Vous êtes sur la page 1sur 88

Développement des énergies

marines renouvelables et
Les énergies
renouvelables préservation de la biodiversité
- VOLUME 2 -
Rédaction : Marion PEGUIN, sous la coordination de Christophe LE VISAGE, animateur du groupe de contact « Energies marines
renouvelables  », Guillemette ROLLAND, présidente de la Commission «  Gestion des Ecosystèmes  » et Sébastien
MONCORPS, directeur du Comité français de l’UICN.

Remerciements : Le Comité français de l’UICN remercie particulièrement :


les personnes ayant relu attentivement ce travail : BARILLIER Agnès (EDF) - BAS Adeline (EDF EN) - BONADIO Jonathan (MEDDE-
DGEC) - CARLIER Antoine (IFREMER) - DELENCRE Gildas (Energies Réunion) - GALIANO Mila (Ademe) - GUENARD Vincent (Ademe) -
LEJART Morgane (FEM) - MARTINEZ Ludivine (Observatoire Pelagis) - MENARD Jean-Claude (ELV) - MICHEL Sylvain (AAMP) - de
MONBRISON David (BRLi),
les membres du groupe de travail « Mer et Littoral » du Comité français de l’UICN, présidé par Ludovic FRERE ESCOFFIER (Nausicaa),
les participants des différents comités de pilotage : AMY Frédérique (DREAL HN) - ANDRE Yann (LPO) - ARANA-DE-MALEVILLE
Olivia (FEE) - AUBRY Jérémy (Gondwana) - ARGENSON Alain (FNE) - BARBARY Cédric (GDF Suez) - BAS Adeline (Ifremer / EDF
EN) - BEER-GABEL Josette (expert) - BELAN Pierre-Yves (CETMEF) - BONADIO Jonathan (MEDDE-DGEC) - BONNET Céline (Va-
lorem) - BORDERON Séverine (GREDEG-CNRS) - BOUTTIER Jenny (BRLi) - CAILLET Antonin (Alstom Ocean Energy) - CANON
Marina (EDPR) - CANTERI Thierry (PNM Iroise, AAMP) - CARRE Aurélien (UICN France) - CASTÉRAS Rémi (WPD Offshore) - CHA-
TEL Jean (RTE) - CHRISTIN Jérôme (CEREMA) - COUSTY-MARTINIE Elodie (FNE) - DACQUAY Vanessa (UICN France) - DELANGUE
Justine (UICN France) - DELAPLACE Sophie (EOLE RES) - DELCOURT Vincent (Biotope) - DELIESSCHE Judicaelle (Marineener-
gytimes) - DEVISSE Jean-Stéphane (WWF) - DIAZ Bérénice (Sogreah Artelia Group) - DRU Johanne (expert) - DUMEAUX Lorène
(Vinci Concessions) - DUMONT Cécile (FNE) - GERARD Léa (MEDDE) - GIRARD Johann (WPD offshore) - GONZALEZ Lauriane
(Compagnie du Vent) - GRANDGUILLOT Eric (Altech-ENR) - GREVELLEC Agathe (GDF Suez) - GROSDEMANGE Didier (InVivo Environ-
nement) - GUESDON Romain (Compagnie du vent) - GUIBERT Philippe (CREOCEAN) - HATE Elodie (Compagnie du Vent) - IMBERT
Nicolas (GCFT) - JOURDAIN Jérôme (CNPMEM) - KERMAGORET Charlène (Ifremer) - LAFON Xavier (MEDDE) - LE CROM Izan (Ecole
Centrale de Nantes – SEMREV) - LEFEVRE Christophe (UICN France, AAMP) - LE GOUVELLO Raphaëla (expert) - LEJART Morgane
(France Energies Marines) - LEMIERE Samuel (GDF Suez) - LESIGNE Jean-François (RTE) - L’HOSTIS Denez (FNE) - LIEPPE Denis
(expert) - LIHOREAU Antoine (GDF Suez) - LOAEC Jean-Marie (EDF-CIH) - MARCELLIER Marc-Adrien (expert) - MARIE Anne-Claire
(FNE) - MATHIEN Adeline (FNE) - MENARD Jean-Claude (expert) - MICHALSKI Julie (FNE) - MICHEL Jean-Paul (Pew Environne-
ment) - MICHEL Sylvain (AAMP) - MONNET Alice (GDF Suez) - MOREAU Johanna (CEMEX) - NGO JE Jean (expert) - OLLIER Michel
•2• (Pôle Mer Méditerranée) - PERVES Philippe (Nass-et-Wind) - PIANTE Catherine (WWF) - PIGUET Caroline (EOLE-RES) - RAOUX
Aurore (RTE) - REGNIER Mathias (FrancEole) - ROCHE Henri Pierre (EDF EN) - ROGER-DENEUVILLE Roxane (expert) - ROLLAND
Guillemette (CELRL) - SAFFROY Damien (RTE) - SCHWARTZ Soizic (MEDDE) - SEBIRE Marie (FNE) - SEVIN Marie-Aude (AAMP) -
SIMONET Florence (EDP) - SORNIN Jean-Marc (CREOCEAN) - STERCKEMAN Aurore (AAMP) - THIEBAUD Léa (CETMEF) - THIEVENT
Philippe (CDC Biodiversité) - TILOT Virginie (expert) - TINETTI Julie (FFESSM) - TOLLEMANS Antoine (Neoen Marine) - TOULHOAT
Lucille (CNPMEM) - TOULOUSE Paul (Alstom Ocean Energy) - UZAN Yohann (Alstom Ocean Energy) - VAISSIERE Anne-Charlotte
(Ifremer) - VARRET Claire (EDF) - VEAUVY Mariana (expert) - VIGNAND Bernard (SG-Mer) - WALKER Emily (EDP)
pour les nombreuses contributions qu’ils ont apportées.

Nous remercions également les partenaires financiers de cette étude, sans qui cette réalisation n’aurait pu être possible :

Citation de l’ouvrage : UICN France (2014). Développement des énergies marines renouvelables et préservation de la biodi-
versité. Synthèse à l’usage des décideurs. Paris, France.

Dépôt légal : Septembre 2014 ISBN n° 978-2-918105-35-0 Crédit photo de la couverture : © EDF EN-Dave Evans

La reproduction à des fins non commerciales, notamment éducatives, est permise sans autorisation écrite à condition que la source
soit dûment citée. La reproduction à des fins commerciales, et notamment en vue de la vente, est interdite sans permission écrite
préalable du Comité français de l’UICN.
La présentation des documents et des termes géographiques utilisés dans cet ouvrage ne sont en aucun cas l’expression d’une
opinion quelconque de la part du Comité français de l’UICN sur le statut juridique ou l’autorité de quelque Etat, territoire ou région, ou
sur leurs frontières ou limites territoriales.

Les opinions exprimées dans le présent rapport n’engagent que leurs auteurs. Elles ne sauraient refléter la position des membres du
comité de pilotage ou des organismes partenaires de cette étude.
Sommaire

© Sylvain Michel

Introduction 4

Présentation des enjeux 6


•3•
Enjeux énergétiques............................................................................................................................................................... 8
Enjeux de conservation du milieu marin.............................................................................................................................. 10
Contexte règlementaire........................................................................................................................................................ 14

Présentation des différentes filières EMR 20


Etat de la recherche............................................................................................................................................................. 22
Techniques, conditions nécessaires et potentiels en France............................................................................................... 23

Evaluation des impacts des différentes filières EMR


et recommandations 32
Menace : Bruit et vibrations.................................................................................................................................................. 35
Opportunité et menace : Modification de l’habitat............................................................................................................... 40
Menace : Effet barrière et risques de collisions................................................................................................................... 47
L’effet « Récif »… Opportunité et Menace............................................................................................................................ 51
Impacts résiduels................................................................................................................................................................. 52

Synthèse 54

Fiches thématiques 56
Fiche 1 : Protocoles Biodiversité : état des lieux et suivi ..................................................................................................... 58
Fiche 2 : Impacts cumulatifs, conflits et synergies.............................................................................................................. 66
Fiche 3 : Aires marines protégées et énergies marines renouvelables................................................................................ 72
Fiche 4 : Raccordement : quelques pistes de réflexions...................................................................................................... 78
Fiche 5 : Démantèlement : quelques pistes de réflexions.................................................................................................... 84
Introduction

