des typologies d’entrepreneurs,
auprès des fondateurs du champ de l’entrepreneuriat. Enfin, dans un dernier point, nous
abordons la relation éventuelle entre l’entrepreneur et le territoire.
La troisième section est réservée au cadre conceptuel relatif à l’entrepreneuriat. Dans
un premier temps, nous présentons les quatre paradigmes identifiés par les auteurs en vue de
faciliter la recherche en entrepreneuriat et d’avoir un cadre théorique et conceptuel solide.
Ensuite, nous passons à la définition du processus entrepreneurial considéré comme la pierre
angulaire de l’entrepreneuriat. En effet, le processus entrepreneurial a permis de faciliter la
démarche entrepreneuriale menant à la création d’une entreprise. Certes, il existe une
démarche classique, mais aussi des nouvelles approches du processus entrepreneurial
développé par des auteurs, comme D.B. Greenberger et D.L. Sexton basé sur l’interaction des
multitudes des facteurs.
19
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Section I : Cadre historique et théorique de l’entrepreneuriat

Le champ de l’entrepreneuriat a connu une évolution considérable marquée par


l’absence d’une définition unanime. En effet, il est alimenté par une multitude de disciplines
visant à concevoir une définition du concept, à savoir l’économie, la psychologie, la
sociologie, l’anthropologie sociale et enfin les sciences de gestion et les théories des
organisations. Ainsi, au cours de son évolution nous constatons que l’entrepreneuriat est
abordé dans la théorie économique par des différentes approches possédantes des visions
différentes, parfois axé sur la fonction de l’entrepreneur et parfois sur les traits de
l’entrepreneur. Dans ce sens les théoriciens de la matière ont tenté à établir des modèles
spécifiques tentant d’expliquer ce phénomène entrepreneurial. Donc, nous allons regrouper, à
partir d’une revue de la littérature, les principales approches et contributions des chercheurs
en vue de dresser un cadre historique et théorique cohérent facilitant l’assimilation de ce
phénomène.

Dans cette section, nous allons présenter d’abord, l’évolution historique de


l’entrepreneuriat (Paragraphe 1), Ensuite, d’expliciter la place de l’entrepreneuriat dans la
théorie économique, notamment par la présentation d’une approche fonctionnelle, une
approche sur les individus et une approche par le processus (Paragraphe 2), et enfin de
conclure par les efforts fournis par des théoriciens en vue d’avoir une théorie spécifique à
l’entrepreneuriat (Paragraphe 3).

Paragraphe 1 : évolution historique de l’entrepreneuriat

Ce paragraphe présente une esquisse historique de l’évolution de l’entrepreneuriat


dans la théorie économique. Il s’intéresse aux différents phénomènes et faits économiques de
l’histoire, à savoir la révolution industrielle, les crises économiques, l’évolution
technologique et le développement des sciences.

1.1 L’entrepreneuriat et l’économie capitaliste

Parmi les premiers auteurs qui se sont intéressés à l’entrepreneuriat, nous citons deux :
R. CANTILLON et J-B. SAY ; ils sont considérés comme les précurseurs de l’entrepreneuriat
dans l’économie. L’entrepreneur selon eux est comme un preneur de risque, par le fait qu’il
achète des Matières premières souvent de l’agriculture et les transforme en un produit fini
vendu sur un marché en vue de réaliser un profit et de couvrir le risque supporté par cette

20
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

opération3. En fait, l’entrepreneur est l’agent principal qui assume le risque de cette
transformation.

R. CANTILLON divise la société en deux groupes : les entrepreneurs à gage certain et


les salariés à gage incertain. Il stipule dans sa théorie que l’entrepreneur est une personne qui
prend le risque afin de créer une entreprise dans un environnement incertain pour réaliser un
profit.

J. B. SAY connu par sa célèbre loi de débouché qui porte sur « l’offre créée sa propre
demande » ; il a fait une différence entre l’entrepreneur et le capitaliste. Dans sa conception
les entrepreneurs sont des individus qui créent une utilité nouvelle soit par la création d’un
nouveau produit pour le marché ou bien le déplacement des ressources inexploitées ou
exploitées par une cadence lente vers un niveau de productivité supérieur4.

En effet, l’entrepreneuriat a fait l’objet d’une relation importante avec l’économie


capitaliste dans l’histoire. Cette relation a contribué vivement au développement de l’esprit
d’entreprise par les différentes facettes suivantes :

 D’abord, le capitalisme marchand considère les entrepreneurs comme des aventuriers


cherchant les profits par l’outil du commerce avec l’orient ou les conquêtes vers l’Amérique
du sud, en vue d’exploiter les ressources précieuses (l’or et l’argent) ;

 Ensuite, le capitalisme libéral caractérisé par une multiplication des affaires familiales
et une stimulation pour les entrepreneurs à créer leur propre entreprise de petite taille avec son
autofinancement ;

 Enfin, le capitalisme managérial coïncidé par le développement technologique et le


rôle central des institutions financières dans le financement des entreprises. Cette phase est
connue par la montée des grandes firmes cherchant les économies d’échelle et les économies
d’envergure qui nécessite des gestionnaires ou des managers capables de gérer ces entités de
production, tout en prenant en considération la séparation entre le propriétaire de l’entreprise
et le gestionnaire5.

3
FILON L-J.,« Le champ de l'entrepreneuriat : historique, évolution, tendances », Revue internationale P.M.E:
Économie et gestion de la petite et moyenne entreprise, vol. 10, n° 2, 1997, p.132.
4
JANSSEN F., SURLEMONT B., « l’entrepreneuriat : éléments de définition ». Ouvrage collectif sous la
direction de Frank JANSSEN « Entreprendre une introduction à l’entrepreneuriat », Édition De Boeck
Université, 2009. P. 33-34.
5
JULIEN P-A., MARCHESNAY M., « L’entrepreneuriat », Édition ECONOMICA, Paris 1996. P. 20-23.
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Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Donc, l’évolution de l’entrepreneuriat a été associée à l’évolution et au développement du


système capitaliste par ces différentes facettes et ces principes majeurs tels que l’homo-
économicus ou l’agent rationnel qui cherche son propre intérêt et la propriété individuelle.

1.2 L’entrepreneuriat et les différentes écoles de l’économie

Nous continuons notre esquisse historique sur l’entrepreneuriat, par le dévoilement de


la place de cette notion dans les différentes écoles de l’économie. D’abord, l’école allemande
de la période des 19 siècles par son auteur V. THUEN qui a défini le talent entrepreneurial
comme une ressource rare et le profit comme la rémunération du risque encouru par
l’entrepreneur. De même, Frank. KNIGHT explique que le profit réalisé par l’entrepreneur est
la récompense du risque supporté et de l’incertitude entretenue, par lequel l’entrepreneur est
dans l’impossibilité de prévoir ces résultats alternatifs d’une décision.

Ensuite, l’école autrichienne des 20 siècles, par son fondateur Carl MENGER qui
suppose que l’activité entrepreneuriale a pour but d’obtenir l’information susceptible à un
changement économique. Ainsi, l’entrepreneur doit être conscient et vigilant des situations
qui mènent au changement économique. Une autre définition importante d’ Israel KIZNER,
par laquelle introduit la notion de la vigilance dans l’activité entrepreneuriale qui suppose
que chaque entrepreneur doit être attentif et vigilant aux déséquilibres du marché afin de
chasser les nouvelles possibilités et de réaliser le profit. Selon KIZNER, la capacité
d’entreprendre est un don qui se diffère d’une personne à une autre et qui détermine la
vigilance entrepreneuriale6.

«……… La vigilance entrepreneuriale consiste, après tout, dans la capacité à noter, sans
recherches, les occasions qui ont été oubliées jusqu’ici. Il est certain qu’elle peut aussi inclure la
capacité à noter les occasions de recherches intentionnelles profitables. Mais cette occasion a été
découverte par l’entrepreneur vigilant sans recherche. ………» I. KIZNER.

En effet, l’école autrichienne conclut que l’entrepreneuriat apparaît comme une


fonction de traitement de l’information, où il existe une asymétrie d’information entre
l’entrepreneur et son environnement. C’est pour cela que l’entrepreneur est conçu comme un

6
BERKANE A., « Carl Menger et l'école autrichienne sur la question de la connaissance ». Colloque
International Carl Menger et l'École Autrichienne : "existe-t-il une "pensée -Menger ?", Nov 2007, Aix en
Provence, France. Disponible sur : https://hal.archives-ouvertes.fr/halshs-00191164/document .
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processeur d’information sollicité d’absorber et de transformer les informations collectées en


actions7.

Si nous voulons synthétiser les principaux courants économiques ayant enrichi le


concept de l’entrepreneuriat, nous serons amenés à adopter la classification de BAUMOL par
laquelle, existent deux catégories d’entrepreneurs. La première catégorie est celle
d’entrepreneurs classiques défendus par les théoriciens J. B. SAY, F. KNIGHT et I. KIZNER
et la deuxième catégorie est celle d’un entrepreneur innovant exposé par J. SCHUMPETER.8

Ainsi, d’autres écoles et théories se sont intéressées au concept embryonnaire de


l’entrepreneuriat dans l’histoire économique, notamment la théorie de marché reposant sur le
principe de la libre concurrence basée sur une absence des barrières à l’entrée et à la sortie et
la théorie industrielle basant sur la concurrence oligopolistique et l’existence de la grande
firme. L’entrepreneuriat a pris une place importante par son implication dans différentes
disciplines de l’économie.

Paragraphe 2 : L’entrepreneuriat dans la théorie économique

L’entrepreneuriat a été abordé dans la théorie économique selon trois approches.


D’abord, l’approche fonctionnelle apparue en 17ème siècles et 18ème siècles par les
économistes classiques, notamment J.B.SAY, R.CANTILLON et les travaux de Schumpeter.
Cette approche se concentre sur les fonctions de l’entrepreneur par rapport à la société.
Ensuite, l’approche behavioriste exposant une nouvelle vision à l’entrepreneuriat par
l’importance accordée aux traits de l’entrepreneur et ses faits. Enfin, l’approche par le
processus émergé dans les années 90 par VERSTRAETE et qui vise à défendre l’idée d’un
processus de création d’une nouvelle activité ou d’une nouvelle organisation.

2.1 L’approche fonctionnelle : La vision de Schumpeter sur l’entrepreneuriat

J. Schumpeter insiste beaucoup sur la dimension innovatrice de l’entrepreneuriat, par


laquelle la fonction de l’entrepreneur consiste pour lui: à innover, à introduire un nouveau
produit dans le marché, à transformer une organisation à une forme plus développée par
l’agencement des différents ateliers de production, à ouvrir de nouveaux marchés et à
découvrir des nouvelles méthodes d’approvisionnement et de distribution. À cet effet,

7
JANSSEN F., SURLEMONT B., (2009), Op.cit. P. 51 -52.
8
FILON L-J, (1997), Op.cit. P. 135.
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l’entrepreneur schumpetérien est considéré comme un agent important et endogène au marché


qui remit en cause la stabilité économique par le biais de l’innovation9.

De même, J. Schumpeter est intéressé à la contribution de l’entrepreneuriat dans le


développement économique. En effet, l’intérêt de l’entrepreneuriat n’est pas seulement le
développement de l’innovation au niveau des firmes et l’exploitation des nouvelles
opportunités dans le domaine de l’entreprise.Néanmoins, L’innovation apparaît comme un
moteur du développement économique et devient un indicateur largement utilisé pour
connaitre la santé économique d’un pays.

En outre, il a développé un postulat aussi important, celui du rôle de l’entrepreneur


dans le processus de la « destruction créatrice ». Ce processus considéré comme le cœur du
capitalisme industriel par le fait, qu’il pousse les entreprises à révolutionner leurs structures
économiques et leurs modes de production tout en créant des nouveaux produits et des
nouveaux business plans.

Le processus « destruction créatrice » est à l’origine du dynamisme industriel et de la


croissance dans le long terme10. Il est adopté seulement par les grandes firmes possédant des
moyens humains et financiers et qui sont capables de prendre le risque d’assurer le progrès
technique. Nous comprenons par celles-ci les entreprises opérant dans les secteurs de
l’économie caractérisés par une concurrence oligopolistique ou monopolistique, à savoir le
domaine de l’automobile ou de l’aéronautique

Les travaux de Schumpeter sont développés par d’autres chercheurs à savoir


BAUMOL, qui postule que l’entrepreneur peut adopter un comportement dommageable pour
l’économie et que l’entrepreneuriat cherche des situations de rente, et s’articule parfois autour
des métiers non innovants. De même, il exprime que l’entrepreneur agit à une époque donnée
dans un système économique donné dépend des règles du jeu en vigueur. Cela montre que la
rémunération des activités entreprises par l’entrepreneur varie d’une période, d’un endroit à
l’autre11.

9
JANSSEN F., SURLEMONT B., (2009), Op.Cit. P. 54.
10
JAZIRI R., « Vision renouvelée des paradigmes de l’entrepreneuriat : Vers une reconfiguration de la recherche
en entrepreneuriat ». Acte du colloque international sur « Entrepreneuriat et Entreprise : nouveaux enjeux et
nouveau défis ». Les 3-4-5 Avril 2009, Gafsa.
11
JANSSEN F., SURLEMONT B., (2009), Op.Cit. P. 54-55.
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Cette approche possède les deux limites suivantes :


 La première limite concerne l’évaluation et la valorisation de l’innovation, c’est-à-
dire, elle accorde l’importance seulement à l’innovation technologique et elle marginalise les
autres innovations comme l’innovation organisationnelle et commerciale ;
 La deuxième limite considère que la relation entre l’entrepreneuriat et le
développement économique par le biais de l’innovation n’est pas une fin en soi, mais plutôt
un processus où il est nécessaire de tenir des circonstances favorisant l’innovation telle que
l’évolution des attentes du consommateur et le développement de la concurrence12.

2.2 L’approche sur les individus ou le courant de behaviorisme

Le courant behavioriste, développé dans les années 70, est fondé par les psychologues,
les psychanalyses, les sociologues et autres spécialistes du comportement humain. Il cherche à
étudier l’entrepreneur et ses caractéristiques. Ainsi que, de montrer la différence entre les
entrepreneurs et les non-entrepreneurs à partir des traits de caractère. Parmi ces précurseurs,
nous trouvons « MAX WEBER » qui identifie le système de valeurs comme fondamental
pour expliquer les entrepreneurs et C. McCLELLAND qui a donné le coup d’envoi aux
sciences du comportement au regard des entrepreneurs, par le lien existant entre la création
d’une petite entreprise et le besoin élevé d’accomplissement13. Ce courant regroupe deux
approches opposées ; une approche «internaliste» s’intéresse aux traits de l’entrepreneur
autour de la question «qui est l’entrepreneur» et une approche «externaliste» pose la question
« que fait l’entrepreneur». Ces deux approches sont explicitées somme suite :

2.2.1 L’approche internaliste aux traits de l’entrepreneur

Cette approche répond à la question centrale et élémentaire en entrepreneuriat, « qui


est l’entrepreneur » sur la base d’un rapprochement de la science du comportement et
notamment les théories et des modèles de la psychologie, la sociologie et la psychanalyse,
afin de mieux comprendre les traits principaux de l’entrepreneur. Un autre apport principal de
cette approche, c’est qu’il développe le principe de la séparation du lien entre l’entrepreneur
et l’environnement, et que chaque notion est abordable d’une façon réductrice et indépendante
de l’autre.
McCLELLAND défend l’idée de l’approche psycho-sociologie de l’entrepreneuriat,
par laquelle, évoque les différentes caractéristiques significatives de la personnalité de
12
BOUSLIKHANE A., « L’enseignement de l’entrepreneuriat : pour un regard paradigmatique autour du
processus entrepreneurial », 339 pages. Thèse pour l’obtention du grade de docteur en sciences de gestion à
l’université de Nancy 2. P. 34.
13
FILON L-J, (1997), Op.cit. P. 135-13
25
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

l’entrepreneur. Pour lui, les principales caractéristiques des entrepreneurs sont un besoin élevé
d’accomplissement (need for achievement) et une forte confiance en eux14. En effet, le
tableau, ci-dessous, montre les principaux traits de la personnalité de l’entrepreneur par les
spécialités en comportement qui sont souvent indépendamment du contexte de
l’entrepreneur.15
Tableau 1: Les caractéristiques le plus souvent attribuées aux entrepreneurs par les
spécialistes en comportement

 Innovateurs  Besoin de réalisation


 Leaders  Internaliste
 Preneurs de risques modérés  Confiance en soi
 Indépendants  Implication à long terme
 Créateurs  Tolérance à l’ambiguïté et à l’incertitude
 Énergiques  Initiative
 Persévérants  Apprentissage
 Originaux  Utilisation de ressources
 Optimistes  Sensibilité envers les autres
 Orientés vers les résultats  Agressivité
 Flexibles  Tendance à faire confiance
 Débrouillards  Argent comme mesure de performance
Source : Louis Jacques FILION (1997, P : 138).
Plusieurs recherches empiriques sont menées par les chercheurs du courant afin de
déterminer un profil-type idéal de l’entrepreneur avec ses actions à entreprendre et de réfuter
toutes les approches qui défendent la variété et la multitude des profils des entrepreneurs. En
effet, l’objectif principal de déterminer un seul profil-type de l’entrepreneur réside dans un
double besoin en économie pour les parties prenantes. D’abord, pour les organismes
financiers et les banques en vue de s’assurer des capacités et des compétences de
l’entrepreneur à investir et de prendre le risque. Ensuite, pour les pouvoirs publics, qui
cherchent à localiser un profil, en vue de miser et accompagner les entrepreneurs qui
possèdent une idée performante, et qui peuvent contribuer à un développement territorial
régional ou local16.

14
DEGEORGE J-M., « déclenchement du processus de création d’entreprises : Le cas des ingénieurs
Français », 431 pages. Thèse pour l’obtention du doctorat en sciences de gestion soutenue publiquement, le 26
novembre 2007, à l’université JEAN MOULIN LYON III. P. 43.
15
FILION L-J.,, Revue internationale P.M.E. : Économie et gestion de la petite et moyenne entreprise, vol. 10, n°
2, 1997, P. 129-172.
16
SCHMITT C., JANSSEN F., « Regard critique sur la recherche en entrepreneuriat : construction, évolution et
tendances », Communication au 11éme Congrès International Francophone en Entrepreneuriat et PME. Octobre
2012. Disponible sur le lien : http://hdl.handle.net/2078/116003. P . 5.
26
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2.2.2 L’approche externaliste

La limite de cette approche est que l’entrepreneuriat est un objet complexe, difficile à
aborder d’une seule vision. Ainsi, c’est un phénomène régional issu des différentes cultures,
besoin et habitudes d’une région. L’être humain est un produit de son milieu, un être sociable,
un être qui apprend en exerçant un métier joue un rôle sur les caractéristiques de
l’entrepreneur. À cet effet, les entrepreneurs sont des gens mal adaptés qui ont besoin de créer
leur propre environnement.

2.3 L’approche par le processus

Cette approche, apparue dans les années 90, cherche à présenter les limites et à
remettre en cause les approches précédentes expliquant l’entrepreneuriat tel que l’approche
par les traits. En effet, les chercheurs ont posé la question, « comment naitre une entreprise»,
en se basant sur un processus qui prend davantage en compte, les actes, les activités et
l’environnement. GARTNER, le pionnier, a proposé un modèle interactionniste pour décrire
le processus de création d’une nouvelle activité à travers un modèle qui comporte quatre
dimensions, à savoir l’environnement, l’individu, le processus et l’organisation. De même, S.
VENKATARAMAN a souligné aussi l’importance d’étudier le processus d’émergence des
opportunités de création d’entreprises. À cet effet, d’après, S. SHANE et S.
VENKATARAMAN: « L’entrepreneuriat est l’étude scientifique du comment, par qui et
avec quels effets, les opportunités de création de nouveaux produits et services sont détectées,
évaluées et exploitées. »17.
En outre, le point de vue de C. BRUYAT et P-A. JULIEN qui a marqué cette approche
par le processus, vise à montrer que l’entrepreneuriat est un dialogique18 individu - création
de valeurs insistant sur le changement pour l’individu et pour l’environnement, comme
facteur favorisant le processus de création d’une entreprise19.
En effet, le tableau, ci-dessous, résume les différentes visions de l’approche par les
processus, ainsi que ses principales caractéristiques.

17
JAZIRI R., (2009), op.cit.
18
Dialogique, un concept innové par E. Morin signifie que deux logiques ou plusieurs logiques sont liées en une
unité, de façon complexe (complémentaire, concurrente et antagoniste) sans que la dualité se perde dans l’unité.
19
CAPRON H., « Entrepreneur et création d’entreprises : Facteurs déterminants de l’esprit d’entreprise » édition
de Boeck Université, 2009. P : 13-33.
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Tableau 2: Les différentes visions de l’approche par les processus

Les différentes SAHNE et GARTNER BARUYAT et JULIEN


visions VENKATARAMAN
*Dialogique individu/création de
valeur.
La création de
La création d’une * Trois phases du processus
l’organisation par
Les principales nouvelle organisation entrepreneurial: déclenchement,
la voie
caractéristiques par le moyen engagement et développement
d’émergence
d’opportunité. (elles seront développées en détail
organisationnelle
dans le parg 2 de la deuxième
section).
Source : Adapté par nous-même.
En définitive, nous pouvons schématiser l’évolution de concept de l’entrepreneuriat
dans les différentes approches économiques par le tableau, ci-dessous, tirées de la
communication scientifique « les compétences entrepreneuriales et le processus
entrepreneurial : une approche dynamique » de A. OMRANE et al (2011). En effet, ces
approches mentionnées dans le tableau, ci-dessous, déterminent, d’une part, l’évolution des
conceptions, et, d’autre part, la mouvance des préoccupations dans le champ de
l’entrepreneuriat.
Tableau 3: Les approches qui sous-tendent l’évolution du concept20

Durant les deux derniers siècles, l’entrepreneuriat renvoie à une approche fonctionnelle
utilisée surtout dans le domaine économique (What).
J. A. Schumpeter «l’essence de l’entrepreneuriat se situe dans la perception et
(1928) 21
l’exploitation de nouvelles opportunités dans le domaine de
l’entreprise […]. Cela a toujours à faire avec l’apport d’un
usage différent de ressources nationales qui sont soustraites de
leur utilisation naturelle et sujettes à de nouvelles
combinaisons».
E. T. Penrose (1963) L’entrepreneuriat appréhende l’identification d’opportunité
dans le système économique.
H. Leibenstein L’entrepreneuriat renvoie aux activités nécessaires à la création
(1978,1979) d’une entreprise.
Depuis le début des années 50, l’entrepreneuriat renvoie à une approche individuelle
utilisée surtout dans le domaine psychologique, sociologique ou de psychologie cognitive (
Why and Who).
R. Ronstad (1984) L’entrepreneuriat est un processus dynamique de création
humaine incrémentale. « This wealth is created by individuals

20
Amina OMRANE et al., « Les compétences entrepreneuriales et le processus entrepreneurial : une approche
dynamique », La Revue des Sciences de Gestion 2011/5 (n° 251), p. 91-100.
21
Cité par Filion (1997), dans Fayolle (2002, p.6) « du champ de l’entrepreneuriat à l’étude du processus
entrepreneurial : quelques idées et pistes de recherche », CERAG n°2002-32,
28
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who assume the major risks in term of equity, time, and/or


career commitment of providing value for some product or
service. The product or service itself may or may not be new or
unique but value must somehow be infused by the entrepreneur
by securing and allocating the necessary skills and resources».
J.M Toulouse (1988) «L’entrepreneuriat est une réponse créatrice, une habileté à
percevoir de nouvelles perspectives, à faire des choses
nouvelles, à faire différemment les choses existantes ».
H. Stevenson et C. «Le cœur de l’entrepreneuriat corporatif est que l’opportunité
22
Jarillo qui se présente à la firme doit être poursuivie par des individus
en son sein […]. Mais le repérage des opportunités est
certainement fonction des capacités de l’individu : sa
connaissance intime du marché, des technologies impliquées,
des besoins du consommateur, etc.
23 « Entreprendre suppose un état cognitif conduisant une
J. Timmons (1994)
personne à agir conformément au type d’action qu’appelle
l’acte correspondant, à partir d’une idée et de la détection ou de
la construction d’opportunités d’affaires».
J. Danjou (2000) «L’entrepreneuriat est « incarné ». Il est appréhendé comme le
comportement d’un individu ayant des besoins, des
motivations, des traits de personnalité, des aptitudes et des
compétences particulières».
Depuis le début des années 90, l’entrepreneuriat renvoie à une approche fondée sur les
processus utilisés surtout dans le domaine des sciences de gestion, de l’action ou dans les
théories des organisations(How).
W. Gartner (1991)24 L’entrepreneuriat est un phénomène qui consiste à créer et
organiser de nouvelles activités.
W. Bygrave et C. «The entrepreneurial process involves all the functions,
Hofer activities and actions associated with the perceiving of
opportunities and the creation of organizations to pursue them »
B. Cunningham et L’entrepreneuriat est un processus itératif de creation d’idées,
J. Lischeron (1991) d’évaluation personnelle, de remise en cause actuelle et future:
«this process involves creating the idea, assessing one’s
personal habilites, and taking actions now and in the future ».
C. Bruyat (1993) L’entrepreneuriat est une dialogique individu- création de
valeur nouvelle, dans une dynamique de changement créatrice.
S. Venkataraman L’entrepreneuriat est défini comme « the scholarly examination
(1997)25

22
Cité par Messeghem (2006) « L’entrepreneuriat en quête de paradigme : apport de l’école Autrichienne »,
8ème congrès international francophone en Entrepreneuriat et PME, Octobre 2006, HEC, Fribourg, Suisse.
23
Cité par Verstraete (2003) « proposition d’un cadre théorique pour la recherche en entrepreneuriat », Éditions
de l’ADREG.
24
Cité par Fayolle (2002, p.10) « du champ de l’entrepreneuriat à l’étude du processus entrepreneurial : quelques
idées et pistes de recherche », CERAG n°2002-32,
29
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

of how, by whom and with what effects opportunities to create


future goods and services are discovered, evaluated and
exploited ».
S. Shane et S. Le champ de l’entrepreneuriat renferme « the study of sources
Venkataraman (2000) of opportunities; the process of discovery, evaluation, and
exploitation of opportunities; and the set of individuals who
discover, evaluate, and exploit them ».
Th. Verstraete (2003) L’entrepreneuriat concerne le phénomène relevant d’une
relation symbiotique entre l’entrepreneur et l’organisation
impulsée par celui-ci».
L’entrepreneuriat comme intégration des multiples approches fonctionnelles, individuelles
et cognitives est un champ diversifié multidisciplinaire
Source : Amina OMRANE, (2011, P : 92-93)

Paragraphe 3 : Une tendance à une théorie spécifique à l’entrepreneuriat

L’absence d’une définition claire et précise de l’entrepreneuriat incite les chercheurs et


les académiciens, à se pencher sur ce volet en vue d’établir des modèles spécifiques relatifs à
leur vision et à leur conception.
L’entrepreneuriat comme un champ interdisciplinaire trouve son fondement et ses
définitions, à partir des différentes sciences et disciplines scientifiques (économie, politique,
psychologie, sociologie). Cela se voit, d’abord, dans les sciences économiques, notamment les
classiques (J. B. SAY, R. CANTILLON) qui s’intéressent à l’entrepreneuriat et aux rôles
attribués aux entrepreneurs, tel que le rassemblement et la combinaison des facteurs de
production, la gestion de l’incertitude, distributions des revenus. Ensuite, aux sciences de
gestion qui intègre d’autres disciplines à savoir la finance, le marketing et la gestion des
ressources humaines.
En effet, l’entrepreneuriat expose un champ composé de plusieurs approches et
disciplines qui s’interagissent afin d’expliquer ce phénomène. Cependant, nous pouvons
approfondir le concept d’entrepreneuriat à travers les deux modèles ci-dessous :

25
Cité par Fayolle (2002, p.11) « du champ de l’entrepreneuriat à l’étude du processus entrepreneurial : quelques
idées et pistes de recherche », CERAG n°2002-32,
30
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

3.1. Le modèle d’entrepreneuriat d’après A. SHAPERO


A. SHAPERO a développé son modèle du processus entrepreneurial en 1975. Il s’agit
d’un phénomène multidimensionnel qui a pris en compte les caractéristiques psychologique
du créateur et un certain nombre de facteurs contextuels : discontinuité, crédibilité et
faisabilité, que nous allons étudier ci-après26.
La discontinuité :
Elle constitue un point de transition d’un style de vie à un autre grâce à un évènement
rencontré par l’entrepreneur. Ces évènements qui se situent dans des situations positives et
négatives sont considérés comme inducteurs ou déclencheurs de l’acte d’entreprendre.
 Les situations négatives peuvent s’expliquer par la création de son propre emploi, le
licenciement, insatisfaction dans le travail, mauvaise relation avec la hiérarchie ;
 Les situations positives se présentent notamment par la détection d’un nouveau produit
ou d’un nouveau marché non exploité, la rencontre d’un partenaire, la possibilité d’avoir un
financement pour l’entreprise.
La crédibilité de l’acte de création d’entreprises :
A.SHAPERO insiste dans ce cadre sur l’environnement où vit l’entrepreneur, ainsi
leur incitation sur l’entrepreneur à prendre le risque et d’aventurier pour créer sa propre
entreprise. À cet effet, il fait la distinction entre quatre variables déterminantes dans le
démarrage de l’acte d’entreprendre, à savoir :
 La famille : Le rôle de la famille est primordial, par l’aide apporté à un entrepreneur.
Les recherches ont montré que la plupart des entrepreneurs ayant un parent (père, mère)
entrepreneur. Ce rôle peut être expliqué par une aide financière, un soutien moral au moment
de la création et une sensibilisation dès la naissance à l’importance de l’esprit d’entreprise ;
 L’entreprise : Plusieurs entreprises participent au développement de l’esprit
d’entreprise chez leurs employés, soit par l’interapreneuriat ou soit par l’essaimage. Cette
variable a été approuvée dans le territoire d’El-Jadida, par le fait que des entreprises comme
SONASID, des filiales d’OCP organisent des séances d’entrepreneuriat au profit des
employés en vue de créer leur propre affaire ;
 Le milieu professionnel: Le regroupement de certaines professions dans une région
permet de créer un climat favorable pour l’apprentissage des expériences et l’encouragement
à la création d’entreprise. Dans notre travail, c’est le cas du complexe industriel Jorf Lasfar

26
HERNANDEZ E-M., « l’Entrepreneuriat : approche théorique », Édition l’Harmattan, 2001, P : 66-70.
31
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

qui regroupe des entreprises à fort potentiel économique possédant un métier et des savoirs
faire;
 Le milieu social: Il s’agit de l’influence de la culture de l’entrepreneur sur le choix de
son avenir (accession aux professions publiques ou créations d’entreprises).
La faisabilité de l’acte : « pour créer sa propre entreprise, l’entrepreneur doit accéder
à certaines ressources. D’une part, les américains parlent des 6M de l’entreprise : Money,
Men, Machines, Matériels, Market, Management »27. D’autre part, Belley affirme que la
plupart des recherches insistent sur la nécessité de la disponibilité des ressources financières
pour la création d’entreprises, ainsi que, le capital humain, considéré comme un potentiel
d’épanouissement pour l’entreprise, est abondant, mais il souffre du problème de la
qualification.
À cet effet, le modèle d’A. SHAPERO est schématisé comme suit :
Figure 1: Le modèle de l’Entrepreneuriat selon A. SHAPERO (1975)

Disposition à l’action : Crédibilité de l’acte :


*Motivation ; *Milieu familial
*Attitudes ; dogmatisme ; *Groupe de référence
idéologie d’affaires ; maîtrise du *Environnement local
destin *Environnement organisationnel
*Intuitions *Essaimage

Variable Psychologique Variable Sociologique

Évènement entrepreneurial :
Entrepreneur Potentiel :
*Création
Avec son « bagage » *Achat
*Scolarité *Intégration sur invitation,
*Expériences par succession
Avec son « bagage »
Variable de situation Variable Économique
Scolarité
Expériencesdes
Faisabilité-Accessibilité
ressources
Discontinuité ou déplacement : *Main-d’œuvre
* Négatifs : « Pushes » *Ressources financières
* Technologie
* Positifs : « Pulls » * Marchés
* Supports de l’État
Source : Émile Michel HERNANDEZ (2001, P : 67)
*Positifs : « Pulls »

27
Idem., P. 67.
32
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

3.2. Le modèle d’entrepreneuriat d’après VERSTRAETE

Th. VERSTRAETE (2002), dans son ouvrage « un essai sur la singularité de


l’entrepreneuriat comme domaine de recherche », a posé des questions concernant le champ
de recherche de l’entrepreneuriat, notamment la question suivante : « l’entrepreneuriat est-il
un domaine de recherches en sciences de gestion ? » 28
Pour que l’entrepreneuriat soit reconnu comme domaine de recherche, plusieurs
constats s’imposent :
 L’existence d’une communauté de chercheurs se consacre à son étude et à son
environnement.
 L’existence d’objets, notions ou concepts singuliers dans lesquels la précédente
communauté se retrouve.
 La possibilité d’établir un projet de recherche pour ce domaine.

Ainsi, Th. VERSTRAETE (2002) a fait appel à des outils méthodologiques pour
expliquer la modélisation du phénomène entrepreneurial. En premier lieu, par le recours à
l’analyse dialectique selon PAGES. En effet, cette analyse consiste à parler de dialectique dès
lors qu’on étudie un objet aux dimensions indissociables mais irréductibles les unes aux
autres d’une part. D’autre part, d’effectuer des articulations de processus relevant de
domaines différents à travers une approche interdisciplinaire induisant un questionnement
épistémologique profond. Les deux acceptions ne sont pas exclusives et constituent,
conjointement, l’analyse dialectique.29
Ensuite, le recours à une approche constructiviste et du regard du gestionnaire sur
l’entrepreneuriat. Ces chercheurs en science de gestion apportent à l’entrepreneuriat une
réalité socio-économique, qui s’exprime à deux niveaux : le créateur et l’organisation
impulsée.
Donc, ce modèle est composé de trois dimensions : une dimension cognitive,
praxéologique et structurale ; ces trois dimensions comportent elles-mêmes des dimensions
indissociables et irréductibles (voir le graphique ci-dessous).

28
VERSTRAETE Th., « un essai sur la singularité de l’entrepreneuriat comme domaine de recherche », Édition
de l’ADREG, janvier 2002. P. 13.
29
VERSTRAETE Th., « ENTREPRENEURIAT connaître l’entrepreneur, comprendre ses actes » Édition
l’Harmattan, Paris, 1999. P. 28
33
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Figure 2: La modélisation du phénomène entrepreneurial30

Organisation Entrepreneuriale

Dimension cognitive Dimension praxéologique Dimension structurale

Pensée Apprentissage configuration objective (genèse)


Stratégique
Réflexivité positionnement subjective (artefact)
Vision entrepreneuriale Acte entrepreneurial Imbrication entrepreneuriale

Phénomène Entrepreneurial
Source : Thierry VERSTRAETE (2001, P. 9).

En effet, ces trois dimensions ont pour objectifs de soutenir l’entrepreneur dans sa
vision et sa position de création d’organisation au sein d’un environnement turbulent et
incertain. Aussi, de faire intégrer les parties prenantes dans son projet d’impulsion
d’organisation. C’est pourquoi l’entrepreneuriat relevant d’une relation symbiotique entre
l’entrepreneur et l’organisation impulsée par lui-même31. Les trois dimensions de la
modélisation du phénomène entrepreneurial sont présentées comme suit :
La dimension cognitive : Elle correspond en général à la personne entrepreneur ses
intentions et ces attitudes. Cette dimension regroupe trois concepts fondamentaux et
indissociables à savoir la vision stratégique, l’apprentissage et la réflexivité. Ces sous-
dimensions ont pour effet de rendre l’organisation plus congruente, et d’adopter une position
stratégique32.
La réflexivité : elle renvoie à la capacité de l’individu à comprendre ce qu’il fait,
pendant qu’il fait. Précisément l’acteur prend conscience à la fois de ce qu’il fait et de la
perception qu’il a de ses intentions (actions) et de ses motivations d’action, cela en référence
aux ressources qu’il mobilise au sein de la structure sociale dans laquelle évolue. À cet effet,
le créateur de l’organisation apprend dans l’action d’organisation et dans la structuration qu’il
entreprend.

30
Idem., P 32
31
VERSTRAETE Th., « Entrepreneuriat : modélisation du phénomène », Revue de l’entrepreneuriat Vol 1, n° 1,
2001. P. 8.
32
VERSTRAETE Th., « Proposition d’un cadre théorique pour la recherche en entrepreneuriat : PhE=F[
(CxSxP)c (ExO)] », Édition l’ADREG décembre 2003. P. 21- 41.
34
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

L’apprentissage : Il résulte de l’expérience passée et en cours, des connaissances, des


prédispositions, des situations et subit l’influence des passions, des émotions et des
motivations. Dans les sciences de gestion, la notion de l’apprentissage est développée par
CHRIS ARGYRIS qui avance que l’apprentissage dans l’organisation se réalise en deux
formes. La première est celle de la simple boucle, considérée comme un processus de
correction et de détection des erreurs en vue de modifier les pratiques et corriger les
problèmes constatés. Ensuite, c’est un apprentissage sous une double boucle qui cherche à
remettre en cause les logiques et les hypothèses sous-jacentes à l’action.
Selon HOC, l’entrepreneur réussi. C’est celui qui a su articuler les plans déclaratifs
correspondant à un objectif lointain et les plans procéduraux relatifs à la tâche effectués. Cette
articulation permet à l’entrepreneur de mieux apprendre et de modifier sa vision stratégique
par l’apprentissage.
Lavisionstratégique : C’est la représentation d’une image mentale, d’un état futur
possible et souhaitable d’une organisation. La capacité à penser d’un avenir qui va tenter de se
concrétiser dans un environnement.
La dimension structurale : C’est la deuxième dimension du phénomène
entrepreneurial. Elle fait référence à un espace socio-historique temporellement situé mais
mouvant, ainsi elle agence les individus et les actions dans un espace social. En effet, les
structures sociales jouent un rôle important dans le passage à l’acte d’individu et dans
l’incitation de se comporter d’une façon entrepreneuriale. Cette dimension est composée de
deux structures indissociables et irréductibles, l’une objective et l’autre subjective33.
La structure objective : Elle dépend des points de vue de chaque entrepreneur qu’il a
vécu et appris dans son espace, et son environnement, aussi elle se dégage de la position que
les individus occupent ou cherchent à occuper dans la structure sociale et de la distribution
des espèces de capital.34En effet, toute position occupée par un individu dans un espace social
est une opportunité d’appréhension des conventions de cet espace et d’intériorisation des
représentations sociales relatives aux objets de cet espace35.
La structure subjective : Elle est le produit de la subjectivité individuelle ou collective.
Elle fait référence à deux idées, la première de convention entre acteurs, pour le faire adhérer
à un projet. La deuxième de représentations partagées de certains objets d’un espace social. À

33
Idem., P. 42-75.
34
Le capital économique (liquidité, bien économique), le capital culturel (un capital culturel incorporé, un
capital culturel objectif et un capital culturel institutionnalisé), un capital social (ensemble des ressources
actuelles ou potentielles qui sont liées à la possession d’un réseau durable de relation) et enfin un capital
symbolique (le prestige et à la répartition qui confère dans un champ).
35
VERSTRAETE Th., (1999), Op.Cit. P. 35-36.
35
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

cet effet, L’entrepreneur parviendra à imposer son registre conventionnel, plus sa présentation
à l’espace social qu’il investit. Ainsi, ces deux principes constituent un lien de liaison entre la
dimension subjective (la partie construite) et la dimension objective (la partie donnée), dans le
sens que le fondateur use des espèces de capital dont il dispose, de sa capacité de conviction
pour instaurer un modèle qu’ il utilisera dans le futur pour changer de position au sein de la
structure globale.
La dimension praxéologique : C’est la dernière dimension de la modélisation du
phénomène entrepreneurial. Elle constitue l’espace de la matérialisation et de la concrétisation
du phénomène. Cette concrétisation passe par une organisation renvoyant aux deux
dimensions qui sont :
L’entrepreneur se positionne vis-à-vis de multiples parties prenantes :l’entrepreneur se
positionne dans un environnement incertain, plein des concurrents et des acteurs proches de
son projet, ce qui complexifie sa réaction. En effet, il mène par son action organisée, à initier
une organisation et de considérer comme un processus d’inter-structuration. Cette action
menée vise à réguler et à gouverner les acteurs de l’organisation et les membres de
l’environnement pour les mettre d’accord et d’apporter les réponses aux contraintes
rencontrées par l’entrepreneur. L’entrepreneur est censé de mettre en place une configuration
organisationnelle sur laquelle va s’appuyer.
L’entrepreneur met en place une configuration organisationnelle : l’entrepreneur
arrive à instaurer une structure autonome, composée par des thèmes classiques tels que la
spécialisation et la répartition des tâches, la responsabilité et la coordination pour intégrer
enfin la structure globale socio-économique. En somme, ces deux composantes de la
dimension praxéologique permettent de construire et de mettre en œuvre une organisation
autonome, ouverte et possédant une entité.
Figure 3: L’interaction des dimensions du phénomène entrepreneurial d’après Th.
VERSTRAETE

Cognitive Praxéologique

Structurale
Source : Thierry VERSTRAETE (2003, P. 17)
Ces trois niveaux de dimensions (C, S, P), plus deux facteurs (l’entrepreneur et
l’organisation), cherchent à construire un programme de recherche en entrepreneuriat (Figure

36
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

3). Qui vise à apporter des connaissances, et de montrer le chevauchement et l’interaction,


existant entre les différents composants de ce modèle théorique36.
Figure 4: Le phénomène entrepreneurial selon Th. VERSTRAETE37

PhE= {𝑪 ∗ 𝑺 ∗ 𝑷}∁[𝑬 ∗ 𝑶]
Source: Thierry VERSTRAETE (2003, P. 16)
Pour conclure, ce paragraphe, nous avons exposé quelques limites et problèmes liées
au phénomène de l’entrepreneuriat dans la littérature. D’abord, les auteurs ne sont pas arrivés
à se mettre d’accord sur une définition du terme entrepreneuriat. Ensuite, plusieurs modèles
ont été développés par des différents chercheurs, mais sans déterminer une définition précise.
Cette divergence des points de vue des chercheurs appauvrit l’ampleur et l’importance du
phénomène de l’entrepreneuriat
En effet, la section suivante sera pour but d’éclaircir davantage le phénomène
d’entrepreneuriat, notamment par l’idée de présenter l’entrepreneur considéré comme l’acteur
de l’entrepreneuriat.

Section II : l’entrepreneur un acteur de l’entrepreneuriat


L’étude de l’entrepreneur est riche dans le sens où de nombreux travaux et analyses
ont enrichi ce domaine de recherche, dont un article de M. MARCHESNAY publié dans la
« RIPME », qui explique ce concept et illustre parfaitement cette fertilité. Dans ce sens, il
existe deux façons d’aborder le concept de l’entrepreneur. D’abord, de s’intéresser à la
question « qui est l’entrepreneur». Cette question a longtemps dominé le champ de
l’entrepreneuriat, par lequel vise à décrire un profil-type de l’entrepreneur surtout celui qui
connaît le succès et la réussite de son affaire. Ensuite, de s’intéresser à la question «que fait
l’entrepreneur». La réponse à cette question vise, donc, à compléter la description d’une
fonction entrepreneuriale et de considérer comme un entrepreneur toute personne qui remplit
cette fonction.

Dans cette section, nous allons définir d’abord, les approches traitant le concept de
l’entrepreneur (Paragraphe 1), puis, d’expliciter une typologie d’entrepreneur par des
caractéristiques comportementales et psychologiques (Paragraphe 2), et enfin, l’implication de
l’entrepreneur dans le territoire. (Paragraphe3).

36
VERSTRAETE Th., (2003), Op.Cit. P. 13-16.
37
Idem., P. 17-20.
37
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Paragraphe 1 : Les approches de l’entrepreneur


Nous présentons dans ce paragraphe les approches les plus importantes qui
s’intéressent à la notion de l’entrepreneur dans la théorie économique. D’abord, l’entrepreneur
et l’innovation selon J. SCHUMPETER, puis, l’entrepreneur et la coordination d’après M.
CASSON, et enfin, l’entrepreneur, risque et incertitude selon F. KNIGHT.
1.1. L’entrepreneur innovateur selon Joseph SCHUMPETER
Au début du 20ème siècle, Joseph Schumpeter part d’une l’hypothèse principale, celle
que le changement suite à un déséquilibre dynamique qui constitue la norme d’une économie
saine et non plus l’équilibre économique. Sur la base de ces travaux, deux idées essentielles
vont émerger et se développent avec le temps, d’une part, la notion de l’innovation qui
apporte une valeur ajoutée pour l’économie et, d’autre part, la notion de développement
économique. À cet effet, la perception différente de la réalité accompagnée de l’amélioration
et le développement de la fonction d’entrepreneur dont considérés selon le modèle de Walras,
comme une fonction de production au même titre que l’entreprise, soit une espèce de boîte
noire dont on ignore tout fonctionnement ou bien un simple agent de réaction aux
modifications de l’environnement économique38. L’entrepreneur schumpetérien est conçu
comme un agent endogène au marché qui remet en cause l’équilibre économique par le biais
de ses innovations et de ses objectifs, ainsi que d’aller contre l’ordre économique établi et
dans le changement du jeu.
L’innovation selon J. SCHUMPETER est l’outil qui permet à l’entrepreneur de
réaliser un déséquilibre économique, d’accroître son chiffre d’affaires et de renforcer sa
position dominante sur le marché. À cet effet, l’innovation est définie comme l’exécution de
nouvelles combinaisons productives ou l’apparition d’un nouveau produit qui transforme, en
effet, les structures productives, créées de la nouveauté en perturbant les équilibres de marché
et modifie en profondeur l’économie du pays tout entier39.
J. SCHUMPETER a identifié cinq types d’innovation, à savoir :
1) La fabrication d’un nouveau produit ;
2) Introduction d’une méthode de production nouvelle ;
3) La réalisation d’une nouvelle organisation ;
4) L’ouverture d’un débouché nouveau ;
5) La conquête d’une nouvelle source d’approvisionnement.

38
JANSSEN F., SURLEMONT B., (2009), Op.Cit. P. 53.
39
Idem., P. 53.
38
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

De même, l’entrepreneur schumpétérien est l’acteur central de l’économie capitaliste.


Il est un agent économique qui se préoccupe de réaliser de « nouvelle combinaison de facteurs
de production» qui sont autant d’opportunité d’investissement. Selon J.Schumpeter,
l’entrepreneur ne doit pas être confondu avec le chef de l’entreprise, un simple administrateur
ou avec le capitaliste propriétaire des moyens de production. Dans ce sens des traits
importants peuvent mieux résumer le portrait d’entrepreneurs, notamment40 :

 Malgré son indépendance sur le plan juridique (création de sa propre organisation),


économiquement, est toujours liée au marché par la voie de la concurrence. Il est censé de
suivre l’évolution du marché et de réagir par les différents types d’innovation ;

 La recherche de profit est secondaire. Un entrepreneur est celui qui aime le jeu, par le
fait, que la joie de créer son organisation ou de combiner les facteurs de production l’emporte
sur la recherche de profit entrepreneurial. Le profit apparaît comme l’expression de la valeur
de la contribution de l’entrepreneur à la production ;

 Il est un calculateur doué dont peut prévoir l’évolution du marché. L’entrepreneur


schumpétérien prévoit les coûts des nouvelles combinaisons de production, qui sont des
opportunités d’investissement et choisit l’offre qui lui présente plus d’avantages et d’intérêt ;

 Il possède à la fois le charisme et l’autorité, il est le révolutionnaire de l’économie et le


pionnier involontaire de la révolution sociale et politique.

De plus, Joseph Schumpeter a largement contribué à la théorie d’entrepreneur par


l’idée de proposer une typologie basée sur les fonctions économiques mises en œuvre par
l’entrepreneur et par les positions sociales dans lesquelles il se retrouve. Cette typologie
repère quatre types historiques de l’entrepreneur présenté comme suite41:

40
BOUILLIER S., UZUNIDIS D., « L’entrepreneur », sous la direction de Catherine Léger-Jarniou, « Le grand
livre de l’entrepreneuriat », Édition DUNOD, 2013 P. 32-34.
41
FAYOLLE A., « Entrepreneuriat apprendre à entreprendre », 2éme Édition Dunod, 2012. P. 79.
39
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Tableau 4: L’approche de Schumpeter de l’entrepreneur

Présente un projet capitalistique basé sur le profit. En même


temps, il exerce plusieurs fonctions. L’entreprise est soumise
Le fabricant commerçant
à une logique familiale héréditaire, par laquelle est transmise
de créateur à ses proches.
Il est motivé soit par le but d’acquérir des parts sociales ou
Le capitaine d’industrie des actions des autres actionnaires, ou soit par l’influence
personnelle.
Possède un statut particulier, il s’intéresse ou non aux résultats
Le directeur salarié de l’entreprise. Son comportement est différent de celui du
capitalisme.
Il participe à la vie économique et au monde des affaires, par
Le fondateur lancement d’une affaire personnelle. Mais cette action est
rapidement suspendue par l’entrepreneur.
Source : Adapté sur Alain Fayolle (2012, P : 79).

En définitive, une multitude des chercheurs vont s’inspirer des travaux de Schumpeter
et associer par la suite, le concept d’entrepreneur à l’innovation, notamment, le théoricien
Leibenstein, qui distingue deux types d’entrepreneurs : l’entrepreneur routinier qui est
assimilé au management au sens large et l’entrepreneur « new type » qui crée et développe
une entreprise dont le marché n’est pas encore défini.

1.2. Mark CASSON, l’entrepreneur et coordination

La théorie de l’entrepreneur, d’après, M. CASSON est développée sur la base de la


définition suivante: « un entrepreneur est quelqu’un de spécialisé dans la prise (intuitive) de
décision (réfléchies) relatives à la coordination de ressources rares »42. Cette définition est
détaillée et explicitée comme suite :

Un entrepreneur est quelqu’un …. : L’entrepreneur est un individu pas une équipe


ni un comité, ni une organisation. Seuls les individus sont capables de prendre une décision.
Cela ne néglige pas les comités et les équipes, mais la définition est orientée sur l’individu
entrepreneur.

….Spécialisé… : un spécialiste prend une décision non seulement pour son propre
compte mais aussi pour celui d’autres personnes, c’est pour cela la prise de décision peut être
acquise pour location. Dans une économie de marché, le processus de prise de décision agit à

42
CASSON M., « L’entrepreneur » Édition ECONOMICA, Paris, 1991. P. 22 -23.
40
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

deux niveaux ; soit le service de décision est loué par ceux qui possèdent les ressources, ou
soit les ressources sont louées à leurs propriétaires par les décideurs.

….. En prenant des décisions réfléchies… : une décision réfléchie est expliquée dans
le cadre que les individus prennent des décisions opposées dans un contexte similaire et les
mêmes objectifs fixés. Cela résulte par le fait, qu’ils n’ont pas le même type d’accès à
l’information, ou qu’ils n’ont pas interprété l’information de la même manière.

…..Relatives à la coordination : la coordination est définie comme une réallocation


avantageuse des ressources. C’est un concept dynamique par opposition à l’affectation qui est
statique. En effet, cette notion rend l’entrepreneur un acteur actif de changement.

….des ressources rares : pour objectif de serrer le champ d’étude qui est
généralement considéré comme économique.

Donc, M. CASSON cherche à trouver la valeur de la fonction d’entrepreneur, qui est


une fonction permanente et non pas une activité exercée une seule fois. À cet effet, il a insisté
sur le fait que la demande de l’entrepreneur provient de la nécessité d’une adaptation au
changement et de la demande de la prise de décision active. Ainsi, les découvertes et les mises
à jour des informations et des connaissances existantes sur le marché sont eux qui mènent à
l’apparition et à l’exploitation des nouvelles opportunités. Le moment où l’entrepreneur
procède à la mise à jour d’une information, il réagit indirectement à un changement objectif
dans l’état du monde qui rend son information d’origine obsolète.

De même, l’entrepreneur est appelé à économiser les coûts en ressources de prise de


décision par l’application d’une logique de décision en trois étapes. Cette logique est résumée
comme suite : D’abord, la première étape consiste à la formulation du problème par une
spécification des objectifs, des options et des contraintes pour déduire une règle de décision.
Puis, la deuxième étape consiste à produire des données, selon lesquelles, le décideur apporte
ses propres estimations sur les variables inconnues et exploite des corrélations entre les
variables inconnues et les valeurs connues prises par les autres variables. Enfin, étape finale
correspond à l’exécution de la décision par l’application à la règle de décision à l’ensemble
des données et le début du processus de mise en œuvre. Dans ce contexte, le traitement
consiste à collecter, analyser, communiquer et stocker l’information43.

43
Idem., P. 27-28.
41
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

En outre, la notion de la coordination l’élément de base de la théorie de M. CASSON


joue un rôle fondamental dans la théorie économique. C’est pour cela, il est important de
distinguer entre un problème de coordination et le processus de coordination. Un problème de
coordination comprend l’analyse de la nature des décisions qu’il faut prendre. Alors que
l’étude d’un processus de coordination s’intéresse à ceux qui prennent chaque décision et à la
façon dont les différents décideurs peuvent réagir les uns à l’égard des autres. Ainsi, une autre
distinction a opéré dans les mécanismes de coordination qui sont: le contrat et la conjecture.
Le contrat définit comme une méthode beaucoup plus sûre que la conjoncture qui ne
fonctionne que dans des circonstances bien précises.

En effet, pour mieux comprendre l’entrepreneur coordinateur, nous présentons


quelques avantages : l’entrepreneur tente toujours d’exploiter son pouvoir de négociation en
intervenant comme intermédiaire et de s’approprier des avantages de la coordination. Ainsi, il
reste toujours à l’écart de celui dont il est intermédiaire, et de s’assurer de sa position de
négociation face à ses partenaires. Ces caractéristiques rendent de l’entrepreneur un acteur de
coordination et sans lui la coordination n’est pas possible.

Pour conclure, la vision de M. CASSON pour l’entrepreneur, nous citons quelques


exemples de l’entrepreneur coordinateur et les stratégies adoptées. D’abord, l’entrepreneur
comme producteur perçoit une opportunité de coordination que ne perçoit pas l’agriculture, il
est motivé par des considérations personnelles et non pas sociales. Dans cet exemple,
l’entrepreneur domine l’agriculteur par le fait qu’il maintiendra dans le doute par rapport à ses
dispositions, puis il adopte une stratégie dure de négociation pour lui forcer à faire des
concessions et approprier la totalité du profit. Tous les bénéfices de la coordination reviennent
personnellement à l’entrepreneur. Ensuite, l’exemple de l’entrepreneur comme employeur. En
l’absence de l’intervention d’un entrepreneur, chaque travailleur opte pour l’isolement.
L’entrepreneur possède l’information et sait bien ce que peuvent produire les deux travailleurs
séparés ou en équipe. En utilisant une stratégie de négociation dure, l’entrepreneur peut
acheter la force de travail de chaque employé en contrepartie d’un salaire égal à ce que
chacun produirait en situation d’isolement. Donc, l’entrepreneur possède les facteurs de
production et il est aussi propriétaire de la production, ce qui lui procure des bénéfices et des
profits.

42
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

1.3. L’entrepreneur, le risque et l’incertitude selon Frank KNIGHT

Pour F. Knight, le profit réalisé par l’entrepreneur provient de sa capacité à traiter le


risque et l’incertitude. La différence entre ces deux concepts, c’est que le risque est
probabilisé grâce à des outils statistiques et il permet donc d’évaluer le comportement
probable des agents, par contre l’incertitude n’est pas probabilisable, ce qui pose problème
pour étudier les réactions des agents et ce par l’impossibilité de prévoir à l’avance leurs
actions et leurs stratégies. La fonction principale de l’entrepreneur selon F. Knight est de
découvrir des informations qui peuvent être inconnues et incertaines, en vue d’une meilleure
exploitation. L’entrepreneur doit gérer l’information incertaine qui peut être probabilisable
et/ou ignorée ainsi que les risques qu’elle engendre44.

L’entreprise apparaît comme l’institution spécialisée dans la réduction de l’incertitude,


F. KNIGHT a explicité, en 1921, dans la préface de l’ouvrage Risk, Uncertaintl And profit
« le consommateur est tout seul, pour le producteur il présente une simple multitude dans
laquelle l’individu est perdu… une personne ayant un certain recul peut prévoir le désir
d’une multitude ». Ce qui est incertitude pour l’un est un risque pour l’autre.

Les marchés ont alors pour mission de sélectionner les individus les plus aptes à
prendre les bonnes décisions et les entreprises apparaissent comme l’institution chargée de
consolider et de réduire l’incertitude des affaires.

Par ailleurs, nous noterons que la distinction risque incertitude de F. KNIGHT n’est
plus acceptée aujourd’hui même si elle concerne un fort pouvoir d’attraction sur notre
institution. En particulier l’incertitude ne provient pas du caractère unique de la situation
économique mais, du fait que les opinions divergent sur ce qu’il convient de faire pour
l’améliorer.

Paragraphe 2 : Une typologie de l’entrepreneur

Avec l’évolution de discipline telle que la psychologie, la sociologie et la science de


gestion plusieurs chercheurs ont été intéressés à la notion de l’entrepreneur. Cette notion a été
enrichie par des typologies privilégiant quelques caractéristiques comme la volonté de
croissance et le désir d’indépendance. En effet, les entrepreneurs préfèrent gagner moins mais,
d’être le maitre de son affaire, de choisir lui-même sa logique d’action qui est axée soit sur
logique patrimoniale répandue dans les affaires familiales ou une logique entrepreneuriale qui

44
LAROCHE H., NIOCHE J-P., « Repenser la stratégie : fondements et perspective », Edition Vuibert, 1998. P
282-283.
43
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

favorise les activités à croissance forte. Ainsi, ils possèdent une forte confiance, par laquelle
cherchent à exercer un certain contrôle et développer leur propre projet tant dans l’entreprise
que dans leur vie personnelle. Ces caractéristiques sont déployées par des chercheurs en vue
de procéder à une classification45.

2.1. Une classification des typologies d’entrepreneur

D’abord, nous commençons notre classification par une ancienne étude sur la
typologie, celle de Norman Smith au début des années 60. Cette fameuse classification a
permis de distinguer entre l’entrepreneur artisan et l’entrepreneur opportuniste sur la base de
niveau d’éducation et la formation des entrepreneurs.

Tableau 5: La typologie d’entrepreneur proposé par Norman SMITH

L’entrepreneur artisan L’entrepreneur opportuniste


Est un jeune, possède peu d’éducation, Est plus âgé et plus expérimenté en matière
mais a une forte compétence technique. Il de gestion, il est déjà un cadre ou un
adopte toujours une attitude paternaliste au ingénieur. Il refuse le paternalisme et accorde
sein de son entreprise par son affolement une place importante à la croissance et au
de perdre le contrôle. Enfin, il se localise développement. Enfin, il se localise dans des
dans des activités de faible valeur. activités innovantes et commence par un
capital important.
Source : Adapté sur Pierre André Julien et Michel Marchesnay (1996, P.55)

Cette classification a suscité beaucoup de critiques, à cause de l’apparition des


nouvelles circonstances de création. C’est pour cela, il a amélioré sa typologie dans les années
1990, en introduisant, le type d’organisation entrepreneuriale peu formalisé et l’organisation
professionnelle très formalisée.

Ensuite, une autre typologie est effectuée par deux auteurs américains, Miles et Snow,
en 1975, selon laquelle ils vont réorganiser les travaux de Smith pour montrer la relation entre
l’entrepreneuriat et l’innovation, ainsi que de proposer une typologie d’entrepreneur issus de
cette relation. Ces recherches peuvent se résumer dans le tableau ci-dessous 46 :

45
JULIEN P-A., MARCHESNAY M., (1996), Op.cit. P. 55
46
MARCHESNAY M., MESSEGHEM K., « cas de stratégie de petites et moyennes entreprises », Édition EMS
2001. P. 20
44
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Tableau 6: La typologie d’entrepreneur proposé par Miles et Snow

Organisation professionnelle Organisation entrepreneuriale

Artisan, Réactif non adaptatif, Manager, Réactif adaptatif,


Innovativité faible
Défenseur, Technicien. Adaptateur, Professionnel.

Innovateur, créatif proactif, Opportuniste, Proactif adaptatif,


Innovativité forte
Pionnier. prospecteur.
Source : Marchesnay M. &Messeghem K. (2001, P. 20).

En effet, cette classification est réalisée selon les conditions de l’innovation, allant du
prospecteur au réacteur47 :

Le prospecteur : est considéré comme l’innovateur pur, il est toujours à la recherche


en permanence de l’innovation (produit ou procédé). Ainsi, il n’est plus intéressé par le volet
d’organisation et de mise en marché. Donc, l’essentiel pour ce type d’entrepreneur est de
chercher une innovation pour la conjuguer à une création d’entreprise, souvent dans les
activités de haute technologie, puis la revendre.

L’innovateur : son attitude vis-à-vis de l’innovation est délibéré, il recherche


systématiquement des innovations qu’il exploite à fond lui-même. En conséquence, cette
personne possède une activité de veille technologique et concurrentielle très forte et possède
un budget de recherche-développement qui peut être élevé.

Le suiveur : va imiter d’une façon ultérieure, les innovations qui apparaissent sur le
marché. Cette démarche constitue pour lui une source de compétitivité. En effet, les
entrepreneurs adaptateurs mettent l’accent sur l’amélioration de l’innovation (produits,
procédés) déjà existant sur les marchés et les problèmes de gestion relatifs, en vue d’abaisser
les coûts, contrairement aux innovateurs qui subissent les coûts les plus élevés.

Le réacteur : adopte une stratégie émergente et réactive, il dispose d’une attitude


opportuniste passive qui peut être payante dans certains cas, notamment, lorsque la
fidélisation des clients sur des produits innovants est moins importante que la fidélité à
l’entreprise ou à son patron. Prenant l’exemple des sous-traitants, qui attendent toujours les
orientations de leurs donneurs d’ordre concernant les modifications de procédé ou de produit.

Chaque attitude d’entrepreneur est relative à des conditions spécifiques du marché,


c’est pour cela, il ne faut pas idéaliser une attitude par rapport à une autre.
47
JULIEN P-A., MARCHESNAY M.(1996), Op. Cit. P.57.
45
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Ainsi, une autre classification paraît importante, proposée par Jacqueline LAUFER,
suite à la réalisation d’une étude sur soixante cas de création d’entreprises, entre 1950 et
1970, en vue de déterminer les motivations dominantes à la création d’entreprises et aux
principaux buts de l’entrepreneur. En effet, J. LAUFER a pu constater que la motivation de
création d’entreprises est relative à plusieurs stimuli, par exemple, les plans du désir de
réalisation, de croissance, de pouvoir ou d’autonomie. De même, la cellule familiale joue un
rôle important dans le cas où quelqu’un de la famille (père, mère) est entrepreneur, il peut
encourager et influencer positivement l’intéressé à réaliser son affaire et créer son entreprise.
Ainsi, un autre stimulus important celui de la culture entrepreneuriale demeurant davantage
dans les familles comprenant les entrepreneurs48. Au final, J. LAUFER a distingué quatre
types d’entrepreneurs avec une distinction entre dépendances et d’autonomie. Ces types
d’entrepreneurs sont exposés comme suit49:

L’entrepreneur manager ou innovateur : ce type d’entrepreneur est motivé par les


besoins de création, de réalisation et de pouvoir. Ses buts principaux s’articulent autour de la
croissance et de l’innovation. Ce type d’entrepreneur est issu d’une grande école de
commerce, et ayant une carrière intéressante dans les grandes boîtes. À cet effet, ces deux
facteurs le favorisent à bien jouer le rôle d’un entrepreneur manager à la recherche de
croissance.

L’entrepreneur propriétaire orienté vers la croissance : possèdent les mêmes


motivations de création d’entreprises que l’entrepreneur manager ou innovateur, avec un
besoin de pouvoir beaucoup plus marqué. En effet, son objectif principal réside dans sa
préoccupation permanente de trouver une liaison entre la croissance et l’autonomie financière.

L’entrepreneur refusant la croissance mais recherchant l’efficacité : sa motivation


de création est centrée plus sur les besoins de pouvoir et de l’autorité. Ce type d’entrepreneur,
refuse la croissance et choisit l’objectif de l’indépendance. Ce sont, les plus souvent, des
entrepreneurs avec une orientation technique.

L’entrepreneur artisan : c’est l’entrepreneur le plus archaïque, sa motivation est


purement orientée vers le besoin de l’indépendance et son objectif essentiel est la survie de
l’entreprise.

48
VERSTRAETE Th., (1999), Op.Cit. P. 78.
49
FAYOLLE A., (2012), Op.Cit. P. 78.
46
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Finalement, la quatrième et la plus importante typologie proposée est celle de Julien et


Marchesnay (1988), fondée sur une logique d’action. En effet, le principe de base de cette
classification, c’est qu’il existe trois grandes aspirations socio-économiques chez
l’entrepreneur, notamment50 :

La pérennité : concerne la durée de vie de l’entreprise. L’entrepreneur cherche à


étaler la durée de vie de l’entreprise, afin de la transmettre à un repreneur ou à un membre de
la famille. Cette pérennisation de l’entreprise est expliquée par un nombre important des
entreprises familiales qui survivent sur plusieurs générations. Tout en passant de son initiateur
à ses héritiers.

L’indépendance ou l’autonomie : chaque entrepreneur possède un sentiment ou un


ego très fort et qu’il souhaite être indépendant en matière de propriété du capital. Alors que,
l’autonomie correspond à la prise de décision dans l’entreprise. Comme nous savons bien que
parmi les motivations à la création d’entreprises sont le refus de la hiérarchie et le souhait
d’être le propre maître de son entreprise. Cependant, le moment où l’entrepreneur accepte des
capitaux étrangers, le principe d’autonomie va se diminuer.

La croissance : on peut l’assimiler à la volonté de puissance et au désir de pouvoir. À


cet effet, l’entrepreneur réalise des projets tout en plaçant dans des secteurs concurrentiels
afin de dégager une rentabilité et réaliser une croissance à long terme.

À partir de ces grandes aspirations, deux logiques d’action ont été émergées,
expliquant deux grands types d’entrepreneurs, à savoir 51 :

 Une logique d’action patrimoniale, le PIC :

Dans ce cas, l’entrepreneur privilégie en premier lieu la pérennité de son entreprise, motivée
par l’idée d’accumulation du capital et son orientation vers l’investissement matériel. Ensuite,
il souhaite préserver l’indépendance patrimoniale vis-à-vis des capitaux étrangers et refuse
toute participation dans le capital de l’entreprise (associé, emprunts extérieurs). Enfin, la
croissance pour lui est une affaire secondaire, elle n’est choisie que si le secteur l’imposerait
et qu’il ne mette pas en cause la pérennité et l’indépendance patrimoniale. De plus, les
comportements de l’entrepreneur PIC sont analogues à ceux de l’entrepreneur artisan, ainsi,
ce type de comportement est répandu souvent dans les affaires familiales où l’entrepreneur

50
Pierre A-J et Michel Marchesnay (1996), op.cit. P. 58.
51
Idem., P. 58-59
47
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

défend l’intérêt de sa famille à accumuler du capital au détriment de la rentabilité et de la


croissance de son entreprise.

 Une logique d’action entrepreneuriale, le CAP :

Contrairement au PIC et à la logique d’accumulation de capital. L’entrepreneur privilégie les


activités à forte croissance et à risque élevé. Il accepte les capitaux étrangers et les
conventions avec d’autres entreprises dans différents secteurs d’activité. De même, il
s’intéresse seulement à l’autonomie de décision et ne s’inquiète plus à l’idée de
l’indépendance de son capital vis-à-vis de l’extérieur, chose qui lui permet de procéder à une
décentralisation des pouvoirs et à une sous-traitance des taches lourdes à l’entreprise. Enfin,
au contraire de PIC, la pérennité de son affaire l’intéresse moins à la limite, il est capable de
vendre son entreprise et de chercher une opportunité sur un marché pour créer une autre
entreprise dans un autre secteur d’activité.

En résumé, cette double logique d’actions, les entrepreneurs de types CAP ont un goût
de défi, une envie de relever les challenges et une réalisation personnelle qui les poussent
toujours à adopter une logique de croissance et de développement. Par contre, les
entrepreneurs de type PIC sont souvent à la recherche de la pérennisation et l’indépendance
de son affaire.

Dans le même sens, M. MARCHESNAY (1997) a suggéré une classification


d’entrepreneur par lequel a proposé une classification issue d’un croisement entre deux
légitimités ; une légitimité « territoriale» au sens wébérien du terme et une légitimé
« concurrentielle» au sens de Hamel et Pralahd. À cet effet, le croisement de ces deux
légitimités selon M. MARCHESNAY permet de générer une typologie composée de quatre
types d’entrepreneur, à savoir, l’isolé, le notable, le nomade et l’entrepreneur 52.

D’abord, nous procédons à définir, ces deux légitimités et de préciser ensuite, la


typologie des entrepreneurs résultant de ce croisement.

La légitimité concurrentielle53 selon M. MARCHESNAY correspond à la recherche


de la compétitivité financière et il repose sur trois niveaux de performance :

52
HERNANDEZ E-M., (2001), op.cit. P. 102.
53
MARCHESNAY M., MESSEGHEM K., (2001), op.cit. P. 23.
48
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Tableau 7: Les niveaux de performance de la légitimité concurrentielle

L’efficacité L’efficience L’effectivité


Le rapport entre les objectifs et Atteindre l’objectif de Mesure le degré de
les résultats de l’entrepreneur. l’entrepreneur, avec le satisfaction de l’entrepreneur,
L’objectif fixé par minimum des ressources. par rapport à leur engagement
l’entrepreneur sera la vision Ainsi, une utilisation dans l’organisation.
stratégique et opérationnelle de raisonnable des
son organisation. ressources et des
compétences.
Source : Adapté par nous-même sur les travaux de M. MARCHESNAY et K. MESSEGHEM (2001).

Tandis que la légitimité territoriale, d’après M. MARCHESNAY est l’intégration et


l’appartenance d’un entrepreneur à un environnement local d’appartenance. Cette intégration
prend deux formes :

 L’ancrage territorial : la durée d’implantation de l’entreprise dans son


territoire. Cette implantation peut se faire sur le choix stratégique d’entreprises ou sur un
système social d’appartenance entre l’entrepreneur et son territoire ;

 L’imprégnation territoriale : qui correspond à la rencontre productive entre


l’entreprise et les acteurs du territoire en vue de résoudre un problème productif.

Tableau 8: La typologie d’entrepreneurs proposée par M. MARCHESNAY

Légitimité concurrentielle
Faible Forte
Légitimité Forte Le notable (un état L’entreprenant (innovativité
territoriale d’esprit de légitimité) et prise de risque)
Faible L’isolé (état d’esprit de Le nomade (état d’esprit de
survie) professionnalisme)
Source : M. MARCHESNAY et K. MESSEGHEM (2001, P. 24).

En effet, le croisement entre ces deux formes de légitimité d’après, M. Marchesnay


décrit quatre types d’entrepreneurs, présentés de plus dans les PME et les TPE54 :

L’isolé : il cherche en premier lieu la survie de son entreprise. Il est moins compétitif
ainsi, il est faiblement attaché au territoire.

Le notable : il a une légitimité territoriale forte par contre, sa compétitivité sur le


marché est faible, c’est un PIC qui recherche des rentes de situation.

54
Idem., P. 24
49
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Le nomade : il est faiblement intégré, de plus son niveau de compétitivité est fort,
c’est un CAP par lequel, il peut se localiser dans des territoires qui présentent des
opportunités d’affaires.

L’entreprenant : sa compétitivité est forte ainsi que sa légitimité territoriale, c’est un


innovateur en principe.

Afin de mieux comprendre cette typologie, Émile Michel HERNANDEZ (2001)


présente une description détaillée pour chaque type d’entrepreneur dans son ouvrage. Cette
description est comme suit55 :

Tableau 9: Les profils de l’entrepreneur selon Émile Michel HERNANDEZ

L’isolé Il est peu intégré à la vie économique et sociale de son


environnement local. Sa compétitivité est faible et il obéit à une
logique de survie que de développement ;
Le notable Bénéficie d’une meilleure insertion dans son environnement local,
ainsi qu’il souhaite pérenniser son affaire et préserver son
indépendance financière. Sa conduite de l’affaire est de type
paternaliste ou familial avec une préférence à des situations de rente
que développement ;
Le nomade N’est plus motivé par une volonté d’intégration locale de même, sa
localisation étant purement circonstancielle. Il est guidé par une
logique managériale d’efficience et d’efficacité.
C’est un cadre dirigeant, un manager plus qu’un patron au sens
traditionnel du terme, il est souvent à la recherche des compétences
que sur l’établissement d’une clientèle ;
L’entreprenant Il bénéficie à la fois d’une légitimité territoriale et d’une légitimité
concurrentielle. Il a un style de direction coopératif, adhocratie et
toujours à la recherche des collaborateurs compétents et qui
préfèrent être rémunérés sur les objectifs réalisés. À cet effet, le
profil entreprenant cherche à satisfaire un besoin de réalisation et
d’accomplissement personnel.
Source : Adapté par nous-même sur les travaux de Émile Michel HERNANDEZ ( 2001, P. 102)

Pour conclure, ce paragraphe a été pour objectif de s’interroger sur la typologie de


profil de l’entrepreneur. C’est pour cela, que nous sommes retrouvés face à une multitude des
classifications de l’entrepreneur et dont nous avons cité quelqu’une. Cependant, ces
classifications partagent quelques caractéristiques à savoir, le mode de gestion paternaliste, la

55
HERNANDEZ E-M., (2001). P. 102.
50
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

survie au lieu le développement, l’indépendance vis-à-vis de l’environnement externe et le


sujet de l’innovation qui est absent chez uns et présent avec une acuité chez d’autres.

2.2. L’entrepreneur et le territoire

Après une revue de littérature sur le concept de l’entrepreneur, nous cherchons via ce
paragraphe à identifier le lien entre l’entrepreneur et le territoire en prenant l’exemple de
l’entrepreneur marshallien qui cherche à dynamiser sa localité. Donc, l’objectif principal de
ce paragraphe est de décrire l’entrepreneur marshallien, son rôle et son intervention dans la
dynamique des districts industriels.

En effet, A. Marshall, le premier a employé la notion de district à la fin du XIX éme


siècle pour désigner une forme différente d'organisation industrielle sur un espace, où la
principale caractéristique réside dans la proximité d'un grand nombre de petites entreprises
participant à la production d'un même produit. Celui-ci se présente comme un mélange de
concurrence et de coopération au sein d'un système de petites et moyennes entreprises très
spécialisées56. Ainsi, Marshall, a évoqué les avantages endogènes tirés de cette forme de
configuration industrielle, celle de la division des tâches, qui a été dans le passé un facteur de
succès seulement pour les grandes entreprises. De plus, des avantages exogènes importants
d’ordre géographique et politique qui sont considérés comme un atout pour les entreprises
souhaitant installer dans les districts industriels, à savoir :
 La présence de ressources et de compétences humaines spécifiques sur le marché local
du travail et surtout l’existence d’un catalyseur social ;
 Des interdépendances techniques, entre les organisations productives et les entreprises
liées entre elles par des combinaisons industrielles verticales et horizontales ;
 Des structures d’interfaces permettant de nouer une relation permanente entre le
monde de production et l’espace géographique et social qui l’abrite.
L’ensemble de ces facteurs procure des avantages aux entreprises sous forme
d’économie d’agglomération répartie en externalités pécuniaires et technologiques.
Ensuite, Marshall a distingué entre l’entrepreneur des milieux d’affaires qui est
entrepreneur classique suspecté par l’inconduite sociale et de la malhonnêteté et
l’entrepreneur producteur, organisateur et coordinateur du travail doté d’un « esprit
d’entreprise » constructif. De même, il a dressé un portrait sur l’entrepreneur qui est un

56
RASOLONOROMALAZA, « le rôle de l’entrepreneur dans les pays en développement : les cas des zones
franches textiles malgaches», 245 p. Thése pour l’obtention du grade de docteur en aménagement de l’Espace et
Urbanisme, soutenus le 28 octobre en 2011 à l’université de la réunion. P. 42.
51
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

coordinateur des activités dans son entreprise, qui évalue les probabilités de succès de ses
décisions, qui mobilisent son personnel et qui suivent de près les inventions pour en
distinguer le plus bénéfique pour son entreprise. Cependant, contrairement aux approches
précédentes, l’action de l’entrepreneur ne peut s’expliquer que par son appartenance sociale à
un groupe plus ou moins large57.
En conclusion, nous avons mené une réflexion sur l’acteur de l’entrepreneuriat celui
de l’entrepreneur, tout en s’intéressant à une théorie de l’entrepreneur, développé par des
théoriciens comme J. Schumpeter, à une approche typologique de l’entrepreneur qui expose
une panoplie des typologies et, ensuite, de montrer le lien entre l’entrepreneur et le territoire
d’après Alfred Marshall. À cet égard, l’entrepreneur est considéré comme un acteur central de
l’entrepreneuriat. De même, l’entrepreneur comme acteur ne peut être isolé d’autres éléments
indispensables, notamment l’organisation dans laquelle il évolue. C’est pour cela, la troisième
section vise, d’une part, à lever l’ambiguïté entre l’entrepreneur et le processus de création
d’entreprises, et, d’autre part, de savoir comment les organisations peuvent être créées et se
développer avec la prise en compte de l’environnement et du facteur temps.

