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OBSEQUES DE L’ABBE JEAN SIMON

Samedi 12 mars 2011


Eglise St Remi de Charleville-Mézières

Textes : Lamentations 3.16-26 ; St Marc 15.33-39 ; 16. 1-6

Le 2 avril 1984, jour anniversaire de son baptême, le Père Jean Simon écrivait dans un
premier testament : « Je pense à tous ceux qui m’ont soutenu par leur foi et leur amitié, à tous
ceux qui attendaient de moi un vrai serviteur du Christ-prêtre et n’ont, en fait, trouvé en moi
qu’un pauvre homme. ». Un témoignage de son humilité car le Père Simon qui avait reçu bien
des qualités, j’allais dire bien des charismes, ne se vantait pas, était assez lucide pour savoir
combien nous sommes fragiles et que nous ne répondons jamais pleinement aux attentes de
celui qui nous a confié des talents.

Oui l’homme livré à ses propres forces est bien pauvre ! « le prêtre, dit-on, est un autre
Christ », mais il est d’abord un homme avec ses limites, ses faiblesses et sa souffrance quand
surviennent la maladie et la perspective de la mort. « J’ai oublié le bonheur, la paix a déserté
mon âme » disait le texte écouté en première lecture. Un jour Jésus avait dit à ses apôtres :
« Le serviteur n’est pas au-dessus de son maître ». Jean en a fait pendant neuf mois la cruelle
expérience en luttant contre un mal implacable. A certains jours, sans doute, il a fait siennes
les paroles du Christ mourant sur la croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu
abandonné ? » Il a été parmi ceux qui ont été associés plus étroitement à la passion du Christ.
En pleine lucidité, lui qui était pudique et de nature indépendante, a connu une lente
dégradation physique avec les humiliantes contraintes qui en découlaient. Jusqu’à ce lundi où
il nous a dit : « Je ne puis plus rien faire tout seul ! ». Oui, « tout était consommé » comme
disait Jésus dans un autre récit de la passion.

« Mais voici, disait le livre des Lamentations, que je rappelle en mon cœur ce qui fait
mon espérance, les bontés du Seigneur ne sont pas épuisées, ses miséricordes ne sont pas
finies. » Notre ami en a fait l’expérience quand il est allé en août en pèlerinage à Lourdes :
jours fatigants certes mais Jean a été rayonnant, aux dires de ceux qui l’ont côtoyé à ce
moment-là, réconfort trouvé auprès de la Vierge Marie dont il implorait toujours la maternelle
protection.

Le Père Simon, dans l’épreuve, gardait la foi et priait de plus en plus difficilement en
raison de sa faiblesse, mais il était animé habituellement d’une foi réfléchie, nourrie par la
Bible et la lecture de livres sérieux. Même en vacances je ne l’ai jamais vu avec un roman
policier entre les mains ! Aux nombreux visiteurs qui venaient à son chevet, il demandait
aussitôt des nouvelles de leur santé ou de leu famille plutôt que de parler de son état. Une
excellente mémoire lui permettait de se rappeler les noms, les visages, ce que vivaient ses
interlocuteurs. Les liens familiaux étaient très importants pour lui. La famille, sa famille, il y
était fort attaché et les siens , de leur côté, l’aimaient beaucoup et l’ont entouré dans son
épreuve avec un grand dévouement. Le grand frère prêtre, l’oncle était toujours là, on pouvait
compter sur lui dans les joies comme dans les peines. Il était un point de référence, un roc
solide à l’écoute de tous, sans juger, dans le respect des personnes. Jusqu’au bout il s’est tenu
au courant , et j’en étais surpris, de la vie diocésaine ou des événements locaux. Un homme,
oui, bien implanté mais, vous ne vous y êtes pas trompés, vous tous venus si nombreux lui
rendre hommage ce matin et prier pour lui.
Dans les multiples tâches qui lui ont été confiées ou pour lesquelles il a été sollicité,
vous avez vu, nous avons tous vu, un serviteur du Christ-prêtre. Nous avons apprécié son
ouverture d’esprit, son souci du dialogue au sein de l’œcuménisme, moins attentif aux
différences qui séparent les catholiques et les protestants qu’aux richesses que nous
partageons : ‘ »Qu’ils soient un » priait Jésus, c’était son désir à lui aussi : on attend du prêtre
qu’il soit à l’image du Seigneur Jésus, le serviteur de tous sans exclusive. Que ce soit avec
‘les équipe enseignantes’, les ‘foyers Notre-Dame’, ou une équipe de MCC (Mouvement des
cadres chrétiens), aux sensibilités et aux objectifs différents, le Père Simon était à l’aise ; il
n’était pas bavard, il écoutait beaucoup, mais quand il prenait la parole, c’était à bon escient,
pour donner un avis autorisé ou un conseil judicieux ou faire une reprise spirituelle.