© Sébastien Brégeon / Agence des aires marines protégées

Les combustibles fossiles « conven- de gaz à effet de serre (même si, en raison effet, la réduction des émissions de gaz à
tionnels » (charbon, pétrole, gaz) ou « non de leur caractère intermittent, certaines de effet de serre ne doit pas être réalisée au
conventionnels » (sables asphaltiques, ces technologies nécessitent la complé- détriment de la biodiversité.
schistes bitumineux, gaz de schiste) ain- mentarité d’autres énergies, y compris fos-
si que l’énergie nucléaire, représentent siles et nucléaires). Par ailleurs, ces éner- La France s’est donc engagée, dans le
•4• actuellement plus de 80 % de l’énergie gies sont produites localement, limitant cadre de la loi de programme fixant les
totale utilisée dans le monde (hors bois la dépendance aux importations d'autres orientations de la politique énergétique
non commercialisé). pays et sont sources de création d'emplois. (loi POPE du 13 juillet 2005), à diviser par
quatre ses émissions de gaz à effet de
L’utilisation des énergies fossiles porte Pour atteindre ce but, l’utilisation de ces serre à l’horizon 2050.
atteinte à l’environnement. En effet leur énergies renouvelables doit être associée
combustion contribue massivement au à des politiques d’économie d’énergie Elle s’est aussi engagée aux échelles eu-
réchauffement climatique du fait du gaz centrées sur l’efficacité énergétique et ropéenne et internationale : dans le cadre
carbonique émis et leur exploitation se sur une diminution de la consommation. de l’adoption, sous présidence française,
caractérise souvent par des impacts lourds du paquet législatif « énergie-climat », la
sur les écosystèmes. Les exploitations pé- Réduire la dépendance aux ressources France s’est engagée sur une réduction
trolière et gazière offshore notamment ont non renouvelables et limiter les émis- de 14 % entre 2005 et 2020 des émis-
des impacts croissants (bruit, pollution…). sions de GES est devenu prioritaire dans sions de gaz à effet de serre des secteurs
le cadre de la lutte contre le changement non soumis à la directive sur le marché
L’énergie nucléaire n’intervient que faible- climatique. Rappelons que celui-ci est des permis d’émissions (Directive SCE-
ment dans le réchauffement climatique, une menace pour la biodiversité car, selon QE). Cet engagement contribue à l’ob-
mais soulève des préoccupations impor- le rapport du GIEC, une augmentation de jectif européen de réduction de 20  %
tantes sur la question de la sécurité des + 2°C entrainerait un risque d’extinction par rapport à 1990 pour la deuxième
centrales, de l’élimination des déchets ra- de 30 % des espèces. Or, parmi les nom- période d’engagement au titre du proto-
dioactifs et de sa dépendance vis-à-vis de breuses solutions existant pour atténuer cole de Kyoto (2013-2020). Aujourd’hui,
la ressource en uranium. L’insécurité des le changement climatique, les sources la France prend une part active dans les
approvisionnements en énergie fossile d’énergie renouvelable peuvent jouer un négociations internationales sur le ré-
est, quant à elle, liée à la fois aux aléas rôle important. gime post-2020 et soutient le processus
géopolitiques des principaux pays four- engagé suite à la Conférence des Par-
nisseurs et à l’épuisement (inévitable sur Ces sources d’énergie dépendent des éco- ties de Cancun (COP 16) avec l’objectif
le long terme) des gisements. systèmes naturels comme les forêts, les de limiter à 2°C le réchauffement des
océans et les fleuves et de leur fonction- températures1 d’ici la fin du siècle par
En réponse à ce constat, les énergies re- nement. L’exploitation de ces ressources a rapport à l’ère pré-industrielle. L’objectif
nouvelables sont de plus en plus mobili- un impact sur chacun des écosystèmes ex- de la France est de parvenir à un accord
sées pour assurer un rééquilibrage des ploités. Les choix énergétiques doivent être global ambitieux sur le climat lors de la
modes de production, et ainsi une meil- faits avec une vision globale des différents Conférence des Parties de 2015, qu’elle
leure protection de l’environnement, en enjeux afin que les impacts soient, locaux, accueillera à Paris.
contribuant à la réduction des émissions compensables, et le plus faible possible. En
En plus de ces objectifs, elle prévoit de de protection des écosystèmes et/ou de
développer les énergies renouvelables développement énergétique,
(EnR) pour atteindre en 2020 l’objectif › aider à sensibiliser les acteurs de l’éner-
de 23 % d’EnR dans la consommation gie et les décideurs à l’importance de la
totale d’énergie finale. Cela signifie diversité biologique marine et aux me-
d’une part maîtriser notre consomma- naces auxquelles elle est exposée.
tion, et d’autre part développer massi-
vement la production à partir de sources L’étude s’intéresse à 5 types de technolo-
renouvelables - de 20,6 Mtep en 2011 à gie d’exploitation des énergies marines re-
37 Mtep d’ici 2020. nouvelables : l’éolien offshore (fixé et flot-
tant), l’hydrolien, l’énergie houlomotrice,
La France a notamment mis l’accent sur l’énergie thermique des mers ainsi que
le développement des énergies marines l’énergie marémotrice. Il existe d’autres
renouvelables (EMR), du fait de sa juri- énergies issues de la mer (énergie osmo-
diction nationale sur de grandes surfaces tique, par exemple) mais, du fait de leur
maritimes et des nombreuses formes stade très peu mature, nous avons choisi
sous lesquelles l’énergie y est disponible. de ne pas les développer dans ce rapport.
La France possède en effet la deuxième
zone économique exclusive mondiale, Ce travail concerne la métropole et
d’une surface de 11 millions de km², l’outre-mer français.
répartie sur les quatre océans de la pla- Pour chaque type d’énergie sera déve-
nète, et dont le potentiel énergétique est loppée une présentation du principe d’ex-
considérable et diversifié. Mais ces zones ploitation, ainsi que ses impacts avérés
renferment de nombreux écosystèmes ou potentiels, négatifs comme positifs
marins et côtiers à haute valeur patrimo- sur la biodiversité marine. La présentation
niale (notamment 10 % des écosystèmes des impacts s’appuie sur une étude réa-
récifaux-lagonaires, 20 % des atolls du lisée par le MEDDE3, une étude effectuée
monde et 50 % de la biodiversité mon- par l’UICN4 et d’autres partenaires ainsi •5•
diale de mammifères marins) et ces éco- que sur des échanges avec des cher-
systèmes se révèlent fragiles : les enjeux cheurs français. Toutefois, il faut préciser
auxquels la France doit faire face sont que les connaissances dans ce domaine
donc complexes. sont encore lacunaires ; elles sont basées
sur les retours d’expérience de l’étranger
Le Comité français de l’UICN encourage confrontés à des écosystèmes particuliers
une transition rapide vers des sources et parfois très différents de ceux des eaux
d’énergie durables, et souhaite mettre à françaises, ce qui limite la transposition
disposition les connaissances existantes directe de tous les résultats.
sur les impacts pour les écosystèmes
des différentes alternatives aux énergies On s’attachera aussi à différencier les
fossiles, et sur la manière de limiter ces phases de construction, d’exploitation et
impacts dès l’élaboration des stratégies de démantèlement, qui n’impactent pas
(politiques, plans et programmes). de la même manière les différents com-
partiments biologiques concernés. L’ob-
La question des mesures compensatoires jectif est d’avoir une vision globale et stra- 1 http://unfccc.int/files/meetings/cop_16/appli-
environnementales n’est pas traitée à ce tégique de chaque filière et de mettre en cation/pdf/cop16_lca.pdf
2 En Belgique, le plan d’action PHOQUE vise
stade ; en effet, en Europe, peu de me- regard leurs performances énergétiques à compenser indirectement les impacts des
sures compensatoires environnemen- et leurs impacts sur l’environnement. éoliennes en mer du Nord : http://www.
tales2 ont actuellement été mises en ensembleautravail.be/article/60/plan-dac-
œuvre en mer dans le cadre de projets Il sera ainsi possible, dans la partie « Re- tion-phoque-dune-politique-environne-
mentale-defensive-a-une-politique-envi-
d’EMR. Ce sujet fait l’objet de recherches commandations  », d’informer les déci- ronnementale-offensive-en-mer-du-nord/
très actives. deurs sur la stratégie de développement Par ailleurs des mesures compensatoires ont
des EMR qui impacterait le moins pos- déjà été mises en œuvre pour des aménage-
Ce travail vise notamment à : sible la biodiversité marine. ments portuaires (par exemple, Port 2000 au
Havre).
› constituer un panorama de référence sur 3 MEDDE, 2012, Energies Marines Renouvelables,
les interactions énergies marines renou- Etude méthodologique des impacts environne-
velables / écosystèmes marins et côtiers mentaux et socio-économiques. Lien : http://
sensibles en France (état des lieux des www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/
pdf/120615_etude_version_finale.pdf
pressions, menaces et opportunités), 4 IUCN, 2010, Greening Blue Energy: Identifying
› fournir une base solide pour guider les and managing the biodiversity risks and oppor-
décisions dans le cadre des politiques tunities of off shore renewable energy
Présentation des enjeux

•6•

Groupe d'huîtriers pies (Haematopus ostralegus) en vol © Benoît Dumeau / Agence des aires marines protégées
•7•
Enjeux énergétiques

Corynactis & laminaires © Frédéric Lechat


•8•

Réchauffement climatique et sur le globe aura de multiples impacts dépasserait le mètre dès le début du
crise de la biodiversité difficiles à estimer, du fait de sa rapidité 22ème siècle et pourrait atteindre 3m en
surtout. Les impacts sont déjà percep- 2300 (ce qui pourrait toucher 270 mil-
A l’échelle mondiale, nos besoins en éner- tibles sur certains écosystèmes (blan- lions de personnes vivant dans les zones
gie ne cessent d’augmenter. Actuellement, chissement des coraux, réchauffement côtières9). D’ores et déjà, il est possible
ceux-ci sont satisfaits à 81 %5 par l’utili- de l’océan superficiel, acidification des d’associer à l’échelle mondiale certaines
sation de combustibles fossiles (pétrole, océans, dépérissement des écosystèmes migrations humaines au réchauffement
charbon, gaz et nucléaire (uranium et plu- forestiers, fonte des glaciers, modifica- climatique. Ce phénomène touche sou-
tonium). Cependant, ces combustibles ne tion des aires de répartition de certaines vent des populations déjà fragilisées par
sont pas inépuisables : au rythme où nous espèces, développement d’espèces exo- d’autres catastrophes naturelles.
les consommons actuellement, les réserves tiques envahissantes…), mais il est en-
de pétrole pourraient être épuisées dans les core difficile aujourd’hui, malgré les dif- Le réchauffement climatique aura proba-
prochaines décennies et le gaz d’ici deux à férents scénarios développés, d’estimer blement 10 comme conséquence une aug-
trois siècles. Par ailleurs, l’utilisation de ces l’ampleur des impacts que cela pourra mentation des phénomènes climatiques
combustibles fossiles est majoritairement6 avoir sur la biodiversité, les écosystèmes extrêmes, en intensité et en fréquence,
responsable du phénomène du change- et les services qu’ils fournissent. Le rap- causant des catastrophes dramatiques
ment climatique, lié au rejet dans l’atmos- port du GIEC estime cependant qu’une sur le plan humain, environnemental et
phère de gaz à effet de serre. augmentation de 2°C mettrait en péril économique.
30 % des espèces à l’échelle mondiale,
Les impacts du changement climatique faisant du changement climatique l’une Deux catégories de réactions sont alors
se font déjà sentir, avec une augmenta- des principales menaces pesant sur la envisageables, sans exclusivité :
tion de 0,85°C de la température globale biodiversité dans les décennies à venir.
moyenne à la surface du globe au cours Cet impact sera beaucoup plus important › L’atténuation  : cela implique en premier
de la période 1880-20127 (GIEC, 2013). sur les écosystèmes à capacité limitée lieu la diminution des émissions de gaz à
Les divers modèles du Groupe d’Experts d’adaptation, tels que les récifs coralliens. effet de serre affectant le climat. La sobrié-
Intergouvernemental sur l’Evolution du té et l’efficacité énergétique sont pour cela
Climat (GIEC) prévoient une augmentation L’Homme sera aussi impacté directe- incontournables. Le développement des
allant de 1,5 à plus de 4°C pour la fin du ment  : selon les prévisions du GIEC, le énergies renouvelables en mer constitue
XXIe siècle par rapport à l’ère préindus- niveau marin moyen pourrait augmenter également une mesure forte d’atténuation.
trielle7. L’augmentation de la température de 26 à 82 cm d’ici 21008. Cette hausse
› L’adaptation  : cette notion implique de valent CO2), mais aussi à nos engage- Le rapport du GIEC
diminuer la vulnérabilité et d’amélio- ments européens. estime qu’une aug-
rer la résilience des systèmes naturels
et humains face aux conséquences du En effet la France concourt à la réalisation mentation de 2°C mettrait
changement climatique. Les solutions de l’objectif d’amélioration de 20  % de en péril 30 % des espèces à
basées sur la nature (nature based l’efficacité énergétique de l’Union Euro- l’échelle mondiale.
solutions) promues par l'UICN en sont péenne (paquet Énergie-Climat européen
une réponse. La préservation des man- adopté en 2008) et s’engage à porter
groves, par exemple, permet de limiter la part des énergies renouvelables à au
l’impact des tempêtes. moins 23 % de sa consommation d’éner-
gie finale d’ici à 2020 (Loi Grenelle 1 en
Ces approches permettent de limiter les 2009).
effets et de limiter les risques associés
aux changements climatiques. Dans ce programme, il est prévu que 3 %
de la consommation électrique totale na-
La nécessité d’une transition tionale proviennent d’énergies marines
énergétique et le potentiel des renouvelables à l’horizon 2020. Notons
EMR que la puissance installée des EMR
françaises ne représente en 2013 que
LA QUESTION EST POSÉE SUR LA 0,1 % de la consommation totale (essen-
SCÈNE INTERNATIONALE… PUIS À tiellement par l’usine marémotrice de la
L’ÉCHELLE DE CHAQUE PAYS Rance).

Face au constat du changement clima- DIFFÉRENTS SCÉNARIOS DE DÉVE-


tique et de l’épuisement programmé LOPPEMENT DES ÉNERGIES RENOU-
des ressources fossiles, il est apparu à VELABLES EN MER
l’échelle mondiale la nécessité d’une
transition énergétique. Celle-ci est encore Face à ces enjeux, la France s’est interrogée •9•
plus urgente pour les pays qui, comme sur les potentiels dont elle disposait pour at-
la France, possèdent peu de ressources teindre les objectifs qu’elle s’est fixée. Le
d’énergies fossiles exploitables. Ce début des années 2010 a vu la naissance
constat n’est pas nouveau, et de nom- de divers scénarios, tels que le scénario Né-
breux acteurs du monde politique et gawatt11 et le scénario du WWF12.
scientifique ont tiré la sonnette d’alarme
dès la première crise du pétrole en 1973. Ces scénarios se basent d’abord sur
une diminution de notre consommation
La loi de Programmation fixant les Orien- tout en proposant un mix de production
tations de la Politique Energétique (loi d’énergies renouvelables, misant princi-
POPE du 13 juillet 2005) avait déjà confir- palement sur la biomasse et l’éolien pour
mé, outre l’importance donnée à l’utilisa- Négawatt, et sur le solaire pour WWF.
tion rationnelle de l’énergie, l’intérêt du Les énergies marines renouvelables, hors
développement des énergies renouve- éolien offshore, n’occupent qu’une place
lables. Celui-ci répond à un double enjeu : très modeste dans ces scénarios  ; ceci
s’explique par le souci des auteurs de
› réduire la dépendance énergétique de la ne mettre en avant que des technologies 5 Agence Internationale de l’Energie, 2011.
6 5ème rapport du GIEC, résumé pour décideurs
France : à moyen terme, les énergies re- validées au niveau industriel à grande (en)
nouvelables constituent des alternatives échelle. 7 5ème rapport du GIEC, résumé pour décideurs
stratégiques précieuses dans nos choix (en)
énergétiques (rappelons que l’uranium L’Ifremer13 a lancé en mars 2007 un tra- 8 5ème rapport du GIEC, résumé pour décideurs
(en)
aussi est importé). vail de réflexion prospective à l’horizon 9 Estimation pour 2010, chiffre en forte augmen-
2030 sur ces formes d’énergies. Appuyés tation, avec +95 % entre 1970 et 2010.
› contribuer à satisfaire les engagements par le bureau d’étude Futuribles, une 10 De peu probablement à très probablement, se-
internationaux de réduction de gaz à vingtaine de partenaires français repré- lon le type d’événements extrêmes considérés.
11 NégaWatt, 2011, Scénario NégaWatt 2011  :
effet de serre de notre pays (accords sentant les principaux acteurs du secteur Dossier de synthèse
de Kyoto signés en 2002, engageant la ont participé à ce travail. Leurs objectifs 12 WWF, ECOFYS, OMA, 2011, Rapport énergie :
France à diviser par quatre ses émis- étaient d’identifier les technologies, pré- 100 % d’énergies renouvelables d’ici 2050
sions de gaz à effet de serre entre 1990 ciser les conditions socio-économiques 13 Ifremer (Ouvrage collectif coordonné par
Michel Paillard, Denis Lacroix, Véronique
et 2050, afin de ramener à cet horizon de leur émergence et leur compétitivi- Lamblin), 2009. Les énergies renouvelables
ses émissions annuelles à un niveau té et d’estimer leurs impacts respectifs marines : synthèse d’une étude prospective à
inférieur à 140 millions de tonnes équi- sur les énergies et sur l’environnement. l’horizon 2030. 336 p.
Contrairement au choix des scénarios Né- Ces scenarios ont été pris en compte et 201314. Nous y reviendrons plus loin dans
gawatt et WWF, l’étude de l’Ifremer misait ont permis d’alimenter nos réflexions. ce travail.
sur des technologies encore éloignées de
la maturité, notamment les biocarburants La stratégie française pour le développe-
algaux, mais a semble-t-il sous-estimé le ment des EMR a été depuis développée
développement de l’éolien flottant. dans un rapport CGEDD/CGEIET de mars