Section III : Cadre conceptuel de l’entrepreneuriat

Après avoir présenté le cadre historique et théorique montrant l’évolution de


l’entrepreneuriat et expliciter la théorie relative à l’acteur de l’entrepreneuriat, la section III a
pour objectif, d’abord, d’éclaircir le domaine de recherche en entrepreneuriat qui est
préparadigmatique. En effet, le recours au concept du paradigme développé dans
l’épistémologie de Kuhn signifiant l’adhésion d’une communauté de recherche à un instant
donné a pour but d’assoir des bases épistémologiques et théoriques solides au concept de
l’entrepreneuriat. À cet effet, quatre paradigmes ont été identifiés facilitant la recherche en
entrepreneuriat, à savoir le paradigme de l’opportunité, la création de l’organisation, la
création de la valeur et l’innovation. Ensuite, la deuxième partie de ladite section est
consacrée à la présentation du processus entrepreneurial sous ces différentes acceptions ; un
processus entrepreneurial classique vs des nouvelles approches du processus entrepreneurial.

Dans cette section, nous allons présenter, d’une part, les paradigmes de
l’entrepreneuriat les plus dominants ainsi que ses interactions (Paragraphe1), et enfin, de
mettre en lumière le processus entrepreneurial selon la vision classique et la vision
développée par les auteurs, citant à titre d’exemple C. BRUYAT (Paragraphe 2),

57
Idem., P. 40.
52
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Paragraphe 1 : Les paradigmes de l’entrepreneuriat

Dans ce paragraphe, nous présentons les quatre nouveaux paradigmes dans la


littérature d’entrepreneuriat selon Th. VERSTRAETE et A. FAYOLLE (2005). Ces
paradigmes ont remis en cause l’ancien paradigme de la vision libérale de l’entrepreneuriat
issu des travaux de recherche des économistes classiques (J. B. SAY, J. SHUMPETER), dont
l’idée principale est que l’être humain possède des droits naturels comme la liberté et la
propriété. C’est pour cette raison que l’individu est libre d’entreprendre et de réaliser des
profits.
Avant d’expliciter ces nouveaux paradigmes en entrepreneuriat, nous nous
s’interrogeons tout d’abord sur la définition et le rôle du paradigme en sein des sciences de
gestion.
En effet, Raouf JAZIRI (2009) a exposé le concept de l’entrepreneuriat par les travaux
de Thomas Kuhn. Donc, le terme paradigme existe depuis 1561, emprunté au latin «
paradigma ». Il signifie tout simplement une manière de voir les choses. Dans son ouvrage
publié, en 1962, intitulé « la structure des révolutions scientifiques » T. Kuhn définit un
paradigme scientifique comme « l'ensemble de convictions partagées par le groupe
scientifique considéré à un moment donné de l'histoire ; convictions que le groupe défend
contre toute menace et toute atteinte par le rejet de tout élément théorique hétérogène». Avec
le temps cette conviction partagée par un groupe fournit « une théorie, une loi, une application
et un dispositif expérimental, bref un modèle qui donne naissance à des traditions particulières
et cohérentes de recherche scientifique»58. Ainsi, un paradigme dans le domaine de recherche
tient en compte plusieurs points importants, à savoir:
 Un ensemble d'observations et de faits avérés ;
 Un ensemble de questions en relation avec le sujet qui se posent et doivent être
résolues ;
 Des indications méthodologiques (comment ces questions doivent être posées). Une
construction théorique permettant d’apprécier les évolutions scientifiques ;
 Comment les résultats de la recherche scientifique doivent être interprétés. Ils donnent
du sens et de la cohérence.
D’après Kuhn, un paradigme présente deux caractéristiques indispensables: D’une
part, il est constitué de découvertes suffisamment notables pour escamoter un groupe cohérent
d'adeptes à d'autres formes d'activités scientifiques concurrentes. D'autre part, il ouvre des

58
JAZIRI R., (2009), Op.cit.
53
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

perspectives suffisamment vastes pour fournir au nouveau groupe de chercheurs toutes sortes
de problèmes à résoudre. Donc, l’adhésion à un paradigme suppose d’en intégrer les
fondements, d’en accepter les principes, la position épistémologique et les axes présupposés
du travail.
Dans le contexte de l’entrepreneuriat, les paradigmes sont considérés comme
l'ensemble des règles admises à savoir des «normes», par la communauté des chercheurs en
entrepreneuriat, à un moment donné pour délimiter et problématiser les « faits » qu'elle juge
dignes d'étude.
La multiplicité des chercheurs qui s’intéressent au domaine de l’entrepreneur et
l’absence d’un cadre unificateur fixe la recherche dans une véritable accumulation de la
connaissance, rend l’entrepreneuriat multi paradigmatique et complémentaire. Th.
VERSTRAETE et A. FAYOLLE ont présenté les quatre paradigmes dominant
l’entrepreneuriat, à savoir :
 L’entrepreneuriat et la détection d’une opportunité (SHANE et Th.
VENKARTAMAN) ;
 L’entrepreneuriat et la création d’une organisation (GRATNER, Th. VERSTRAETE) ;
 L’entrepreneuriat et la création de valeur ( Ronstadt dans le monde anglo-saxonne et C.
BRUYAT dans le monde francophone) ;
 L’entrepreneuriat et l’innovation (J. SHUMPETER).
Ces quatre paradigmes seront étudiés et développés dans les points, ci-dessous:
1.1. Le paradigme de l’opportunité d’affaire
Avant d’aborder ce paradigme, nous précisons tout d’abord la notion d’opportunité.
En effet, d’après le dictionnaire Larousse une opportunité est une qualité de ce qui est
opportun, occasion favorable (ex : temps, lieu ou circonstance). Une opportunité est
simplement une idée, qui sera exploitée par un entrepreneur (quand et comment) pour une
création d’entreprise réussie. D’où viennent les opportunités d’affaires ?59 La réponse est
multiple mais contrastée. En premier lieu, elle est liée à l’expérience de l’entrepreneur à son
vécu professionnel ; un salarié dans une entreprise a accumulé un savoir-faire et une
expérience, qui lui permet de créer son entreprise (un ouvrier boulanger, un ouvrier boucher).
En deuxième lieu, elle correspond à des circonstances diverses : rencontre avec un futur
associé, exploitation d’une licence ou d’un brevet d’exploitation, d’une franchise. Enfin, elle

59
HERNANDEZ E-M., (2001), Op.cit. P. 71.
54
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

est secondaire en matière d’affaire et correspond à la recherche systématique d’une


opportunité avec des techniques comme le brainstorming et la synectique.
Shane et Th. VENKATARAMAN sont les fondateurs de ce paradigme. Ils ont enrichi
ce domaine de recherche par un article publié dans la revue « Academy of Management
Review » qui lie entre l’entrepreneuriat et l’opportunité, « the scholarly examination of how,
by whom and with what effects opportunities to create future goods and services are
discoverd, evaluated and exploited » Venkataraman. « Consequently the field involves the
study of sources of opportunities; the process of discovery, evaluation, and exploitation of
opportunities; and the field involves the study of sources of opportunities; and the set of
individuals who discover, evaluate, and exploit them »60.En effet, l’entrepreneuriat d’après
ces auteurs est d’une part le fait d’intégrer le processus de découverte, d’évaluation et
d’exploitation d’une opportunité et, d’autre part, le rôle de l’individu entrepreneur qui joue le
rôle de découvreur, d’évaluateur et d’exploiteur. De même, ils précisent que l’entrepreneuriat
n’est pas toujours relatif à la création d’une nouvelle organisation.
D’autres travaux ont marqué ce paradigme, notamment les travaux de l’économiste
autrichien KIZNER qui définit l’opportunité comme une anomalie suite à un déséquilibre ou
une imperfection du marché, citant par exemple une absence de prix permettant à un vendeur
et à un acheteur à se rencontrer. À cet effet, l’opportunité est considérée comme une source de
profits rendue possible par l’existence d’une demande solvable et les ressources requises
disponibles61. Ce comportement entrepreneurial est réalisé par un entrepreneur qui possède la
capacité à absorber et à transformer les informations détectés dans son environnement à sa
faveur.
M. CASSON à son tour assimile les opportunités à des occasions, où de nouveaux
biens, services, matières premières et méthodes d’organisation peuvent être présentés et
vendus à un prix élevé par rapport à son coût de production. Cette opportunité est exploitée
par l’entrepreneur qui prend la décision de se spécialiser dans des secteurs porteurs, en vue de
réaliser des bénéfices. L’opportunité peut se produire au sein d’une entreprise existante.
En somme, l’opportunité est présentée selon deux logiques opposées. D’abord, elle est
une réalité objective et identifiable en tant que telle, il suffirait d’avoir les outils et les
capacités à les détecter et les transformer en réalité économique exploitable selon la vision
Shane et Th. VENKATARMANE. Enfin, elle est une construction sociale naissante des

60
FAYOLLE A., (2012), Op.Cit. P. 46.
61
VERSTRAETE Th., FAYOLLE A., Paradigmes et Entrepreneuriat Revue d’entrepreneuriat, revue de
l’entrepreneuriat, Éditions de Boeck supérieur, vol 4, n°1, 2005. P. 35-36.
55
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

interactions entre les porteurs des projets à entreprendre et leurs environnements, nous
comprend par celle-ci une opportunité créée et dimensionnée par l’entrepreneur (TIMMONS).
1.2. Le paradigme d’émergence organisationnelle
Ce paradigme considère l’entrepreneuriat comme un processus d’organisation menant
à la création d’une nouvelle organisation. Plusieurs chercheurs se sont associés à ce
paradigme, dont les travaux de Gartner et Weick. En effet, Gartner a expliqué sa vision par le
recours au processus de la création d’organisation qui détermine et crée l’organisation comme
entité et qui n’est pas synonyme de la création d’entreprise.
« I think that those who are familiar with some of my previous writings on
entrepreneurship are aware that the domain of entrepreneurship that interests me is focused
on the phenomenon of organization creation ».62
Alors, le terme d’organisation, renvoie à la jonction entre l’action d’organiser et de la
forme organisée. Cette jonction produit une structure impulsée par l’entrepreneur, qui est
l’entité économique (ex : une firme). C’est pour cela, notre analyse sur la création
d’organisation trouve son fondement notamment sur les approches dialogiques développées
par d’Edgar MORIN (1977) concernant l’ordre et le désordre. À cet effet, chaque
environnement est caractérisé par une variété des états et des systèmes, qui engendre une
complexité. Cette complexité résulte principalement de l’interaction entre les éléments du
système d’une part et de l’environnement d’autre part, d’où vient le concept de désordre. Tout
désordre de la situation avant l’organisation n’apparaît complexe que par rapport à un ordre
(organisation), dont on a des raisons de croire qu’il existe, et qu’on cherche à déchiffrer63.
Autrement dit la complexité est un ordre dont on ne connaît pas le code. L’organisation à cet
effet comme un processus d’instauration d’un ordre par l’interaction structurante d’où naît
l’ordre et le désordre. Ainsi, elle est considérée comme une dialogique entre l’ordre et le
désordre.
Figure 5: La relation entre l’ordre et le désordre d’après Edgar MORIN64

Désordre interaction

Organisation

Ordre
Source : Edgar MORIN (1977), la relation entre l’ordre et le désordre.

62
FAYOLLE A., (2012), Op.Cit. P. 47.
63
VERSTRAETE Th., (1999), Op.Cit. P. 172 -175
64
MORIN E., « La Méthode, 1. La nature de la nature » Édition du Seuil, 1977. P. 49
56
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

En résumé, Gartner s’est intéressé à la question de l’émergence organisationnelle,


« comment parvient-elle à exister » et ce, par une approche ontologique qui vise à expliquer
que l’organisation existe et il suffirait seulement à la découvrir et à la faire apparaitre. Cette
découverte s’applique par une interaction du stimulus tel que l’expérience, les images et les
idées, pour créer une affaire. Ainsi, le rôle de créateur à organiser le monde qui l’entoure. Ce
paradigme est fortement corrélé à celui de l’opportunité d’affaire. Une organisation créée,
c’est pour exploiter une opportunité d’affaire, qui existe sur un marché.

1.3. Le paradigme de la création de la valeur

La notion de valeur a fait l’objet de beaucoup des travaux économiques, tel que l’école
classique et ses précurseurs (A. Smith, D. Ricardo et J. B. Say), ainsi que la théorie marxiste
qui s’intéresse énormément à ce concept par la notion de la plus-value. À cet effet,
l’entrepreneuriat n’a commencé à s’intéresser à la notion de la valeur qu’à travers les travaux
de l’économiste anglais Gartner et l’économiste français C. Bruyat.
La vision de C. BRUYAT sur l’entrepreneuriat réside dans le faite de considérer d’une
façon dialogique la relation entre l’individu (ou une petite équipe) et la valeur que ce dernier
contribue à créer à travers une idée, une opportunité ou une innovation. Cette dialogique
s’inscrit dans une double dynamique de changement ventilée comme suit65 :
L’individu est une condition nécessaire pour la création de valeur, il en détermine les
modalités de production, l’ampleur... . Il en est l’acteur principal :

Individu Création de valeur


La création de valeur, par l’intermédiaire de son support, investit l’individu qui se
définit, pour une large part, par rapport à lui. Elle occupe une place prépondérante dans sa vie
(son activité, ses buts, ses moyens, son statut social). Elle est susceptible de modifier ses
caractéristiques (savoir-faire, valeurs, attitudes…). L’entrepreneur commence par
l’identification d’une idée, son engagement et après sa concrétisation vers un projet créant de
la valeur.
Création de valeur Individu

Elle peut être appréhendée comme un système en interaction avec un environnement


donné à composantes multiples (familiale, professionnelle, liée au secteur d’activité

65
FAYOLLE A., (2012), op.cit. P. 48.
57
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

concerné). Ce système évolue dans un processus et sous l’effet du temps qui en est une
dimension incontournable (Bruyat et Julien, 2001).
Figure 6: Le domaine de l’entrepreneuriat selon C. BRUYAT66

Création de valeur

Importance de changement
Processus de
changement

l’individu
pour

L’individu
changement pour
l’individu
Pas de

+
Intensité de l’innovation
-
Pas de création Importance de la valeur nouvelle
De valeur nouvelle - créée +
Processus de création de valeur nouvelle
Source : C. BRUYAT (1993, P. 63)
La matrice, ci-dessus, conçue par C. BRUYAT, présente d’une part les différents
courants de recherche en entrepreneuriat et, d’autre part, les limites de ce champ. Sur l’axe
d’abscisse, nous trouvons le processus de création de valeurs, et sur l’axe d’ordonner, nous
avons l’importance du changement résultant du potentiel de création de valeurs chez
l’individu. D’après la figure, l’intensité du changement vécu par un individu et l’intensité du
changement induit par le potentiel de création de valeur nouvelle contenue dans un projet ou
une innovation, complète l’approche par la dialogique et contribue largement à en déterminer
les modalités67.
Donc, la création d’une nouvelle valeur est effectuée par les mécanismes
d’entrepreneuriat, plus ou moins le changement est intense dans l’environnement directement
concerné par ces processus, ainsi que la posture d’innovation adoptée par l’individu est
importante plus les pratiques en gestion et en management peuvent créer de la valeur.

66
BRUYAT C., Création d’entreprise : contributions épistémologiques et modélisation » 433 pages . Thèse de
doctorat en sciences de gestion, université Pierre Mendès-France Grenoble, 1993. P. 63.
67
FAYOLLE A., (2012), Op.Cit. P 50.
58
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Ainsi, le couple individu / projet de création de valeur forme un système ouvert sur
son environnement défini en même temps par les caractéristiques de l’individu (sa famille, ses
relations) et du projet (secteur d’activité, macro-environnement). Ce système va connaître un
processus d’évolutions et de développement, à cause des interactions et des transactions qu’ils
entretiennent avec les différents composants de son environnement. Ce qu’explique le recours
à la notion de configuration adoptée par Miller pour comprendre le cheminement et la
succession des étapes de constitutions de système. Elle repose dans l’idée que les individus et
les jeunes organisations adoptent des stratégies de création, de développement de croissance
qui s’efforcent de mettre en cohérence les composantes caractéristiques du processus
entrepreneurial.
Les limites de ce paradigme résident dans le fait que certaines créations d’entreprises à
titre d’exemple la filialisation ou l’essaimage stratégique peuvent se créer sans que l’acteur
principal à savoir l’individu, considéré comme une condition de création de valeurs, peut
exister. De même, selon Fayolle (2012) des nombreuses situations qui ne disposent pas d’une
relation dialogique, condition importante pour la création de valeurs, notamment la création
d’activité et le développement de projet stratégique qui sont attachées à l’entrepreneuriat
organisationnel. Bref, si l’entrepreneuriat est défini par l’existence d’une relation dialogique,
que peut-on considérer les autres situations entrepreneuriales.

1.4. Le paradigme de l’innovation

Ce paradigme s’est inspiré des travaux de J. Shumpeter sur l’innovation et le


développement économique. Il s’intéresse à l’entrepreneur innovateur en tant qu’un acteur
dynamique, proactif et endogène au marché. L’entrepreneur innovateur permet d’engendrer
une destruction créatrice, qui est à l’origine du dynamisme industriel et de la croissance à long
terme. Sa fonction principale consiste à innover et à participer à la restructuration du tissu
économique. Alors, l’innovation correspond à plusieurs formes à savoir, produire de
nouveaux produits, des nouvelles techniques ou procèdes de fabrication, ou découvrir de
nouvelles sources d’approvisionnement. En effet, la notion de l’innovation selon J. Shumpeter
n’a pas de limites.
De ce fait, plusieurs auteurs ont accordé de l’importance à l’idée de départ de J.
Shumpeter, où l’innovation et l’entrepreneuriat constituent un lien très fort. D’abord, P-A.
JULIEN et M. MARCHESNAY qui ont consacré tout un chapitre sur l’innovation, dans
l’ouvrage qui porte sur l’entrepreneuriat (1996) et par lesquelles ont évoqué les types et les
circonstances qui peuvent prendre l’innovation. À cet effet, l’innovation pour ces deux

59
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

auteurs est considérée comme le fondement et le moteur de l’entrepreneuriat. Elle renvoie à la


capacité des entrepreneurs, à proposer des idées nouvelles pour offrir ou produire de
nouveaux biens ou services, ou encore à réorganiser l’entreprise. De plus, l’innovation, c’est
créer une entreprise différente de ce que l’on connaissait auparavant, c’est découvrir ou
transformer un produit, ainsi, c’est proposer une nouvelle façon de faire, de distribuer ou de
vendre68.
Ensuite, Martin s’est aussi intéressé au paradigme de l’innovation en entrepreneuriat.
Il suppose que l’entrepreneuriat est comme une étape d’un processus plus large de
l’innovation. Ainsi, l’entrepreneur est considéré comme une condition obligatoire de
l’exploitation de l’innovation, par différents actes et formes, quelle que soit une création ex
nihilo, un partenariat avec d’autres firmes, ou encore développement d’une activité au sein
d’une organisation existante ou ce qu’on appelle interapreneuriat. Par conséquent, il envisage
que l’entrepreneuriat est un maillot de la chaine de l’innovation et un engagement effectif vers
la valorisation économique. L’entrepreneuriat peut alors se réduire à une étape d’un processus
plus large comme montre le schéma ci-dessus.
Figure 7: L’équation de la chaine de l’innovation selon Martin (1994)69

Scientific Invention Engineering


Entrepreneurship
Development

+ +

Management Recognized social + Supportive


need environment
+ +
=Commercially sucessufll innovation
Source : T. VERSTRAETE et A. FAYOLLE, (2005. P. 43)

Pour conclure, entreprendre c’est innover, innover c’est entreprendre. Une entreprise
qui souhaite être compétitive sur un marché dynamique et incertain doit toujours innover, par
ces différentes formes et de s’intéresser plus à des projets technologiques. La limite que
présente ce paradigme réside dans l’idée que des auteurs refusent cette conception.

Après avoir présenté les différents paradigmes de la recherche en entrepreneuriat. A.


FAYOLLE et Th. VERSTRAETE explique toujours que l’entrepreneuriat est encore dans une
phase d’adolescence, à cause des multiplicités des paradigmes existants. C’est pour cela, ils
ont présenté une synthèse et une interrelation entre ces quatre paradigmes pour un domaine de

68
JULIEN P-A et MARCHESNAY M., (1996), Op.Cit. P. 34.
69
VERSTRAETE Th., FAYOLLE A., (2005), Op.Cit. P. 43.
60
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

l’entrepreneuriat. De même, d’autres chercheurs, à savoir R. JAZIRI (2009) a essayé dans ses
travaux de présenter une articulation, à la fois entre les quatre paradigmes avancés par A.
FAYOLLE et Th. VERSTRAETE et les quatre paradigmes avancés par PATUREL, à savoir
le projet, le processus entrepreneurial, les faits entrepreneuriaux et les traits individuels, afin
d’instituer sur le concept d’entrepreneuriat.

Tout d’abord, en commençant par la présentation de A. FAYOLLE et Th.


VERSTRAETE qui résume et synthétise l’idée de la complémentarité entre les différents
paradigmes, à la recherche en entrepreneuriat. Donc, il est présenté et ventilé comme suit70 :

Figure 8: La représentation des quatre paradigmes de l’entrepreneuriat et de leurs liens


selon A. FAYOLLE et Th. VERSTRAETE

Paradigme de Paradigme de la création


l’opportunité 1 d’une organisation

4 6 5 2
Paradigme de la création
Paradigme de l’innovation 3
de la valeur

Source : Th. VERSTRAETE et A. FAYOLLE, (2005. P. 43)

 Le lien 1 : si un individu souhaite exploiter une opportunité d’affaire, après sa


découverte, il est appelé à s’organiser dans une organisation afin de solidifier les diverses
ressources (processus et/ou son résultat). Dans ce lien, nous évoquons le passage du
paradigme de l’opportunité au paradigme de la création d’organisation ;

 Le lien 2 : après la création d’organisation et en vue d’assurer sa durabilité sur le


marché, elle est appelée à fournir aux différentes parties prenantes la valeur qu’elles attendent
et dont l’organisation a tiré les ressources nécessaires à son fonctionnement ;

 Le lien 3 : l’organisation naissante du phénomène entrepreneurial est nouvelle, ce qui


fait que la valeur ajoutée créée est nouvelle et importante (venant d’une nouvelle
organisation). Aussi, la valeur apportée est importante, une innovation en est souvent à

70
Idem. P. 44-45.
61
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

l’origine, qu’elle soit organisationnelle, technique ou commerciale. Ce lien montre


l’interaction entre le paradigme de la création de la valeur et le paradigme de l’innovation ;

 Le lien 4 : l’innovation, c’est le faite de produire un nouveau produit ou service, de


découvrir des nouvelles sources d’approvisionnement et de découvrir des nouveaux marchés.
À cet effet, l’innovation dans ce lien vise à construire une nouvelle opportunité, les cas des
entreprises technologiques start-up et sa mise à niveau dans le marché ;

 Le lien 5 : ce lien lie entre le paradigme d’innovation et le paradigme de la création


d’une organisation. Selon laquelle, l’exploitation d’une opportunité, d’une façon innovante,
passe par la création d’une organisation et bien sûr l’existence de celle-ci favorise les
créatives nécessaires à l’innovation;

 Le lien 6 : le dernier lien rassemblant le paradigme de l’opportunité et le paradigme de


la création de la valeur. Par le fait qu’une opportunité n’est exploitée que s’il permet de
dégager de la valeur, au moins pour celui qui l’a détectée.

Enfin, A. FAYOLLE et Th. VERSTRAETE, admettent que l’entrepreneuriat est


difficile à le définir et, il est lié à des modèles. Ils ont proposé la synthèse suivante, qui
montre le chevauchement entre ces différents liens par lesquels l’entrepreneuriat est:« une
initiative portée par un individu construisant ou saisissant une opportunité d’affaires, dont le
profit n’est pas forcément d’ordre pécuniaire, par l’impulsion d’une organisation pouvant
faire naitre une ou plusieurs entités, et créant de la valeur nouvelle pour des parties
prenantes auxquelles le projet s’adresse».71

En outre, une autre synthèse effectuée par PATUREL (2006) citée par R. JAZIRI
(2009) dans son article, visant à proposer une lecture multi-paradigmatique du phénomène
d’entrepreneuriat. Ainsi, de montrer le lien possible entre huit paradigmes de
l’entrepreneuriat, illustré dans le schéma suivant.72

71
Idem. P. 45.
72
JAZIRI R., (2009), Op.Cit.
62
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Figure 9: La représentation des liens entre les huit paradigmes de l’entrepreneuriat

Paradigme de projet

Paradigme de Paradigme de
l’opportunité l’impulsion d’une
organisation

Paradigme des faits Paradigme des traits


entrepreneuriaux individuels

Paradigme de
l’innovation Paradigme de la
création de valeur
Paradigme de
processus
entrepreneurial

Source : R. JAZIRI (2009), tirée des travaux de R. PATUREL (2006, 2007).

Cette présentation, des huit paradigmes, est classée en trois catégories selon les liens
qui les unissent selon PATUREL (2007)73:

 La première catégorie regroupe les paradigmes qui ont des liens avec tous les autres
paradigmes à savoir, le projet, la création de valeur et l’impulsion de l’organisation. Le
lien entre ces trois paradigmes paraît très logique parce que toute création d’entreprise
qu’elle soit la forme (création ex-nihilo, essaimage, intrapreneuriat) permet d’engendrer
une impulsion d’une organisation et par la suite la création d’une nouvelle valeur ;

 La deuxième catégorie concerne les paradigmes les plus interpellés par les chercheurs, à
savoir le paradigme de processus, de l’opportunité d’affaire, des faits entrepreneuriaux et
de l’innovation ;

 La troisième catégorie inclut le paradigme ayant le moins des liens avec les autres, celui
des traits individuels.

73
Paturel R., «Grandeurs et servitudes de l’entrepreneuriat», Revue Internationale de psychosociologie, N° 31,
automne 2007.
63
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Paragraphe 2 : le processus entrepreneurial

« Le processus entrepreneurial est une variable qui conditionne la forme, la nature et la


performance de l’organisation qu’il contribue à faire émerger et à structurer dans les différents
moments de sa construction et de son fonctionnement. L’organisation entrepreneuriale peut
être vue comme la résultante, parfois provisoire et partielle, d’une dialogique
individu/création de valeur, d’un système homme/ projet»74.

C’est quoi un processus? Selon Jacquet LAGREZE « un processus est un déroulement


de configurations ou d’interactions concomitantes et/ou successive sous l’effet de régulation
compensatrice et amplificatrice propre au système concerné75». Donc, un processus est un
ensemble de tâches organisées par ordre logique et chronologique suite à un évènement
externe, ainsi qu’il cherche toujours à atteindre des objectifs.

En effet, au cours de ce processus l’entrepreneur donne naissance à une organisation,


tout en mobilisant ses ressources et en s’appuyant sur son environnement. Dans ce cadre nous
allons présenter trois approches explicitant le processus entrepreneurial. D’abord, l’approche
classique par laquelle l’entrepreneur enchaîne des étapes pour créer une organisation. Ensuite,
le processus entrepreneurial selon C. Bruyart. Enfin, l’approche nouvelle fondée sur des
notions empruntées de la théorie des organisations telles que le comportement organisationnel
et l’émergence organisationnelle.

2.1. L’acception classique du processus entrepreneurial

Le processus entrepreneurial classique est une démarche composée par quatre étapes,
qui permet de créer une entreprise : la première étape, c’est la recherche d’une idée, la
deuxième est l’opportunité, ensuite la vision stratégique et enfin le plan d’affaires, comme
dernière étape de concrétiser l’acte de création d’entreprises. Ces étapes sont synthétisées
dans le tableau ci-dessous.

74
FAYOLLE A., « du champ de l’entrepreneuriat à l’étude du processus entrepreneurial : quelques idées et
pistes de recherche », 6° Congrès international francophone sur la PME-Octobre 2002-HEC-Montréal. P.12-13.
75
Définition de JACQUET LAGREZE tiré de l’ouvrage ALAIN FAYOLLE ENTREPRENEURIAT.
64
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Tableau 10: Les étapes du processus entrepreneurial classique

Les étapes du
processus
Description
entrepreneurial
classique
L’idée D’abord, l’entrepreneur doit se mettre en quête d’une idée qui va lui permettre de
construire et de formaliser son projet. Ensuite, il est appelé à transformer en une
structure viable à travers les compétences entrepreneuriales qu’est le chemin de
l’idée à l’opportunité, de l’opportunité à l’élaboration d’une vision stratégique
entrepreneuriale, et enfin, d’assurer le passage du projet à l’impulsion d’une
organisation76.
Parfois l’idée se trouve facilement pour les gens désirant changer leur carrière
professionnelle et les jeunes souhaitant trouver une activité.
L’opportunité L’opportunité est une construction autour d’une idée initiale, Elle émerge lorsque
l’entrepreneur met en œuvre la stratégie adéquate pour l’identifier dans son
environnement et de le développer à travers des interactions tout en incluant ses
valeurs, ses connaissances et ses motivations.
L’entrepreneur est censé de repérer les fenêtres d’opportunité afin de mieux
l’exploiter. Parmi ces fenêtres, nous trouvons les évènements, les tendances
sociologiques, les tendances démographiques, les technologies et les contextes
concurrentiels77.
Business model Timmers (1998) a défini le BM : d’abord, une structure pour les flux de
productions, services et informations incluant une description des différents
acteurs du modèle et de leurs rôles. Ensuite, une description des bénéfices
potentiels revenus de chaque acteur. Enfin, une description de source de revenus78.
Un modèle économique est la concrétisation de l’étude de marché qui doit
répondre quatre logiques, à savoir : logique client, logique d’expertise, Logique
réseau et logique génération de revenus79.
La vision La vision stratégique c’est la relation entre la vision de l’entreprise (le futur
stratégique souhaité, les objectifs et le positionnement), sa trajectoire telle que l’on peut
imaginer (Innovation et diffusion rapide) et les décisions qui doivent être prises
aux différentes étapes clés de la trajectoire (embauche, investissement, action
commerciale)80.
Le business plan C’est un document de modélisation, de communication, d’un projet porté sur des
actions à prendre dans l’avenir. Il fixe une problématique visant à répondre à un
besoin, retirer d’une situation existante ou accroitre la production dans l’avenir. Il
liste le contexte de cette problématique, fixe les moyens pour y répondre et
propose des solutions concrètes, matérielles et chiffrées.
Source : Adapté par nous-même sur des travaux de recherches.

76
E. M. HERNANDEZ, « L’entrepreneur : une approche par les compétences », EMS Édition 2010. P. 21-22.
77
SURLEMONT B., « de l’idée à l’opportunité» citée dans l’ouvrage « Entreprendre une introduction à
l’entrepreneuriat » sous la direction Frank JANSSEN, de Boeck Édition, 2009. P. 67-75.
78
ARIOTTO J., et al « le concept business model au travers de la littérature », Revue de gestion 2000, Vol 28,
N°4. P. 33-47.
79
LEGER-JARNIOU. C, KALOUSIS, G. , La boîte à outil de la création d’entreprise, Édition Dunod, 2011. P .
62-64.
80
SABONNADIERE, J-C., BLANCO S., « La création d’entreprises innovantes : l’entrepreneur innovateur »,
Édition Lavoisier, 2005. P. 27-28.
65
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

2.2. Le processus entrepreneurial selon C. BRUYAT

Le phénomène de la modélisation du processus entrepreneurial est déclenché par


plusieurs chercheurs en domaine de recherche. Nous trouvons parmi eux, C. BRUYAT (1993)
dans sa thèse « création d’entreprise : contribution épistémologique et modélisation » et A.
FAYOLLE (2005) par l’approche processuelle de la création d’entreprise, inspiré des travaux
et des recherches de C. BRUYAT.

En effet, comme déjà expliqué dans le premier paragraphe de la deuxième section


« les paradigmes de l’entrepreneuriat ». L’entrepreneuriat selon BRUYAT a été défini par une
relation dialogique entre l’individu et la valeur que ce dernier contribue à créer à travers une
idée, une opportunité ou une innovation. Dans le même ordre, il a pu modéliser ce processus
de la création d’entreprise, considéré aussi comme une vision diachronique en trois grandes
phases importantes, notamment, le déclenchement, l’engagement de l’entrepreneur et la
survie-développement. En vue de mieux comprendre ce processus modélisé par C. Bruyat,
nous définissons ci-dessous ces trois phases 81 :

La première phase est le déclenchement du processus : c’est la phase primaire par


laquelle l’individu, suite à un changement interne (ses aspirations et ses buts), ou/ et externe
(provenant de l’environnement), remet en cause la cohérence de CSIP82, et le pousse à
remodeler ou à reconstruire une nouvelle configuration plus cohérente d’une manière
consciente ou/et inconsciente.

Figure 10: Schéma de la CSIP de l’entrepreneur selon C. BRUYAT (1993)

Source : C. BRUYAT (1993, P. 248)

81
Amina OMRANE et al, 2011, Op.Cit, P. 91-100.
82
CSIP signifie d’après C. BRUYAT la mise en harmonie et en cohérence des aspirations de l’entrepreneur avec
sa perception de ses compétences et de ses ressources et avec sa perception des opportunités ou des possibilités
qu’offre l’environnement.
66
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Zone A : Correspond à des actions qui sont perçues par le créateur comme à la fois
souhaitables et possibles. L’individu considère qu’il a les moyens et les compétences pour
développer des projets ayant des bonnes chances à réussir.
Zone B : Correspond à des actions ou à des projets cohérents avec les aspirations de l’individu
et avec ses compétences et ses ressources, mais qui ne semblent pas devoir être acceptés par
l’environnement.
Zone C : Correspond à des actions souhaitées et possibles au regard de l’environnement.
Cependant, le créateur estime que, ne possède pas les compétences et les ressources
nécessaires, sans entrapercevoir la possibilité de se les procurer pour le moment.
Zone D : Est l'aire des possibles qui ne correspondent pas ou plus aux aspirations de
l'individu.
Au cours du temps, un projet est susceptible d’évoluer dans ces différentes zones. Un
projet ou une vision localisée dans la zone A, avec le temps peut se passer à la zone B83.
Dans cette phase l’individu est considéré comme un système ouvert et que les
contradictions sont nées de la dynamique interne de l’évolution de la CSIP de l’individu. En
effet, les dynamiques internes, notamment, des désirs d’indépendance, l’insatisfaction et
l’accomplissement de soi-même, sont enchevêtrées avec les dynamiques externes provenant
de l’extérieur comme une rencontre avec un client potentiel ou un licenciement par exemple.
C’est pourquoi l’interaction entre interne et externe pousse l’individu à dépasser sa vision
statique d’équilibre (la recherche d’un emploi stable) vers le changement de ses buts, en vue
de modifier sa CSIP.
À cet effet, nous évoquons ci-dessous, les conditions de déclenchement de ce
processus et qui sont présentées en trois points, d’après C. BRUYAT84:

1. L’action de créer doit être perçue comme désirable et possible :

L’intention et les aspirations sont insuffisantes pour déclencher un processus de création


d’entreprises. Il faut supposer que l’action envisagée par l’individu de création est comme une
action possible par ce dernier. De même, le désir de créer peut-être en germe et n’attendre que
des circonstances favorables pour s’activer, c’est pour cela, l’environnement peut jouer un
rôle important dans ce déclenchement ;

83
C. BRUYAT, 1993, Op.Cit, P. 248- 250.
84
Idem, P. 301-306.
67
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

2. La CSIP doit être chaude :

Elle révèle des tensions et des contradictions importantes à souligner, comme l’insatisfaction
professionnelle ou à l’existence de projets concurrents et incompatibles dans la zone de
cohérence de la CSIP. En effet, l’individu cherche à réduire ces tensions par le fait qu’il
engendre des changements éventuels. De plus, d’autres facteurs positifs ou négatifs que sont
des facteurs « de déplacement» selon SHAPERO, ont été très souvent à l’origine de l’acte
entrepreneurial, par exemple, l’insatisfaction au travail et le chômage. Bref, d’après C.
BRUYAT, le mouvement de création ne peut se déclencher que si la CSIP du créateur est
chaude;

3. La CSIP doit être manœuvrante :

L’entrepreneur potentiel doit disposer du temps pour pouvoir travailler sur son projet. En
effet, pour créer une entreprise, l’entrepreneur est censé de mener des études et de chercher
des moyens financiers et techniques, ce qui explique l’importance du facteur temps à l’égard
de ces actions. De même, C. BRUYAT dans sa thèse explique que la cause principale de ne
pas créer une entreprise pour les professionnels même qu’ils possèdent les compétences et le
désir, c’est que ne dispose pas du temps nécessaire du fait de leurs activités professionnelles.
À ce stade l’énergie nécessaire à la réalisation d’un projet entrepreneurial ne peut provenir
que de l’entrepreneur lui-même.

La deuxième phase est l’engagement ou le passage à l’acte : l’engagement est une


période de transition, de changement de phase, qui se traduit par une montée en puissance
progressive jusqu’à l’atteinte d’un point de non-retour. À cet effet, l’entrepreneur consacre le
temps nécessaire et les moyens financiers, intellectuels et affectifs pour concrétiser l’acte de
création de son entreprise. Deux conditions sont considérées comme nécessaires pour que
l’engagement se réalise d’une manière efficace85 :

1. L’action de créer une entreprise est perçue comme préférable au maintien de la


situation actuelle (salarié, chômeur, étudiant), ou un projet de changement (changement
d’employeur). Cette préférence est le résultat de l’environnement et de facteurs spécifiques
appartenant à l’entrepreneur;

2. Le créateur doit surmonter les résistances aux changements pour concrétiser son projet
de création. Les origines de résistances au changement sont multiples. En premier lieu, elles

85
Idem, P. 312- 317.
68
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

sont liées aux habitudes et à l’inertie dans les raisonnements et les comportements, dans le cas
où le salarié aurait passé presque sa carrière professionnelle dans une usine, sans envisager de
créer son entreprise et de prendre le risque. Par la suite, il est difficile de prendre une décision
et de changer sa situation. En second lieu, elles sont relatives à des situations d’incertitudes
liées à un projet ou à la méconnaissance des situations entrepreneuriales. Aussi, nous trouvons
parfois, une résistance liée à l’hostilité perçue de l’environnement vis-à-vis de la création
d’entreprise. Exemple : une pénurie des ressources, la complexité administrative, le taux
d’échec des nouveaux entrepreneurs et les barrières à l’entrée.

Enfin, la troisième phase est la survie, l’échec ou le développement : l’action de


créer une entreprise n’est pas associée seulement à la réussite, mais aussi à l’échec. La
réussite de l’entreprise s’apprécie de sa capacité à trouver un point d’équilibre économique
dans un délai raisonnable. Les conditions principales de réussite ou d’échec du projet sont la
cohérence au sein du système et l’apprentissage de l’acteur. Ces deux points sont présentés
comme suit86.

1. La cohérence au sein du système se manifeste par la cohérence entre la CSIP de


l’entrepreneur et de son projet. Elle est considérée comme un facteur essentiel de la réussite
de projets de création d’entreprises. Dans ce cas, la maîtrise de compétence dans quelques
domaines n’est pas sollicitée, mais, ce qui est primordial en premier degré est la compétence
d’auto-diagnostic, qui cherche à maintenir le niveau de cohérence entre la CSIP et le projet87.

2. L’apprentissage88 permet de renforcer la cohérence du système. Le créateur développe


sa capacité à apprendre afin de, préserver et renforcer la cohérence de la CSIP et le projet tout
au long du processus. Donc, les capacités d’apprentissage de l’entrepreneur peuvent être un
élément-clé pour expliquer la réussite d’un processus de création d’entreprises.

Après avoir expliqué le processus entrepreneurial selon C. Bruyat (1993) axé sur trois
phases, à savoir la phase de déclenchement du processus, la phase de l’engagement ou le
passage à l’acte et enfin la phase relative à la survie, l’échec ou le développement, nous
exposons dans le point suivant la nouvelle approche du processus entrepreneurial développé
par certains auteurs comme D. B. Greenberger et D. L. Sexton.

86
Idem, P. 346- 354
87
FAYOLLE A., (2012), Op.Cit. P 50.P. 60-61.
88
L'apprentissage conçu comme un processus d'acquisition de concepts, d'informations, d'inter-relations
nouvelles et de stratégies de résolution de problèmes.
69
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

2.3. La nouvelle approche du processus entrepreneurial

La nouvelle approche du processus entrepreneurial a été développée par plusieurs


auteurs, d’abord, D. B. Greenberger et D. L. Sexton ont proposé un modèle interactif de la
création d’une nouvelle organisation fondée sur les résultats de recherches psychologiques du
comportement des entrepreneurs. Ensuite, des auteurs comme Kevin E. Learned ont suggéré
un modèle processuel de formation d’organisation qui tend à traduire ces observations et
aboutir à une décision de création.

Ces modèles sont tirés de l’ouvrage d’Émile Michel Hernandez (2001), qui s’inspire
de la théorie des organisations par l’utilisation des notions telles que le comportement
organisationnel et l’émergence organisationnelle, et par le recours à des auteurs marquants
dans cette discipline comme le théoricien H. Simmon, ainsi que des auteurs de la théorie des
ressources et des compétences.

2.1.1. Le modèle de la création d’entreprise selon D.B. Greenberger et D.L. Sexton

Le modèle, de D. B. Greenberger et D. L. Sexton, est fondé sur l’hypothèse que la


décision de création d’une nouvelle entreprise résulte d’une interaction d’un certain nombre
de facteurs, à savoir, l’esprit d’entreprise, le désir de liberté de décision, certains traits de
personnalité, des variables de situation, la connaissance de soi et le support social.89

En effet, le modèle en question est composé de trois composantes principales


détaillées comme suit 90:

D’abord, l’existence des facteurs qui permettent l’identification de l’opportunité


facilitant la création d’une nouvelle entreprise. Parmi ces facteurs, la vision entrepreneuriale
(l’image ou la représentation de ce que le créateur veut réaliser), la personnalité (maîtrise des
points forts dans sa personnalité pour une adéquation projet/personnalité) et le contrôle
souhaité (le créateur contrôle la relation entre ses actions et les relations souhaitées). Donc,
ces facteurs peuvent agir seul ou ensemble pour augmenter la probabilité chez l’individu de
créer une nouvelle entreprise.

Ensuite, après l’idée de création d’une entreprise, quatre facteurs importants vont
pousser l’individu de passer d’un état de non créateur à celui de créateur, à savoir : le moment
où le créateur rencontre un événement push ou pull (chômage, licenciement, opportunité

89
HERNANDEZ E-M., (2001), Op.Cit. P. 71.
90
Idem. P.
70
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

d’affaire ), le support social (le rôle de la famille dans l’instauration d’une culture
entrepreneuriale, le cas où les parents sont des entrepreneurs et les réseaux…), la perception
de soi-même (la satisfaction obtenue lors de la création d’une entreprise) et le dernier c’est de
considérer que la création d’une entreprise est un moyen satisfaisant d’obtenir et d’augmenter
le contrôle désiré.

Enfin, la troisième composante relative à la probabilité qu’un individu de créer une


nouvelle entreprise. En effet, ces composantes et ces facteurs sont synthétisés dans le schéma
ci-dessous.

Figure 11: Le nouveau modèle de création d’entreprises selon D.B. GREENBERGER,


D. L. SEXTON

Vision Événements Support


vécus social

Décision de créer
Personnalité une nouvelle
entreprise

Contrôle Perception de Obtention du


souhaité soi-même contrôle

Source : Émile Michel HERNANDEZ (2001, P.80)

2.1.2. Le modèle de la création d’entreprise selon Kevin E. LEARNED

Ici, nous allons exposer le modèle de processus de la création d’entreprise de Kevin E.


LEARNED (1992) cité dans le cadre des recherches sur la notion de l’organisation émergente
(émergence organisationnelle, formation d’organisation, création d’organisation). En effet,
dans son article publié, en 1992 sous le thème «what hapend before the organization ? A
model of organisation formation ». E. Kevin LEARNED a présenté un modèle processuel de
formation d’organisation qui tente de traduire ces observations. Il comporte trois dimensions
aboutissant à la décision de créer ou non une organisation :91

91
HERNANDEZ E-M., « l’entrepreneuriat comme processus », revue internationale PME, Édition : presses de
l’université de Québec, 1995, vol. 8 N° 1. P. 115.
71
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

1. La propension à créer : l’idée de créer une affaire par des individus est
expliquée par la combinaison entre ses valeurs psychologiques, ses croyances, leur passé
professionnel et ses expériences ;

2. L’intention de créer: Les individus rencontrent des situations qui déclenchent


l’intention de créer ;

3. La structuration des informations : cette étape consiste à rassembler les


informations significatives collectées de l’environnement et à en déduire des taches à exécuter
pour créer l’organisation.

La décision de créer ou non une organisation, après la possession de toutes les


informations, dépend, en fin de compte, de l’intention de l’individu.

Figure 12: Un modèle de formation d’organisation LEARNED

Environnement
Sélection

Rétention Mise en action


Prise de Sens

Schéma
Création

Traits Propension Intention Décision


Expérience
Situation Abandon
Source : Source : Émile Michel HERNANDEZ ( 2001, P.85 )

Pour conclure, nous avons exposé, dans cette section, le cadre conceptuel de
l’entrepreneuriat, notamment par une définition des paradigmes les plus répandus dans la
revue de littérature traitant l’entrepreneuriat. Ces paradigmes sont en nombre de quatre: Un
paradigme de l’opportunité d’affaire, d’émergence organisationnelle, de création de la valeur
et de l’innovation. Ainsi, les chercheurs en entrepreneuriat ont défendu le paradigme le plus
dominant, d’après eux et qui permet de présenter un cadre conceptuel cohérent et de favoriser
la recherche en entrepreneuriat.

De même, nous avons constaté, d’après une revue de littérature que l’approche
processuelle de la création d’entreprises se distingue d’un auteur à un autre. Des auteurs ont
72
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

schématisé le processus classique de la création d’entreprise en cinq étapes : allant de l’idée,


l’opportunité, le business model, la vision stratégique au business plan. Tandis que d’autres
auteurs comme C. BRUYAT a exposé un modèle composé de trois phases, à savoir : le
déclenchement du processus, l’engagement ou le passage à l’acte et la survie, l’échec ou le
développement.

Ainsi, les théoriciens en entrepreneuriat ont fait appel à des facteurs et des éléments
pour expliquer le passage de l’intention à la création d’une entreprise, notamment les traits de
la personnalité du créateur, l’expérience professionnelle, la vision stratégique, la culture
organisationnelle et les ressources et compétences. Alors que, le facteur territoire n’a pas
incité les chercheurs à l’introduire dans les modèles relatifs à la création d’entreprises.

73
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Conclusion
En résumé, nous mettons fin à ce chapitre qui a été pour objectif de présenter les
réflexions liées à la recherche en entrepreneuriat. À cet effet, à travers les trois sections
structurées visant, d’abord, à exposer un cadre historique et théorique de l’entrepreneuriat,
ensuite, de s’accentuer la recherche sur l’acteur-clé de l’entrepreneuriat, celui de
l’entrepreneur, et enfin d’achever par un cadre conceptuel, traçant les contours de
l’entrepreneuriat, notamment par une présentation des paradigmes et des processus
entrepreneuriaux. Nous constatons, d’après cette revue de la littérature, qu’il n’y a pas un
accord sur la définition du concept de l’entrepreneuriat, ainsi qu’il est encore au stade de la
pré-théorie, et ce, par l’existence d’une multitude de paradigmes et des concepts visant à
expliquer le phénomène entrepreneurial. De même, plusieurs auteurs, à titre d’exemple,
Thierry Verstraete ont fourni d’efforts pour modéliser le phénomène entrepreneurial en vue de
mieux maitriser et contrôler ainsi que de séparer du concept de l’entrepreneur.

Ainsi, nous avons constaté que le facteur territoire qui paraît comme un déterminant
pour favoriser la création d’entreprise, est marginalisé dans la majorité des modèles
processuels de création d’entreprises. C’est pourquoi nous allons chercher dans ce qui vient,
la possibilité de comprendre la dynamique entrepreneuriale par la prise en compte du
territoire. Cela nous a permis d’expliquer en quoi le milieu territorial peut constituer un
facteur primordial à la création d’entreprises, et ce, d’une part, par la qualité du milieu
territorial qui incorpore des actifs et des ressources territoriales favorisant le processus de la
création d’entreprises, et, d’autre part, par l’apport du milieu innovateur, en tant qu’une plate-
forme propice à l’innovation, au dynamisme entrepreneurial.

Bref, pour répondre à cette interrogation, nous allons structurer le chapitre II de façon
à présenter en détaille l’approche territoriale, ces concepts, ses économies, ses stratégies, sa
dynamique de proximité et son projet de développement.

74
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Chapitre II: L’approche


territoriale de développement

75
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Introduction

Notre deuxième chapitre s’intéresse à l’approche territoriale de développement. Cette


approche qui met en relief la relation entre l’économie de territoire, d’où la nouvelle
conception du territoire et l’économie de développement. En effet, l’objet de cette articulation
est de concevoir un projet de développement territorial axé sur deux piliers ; la valorisation
des ressources et des potentialités locales et la coordination entre les différents acteurs
territoriaux. Ainsi, le développement territorial sera conditionné par l’existence et
l’importance des réseaux territorialisés sur le territoire.

La première section vise à aborder comme points de départ l’organisation territoriale ;


concepts et stratégies. Cette section est subdivisée en trois paragraphes ; en commençant par
l’éclaircissement entre l’économie spatiale et l’économie territoriale, ensuite en passant à une
identification de l’économie territoriale (l’économie d’éxternalité, d’agglomération et des
ressources) et enfin en expliquant la stratégie de territorialisation considérée comme que
processus par lequel le niveau territorial structure et imprime l’expression des volontés de la
gestion des affaires locales. Donc, l’idée de base, c’est que le territoire est devenu un acteur
autonome et structuré responsable de son développement.

La seconde section est réservée aux réseaux territorialisés et leurs dynamiques de


proximités. Nous commençons par une présentation exhaustive de l’économie de proximité,
c’est-à-dire une définition de la notion et ses typologies souvent utilisées dans le cadre du
territoire. Ensuite, nous citons les principaux réseaux territorialisés (les districts industriels,
les systèmes productifs locaux, les clusters et les pôles de compétitivité) et en s’attachant à
expliciter leurs principes de dynamiques et de proximités. Ces derniers sont chargés d’assurer
une dynamique et un développement territorial.

La troisième section est dédiée au développement territorial. Dans un premier temps,


nous montrons la différence existante entre le développement endogène, local et territorial.
Ensuite, nous indiquons que le développement territorial est un processus complexe. De
même, il est caractérisé par des modes (dont l’agglomération, la spécialisation et la
spécification). Enfin, nous mettons fin à cette section par la nécessiter de recourir à une
stratégie de la gouvernance territoriale considérée comme outil de développement territorial.

Ces trois sections présentent l’approche territoriale de développement, ainsi qu’elles


sont considérées comme un point de départ à une analyse expliquant l’interaction entre
l’entrepreneuriat et le territoire, notamment par le recours à la notion du milieu.
76
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Section I : L’organisation territoriale ; concept et stratégie

Dans cette section, nous focalisons, en premier lieu, notre intérêt sur la notion de
l’espace dans la pensée économique, à travers un tri des différents théoriciens qui ont
contribué à l’enrichissement de la théorie de localisation. De même, nous essayons d’assurer
la transition d’une économie spatiale, où le territoire est considéré comme un support de
localisation à une économie territoriale, où le territoire est jugé comme acteur qui assure son
développement. Cette transition sera accompagnée, notamment, par des définitions et
d’acceptions du concept du territoire, tirées de différentes disciplines (Paragraphe 1). Ensuite,
nous dénombrons les économies des territoires, c’est-à-dire : une économie d’externalité, une
économie d’agglomération, une économie de ressource. En effet, chaque type d’économie de
territoire sera développé d’une manière détaillée, afin de faciliter l’assimilation du concept
l’organisation territoriale (Paragraphe 2). Enfin, nous essayons d’achever cette section par un
survol important sur les stratégies développées par le territoire, à savoir, une stratégie de
territorialisation et une stratégie de glocalisation. De même, de s’interroger sur la perspective
de l’organisation territoriale au développement par le moyen des réseaux territorialisés
(Paragraphe 3).

Paragraphe 1 : De l’économie spatiale à l’économie territoriale

Afin de mieux comprendre le développement territorial en tant que processus de


fabrication et de dynamisation des territoires. Nous nous intéresserons à la notion du
territoire, une notion délaissée par les théories de développement économique selon C.
Courlet (2001). Donc, avant de définir ce concept, nous expliquerons, tout d’abord, son
passage de l’espace, considéré comme un support de localisation des entreprises à un acteur
dont le rôle est d’assurer efficacement son développement et son avenir, dans un univers
caractérisé par une concurrence acharnée.

1.1. L’espace chez les néoclassiques

Les économistes classiques et néoclassiques ont ignoré l’espace dans leurs théories. Il
est considéré chez eux, comme un simple support contenant des hommes, écarté de leur
contenu spatial (les croyances, les valeurs socioculturelles d’un peuple, d’une région, d’une
nation) ; il ne recèle aucune valeur pour les hommes. Ensuite, les géographes ont pris
l’initiative de définir ce concept. R BRUNET est parmi les géographes qui ont présenté une
définition de l’espace géographique. Il a défini l’espace comme « une étendue terrestre
utilisée et aménagée par les sociétés humaines en vue de leur reproduction au sens large : non
77
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

seulement pour se nourrir et pour s’abriter, mais dans toute la complexité des actes
sociaux »92. De même, il a considéré l’espace géographique, comme l’ensemble des lieux et
de leurs relations.

C. Courlet (2001), économiste français a décrit l’espace par l’expression d’une


problématique qui refuse aux hommes le droit de valoriser différemment les espaces sur la
base de leur passé, de leur raisonnement. Donc, l’espace est supposé à la fois neutre et éloigné
de l’activité économique. Ainsi, l’équilibre spatial pour les néoclassiques poses le problème
de la cohérence entre le souci de déboucher sur la détermination d’un équilibre optimal et le
choix d’hypothèses défendables93.

1.2. L’espace dans les théories de la localisation

En effet, les premières recherches sur la notion de l’espace sont démarrées par la
théorie de l’équilibre spatial qui cherche à déterminer un équilibre optimal compte tenu de ces
postulats de départ. Ces hypothèses de base sont une immobilité des facteurs de production au
niveau international et la prise en compte du coût de transport dans le coût de production et de
circulation des marchandises. Un autre courant a participé au développement de la question de
l’espace, c’est celui de l’inégalité régionale qui constate la permanence des disparités
régionales et cherche à l’expliquer. Ce courant remet en cause les hypothèses néo-classiques
débouchant sur l’idée d’inégalité dans l’espace et elle renvoie à la croissance déséquilibre et
au thème des disparités régionales. Il est subdivisé en deux familles. En premier lieu, une
théorie de la croissance déséquilibrée, dans laquelle le processus de développement se réalise
d’une manière inégale et accompagnée par des effets contradictoires : les effets de remous
(back-wash effects) et les effets de propagation ou de diffusion (spread effects). En second
lieu, la théorie de F. Perroux qui porte sur les disparités régionales et les pôles de croissance.
En effet, ces deux familles sont présentées, ci-dessous94:

D’abord, le déséquilibre cumulatif de G. Myrdal : pour cet auteur, le déroulement d’un


processus de développement s’accompagne d’effets de nature contradictoires : les effets de
remous et les effets de propagation. Les premiers se caractérisent par le déplacement des
capitaux et de la population des zones périphériques vers les zones en développement. Cela
permet par la suite un mouvement cumulatif négatif dans les premières zones et positifs dans

92
BRUNET R., « champs et contrechamps raisons de géographe », Édition Belin, 1997. P. 193-194.
93
COURLET C., « Territoires et régions : les grands oubliés du développement économique », Édition
l’harmattan, 2001. P. 12-13.
94
Idem., P. 15-17.
78
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

les deuxièmes. Ensuite, les effets de propagation se vérifient avec un mouvement centrifuge
allant des régions développées vers les régions voisines. Lorsque les effets de propagations
sont suffisamment forts pour contrebalancer les effets de remous, il est possible d’assister à la
formation d’un nouveau centre de développement. Ainsi, un niveau de développement ne peut
s’accompagner qu’à partir d’existence d’un réseau complet d’infrastructures et d’un outillage
national propre à exploiter et à amplifier l’effet de propagation venu de l’extérieur.

Ensuite, la théorie des pôles de croissance de F. Perroux : la notion de pôle de


croissance est liée à l’idée de relations fonctionnelles ; elle a un contenu structurel et sectoriel
avant d’avoir une signification spatiale. L’idée des pôles de croissance s’est largement
développée et a guidé de nombreuses politiques économiques dans des pays appartenant à des
systèmes sociaux différents et se situant à des niveaux inégaux de développement
économique et social. Les principales caractéristiques de l’analyse de Perroux sont comme
suite :

 Un pôle de développement ne peut favoriser, tout seul, une dynamique économique


linéaire et homogène à l’ensemble d’un territoire. Il doit être accompagné par des politiques
d’aménagement ;

 Le pôle de développement suscite des effets d’entrainements dont les impacts sont en
fonction de l’aménagement des canaux de transmissions et des milieux de propagation ;

 Le pôle de développement repose sur une volonté réelle et non sur des simples
automatismes.

Ainsi, G. BENKO a conçu une première construction théorique de l’économie


spatiale95. D’après, lui « parler d’économie spatiale, revient à admettre que les entités
spatiales (nationales régionales, locales, urbaines) forment la base de la dynamique des
processus économiques. C’est aussi constater que l’organisation sociale et économique, liée
à un territoire, possède une logique propre et que les phénomènes économiques, prend forme
dans un cadre spatial infranational ».

Donc, la structuration de l’espace n’est pas l’apanage de la théorie de marché et des


mécanismes de concurrence. Cependant, il est, aussi, la capacité, des agents économiques a
participé à travers leurs interactions qui se cristallisent en des unités mésoéconomiques,
régionales ou locales.

95
BENKO G., « la science régionale », Édition PUF, 1998. P. 13-14
79
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Ensuite, après un survol sur des principales théories qui ont introduit la notion de
l’espace dans leurs analyses. Une nouvelle théorie de la localisation des entreprises s’est
émergée à la fin du XXème siècle par les Européens et les Américains, par lesquels, feront de
l’espace une variable économique. L’initiateur de l’analyse spatiale est le théoricien allemand
Von Thûnen qui a introduit la notion de distance dans l’analyse économique. De même,
d’autres auteurs ont contribué à enrichir cette théorie. En effet, le tableau, ci-dessous, présente
les principaux auteurs et leurs contributions à l’économie spatiale96 :

Tableau 11: Les principales approches de l’économie spatiale

Auteurs Leurs apports à l’économie spatiale

Von THUNEN Il a Cherché à calculer les principes de la localisation optimale des


J.H cultures et de délimitation des aires de marché. Son but est de maximiser
(1826) la rente foncière dont il faut déduire les coûts de transport. Von THUNEN
a défendu, aussi, l’idée de la localisation agricole caractérisée par des
isolignes97 qui dessinent des cercles concentriques autour de la ville en
fonction du coût décroissant du transport. Ce modèle inspirera plus tard la
nouvelle économie urbaine.
Alfred Weber Par sa théorie de localisation industrielle, Alfred Weber a tenté de
(1909) dégager les principaux facteurs de localisation expliquant la localisation
des firmes, à savoir : le point minimum des frais de transport (la distance
entre le lieu des matières premières et les produit finis), l’attraction
exercée par les centres de main-d’oeuvre avantageuse et qualifiée et enfin
le dernier facteur comprend le jeu des forces agglomératives déterminant
la densité de l’industrie. En effet, cette théorie a connu un essor
considérable à cause de la révolution industrielle et de la substitution de
l’activité agricole à des activités industrielles, commerciales et
intellectuelles.
Bref, A. Weber a enrichi la pensée économique spatiale par la définition
dans l’espace d’un point optimal pour la firme. Une fois l’entrepreneur
s’éloigne du point optimal, c’est qu’il y a une raison.
Harold Hotelling Il a introduit la notion de la concurrence spatiale comme un prolongement
(1929) de l’analyse wébérienne (la concurrence monopolistique). Ainsi, il a
démontré par sa théorie l’exemple des stratégies de localisation pour deux
vendeurs de glace sur une plage droite avec une clientèle homogène.
Donc, il a proposé deux solutions pour résoudre le problème

96
Ivan Samson, un extrait de l’ouvrage collectif sous dir, l’économie contemporaine en dix leçons « leçon 4 : Un
monde de régions économiques », Édition Dalloz-Sirey, 2003.
97
Isoligne : est une ligne joignant des points d'égale valeur sur une carte. Elle sépare des zones de faible valeur
et des zones de valeurs plus élevées. Selon Von Thûnen, les cercles concentriques autour de la ville se sont en
premier degré la culture de maraichage et la production laitière à cause de leur utilisation quotidienne et son cout
de transport élevé, les deuxièmes se sont la sylviculture et enfin le céréale et l’élevage.
80
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

délocalisation ; soit les deux se situent au centre du marché (solution de


différenciation minimale), soit se situe chacun à une extrémité de la plage
en fonction du comportement des acheteuses faces aux prix et au
transport. La solution parfaite reposant sur la différenciation minimale.
De plus, Hotelling a voulu montrer que l’agglomération possède des
effets positifs sur les concurrents (économie d’agglomération et une
économie de proximité).
Walter Il a élaboré une théorie des places centrales qui conçoit chaque
Christaller agglomération comme fournissant des biens et des services tertiaires à
(1933) son arrière-pays. Du type de produit dépendra l’importance du centre et
l’étendue de la zone desservie. Il en résulte une hiérarchie des centres
urbains et un principe d’organisation urbaine de l’espace.
August Loesch Avec son apport à l’économie spatiale par un véritable modèle d’équilibre
(1940) spatial qui comprend les théories de la localisation agricole et industrielle,
la formation des villes et la fameuse théorie des aires de marché qui ne
coïncident pas nécessairement avec les États.
Source : Adapté sur des travaux de G. Benko (1998, P. 23-52)

Après ce tri des différents travaux de l’analyse spatiale de l’économie, la notion de


l’espace s’est métamorphosée d’un simple support d’infrastructure neutre, à un espace
différencié économiquement, politiquement et socialement. Cela permet, notamment, aux
économistes de construire de nouvelles visions relatives à l’espace dont on aperçoit un
passage de l’espace géographique en tant que des places réelles reliées ou non entre elles, à un
espace économique plus concret reposant sur une division du travail et des stratégies de
compétitivités des territoires. Ces trois grandes approches de l’espace vont contribuer de
penser la différenciation spatiale des processus économiques et de préparer à l’émergence de
territoire98 :

 L’espace-distance :

Séparant deux points qui sont associés à la circulation des personnes, des biens, des
capitaux ou des informations. Il permet, soit d’engendrer une préférence pour la proximité, ou
soit au d’être recherchée comme une protection vis-à-vis de nuisances, par exemple. En effet,
la simplicité et la neutralité de l’espace dans l’analyse économique, réside dans son acception.
Il est considéré comme un support de proximité liant deux points qui facilitent la circulation.
Hotelling a développé un paradigme « espace-coût », avec une vision linéaire du marché où la
distance ou la proximité est appréhendée, par Hotelling, sous diverses manières : longueur,
cout, durée et plus généralement comme effort ou une désutilité.

98
BENKO G., (1998), Op. Cit. P. 53-63.
81
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

 L’espace-lieu :

Part de l’idée que toutes les variables économiques sont associées à un lieu et à une
date. L’espace économique est composé de point où ponctiforme ; les firmes et les nations y
sont représentées par des lieux qui deviendront des lieux de concentration et d’accumulation.
Donc, l’espace devient un facteur important dans la théorie de localisation des activités
économiques (Von Thuen, Alfred Weber et Christaller). Il est organisé autour de centres qui
étendent leur influence sur l’aire régionale et des forces relient les centres entre eux.

 L’espace vécu par des acteurs économiques.

Il présente toute l’histoire qui a été vécue, et qui s’exprime dans la culture, les
mentalités et les compétences des acteurs. Ainsi, c’est une scène vivante, où les acteurs privés
et les acteurs publics sont rencontrés avec leurs présentations et leur interaction, et par lequel,
ont développé une vision propre de l’espace économique pertinent.

En effet, l’espace a fini par laisser sa place au territoire. Ce concept construit par des
données géographiques et des projets territoriaux, ainsi qu’ils sont menés par des acteurs
effectifs. La valorisation du concept de territoire n’est commencée qu’à partir de la fin de la
deuxième guerre mondiale et aux crises des années 70. Cette période a été caractérisée par
une rupture au niveau des produits pétroliers et l’échec de la logique de la grande firme, une
force motrice de développement. C’est pourquoi les chercheurs ont commencé à inventer des
nouvelles stratégies afin de remédier aux perturbations qui ont touché les industries. Ensuite,
c’est qu’à partir des années 1980 qu’une révolution dans la science économique a été opérée
et qui a mené à la découverte de la notion du territoire. Ainsi, une panoplie des travaux de
recherche est menée conjointement par les chercheurs dans le domaine; en Italie sur les
districts (Beccattini, Bagnasco, Brusco et trigilia), en France sur les systèmes productifs
localisés (Courlet et Pecqueur) et les milieux innovateurs P. Aydalot (GREMI) et enfin aux
États-Unis par l’école californienne de géographie économique sur les métropoles (Scott-
Stopper-Walker).

1.3. De l’espace au territoire

La notion du territoire a été façonnée et jalonnée par différents auteurs et théoriciens


en vue d’aboutir à plusieurs acceptions qui ne reprennent pas forcément les mêmes critères
des identificateurs. À cet effet, nous procédons, ci-dessous, à exposer les principales
définitions qui ont défini la notion du territoire.

82
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

D’abord,Jean-Claude NEMERY,99 affirme dans sa conception de base que « le


territoire est un espace géographique sur lequel les autorités disposant de la légitimité
démocratique agissent pour réguler les rapports entre les individus et entre les corps sociaux
identifiés. Le territoire est une portion de surface terrestre appropriée par un groupe social
pour assurer sa reproduction et la satisfaction de ses besoins vitaux. Le territoire
géographique apparaît donc comme un espace qui vit en quasi-autarchie par rapport aux
territoires limitrophes et dans chaque pays, mais en leur sein dans chaque niveau territorial,
une déclinaison des compétences est organisée donnant à chaque niveau d’administration des
prérogatives propres. Il y a une vision analytique de la répartition des pouvoirs sur les
découpages territoriaux qui supposent qu’il n’y a pas d’interférence entre les différents
espaces géographiques ».

Puis, selon, Bernard PECQUEUR,100 « le territoire n’est pas un morceau de nation ou


de région, mais une forme d’organisation et de coordination inscrite dans l’espace et
construite socialement à terme. Comme tel, il est un « conteneur de ressources ».

Ces ressources peuvent être matérielles (infrastructures diverses) ou immatérielles


(connaissances, compétences), elles peuvent être génériques (ressources minières, par
exemple) ou spécifiques (savoir-faire effectivement valorisés dans un processus de production
concret). Le territoire n’est pas partout et tout n’est pas le territoire.

Ensuite, le territoire, d’après B. Pecqueur, est une forme d’organisation des acteurs qui
y évoluent, et des relations qu’ils nouent entre eux à l’occasion de l’exercice de leurs activités.
Ces relations peuvent être des rapports d’intégration verticale et/ou de coopération
horizontale, des rapports marchands et/ou non marchands, des rapports formels et ou
informels, etc. En effet, le territoire est une dynamique d’apprentissage qui renvoie au rôle
essentiel des institutions formelles de formation, de la main-d’œuvre, mais, aussi des
processus de transmission des métiers et de circulation des savoir-faire, à travers, notamment
l’apprentissage familial ou au sein d’un métier et le fonctionnement du marché local du
travail.

99
NEMERY J-C., « les pôles de compétitivité dans le système français et européen : Approches sur les
partenariats institutionnels », Édition l’harmattan, 2006. 197 pages.
100
PECQUEUR B., « territoire et gouvernance : quel outil pertinent pour le développement », une
communication à l’acte du colloque international de Constantine « Gouvernance locale et développement
territorial : Le cas des pays du sud », le 25-27 février, Montpellier, France. Disponible sur l’URL :
https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00277510 .
83
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Enfin, Alexander Moine confirme la conception du territoire comme un système


composé de trois niveaux de sous-systèmes en interrelation qui évoluent dans le temps, dansle
cadre d’une boucle ininterrompue fondée sur des principes de construction-déconstruction.
Ces trois sous-systèmes sont dans la (figure 1) 101:

 En premier lieu, l’espace géographique approprié et aménagé de l’homme donne la


possibilité à apparaître des organisations spatiales et de multiples interactions fondées sur les
interrelations entre les sous-systèmes qui le composent.

 En second lieu, le système des représentations de l’espace géographique, est un


ensemble de filtres : individuels, idéologiques et sociétaux. Ces filtres influencent les acteurs
dans la prise de décision et les individus dans les choix à opérer, notamment, dans
l’observation de la réalité de l’espace géographique et de son devenir lors d’une perspective
territoriale.

 Enfin, le système des acteurs qui agissent consciemment ou inconsciemment sur


l’espace géographique, est influencé par les filtres et suivant une position au sein de ce
système.

Cette définition considère le territoire comme un système composé de sous-systèmes


et de relations multiples, notamment, des boucles de rétroaction positive et négative entre des
différents acteurs qui évoluent dans le temps et dans l’espace. Donc, il est, entre autres, un
système, un espacé organisé, aménagé et un produit des interrelations entre les acteurs. Parmi
les principaux acteurs du territoire constituant ce sous-système, nous trouvons :

 L’ÉTAT et les collectivités territoriales par le rôle d’assurer un développement


économique ;

 Les entreprises et les firmes multinationales dont l’objectif est de saisir les
opportunités territoriales ;

 Les acteurs sociaux (associations, les ONG), qui sont pour but de favoriser une
responsabilité d’information, d’encadrement, de sensibilisation, d’orientation et de
mobilisation les citoyens du territoire.

101
Moine A., « le territoire comme un système complexe : un concept opératoire pour l’aménagement et la
géographie» l’espace géographique 2006/2 Tome35, P 115-132.
84
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Figure 13: La boucle de rétroaction qui anime les territoires

Source : Alexander Moine, (2006. P. 121).

En résumé, ce paragraphe trace le passage de l’espace géographique comme un


support neutre de localisation des firmes et une variable utilisée dans l’économie régionale et
les théories de localisation, à un territoire cohérent bien construit porteur d’externalité. En
effet, le concept territoire arrive à développer sa propre identité et sa propre dynamique
différenciée des autres espaces. De même, il devient un acteur dans un système, par lequel
assure son développement et participe à la réussite des stratégies de développement territorial.
Ce développement territorial passe par une parfaite instauration des économies de territoire
qui sont en nombre de quatre : une économie d’externalité, une économie de proximité, les
ressources territoriales, et enfin une économie d’agglomération. Ces économies feront l’objet
du deuxième paragraphe.

Paragraphe 2 : l’économie du territoire

Ce deuxième paragraphe a pour objet d’éclaircir la notion de l’économie du territoire.


Plusieurs de nous s’interrogent, est-ce que le territoire possède une économie? Tandis que, la
majorité des chercheurs se sont focalisés sur le concept de territoire, pour le rapprocher au
système économique. La découverte du territoire dans les années 1980 est une révolution de
la science économique, caractérisée par des configurations spatiales localisées telles que : les
districts industriels, les systèmes productifs localisés et les milieux innovateurs. En effet, cette
relation entre les entreprises et le territoire a développé une réflexion théorique s’intéressant
sur les externalités territoriales dont bénéficient les entreprises qui s’agglomèrent, ainsi que
l’impact de la proximité sur la performance économique. C’est pourquoi ce paragraphe va
85
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

dévoiler les économies du territoire, c’est-à-dire, l’économie d’externalité, l’économie


d’agglomération et l’économie des ressources. De plus, une économie assez importante, à
savoir l’économie de proximité fera l’objet de la deuxième section (les réseaux territorialisés
et dynamiques de proximité).

2.1. L’économie d’externalité

Le territoire est porteur d’externalités spatiales spécifiques et non transférables qui lui
conférant une compétitivité particulière.102 L’externalité signifie entre autres que sur un
marché les décisions ou les actions d’un agent affectent les décisions ou les résultats des
actions d’autres agents sans qu’il n’y ait une transaction monétariste. Dans ce sens, le concept
d'externalité a été défini par Pigou, comme103 « un défaut de marché », il a illustré
l’externalité par le fait que l’utilisation d’un train est bénéfique pour les voyageurs et les
compagnies, mais il peut causer un sinistre préjudiciable aux propriétaires forestiers à cause
des escarbilles. De même, Meade a proposé une définition du concept d'externalité selon
laquelle104 « une économie (ou des économies) externe est un phénomène qui apporte un
bénéfice appréciable (ou inflige un préjudice significatif) à deux ou plusieurs personnes qui
n'ont pas été des parties prenantes et consentantes du processus de décision qui aboutit
directement ou indirectement à l'effet produit». Donc, l’externalité est expliquée par le fait
que lorsqu’une activité induit des coûts (externalité négative) ou des bénéfices (externalité
positive) pour un autre agent qui n’est pas impliqué directement.

Ainsi, Alfred Marshall, le précurseur des districts industriels a montré que les
économies d’échelles peuvent provenir des effets externes dispensés par le milieu
économique. Les firmes situées dans un milieu économique et grâce à leur proximité spatiale
développent des relations particulières permettant d’unifier leurs efforts et de réaliser des
avantages mutuels, à savoir: l’augmentation du nombre d’industries intermédiaires, le
développement d’un bassin d’emploi spécialisé, les achats groupés ou d’approvisionnement et
la création d’une structure de coordination propre au district et de ressources partagées. Ces
effets d’externalités contribuent à une minimisation des couts de production et d’améliorer la
productivité105.

102
SAMSON I., « Territoire et système économique », Revue critique économique, N°14, Automne 2004. P.
131.
103
LEVEQUE F., « Économie de la réglementation », Éditions La Découverte, « Repères », 2009, 128 pages.
Disponible sur l’URL : http://www.cairn.info/economie-de-la-reglementation--9782707142658.htm
104
Idem., P. 24-29.
105
SAMSON I., (2004), Op. Cit. P. 132.
86
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

En conséquence, deux typologies d’externalité sont les plus répandues, c’est-à-dire, les
externalités technologiques et les externalités pécuniaires. Les premières reposent sur des
interdépendances directes qui se produisent en dehors des marchés et touchent les
consommateurs et les entreprises. Ils ont pour effet de modifier la productivité totale des
facteurs et donc de modifier potentiellement la fonction de production individuelle de chaque
firme. Alfred Marshall a expliqué cette externalité par une disponibilité d’inputs spécialisés,
d’une main-d’oeuvre plus qualifiée et plus accessible et de la diffusion de l’information, qui
peuvent affecter positivement les firmes. Les deuxièmes traduisent l’effet des structures de
marché sur le système des prix, par exemple, le cas de la sous-traitante ou les réseaux de
firmes. Donc, une externalité pécuniaire s’explique par l’habitude que les coûts d'achat ou de
vente d'un acteur sont modifiés par l'action d'un tiers. Il modifie non seulement la fonction de
production, mais, aussi la fonction de coûts. Citant l’exemple, quand une firme achète à une
autre des biens avec des normes techniques ou de qualité supérieure, souvent les externalités
autorisent des rendements croissants.

L’économie régionale donne une importance aux externalités, par le fait, qu’elle place
au centre de processus de développement, notamment par une croissance polarisée, des
intérêts communs non exploités qualifiés d’externalités latentes, des externalités dynamiques
reposant sur les mécanismes de propagation du développement par le marché ou en dehors.
Ainsi, l’espace économique est le siège de nombreuses externalités spatiales. L’espace est un
lieu d’échanges et d’interaction, il n’est plus un simple lieu d’achat et de vente entre
producteurs, mais, aussi un réseau d’échanges, de discussion, de négociation, de
compréhensions et d’apprentissages interpersonnels sans fin. Donc, cette nature
transactionnelle rend l’espace économique porteur d’externalité.

2.2. L’économie d’agglomération

Après l’économie d’externalité, un autre concept très répandu qui constitue les
fondements de l’économie du territoire, à savoir, l’économie de l’agglomération. Ce concept
lie les économies externes à la concentration spatiale. En effet, une économie d’agglomération
réellement existe, quand les bénéfices retirés par une entreprise du fait d’être localisée proche
d’autres firmes augmentent avec le nombre de firmes localisées au même endroit106. Cette

106
Rachid SABAGHI, « Le territoire entre projets de développement et mobilisation des acteurs : une approche
par la gouvernance. Cas de la région de l’Orientale», 340 pages. Thèse pour l’obtention du doctorat en sciences
économique soutenu en 2015, à l’université Mohamed 1 er Oujda. P. 16-15.
87
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

notion d’économie d’agglomération résulte historiquement de la convergence de deux types


d’analyses :

 Une économie d’industrielle et de micro-économie ; Alfred Marshall est à l’origine de


la notion « d’économie externe » à propos du district industriel. Il s’agit d’effets externes liés
à la différenciation des activités, à la spécialisation intra-industrielle, à la formation d’une
main-d’œuvre locale, aux facilités de transmission des informations et des innovations.