En paroisse ou ailleurs, que de gens qui ont bénéficié de sa disponibilité, de son


dévouement, que de personnes ont trouvé en lui un guide sûr et sécurisant, qui l’ont quitté
apaisés : il n’était pas expansif ni démonstratif : en revanche il écrivait très volontiers pour
féliciter à l’occasion d’un événement heureux ou pour partager une peine ; il trouvait le mot
juste qui va au cœur de celui à qui il est adressé. A Noël encore, alors qu’il était déjà bien
fatigué, il a envoyé une carte à chaque membre de l’aumônerie de l’hôpital avec un mot
personnalisé qui faisait « mouche ».

L’aumônerie des hôpitaux, c’est là peut-être qu’il a donné pendant plus d’une décennie
sa pleine dimension où s’est exprimé tout son cœur de prêtre-serviteur du Christ, de ce Jésus
si proche des petits, des malades, des pauvres. Ecoute, paroles d’espérance, réconfort des
familles dans l’angoisse ou en deuil. C’est à tout cela que les uns et les autres ont été sensibles
et à cause de tout cela qu’ils lui ont été reconnaissants et lui manifestent de l’amitié.

Et c’est la note d’espérance que nous apporte la finale de la première lecture : « le Seigneur
est bon pour qui se tourne vers lui, pour celui qui le recherche. C’est une bonne chose
d’attendre en silence le secours du Seigneur». Et l’évangile, après nous avoir rapporté la mort
du Seigneur, l’angoisse et la peur des saintes femmes qui viennent pour les soins funéraires ,
l’évangile clame la Bonne Nouvelle qui console de tout : « il est ressuscité ! ». C’est la
récompense du centurion, un païen qui avait crié sa foi quand jésus avait rendu le dernier
soupir : « vraiment cet homme était le Fils de Dieu. » Nous savons bien que Jésus est mort
pour vaincre la mort, pour nous ouvrir les portes de la Vie. Que cette annonce de la
résurrection de Jésus résonne dans notre cœur et nous ouvre à l’espérance. Peut-être faut-il
demander à Dieu de rouler la lourde pierre qui bouche l’entrée , non pas du tombeau, mais de
nos yeux, d’arracher le bandeau qui nous aveugle et qui nous masque la lumière. « L’essentiel
est invisible pour les yeux » disait Antoine de Saint-Exupéry. « N’ayez pas peur, nous répète
le message de Pâques, vous cherchez votre ami, il n’est pas ici, il est vivant, car comme Jésus
nous sommes appelés à ressusciter. ».

Puisses-tu, Jean, entendre aujourd’hui le Seigneur te dire : « Viens, bon et fidèle


serviteur, entre dans la joie de ton Maître ». Et nous sommes sûrs que tu restes proche de nous
car, comme l’écrivait un prélat : « les morts sont des invisibles, ce ne sont pas des absents. »

AMEN
(Père Guy Renard)