Enjeux de conservation du milieu marin

• 10 •

© Demeyere

Présentation générale des À ces chiffres, il convient d’ajouter 1 180 Composé des compartiments benthique,
habitats marins et côtiers km pour les départements d’outre-mer et pélagique, intertidal et aérien, le milieu
plus de 3 800 km pour les collectivités marin offre une multitude d’habitats allant
Les habitats marins et côtiers français d’outre-mer. des eaux peu profondes de la zone cô-
présentent une grande biodiversité, ce tière aux grandes profondeurs des fosses
qui confère à la France d’immenses res- abyssales. En fonction de la profondeur,
sources, mais aussi d’importantes res- de la nature des fonds, de la pénétration
ponsabilités. La France est représentée de la lumière dans la colonne d’eau (li-
dans quatre des cinq océans mondiaux, mitée à quelques dizaines de mètres au
grâce à ses territoires ultramarins, et pos- maximum) et de la présence de nutri-
sède la deuxième plus importante zone ments, les organismes vont se répartir
économique exclusive mondiale (celle-ci dans le milieu suivant les conditions né-
étant située à 97 % en outre-mer). cessaires à leur développement.

Le littoral métropolitain est composé de Mais la biodiversité marine est sans au-
nombreux écosystèmes  : environ 1950 cun doute moins bien connue que la
km de côtes sableuses (35,2 % du linéaire biodiversité terrestre et dulçaquicole. On
total), 1300 km de marais et de vasières estime aujourd’hui que l’on a décrit moins
(23,7 %) et 2 250 km de côtes rocheuses de 10 % des espèces marines. Les pres-
(41 %, dont 13 % de falaises)15. Banc de sars © Frédéric Lechat sions anthropiques qui s’exercent sur ces
milieux se font de plus en plus fortes et
les études montrent que ces milieux su-
bissent aujourd’hui des dommages dont
certains pourraient être irréversibles : aci-
dification liée au changement climatique,
pollutions, destruction d’habitats rares…

Le littoral notamment est un territoire


très convoité, que ce soit en métropole
ou outre-mer, et en danger : pression dé-
mographique (densité 2,5 fois supérieure
au reste de la France en métropole) et
touristique, aménagements côtiers, ur-
banisation croissante, disparition de mi-
lieux naturels particulièrement importants
et sensibles, pollutions… Ces espaces Herbier de zostère marine (Zostera marina) et maërl (Phymatolithon calcareum) en Iroise
nécessitent une protection particulière, © Yannis Turpin / Agence des aires marines protégées
assurée par quelques réglementations ré-
gulièrement menacées (notamment la Loi Ces forêts représentent pour les zones
littoral et certaines catégories d’aires ma- côtières tempérées à froides une valeur
rines protégées, notamment les espaces patrimoniale équivalente à celle des man-
du Conservatoire du Littoral, les arrêtés groves ou des récifs coralliens.
de protection de biotope, etc.).
Elles sont susceptibles d’être présentes
Quelques habitats marins pa- sur les fonds rocheux de 0 à plus de
trimoniaux16 30 m de profondeur. Emblématiques des
eaux bretonnes, elles y constituent un des
RÉCIFS DE CORAUX FROIDS gisements les plus importants d’Europe. • 11 •

Moins connus que les coraux tropicaux, Les laminaires sont très sensibles aux
les récifs de coraux froids sont présents perturbations, ne tolérant ni les variations
dans tous les océans, de 50 à 6 000 m de de température ou de salinité (Birkett et
profondeur. Ils se développent notamment al. 1998), ni l’augmentation de la turbidi-
dans l’Atlantique Nord, dans des eaux té. Au niveau européen, elles ont été rete-
ayant une température comprise entre 4 nues comme indicateur de qualité écolo-
et 8 °C. Au large de nos côtes, on les re- gique des Eaux côtières pour la Directive
trouve au niveau des tombants, en limite Cadre Eau (DCE).
du plateau continental, principalement au
nord du golfe de Gascogne et en mer Cel- BANCS DE MAËRL
tique, mais aussi en Méditerranée (dans
certains canyons par exemple). Le terme de maërl désigne des algues
14 MEDDE (Conseil général de l'environnement et
rouges calcifiées qui vivent sur des sé- du développement durable - CGEDD)/ Minis-
Lieu important de biodiversité, la com- diments sans y être fixées. Les accumu- tère de l'économie et des finances - Ministère
munauté des récifs peut comporter trois lations peuvent être de quelques cen- du redressement productif (Conseil général de
fois plus d’espèces que celle des sédi- timètres à plusieurs mètres et forment l'économie, de l'industrie, de l'énergie et des
technologies - CGEIET), mars 2013. Rapport
ments meubles environnants17. Ils servent des bancs dont seules les algues de de la mission d'étude sur les énergies marines
d’abris à des poissons et de nombreuses surface sont vivantes, celles en profon- renouvelables, 104p.
espèces d’invertébrés y cohabitent : deur meurent et blanchissent. Suivant les 15 IGN, BD Carto®, 2006, Traitements : SOeS /
des crustacés et des mollusques, des conditions environnementales, les bancs Occupation du sol sur le littoral
16 Commissariat général au développement du-
éponges, des échinodermes et des vers. de maërl sont situés de l’estran à 30 m rable - Service de l’observation et des statis-
de profondeur sur le littoral de la Manche tiques, Mai 2011, Références : Environnement
CHAMPS DE LAMINAIRES18 et de l’Atlantique, devant les pointes et les littoral et marin, Chapitre II : biodiversité et
caps, et jusqu’à 100 m de profondeur en espaces protégés
17 Bajjouk T., Derrien S., Gentil, F., Hily C. & Grall
Les laminaires forment d’immenses fo- Méditerranée. J., 2010, Typologie d’habitats marins ben-
rêts sous-marines stratifiées à la manière thiques : analyse de l’existant et propositions
des forêts terrestres, où chaque strate L’architecture complexe des bancs déter- pour la cartographie. Habitats côtiers de la ré-
contribue à fournir alimentation, abri et mine un grand nombre de niches écolo- gion Bretagne - Note de synthèse n° 2, Habi-
tats du circalittoral. Projets REBENT-Bretagne
ancrage à une faune et une flore très di- giques. Ils forment un écosystème d’une et Natura 2000-Bretagne.
versifiées. grande diversité. L’Université de Bre- 18 IFREMER/DIREN-Bretagne, avril 2009, Fiche
tagne Occidentale recensent ainsi déjà de synthèse d’habitat « Laminaires » – REBENT
1 500 espèces vivant sur le maërl des espèces ont une grande valeur écono- Ces trois milieux ont la particularité
côtes bretonnes19 (mais le nombre to- mique comme les plies, les rougets ou les d’être interconnectés. Ainsi, mangroves
tal d’espèces est estimé entre 1 800 et crevettes. et herbiers filtrent les eaux, fournissant
2 000). On y trouve des concentrations une eau propice au développement des
importantes d’espèces à grande va- Par ailleurs, plusieurs oiseaux comme le coraux. Les herbiers et mangroves sont
leur commerciale, mollusques (coquilles canard siffleur et la bernache cravant se des lieux de nurseries pour de nom-
Saint-Jacques, praires, pétoncles et pa- nourrissent de zostères. breuses espèces de poissons qui vivent
lourdes) et poissons (bars, daurades). dans le complexe récifal. En retour, les
HERBIERS DE POSIDONIE récifs constituent comme des barrières
physiques à la force des vagues et des
Espèce protégée (arrêté ministériel du courants, et offrent des eaux calmes né-
19 juillet 1988), la posidonie (Posidonia cessaires au développement des herbiers
oceanica) est une plante à fleur qui forme et mangroves. Cela signifie aussi que dès
de vastes herbiers sur le littoral méditer- que l’un de ces milieux subit une pres-
ranéen, et dont les fonctions écologiques sion, c’est tout l’écosystème marin local
sont proches de celles des zostères. Elle qui est fragilisé.
se développe de 0 à 30-40 m de profon-
deur. Biens et services fournis par les
Gros plan sur une coquille Saint-Jacques (Pecten écosystèmes marins et côtiers
maximus) © Yannis Turpin / Agence des aires Ces herbiers fixent les sédiments par
marines protégées
leurs rhizomes et ont une production Le rapport sur l’évaluation des écosys-
primaire importante. Les feuilles qui se tèmes pour le millénaire21 (ou MEA  :
Il existe également des bancs de très détachent viennent nourrir et stabiliser Millennium Ecosystem Assessment,
grande taille en Méditerranée, en Corse, les laisses de mer mais sont aussi une 2005) désigne les biens et services éco-
en Espagne, à Malte, en Italie… source de carbone pour d’autres écosys- logiques, ou services écosystémiques,
tèmes comme les canyons. De très nom- comme des «  biens et services que les
HERBIERS DE ZOSTÈRES breuses espèces utilisent les herbiers hommes peuvent tirer des écosystèmes,
• 12 • comme refuge, frayère et nurserie dont directement ou indirectement, pour assu-
Les zostères sont les deux seules plantes certaines à forte valeur économique. On rer leur bien-être ». Schématiquement, il
à fleurs vivant en milieu marin sur les fa- estime que 20 à 25 % des espèces ani- est possible de distinguer quatre grands
çades Manche – mer du Nord et atlan- males de Méditerranée y sont observées. types de services écologiques : les ser-
tique. Zostera noltii se développe dans la vices de support (constituant les fonctions
zone intertidale alors que Zostera marina, écologiques de base), les services de ré-
plus grande, pousse du bas de l’estran à gulation (services directs des fonctions
une dizaine20 de mètres de profondeur. écologiques) et les services d’approvi-
sionnement et culturels (services indi-
On les trouve sur les estrans sableux à rects des fonctions écologiques)22.
sablo-vaseux et abrités, surtout dans les
grandes baies, les golfes et les estuaires, Les milieux marins et côtiers offrent des
de l’ouest Cotentin à Arcachon. Les deux biens et des services inestimables en
principaux sites sont le bassin d’Arcachon termes d’alimentation, d’esthétique, de
où les surfaces concernées ont nettement qualité de l’air et de l’eau, etc. Nous ne
diminué ces dernières années (près de donnerons ici que quelques illustrations23.
7 000 ha d’herbiers, le plus grand site
d’Europe occidentale) et le golfe du Mor- SERVICES DE RÉGULATION
bihan (800 ha de zostères marines et 530
ha de zostères naines). On en retrouve Les organismes marins remplissent des
aussi en Méditerranée, principalement fonctions d’autoépuration des eaux et
dans les lagunes. Munies de puissants contribuent ainsi au maintien de la qua-
rhizomes structurant le sédiment, ces Herbier de Posidonie © Boris Daniel / Agence lité de l’eau, en retenant, recyclant ou
plantes servent de support à des inverté- des aires marines protégées détruisant les substances nocives ou en
brés et des algues que l’on ne trouverait excès grâce à leurs processus méta-
pas sur des substrats meubles en leur boliques. Les lamellibranches (comme
absence. Formant des écosystèmes com- HERBIERS, MANGROVES ET RÉCIFS les huîtres, coques, moules, etc.), par
plexes, les herbiers et les communautés CORALLIENS ULTRAMARINS exemple, sont capables de filtrer plu-
d’invertébrés associées représentent une sieurs litres d’eau par heure. Ces orga-
ressource alimentaire importante pour Outre-mer, les herbiers, mangroves et récifs nismes sont des bio-épurateurs de l’eau,
de nombreux juvéniles de poissons, et coralliens constituent une richesse excep- car ils concentrent les polluants dans leur
de crustacés et servent aussi de lieu de tionnelle apportant de nombreux services chair. Certains microorganismes marins
reproduction. Parmi eux, de nombreuses écologiques aux populations voisines. (champignons et bactéries) ont aussi la
capacité de dégrader les polluants24. En marins abritent des richesses naturelles Les milieux marins
assurant partiellement ces fonctions de que nous commençons à peine à décou- et côtiers offrent des
détoxification et de dégradation, les zones vrir et dont la diversité génétique est inté-
marines et côtières contribuent à procurer ressante pour la recherche de gènes de biens et des services inesti-
une eau de bonne qualité. Mais rappelons résistances, de médicaments, etc. L’in- mables en termes d’alimen-
que l’écosystème doit être en bonne san- dustrie pharmaceutique a découvert dans tation, d’esthétique, de qua-
té pour rendre ces services. les herbiers, éponges, mollusques et co-
raux des récifs, de multiples substances
lité de l’air et de l’eau.
SERVICES D’APPROVISIONNEMENT ayant des propriétés anticancéreuses,
anti-inflammatoires et anticoagulantes.
Les zones marines et côtières sont
sources de nombreux produits alimen- SERVICES CULTURELS ET RÉCRÉATIFS
taires, grâce à la richesse du plancton à la
base des chaînes alimentaires, ainsi qu’à Les zones marines et côtières sont indé-
la diversité des habitats qu’elles abritent. niablement des lieux récréatifs appréciés
Près d’un milliard de personnes dé- offrant de multiples opportunités pour les
pendent du poisson comme seule source activités de loisirs et de tourisme  : bai-
de protéine animale disponible... Environ gnade, pêche de plaisance, nautisme,
85 millions de tonnes de poissons sont plongée sous-marine, char à voile, ran-
capturés chaque année au plan mondial. données, observation d’espèces, etc. Le
littoral français est une destination ma-
jeure des vacanciers, du fait de la beauté
des paysages et des conditions clima- 19 Source  : Jacques Grall, Ingénieur de Re-
tiques favorables. En été, en France mé- cherche chargé de la coordination des séries
tropolitaine, 13 millions de touristes sé- Faune-Flore de l’observatoire de la Station
Marine de Brest (IUEM)
journent en bord de mer chaque année27. 20 http://doris.ffessm.fr/fiche2.asp?fiche_nume-
Les lieux les plus remarquables (Pointe du ro=695
Raz, Mont Saint-Michel, Dune du Pilat, île 21 Millennium Ecosystem Assessment (MEA),
• 13 •
de Porquerolles) sont parmi les compo- 2005, Ecosystem Wealth and Human Well-
Being, Island Press
santes du patrimoine naturel les plus visi- 22 UICN France (2012), Panorama des services
tées. La plongée sous-marine et la pêche écologiques fournis par les milieux naturels en
de loisir sont des activités importantes et France – volume 1 : contexte et enjeux. Paris,
génératrices de revenus. France
23 UICN France (2013) - Panorama des services
écologiques fournis par les milieux naturels en
La qualité des sites peut induire des France - Volume 2.2: les écosystèmes marins
retombées économiques locales consi- et côtiers. Paris, France. A noter également, le
dérables. Les lagons et les barrières de projet VALMER, un projet européen rassem-
Marins-pêcheurs à bord d'un chalutier dans la blant 11 partenaires et dont l’objectif est de
corail sont très attractifs d’un point de déterminer comment une évaluation intégrée
Manche (Parc naturel marin des estuaires pi-
cards et de la mer d'Opale) © Marie-Dominique vue touristique ; on compte ainsi 55 000 des services écosystémiques marins peut
Monbrun / Agence des aires marines protégées plongées/an dans les récifs coralliens de participer à la bonne gestion du milieu marin.
Nouvelle-Calédonie. Le projet se concentre sur six sites d’étude
localisés dans la Manche occidentale pour en
La pêche commerciale française comp- tirer des conclusions plus larges. L’Université
tait en 200925 7305 navires actifs, plus La mer et les espèces marines occupent de Plymouth est chef de file de ce projet qui
de 23 090 emplois dont 88 % en métro- aussi une place primordiale dans la re- aboutira à une meilleure compréhension des
pole26. ligion de certaines communautés tra- liens entre les services écosystémiques, leur
évaluation, et une gestion efficace du milieu
ditionnelles. Même dans nos sociétés marin. Il est mis en œuvre du 1er septembre
Du fait de la richesse et la diversité des modernes, la mer reste une source de 2012 au 31 mars 2015. Lien  : http://www.
espèces présentes en milieu marin, on y spiritualité, de relaxation et nourrit l’inspi- valmer.eu/?lang=fr
trouve de nombreuses sources de com- ration de très nombreux artistes. 24 La biodégradation est une dégradation bio-
logique effectuée par les êtres vivants  ; due
posés utiles pour les activités humaines à l’abondance et à la variété des microorga-
(agriculture, industrie, médecine). Ac- Préserver ces écosystèmes est donc pri- nismes dans le milieu considéré. L’attaque
tuellement, les algues présentent un mordial si nous voulons qu’ils continuent d’une molécule chimique par des microorga-
intérêt croissant dans les applications à remplir leurs fonctions. Pour cela il est nismes a pour aboutissement sa minéralisa-
tion et l’obtention de métabolites de faibles
biotechnologiques en agro-alimentaire, nécessaire de minimiser les impacts af- poids moléculaires.
cosmétologie et pharmacologie, ainsi que fectant ces milieux et de les gérer dura- 25 http://agriculture.gouv.fr/la-flotte-et-l-emploi
pour la production de biocarburant (mais blement. 26 Ministère de l’Alimentation, de l’Agriculture et
celle-ci nécessiterait des cultures très de la Pêche, 2011
27Jean-Claude Jacob, 2009, Tourisme littoral (cf.
extensives). On en extrait par exemple « Le Tourisme de A à Z » : http://www.veilleinfo-
des additifs utilisés comme stabilisateur, tourisme.fr/le-tourisme-de-a-a-z-dossiers-de-
épaississant et gélifiant. Les écosystèmes veille-sectorielle--92226.kjsp)
Contexte règlementaire