 Dans le cadre de la théorie de la localisation en économie spatiale, Alfred Weber a


introduit la notion «d’économie d’agglomération » avec l’expression de « force
agglomérative», développés ensuite par Walter Isard, (sont expliquées dans le tableau10).

Elles se décomposent en deux catégories107 :

 Les économies marshalliennes de localisation : qui s’agissent par un regroupement


géographique d’entreprises travaillant dans le même domaine d’activité et cherchant de
profiter en commun de nombreuses ressources. En d’autres termes, c’est une économie
d’échelle externe à la firme. Les firmes agglomérées bénéficient d’effets externes liés à la
différenciation des activités, à la spécialisation intra-industrielle, à la formation d’une main-
d’œuvre, aux facilités de transmission des informations et des innovations.

 Les économies d’urbanisation, externes à la firme mais aussi au secteur industriel.


Elles sont liées à la concentration spatiale, c’est-à-dire, une concentration de la population,
infrastructures, présence de services aux entreprises. Ces économies permettent aux firmes
agglomérées de bénéficier d’un vaste marché de l’emploi, d’infrastructure, de plus
d’informations formelles et informelles.

Ainsi, les économies d’agglomération contribuent à accroitre la productivité des


industries par des différents moyens. D’un côté par une spécialisation des taches entre
nombreux PME qui souffrent déjà d’une main-d’œuvre peu qualifiée. De l’autre côté par des
phénomènes de rendements croissants108 qui se réalisent grâce aux effets d’apprentissage du
capital humain, aux externalités liées au partage d’infrastructures et à la diversification de la
production.

107
SAMSON I., (2004), Op. Cit. P. 133.
108
C’est un phénomène assez important dans l’économie spatiale qui décrit bien les mécanismes de
l’agglomération. Une fonction de production est à rendements croissants quand l’augmentation de la production
est toujours plus que proportionnelle à celle des facteurs engagés. Le principe essentiel de ce phénomène est que
la différenciation des produits ou des facteurs de production est un facteur d’agglomération, et qu’une baisse des
coûts de transport produit une agglomération cumulative.
88
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

De même, Paul KRUGMAN (1991) a présenté un modèle sur les effets de l’économie
d’agglomération, par lequel, une entreprise s’agglomère dans une localité et avec d’autres
entreprises, cela lui permet de bénéficier d’une baisse des coûts (externalité de réseau) et une
augmentation des offres (avec une possibilité que le coût de transport payé par l’acheteur). Ce
modèle nous mène vers une réduction des prix et une augmentation des revenus réels des
travailleurs relativement à une autre région, nommée un effet aval. Et un effet amont par
l’attractivité de nouveaux producteurs, pour répondre à l’augmentation de la demande,
considérée comme un effet amont109.

2.3. L’économie des ressources

Le troisième fondement de l’économie territoriale est l’économie de ressources. En


effet, le territoire est à la fois un espace-lieu (géographique) doté de ressources (matières
premières, actifs productifs, compétences, relation) et un espace vécu dans le temps doté
d’une cohésion sociétale. La notion de ressource est essentielle pour comprendre le territoire,
elle est le lien direct entre l’économie et l’espace. Selon B. PECQUEUR (2003), le territoire
est un conteneur de ressources : matérielles, immatérielles, génériques et spécifiques.

COLLETIS et PECQUEUR(2005), dans un acte de colloque sur l’économie de


proximité, cherchent à éclaircir la différence entre l’actif et les ressources qui sont qualifiés
selon leur nature générique ou spécifique. Le premier est un facteur en activité, tandis que le
deuxième est un facteur à exploiter, à organiser, ou encore à révéler. Donc, les ressources se
distinguent de l’actif, dans la mesure où elle présente une réserve, un potentiel latent que l’on
peut transformer en actifs, si les conditions le permettent110.

Ainsi, un actif est spécifique selon Williamson, que si sa délocalisation à un autre site,
peut causer des pertes et dommages à l’actif en question. De même, la constitution et le
maintien de tels actifs peuvent être considérés comme un gage de compétitivité de long terme
du territoire. Ces actifs mobilisent des ressources propres à chaque territoire. Ainsi qu’il ne
s’agit pas de ressources naturelles, du capital social ou même des connaissances : ces
ressources sont inséparables de l’engagement des acteurs dans un projet ou une stratégie de
développement territoriale.111

109
KRUGMAN P. R., Geography and trade, Editions, MIT Press, 1991.
110
COLLETIS G., PECQUEUR B., « révélation de ressources spécifiques et coordination située », Revue
économie et institution N° 6 et 7- 1er et 2e semsestre 2005. P. 54-55.
111
SAMSON I., (2004), Op. Cit. P. 134.
89
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

En ce qui concerne les ressources, elles sont généralement identifiées en deux types
sur le territoire112 :

En premier lieu, les ressources standards ou génériques: dont la valeur existante ou


potentielle est indépendante de leur participation à un quelconque processus de production
(exemple de la main-d’œuvre sans qualification). Ces ressources sont totalement transférables
et immédiatement disponibles, ainsi que sa valeur est fixée par le marché. Tantôt certaines
ressources acquièrent de la valeur économique et deviennent des actifs, mais préservent
toujours son caractère générique. Collectis et Pecqueur distinguent quatre exemples de
ressources génériques. Elles sont ventilées comme suit:

Tableau 12 : Les principales ressources génériques et ses caractéristiques

Les ressources génériques Les caractéristiques Le mode de


coordination
Main-d’oeuvre non qualifiée Le moment qu’elle transforme en Coordination par le
et non utilisée. actif, il influence le marché du Marché
travail, par son importance et sa
qualification.
Capital. Le capital épargné destiné à Coordination par le
l’investissement acquiert une Marché.
valeur économique.
Matières premières non Elle acquiert une valeur Coordination par le
exploitées. économique dès qu’elle est mise en Marché
exploitation.
Information disponible sous Participe au processus de Coordination par le
forme standard mais non construction de connaissance. Marché.
utilisée.
Source: Adapté sur les travaux de Colletis et Pecqueur (2005. P. 51-74).

En second lieu, les ressources spécifiques ou latentes: dont la valeur est en fonction
des conditions de leur usage (savoir-faire, les apprentissages et les qualifications
intellectuelles dans le cas de district industriel). Il s’agit de ressources non valorisées mais
susceptibles de le devenir par le jeu d’effet de proximité et par une synergie et une dynamique
cognitive synonyme d’un apprentissage interactif. D’après G. COLLETIS et B. PECQUEUR
(2005), ces ressources n’apparaissent qu’au moment des combinaisons des stratégies
d’acteurs pour résoudre un problème productif. De même, d’après eux « ces ressources
nécessitent des processus interactifs et sont alors engendrées dans leur configuration. Elles
constituent le processus cognitif qui est engagé lorsque les acteurs ayant des compétences
différentes produisent des connaissances nouvelles par la mise en commun de ces dernières et

112
COLLETIS G., PECQUEUR B., (2005) Op.Cit. P. 55.
90
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

lorsque des connaissances et savoirs hétérogènes sont combinés, de nouvelles connaissances


sont produites qui peuvent à leur tour, participer de nouvelles configurations ».113 par
conséquent, ces ressources résultent d’une stratégie de coordination et de proximité, ainsi que
d’une longue histoire d’accumulation de mémoire et d’apprentissage collectif cognitif.

En résumé, le territoire est composé d’un certain nombre de fondements théoriques qui
lui permettent d’assurer sa compétitivité et son développement. I. SAMSON (2004) expose
quatre économies du territoire. Nous avons cité, dans ce paragraphe, trois économies et la
quatrième fera l’objet de la deuxième section. D’abord, une économie d’externalité sous
différentes formes (technologiques et pécuniaires) rend l’espace un lieu d’échanges et
d’interactions entre les firmes existantes, et devient par la suite la clé du développement
territorial. Ensuite, une économie d’agglomération a pour objective de faciliter aux firmes
regroupées géographiques des externalités et des avantages, notamment, la création d’un
marché de taille plus grande, une offre de diversité, une réduction des coûts de transaction et
par des fonctions de rendements croissants. Enfin, une économie de ressources, le territoire
est considéré comme un conteneur de ressources ( des ressources matérielles, immatérielles,
génériques et spécifiques). La mobilisation de ces ressources par l’homme et les effets de
proximité et de synergie assurent un développement territorial.

Paragraphe 3 : Les stratégies de l’organisation territoriale

Ici, nous allons expliciter, deux types de stratégies de l’organisation territoriale.


D’abord, une stratégie de territorialisation, définie par les entreprises comme la construction
d’une compétitivité à base territoriale. Cette stratégie renie la logique de la localisation qui
vise seulement, pour une entreprise, à se localiser dans un territoire et bénéficie de ses
ressources, à un processus de construction et de discrimination entre les différents acteurs
territoriaux. Ensuite, une stratégie de glocalisation d’où la possibilité pour les entreprises
d’ancrer territorialement afin de bénéficier des ressources du territoire et de construire sa
compétitivité internationale. Enfin, le dernier point de ce paragraphe est de s’intéresser à la
perspective de l’organisation territoriale, notamment au développement territorial.

113
Idem., P. 56.
91
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

3.1. La territorialisation : une stratégie de l’organisation territoriale

Le concept de la territorialisation correspond à un processus qui crée l’ensemble des


liens sociaux, économique et politique au sein d’un territoire donné. Il vise à assurer une
construction du local reposant sur le passage d’un aspect purement physique et statique du
territoire à une dimension plus au moins dynamique qui suppose la participation de tous les
acteurs en vue de répondre à une question productive.

Dans le cadre de l’entrepreneuriat, les entreprises ont accordé dernièrement beaucoup


d’importance au territoire, par lequel, tissent des relations avec les acteurs locaux et
interviennent dans la construction du territoire. De même, la politique de l’ancrage territoriale
basée sur la rencontre productive, entre la firme et son territoire visant la valorisation des
ressources. L’ancrage territorial suppose une dynamique territoriale permettant la construction
d’avantages spécifiques.

En effet, la stratégie de territorialisation des PME est fondée sur un processus de


construction territoriale qui consiste à co-construire avec les acteurs du territoire des
ressources spécifiques et sources d’avantages concurrentiels114. Cette stratégie est fondée
donc sur une logique de création de ressources, c’est-à-dire, le territoire est plus qu’un simple
processus d’allocation de ressources génériques données. Il est aussi une composante d’un
processus de construction de ressources suite à la proximité et à l’interaction étroite entre ses
acteurs (Veltz), cette conception du territoire est plus gestionnaire puisqu’elle le considère
comme une ressource115.

En général, la territorialisation peut se fonder sur la rencontre productive entre


l’entreprise et le territoire, elle peut être vue comme la capacité à apporter des solutions à
certains problèmes productifs locaux voire à formuler et à résoudre des problèmes productifs
inédits. Ceux-ci suppose que les acteurs doivent se réunir en fonction des difficultés
productives qu’ils ont à résoudre à une échelle méso-économique. L’approche méso-
économique de l’espace constitue-t-elle l’analyse des dynamiques de construction d’un
dedans par rapport à un dehors116. Donc, le territoire va résulter d’un processus de
discrimination entre les différents acteurs. Cela renvoie à une combinaison entre l’espace

114
SAIVES A-L., « Territoire et compétitivité des entreprises », Édition, L’Harmattan Paris, 2006. P. 93.
115
LE BOULCH G, « de l’environnement territorialisé : un nouveau concept de structuration de l’environnement
dans la stratégie de l’entreprise »,5e conférence de l’Association Internationale de Management Stratégique,
Lille, 2002.
116
PECQUEUR B., (2003). Op.Cit.
92
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

commun abstrait et construit par les acteurs, d’une part, et, d’autre part, de l’espace physique
qui contribue à l’élaboration de la ressource précisant le dedans par rapport au-dehors.

3.2. La perspective de l’organisation territoriale

Le dernier point de l’organisation territoriale réside dans sa perspective au


développement territorial, une composante territoriale du développement économique axé sur
le moteur des SPL. Selon T. KIRAT et C. SIERRA (1996) dans une contribution à l’ouvrage
de C. COURLET et L. ABDELMALKI « les nouvelles logiques du développement ont
décomposé l’organisation territoriale en deux grands axes de recherche :

En premier lieu, l’organisation du « district industriel » à la Marshall et sa dynamique.


L’intérêt de cette approche est analytique, il vise à articuler les ressources économiques,
sociales et territoriales. En effet, le district apparaît comme une division spatiale du travail
exprimant une logique fondamentalement statique de coordination des activités et
d’affectation des ressources productives. Les districts émergeant dans la continuité de formes
archaïques d’organisation locale et témoignant par là même d’une stabilité raisonnable dans le
temps117. Ainsi, la dynamique des districts s’exprime par des fonctions nouvelles et un esprit
nouveau confondus avec l’innovation.

En second lieu, l’organisation résiliaire et sa dynamique. Cette approche de réseau se


focalise, d’une part, sur la coordination des activités résiliaires qui rend compte de la division
des tâches entre firmes, et, d’autre part, sur la nature de ces activités, notamment en rendant
compte du développement conjoint d’activités à travers l’étude de coopération inter-firmes118.

Bref, ces deux approches, district et résiliaire, vont être expliqués en plus, dans la
deuxième section: les réseaux territorialisés et dynamiques de proximité, notamment par les
travaux de C. COURLET.

Pour conclure, cette section consacrée à l’organisation territoriale. Elle nous a permis
d’éclaircir et d’apporter une signification détaillée du concept de territoire. D’abord, nous
avons montré à travers l’évolution des théories de localisation, le passage de la notion de
l’espace en tant qu’un réceptacle des ressources à la notion du territoire, acteurs qui assurent
son développement. En effet, la notion de territoire a été, ensuite, définie et considérée par Le
moine, comme un système aménagé, organisé et résultant des interrelations entre les

117
KIRAT T. et SIERRA C., « Organisation territoriale, institutions et dynamique économique : repères
théoriques » sous la dir de Claude COURLET et Lahsen ABDELMALKI, « les nouvelles logiques du
développement globalisation versus localisation », Édition l’Harmattan, 1996. P. 63.
118
Idem., P. 64.
93
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

différents acteurs. Puis, nous avons cité les économies du territoire, à savoir : l’économie de
l’externalité, l’économie d’agglomération et l’économie de ressource. Ces économies sont
considérées comme les fondements théoriques du territoire. L’externalité apporte un bénéfice
pour toutes les parties prenantes existées sur le territoire, à savoir un bénéfice pécuniaire ou
technologique. L’agglomération permet d’avoir une synergie entre les firmes agglomérées et
développe des processus d’apprentissages. Les ressources sont parmi les facteurs clés de
développement territorial. Enfin, le dernier paragraphe a été pour objectif d’expliciter d’une
façon très brève les stratégies du territoire, notamment la stratégie de territorialisation et la
stratégie de glocalisation. Ainsi que, de s’intéresser à la perspective de l’organisation
territoriale. À cet effet, la perspective de l’organisation territoriale nous a conduit à poser la
problématique suivante : en quoi les dynamiques des réseaux territorialisés permettent-elles
de contribuer au développement territorial ?

Section II : Les réseaux territorialisés et dynamiques de proximité

Cette section a pour rôle principal de dévoiler l’économie de proximité, une notion
assez importante pour le devenir du territoire. Cette approche défend l’idée que le territoire
n’est plus un espace neutre et amorphe d’une part, et, d’autre part, un oubli de l’analyse
économique et industrielle. Cependant, elle vise à donner un sens au territoire notamment par
la présence d’une double proximité géographique et organisationnelle qui permettent de
favoriser l’interaction entre les différents acteurs et sous des différents formes ; formelles ou
informelles, marchandes ou non marchandes, agents-innovations et innovations-innovations.
Ainsi, les réseaux territorialisés, objet de cette section, seront mieux fonctionnés, et ce par
l’importance de l’économie de proximité qui permet de générer pour les entreprises et les
différents acteurs présents sur le territoire des effets externes et des externalités
technologiques et pécuniaires.

Dans cette section, nous allons définir d’abord, l’économie de proximité (Paragraphe1),
Ensuite, d’expliciter les réseaux territorialisés, (définitions, caractéristiques et spécificités) et
de montrer l’importance des dynamiques de proximité dans son fonctionnement(Paragraphe 2).

Paragraphe1 : L’économie de la proximité

Après avoir explicité les piliers de l’économie territoriale, à savoir : l’économie


d’externalité, l’économie d’agglomération et l’économie des ressources. Le tour viendra sur
un pilier aussi important, celui de l’économie de la proximité, qui développe la notion de
territoire construit au lieu d’un territoire donné. En effet, ce paragraphe est subdivisé en deux
94
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

points traitant d’une façon approfondie la notion de la proximité territoriale. D’abord, nous
définissons le concept de proximité et nous proposons, ensuite, une typologie de proximité,
d’après les travaux de A. RALLET et A. TORRE (2005) et de B. PECQUEUR et J.B
ZIMMERMAN (2004). Puis, nous expliquons l’effet exploité de l’interaction entre les
différents types de proximité sur le territoire. L’articulation de ses proximités encourage les
acteurs territoriaux à échanger et à coordonner leurs actions dans des réseaux territorialisés.

1.1. La proximité territoriale : définition et typologies

L'approche en matière de proximité repose sur l'idée partagée que l'espace n'est pas
neutre et qu'il ne doit pas rester à l’écart de l'analyse économique. Il est un construit, issu des
pratiques et des représentations des acteurs économiques et institutionnels, articulé à un
contexte en évolution. « La notion de proximité s'inscrit dans une conception de la réalité
économique, comme de la réalité sociale (au sens de Bourdieu), essentiellement relationnelle.
Elle renvoie à la fois à la séparation, économique ou géographique, des acteurs (individuels
ou collectifs), détenteurs de ressources différentes et aux relations qui les rapprochent (et/ou
les éloigne) dans la résolution d'un problème économique (production d'un bien, innovation
technologique ……» (Gilly, Torre, 2000).119

B. PECQUEUR et J.B ZIMMERMAN (2002) supposent que le territoire est un


construit des pratiques et des représentations des agents économiques. Il doit être aussi le
résultat d’une démarche analytique et non présupposé120. Le territoire se construit dans cette
perspective sur la base d’apprentissage collectif et sur la base d’une mise en cohérence des
différents modes de coordination et de construction de compromis. En effet, les travaux sur la
proximité trouvent son origine dans le fait d’une convergence entre l’économie industrielle et
l’économie spatiale régionale. Cette convergence permet d’identifier, ci-dessous, les sources
d’émergence de la proximité territoriale.

 En premier lieu, on assiste à un passage d’une problématique d’allocation des


ressources à celle de création de ressources. Cela nous explique que la création de ressources
et la construction d’un territoire fait appel non seulement à une concurrence entre les
entreprises, mais aussi entre les sites inscrits dans des espaces déterminés. À cet effet, le

119
GILLY J-P et LUNG Y., « Proximités, secteurs et territoires », Cahiers du Groupement de Recherches
Économiques et sociales, Université Montesquieu- Bordeaux 4 &Université des sciences sociales Toulouse ,
Cahier n°2005-09, Mai 2005. P. 5.
120
PECQUEUR B. et ZIMMERMAN J. B., « Les fondements d’une économie de proximité », Document de
travail n°02A26, Groupement de recherche en Économie Quantitative d’Aix Marseille- UMR- CNRS 6579,
École des Hautes Études en science sociales Universités d’Aix-Marseille II et III. Juin 2002. P. 3-5.
95
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

processus d’activation des ressources qui engendrent une spécificité de la production plus ou
moins grande, juge une mobilisation des acteurs dans des processus de coopération qui
mettent en avant le rôle de relations hors marché et les aspects de coordination qui s’attachent.

 En second lieu, la situation d’une proximité entre agents économiques a permis


d’avoir une économie limitée dans son étendue et dans sa relation avec l’extérieur. Le local
est expliqué selon une double logique ; celle qui résulte de la mobilisation et de l’activation
des ressources productives dans le contexte d’une proximité géographique et celle de sa
mise en phase et de son insertion au sein de circuits productifs externes. Donc, nous
considérons que le local est une modalité de fonctionnement du global. De même, la relation
local/global déplace la problématique de la localisation traditionnelle basée sur des
motivations, telles que, les bas salaires, la chasse aux aides publiques et l’accès à des
réseaux d’infrastructure vers une nouvelle approche de l’ancrage territorial qui modifie la
nature de relation entre l’entreprise et le territoire, tout en basant sur des stratégies et des
projets.

 Enfin, la complémentarité entre des relations de marché et hors marché arrive à


considérer que la coopération n’est plus le contraire de la concurrence. Ainsi que l’efficacité
individuelle d’un agent peut se voir conditionnée par la réalisation d’une efficacité collective
à certains niveaux des structures productives. À cet effet, la proximité permet d’introduire une
double modalité de relation entre les acteurs ; la coopération et la concurrence se combinent
dans des configurations très diverses qui tiennent au mode d’organisation et d’arrangement
institutionnel dans un milieu.

En effet, les théoriciens de l’économie de proximité sont regroupés en deux pôles ; un


pôle d’inspiration institutionnaliste qui privilégie une lecture en trois proximités et un autre
interactionniste qui se limite à deux formes de proximité. Ainsi, le premier pôle présenté par
KIRAT, Y. LUNG (1995) et J.B GILLY (2004) tend à proposer trois composantes au sein
d’un territoire ; une proximité géographique, une proximité organisationnelle et une proximité
institutionnelle. Pour ces auteurs, la proximité organisationnelle ne peut se développer qu’il
s’est appuyé sur une proximité institutionnelle qui joue un rôle déterminant dans la
coordination spatiale des acteurs. Tandis que, le deuxième pôle présidé par A. RALLET
(2002) et A. TORRE (2000) considère qu’il existe deux types de proximité ; une proximité
géographique et une proximité organisée définie par le partage de ressemblances (logique de
similitude) ou l’appartenance à un même sous-ensemble (logique d’appartenance). En effet,
les deux approches sont voisines et articulées, entre elles, seulement que dans le deuxième
96
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

pôle, la proximité institutionnelle a disparu et la notion de proximité organisationnelle devient


la proximité organisée121.

Le tableau, ci-dessous, expose l’appartenance des auteurs du groupe de recherche


« dynamique de proximité »122 par rapport aux pôles évoqués.

Tableau 13: La déclinaison des proximités dans les publications du groupe de


dynamique de proximité

Les proximités Géographique Organisationnelle Organisée Institutionnelle Autres


Bellet, + + Territoriale
Colletis, Lung
(1993)
Kirat, Lung + + + Technologique
(1995)
Gilly, Torrre + +
(2000)
Rallet, 2002 + +
Dupuy, + +
Bormeister
(2003)
Pecqueur, + + + Relationnelle
Zimmerman
(2004)
Source: GILLY J.P et LUNG Y (2004, P. 6).

À cet effet, les différentes formes de proximités se déclinent de la manière suivante:

La proximité géographique:
Présentée par Pecqueur et Zimmermann (2004), comme123« la distance géographique
qui sépare différentes parties prenantes, en tenant compte des moyens de transport
(temps/coûts) et du jugement des acteurs sur la nature d’une telle distance (représentations).
La proximité géographique favorise ainsi les autres formes de proximité en raccourcissant les
temps de transaction et de production, en augmentant la fréquence relationnelle, en facilitant
indirectement les processus d’apprentissage et d’innovation, en créant les conditions de
communautés de pratiques et de valeurs culturelles. Toutefois, elle peut induire des conflits et

121
GILLY J-P. LUNG Y., (2004), Op. Cit. P. 7.
122
Le groupe « dynamique de proximité », composé d’économistes, sociologues et géographes, a entamé depuis
le début des années 1990 une réflexion collective visant à mettre en évidence des convergences et des cohérences
dans les nouvelles approches théoriques de l’espace n’est pas neutre et qu’il doit sérieusement prendre en compte
dans les analyses.
123
PECQUEUR. B et ZIMMERMANN J.B, « les fondements d’une économie de proximité », sous la dir de
Pecqueur. B et Zimmermann J.B, Économie de proximités, Édition Hermès-Lavoisier, Paris, 2004. P.
97
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des déséconomies de coordinations par une surintensité des interactions et une surabondance
d’informations ».
- Elle s’apparente dans une large mesure à la distance coût de transport, ainsi elle est
dépendante des infrastructures et services de transports 124. Elle est appelée aussi physique ou
spatiale.
-Elle représente une forme de différenciation fondée sur le caractère spatial au sein
duquel s’inscrivent les acteurs économiques.
- Elle ne se réduit pas à une distance géographique ou spatiale, mais elle est considérée
comme un construit qui prend sa forme dans les interactions sociales marchandes et non
marchandes.
- Elle renvoie à l’observation des processus de concentration industrielle ainsi qu’à la
distribution spatiale des activités.
En effet, la proximité géographique joue un rôle important dans les réseaux
territoriaux, notamment par sa faculté à faciliter la transmission des connaissances, le
développement des mécanismes d’apprentissage entre acteurs et la facilitation des processus
d’innovation locaux. Donc, la proximité géographique est un facteur qui facilite la
coordination entre acteurs proches géographiquement. De même, B. PECQUEUR et J.B.
ZIMMERMANN (2004) a identifié quelques avantages de la proximité géographique, à
savoir125 :

 Elle peut faciliter les rencontres entre agents ;


 Elle peut simplifier le transfert d’une relation d’un contexte à l’autre ;
 Elle permet le contact direct par le recours au face à face, quand les relations sont
établies ;
 Elle permet aussi et surtout de compenser et de rectifier un défaut de proximité de
nature principalement non spatiale (organisationnelle ou institutionnelle).
En effet, la proximité géographique dans la mesure où elle assure des interactions
sociales, rompt directement avec la notion d’un territoire donnée au profit d’un territoire
construit socialement. Donc, elle est considérée comme une condition permissive des
relations, alors que c’est la proximité organisée qui assure les interactions et construit des
liens plus organisés.

124
RALLET A., « l’économie de proximité : Propos d’étape ». Études et Recherches sur les Systèmes Agraires
et le Développement à INRA, Éditions, 2002. P.11-25.
125
PECQUEUR. B et ZIMMERMANN. J. B, (2004), Op.Cit.
98
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

La proximité organisationnelle:

Selon PECQUEUR. B et ZIMMERMANN J-B (2004),126«Elle s’appréhende par les


règles prescrites et construites de manière autonome, qui organisent les pratiques et les
représentations entre parties prenantes réunies autour d’un projet commun. Elle permet
ainsi, l’émergence et le développement de liens d’appartenance, à la fois à travers « le choix
du faire ensemble » et « l’obligation de faire ensemble » pour dépasser ou contourner des
contraintes. Elle s’accompagne aussi de l’intensification des échanges d’expériences et des
apprentissages interindividuels, collectifs, voire organisationnels. Elle renvoie à la
complémentarité des ressources entre les différents acteurs susceptibles de coopérer ».

La proximité organisationnelle est définie comme une relation de proximité induite par
l’appartenance à une organisation comme le fait de suivre des règles communes ou de
partager une même culture d’entreprise au sein d’une activité finalisée. À cet effet, l’existence
d’une proximité organisationnelle permet à un ensemble d’acteurs d’installer des systèmes de
coordination pour atteindre les objectifs, objet d’un accord entre les membres d’une
organisation ou entre les organisations.

En effet, la proximité organisationnelle repose sur un cadre cognitif commun partagé


par des acteurs appartenant à un même espace de rapports économiques et sociaux, ainsi
qu’ils entretiennent des relations effectives. B. PECQUEUR, G. COLLETIS, J.B GILLY et
A. TORRE distinguent au sein de la proximité organisationnelle, deux formes de
proximités127. D’abord, une logique d’appartenance selon laquelle les acteurs partagent un
même espace de rapports (firmes, réseau). En effet, le fait qu’un acteur appartient à une
organisation, elle assure une perpétuelle interaction entre les composantes et les membres de
l’organisation. Cela lui permet d’entamer une discussion sur les règles à produire au sein d’un
dispositif, de discuter des modalités techniques et des arrangements à trouver. Ensuite la
logique de similitude est proche en termes organisationnels, les acteurs partageant le même
espace de représentation, de modèles et des règles de pensée et d’action. Cette logique conduit
vers la production de règles collectives acceptées par toutes les parties prenantes, ainsi que la
production de croyances et d’anticipations partagées par les acteurs, afin de tracer un sentier
commun à des collectifs.

126
Idem.
127
GILLY J.P et TORRE .A, « Dynamique de proximité » sous la direction de, GILLY J.P, TORRE A., Éditions
L’Harmattan, Paris, 2000. P. 11-13.
99
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

En conséquence, l’articulation entre ces deux logiques de la proximité


organisationnelle favorise la coopération et la coordination entre les acteurs des organisations
(firmes, réseaux). Cela s’explique, notamment, par le fait qu’une organisation qui met en
place un dispositif des règles et des normes permet, d’un côté, de réduire les interprétations
contrastées et divergentes des acteurs, et, de l’autre côté, de canaliser l’effort de tous vers
l’atteindre d’un objectif. Citant l’exemple, d’un district industriel qui combine les deux
composantes. Les entreprises qui le constituent sont à la fois liées en matière de rapports de
similitude ou d’appartenance.

La proximité institutionnelle:

En général le sens du terme institution renvoit à un ensemble d’habitudes, de règles et


de conventions, orientant le comportement des acteurs dans un environnement marqué par
l’incertitude. À cet effet, M. BELLET et T. KIRAT (1998) écrivent128« la dimension
institutionnelle exprimerait l’adhésion d’agents à un espace commun de représentations, de
règles d’action et de modèles de pensée et d’action, avec un rôle d’homogénéisation
important des comportements, des anticipations et des plans des individus ou des
organisations ». Elle est appelée aussi proximité nationale ou culturelle, cette proximité
repose sur l’idée qu’une culture commune entraînera une concurrence de partenariat plus
grande. En effet, les acteurs sont liés par une proximité institutionnelle, s’ils partagent un
ensemble de représentations, de règles communes de pensée et d’action, qui ont pour
conséquence directe le niveau d’échange et de coopération entre catégories d’acteurs.

En résumé, ces trois types de proximités assurent un passage de la notion de l’espace


(coût de transport), à une conception plus large, capable de rendre compte des dynamiques
territoriales. Ainsi, la coordination et la coopération entre les acteurs source de
développement territorial ne peuvent se concrétiser que par un croisement entre les différentes
formes de proximité. C’est pourquoi le point suivant décrire les avantages de la jonction des
proximités pour un territoire.

1.2. L’articulation des proximités et territoire

D’après B. PECQUEUR et J-B. ZIMMERMANN (2004), « une nécessaire


hybridation entre une proximité organisationnelle et une proximité institutionnelle contribue,
selon son intensité, à la durabilité de la coordination prise au niveau du groupe, du système,
128
BELLET.M et KIRAT.T, « La proximité, entre espace et coordination » dans M. BELLET, T KIRAT et C.
Largeron, Approches multiformes de la proximité, Édition Hermès, Coll Interdisciolinarité et nouveau outils,
1998. P. 23-40.
100
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

et sa robustesse à des chocs externes. Les conséquences au plan territorial en sont


fondamentales, car elles contribuent à la pertinence du territoire en tant que niveau efficace
et durable d’organisation économique »129.

En effet, la proximité géographique joue le rôle d’une condition permissive ; elle


facilite les échanges de produits mais aussi les rencontres, les échanges d’informations, le
partage des connaissances (Rallet). Elle a permis le développement de liens de types
organisationnels. Ainsi, la proximité géographique a favorisé la dimension institutionnelle de
la proximité organisée. Et ce, où elle est associée à un lieu commun de représentations au sein
duquel on identifie des aspects tels que la culture, les traditions, les valeurs. Donc, elle
explique la ressemblance entre les agents en matière de représentations130.

La proximité géographique est considérée comme un point de départ, elle permet,


d’une part, de favoriser la constitution des relations de face à face, et, d’autre part, d’assurer
une diffusion des règles et de modèles d’actions131. De même, la proximité géographique
favorise le renforcement des logiques d’appartenance et de similitude qui caractérise la
proximité organisée.

Aussi, selon A. RALLET (1993), la proximité géographique stimule les interactions et


les relations, mais ne met en liaison les acteurs économiques que par le biais ou la médiation
organisationnelle, dont le fondement n’est pas nécessairement territorial132. À cet effet, il est
vrai que la proximité géographique permet une interaction entre acteurs, mais elle n’assure
pas l’échange, l’apprentissage et le partage des savoirs entre les acteurs appartenant et
partageant des modèles et des règles d’actions. Ainsi, selon A. RALLET (1993), il ne faut pas
« assimiler interaction entre les agents, connaissances tacites et proximité géographique ».

La proximité géographique ne peut être utile que si elle est accompagnée d’une
proximité organisée. C’est la proximité organisée qui rend les interactions plus rapides et
faciles avec les acteurs de l’organisation (firmes ou réseaux) quelques soit interne ou externe.
En effet, c’est la proximité organisée qui offre aux acteurs d’une organisation (firmes ou
réseaux) une interaction dynamique et positive, ainsi qu’elle encourage des processus de

129
PECQUEUR. B et ZIMMERMANN. J. B, (2004), Op.Cit.
130
ANGEON V. et CALLOIS J–M., « Fondements théoriques du développement local : quels apports du capital
social et de l’économie de proximité ? », Revue Économie et institutions, N°6-7 ; 1er et 2e semestres 2005,
Proximité et institutions : nouveaux éclairages. 2005. P. 33.
131
Idem., P. 33.
132
RALLET A., « Choix de proximité et processus d’innovation technologique », Revue d’Économie Régionale
et Urbaine, n°3, 1993. P. 365-386.
101
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

coopération et de négociation visant à atténuer les conflits et les tensions locales provoquées
par la proximité géographique. Ensuite, pour mieux éclaircir ce qui a été déjà évoqué
concernant la jonction entre la proximité géographique et la proximité organisée. Nous nous
référons aux travaux de A. RALLET et A. TORRE (2004) sur la proximité. Pour ces auteurs,
la proximité spatiale ne peut jouer qu’un rôle négatif (tension) ou neutre, sans effet claire.
Cependant, il ne peut être positif que si elle est associée ou activée par la proximité
organisée133. Le tableau, ci-dessous, tiré des travaux de A. RALLET et A. TORRE (2004),
exprime les résultats obtenus d’un croisement entre deux formes de proximités et leur
conséquences en termes de contacts et rencontres entre entreprises au niveau local.

Tableau 14: Le croisement des deux proximités et ses résultats en termes d’interactions

Proximité géographique Proximité organisée


Proximité géographique Rien ne se passe : Réseaux locaux, SPL,
agglomération dispositifs de négociation

Proximité organisée Mobilité, interactions Réseaux non territoriaux


temporaires
Source : Rallet & Torre, (2004, P :28).

La première case en haut à gauche montre que la proximité géographique toute seule
est insuffisante pour créer des interactions entre les acteurs au niveau local. Elle est vraie
qu’elle facilite l’interaction entre acteurs, mais elle n’est plus un support de coordination. De
même, ce croisement a permis d’avoir une forme d’agglomération des acteurs sans de relation
directe entre-eux, donc, c’est une agglomération passive sans liens de coordinations.

Ensuite, la case en haut à droite explique que la proximité géographique associée par
une proximité organisationnelle permet de structurer des milieux locaux à des réseaux locaux
sous formes des SPL, des Clusters et des Milieux innovateurs. Ainsi que les effets néfastes de
la proximité géographique exprimés sous des tensions entre les acteurs proches
géographiquement peuvent être atténués par la mobilisation des ressources de la proximité
organisée.

Puis, la case en bas à gauche, dans ce cas la proximité organisée se transforme


provisoirement ou temporairement en proximité géographique (séjours temporaires de
personnes à l’occasion d’un projet de coopération entre les entreprises). Cette situation est

133
RALLET A. et TORRE A., « Proximité et localisation » Revue Économie rurale, Proximité et territoires.
N°280, 2004. P. 25-41.
102
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bénéfique lorsqu’il s’agit d’un développement des innovations et l’échange de connaissances


et d’apprentissage.

Enfin, la case en bas à droite caractérisée par l’absence de la proximité géographique


et une interaction entre les proximités organisées. Cette interaction a tracé un cadre local qui
peut concerner des firmes multi-établissements réseaux globaux d’entreprises, communautés
professionnelles nationales ou internationales. La coordination et la coopération s’effectuent
dans ce cas à travers, le partage des règles explicites, des croyances et représentations
communes, ainsi que la mobilité des personnes entre les parties.

Ainsi, selon A. RALLET, A. TORRE (2004), le croisement de ces deux types de


proximités a permis de dégager des modèles représentatifs d’organisation géographique des
activités. De même, mener une réflexion autour du postulat de base des analyses spatio-
économiques, à savoir la recherche de proximité géographique comme facteur de localisation
des entreprises et de ménages.

Nous venons de comprendre que l’économie de proximité a suscité beaucoup de


recherches, notamment par le groupe de dynamique de proximité. Il a été abordé par deux
pôles ; un institutionnaliste qui propose trois formes de proximité ( géographique-
organisationnelle institutionnelle) et un autre pôle interactionniste qui présente deux formes (
géographiques- organisées). En effet, ces formes de proximité constituent les principaux
éléments expliquant les différentes sortes d’agglomération et contribuent aussi à stimuler la
coordination et la coopération entre les acteurs d’une organisation (firmes ou réseaux). De
même, la proximité a apporté à la notion de territoire une dimension différente, caractérisé par
une rupture avec la notion de l’espace et avec ses présupposés d’homogénéité économiques.

Paragraphe 2 : les réseaux territorialisés une dynamique de proximité

Ce paragraphe sera consacré aux réseaux territorialisés localisés qui ont pour objet de
favoriser une dynamique des industries localisées et des processus de territorialisation par une
dynamique de proximité. Donc, nous allons essayer de présenter une brève distinction entre
les différents réseaux territorialisés et d’expliquer leurs fonctionnements. À cet effet, nous
commençons par les districts industriels par sa double approche ; théorique relative à Alfred
Marshall et empirique développée par Beccatini dans le territoire d’Italie. Ensuite, nous nous
intéresserons à la notion des SPL développée par l’école de Grenoble, notamment par les
travaux de C. COURLET et B. PECQUEUR. Enfin, nous abordons, d’une part, la notion de

103
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Cluster de son père fondateur Porter, et, d’autre part, le concept de pôle de compétitivité ou
cluster à la française.

2.1. Le district industriel marshallien et Le district industriel italien

La notion de district industriel est considérée comme le point de départ d’une


littérature économique récente qui s’intéresse aux relations entre dynamique industrielle et
dynamique territoriale. En effet, ce concept trouve son origine dans deux principales sources
ampliatives. D’abord, les travaux d’Alfred Marshall qui s’est interrogé sur les principes de
l’économie politique, en 1890, dont l’objectif est l’analyse des faits industriels dans certaines
localités industrielles. Il cherche à expliquer, en quoi la concentration industrielle est une
condition nécessaire à la réalisation de la division du travail. Ensuite, c’est l’étude empirique
qui nous vient d’Italie concernant les formes spatiales des processus d’industrialisation
apparue dans les régions du centre et du nord-est de l’Italie au cours des années 60 et 70134.

2.1.1. Le district industriel marshallien

Pour A. Marshall, il peut avoir deux façons d’organisation industrielle135: « d’une part,
l’organisation sous commandement unique de la division technique du travail intégré au sein
d’une grande entreprise. D’autre part, la coordination par le marché et par le face à face (la
réciprocité), d’une division sociale du travail désintégré entre des firmes plus petites
spécialisées dans de grand segment du processus productif » (BENKO et alii, 1996). Donc,
nous comprenons par ceci que les entreprises qui sont regroupées dans une aire géographique
donnée et en interdépendance avec un marché spécialisé peuvent bénéficier des économies
d’agglomération et d’externalité et par la suite obtiennent de l’efficacité. En effet, les effets
des économies externes d’agglomération sont sous formes : lutter contre les coûts de
transactions, bénéficier d’une économie d’échelle, assurer une formation de la main-d’oeuvre
et enfin favoriser la circulation de l’innovation.

Ainsi, le district marshallien peut être un regroupement des entreprises dans une aire
géographique donnée et aussi une organisation industrielle basée sur l’ancrage et la proximité
(géographique et organisée). Ces deux optiques permettent aux entreprises quelques
avantages : d’abord, une division du travail et la division des tâches bien organisées entre
entreprises spécialisées. Ensuite, bénéficier d’une rapidité au niveau d’échange des biens et

134
COURLET C., (2001), Op.Cit. P. 60-61.
135
BENKO G., DUNFORD M. et LIPIETZ A., « Les districts industriels revisités », in B. Pecqueur éd.
Dynamiques territoriales et mutations économiques, L’Harmattan, 1996. Disponible sur l’URL :
http://lipietz.net/ALPC/REG/REG_1996s.pdf .
104
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

services entre les entreprises du district tout en profitant des coûts de transport et logistique
plus bas. Enfin, le contact entre les entreprises favorise un climat propice et favorable à
l’accroissement des transactions.

De plus, A. MARSHALL (1980), a lié ces avantages cités, ci-dessus, et l’efficacité du


fonctionnement de district industriel par la présence d’un facteur assez important à savoir,
« l’atmosphère industrielle »136. Ainsi, il avance que l’atmosphère industrielle détermine la
réussite du district industriel. Et ce, par la capacité de diffuser une culture industrielle
d’inscription socio-territoriale favorisent les échanges d’informations et de compétences et la
diffusion d’un savoir-faire spécifique. Donc, l’atmosphère industrielle constitue un facteur
favorable à l’innovation

En résume, le district industriel selon A. Marshall consiste à assurer une articulation


entre les ressources économiques, sociales et culturelles d’un territoire. Cette articulation
permet, d’une part, de bénéficier des économies externes favorisant une efficacité pour les
entreprises intégrant le district, et, d’autre part, de donner une impulsion générale de
l’industrie (C. COURLET, 2001)

2.1.2. Le district industriel italien

Dans cette perspective, G. Becattini, a défini le district industriel marshallien


comme : « Une entité socio-territoriale caractérisée par la présence active d’une
communauté de personnes et d’une population d’entreprises dans un espace géographique et
historique donné. Dans le district à l’inverse de ce qui se passe dans d’autres types
d’environnements, comme, par exemple, les villes manufacturières, il tend à y avoir osmose
parfaite entre communauté locale et entreprises ». Cette définition reflète l’idée que les
districts industriels ont été apparus comme une forme de regroupement des entreprises sur un
territoire donné, dans laquelle les relations sont régies par un ensemble des normes implicites
ou explicites, unifiant les règles de marché et code social. De même, le district industriel est
basé sur une logique territoriale privilégiant le face à face entre les acteurs et remplaçant les
mécanismes classiques de la coordination, à savoir le marché et la hiérarchie137.

En complément de la première définition, G. Beccatini considère le district industriel


aussi comme : « une entité socio-territoriale caractérisée par la coexistence active d’une

136
A. MARSHALL, principes d’économie politique, (1890), livres IV, traduction française de SOUVRAINE-J-
F, (1996).
137
COURLET C., « les systèmes productifs localisés : un bilan de la littérature », Études et recherches sur les
Systèmes Agraires et le Développement, INRA Éditions, 2002, 33 : P : 27-40.
105
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

communauté ouverte d’individus et d’une population segmentée d’entreprise. À partir du


moment où, communauté d’individus et population d’entreprises occupent le même territoire,
il est inévitable qu’il y ait interaction entre les deux. Il y a donc symbiose entre activités
productives et vie communautaires. La communauté est ouverte car la nature industrielle du
district ainsi que les problèmes liés aux profits croissants qui en résultent génère des flux
permanents de bien et de personnes. La population des entreprises est segmentée dans la
mesure où les différentes phases du processus productif sont réparties entre ces entreprises,
chacune d’entre elles se spécialisant dans l’accomplissement d’une ou plusieurs phases
(Beccatini, 1989, 1991 P : 159). »138

Donc, nous constatons que le district industriel est un concept socio-économique basé
sur un regroupement d’entreprises dans un territoire donné, en vue de bénéficier des
avantages telles que la division du travail et une division des tâches organisées. Ainsi, il
repose sur une coordination par le marché et une réciprocité fondée sur la proximité
géographique,

Finalement, le concept de district industriel a démontré quelques limités. D’une part,


ce concept est apparu et étudié dans les pays développés qui ont connu la période fordiste, et ,
d’autre part, la région qui vit d’une seule industrie sera exposée à une crise très grave dans le
cas d’une déstabilisation de la demande. Donc, ces limites ont permis de découvrir des formes
similaires ou comparables d’organisations localisées, plus précisément l’apparition des
systèmes productifs locaux (SPL) considérés comme une sorte de dérive et d’inspiration
encore améliorée du concept « district industriel ».

2.2. Le système productif local (SPL)

La notion du système productif local développée par l’école de Grenoble s’inscrit dans
le prolongement des travaux des districts industriels d’Alfred Marshall (principes d’économie
politique) et ses successeurs principalement italiens. En effet, les premiers qui se sont
intéressés au concept du “système productif local” sont les Français, notamment C.
COURLET et B. PECQUEUR (1992) qui ont défini le SPL comme « Une configuration
d’entreprises regroupées dans un espace de proximité autour d’un métier, voire même de
plusieurs métiers industriels. Les entreprises entretiennent des relations entre elles et avec le
milieu socioculturel d’innovation. Ces relations ne sont pas seulement marchandes, elles sont

138
BECATTINI G., « Le district industriel : milieu créatif », dans Restructurations économiques et territoires,
espace et sociétés, N° 66/77, Édition l’Harmattan, P. 159.
106
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

aussi informelles et produisent des externalités positives pour l’ensemble des entreprises »139.
Cette définition explique que le SPL se distingue du district par le fait qu’au sein du
groupement, des relations peuvent tisser entre les PME et entre les grandes entreprises, ainsi
que les relations dépassent le cadre de la sous-traitante vers un cadre de coopération avec le
milieu socio-culturel d’innovation.

Ensuite, selon la DATAR (2002), un SPL est une140 « organisation productive


particulière localisée sur un territoire correspondant généralement à un bassin d’emploi, qui
fonctionne comme un réseau d’interdépendances constituées d’unités productives ayant des
activités similaires ou complémentaires qui se divisent le travail (entreprises de production
ou de services, centres de recherche, organismes de formation, centres de transfert et de
veille technologique ». Il est vu comme une agglomération des activités indépendantes sur un
territoire, ainsi que ces activités similaires ou complémentaires sont organisées
économiquement, ce qui permet d’assurer un développement et une croissance aux firmes du
SPL.

Puis, C. COURLET (2002) a identifié trois caractéristiques majeures pour les SPL,
pour lui l’importance, c’est l’existence sur un territoire restreint un grand nombre
d’entreprises suffisamment proches et réciproquement liées. En effet, ces caractéristiques sont
résumées comme suit141:

 D’abord, le système productif local se caractérise par l’existence sur un territoire un


nombre d’entreprises proche géographiquement et réciproquement lié. C’est une
concentration géographique originale caractérisée par une spécialisation économique
distincte.

 Ensuite, c’est un système productif local qui est le résultat des avantages tirés par le
regroupement des entreprises sur un le même territoire. À cet effet, deux variables paraissent
importantes pour apprécier les SPL. Les premiers sont relatifs à la nature des activités ; si les
entreprises du SPL ont des activités similaires, elles cherchent à développer des mécanismes
de coopération. Par contre, si les entreprises disposent des activités complémentaires telles
que, la production, le transport la formation, elles développent un approfondissement de la

139
COURLET C. et PECQUEUR B., « les systèmes industriels localisés en France : un nouveau modèle de
développement » sous dir, BENKO G. et LIPIETZ A., les régions qui gagnent. Districts et réseaux : les
nouveaux paradigmes de la géographie économique, Paris, Presse Universitaire de France, 1992. P : 81-102.
140
DATAR, « Les systèmes productifs locaux », Collection Territoires en mouvement, Paris, La documentation
française, DATAR, 2002,. P. 5.
141
Courlet C., (2002), Op.Cit. P. 32-33.
107
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

division du travail pour la réalisation d’un produit unique. Les deuxièmes concernant
l’intensité des coopérations ; elle n’y a pas une seule forme de coopération dans les SPL. La
coopération peut se réaliser selon des différentes formes, à savoir : club d’entreprises, réseaux
de production conjointe et des réseaux basés sur des ressources partagées, ainsi que d’autres
formes de coopération. De plus, une autre variable aussi importante caractérisant le
fonctionnement du SPL, celle de l’environnement actif.

 Enfin, une articulation forte entre le patrimoine socio-culturel et la sphère


économique: la réussite d’un SPL dépend de l’articulation entre les variables socio-culturelles
(valeurs, institutions et savoir –faire) et des variables économiques (disponibilité en capital,
savoir technique). De même, au sein d’un SPL, il y a ; les économies externes ordinaires
d’agglomération, les économies externes technologiques et des économies externes spéciales.
Donc, un SPL est attaché à une logique territoriale qui cherche à trouver une organisation
entre le marché et la hiérarchie et non pas une logique fonctionnelle axée sur le territoire pour
se fonctionner.

En outre, C. COURLET, (2006) indique que « le SPL n’est pas une formule
mathématique mais un processus organique difficile à reproduire. Il faut de la durée et il faut
aussi la réunion de condition et d’un milieu favorable à l’émergence de ce type
d’organisation ». À cet effet, le SPL n’est plus considéré comme un simple calcul
économique des agents, mais plutôt c’est l’expression d’une forme organisée de leurs
relations. Il est considéré aussi comme une forme d’organisation spécifique dans lequel le
territoire et les relations non marchandes jouent un rôle primordial. Donc, les SPL sont les
résultats d’une réforme organisée de leurs relations qui changent selon les approches, ce qui
explique le rejet de l’idée que c’est un concept.

Ainsi, C. COURLET (2001), explique que les SPL sont comme une forme généralisée
d’organisation productive territorialisée visant à réduire les coûts de transaction et plus
généralement des coûts de régulation et de coordination inter-firmes ou entre recherche et
industrie (Approche transactionnelle). De même, ils sont aussi comme des organisations
multidivisionnelles visant la complémentarité. Ces deux approches ont bien contribué au
développement du SPL. Elles sont résumées comme suit142:

142
COURLET C., (2001), Op.Cit. P : 73.
108
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Tableau 15: L’approche transactionnelle et l’approche résiliaire du SPL selon C.


Courlet

L’approchetransactionnelle L’approcherésiliaire
*Le regroupement spatial à l’instar de la firme *La notion de réseau dépasse la
permet la réduction des coûts des transactions. coordination par le marché ou la
*Un mode de gouvernance efficace que le marché hiérarchie et s’oriente vers l’analyse des
ou la hiérarchie. rapports inter firmes.
*Cette analyse conduit à supposer que *Elle conduit à décrire les SPL comme
communauté ou patrimoine culturel, marché, des organisations multidivisionnelles par
hiérarchie, sont interchangeables. Ainsi, elles ne opposition à un ensemble d’unités de
sont pas une alternative ni au marché ni à la production indépendantes.
hiérarchie, mais plutôt la condition d’existence de *Elle permet de comprendre par quelles
l’un et de l’autre. modalités les unités d’un réseau localisé
*Le SPL est caractérisé par un ensemble de règles participent à la production et à la
plus au moins institutionnalisées, plus ou moins distribution des richesses de lorsqu’elles
codifiées qui inscrivent les individus et les rentrent en interaction.
organisations dans un cadre d’action commun.
Source : Élaboré par nous-même sur les travaux de C. Courlet (2001).

Quant à I. SAMSON (2003), les SPL sont comme « des systèmes productifs localisés
reposent sur de véritables externalités territoriales, issues de l’histoire et du jeu des acteurs,
autour d’une activité principale et des activités auxiliaires et d’une main-d’œuvre locale
qualifiée permettant d’assurer la transmission du savoir-faire entre générations »143. En effet,
les SPL sont comme une forme générique qui repose sur un jeu d’acteurs réalisant la
combinaison de concurrence et de coopération entre les PME Installées. Cette combinaison
permet au SPL d’assurer une forte compétitivité territoriale.

Bref, les SPL constituent une thématique assez importante en France depuis les années
80-90. De même, ce concept n’a connu son essor qu’après les mutations économiques
entamées dans cette période. Le SPL considéré comme une agglomération des entreprises sur
le territoire et qui entretient des relations à la fois avec les PME et les grandes entreprises. Il
est vu comme un outil de développement de la firme, et aussi un moyen qui participe au
dynamisme et l’essor des territoires. Il sert à activer et à maintenir le tissu économique et
social local, par lequel un ensemble d’acteurs économiques et sociaux développe des
rationalités convergentes et des projets communs.

143
SAMSON I., (2004), Op.Cit. P. 151-152.
109
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Le point suivant vise à continuer notre analyse sur les réseaux territorialisés et ce par
l’introduction de la notion des clusters développés M. Porter et la notion des pôles de
compétitivité ou les clusters à la française.

2.3. Le cluster et le pôle de compétitivité

Ici nous nous attaquons aux derniers types de réseaux territorialisés, à savoir les
clusters et les clusters à la française qui sont les pôles de compétitivité.

2.3.1. La notion de cluster

La notion du cluster a été développée par M. PORTER, en 1990, qui s’est inspiré lui-
même des travaux d’A. Marshall sur les districts italiens au XIX éme siècle. En effet, le mot
cluster est d’origine anglais traduit en français par niche ou grappe.

Pour définir le concept de cluster, nous évoquons plusieurs définitions des auteurs
anglo-saxons, dont la plus importante de M. PORTER144. En premier lieu, la Harvard
Business School a défini le cluster comme “ une concentration géographique de groupes
d’entreprises interconnectées, d’université et d’institution associées qui résultent des
couplages ou des externalités entre entreprises”.

Selon M. PORTER (1998)145 “Clusters are geographic concentrations of


interconnected companies and institutions in a particular field. Clusters encompass an array
of linked industries and other entities important to competition. They include, for example,
suppliers of specialized inputs such as components, machinery, and services, and providers of
specialized infrastructure. Clusters also often extend downstream to channels and customers
and laterally to manufacturers of complementary products and to companies in industries
related by skills, technologies, or common inputs. Finally, many clusters include
governmental and other institutions—such as universities, standards-setting agencies, think
tanks, vocational training providers, and trade associations—that provide specialized
training, education, information, research, and technical support». Donc, il a qualifié les
clusters comme un groupement d’entreprises et d’institutions proche géographiquement
appartenant à un même secteur d’activité (des produits connexes ou complémentaires). Cette
interdépendance entre les acteurs selon Porter, peut-être expliquée, d’une part, par les clients
et aux fabricants de produits complémentaires, et, d’autre part, par les entreprises dans

144
Idem., P. 131.
145
M. Porter “Clusters and the new economics of competition” Harvard Business Review, Novembre Decembre
1998, PP 77-90, Disponible sur l’URL:
http://im.univie.ac.at/fileadmin/user_upload/proj_windsperger/KFK/KfK/ClusterStrategy.pdf.
110
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

l’industrie ayant des métiers, des technologies et des savoir-faire communs. Ainsi, dans un
cluster, il y a plus les entreprises des institutions gouvernementales, à savoir les universités et
les centres de formation qui se préoccupent de fournir une formation, une éducation et un
soutien technique spécialisé. En conséquence, l’intérêt d’un cluster réside dans le fait que les
entreprises installées peuvent tirer des avantages compétitifs et de bénéficier des externalités
territoriales et d’une dynamique de proximité.

Ainsi, A. HAMDOUCH (2008) a expliqué que la notion de cluster a été très


développée ces dernières années, ce qui a généré une ressemblance à d’autres concepts plus
ou moins voisins. À cet effet, en vue d’éviter de foisonnement conceptuel, il a proposé
d’identifier quelques critères décisifs pour cerner le concept de cluster, notamment le
caractère territorialisé d’un cluster, d’une part, et la focalisation ou non du concept sur les
activités fondées sur l’innovation. Dans ce sens, une double approche se dessine pour résumer
la notion cluster, d’une part, l’approche développée par Porter, et, d’autre part, celle de
l’OCDE et des conceptions résiliaires des clusters. Donc, le tableau, ci-dessous, explicite le
contenu et les limites de chaque approche146.

Tableau 16: Les deux approches résumant le cluster selon A. HAMDOUCH

Approche de Porter Les conceptions résiliaires des


clusters
Le Contenu: *Les travaux de l’OCDE sur cette
Cluster comme une organisation industrielle approche ont introduit la possibilité
spatialisée reposant, d’une part sur une proximité d’alliances stratégiques entre les
géographique, de complémentarités et de construction firmes et les universités et les
de relation de confiance, et, d’autre part, c’est la institutions de recherche. Ce sont
combinaison de la concurrence et de la coopération les liens institutionnels et
entre les acteurs localisés. organisationnels de nature formelle
Les limites: qui définissent le réseau au sein
1) Les frontières du cluster posent un problème, selon d’une chaine de valeur.
la définition de porter, il s’agit d’une limitation * L’approche résiliaire
spatiale, tandis que d’autres définitions ont précisé dématérialise le cluster, en
qu’il s’agit des frontières organisationnelles et l’assimilant à un réseau
concurrentielles. d’innovation virtuel basé sur
2) Lors de la définition de porter, le cluster repose sur l’apprentissage croisé entre acteurs
une complémentarité entre les acteurs (industries électroniquement connectés.

146
HAMDOUCH. A, « la dynamique d’émergence et de structuration des clusters et réseaux d’innovation :
revue critique de la littérature et l’élément de la problématisation », un acte de communication au colloque de
l’ASRDLF, Rimouski, 25-26 aout 2008.
111
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

et institutions) pour la compétition. S’agit-il des Donc le cluster dans cette approche
industries verticalement complémentaires? ou bien repose sur l'idée de réseaux
s’agit-il d’industries horizontalement différentes, d'innovateurs, de district industriel
mais localisés sur un même territoire? marshalliens, de relations
3) La troisième difficulté, ça concerne les liens entre interindustrielles, de systèmes
les firmes et les institutions au sein d’un cluster. nationaux (régionaux, locaux)
M. Porter a précisé, qu’il s’agit des liens d'innovation, de chaînes de
informels, et c’est ce qui fait l’efficience et la production, de rassemblement de
flexibilité. Mais en général les travaux récents ont firmes liées par des connaissances
montré que la collaboration formelle entre firmes communes
est devenue primordiale, surtout dans des
domaines du financement et du R&D.
4) Selon Porter, il n’y a pas de distinction entre les
clusters selon la nature du domaine d’activité
considéré, ainsi qu’il a remis en cause la
distinction entre les industries high-tech et low-
tech qui sont basées sur des R&D et d’innovation.
Source : Élaboré par nous-même à partir des travaux de A.HAMDOUCH (2008).

Après avoir défini le concept du cluster et de montrer la différence entre une forme
générique et une forme organisationnelle. Ainsi que d’opérer une distinction entre l’approche
porterienne et l’approche résiliaire qui vise à renouveler la conception classique vers une autre
conception développée du cluster d’innovation ou plus généralement de réseau d’innovation.
Nous passons ensuite, à expliquer le cluster tout en recourant à deux composantes
territoriales, à savoir la localisation des relations inter-firmes et l’organisation des relations
inter-firmes.

En effet, A. TORRE (2006) a explicité cette liaison par le schéma , ci-dessous, qui
essaie de présenter les divers types de clusters par l’interaction entre les facteurs
« l’organisation des relations inter-firmes » et « la localisation des relations inter-firmes » .

Tableau 17: Où sont les clusters aujourd’hui ?

L’organisation des relations inter-firmes

Forte Faible

1. Cluster à la Porter 3. Cluster lié à une ressource


La localisation des Forte ou à l’histoire locale
relations inter-firmes
2. Cluster sans Base 4. Activités dispersées
Faible
locale avérée
Source: Torre A. (2006. P. 15-44)
112
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

D’abord, la case 1, il s’agit d’un cluster porterien, résulte à la fois des niveaux
importants de localisation et d’organisation, avec une coexistence de deux types de proximités
géographiques et organisées. Ensuite, la case 2 présente un cluster caractérisé avec un niveau
d’organisation de relation inter-firmes important, mais d’une faible concentration locale. Il est
compatible d’un cluster analysé au niveau régional ou national. Puis, la case 3 s’intéresse à un
cluster basé sur une ressource ou à une histoire locale. Ce type de cluster est caractérisé par un
niveau faible de relations locales et une forte agglomération territoriale des firmes. Cette
catégorie de cluster représente dernièrement le but des politiques d’innovation des nations
cherchant à engendrer des synergies dans leur sphère régionale et locale. Enfin, la case 4, il
s’agit des activités dispersées, qui ne contiennent aucun élément principal composant le
cluster, c’est-à-dire ni localisation et ni organisation des relations inter-firmes, et donc aucun
bénéfice à présenter147.

À partir de ce tableau, nous constatons que la case 1, seule qui répond d’une façon
objective à un cluster au vrai sens du mot. Alors que, dernièrement, nous remarquons qu’ils
s’orientent beaucoup plus vers les cases 2 et 3. C’est-à-dire, des clusters avec une organisation
des relations inter-firmes sans une localisation géographique des firmes, ou soit des firmes
localisées géographiquement, et sans une vraie organisation des relations interentreprises.

En résumé, nous avons présenté la notion de cluster, d’après M. PORTER (1998) et A.


HAMDOUCH (2008), ainsi que sa typologie par rapport à la réalité selon A. TORRE (2006).
De même, nous confirmons que les clusters qui connaissent de la réussite sont ceux qui
assurent d’une manière efficace un croisement entre la proximité géographique et la proximité
organisée. C’est-à-dire, une forte localisation géographique et forte appartenance caractérisée
par l’échange de technologie et de transfert de connaissances.

2.3.2. Le concept de pôle de compétitivité

Nous abordons maintenant la notion des pôles de compétitivité qui s’inspire aussi de la
notion de cluster et de son fondateur Porter 1990.

La notion des pôles de compétitivité ou les clusters à la française sont encouragé par le
gouvernement français qui a lancé en 2004 un appel à initiative nommé « Pôle de
compétitivité » PDC visant à stimuler des pôles de croissance et d’emploi et d’assurer un effet
d’entrainements sur la globalité de l’économie nationale.
147
TORRE A., « Clusters et systèmes locaux d’innovation un retour critique sur les hypothèses naturalistes de la
transmission des connaissances à l’aide des catégories de l’économie de la proximité », Revue région et
développement, n°24, 2006. P. 15-44.
113
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Les autorités françaises présentées par la DATAR-DIACT ont lancé un appel à


initiative nommé « Pôles de compétitivité », pour objectif principal de promouvoir la
croissance et l’emploi, ainsi d’assurer un effet positif sur l’économie nationale. À cet effet, la
notion du PDC est définie comme suit148:“Une combinaison, sur un espace géographique
donné, d’entreprises, de centres de formation et d’unités de recherches publiques ou privées
engagées dans une synergie autour de projets communs au caractère innovant. Ce
partenariat s’organise autour d’un marché et d’un domaine technologique et scientifique qui
lui sont attachés, et doit rechercher une masse critique pour atteindre une compétitivité et
une visibilité internationale”.

M. DELAPLACE (2006) a défini le concept de pôle de compétitivité tout en


s’appuyant sur la notion de territoire et de projet innovant, donc « un pôle de compétitivité est
sur un territoire donné l’association d’entreprises, de centres de recherche et d’organismes
de formation, engagés dans une démarche partenariale (stratégie commune de
développement), destinée à dégager des synergies autour de projets innovants conduits en
commun en direction d’un (ou de) marché(s) donné(s) »149.

En effet, les PDC ont une vocation clairement définie, c’est de collaborer trois types
d’acteurs à savoir les entreprises (grandes entreprises et PME), les laboratoires de recherche
(publics et privés) et les institutions de formation afin de cerner les ressources sur des projets
de coopération technologiques d’envergure internationale. Cette forme territorialisée est
marquée par des spécificités qui les différencient par rapport à d’autres formes, à savoir:

 Coopérer tous les acteurs sans exception autour d’un projet technologique
d’importance internationale ;

 Favoriser et encourager des nouvelles façons de coopération et de coordination ;

 Les pôles de compétitivité s’inscrivent dans une perspective internationale, déjà


mentionnée dans la définition de la DATAR. Cette vision internationale est exprimée par des
coopérations et coordinations inter-clusters dans le monde.

Enfin, nous citons les objectifs et les enjeux des pôles qui s’expliquent au niveau
national, régional et organisationnel. D’abord, l’objectif au niveau national est de développer
l’attractivité d’un territoire et un rempart face aux entreprises souhaitant se délocaliser. La

148
Site Internet DIACT/ex DATAR.
149
DELAPLACE M., « Pertinence et limite de la politique des pôles de compétitivité : ancrage local et diversité
des déterminants de la compétitivité » XLII ° Colloque de l’ASRDLF- XII° Colloque du GRERBAM Sfax 4,5 et
6 septembre 2006.
114
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

compétitivité et l’attractivité du territoire passe par les pôles de compétitivité. Ensuite, au


niveau régional, il s’agit de différencier et de favoriser une expertise visible et attractive afin
de promouvoir l’emploi dans la région. Ainsi que, de faciliter la coopération entre les
différents acteurs. Enfin, l’objectif du PDC au niveau organisationnel c’est de développer des
synergies pour des projets innovants et d’obtenir des financements.150
En guise de conclusion, ce cheminement des réseaux territorialisés présentés, est dû à
l’importance de la pierre angulaire et du noyau dur, à savoir, le district industriel d’Alfred
Marshall. En effet, cette forme a bien été élargie et enrichie par des chercheurs de l’économie
territoriale, notamment le groupe de « dynamique de proximité ». Cela va contribuer au
développement d’autres formes de regroupement territorial, à savoir les SPL, les clusters et
les pôles de compétitivité. Ainsi, chaque réseau territorial développé dispose de propres
spécificités et caractéristiques qui le différencient des autres réseaux. Le schéma ci-dessous
présente l’évolution et la classification des réseaux territorialisés.

Figure 14: Une représentation des liens entre les différentes notions151

Pôle de compétitivité
Intégration de la recherche/innovation

Addition d’un cluster et d’un


pôle de recherche et
Cluster d’enseignement
SPL intégrant des entreprises
depuis la R&D à la
SPL communication

District industriel intégrant des


grandes entreprises et leurs
District industriel sous-traitants

Concentration sur un territoire de Niveau de relations et d’interdépendances


PME d’une même branche

Source : Note orange n°2- clusters et pôles de compétitivité en Rhône-Alpes, Décembre 2004.

Pour conclure cette section, les réseaux territorialisés de proximité sont définis par S.
Ehlinger et al (2007), « comme des ensembles coordonnés d’acteurs hétérogènes,
géographiquement proches, qui coopèrent et participent collectivement à un processus de
production »152. Cette définition résume ce qui a été déjà développé, du fait que la proximité

150
BOUABDALAH K. et THOLONIAT A., « Pôle de compétitivité et réseau de proximité : l’émergence d’une
nouvelle dynamique de l’innovation » 5éme journée de la proximité à Bordeaux 30 juin 2006. Disponible sur :
<halshs-00115647> .
151
KHATTABI M-A., Muriel MAILLEFERT, « Cluster, proximité et innovation. Une revue de la littérature »,
Revue Economica , Centre de recherche de HEM. Disponible sur l’URL :
http://economia.ma/sites/default/files/recherchePJ/Clusters-Economia.pdf.
152
EHLINGER, S., PERRET, V. et CHABAUD, « Quelle gouvernance pour les réseaux territorialisés
d'organisations ? », Revue Française de Gestion, Vol.33, n°170, 2007. P. 155-171.
115
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

géographique facilite la relation inter-organisationnelle et la rencontre des différents acteurs


au sein d’un réseau territorialisé. Ainsi que la proximité organisationnelle rend l’appartenance
et la participation collective à un processus permettant la réalisation d’un objectif commun,
notamment par l’échange d’informations et le partage des connaissances.

Section III: Le territoire et le projet de développement


Dans cette section, nous focalisons notre attention sur la notion de développement
territorial. En effet, l’importance de cette notion émerge après avoir expliqué la notion de
base, celle de territoire, considéré comme un construit d’acteur et lui-même un acteur qui
assure son développement. À cet égard, le développement territorial est un objectif en soi, par
lequel, s’orientent les territoires pour satisfaire et répondre convenablement aux besoins de
tous les acteurs locaux, et ce, par une méthodologie territoriale qui donne naissance à un
projet territorial administré par un outil pertinent, à savoir la gouvernance territoriale.

Cette section est subdivisée en trois paragraphes. D’abord, le premier paragraphe


s’intéresse à la notion du développement territorial, elle est entamée par un survol sur le
concept de développement endogène et le développement local, comme point de départ. Puis,
d’expliciter le passage du développement local au développement territorial (Paragraphe 1).
Ensuite, le deuxième paragraphe vise à montrer que le développement territorial ne peut se
réaliser qu’à partir un projet territorial, et où le territoire est l’acteur de son projet. Ainsi,
l’intérêt de projet du territoire est d’assurer un développement par l’idée d’une interaction
entre une organisation impulsée par l’entrepreneur, et le territoire (Paragraphe 2). Enfin, le
dernier paragraphe a pour objet de définir la notion de gouvernance territoriale et de montrer
que cet outil, considéré comme un mode de management, permet d’assurer une coordination
territoriale entre les différents acteurs et de produire un changement concerté sur le territoire
(Paragraphe 3).

Paragraphe 1: Le développement territorial : concept et caractéristiques

Le développement territorial repose sur une notion primordiale celle du territoire. Le


territoire déjà considéré comme un acteur propre et autonome qui choisit son trajet de
développement à partir de ses ressources, ses moyens et en fonction de leurs attentes. De
même, il est composé des acteurs telles que les entreprises, les associations, les
administrations et d’autres forces vivantes. Ceci rend son processus de développement très
complexe.

116
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Donc, ce paragraphe est appelé à citer les différentes approches de développement qui
ont précédé le développement territorial, notamment le développement endogène, inscrit dans
une approche territoriale de développement et le développement local ou le développement
par le bas. Et d’expliciter le passage de développement local au développement territorial.

1.1. L’approche de développement endogène

Le développement endogène est né pour remédier aux inégalités de développement


dans l’espace. Au cours des vingt dernières années plusieurs contributions théoriques ont
enrichi cette approche, soit, des économistes, des géographes ou des sociologues. Elle résulte
des différents courants théoriques qui se sont développés dans les pays de sud et dans les pays
du nord, d’où la caractéristique des espaces périphériques souvent en voie de dévitalisation.
Aydalot affirme que le développement endogène est une approche de développement plus
qu’une théorie de la croissance économique.153 Le développement endogène concerne
davantage les pays en développement que les pays développés, il est connu aussi dans le
vocable international sous le nom du développement autocentré.

Les principes de développement endogène cités par P. AYDALOT (1985) s’articulent


sur le fait que c’est un développement territorial, communautaire et démocratique154. D’abord,
il est territorial parce qu’il se réalise sur un espace particulier où le développement s’inspire et
prend sa source des caractéristiques et des spécificités du territoire, ainsi qu’il est le fruit
d’une composante naturelle, culturelle, économique et sociale. Ensuite, il est communautaire
puisqu’il fait appel à la participation de toutes les tranches de la population. Enfin, il est
démocratique parce qu’il fait recours à des modalités et des procédures démocratiques pour sa
mise en œuvre.

D’après G. GAROFOLI (1992), «un modèle de développement endogène est basé sur
l’utilisation des ressources locales, la capacité de contrôle au niveau local du processus
d’accumulation, le contrôle de l’innovation, la capacité de réaction aux pressions extérieures
et de la capacité d’introduire des formes spécifiques de régulation sociale au niveau local
favorisant les éléments précédents »155.C’est un développement caractérisé par une
domination locale, toutes les actions, les réactions et les modalités de développement sont

153
AYDALOT P., « Économie régionale et urbaine », Édition Economica, Paris, 1985. P. 144.
154
Idem., P.
155
GAROFOLI G., « Les systèmes des petites entreprises : un cas paradigmatique de développement
endogène », sous dir, BENKO G., LIPIETZ A., les régions qui gagnent Districts et réseaux : les nouveaux
paradigmes de géographie économique, économie en liberté, Édition presses universitaires de France, Paris,
1992. P. 57-80.
117
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

d’origine locale. Ce qui rend le processus de développement efficace. Ainsi, d’autres


caractéristiques de ce modèle, ce qu’il est basé sur des besoins fondamentaux et réels de la
population (alimentation, logement, éducation et travail) au lieu des besoins économiques liés
à la croissance du marché. C’est un développement intégré qui s’évalue sur une petite échelle
et parfois dans un contexte d’économie informelle.

En outre, selon A. FERGENE et A. HSAINI (1998), le développement endogène est


une notion très large, polysémique et difficile à cerner avec précision. Il est considéré,
d’après-eux, comme un contenu territorial très fort, signifiant notamment que les processus en
cause ne sont pas purement économiques mais socioéconomiques dans le sens où ils
procèdent d’une symbiose entre activités productives industrielles et/ou artisanales et vie
sociale et communautaire à l’échelle locale156. Cela affiche, d’une part, une rupture avec le
concept de développement économique classique basé sur la croissance de l’économie et,
d’autre part, l’importance de la dimension territoriale ou plutôt socio-territoriale.

Bref deux idées centrales pour mieux comprendre le développement endogène157 :

 Une dynamique fondée sur l’utilisation pertinente de facteurs de production


particuliers présents localement en qualité et en quantité suffisante ;

 Une inscription territoriale des activités productives sur un espace géographique


déterminé, intitulé un système productif localisé. Ce système territorial conditionne le
comportement coopératif des concurrents et assure une plus grande efficacité productive pour
les acteurs présents sur le territoire.

En effet, la définition du développement endogène (les principes et les


caractéristiques) comme une réponse locale aux attentes de la population locale ouvrent la
voie à un autre concept de développement, celui de développement local.

Le développement local apparaît et résulte directement du concept du développement


endogène dans les années 50. Selon M. BOISVERT (1996) le développement endogène,
mieux connu sous le développement local, est le seul qui mette autant d’accent sur le milieu

156
FERGUENE A., HSAINI A., « Développement endogène et articulation entre globalisation et
territorialisation : éléments d’analyse à partir du cas de Ksar-Hellal (Tunisie) » Revue Région et développement,
n°7, 1998. P.106
157
Idem,. P. 107-108.
118
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

comme facteur développement et opposant une planification ascendante par le bas aux
stratégies habituelles de type descendant par le haut158.

1.2. L’approche de développement local

Le développement local émerge aux années 1970 suite à des dysfonctionnements dans
les démarches de développement antérieures, planifiés par l’État central. Plusieurs auteurs en
science économiques se sont intéressés à ce concept, et ce pour son rôle à présenter des
solutions adéquates à des problèmes locaux.

Parmi ces auteurs, B. PECQUEUR (1989) qui « affirme que chaque processus de
développement découle de trois conditions : l’innovation, la capacité à s’adapter et la capacité
à réguler. C’est l’action dynamique des réseaux d’acteurs qui permet la réalisation concrète de
ces conditions »159. Il ne s’agit plus d’un modèle, d’un mode ou d’une stratégie à suivre, mais
plutôt d’une volonté dynamique à mettre en synergie et en solidarité, tous les acteurs et leurs
relations, qu’elles soient marchandes ou non, au profit d’un développement économique,
social et culturel du territoire.

De même, une définition aussi importante celle de X. GREFF (1984) qui définit le
développement local comme « un processus de diversification et d’enrichissement des
activités économiques et sociales sur un territoire à partir de la mobilisation et de la
coordination de ses ressources et ses énergies »160. La mobilisation des acteurs du territoire,
notamment, les entreprises, les ménages et les pouvoirs publics locaux contribuent au
développement local, chacun de leurs positions. D’abord, les entreprises de types PME
participent à une meilleure diversification des activités sur le territoire et à une atténuation des
déséquilibres économiques (le chômage) provoqués par les grandes entreprises. Ensuite, les
ménages exercent en liaison avec les opportunités d’emplois une influence considérable sur
les grands équilibres territoriaux. Enfin, les pouvoirs publics locaux qui gèrent les
équipements au profit des dynamiques sociales et économiques.

Donc, le développement local est considéré comme une forme de gestion locale du
territoire qui prend en considération les caractéristiques géographiques, culturelles,

158
BOISVERT M., « l’analyse économique régionale : un éventail de concepts anciens et nouveaux », sous dir
PROULX M. U. , Le phénomène régional au Québec Sainte-Foy (Québec), Edition Presses de l’université du
Québec, 1996. P. 186-213.
159
PECQUEUR B., « Le développement local : mode ou modèle ? », Édition Syros / Alternatives Économiques,
Paris, 1989. P 58.
160
GREFFE X., «Territoire en France ; les enjeux économiques de la décentralisation», Édition Economica,
Paris, 1984. P. 146-147.
119
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

économiques et sociales du territoire. De plus, il instaure un processus de coordination entre


les différents acteurs locaux (élus, les professionnels, les associations, les administrations,...)
sur l’objectif l’amélioration des conditions de vie de la population, la création des richesses et
leurs répartitions. En effet, le développement local est appréhendé par deux approches
définissant leur vision du développement :

En premier lieu, une vision économique à travers la notion de district industriel et


milieu innovateur. Dans cette approche le territoire est considéré comme un espace de
déploiement des stratégies des acteurs économiques, avec la possibilité d’offrir à ces acteurs
un environnement propice à leur action, et d’où l’importance des questions connexes
d’emploi et de formation161. Les économistes ont étudié les modes de concentration spatiale
des entreprises donnant lieu à des systèmes de production localisé. En d’autres termes, les
districts industriels connus par une concentration géographique des entreprises basées sur la
division de travail et la coordination. Et les milieux innovateurs de Philipp Aydalot qui ont
mis l’accent sur le rôle de territoire dans l’engendrement des activités économiques. En
conséquence, cette approche se situe dans une optique économique classique fondée sur
l’entrepreneuriat, les systèmes de production géographique et la flexibilité des entreprises.
Elles ont pour mission de répondre et d’apporter des réponses aux dysfonctionnements
économiques locaux, à savoir le chômage.