© Martin

• 14 •

Les ressources des océans sont limitées. de la mer ; elle a notamment édicté des
C’est pourquoi des approches complètes règles relatives à l’utilisation de la mer et
intégrées sont essentielles pour gérer à l’exploitation de ses ressources de fa-
les activités humaines. Les installations çon à permettre leur conservation et leur
d’énergie renouvelable marine de grande préservation. Ces règles et les droits et
échelle constituent un défi relativement devoirs des Etats qui en résultent, varient
nouveau pour des stratégies intégrées de en fonction des différents espaces mari-
gestion côtière et pour une planification times sur lesquels ceux-ci exercent leurs
marine spatiale. Le développement de compétences.
parcs dans des eaux territoriales doit trou-
ver sa place dans les approches de Gestion L’Etat côtier n’a de droit souverain en ma-
intégrée des zones côtières (GIZC) et dans tière de développement d’énergie marine
les instruments de planification spatiale renouvelable que dans les espaces situés
mis en œuvre en mer, le cas échéant. près de ses côtes (mer territoriale) et dans
les espaces dits « sous juridiction natio-
Un certain nombre de textes ont été dé- nale » (zone économique exclusive). Figure 1. Les zones maritimes telles que
veloppés à l’échelle internationale, euro- définies par le droit international de la mer
péenne et nationale, pour la gestion de En ce qui concerne les eaux intérieures
l’espace marin et ses utilisations, y com- et la mer territoriale, la souveraineté de
pris la navigation et le survol, l’explora- l’Etat implique le droit d’y exploiter les à partir des lignes de base de l’Etat côtier.
tion et l’exploitation de ses ressources, la ressources énergétiques. La mer terri- L’Etat doit aussi y assurer la protection de
conservation des ressources biologiques, toriale s’étend au maximum à 12 milles l’environnement. Les compétences cor-
la protection et la préservation du milieu marins à partir des lignes de base. respondantes peuvent y être partagées
marin et la recherche scientifique marine. avec l’UE, ou transférées à celle-ci.
L’article 56.1.a de la Convention men-
EMR et droit international de tionne les droits souverains de l’Etat cô- Concernant le plateau continental, l’article 77
la Mer28 tier dans sa zone économique exclusive, de la Convention qui énumère les ressources
concernant « la production d’énergie exploitables ne mentionne pas les EMR. Il n’a
La Convention des Nations Unies sur le à partir de l’eau, des courants et des en effet pas vocation à réglementer le com-
Droit de la Mer signée en 1982 à Monte- vents ». La ZEE est un espace d’une lar- partiment pélagique et encore moins l’espace
go Bay opère une codification du Droit geur de 200 milles au maximum calculée aérien. Les installations au niveau du plateau
continental sont notamment régies par l’ar- compte avant l’adoption du plan ou du
ticle 80 qui introduit, toute chose égale par programme. Une fois que celui-ci est
ailleurs, une extension du régime applicable adopté, les autorités chargées des ques-
en ZEE (article 60). tions d’environnement, le public et tout
État membre consulté sont informés, et
En haute mer enfin, aucune disposition les renseignements pertinents mis à leur
de la Convention sur le droit de la mer disposition.
ne fait mention du droit d’exploitation des
EMR. En revanche, l’exploitation du fond › et les évaluations des impacts environ-
des mers et de ses ressources minérales nementaux / EIE (Directive n°85/337/
qui ont été désignés par la communauté CEE, abrogée et remplacée par la Direc-
internationale comme « Patrimoine com- tive 2011/92/UE du 13 décembre 2011
mun de l’humanité », fait l’objet d’un ré- concernant l’évaluation des incidences
gime réglementé et encadré par l’Autorité de certains projets publics et privés sur
Internationale des Fonds Marins qu’insti- l’environnement). Cette directive prévoit
tue la Convention des Nations Unies pour notamment que «  les projets suscep-
le Droit de la Mer. tibles d’avoir des incidences notables
sur l’environnement, notamment en rai-
Législation européenne29 son de leur nature, de leurs dimensions
ou de leur localisation, soient soumis
La législation de l’Union européenne (UE) à une procédure de demande d’auto-
en matière d’évaluation environnementale risation et à une évaluation en ce qui
décrit les conditions minimales qu’un État concerne leurs incidences  ». Cette lé-
membre doit respecter lorsqu’il établit un gislation communautaire est transposée
plan ou un programme, et qu’il peut exi- en France à travers les dispositions du
ger d’un développeur durant tout le cycle Code de l’environnement relatives aux
de vie d’un projet. Les informations qu’il études d’impact. Afin de déterminer le
doit fournir sont déterminées précisément plus tôt possible les effets négatifs im- • 15 •
par les lois nationales et par les conven- prévus et d’évaluer l’intensité des effets
tions que le pays a signées. prévus, il y a lieu d’assurer un suivi des
incidences notables sur l’environnement
L’UE dispose de plusieurs législations per- à toutes les échelles.
tinentes concernant :
› l’atteinte du bon état écologique de En janvier 2014, la Commission euro-
l’ensemble des eaux marines d’ici à péenne a présenté un plan d'action en
2020 (Directive Cadre Européenne Stra- deux temps pour accroître le développe-
tégie pour le Milieu Marin – DCSMM ment des énergies marines et lever les
n°2008/56/CE), principaux freins identifiés, d'ici 2020.
› la conservation de la nature et la pro- Entre 2014 et 2016, un forum réunis-
tection d’espèces et d’habitats spéci- sant tous les acteurs concernés par les
fiques (Directive Habitats, Faune, Flore énergies marines (industriels, Etats, re-
n°92/43/CEE), cherche, UE, ONG) devra être mis en
› les évaluations stratégiques environne- place afin d'améliorer la coordination
mentales / EES (Directive n°2001/42/CE entre politiques et industries et de trou-
concernant l’évaluation des incidences ver collectivement des solutions viables.
des plans et programmes sur l’envi- La Commission y jouera un rôle de faci-
ronnement). Cette directive impose aux litation et de coordination. Ce travail col-
autorités qui établissent un plan ou un lectif aboutira à la rédaction d'une feuille
programme l’établissement d’un rapport de route stratégique. Un deuxième forum
sur les incidences environnementales abordera les problématiques administra-
(indiquant les incidences notables pro- tives et financières. Un groupe de travail
bables sur l’environnement et les solu- sera par ailleurs chargé de travailler sur
tions de substitution raisonnables) ainsi les évaluations d'impact environnemen-
que la réalisation de consultations (du tal des installations existantes et futures,
public, des autorités chargées des ques- permettant également de faire le point
tions d’environnement et des autres sur les directives environnementales
États membres en cas d’incidences s'appliquant aux énergies marines, et
28 Beer-Gabel (J.), Droit international et informa-
transfrontières notables). Le rapport sur leurs manques éventuels. Dans un deu- tique juridique : dialogue sur le droit de la mer,
les incidences environnementales et les xième temps (2017-2020), une initiative Paris : CNRS, 1995, 434 p.
résultats des consultations sont pris en industrielle européenne pourrait être dé- 29 IUCN, 2010, Greening Blue Energy, Ibid.
veloppée, basée sur un partenariat pu- Conseil Maritime de Façade (CMF), qui mixtes et 59 entièrement marins). Il vise à
blic-privé, pour fixer des objectifs clairs intègre également les établissements pu- constituer un réseau cohérent au regard des
et partagés pour le déploiement industriel blics en charge de la mer et du littoral, enjeux de sauvegarde de la biodiversité du
des énergies marines en Europe. Parallè- les associations de protection de la nature territoire, comme l'impose la législation eu-
lement, des lignes directrices pourraient et les usagers des milieux. Elle est suivie ropéenne. Il doit être complété notamment
être publiées afin de faciliter l'octroi des d’une consultation du public, à laquelle par des désignations de sites au large.
permis et alléger la charge administrative chaque citoyen peut participer.
pour les autorités et les promoteurs de APPLICATION DE LA DIRECTIVE EES EN
projets. La réalisation d'un bilan de ce plan Outre-mer, les collectivités territoriales éla- FRANCE
d'action est prévu au plus tard en 2020. borent avec l’Etat et dans le respect des
compétences de chacun une stratégie à La directive a été transposée en droit
Législation nationale l’échelle de chaque bassin maritime ultra- français dans différents codes : ainsi, pour
marin, le cas échéant transfrontalier, appe- l’environnement, aux articles L. 122-4 à
Différents textes concernent notre sujet. lée document stratégique de bassin ma- L. 122-11 et R. 122-17 à R. 122-24du
ritime. Un conseil maritime ultramarin est code de l’environnement et, pour l’urba-
LA STRATÉGIE NATIONALE POUR LA créé à l’échelle de chaque bassin maritime. nisme, aux articles L. 121-12 à L. 121-
MER ET LE LITTORAL – APPLICATION 15 et R. 121-14 à R. 121-17 du code de
DE LA DIRECTIVE « DCSMM » APPLICATION DE LA DIRECTIVE HABI- l’urbanisme, L. 4424-13, L. 4433-7, R.
TATS EN FRANCE 4424-6-1, R. 4433-1 et R. 4433-1-1 du
La transposition de la Directive code général des collectivités territoriales.
«  DCSMM  » en droit français s’effectue Le réseau Natura 2000 en mer, fran-
par l’établissement de Plans d’Action çais couvre actuellement une surface de L’évaluation environnementale du plan
pour le Milieu Marin (PAMM) (art L 219-9 4,1 millions d'hectares avec 207 sites (148 ou programme comprend un rapport en-
du Code de l’Environnement introduit par
la loi du 12 juillet 2010), qui constituent
le volet environnemental des futurs do-
cuments stratégiques de façade créés
• 16 • par l’art. L 219-3 de ce même code et
qui déclinent eux-mêmes à l’échelle de
chaque façade les objectifs de la Straté-
gie Nationale pour la Mer et le Littoral (art
L 219-1).