En second lieu, un développement local communautaire centré sur une vision sociale
de développement et fondé à la fois sur les solidarités entre les acteurs et les initiatives
entamées au niveau local. À cet effet, cette approche est considérée par certains auteurs
comme un processus organisationnel conduisant vers des objectifs de développement culturel,
social et économique. Il est mené par une collectivité locale qui vise à identifier les besoins et
les objectifs, donner un ordre de priorité, accroître la confiance en elle et la volonté de
travailler, trouver les ressources internes ou externes en vue d’une répartition équitable, agir
en fonction des objectifs et enfin manifester des attitudes et des pratiques de coopération et de
collaboration. Ainsi, elle fait appel à l’être humain et à ses capacités de maitriser son propre
devenir ainsi que celui de sa communauté. Il s’agit de créer une solidarité active dans le
milieu en vue de renouveler le tissu socio-économique.162

161
TOUZRI A., « Développement local, acteurs et actions collectives», thèse présentée en vue de l’obtention du
grade de docteur en sciences sociales : développement, population et environnement , presse universitaire
louvaine 2005, p31-99.
162
PROULX M. U., « Réseaux d’information et dynamique locale ». Édition Université du Québec à
Chicoutimi, 1995. P. 88.
120
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

1.3. Du développement local au développement territorial

Le développement territorial exprime la reconnaissance d’un lien fort entre les


dynamiques de développement et les caractéristiques multiples des territoires sur lesquels
elles se déploient. Ce concept reconnaît l’émergence d’une réalité qui facilite, entre les
volontés locales et les incitations politiques plus globales, une mise en cohérence des actions
et des acteurs constituant le territoire. Le développement territorial peut se concevoir comme
l’augmentation de la capacité des acteurs a maitrisé, les dynamiques d’évolution qui les
concernent163. Ce processus de fabrication des territoires se définit non plus par une instance
politico-administrative, mais plutôt par un projet de développement porté par des acteurs qui
s’imposent comme une réalité solide remplaçant de plus en plus les régulations étatiques et
faisant face aux mutations des espaces. À cet effet, le développement territorial a été émergé
par la volonté des acteurs à s’organiser et se mettre d’accord pour concevoir un projet
territorial de développement en vue de répondre à des objectifs fixés en commun.

D’après les travaux P. Aydalot (1985) sur la construction des fondements de base
d’une théorie relative au développement territorial : « le développement impose la rupture
avec la logique fonctionnelle de l’organisation de la vie économique et propose de revenir à
une vision « territoriale » ; C’est dans le cadre local, par la mise en valeur des ressources
locale et avec la participation de la population que le développement pourra réellement
répondre aux besoins de la population »164. Ce modèle fonctionnel classique de l’économie a
contribué, depuis les années 1970, à émerger un nouveau modèle de développement territorial
qui se traduit par une révolution intellectuelle, dont l’essence un rapprochement des éléments
sociaux et politiques à l’analyse économique.
De même, P. AYDALOT a contribué à enrichir la théorie de développement
territorial, notamment par l’approche des milieux innovateurs. Elle vient de rappeler que le
développement procède, d’abord, la mobilisation des ressources internes. Elle met justement
en valeur le rôle des réseaux socio-économiques, la nécessité de construire des ressources
territoriales spécifiques face au nomadisme des firmes, la place des échanges localisés de
connaissances et le savoir-faire dans la dynamique de l’innovation »165.

163
BRUNO J., « Présentation : le développement territorial : un nouveau regard sur les régions du Québec »,
Revue recherches sociographiques, Facultés des sciences sociales, Université Laval, Vol 47, n° 3, 2006, P : 465-
474.
164
AYDALOT P., (1985), Op. Cit. P. 109.
165
RALLET A., Commentaires du texte d’Oliver CREVOISIER dans MOLLARD, Amédée et al, Territoires et
enjeux du développement régional, Versailles, Éditions Quae, 2007 p. 80-82.
121
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

En outre, une autre définition de la notion de développement territoriale, d’après le


schéma de développement de l’espace régional (SDER) : « le développement peut être défini
comme l’accroissement de la qualité de la vie, c’est-à-dire non seulement la croissance
exprimée en termes économiques, mais aussi le mieux-être social, culturel et l’amélioration
du cadre de vie. Le développement est donc par nature, transversal et décloisonné. Il regroupe
croise et associe diverses compétences sectorielles et divers types d’acteurs. Dans un projet de
développement, les attributions propres à l’aménagement du territoire concernent
essentiellement les localisations les plus adéquates par rapport aux objectifs fixés ; d’autre
part, l’aménagement du territoire rassemble les actions des différents intervenants »166.
Après avoir défini la notion de développement territorial, nous passons ensuite, aux
raisons avancées par certains auteurs et acteurs pour expliquer le passage du concept de
développement local toujours utilisé, à la notion de développement territorial. Ces raisons
sont expliquées comme suite :
 D’abord, le développement local est trop restreint autour d’un développement
économique autocentré sur une localité bien déterminée. Cependant, avec la prise en
considération des phénomènes de la mondialisation, de libre d’échange et de la globalisation
d’économie, les territoires doivent être compétitifs tout en ajustant leurs politiques sur les
marchés de l’extérieur.
 Ensuite, l’émergence de nouveaux modes de gouvernance accompagnant les politiques
territoriales de développement. Dans le cadre des réformes entreprises par l’État, à savoir la
décentralisation qui vise à alléger l’État central de ces prorogatives en matière de
développement et d’impliquer de plus les acteurs locaux dans le développement. Donc, le
développement territorial s’appuie sur une double notion de territoire, d’une part, un territoire
«donné» issu de l’histoire administrative des pays, et, d’autre part, un territoire « construit »
selon (G. COLLETIS, B. PECQUEUR)167. les processus de développement à l’échelle
infranationale, seront accompagnés par une politique de contractualisation et une approche de
gouvernance en vue de réguler le système productif.
 Enfin, le développement territorial ne vise pas seulement l’allocation optimale des
ressources dont le territoire possède, mais aussi la création de ressources territoriales. Ce
processus de création se réalise à travers la valorisation des potentiels spécifiques des

166
Définition tirée de l’avis de Conseil de Wallon de l’environnement pour le développement durable, objet
d’un tableau de bord du développement territorial, publié le 3 Mars 2005 à Liége. P. 3. Disponible sur l’URL :
http://www.cwedd.be/uploads/Autres%20Avis/Avis%20non%20sollicites%20par%20le%20GW/05.25-TBDT.pdf .
167
KOOP K., PIERRE- A L. et PECQUEUR B,. « Pourquoi croire au modèle du développement territorial au
Maghreb ? une approche critique », Revue EchoGéo, N° 13/2010. P. 1-12.
122
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

territoires. C’est à partir des ressources spécifiques que les acteurs du territoire vont
rechercher une compétitivité sous ces différentes formes.
En effet, P. A. LANDEL et al (2011), dans l’article « De l’animation locale à
l’ingénierie territoriale », insiste sur deux caractéristiques importantes faisant la différence
entre le développement local et le développement territorial. D’une part, l’accès à des
nouveaux marchés à différentes échelles expliquées par le fait que, la libéralisation des
marchés imposent que les stratégies de la production locale ne visent plus nécessairement les
circuits économiques locaux. D’autre part, nous trouvons l’émergence de nouvelles formes de
gouvernance pour la réalisation de projets de territoires. À cet effet, le tableau, ci-dessous,
explicite les points de différence entre le développement territorial et le développement local,
ainsi que la figure n°14 illustre bien ce passage168.
Tableau 18: Du développement local au développement territorial

Développement Local Développement territorial


-Renforcement de circuits locaux -Intégration dans des marchés à diverses échelles
-Identités et échanges mono scalaires -Identité et échange multi scalaires
-Mobilisation de ressources locales en -Compétitivité (locale, nationale, mondiale) par
réponse aux besoins locaux la génération de ressources spécifiques
-Rôle déterminant de l’État dans le -Intégration de nouveaux acteurs dans la
dispositif de contractualisation gouvernance.
Source : KOOP K., LANDEL P. A. et PECQUEUR B. (2010, P. 6)

Figure 15: Du développement local au développement territorial

Marchés élargis

Développement
territorial

Autonomie territoriale
Dépendance du gouvernement national

Développement
Local

Marchés locaux
Source : KOOP K., LANDEL P. A. et PECQUEUR B. (2010)

168
LANDEL P A. et KOOP K., « de l’animation locale à l’ingénierie territoriale », une proposition de
communication au colloque « le développement local : Mécanismes, Stratégie et gouvernance », à Agadir,
Maroc, 29 Mars 2011. Disponible sur l’URL : halshs-00580760 .
123
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

En résumé, nous avons présenté, dans ce paragraphe, les différentes approches de


développement, à savoir le développement endogène et le développement local. Ensuite, nous
avons défini la notion de développement territorial et nous avons de montrer le passage du
développement local au développement territorial. À cet effet, en vue de compléter la
construction théorique de développement territorial, il nous paraît important d’introduire
quelques spécificités et dimensions de développement territorial, c’est-à-dire: la dimension
culturelle. Ces éléments constituent notre deuxième paragraphe.

Paragraphe 2 : L’approche de développement territorial : processus et modes.

Ici dans ce paragraphe, nous considérons que l’approche de développement territorial


est un processus complexe. Il repose sur des activités de diversification et des activités
d’accumulation sur un espace local (territoire) en vue de concevoir un projet de
développement axé sur la coordination des ressources matérielles et immatérielles. Ainsi, il
vise à répondre à des problèmes identifiés localement et d’apporter un plus au territoire.
Donc, pour mieux comprendre ce processus complexe, nous procédons d’abord, à le définir.
Ensuite, d’introduire la dimension culturelle dans le développement territorial pour une
articulation entre le projet culturel et le projet du territoire. Enfin, de préciser ses modes qui
sont en nombre de trois : une agglomération, une spécialisation et une spécification.

2.1. Le développement territorial un processus complexe

Le développement territorial est expliqué dans ce point par une approche systémique
dans laquelle, les concepts territoire, système productif et société locale constituent les
noyaux de système. Ainsi qu’ils ne peuvent être traités séparément. Quatre sphères sont
regroupées et corrélées pour la réalisation d’un développement souhaitable propre au
territoire. Ces sphères sont, notamment : la sphère politique, la sphère économique, la sphère
sociale et la sphère spatiale. En effet, le schéma, ci-dessous, explique l’organisation de ces
sphères et les relations qu’ils entretiennent sous des différentes formes : d’autorité,
d’influence, de domination, de concurrence, de coopération et de négociation.

124
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Figure 16: Les différentes sphères du processus du développement territorial.

Source : El KHAZZAR A., (2004).

À travers l’analyse de l’enjeu des différentes sphères et leurs interactions dans un


système en dynamique relationnelle avec les acteurs qui sont des parties prenantes. Nous
allons essayer d’apporter un éclairage sur la nature et le rôle de chacune d’elles et d’expliquer
via l’interaction des sphères le développement territorial169.

D’abord, l’enjeu de la sphère politique : C’est une sphère qui regroupe les
représentants des citoyens dans un espace local et qui sont élus par des scrutins et possédant le
pouvoir de la gestion des affaires publiques au niveau local. La mission principale de ces
acteurs réside dans la possibilité d’assurer la cohésion de la société et la cohérence de l’ordre
sociale. Toutefois l’État cherche à accroitre son autorité sur l’ensemble du territoire, par
l’outil des collectivités locales, considérées comme des relais de gestion entre l’échelon local
et l’État. En effet, la restructuration du système politique accompagné par des politiques de
décentralisation a contribué pour une nouvelle architecture de système et une redéfinition des
rôles pour l’État que pour les collectivités locales. C’est pourquoi les collectivités locales ont
désormais la capacité de gérer des secteurs stratégiques de l’action publique et de

169
El KHAZZAR A., « Gouvernance et approche territoriale : pour une nouvelle stratégie de développement »,
Acte de congrès au séminaire organisé conjointement par le Centre Africain de Formation et de Recherche
Administratives pour le Développement et l’Observatoire des Fonctions Publiques Africaines, sur la clarification
des missions de l’État, de la société civile et du secteur privé dans la gouvernance Économique et la lutte contre
la pauvreté en Afrique, à Tanger, Maroc, 24-27 Mai 2004. Disponible sur l’URL :
http://unpan1.un.org/intradoc/groups/public/documents/CAFRAD/UNPAN016614.pdf
125
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

concurrencer l’État dans le domaine de l’aménagement du territoire. Donc, l’enjeu de la


sphère politique confère au territoire une double mission ; la première vise à améliorer
l’efficacité économique et l’efficacité démocratique et la deuxième mission cherche à
accroitre l’initiative des citoyens et leur participation à la décision publique.

Ensuite, l’enjeu de la sphère productive : la sphère productive a connu des mutations


profondes ces décennies. Elle est caractérisée par l’affaiblissement des grandes unités de
production qui ont été considérées dans la période fordiste comme le modèle le plus apte de
véhiculer le développement industriel. Suite à ce changement le modèle fordiste s’est trouvé
remise en cause au profit d’un nouveau régime dont les PME sont capables d’assurer un
développement économique, à travers la création d’emplois et l’innovation. De même, en
parallèle de l’intérêt accordé aux PME dans le développement, les secteurs de l’économie ont
aussi connu une mutation, notamment par la fin de processus d’industrialisation classique et
l’émergence d’une nouvelle économie basée sur des activités de service et de connaissance.
Le développement territorial a été sollicité de prendre en considération ces transformations
afin de mettre en place les moyens nécessaires comme des stratégies d’accompagnement des
PME et de favoriser des milieux entrepreneuriaux favorisant le développement des
entreprises.

Puis, l’enjeu de la sphère sociale : la spécificité de la sphère sociale réside dans


l’attention accordée à l’individu en tant qu’un être unique. Suite à plusieurs
dysfonctionnements en matière de développement qui a marqué la période de l’économie
fordiste, ainsi que l’émergence d’un nouveau mode de développement appelé « le
développement local » répondant aux attentes économiques et sociales de la population.
L’acteur territorial a joué un rôle dynamique et actif dans le processus de développement
territorial. Cela est expliqué notamment par la refonte de la théorie économique classique qui
a considéré l’acteur en tant qu’un agent économique rationnel son souci principal est la
maximisation du profit et l’intérêt personnel. Au profit actuellement d’un individu qui s’est
transformé pour agir dans un contexte social, familial, communautaire variant dans le temps
et dans l’espace.

Enfin, l’enjeu de la sphère spatiale : l’espace depuis longtemps a été considéré comme
une donnée immatérielle sans aucune dimension170. Ce n’est que tardivement que l’analyse
économique a commencé d’intégrer l’espace dans la construction de l’entité territoriale. Donc,

170
Idem.,
126
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

l’enjeu spatial apparaît comme l’assemblage d’enjeux passés qui réapparaissent au présent, et
auquel les projets actuels intègrent dans leurs stratégies.

Bref, le processus de développement territorial est appelé à prendre en considération


tous les dimensions et les composantes ainsi que les différentes relations qui lient les
différents acteurs, en vue de concevoir un projet de développement territorial propre aux
spécificités du territoire.

2.2. La dimension culturelle de développement territorial

La dimension culturelle paraît comme une composante essentielle de toutes stratégies


de développement territorial. Ces conditions ne résident pas seulement dans la réunion des
conditions de développement, mais, aussi dans l’existence d’une culture de développement
conçu et adopté par tous les acteurs. La culture est un élément incontournable dans la vie des
acteurs territoriaux locaux qui peut influencer leurs décisions en matière d’élaboration des
stratégies de développement du territoire.

En effet, ce point vise à montrer la contribution de la culture au développement


économique du territoire par la prise en considération du facteur socio-culturel dans les
processus territorialisés d’innovation et l’efficacité économique de la proximité. De même,
favoriser une culture de développement dans la localité pour valoriser les ressources locales et
le renforcement des partenariats. À cet effet, nous ne pouvons pas parler d’une proximité
géographique ou proximité organisationnelle entre des acteurs locaux qui ne partage pas la
même culture ou qui n’ont pas la même vision de développement du territoire.

En effet, la culture est l’ensemble de ce que les gens ont reçu de leur famille, de leur
milieu et de ce qu’ils ont intériorisé, modifié et structuré à travers leurs expériences. Elle leur
offre les instruments indispensables pour vivre et agir au présent et de se projeter dans le
futur. Elle donne ainsi un sens à la vie de chacun et à l’existence collective171. La prise en
compte de la dimension culturelle dans le territoire trouve son origine dans la nouvelle
géographie qui se dessine par les approches de régionalisation et de décentralisation qui visent
à renforcer le pouvoir des acteurs locaux en matière de développement. Donc, la culture sera
considérée comme un vecteur de rayonnement à l’échelle internationale et de développement
des villes.

171
CLAVAL P., « le développement culturel : quelques réflexions sur le colloque de Nîmes », dans
Développement culturel et territoires, sous dir, Laurent Sébastien FOURNIER, Catherine BERNIE-Boissard,
Dominique CROZAT et Claude CHASTAGNER, Édition l’Harmattan, 2010. P. 27-28.
127
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

La dimension culturelle du développement territorialisé est abordée par plusieurs


chercheurs, par lesquels, ont expliqué que la culture intervient à chacune des étapes de la
réalisation d’un projet de développement territorial, et qu’elle conditionne le succès de
l’entreprise installée sur un territoire donné. Cette dimension intervient dans le diagnostic des
forces et des faiblesses d’un territoire, dans la conception du projet, dans la valorisation des
ressources spécifiques et de définir un modèle de développement, notamment par des
festivités et des expositions.

Dans son article sur la dimension culturelle de développement territorial, R. KAHN


(2010) a précisé cinq points résumant les caractéristiques et les conséquences d’une culture
régionale de développement. Ces points sont ventilés comme suit172:

 La première caractéristique, consiste à produire dans la région une synergie entre les
acteurs et les institutions en vue de créer une énergie favorisant le développement du
territoire. Ainsi, de recenser les ressources locales qui participent au développement et de les
orienter vers un objectif particulier autour duquel se crée une apparence de consensus. La
culture de développement réside dans la définition de l’espace, de ces ressources et le choix
de celle que l’on mobilise en priorité ;

 La culture de développement vise à privilégier un modèle régional de développement


réel à partir d’une mobilisation des ressources et son orientation vers une finalité de
développement spécifique (filière industrielle, tourisme, coopération internationale). À cet
effet, chaque territoire est appelé à réaliser un diagnostic pour mieux comprendre son profil,
recenser ses opportunités et de bien définir sa culture de développement emprunté de la
culture de l’entreprise ;

 La culture de développement n’est pas immédiatement reliée à la performance


économique obtenue par une région. Mais, parfois il faut chercher à démontrer et d’innover
des nouvelles méthodes pour mobiliser les principaux éléments de la culture régionale et de
les mettre au service du développement local ;

 La culture de développement d’une région est fondamentalement une culture. Elle est
nécessairement en rapport avec l’histoire et avec les caractéristiques de la population des
institutions régionales. La culture de développement est souvent marquée par un modèle
précis qui réunit à la fois la stabilité des institutions locales et l’ouverture au changement ;

172
KAHN R., (2010), « La dimension culturelle du développement territorial », Revue d’Économie Régionale &
Urbaine 2010/4, octobre 2010. P. 625-650.
128
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

 La culture de développement a non seulement un impact sur les performances de


l’économie régionale, mais aussi sur la valorisation des autres formes culturelles locales qui
incorporent le territoire, à savoir : les langues régionales, les fêtes et les savoir-faire
traditionnels. Par exemple, la culture de développement d’un territoire peut apporter un
progrès économique et une publicité territoriale de ces valeurs et de ces traditions au niveau
mondial.

La réussite de tous projets de développement territorial est conditionnée par la mise en


valeur à la fois des ressources matérielles et des ressources immatérielles, notamment, les
savoir-faire, les traductions locales et la culture. Donc, tout projet de développement territorial
est articulé avec un projet culturel qui repose sur des multiples finalités.

En résumé, la dimension culturelle de développement prend en considération plusieurs


variables telles que, la situation économique de la région, son histoire, sa trajectoire
économique, sa population, son capital social et son patrimoine. Ainsi, la culture de
développement désigne un état de l’organisation régionale et des institutions globalement
orienté vers un objectif économique.

2.3. Les modes de développement territorial

Il existe trois modalités de développement territorial basées sur la conception de la


proximité. Ces modes de développement territorial s’appliquent pour un territoire dit
pertinent, soit par la cohérence de son tissu économique, ou soit par l’appartenance à un
territoire administratif bien organisé. Ces trois modes de développement sont :
l’agglomération basée sur une proximité spatiale géographique, la spécialisation fondée sur
l’articulation des proximités géographiques et organisationnelles et enfin la spécification
réunit les trois types de proximités géographique, organisationnelle et institutionnelle173.

Nous commençons par le premier mode de développement territorial, celui du


processus d’agglomération qui est fondé sur une concentration spatiale d’activités
économiques hétérogène et non complémentaire, et où les économies externes et les
économies d’échelles jouent un rôle important. La particularité du processus d’agglomération,
c’est qu’il produit des effets externes qui ne répondent pas à une logique industrielle forte.

173
COLLETIS G., GILLY J-P., LEROUX I., PECQUEUR B., PERRAT J., RYCHEN F. et ZIMMERMANN J-
B., « Construction Territoriale et Dynamiques Productive », Revue sciences de la société, N° 48, Octobre, 1999.
P. 25-44.
129
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

En effet, ce processus trouve son origine dans le recours à des politiques publiques
fondées principalement sur des avantages, telles que des mesures de financement, des
incitations fiscales et une assiette foncière visant à attirer les entreprises à se localiser.
Cependant, ces politiques peuvent constituer parfois des mesures non incitatives, dans
lesquelles canalise le développement territorial vers une autre logique territoriale (un
développement par la spécialisation). À cet effet, la priorité de ce mode de développement est
de favoriser des effets externes par des actions ciblées de rapprochement des activités toujours
dans un contexte de concurrence territoriale. De plus, ces défaillances résident dans le fait
qu’il n’intéresse plus à l’évolution du tissu économique locale par un mode de coordination
établi entre les acteurs publics et privés. Ainsi que, les décisions des agents productifs sont
guidées par leur propre intérêt.

Ensuite, un mode de développement territorial nommé le processus de spécialisation.


Ce mode est fondé sur une structure organisationnelle de fort tissu économique dominé par
une activité industrielle ou un produit. En effet, la notion de spécialisation offre une double
signification, d’une part, c’est un processus par lequel le tissu économique se structure et se
fonde sur une logique industrielle, et, d’autre part, elle vise l’émergence et la concentration
géographique qui sont liées par des caractéristiques productives, organisationnelles et/ou de
marché174.

Le processus de spécialisation résulte d’une volonté privée que d’une volonté


publique. C’est l’opposé du processus d’agglomération, parce qu’il montre le rôle et
l’importance des facteurs comme les liens industriels, la présence des ressources et d’actifs
spécifiques et le type de concurrence dans la concentration des entreprises autour d’une même
activité ou un produit similaire. De même, le processus de la spécialisation met en place des
mécanismes de coordination entre les agents économiques motivés par l’existence d’une
proximité organisationnelle forte et effective au plan territorial. La proximité géographique et
la proximité organisationnelle sont considérées comme à la source du développement
économique du territoire.

En conséquence, une entreprise localisée sur un territoire cherche à la fois, une


proximité géographique qui leur facilite d’engager et d’exploiter des activités difficilement à
atteindre auparavant. Et une proximité organisationnelle qui offre les conditions du bénéfice
de ces mêmes complémentarités sur un plan extra-territorial. Donc, nous constatons que ces

174
Idem,. P. 25-44.
130
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

deux proximités permettent un élargissement des combinaisons productives sur une base
territoriale et la résolution des problèmes productifs susceptibles d’être résolus.

Enfin, le dernier mode de développement territorial intitulé le processus de


spécification. Ce mode repose sur l’existence de structures privées et/ou publiques possédant
la capacité de prendre en compte certains effets externes pour favoriser le développement du
tissu économique local. Cette capacité s’exprime par la création d’un tissu basé sur une
combinaison des ressources et d’actifs et la mise en place des stratégies collectives
susceptibles de redresser le devenir économique du territoire.

Le concept de spécification est défini dans le cadre du développement territorial, par la


capacité du territoire à identifier des nouvelles potentialités de développement et à organiser
ou à réorganiser le déploiement des ressources et des actifs afin d'atteindre l’objectif assigné.
Ce mode de développement est confronté à deux types de contraintes, d’une part, le caractère
de redéploiement des ressources territoriales, et, d’autre part, la capacité de générer de
nouvelles configurations productives au plan territorial.

Premièrement, le redéploiement des ressources territoriales pose deux questions


interdépendantes. D’abord, l’importance du caractère combinatoire de l’intégration de
ressources au sein de systèmes productifs. En effet, le système productif est le résultat de la
combinaison de certains nombres de ressources au sein d’une architecture organisationnelle.
C’est pour cela, la nature combinatoire de cette intégration traduit la méthode dont chacune de
ressources est mise en œuvre ; indépendamment des autres ou au contraire en synergie.
Ensuite, la question de la spécificité des ressources comme facteur de leur redéploiement. Une
ressource spécifique peut être redéployable dans un autre contexte productif, mais avec un
usage et une valeur différente de son contexte premier. Le redéploiement des ressources prend
toujours en considération l’inadmissible du contexte productif, ce qui limite sa transférabilité,
et par le fait souligne que le territoire reste sous certaines conditions175.

Deuxièmement, le processus de spécification repose sur la flexibilité du tissu


économique local comme hypothèse, et ce, pour reconfigurer les positions des acteurs et
d’avoir une souplesse au niveau du territoire. Il s’appuie sur les potentiels de relations entre
les différents acteurs et à la coordination entre les agents en vue de formuler et traiter des
problèmes productifs nouveaux inédits. Le processus de spécification s’appuie donc sur une

175
Idem,. P. 25-44.
131
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

densité institutionnelle forte, au plan territorial, qui contribue à l’émergence des dispositifs de
coordination et de favoriser par la suite leur bon fonctionnement.

Bref, l’histoire d’un territoire peut être marquée par une succession de ces différents
processus. Ainsi que le passage d’un mode à un autre invente la notion de trajectoire du
territoire. D’abord, le passage d’agglomération à la spécialisation permet de construire le
territoire qui expose des ressources ou des actifs spécifiques afin d’attirer les entreprises
ayants des caractéristiques similaires à se localiser. Ensuite, le passage de spécialisation à la
spécification s’effectue par une diversification maitrisée des activités présentes sur le
territoire. Cette diversification naît de la volonté de redéploiement des ressources et des actifs
spécifiques de la part des acteurs et des structures de coordination adéquates à savoir le
réseau.

Pour conclure ce paragraphe, le développement territorial ou le développement tout


court résulte de l’action des acteurs à coordonner leurs attentes et leurs efforts en vue de
concevoir un projet territorial. La réalisation de ce projet est conditionnée, d’une part, par la
mise en cohérence des différentes sphères du territoire : la sphère productive, politique,
sociale et spatiale. D’autre part, par la prise en considération d’une dimension assez
importante, à savoir la dimension culturelle du développement territorial.

Ainsi, la réussite du projet de développement nécessite la mise en place d’une


gouvernance territoriale, comme un mode de gestion efficace, qui cherche l’optimisation et
l’efficacité des actions entreprises sur le territoire. En effet, la notion de gouvernance
territoriale constituera l’objet du troisième paragraphe.

Paragraphe 3 : La gouvernance territoriale, outil de développement territorial

La gouvernance territoriale est considérée comme un élément incontournable dans les


différents modes et visions de développement de territoire. Elle est vue comme une forme de
régulation territoriale et d’interdépendance dynamique entre les agents productifs et
institution locale. Ce mode de régulation se concrétise soit par des institutions (l’État et les
collectivités territoriales), soit par des réseaux de relations (SPL, Milieux innovateurs).

Ce paragraphe vise, d’abord, à définir la notion de gouvernance et de la gouvernance


territoriale. Ensuite, de montrer que la gouvernance territoriale est un outil qui contribue au
développement territorial, notamment par le moyen de la coordination.

132
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

3.1. De la gouvernance à la gouvernance territoriale

La notion de gouvernance a fait l’objet de nombreuses interrogations, tant des


approches en sciences économiques qu’en sciences politiques. Ce concept, au niveau
économique, a été mobilisé notamment par deux économistes (R COASE et O.
WILLIAMSON) pour rejeter l’idée que le prix de marché est le seul agent de régulation des
échanges, et d’étudier, par la suite, la nature des coordinations ente agents individuels et
collectifs ainsi que d’autres outils de régulation.

R. COASE176 dans son article intitulé « The nature of The Firm » et


O.WILLIAMSON177 ont cherché à étudier d’autres modes de coordination économique que le
marché. C’est pourquoi la gouvernance apparaîtra, dès lors, comme un mode de réduction des
coûts liés aux transactions interindividuelles, visant davantage l’efficacité. Ainsi, avec
l’intégration de facteur espace, comme facteur essentiel du fait productif dans les
agglomérations productives telles que les districts industriels, les milieux innovateurs, les
économistes réutilisent cette notion en vue d’avoir une forme de régulation territoriale et
d’interdépendance dynamique entre les agents productifs et les institutions locales. Le
territoire dans cette forme de régulation joue un rôle plus important, car il apporte sa
contribution à réduire les coûts de transactions entre les firmes et à coordonner les actions
collectives178.

Ensuite, le terme de gouvernance a été utilisé par les sciences politiques, à la fois dans
un cadre de l’analyse du gouvernement local, et dans une perspective normative en relations
internationales et management des affaires publiques. En effet, son utilisation dans le cadre de
l’analyse du gouvernement local a pour objet ; la participation des différents acteurs à la prise
de décision concernant la gestion de leurs villes et leurs régions, ainsi qu’à la conception des
politiques publiques locales basées sur un processus de coordination et de négociation,
appropriée aux spécificités locales. Le Gales évoque le rôle de la gouvernance dans les
interactions entre l’État et la société et des modes de coordination complexes nécessaires afin
de développer l’action publique. L’introduction de la notion de gouvernance en sciences
politiques a pour mission principale de faire apparaitre un nouveau modèle politique basé sur

176
COASE R H., « The nature of the firm » ECONOMICA, New Series, Vol. 4, No. 16, November 1937. P.
386-405. Disponible sur l’URL:
http://links.jstor.org/sici?sici=00130427%28193711%292%3A4%3A16%3C386%3ATNOTF%3E2.0.CO%3B2-B
177
WILLIAMSON O.E., les institutions de l’économie, traduit de : The Economic institutions of Capitalisme
(1985), InterEditions, 1994, Paris.
178
LELOUP. F, MOYART L. et PECQUEUR B., « La gouvernance territoriale comme nouveau mode de
coordination territoriale », Revue Géographie, Économie, Société Vol 7, N° 04/2005. 2005 P. 324.
133
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

une reconfiguration de l’action publique, l’émergence de nouveaux modes d’intervention et la


transformation de modalités de l’action publique179. À cet effet, la gouvernance peut être
associée à quatre concepts initiaux à savoir: multiplicité des acteurs, décision partagée,
gestion décentralisée et bien commun géré par la sphère privée.

Après ce survol historique nous définissons le concept de la gouvernance.

Lors de la conférence organisée par le PNUD en 1997, la bonne gouvernance a été considérée
comme l’exercice de l’autorité politique, économique et administrative aux fins de gérer les
affaires d’un pays à tous les niveaux. Elle repose sur des mécanismes, des processus et des
institutions qui permettent aux citoyens et aux groupes d’exprimer des intérêts, de régler des
litiges et leurs droits juridiques, d’assurer leurs obligations et auxquels ils s’adressent en vue
de régler leurs problèmes. À cet effet, le PNUD a identifié trois paliers et pivots de la
gouvernance, à savoir :180

 L’ÉTAT par son appareil législatif, juridique, et les services publics, qui visent à créer
un environnement politique favorable à la mise en place d’une bonne gouvernance.

 Le secteur privé qui participe à la création d’emplois et à la croissance économique,


par le moyen des entreprises (les firmes multinationales ou les PME).

 Enfin, la société civile qui regroupe les associations, les organismes non
gouvernementaux, les groupes religieux et les citoyens pris individuellement. Leurs intérêts
sont de faciliter la régulation politique et sociale.

En effet, le concept de la gouvernance repose sur les formes de coordination, de


concertation et de participation des différents acteurs dans le but de redéfinir la relation entre
l’ÉTAT et la société civile. Ainsi, de renommer les notions de l’autorité et de pouvoir pour
une plus grande efficacité et efficience de l’action publique territoriale.

Par conséquent, la notion de la gouvernance est expliquée par la présence des


postulats. D’abord, la crise de gouvernabilité caractérisée par une moindre efficacité et
efficience de l’action publique, notamment le cas des pays africains qui sont riches en matière
des richesses, mais souffrent de sous-développement. Ensuite, l’inefficacité et l’échec des

179
LORRAIN D. « Administrer, gouverner, réguler », Revue les annales de la recherche urbaine, N°80-81,
décembre 1998. P. 85.
180
La définition tirée du Document de politique générale du PNUD « La gouvernance en faveur du
développement humain durable », publié en Janvier 1997 par le PNUD. P. 40.
134
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

stratégies et les formes traditionnelles de la gestion des affaires publiques (le PAS pour le cas
du Maroc).

Le dernier postulat cité se rapporte à l’émergence d’une nouvelle stratégie de


gouvernance qui sera mieux adaptée aux différents contextes locaux basés sur une démocratie
participative. En effet, cette stratégie est caractérisée ; par un passage de la tutelle à un
processus contractualisation, de la centralisation de pouvoir à la décentralisation vers les
échelons locaux, de l’ÉTAT distributeur à l’ÉTAT régulateur et, ensuite, de la guidance et de
l’orientation à la coopération et la coordination des acteurs publics et privés. Donc, la
gouvernance peut réunir quatre concepts fondamentaux à savoir : la multiplicité des acteurs,
décision partagée, gestion décentralisée et bien commun géré par la sphère privée, comme le
montre le schéma suivant181 :

Figure 17: La gouvernance et les concepts associés

Source : N. DUBUS N., MASSON-VINCENT M. (2010, P. 2-23)

En effet, en vue d’accompagner la construction territoriale et de répondre à ces


évolutions organisationnelles, la gouvernance territoriale paraît comme une stratégie
convenable qui assure la pérennité et l’ajustement au territoire. Plusieurs auteurs se sont
intéressés à la notion de la gouvernance territoriale. Parmi ces auteurs, B. PECQUEUR
(2000), qui définit la gouvernance territoriale comme «un processus institutionnel et
organisationnel de construction d’une mise en compatibilité des différents modes de
coordination entre acteurs géographiquement proches, en vue de résoudre les problèmes
productifs inédits posés aux territoires»182. Donc, la gouvernance territoriale est caractérisée
par un processus dynamique de coordination entre acteurs publics et privés situés sur le même
site géographique. Ce processus vise la construction collective d’objectifs et d’actions tout en

181
DUBUS N., HELLE H.,MASSON-VINCENT M., « De la gouvernance à la géogouvernance : de nouveaux
outils pour une démocratie locale renouvelée »,Revue l’Espace Politique, Vol. 10, N°1. P. 2 - 23.
182
PECQUEUR B., (2003), Op.Cit.
135
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

mettant en œuvre des dispositifs multiples reposant sur des apprentissages collectifs et en
entamant des innovations institutionnelles et organisationnelles au sein du territoire. Ceci
s’inscrit dans un but de formulation et de résolution d’un problème productif.

D’autres définitions à retenir pour la gouvernance territoriale, notamment celles de Le


Galès, et Gilly-Wallet. Ces auteurs ont défini la gouvernance territoriale par le recours à la
notion de la coordination.

Le Galès : « La gouvernance peut être définie comme un processus de coordination


d’acteurs de groupes sociaux, d’institutions, pour atteindre des buts, discutés et définit
collectivement. La gouvernance renvoie alors à l’ensemble d’institutions, de réseaux, de
directives, de réglementations, de normes, d’usages politiques et sociaux, d’acteurs publics et
privés qui contribuent à la stabilité d’une société et d’un régime politique, à son orientation,
à la capacité de diriger, de fournir des services et à assurer sa légitimité »183.

J.B GILLY- F. WALLET (2005) : « La gouvernance territoriale, nous (la) définissons


comme le processus d’articulation dynamique de l’ensemble des pratiques et des dispositifs
institutionnels entre des acteurs géographiquement proches en vue de résoudre un problème
productif ou de réaliser un projet de développement »184. À cet effet, nous comprenons par
cette définition que les dispositifs institutionnels et les repères nécessaires à la coordination
des acteurs constituent l’architecture dynamique de la gouvernance territoriale et engendrent
une dynamique institutionnelle. Ainsi, ces dispositifs, de processus d’articulation d’acteurs,
définissent les contours de la relation locale globale à travers un mode d’inscription des
stratégies associées à des projets de développement au sein du processus de régulation
sectoriels et spatiaux plus vaste.

En outre, pour rendre la notion de la gouvernance territoriale plus opérationnelle nous


se référons aux travaux de J.B GILLET et F. WALLET (1998) qui vise à définir cinq
composantes de la gouvernance, homologues aux formes institutionnelles de la théorie de la
régulation. Ses composantes sont comme suit185 :

183
GUESNIER B., « Créativité des territoires et gouvernance » acte de communication au colloque Territoires et
action publique territoriale : nouvelles ressources pour le développement régional, XLVéme colloque de
l’ASRDLF, organisé par le Centre de recherche sur le développement territorial Université du Québec à
Rimouski 25-27 Aout 2008.
184
GILLY J-P., WALLET F.,« Enchevêtrement des espaces de régulation et gouvernance territoriale les
processus d’innovation institutionnelle dans la politique des pays en France », Revue d’Économie Régionale et
Urbaine, N°5, 2005. P. 699-722.
185
COLLETIS G., GILLY J-P., LEROUX I., PECQUEUR B., PERRAT J., RYCHEN F. et ZIMMERMANN J-
B., (1999), OP. Cit. P. 25-44.
136
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

 La relation salariale locale : le rapport salarial est considéré comme un facteur


important qui permet de classifier et de catégoriser les espaces productifs locaux (districts
industriels, technopôle) ainsi que leurs dynamiques. Ce rapport est lié aux spécificités du
territoire. Par exemple, des pays en voie de développement disposant des règles de gestion
individualisée, où le recrutement s’effectue par le patron de la société, et non par le recours à
des cabinets spécialisés de recrutement, de même, le non-respect des statuts et les lois du
travail. Aujourd’hui, la relation salariale est fondée sur l’apprentissage collectif, la
coopération et les compromis sociaux.

 Le mode de coordination entre les entreprises, et entre les entreprises et les centres de
recherche : la distinction entre les idéaux types d’espace locaux s’effectue, d’abord, par le
niveau du partenariat qui comprend l’organisation des rapports entre les différents acteurs, à
savoir : l’alliance, la collaboration, le partenariat, la sous-traitance et/ou l’externalisation.
Ensuite, par la compétition qui s’exprime par une concurrence entre les acteurs. Cette
composante accorde une place importante aux formes de coordination hors marché qui
caractérisent notamment les rapports entre science et industrie dans les processus
d’innovation technologique.

 Le mode d’insertion et d’intervention des acteurs publics : comme déjà expliqué, la


gouvernance territoriale a permis d’assurer un passage de la politique locale dictée par
l’ÉTAT à une action locale impliquant tous les acteurs et répondant aux exigences de la
population locale. L’action locale est conçue comme la résultante d’un processus de
coopération et de coordination entre de nombreux acteurs et opérateurs. De même, la place de
l’État réside dans la coordination et d’une négociation locale dans laquelle les acteurs locaux
pourront influencer la construction de compromis.

 Le positionnement de l’espace local au sein de la division spatiale du travail : un


espace local doté de certaines ressources productives spécifiques ou génériques permet de
définir un degré d’autonomie/ dépendance par rapport aux logiques économiques globales.
Ainsi, la capacité d’un espace productif local à générer un ensemble cohérent des ressources
spécifiques permet de définir son attractivité et de son positionnement concurrentiel. On
comprend ici les régions qui disposent des gisements et des ressources importantes comme
l’Or, le pétrole et qui peuvent contribuer au développement territorial.

 Le mode d’exercice de la contrainte monétaire et financière : ces deux mécanismes


déterminent le devenir du système productif local.
137
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Bref, la gouvernance territoriale est considérée comme un processus systémique qui


permet aux différents acteurs de concevoir et de préparer, en synergie, des actions et des
programmes à travers des dispositifs (la participation, la décentralisation, le pilotage de
projet) en vue de réaliser un développement territorial. Ainsi, respecter l’ordre existant et de
procéder à une redéfinition les relations de pouvoirs entre l’ÉTAT et les échelons locaux.

3.2. La gouvernance territoriale : un corollaire au développement territorial

L’affaire de développement territorial n’est plus l’apanage seulement du secteur


public, mais plutôt le résultat d’un processus de coopération et de coordination entre les
différents acteurs et opérateurs territoriaux. C’est pourquoi le recours à des formes de
coordination et de coopération apparaît important. Ainsi, l’action publique territoriale
implique les différents acteurs dans une autonomie relative croissante et avec des marges
nouvelles d’intervention afin de produire un service collectif. Cette action territoriale fait
appel selon A. TORRE (2000) à un type de gouvernance considéré comme « un modèle de
coordination qui vise à intégrer les mécanismes productifs et institutionnels dans les
dimensions locales (proximité géographique vs proximité organisationnelle) et locales
globales (proximité locale vs proximité globale), la gouvernance territoriale apparaît comme
l’expression des tensions et des arbitrages entre différents intérêts au niveau local»186.

Selon A. TORRE l’émergence de la gouvernance territoriale est motivée par


l’existence de plusieurs formes de proximité (géographique, institutionnelle et
organisationnelle) qui constitue un pilier primordial de l’économie de territoire et développe
un postulat d’apprentissage collectif basé sur les modes de coordination et de construction. De
plus, la notion de proximité contribue, dès l’émergence, d’un problème productif ou
institutionnel à proposer des actions collectives sur la base de la coordination et des formes
d’organisation.

En effet, la gouvernance territoriale dans l’approche par la proximité se fonde sur une
dynamique institutionnelle qui implique une pluralité d’acteurs aussi bien publics (collectivité
territoriale, université) que privée (entreprise) ou sociaux (ONG). Ces derniers sont pourvus
de statuts différents et se coordonnent avec plus ou moins de lisibilité et plus ou moins de
résultat.

La gouvernance territoriale axée sur la proximité repose sur deux processus, à savoir
les réseaux et les flux circulants dans ce réseau. D’abord, les réseaux signifient une

186
PECQUEUR B., (2003), Op. Cit.
138
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

configuration de connexions entre les différents acteurs sur un territoire donné. Ensuite, les
flux sont considérés comme des informations induites par une stratégie commune dues à
l’existence d’une proximité institutionnelle et l’exercice d’une proximité géographique pour
effet une délimitation spatiale claire187. Nonobstant, ces flux vont établir les dimensions du
réseau adossé à la fois à la proximité géographique et à la proximité institutionnelle, afin de
contribuer à régler les affaires locales (club d’entreprises, Associations des jeunes
entrepreneurs et associations de développement). Donc, ces deux processus nous mènent,
d’une part, et préalablement, à l’identification d’un problème partagé et à la recherche de
solution par une coordination coopérative, et, d’autre part, d’avoir un mécanisme de
transformation (métamorphose) de ressources cachées, voire virtuelles, en actifs spécifiques.

L’articulation de la gouvernance territoriale et la proximité développent un processus


dynamique de coordination et d’ajustement entre les différents acteurs visant la résolution des
problèmes ou la mise en œuvre d’un projet collectif de développement. À cet effet, trois
modalités pratiques sont menées par les acteurs locaux au nom de la gouvernance188:

D’abord, la modalité de la coordination par les procédures contractuelles : il s’agit des


politiques contractuelles par lesquelles, l’ÉTAT ou d’autres institutions publiques planifient et
formalisent leurs relations avec divers partenaires publics ou privé. Le développement de cette
modalité passe par l’appropriation de formes multiples telles que la politique de la
décentralisation qui a marqué l’histoire du Maroc aux années 70 et la politique de la
régionalisation, un projet important et structurant qui guide le pays vers la voie de la
démocratie et la modernité. Ainsi, il s’agit d’une opportunité pour l’état central de revoir sa
relation avec les pouvoirs régionaux et locaux et d’accepter un nouveau partage des
compétences pour un développement régional. De même, une autre forme de
contractualisation développée en France, celle des contrats de plan Etat-Région (CPER) qui
vise à donner un cadre de moyen terme régissant les relations entre institutions et encadrant
les choix d’intérêt mutuel. Donc, le développement de ces politiques contractuelles est basé
sur des multiples chartes exprimant un accord local entre différents partenaires, un accord
sanctionné par la reconnaissance des institutions de niveau supérieur.

Ensuite, la coordination résiliaire : le réseau constitue une modalité de mise en place


de la gouvernance locale par les acteurs locaux. En effet, la politique des réseaux participe à

187
LELOUP. F, MOYART L., PECQUEUR B., Op. Cit. P. 328.
188
BERTRAND N., MOQUAY P., « la gouvernance locale un retour à la proximité » Revue Économie Rurale
N° 280, Proximité et territoire. 2004. P. 77-95.
139
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

élaborer un projet commun et à identifier les limites rencontrant la mise en place de la


gouvernance. Par exemple, en France le département de l’aménagement du territoire et la
DATAR ont développé l’idée des réseaux de villes afin d’assurer un rééquilibrage du
territoire national tout en s’appuyant sur le potentiel de développement des villes moyennes et
de leur environnement proche. L’identification des réseaux de villes est fondée sur un double
mouvement. Le premier est local et concerne la capacité des collectivités locales à diriger une
initiative régionale pour concevoir un projet de développement économique et social, ainsi
que de développer un partenariat public/privé. Le deuxième est la mise en place d’un cadre
national de rééquilibrage territorial dans une approche d’ossature urbaine et polycentrique. En
conséquence, un réseau accompagné des proximités géographiques et organisationnelles
contribue à substituer le système pyramidal des pouvoirs tout en convergeant les acteurs à une
construction d’un projet commun et d’une action collective.

Enfin, la démarche participative : la question de la participation émerge à travers des


politiques locales et des décisions concernant des projets collectifs de développement. En
effet, la participation est considérée comme un moyen dynamique d’intégrer la population
dans la vie économique, sociale et politique, notamment en matière de gestion des institutions
ou l’élaboration des décisions portant sur l’habitat, le territoire et l’environnement. Ainsi, les
proximités géographique et organisationnelle sont au cœur de cette démarche participative,
soit de regrouper les acteurs et de recommander une démocratie participative, soit de
s’appuyer sur des structures sociales pour la régulation territoriale. Donc, l’enjeu de la
gouvernance s’explique par l’acceptation d’un ensemble d’acteurs et à l’articulation des
différents liens et formes de pouvoirs, établit à différentes échelles, dans un but de concevoir
un projet commun de développement.

Ainsi, la mise en place de la gouvernance territoriale prend en considération le type


d’acteur-clé qui domine le processus de coordination. En effet, J.P. GILLY et J. PERRAT
identifient trois principaux types théoriques, selon le type d’acteur qui domine la coordination
territoriale189 :

 La gouvernance privée : les acteurs privés (firme motrice, association d’entreprises, un


organisme de Recherche et de développement) stimulent et pilotent les dispositifs de
coordination et de création de ressources dans un but d’appropriation privée. Cette forme qui
nous intéresse de plus, par sa capacité à structurer l’espace productif local.

189
LELOUP. F, MOYART L., PECQUEUR B., Op. Cit. P. 328.
140
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

 La gouvernance institutionnelle : l’acteur institutionnel (l’ÉTAT par le biais de la


préfecture, conseil, diverses formes d’intercommunalité ou encore les centres publics de
recherche) s’occupe du rôle de la coordination entre les différents acteurs.

 La gouvernance mixte : c’est une coopération entre les acteurs privés et les institutions
publiques afin de former un acteur-clé du territoire. L’objectif de ce type réside dans la
coordination pour créer un bien ou un service collectif utilisable par tous les acteurs sans
rivalité ni exclusion d’usage.

Par rapport à cette typologie, ci-dessus, J.B GILLY et J. PERRAT, (2003) avance que
«La gouvernance n’est donc pas une configuration de coordinations strictement économiques
ou strictement sociopolitiques : elle est une combinaison de ces dimensions caractérisée par
une densité variable des interactions entre les trois catégories d’acteurs »190.
Donc, le développement territorial abordé par les trois modes à savoir :
l’agglomération, la spécialisation et la spécification s’interrogent sur l’acteur principal qui
définit le processus de coordination pour résoudre le ou les problèmes productifs inédits. Dans
ce sens chaque mode de développement territorial sera associé par un type de gouvernance.

D’abord, l’agglomération fondée sur une concentration spatiale des entreprises et des
activités économiques et avec l’aide des pouvoirs public locaux. Le développement ne peut se
réaliser qu’à travers une gouvernance publique qui visera à créer des milieux attirant les
entreprises à s’installer dans le territoire et de bénéficier des avantages multiples (foncière,
fiscale et des effets externes).

Ensuite, la spécialisation qui se traduit par l’intégration technique des entreprises sur
la base de la complémentarité de leurs activités/ compétence. Ce processus résulte d’une
volonté privée par les entreprises (une entreprise motrice ou les PME) afin de construire un
milieu entrepreneurial bien organisé et en vue de bénéficier d’un ensemble des ressources et
des actifs du territoire. Ce mode lui correspond une gouvernance essentiellement privée qui
participe à l’organisation du milieu entrepreneuriale notamment à travers la construction d’un
projet collectif.

Enfin, la spécification qui repose sur l’existence de structures, privées et/ou publiques,
possédant la capacité de prendre en compte certains effets externes pour favoriser le

190
GILLY J-P., PERRAT J., « la dynamique institutionnelle des territoires : entre gouvernance locale et
régulation globale » dans Cahiers du Groupement de Recherches Économiques et sociales, de l’UMB 4 et
l’USCT 1, N°3, Mai 2005. P. 6.
141
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

développement du tissu économique local. Ce mode fait appel à une gouvernance mixte pour
le rôle de coopération entre les divers acteurs. Cela s’explique, d’une part, par l’intervention
des pouvoirs publics pour but d’assurer une densification, et, d’autre part, les acteurs privés
notamment les entreprises sont appelées à assurer une dynamique économique et un
développement territorial.

En résumé, la notion de gouvernance territoriale déploie des efforts de négociation, de


concertation, de mise en réseau pour une échelle territoriale donnée, et ce, pour que les
acteurs agissent et opèrent d’une façon autonome et organisée en vue de trouver des solutions
aux problèmes multiples qui se posent à eux. À cet effet, la gouvernance territoriale peut être
considérée comme un outil de développement territorial par le recours au processus de la
coordination des acteurs. Ainsi qu’elle s’applique aux différents modes de développement
territorial.

142
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Conclusion

En résumé, l’approche de développement territorial expliquée par les trois sections ;


l’organisation territoriale, les réseaux territorialisés et le développement territorial, vise à nous
présenter le lien entre le territoire et son projet de développement. D’abord, nous avons
commencé à redéfinir le concept du territoire défini comme un système complexe durable
construit grâce aux effets de l’économie de proximité, de même, il est considéré comme un
acteur qui assure son développement. Ensuite, nous allons indiquer que le développement
territorial est réalisé aujourd’hui dans plusieurs pays par l’existence des réseaux territorialisés
sur un territoire et qui sont aussi conditionnés par une dynamique de proximité. En effet, ces
réseaux territorialisés se sont subdivisés en deux approches ; les districts industriels et les
systèmes productifs locaux (SPL) font partie d’une approche de développement local, tandis
que les clusters et les pôles de compétitivité s’intègrent dans une approche organisationnelle,
c’est-à-dire managériale qui est à la recherche de l’innovation et le développement des
relations d’interdépendances entre les différents acteurs. Enfin, nous avons achevé cette
section par l’idée d’expliciter l’avenir de territoire. Donc, nous parlons aujourd’hui, du projet
de développement territorial, une version développée de développement locale reposant sur
une mobilisation et une valorisation des potentialités d’un milieu, en vue de résoudre les
problèmes rencontrés au territoire, à savoir l’exclusion, l’instabilité et le problème d’emploi.

Bref, le développement territorial prend en considération toutes les liaisons, toutes les
interactions en œuvre dans un territoire. Il s’agit de dépasser une procédure analytique
marquée par une interaction assez faible entre les acteurs à une démarche diversifiée axée sur
la proximité et la coordination comme outil de développement territorial. Cela nous conduit
directement à s’interroger sur le lien existant entre l’entrepreneuriat et l’approche territoriale,
dans une vision de développement. Ce lien ne peut être expliqué qu’à travers le rôle du milieu
et de son ingénierie.

143
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Chapitre III: Le Milieu un levier


de dynamisme entrepreneurial

144
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Introduction

Nous cherchons à démontrer, dans ce chapitre, que l’interaction entre l’entrepreneuriat


et le territoire ne peut être expliquée que par le recours à la notion du milieu. C’est grâce au
milieu entrepreneurial, l’ingénierie du milieu et le milieu innovateur, que le phénomène
entrepreneurial connaît l’essor et le développement. En effet, le dynamisme entrepreneurial
est conditionné par la présence d’un processus de concurrence coopération entre les différents
acteurs du territoire, notamment les entreprises.

En outre, ce milieu qui est au coeur de la relation entre l’entrepreneuriat et le territoire


fera l’objet de trois sections.

La première section vise à définir, d’une part, la notion du milieu et du milieu


entrepreneurial, et, d’autre part, à analyser le rôle du milieu entrepreneurial dans le
dynamisme de l’entrepreneuriat.

La seconde section est réservée au volet de l’ingénierie du milieu dans le dynamisme


entrepreneurial. Autrement dit, doit-on répondre à la question suivante : en quoi le milieu est
capable de favoriser le développement de l’entrepreneuriat ? Et, quels sont les processus qui
expliquent ce développement ? Aussi doit-on prouver que le milieu territorialisé est le
contexte approprié à l’émergence des comportements entrepreneuriaux.

La troisième section est dédiée à l’analyse de la littérature portant sur la relation entre
l’innovation et le milieu, d’une part, et, d’autre part, à s’interroger sur l’apport du milieu
innovateur au dynamisme entrepreneurial. Donc, le milieu innovateur est considéré comme
une formation socio-économique territorialisée au sein de laquelle émergent de nouvelles
formes d’organisation territoriale à base de collaboration et d’interdépendances entre les
différents acteurs.

Ces trois sections constituent les hypothèses de notre recherche qui seront étudiées
tout au long de ce chapitre.

145
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Section I : le milieu et le dynamisme entrepreneurial

Le milieu a été longtemps négligé comme un acteur du développement. Il est


considéré comme un espace neutre, amorphe et donné, selon lequel, les entrepreneurs et les
organisations agissent. Il a pour rôle de fournir des ressources telles que la main-d’œuvre, les
centres de recherche et l’infrastructure. Ce n’est qu’avec les travaux de GREMI191 que la
notion du milieu sera développée. De même, ce groupe de recherche a focalisé son analyse sur
la capacité des milieux à susciter l’innovation dans les systèmes territoriaux de production en
s’attachant aux innovations industrielles ou technologiques.

Dans cette section, nous allons définir d’abord, le milieu entrepreneurial (Paragraphe
1), puis, se focaliser sur le rôle du milieu entrepreneurial dans le dynamisme de
l’entrepreneuriat (Paragraphe 2), et enfin, développer la relation entre le milieu
entrepreneurial et l’information (Paragraphe 3).

Paragraphe 1 : Le milieu et le milieu entrepreneurial

Le GREMI a défini le milieu comme un ensemble de relations intervenant dans une


zone géographique qui regroupe dans de tous cohérents les éléments suivants : un système de
production, une culture technique et des acteurs, l’esprit d'entreprise, les pratiques
organisationnelles, les comportements d'entreprises, la manière d'utiliser les techniques,
d'appréhender le marché et le savoir-faire, sont toutes à la fois des parties intégrantes et
constitutives du milieu192.

1.1. La définition du milieu

En effet, le milieu se présente comme un contexte de production territorial mesuré par


l’existence des éléments aussi importants, à savoir le savoir-faire, la culture technique et les
capacités d’apprentissage. Ces éléments facilitent plus ou moins la proximité des acteurs et
permettent de créer une synergie avec l’environnement.
Un milieu désigne un espace matériel dans lequel un corps quelconque est placé. Il est
défini comme étant « un ensemble de facteurs extérieurs qui agissent de manière permanente

191
GREMI : le groupe de recherche en milieu innovateur, fondé, en 1986 par P. Aydalot, ce groupe de recherche
s'est fixé pour objectif d'étudier les phénomènes d'innovation et leur contexte de formation à travers le territoire
d'implantation ; c'est-à-dire leur milieu. Pour ce faire, plusieurs études empiriques ont été menées (programmes
d'enquêtes appelés GREMI I à V) entre 1986 et 2000 pour apporter une validation aux questions théoriques
posées. Ensuite, un autre programme (GREMI VI) s’intéresse aux "Ressources naturelles, ressources culturelles
et milieux innovateurs"
192
MAILLAT D., QUEVIT M., SENN L., « Réseaux d’innovation et milieux innovateurs : un pari pour le
développement régional » GREMI/ EDES, 1993, Éditions de la Division économique et sociale, Université de
Neuchâtel. P. 7.
146
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

ou durable sur les êtres vivants ». Ainsi, le milieu désigne l’environnement dans lequel un
ensemble d’agents économiques vont interagir et s’organiser pour construire de nouvelles
ressources nécessaires au processus d’innovation193.
Dans son article au sujet de « la relation entre les réseaux d’innovation et le milieu
innovateur », D. MAILLAT a présenté le milieu comme un processus de perception, de
compréhension et d’action continuelle. Ainsi, il repose sur un système relationnel de type
coopération/concurrence entre les acteurs localisés.
Ce milieu couvre un ensemble spatial, il s’agit d’un espace géographique donné, qui
présente une certaine unité et homogénéité entre les acteurs. Ces acteurs disposant d’une
autonomie dans la décision et une indépendance dans la formulation des choix stratégiques.
En outre, le milieu présente deux logiques. D’abord, une logique d’interaction entre
les différents acteurs composant le milieu. Ensuite, une logique d’apprentissage qui
s’intéresse à la capacité des acteurs à modifier leurs comportements en fonction des
transformations de leur environnement. L’enchaînement de ces deux logiques contribue à194 :

 La formation du savoir-faire : grâce au milieu, les entrepreneurs peuvent apprendre,


maîtriser bien le processus de production et la création de nouveaux produits et de nouvelle
technique;
 Le développement de « normes de comportement » : la relation entre les acteurs du
milieu a permis de développer des relations de coopération/concurrence, qui vont générer par
la suite des effets de synergie et des complémentarités nécessaires au développement de leurs
activités et de leurs affaires. Dans un milieu, les entreprises dépassent la logique de
concurrence entre elles et cherchent à débattre les problèmes liés aux technologies, ainsi que
de trouver des solutions collectives et efficaces aux problèmes rencontrés. De même, ces
relations entre les différents acteurs forment des normes (à savoir le respect de
l’environnement, des normes sociales) et une culture technique (une culture industrielle
locale spécifique au territoire). Cette interaction entre les entreprises, qualifiée de dynamique
ou conservatrice, favorise la constitution des codes et des comportements soutenant la
régulation du milieu et son encastrement. Citant l’exemple, des entreprises installées dans une
région qui se mettent d’ accord pour ne plus recruter les agents d’une entreprise rivale et de se
préoccuper à former et développer ses cadres;

193
COPPIN O., « Le milieu innovateur : une approche par le système », Revue Innovations, 2002/2 N°16. P. 29-
50.
194
MAILLAT D., QUEVIT M., SENN L., (1993), Op. Cit. P. 7-8.
147
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

 La connaissance et la capacité à identifier en tant qu’opportunité d’interaction les


ressources spécifiques des différents acteurs ainsi que celle du milieu. Donc, le milieu peut
faciliter les échanges de l’information et les opportunités pour stimuler la création et le
développement de l’entreprise, il fournit aussi des relations riches et porteuses d’idées et de
changement;
 La relation que les acteurs du milieu entretiennent avec l’environnement externe : le
milieu n’est pas isolé, il est considéré comme un système ouvert situé dans un contexte
technique et de marché évolutif. Il est appelé à accompagner l’évolution de l’environnement
externe et le progrès technique, mais aussi de préserver sa cohérence, sa culture et son
identité.

1.2. La notion du milieu entrepreneurial

Après avoir défini la notion du milieu, nous passons, vers le concept milieu
entrepreneurial qui a pour objectif de favoriser la création d’entreprises et d’assurer son
développement. En conséquence, le milieu entrepreneurial fait appel à des politiques
publiques qui ont pour mission l’accompagnement des nouveaux entrepreneurs, la facilitation
des démarches de la création de l’entreprise et la présentation des avantages en matière de
foncier et des incitations fiscales. Aussi peut-on montrer que le milieu par son potentiel
(offreur de ressources, le financement des entreprises, la proximité) peut favoriser un
dynamisme entrepreneurial ? Cela par le recours à des approches, telles que l’approche du
capital social territorial et l’approche de la proximité territoriale. Ces approches facilitent
l’échange et la coopération entre les acteurs et l’appui à la création d’entreprises.
Selon P.A. JULIEN (2005) le milieu entrepreneurial est le lieu d’instructuration, il est
connu par son rôle d’offreur de ressources, à savoir : le soutien à la création d’entreprise, le
financement de proximité, les ressources immatérielles, la réduction d’incertitude et
l’environnement socioculturel195.

Dans sa globalité le milieu fait référence aux dimensions historiques, culturelles et


sociétales d’une communauté territorialisée. En ce sens, G. GAROFOLI (1992), a défini le
milieu entrepreneurial « comme un ensemble de facteurs historico socio-culturels, qui se sont
sédimentés dans la communauté et les institutions locales »196. Ces facteurs peuvent être

195
JULIEN, P-A, « Entrepreneuriat régional et économie de connaissance : Une métaphore des romans
policiers », Édition Presse de l’université du Québec, 2005. P. 162.
196
GAROFOLI G., « Les systèmes de petite entreprise : un cas paradigmatique de développement endogène.
Dans BENKO G., et LIPIETZ A., sous dir, Les régions qui gagnent. Districts et réseaux : les nouveaux
paradigmes de la géographie économique, Édition PUF, Paris. P. 57-80.
148
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

subdivisés en deux facteurs : des facteurs endogènes et des facteurs exogènes, présentés dans
le tableau, ci-dessous:

Tableau 19: Les facteurs exogènes et endogènes du milieu entrepreneurial197

Les facteurs exogènes Les facteurs endogènes

 Une organisation efficiente.  Les situations et caractéristiques


 Une capacité exceptionnelle d’adaptation et géographiques ;
d’innovation du système productif localisé.  Les facteurs de rapprochement et
 La ville, comme lieu de rencontre, infrastructures ;
d’échanges et d’offre de services  La nature et le dynamisme du tissu
diversifiés, y compris de haut niveau. économique ;
 Des institutions (professionnelles,  Les facteurs institutionnels et
d’enseignement, de formation,...) et des sociaux.
associations.
 Un système de valeurs partagées.
Source : Adapté sur les travaux de Tinasoa RAZAFINDRAZAKA, (2009).

De même, selon Pierre A. Julien, le milieu entrepreneurial est composé à la fois par
des entrepreneurs et des institutions, qui peuvent contribuer, à travers une logique
d’interaction et des conventions à la création et le développement de l’entreprise. À cet effet,
le milieu dispose de la faculté de faciliter les différents liens sociaux tellement internes
qu’externes, de permettre un esprit entrepreneurial, et de fournir les ressources de base. Par
conséquent, il est considéré comme la clef de l’entrepreneuriat dans la région, ainsi que dans
son développement socio-économique. Chaque milieu entrepreneurial regroupe un nombre
d’acteurs, c’est pour cela P. A. Julien a présenté cinq groupes d’acteurs indissociables dans un
milieu entrepreneurial, formulés comme suit198 :

 Les premiers types d’acteurs sont les institutions locales publiques, parapubliques de
gouvernance, d’éducation, de R-D et de support industriel ; leurs missions principales résidant
dans la formation et le soutien apporté aux autres acteurs installés dans le milieu. Citant
l’exemple, des écoles et des universités qui génèrent des ressources informationnelles et
assurent un niveau élevé d’apprentissage, de même, les institutions régionales et locales ayant
un caractère électif (les collectivités territoriales). Ces institutions peuvent instaurer des
modes de régulations territoriales en vue de lutter contre le nomadisme des entreprises et

197
RAZAFINDRAZAKA, T., « L’entrepreneuriat comme outil de développement territorial : construction d’un
référentiel théorique », acte de communication au colloque international, la vulnérabilité des TPE et des PME
dans un environnement mondialisé, 11e journées scientifiques du réseau Entrepreneuriat, 27 au 29 Mai, 2009.
198
JULIEN, P-A, (2005), Op.Cit, P. 160-162.
149
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

d’attirer d’autres entreprises tout en jouant sur des facteurs attractifs, notamment, le facteur
foncier (le prix des terrains), le facteur fiscal (les taxes locales et autres exemptions fiscales)
et le facteur financement (des subventions de financement accordées aux entreprises) ;

 Le deuxième type d’acteurs fait référence à la structure industrielle qui comprend les
relations et les liens entre les entreprises de tailles différentes (PME- ou les firmes
multinationales) d’une part et, d’autre part, la communauté. Ces liens sont développés par
l’existence d’un capital social territorial entre les entreprises exprimées sous forme un réseau
et un encastrement territorial. Par conséquent, ces liens peuvent s’exprimer entre les
fournisseurs, les clients, les distributeurs, les consultants, les syndicats, les banques. De
même, A Marshall a évoqué, en 1919, le phénomène de « l’atmosphère industrielle » qui relie
à la compétence, l’expérience professionnelle des travailleurs et la localisation des entreprises
sur un même territoire ;

 Le troisième type acteurs concerne, la main-d'oeuvre spécialisée et compétente


capable de soutenir le développement. Le milieu réunit une densité de population aux
compétences avérées, ainsi qu’un ensemble d’acteurs qui possèdent un savoir-faire provenant
soit des connaissances, soit de l’expérience. À cet effet, l’existence de ses compétences
permet d’assurer un transfert de connaissances entre les acteurs et le développement des
comportements innovants source de développement territorial ;

 Le quatrième type d’acteurs renvoie à l’organisation de coopération soient, « le degré


de coordination hiérarchique ou horizontale, la centralisation ou la décentralisation et les
allocations de responsabilité et de spécialisation des tâches entre les firmes ». En effet, cette
organisation de coopération peut être sous forme de réseau ou un acteur organisationnel et
pour objectif de codifier et collaborer les différents acteurs autour un projet de
développement. Citant l’exemple, des associations professionnelles, des réseaux de relations
tissées par les entrepreneurs au sein de la région qui facilite l’échange de l’information et de
savoir ;

 Le dernier type d’acteurs concerne la culture entrepreneuriale commune aux acteurs


socio-économiques, cela veut dire l’existence d’un modèle d’affaire connu dans le milieu
définissant les conventions, les normes et les pratiques, favorisant la création des opportunités
d’affaires et les ressources en vue d’une exploitation par les entrepreneurs locaux.

Enfin, certains milieux disposent d’une forte culture entrepreneuriale, qui encourage
les entrepreneurs à prendre le risque et à chercher à obtenir les ressources pour créer et
150
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

développer l’entreprise. Donc, la culture entrepreneuriale est à la fois l’attitude et la capacité


dont dispose une société territoriale pour stimuler, chez les entrepreneurs, les valeurs
personnelles et les habiletés de gestion. De même, cette culture permet de mettre à profit des
expériences diverses, de créer un esprit d’initiative et de s’habituer à prendre le risque, ainsi,
que les entrepreneurs acquièrent la capacité d’innover et de gérer efficacement leurs relations
avec l’environnement.

Paragraphe 2 : Le rôle du milieu entrepreneurial dans le dynamisme de


l’entrepreneuriat

Nous allons expliciter, dans ce paragraphe, le rôle et l’effet du milieu entrepreneurial


sur le dynamisme entrepreneurial. À cet effet, nous exposons, d’une façon générale le rôle du
milieu dans le dynamisme entrepreneurial, d’une part, et, d’autre part, nous exposons la vision
de P-A Julien (2005) sur ce sujet.

2.1. Le milieu entrepreneurial et dynamisme entrepreneurial

Le milieu a pour rôle principal de fournir les ressources de base notamment les
infrastructures, la main-d’œuvre et une logique économique territoriale qui réunit en amont
les fournisseurs et les services d’entretien, et en aval la logistique et la distribution. Ainsi, le
milieu présente un avantage très important, à savoir la dynamique de proximité. Cet avantage
permet de créer une synergie au niveau du milieu et de produire des entrepreneurs. D’après
Freiberg, le milieu facilite à la nouvelle entreprise la possibilité d’intégrer un ou des réseaux
d’affaires, composés de différents acteurs territoriaux, afin de faire face aux entraves de la
création et de dynamisme.

2.2. Le rôle du milieu entrepreneurial dans le dynamisme entrepreneurial d’après


Pierre Andrée Julien

Nous essayons, dans ce point, à résumer à partir des travaux de P-A. JULIEN (2005),
sur l’entrepreneuriat régional et économie de la connaissance, les principaux rôles du milieu
entrepreneuriaux dans le dynamisme entrepreneurial.

Le premier rôle du milieu entrepreneurial réside dans sa capacité à façonner et


présenter une culture entrepreneuriale favorisant la création d’entreprise. En effet, la culture
entrepreneuriale est l’ensemble des valeurs et des convictions partagées, des savoir-faire, des
savoir-être et des savoirs agir orientant les personnes à créer leurs propres entreprises. De
même, elle peut être assimilée à l’existence d’un environnement propice marqué par une

151
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

certaine stabilité politique et économique et capable de générer des valeurs entrepreneuriales


contribuant au développement de l’entreprise199.

Dans ce cadre et selon Minguzzi et Passaro, la culture entrepreneuriale est mesurée par
deux notions inter-liées, à savoir un taux et un stock. D’abord, la notion de taux correspond à
l’idée que les acteurs économiques acceptent et participent à la création d’entreprises et par
l’existence des politiques incitatives à la création d’entreprises (présence d’un guichet unique
pour éviter la lenteur administrative, des exonérations fiscales). Ainsi qu’à l’importance
dédiée à l’innovation par les entreprises existantes et à leurs attitudes positives face au
changement. D’ailleurs, il a été évoqué dans le paragraphe lié aux paradigmes
entrepreneuriaux, que l’entrepreneur peut engendrer une destruction créatrice, source du
dynamisme industriel et de la croissance à long terme. Donc, l’entrepreneur cherche à innover
et à participer à la restructuration du tissu économique d’une part et de l’autre part, de
participer au développement économique de son pays. Ensuite, le stock culturel renvoie aux
qualités personnelles des entrepreneurs futurs ou présents, et plus précisément à son degré
d’éducation et à leur expérience en affaires. Comme développé dans le paragraphe, typologie
d’entrepreneur, les entrepreneurs possèdent des caractéristiques différentes. Ceux qui
préfèrent gagner moins mais être les patrons de son entreprise et refusent toute sorte de
coopération et de coordination (une logique patrimoniale) ou ceux qui sont issus d’une famille
ayant une culture entrepreneuriale, et qui ont subi une formation académique sur
l’entrepreneuriat. Ce type met en premier degré la croissance de son entreprise, et développe
des relations de confiance avec son environnement (logique entrepreneuriale). Au final,
l’existence d’un niveau élevé de ces deux variables, le taux et le stock de la culture
entrepreneuriale, peut favoriser la création et le développement des entreprises via l’outil
l’innovation.

Le deuxième rôle attribué au milieu entrepreneurial est celui du financement de


proximité, qui permet de mesurer le niveau de la culture entrepreneuriale. En effet, le
financement est un facteur nécessaire pour démarrer une entreprise, c’est pour cela, une
multitude de sources de financement existent, dont l’autofinancement ou des subventions de
financements apportées par la famille. À cet effet, P-A. JULIEN (2005) a proposé des

199
Idem., P. 162-163.
152
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

modalités de financement fondé sur le facteur proximité, ses modalités sont présentées
comme suite200 :

D’abord, un nouvel entrepreneur encastré dans un milieu bénéficie des ressources


familiales, spécialement un fonds de roulement procuré par la famille qui aide le créateur à
démarrer son activité. Ce type de financement est le plus répandu des pays en voie
développement dans lesquels le système de financement classique refuse d’apporter l’aide aux
nouveaux créateurs et ce pour le risque supporté.

Ensuite, le financement amical provenant des gens de milieu qui sont relativement
fortunés et qui souhaitent investir dans des entreprises qu’ils connaissent, ou dans les mains
de jeunes entrepreneurs auxquels ils ont confiance. Ces prêteurs mènent une évaluation du
risque qui porte non seulement sur le projet mais aussi sur la réputation de celui ou de ceux
qui mènent le projet entrepreneurial, le profil de l’entrepreneur et ses capacités à innover,
ainsi sur les capacités du milieu à aider les entrepreneurs à surmonter les obstacles inhérents à
toute entreprise, et à réduire l’incertitude. Cette évaluation motive le prêteur à participer au
projet par le capital nécessaire au démarrage, et par les diverses informations, alors que
l’entrepreneur participe par sa faculté à réaliser et à faire réussir le projet.

Enfin, le financement classique provenant des institutions telles que les banques, la
bourse, les établissements de crédit et les sociétés de capital-risque qui sont très complexes en
matière de financement des nouveaux entrepreneurs. Ce type de financement rejette
l’approche de capital social territoriale et d’encastrement territorial qui développe la solidarité
et la coopération entre les acteurs et s’appuie sur des projets bien définis répondant à des
conditions précises et présentant des documents justifiants la faisabilité de leur projet
(business plan, la liasse comptable et fiscale, attestation de chiffre d’affaires). Cette démarche
compliquée facilite le financement seulement des grandes firmes ayant un potentiel de gain
particulièrement important.

Bref, ce deuxième rôle du milieu paraît très intéressant et important dans notre cas
d’étude. Le financement de proximité prend en considération à la fois les ressources
provenant de la famille et les ressources provenant des coopératives et des associations
professionnelles naissant dans le milieu et vise à satisfaire le besoin de financement exprimé
par ces nouveaux entrepreneurs locaux. En même temps, cette figure de financement procure

200
Idem., P. 162-165.
153
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

non seulement le montant de démarrage mais aussi des diverses informations et les conseils,
nécessaires pour affronter les obstacles rencontrés par les entrepreneurs.

Troisièmement, le milieu entrepreneurial est considéré comme un réducteur


d’incertitude et d’ambiguïté pour l’entrepreneur selon Pierre Andrée Julien (2005). D’après le
modèle du processus de création d’entreprises conçu par C. BRUYAT, développé dans le
premier chapitre relatif à l’entrepreneuriat. Ce modèle est composé de trois grandes phases
importantes à savoir, le déclenchement, l’engagement de l’entrepreneur et la survie de
développement. À cet effet, l’incertitude est considérée comme un élément capable de
perturber la réalisation de ce modèle et ce par la confrontation de l’entrepreneur à des
situations d’inquiétudes liées soit à un projet ou soit à la méconnaissance des caractéristiques
de l’environnement interne et externe201.

En conséquence, le fait de faciliter l’insertion d’une entreprise dans un milieu permet,


à elle de bénéficier autant des externalités et des avantages, visant à réduire le risque
d’incertitude. Citant l’exemple, des relations fortes et variées tissées avec d’autres entreprises
déjà existantes sur un milieu, que leur permettent de connaître bien une région, ses forces, ses
faiblesses, ses ressources, ainsi de s’inspirer de leur expérience en matière de relation avec les
institutions étatiques et les organismes (la liquidation d’impôts, le respect de l’environnement,
le respect des droits des salariés). Tous ces avantages peuvent réduire l’incertitude, augmenter
les chances de survivre et de se développer.

De même, selon Frank Knight, un entrepreneur est celui qui peut faire face à une
situation de risque et d’incertitude, et ce par sa capacité à découvrir des informations
incertaines en vue d’une meilleure exploitation. Cette fonction de l’entrepreneur d’après
Frank Knight peut être appuyée par le rôle du milieu entrepreneurial qui offre l’information
nécessaire à chaque entreprise et qui facilite le contrôle et l’utilisation de l’information pour
créer ou développer une affaire.

Quatrièmement, après avoir montré que l’entrepreneur bénéficie du milieu


entrepreneurial en matière de l’information, nous considérons que le milieu entrepreneurial
joue, de plus un rôle d’offreur de ressources immatérielles, c’est-à-dire la formation et
l’information. Ces ressources permettent à l’entrepreneur à développer des capacités, de
comprendre le changement et à vaincre les obstacles. En effet, selon Kizner (1979),
l’entrepreneuriat apparaît comme une fonction de traitement de l’information. Dans des

201
Idem., P. 166.
154
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

situations où il existe une asymétrie d’information entre l’entrepreneur et son environnement,


l’entrepreneur est conçu comme un processeur d’information, sollicité d’absorber et de
transformer les informations collectées en actions. Donc, le milieu entrepreneurial offre cette
ressource non marchande pour les entrepreneurs et ce pour faciliter la création et le
développement de son entreprise. Le rôle joué par l’information, ses caractéristiques, son
contrôle pour l’entrepreneur dans un milieu, fera l’objet des développements suivants202.

Enfin, le dernier rôle attribué au milieu entrepreneurial en vue de favoriser le


dynamisme entrepreneurial est l’offre de cinq types de proximité sociétale. D’abord, une
proximité cognitive, c’est –à-dire le partage de connaissance de base, d’expertise et de
références communes. Le milieu facilite ainsi les échanges d’employés, l’absorption des idées
nouvelles technologies, et l’apprentissage. Ensuite, la proximité organisationnelle qu’il s’agit
comme une référence spatiale commune qui favorise l’intensité et la qualité des relations
internes entre les organisations ou externes entre les réseaux, ainsi que le développement de
normes et de conventions. Puis, la proximité socioculturelle, c’est un encastrement dans un
tissu structuré de relations personnelles. Cet enracinement se base sur une histoire commune
et le partage de valeurs, de normes et de conventions qui permettent de comprendre et de
renforcer les relations. Nous citons l’exemple des entrepreneurs étrangers qui préfèrent
travailler avec des personnes qui partagent la même culture ainsi que l’importance des réseaux
économiques et culturels est aussi importante durant les premières années d’existences.
Après, nous trouvons la proximité institutionnelle, c’est-à-dire, les lois, les normes
institutionnelles et la réglementation adaptée par les autorités étatiques. Cette proximité
comprend, aussi, les liens sociaux et donc les différentes façons de faire habituelles. Enfin, la
proximité géographique qui facilite les rencontres entre entreprises, notamment les PME qui
ne disposent pas des ressources de la grande. Cette proximité de base favorise le
développement des autres types de proximité203.

En définitive, le milieu entrepreneurial doit être traité dans sa globalité, car il


comporte en plus d’un rôle économique, des fonctions socioculturelles qui permettent aux
acteurs économiques de se détendre, de se motiver et de s’appartenir. En effet, l’importance
de milieu entrepreneurial s’explique par l’efficacité de l'environnement socioculturel
favorisant la production des nouvelles idées et l’instauration d’un climat favorable marqué par
une stabilité politique et sociale conditionnant le développement d’entreprise et de territoire.

202
Idem., P. 166-167.
203
Idem., P. 167-169.
155
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Paragraphe 3 : Le milieu entrepreneurial et l’information

À travers ce paragraphe, nous allons montrer, en quoi le partage de l’information sans


l’existence d’un partenariat formel peut créer une synergie favorisant la création d’entreprise
et le développement territorial. Donc, nous expliquons, d’une part, le lien entre le milieu
entrepreneurial et l’information, et, d’autre part, les principaux types d’information et son
effet sur le dynamisme entrepreneurial.

3.1. Le lien entre milieu entrepreneurial et l’information

Le fonctionnement du milieu entrepreneurial ne peut se réaliser d’une manière efficace


que par le recours à la notion de l’information, ses caractéristiques, son utilisation pour les
entrepreneurs et surtout son appropriation collective par la région. En effet, cette notion paraît
comme une source d’énergie capable de faire fonctionner et stimuler les acteurs d’une part, et,
d’autre part, de favoriser le démarrage et le développement de l’entrepreneuriat au sein d’un
milieu caractérisé par l’incertitude et l’ambiguïté.

Un milieu entrepreneurial permet d’offrir des ressources qui favorisent la création


d’entreprise et lui développement, l’information peut être parmi les ressources importantes
contribuant au développement de l’entrepreneuriat. D’abord, selon KIZNER (1979)
l’entrepreneur bénéficie des informations dont ils disposent. Citant l’exemple, d’une nouvelle
technologie ou une opportunité d’affaire qui peut les Intéresses pour lancer une entreprise,
développer et innover au détriment des concurrents ignorants. Ensuite, d’après CASSON
(1991), un entrepreneur possède une qualité de jugement parfaite qui lui permet de mieux
organiser les ressources et de réaliser du profit. De même, il peut aussi transformer
l’information qui est sous forme d’une connaissance, en un produit ou une façon de produire
afin de développer son affaire. Encore, P-A. JULIEN considère l’information comme un
certain pouvoir sur l’incertitude et sur les concurrents, ainsi que sur d’autres parties prenantes
comme les donneurs d’ordres. Elle est considérée comme un pouvoir qui permet de diminuer
l’asymétrie entre grande et petite entreprise204.

204
Idem., P. 189.
156
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

3.2. L’information et son effet sur le dynamisme entrepreneurial

Dans un milieu entrepreneurial, l’information est exprimée d’après différentes sources,


prenant l’exemple, les médias oraux ou écrits (les journaux pouvant être l’une des sources
fiables pouvant offrir une opportunité via les avis d’appel d’offres), les réseaux spécialisés
caractérisés par un capital social élevé et une proximité, ainsi que, les anomalies remarquées
dans l’économie ou de possibilité de besoins non remplis. Comme a avancé Alfred Marshall,
au début du siècle, l’information se trouve « dans l’air », elle suffit d’être remarquée par
quelqu’un de particulièrement observateur en vue d’être détachées de la masse d’informations
disponibles et être ensuite décodée205.
Quant à P. A. JULIEN (1996), deux types d’informations existent, d’un côté les
informations circulantes ou courantes disponibles pour tout le monde et faciles de se procurer,
et de l’autre côté les informations dites « structurantes ou riches » qui peuvent entraîner des
investissements colossaux et d’introduire des changements dans l’entreprise. Ce dernier type
d’information est divisé en deux, les informations dites collectives mises à la disposition de
tous et des informations de type privatif récemment découvert.

D’abord, les informations structurantes ou riches sont issues du milieu et favorisent la


création d’entreprises et son développement. Elles sont considérées comme l’ensemble du
savoir et de savoir-faire émanant parfois d’un système d’enseignement qui encourage
l’entrepreneuriat au niveau des diplômés et qui transmet le maximum d’informations pour
entreprendre. De même, elle peut être parvenue d’une culture économique, scientifique et
technique de chaque entrepreneur et de la complexité de son organisation. Donc,
l’information structurante permet, d’ouvrir des opportunités sur le marché en vue d’exploiter
par les entreprises, d’offrir des possibilités de changement pour que les entreprises et
d’assurer un dynamisme régional afin de se distinguer sur les marchés nationaux et
internationaux. En effet, les régions dynamiques sont celles qui disposent des entrepreneurs
innovateurs et qui sont aptes à détecter les informations pertinentes en vue de le transformer à
des opportunités d’affaires et d’engendrer d’autres entrepreneurs. LESKA a distingué dans
l’information structurante, l’information de fonctionnement qui est une information technique
visant à soutenir la coordination, l’information d’influence et l’information d’anticipation

205
JULIEN, P-A., « Entrepreneuriat, développement du territoire et appropriation de l’information », Revue
internationale PME : Économie et gestion de la petite et moyenne entreprise, vol. 9, N° 3-4, 1996. P : 162.
157
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

permettant de voir avant les autres une opportunité ou de voir plus loin et différemment pour
le besoin d’innover.206

Ensuite, l’information structurante de type privatif est la plus intéressante pour sa


capacité à permettre aux firmes de posséder un avantage concurrentiel par rapport à ses
concurrents. En effet, une entreprise qui possède une information riche peut éventuellement
les utiliser à des fines organisationnelles, commerciales ou techniques ; à savoir, la conception
des nouveaux produits et services, une innovation radicale, comme un brevet ou une licence
ou une innovation globale qui rend l’entreprise compétitive sur le marché innovante. Cette
information est contrôlée par une entreprise qui la crée, ainsi qu’elle peut être également
partagée dans des réseaux d’entreprises ou dans les milieux régionaux, chose qui engendre
une dynamique entrepreneuriale dans la région et par la suite un développement territorial.

Ainsi, les informations structurantes privatives ou partagées les plus riches sont telles
les plus récentes, les plus uniques, ou du moins celles qui permettent de se distinguer de la
concurrence tout en répondant aux besoins du marché et de réaliser un profit. À cet effet, nous
citons, ci-dessous, quelques caractéristiques de ces informations207 :

 Elles sont complexes et multifonctionnelles : l’information structurante ne se limite


pas seulement à une seule fonction, mais elle peut s’étendre à plusieurs besoins, notamment
en matière technologique, commerciale et concurrentielle. Donc, elle vise à assurer le
financement des nouveaux équipements, la formation des employés pour des raisons
d’entretien et de liaison avec les nouveaux équipements, aux possibilités de développement de
marché ;

 Elles sont cumulatives : l’information riche est connue par son caractère
d’accumulation et sa capacité a touché les différents éléments qui affectent la décision.
L’entrepreneur cherche toujours plus d’informations pour une décision optimale que lui
procure une valeur et plus de bénéfices. En effet, une suite d’information permet de
déclencher les réflexes de l’entrepreneur pour agir sur une opportunité d’affaire ;

 Les informations doivent être reliées à la décision. Ces informations doivent fournir
leur propre mécanisme d’évaluation, soit d’abord la confiance envers l’informateur et, puis,
des indications pour effectuer des contre-vérifications. Les entrepreneurs dans une région
n’ont pas le temps et la capacité à analyser en profondeur toutes les informations existantes. À

206
JULIEN, P-A., MARCHESNAY M., (1996), Op. Cit. P. 98-99.
207
JULIEN, P-A., (1996), Op. Cit. P. 164-165.
158
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

cet effet, cette limite d’incapacité à disposer d’une information riche sera comblée par la
faculté du milieu dans l’appropriation de l’information, de présenter des supports
informationnels et de leur accompagnement dans la création d’opportunité ;

 Ces diverses caractéristiques en entraînent une dernière, celle relative au besoin du


contact personnel comme un mécanisme favorisant dans une relation au sein d’un réseau ou
un milieu la possibilité d’accéder à des sources d’information.

Comme déjà avancé, ci-dessus, la notion de l’information présente un atout


fondamental pour la survie de l’entreprise et pour son développement, particulièrement
l’information riche peut être une source de compétitivité, si elle est utilisée par l’entrepreneur.
De même, cette information présume un investissement en temps et en argent, ce qui rend
l’accès par les petites entreprises et celles qui sont implantées dans des régions éloignées de
grandes métropoles, très difficiles. Par conséquent, le milieu entrepreneurial, dynamique, est
capable de fournir les informations riches favorisant l’innovation et de faciliter l’accès à ces
informations par la création des supports informationnels.

Dans ce cadre, J-P JULIEN et M. MARCHESNAY (1996), confirment que les régions
dynamiques, sont essentiellement celles qui sont aptes à fournir un support informationnel
respectant les caractéristiques énumérées ci-dessus, et qui favorisent l’innovation. Ce support
passe par la formation, la création d’antennes de veille, et le courtage en information208.

 La formation : la formation est un moyen primordial pour une meilleure utilisation et


une interprétation efficace de l’information, ainsi que pour l’apprentissage. En effet, les
milieux innovateurs ont développé dans la région la notion de savoir de base ou de métier
spécifique à un territoire, chose qui rend la formation intéressante dans le dessin d’une
meilleure utilisation de l’information. Citant l’exemple, évoqué par Pierre André julien
(1996), sur la base des recherches effectuées par (Brusco, 1992) que les districts industriels
italiens ont favorisé systématiquement l’éducation continue, soit par des cours en entreprises,
soit par de la formation dans des cours intensifs, pour affiner la formation de leur personnel,
mais aussi pour soutenir la formation de la direction au centre d’entrepreneuriat. Ainsi, un
milieu d’affaires dynamique possédant des centres de recherche et des universités peut
contribuer, par les moyens des séminaires de formation et des cours d’éducation au sein de
l’entreprise, à s’adapter facilement aux nouveaux savoir-faire (acquisition d’une nouvelle
machine par une entreprise qui vise à innover et à être compétitive sur le marché). De même,

208
JULIEN, P-A., MARCHESNAY M., (1996), Op. Cit. P. 99-100.
159
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

d’acquérir des nouvelles technologies en vue d’une meilleure interprétation de l’information


structurante.

 Le développement d’antennes de veille : ces antennes ne sont que les centres de


recherche privés et publics et des sociétés de conseils qui ont, par exemple pour mission de
rechercher l’information relative à l’évolution technologique, concurrentielle et commerciale
pour les industries présentées dans un milieu ou bien d’alimenter les nouvelles firmes à fort
potentiel de développement souhaitant s’installer dans ce milieu. Donc, le milieu est appelé à
inviter les institutions de valorisation et les firmes de conseils à se localiser dans la région en
vue de répondre aux besoins de traitement de l’information, des besoins d’expertise et de
soutien des petites entreprises.

 Le transfert ou le courtage de l’information : la meilleure façon de faciliter le partage


de l’information est de créer des mécanismes d’échange d’informations par ce qu’on a appelé
le courtage en information. Donc, l’importance, c’est de trouver des intermédiaires capables,
qui sont des courtiers en information, afin de satisfaire le besoin à la fois les demandeurs et
les offreurs de l’information, ainsi de les faire travailler ensemble. Si l’on prend l’exemple des
universités qui souhaitent offrir les meilleures solutions et les petites entreprises qui sollicitent
de l’information optimale procurent de bénéfice. Ces deux acteurs n’ont pas le même langage,
les mêmes priorités et le même mode de fonctionnement, ce qui explique l’importance des
cabinets de courtage. Parmi ces intermédiaires de courtage, nous trouvons les représentants
des ministères, les agences de développement, l’agence nationale de la promotion de la PME,
les banques, le haut-commissariat de plan. En effet, un tel système de courtage qui réunit les
firmes et les lieux de recherche ou créatrices d’information peut conduire rapidement à la
création de partenariats ou d’alliance entre les acteurs et de favoriser l’innovation.

En résumé, le milieu entrepreneurial facilite, par les mécanismes cités ci-dessus, la


diffusion de l’information riche entre les acteurs, et ce pour faciliter à la fois, l’utilisation de
l’information pour la création d’entreprise et sa valorisation afin d’assurer son
développement. Cela étant dit, qu’en est-il maintenant de l’ingénierie du milieu au profit du
dynamisme entrepreneurial ?

160
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Section II : L’ingénierie du milieu au profit de dynamisme entrepreneurial

Le phénomène entrepreneurial est récemment attaché à l’économie spatiale et au cadre


territorial. En effet, pour assurer un dynamisme entrepreneurial, il ne suffit pas de se
préoccuper seulement des dimensions économiques, sociales et psychologiques de
l’entrepreneur, acteur central de l’entrepreneuriat, mais d’introduire une dimension aussi
importante celle du territoire. C’est pour cela que nous pensons qu’une ingénierie du milieu
est capable de générer un dynamisme entrepreneurial, à travers les trois éléments suivants : un
capital social territorial, d’un encastrement territorial ou d’une politique d’ancrage territorial.

Dans cette section, nous allons commencer notre étude d’abord par, le dynamisme
entrepreneurial et capital social territorial (Paragraphe 1), puis, d’approfondir notre analyse
par le lien entre l’encastrement territorial et réseaux d’entreprises (Paragraphe 2), et enfin, par
un dernier mécanisme d’ingénierie du milieu, celui de l’ancrage territorial et processus de
création d’entreprises (Paragraphe 3).

Paragraphe 1 : Le dynamisme entrepreneurial et capital social territorial

Le milieu procure plus des ressources et des infrastructures, favorisant le


développement de l’entrepreneuriat, la notion de capital social qui renvoie aux liens sociaux
qui existent entre les individus et les groupes et qui peuvent être d’une part, des liens donnés,
c’est-à-dire des liens horizontaux, non volontaires et innés. Citant l’exemple, de la parenté, de
la religion, du voisinage. Et, d’autre part, des liens créés par les acteurs en fonction de leurs
intérêts et leurs buts. En effet, le capital social est considéré par plusieurs chercheurs comme
la base d'une culture entrepreneuriale et ce, par le fait qu’il fournit à l’entrepreneur le support
moral dont il a besoin. Ce support peut s’exprimer en premier lieu, soit par la présentation
des modèles qui permettent de tirer des leçons et d’améliorer ses chances dans le démarrage
de son affaire ; soit par un moyen de faire face aux difficultés rencontrées lors de
développements de son entreprise209. Afin de mieux expliquer l’apport de la théorie du capital
social au développement de l’entrepreneuriat notamment, par l’idée de faciliter à
l’entrepreneur d’accéder aux ressources et aux informations disponibles dans le milieu. Il
s’avère indispensable de présenter la théorie du capital social par ces approches théorique et
ensuite de montrer sa contribution dans le développement d’une culture entrepreneuriale.

209
JULIEN, P-A, (2005), Op.Cit, P. 170-171.
161
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

1.1. Le capital social : notion et caractéristiques

La notion de capital social a été initialement utilisée par les sociologues afin d’étudier
les groupes sociaux et les institutions, dans une optique de cohésion sociale communautaire.
Les économistes ont emprunté cette notion pour les travaux de recherche, relative à la
coordination non marchande entre les acteurs et sur la prise en compte de l’environnement
institutionnel et social dans les procédures de décision des agents210.

En effet, plusieurs auteurs ont défini la notion du capital social, notamment, M.


WOOLOCK (2001) par ses travaux liés aux normes, réseaux et action collective, J. Coleman
par l’action rationnelle centrée sur des déterminants sociaux et Pierre BOURDIEU. Donc,
nous développons, ci-dessus, une brève présentation de ces approches.
D’abord, le capital social est défini selon M. WOOLCOK, (2001) comme l’ensemble
des normes et des réseaux qui facilitent l’action collective »211. Cette définition courante du
capital social décèle deux dimensions importantes :

 La première est liée aux normes et valeurs (ou ensemble de règles informelles), qui
régissent les interactions entre acteurs.

 La seconde détermine le capital social par ses caractéristiques structurelles. Il vise à


exposer un cadre formel au sein duquel s’établissent les relations entre les agents ou entre les
institutions en vue de faciliter la coopération entre acteurs et avoir des actions finalisées.

En général, le capital social, selon M. WOOLCOCK (2001), est conçu comme


l’ensemble des institutions formelles ou informelles facilitant la coopération entre acteurs en
vue de générer des actions finalisées favorisant une interaction efficace.

Ensuite, cette conception du capital social a fait intégrer des facteurs sociaux dans les
principes d’action individuelle. D’où les travaux de J. COLEMAN (1989,1990) qui ont pour
but de formuler une théorisation de l’action rationnelle centrée sur des déterminants sociaux
et de constituer une référence incontournable sur le capital social. En effet, J. COLEMAN
(1990) définit le capital social comme une forme particulière de capital, qui rend possible
l’action sociale. Donc, il est considéré comme le fondement des relations développées entre
les acteurs. De plus, il distingue les manifestations du capital à travers les droits et les
obligations relevant d’un environnement social marqué par la confiance, la capacité de
210
VALERIE A., CALLOIS J-M., « Capital social et dynamiques de développement territorial : l’exemple de
deux territoires ruraux français », Revue espaces et sociétés, N° 124-125, 2006, pages 56.
211
WOOLCOCK M., « La place du capital social dans la compréhension des résultats sociaux et économiques »,
Revue canadienne de recherche sur les politiques publiques, ISUMA , 2001. P. 11-19.
162
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

circulation de l’information au sein de la structure sociale, et l’existence de normes et de


sanctions qui s’imposent et qui respectent les membres d’une communauté212.

Enfin, selon Pierre Bourdieu (1990), le capital social est comme « l’ensemble des
ressources actuelles ou potentielles qui sont liées à la possession d’un réseau durable de
relations plus ou moins institutionnalisées, d’intercommunications et d’interconnaissances ;
ou en d’autres mots, qui sont liés à l’appartenance à un groupe, comme ensemble d’agents qui
ne sont pas dotés de propriétés communes, mais sont aussi unis par des liaisons permanentes
et utiles».213

Alors, le concept du capital peut être défini comme l’ensemble des liens sociaux
existant entre les acteurs visant à assurer une coopération et une coordination en vue de tirer
des gains et des bénéfices. De même, il peut être le résultat d’une interaction entre les valeurs
partagées des individus, des institutions et des structures, dont ils se sont dotés pour se
rapprocher de ces valeurs et de permettre la coopération entre eux.

D’une façon générale, le capital social représente les ressources relationnelles que les
acteurs individuels peuvent mobiliser à travers leurs réseaux de relations sociales. Ces
ressources sont généralement très variées et peuvent consister en des informations, des
opportunités ou toute autre forme de soutien moral ou matériel214.

Après avoir exposé la notion du capital social, nous passons directement à son
implication dans un cadre territorial.

1.2. Le capital social territorial

La combinaison entre le concept du capital social et le territoire a fait émerger un


concept, celui du capital social territorial. Ce concept comprend, dans un espace et une
temporalité déterminée, un ensemble de ressources environnementales et sociales pouvant être
mobilisé et mises en valeur par des acteurs individuels ou collectifs. En conséquence, ces
acteurs sont porteurs d’une vision de développement à la fois convergente et divergentes en

212
VALERIE A., CALLOIS J-M., « Fondements théoriques du développement local : quels apports du capital
social et de l’économie de proximité ? », Revue Économie et institutions, N° 6-7, 1er et 2e semeste 2005. P. 34-
35.
213
BOURDIEU P., « Le capital social : notes provisoires », Actes de la recherche en sciences sociales, Vol. 31,
janvier 1980. Le capital social. P. 2-3.
214
AYDI G., « Capital social entrepreneurial, performance de l’entreprise et accès aux ressources externes »,
acte de communication au XIIéme Conférence de l’Association Internationale de Management stratégique, Les
Côtes de Carthage 3,4,5 et 6 juin 2003.
163
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

fonction de leurs connaissances et de leurs intérêts215. En effet, ce capital présente des


relations humaines, plus précisément des rapports sociaux, donc, des liens horizontaux et
verticaux qui s’actualisent au quotidien entre des acteurs, des liens à partir desquels s’opère
une densification ou une dilution des relations sociales. Cette densification est porteuse de
cohésion (intégration insertion).

1.3. L’importance du capital social pour le dynamisme entrepreneurial

Après un survol théorique sur la notion du capital social et sa combinaison avec le


territoire, nous nous focalisons notre intérêt aux biens faits de cette approche sur le
dynamisme de l’entrepreneuriat.

Le capital social développé par les intersections des comportements entre les
entreprises, dans un milieu, favorise la capacité aux entrepreneurs de se procurer des
ressources matérielles et immatérielles, existant dans le milieu, c’est-à-dire, l’information, les
valeurs (institutionnelles et symboliques) et les conventions actuelles ou potentielles, en vue
de réussir son projet de création d’entreprises. Ainsi, le capital social permet aux
entrepreneurs d’être dans l’action, de connaître les conventions, et d’avoir une certaine
confiance avec le milieu, dont il coopère.

En effet, la confiance entre les PME et les acteurs de son territoire est basée à la fois
sur la transparence et les proximités qui favorisent la communication et l’échange
d’informations. R. GULATI confirme que les liens répétés avec un même partenaire facilitent
les échanges d’informations et permettant de se familiariser avec ses comportements, ses
routines et ses procédures, la confiance se fonde donc sur l’expérience passée, la transparence,
la disponibilité et la fiabilité des partenaires.216 À cet effet, l’entrepreneur est appelé à avoir la
confiance des autres acteurs du territoire surtout les plus proches, notamment les fournisseurs,
les clients et les entreprises concurrentes afin de minimiser les coûts de transaction et de
production, ainsi que de se coopérer et de se collaborer pour faire face aux problèmes locaux
rencontrés. Citant l’exemple du problème de financement, qui a été considéré comme un
handicap dans la création d’entreprises, c’est pour cela que l’entrepreneur peut bénéficier des
réseaux sociaux et des formes de coopération, pour se procurer des fonds nécessaires à la
création d’entreprises notamment le système des tontines répandu dans les pays africains, qui

215
FONTAN J-M., KLEIN J-L., « La mobilisation du capital socio-territorial : le cas du technopôle Angus »,
Revue lien social et politiques, titre le territoire, instrument providentiel de l’État social, N° 52, Automne 2004.
P. 139-149.
216
MESCHI P-X., « Réseaux inter organisationnels et survie des alliances », Revue française de gestion, 2006/5,
N°164, Édition, Lavoisier. P. 37.
164
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

consiste à se regrouper pour partager et échanger les fonds cumulés tout en favorisant soit la
création, soit le développement de son entreprise. De plus, le problème de la formation et le
développement des savoir-faire qui constitue une entrave du développement de l’entreprise,
donc, la logique de coordination peut mutualiser les efforts des entrepreneurs et d’organiser
des séances de formation avec un minimum des charges.

Figure 18: Le fonctionnement du capital social217

Source: LIN N., (1999, P. 12)

La figure, ci-dessus, expose le fonctionnement du capital social, par lequel les actifs
sont inégaux dans les milieux, et ils devront se regrouper pour constituer une masse critique
qui permettra d’augmenter et de valoriser ces actifs (la confiance, les normes et les
conventions) en vue de répondre aux besoins de divers entrepreneurs et des firmes actuels ou
futurs existant dans le milieu.

Donc, ces actifs facilitent aux entrepreneurs la possibilité d’accéder à diverses


ressources, de générer des bénéfices, de disposer d’un statut social et d’avoir un climat de
confiance et d’enthousiasme qui participe à la mobilisation des forces vives dans la région.
L’entrepreneur établit, en effet, des rapports de réciprocité avec le milieu afin d’obtenir des
ressources à bas prix et hors du système marchand. Aussi, la relation entre le milieu et
l’entreprise est expliquée par le fonctionnement du capital social possédant une double vision,
celle d’obtenir des ressources, d’une part, et, d’autre part, de faire préserver sa réputation dans
la municipalité. Par exemple, un employé passif et paresseux travaillé dans une société ne
peut être congédié, à cause des relations sociales tissées entre acteurs appartenant à un milieu.

217
NAN L., « Building a Network Theory of Social Capital », Connections, Vol. 22, N° 1, 1999. P. 28-51.
165
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

En outre, le capital social territorial cherche à assurer une certaine mutualisation


caractérisée par la volonté d’être avec l’autre. La mutualisation permet aux entrepreneurs de
chercher des solutions et de développer son affaire. L’entrepreneur doit coopérer avec les
acteurs et les organisations sans attendre d’être récompensé immédiatement ou de réaliser des
bénéfices. Le comportement de coopération entre les PME et les autres entreprises,
universités, laboratoire de recherches, permet d’échanger de l’information des objets comme
les méthodes de travail, les outils et des matériels. Cette pratique de coopération, d’après A-L.
SAIVES (2006) est courante pour les PME qui cherchent à se différencier tout en participant
à la construction de réseau d’innovation par l’interaction et l’apprentissage au sein du milieu
innovateur local ou encore des rapports de confiance avec un ensemble de fournisseurs de
proximité géographique.218

En conséquence, le capital social territorial est important pour la réussite des


entrepreneurs dans leurs affaires. Il permet de détecter des opportunités d’affaires, de
diminuer les coûts d’information et des ressources, ainsi que, de se procurer des diverses
formes d’assurance en cas d’un événement pénible, tel qu’une faillite ou des problèmes de
gérances souvent répandues dans notre société. De ce fait, il est le catalyseur qui permet de
créer de la synergie entre les différents acteurs existés dans le milieu et de stimuler, ensuite,
des échanges de l’information ou des savoirs, offrant des opportunités de créer d’autres
entreprises219.

Enfin, le capital social est considéré comme l’élément de base de la culture


entrepreneuriale. Il est un facteur favorisant le dynamisme entrepreneurial dans un milieu
territorial. De même, c’est un moyen de stimuler l’innovation par l’habiliter de la coopération
entre les différents acteurs territoriaux. En effet, les entrepreneurs devront être soutenus par
un capital social et une culture entrepreneuriale adaptée aux spécificités territoriales en vue de
développer et réussir l’entreprise d’une part, et, d’autre part, de faire face à une compétitivité
internationale. Ce projet passe par le faite de bâtir une relation partagée constituée d’un
capital social territorial, une flexibilité opérationnelle entre les divers acteurs, des stratégies
d’apprentissage collectives développées dans les réseaux d’innovation et une logique de
proximité territoriale. Ainsi, notre prochain paragraphe sera consacré à l’encastrement
territorial et réseaux d’entreprises afin de continuer notre réflexion sur le rôle de l’ingénierie
territoriale dans le processus de la création d’entreprise.

218
SAIVES, A-L., (2006), Op.Cit. P. 60.
219
JULIEN, P-A., (2005), Op.Cit. P. 176.
166
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Paragraphe 2 : L’encastrement territorial et réseaux d’entreprises

Avant de s’intéresser à la notion de l’encastrement territoriale et sa contribution au


dynamisme entrepreneurial par lequel, le créateur d’entreprises est considéré comme un
acteur encastré dans un milieu territorial bénéficiant à la fois des ressources et des liens
développés au sein du territoire, notamment, par la notion de capital social évoquée ci-dessus.
Ainsi, de montrer que l’ingénierie territoriale à travers l’encastrement territorial permet à
l’entrepreneur de se procurer d’un capital relationnel favorisant le succès et la réussite de son
entreprise.

2.1. De l’encastrement à l’encastrement territorial : concept et caractéristiques

D’abord, nous commençons par une présentation de la notion de l’encastrement


d’après les travaux de K. POLANYI (1983), cités dans son ouvrage « la grande
transformation » et qui a montré les limites du libéralisme par l’idée qu’on ne puisse pas
appliquer aux sociétés non modernes, les concepts économiques modernes220. De plus, il a
constaté que les phénomènes économiques ne sont pas distingués des autres phénomènes
sociaux ou d’un système distinct, mais se trouve plutôt dispersée et étroitement imbriquée
dans le tissu social, est donc une économie est encastrée dans un tout socioculturel. Ensuite,
nous nous référons aux travaux de Granovetter, l’un des fondateurs de la nouvelle sociologie
économique221. À son avis, ce courant théorique s’efforce d’expliquer les faits économiques à
partir d’éléments sociologiques. Il souligne que les comportements et les institutions
économiques sont déterminés par les relations sociales, qu’il est impossible de les analyser
indépendamment de la sphère sociale.

Pour K. POLANYI, l’économie recouvre l’ensemble des activités dérivées de la


dépendance de l’homme vis-à-vis de la nature et de ses semblables. Par l’encastrement, il
désigne l’inscription et la définition dans des règles sociales, culturelles et politiques qui
régissent certaines formes de production et de circulation des biens et des services. En outre,
selon POLANYI, l’encastrement correspond à la pénétration de tout un ensemble de règles
sociales, politiques et culturelles dans les sphères de la production et des échanges
économiques, afin de démontrer que les actions économiques trouvent leur origine dans la vie

220
POLANYI K., « La grande Transformation : aux origines politiques et économiques de notre temps »,
Édition française Gallimard Paris, 1983.
221
La NSE : est un courant qui remet en cause la division du travail intellectuel entre la science économique et la
sociologie dans le sens où elle s’attaque d’une manière frontale au bastion économique, à savoir l’étude de
marché, de la production, de la distribution, de la consommation, des contrats, des marchés, de l’argent, de la
banque.
167
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

sociale222. Ensuite, il a procédé à établir une typologie pour expliquer comment les sociétés
non réglées par le marché sont intégrées selon des différentes formes institutionnelles: la
réciprocité, la redistribution et l’administration domestique. Ces formes d’institution
disposent des formes d’encastrement spécifiques et différentes présentées comme suit :

Tableau 20 : Les formes d’intégration, d’arrangements institutionnels et d’encastrement


social des relations économiques

Formes d’intégration
Arrangement institutionnel Encastrement de l’économie
Principes de comportement
Réciprocité Symétrie (famille, groupe de Échange à base de dons
parenté, etc)
Redistribution Centralité (tribu, noble État) Échange administré

Administration domestique Autarcie ( groupe Production pour son propre


autosuffisant) usage et échange du surplus
Source : PLOCINICZAK S., (2002)

De même, GRANOVETTER, a développé ce concept, introduit par POLANYI, pour


montrer que l’action économique est encastrée au sein de réseaux des relations personnelles.
Un tel encastrement réticulaire aboutit à la construction sociale des institutions qui prend des
formes différentes. Dans cette perspective, l’encastrement de GRANOVETTER fait référence
au fait que « l’analyse des réseaux peut donc être utilisée afin de saisir une action économique
et ses conséquences, comme toute action sociale et ses conséquences, sont influencée par les
relations dyadiques que les acteurs entretiennent et par la structure de l’ensemble du réseau de
relations »223.

Ensuite, les travaux de GRANOVETTER ont contribué au développement de la


nouvelle sociologie économique. Au plan organisationnel, cette dernière cherche à savoir
comment les acteurs mobilisent des ressources à travers de leurs relations et comment les
mécanismes de la structure sociale influencent l’allocation des ressources sur un marché. Elle
se réfère à trois principes généraux qui constituent ensemble une véritable unité théorique. Le
premier principe, c’est que l’action économique est une forme de l’action sociale, le deuxième
est que l’action économique est socialement située ou encastrée, et enfin les institutions

222
PLOCINICZAK S., « Actions économiques et relations sociales : un éclairage sur la notion d’encastrement
chez Karl POLANYI et Mark GRANOVETTER », working paper, Centre d’Économie de l’université Paris
Nord, N° 2002- 07, octobre 2002.
223
LAVILLE J-L., « Encastrement et nouvelle sociologie économique : de Granovetter à Polanyi et Mauss »,
Revue Interventions économique, N° 38/ 2008. P. 2.
168
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

économiques sont socialement construites, et conçues comme des « réseaux sociaux


figés »224.

Enfin, l’approche de l’encastrement de l’action économique dans les relations sociales,


d’après GRANOVETTER, permet d’expliquer qu’un entrepreneur encastré dans un milieu ou
un individu dans une entreprise est détenteur par défaut d’un capital relationnel, par lequel
son efficacité et sa valeur dépendent de la nature des réseaux sociaux dont, il est encastré. De
plus, les acteurs sont impliqués dans des réseaux de relations sociales qui engendrent de la
confiance et qui tissent des relations facilitant son développement. C’est pour cela, notre
travail consiste à expliquer à partir de l’approche de l’encastrement territorial que tout
entrepreneur est encastré dans un milieu ou un territoire particulier. Et donc le développement
de l’encastrement territorial et le degré de l’engagement des acteurs pour un milieu sont
considérés comme des facteurs primordiaux pour la création et le succès d’une entreprise. De
même, à partir de cette approche, nous cherchons à montrer qu’un entrepreneur est sous
l’influence de son entourage familial, de son enracinement à un milieu et enfin à des modèles
entrepreneuriaux rencontrés.

Donc, la notion de l’encastrement territorial est indexée sur des relations sociales. Elle
est perçue à la fois comme un processus dynamique d’ancrage territorial, considéré comme
une condition obligatoire pour mener un véritable projet entrepreneurial, ainsi qu’un moyen
de mobiliser et de construire des ressources relationnelles facilitant la création d’entreprise.

En effet, le choix d’entreprendre est conditionné par l’existence des divers types de
ressources sur un milieu (les informations, les opportunités, le financement et le conseil)
issues des réseaux de relations sociales, tels que la famille, les amis et le milieu professionnel.
C’est pourquoi émergent l’importance de l’encastrement territorial et la possibilité de disposer
d’un capital social territorial, comme des facteurs importants et déterminants dans la phase de
démarrage de l’activité.

2.2. L’effet de l’encastrement territorial sur la création d’entreprises

Pour mieux expliquer l’effet de l’encastrement territorial ou l’encastrement relationnel sur la


création de l’entreprise. Nous avançons selon deux registres, le rôle des ressources issues des
relations professionnelles dans la création d’entreprise, ainsi que les ressources issues des
relations familiales, amicales et conjugales. De même, nous expliquons l’encastrement
communautaire comme attachement symbolique au territoire.

224
PLOCINICZAK S., (2002), Op.Cit.
169
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2.1.1. Les ressources issues des relations professionnelles

La création d’entreprises dans un milieu est motivée par des facteurs issus des relations
professionnelles, notamment, l’expérience qui garantit des compétences, une parfaite maîtrise
du secteur d’activité et des relations professionnelles construites autour de secteur d’activité.
En effet, les futurs créateurs au moment d’élaboration des projets s’orientent vers leurs
réseaux professionnels pour faciliter d’une part, de disposer d’un carnet d’adresses composées
de divers acteurs et opérateurs, c’est-à-dire, des clients, des fournisseurs, des politiciens et des
acteurs associatifs et professionnels, qui vont faciliter la création d’entreprise et son
démarrage ; et, d’autre part, d’être encadré par un patron qui au moment du démarrage de
projet apporte sa contribution par l’idée de lui concéder des contrats aidant facilement le
démarrage de l’activité, ainsi que d’alléger la pression et le stress de la création de
l’entreprise sur le créateur. En parallèle ces créateurs vont disposer d’un soutien indirect en
cas d’une surcharge de travail. Nous empruntons l’encadré suivant pour expliciter le rôle des
réseaux professionnels sur la création d’entreprise225 :

Un artisan spécialisé dans la pose de revêtements de sol a exprimé : « Mon ancien patron, c’est
quelqu’un d’intelligent avec qui j’entretiens de très bons rapports. Il se doutait que j’allais partir et
m’a donné du travail par la suite. J’ai donc commencé par faire de la sous-traitance pour lui et cela
c’est très bien passé parce que chacun y trouvait son intérêt... Et moi cela m’a permis d’avoir un fond
de roulement pour démarrer mon entreprise.»(Jean, 37 ans, BTP, 2001).
Source : Fabien Reix ( 2008, P. 33).

2.2.2. Les ressources issues des relations familiales, amicales et conjugales

Parmi les ressources que les entrepreneurs tirent de leurs réseaux de relations, nous
retrouvons celles qui sont issues de leur entourage proche (famille, ami, conjoint). Ces
ressources présentent un soutien moral pour l’entrepreneur, notamment dans la période de
démarrage de l’activité.

D’abord, nous commençons par la famille qui joue un rôle important dans la réussite
entrepreneuriale en mettant à disposition des réseaux de relations qui permettent d’accéder à
l’information en vue de se procurer d’un financement et des parts de marché226. En réalité les
membres de la famille sont à l’origine des opportunités de la création d’entreprise soit en tant
qu’initiateur du projet de création, ou soit comme, un accompagnant et participant à la

225
FABIEN R., « L’ancrage territorial des créateurs d’entreprises aquitains : entre encastrement relationnel et
attachement symbolique », Revue Géographique, Économie, société, 2008/1, Vol. 10. P. 33-34.
226
Idem,. P. 34-36.
170
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

viabilité commerciale de l’affaire créée. Citant l’exemple, du père qu’au moment de la


création d’une entreprise par son fils et lui met à sa disposition un local et des infrastructures,
et parfois un fond de roulement. Donc la famille transmet le gout d’entreprendre et offre
certains ressources nécessaire pour la création d’entreprise.

Puis, l’entourage proche d’un entrepreneur procure plusieurs avantages au créateur


d’entreprises. En effet, un réseau d’amitié personnel permet à l’entrepreneur d’intégrer des
clubs d’entreprises et des réseaux d’entreprises qui leur permettent par la suite d’accéder à des
aides et d’étendre leurs contacts dans le milieu local des affaires ; ainsi que de faciliter
l’accès aux prêts bancaires (un membre de la famille ou le père d’un ami travaillent dans le
milieu bancaire).

Ensuite, la relation conjugale peut faciliter la création d’entreprise. Au moment de


créer leur entreprise, la plupart les entrepreneurs vivaient en couple, ce qui facilite le partage
des risques et bénéficier des compétences complémentaires, ainsi que le revenu du conjoint
est perçu comme une condition obligatoire de l’engagement dans l’aventure entrepreneuriale
et ce par la sécurité financière offerte. L’encadré suivant montre l’effet de la relation
conjugale sur la création d’entreprise :

Un créateur a expliqué au moment de la création de son entreprise : à l’époque où j’ai créé


mon entreprise, mon amie venait d’être titularisée en tant que fonctionnaire au conseil
régional d’où, en ce qui me concerne, la possibilité de prendre un risque financier en me
disant : Si je gagne de l’argent, c’est bien. Si je n’en gagne pas, le ménage pourra tenir
financièrement pendant une certaine période… cela, à mon avis, doit être redondant dans vos
entretiens parce que toutes les personnes que je connais qui ont créé une entreprise, cela a été
à la base de leur décision de se lancer. […] Et si j’ai pu garder mon indépendance financière,
c’est aussi parce que je sais très bien que, sauf gros coup dur, j’ai au moins un salaire qui
rentre tous les mois à la maison avec mon amie
Source : Fabien Reix (2008, P. 35).

2.2.3. L’encastrement communautaire comme attachement symbolique au territoire

Le choix de la création d’une entreprise repose aussi sur un registre plus personnel
d’attachement au territoire qui dépasse le cadre des enjeux purement économiques de
l’entreprise. Ainsi, la volonté de créer une entreprise trouve sa justification dans le fait que le
créateur dispose des racines et une dépendance historique et culturelle à son territoire de
naissance mais également qu’un territoire donné qui présente un cadre de vie agréable et

171
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

confortable favorisant la réussite du projet entrepreneurial. À cet effet, un tel attachement au


territoire peut amener ces entrepreneurs à percevoir l'acte d’entreprendre comme un acte
symbolique « identitaire » qui leur permet non seulement d’être assurés d’installer sur le
territoire mais aussi de participer à son développement en créant des richesses et des
emplois227.

Donc, les créateurs d’entreprises s’appuient sur des relations qui présentent des
rapports de confiance et de solidarité afin de répondre au risque et à l’incertitude associée à la
création d’entreprise. En conséquence, un entrepreneur repose à la fois sur les liens forts
(famille, ami, conjoint) et les liens faibles (professionnels et réseaux business) au moment du
démarrage de son activité pour éviter tout échec probable de son affaire.

En résumé, l’encastrement territorial des créateurs d’entreprises peut être compris à la


fois comme un encastrement relationnel et un encastrement communautaire, qui s’appuie non
seulement sur les réseaux de relations mais aussi sur un attachement symbolique à leur
territoire.

Nous continuons notre analyse sur l’approche de l’encastrement territorial et son


apport au développement de l’entrepreneuriat, par lequel, en se référant à un article publié
conjointement par B. JOHANNISON, M. RAMIREZ-PASILLAS et G. KARLSSON (2002),
sous le titre« The institutional embeddedness of local inter-firm networks: a leverage for
business creation ». En effet, cet article vise à proposer trois niveaux d’analyse relative à
l’encastrement ; D’abord, il s’agit d’un encastrement qui concerne les liens de réciprocité
entre les entreprises locales, ensuite, un encastrement a trait aux liens unidimensionnels avec
les institutions locales et enfin un encastrement qui regroupe toute sorte de lien social dans
une vision holistique228.
En résumé, l’encastrement territorial des créateurs d’entreprises peut être compris à la
fois comme un encastrement relationnel et un encastrement communautaire, qui s’appuie non
seulement sur les réseaux de relations mais aussi sur un attachement symbolique à leur
territoire

227
Idem,. P. 38.
228
JOHANNISSON B., RAMIREZ-PASILLAS M., KARLSONN G., « The institutionnal embeddedness of
local inter-firm networks: a leverage for business creation », Entrepreneurship and Regional Development, vol.
14, 2002. P. 297-315.
172
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Paragraphe 3 : l’ancrage territorial et processus de création d’entreprises

La troisième composante de l’ingénierie de milieu qui nous intéresse et qui facilite le


processus de la création d’entreprise est l’ancrage territorial. En effet, la question de l’ancrage
territoriale apparaît dans notre travail de recherche comme une piste importante dans le
processus d’émergence d’entreprises (création, installation). Cette importance est motivée par
des facteurs qui sont déjà expliqués dans la section précédente, abordant le point des
économies du territoire, c’est-à-dire, l’économie des ressources et l’économie de la proximité,
considérées, tous les deux, comme des facteurs essentiels de l’ancrage au sens du dynamisme
industriel et de l’innovation. Donc, nous cherchons à définir la notion de l’ancrage territoriale
et de révéler ces facteurs développés dans l’interaction des économies du territoire et le
paradigme d’innovation qui tend à présenter une explication à l’entrepreneuriat. De même,
nous essayons d’expliciter la contribution de l’ancrage territorial au processus de la création
d’entreprise.

3.1. L’ancrage territorial : notion et caractéristiques

Le concept de l’ancrage territorial est développé dans les travaux de ZIMMERMANN,


notamment, dans son article, « entreprise et territoires : entre nomadisme et ancrage
territorial ». Il cherche à expliquer que la firme nomade s’installe dans un territoire où elle
possède des avantages en matière des ressources et de technologie et qui répond à ses besoins.
D’après lui le territoire n’est plus un simple espace géographique, mais plutôt un système
évolutif qui concilie à la fois ses acteurs et les relations avec l’extérieur ; afin de dépasser la
logique de tissu industriel vers une logique d’ancrage territorial fondé sur des conventions
territoriales entre les différents acteurs d’un territoire et qui permet d’avoir une articulation
effective.
Ainsi, selon O’NEILL (2002), l’ancrage territorial « implique les ressources et les
activités, non seulement liées directement à un endroit, mais ainsi que des relations tissées à
l’intérieur des contextes socioculturels dans des localités particulières et que leurs
caractéristiques et identités socioculturelles uniques sont « ancrées » dans des endroits
aidant à former des liens et des réseaux. Les ressources et activités « ancrées » ont la
tendance d’avoir des niveaux élevés de liens sociaux, culturels et économiques dérivés de
significations culturelles qui leur sont attribuées : par exemple, des activités touristiques «
ancrées » peuvent être une part de la vie sociale et de loisir »229. Cette définition confirme

O’NEILL C., Diagnostic d’ancrage territorial de « Nouveaux Services Emplois Jeunes en Lozère », Direction
229

Départementale du Travail, de l’Emploi et de la Formation Professionnelle de la Lozère, Décembre 2002. P. 14.


173
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

que les ressources seules ne peuvent attirer les firmes à se localiser dans un territoire.
Cependant, l’existence également d’un réseau fondé sur des relations de confiances et de
collaborations avec les partenaires locaux peut contribuer à un meilleur ancrage territorial des
firmes.
Dans sa thèse, J. FRAYSSIGNES (2005) propose une modélisation de l’ancrage des
activités économiques comme un processus rendant compte « d’une part de la projection sur
un espace des logiques productives et de leur participation à la construction territoriale, et,
d’autre part, de l’imprégnation de ces mêmes logiques par les caractéristiques du territoire
(économiques, politiques, identitaires…), qu’elles ont contribué à construire».230 Donc, il a
proposé une grille de lecture de l’ancrage territorial à travers des aspects liés au
développement territorial :
 Le premier point de vue économique vise à mesurer l’ancrage territorial par le niveau
de construction territoriale et la mobilisation de ressources locales tellement matérielles
qu’immatérielles,
 Le deuxième point de vue politique s’explique par le niveau de coordination entre les
différents acteurs du territoire, quel que soit politique (les élus locaux et les administrations
compétentes), social (Associations professionnelles, les ONG et agent de développement) et
économique (les opérateurs économiques, citant l’exemple le groupe MEDZ, appartiennent
à la CDG, l’OCP).
 Le dernier point axé sur l’identité et la culture, par la valorisation de caractères du
territoire et la préservation de son identité territoriale.

De même, la notion de l’ancrage de l’entreprise naît des interactions et des


interdépendances fortes entre celle-ci et ces territoires d’implantation, parce que les
entreprises sont naturellement au cœur de l’émergence économique des territoires où elles
exercent leurs activités. Elles apportent en effet des capitaux, des technologies, du savoir-faire
et de l’emploi, sont autant de conditions indispensables pour le développement de ces
territoires. À cet effet, l’ancrage d’une entreprise dans un territoire est concrètement mis en
œuvre à travers plusieurs volets, à savoir :

 D’abord, la mise en place des dispositifs de dialogue et une stratégie de gouvernance


territoriale entre les différents acteurs territoriaux qui constituent une communauté locale. Ce

230
Julien FRAYSSIGNES, « Les AOC dans le développement territorial : une analyse en termes d’ancrage
appliquées aux cas français des filières fromagères », 470 pages. Thèse pour l’obtention de titre de docteur de
l’institut national polytechnique de Toulouse, Mention Géographie, Soutenue le 12 décembre 2005. P. 96.
174
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

dialogue entre ces différents acteurs territoriaux va améliorer l’image de marque du territoire
et motive les entreprises à émerger.

 Ensuite, le développement économique des territoires conditionne l’ancrage territorial.


J. FRAYSSIGNES (2005), a présenté une lecture de l’ancrage territorial par des variables
liées au développement territorial. Citant l’exemple, de l’existence d’une entreprise
gigantesque bien structurée installée dans un territoire qui participe au développement
économique par le moyen de la sous-traitante ou bien par des activités d’externalisation. De
plus, l’existence des laboratoires de recherches et des universités qui participent au
développement des savoirs et des compétences. Toutes ces variables peuvent influencer d’une
façon positive l’ancrage territorial. Ainsi, le développement économique et le développement
social des territoires jouent un rôle aussi important dans l’attractivité des activités et des
entreprises. Cette incitation passe par le faite de préparer des programmes de l’employabilité
locale chez les jeunes, d’encourager le tissu associatif local, mettre en place des programmes
d’insertion sociale et professionnelle et enfin de s’intéresser au volet de mettre en place les
infrastructures sociales.

 Enfin, d’autres éléments à citer et qui paraissent importants dans l’ancrage d’une
entreprise à un territoire, à savoir, l’existence d’un cadre réglementaire et un arsenal juridique
qui peuvent présenter toutes les garanties aux entreprises souhaitant s’y installer, des actions
de la lutte contre la corruption, le respect des droits de l’homme, et la prise en compte de
l’environnement ; sont tous des éléments qui favorisent l’ancrage des entreprises.

En outre, selon ZIMMERMANN (2005) l’ancrage des entreprises se présente sous


deux formes, un ancrage traditionnel fondé sur la stabilité du paysage industriel avec des
fortes spécialisations et l’autre, actuel caractérisé par la mondialisation de l’économie et de la
technologie. Ces deux formes sont présentées comme suit :231

 La forme traditionnelle : dans le passé la relation entre l’entreprise et le territoire était


fondée sur la stabilité du paysage industriel avec des fortes spécialisations qui ont marqué la
géographie d’un pays, et sur laquelle une identification entre territoire et activité ou le
domaine industriel s’impose. Cette forme de l’ancrage permet de concevoir une histoire
propre au territoire d’installation par laquelle une crise de l’industrie devient une crise du
territoire et le déclin industriel se mue inéluctablement en drame social. De plus, elle

ZIMMERMANN J-B., « Entreprises et territoires : entre nomadisme et ancrage territorial » Revue de l’IRES,
231

N° 47, 2005/1, numéro Spécial, « Restructuration, nouveaux enjeux » 2005. P. 23-24.


175
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

s’implique aussi avec d’autres unités et groupes à promouvoir ou défendre un tissu


territorialisé.

 La forme actuelle : dans ce contexte les territoires locaux sont jetés dans un jeu de
concurrence pour l’accueil des investissements productifs. À cet effet, les entreprises à leurs
tours tendent à devenir de plus en plus nomades, et elles cherchent des territoires qui
présentent une multitude d’avantages. Elles sont amenées à reconsidérer le bien-fondé de leur
implantation en un site donné avec la prise en compte des cycles des produits et des
technologies existantes sur place. Cela comprend des coûts des facteurs de production en un
lien donné, mais aussi et surtout de s’installer dans des organisations industrielles territoriales
qui bénéficient des effets de la proximité. Donc, cette nouvelle forme, d’ancrage territorial
trouve ses fondements dans la conjonction entre les aspects de proximité organisationnelle,
révélatrice de la dimension industrielle intra comme inter firmes et des aspects de proximité
géographique, sur lesquels se fonde la dimension territoriale232.

3.2. La proximité facteur essentiel de l’ancrage territorial

Après avoir défini l’ancrage territorial et présenté ses différentes formes, nous passons
directement vers le facteur incitatif de l’ancrage territorial d’entreprise à savoir la proximité.

En effet, la notion de la proximité est considérée comme un facteur essentiel de


l’ancrage territorial, elles suscitent des interactions et une coopération entre les différentes
unités situées dans une organisation territoriale. Ainsi, elle permet de fonder le territoire au
tant qu’espace pertinent de l’activité industrielle et technologique.

D’abord, la proximité géographique cherche à redéfinir le territoire comme un espace


pertinent de l’activité industrielle et technologique et de s’assurer à une rencontre productive
entre les acteurs co-localisés, en vue de résoudre les problèmes productifs inédits et de
répondre au besoin de définition d’un nouveau produit. En effet, cette rencontre productive va
développer un cadre favorable à la relation entre firme et le territoire, par laquelle, permet,
d’une part, de contribuer à la construction des ressources spécifiques territorialisées, et,
d’autre part, de favoriser le processus de la création des entreprises.

Ensuite, une proximité organisationnelle qui concerne les interactions entre les acteurs
partageant une proximité géographique, des acteurs participant à une activité finalisée et
appartenant à un même espace de rapports. Citant l’exemple, de notre cas empirique le parc
industriel Jorf Lasfar composé du groupe l’OCP et ses filiales (IMAFOS, PACKFOS), le parc

232
Idem,. P. 24.
176
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

MEDZ filiale de CDG, la collectivité territoriale Moulay Abdellah, le port Jorf Lasfar et un
réseau d’entrepreneurs dispersé sur la localité Jorf Lasfar. En conséquence, ces acteurs
partageant un même domaine d’activité, celle de l’industrie lourde (industrie chimique et para
chimique, industrie automobile, industrie sidérurgique).

En général, l’ancrage territorial des activités industrielles et technologiques résulte de


la conjonction entre les aspects de la proximité organisationnelle révélatrice de la dimension
industrielle intra comme inter firmes et des aspects de la proximité géographique, sur lesquels
se fonde la dimension territoriale. Dans ce sens, la problématique du nomadisme et de
l’ancrage territorial est fondée sur une dialectique firme territoire d’après lequel, se
construisent une interaction et une endogénéisation réciproque, qui va fonder ou non une
dynamique commune de la firme et du territoire233. En effet, c’est le nomadisme des
entreprises qui engendre une problématique de l’ancrage territorial. Cela permet de
comprendre que l’ancrage territorial, actuellement, n’est plus le synonyme de rigidité et de
fixation à un territoire, mais il est considéré plutôt comme un modèle de flexibilité dynamique
qui renvoie à la fois à une dynamique d’innovation et à la double dynamique
organisationnelle, de la firme et du territoire, dans l’idée d’un apprentissage collectif fondé
sur la co-production de ressources.

Ainsi, pour mieux expliquer l’effet de la proximité sur la logique de l’ancrage


territorial, nous nous référons au schéma fondamental ci-dessous proposé dans les travaux du
LEREPS « le modèle d’enracinement territorial d’un groupe (...) constitue fondamentalement
un processus dynamique qui naît de la tension organisationnelle entre trois modes
d’organisation (le groupe, le territoire, l’industrie) dont les finalités explicites et/ou implicites
sont a priori différentes »234 (C. DUPUY et J-P GILLY, 1995). Ce schéma vise à montrer
l’effet de la localisation de l’unité industrielle sur la dimension architecturale du territoire à
travers ces trois éléments :

233
ZIMMERMAN J-B., « de la proximité dans les relations firmes-territoires : Nomadisme et ancrage
territorial », sous dir, GILLY J-P., TORRE A., « Dynamiques de proximité », Édition l’Harmattan, 2000. P.
229-230.
234
DUPUY C., GILLY J-P., « Les stratégies territoriales des grandes groupes », dans A. RALLET et A.
TORRE, « Économie industrielle et Économie spatiale », Édition Economica, 1995.
177
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Figure 19: La triple insertion de l’unité localisée

Groupe Industrie

Unité

Territoire
Source : J-B ZIMMERMAN., (2000, P. 234)

 Pour la firme (ou un groupe industriel) : Positionnement fonctionnel, relation de


complémentarités technologiques et productives, transfert des connaissances et des savoir-
faire et incitations à l’innovation sont tous des facteurs incitatifs encourageant la firme à se
localiser.
 Pour l’industrie : implication ou non dans une organisation industrielle et de marché à
un niveau supra-local : régional, national et international. Ainsi, de bénéficier à la fois des
économies d’externalité et d’agglomération aidant l’industrie à faire face à une concurrence
internationale acharnée.
 Pour le territoire : un passage d’une logique de la localisation à celle de l’ancrage,
d’une part, et, d’autre part, de participer à la construction territoriale, considérée par la suite
non plus comme un état mais comme un processus favorisant le dynamisme entrepreneurial.
Au final, la double proximité organisationnelle et géographique permettant à l’unité
localisée de se situer au carrefour de formes d’organisation de nature industrielle (groupe,
Industrie), d’un côté et de formes d’organisation de nature territoriale de l’autre côté. De sorte
que, leurs confrontations fondent un territoire considéré comme espace pertinent de l’activité
industrielle et technologique et ouvrent la voie à l’ancrage territorial235.
3.3. Le processus de création d’entreprises et phénomène d’ancrage territorial
Après avoir défini la notion de l’ancrage territorial et ces facteurs incitatifs, nous
présentons, dans ce point, la similitude du phénomène de l’ancrage territorial au processus de
création d’entreprises évoqué dans le premier chapitre de la première partie.
Ainsi, le modèle de processus de création d’entreprises évoqué est celui de C.
BRUYAT (1993) composé de trois grandes phases importantes.
D’abord, la phase relative au déclenchement du processus et qui correspond à la
rencontre des dynamiques internes comme le changement de situation et des dynamiques

235
ZIMMERMAN J-B., (2005), Op. Cit. P. 32-33.
178
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

externes telles que la rencontre d’un partenaire ou une société riveraine. Donc, ces facteurs
peuvent être considérés comme des éléments conditionnant l’émergence de l’idée de la
création d’entreprises chez le créateur. Cette phase correspond dans le phénomène de
l’ancrage territorial à la recherche par l’entreprise nomade d’un territoire local pertinent qui
recèle des économies des ressources et une agglomération sur place développée, afin de s’y
installer.
Ensuite, la phase du processus qui est celui de l’engagement ou le passage à l’acte
d’entreprendre, dans cette phase le porteur consacre le temps nécessaire plus les moyens
financiers, intellectuels et affectifs pour concrétiser l’acte de créer son entreprise. En
comparaison du phénomène de l’ancrage territorial, l’entreprise nomade après avoir mené un
diagnostic du territoire, elle cherche à connaître les incitations notamment la proximité, pour
s’installer et tisser de bonnes relations à la fois avec le territoire et avec les industries
opérantes sur place.
Enfin, une dernière phase du processus dont le créateur devient acteur de son activité et il
cherche à assurer la survie et le développement de son projet. En effet, cette phase
correspond, d’une part, au développement de l’entreprise installée, et, d’autre part, à l’aide
apportée aux entrepreneurs locaux par le moyen du transfert de compétences et
l’apprentissage collectif. Bref, ces logiques contribuent au développement territorial par
l’interaction des stratégies globales (ancrage territorial) et des stratégies locales (les actions
d’accompagnement des entrepreneurs locaux), en vue de favoriser la création d’emplois et
l’innovation dans le territoire. Le schéma, ci-dessous, expose les points de ressemblance entre
le processus de création d’entreprises et le phénomène d’ancrage territorial.
Figure 20: Le processus de création d’entreprises selon C. BRUYAT et phénomène
d’ancrage territorial.

Émergence, Intention et Engagement et passage Survie et


déclenchement du à l’acte et puis Création développement de
processus d’entreprise. son activité.

Problématique de L’entreprise nomade se Développement de


nomadisme et recherche localise sur un territoire l’entreprise nomade
d’un territoire pertinent et tisse des relations et l’aide apporté aux
avec les différents entrepreneurs locaux.
acteurs.
Source : Préparé par nous-même.

179
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

En effet, ce processus n’est plus considéré comme un cycle linéaire, d’après le


schéma, ci-dessus, mais il est cyclique, caractérisé par la dépendance et l’interaction entre les
différentes phases de processus. Ainsi, on ne peut parler de la survie et de développement de
l’entreprise en général, que si les conditions de déclenchement et de recherche d’un territoire
sont bien examinées et étudiées. De même, la création ou la localisation d’entreprises dans un
territoire peuvent connaître l’échec, malgré le respect de ses phases, et ce pour les raisons
suivantes : manque de la viabilité de l’activité, abandon du créateur, l’absence des réseaux
locaux et manques de coopération et de coordination.
En résumé, l’ancrage territorial se présente par deux points fondamentaux. D’abord,
un point explorant l’idée que l’ancrage territorial peut être considéré comme un processus de
création d’entreprises par la capacité d’une firme à se localiser sur un territoire local donné et
de tisser donc des relations de coopération marchande ou non marchande entre les différents
acteurs territoriaux. Ensuite, un point visant à montrer que l’ancrage territorial soutenu par le
facteur proximité (géographique et organisationnelle), permet de construire le territoire par la
valorisation de ces ressources spécifiques. Ainsi, d’assurer une dynamique industrielle par
l’interaction et la coopération des industries partageant le même territoire. En un mot, nous
pouvons conclure que le phénomène de l’ancrage territorial favorise le dynamisme
entrepreneurial.
Bref, nous mettons fin à cette section, qui vise à apporter une réponse claire à
l’hypothèse, selon laquelle l’ingénierie territoriale est outil conditionnant le processus de
création d’entreprises. En effet, l’ingénierie territoriale, via ces différentes approches, a
contribué d’une manière ou d’une autre à favoriser le dynamisme entrepreneurial local.
D’abord, par le développement d’un capital social territorial sous forme d’un réseau social
constitué par des normes et des comportements partagés et marqué par des relations fortes,
entre les différentes parties prenantes. Ensuite, les biens faits de l’encastrement d’un
entrepreneur dans son territoire ; cet encastrement territorial lui procure des ressources, issues
des relations professionnelles, amicales et conjugales, en vue de faciliter l’acte de création de
son entreprise. Enfin, un phénomène de l’ancrage territorial participant à inciter les firmes
nomades à s’y installer en vue de dynamiser le tissu entrepreneurial existant sur place.
Cet outil d’ingénierie territorial nous a permis aussi d’approfondir notre analyse et ce
par le recours à un concept important et intéressant, à savoir le milieu innovateur. Donc, la
section suivante a pour but d’éclaircir la relation entre l’innovation et le milieu d’une part, et,
d’autre part, de montrer en quoi le milieu innovateur permet-il de contribuer au dynamisme
entrepreneurial et au développement territorial ?
180
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Section III : Le milieu innovateur outil de dynamisme entrepreneurial

Dans cette section, nous cherchons à apporter une réponse à la dernière hypothèse
définie dans notre travail de recherche, à savoir le milieu innovateur, via l’outil de
l’innovation et de l’organisation en réseau, qui peuvent contribuer au dynamisme
entrepreneurial. En effet, le milieu innovateur selon la théorie de développement régional de
Phillip Aydalot est articulé sur trois logiques importantes ; une logique d’organisation en
réseau, une logique d’apprentissage et une logique territoriale. Ces logiques conditionnent le
fonctionnement du milieu et conduisent le territoire à innover et à se développer. De même,
nous approfondissons notre analyse en mettant l’accent sur le milieu innovateur et
l’organisation territoriale locale qui sont axés sur l’innovation et la coopération entre les
acteurs locaux favorisant le dynamisme entrepreneurial.

Donc, nous allons définir, d’abord, le lien entre le milieu et l’innovation(Paragraphe


1), puis, d’expliquer que le milieu innovateur peut contribuer au dynamisme entrepreneurial et
au développement territorial (Paragraphe 2), et enfin, d’achever par l’exposition d’une
interaction entre les concepts-clés, à savoir, milieu innovateur, proximité et l’entrepreneuriat,
(Paragraphe 3).

Paragraphe 1 : L’innovation et le milieu

Ce paragraphe s’intéresse à la notion de l’innovation et sa relation avec le territoire.


Nous présentons, d’une manière brève une définition de l’innovation, une notion qui est riche
et complexe comprenant des différentes significations. Puis, nous développons d’après les
travaux de P. AYDALOT (1986) et de D. MAILLAT (1993), le lien entre l’innovation,
organisation en réseau et le milieu. De même, ce paragraphe sera considéré comme une
introduction à la théorie du milieu innovateur, une organisation territoriale locale axé sur
l‘innovation et la coopération entre les acteurs locales favorisant le dynamisme
entrepreneurial.

1.1. La notion de l’innovation

Nous commençons notre analyse par un éclaircissement de la notion d’innovation


selon une batterie des définitions (officielles, pratiques et théoriques) vu que le concept,
vague et complexe pour l’assimiler.
La notion d’innovation est considérée comme une notion polysémique, elle est liée à
plusieurs domaines et sa signification n’est pas unique et indépendante, cela se voit,
notamment par les définitions qui s’approprient.
181
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Donc, cette notion peut être vue comme un résultat, comme un processus ou comme
aussi une démarche236:
 L’innovation comme un « résultat » : Pour Schumpeter « l’innovation correspond au
premier usage commercial d’un produit ou d’un procédé qui n’avait jamais été exploité
auparavant » (Schumpeter, 1940, Cité dans Manager l’innovation par A. GROFF, 2009). À
cet effet, nous constatons, d’après cette définition, que l’innovation est présentée comme
l’action qui produit des résultats ou qui vise à d’atteindre des objectifs.
 L’innovation comme « processus » : D’après d’autres spécialistes, l’innovation n’est
rien d’autre qu’un processus. Rochet explique que, « .... des systèmes nationaux d’innovation
à l’organisation des projets, l’innovation est le produit de conditions tant macro que
microéconomiques » (cité dans Manager l’innovation par A. GROFF, 2009).
Quant à Bonnaure, il constate que « l’innovation, c’est l’art de transformer des
connaissances en richesses » (cité dans Manager, l’innovation par A. GROFF, 2009).
Pour Alain Rondeau, « l’innovation est un processus d’émulation visant la
reconfiguration du savoir existant » (cité dans Manager l’innovation par A. Groff ARNAUD,
2009).
Enfin Boquet, Marquis et Myers partagent une approche qui rassemble l’ensemble des
écrits : « l’innovation est issue d’un processus global de sous-processus inter-reliés : le
processus support, de management et de conception » (cité dans Manager l’innovation par
Groff Arnaud, 2009)237.En résumé, l’innovation est définie comme une action qui se base sur
un processus qui est le processus d’innovation.
 L’innovation comme démarche : d’après les partisans de cette approche, l’innovation
correspond à une démarche, à une volonté stratégique, organisationnelle, entrepreneuriale ou
gouvernementale suivant un processus innovant, et ce pour avoir des résultats et des
réalisations si innovantes. Cette volonté est déployée dernièrement par des organismes, des
instituts ou des individus qui dynamisent et stimulent les tendances en vue d’avoir des
démarches et des stratégies favorables à l’innovation.
En effet, ces différentes définitions théoriques montrent que le concept de l’innovation
souffre d’une ambiguïté et qui n’apporte pas des éclaircissements et des significations
précises. C’est pourquoi nous faisons appel aux définitions de l’Organisation de Coopération
et de Développement Économique (OCDE) pour mieux comprendre cette notion. D’abord, la

236
GROFF A., « Manger l’innovation », Collection 100 Questions pour comprendre et agir, Édition Afnor, 2009.
P. 9.
237
Idem, P. 10.
182
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

première définition a défini l’innovation tout en expliquant deux sortes d’innovations à


l’époque, ensuite, la deuxième développe davantage la notion en question, et la dernière
définition exposée dans le manuel d’Oslo de l’OCDE liée à la notion cognitive.
1. « Les innovations technologiques de produits et de procédé (TPP) couvrent les
produits et les procédés technologiquement nouveaux ainsi que les améliorations
technologiques importantes de produits et de procédés qui ont été accomplies. Une
innovation TPP a été accomplie dès lors qu’elle a été introduite sur le marché (innovation de
produit) ou utilisée dans un procédé de production (innovation de procédé) »238 (OCDE
1996).
2. « On entend par innovation technologique de produit la mise au point/
commercialisation d’un produit plus performant dans le but de fournir au consommateur des
services objectivement nouveaux ou améliorés. Par innovation technologique de procédé, on
entend la mise au point/ adoption de méthodes de production ou de distributions nouvelles ou
notablement améliorées. Elle peut faire intervenir des changements affectant-séparément ou
simultanément- les matériels, les ressources humaines ou les méthodes de travail ».239
(OCDE, 1997).
3. « L‘innovation consiste à gérer le savoir de manière créative en réponse aux
demandes formulées par le marché et à d’autres besoins sociaux »240 (OCDE, 1999).
D’après ce qui précède, nous retenons que l’innovation est le fait d’introduire quelque
chose de nouveau dans un ordre déjà existant, elle prend plusieurs formes, les produits, les
procédés, les méthodes organisationnelles, le marketing, le design... Cette introduction permet
d’atteindre un objectif, d’améliorer les processus pour plus de valeur ajoutée ou d’apporter
une solution à un problème.
Selon le manueld’Oslo de l’OCDE, (1999), les spécialistes du domaine distinguent et
résument les formes de l’innovation à quatre types : l’innovation de produit, innovation de
procédés, innovation organisationnelle et innovation marketing. De même, des théoriciens ont
présenté une distinction cruciale entre l’innovation radicale ou majeure et l’innovation
incrémentale ou mineure. D’abord, l’innovation radicale est l’innovation qui implique et qui
devrait avoir une parfaite maîtrise de la technologie en question et aussi une connaissance et

238
Organisation de Coopération et de Développement Économique (OCDE), OECD proposed guidelines for
collecting and interpreting technological innovation data, Oslo Manual, OCDE, Paris 1996. P.31.
239
OCDE, Manuel d’OSLO, 2 éme Édition, 1997. P. 9.
240
Organisation de Coopération et de Développement Économique (OCDE), Gérer les systémes nationaux
d’innovation, Paris, 1999. P. 9.
183
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

une information complète du marché visé, c’est l’innovation qui impacte plus profondément
les habitudes, les usages et les routines.
Ensuite, l’innovation mineure signifie une modification non importante et progressive,
elle conduit à l’amélioration et à la transformation de la technologie maîtresse pour la rendre
adéquate et compatible aux spécificités des marchés. À l’opposition du radical, ce type
d’innovation ne provoque pas un changement brutal dans les conditions d’usages, mais une
amélioration nettement sensible. En effet, le tableau, ci-dessous, présente les particularités et
les caractéristiques de chaque type d’innovation.
Tableau 21: La Distinction entre innovation incrémentale et innovation radicale241

L’innovation incrémentale L’innovation radicale


-Exploitation technologique existante -Explore de nouvelles technologies
-Faible incertitude -Incertitude élevée
-Focalisation sur les coûts ou l’amélioration -Focalisation sur des produits, services,
de certains aspects des produits ou processus processus sans précédent
actuels -Requiert savoir différent du savoir actuel
-Se construit sur les compétences existantes (competency destoying)
(competency enhancing) -Crée un changement dramatique qui
-Améliorer la compétitivité dans les marchés transforme les marchés et les industries ou
ou industries actuelles en crée de nouveaux
-Donne avantage concurrentiel limité et -Donne un avantage concurrentiel très
temporaire substantiel et de longue durée
-Processus plus formel -Processus plus informel
Source : J. BARONET, (2007).
En résumé, nous avons explicité la notion de l’innovation, une notion complexe qui
trouve sa richesse dans la diversité de sens et de forme, ensuite de faire une distinction entre
deux formes d’innovations, radicale et incrémentale, qui permettent d’impacter les tendances
et les dynamiques macro-économiques. En effet, le processus d’innovation est conditionné
par la nécessité de mettre en place une diversité de savoirs et de compétences. De plus,
d’assurer une collaboration et une complémentarité entre les différents acteurs existants sur
place et portant les ingrédients nécessaires pour innover. Cela ne peut se concrétiser qu’à
travers l’organisation d’acteurs dans un cadre de « réseau » et qui prendra par la suite une
forme bien structurée, à savoir, un pôle de compétitivité ou un milieu innovateur.

241www.cirano.qc.ca/réalisation/.../Pres-JBaronet-cirano-24-05-07.PPT,
184
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

1.2. Réseau, milieu et innovation

D. Maillat (1993) a proposé une définition pertinente du réseau,242du fait que, cette
notion trouve son intérêt dans l’interaction et l’interdépendance développée entre les
différents acteurs, et ce pour tisser des relations et des liaisons en vue de créer des avantages
et une synergie, donc, « un réseau est un ensemble formé de liens sélectionnés et explicites
avec des partenaires préférentiels inscrits dans la perspective des relations de marché d’une
entreprise et de sa recherche de ressources complémentaires ayant comme objectif principal
la diminution d’incertitude ».
En relation avec la notion de l’innovation définie ci-dessus, l’organisation de réseau
permet à cette notion de trouver son explication et d’être stimuli par le milieu. À cet effet, elle
constitue un outil favorable à l’innovation :
- Elle favorise la réactivité par rapport aux turbulences de l’environnement nécessaire
pour l’innovation.
- Elle permet de sélectionner et de choisir les acteurs adéquats pour chaque étape du
processus d’innovation ; la relation avec les centres de recherches et les universités.
- L’interaction entre les acteurs permet de développer un savoir-faire et de favoriser
l’inventivité et la créativité.
Ensuite, J-C. PERRIN, (1990), a présenté une définition du réseau d’innovation243.
Cette définition considère ce dernier comme « une forme d’organisation des relations entre
les acteurs impliqués dans un processus d’innovation, qui par sa durée et son ouverture
(pluralité des spécialisations, diversité des compétences) met en œuvre un apprentissage
collectif dont l’effet synergétique contribue de façon déterminante à la créativité de
l’ensemble ».
Ensuite, PERRIN (1990), après sa définition du réseau d’innovation, il a abordé
l’organisation du réseau d’innovation sous l’ongle d’une double perspective : d’un côté, une
dimension fonctionnelle et, de l’autre côté, une dimension institutionnelle244.
 l’aspect fonctionnel : Il énumère deux types de stratégies adoptée par le réseau vis-à-
vis à l’innovation. D’abord, une stratégie d’adaptation fondée sur la capacité de réseau à
imiter des processus et des innovations réalisées dans d’autres sites, et ce pour l’adopter par
les entreprises du réseau qui ne possèdent pas la capacité à les développer. Ensuite, une

242
MAILLAT D., QUEVIT M., SENN L., (1993), Op. Cit. P. 8.
243
PERRIN J-C., « l’environnement des entreprises innovantes : réseaux et districts », Notes de recherche-centre
d’économie régionale, N°115, Aix-En Provence, 1990.
244
Idem,.
185
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

stratégie de création, dans cette stratégie, le réseau est sur la voie de développer des
innovations de façon interne. Ici l’innovation, c’est le résultat des coopérations et
d’interactions entre les acteurs du réseau.
 L’aspect institutionnel : Il analyse l’organisation du réseau d’innovation par les liens et
les relations existant entre les composants du réseau. Donc, il cherche à étudier la nature de la
relation, la particularité, le mode de coordination et la notion tu pouvoir au sein du réseau. En
général, deux formes de relations apparaissent. En premier lieu, une relation asymétrique
exprimée par des relations hiérarchiques et par la dominance d’une entreprise sur une autre
dans le réseau. En seconde lieu, une relation symétrique marquée par l’absence de la
hiérarchie et basée sur la coopération et l’échange inter-acteurs, notamment, par l’échange des
savoirs, des compétences et des ressources spécifiques.
En effet, nous pouvons résumer tout ce qui a été développé sur l’organisation du
réseau d’innovation par le schéma, ci-dessous, qui vise à montrer les stratégies innovatrices et
l’organisation en réseau. À cet effet, lorsqu’il s’agit d’un réseau hiérarchique, nous sommes
face à une stratégie d’innovation adaptative, d’une relation asymétrique entre les acteurs et
des liens territoriaux peu importants, dans ce cas, il n’y a que d’imitation d’innovation et
d’application de technologie. Nonobstant, dans un réseau fondé sur la coopération et
l’échange inter-acteurs, et d’où l’importance d’une proximité géographique qui facilite
l’interaction entre les acteurs. Le réseau d’innovation est ancré territorialement ainsi qu’il
produit de l’innovation pour les entreprises. Le schéma synthétisant ces données est comme
suit :
Figure 21: Les stratégies innovatrices et l’organisation en réseau245

Réseau interactif
Création de Ancrage territorial
technologie

Stratégie de
réseau

Réseau hiérarchique
Application de Ancrage territorial bas
technologie
AsymétrieCoopération
Gouvernance du réseau

Source : S. CONTI (1996).