Elaborés sous la responsabilité des préfets


maritimes et de région, ces plans d’action
pour le milieu marin doivent intégrer les
éléments suivants (i) une évaluation ini-
tiale de l’état de la sous-région marine, (ii)
une définition du bon état écologique de
la sous-région, à atteindre pour 2020, (iii)
la fixation d’objectifs environnementaux,
(iv) un programme de surveillance et un
programme de mesures.

Ces Plans d’Action Milieu Marin (PAMM)


comportent notamment :
› une
 analyse des spécificités et caracté-
ristiques essentielles et de l’état écolo-
gique de ces eaux,
› une analyse des principaux impacts et
pressions, notamment dus à l’activité hu-
maine, sur l’état écologique de ces eaux,
› une analyse économique et sociale de
l’utilisation de ces eaux et du coût de la
dégradation du milieu marin.

Le PAMM doit être élaboré sur la base


d’une large concertation avec les acteurs
maritimes et littoraux. Cette concerta-
tion est effectuée notamment au sein du Hippocampe © Frédéric Lechat
vironnemental qui aux termes de l’article éventuels impacts résiduels significatifs
L. 122-6 du code de l’environnement n’ayant pu être évités ou réduits doivent
identifie, décrit et évalue les effets no- être compensés (en dernier recours).
tables que peut avoir la mise en oeuvre
du plan ou du document sur l’environne- La séquence « éviter/réduire/compen-
ment. Ce rapport présente les mesures ser  » est décrite dans la Directive EIE,
prévues pour réduire et, dans la mesure qui demande aux développeurs de dé-
du possible, compenser les incidences crire les mesures envisagées pour éviter,
négatives notables que l’application du réduire et, si possible, compenser les
plan peut entraîner sur l’environnement. effets négatifs importants du projet sur
Il expose les autres solutions envisagées l’environnement lors de l’évaluation des
et les raisons pour lesquelles, notamment incidences environnementales du projet
du point de vue de la protection de l’envi- (dans le rapport d’Etude d’Impact Envi-
ronnement, le projet a été retenu. ronnemental par exemple).

Le développement des énergies marines Le Ministère en charge de l’Ecologie a par


renouvelables a fait l’objet de deux appels ailleurs publié en octobre 2013 des lignes
d’offres de la CRE pour l’éolien offshore directrices pour clarifier l’application de la
(lancés au titre du Code de l’Energie), séquence « éviter/réduire/compenser »31.
couplés à des appels à manifestation d’in-
térêt pour les démonstrateurs. Les appels LA LOI LITTORAL
d'offre n'ont pas été soumis à l’Évaluation
Environnementale Stratégique imposée Aux termes des articles L.321-2 et R.321-
pour les plans et programmes nationaux. 1 du Code de l’Environnement, sont consi-
Les évaluations initiales prévues dans le dérées comme communes littorales « les
cadre de la DCSMM n'étaient pas dispo- communes de métropole et des départe-
nibles au moment du lancement des deux ments d’outre-mer riveraines des mers et
premiers appels d’offres éoliens. Dans le océans, des étangs salés, des plans d’eau • 17 •
futur, l’articulation entre ces documents intérieurs d’une superficie supérieure à
stratégiques et le développement des 1 000 hectares » mais aussi celles énon-
énergies renouvelables en mer est appe- cées par l’article R.321-1 du code.
lée à être renforcée.
Face à la concentration croissante d’acti-
APPLICATION DE LA DIRECTIVE EIE EN vités et au développement urbain des ré-
FRANCE - RÉGLEMENTATION EN MA- gions côtières, la loi Littoral (1986) établit
TIÈRE D’ÉTUDES D’IMPACT en effet quatre objectifs :
› préserver les espaces rares, sensibles
Cette Directive est transposée dans et maintenir les équilibres écologiques ;
le droit français à l’article R122-2 du › gérer de façon économe la consomma-
Code de l’Environnement créé par tion d’espace due à l’urbanisation et aux
le Décret n°2011-2019 du 29 dé- aménagements touristiques ;
cembre 2011 qui précise que tout pro- › ouvrir plus largement le rivage au public ;
jet appartenant à la catégorie d’amé- › accueillir en priorité sur le littoral les ac-
nagements, d’ouvrages et de travaux tivités dont le développement est lié à
« Energie » et à la sous-catégorie n°27 la mer.
« Installations en mer de production
d’énergie » est soumis à cette étude LA RÉGLEMENTATION APPLICABLE
d’impact. AUX INSTALLATIONS DANS LA ZONE
ÉCONOMIQUE EXCLUSIVE
En cas d’impacts négatifs significatifs
sur la biodiversité marine, l’IUCN France Dans le cadre de la préparation du projet
rappelle l’importance du respect de la de Loi Biodiversité (volet marin), le Minis-
séquence «  éviter/réduire/compenser  »30 tère en charge de l’Ecologie est amené 30 UICN France, 2011, La compensation éco-
logique : État des lieux et recommandations.
dans le but de concevoir les projets les à rédiger des propositions qui clarifient, Paris, France
moins impactants pour l’environnement. complètent et sécurisent le cadre ju- 31 MEDDE, Octobre 2013, Lignes directrices na-
La mise en œuvre de la séquence est hié- ridique permettant le développement tionales sur la séquence éviter, réduire et com-
rarchique  : on cherche prioritairement à d’activités économiques dans la zone penser les impacts sur les milieux naturels.
Liens  : http://www.developpement-durable.
éviter les impacts ; s’ils ne peuvent être économique exclusive dans le respect de gouv.fr/Doctrine-eviter-reduire-et,28438.html
évités des mesures sont prises pour les la biodiversité. et http://www.developpement-durable.gouv.fr/
réduire  ; enfin, en dernier ressort, les IMG/pdf/Ref_-_Lignes_directrices-2.pdf
• 18 •

L'archipel de Molène vu du ciel ©Julien Courtel / Agence des aires marines protégées

En effet, il est apparu nécessaire d’en- positions applicables sont différentes entre une loi organique. Le principe de spé-
cadrer la création des futurs parcs EMR les Départements d’outre-mer (DOM) et les cialité législative, selon lequel les lois
dans cet espace et plus globalement Collectivités d’outre-mer (COM). nationales ne s’appliquent aux COM que
le développement des activités écono- lorsqu’elles le prévoient expressément,
miques (autres que les extractions miné- Dans les Départements d’outre-mer, la loi a écarté ces collectivités du bénéfice de
rales, minières et d’hydrocarbures, et les Littoral est applicable mais avec des spé- nombreux pans de la législation environ-
activités halieutiques et aquacoles, qui cificités. La constitution permet en effet nementale. Lorsque la compétence « Ur-
sont déjà couvertes par d’autres régle- des adaptations du droit dans les DOM. banisme » a été transférée, la loi Littoral
mentations). ne s’y applique pas. Or, bien souvent, le
Le domaine public dans les DOM n’est droit local n’a pas encore développé les
Ce texte viendra donc combler un vide pas le même que celui de métropole : la dispositions nécessaires à la préservation
juridique dans la réglementation, et per- zone des 50 pas géométriques subsiste de l’environnement côtier.
mettra de renforcer la capacité de la avec un régime particulier. En Guadeloupe
France à assurer la protection de ses in- et Martinique, la loi prévoit ainsi dans De plus, le droit communautaire ne s’ap-
térêts et à remplir ses engagements au cette zone des cessions de parcelles au plique pas partout non plus en Outre-Mer
regard du droit international32 (Convention bénéfice des communes, des organismes (différences entre les régions ultrapéri-
des Nations Unies sur le droit de la mer, d’habitat social mais aussi d’occupants phériques (RUP) de l’Union européenne
Convention sur la Diversité Biologique, sans titre. au sens de l’article 349 du traité de Lis-
Convention OSPAR, Convention de Bar- bonne, et des pays et territoires d’outre-
celone, Conventions de Carthagène, de Mais avec l’accélération des régularisa- mer (PTOM), régis par la IVe partie du
Nairobi, de Nouméa et d’Apia, convention tions et des occupations du littoral, appa- même traité).
CCAMLR) et du droit communautaire. rait la menace de privatisation de l’accès
au littoral et à la mer. De façon générale, une stratégie de déve-
SPÉCIFICITÉS ULTRAMARINES33 loppement adaptée à ces territoires appa-
Dans les collectivités d’outre-mer, la raît aujourd’hui nécessaire.
Le littoral outre-mer n’est pas régi par les compétence environnementale est locale
mêmes règles qu’en métropole et les dis- (sauf à Saint-Martin), après transfert par
DOCUMENTS NORMATIFS34 luation des impacts environnementaux Dans les Départe-
pour les technologies hydroliennes en ments d’outre-mer, la
Des documents normatifs ont été produits mer (projet GHYDRO)36
par les gouvernements, donnant des in- › Le Projet MERiFIC a réalisé une synthèse loi Littoral est applicable
formations spécifiques sur les processus documentaire des impacts environne- mais avec des spécificités.
d’évaluation et les méthodes de suivi mentaux des énergies marines renouve- La constitution permet en
des impacts environnementaux. En voici lables, septembre 2012 (98p.)37
quelques exemples : › L’Ifremer a publié un Protocole pour la
effet des adaptations du
› Lignes directrices pour la conservation réalisation des études d’impact et de droit dans les DOM.
de la nature lors du développement de surveillance des projets de sites d’im-
parcs d’éoliennes offshore – Royaume plantation d’énergie renouvelable en
Uni - DEFRA 2005 mer, assorti de nombreuses recomman-
› Orientations consolidées sur les consi- dations38.
dérations environnementales pour le › Le projet européen : Atlantic Power Clus-
développement de parcs d’éoliennes ter39 rassemble des acteurs d’Irlande,
offshore – OSPAR 2008 d’Espagne, de France, du Portugal et du
› Lignes directrices sur le développement Royaume-Uni et a pour objectif de déve-
de l’énergie éolienne et les exigences lopper durablement le potentiel d’éner-
de la conservation de la nature en UE – gie renouvelable de l’environnement
Commission européenne 2010 marin et côtier de ces régions.