245
CONTI S. (1996), Geografia Economica, Teoria e Metodi, UTET Liberia. 536 Pages.
186
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Après avoir développé le réseau d’innovation et ses stratégies d’innovations, nous


passons au rôle des milieux dans les processus d’innovation et réseaux d’innovation,
notamment, par les recherches du GREMI (Groupe de Recherche Européen sur les Milieux
Innovateurs) qui seront abordés en détail dans le deuxième paragraphe relatif au milieu
innovateur une plateforme propice à l’innovation. En effet, selon GREMI, il y’a une relation
importante et considérable entre le milieu et le réseau d’innovation, par lequel, le milieu est
considéré comme un acteur central qui contribue à la constitution des réseaux d’innovation et
qui impacte leur dynamisme. À son tour, les réseaux d’innovation contribuent à
l’accroissement des capacités créatrices du milieu, ainsi qu’ils assurent un dynamisme
entrepreneurial local. À cet effet, nous montrons ce lien entre l’innovation et le milieu par le
recours à l’hypothèse central de P. AYDALOT, développée ci-dessous.
« L’entreprise innovante ne préexiste pas aux milieux locaux, elle est sécrétée par eux.
Les comportements innovateurs dépendent essentiellement de variables définies au niveau
local ou régional. En effet, le passé des territoires, leur organisation, leur capacité à générer
un projet commun, le consensus qui les structure sont à la base de l’innovation. L’accès à la
connaissance technologique, la présence de savoir-faire, la composition du marché du travail
et bien d’autres composantes des milieux locaux déterminent des zones de plus ou moins
grande innovatrice » (Ph. AYDALOT)246.
À travers cette hypothèse, Ph. Aydalot a renouvelé la problématique du changement
technique, par laquelle, il considère que les milieux sont les véritables incubateurs de
l’innovation. Ainsi, l’innovation naît suite à un phénomène d’organisation des relations entre
divers acteurs existant dans un milieu. Les interactions qui tissent entre les entreprises, clients
et fournisseurs, centre de recherche et de formations permettent d’une part, de développer des
compétences et des savoir-faire, et, d’autre part, de disposer des règles propices au
développement des processus innovateurs. Donc, l’innovation est considérée comme un
processus d’intégration d’éléments qui déterminent et favorisent la dynamique et la
transformation du système techno-productif territorial.247 En conséquence, nous pouvons
comprendre que le milieu n’est pas donné a priori, mais il est considéré comme le résultat
d’un processus de coopération et d’articulation des stratégies des acteurs et des phénomènes
d’apprentissages collectifs.

246
MAILLAT D., « Globalisation, systèmes territoriaux de production et milieu innovateur », sous dir, PAUL
CARY et ANDRE JOYAL, « Penser les territoires En hommage à George Benko », Édition Presse de
l’Université du Quebec, 2011. P. 46.
247
Idem,. P. 47.
187
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

«... L’innovation est la création du milieu, pour répondre à un défi ou à un besoin


local par l’utilisation de l’expérience locale » ... « elle est fruit de l’inventivité du milieu et
répond aux besoins de développement local, c’est le moyen que se donne une société pour
progresser. L’innovation repose sur des éléments de continuité avec l’expérience
acquise » (Ph AYDALO)248.

Bref, nous avons constaté, selon une revue de la littérature, que le concept de
l’innovation est un concept complexe, multifonctionnel et multidimensionnel. Il peut être
traité à la fois comme un résultat, comme un processus ou comme aussi une démarche, A.
GROFF (2009). Afin que cette notion trouve son fondement et son intérêt, il est
recommandable d’être associée à une organisation sous forme de réseau. Donc, l’association
entre l’innovation et le réseau permet d’une part de générer des stratégies d’innovation, soit
d’adaptation ou soit de création, et, d’autre part, de développer le réseau en question ou de
créer de nouveau réseau. De même, le processus de l’innovation et le réseau d’innovation sont
influencés par le milieu. D’après Ph AYDALOT, le milieu joue un rôle important dans le
dynamisme des réseaux d’innovation. Dans le cadre de continuer notre analyse, le deuxième
paragraphe vise aussi à poursuivre l’explication, et ce de montrer que le milieu innovateur est
considéré comme une plateforme propice à l’innovation qui permet de favoriser le dynamisme
entrepreneurial, notamment, par la proximité et la coopération entre les différents acteurs.

Paragraphe 2 : le milieu innovateur comme outil de dynamisme entrepreneurial.

Dans ce paragraphe, nous nous intéressons à la notion du milieu innovateur, par


lequel, nous expliquons à partir de ce phénomène que la question du dynamisme
entrepreneurial trouve son origine et une explication. Nous commençons tout d’abord, par une
présentation de la théorie du milieu innovateur ainsi que ces logiques, ensuite, d’apporter une
précision sur l’apport du milieu innovateur au dynamisme entrepreneurial et au
développement territorial, notamment, par l’émergence de nouvelles formes d’organisation, et
à travers lesquelles prennent naissance des comportements innovants et la création
d’entreprises.

248
Idem,. P. 47.
188
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

2.1. Le milieu innovateur une plateforme propice à l’innovation

Nous commençons notre analyse par la présentation de la théorie des milieux


innovateurs, d’une part, par l’énumération des principales tendances circonstancielles qui ont
favorisé l’élaboration et le développement de cette nouvelle théorie, et, d’autre part, par
l’exposition des logiques composant le milieu innovateur.

2.1.1. La théorie du milieu innovateur : Circonstance d’évolution et de développement

Les circonstances ont été considérées comme des principaux enjeux qui ont favorisé
l’émergence de cette thèse. D’abord, le déclin des modes traditionnels de régulation
économique est caractérisé par le déclin du modèle fordiste de production-consommation de
masse d’une part et, d’autre part, la crise financière de l’État interventionniste, chose qui
pousse plusieurs analystes à chercher la formule appropriée pour un nouveau mode de
régulation socio-économique adapté aux enjeux actuels et aux nouvelles tendances d’avenir.
Ensuite, la théorie de développement par le haut qui n’a pas contribué à réduire les inégalités
territoriales entre les régions, c’est pour cela, le recours aux forces locales et au dynamisme de
la base (individus, organisations, communautés) s’avère important en vue de créer les
conditions de leur propre développement. Ainsi, ces deux facteurs expliqués et développés
nous font sentir l’intérêt important du phénomène du milieu innovateur249.

Figure 22: Circonstances favorables à la nouvelle théorie250

Le déclin des modes traditionnels de régulation économique


Le paradigme du développement par le bas
La montée de l’approche systémique Émergence d’une
La perspective méso analytique théorie des milieux
L’exemple des territoires à succès innovateurs
Le phénomène PME
L’enjeu local de l’emploi
Source : M-U. PROULX, (1994, P. 65).

La théorie de milieu innovateur est née, au début des années 1980, suite à un ensemble
des travaux effectués par le groupe de recherches européennes sur les milieux innovateurs,
crée, en 1984, par Philippe Aydalot, professeur de l’université de Paris 1, afin d’étudier les

249
Idem,.P. 66.
250
PROULX M-U., « Milieux innovateurs : concept et application », Revue internationale P.M.E. : Économie et
gestion de la petite et moyenne entreprise, Vol.7, N° 1, 1994. P. 65.
189
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

relations entre l’innovation technique et le territoire. En effet, la démarche de recherche suivie


par ce GREMI est fondée sur l’interaction entre le volet théorique et le volet terrain. Une
méthodologie et un questionnaire sont élaborés en commun au cours de plusieurs réunions de
travail et mis en pratique dans chaque région étudiée. Donc, des enquêtes de terrains, ont
permis, en premier lieu, de regrouper les informations et d’imaginer des exemples et des
contre-exemples, qui vont par la suite, développer et faire évoluer la notion du milieu
innovateur.

En effet, le programme de GREMI est débuté à partir des années 1985-1986 autour de
Cinq programmes de recherches successifs, du GREMI I au GREMI V. D’abord, les GREMI
I et GREMI II ont mis en évidence ce que les entreprises ont trouvé dans la région et hors
région lors des processus d’innovation. De sorte que le GREMI I a étudié le rôle du milieu sur
les trajectoires d’innovation des entreprises, tandis que, le GREMI II a s’intéressé à l’impact
du processus d’innovation des entreprises sur les contextes locaux, notamment, le risque de
dissolution des liens locaux des entreprises lors du processus d’innovation et les risques de
destruction lui-même. Puis, le GREMI III a exploré les réseaux d’innovation et a montré le
fonctionnement spatial, local et extra-local, de ces réseaux. Il s’agit ici de comprendre
comment le milieu en tant qu’un système organisé et territorialisé a pu se transformer à un
réseau d’innovation. Ensuite, le GREMI IV est centré sur la comparaison de trajectoire de
régions actives dans des secteurs identiques. Il s’intéressa aux dynamiques longues de
développement des milieux et à l’émergence de leurs lois d’évolution. Enfin, le GREMI V, le
dernier a abordé la relation entre le milieu et la ville, où entre le processus de territorialisation
du développement économique et les dynamiques urbaines251.

Après avoir montré l’évolution des recherches sur les milieux innovateurs, par les
GREMI, nous passons à l’hypothèse de base posée par Philipe Aydalot au début des années
1980, évoqués dans le paragraphe innovation et milieu. Cette hypothèse constitue le point de
départ de la théorie de développement spatiale.

«L’entreprise innovante ne préexiste pas aux milieux locaux, elle est sécrétée par
eux. Les comportements innovateurs dépendent essentiellement de variables définies au
niveau local ou régional. En effet, le passé des territoires, leur organisation, leur capacité à
générer un projet commun, le consensus qui les structure sont à la base de l’innovation.

251
TABARIES M., « Les apports du GREMI à l’analyse territoriale de l’innovation ou 20 ans de recherche sur
les milieux innovateurs » Cahiers de la Maison des Sciences Économiques 2005. P. (Milieu innovateur : théorie
et pratique)
190
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

L’accès à la connaissance technologique, la présence de savoir-faire, la composition du


marché du travail et bien d’autres composantes des milieux locaux déterminent des zones de
plus ou moins grande innovatrice » (Ph. AYDALOT).
En effet, la théorie des milieux innovateurs Ph. AYDALOT se propose de lier une
analyse industrielle à une analyse spatiale de l’innovation. Elle étudie la relation
qu’entretiennent les entreprises avec le milieu. Donc, le milieu innovateur n’est donc pas un
espace où viennent se localiser des entreprises innovatrices, mais une formation socio-
économique territorialisée au sein de laquelle émergent de nouvelles formes d’organisation
territoriale à base de collaboration à travers lesquelles s’enrichissent les apprentissages
propices à la création technologique et à la création des entreprises innovatrices.
Quant à, D. MAILLAT, M. QUEVIT et L. SENN (1993), le milieu innovateur est « un
ensemble territorialisé ouvert sur l’extérieur qui intègre des savoir-faire, des règles et du
capital relationnel. Il est attaché à un collectif d’acteur, ainsi qu’à des ressources humaines et
matérielles. Les interactions, entre ces éléments, développent une logique d’apprentissage qui
permet par la suite un déclenchement des processus d’innovation252. À cet effet, les milieux
innovateurs sont considérés comme des organisations dynamiques ayant une dimension
territoriale caractérisée par l’unité et la cohérence des acteurs et se traduisent par des
comportements identifiables et spécifiques et une culture technique, entendue comme
l’élaboration, la transmission et l’accumulation de pratiques, savoirs et savoir-faire, normes et
valeurs liées à une activité économique. Ces différents éléments engendrent des attitudes et
des comportements « codifiés » qui sont à la base de l’organisation et de la régulation du
milieu253.
Ainsi, le milieu innovateur ne peut se développer, qu’à travers l’existence de certains
éléments et conditions importantes, à savoir, l’existence au niveau local d’une communauté
d’acteurs (entreprises, centres de recherche et de formation, les administrations publiques, les
compétences professionnelles, services à l’entrepreneuriat...) qui peuvent assurer par une
logique de proximité territoriale des interactions entre eux et de se procurer d’une dynamique
d’apprentissage collectif. De même, de réunir dans un même processus de production un
réservoir des ressources matérielles, humaines, financières, technologiques et
informationnelles alimentant le processus de création de valeurs et motivant l’ancrage
territorial des entreprises. En conséquence, les entreprises préfèrent un territoire abritant à la
fois des économies du territoire et l’existence des réseaux.

252
MAILLAT D., QUEVIT M., SENN L., (1993), Op. Cit. P. 9.
253
CAMAGNI R., MAILLAT D., « Milieu innovateur - Théorie et politiques », Édition Economica, Paris, 2006.
191
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

En somme, l’existence de tant de facteurs contribuent à favoriser un dynamisme


entrepreneurial local, et favoriser par le phénomène du milieu innovateur d’assurer un
développement territorial local. En effet, ces facteurs sont : un savoir-faire spécifique
conduisant à une activité de production de haute qualité, un savoir-faire local engendrant
facilement l’innovation et accroît la compétitivité du territoire, l’abondance du capital
relationnel favorable à la création de réseaux locaux, nationaux et internationaux, le capital
social territorial et l’encastrement territorial favorisant la création des entreprises et la
stimulation d’autres soit par l’existence du lien social ou soit par les ressources issues du
milieu familial et professionnel, et enfin l’existence de normes, règles et valeurs pour la
promotion de comportements créatifs chez les acteurs économiques implantés dans le
milieu254.
2.1.2. Les logiques du milieu innovateur
Les milieux innovateurs s’organisent autour de trois axes importants, qui expliquent les
transformations actuelles du territoire, ainsi que leur fonctionnement. Ces axes sont les
suivants : le paradigme technologique, le paradigme organisationnel et le paradigme
territorial. De même, le schéma, ci-dessous, explicite l’interaction du milieu innovateur et le
contexte techno-productif255.
Figure 23: Les paradigmes des milieux innovateurs

Source : O. CREVOISIER, (2000, P. 156)

254
UZUNIDIS D., « Milieu Innovateur, Relation de proximité et entrepreneuriat. Analyse d’une Alchimie
Féconde », Revue Canadienne des sciences régionales, Vol 33, Num Spécial, 2010. P. 95.
255
CERVOISIER O., « L'approche par les milieux innovateurs : état des lieux et perspectives », Revue
d’Économie Régionale & Urbaine, N°1/2001, février. P. 155-156.
192
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Le Paradigme technologique :

Ce paradigme met l’accent sur le rôle de la technologie dans la transformation du


système économique. À cet effet, l’innovation se crée à travers l’articulation des ressources de
la firme avec celle du milieu, c’est-à-dire, la relation d’une entreprise avec son marché et la
capacité d’une entreprise d’établir des relations avec d’autres entreprises du milieu. Cette
articulation permet à la fois d’acquérir des savoir-faire et de développer des nouvelles
techniques qui vont participer à l’augmentation de la production et de tresser des relations
avec d’autres acteurs du milieu.

Ainsi, l’innovation peut être considérée comme un processus de différenciation face à


la concurrence. Les entreprises rivales cherchent par le moyen de l’innovation à mettre en
place des nouveaux produits et des nouvelles techniques, et ce pour développer un processus
d’apprentissage local, de constituer de nouveaux savoir-faire et de développer une culture
technique du milieu face à un environnement incertain.

Le paradigme organisationnel :
Ce paradigme rend compte des facteurs qui facilitent ou empêchent la relation entre
acteurs. Une entreprise et en particulière une PME n’est plus considérée comme un simple
élément localisé dans un système de production, mais plutôt, comme une entité insérée, qui
établit des relations de coopération et de concurrence avec d’autres entreprises de son
environnement. De même, elle est envisagée comme une entité ancrée qui permet de
mobiliser des ressources spécifiques et de participer aux réseaux locaux d’innovation et de
soutien au système de production régionale.
Au-delà des capacités de coordination, le fonctionnement du milieu engendre, au cours
du temps, des interdépendances non marchandes ou un collectif qui résulte de l’instauration
progressive d’une division du travail et de modalités de coopération. En effet, la coopération
permet de former un capital relationnel dans le sens où les acteurs identifient des ressources
particulières et connaissent les modalités y donnant accès. De plus, la notion des ressources,
des valeurs telles que familiales, professionnelles ou entrepreneuriales, peuvent mener les
acteurs à innover.
Au sein d’une organisation territoriale, les relations entre entreprises se divisent. D’un
côté des relations traditionnelles de marché et, de l’autre côté, des relations «hors marché» qui
jouent un rôle déterminant dans l’apprentissage. Donc, nous intéressons de plus aux relations
hors marché qui regroupent toutes les formes d’interdépendances créatrices de synergie. À
titre d’exemple, le phénomène d’incubation à travers l’expérience professionnelle, les savoir-
193
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

faire contenus dans la culture technique offerte par les universités et les laboratoires de
recherche. Cela présente l’importance pour les acteurs de se regrouper dans des réseaux
locaux d’innovation en vue de mobiliser et de consolider ses savoir-faire et les pratiques
techniques.
Par conséquent, l’émergence d’une organisation en réseau pousse les firmes à recourir
à d’autres compétences des acteurs du milieu et de modifier le statut de l’innovation dans un
contexte marqué par la continuité de l’innovation256.
Paradigme Territorial :
Ce paradigme explicite que le territoire en tant qu’organisation engendre des
ressources (savoir-faire, compétences et capital) et des acteurs (entrepris, innovateurs,
institutions de support) nécessaires à l’innovation. Certains territoires disposent des
ressources spécifiques telles que les savoir-faire. Cette ressource n’est pas un résidu de
l’histoire, elle est générée par une activité économique et par des différentes institutions de
formation et de recherche. En général, les capacités locales de développement, comme
l’entrepreneuriat ou la bonne articulation entre le système de production et les institutions de
soutien, sont abordées comme des construits locaux, basés sur des conventions locales
particulières, qui permettent au milieu de se constituer en vue de répondre à la transformation
des marchés et des techniques257.
En effet, le territoire est entendu comme une organisation locale de production et de
régénération des ressources spécifiques locales, grâce à une proximité qui mobilise des
logiques de coopération, de concurrence, ainsi qu’une approche du capital social et relationnel
développé entre les différents acteurs du milieu. La concurrence des territoires se fait par
l’innovation sur la base de ressources spécifiques258.
Bref, l’approche des milieux innovateurs englobe simultanément ces trois paradigmes
présentés, ci-dessus. Elle dévoile qu’un milieu ne demeure innovateur que par le jeu
d’articulations entre le milieu qui recèle les ressources (savoir-faire, capital relationnel) et les
réseaux d’innovation qui en sont la mobilisation et l’articulation à travers un processus
d’innovation. Ainsi, un milieu est innovateur, s’il recueillit et intègre des informations
importantes qui lui permettent de mettre en œuvre de nouvelles formes de produits ou
d’organisations de la production. L’innovation passe par la maîtrise des relations entre le
milieu et son environnement.

256
MATTEACCIOLI A., « Philippe Aydalot pionnier de l’économie territoriale », Édition, l’Harmattan, Paris,
2004. P. 239-230.
257
CERVOISIER O., (2001), Op.Cit. P. 157.
258
MATTEACCIOLI A., (2004), Op.Cit. P. 239-240.
194
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

2.2. L’apport du milieu innovateur au dynamisme entrepreneurial


Le milieu innovateur, selon D. UZUNIDIS (2010) est comme un nœud de relations
économiques, financières, cognitives et institutionnelles qui est régi par des règles et des
normes du cadre légal d’accumulation ; lui-même inséré dans un espace internationalement
ouvert. Le milieu est un collectif de réduction du degré d’incertitude et des risques qui
s’associent. Il permet d’articuler apprentissage, savoir-faire et culture industrielle. D’où
l’importance de son mode d’organisation259. La figure, ci-dessous, explique les interactions
développées au sein du milieu innovateur et avec l’environnement externe.
Figure 24: Les interactions développées au sein et avec le milieu innovateur

--------- Flux de Connaissance et d’information

Flux financiers, relations contractuelles et effet externes

Territoire-Mode d’organisation
Source : Dimitri Uzunidis, (2010. P. 98)

Après avoir présenté le milieu innovateur en tant qu’un ensemble territorialisé qui
associera d’une part, une logique d’interaction, liée à la capacité des acteurs à coopérer et à
accumuler du capital relationnel, en vue d’élargir et d’enrichir le milieu et, d’autre part, une

259
UZUNIDIS D., (2001), Op.Cit. P. 97.
195
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

logique d’apprentissage renvoie à la capacité des acteurs à s’adapter aux changements et à


utiliser des références afin de consolider les capacités de création collective. Nous s’exposons
les comportements spécifiques liés à un milieu innovateur et leur apport au dynamisme
entrepreneurial.

En effet, un milieu innovateur composé par un collectif d’acteurs et organisé par des
paradigmes expliqués, ci-dessus, conditionnent le fonctionnement du milieu. Il permet de
développer des interdépendances fonctionnelles entre les acteurs appartenant à un territoire et
de favoriser un processus d’apprentissage collectif par l’échange d’informations et la
réduction de l’incertitude. À cet effet, on peut regrouper ces comportements spécifiques
accroissant l’innovation du milieu et au développement des entreprises en trois points,
présentés comme suit260 :

D’abord, l’échange d’informations s’effectuant dans des réseaux plus ou moins


formels et qui visent à répondre aux besoins de développement des entreprises. En effet, les
informations échangées sont de deux types, d’une part, les informations de marches ; sont les
informations commerciales entre acheteurs et offreurs, les informations financières circulantes
par les institutions financières, les banques et les établissements de crédit, et, enfin, les
informations technologiques sous forme des licences, brevet ou développement des
applications informatiques entre les start-up et les utilisateurs. D’autre part, pour les
informations hors marchés, il y’a le développement d’idées nouvelles (des idées liées à
l’utilisation des TIC, et de la technologie) par l’identification des nouvelles opportunités
reconnues par le réseau en vue de l’exploiter.

De même, un milieu dispose d’un autre avantage autre que l’échange de l’information.
C’est sa capacité à évaluer l’information par un moindre de coûts. Cet avantage est dû à la
confiance développée entre les interlocuteurs et à la possibilité de vérifier l’information
auprès de plusieurs sources. Non seulement, ces deux avantages, le milieu permet, ainsi le
développement de diverses normes ou règles visant à maintenir la stabilité du système et à
faciliter le développement d’une cohérence socio-économique dans la répartition des tâches
entre les acteurs constituant ce système.

Ensuite, le deuxième comportement spécifique réside dans la concertation


relativement systématique, formelle ou informelle, entre les différentes firmes et des divers
experts liés aux activités des entreprises, à savoir : les cabinets de conseil en matière de

260
JULIEN, P-A., (1996), Op.Cit. P. 158-160.
196
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

fiscalité, les cabinets d’ingénierie en ressources humaines, les sociétés opérant dans la
logistique et l’équipement et les experts dans l’accroissement de production par le moyen
d’introduire des nouvelles méthodes et outils de travail.

En effet, cette concertation a pour objectif d’échanger le maximum d’informations


quels que sa nature, technique, commerciale, financière et concurrentielle pour réduire
l’incertitude et de mettre en place un partenariat horizontal et vertical facilitant les
transactions dans et hors marché. De même, elle permet de tirer un bénéfice des économies
d’agglomération pour instaurer un espace de transaction dont les principes la minimisation
des coûts et l’aménagement de l’environnement de petites entreprises qui ne possèdent pas la
capacité des grandes entreprises pour mener des projets de développement et contrôler son
environnement externe.

Puis, le développement d’une culture technique axée à la fois sur l’innovation et la


technologie, par lesquelles, permet aux différents acteurs de se développer. En effet, le milieu
innovateur par ces paradigmes facilite, au sein du milieu entre les entreprises, le partage du
savoir et du savoir-faire, notamment, par l’échange des nouveaux outils technologiques entre
les concepteurs et les utilisateurs et ce pour accroître la productivité et encourager les salariés
à créer leurs entreprises. De même, elle permet le renouvellement des pratiques techniques ou
des métiers, la diffusion de l’innovation entre les entreprises et la mise en place de nouvelles
formes d’organisation interne et externe.

Enfin, le dernier comportement spécifique est le fait que les milieux innovateurs créent
un processus d’apprentissage et d’innovation collective stimulent le changement interne et
externe. Ce processus collectif est nécessaire pour l’innovation soutenue. Ainsi, l’innovation
découle de la stimulation de l’environnement, notamment de la clientèle, des fournisseurs et
équipementiers et des centres de recherche associés.

Dans ce sens, la culture territoriale d’un milieu innovateur apparaît comme un système
structurant de processus décisionnels concernant la communauté territoriale. D’après M-U
PROULX (1994), la composante organisationnelle de la culture sur un territoire local ou
régional est associée à la capacité endogène des individus de prendre en main collectivement
leur devenir communautaire et l’organisation du milieu. De même, M-U PROULX (1994)

197
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

énumère quelques facteurs organisationnels qui se retrouvent dans la culture territoriale d’un
milieu. Ces facteurs sont présentés comme suit261 :

 La tradition à la coopération à l’entraide et au partenariat;


 La capacité collective de consensus communautaire ;
 L’interdépendance et la confrontation institutionnelles ;
 Le corporatisme et alliances professionnelles ;
 La participation populaire aux processus décisionnels communautaires ;
 La transitivité de l’information utile aux décideurs ;
 La capacité d’apprentissage collectif.

Donc, l’observation de ces facteurs permet de conclure que la culture construite dans
un milieu innovateur favorise aux acteurs de s’exprimer et de travailler d’une façon
communautaire. En conséquence, cette coopération a permis, d’un côté, d’assurer un
dynamisme entrepreneurial par l’apprentissage et l’innovation et, de l’autre côté, de proposer
une vision du développement territorial.

Ainsi, nous expliquons maintenant la relation entre le milieu innovateur et


l’entrepreneuriat à partir des notions de proximité, d’innovation, de confiance et de
coopération. En effet, la proximité, sous ces différents types, (géographique, organisationnelle
et cognitive) peut générer une dynamique et une interaction entre les différents acteurs du
milieu, chose qui encourage la création d’entreprises.

Tout d’abord, la notion de proximité présentée précédemment est liée à l’existence


d’interactions de nature géographique et organisationnelle entre les acteurs et entre les objets
techniques dans un milieu (J.B GILLY et A.TORRE 2000). À cet effet, ces interactions
peuvent prendre différentes formes : formelles ou informelles et marchandes ou non
marchandes, ainsi qu’elles concernent les relations agents-agents (adoption et diffusion des
innovations par exemple), agents-innovations (activités collectives d’innovation) et
innovations-innovations (complémentarités technologiques)262.

Donc, pour expliciter le rôle de la proximité dans le milieu innovateur. Nous faisons
appel à l’approche tridimensionnelle de la proximité composée d’une interaction et d’une
combinaison des différentes dimensions. Selon cette approche la proximité géographique

261
PROULX M-U., (1994), Op.Cit. P. 73.
262
UZUNIDIS D., (2001), Op.Cit. P. 94.
198
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

relative à l’espace et à la localisation des entreprises est couplée à la capacité


organisationnelle et cognitive des entreprises.

En effet, un système de production local de type milieu innovateur est caractérisé par
une proximité géographique entre les unités de production (les entreprises, les fournisseurs de
services, les centres de recherche, les établissements de recherche) et les acteurs publics
(l’Etat, les collectivités territoriales). À cet effet, les relations entre ces unités sont d’une
intensité variable et peuvent prendre des formes très diverses, soit une relation de production
entre les entreprises (une sous-traitante ou un essaimage) ou soit une alliance entre une
entreprise et un centre de recherche, dans le dessein de développer un savoir-faire ou de
stimuler l’innovation, c’est-à-dire un nouveau produit ou une nouvelle méthode de
coordination.

De ce fait, le milieu innovateur est défini par sa capacité à produire d’interactions


entre les entreprises et les institutions, ainsi que par le résultat des synergies mutuelles entre
les différents acteurs locaux (publics ou privés) participant au développement économique et
industriel. Cette interaction et synergie entre les différentes composantes du milieu sont
basées sur l’articulation des trois dimensions de la proximité. En premier lieu, la proximité
spatiale caractérisée par la réduction des distances séparant physiquement les acteurs
économiques. Donc, elle est considérée comme une condition permissive au développement
de relations de reconnaissance et d’inter-reconnaissance entre ceux-ci. En deuxième lieu, la
proximité organisationnelle définie par l’appartenance à une même organisation comportant :
les entreprises, les laboratoires de R&D, les universités et les administrations. Elles
appartiennent à un même réseau (intra-organisationnel et/ou inter-organisationnel) ou plus
largement à une même «communauté de destin». Enfin, la proximité cognitive renvoie à
l’adhésion de différents acteurs à une même conception de l’innovation, au même paradigme
technologique, aux mêmes routines, aux mêmes heuristiques, aux mêmes croyances, aux
mêmes codes internes, aux mêmes langages et/ou aux mêmes procédures d’apprentissage, de
délibération, de prise de décision de gouvernance. Elle se situe donc au sein même des
organisations, des réseaux et des communautés263.

En effet, sans proximité organisationnelle et cognitive, la proximité spatiale a tendance


à rester inactive. Parfois deux acteurs sont voisins et proches géographiquement, mais

263
DEPRET M-H., HAMDOUCH A., « Proximités spatiale, organisationnelle et cognitive, réseau d’innovation
et dynamique concurrentielle dans l’industrie pharmaceutique », acte de communication au Quatrième journées
de la proximité « Proximité, réseaux et coordination », Marseille, 17-18, 2004.
199
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

n’appartenant pas à la même organisation ou au même réseau et ne se comprenant pas, ou,


plus fréquemment à l’image de voisins d’un même quartier qui s’ignorent264.

Ensuite, sans proximité géographique et cognitive, la proximité organisationnelle ne


peut répondre aux attentes de milieu innovateur. Citant l’exemple, deux employés d’une
même entreprise ou deux entreprises existant dans un milieu innovateur n’ayant aucun contact
interpersonnel (formel ou informel) en raison à la fois de la distance et d’un manque de
valeurs, de règles ou de langages communs.

Enfin, la proximité cognitive sans une proximité géographique et organisationnelle


n’est généralement pas suffisante. Notamment, le cas de deux acteurs qui sont proches
cognitivement et partagent les mêmes concepts, les mêmes idées et les mêmes normes, mais
sont éloignés à la fois géographiquement et au plan organisationnel. À cet effet ne peuvent
répondre aux questions d’innovations et de technologies. Pour synthétiser le tableau, ci-
dessous, résument, les différentes dimensions de la proximité :

Tableau 22: Les trois types de proximité d’après Dimitri UZUNIDIS

Proximité Paramètres Domaine d’action et enjeu


Spatial Distance /vitesse Déplacement : flux et temps
Organisationnelle (intra et Hiérarchie/ marché Coordination
inter) Intra-firme/inter-firme Stratégie, actions, routines,
Verticale/ horizontale normes
Commandement/contrat
Cognitive Code/ contenu Communication
Contexte/compréhension Concepts, normes, idées,
(Conscience+ interprétation) connaissance.
Source : Dimitri UZUNIDIS, (2010, P. 95)

En effet, les relations de proximité contribuent à la coordination du processus


d’innovation. Celui-ci est à la fois flexible et évolutif, et il impose à l’entreprise ou à
l’entrepreneur le besoin pressant de disposer des différents types de moyens technologiques et
intellectuels, d’acquérir et de combiner constamment les ressources matérielles et
immatérielles.

264
DEPRET M-H., HAMDOUCH A., « Les clusters et les réseaux comme fondements de la dynamique
d’innovation dans l’industrie biopharmaceutique. », Document de travail n° 2010-11, Bureau d’économie
théorique et appliquée, université Henri Poincaré, Avril 2010. P. 12.
200
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

En outre, selon D. UZUNIDIS (2010), il existe une interaction entre les différents
types de proximité et les logiques du milieu innovateur. D’abord, l’interaction entre la
proximité organisationnelle et logique de coopération partenariale entre acteurs et
constitutions de réseaux orientés vers l’innovation. Ensuite, une interaction entre la proximité
cognitive et l’existence d’une logique de création d’apprentissage et d’acquisition de savoir-
faire orientée vers l’innovation technologique. Enfin, l’interférence entre la proximité
géographique et la capacité à créer un avantage comparatif et connexion avec des réseaux
externes en vue d’accroître la compétitivité et l’attractivité du milieu. Donc, cette interaction
permet au milieu innovateur de développer le processus d’apprentissage collectif, de favoriser
l’innovation et le processus de création d’entreprises. Pour conclure, la relation entre la
proximité et le milieu innovateur favorise le dynamisme entrepreneurial, et ce, par la capacité
à générer des entrepreneurs locaux. La figure ci-dessous synthétise cette interaction.

Figure 25: Le milieu innovateur, proximité et entrepreneuriat


Les proximités: Le Milieu Innovateur :
La proximité géographique L’articulation Le paradigme territorial
La proximité organisationnelle Le paradigme organisationnel
P
La proximité cognitive Le paradigme technologique
er
m
et
Une économie
locale

Une relation de coopération et de confiance


Une réduction d’incertitude et du risque
Un processus d’apprentissage collectif
Une politique d’innovation territoriale

Dynamisme entrepreneurial : (la création d’entreprises,


développement d’entreprise par le moteur d’innovation et de
mettre en œuvre par l’entrepreneur des stratégies proactives ou
réactives pour détecter les opportunités d’affaires.

Source : Réalisée par nous-même.

201
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Ensuite, d’après les travaux de Dimitri Uzunidis (2010), c’est qu’à travers
l’articulation entre les dimensions de la proximité et les paradigmes du milieu innovateur en
tant qu’une organisation économique et sociale que le phénomène entrepreneurial peut
émerger et connaître un succès. En effet, la capacité à entreprendre est conditionnée par la
qualité du milieu innovateur et par ses interactions. En particulier les politiques publiques
dictées par les acteurs locaux notamment en matière d’incitation fiscale, stimulation
d’innovation et aide à la création d’entreprise, incitent l’entrepreneur à créer son entreprise,
d’assurer sa survie et de se procurer des ressources financières nécessaires. De même, la
nature de système financier et le niveau du développement du capital risque peuvent
influencer à la fois la capacité d’un individu à devenir un entrepreneur et la capacité d’une
entreprise à se développer265. Ainsi, le degré de concentration du marché, notamment, par la
présence de grandes entreprises (le cas de l’OCP dans notre cas) joue un rôle considérable
dans la création de petites entreprises par la politique de sous-traitance. Encore, la possibilité
à participer au développement des connaissances et des technologies (les grandes entreprises
consacrent un budget spécialement au R&D) qui impactent à la fois les connaissances
acquises et assemblées par l’entrepreneur et le niveau technologique de son activité.

En conclusion, nous sommes convaincus que les deux concepts, l’innovation et le


milieu, possèdent un lien étroit et une relation de causalité. Cela s’explique, d’une part, par
l’influence du milieu dans le dynamisme des processus d’innovation et les réseaux
d’innovation, et, d’autre part, par l’impact et l’effet du réseau sur le milieu. Ensuite, le milieu
innovateur en tant qu’une formation socio-territoriale fondée sur des logiques et des stratégies
a contribué au dynamisme entrepreneurial, et ce, d’un côté par les interactions développées
entre les différents acteurs et de l’autre côté, par le conditionnement d’une plate-forme
d’innovation appropriée au soutien des entrepreneurs et des entreprises : aider à la création
d’entreprises et développer des stratégies réactive ou proactive pour la détection des nouvelles
opportunités d’affaires.

265
UZUNIDIS D., (2001), Op.Cit. P. 100.
202
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Conclusion

Ce qui est bénéfique pour la réussite du phénomène entrepreneurial, c’est par un


espace aménagé, créé par des relations de proximité ; c’est-à-dire, l’existence d’une
infrastructure de transport de qualité, d’une plate-forme de communication et de
télécommunication, des relations contractuelles, informationnelles, cognitives, de confiance et
de coopération, un réseau dense d’entreprises et un dispositif d’aide fiscale et financière.

Tous ces éléments peuvent enrichir le potentiel de ressources de l’entrepreneur et


créent des liens de confiance et de réciprocité. Cela est réalisé, notamment, par un milieu
entrepreneurial bien structuré qui minimise le risque de défaillance des entreprises, réduit le
risque d’incertitude et offre l’information pertinente pour l’exploiter. Puis, une ingénierie
territoriale axée sur : un capital social territorial, un encastrement territorial et un ancrage
territorial, qui conditionne le processus de création d’entreprises. Enfin, une organisation du
milieu innovateur considérée comme une plate-forme d’innovation qui permet de faciliter
l’accès aux ressources spécifiques, de favoriser l’apprentissage entre acteurs et de produire un
savoir-faire, tout cela est dû à l’existence d’une logique de proximité et de coopération entre
les acteurs.

En effet, ces avantages et ces stratégies, cités, permettent aux entrepreneurs de mettre
en œuvre des stratégies proactives (développé dans le cadre conceptuel de l’entrepreneuriat),
visant la création et le développement des affaires, de détecter de nouvelles opportunités de
profit et de participer au développement territorial. Les trois sections que nous avons étudiées
durant ce chapitre constituent nos hypothèses de recherche qui vont être vérifiées par des
outils statistiques dans le chapitre empirique.

203
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Chapitre IV : Le complexe
industriel Jorf Lasfar : Milieu et
dynamisme entrepreneurial

204
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

« Si tu veux connaître, apprends à agir ». Von FOERSTER.

Introduction

Dans ce chapitre, l’objectif est d’exposer, d’abord, la réalité entrepreneuriale et


territoriale dans la province d’El-Jadida, ensuite, d’assoir un cadre épistémologique et
méthodologique qui nous facilite la compréhension et l’accès à notre terrain de recherche, et
enfin, de présenter les résultats empiriques de notre recherche.. À cet effet, il est constitué de
trois sections.

La première section vise à présenter le contexte de l’entrepreneuriat et du


développement territorial au Maroc. Cette section est subdivisée en trois paragraphes. Le
premier paragraphe explicite l’entrepreneuriat au Maroc, notamment les constats caractérisant
l’entrepreneuriat, les différents types de l’entrepreneuriat marocain. Ainsi, nous définissons
l’environnement entrepreneurial marocain qui est considéré comme un environnement
attractif et favorable au dynamisme entrepreneurial. Le deuxième paragraphe aura pour
objectif, d’une part, la présentation de l’économie territoriale de la province d’El-Jadida, et,
d’autre part, d’expliquer que le territoire en question est porteur d’externalités et
d’opportunités d’affaires pour les entreprises. Le dernier paragraphe met en lumière le
complexe industriel Jorf Lasfar, d’un côté, par la présentation du milieu, et, de l’autre côté,
par l’identification des principaux opérateurs économiques. En effet, notre étude empirique
s’est déroulée au sein du complexe industriel Jorf Lasfar.

La seconde section est réservée au cadre épistémologique et méthodologique de


recherche. En effet, deux paragraphes ont été développés dans cette section. Le premier
paragraphe cherche à définir l’épistémologie de recherche et notre positionnement
épistémologique, ainsi que d’exposer les hypothèses de recherches. Le deuxième paragraphe a
pour objectif de mettre en place le cadre méthodologique axé à la fois sur une approche
qualitative et une approche quantitative. Cette méthode de recherche mixte nous a facilités de
mieux appréhender et d’accéder à notre terrain de recherche.

La troisième section sera dédiée au traitement des données de notre échantillon et à


l’analyse et l’interprétation des résultats. Dans un premier temps, nous proposons une
présentation de l’échantillon, à travers trois types d’analyses : une analyse descriptive, une
analyse univariée et une analyse croisée dynamique à double entrée. Ensuite, nous procédons
par une analyse et une interprétation des données en faisant appel aux test des hypothèses,
d’où le recours au test de Fisher et le test de Khi 2.
205
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Section I : Le contexte de l’entrepreneuriat et du milieu territorial au


niveau de la province d’El-Jadida
Actuellement, les pays en voie de développement, dont le Maroc, considèrent
l’entrepreneuriat, comme un moteur de croissance et du progrès économique et social.
L’ensemble des acteurs quelqu’ils soient étatiques ou privés sont conscients de l’importance
de la création d’entreprises, notamment les PME et les TPE ainsi que leur participation au
développement économique et social du pays. Ensuite, cette section sera dédiée au
développement territorial à la province d’El-Jadida, notamment par une présentation de
l’identité territoriale de la province ainsi que les potentialités spécifiques de la province qui
permettent d’assurer un dynamisme entrepreneurial et le développement territorial. Enfin, en
vue d’examiner le lien théorique existant entre le territoire et le phénomène de
l’entrepreneuriat, nous nous intéresserons au milieu complexe industriel Jorf Lasfar comme
une étude de cas. À cet effet, nous allons présenter ce milieu et d’expliciter les logiques
existantes, à savoir une logique d’interaction et une logique d’apprentissage permettant
d’assurer le dynamisme entrepreneurial.

Dans cette section, nous allons définir d’abord, le tissu entrepreneurial marocain
(Paragraphe 1), puis nous s’intéresseronsau développement territorial à la province d’El-
Jadida (Paragraphe 2) et, enfin, nous concluons par un aperçu et une présentation du milieu
complexe industriel Jorf Lasfar (Paragraphe 3).

Paragraphe 1 : L’entrepreneuriat au Maroc : une réalité complexe

Le Maroc est-il un pays entrepreneurial ou non ? Cette interrogation nous amène à


analyser la réalité de l’entrepreneuriat au Maroc, à travers une présentation de
l’entrepreneuriat marocain et de son environnement qui proposent des facteurs clés permettant
le développement de ce phénomène. En effet, le phénomène entrepreneurial vise en premier
lieu d’accompagner les mutations et les crises économiques par la capacité à présenter des
alternatives aux chômeurs, surtout les jeunes diplômés. En deuxième lieu, il permet de
soutenir le développement et de participer à la création et la valorisation des richesses.

206
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

1.1. Le tissu entrepreneurial marocain

L’activité économique et entrepreneuriale au Maroc se caractérise par la


prédominance des PME et PMI qui représente 95% du tissu économique, selon les
statistiques de la confédération de la PME266. Ainsi, deux types d’entrepreneuriat se
manifestent au Maroc, d’une part, l’entrepreneuriat formel d’opportunité, et, d’autre part,
l’entrepreneuriat informel appelé aussi l’entrepreneuriat forcé ou de nécessité. De même, le
Maroc a mis en place des réformes en vue d’assurer un dynamisme entrepreneurial. Il s’agit
des institutions et des programmes visant à soutenir et promouvoir l’entrepreneuriat, tel que
le programme des jeunes promoteurs et le programme Mokawalati (voir Annexe 6).
D’après D. FERHANE (2009), pour parler de l’entrepreneuriat au Maroc, il est
indispensable d’évoquer certains éléments de base du contexte entrepreneurial marocain. Ces
éléments sont présentés sous forme de quatre constats expliquant l’entrepreneuriat au
Maroc267 :

Constat 1 :le Maroc apparaît comme étant un pays attractif pour la création
d’entreprises. Cela s’explique notamment par l’ensemble des politiques et des incitations
instaurées favorisant la création d’entreprises. Selon une étude réalisée par le centre des
jeunes dirigeants et le programme d’appui aux associations professionnelles en 2008/2009, il
a été constaté que le Maroc a enregistré une augmentation de 20% du nombre d’entreprises
créées entre 2003 et 2007. Le nombre de création en 2007 a atteint 57 091 entreprises 268. De
même, selon le rapport Global Entrepreneurship Monitor le phénomène entrepreneurial au
Maroc a connu une amélioration remarquable selon deux critères ; D’abord, 1 200 000
personnes sont engagées dans les deux premières phases du processus entrepreneurial,
ensuite, l’entrepreneuriat jeune a connu une évolution favorable passant de 3,1% en 2015 à
4,3% en 2016 tandis que l’entrepreneuriat naissant a gardé la même proportion de 1,3%269.

Constat 2 :selon D. FERHANE (2009), l’envie d’entreprendre est très développée


chez la population marocaine. Cependant la création d’entreprises et la réalisation des projets
ne sont pas aux attentes souhaitées. En effet, le processus entrepreneurial est composé de

266
Rapport du Conseil Déontologique des Valeurs Mobilières, (2011) « Le Financement des PME au Maroc »
P. 25. Disponible sur le site http://www.ammc.ma/sites/default/files/Etude_PMEMaroc_2011_05_12.pdf
267
FERHANE D., « Les types et les formes d’entrepreneuriat au Maroc : les facteurs favorables et/ou
défavorables au développement de la culture entrepreneuriale », sous la dir de Yvon GRASSE,
« l’entrepreneuriat francophone : évolution et perspectives », Édition Harmattan, 2009. P 108-109.
268
Source OMPIC.
269
Khalid EL OUAZZANI (2017), « La dynamique entrepreneuriale au Maroc 2016 », Global entrepreneurship
Monitor, Rapport du Maroc 2016. P. 41. Disponible sur : www.gemconsortuim.org .
207
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

quatre étapes, à savoir l’idée, l’opportunité, la vision stratégique et le plan d’affaires comme
une dernière étape pour concrétiser l’acte de création d’entreprises. Au Maroc, ce processus
entrepreneurial existe et se caractérise par l’intervention et l’appui des organismes publics et
privés. Alors qu’il est marqué par l’existence des entraves et des dysfonctionnements limitant
l’action d’entreprendre. Par exemple, l’accès au financement pour la majorité des
entrepreneurs, la complexité administrative et l’absence d’une formation pour les nouveaux
entrepreneurs.

Constat 3 : selon D. FERHANE (2009),les besoins d’appui, d’accompagnement et de


coaching entrepreneurial des jeunes entrepreneurs sont en décalages avec les moyens et les
conditions mises dans l’environnement global. En effet, malgré les efforts louables entrepris
par l’État pour dynamiser l’entrepreneuriat, les résultats ne sont pas aux attentes souhaitées.
Cela est dû à l’incompatibilité entre les programmes de soutien et la réalité entrepreneuriale
marocaine. Citant l’exemple du programme « les jeunes promoteurs », qui a été remplacé
quelques années plus tard, par le « Programme Mokawalati», lors duquel les budgets alloués
aux nouveaux entrepreneurs restent très timides pour assurer un dynamisme entrepreneurial.

Constat 4 :le dernier constat selon D. FERHANE (2009), repose sur les initiatives
prises en faveur de la formation à l’entrepreneuriat. Plusieurs intervenants offrent des
prestations de formation dans le processus de création d’entreprises, mais ils ne s’inscrivent
pas dans un cadre cohérent et n’obéissent pas à des pratiques pédagogiques entrepreneuriales
bien élaborées.

Après avoir explicité les constats de base caractérisant le contexte de l’entrepreneuriat


au Maroc, nous passons à la présentation des formes et des types de l’entrepreneuriat.

En effet, le Maroc est caractérisé par une dualité entrepreneuriale. D’abord,


l’entrepreneuriat d’opportunité ou formel qui respecte le processus classique de
l’entrepreneuriat et qui relève d’une intention stratégique des personnes disposant des
expériences professionnelles. Ensuite, l’entrepreneuriat forcé ou informel considéré comme
l’ensemble des activités simples exercées par des personnes dans leurs maisons en vue de
réaliser un revenu. Elles se manifestent par des attitudes entrepreneuriales de types «
destruction entrepreneuriale ». Ce type est très répandu au Maroc, notamment chez les
personnes qui n’arrivent pas à décrocher un contrat de travail ou d’intégrer une administration
publique.

208
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Figure 26: La dualité entrepreneuriale au Maroc selon D. FERHANE (2009)

La dualité entrepreneuriale

Entrepreneuriat formel Entrepreneuriat informel

Entrepreneuriat d’opportunité Entrepreneuriat forcé

Source : Driss FERHANE,. (2009, P. 109)

Ainsi, selon D. FERHANE (2009) l’activité entrepreneuriale marocaine est


caractérisée par une panoplie des types et des formes, présentés comme suit :270

Tableau 23: Les formes d’entrepreneuriat dominantes au Maroc selon D. FERHANE


(2009)

Les formes d’entrepreneuriat dominantes


Collectif (Masculin/ féminin) Individuel (Masculin/féminin)
Coopératif Traditionnel/moderne Traditionnel Débutant
Mature
« Rebelle »
Associatif et solidaire Traditionnel Moderne Débutant
Mature
« Rebelle »
Activité génératrice de Traditionnel
revenus
Les types d’entrepreneuriat
1 Entrepreneuriat d’imitation Copiage « traditionnelle» valeur ajouté faible
2 Entrepreneuriat de Innovation recherche et développement
valorisation
3 Entrepreneuriat d’aventure Entrepreneuriat jeunesse
entrepreneuriat «adolescent »
4 Entrepreneuriat - relève Repreneuriat271 (transmission)
Source : D. FERHANE, (2009. P. 111)

270
FERHANE D., (2009). Op. Cit P. 111.
271
Le Maroc dispose d’un potentiel important d’entreprises transmissibles. Plusieurs entreprises marocaines ont
été fondées au cours des années 80, ce qui pose maintenant le problème de la transmission.
209
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Après, cette présentation du contexte entrepreneurial marocain, constats de base et


types, nous passons à l’acteur de l’entrepreneuriat, celui de l’entrepreneur marocain. En effet,
ce point consiste à décrire la personnalité de l’entrepreneur marocain. À cet effet, deux
modèles sociologiquement existants, d’une part, le modèle « Soussi » fondé sur des valeurs
comme l’ascétisme, la solidarité et le conservatisme social, et, d’autre part, le modèle
« Fassi » basé sur une culture urbaine de la piété, une synergie entre les membres de la famille
et un sens aigu des affaires. Ces deux modèles sont explicités comme suit :

D’abord, le modèle Soussi : l’une des clefs de réussite des entrepreneurs Soussi, réside
dans leur capacité à s’aventurer dans le commerce dans des nouvelles villes marocaines où ils
comptaient une clientèle marocaine à revenu fixe. Historiquement, ils ont tissé de bonnes
relations avec les Juifs, par le biais du commerce de thé272. Les familles juives étaient pendant
plusieurs années les premiers importateurs du thé britannique et les entrepreneurs Soussi ont
garanti à ces importateurs des acheteurs constants sur le territoire marocain. À cet effet, ils ont
pu développer un esprit entrepreneurial adapté à leur comportement. Ainsi, ce modèle est
caractérisé par le chevauchement entre la famille et l’entreprise par lequel tout le monde suit
le père. De même les jeunes garçons commencent leur carrière dans une affaire commerciale
avec le père. Et lorsqu’ il s’agit du repreneruiat, le fondateur relationnel (le père) choisit le fils
le plus apte à lui succéder. L’élu doit se légitimer comme garant de l’intérêt familial et par sa
capacité à faire fructifier l’esprit d’entreprise et les intérêts pécuniaires de son entourage
immédiat273.Bref, les entrepreneurs soussi sont très expéditifs à saisir les opportunités qui leur
sont présentées.

Ensuite, le modèle Fassi : historiquement, les entrepreneurs fassis sont considérés


comme les pionniers de l’entrepreneuriat transnational, par lequel ils ont tissé des bonnes
relations commerciales avec la Grande-Bretagne au XIX siècle et ce par le commerce
d’argenterie et de textile provenant de la ville de Fès. Ainsi, ce modèle repose sur des facteurs
clés de succès, tels que le savoir-faire technique et le savoir-être qui permettent une bonne
maitrise de la production et de la productivité. De même, il est basé sur une culture urbaine de
la piété et une homogénéité entre le sens des affaires et un sens très développé du bien-être,
regroupant la religion et la culture. Bref, ce modèle est connu par sa qualité de produire des
accumulations des richesses importantes, dans un cadre de capitalisme complaisant, non
agressif, mais qui refuse de prendre le risque et d’assurer le rôle de locomotive ou de leader.

272
LABARI B., « l’ascension des chefs d’entreprises soussis», à apparaitre dans « la revue economia n°7 : Esprit
d’entreprendre, es-tu là ? », Édition, CESEM- HEM, 2009. P. 120-123.
273
LABARI B., « d’une génération à l’autre dans le souss », Édition Economia, N° 11, 2011. P. 109.
210
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

En résumé, ces deux modèles de l’entrepreneur marocain sont totalement opposés. En


effet, le premier modèle est fondé sur des valeurs comme : l’austérité, une solidarité entre les
membres de la famille et un conservatisme social. Tandis que, le deuxième modèle est
caractérisé par l’existence d’un entrepreneur capitaliste doté d’un pouvoir et la capacité de
développer son entreprise par le recours à un mode de gestion moderne.

Quant à, S. TANGEAOUI (1993). Il a proposé une typologie des entrepreneurs


marocains basée sur la remise en cause du principe stipulant que « l’entrepreneur est un
homme qui est parti de rien ». En effet, un entrepreneur au Maroc dispose en réalité des
facteurs favorables qui l’incitent d’être un entrepreneur, à savoir : une expérience
professionnelle, un capital accumulé dans le commerce, du négoce ou le foncier, une famille
puissante et influente, une fonction administrative et politique, un capital immobilier, un nom
qui inspire la confiance et le respect et/ou une formation de haut niveau274. Par conséquent,
ces entrepreneurs présentés n’ont pas les mêmes objectifs et ne suivent pas les mêmes
méthodes de gestion et le choix de leurs activités (voir Annexe 3). Ceci est dû à
l’environnement de son émergence, l’influence de la famille et les origines sociales des
entrepreneurs.

De plus, nous pouvons citer, également un nouveau type d’entrepreneurs, celui de


l’entrepreneur de start-up. Ce type a un attachement profond à l’innovation et à la nouvelle
technologie. Ils opèrent dans le domaine de l’informatique, notamment dans la conception des
logiciels et des applications pour les administrations et les sociétés. Ces entrepreneurs
possèdent un potentiel de croissance très élevé.

1.2. L’environnement entrepreneurial marocain

Dans ce paragraphe, nous allons citer quelques actions et stratégies entamées par l’État
en vue d’encourager et de promouvoir l’entrepreneuriat au Maroc. D’abord, nous exposons
quelques mesures administratives phares. Ensuite, identifier les incitations fiscales au profit
des nouveaux entrepreneurs. Enfin, nous nous évertuerons à présenter quelques programmes
phares de la promotion de l’entrepreneuriat.

En effet, le Maroc a exprimé sa volonté dans le développement de l’entrepreneuriat.


Cela se voit par le nombre de chantiers ouverts visant à améliorer l’environnement
entrepreneurial et de le rendre plus attrayant. Par exemple : la modification du code du travail

274
TANGEAOUI S., « les entrepreneurs marocains : Pouvoir, société et modernité », Éditions Karthala, 1993.
P. 33-70.
211
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

(2004) pour créer un climat propice et des relations saines sur les lieux du travail, la réforme
de l’enseignement supérieur visant à assurer la promotion et la sensibilisation à un esprit
d’entreprise chez les étudiants et l’adoption des plans sectoriels comme le plan d’émergence
qui deviendra, par la suite, le plan d’accélération industrielle qui a pour objectif d’encourager
les acteurs à concevoir et intégrer des écosystèmes.

Ainsi, D. FERHANE (2009) a exposé quelques structures d’accompagnement et de la


sensibilisation de la culture entrepreneuriale marocaine (voir Annexe 4). À cet effet, le
développement d’une culture entrepreneuriale nécessite la jonction des efforts de l’État et des
organisations non gouvernementales en vue de favoriser l’émergence de nouvelle génération
d’entrepreneurs ; animée par la passion d’entreprendre, motivée par une culture d’innovation
et concernée par un apprentissage entrepreneurial. En conséquence, l’État est censé de mettre
en place des programmes publics afin de faciliter le processus entrepreneurial (pré-création,
création et post création). Ainsi que les acteurs privés et le tissu associatif sont tous appelés à
accompagner le nouvel entrepreneur et le faire intégrer dans des réseaux pour faciliter son
démarrage.

À cet effet, nous présentons, ci-dessous, les mesures administratives, fiscales et


d’accompagnement visant la promotion de l’entrepreneuriat au Maroc.

1.2.1. Les mesures administratives

Les Centres Régionaux (provinciaux) d’investissement275 (CRI) cherchent à rompre


avec les lenteurs et la complexité administratives considérées par les entrepreneurs comme la
première et la principale contrainte rencontrée dans la création d’entreprises et ce par la
création d’un guichet unique qui facilite les procédures et qui permet d’approcher le porteur
de projet aux administrations concernées. De plus, ces CRI jouent également un rôle
d’information et de conseil pour les entrepreneurs potentiels en proposant des études
monographiques, des données de projet d’investissement et de faciliter le financement. En
résumé, nous allons citer les principales missions des centres régionaux d’investissement276 :

275
Les CRI sont créés en 2002 conformément à la lettre Royale adressée au Premier ministre, le 09 janvier 2002.
En effet, ces CRI, implantés dans les différentes régions du Royaume, visent à inciter les promoteurs à investir
dans différents secteurs et de faciliter les procédures administratives par la création du guichet d’appui aux
investisseurs.
276
Le site Internet du centre régional d’investissement de Casablanca-Settat.
212
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Missions des CRI Description


L’aide à la création Le centre régional d’investissement s’engage sur un délai qui s’étale
d’entreprises entre 2 et 5 jours, à partir du dépôt complet du dossier, à
l’accomplissement des formalités de création d’entreprises. Il met à la
disposition du créateur un seul formulaire qui regroupe l’ensemble
des demandes ; une demande d’inscription à la taxe professionnelle,
déclaration de l’identifiant fiscal, déclaration d’immatriculation au
registre de commerce et demande d’affiliation à la CNSS.
L’assistance aux Le Centre régional d’investissement accueille les nouveaux
projets investisseurs, leur fournit toutes les informations utiles pour
d’investissements : l’investissement dans la région et traite leur demande d’autorisation et
l’ensemble des actes administratifs nécessaires à la réalisation des
projets. Il est également chargé d’étudier les projets de conventions à
conclure avec l’État.
Le maintien et le Le centre fournit une assistance permanente aux investisseurs afin de
développement des les aider à développer leurs entreprises ou en cas de difficultés les
investisseurs renseigner sur le dispositif de mise à niveau et les différentes lignes
existants : de financement disponibles.
Source : le site d’Internet du CRI de Casablanca

1.2.2. Les mesures fiscales

Le système fiscal marocain comporte des mesures d’incitation à la fois pour la


création d’entreprises, son développement, sa concentration, ainsi que des mesures relatives à
sa disparition. Ce système est caractérisé par la mise en place des mesures encourageantes
dans différents secteurs, visant à inciter les personnes à entreprendre. En effet, le Code
Général des Impôts expose les principales incitations fiscales favorisant la création
d’entreprises (Voir Annexe 6).

1.2.3. Les mesures d’accompagnement et de financement

Parmi les entraves qui handicapent l’entrepreneuriat au Maroc est le financement. En


effet, pour un nouvel entrepreneur, jeune et novateur, qui souhaiterait créer son entreprise est
toujours affronté à la réalité complexe de financement. La majorité des institutions de
financement refuse de prêter ces nouveaux entrepreneurs qui souffrent de l’absence des
garanties suffisantes et de formalisation des états financiers. Cependant, l’État et le secteur
213
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

privé ont exprimé leur volonté à intervenir et à résoudre cette problématique, et ce, par la mise
en place d’une série de moyens de financement au profit des nouveaux entrepreneurs (voir
Annexe 6).

1.3. L’entrepreneuriat au niveau d’El-Jadida

À partir des données recueillies du centre régional d’investissement et d’autres


rapports publiés sur l’entrepreneuriat au niveau d’El Jadida. Il a été constaté que la province
est qualifiée comme une région entrepreneuriale. Cette qualification est expliquée d’une part,
par le taux de création d’entreprises élevé avant l’année 2012, et, d’autre part, par l’ingénierie
du milieu qui cherche par tous les moyens à dynamiser l’entrepreneuriat au niveau de la
province.

Tableau 24: Le nombre de création d’entreprises selon la DPI d’El-Jadida

Année 2012 2013 2014 2015


La création d’entreprises 457 490 481 493
Source : La Direction Provinciale des Impôts d’El Jadida.

En effet, l’année 2013 et 2015 ont été prometteuses en matière de création


d’entreprises. Ce qui s’est traduit d’après la direction provinciale des Impôts d’El Jadida par
le nombre des demandes d’inscription à la taxe professionnelle et l’identifiant fiscal, adressés
par les entreprises nouvellement créées.

Ainsi, le tableau, ci-dessous, expose le rôle joué par le centre régional


d’investissement de Doukkala-Abda dans l’accompagnement des entrepreneurs à concrétiser
leur acte de création d’entreprises durant les quatre dernières années.

Tableau 25: le rôle du CRI Doukala-Abda dans la promotion de l’entrepreneuriat


Année 2012 2013 2014 2015
Nombre de créations d’entreprises 454 367 256 192
Dont le secteur d’industrie 28 15 9 2
Montant d’investissement 170,39 MDH 111,5 MDH 93,34 43,11
MDH MDH
Emploi à créer 5831 3613 2997 1599
Source : les données du CRI ABDA-DOUKALA

À partir de ce tableau, nous remarquons que l’activité guichet unique du CRI ne cesse
d’évoluer. Cela est expliqué, d’abord, par les personnes souhaitant créer leurs entreprises qui
214
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

ont commencé à connaitre l’environnement entrepreneurial au Maroc ; les administrations à


contacter et les démarches à suivre. Ensuite, les efforts déployés par l’État afin de faciliter les
procédures administratives et de dématérialiser l’ensemble des opérations concernant
l’investissement et la création d’entreprises (le plan numérique 2013). Concernant, la
ventilation des entreprises créées en 2015 par secteur d’activité relève que le secteur de
commerce suivi du secteur des services se taille la part du lion, soit un taux de 76,04%. Le
secteur de l’industrie vient en dernière position avec un taux de création de 1,04%.

Ensuite, l’environnement entrepreneurial à la province d’El Jadida bénéficie des


mêmes avantages accordés par l’État aux entreprises créées dans d’autres territoires. D’abord,
par la présence des institutions étatiques qui sont à l’écoute des entrepreneurs, notamment le
centre provincial d’investissement d’El Jadida, la direction provinciale des Impôts d’El-Jadida
et la caisse nationale de la sécurité nationale. Ensuite, par l’intervention d’autres acteurs dans
le dynamisme entrepreneurial, à savoir l’opérateur économique l’Office Chérifien des
Phosphates.

Dans ce cadre, l’OCP dispose d’une fondation intitulée OCP Entrepreneurship


Network chargé à offrir un programme complet de soutien à travers les domaines
d’intervention suivants 277:

 La promotion de l’Entrepreneuriat ;

 L’accompagnement technique et financier à la création d’entreprises, coopératives et


activités génératrices de revenus ;

 Le soutien à la croissance des entreprises existantes ;

 L’encouragement à l’innovation, l’entrepreneuriat féminin et l’entrepreneuriat social.


En d’autres termes, l’OCP Entrepreneurship network a concrétisé son projet par le
lancement d’un appel à projet ouvert en juin 2014 dont l’objectif est d’identifier des
partenaires fiables et crédibles afin de nouer des partenaires durables qui profiteront au
développement de l’entrepreneuriat au Maroc. En effet, 168 entreprises ont participé à cet
appel et 16 projets ont obtenu l’accord de principe pour le financement.

En résumé, l’entrepreneuriat au Maroc est dans un stade embryonnaire, il a besoin


d’efforts pour participer au développement économique et social. C’est pour cela que, l’État et
les acteurs privés sont appelés à coordonner leurs efforts en vue, d’une part, d’améliorer les

277
www.ocpentrepreneurship.org
215
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

politiques et les programmes existants, et, d’autre part, d’assurer une adéquation à la réalité
entrepreneuriale vécue. De même, à notre sens nous insistons que le succès du phénomène
entrepreneurial dépend fortement des écosystèmes territoriaux et d’une ingénierie territoriale.

Paragraphe 2 : L’économie territoriale à la province d’El-Jadida

Ce paragraphe a pour objectif de présenter le territoire de la province d’El-Jadida qui


constitue notre objet de recherche, afin de rendre compte de son fonctionnement et de son
évolution. À cet effet, nous allons essayer, dans un premier lieu, d’exposer l’identité
territoriale de la province d’El-Jadida considérée comme un facteur de dynamisme
entrepreneurial. Ensuite, nous allons concevoir une matrice regroupant l’ensemble des
économies territoriales de la province ainsi que les secteurs productifs et leur contribution
dans le développement de la province.

2.1. L’identité territoriale de la province d’El-Jadida

La province d’EL Jadida, située sur la côte de l’océan Atlantique, au carrefour de deux
routes principales, RN n°1 (Casablanca - Agadir), la RN n°7 (El-Jadida - Marrakech) et à
proximité de la capitale économique du Royaume. De même, elle fait partie de la région
Casablanca-Settat. Cette province qui s’étend sur une superficie de 3 869 Km², soit 2 % de la
superficie nationale du Royaume.

2.1.1. Le découpage administratif de la province d’El-Jadida

Administrativement, la province a connu une succession de phases. D’abord, la


création par le décret Royal n°701-66 du 10 juillet 1967. Ensuite, son intégration dans la
région économique du centre par Dahir n° 1-71-77 du 16 juin 1971 et dans la région
Doukkala-Abda par décret n° 2-97-246 du 17 Aout 1997. Et enfin, dans le cadre de la
régionalisation avancée et selon le décret n°2.15.10 du 20 février 2015, fixant le nombre des
régions à 12, la province a été attachée à la région de Casablanca-Settatdont le chef-lieu de la
région de Casablanca278.
En outre, la province d’El-Jadida, située au carrefour des grands pôles économiques du
Royaume, est un territoire en cours de transformation. Elle est devenu une destination
d’investissement par excellence, et ce, par la diversité des atouts et des potentialités. De plus,
elle a bénéficié du progrès illustré de l’office chérifien des phosphates (OCP) visant à

278
La région de Casablanca Settat est considérée comme la plus grande région du Royaume, avec 6,8 Millions
d’habitants, soit 20% de la population nationale, un taux d’urbanisation de 73,6% et un nombre élevé des
ménages qui est de 1 559 404.
216
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

insuffler une nouvelle dynamique à l’industrie des phosphates sur le site de Jorf Lasfar, à
travers l’augmentation de la production de l’acide phosphorique et des engrais agricoles
destinés à l’exportation. Ainsi, elle a développé des vocations économiques multiples qui
s’inscrivent dans le cadre d’une économie circulaire qui permet aux secteurs productifs de
fonctionner en synergie et complémentarité et être au service du développement humain et du
respect de l’environnement279.

Figure 27: La localisation de la région Casablanca-Settat et son découpage administratif

Source : présentation du CPI sur la région Casablanca-Settat.

En outre, selon les dernières statistiques effectuées, en 2014 par le Haut Commissariat
au Plan, l’effectif total de la population de la province s’élève à 786 716 habitants, dont
258 885 en milieu urbain et environ 527 831 en milieu rural280..Le tableau, ci-dessous, donne
un aperçu sur l’évolution démographique enregistrée durant la période (1982-2014) des
provinces d’EL Jadida et Sidi Bennour.

Tableau 26: l’accroissement de la population des provinces d’El-Jadida et Sidi Bennour

Recensement Recensement Recensement Recensement


Population
(1982) (1994) (2004) (2014)
Urbaine 150 037 240 068 298 673 327 932
Rurale 613 314 730 826 804 359 911 142
Total 763 351 970 894 1 103 032 1 239 074
Source : RGPH 1982, 1994,2004, 2014.
Donc, nous constatons que les provinces d’El-Jadida et Sidi Bennour ont connu
proportionnellement un accroissement démographique, depuis le recensement de 1982, soit un
taux de 61%.

279
La Vie Eco, un hebdomadaire francophone marocain, Supplément au n°4860 du 29 juillet au 25 Aout 2016
« El-Jadida & région une grande mutation économique de la province ». Disponible sur le site, www.lavieeco.ma
280
La population légale d’après les résultats du RGPH2014 sur le Bulletin officiel N°6354
217
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

2.1.2. Les infrastructures de la province d’El-Jadida

La province d’El-Jadida est dotée de tant d’infrastructures qui lui permettent de


contribuer au développement économique et social et de favoriser un dynamisme
entrepreneurial. D’abord, elle est desservie par un important réseau de transport composé,
entre autres, de réseau autoroutier, ferroviaire et portuaire. Ce réseau répond à la question de
la proximité territoriale permettant aux investisseurs d’acheminer leurs marchandises vers
toutes les destinations dans les délais requis. Ensuite, d’une importante infrastructure liée à
l’enseignement supérieur et de la formation professionnelle. (Voir Annexe 7).

Ainsi, le développement d’un territoire dépend beaucoup de l’économie de


connaissance, d’où l’hypothèse d’une économie régionale qui explique que les capacités
d’innovation d’un territoire dépendent étroitement de l’accumulation du savoir. De plus, les
réseaux d’innovation en relation avec les centres de formation et de recherche favoriseront
dans le territoire, le partage de connaissances et l’échange de l’information qui peuvent être
une source de dynamisme entrepreneurial local.

En résumé, la question de la gouvernance territoriale se pose d’une manière accrue


entre les différents gestionnaires et les opérateurs économiques en vue de valoriser les
ressources génériques et de mettre ses infrastructures au profit des futurs entrepreneurs. Par
exemple, l’idée de conclure un accord réunissant à la fois les centres de recherche, le conseil
régional, les chambres de commerce et les entreprises afin d’assurer une convergence entre
les systèmes éducatifs et la réalité entrepreneuriale d’une part, et, d’autre part, de développer
des savoirs locaux utiles à la construction des performances au niveau du territoire.

Après avoir passé en revue les caractéristiques de la province d’EL Jadida. Il nous
semble important de compléter ce diagnostic par une identification des structures
économiques de la province afin d’en dévoiler les spécificités de chaque secteur et son
adéquation à la stratégie nationale de développement territorial.

2.2. Les économies de la province d’El-Jadida

La province d’EL Jadida dispose d’importantes ressources naturelles et humaines, qui


font d’elle un pôle d’attraction pour les investisseurs nationaux et internationaux. En effet,
l’activité économique de la province est marquée par une forte présence du secteur
d’industrie. Ce dernier présente un taux de 20% des exportations nationales et 25% de la
valeur ajoutée (Statistiques relatives aux années 2012/2013), suivi respectivement du secteur
d’agriculture et du tourisme. Ainsi, la province d’EL Jadida est inscrite à la stratégie nationale
218
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

du développement élaborée et mise en œuvre à partir de 2005. Cette stratégie de


développement s’appuie sur des projets structurants liés à l’infrastructure et à l’investissement
productif, à savoir le plan Azur vision « 2020 », le plan Maroc vert et la stratégie
d’émergence lancée, en 2005 et renforcée par le plan d’accélération industrielle vision «
2014-2022 ». Cette stratégie industrielle est résumée dans trois points, à savoir augmenter la
part du PIB, réduire le chômage et minimiser le déficit de la balance de paiement.

2.2.1. Le secteur d’agriculture

L’agriculture constitue une activité importante dans la province d’El-Jadida, avec une
superficie agricole utile avoisinée (SAU) les 1 056 974 d’hectares dont 114 650 (Ha) irriguée
et parmi lesquels 96 000 en grande hydraulique et 428 576 (Ha) non irriguée281. Ce secteur est
géré par deux institutions la direction provinciale d’Agriculture et l’office régional de mise en
valeur agricole de doukkala (ORMVAD)282.

En effet, selon les données dégagées du site officiel de l’ORMVAD, le secteur


agricole présente une importance socio-économique pour la province, et ce, par la production
agricole très importante et la présence des unités agro-industrielles, à savoir la sucrière de Sidi
Bennour la plus grande du Royaume avec une capacité de 15 000 T/jours. Ainsi, ces unités
agro-industrielles permettent de valoriser la production agricole et d’augmenter la valeur de la
production estimée à l’année 2011 à près de 5 000 Millions DH.283

Ensuite, le secteur de la pêche maritime qui profite d’une position stratégique sur
l’atlantique et d’une surface littorale de 150 Km lui confère un atout pour le développement
de diverses activités de pêche. De plus, il bénéficie de deux ports équipés ceux d’El-Jadida et
de Jorf Lasfar.

2.2.2. Le secteur de tourisme

Le secteur de tourisme est considéré comme un secteur porteur tourné vers l’avenir.
L’État a exprimé sa volonté, via le plan Azur « 2005 » visant à restructurer ce secteur et
d’améliorer son attractivité économique, notamment de présenter les capacités touristiques et
d’attirer les investisseurs à s’y installer au Maroc. En effet, la province d’El Jadida recèle
d’importants atouts naturels dont ses longues plages, d’un patrimoine culturel et historique

281
Présentation du centre régional d’investissement de Casablanca.
282
ORMVAD créé par décret Royal n 827-66 du 7 rajab 1386. Il est un établissement public doté de la
personnalité morale et l’autonomie financière et placé sous la tutelle du ministère de l’agriculture, du
développement rural, des pêches maritimes et des eaux forêts.
283
www.ormvad.ma
219
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

diversifié tel que les cités historiques sur la côte (EL Jadida et Azemmour). De plus, la
province bénéficie de sa proximité géographique des pôles économiques Casablanca comme
un hub d’affaires et un pôle touristique de Marrakech284.

2.2.3. Le secteur d’industrie

Le secteur d’industrie joue un rôle important dans le développement économique et


social de la province. L’industrie représente 55% des investissements réalisés dans le
territoire d’EL Jadida, 20% des exportations nationales et 25% de hausse de la valeur ajoutée.
En effet, la province se positionne également comme une destination phare de l’industrie
mécanique (BONTAZ), métallurgique (SONASID) et de l’industrie Chimique – Para
chimique qui présente d’importantes opportunités d’investissement, notamment avec la
stratégie de l’OCP de s’orienter vers l’Afrique. Ainsi, le tissu industriel provincial contient
des industries légères visant satisfaire aux besoins de la consommation et à répondre aux
commandes des grandes entreprises.

En outre, ce secteur bénéficie de deux structures d’accueil facilitant la création


d’entreprises. D’abord, une zone industrielle classique située sur la route de Marrakech, avec
une superficie de 117 hectares. Elle est conçue pour accueillir les établissements industriels de
1ér et 2éme catégories. Ensuite, le complexe industriel Jorf Lasfar situé à 17 Km au sud d’EL
Jadida et qui contient des industries nationales et internationales de première catégorie, c’est-
à-dire le groupe OCP champion mondial des phosphates, JLEC qui produit près de 50% de
l’électricité nationale, SONASID et le groupe MEDZ aménageur et gestionnaire dont
l’activité d’offrir des terrains industriels pour les entreprises nationales et internationales
souhaitant s’installer au Maroc. Cette agglomération entrepreneuriale sera abordée en détail
dans le paragraphe suivant.

En effet, le tissu industriel de la province est fortement ouvert à l’international. Cela


est mesuré notamment par un total des exportations industrielles enregistrées, en 2013, à
hauteur de 21 784 000 milliers DH ; dont 791 941 milliers DH au secteur d’industrie
agroalimentaire, 76 213 milliers DH au secteur de textile et cuir, 127 303 milliers DH aux
secteurs mécanique et métallurgique et enfin 20 788 543 milliers DH pour le secteur chimique
et para chimique, soit un taux de 95,43%. De même, les industries de la province ont dégagé

284
Monographie de la province d’EL Jadida 2009.
220
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

un chiffre de 8 444 085 milliers DH en valeur ajoutée ; générée principalement par le secteur
de chimie et para chimie, soit une part de 77,34%285.

En conséquence, selon les données communiquées par les institutions locales, nous
constatons que le secteur d’industrie permet à la province d’El-Jadida286:

 D’être une locomotive de développement territorial par la capacité de stimuler


l’emploi chez les jeunes et de favoriser l’investissement comme moteur de croissance. De
plus, les opportunités d’affaires offertes par le secteur.

 De favoriser le dynamisme entrepreneurial local, notamment par les efforts déployés


par les acteurs (OCP, groupe MEDZ) en vue d’attirer les firmes multinationales à s’y installer
et d’investir (Exp: NAQ Global Morocco). Ainsi que, de soutenir le tissu entrepreneurial local
par des stratégies locales, notamment la sous-traitance et l’innovation territoriale.

En résumé, nous allons récapituler dans le tableau, ci-dessous, l’ensemble des


économies territoriales de la province d’El Jadida, tout en explicitant son importance pour
l’entrepreneuriat et le développement territorial.

285
Annuaire statistique du haut-commissariat au plan, Monographie régionale 2014 de la région DOUKALA-
ABDA.
286
Le site du Centre provincial d’investissements d’El-Jadida.
221
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Tableau 27: Les économies territoriales de la province d’El-Jadida

Économies Nature dans la province d’El Jadida


territoriales
La province d’El Jadida bénéficie d’une externalité positive
notamment par l’existence des groupes économiques importants (OCP,
JLEC) qui permet d’augmenter les entreprises intermédiaires (sous-
traitantes) et la création d’emplois. En effet, deux sortes d’externalités
Économie à citer :
d’externalité Une externalité technologique: l’OCP a sous-traité la réalisation du
pipeline à une entreprise turque qui possède à la fois les connaissances
nécessaires et la technologie pour la réalisation de ce projet.
*Une externalité pécuniaire: l’existence de la centrale thermique sur le
complexe industriel Jorf Lasfar a permis à SONASID de mettre en
place l’acier électrique et le groupe OCP dans l’extension de ses
activités.
Exprimée par la présence d’une zone industrielle classique à El-Jadida
et d’un complexe industriel Jorf Lasfar. En effet, le groupe MEDZ a
Économie aménagé un terrain de 500 hectares au sein du complexe industriel Jorf
d’agglomération Lasfar pour mettre en place un parc industriel. À cet effet, les
entreprises agglomérées ont bénéficié d’une baisse de coût, d’une
main-d’oeuvre déjà qualifiée et des commandes d’affaires.
Selon G. COLLETIS et B. PECQUEUR (1993) le territoire est
composé des actifs qui sont un facteur en activité et les ressources
considérées comme un facteur à exploiter, à organiser et à révéler. À
cet effet, au niveau de la province d’El Jadida nous trouvons à la fois :
*Les actifs territoriaux: l’existence du plus grand port minière au
Maroc avec un taux de trafic national de 27%, un tissu entrepreneurial
important, une culture industrielle et des acteurs territoriaux (le centre
régional d’investissement, les collectivités territoriales).
Économie *Les ressources territoriales génériques: une main d’œuvre abondante
de ressources et qualifiée, des matières premières.
*Les ressources territoriales spécifiques: le savoir-faire industriel (la
transformation du soufre à l’acide phosphorique, la production
d’engrais), l’apprentissage (développement des compétences
techniques des employés des industries), l’innovation territoriale (la
réalisation d’un pipeline de 235 Km pour transporter le souffre de
Khouribga).
Ces ressources sont le résultat d’une coordination et d’une proximité
des différents opérateurs et acteurs territoriaux.
La province d’El Jadida bénéficie d’une proximité géographique exprimée
par l’interaction entre les opérateurs économiques et les acteurs
territoriaux, notamment l’OCP et l’agence nationale des ports, le groupe
MEDZ et le centre régional d’investissement. De même, son emplacement
Économie géographique au carrefour de trois grands pôles économiques :
de proximité Casablanca, Marrakech et Agadir.
Tandis que, la proximité organisationnelle est moins importante, et ce, par
l’absence d’un acteur organisationnel qui s’occupe de la coordination
entre les acteurs au niveau du complexe industriel Jorf lasfar.
Source : Réalisé par nous-même

222
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Paragraphe 3 : Le milieu : complexe industriel Jorf Lasfar

La province d’El-Jadida abrite le complexe industriel Jorf Lasfar qui contient le


premier port minéralier et le plus grand d’Afrique, sur une superficie de 500 hectares, ainsi
que la présence des grandes unités industrielles, à savoir l’OCP, la SONASID et la centrale
thermique JLEC.

3.1. La présentation du milieu complexe industriel Jorf Lasfar

Le complexe industriel Jorf Lasfar est situé à 17 Km de la ville d’El Jadida, il a


démarré ses activités suite à l’inauguration du port Jorf par le feu Hassan II en 1982. Ce port
qui a été utilisé par l’OCP, en 1986, pour exporter les quantités des phosphates bruts extraits
des gisements voisins Youssoufia et Khouribga. Il est, actuellement l’un des plus importants
ports du pays avec un taux de trafic national de 27,8% et se positionne juste après celui de
Casablanca qui en concentre 32%287.

Ce complexe est considéré comme un pôle d’excellence dans les secteurs de chimie et
para chimie, de métallurgie, d’énergie et d’automobile. Il bénéficie du facteur de proximité
géographique qui permet au complexe de valoriser les ressources territoriales et de développer
des logiques d’apprentissage et de recherche. De même, d’une coordination territoriale, entre
les entreprises du complexe et les acteurs locaux.
En effet, le milieu complexe industriel Jorf Lasfar peut être présenté par la carte, ci-
dessous:
Figure 28: La carte du milieu complexe industriel Jorf Lasfar

1 : OCP ; 2 : JLEC ; 3 : MEDZ ; 4 : SONASID ; 5 : Sté d’entreposage pétrole et gaz.


Source : la monographie de la province d’El-Jadida

287
Agence Nationale des Ports. Disponible sur le site, www.anp.org.ma .
223
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Ainsi, le complexe industriel Jorf Lasfar vise par le biais des autorités locales et les
entreprises a contribué à favoriser l’ancrage territorial des firmes multinationales. Citant
l’exemple :

 Le groupe sud-coréen Daewoo Engineering Construction Co qui a investi, en 2010,


l’équivalent de 13 milliards de DH pour le compte de Jorf Lasfar Energy Company ;

 Le groupe BONTAZ-CENTRE, leader mondial dans la conception et la fabrication


des sous-ensembles principalement utilisés dans les fonctions hydrauliques, a été installé en
2012 avec un investissement de 20 millions d’euros pour le démarrage et 22 millions d’euros
pour l’extension de ses activités288.

Bref, le complexe industriel incite une grande part des PME nationales à s’y localiser afin de
bénéficier de l’agglomération et de profiter de son positionnement stratégique, ainsi que de
l’effet de l’externalité des projets mis en place par le groupe de l’OCP.

3.2. Les opérateurs du milieu complexe industriel Jorf Lasfar

Parmi les principaux acteurs du complexe industriel Jorf Lasfar, nous trouvons :

L’Office Chérifien de Phosphate (OCP) :

le champion mondial des phosphates et de ses dérivés, OCP est un acteur-clé sur le
marché international depuis sa création, en 1920. Il est le premier producteur et exportateur
mondial de phosphate sous toutes ses formes et l’un des plus grands producteurs d’engrais au
monde.289 Dans sa nouvelle stratégie, l’office compte tripler sa capacité de transformation des
phosphates sur le site de Jorf Lasfar. C’est pourquoi il a investi plus de 100 milliards de DH
dont la majorité de l’investissement est destinée à la chimie.

Cette nouvelle stratégie vise, d’une part, la construction des plates-formes de


production d’engrais avec une enveloppe de 11 milliards, et, d’autre part, la réduction des
coûts d’exploitation par le lancement du projet territorial innovant « Pipeline290 » avec un
investissement total avoisinant les 4,5 milliards de DH.

En effet, le groupe OCP exprimera son engagement dans le dynamisme


entrepreneurial et le développement territorial, notamment par l’intention de développer des

288
www.MEDZ.ma/JorfLasfar
289
www.ocpgroup.ma
290
Il S’agit d’une chaîne d’une longueur de 235 Km qui assurera le transport du phosphate sous forme de pulpe à
partir de Khouribga vers le complexe industriel Jorf Lasfar
224
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

écosystèmes afin de séduire les entreprises internationales nomades à s’y installer et de


bénéficier de leurs ressources et de leurs technologies. Par exemple, le groupe turc Tekfen qui
s’est occupé des travaux de construction et d’innovation par la réalisation de deux usines de
fertilisants291.

La SONASID :

Créée par l’État marocain en 1974, ayant pour mission de développer le complexe
sidérurgique complétement intégré à partir de la production de minerai de fer. En 2002, la
SONASID a décidé de construire une unité industrielle sur le complexe Jorf Lasfar pour une
enveloppe de 600 millions DH. Ce projet a concerné la mise en place d’un laminoir avec une
capacité annuelle de 400 000 tonnes, spécialisée dans les ronds à béton et les laminés
marchands. De plus, la société a exprimé son besoin d’être le leader de la sidérurgie et de
minimiser sa dépendance à l’international par la mise en place d’une aciérie électrique avec
un investissement de 950 millions de DH. En effet, SONASID a choisi le complexe Jorf
Lasfar, d’abord, par l’importance du facteur proximité géographie. Ensuite, la présence de la
centrale thermique JLEC qui satisfait son besoin en matière d’énergie. Enfin, la disponibilité
d’une ligne ferroviaire facilitant le transport des matières premières et des produits semi-
finis292.

Par conséquent, d’après résultats de l’enquète que nous avons menée dans le complexe
industriel Jorf Lasfar. Une multitude des entreprises rencontrées ont exprimé que la
SONASID a contribué vivement au dynamisme entrepreneurial. Cela se voit par les contrats
de sous-traitance et les commandes accordées aux petites et moyennes entreprises en matière
de transports, de nettoyage, de logistique et de maintenance (Exp : entreprise SITELECM
SARL).

Sociétés d’entreposage des produits pétroliers et de gaz à Jorf Lasfar :

Le complexe industriel Jorf Lasfar dispose aussi, des unités industrielles liées au
stockage du gaz et des hydrocarbures raffinés. D’abord, une société d’entreposage de Jorf
Lasfar (SEJ) opérant dans la réception, le stockage et la distribution des produits pétroliers.
Cette société a investi plus de 100 millions de DH et a conclu un accord entre le groupe
afriquia et Total du Maroc pour gérer trois réservoirs de stockage d’une capacité totale de
55 000 m³ dont 40 000 m³ pour le gasoil. Ensuite, l’unité industrielle Afriquia Gaz filiale du

291
L’économiste, N°3785, le 17/05/2012, disponible sur le site : www.léconomiste.com
292
www.sonasid.ma
225
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

groupe Akwa qui possède un terminal avec une capacité de stockage de 4 000 T pour le
propane et 20 000 T pour le butane293.

La JLEC :

Créée en 1997, Jorf Lasfar Energy Company aujourd’hui‘hui TAQA Morocco, filiale
du groupe TAQA, est un acteur majeur du secteur de l’énergie au Maroc qui couvre plus de
50% de la demande nationale et 30% de la capacité du Royaume 294. Elle dispose de six unités
de production dont deux en cours de livraison et un capital humain composé de 480
collaborateurs. La société JLEC est considérée comme la plus grande centrale thermique à
charbon indépendante de la région MENA, ainsi que le principal fournisseur de l’Office
national d’électricité et de l’eau potable (ONEE). En effet, TAQA Maroc a contribué
activement au développement territorial de la province d’El- Jadida par l’investissement et la
création d’emplois ; (135 emplois directs et 1000 indirects) durant le démarrage des unités
5&6. De même, elle a participé au dynamisme entrepreneurial par l’adjonction de deux
nouvelles unités de production électrique d’une puissance de 700 MW au niveau de la
centrale thermique JLEC. Ce projet a été réalisé par le groupe sud-coréen Daewoo
Construction Co et le groupe japonais Consortium Mitsui & CO par un investissement global
de 16 milliards de DH

Groupe MEDZ :

Est une filiale du groupe CDG, 1er investisseur institutionnel du Royaume du Maroc.
Il est aujourd’hui leader dans l’aménagement et la gestion de parc d’activités dans l’industrie,
l’offshoring et le tourisme au Maroc295. En 2007, le groupe MEDZ a décidé de mettre en
place le parc industriel Jorf Lasfar sur une superficie de 500 hectares en partenariat avec les
acteurs institutionnels ; à savoir : le Ministère de l’Industrie, du Commerce, de
l’Investissement et de l’Économie Numérique, le Ministère de l’Économie et des Finances, le
Ministère de l’Équipement et du Transport et la Province d’EL Jadida. Ce projet a été dédié
aux industries de 1ère catégorie, notamment les industries lourdes dans les domaines de
l’Énergie, de la métallurgie et de chimie/parachimie et au service de supports et de logistique
industrielle (maintenance, bureau d’études, centre d’affaires).

293
www.afriquigaz.com
294
www.jlec.ma
295
www.MEDZ.ma
226
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

En effet, le groupe MEDZ a bénéficié des atouts importants facilitant la mise en place
de son parc industriel, à savoir l’emplacement géographique par rapport à la province d’El-
Jadida, seulement à 17 Km, l’emplacement stratégique au carrefour de trois grands pôles
régionaux: Casablanca, Marrakech et Agadir, la proximité à des grandes unités industrielles :
OCP, JLEC et SONASID et la présence d’un réseau portuaire riche et d’une ligne ferroviaire
performante. Ces atouts sont considérés comme des facteurs incitatifs au dynamisme
entrepreneurial.

Ensuite, ce parc a contribué au dynamisme entrepreneurial. D’abord, il a présenté une


assiette foncière de 250 lots aménagée et entretenue (83 pour la grande industrie, 62 pour les
PME/PMI et 105 pour les équipements). Ensuite, il a offert une multitude de services réalisés
en collaboration avec les acteurs institutionnels dans la province d’EL Jadida tels que : un
guichet unique, des services de logistiques et maintenance, des services d’entretien des
infrastructures, des parkings et des services de sécurité des espaces d’animation et de loisirs.

Enfin le groupe MEDZ a réalisé son défi, par la réalisation de 26 projets qui ont
drainé un investissement de 3,2 milliards de DH. Par exemple, l’équipementier automobile
BONTAZ-CENTRE, le leader mondial dans la conception et la fabrication des sous-
ensembles principalement utilisés dans les fonctions hydrauliques, qui a investi seul un
montant de 2 milliards de DH et qui a généré plus de 400 emplois directs.

Pour conclure, les entreprises, au niveau du complexe industriel Jorf Lasfar, peuvent
bénéficier d’une stratégie territoriale réactive impliquant l’ensemble des acteurs et des
opérateurs économiques dans le dynamisme entrepreneurial et le développement territorial.
Cette stratégie vise à augmenter la compétitivité du parc en vue d’attirer les industries de
renommer à s’y installer et d’assurer un effet positif sur la province d’El Jadida. Cependant,
la limite constatée après cette présentation réside, d’une part, dans l’absence d’une
gouvernance territoriale comme mode de coordination territoriale, et, d’autre part, de
l’incapacité à activer les ressources territoriales du parc.

La figure, ci-dessous, présente le lien, entre l’entrepreneuriat, les acteurs territoriaux et


les opérateurs économiques au sein du complexe Jorf Lasfar. En effet, l’entrepreneuriat ne
peut être dynamisé dans le complexe qu’à travers le renforcement du milieu complexe
industriel Jorf Lasfar par une politique de gouvernance territoriale et une logique de
proximité.

227
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Figure 29: L’entrepreneuriat et le territoire dans le complexe industriel Jorf Lasfar

Milieu : Complexe industriel Jorf Lasfar

Les acteurs territoriaux :


Les opérateurs Économiques :
 Agence nationale des ports
Proximité  Office Chérifien de
 Office national des chemins de fer Phosphate
 Collectivité territoriale : commune  Jorf Lasfar Energy
rurale My Abdellah Company
.  Centre régional d’investissement  SONASID
 Université Chouaib Doukkali, Confiance  Groupe MEDZ
l’OFPPT et centre de recherche
 Société d’entreposage des
 Chambres de commerce et produits pétroliers et de
d’industries gaz
 Associations et organismes non
gouvernementaux Coordination

Développer une collaboration et une communication


entre les différents opérateurs et encourager l’ancrage
territorial

Une politique de réseau territorial dynamisée par une proximité et régulée par une gouvernance
territoriale permet :

Une réduction d’incertitude et de La stimulation de


isque pour les entreprises L’apprentissage collectif
l’innovation territoriale
opérantes dans le milieu

Cela contribue, notamment à : Assurer un dynamisme entrepreneurial (création d’entreprises,


développement d’entreprises) et un développement territorial (création d’emplois)

Source : Réalisée par nous-même

228
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Section II : Le Cadre épistémologique et méthodologique de recherche

Cette section aura pour objectif de présenter le cadre épistémologique et


méthodologique retenu pour mener notre travail de recherche et de produire nos résultats. En
effet, tout travail de recherche scientifique passe nécessairement par le choix d’un cadre
épistémologique et méthodologique permettant de répondre aux questions suivantes :

 Comment, est-ce que le chercheur appréhende et envisage la réalité ? « Ontologie» ;

 Quel est le statut du chercheur et sa position vis-à-vis du champ étudié ? Y’a-t-il une
relation de dépendance entre le sujet et l’objet de recherche « posture épistémologique» ;

 Comment le terrain a été investi ? la méthode adoptée pour aborder le volet empirique
du travail avec la prise en considération la nature de l’objet de recherche « l’outil
méthodologique».

En vue d’expliciter les choix méthodologiques retenus pour conduire notre recherche
et afin de répondre à cette série de questions. Nous allons structurer cette section en trois
paragraphes visant à expliquer la manière d’accéder au terrain de recherche. D’abord,
présenter le cadre épistémologique de recherche (Paragraphe 1), ensuite, rappeler la
problématique posée et les hypothèses de recherche formulées (Paragraphe 2), et enfin,
expliquer la méthode de recherche axée sur l’approche quantitative adoptée par rapport à
notre objet de recherche (Paragraphe 3).

Paragraphe 1 : Le cadre épistémologique de recherche et hypothèses de recherche

Avant d’entamer le cadre méthodologique de notre travail de recherche, il nous semble


important de s’intéresser au positionnement épistémologique adopté à cette recherche. À cet
effet, nous commençons, d’abord, par une définition de la notion "épistémologie" et les
principaux courants épistémologiques, à savoir le positivisme, le constructivisme et
l’interprétativisime. Ensuite, de spécifier notre position épistémologique vis-à-vis de notre
objet de recherche et, par conséquent, nos choix épistémologiques.

229
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

1.1. La définition de l’épistémologie et des courants épistémologiques

L’épistémologie exerce un regard critique sur la démarche générale de recherche. Elle


a pour objet l’étude des sciences, ainsi qu’elle s’interroge sur ce qu’est la science en discutant
de la nature, de la méthode ou de la valeur de la connaissance296. De plus, elle est un
instrument de remise en question des pratiques de recherche. En effet, un travail de recherche
mené par un chercheur fait appel à une méthode de recherche (elles seront développées dans
la méthodologie de recherche), ainsi qu’elle propose des résultats qui vont être expliqués.
L’explication des présumées du chercheur donne la possibilité de contrôler la démarche de
recherche, d’accroître la validité de la connaissance qui en est issue et de lui conférer un
caractère cumulable. Donc, la réflexion épistémologique (A. C. Martinet) s’impose pour tout
chercheur soucieux d’effectuer une recherche sérieuse. Car elle leur permet d’asseoir la
validité et la légitimité de sa recherche et de s’intéresser à la relation entre le chercheur et
l’objet de recherche.

D’après F. WACHEUX (1996), l’épistémologie est considérée comme la science de la


science ou la philosophie de la pratique de la science sur les conditions de la validité des
savoirs théoriques (Herman)297. Un chercheur est appelé à se recourir à l’épistémologie afin
de donner une légitime à sa recherche sur le phénomène étudié. De même, le chercheur doit
répondre à la question qui offre cette légitimité : « Qu’est-ce qui m’autorise à écrire ou dire ce
que je fais et à communiquer mes résultats ». Donc, adopter une épistémologie dans la
recherche permet, d’une part, d’avoir l’autorisation de parler et de communiquer les résultats
obtenus, et, d’autre part, de se distinguer par rapport à des consultants, des dirigeants ou des
journalistes qui expriment leurs points de vue subjectifs sur une réalité vécue, à titre
d’exemple le fonctionnement d’une entreprise.

Quant à L. SOLER (2000)298, l’épistémologie permet de s’interroger sur la nature et la


valeur des principes, des concepts, des méthodes, et des résultats des sciences. Ceci lui
confère deux caractéristiques majeures :

 Elle est un discours réflexif, c’est-à-dire un discours qui mène des réflexions ou des
interrogations sur les sciences. L’épistémologie présuppose donc la science et vient forcément
après elle.

296
PERRET V., SEVILLE M., « Fondements épistémologiques de la recherche », Sous la dir THIETART R-A,
et al, « Méthodes de recherche en management », Édition DUNOD, 2003. P. 13.
297
WACHEUX F., « Méthodes Qualitatives et recherches en gestion », Édition Economica, 1996. P. 38.
298
SOLER L., « Introduction à l’épistémologie », Édition Ellipses, 2000. P. 16-19.
230
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

 Elle est un discours critique : elle ne se limite pas de décrire les sciences sans les
juger ; elle s’emploie de surcroît à discuter du bien-fondé et de la portée des propositions et
des méthodes scientifiques.
Donc, l’épistémologie vise fondamentalement à caractériser les sciences existantes, en
vue de juger de leur valeur, notamment de décider si elles peuvent prétendre se rapprocher de
l’idéal d’une connaissance certaine et authentiquement justifiée. De même, elle s’emploie
pour atteindre cet objectif : à décrire la manière dont procède telle ou telle discipline dite
scientifique pour élaborer et tester ses théories, à spécifier la physionomie de ces théories
elles-mêmes et à estimer la valeur logique et cognitive de telles théories.
En effet, la définition de l’épistémologie nous a conduit à identifier et comprendre
l’ensemble des principes sur lesquels s’appuie cette recherche. À cet effet, V. PERRET
etM.SEVILLE, (2003) distinguent trois grands paradigmes épistémologiques en science de
l’organisation permettant de répondre à ces questions, c’est-à-dire : le paradigme positiviste,
le paradigme interprétatif et le paradigme constructiviste.
Tableau 28: Les principaux paradigmes épistémologiques299
Les paradigmes
Les questions Le positivisme L’interprétativisme Le constructivisme
épistémologiques
Hypothèse réaliste Hypothèse relativiste.
Quel est le statut de
Il existe une essence L’essence de l’objet ne peut être atteinte
la connaissance ?
propre à l’objet de la (constructivisme modéré ou interprétativisme) ou
connaissance n’existe pas (constructivisme radical).
Indépendance du sujet Dépendance du sujet et l’objet
et de l’objet
La nature de la Hypothèse Hypothèse intentionnaliste
réalité déterministe
Le monde est fait de Le monde est fait de possibilités
nécessités
Comment la La découverte L’interprétation La construction
connaissance est-elle
engendrée ? Recherche formulée en Recherche formulée en Recherche formulée en
Le chemin de la termes de « pour termes de « pour quelles termes de « pour
connaissance quelles causes... ?» motivation des quelles finalités... ? »
scientifique acteurs... ? »
Statut privilégié de Statut privilégié de la Statut privilégié de la
l’explication compréhension construction
Quelle est la valeur Vérifiabilité Idéographie Adéquation
de la connaissance ? Confirmabilité Empathie (révélatrice de Enseignabilité
Les critères de Réfutabilité l’expérience vécue par
validité les acteurs)
Source : V. PERRET et M. SEVILLE (2003, P.15)

299
PERRET V., SEVILLE M., (2003), Op.Cit. P. 15.
231
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

En conséquence, ces trois paradigmes, considérés comme des repères


épistémologiques fondamentaux en sciences de l’organisation, seront expliqués en détail, ci-
dessous :

1.1.1 Le paradigme positiviste

Ce paradigme est considéré comme le plus dominant dans de nombreuses disciplines,


y compris les sciences de l’organisation. L’objet de ce courant réside dans l’explication de la
réalité découverte par le chercheur. En effet, la connaissance dégagée par le cadre de ce
paradigme est à la fois objective et contextuelle,300 puisqu’ elle reflète la mise à jour de lois,
d’une réalité figée, extérieure à l’individu et indépendante du contexte d’interactions des
acteurs. L’objectif du chercheur dans ce paradigme est d’atteindre des lois universelles qui
expliquent la réalité et révèlent la vérité objective. C’est pour cela, que le chemin de la
connaissance passe par l’appréhension des lois qui régissent la réalité301.

Ainsi, ce courant a proposé trois critères déterminés et universels qui permettent aux
chercheurs de valider leurs connaissances produites. D’abord, il s’agit des conditions de
la vérifiabilité. « La vérifiabilité stipule qu’une proposition synthétique n’a de sens que si et
seulement si, elle est susceptible d’être vérifiée empiriquement » (Blaug). Ensuite, la
condition de la confirmabilité qui remet en cause le caractère certain de la vérité et repose sur
l’idée qu’une proposition ne peut être vraie universellement, mais qu’elle est seulement
confirmée par les expériences ou par les résultats d’autres théories (Hempel). Enfin, la
condition de réfutabilité stipule qu’on ne peut jamais affirmer qu’une théorie est vraie, mais
qu’on peut en revanche affirmer qu’une théorie n’est pas vraie, c’est-à-dire qu’elle est
réfutée302. Ces critères sont valables pour toutes les sciences, quel que soit leur champ
d’application, et par conséquent pour les sciences de gestion.

La démarche positiviste peut être résumée comme suit :

Théorie Hypothèses Observation Généralisation Théorie

300
Idem., P. 14.
301
Idem., P. 15.
302
BEN LETAIFA S., « Compatibilité et incompatibilité des paradigmes et méthodes », Projet d’atelier
« Méthodologie » de l’AIMS, journée « Étude de Cas » ; IAE de Lille, Jeudi 22 Juin 2006. P. 5.
232
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

1.1.2. Le paradigme constructiviste

Le paradigme constructiviste vise essentiellement à expliquer la réalité tout en


élaborant une représentation par l’exercice de l’intelligence. Les méthodes de recherche
utilisées dans cette approche sont destinées à produire une compréhension du contexte étudié.
Ainsi, dans une recherche constructiviste, la production de connaissances et la validation ne
peuvent être dissociées (Avenier). Les boucles de contrôles assurent que l’explication la plus
admissible se construit dans un processus de connaissance incrémentale, raisonné par les
théories. C’est une épistémologie du quotidien pour la connaissance de l’instantanéité et de
l’enchaînement des actes303. De même, ce processus de construction de la connaissance est lié
à la finalité et à l’intentionnalité du sujet du connaissant. En effet, le constructivisme conteste
les notions de vérité scientifique et de critères de validité précis et universels, et propose
l’alternative d’une pluralité de critères de validité émanant de différentes communautés
(politique, scientifique, culturelle, etc.). L’approche constructiviste prône la validité éthique, à
savoir des critères et des méthodes pouvant être débattus304.

1.1.3. Le paradigme interprétativiste

Le paradigme interprétativiste estime que la réalité sociale est constituée


historiquement, et qu’elle se trouve être produite et reproduite par des personnes, c’est-à-dire
que les personnes puissent agir consciemment afin de changer leurs circonstances sociales et
économiques. Le processus de génération de la connaissance suppose la compréhension du
sens que les acteurs donnent à la réalité. À cet effet, l’objectif de chercheur est donc de
comprendre la réalité par le biais des interprétations effectuées. Ces interprétations prennent
en considération les intentions, les motivations, les attentes, les raisons, les croyances des
acteurs qui portent plus sur les pratiques que sur les faits305.

En définitive, les paradigmes épistémologiques développés, ci-dessus, identifient et


comprennent la réalité d’une manière différente. Donc, le positivisme vise à fournir une
explication de la réalité et revendique un positionnement réaliste. Le constructivisme est
connu par sa conception des processus de création de la connaissance et des critères de
validité des recherches. L’interprétativisme, finalement, s’oppose traditionnellement au
positivisme et précise que les sciences humaines en général et les sciences de l’organisation
en particulier possèdent des caractéristiques particulières.

303
WACHEUX F., (1996), Op.Cit. P. 43.
304
BEN LETAIFA S., (2006), Op.Cit. P. 6.
305
Idem., P. 7.
233
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

1.2. Notre positionnement épistémologique

Pour déterminer le positionnement épistémologique de notre travail de recherche, nous


devons comprendre l’objectif de ce travail, ainsi que sa contribution à la recherche en science
de gestion, notamment dans le domaine de l’entrepreneuriat et du territoire.

En effet, nous adoptons une approche positiviste avec une logique de déduction, et ce,
pour deux raisons : la première réside dans la nature de la réalité observée et la deuxième dans
la relation entre l’objet et le sujet de recherche (Elles vont être développés ci-dessous). En ce
qui concerne, le choix de la logique accompagnée du paradigme positiviste est la logique
déductive appelée aussi logique formelle. En effet, la logique déductive est la seule logique
qui contribue à une reproduction objective de la réalité. Par conséquent, le choix de recourir à
cette logique est motivé par la possibilité de tirer des leçons et des conséquences sur la
relation entre le milieu, l’entrepreneuriat et le développement territorial, à partir d’une théorie
et d’une observation empirique du complexe industriel Jorf Lasfar situé à la province d’El-
Jadida.

Le choix de ce paradigme est justifié par rapport à trois critères, c’est-à-dire : la nature
de la réalité étudiée, la relation entre le sujet et l’objet de recherche et enfin les critères de
validité de la connaissance.

Nature de la réalité étudiée :

Pour Perret et Séville (2003) la réalité dans le paradigme positiviste est une donnée
objective indépendante du sujet observateur. À cet effet, le phénomène de l’entrepreneuriat
dans le complexe industriel Jorf Lasfar existe depuis longtemps et prend plusieurs formes
(création d’entreprises, ancrages des firmes multinationales, la sous-traitance). C’est pour cela
que nous cherchons d’observer cette réalité en vue d’expliciter les relations existant entre les
opérateurs du complexe. De même, de montrer l’importance des logiques d’interactions et
d’apprentissage dans le milieu complexe industriel Jorf Lasfar entre les différentes parties
prenantes qui permettent de faciliter l’innovation et le dynamisme entrepreneurial. Ainsi, de
confirmer que le milieu par ses différentes économies et logiques assure un dynamisme
entrepreneurial qui contribue par là suite au développement territorial.

Relation sujet-objet de recherche :


Le paradigme positiviste est caractérisé par le principe de l’indépendance entre le sujet
(le chercheur) et l’objet de recherche. En effet, le chercheur reconnaît l’existence d’une réalité
extérieure à lui et son attitude est distante vis-à-vis de son terrain de recherche. Dans ce cadre,
234
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

notre objet de recherche est le lien théorique entre le milieu et le phénomène entrepreneurial,
dans le complexe industriel Jorf Lasfar d’El-Jadida, dans une vision de développement
territorial. Cela permet, ensuite, d’indiquer que le dynamisme entrepreneurial est conditionné
par la qualité du milieu (ses ressources, ses acteurs et ses logiques existantes). Ainsi, de
montrer la relation entre le réseau d’entreprises, l’innovation et le milieu complexe industriel
Jorf Lasfar. En effet, le milieu innovateur qui n’est qu’un milieu entrepreneurial caractérisé
par une logique technologique favorise le développement territorial à la province d’El-Jadida.
Critères de validité de la connaissance :
La validité de la recherche pousse le chercheur à utiliser des méthodes de collecte et
d’interprétation des données appropriées aux concepts étudiés. Le courant positivisme qui est
adopté dans notre travail de recherche n’accepte que la logique déductive considérée d’après
le courant comme une logique formelle ainsi que la seule méthode qui permet d’avoir une
reproduction objective de la réalité306. À cet effet, la validité se mesure par la cohérence avec
les faits et la pertinence des résultats obtenus par l’étude.
Figure 30: Le raisonnement déductif de notre travail de recherche

À partir d’une revue de littérature, nous constatons que le milieu joue un rôle dans le
dynamisme entrepreneurial (les travaux d’A. Julien, P. Aydalot...). « Une règle »

Suite à un questionnaire de recherche établit par nous-mêmes et notre proximité des


acteurs institutionnels du complexe nous avons procédé à étudier le lien entre
l’entrepreneuriat et le milieu complexe industriel jorf Lasfar, et ce pour vérifier ce qui a
été déjà développé et dit dans les chapitres théoriques. « Cas pratique »

Des résultats obtenus stipulants que le milieu par la qualité de ses ressources, ses acteurs et
ses logiques favorisent le dynamisme entrepreneurial ainsi que le milieu innovateur est un
outil de dynamisme entrepreneurial. « Conséquence »

Source : Élaborée par nous-même

Enfin, nous résumons dans le tableau, ci-dessous, le positionnement épistémologique


de notre travail de recherche.

306
V. PERRAT, M. DEVILLE (2003), Op.Cit. P. 28.
235
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Tableau 29: Le positionnement épistémologique de notre travail de recherche

La démarche Positionnement épistémologique de notre recherche


du positivisme
Notre travail de recherche est basé sur une partie théorique qui définit,
d’abord, la notion de l’entrepreneuriat, son acteur (entrepreneur) et ses
Théorie paradigmes. Ensuite, l’approche territoriale de développement et la
dynamique de proximité des configurations territoriales (District, SPL,
MI). Et enfin de montrer que le milieu est un levier de dynamisme
entrepreneurial.
Hypothèses Lors de notre recherche, trois hypothèses ont été formulées dont la plus
importante est le rôle du milieu dans le dynamisme entrepreneurial.
Une observation de la réalité entrepreneuriale au sein du complexe
Observation industriel Jorf Lasfar à la province d’El-Jadida. Ainsi, observer les
logiques existant entre les différents acteurs du complexe permettant
d’assurer un développement territorial à la province d’El-Jadida.
Tiré une conséquence selon laquelle le milieu joue un rôle important dans
Généralisation le dynamisme entrepreneurial. De même, que l’innovation territoriale est
un facteur important de développement territorial.
Source : Élaboré par nous-même.

1.3. Les hypothèses de recherches

Avant de présenter le cadre méthodologique de notre travail, nous exposons nos


hypothèses de recherches formulées à l’aide d’une revue de la littérature et des bases
théoriques. En effet, il s’agit de trois hypothèses principales qui guideront notre analyse
empirique. Selon S. CHARREIRE et F. DURIEUX (2003) « une hypothèse est une conjecture
sur l’apparition ou l’explication d’un évènement. Fondée sur une réflexion théorique et
s’appuyant sur une connaissance antérieure du phénomène étudié, l’hypothèse est une
présomption de comportement ou de relation entre des objets étudiés (...) L’élaboration d’une
hypothèse nécessite l’explication de la logique des relations qui unissent les concepts évoqués
dans la problématique. À partir du moment où elle est formulée, l’hypothèse remplace la
question de départ et elle se présente comme une réponse provisoire »307.

 Notre problématique centrale :

Question générale : En quoi le milieu contribue-t-il au dynamisme


entrepreneurial ?

307
CHARREIRE S., F. DURIEUX F., « Construction de l‘objet de la recherche », Sous la dir THIETART R-A,
et al, « Méthodes de recherche en management », Édition DUNOD, 2003. P. 64
236
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Sur la base de l’axe de recherche communiqué par mon encadrant de thèse, M.


MACHRAFI Moustafa, portant sur l’entrepreneuriat et le développement territorial, et après
une revue de la littérature en relation avec notre thème. Nous avons décidé d’étudier le lien
existant entre les trois concepts évoqués au cours de notre travail, à savoir le milieu,
l’entrepreneuriat et le développement territorial. C’est pour cela, que nous proposons la
problématique suivante :

À cet effet, nous cherchons à démontrer et à comprendre que le milieu territorial par
ses économies, ses acteurs et ses logiques contribuent au dynamisme entrepreneurial dans la
province d’El-Jadida. Ainsi, nous montrons que l’interaction entre le réseau d’entreprises, le
milieu et l’innovation favorisent la mise en place du projet milieu innovateur qui est une
formation socio territorialisée axée sur la collaboration, la technologie et l’apprentissage
(savoir-faire industriel). En effet, le projet milieu innovateur est considéré comme outil de
dynamisme entrepreneurial.

Dans ce cadre, trois hypothèses ont été formulées visant à expliquer les concepts
évoqués dans la problématique et de présenter des réponses aux questions de recherches
issues de la question générale.

13.1. La première hypothèse

Hypothèse 1 : le milieu territorial composé d’une logique d’interaction et


d’apprentissage contribue au dynamisme entrepreneurial au niveau de la région.

Nous nous interrogeons sur le rôle du milieu dans le dynamisme entrepreneurial. En


effet, selon des travaux de recherche de GREMI et des recherches de D. Maillat et al, le
concept de milieu s’est métamorphosé, allant d’un espace neutre, amorphe et donné à un
acteur qui assure son développement par la valorisation des ressources et la capitalisation
d’un savoir-faire industriel. Donc, l’hypothèse que nous supposons vise à montrer qu’un
milieu territorial caractérisé par des logiques, une logique d’interaction entre les acteurs du
milieu et une logique d’apprentissage, par la présence des ressources et des actifs territoriaux,
par une activité industrielle pertinente et par une économie d’externalité contribue au
dynamisme entrepreneurial. Ainsi, le milieu facilite par des liens internes qu’externes une
culture entrepreneuriale locale.

237
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

1.3.2. La deuxième hypothèse

Hypothèse 2 : l’ingénierie du milieu territorial, à savoir le capital social territorial,


l’encastrement territorial et l’ancrage territorial, sont considérés comme des
stratégies favorisant la création d’entreprises dans le territoire

Comment le milieu favorise-t-il la création d’entreprises ? Cette question vise à


présenter les mécanismes du milieu territorial conditionnant la création d’entreprises.
D’abord, les entrepreneurs devront être soutenus par un capital social et une culture
entrepreneuriale adaptée aux spécificités territoriales en vue de développer et réussir
l’entreprise d’une part, et, d’autre part, de faire face à une compétitivité internationale.
Ensuite, l’encastrement territorial cherche à démontrer que le créateur d’entreprises est
considéré comme un acteur encastré dans un milieu territorial bénéficiant à la fois des
ressources et des liens développés au sein du territoire. Enfin, l’ancrage territorial comme
dernier élément de l’ingénierie territorial qui vise à expliciter à travers l’économie des
ressources et l’économie de proximité son rôle à motiver la création d’entreprises.

1.3.3. La troisième hypothèse

Hypothèse 3 : Le projet milieu innovateur défini comme une formation socio


territorialisée participe au dynamisme entrepreneurial et au développement
territorial, notamment par l’existence des logiques et des stratégies.

Cette hypothèse indique que le projet milieu innovateur développé par des travaux de
recherche de GREMI et des travaux de Philipe Aydalot peut constituer une plate-forme
propice à l’innovation ainsi qu’il contribue au dynamisme entrepreneurial. Selon P.
AYDALOT (1984), le milieu innovateur est articulé autour de trois logiques importantes, à
savoir la logique d’organisation en réseau, une logique d’apprentissage et une logique
territoriale. Ces logiques articulées de la théorie de la proximité permettent la réduction de
risque et de l’incertitude, le développement d’un processus d’apprentissage collectif est
d’assoir une politique d’innovation territoriale. Donc, nous constatons que le phénomène
entrepreneurial peut émerger et connaitre un succès, ainsi que le développement territorial
sera concrétisé.

En définitive, ces hypothèses seront expliquées et testées par le recours à des


dispositifs méthodologiques qualitatifs et quantitatifs. En effet, la méthode qualitative
expliquée, ci-dessous, consiste à mener une analyse exploratoire, et ce pour la découverte de
238
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

notre étude de cas, celle du complexe industriel Jorf Lasfar, ainsi que de s’interroger sur la
possibilité à vérifier nos hypothèses. Donc, la méthode quantitative va servira à tester et
vérifier les hypothèses de recherche formulées sur des bases théoriques.

Paragraphe 2 : La méthodologie de recherche adoptée au cours de ce travail

Après avoir défini le positionnement épistémologique de notre travail de recherche.


Nous exposons dans ce qui suit le protocole méthodologique retenu. Généralement le
chercheur trouve des difficultés dans le choix de l’approche qu’il va mettre en œuvre pour
collecter et analyser les données. À cet effet, vu les spécificités et les caractéristiques de notre
thème de recherche308. Nous avons décidé de combiner à la fois l’approche qualitative et
l’approche quantitative et cela s’est fait en deux étapes successives. D’abord, une étude
exploratoire menée à travers l’approche qualitative pour mieux connaître le milieu complexe
industriel Jorf Lasfar et de délimiter la question de recherche, c’est-à-dire « en quoi le milieu
peut favoriser le dynamisme entrepreneurial, dans une optique de développement territorial ».
Ensuite, de mener une analyse confirmatoire par l’analyse quantitative des données issues des
entreprises interrogées opérant dans le milieu complexe industriel Jorf Lasfar.
En général, les approches qualitatives se basent principalement sur l’interprétation de
l’individu et les approches quantitatives se basent sur des corrélations statistiques entre des
variables bien choisies.

2.1. La méthode de recherche qualitative

Nous commençons, d’abord, par la méthode qualitative, car c’est-elle qui va nous
aider à délimiter la question de recherche, développer des hypothèses et de comprendre les
spécificités du milieu complexe industriel Jorf Lasfar.

2.1.1. Définition de l’approche qualitative

En science de gestion, les méthodes qualitatives visent à chercher du sens, à


comprendre des phénomènes ou des comportements. L’analyse qualitative, selon Paillé, peut
être définie comme une démarche discursive de reformulation, d'explicitation ou de
théorisation d’un témoignage, d’une expérience ou d’un phénomène. C’est un travail
complexe qui consiste, à l’aide des seules ressources de la langue, à porter un matériau

308
C. CURCHOD, « la méthode comparative en science de gestion : vers une approche quali-quantitative de la
réalité managériale », Revue Finance Contrôle Stratégie – Volume 6, N° 2, Juin 2003. P. 155-177.
239
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

qualitatif dense et plus ou moins explicite à un niveau de compréhension ou de théorisation


satisfaisant309.

D’après F. WACHEUX (1996), les démarches qualitatives s’appuient sur des


techniques et des outils de collecte et d’analyse des données qui visent à repérer, à
comprendre et à expliquer les faits sociaux totaux dans leur contexte. À cet effet, trois
caractéristiques importantes caractérisant cette méthode310. D’abord, la méthode désigne la
stratégie de recherche, c’est-à-dire que chaque projet de recherche possède des
caractéristiques propres, et donc la méthode adoptée devra être compatible pour la réalisation
des objectifs du projet. Ensuite, l’acteur sur le terrain dispos d’une liberté. Enfin, le projet de
recherche évolue dans le temps, cela veut dire que le chercheur est toujours ouvert aux faits
inhabituels, aux énoncés théoriques et à l’écoute des personnes pour s’adapter au nouveau
contexte.

De même, la méthode qualitative facilite la production de connaissances nouvelles et


spécifiques. Cela s’explique, d’abord, par la qualité des données qui sont subjectives et qui
permettent de véhiculer une connaissance riche, fine et transversale de la réalité locale.
Ensuite, par les informations produites qui sont spécifiques au territoire dont la recherche
s’est produite et ne peuvent être adaptées à un autre cas de recherche311.

Cependant, la contrainte de l’approche qualitative réside dans la subjectivité du


chercheur et du sujet, c’est-à-dire le chercheur analyse et interprète un fait social d’une
manière subjective, ce qui pourra influencer les résultats produits par le chercheur.

En conséquence, le choix de cette approche paraît important pour notre objet de


recherche, et ce pour découvrir un milieu qui souffre des problèmes, tels que : le problème
d’organisation, c’est-à-dire l’absence d’un comité organisationnel qui s’occupe de tout ce qui
concerne la gestion et l’entretien du complexe et qui peut nous fournir de l’information.
Ensuite, le volet communication au sein du complexe est moins développé, il y a un manque
des affiches, des sites d’informations et les fiches signalétiques qui peuvent faciliter l’accès
et la manière dont il fonctionne. À cet effet, ces handicaps nous ont limité, au départ,

309
COUTELLE P., « Introduction aux méthodes qualitatives en science de gestion » , séminaire d’études
qualitatives, Université de Tours, 2005. P. 2. Disponiblesur l’URL :
http://www.academia.edu/5322539/Introduction_aux_m%C3%A9thodes_qualitatives_en_Sciences_de_Gestion_
Cours_du_CEFAG_-_s%C3%A9minaire_d%C3%A9tudes_qualitatives_2005.
310
WACHEUX F., (1996), Op.Cit. P. 181.
311
PAILLE P., MUCCHIELLI A., « l’analyse qualitative en sciences humaines et sociales », Édition, Colin,
Paris, 2008. P. 315.
240
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

notamment dans la détermination des hypothèses et la rédaction du questionnaire adapté à ce


contexte.

Donc, notre objectif, c’est de visiter le milieu complexe industriel Jorf Lasfar et
d’interroger les acteurs présents sur place afin de comprendre, réellement, la composition du
milieu, les acteurs qui les constituent et les relations existants entre eux. En effet, les
entretiens menés avec les acteurs du milieu complexe industriel Jorf Lasfar ont été réalisés
sans le recours à des guides d’entretiens. La seule et l’importante condition est que l’acteur
opérant dans le complexe possède une forte connaissance des positions des entreprises, des
problèmes de milieu et des projets qui sont réalisés ou en cours de réalisation. Citant
l’exemple, des entretiens menés avec le responsable du groupe Medz, M. Akrim qui nous
éclairci sur la structure du milieu, le fonctionnement du complexe et les liens existants entre
les acteurs. Ensuite, des entretiens avec les responsables des administrations publiques,
notamment le Centre Provincial d’Investissement et la Délégation du Ministère de l’Industrie,
du Commerce de l’Investissement et de l’Économie Numérique et la Direction Provinciale
des Impôts qui nous ont communiqué la liste des entreprises inscrites et identifiés à la taxe
professionnelle dans le complexe ainsi que l’effectif des entreprises actives dans le complexe.
Puis, des entretiens avec la collectivité territoriale de Moulay Abdellah.

Ainsi, ces visites nous ont beaucoup aidé dans la conception de notre problématique de
recherche, et ce, par l’addition de nouvelles questions apportées de la réalité du terrain, à
savoir :

 L’importance des liens avec les entreprises à fort potentiel économique (OCP,
SONASID, JLEC, Afriquia Gaz) dans le dynamisme entrepreneurial ;

 L’emplacement stratégique du milieu et leur contribution dans le dynamisme ;

 Le niveau de coordination, de confiance et de proximité entre, les entreprises du


milieu, d’une part, et, d’autre part, avec les acteurs territoriaux.

 La question de l’innovation chez les entreprises et le rôle du milieu dans la


stimulation de l’innovation.

En effet, ces questions ont été bien prises en considération dans la reformulation des
hypothèses de recherche. De même, le questionnaire (développé dans la méthode quantitative)
a été enrichi au fur et à mesure de notre compréhension du milieu complexe industriel Jorf
Lasfar, notre objet de recherche.

241
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Le paragraphe aura pour but de décrire la stratégie adoptée par la méthode qualitative
pour accéder au réel. Cette stratégie constituera l’étude de cas.

2.1.2. L’étude de cas : une stratégie d’accès au réel

Après avoir défini l’approche qualitative et expliqué son utilité par rapport à notre
recherche. Nous passons maintenant à la présentation de la technique utilisée afin de réaliser
notre programme de recherche et d’aboutir à des résultats. L’étude de cas est une stratégie
d’accès au réel qui permet l’étude en profondeur d’un phénomène contemporain. Selon R. K.
YIN (2009), il s’agit d’une « enquête empirique qui étudie un phénomène contemporain dans
son contexte réel quand les limites entre le phénomène et le contexte ne sont pas claires »312.
Son avantage est qu’elle intègre dans un contexte l’analyse de l’objet, c’est-à-dire qu’elle
l’inscrit dans son environnement temporel, spatial et social. Elle donne les moyens de
reconstruire des situations en utilisant plusieurs sources de preuves313.

En effet, notre thèse est fondée sur l’étude de cas du complexe industriel Jorf Lasfar.
Ce choix est motivé pour diverses raisons. D’abord, notre proximité du complexe, et donc une
possibilité de contacter les acteurs et les décideurs du complexe. Ensuite, l’objectif de
démontrer à travers notre étude de cas, le rôle du milieu au dynamisme entrepreneurial ; soit
par sa participation à la création d’entreprises ou soit par l’existence des logiques
d’interaction et d’apprentissage au sein du milieu qui favorise l’innovation. Nous expliquons,
aussi, que le complexe industriel Jorf Lasfar, en tant qu’un réseau d’innovation territorial,
peut contribuer au développement territorial à condition que le milieu développe, d’une part,
une logique de proximité territoriale, et, d’autre part, une ingénierie territoriale stimulant le
dynamisme entrepreneurial.

De même, R. K. YIN (2009) a proposé une typologie d’étude de cas selon quatre types
de recherche. Il les a définis à partir de deux critères : le nombre de cas (unique ou multiple)
et le nombre d’unités d’analyse (unique ou multiple)314. Selon cette typologie, notre étude de
cas est unique (un réseau), ayant des unités d’analyse multiples (les entreprises, les opérateurs
économiques et les acteurs locaux).

312
YIN R. K., « Case Study Research: design and method » (4 th Ed). Thousand Oaks, CA: Sage Publication,
2009. P. 18.
313
ARNAUD N., « Étudier, relever et analyser la communication organisationnelle en situation de gestion, ou
comment accéder à la conversation et aux textes », Revue Communication et Organisation, Éditeur Presse de
l’université de Bordeaux, 2007. P. 172.
314
YIN R. K., (2009), Op.Cit. P. 46-47.
242
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Figure 31: Les différents designs d’étude de cas selon R. K. YIN (2009)

Source : R. K. YIN (2009, P : 46-47).

En outre, selon R. K. YIN (2009) l’étude de cas peut être utilisée dans des situations
qui répondent à des conditions telles que :

 D’abord, lorsque la question de recherche porte sur le « comment » et le


« pourquoi ». En effet, cette condition est présentée dans notre thèse par l’idée de
s’interroger sur la croissance du complexe industriel Jorf Lasfar et sa contribution au
développement territorial, notamment par des stratégies d’innovation. Ainsi, de préciser
comment ce complexe a pu assurer un tel dynamisme entrepreneurial. Ces deux questions
trouvent une explication dans les réponses des entreprises opérantes dans le complexe.

 Puis, lorsque les chercheurs ne sont pas en mesure de contrôler les évènements.
Comme déjà expliqué dans le positionnement épistémologique qu’il y a une indépendance
entre le sujet et l’objet de recherche. C’est pour cela que notre objectif est l’observation
du complexe, d’une part, et, d’autre part, la compréhension des relations existant entre les
différents acteurs exerçant une influence sur les entreprises et sur le territoire. À cet effet,
nous constatons que nous sommes très loin de contrôler ces événements.

 Ensuite, lorsque les évènements constituent un phénomène contemporain inscrit


dans un contexte de vie concrète. Nous pouvons avancer qu’un évènement comme la
localisation d’une entreprise de renommée internationale citant l’exemple du « Bontaz

243
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Center » ou « Daweyoo & construction Co » dans le complexe industriel Jorf Lasfar peut
constituer un facteur de dynamisme entrepreneurial et de développement territorial.

Enfin, l’étude de cas est un moyen d’enquête adapté à des situations comportant un
nombre important d’éléments à étudier : elle repose sur le recueil de multiples sources
empiriques permettant la triangulation des matériaux et est guidée par un cadre théorique qui
apporte des éléments à la réalité étudiée (R. K. YIN 2009).

À cet effet, notre étude de cas remplit toutes les conditions et les critères cités ci-
dessus. Elle est basée en premier lieu sur une observation315 du milieu complexe industriel
Jorf Lasfar afin de faciliter la rédaction du questionnaire adressé aux entreprises existant sur
le complexe (presque 40 entreprises interrogées). En second lieu, les informations collectées
par ses différents moyens vont permettre d’effectuer la triangulation des données et les
comparer afin d’avoir une image plus proche de la réalité vécue.

2.1.3. L’observation passive : une stratégie de recueil des données

Afin d’expliquer comment la méthode d’étude de cas a été conduite, nous présentons
l’observation passive comme une stratégie de recueil des données. Dans l’approche
qualitative la collecte des données nécessite un effort important pour provoquer les
interactions avec les acteurs. En effet, trois sources d’évidence sont les plus utilisées dans
cette approche, à savoir : l’entretien, l’observation et l’analyse documentaire et d’archives. En
vue de comprendre le milieu complexe industriel Jorf Lasfar et de collecter l’information
utile, nous se recourons à la méthode d’observation passive, et ce, par la possibilité offerte au
chercheur d’observer et de comprendre la réalité.

LAPLANTINE a défini l’observation comme l’analyse des comportements sociaux à


partir d’une relation humaine partagée et durable de l’existence des hommes. Elle suppose
l’intégration du chercheur au coeur même de son objet. Il existe deux formes principales
d’observation. Elle est participante lorsque le chercheur est investi d’un rôle d’acteur au
même titre que les personnes du groupe auquel il participe. Elle est passive, lorsque le
chercheur n’a qu’une simple position de témoin des événements316.

Ainsi, le chercheur à travers l’observation observe lui-même des processus ou des


comportements se déroulant dans une organisation, pendant une période de temps délimitée.

315
L’observation constitue le mode de collecte de données par lequel le chercheur observe de lui-même des
processus ou des comportements se déroulant dans une organisation, pendant une période de temps délimité
(Baumard et al. 1999).
316
WACHEUX F., (1996), Op.Cit. P. 211.
244
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Elle est un détour nécessaire non seulement pour la compréhension mais aussi et surtout pour
le recueil détaillé des situations étudiées. Donc, l’observation est envisagée comme le moyen
d’accès privilégié à la réalité des relations interfirmes et, à ce titre, considérée pour l’action en
organisation317.

Donc, notre choix de collecter l’information est l’observation passive. Cette forme
selon F. WACHEUX (1996) est définie comme l’autorisation d’être présente dans
l’organisation pour regarder la réalité quotidienne, assister aux événements pour les
enregistrer et les analyser. Mais aussi saisir l’occasion d’une visite dans l’entreprise pour être
attentif à l’environnement immédiat des personnes318. À cet effet, nous adaptons cette
définition à notre cas de recherche, notamment par des visites du milieu complexe industriel
Jorf Lasfar afin de comprendre à la fois, la réalité du complexe et l’environnement d’affaire
(les logiques existantes et les liens entre acteurs). Pour mener cette opération, nous avons
suivi une démarche composée de quatre tâches incontournables319. Cette démarche est
présentée dans le tableau ci-dessous.

Tableau 30: Les tâches menées pour conduire une observation non participante au
complexe industriel Jorf Lasfar selon S. MARTINEAU (2004)
Tâches Description
Le moment où nous avons commencé à rédiger les chapitres théoriques de
thèse, nous nous sommes interrogés sur la possibilité de vérifier ce qui a été
développé dans la théorie dans le complexe industriel Jorf Lasfar. À cet
effet, l’image communiquée d’après des sites d’internet et les acteurs
territoriaux sur l’importance du complexe dans le dynamisme entrepreneurial
La présence et le développement territorial, notamment par la capacité des opérateurs
sur le terrain économiques d’octroyer des contrats de sous-traitance, m’ont incité de
dévoiler ce milieu territorial. Donc, nous avons décidé de visiter et d’être
sur place pour découvrir ce milieu complexe industriel Jorf Lasfar et de
comprendre ses logiques de fonctionnement. En effet, l’année 2016 a été
consacrée à réaliser des visites, de rencontrer des acteurs décideurs ( M.
Akrim responsable projet MEDZ) et de découvrir la structuration du milieu.
Ces visites nous ont beaucoup aidés à nous adapter à ce milieu.
L’observation du milieu complexe industriel Jorf Lasfar nous permis de
dégager tant des éléments importants facilitant la rédaction du

317
Arnaud N., (2007), Op.Cit. P. 177.
318
WACHEUX F., (1996), Op.Cit. P. 215-216.
319
Stéphane Martineau (2004), « l’observation en situation : enjeux, possibilité et limites », Actes du colloque
L’instrumentation Dans la collecte des données, UQTR, 26 Novembre 2004, Association pour la recherche
qualitative. Disponible sur l’URL :
http://www.recherchequalitative.qc.ca/documents/files/revue/hors_serie/hors_serie_v2/SMartineau%20HS2-
issn.pdf
245
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

questionnaire :
*L’absence d’un comité organisationnel qui s’occupe de la gestion du milieu
(absence des fiches signalétiques, des panneaux publicitaires) ;
*L’absence d’une assiette foncière organisée qui vise à proposer des lots de
terrains pour les entreprises souhaitant s’installer ; les entreprises sont
installées sur des terrains agricoles et dans la commune Moulay Abdelah ;
L’observation *La majorité des entreprises du complexe détient des relations avec les
opérateurs économiques, en premier l’OCP, et ensuite SONASID et JLEC,
ainsi que des relations avec l’agence nationale des ports ;
*La coordination entre les entreprises et les acteurs territoriaux est
embryonnaire. Des dirigeants des entreprises (Ama Détergeant SARL)
souffrent de problèmes de communication avec la commune Moulay
Abdellah. De même, le conflit existant entre la commune Moulay Abdellah
et l’OCP sur le réaménagement de la route menant vers El-Jadida ;
*Le milieu complexe industriel Jorf Lasfar possède des atouts importants et
intéressants, à savoir l’activité des entreprises sur le milieu (l’industrie
chimique et para chimique, la sidérurgie et l’automobile) et l’emplacement
stratégique (la proximité de Casablanca et la présence d’un port) ;
*La question de l’innovation est aussi importante chez les entreprises du
complexe (ces différentes facettes, les éléments qui contribuent et les
entraves).
Garder une Tous ces éléments issus de l’observation passive ont été notés et enregistrés
trace de ses dans des Bloc-notes en vue de l’utiliser dans la reformulation des hypothèses
observations et la rédaction du questionnaire.
À la fin de l’année 2016, nous avons pu construire une idée sur le milieu
Une relecture complexe industriel Jorf Lasfar, c’est-à-dire comprendre son
de ce qui a fonctionnement, les principaux acteurs et entreprises ainsi que les logiques
été observé existants. Ainsi, nous avons essayé de reformuler ce qui a été observé sur le
terrain en vue de tirer une interprétation objective sur la possibilité de
vérifier nos hypothèses de recherche (adaptées par la suite) par le recours à
l’approche quantitative et son outil qui est le questionnaire.
Source : réalisé par nous-même.

En définitive, nous avons présenté la méthode qualitative adoptée et la stratégie de


l’étude de cas mise en œuvre pour découvrir et comprendre la réalité du complexe industriel
Jorf Lasfar. À cet effet, nous passons à la deuxième méthode celle de la méthode quantitative
qui a pour objectif la construction d’un questionnaire de recherche et la collecte des données.

246
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

2.2. La méthode de recherche quantitative

Après avoir défini l’approche qualitative et expliqué le choix à adopter en premier


lieu, nous passons, ensuite, à présenter l’utilité de l’approche quantitative, notamment par sa
capacité à vérifier et à tester les hypothèses formulées sur des bases théoriques. En effet, le
recours à la méthode quantitative basée sur le questionnaire comme moyen de collecte des
données a pour but de compléter ce qui a été déjà exploré dans l’étude qualitative. Dans ce
sens, nous allons, d’abord, définir l’approche quantitative et faire la distinction entre les deux
approches pour mieux comprendre la méthode de recherche quantitative ainsi que de montrer
l’utilité de la complémentarité des deux approches. Ensuite, nous présentons le questionnaire
de recherche. Enfin, nous montrons la façon dont nous avons adopté pour collecter les
données.

2.2.1. Définition de l’approche quantitative

D’après, SINGLY, cité par A. COUVREUR et F. LEHUEDE (2002), une étude


quantitative est lié à une vision positive et empiriste, elle vise à tester des hypothèses et à
illustrer des théories par la mise en évidence des corrélations entre des variables. Elle mesure,
sur les variables du questionnaire, des inégalités de distribution et les corrèle avec d’autres
distributions. Trois séries de variables dont les indicateurs renvoient directement à une
désignation biologique (le sexe, l’âge) ; les variables servant à approcher le montant des
capitaux, sociaux, culturels et économiques des individus interrogés ; les variables indiquant
le mode d’organisation de la vie privée dans laquelle les personnes sont insérées »320.

À cet effet, les méthodes quantitatives visent à expliquer un objet de recherche par la
collecte des données numériques, souvent par l’utilisation du questionnaire et qui sont
analysées ensuite, par des méthodes basées sur des techniques mathématiques ou statistiques.
C’est pourquoi le chercheur, par le recueil des données réelles, cherche à vérifier et à tester les
hypothèses formulées sur des bases théoriques. Dans ce cas, nous avons décidé de mener une
enquête par questionnaire321 auprès des dirigeants ou des responsables d’entreprises existantes
sur le complexe industriel Jorf Lasfar en vue d’obtenir des réponses et de comprendre
« comment » le milieu a-t-il vraiment participé au dynamisme entrepreneurial.

320
Agathe COUVREUR A., LEHUEDE F., « Essai de comparaison de méthodes quantitatives et qualitatives à
partir d’un exemple : le passage à l’Euro vécu par les consommateurs », Cahier de recherche N°176 Novembre
2002, Centre de recherche pour l’Étude et l’observation des conditions de vie. P. 7. Disponible sur l’URL
http://www.dphu.org/uploads/attachements/books/books_512_0.pdf.
321
Cf Questionnaires en annexe.
247
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Ainsi, tout chercheur soucieux de mener un travail de recherche scientifique est appelé
à distinguer entre une méthode qualitative et une méthode quantitative. Selon BRABET, cette
distinction est, de plus, ambiguë, car elle est basée sur une multitude de critères, à savoir
l’orientation de la recherche, le caractère objectif ou subjectif des résultats obtenus et la
flexibilité de la recherche322. Ces critères faisant la différence entre les deux approches vont
être détaillés comme suit:

D’abord, la distinction selon l’orientation de la recherche : la coutume en recherche


permet de lier l’exploration et la construction à une approche qualitative et la vérification et le
test à une approche quantitative. Selon P. BAUMARD et J. IBERT (2003), le positivisme qui
repose sur les critères de validité de vérifiabilité, confirmabilité et réfutabilité, n’accepte
qu’une méthode scientifique reposant sur le respect de la logique formelle (logique déductive)
car c’est la seule qui permettrait d’avoir une reproduction objective de la réalité. Ainsi, pour
choisir l’une des deux approches, le chercheur devrait s’interroger sur la nature et la qualité
des liens de causalité existants entre les variables ou à la généralisation des résultats. Alors
que l’idéal pour un chercheur est de combiner les deux approches pour avoir une plus grande
validité des connaissances dégagées323.

Ensuite, la différence selon le caractère objectif ou subjectif de la recherche :


l’approche qualitative offre une plus grande garantie d’objectivité. GRAWITZ a posé une
question fondamentale pour séparer entre les deux approches : « Vaut-il mieux trouver des
éléments intéressants ? dont on n’est, pas certain ou être sûr que ce que l’on trouve est vrai
même si ce n’est pas intéressant ? ». Nous comprenons à travers cette question qu’elle existe,
une distinction entre l’approche quantitative et qualitative sur la base de la dimension
objective ou subjective de la recherche324.

Enfin, une séparation sur la flexibilité de la recherche : la notion de flexibilité est


considérée comme élément crucial dans le choix d’une approche qualitative ou quantitative.
Dans l’approche qualitative le chercheur peut modifier au fur et à mesure de son état
d’avancement des travaux de recherche pour que les résultats soient vraiment issus du terrain.
Donc, il bénéficie en général d’une plus grande flexibilité dans le recueil de données. Par
contre, dans l’approche quantitative, le chercheur est limité par un calendrier plus rigide, du

322
BEN LATIFA S., (2006), Op.Cit. P. 11.
323
BAUMARD P., IBERT J., « Quelles approches avec quelles données », Sous la dir de THIETART, R-A., et
al, «Méthodes de recherche en management », Édition DUNOD, 2003. P. 97-98.
324
Idem., P. 99.
248
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

coup, qu’il est difficile de procéder à chercher d’autres pistes de recherche ou d’avoir des
explications rivales.

Après la distinction des méthodes, nous passons à dévoiler la complémentarité des


méthodes mixtes. En effet, la méthode « quasi-quantitative » est issue de la sociologie et des
sciences politiques, et a été développée par le sociologue américain Charles Ragin. Elle est à
la fois une démarche et une technique. D’abord, c’est une démarche, car elle permet
d’envisager un dialogue entre des faits et des idées tout au long d’un processus de recherche
et, ce, de manière très explicite. Ensuite, c’est une technique, parce qu’elle mobilise l’algèbre
booléenne pour faciliter la comparaison d’un petit échantillon de cas, entre cinq et cinquante,
avec un nombre élevé de variables. Donc, le chercheur est un qualitativiste par sa forte
maitrise de son cas d’étude, et un quantitativiste sa capacité de reformuler et traduire les
paramètres de son cas en variables opérationnelles comparables325.

En résumé, après avoir défini les deux méthodes de recherche et expliquer la


différence, d’une part, et, la complémentarité d’autre part. Nous avons décidé durant ce travail
de recherche de combiner entre les deux méthodes de recherche. En premier lieu, la méthode
qualitative basée sur l’exploration et la découverte du milieu complexe industriel Jorf Lasfar,
réalisée par l’outil de l’observation passive. En deuxième lieu, la méthode quantitative menée
par un questionnaire et visant à avoir des réponses auprès des entreprises opérantes dans le
complexe industriel Jorf Lasfar sur le comment « l’ingénierie du milieu et sa contribution au
dynamisme entrepreneurial ». Ces données quantitatives collectées seront analysées et
interprétées par des tests des hypothèses, notamment le test de Fisher et Khi 2.

2.2.2. Construction et description du questionnaire

Une fois nous avons construit notre cadre méthodologique et les raisons qui nous ont
poussé à choisir les deux approches de recherche. Nous exposons l’outil adopté pour collecter
les données, soit le questionnaire. En effet, le questionnaire permet d’interroger un
échantillonnage d’individus par des questions dites « fermées ». Trois étapes importantes à
respecter dans l’utilisation d’un questionnaire, à savoir la construction du questionnaire avec
le choix des échelles de mesure, un prétest pour vérifier la validité et la fiabilité de
l’instrument des mesures et l’administration définitive326. Ainsi, construire un questionnaire

325
C. CURCHOD, (2003), Op.Cit. P. 158-157.
326
BAUMARD P., « la collecte des données et la gestion de leurs sources », Sous la dir THIETART, R-A., et al,
« Méthodes de recherche en management », Édition DUNOD, 2003. P. 226- 233.
249
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

pour une recherche quantitative, c’est construire un instrument de mesure composé des
différents types d’échelle de mesure ( nominale, ordinale, d’intervalles ou de proportion).

En conséquence, l’utilisation du questionnaire est apparue pour notre cas d’étude


comme la méthode de collecte de données la plus adaptée pour obtenir des réponses auprès
des entreprises opérantes dans le complexe industriel Jorf Lasfar, et ce dans une période de
temps très courte allant du 01/12/2016 au 31/05/2017. De plus, ces questionnaires ont été tous
administrés à travers des contacts face à face avec les responsables et les dirigeants des
entreprises.

Il est sans nul doute que la rédaction du questionnaire est la phase la plus délicate dans
la mise en oeuvre d’une enquête. D’après J-J ROUSSEAU « l’art d’interroger n’est pas si
facile qu’on pense. C’est bien plus l’art des maîtres que des disciples ; il faut déjà avoir
appris beaucoup de choses pour savoir demander ce qu’on ne sait pas »327. Ainsi, notre
questionnaire a été construit sur la base d’une littérature et des acquis théoriques, d’une part,
et, d’autre part, sur l’étude exploratoire qui nous a permis de découvrir le milieu complexe
industriel Jorf Lasfar. De même, nous avons bénéficié aussi de notre expérience
professionnelle qui nous a permis de connaître la réalité entrepreneuriale au niveau d’El-
Jadida ainsi que les caractéristiques de l’économie territoriale de la province, notamment par
des prises de contact avec des responsables de l’administration publiques 328
et des
entrepreneurs locaux.

À cet effet, notre questionnaire est subdivisé en quatre axes et chaque axe est composé
des questions et des sous-questions dont le total est de 46 questions selon plusieurs types,
c’est-à-dire des questions fermées dichotomiques ou multichotomiques et des questions
fermées avec une échelle d’intervalle à cinq positions « l’échelle de likert », sous cette forme :

1: très 3: Plutôt 4: Plutôt pas


2:Important 5:Pas important
important important important

1: très satisfait 2: satisfait 3: Plutôt satisfait 4:Plutôt pas satisfait 5 : Pas satisfait

En outre, nous avons proposé au répondant dans certaines questions, le choix de


s’exprimer sous l’intitulé « si autre : Merci de préciser ».

327
Une citation de Jean Jacques ROUSSEAU.
328
[Ex : M. EL KALAI, responsable de la cellule création d’entreprise au CPI d’El-Jadida]
250
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

En effet, notre questionnaire est composé de quatre thèmes et chaque thème retrace un
ensemble de questions en interdépendance. Ils sont formulés suit :

 Thème 1 : l’entrepreneuriat

 Thème 2 : le milieu entrepreneurial : « complexe industriel Jorf Lasfar ».

 Thème 3 : l’ingénierie territoriale et création d’entreprises.

 Thème 4 : le Milieu Innovateur, entrepreneuriat et développement territorial.


Le premier thème du questionnaire concerne, d’une part, les caractéristiques des
entreprises enquêtées dans le complexe industriel Jorf Lasfar, et, d’autre part, il sert de
dévoiler la réalité entrepreneuriale des entreprises répondant. Donc, les questions de 1 à 5 ont
pour objectif d’identifier l’enquêté, c’est-à-dire la forme juridique, l’effectif, la nature
d’activité (cette variable sera très importante en vue de classifier les entreprises par nature
d’activité et d’avoir une idée sur l'activité la plus existante dans le complexe) et son local.

Le deuxième thème du questionnaire porte sur la contribution du milieu


entrepreneurial au dynamisme entrepreneurial. Donc, nous cherchons à expliquer que le
milieu entrepreneurial est considéré comme la clef de l’entrepreneuriat dans la province d’El-
Jadida. Ainsi, le milieu « complexe industriel Jorf Lasfar » par la qualité des acteurs présents
sur place (OCP, SONASID, JLEC) et de ses ressources (le port jorf lasfar) peuvent favoriser
un dynamisme entrepreneurial. Nous présentons, ci-dessous, les questions les plus
intéressantes.

D’abord, la question numéro 2 présente un tableau qui met en exergue le rôle des
formalités administratives relative à la création d’entreprises et d’exercice d’activité, les
mesures fiscales et les démarches de financement dans le dynamisme entrepreneurial. Ainsi,
elle a pour but de mesurer le degré de satisfaction chez les entrepreneurs.

Puis, la question numéro trois est une question fermée intéressante, car elle offre aux
répondants la possibilité de s’exprimer sur la capacité du milieu dans la réduction de
l’incertitude et du risque pour les entreprises opérant dans le complexe.

Ensuite, dans le chapitre trois « le milieu un levier de dynamisme entrepreneurial »


tout un paragraphe est dédié à décrire le lien entre le milieu entrepreneurial et l’information.
C’est pourquoi nous avons décidé d’administrer une question portant sur l’information au sein
du complexe, c’est-à-dire le milieu offre l’information adéquate, le type d’information et la
manière de la détecter.
251
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Enfin, nous avons proposé dans la question numéro cinq, des éléments intéressants au
sein du complexe industriel Jorf Lasfar qui peuvent expliciter le pourquoi du thème 2 et
d’expliquer ainsi le lien entre le milieu entrepreneurial celui du complexe industriel Jorf
Lasfar et le dynamisme entrepreneurial. Citant l’exemple de quelques variables définies et
prises en considération :

 Le niveau de coordination avec les administrations locales ;


 Le climat de confiance (entre fournisseurs et clients) ;
 La culture entrepreneuriale au sein du complexe industriel Jorf Lasfar ;
 Le niveau du respect des valeurs, des normes et des règles au sein du complexe ;
 Le lien avec les entreprises à fort potentiel économique (OCP, SONASID, JLEC).
Les questions de ce thème visent à répondre à l’hypothèse « Hyp 2 : le milieu
entrepreneurial favorise-t-il la création d’entreprises ».
Le troisième thème du questionnaire s’intéresse à l’ingénierie territoriale et création
d’entreprises. En effet, nous cherchons à expliquer en quoi l’ingénierie territoriale par le biais
du capital social territorial, de l’encastrement territorial et de l’ancrage territorial peut
conditionner le processus de création d’entreprises. D’abord, la première question interroge
l’entrepreneur sur la raison de choisir le complexe industriel Jorf Lasfar. Parmi les choix à
choisir, nous trouvons la variable « emplacement stratégique » qui expose l’importance de la
proximité territoriale. Ensuite, la deuxième question porte sur la raison qui a motivé
l’entrepreneur à créer son entreprise sur le complexe industriel Jorf Lasfar. Cinq variables ont
été proposées à l’enquêté avec une possibilité de choisir deux choix, à savoir :

 L’expérience : est-ce que l’entrepreneur possède déjà une expérience professionnelle


dans une autre entreprise. Peut-on considérer que l’expérience et les liens sociaux avec des
entrepreneurs sur place sont des facteurs favorisant la création d’entreprises.
 Relations professionnelles, relations familiales et relations amicales ont pour but
d’expliquer l’effet de l’encastrement territorial sur la création d’entreprises.
 Dépendance historique et culturelle.
Enfin, la dernière question détermine l’intention chez l’entrepreneur et l’entreprise de
déménager du complexe industriel Jorf Lasfar. Nous cherchons à travers cette question de
comprendre est-ce que le complexe favorise l’ancrage des entreprises installées dans le
complexe industriel Jorf Lasfar ou bien, elles sont en train d’achever leurs contrats et de se
délocaliser dans un autre milieu entrepreneurial offrant plus d’opportunités.

252
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Le quatrième thème concerne le lien entre le milieu innovateur, l’entrepreneuriat et le


développement territorial. Nous demandons aux entreprises existantes sur le complexe la
possibilité de transformer le complexe à un milieu innovateur. En effet, le milieu innovateur
est considéré comme une formation socio-économique territorialisée au sein de laquelle
émergent de nouvelles formes d’organisation territoriale à base de collaboration à travers
lesquelles s’enrichissent les apprentissages propices à la création technologique et à la
création d’entreprises. Ce thème comporte neuf questions ventilées comme suit :
D’abord, le projet milieu innovateur est articulé autour de trois logiques importantes, à
savoir la logique territoriale, la logique technologique et la logique organisationnelle, c’est
pour cela que la question numéro 1 vise à interroger les entrepreneurs sur la réalité du
complexe industriel Jorf Lasfar. Ces logiques sont-elles révélées dans le complexe ou non.
Ensuite, les questions de numéro 3 à numéro 7 ont pour but d’expliquer la relation
entre le réseau, le milieu et l’innovation au sein du complexe Jorf Lasfar. Ainsi, de montrer
que le complexe possède les atouts d’être un milieu innovateur qui permet de favoriser
l’innovation et le dynamisme entrepreneurial. À cet effet, les questions de numéro 3 à 5 visent
à identifier les facettes et la stratégie de l’innovation chez les entreprises sur place. La
question numéro 6 détermine les éléments du milieu territorials qui contribuent à l’innovation,
notamment le partenariat avec l’université et les centres de recherche, un capital humain,
échange d’informations avec les PME locales et la qualité du réseau territorial. Alors que, la
question numéro 7 cherche à détecter le principal frein d’innovation au sein du complexe Jorf
Lasfar.
Enfin, la question numéro 9 est une question supplémentaire qui a pour objectif de
retracer la participation des entreprises existantes sur le complexe Jorf Lasfar au
développement territorial. Donc, nous avons sollicité aux entreprises de cocher les réponses
par un ordre numérique selon leur participation au développement. Les questions de ce thème
visent à répondre à l’hypothèse « Hyp 3 : le milieu innovateur outil de dynamisme
entrepreneurial via l’innovation ».

253
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

2.2.3. Administration du questionnaire

D’après P. ROUSSEL (2005), il existe cinq méthodes pour réaliser l’administration


d’un questionnaire en l’occurrence l’enquête : en face à face, auto-administrée en contact
direct, par voie postale, par téléphone, ou par Internet329.
En effet, vu la proximité du complexe ( 20 Km de la ville d’El-Jadida) et les données
communiquées de mes collègues à la direction provinciale des impôts sur l’effectif des
entreprises sur le complexe Jorf Lasfar. Nous avons décidé d’utiliser, d’une part, le face à face
avec une trentaine des responsables et des dirigeants des entreprises ayant accepté de répondre
au questionnaire, et, d’autre part, d’envoyer par voie électronique pour les entreprises
possédant le siège social à Casablanca (une dizaine d’entreprises).
D’abord, le contact face à face nous a beaucoup aidé en matière de réduction des
délais de réponse (15 min pour remplir un questionnaire), ainsi que de mieux expliquer le
questionnaire pour avoir des réponses fiables. Sur une trentaine de rencontres vingt-sept ont
accepté de répondre alors que, trois entreprises ont refusé de répondre, et ce pour motif de
compétence. Ensuite, les entreprises possédant leur siège à Casablanca comme SONASID et
les entreprises ayant des formalités d’accéder très serrées comme JLEC, nous avons décidé de
les envoyer des courriels dont le questionnaire en pièce jointe. À cet effet, sur dix entreprises
qui ont reçu le questionnaire, trois qui nous ont communiqué les questionnaires dûment
remplis, signés et cachetés.

En outre, après avoir achevé la phase de la collecte des données, nous avons fait appel
à deux logiciels SPSS330 et EXCEL (2013). En effet, par le recours à ces deux logiciels nous
avons pu obtenir, d’une part, une analyse descriptive et univariée des données par l’utilisation
des tableaux croisés dynamiques, et, d’autre part, d’avoir une analyse et une interprétation des
résultats par le test de Fisher et khi 2. L’analyse des résultats sera explicitée en détail dans la
section trois de ce chapitre.

Nous résumons dans la figure, ci-dessous, la méthodologie et l’épistémologie de


recherche suivie au cours de ce travail de recherche.

329
ROUSSEL P., « Méthodes de développement d’échelles pour questionnaires d’enquête », sous la dire
ROUSSEL P. et WACHEUX F., « Management des ressources humaines. Méthodes de recherche en sciences
humaines et sociales », Édition de Boeck Supérieur, 2005. P. 254.
330
IBM SPSS Statistics 21.
254
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Figure 32: L’architecture de l’épistémologie et de la méthodologie de recherche

Choix de la méthodologie du travail

Paradigme positiviste Logique déductive

Approche Adoptée : Démarche qualitative et quantitative (découvrir la réalité du complexe


et construire un questionnaire pour les entreprises installées sur place)

Outils de collecte et traitement de données

La stratégie de l’étude de cas et la méthode L’administration du questionnaire: sur


de l’observation non participante (au cours une période de cinq mois (du 01/12/2016
de l’année 2016) au 31/04/2017

Méthode d’analyse et de codage : Logiciel de traitement des données : SPSS 21 et Excel

Interprétation des données

Analyse des résultats Discussion des résultats


Source : Élaborée par nous-même.