En France, plusieurs documents d’accom-


pagnement ont également été rédigés :
› Le MEDDE (DGEC) a publié en 2012 une
étude méthodologique sur les impacts
environnementaux et socio-écono-
miques des énergies marines renouve-
lables (361p.)35 • 19 •
› L’organisme France Energies Marines
coordonne actuellement un guide d’éva-

32 Lien : http://www.aires-marines.fr/Partager/
Cooperation-regionale
33 Lien  :  http://www.uicn.fr/pdfs/plaquette_20
ans_loi_litt.pdf
34 IUCN, 2010. Greening Blue Energy. Ibid.
35 Lien  : http://www.developpement-durable.
gouv.fr/IMG/pdf/120615_etude_version_fi-
nale.pdf
36 Lien  : http://www.france-energies-marines.
org/R-D/Perimetre-R-D-Recherche-sur-ver-
rous-non-technologiques
37 Lien : http://www.merific.eu/files/2013/01/FR-
3-2-1-full-PRINT-2.pdf
38 Lien  : http://wwz.ifremer.fr/drogm/Carto-
graphie/Plateau-continental/Energies-ma-
rines-renouvelables/Protocole
39 Lien  : http://atlantic-power-cluster.eu/index.
Mangroves © Ji-Elle php/en/
Présentation des
différentes filières EMR

• 20 •

© Sylvain Michel
• 21 •
Etat de la recherche

Ormeau © Frédéric Lechat


• 22 •

Cette étude concerne 5 types de particulières, et non sur l’ensemble de leur L’environnement marin diffère fonda-
technologie d’exploitation des énergies écosystème. On dispose donc de peu d’in- mentalement des milieux terrestres, non
marines renouvelables : l’éolien offshore formations concernant les effets sur des seulement par les types d’organismes
(fixé et flottant), l’hydrolien, l’énergie hou- écosystèmes entiers. susceptibles d’être affectés, mais aussi
lomotrice, l’énergie thermique des mers en raison de facteurs physiques (ex. pro-
et l’énergie marémotrice. Ces travaux ont fait apparaître des be- pagation des sons) et biologiques (ex. ré-
soins de recherche supplémentaire sur gulation des flux de nourriture et d’éner-
Bien qu’étant encore à ses débuts en certains thèmes, par exemple sur les gie et dispersion des jeunes). Il n’est pas
France, l’énergie éolienne offshore est effets du bruit et des champs électro- non plus possible de transposer simple-
actuellement, après l’énergie marémo- magnétiques sur différentes espèces, ment les études réalisées pour d’autres
trice40, la technologie d’énergie renou- ou encore sur les mécanismes qui sous- activités maritimes, les parcs éoliens ma-
velable marine la plus développée et la tendent les comportements d’évitement, rins différant des autres industries mé-
plus mature, comparée, par exemple, aux dans le but de développer des stratégies caniques marines notamment par leurs
énergies houlomotrice et hydrolienne, et d’atténuation appropriées. techniques d’implantation, les superficies
les problèmes environnementaux asso- couvertes et par leurs facteurs de pertur-
ciés sont donc mieux documentés. En outre, il conviendrait de développer bation. Il est toutefois possible de trouver,
l’étude des bénéfices potentiels liés à par exemple dans les secteurs du pétrole
Les recherches académiques sur les l’encadrement et l’évolution des autres et du gaz ou de l’extraction de granulats,
questions environnementales et écolo- activités dans les parcs EMR, et à la four- des informations sur les perturbations en-
giques liées au développement de l’éolien niture d’habitats artificiels. vironnementales potentielles et des pistes
offshore sont principalement menées au de réflexion en matière de procédés d’at-
Danemark, en Allemagne, au Royaume-Uni Enfin, il sera également nécessaire de ténuation et de restauration.
et en Suède41, et plus récemment aux Pays développer des outils analytiques pour
Bas et en Belgique42. Cependant, la plu- l’évaluation des effets en cascade sur les
part des programmes de recherche n’ont écosystèmes et des effets cumulés des
été lancés que récemment, et nombre de EMR avec d’autres activités maritimes.
contributions se limitent au développement
de méthodes d’analyses des impacts. De La transposition au milieu marin des ré-
plus, la majorité des études réalisées à ce sultats obtenus pour les parcs éoliens ter-
jour se sont focalisées sur des espèces restres n’est par ailleurs pas pertinente.
Techniques, conditions nécessaires et
potentiels en France

© Martin
• 23 •

Le potentiel énergétique des océans est trielle en France depuis la construction de


considérable. En effet, à l’échelle mon- l’usine marémotrice de la Rance.
diale, les océans couvrent 71 % de la
planète et reçoivent une grande part du L’énergie éolienne offshore, sur le même
rayonnement solaire. Ce dernier, de très principe que l’éolien terrestre, utilise l’énergie
loin la principale source d’énergie dans les cinétique du vent pour la production d’élec-
océans, est à l’origine des vents, vagues et tricité. Les éoliennes sont composées d’un
houles, courants thermohalins et gradients mât qui peut être fixé au fond (technique
de température et de salinité. Les océans utilisée actuellement) ou à un support flottant
reçoivent par ailleurs l’énergie des marées (technique en cours de développement) et qui
et l’énergie géothermique. supporte une turbine munie d’un rotor com-
portant 2 ou plus souvent 3 pales.
Divers systèmes ont été développés pour
exploiter cette énergie. Certaines tech- Le courant électrique est ensuite achemi-
niques sont actuellement utilisées, d’autres né vers le réseau terrestre par des câbles
sont encore à l’essai ou font l’objet de re- sous-marins.
cherches. Nécessitant chacune des condi-
tions physiques bien particulières, les diffé- Les vents marins plus forts et moins per-
rentes filières n’ont pas le même potentiel turbés qu’à terre sont favorables à l’ex-
de développement dans toutes les eaux ploitation de l’énergie éolienne. Cepen-
sous juridiction française. dant les défis techniques sont importants,
liés à l’environnement marin, à la main- 40 En effet l’énergie marémotrice est exploitée
Eolien offshore (posé et flottant) tenance, aux transports, à la logistique et en France depuis 1966 (usine de La Rance),
elle est donc plus développée que l’éolien
aux technologies de construction. offshore, et l’impact environnemental est bien
DESCRIPTION TECHNIQUE SUCCINCTE documenté.
Les performances et les tailles des éo- 41 IUCN, 2010, Greening Blue Energy. Ibid.
Actuellement, l’éolien posé est la tech- liennes ne cessent de progresser  : cer- 42 Sur les études scientifiques en Belgique :
Environmental impact of offshore wind farms
nique la plus avancée dans le domaine taines machines pourront prochainement “learning from the past to optimise future mo-
des énergies marines renouvelables, et atteindre 8 MW. En France, les parcs à nitoring programmes” : http://www2.mumm.
la seule développée à l'échelle indus- venir auront une puissance installée allant ac.be/winmonbe2013/report.php
de 450 à 500  MW et seront composés d’actions visant un objectif similaire pour
d’une centaine d’éoliennes chacun. A titre l’éolien posé et un objectif de 6  GW en
de comparaison, les projets de futurs parcs 2030 pour l’éolien flottant. A cette oc-
éoliens pourraient cumuler une puissance casion, France Energie Eolienne (FEE) a
totale installée de 9 GW au Royaume-Uni identifié un potentiel techniquement ex-
à l’horizon 202043. Pour des raisons aéro- ploitable de 80 GW pour l’éolien posé et
dynamiques, l’espacement des éoliennes 122 GW pour l’éolien flottant48.
dans ces parcs est de l’ordre du kilomètre, Figure 2b : Schéma des différents types
ce qui correspond à une puissance ins- de fondations © Infomer Les atouts de la France en matière d’éo-
tallée de l’ordre de 5 MW par km²  ; soit lien en mer sont particulièrement forts :
environ 100 km² pour un parc de 500 MW, L’éolien flottant, encore au stade de l’ex- vaste espace maritime, savoir-faire indus-
dont moins d’un centième est effective- périmentation, est une filière qui devrait triel et énergétique, savoir-faire maritime,
ment occupé par les fondations44. A titre permettre, à terme, d’exploiter des sur- capacité portuaire. La France métropoli-
de comparaison, les surfaces totales qui faces marines importantes à des pro- taine bénéficie de forts vents marins ainsi
seront occupées par les parcs éoliens fran- fondeurs supérieures (à partir de 50 m que de fonds de faible profondeur, favo-
çais en projet sont de 50 km² (Courseulles- jusqu’au-delà de 200 m), et de limiter rables à l’exploitation de cette énergie.
sur-Mer pour 75 éoliennes), 65  km2 ainsi les conflits d’usages sur les zones
(Fécamp pour 83 éoliennes), 77  km2 côtières déjà fortement convoitées. Plu-
(Saint-Brieuc pour 100 éoliennes) et sieurs concepts de flotteurs sont en
78 km² (Saint-Nazaire pour 80 éoliennes). cours de développement (spar, tension
legs, semi-submerged, damping pool) et
les turbines associées pourraient différer
radicalement des modèles d’éoliennes
plantées (turbines à axe vertical).

POTENTIELS DE DÉVELOPPEMENT

• 24 • Au sein de l’Union Européenne, les parcs


éoliens marins fournissent aujourd’hui
0,3 % de la demande totale d’électricité :
selon le rapport « Oceans of Opportunity » Figure 3 : Carte de la ressource éolienne
1
de l’Association européenne de l’énergie marine en fonction de la vitesse du vent à
éolienne (EWEA), ce pourcentage pourrait 40 m au-dessus du sol49.
atteindre 12 à 16 % d’ici 2030. Le poten-
tiel de développement est donc énorme. L’appel d’offres lancé par le Gouverne-
ment en juillet 2011 a constitué une pre-
L’Ifremer estime dans son étude de mière étape. Il va permettre l’implantation
prospective46 que le potentiel de l’éolien de près de 2 000 MW éoliens en mer ré-
offshore en France métropolitaine est de partis sur quatre sites : Courseulles-sur-
150 TWh (4 000 MW). Mer, Fécamp, Saint-Brieuc, Saint-Nazaire.
La mise en service des parcs est prévue
La Commission éolienne du Syndicat des entre 2018 et 2020 par les conditions de
Energies Renouvelables (SER) a quant l’appel d’offre50. Ce premier appel d’offres
2
à elle proposé, en septembre 2013, une a permis de poser les jalons d’une nou-
feuille de route47, basée sur des hypo- velle filière industrielle ; en effet, plusieurs
thèses qui tiennent compte à la fois du po- usines sont en passe d’être construites
tentiel maritime exploitable, de la capacité sur le territoire français.
industrielle des acteurs de la filière et de la
concertation indispensable entre tous les Un deuxième appel d’offres a été lancé
usagers de la mer. Sur cette base, dans une au mois de mars 2013, portant sur deux
approche prudente, et tenant compte des zones (Tréport, îles d’Yeu et de Noirmou-
difficultés qu’ont pu rencontrer d’autres tier). La mise en service de ces parcs, pour
projets éoliens en mer dans le monde, les une puissance maximale de 1  000  MW,
travaux de la Commission aboutissent à la est prévue entre 2021 et 2023.
possibilité réaliste d’atteindre 15  GW en
3
2030 (sans compter l’éolien flottant, qui Outre-mer, le potentiel de développe-
Figure 2a : Schéma des différents types est le potentiel le plus important). ment de la filière éolien offshore est faible
d’éoliennes45 : éolienne à axe horizontal à compte tenu notamment de la bathymé-
trois pales (1), éolienne à axe horizontal à Notons que la Fédération Energie Eolienne trie, mais aussi des zones sismiques et
deux pales (2), éolienne à axe vertical (3). a publié en juillet 2013 un programme cycloniques ; mais le potentiel exploitable
est néanmoins significatif vis-à-vis des installées sur des supports fixés au fond Au sein de l’Union Eu-
besoins locaux (bien qu’il soit cependant ou flottant en surface. Les systèmes fixés ropéenne, les parcs
peu probable que le potentiel technique- peuvent être entièrement sous-marins ou
ment exploitable permette à lui seul l’au- pourvus d’un pylône qui émerge. éoliens marins fournissent
tonomie de ces îles). aujourd’hui 0,3 % de la
demande totale d’électricité.
Des avancées techniques sont par ailleurs
à noter ces dernières années du côté de
l’éolien flottant. Cette technologie en
cours de maturation permettrait l’exploi-
tation de zones situées beaucoup plus au
1
large, où les vents sont importants et où
la profondeur est un facteur limitant pour
l’implantation d’éoliennes posées (en Mé-
diterranée notamment). Cette technologie
présente par ailleurs des avantages in-
téressants dans le cadre de la réduction
des impacts sur les écosystèmes marins.
2
Dans le cadre des Investissements d’ave-
nir, l’AMI Énergies Marines, piloté par
l’ADEME a notamment permis de financer
deux projets de démonstration dans le
secteur de l’éolien offshore flottant :
› Le premier démonstrateur du projet
WINFLO sera testé à partir de 2015
au large des côtes françaises (essais à
3
Groix) et les premières pré-séries pour- • 25 •
raient être fabriquées en 2016, en fonc-
tion des résultats de ces essais.
› L’éolienne flottante développée dans le
cadre du projet VERTIWIND présente un
axe vertical pour accroître sa stabilité.
L’éolienne disposera ainsi d’une flottaison
ne nécessitant qu’un tirant d’eau d’une
dizaine de mètres. Le démonstrateur sera
4
expérimenté en Méditerranée au large de
Fos-sur-mer, où un parc expérimental de
13 machines est déjà à l’étude avec le
soutien du fonds européen NER300.