255
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Section III : Traitement des données de l’échantillon et analyse des résultats

Après avoir dressé le cadre épistémologique et méhodologique de notre travail. La


section trois a pour objectif le traitement des données collectées auprès des entreprises
existant dans le complexe industriel Jorf Lasfar, ainsi que l’analyse et l’interprétation des
résultats. À cet effet, cette section est structurée en deux paragraphes. Le premier paragraphe
vise, d’une part, a présenté les caractéristiques et la typologie des entreprises répondant à
notre questionnaire, et, d’autre part, par le traitement des données par des tableaux et des
représentations graphiques. Le deuxième paragraphe s’intéresse à l’analyse et à
l’interprétation des résultats, notamment par le recours à la méthode, test des hypothèses.

Paragraphe 1 : Présentation de l’échantillon et traitement des données

Dans ce paragraphe, nous voulons montrer à travers les deux logiciels SPSS et Excel
les caractéristiques de notre échantillonnage composé des entreprises installées au milieu
complexe industriel Jorf Lasfar. En effet, pour mieux structurer notre échantillon, nous
utilisons, tout d’abord, une analyse descriptive, ensuite, une analyse univariée, et enfin une
analyse croisée dynamique à double entrées. Ainsi, les résultats obtenus seront présentés sous
forme de tableaux et des représentations graphiques.

1.1. Analyse Descriptive


Dans ce point, nous allons résumer et représenter les données statistiques collectées
auprès des entreprises installées dans le complexe industriel Jorf Lasfar. Cette analyse
descriptive va nous permettre de connaitre les caractéristiques de notre échantillon d’étude,
notamment par une description de la forme juridique, des effectifs et de la nature d’activité la
plus répandue dans le complexe.
1.1.1. La forme juridique des entreprises
Les entreprises enquêtées se divisent en deux formes juridiques. 20% sont dès SA
(sociétés Anonymes) et 80% sont des SARL (Société à responsabilité limitée), voir le tableau,
ci-dessous.
Tableau 31: La structure juridique des PME de l’échantillon

Effectifs Pourcentage Pourcentage cumulé


SA 6 20,0 20,0
SARL 24 80,0 100,0
Total 30 100,0
Source : enquête effectuée par nous -mêmes

256
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

1.1.2. Les effectifs des salariés

Selon le tableau ci-dessous, nous constatons que le milieu « complexe industriel Jorf
Lasfar » abrite à la fois des sociétés de petite taille ayant un effectif entre 1 et 15 salariés et
des sociétés ayant un effectif supérieur à 151 salariés. Chose qui reflète l’hétérogénéité de
l’échantillon.
Tableau 32: L’effectif des salariés dans les entreprises enquêtées

Effectifs Pourcentage Pourcentage cumulé


De 1 à 15 personnes
10 33,3 33,3
De 16 à 50 personnes
5 16,7 50,0
De 51 à 150 personnes
5 16,7 66,7
Plus de 151
10 33,3 100,0
Total
30 100,0
Source : Notre questionnaire

1.1.3. La nature de l’activité exercée

Comme, il est constaté dans le tableau ci-dessous, la majorité des entreprises


enquêtées opérantes dans le domaine de l’industrie et des services industriels. De même, nous
constatons que le milieu « complexe industriel Jorf Lasfar » dispose d’une vocation purement
industrielle, et ce par l’existence des sociétés spécialisées dans l’industrie chimique, dans la
production d’énergie et dans l’industrie sidérurgique. À cet effet, l’existence de tel type de
société favorise l’entrepreneuriat au niveau du site et stimule les entreprises à y installer.

Tableau 33: La nature de l’activité des sociétés enquêtées

Effectifs Pourcentage Pourcentage cumulé


Industrie 16 53,3 53,3
BTP 1 3,3 56,7
Commerce 1 3,3 60,0
Service 2 6,7 66,7
Service industriel 10 33,3 100,0
Total 30 100,0
Source : Notre questionnaire

257
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Figure 33: La nature de l’activité des sociétés enquêtées

Source : Notre questionnaire

1.2. Analyse univariée

Ici, nous allons présenter quatre variables qui vont nous permettre de connaitre le
monde de l’entrepreneuriat et de l’innovation au sein du complexe industriel Jorf Lasfar.
Donc, il s’agit, des formalités liées à l’entrepreneuriat, de l’entrepreneuriat innovant, le choix
du milieu complexe industriel Jorf Lasfar et les freins de l’innovation.

1.2.1. Les formalités liées à l’entrepreneuriat

En effet, l’analyse descriptive des tableaux, ci-dessous donne une idée générale sur la
qualité des formalités en liaison avec l’entrepreneuriat sur le milieu « complexe industriel Jorf
Lasfar ». D’abord, le premier tableau relatif aux formalités de l’exercice d’activités, 40% des
entreprises enquêtées sont satisfaits des formalités relatives à la création d’entreprises.De
même, 36,7% des entreprises enquêtées sont plutôt satisfaites. Ces résultats approuvent les
efforts déployés par l’État en vue de faciliter la création d’entreprise, notamment par la mise
en place d’un guichet unique ayant pour objet de faciliter les démarches de création des
entreprises (le centre provincial d’investissement s’engage sur un délai qui s’étale de 2 à 5
jours à partir du dépôt du dossier pour accomplir les formalités de création).
Ensuite, le deuxième tableau relatif à l’exercice d’activité expose que, 43,3% des
entreprises enquêtées sont satisfaites des formalités d’exercice d’activité. Nous comprenons
par l’exercice de l’activité, les différents organismes professionnels et étatiques, intervenant
dans le monde de l’entrepreneuriat, à titre d’exemple la relation avec les autorités du port Jorf
Lasfar et de la collectivité Moulay Abdellah.

258
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Enfin, le dernier tableau relatif aux mesures fiscales, montre que 50% des entreprises
enquêtées déclarent qu’elles sont satisfaites desdites mesure tandis que 28,7% sont plutôt
satisfaites. Ces résultats signifient, que les mesures encourageantes à la fois pour la création
d’entreprise et pour son développement ont contribué au dynamisme entrepreneurial. Citons
par exemple, l’exonération quinquennale de la taxe professionnelle, le barème progressif pour
l’impôt sur les sociétés, l’exonération de TVA pour les biens d’investissements inscrit dans un
compte d’immobilisation et ouvrant droit à déduction pendant une durée de 36 mois à
compter du début d’activité, ainsi que les actions de dématérialisation (télé déclarations,
télépaiements) qui visent à répondre d’une manière efficace aux besoins des entreprises.
Tableau 34: Les formalités relatives à la création d’entreprise

Effectifs Pourcentage Pourcentage cumulé


Très satisfait 3 10,0 10,0
Satisfait 12 40,0 50,0
Plutôt satisfait 11 36,7 86,7
Plutôt pas satisfait 2 6,7 93,3
Pas satisfait 2 6,7 100,0
Total 30 100,0
Source : Notre questionnaire

Tableau 35: Les formalités relatives à l’exercice de l’activité

Effectifs Pourcentage Pourcentage cumulé


Satisfait 9 30,0 30,0
Plutôt satisfait 13 43,3 73,3
Plutôt pas satisfait 4 13,3 86,7
Pas satisfait 4 13,3 100,0
Total 30 100,0

Source : Notre questionnaire

Tableau 36: Les mesures fiscales

Effectifs Pourcentage Pourcentage cumulé


Satisfait 15 50,0 50,0
Plutôt satisfait 8 26,7 76,7
Plutôt pas satisfait 4 13,3 90,0
Pas satisfait 3 10,0 100,0
Total 30 100,0
Source : Notre questionnaire

259
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

1.2.2. L’entrepreneuriat innovant

Nous cherchons à travers cette variable de connaitre le nombre des entreprises qui
s’intéressent à l’innovation. À cet effet, le tableau, ci-dessous, nous montre qu’un effectif de
15 sociétés installées sur le complexe Jorf Lasfar met l’innovation au cœur de leurs stratégies,
soit un pourcentage de 50%. De même, 13 sociétés sont intéressées par l’innovation et
considérées, chez elles, comme un projet envisageable dans le futur, soit un taux de 43,3%. .
Nous pouvons conclure que le milieu « complexe industriel Jorf Lasfar » abrite des
entreprises innovantes et encourage les entreprises à introduire l’innovation dans la stratégie
de l’entreprise. Afin de répondre aux exigences du marché et aux attentes des opérateurs
économiques.
Tableau 37: L’entrepreneuriat innovant

Effectifs Pourcentage Pourcentage cumulé


Au cœur de votre stratégie 15 50,0 50,0
Un projet envisageable dans le futur 13 43,3 93,3
Ça ne vous concerne pas 2 6,7 100,0
Total 30 100,0
Source : Notre questionnaire

1.2.3. Le choix du milieu « complexe industriel Jorf Lasfar » par les entreprises

Cette variable a pour objectif de déterminer l’élément le plus incitatif stimulant les
entreprises à s’installer au sein du complexe industriel Jorf Lasfar. Ainsi, dans notre
questionnaire, nous avons proposé au répondant quatre choix, à savoir les ressources, les
activités, l’emplacement stratégique et les avantages accordés.
Tableau 38: Le choix du milieu « complexe industriel Jorf Lasfar » par les entreprises

Emplacement Avantages
Ressources Activités stratégique accordés
Effectifs des entreprises 2 28 19 11 19 11 3 27
Modalité de réponse Oui Non Oui Non Oui Non Oui Non
Pourcentage 6,7 93,3 63,3 36,7 63,3 36,7 10 90
Pourcentage cumulé 100 100 100 100
Source : Notre questionnaire
D’après le tableau, ci-dessus, nous constatons que le choix du milieu « complexe
industriel Jorf Lasfar» par les entreprises opérantes a été effectué sur la base de deux facteurs
importants à savoir : l’activité et l’emplacement stratégique. D’abord, le choix de l’activité est

260
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

justifié par la nature et la qualité de l’activité existante sur place, ainsi que de l’interaction
entre les entreprises autour de cette activité. En ce qui concerne, l’emplacement stratégique
est considéré comme un actif du «complexe industriel Jorf Lasfar», et ce par l’existence du
port Jorf Lasfar qui participe dans le trafic national global par une part de 27,8% et se
positionne après celui de Casablanca qui en concentre 32%.

1.2.4. Les freins à l’innovation

Nous cherchons à expliquer, à travers cette variable, le principal frein d’innovation


exprimé par les entreprises au sein du complexe industriel Jorf Lasfar. En effet, les freins à
l’innovation sont considérés comme entraves au dynamisme entrepreneurial et au
développement territorial.

Tableau 39: Les freins à l’innovation

Effectifs Pourcentage Pourcentage cumulé


Manque d'informations 10 33,3 33,3
Indispensabilité pour le changement 5 16,7 50,0
Manque de compétences nécessaires 2 6,7 56,7
Moyens financiers insuffisants 13 43,3 100,0
Total 30 100,0
Source : Notre questionnaire

Selon les tableaux, ci-dessus, nous constatons que parmi les entreprises installées au
milieu «complexe industriel Jorf Lasfar », 13 entreprises ont mentionné que le principal frein
de l’innovation est le manque des moyens financiers, soit un taux de 43,3% presque la moitié.
Ensuite, une dizaine, des entreprises ont signalé que le frein à l’innovation est le manque
d’informations, soit un taux de 33,3%. Donc, ces résultats peuvent être interprétés comme
suit :

 Au moment d’entretien la majorité des entreprises enquêtées a exprimé l’absence des


produits bancaires destinés à financer les opérations de R&D, ainsi que l’absence d’une
culture entrepreneuriale favorisant l’innovation. Par conséquent, les entrepreneurs ou les
gérants préfèrent de réinvestir les profits réalisés dans des projets autres à l’innovation.

 En ce qui concerne, le manque d’informations comme frein à l’innovation, nous avons


constaté qu’au sein du complexe industriel Jorf Lasfar, l’absence des structures qui ont pour

261
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

mission de regrouper et de diffuser l’information, ainsi que de les partager sur des sites
d’internet, des brochures et des panneaux d’affichage, en vue de leurs exploitations.

Pour plus d’illustration, la figure, ci-dessous, synthétise le principal frein à l’innovation.

Figure 34: Le principal frein à l’innovation

Freins à l’innovation

Source : Notre questionnaire

1.3. Analyse croisée dynamique à double entrées

Dans ce point, nous allons présenter une analyse dynamique à double entrées. Ce
traitement va nous permettre d’analyser par le croisement de deux variables choisies de notre
questionnaire. En effet, le choix de ces variables a pour but d’expliquer le lien entre le milieu
complexe industriel Jorf Lasfar et l’innovation. Donc, cinq variables ont été choisies détaillés
comme suit :

1.3.1. Le Milieu« complexe industriel Jorf Lasfar »réduit le risque et l’incertitude et


offre l’information adéquate pour les entreprises.

D’après le tableau ci-dessous, 16 entreprises enquêtées ont signalé que le milieu


complexe industriel Jorf Lasfar contribue à la réduction de l’incertitude et le risque pour les
entreprises opérantes dans le site, ainsi qu’il permet d’offrir l’information adéquate c’est-à-
dire une opportunité d’affaire, une connaissance ou une nouvelle technologie. En effet, un
milieu entrepreneurial est considéré comme un réducteur d’incertitude et d’ambiguïté pour
l’entrepreneur, et ce par les interactions avec d’autres entreprises sur place et de la qualité de

262
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

l’information offerte par les entreprises à fort potentiel économique (des partenariats avec
l’OCP, et SONASID).

Tableau 40: Le milieu « complexe industriel Jorf Lasfar » réduit le risque et


l'incertitude et offre l’information adéquate pour les entreprises

Le complexe Jorf Lasfar offre


l'information adéquate pour les
entreprises existantes
Total
Oui Non
Le milieu Jorf Lasfar réduit le Oui 16 10 26
risque et l'incertitude pour les
Non 2 2 4
entreprises
Total 18 12 30
Source : Notre questionnaire

1.3.2. La logique organisationnelle et le niveau de collaboration et de coopération


entre les entreprises

En fait, comme montre la figure ci-dessous, 24 entreprises enquêtées ont avancé que la
logique organisationnelle dans le complexe industriel Jorf Lasfar, est plutôt pas importante et
pas importante. Par ailleurs, 13 entreprises expliquent que le niveau de collaboration et de
coopération dans le complexe est plutôt pas important et pas important. À cet effet, la logique
organisationnelle signifie l’existence d’un réseau territorial regroupant à la fois les entreprises
et les acteurs territoriaux et fonctionne par des normes, des règles et un système de confiance,
conditionnant le niveau de collaboration et de coopération entre les entreprises. Donc, nous
constatons que la logique organisationnelle, dans le cas où elle serait bien structurée, favorise
la coopération et la coordination entre les entreprises et par la suite l’essor du dynamisme
entrepreneurial.

263
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Figure 35: La logique organisationnelle et le niveau de collaboration et de coopération


entre les entreprises

Source : Notre questionnaire

1.3.3. Le lien avec les entreprises à fort potentiel économique et l’activité comme un
choix pour y exister dans le complexe industriel Jorf Lasfar

Cette analyse permet de montrer que les entreprises qui ont choisi le complexe
industriel Jorf Lasfar, pour la qualité de l’activité, possèdent des liens très importants avec
les entreprises à fort potentiel économique, notamment l’OCP, SONASID et JLEC.

Tableau 41: Le lien entre les entreprises à fort potentiel économique et l’activité comme
un choix pour y exister sur « le complexe industriel Jorf Lasfar »

Activité comme choix pour y


exister sur le complexe
industriel Jorf Lasfar Total
Oui Non
Très important 6 4 10
Important 9 2 11
Lien avec les entreprises
Plutôt important 1 1 2
à fort potentiel
économique Plutôt pas
1 2 3
important
Pas important 2 2 4
Total 19 11 30
Source : Notre questionnaire

À cet effet, nous constatons, d’après les résultats obtenus que parmi les 19 entreprises qui ont
choisi le milieu « complexe industriel Jorf Lasfar » pour la nature de ses activités, 6
264
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

entreprises possèdent un lien très important avec les entreprises à fort potentiel économique et
9 entreprises disposent d’un lien important avec les entreprises à fort potentiel économique.
Par contre, 3 entreprises des 19 entreprises ne conservent pas de lien avec lesdites entreprises.
Donc, le choix de créer une entreprise au complexe industriel Jorf Lasfar est influencé, d’une
part, par les activités répandues dans le complexe, et, d’autre part, par l’existence des
entreprises à fort potentiel économique de grande importance permettant d’offrir des contrats
de sous-traitance et de partenariat.
1.3.4. Les différentes facettes de l’innovation et le principal frein à l’innovation
Le tableau ci-dessous montre que 28 entreprises installées au milieu complexe
industriel Jorf Lasfar ont mentionné que l’innovation soit au cœur de leur stratégie ou soit un
projet envisageable dans le futur, alors que 2 entreprises ont exprimé que l’innovation n’existe
pas dans leur stratégie et leur projet. De même, les deux principaux freins qui limitent les
entreprises en matière d’innovation, sont surtout le manque d’informations et les moyens
financiers insuffisants. Ainsi, pour celles qui ont exprimé que l’innovation est un projet
envisageable, soit un taux de 43,3%, ont déclaré que le principal frein à l’innovation est les
moyens financiers insuffisants (9 entreprises sur 13). C’est pour cela que nous remarquons
que le milieu complexe industriel Jorf Lasfar incite les entreprises à adopter l’innovation dans
leur stratégie, en vue de répondre aux exigences du marché et de minimiser les coûts de
production.
Tableau 42: Les facettes de l’innovation et le principal frein à l’innovation

Quel est le principal frein à l'innovation?

Moyens Total
Manque Compétence
L’indispensabilité financiers
d'informations nécessaire
insuffisants
Au cœur de
Pensez- votre 8 2 1 4 15
vous que stratégie
l'innovation Un projet
par ces envisageable 1 2 1 9 13
différentes dans le futur
facettes ? Ça ne vous
concerne 1 1 0 0 2
pas
Total 10 5 2 13 30
Source : Notre questionnaire

265
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

1.3.5. Le lien avec les entreprises à fort potentiel économique et les relations
professionnelles comme choix à la création d’entreprises

Nous exposons, à travers le croisement de ces deux variables, l’importance des


relations professionnelles tissées par l’entrepreneur comme choix à la création d’entreprises et
le lien assuré avec les entreprises à fort potentiel économique.

Figure 36: Le lien avec les entreprises à fort potentiel économique et les relations
professionnelles comme choix à la création d’entreprises

Source : Notre questionnaire

En fait, 22 entreprises opérant sur le milieu « complexe industriel Jorf Lasfar » ont
choisi le choix « relation professionnelle » comme une source de motivation pour la création
de leurs entreprises. Ainsi, parmi ces 22 entreprises, 73% ont déclaré, qu’elles possèdent, un
lien entre très important et plutôt important avec les entreprises à fort potentiel économique,
tel que l’OCP, SONASID et JLEC. Au moment d’entretien, les entrepreneurs ont exprimé,
qu’ils ont été des salariés dans des entreprises opérant dans le complexe, chose qui leur a
facilité de construire un carnet d’adresses. À cet effet, nous comprenons que le milieu à
travers ces acteurs, ces structures industrielles sur place et les relations professionnelles
tissées entre acteurs ont contribué vivement au dynamisme entrepreneurial. De même, nous
constatons aussi, à travers ce croisement, l’importance du réseau territorial dans le
renforcement des relations professionnelles.
Pour conclure, ce paragraphe a eu pour objet de présenter la structure de notre
questionnaire par la méthode statistique descriptive composée de trois types d’analyses, à
savoir l’analyse descriptive, l’analyse univariée et l’analyse croisée dynamique à doubles
entrées. En effet, cette méthode nous a permis tout, d’abord, de comprendre les
266
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

caractéristiques des entreprises qui ont répondu à notre questionnaire, notamment la forme
juridique et la nature de l’activité. Ensuite, par l’analyse univariée, nous avons pu découvrir la
réalité entrepreneuriale au sein du complexe industriel Jorf Lasfar, à travers une analyse des
formalités liées à l’entrepreneuriat, l’entrepreneuriat innovant et le choix du complexe par les
entreprises, ainsi que les freins liés à l’innovation exprimés par les entreprises. Enfin,
l’analyse croisée dynamique à doubles entrées qui vise à montrer l’importance du milieu
complexe industriel Jorf Lasfar dans le dynamisme entrepreneurial, notamment par sa
capacité de réduire le risque et l’incertitude, d’offrir l’information adéquate pour les
entreprises, de favoriser la collaboration et la collaboration entre les entreprises et d’inciter les
entreprises à s’installer par l’existence des entreprises à fort potentiel économique.
Paragraphe 2 : Analyse et interprétation des résultats
Dans ce paragraphe, nous allons analyser et interpréter les données du questionnaire,
et ce par l’utilisation des tests d’hypothèse. Cette méthode considérée comme une procédure
statistique permettant d’aboutir, en fonction de certaines règles de décision, à l’acceptation
d’une hypothèse statistique de départ nommée hypothèse « nulle » et notée classiquement H0
au dépend de l’autre hypothèse « l’hypothèse alternative »331. À cet effet, en recourant à deux
tests d’hypothèses, à savoir le test de Fisher qui vise à montrer l’impact entre les deux
variables qualitatives et le test de Khi 2 ayant pour objet de mesurer la dépendance et
l’association entre les variables qualitatives.
En effet, il s’agit d’étudier conjointement deux variables qualitatives en testant la
liaison statistique qui peut éventuellement exister entre deux variables. Si la liaison existe
entre deux variables, nous essaierons de spécifier et d’évaluer son intensité.
2.1. Le test de Fisher
Nous commençons notre analyse statistique par le test de Fisher. À cet effet, nous
allons, tout d’abord, présenter le test et les mécanismes de son utilisation, ensuite, nous
formulons les hypothèses afin de calculer le Fisher calculé et le Fisher théorique, et enfin nous
interprétons les résultats obtenus.
2.1.1. Présentation du test de Fisher
Ce test est appliqué pour tester la validité globale du modèle et on émet en premier lieu les
hypothèses suivantes :
H0 : a1 = 0 (R2 = 0) pas de relation
H1 : a1 ≠ 0 (R2≠ 0) une relation existe entre les deux variables.

331
HUNAULT G., « Quelques rappels sur les Analyses Statistiques », cours d’étude présenté à l’Université
d’Angers, 2005. P. 15-26. Disponible sur l’URL : http://www.info.univ-angers.fr/pub/gh/
267
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

𝐑2 𝒏−𝒌
Ce test est construit en comparant la statistique calculée de Fisher 𝑭𝒄 = 1−𝑹2 ∗ 𝒌−1 par la

statistique théorique de Fisher au seuil α et au degré de liberté (𝒏 − 𝒌) ∗ (𝒌 − 1) avec


𝜶 𝒀 𝒃𝒂𝒓𝒓𝒆 ^2
𝑹2 = 𝜶 𝒀^2
Si Fc>Tth, on rejette H0.

Puisque, l'application et les critères de décisions des tests statistiques évoqués ci-haut
restent valables pour l'économétrie manuelle. Nous avons décidé, dans notre analyse, à utiliser
le logiciel SPSS pour faciliter le calcul de l’indice de Fisher théorique et observé, ainsi de
rejeter l’hypothèse nulle H0.
Nous allons procéder dans le point suivant à la formulation des hypothèses et au calcul
de l’indice Fisher à l’aide d’Excel 2010
2.1.2. Le calcul du Fisher calculé et le Fisher théorique
En effet, le tableau, ci-dessous, expose la formulation des hypothèses et la
comparaison entre le Fisher calculé et le Fisher théorique :

268
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Tableau 43: La validation des hypothèses d’après le test de Fisher

La variable X La variable Y L’indice de Fisher


Les formalités administratives Fc= 19,246
relatives à la création F th= 18,871
Milieu peut réduire d’entreprise.
l’incertitude et le risque pour Les formalités administratives Fc= 9,276
les entreprises. relatives à l’exercice de l’activité. F th= 0,844
« Les relations professionnelles » Fc= 6,701
Culture entrepreneuriale au comme motivation pour la F th= 6,607
sein du complexe création d’entreprise
« Expérience » comme Fc= 24,2
motivation pour la création F th= 18,51
« Activité » comme choix du d’entreprise
complexe industriel Logique territoriale Fc= 16,983
F th= 9,276
Les différentes facettes de Fc= 24,363
l’innovation F th= 9,552
Milieu peut réduire l’incertitude Fc= 56,529
« Emplacement stratégique » et le risque pour les entreprises F th= 18,512
comme choix du complexe Activité des entreprises. Fc= 29,468
industriel F th= 9,117
Milieu peut réduire l’incertitude Fc= 168,2
et le risque pour les entreprises F th= 18,512
Le lien avec les entreprises à fort Fc= 13,920
« Expérience » comme potentiel économique F th= 6,388
motivation pour la création « Ressources » comme choix du Fc= 245
d’entreprise complexe industriel F th= 18,51
« Activité » comme choix du Fc= 24,20
complexe industriel F th= 18,512
Milieu peut réduire l’incertitude Fc= 30,153
et le risque pour les entreprises F th= 18,512
Culture entrepreneuriale au sein Fc= 16,485
« Les relations du complexe industriel Jorf F th= 9,276
professionnelles » comme Lasfar
motivation pour la création Le lien avec les entreprises à fort Fc= 13,730
d’entreprise potentiel économique F th= 6,388
Logique territoriale Fc= 36,269
F th= 9,276
Avez-vous mené un L’intention de déménagement du Fc= 25,137
diagnostic sur le complexe complexe industriel Jorf Lasfar F th= 18,512
Source : Le questionnaire

269
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

2.1.3. L’interprétation des résultats obtenus


Après avoir calculé et comparé entre le Fisher calculé et le Fisher théorique, nous
procédons, ci-dessous, à l’interprétation des résultats obtenus.
D’après, le test de Fisher, nous constatons que la variable, « milieu peut réduire le
risque et l’incertitude » pour les entreprises opérantes dans le complexe industriel Jorf Lasfar
a un impact sur d’autres variables telles que, « les formalités administratives relatives à la fois
à la création d’entreprise et à l’exercice d’activités ». En effet, ce lien peut être expliqué par
deux facteurs. D’abord, le complexe industriel Jorf Lasfar est entouré par des acteurs
institutionnels territoriaux, notamment le Centre Provincial d’Investissement, l’Office
National des Ports, la Direction Provinciale des Impôts et des Collectivités Territoriales. Ces
institutions sont en train de participer au dynamisme entrepreneurial par des différentes
politiques, à savoir le guichet unique opéré depuis 2009 et des incitations fiscales pour
booster la création d’entreprise. Concernant, la commune Moulay Abdellah, il existe un lien,
mais fragile en raison de l’incompétence de la commune et l’absence d’une vision globale de
développement territorial, sachant que le développement territorial de la province d’El-Jadida
est intimement lié à la création d’entreprises. Cette fragilité se manifeste par le désaccord sur
l’entretien de la route nationale et le traitement des déchets industriels objet d’un conflit entre
la commune et une multitude d’entreprises. Ensuite, le complexe industriel Jorf Lasfar abrite
des entreprises à fort potentiel économique, notamment l’OCP, JLEC et SONASID qui
offrent des contrats de sous-traitantes et qui permettent aux entreprises de bénéficier de
différents avantages et d’externalités.
Puis, nous avons découvert un lien entre la variable, culture entrepreneuriale au sein
du complexe et les relations professionnelles comme motivation pour la création d’entreprise.
À cet effet, ce lien est expliqué par l’idée que le complexe industriel Jorf Lasfar présente une
culture composée des valeurs, des convictions partagées et le plus important réside dans le
savoir industriel existé sur place. En conséquence, ce savoir industriel a permis aux différents
acteurs économiques et aux entreprises de développer des relations professionnelles et de
favoriser le dynamisme entrepreneurial.
Ensuite, l’impact d’une variable aussi importante, à savoir l’activité comme un choix
du complexe industriel Jorf Lasfar sur d’autres variables telles que l’expérience comme
motivation pour la création d’entreprises, la logique territoriale et les différentes facettes
d’innovation. En effet, comme déjà évoqué, le complexe Jorf Lasfar dispose d’une activité
assez attrayante motivée par l’existence d’un capital social territorial embryonnaire (un lien
unissant les acteurs du complexe qui favorise le développement d’un climat de confiance et
270
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

les liens entre les acteurs), d’un savoir-faire industriel (la sidérurgie, l’automobile, l’énergie et
l’industrie chimique et para chimique) et d’une coordination et coopération entre les différents
acteurs. C’est pourquoi la qualité de l’activité, dans le complexe, a permis, d’une part, de
développer une logique territoriale fondée sur une proximité et une interaction entre les
acteurs et les entreprises, et, d’autre part, d’appréhender l’innovation par ces différentes
facettes en vue d’accompagner la technologie et l’innovation relative à l’activité.
De même, la variable l’emplacement stratégique comme choix du complexe industriel
Jorf Lasfar a un effet sur la variable ; l’activité de l’entreprise et le milieu peut réduire
l’incertitude et le risque pour les entreprises. D’abord, l’emplacement du complexe au
carrefour des routes (une heure de Casablanca, la capitale économique du Maroc, deux heures
de la ville de Marrakech et Rabat) présentent un atout important pour minimiser l’incertitude
aux entreprises opérantes dans le complexe et par la suite d’être choisi pour se localiser. De
plus, l’existence d’un actif territorial important, celui du port Jorf Lasfar a permis de valoriser
l’emplacement du complexe. Ainsi, selon les données recueillies, la majorité des entreprises
enquêtées de nature entreprise industrielle (16 entreprises industrielles et 10 entreprises de
services industriels) a choisi le complexe pour l’emplacement stratégique.
De plus, selon le tableau, ci-dessus, la variable expérience comme motivation pour la
création d’entreprises dispose d’un lien avec un ensemble des variables à savoir la relation
avec les entreprises à fort potentiel économique, les ressources et l’activité comme choix du
complexe industriel Jorf Lasfar. En effet, ce lien est expliqué par le fait que la création
d’entreprises est faite par des personnes qui ont accumulé une expérience dans un domaine
donné et qui ont tissé de bonnes relations avec les entreprises à fort potentiel économique,
notamment OCP et SONASID. Ainsi, l’entrepreneur qui dispose d’une expérience est capable
de chercher et trier l’information utile à son entreprise, d’après KIZNER. Donc,
l’entrepreneur qui crée son entreprise par motivation d’expérience possède les compétences et
les aptitudes nécessaires pour sélectionner les ressources, choisir l’activité de son entreprise et
de s’y installer dans le complexe.
En outre, nous montrons, aussi, à travers le test de Fisher, un impact entre la variable
les relations professionnelles comme motivation pour la création d’entreprises et d’autres
variables à savoir, le milieu peut réduire l’incertitude et le risque pour les entreprises, la
culture entrepreneuriale au sein du complexe, le lien avec les entreprises à fort potentiel
économique et la logique territoriale. À cet effet, ce lien est expliqué par le fait que la création
d’entreprises dans un milieu est motivée par des facteurs issus des relations professionnelles,
telles que la parfaite maîtrise d’activité et des relations professionnelles construites par
271
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

secteurs d’activité. En conséquence, ces facteurs sont pleinement exprimés dans le complexe
industriel Jorf Lasfar. D’abord, un milieu qui réduit le risque et l’incertitude (26 entreprises
ont répondu par oui, soit un taux de 86,7%). Puis, le lien avec les entreprises à fort potentiel
économique (21 entreprises ont exprimé, qu’ellesdisposent d’un lien entre très important et
important, soit un taux de 70%). Ensuite, la logique territoriale est manifestée dans le
complexe sous la forme d’une proximité territoriale et une interaction entre les différents
acteurs (MARSA MAROC, OCP, SONASID, la commune Moulay Abdellah, universités) et
entreprises (clients et fournisseurs). Cette logique peut impacter d’une manière ou d’une
autre, la création d’entreprises par un encastrement relationnel. De même, certaines
entreprises au moment de la création de son affaire, dans le complexe industriel Jorf Lasfar,
ont bénéficié de leurs réseaux professionnels qui ont offert soit des carnets d’adresses ou soit
un encadrement au démarrage. En prenant l’exemple de l’entreprise Ciment de l’Atlas, gérée
par un ancien cadre de la SONASID Jorf, ainsi que l’entreprise AMA Détergent qui a
bénéficié de son expérience en tant que salarié dans la société KAPACHIM MAROC,
entreprise étrangère soumise au droit marocain et spécialiste des produits de détergent, de plus
la société SITELECM Sarl créée par un ingénieur dans la SONASID JORF, qui lui a permis
de connaitre bien l’activité de la sidérurgie.
Enfin, le dernier lien, dont nous avons opté, à exposé selon le test de Fisher est la
relation entre le diagnostic mené par l’entrepreneur et l’intention du déménagement du
complexe industriel Jorf Lasfar. Donc, les entreprises qui ont mené un diagnostic pour
connaître et identifier les opportunités et atouts du complexe industriel Jorf Lasfar, refusent de
quitter le complexe en question (18 entreprises parmi 30 ont réalisé un diagnostic et n’ont pas
l’intention de déménager). Comme déjà évoqué, l’entrepreneur qui connaît le succès et la
réussite est celui qui cherche l’information cachée et utile, en vue de l’exploiter pour son
propre compte.
En résumé, nous mettons fin à notre analyse relative à l’impact d’une variable sur
d’autres variables selon le test d’hypothèse de Fisher. Par conséquent, nous pouvons conclure
que le milieu « complexe industriel Jorf Lasfar » participe au dynamisme entrepreneurial. Ce
dynamisme est expliqué à la fois, par la qualité du complexe à réduire le risque et
l’incertitude, acquise par une proximité territoriale et institutionnelle des différents acteurs
territoriaux. Ainsi qu’aux approches de l’ingénierie territoriale, notamment le capital social
territorial exprimé sous la forme du réseau territorial «complexe industriel Jorf Lasfar » et
l’approche de l’encastrement territorial qui met en place un climat de confiance et de

272
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

solidarité. Pour plus de viabilité et de validité des données acquises, nous avons fait appel à
un autre test statistique plus connu, à savoir le test de khi 2.
2.2. Test de khi 2
Comme d’habitude nous commençons notre analyse par la présentation du test de KHI
2 ainsi que ses mécanismes, ensuite, nous passons au calcul du Khi 2 et les coefficients
relatifs, et enfin nous interprétons les résultats obtenus.
2.1.1. Présentation du test de khi 2
Ce test est utilisé pour tester l’adéquation d’une série de données à une famille de lois
de probabilité ou de tester l’indépendance entre deux variables aléatoires. En effet, comme
dans le test précédant l’hypothèse nulle signifie l’absence d’une relation ou l’indépendance
entre deux variables catégorielles. Tandis que l’hypothèse (H1) signifie la dépendance entre
les deux variables. Ainsi, nous comprenons par l’indépendance, que la valeur d’une des deux
variables ne nous donne aucune information sur la valeur possible de l’autre variable.
H0 : les deux variables qualitatives sont indépendantes
H1 : la dépendance des deux variables
L’hypothèse nulle est rejetée lorsque P (probabilité) ≤0,05
Ensuite, en vue d’apprécier la force d’association entre les variables catégorielles,
nous nous référons à des tests complémentaires sur les mesures symétriques, notamment le
coefficient Phi, le V de Cramer ou le coefficient de contingence. Le résultat de ces tests se
situe entre 0 et 1.
 Coefficient Phi : cette mesure est pertinente pour les tableaux 2x2 seulement. La valeur
s’interprète directement selon les balises de taille d’effet de la corrélation de Pearson.
 V de Cramer : cette mesure d’association est valable pour tous les tableaux plus grands
que 2x2. Pour l’interprétation, il suffit de situer le V calculé sur une échelle entre 1 et 0.
Plus V est proche de 0, plus il y’a une indépendance entre les deux variables étudiées, et
vice-versa.
 Le coefficient de contingence : le même rôle et la même interprétation que le V de
Cramer (sauf dans un tableau 2x2). Ce coefficient dépend de la taille de l’effectif, il ne
sert qu’à comparer des tableaux de même taille.
Dans le point suivant, nous allons procéder à sélectionner et à formuler les hypothèses
pertinentes qui peuvent renforcer notre raisonnement. Ensuite, nous calculons le Khi 2 et nous
mesurons la force de l’association par des tests complémentaires à savoir, le coefficient Phi, V
de cramer ou le coefficient de contingence, tout en prenant en compte la taille du tableau. Le
khi 2 et les tests seront calculés à l’aide du logiciel « IBM SPSS Statistics 21 ».
273
La variable X La variable Y valeur valeur de valeur valeur de Valeur de
Khi 2 rapport de Phi V de coefficient
vraisembla Cramer de
nce contingenc
e
Activité comme choix du « Emplacement stratégique comme 0,002 13,566 0 0,579 0,501
complexe industriel Jorf Lasfar choix du complexe industriel Jorf
Lasfar »
« L’organisation » comme un aspect de 0,048 9,407 0,651 0,651 0,546
l’innovation dans l’entreprise
«Création de la valeur ajoutée » comme 0,009 6,85 0 0,480 0,433
une participation au développement
« Relation professionnelle »
Khi 2 et les tests complémentaires.

territorial à la province d’El-Jadida


comme motivation pour la
création d’entreprise Les facettes de l’innovation 0,045 12,502 0,615 0,615 0,524

Des contacts avec l’université ou les 0,042 6,235 0,460 0,460 0,418
institutions liées à la formation et à la

274
recherche dans le cadre de votre activité
2.2.2. Le calcul de khi 2 et les coefficients relatifs

« Avantages accordés » comme « Véhiculé une bonne image du 0,040 4,709 0,375 0,375 0,351
complémentaires

choix du complexe industriel territoire à l’échelle nationale et


Jorf Lasfar international » comme une participation
au développement territorial à la
«Relation province » comme motivation
familialed’El-Jadida 0,010 4,270 0 0,473 0,428
pour la création d’entreprise

Nature de l’activité 0,000 17,059 0,860 0,860 0,652

L’intention de déménager du
« Le capital humain » comme élément 0,020 3,913 0 0,423 0,390
complexe
qui contribue à l’innovation
Tableau 44: La validation des hypothèses d’après le test de Khi 2 et les test
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

La densité des PME sur le complexe 0,000 9,151 0,681 0,681 0,563
Le tableau ci-dessous expose la formulation des hypothèses pertinentes, la valeur de
«Création de la valeur ajoutée » comme une participation au 0,030 12,853 0,816 0,577 0,632
développement territorial à la province d’El-Jadida

Les facettes de l’innovation


«Valorisation des ressources spécifiques » comme une participation 0,027 15,180 0,877 0,620 0,659
au développement territorial à la province d’El-Jadida

Nature de l’activité 0,011 13,480 0,814 0,576 0,631

Source : Notre questionnaire


Place de l’innovation dans la stratégie de votre entreprise 0,001 20,619 0,855 0,605 0,650

Partenariat avec l’université et les centres de recherche comme 0,037 9,320 0,531 0,531 0,469
élément qui contribue à l’innovation

Capital humain qualifié comme élément qui contribue à l’innovation 0,008 10,329 0,628 0,628 0,532

275
Différents types d’informations 0,017 17,814 0,907 0,524 0,672
Freins à l’innovation

Création de la valeur ajoutée comme une participation au 0,021 27,852 0,967 0,558 0,695
développement territorial à la province d’El-Jadida

«L’aide apportée aux entreprises » comme une participation au 0,035 27,313 1,005 0,580 0,709
développement territorial à la province d’El-Jadida

«Véhiculé une bonne image du territoire à l’échelle national et 0,031 26,461 1,011 0,584 0,711
international» comme une participation au développement territorial
à la province d’El-Jadida
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

La nature de l’activité « Valorisation des ressources spécifiques» comme une participation 0,006 27,289 1,233 0,611 0,774
au développement territorial à la province d’El-Jadida
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

2.2.3. L’interprétation des résultats obtenus

Après avoir formulé les hypothèses et procéder aux calculs des quantités de khi 2 ainsi
que les mesures symétriques. Nous allons chercher à interpréter les résultats obtenus et à
valider les hypothèses relatives à l’innovation et au développement territorial.
À cet effet, nous commençons par la relation entre la variable « activité » comme
choix du complexe industriel Jorf Lasfar et la variable « emplacement stratégique »
comme choix du complexe. La dépendance entre ces deux variables est expliquée par le fait
que le complexe possède deux facteurs attrayants et complémentaires, c’est-à-dire une activité
industrielle diversifiée et un emplacement stratégique caractérisés par la proximité du capital
économique Casablanca, du port Jorf Lasfar et des entreprises à fort potentiel économique
(OCP, JLEC). De plus, la dépendance est expliquée par le fait que 8 entreprises de 30
enquêtées ont choisi à la fois ces deux facteurs.
La variable «les relations professionnelles» comme motivation pour la création
d’entreprises.
Ensuite, à travers le test de Khi 2, nous avons constaté une dépendance entre la
variable «les relations professionnelles» comme motivation de la création d’entreprises et un
ensemble des variables, notamment, les contacts avec l’université ou les institutions liées à la
formation et à la recherche, les facettes de l’innovation, l’organisation comme aspect de
l’innovation dans l’entreprise et «création de la valeur ajoutée » comme participation au
développement territorial à la province d’El-Jadida. Pour une meilleure interprétation, nous
abordons chaque relation d’une façon indépendante.
 La première relation est expliquée par le fait que l’encastrement relationnel d’un
entrepreneur dépend à la fois des relations métiers qui lui permettent de tisser des contacts et
des relations avec l’université et les instituts de recherche. Ainsi, ils contribuent au
développement et d’amélioration de son activité. À cet effet, nous constatons que le milieu
qui dispose des centres de formation et des instituts de recherche peut favoriser un dynamisme
entrepreneurial soit par des facteurs stimulants à la création d’entreprises (l’échange de
l’information) ou soit par l’attractivité des entreprises à s’y installer. Concernant l’intensité de
la relation est moyen, et ce par la constitution du complexe Jorf Lasfar.
 La deuxième relation lie « les relations professionnelles » et les facettes d’innovation.
En effet, les entrepreneurs ayant créé leurs entreprises par le recours aux «relations
professionnelles» ont plus d’intérêt à innover, que les autres. D’après la typologie des
entrepreneurs de Marchesnay, l’entrepreneur qui possède une légitimité territoriale et

276
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

concurrentielle forte est considéré comme un entrepreneur innovateur. De même, la qualité de


l’activité du complexe Jorf Lasfar pousse les entrepreneurs « les relations professionnelles »
soit à mettre la stratégie de l’innovation dans la finalité de son entreprise, ou soit à l’envisager
dans le futur, comme le montre la figure, ci-dessous.
Figure 37: Le lien entre les relations professionnelles comme choix à la création
d’entreprise et les différentes facettes à l’innovation

Source : Notre questionnaire

 Après avoir montré le lien entre la création d’entreprises par les stimulants « les
relations professionnelles » et les différentes facettes de l’innovation, nous passons
maintenant à expliquer en quoi les entreprises créées ont plus tendance à innover dans l’aspect
organisation que dans d’autres aspects. D’abord, 11 entreprises enquêtées, soit un taux de
36,7%, ont choisi l’aspect organisation comme aspect d’innovation dans le complexe
industriel Jorf Lasfar. Ces entrepreneurs connaissent mieux le complexe Jorf Lasfar qui est
caractérisé par une activité industrielle évolutive et des opérateurs économiques exigeant en
matière de respect des normes et des valeurs (93,3% ont déclaré que le niveau des normes et
des valeurs est important). Donc, cet état de fait pousse les entrepreneurs à s’incliner sur
l’aspect organisation en matière d’innovation. Ainsi, nous constatons que le milieu territorial
qui exige aux entrepreneurs installés, la facette d’innovation à développer.
 Enfin, la relation avec « la création de la valeur ajoutée comme une participation au
développement territorial ». Cette relation est expliquée par le fait que ces entrepreneurs
disposent des processus de production performants, un capital humain compétent et des
relations professionnelles avec un ensemble des acteurs. Tous ces éléments cités permettent
au tissu entrepreneurial dans le complexe à participer au développement territorial par la
création de la valeur ajoutée. Donc, cette variable permet de se prononcer sur la variable du
277
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

développement territorial sous l’angle «création de valeurs». Cependant, l’intensité de la


relation reste toujours moyenne, et ce, par l’absence de la mutualisation des efforts entre les
entreprises.

La variable l’intention de déménager du complexe :


À partir du test de khi 2, nous avons constaté une dépendance entre la variable
l’intention de déménager du complexe d’une part et d’autres variables, notamment la nature
de l’activité, le capital comme élément qui contribue à l’innovation et la densité des PME sur
le complexe. Cette relation nous permet de tirer les principaux contraints rencontrés par les
entreprises installées dans le complexe industriel Jorf Lasfar.

D’abord, nous exposons la relation entre l’intention de déménager du complexe et la


nature de l’activité. En premier lieu, comme déjà avancée, dans l’analyse descriptive,
l’activité la plus dominante dans le complexe est à la fois l’industrie et le service industriel,
avec un pourcentage cumulé de 86,6%. Cette dominance est motivée par la présence des
entreprises à fort potentiel économique possédant un savoir-faire industriel. C’est pour cela
que toutes les entreprises opèrant dans une activité autre que l’industrie souhaite se
délocaliser. A titre d’exemple, l’entreprise Prefa-Mazagan spécialisée dans le secteur BTP qui
prétend dans le futur à s’y installer dans la ville d’Azemmour pour être proche du nouveau
projet urbanistique (PUMA). En second lieu, des entreprises ayant une activité de service et
souhaitant se déménager du complexe pour motif avoir achevé leurs contrats de travail. Pour
une meilleure compréhension, nous évoquons quelques exemples illustratifs. L’entreprise
Archirodon Groupe, entreprise étrangère soumise au droit marocain, spécialisée dans
l’extension et la réhabilitation des quais du port, souhaite se déménager du port une fois le
projet mettra fin. De plus, des entreprises telles que Daewoo construction & Co, Jacobs
possédant des contrats avec l’OCP qui se préparent à se délocaliser une fois que le projet sera
terminé. Cette problématique a poussé les acteurs territoriaux, notamment l’OCP à chercher
des solutions dont l’idée de la mise en place des écosystèmes industriels, ayant pour objet la
maintenance des entreprises et la préservation des emplois créés.

278
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Tableau 45: L'intention de déménager du complexe industriel Jorf Lasfar et la nature


de l'activité

Nature de l'activité
Industrie BTP Commerce Service Service Total
Industriel
l'intention de Oui 0 1 0 2 1 4
déménager du 16 0 1 0 9 26
complexe industriel Non
Jorf Lasfar
Total 16 1 1 2 10 30
Source : Notre questionnaire
Ensuite, une dépendance entre la variable, l’intention de se déménager du complexe et
le capital humain, comme élément qui contribue à l’innovation. En effet, cette relation est
expliquée par le fait que 4 entreprises parmi 30 souhaitant se délocaliser, dont deux ont
avancé que le capital humain est considéré comme un handicap pour l’innovation et par la
suite pour le développement territorial. Tandis que 24 entreprises de notre échantillonnage ont
préféré de continuer à exister dans le complexe industriel Jorf Lasfar, et ce pour l’importance
du capital humain et de sa contribution à l’innovation. En conséquence, nous pouvons
conclure que cette qualification du capital humain est justifiée par la qualité, d’incubateur
d’innovation, que possède le complexe industriel Jorf Lasfar d’être un incubateur
d’innovation. L’innovation est née suite aux interactions développées entre les différents
acteurs et entreprises. Le graphique ci-dessous traduit bien cette interprétation.
Figure 38: Le lien entre l’intention de se démanger du complexe industriel Jorf Lasfar et
le capital humain comme élément qui contribuent à l’innovation

Source : Notre questionnaire


279
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Enfin, nous évoquons le lien de dépendance entre l’intention de se déménager du


complexe et la densité des PME sur le complexe, comme élément qui contribue à
l’innovation. En effet, 26 entreprises n’ont pas l'intention de se déménager, déclarent que la
densité des PME sur le complexe est insuffisante pour mettre en place un système
d’innovation et développer chez elles des comportements innovateurs. Cela permet d’accepter
l’idée clé, avancée dans le troisième chapitre, que les éléments-clés du développement de
l’innovation dans un milieu territorial est l’existence, au niveau local, d’une pépinière
d’entreprises et des entreprises à fort potentiel économique qui assurent une proximité et des
interactions en vue de se procurer d’une dynamique d’apprentissage collectif.
Tableau 46: L'intention de déménager du complexe industriel Jorf Lasfar la densité des
PME comme élément qui contribuent à l'innovation
Quels sont les éléments qui contribuent à
l'innovation? Total
Oui Non

Avez-vous l'intention de Oui 2 2 4


déménager du complexe
0 26 26
industriel Jorf Lasfar Non

Total 2 28 30
Source : Notre questionnaire
La variable de l’innovation par ces différentes facettes dans la stratégie d’entreprises :

Ici nous cherchons à expliquer à travers, le test de Khi 2, la relation de dépendance


entre la variable « l’innovation par ces différentes facettes » d’un côté, et des variables telles
que la nature de l’activité et la participation au développement territorial à la province d’El-
Jadida, de l’autre côté. En effet, cette relation permet d’élucider l’importance et l’ampleur de
la stratégie de l’innovation dans l’entreprise, et de prouver que les entreprises innovantes
participent dans le développement territorial.
D’abord, nous commençons par le lien entre les différentes facettes d’innovation et la
nature de l’activité. En effet, selon le tableau, ci-dessous, nous constatons que plus de la
moitié des entreprises ayant une activité d’industrie ou de service industriel mettent
l’innovation au cœur de la stratégie de l’entreprise. Tandis que, les entreprises ayant une
activité autre que l’industrie considèrent l’innovation comme un projet envisageable dans le
futur ou une affaire secondaire. C’est pourquoi que nous pouvons expliquer cette relation de
dépendance, par les notions du paradigme organisationnel et du paradigme territorial,
développés dans la théorie des milieux innovateurs. Cela signifie que le fonctionnement et

280
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

l’organisation du complexe industriel Jorf Lasfar, la qualité des relations et le mode de


coordination entre les différents acteurs et entreprises permettent aux entreprises de mettre
l’innovation dans la stratégie de l’entreprise. Ainsi, une panoplie d’entreprises ne s’intéresse à
l’innovation que par la nature de l’activité du complexe, à savoir l’industrie et les liens
industriels avec l’OCP. Prenant l’exemple de l’entreprise Mortelecque willmark SARL,
spécialisée dans l’infiltration industrielle qui essaie à tout moment de présenter des
nouveautés dans le domaine, en vue de pérenniser sa relation avec l’OCP. De même,
l’entreprise Moplace International, spécialisée dans la tuyauterie et les matières plastiques ne
cesse d’innover pour préserver sa position sur le marché.
Tableau 47: Les différentes facettes de l'innovation et la nature de l'activité

Nature de l'activité
Industrie BTP Commerce Ser Service
Total
vice industrie
l
Pensez- Au cœur de votre 9 0 0 0 6 15
vous que stratégie
l'innovati Un projet envisageable 7 1 0 2 3 13
on par ces dans le futur
différente
s facettes Ça ne vous concerne pas 0 0 1 0 1 2
Total 16 1 1 2 10 30
Source : Notre questionnaire
La deuxième relation de dépendance qui nous intéresse est la relation entre les
différentes facettes d’innovation d’une part, et, d’autre part, la création de la valeur comme
participation au développement territorial » à la province d’El-Jadida. En effet, selon le
tableau ci-dessous, nous constatons que les entreprises qui considèrent l’innovation comme
une affaire secondaire ne participent guère au développement territorial. Tandis que, la moitié
des entreprises qui mettent l’innovation au cœur de la stratégie participe au développement
territorial. Donc, 1/3 des entreprises innovantes placent « la création de la valeur » comme
participation au développement territorial entre le 1er rang et le 3ème rang. Le deuxième 1/3
envisage de mettre l’innovation dans la stratégie d’entreprise et par la suite d’avoir des effets
positifs sur la création de valeur.

281
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Tableau 48: Les différentes facettes d’innovation et la « création de la valeur » comme


participation au développement territorial

Participation au développement territorial Total


« création de la valeur »

0 rang 1 rang 2 rang 3 rang 4 rang 5rang

Au cœur de votre 3 4 5 2 1 0 15
stratégie
Pensez-vous que
l'innovation par Un projet envisageable 2 5 2 4 0 0 13
ces différentes dans le futur
facettes
Ça ne vous concerne 1 0 0 0 0 1 2
pas
Total 6 9 7 6 1 1 30
Source : Notre questionnaire

En ce qui concerne, la relation de dépendance entre les différentes facettes


d’innovation et «la valorisation des ressources spécifiques» comme participation au
développement territorial à la province d’El-Jadida. Elle est expliquée par le fait, que les
entreprises qui ne sont pas concernées par l’innovation ne contribuent plus au développement
territorial. De même, l’absence de la valorisation des ressources spécifiques ou son
emplacement dans les derniers rangs de développement est dû principalement à la façon
d’innover adoptée par les entreprises.
Figure 39: Les différentes facettes de l’innovation et la valorisation des ressources
spécifiques comme participation au développement territorial

Source : Notre questionnaire

282
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

La variable " les freins à l’innovation" :

Pour conclure, une dernière relation de dépendance a été évoquée. Cette relation est
exprimée à travers une série de croisements, liant les freins à l’innovation d’une part et,
d’autre part, des variables telles que, la place de l’innovation dans la stratégie de l’entreprise,
le partenariat avec l’université et les centres de recherche comme élément qui contribue à
l’innovation, les différents types d’informations et le développement territorial dans la
province d’El-Jadida. Afin de mieux comprendre cette relation, nous étudions chacune des
relations d’une manière indépendante :
 D’abord, une forte relation constatée, entre les freins à l’innovation et l’innovation
dans la stratégie de l’entreprise. D’après le graphique ci-dessous, la majorité des entreprises
dans le complexe exprime que l’innovation est un moyen de réduire les coûts ainsi qu’une
façon de répondre aux exigences du marché, à hauteur de 43,3% pour chaque choix.
Cependant, l’entrave réside dans le manque de l’information et les moyens financiers alloués
pour l’innovation. En effet, dans le complexe Jorf Lasfar les entreprises sont appelées à
accompagner le dynamisme entrepreneurial et les interactions entretenues, par une stratégie
d’innovation adaptée au secteur d’activité d’entreprise.
Figure 40: Le principal frein à l’innovation et l’innovation dans la stratégie de votre
entreprise

Source : Notre questionnaire

 Ensuite, nous expliquons à travers la variable, « le principal frein à l’innovation » et


les différents types d’informations, les limites du dynamisme entrepreneurial dans le
complexe Jorf Lasfar. En effet, 12 entreprises ont avancé que le complexe n’offre plus
l’information adéquate aux entreprises existant dans le complexe. De même, ces entreprises
ont signalé que parmi les freins à l’innovation est le manque d’information. De plus, 7

283
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

entreprises ont exprimé que le milieu offre la possibilité de détecter une opportunité d’affaire,
mais ne possédant pas les moyens financiers pour l’exploiter. Donc, selon ces données, nous
comprenons que le milieu souffre d’un handicap majeur, celui d’offreur d’informations. Par
conséquent, cet handicap limite le développement de l’entrepreneuriat et le pouvoir de
minimiser le risque et l’incertitude d’après A. Julien.
 Parmi les freins à l’innovation exprimée par les entreprises, nous constatons qu’il y a
une dépendance entre l’absence d’un contact avec l’université ou les institutions liées à la
formation et à la recherche et le manque d’information. Cette dépendance est expliquée par
l’absence d’une stratégie d’État en matière de gouvernance territoriale qui permet de créer une
synergie entre les différents acteurs territoriaux et qui limite la mise en place d’un système
d’innovation sur place.

 Encore, une relation de dépendance entre la variable les freins à l’innovation et le


capital humain comme élément contribuant à l’innovation. 26 entreprises ont conclu que le
capital humain dans le complexe Jorf Lasfar contribue à l’innovation, cependant, les moyens
financiers insuffisants restent toujours parmi les freins qui limite ce capital humain à
apprendre et à innover et ce par le coût exorbitant de formation et l’absence des incitations et
d’encouragement pour l’innovation et la formation.
 Quant au dernier lien, Il s’explique par la dépendance entre les freins à l’innovation et
la participation au développement territorial dans la province d’El-Jadida, sous l’ongle de «la
création de la valeur». Selon, le tableau ci-dessous, 9 entreprises ont exprimé qu’ils
participent au développement territorial par la création de la valeur, néanmoins, elles souffrent
en même temps d’une absence d’informations et de l’insuffisance des moyens financiers.
Donc, nous pouvons conclure que les freins à l’innovation influencent d’une façon négative
sur la création de la valeur et par la suite sur le développement territorial. Cette relation est
très forte, par laquelle la mesure symétrique Phi est de 0,967. De même, une autre relation
d’influence celle avec la participation au développement territorial sous l’ongle «l’aide
apportée aux entreprises ».En effet, 13 entreprises ont avancé, qu’elles n’apportent pas de
l’aide aux entreprises.Ainsi, elles souffrent des entraves de l’innovation, chose qui limite
l’interaction et le développement territorial.

284
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Tableau 49: Le principal frein à l’innovation et la « création de la valeur » comme


participation au développement territorial

Participation au développement territorial Total


« création de la valeur »
0 rang 1 rang 2 rang 3 rang 4 rang 5 rang
Quel est le Manque d'informations 2 3 2 1 1 1 10
principal L’indispensabilité 4 0 1 0 0 0 5
frein à Compétences nécessaires 0 0 0 2 0 0 2
l'innovation? Moyens financiers insuffisants 0 6 4 3 0 0 13
Total 6 9 7 6 1 1 30
Source : Notre questionnaire
Hélas, nous mettons fin à l’analyse de Khi 2, qui a pour objectif, d’expliquer la
relation d’influence et de dépendance entre les variables formulées dans notre questionnaire.
Par conséquent, nous pouvons conclure que le complexe industriel Jorf Lasfar, considéré
comme un milieu entrepreneurial offreur d’information et aussi comme un système
d’innovation en cours de formalisation, participe au développement territoriale et ce par la
qualité de l’activité, par l’ingénierie territorial et par les stratégies d’innovation instituées par
les entreprises installées dans le complexe. Nonobstant, ce système d’innovation territoriale
«complexe industriel Jorf Lasfar » souffre de quelques freins à l’innovation, à savoir le
manque d’information et l’insuffisance des moyens financiers. C’est pour cela qu’il est
vivement recommandé dans le complexe d’instaurer, d’une manière efficace, des logiques de
proximité et de s’appuyer sur une ingénierie territoriale, notamment par un capital social
territorial, en vue d’assurer le développement territorial.

285
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Conclusion

Ce chapitre a eu pour objectif, tout d’abord, de dévoiler la réalité entrepreneuriale et


territoriale dans la province d’El-Jadida. En effet, à travers des différents travaux de recherche
et des rapports publiés par les autorités compétentes sur l’entrepreneuriat au Maroc, nous
constatons que ce dernier est caractérisé par une multitude de types et de formes avec une
présence accrue de l’entrepreneuriat informel chez les jeunes qui n’ont la possibilité d’accéder
au marché de travail. De même, l’État a accordé l’importance à l’entrepreneuriat, notamment
par des politiques d’accompagnement et de sensibilisation qui ont porté sur l’amélioration et
l’attractivité du climat d’affaire, à savoir les mesures administratives et les mesures fiscales.
Ainsi, selon les données communiquées par les acteurs territoriaux sur l’entrepreneuriat au
niveau d’El-Jadida, nous avons remarqué que la région d’El-Jadida est une région
entrepreneuriale. Cela est expliqué, d’une part, par le taux de la création d’entreprises toujours
en évolution ces dernières années, et, d’autre part, par les actions entreprises par des
institutions et des associations visant à accompagner les entrepreneurs et à développer chez
les jeunes l’esprit d’entreprise. En ce qui concerne la réalité territoriale de la province d’El-
Jadida. La province possède toutes les qualifications et les économies visant à booster le
phénomène entrepreneurial et d’assurer un développement territorial.
Ensuite, la deuxième section a été dédiée pour expliquer le cadre épistémologique et
méthodologique adoptée au cours de notre travail de recherche. Il s’agit d’un positionnement
épistémologique positiviste avec une logique de déduction. Nous partons d’une revue de la
littérature sur le lien entre le milieu et l’entrepreneuriat, ensuite, nous nous somme inclinés
sur une étude de cas, celui du complexe industriel Jorf Lasfar afin d’expliquer notamment la
dépendance entre le milieu territorial, l’entrepreneuriat et l’innovation, et enfin, nous avons
tiré des conséquences sur les résultats obtenus. Donc, l’étude empirique et les résultats
obtenus ont été réalisés suite à la combinaison entre l’approche qualitative et l’approche
quantitative. L’approche qualitative avait pour objectif de mener une étude exploratoire. Elle
visait à découvrir et à comprendre le complexe industriel Jorf Lasfar par le recours
notamment à la stratégie de l’étude de cas et l’observation non participante. Tandis que
l’approche quantitative avait pour rôle l’étude confirmatoire. Elle cherchait à tester et à
valider les hypothèses de recherchait formulées et qui étaient au nombre de trois.
Enfin, la dernière section a été consacrée à l’analyse et à l’interprétation des résultats.
À travers le test de Fisher qui nous a servir à montrer l’impact d’une variable sur une autre, et
le test de Khi 2 qui expliquait la dépendance des variables.

286
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

CONCLUSION GÉNÉRALE

Cette thèse de doctorat a tenté d’expliquer la relation entre le phénomène


entrepreneurial et l’approche territoriale de développement. Cette relation qui ne peut être
expliquée qu’à travers le recours à la notion du milieu. En effet, le milieu est au coeur de la
relation entre l’entrepreneuriat et le territoire, il permet, effectivement, d’assurer un
dynamisme entrepreneurial, notamment par la qualité du milieu entrepreneurial, par
l’ingénierie du milieu territorial et enfin par le milieu innovateur basé sur l’interaction entre
l’innovation, réseau et organisation. La partie empirique qui vise à démontrer l’impact du
milieu territorial sur le dynamisme entrepreneurial, a été déroulée sur le complexe industriel
Jorf Lasfar situé dans la province d’El-Jadida.

Cette conclusion générale est structurée en trois paragraphes. D’abord, le premier


paragraphe expose les principaux apports théoriques et empiriques de la recherche. Ensuite, le
deuxième paragraphe décrit les limites de la recherche auxquelles nous sommes rencontrés.
Enfin, le dernier paragraphe ouvre des perspectives de recherche pour les chercheurs
souhaitant approfondir leurs recherches dans ce thème.

Les principaux apports théoriques et empiriques de la recherche.

Notre problématique de recherche était : « En quoi le milieu contribue-t-il au


dynamisme entrepreneurial ? ». Pour répondre à cette problématique, nous avons adopté un
plan composé de quatre chapitres. Le premier chapitre consiste à définir le phénomène
entrepreneurial ; un cadrage théorique , l’entrepreneur comme acteur de l’entrepreneuriat et le
cadre conceptuel de l’entrepreneuriat y compris les paradigmes entrepreneuriaux et les
processus entrepreneuriaux. Le deuxième chapitre vise à exposer l’approche territoriale de
développement. Dans ce chapitre, nous avons commencé par l’organisation territoriale ; le
passage de l’espace au territoire ainsi qu’une révélation des économies de l’organisation du
territoire. De même, nous avons insisté sur l’importance des réseaux territorialisés et leurs
dynamiques de proximités. La proximité par différents types est considérée comme une
source de dynamisme entrepreneurial. Le troisième chapitre présente le rôle du milieu
territorial dans le dynamisme entrepreneurial. Enfin, le quatrième et le dernier chapitre
s’intéresse au volet méthodologique et empirique de la recherche, notamment par une
présentation du complexe industriel Jorf Lasfar et de la méthodologie de recherche mobilisée.
De plus, il dévoile les résultats de recherche obtenus.

287
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Dans ce cadre, nous présentons les principaux résultats de recherche, et nous


commençons, tout d’abord, par les apports théoriques.

........Les apports théoriques :

Sur le plan théorique, notre travail cherche à mener une réflexion sur les notions de
l’entrepreneuriat et le territoire. Ainsi, d’expliquer le rôle du milieu territorial dans le
dynamisme entrepreneurial à travers les variables clés. À cet effet, ces apports théoriques sont
présentés comme suit :

Pour le premier chapitre, nous avons constaté, d’après une revue de littérature, que le
concept de l’entrepreneuriat est toujours dans un cadre de pré-théorie, ainsi qu’il n’y a pas un
accord sur la définition du concept de l’entrepreneuriat. Cela est notamment approuvé par
Emile-Michel Hernandez (2001), par lequel précise que les résultats obtenus d’après de
nombreuses recherches empiriques ont permis à une meilleure connaissance du phénomène,
mais n’ont pas permis de produire et de tester des modèles explicatifs et productifs, ainsi que
de construire une véritable théorie de l’entrepreneuriat. C’est pourquoi le champ reste encore
au stade d’un chantier de recherche et d’une problématique en voie de conceptualisation qu’au
stade d’une théorie solide.

De plus, nous avons constaté d’après les modèles processuels de la création


d’entreprises que le facteur territoire qui paraît comme un déterminant pour favoriser la
création d’entreprises au niveau de la région est quasiment absent. En effet, la majorité des
chercheurs insistent beaucoup dans la conception des processus entrepreneuriaux sur des
éléments autres que le territoire, à savoir, le financement, la personnalité du créateur
d’entreprises et ses traits de personnalités, les événements vécus et l’opportunité. Voilà
pourquoi nous avons cherché dans ce qui suit à définir le concept de territoire et de lui
associer au dynamisme entrepreneurial. Bref, le dynamisme entrepreneurial a été expliqué par
le recours à la notion du milieu territorial considéré comme un levier à la création
d’entreprises, d’une part, par la qualité du milieu territoriale qui incorpore des actifs et des
ressources territoriales, et, d’autre part, par l’apport du milieu innovateur.

En ce qui concerne, le second chapitre, nous avons expliqué l’approche territoriale de


développement. D’abord, d’après une revue de littérature, nous avons exprimé que le territoire
n’est plus considéré comme un support de localisation des firmes multinationales ou un
réceptacle des activités économiques. Par contre, le territoire est défini comme un système
complexe durable construit grâce aux effets de l’économie de proximité, ainsi qu’il est
288
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

considéré comme un acteur qui assure son développement. De même, nous avons présenté
l’organisation territoriale par laquelle nous avons abordé les économies primordiales
constituant cette organisation territoriale ; à savoir l’économie d’externalité expliquée par le
fait que lorsqu’une activité induit des coûts ou des bénéfices pour un autre agent qui n’est pas
impliqué directement, l’économie d’agglomération qui est l’idée que les bénéfices retirés par
une entreprise du fait d’être localisée proche à d’autres firmes augmentent avec le nombre de
firmes localisées au même endroit et enfin l’économie des ressources qui d’après B.
PECQUEUR (2003), le territoire est un conteneur de ressources : matérielles, immatérielles,
génériques et spécifiques.

Ensuite, nous avons exposé les réseaux territorialisés et leurs dynamiques de


proximités. En effet, ces réseaux territorialisés sont subdivisés en deux approches. D’une part,
les districts industriels et les systèmes productifs locaux (SPL) qui font partie d’une approche
de développement local, et, d’autre part, les clusters et les pôles de compétitivité qui
s’intègrent dans une approche organisationnelle, c’est-à-dire managériale, toujours à la
recherche de l’innovation et le développement des relations d’interdépendances entre les
différents acteurs. Ces réseaux territorialisés sont dynamisés par une économie de proximité
qui développe la notion de territoire construit au lieu d’un territoire donné. Trois formes de
proximités sont avancées, à savoir la proximité géographique relative à la distance
géographique ou spatiale, la proximité organisationnelle définie comme une relation de
proximité induite par l’appartenance à une organisation, c’est-à-dire, de suivre des règles
communes ou de partager une même culture d’entreprise au sein d’une activité finalisée et
enfin la proximité institutionnelle qui renvoie à un ensemble d’habitudes, de règles et de
conventions, orientant le comportement des acteurs dans un environnement marqué par
l’incertitude.

Enfin, nous avons présenté le projet de développement territorial qui est une version
de développement local basé, de plus, sur la mobilisation et la valorisation des potentialités du
milieu, en vue de résoudre les problèmes rencontrés au territoire, notamment l’exclusion,
l’instabilité et le problème d’emploi. Ce projet de développement nécessite le recours à une
stratégie territorial de coordination, d’où l’importance de la gouvernance territoriale. Selon A
TORRE (2000) la gouvernance est considérée comme un modèle de coordination qui vise à
intégrer les mécanismes productifs et institutionnels dans les dimensions locales (proximité
géographique vs proximité organisationnelle) et globales. La gouvernance territoriale apparaît
comme l’expression des tensions et des arbitrages entre différents intérêts au niveau local.
289
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Dans le troisième chapitre, nous avons cherché à expliquer l’interaction entre le


phénomène entrepreneurial et l’approche territoriale de développement par le recours à la
notion du milieu territorial. En effet, trois approches relatives au milieu territorial ont été
avancées et expliquées. D’abord, le milieu entrepreneurial et sa capacité à assurer le
dynamisme entrepreneurial. Selon P.A. JULIEN (2005), un milieu entrepreneurial est connu
par son rôle d’offreur de ressources, notamment le soutien à la création d’entreprises, le
financement de proximité, les ressources immatérielles, la réduction d’incertitude et
l’environnement socioculturel. Ainsi, un milieu entrepreneurial bien structuré minimisme le
risque de défaillance des entreprises, réduit le risque d’incertitude et offre l’information
pertinente en vue de l’exploiter par les entreprises. Ensuite, la deuxième approche concerne le
mécanisme de l’ingénierie du milieu territorial. Cette ingénierie du milieu, via ces différentes
approches, a contribué d’une manière ou d’une autre à favoriser le dynamisme entrepreneurial
local. Trois mécanismes de l’ingénierie sont évoqués ; un capital social territorial sous forme
d’un réseau social constitué par des normes et des comportements partagés et marqué par des
relations fortes entre les différentes parties prenantes, un encastrement territorial permet à
l’entrepreneur encastré territorialement de bénéficier des relations professionnelles, amicales
et conjugales facilitant l’acte de la création d’entreprises et enfin le phénomène de l’ancrage
territorial incitant les firmes nomades à s’y installer en vue de dynamiser le tissu
entrepreneurial. Enfin, nous avons proposé une organisation du milieu innovateur, selon le
GREMI et P. AYDALOT, qui est considérée comme une plate-forme d’innovation permettant
de faciliter l’accès aux ressources spécifiques, de favoriser l’apprentissage entre acteurs et de
produire un savoir-faire.

........ Les apports méthodologiques et empiriques :

Nous avons présenté, sur le plan empirique et méthodologique, les résultats d’une
approche qualitative et quantitative menées conjointement sur le complexe industriel Jorf
Lasfar afin de montrer l’importance du milieu dans le dynamisme entrepreneurial. D’abord,
l’approche qualitative exploratoire consiste par la stratégie de l’étude de cas et l’observation
passive à découvrir et comprendre la réalité et le fonctionnement du complexe industriel Jorf
Lasfar. C’est-à-dire, les principaux acteurs et entreprises ainsi que les différentes logiques
existant entre acteurs. Ensuite, l’approche quantitative, notamment par l’outil questionnaire,
nous a permis d’obtenir des réponses auprès des entreprises opérantes dans le complexe
industriel Jorf Lasfar en vue de vérifier les hypothèses posées. Ces données collectées ont été
analysées et traitées par l’utilisation de deux logiciels, à savoir SPSS 21 et EXCEL (2013).
290
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

Par ailleurs, nous résumons, ci-dessous, les résultats constatés qui sont, par
conséquent, les apports empiriques de notre travail de recherche :

 Le milieu complexe industriel Jorf Lasfar contribue au dynamisme entrepreneurial. Il


est expliqué par la qualité du complexe à réduire le risque et l’incertitude et par
l’emplacement stratégique du complexe, ainsi que par la proximité territoriale et
institutionnelle des différents acteurs territoriaux.
 Le « comment » du milieu a pu contribuer au dynamisme entrepreneurial. Cela a été
expliqué par une ingénierie territoriale, c’est-à-dire un capital social territorial, un
encastrement territorial et un ancrage territorial. Cette ingénierie a été administrée dans le
questionnaire par des variables clés, à savoir l’expérience et les relations professionnelles
comme motivation pour la création d’entreprises, ainsi que l’intention de déménager du
complexe relatif à l’ancrage des entreprises. En effet, ces variables ont prononcé sur d’autres
variables (voir section 3 du quatrième chapitre), et donc nous constatons que l’ingénierie
territoriale conditionne la création d’entreprises et dynamise l’entrepreneuriat, notamment par
la présence d’une stratégie d’innovation.
 Le milieu innovateur outil de dynamisme entrepreneurial. En effet, nous avons indiqué
que le complexe industriel Jorf Lasfar en tant qu’une formation socio-territoriale fondé sur
une proximité territoriale, des logiques territoriales et une stratégie d’innovation contribue au
dynamisme entrepreneurial. Cela est expliqué dans notre analyse statistique par la dépendance
des variables relatives à l’innovation comme les facettes à l’innovation, le capital humain
comme élément qui contribue à l’innovation et les freins à l’innovation et des éléments liés au
milieu territorial et à son développement , à savoir la nature de l’activité du complexe, les
différents types d’informations et le partenariat avec l’université et les centres de recherche.
Donc, le milieu et l’innovation sont interdépendants. D’une part, elles permettent de participer
au dynamisme entrepreneurial, notamment par l’aide accordé aux entreprises et au
développement des stratégies réactives ou proactives facilitant la détection des opportunités
d’affaires, et, d’autre part, elles facilitent le développement du milieu par la création de valeur
et par la valorisation des ressources spécifiques.

Les limites de recherche :


Les travaux abordant le lien entre l’entrepreneuriat et l’approche territorial sont assez
récents dans les analyses des sciences de gestion et d’économie. C’est pourquoi ont été
confrontés à une pénurie des travaux et des sujets permettant d’expliquer la relation entre le

291
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

dynamisme entrepreneurial et le territoire. Dans ce contexte, d’absence d’étude, nous avons


avancé un lien théorique qui nous a permis d’expliquer la relation de causalité entre les deux
concepts-clés. Ce lien n’est que le concept de milieu. De même, nous avons qualifié notre
travail de recherche, d’un travail tâtonnant qui permet d’apporter des nouvelles pistes de
recherches, à savoir favoriser le dynamisme entrepreneurial par l’approche territoriale.
En outre, une autre limite a exposé relative au déroulement de notre enquête
empirique. D’abord, le complexe industriel Jorf Lasfar est le 1er et le seul parc au Maroc
dédié aux industries de 1ere catégorie ; secteurs de la chimie, parachimie, métallurgie et
énergie. À cet effet, nous avons beaucoup souffert en matière de collecte des données et de
contacts des entreprises sur le parc, d’une part, par la sécurité minutieuse du parc et, d’autre
part, par la présence des produits et de l’activité existant dans le complexe, à savoir le
développement des produits à base des matières relatives à l’acide phosphorique et le soufre
(cette matière dégage une odeur asphyxiante). Ensuite, le nombre d’entreprises existant sur le
complexe industriel Jorf Lasfar est très petit. C’est pourquoi nous avons pu contacter, à l’aide
accordé de la direction provinciale des impôts d’El-Jadida et le centre provincial
d’investissement, un échantillon de Quarante entreprises. Et donc le nombre d’entreprises
enquêtées est relativement faible pour un travail de recherche.

Les perspectives de recherches :

Dans les perspectives de recherche, il serait intéressant dans le futur à compléter cette
recherche, liant entre le phénomène entrepreneurial et l’approche territoriale, notamment par
le renforcement et le développement de la notion du milieu territorial. Ainsi, de renforcer le
fonctionnement des réseaux territorialisés par des politiques industrielles pointues favorisant
le dynamisme entrepreneurial et des stratégies de gouvernance territoriale adoptées aux
spécificités territoriales.

D’une part, les responsables étatiques chargées de développement territorial devront


fournir plus d’efforts en vue d’assurer une adéquation entre les milieux industriels locaux
existants sur le territoire marocains et les approches des réseaux territoriaux ; soit une
approche basée sur le développement local ou une approche managériale basée sur
l’innovation et le développement des relations d’interdépendances entre les acteurs. Dans ce
contexte, les futurs chercheurs seront sollicités de s’incliner, en détail, sur ce sujet en vue
d’éviter la défaillance des réseaux territoriaux et de proposer des politiques industrielles
répondant au besoin du milieu territorial permettant d’assurer le dynamisme entrepreneurial.
De même, cette adéquation permet, aussi, la réussite des projets de développement territorial.
292
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

D’autre part, la gouvernance territoriale considérée comme une stratégie de


coordination au niveau du milieu territorial permet de stimuler l’acte de la création
d’entreprises, notamment par le développement des partenariats entre les différents acteurs
territoriaux quelles que soient leurs natures ; étatique (les directions locales, les offices et les
délégations), privés (les petites entreprises et les firmes multinationales) et sociaux (les
associations professionnelles, les syndicats et les organismes locaux intéressant au monde
d’entrepreneuriat). Cette nouvelle stratégie adoptée aux spécificités du milieu territoriales
permet, d’une part, à concevoir un mode de gestion territorial efficace d’un réseau territorial,
tout en permettant de révéler les actifs et les ressources territoriales et de le mettre à la
disposition des entreprises, et, d’autre part, d’augmenter les chances de réussite tous projets
de développement territoriaux par les effets de dynamisme entrepreneurial.

293
Entrepreneuriat, milieu et développement territorial Cas du complexe industriel Jorf Lasfar

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