Le projet SEMREV de recherche expéri-


mentale (Ecole Centrale de Nantes) de-
vrait par ailleurs être installé prochaine- 43 Selon l’article “New UK offshore wind farm li-
5 cences are announced” de la BBC.
ment au large du CROISIC.
44 Il faut toutefois tenir compte de la surface ni-
velée autour des fondations, des protections
Hydrolien51 contre l’affouillement et des passages de
câbles.
DESCRIPTION TECHNIQUE SUCCINCTE 45 www.aquaret.com
46 IFREMER, 2009, Ibid.
47 Syndicat des Energies Renouvelables, 2013,
Les hydroliennes sont des turbines im- Une feuille de route pour l’éolien en mer  :
mergées ou semi-immergées mises en 15 000 MW en 2030.
mouvement grâce à l’énergie cinétique 48 Lien  : http://fee.asso.fr/politique-de-leolien/
6 eolien-en-mer/
des courants marins. Les structures uti- 49 www.aquaret.com
lisant l’énergie cinétique des courants 50 Le cahier des charges impose 20 % de puis-
peuvent se présenter sous différentes Figure 4 : Schéma des différents concepts sance opérationnelle en avril 2018, 80 % en
formes  : hydrolienne à axe vertical ou hydroliens52 : turbines à axe horizontal (1), avril 2019 et 100 % en avril 2020.
51 On ne traite ici que des hydroliennes utilisant
horizontal, mais aussi du type «  roue à turbines à axe vertical (2), hydroptères al- les courant de marée  ; et non les courants
aube  » ou dispositifs oscillants. Comme ternatifs (3), dispositifs à effet Venturi (4), thermohalins au large.
les éoliennes, les turbines peuvent être kite-de-marée (5), vis d’Archimède (6). 52 www.aquaret.com
Les courants associés à la marée étant En France, il n’existe aujourd’hui aucune POTENTIELS DE DÉVELOPPEMENT
prédictibles, la production d’électricité as- hydrolienne opérationnelle assurant une
sociée peut être prédite avec une bonne production commerciale. Cependant, L’usine de la Rance est la plus ancienne
précision. La densité de l’eau étant 800 fois dans les années à venir, les pales de au monde et la seule en France, elle a
supérieure à celle de l’air, les hydroliennes dizaines d’hydroliennes pourraient tour- une puissance de 240 MW. Installée de-
installées dans les zones de courants forts ner au large des côtes françaises. Le 30 puis 1966, elle permet de bénéficier d’un
ont des dimensions plus faibles que celle septembre 2013, un appel à manifesta- retour d’expérience important sur cette
des éoliennes de même puissance. tions d’intérêt (AMI) a en effet été lancé technologie. Actuellement, aucun autre
par le gouvernement, destiné à soutenir projet d’usine marémotrice ne semble se
l’installation de quatre parcs pilotes. Deux développer en France, les rares sites pro-
sites ont été retenus : le Raz Blanchard, pices à ce type d’installation, ainsi que les
à la pointe Nord-Ouest du Cotentin et le impacts sur l’environnement des cours
passage du Fromveur au large du Finis- d’eau et des milieux marins impliqués, ne
tère (ces deux zones concentrant 80  % favorisent pas le développement d’autres
du potentiel énergétique d’exploitation projets sur nos côtes.
des courants marins en France).
Il est également proposé de développer
Hydroliennes OpenHydro © EDF / TOMA Le site de Paimpol Bréhat, au large de des bassins marémoteurs adossés à
Ploubazlanec dans les Côtes d’Armor en la côte56, dans de grandes baies et non
POTENTIELS DE DÉVELOPPEMENT Bretagne, fait depuis l’été 2012 l’objet de dans des estuaires : alternativement, ces
tests en conditions réelles. gigantesques bassins pourraient per-
Située dans une des zones où les marées mettre de canaliser le flux de la marée
sont les plus importantes dans le monde, Marémoteur vers des parcs hydroliens répartis le long
la France possède le deuxième potentiel de la digue. Ces projets n’ont pas fait à ce
d’énergie hydrolienne en Europe, juste der- DESCRIPTION TECHNIQUE SUCCINCTE jour l’objet d’études environnementales,
rière le Royaume-Uni. L’Ifremer estime dans et nécessiteraient des travaux très impor-
son étude de prospective53 que le potentiel Héritières des moulins à marée répandus tants, qui auraient également un impact
• 26 • de l’hydrolien en France métropolitaine est de sur les côtes bretonnes, les usines maré- sur les milieux marins (extraction de gra-
10 TWh (400 MW), ce qui représente 15 fois motrices telles que celle de la Rance se nulats pour les digues…).
moins que le potentiel de l’éolien flottant. présentent sous la forme d’un barrage
permettant la formation d’un bassin. Enfin, des projets concernant des lagons
Le potentiel métropolitain français est si- L’énergie marémotrice utilise la diffé- artificiels de taille plus limitée (bassins
tué dans des zones à marée où la vitesse rence de hauteur d’eau entre le bassin et portuaires…) sont à l’étude pour exploiter
moyenne du courant est supérieure à la mer, fonction de la marée. Les installa- l’énergie des marées.
1,5 m/s, comme au niveau des caps ou tions peuvent utiliser tout le cycle (marée
encore des goulets entre les îles et le conti- montante et descendante), ou seulement Houlomoteur
nent, pour l’essentiel en Manche. Outre- une partie du cycle. Ce type de système
mer, le potentiel de développement de la exige des conditions très particulières, DESCRIPTION TECHNIQUE SUCCINCTE
filière est faible. Les zones propices sont puisqu’il faut à la fois des marées de forte
restreintes (ex : passes de lagons, où les amplitude et une baie ou un estuaire fa- Les dispositifs houlomoteurs utilisent
courants sont permanents et parfois très vorable à la création d’un barrage délimi- l’énergie des vagues et de la houle pour
intenses) mais permettraient une produc- tant une surface de bassin suffisamment produire de l’électricité. De très nombreux
tion décentralisée (ce qui peut intéresser importante. procédés ont été imaginés pour exploiter
certains territoires français ultramarins). cette ressource énergétique  : les struc-
tures flottantes (telles que Pelamis, utili-
sant la mise en mouvement par la houle
d’une structure articulée), les colonnes
d’eau oscillantes (utilisant la compression
de l’air due à la variation du niveau d’eau
dans un compartiment pour actionner une
turbine), les systèmes à déferlement, les
systèmes immergés posés au fond, les
systèmes articulés (projet EMACOP57 por-
té par le CETMEF  : systèmes adossés à
une digue, muni d’un bras articulé relié à
un flotteur), etc.

Figure 5 : Carte des ressources hydromo- Figure 6  : Carte des ressources maré-
trices sur la base de la vitesse des cou- motrices en fonction de l’amplitude des
rants54. marées55.
La France possède le
deuxième potentiel
d’énergie hydrolienne en
Europe, juste derrière le
Royaume-Uni.

1 2

3 4

• 27 •

5 6

7 8

Figure 7  : Schéma des différents concepts houlomoteurs58  : atténuateurs (1), absor-


beurs de houle (2), convertisseurs du mouvement oscillatoire des vagues (3), dispositifs
de rotation (4), dispositifs basés sur les pressions différentielles (5), dispositifs basés sur 53 IFREMER, 2009, Ibid.
l’ondulation (6), colonnes d’eau oscillante (7), dispositifs de débordement (8). 54 www.aquaret.com
55 www.aquaret.com
56 Intervention de F. Lempérière (Hydrocoop) au
colloque de la SHF « EMR 2013 ». Lien vers le
La plupart de ces dispositifs sont desti- en France métropolitaine est de 40 TWh site d’Hydrocoop : http://www.hydrocoop.org/
nés à une installation en mer, sauf ceux à (200  MW), alors que l’ADEME, dans sa fr/publications.php#maremotrice
déferlement, à colonnes d’eau oscillantes feuille de route, estime que le potentiel 57 Lien : http://www.letelegramme.fr/iggenerales
regions/finistere/energies-marines-le
et à bras articulés, qui peuvent également techniquement exploitable en France mé- finistere-a-la-pointe-de-la-houle
être installés sur la côte. tropolitaine atteint une puissance de 10 10-12-2013-2332304.php?utm_source=
à 15 GW60, essentiellement sur la façade rss_telegramme&utm_medium=rss&utm_
POTENTIELS DE DÉVELOPPEMENT Atlantique. campaign=rss&xtor=RSS-24
58 www.aquaret.com
59 IFREMER, 2009, Ibid.
L’Ifremer estime dans son étude de pros- 60 ADEME, 2010. Feuille de route sur les énergies
pective59 que le potentiel houlomoteur renouvelables marines.
Figure 8 : Carte des ressources houlomo-
trices en fonction de la taille de la houle et
des vagues soulevées par le vent61.

Aucun dispositif houlomoteur n’est à ce


jour installé sur les côtes françaises, mais
divers projets se développent en métropole Projet « Houles Australes » (EDF EN) © Energies Reunion
et outre-mer. On peut notamment citer
le projet SEA-REV de l’Ecole Centrale de Il y a aussi un fort potentiel en Polynésie (environ 5°C aux environs de 1 000 m) ;
Nantes qui développe un système flottant et Nouvelle-Calédonie et, plus localement, on peut ainsi exploiter :
possédant une partie lestée mise en mou- en Guadeloupe et Martinique. › soit la chaleur des couches supérieures :
vement par la houle à la manière d’un pen- pompes à chaleur « PAC » pour le chauf-
dule. DCNS et Fortum projettent également Filières thermiques et Energie fage ;
un parc-pilote basé sur le système Wave thermique des mers (ETM) › soit le froid des couches inférieures  :
Roller qui serait installé en baie d’Audierne, «  Sea Water Air Conditioning  » SWAC
• 28 • dans le sud du Finistère. Le CETMEF tra- L’énergie thermique des mers est asso- pour le refroidissement ;
vaille quant à lui à l’identification de sites ciée à l’absorption directe du rayonne- › soit enfin la différence de température
propices pour des dispositifs houlomoteurs ment solaire par les eaux superficielles entre les eaux de surface et celles du
intégrés dans les digues portuaires, utili- des océans. L’Union européenne utilise fond : filière dite « ETM » pour « énergie
sant le concept de colonne d’eau oscillante le terme énergie hydrothermique pour thermique des mers » ou OTEC « Ocean
ou de flotteur articulé. « l’énergie emmagasinée sous forme de Thermal Energy Conversion » qui utilise
chaleur dans les eaux de surface ». une machine thermique (pompe sur-
Outre-mer, le potentiel houlomoteur est face-fond, échangeur et turbine géné-
notable notamment dans les îles exposées DESCRIPTION TECHNIQUE SUCCINCTE ratrice) et qui vise la production d’élec-
à la houle océanique. Des projets utilisant tricité.
les systèmes Pelamis et CETO (système de L’océan est stratifié thermiquement, les
bouées immergées mises en mouvement couches supérieures pouvant atteindre Contrairement à la plupart des autres
par la houle) pourraient voir le jour sur les des températures élevées, notamment EMR, la production ETM est stable, prévi-
côtes réunionnaises. Un prototype CETO en zones intertropicales (plus de 24°C et sible et continue 24h/24, et pourrait ainsi
taille réelle est en cours d’installation et les jusqu’à 30°C), alors que la température se substituer directement aux centrales
essais seront réalisés en 2014. est faible dans les couches profondes thermiques dans les zones insulaires iso-
lées.

Les centrales ETM peuvent être de trois


types : en cycle ouvert, en cycle fermé,
ou en cycle hybride. En cycle ouvert
l’eau pompée en surface passe dans
un évaporateur où la pression est faible
afin d’abaisser le seuil d’évaporation
du fluide ; la vapeur d’eau actionne une
turbine attelée à un alternateur, puis est
condensée au contact de l’eau froide
pompée en profondeur. En cycle fermé
(le plus courant et le seul réellement dé-
veloppé), on utilise un fluide caloporteur
(ammoniac…) évaporé par la chaleur
de l’eau de surface. Après avoir entraî-
Pelamis © Ocean Power Delivery née une turbine, la vapeur passe par un
condenseur refroidi par l’eau froide du ment de la filière ETM, mais aussi de la fi- La technique d’ex-
fond et retrouve son état liquide, et le cy- lière SWAC pour la climatisation, avec des ploitation du gradient
cle recommence (pompe de circulation). eaux de surfaces atteignant une tempéra-
Le cycle hybride combine les deux prin- ture d’environ 25°C alors que la tempéra- thermique n’est pas récente,
cipes pour produire de l’eau douce par ture à 1 000 mètres est de l’ordre de 5°C. puisque le procédé a été ex-
condensation de vapeur d’eau de mer. A la Réunion, un prototype à terre ETM périmenté pour la première
à échelle réduite a été installé à
l’IUT de Saint Pierre, un impor-
fois en 1930.
tant projet SWAC urbain est en
cours afin de climatiser plusieurs
bâtiments de Saint-Denis. Divers
projets se dessinent au large de
l’île de la Réunion, de Tahiti mais
aussi de la Martinique (démons-
trateur en taille réelle prévu par
DCNS).

Quelques installations de clima-


tisation par eau de mer à petite
échelle ont vu le jour ou sont à
l’étude (chauffage à la Seyne sur
Mer et à Monaco). Un projet de
climatisation par eau de mer est
connu à Bora-Bora et un autre
fonctionne déjà à Saint-Denis de
La Réunion.

Selon le Rapport de la mission • 29 •


d’étude sur les énergies marines
renouvelables63, en France,
le SWAC progresse  ; il existe
un important marché dans les
zones tropicales mais également
en métropole lorsque la climati-
sation est très utilisée. L’ETM est
coûteux mais progresse avec un
important marché de niche pour
les zones insulaires.

Figure 9 : Principe de fonctionnement de Enfin, des projets littoraux avec Pompe à
l’ETM, en cycle fermé (1) et ouvert (2)62. chaleur (PAC) marines utilisant de l’eau
de mer existent déjà, pour la climatisation
Cette technique nécessite le pompage de et le chauffage de bâtiments en bord de
grands volumes d’eau, à l’aide de tuyaux mer. Il y a des problématiques communes
ayant un diamètre de plusieurs mètres. avec les SWAC sur les impacts, et une
synergie à développer pour les questions
POTENTIELS DE DÉVELOPPEMENT d’adaptation des techniques venant du
terrestre au milieu marin.
La technique d’exploitation du gradient
thermique n’est pas récente, puisque le
procédé a été expérimenté pour la pre-
mière fois en 1930. En métropole où la
température de surface est peu élevée,
l’exploitation de l’ETM ne serait pas
possible car il faut un gradient de tem-
pérature proche de 20°C pour obtenir un
rendement suffisant. 61 www.aquaret.com
62 h ttp://www.connaissancedesenergies.org/
fiche-pedagogique/energie-thermique-des-
La zone intertropicale est en revanche mers-etm
particulièrement propice au développe- 63 CGEDD/CGEIET, mars 2013, Ibid.
Focus : Développement des projets
« Energies marines renouvelables »
à la Réunion

• 30 •

Prototype à Terre Energie Thermique des Mers (PAT ETM) - DCNS © Energies Reunion

La Réunion est impliquée depuis de nom- Parmi les deux projets les plus avancés, le Région Réunion s’est positionnée comme
breuses années dans le développement PAT ETM est né d’une convention signée co-maître d’ouvrage et des fonds issus
des Energies Marines puisqu’elle ambi- entre la Région Réunion et DCNS, il a été du plan de relance ont permis de financer
tionne d’être autonome en énergie à l’ho- financé par l’Etat via le plan de relance et le projet. Le prototype échelle 1 mis en
rizon 2030, donc 100 % EnR. A ce jour, par les co-maîtres d’ouvrage, Région Ré- place actuellement fournira des données
35 % de l’électricité est issue de sources union et DCNS (concepteur du système). sur toute l’année 2014 ; il permettra ainsi
renouvelables locales et plusieurs projets Une précédente convention avait permis de suivre les performances du système
d’Energies Marines sont en phase de test. de réaliser une étude de faisabilité pour et d’évaluer les impacts environnemen-
une centrale ETM offshore. L’Université taux, ce dernier point faisant l’objet d’une
Ainsi, concernant les projets thermiques, de la Réunion s’est elle aussi impliquée volonté forte des co-maîtres d’ouvrage
deux SWAC sont à l’étude, l’un dédié à un dans le projet en tant qu’exploitant de même si la réglementation est encore
hôpital dans le Sud et l’autre à un réseau l’installation puisque le PAT ETM se situe imprécise sur ce point actuellement. Un
urbain de climatisation dans la capitale sur un IUT et que des chercheurs de l’Uni- suivi des mammifères marins, fréquents
Saint-Denis. Un prototype à terre (PAT) versité travaillent en collaboration avec dans la zone, est ainsi effectué avant les
ETM est opérationnel depuis mi 2012 DCNS pour réaliser des essais, le but de travaux, pendant les essais et après le
pour réaliser des travaux de R&D sur le ces travaux étant de trouver un système démantèlement. Par ailleurs, des hydro-
système énergie. Par ailleurs, deux projets énergie optimal qui sera installé dans les phones permettront de mesurer préci-
houlomoteurs sont lancés, un prototype futures centrales en mer. Le PAT a fait sément le bruit généré par le prototype
basé sur la technologie CETO, en cours l’objet d’une attention particulière sur la durant la phase de test.
d’installation, et un projet basé sur la sécurité et sur l’acceptabilité locale, envi-
technologie PELAMIS munie d’un système ronnementale et réglementaire. Un travail A travers ces projets et son expérience
de stockage, stockage qui fait également de concertation avec les services de l’Etat dans le domaine, la Réunion deviendra en
l’objet d’essais en ce moment. A noter a ainsi été réalisé en amont afin de mettre 2014 l’antenne tropicale du projet natio-
que la technologie hydrolienne ne peut se en place des procédures validées par tous nal France Energies Marines.
développer sur l’île en raison de courants les acteurs.
de marée trop faibles : la Réunion ne peut
donc pas bénéficier des aides nationales L’autre projet bien avancé est le projet
entreprises par l’Etat actuellement dans ce Houles Australes basé sur la technologie
domaine. CETO et porté par EDF EN. Là aussi la
• 31 •

Perche d'or ou empereur strié (Gnathodentex aurolineatus) devant des coraux et éponges © Jérôme Paillet / Agence des aires marines protégées
Evaluation des impacts
des différentes filières EMR
et recommandations

• 32 •

Dans les grottes de Crozon, au Cap de la Chèvre © Yannis Turpin / Agence des aires marines protégées
• 33 •
En explorant les impacts de l’exploitation des énergies marines, il est important de replacer les impacts
locaux dans le contexte des impacts à plus grande échelle, voire mondiaux. Les changements clima-
tiques représentent une menace croissante pour la biodiversité ; et l’énergie produite grâce à la mer
peut permettre d’éviter une quantité substantielle d’émissions de gaz à effet de serre et de limiter les
effets du changement climatique.
De plus, grâce au développement de ces énergies, il serait possible d’éviter par exemple les polluants
toxiques liés à l’extraction, au transport et au raffinage des combustibles fossiles (pétrole, gaz naturel,
schistes bitumineux et gaz de schiste) et les impacts environnementaux locaux dus à des installations
hydroélectriques de grandes dimensions…
Ces avantages mondiaux et locaux (impacts positifs) doivent cependant être mis en balance avec les
effets négatifs spécifiques que ces technologies peuvent avoir sur la vie marine.
Quelques remarques préalables…
› A ce jour, aucune éolienne offshore posée ou flottante, hydrolienne, ni système houlomoteur n’est
installé en France pour une production commerciale.
› Nous bénéficions pour l’éolien posé du retour d’expérience de nos voisins européens, notamment
les études menées sur les parcs danois (les plus anciens étant Horns Rev, Nysted), hollandais (par
exemple, Egmond aan zee), belges (par exemple, Thorntonbank) et allemand (parc expérimental Alpha
Ventus). La technologie « éolien posé » étant plus mature, la connaissance des impacts est également
plus fine que pour les autres technologies.
• 34 •
› Notons que, dans ce rapport, ne sont mis en avant que les impacts (positifs ou négatifs) identifiés lors
des phases de construction et d’exploitation. La question du démantèlement fait l’objet d’une fiche
d’approfondissement spécifique. Par ailleurs, les impacts cumulés ne sont pas traités en détails. La
question des synergies / conflits entre usages fait l’objet d’une fiche d’approfondissement spécifique.

Etrille ©Frédéric Lechat


Menace : Bruit et vibrations

© Alstom – Nicolas Job


• 35 •

Eolien offshore pieux, le bruit ambiant déjà existant et les


espèces marines présentes.
IMPACTS IDENTIFIÉS LORS DE LA
CONSTRUCTION Généralement, les impacts du bruit de-
vraient être temporaires. Mais les bruits
La phase de construction des parcs éo- causés lors du battage des pieux peuvent
liens va inévitablement générer du bruit tuer ou blesser des poissons (en par-
lors de la préparation du fond marin (ex. ticulier ceux qui possèdent une vessie
nivellement, qui peut inclure l’utilisation natatoire), des mammifères et des tor-
d’explosifs), de l’installation des fonda- tues de mer, provoquer des perturbations
tions et du trafic des navires. comportementales ou encore les pous-
ser à abandonner ou déserter momen-
Le type de fondation (monopieux, tripo- tanément une zone qui peut s’étendre
des, jacket et gravitaires pour l’éolien jusqu’à des dizaines de kilomètres du
fixé) influe beaucoup sur les perturbations site de construction64. La délocalisation
générées, ainsi que la technique d’ins- des espèces risque d’affecter gravement
tallation : battage, forage, enfoncement la fréquentation des lieux de frai et de
vibratoire… La réalisation des fonda- nurseries si l’on n’applique pas les in-
tions gravitaires est ainsi a priori moins terdictions saisonnières adéquates. Les
bruyante que le battage des pieux pour les tortues marines peuvent être particuliè-
fondations qui peut causer des perturba- rement sensibles à toute perte d’habitat,
tions acoustiques importantes. L’installa- fût-elle temporaire : elles semblent, en ef-
tion de fondations par forage est aussi, en fet, très peu flexibles quant à leurs sché-
première approche, moins génératrice de mas de distribution spatiale. Les larves
bruit sous-marin que le battage de pieux. et juvéniles de poissons pourraient être
Les effets qui en résultent dépendent particulièrement vulnérables à de fortes
aussi d’un certain nombre d'autres fac- expositions sonores. Les études réalisées
teurs, tels que la topographie et la com- sur quelques espèces n’ont pas mis en
position du fond marin, le diamètre des évidence de mortalité directe, mais les 64 IUCN, 2010, Greening Blue Energy. Ibid.
Parc C-Power à Thornton Bank (Belgique) © Sylvain Michel

effets à long terme sur la croissance des sur des mammifères (pinnipèdes et petits chez les différents organismes. Du point
individus restent inconnus. De même, les cétacés), dont le comportement est moins de vue comportemental, les effets sur
secteurs abritant des mammifères marins difficile à observer. les mammifères marins et les poissons
résidents (colonies de phoques, popula- semblent faibles. Cependant, les retours
tion de cétacés sédentaires…) consti- La réalisation d’études complémentaires d’expériences restent à compléter, cer-
tuent un fort enjeu pour ce type de projet. est donc primordiale pour évaluer les taines espèces pourraient y être plus
réels effets des EMR. sensibles et des études complémentaires
L’installation des structures gravitaires permettraient de mieux définir les seuils
posées des éoliennes flottantes (an- Par ailleurs, les structures doivent être de sensibilité des différentes espèces.
crages) pourrait présenter des impacts transportées par des navires, du port où D’après les informations disponibles,
sonores plus faibles, quoiqu’on manque elles sont stockées jusqu’au site d’instal- l’impact du bruit dans la partie aérienne
à ce jour d’études comparatives précises. lation. A cela s’ajoutent aussi les autres sur les oiseaux et chiroptères semblerait
Par contre, la préparation du fond peut embarcations nécessaires à la prépa- faible, mais ces effets sont mal connus ;
• 36 • dans ce cas nécessiter des opérations ration de la zone et à l’installation des les chiroptères seraient principalement
de dragage produisant là aussi du bruit, structures. Tous ces navires sont eux aus- affectés par les variations brutales de
néanmoins plus faible que le battage de si une source de bruit et de dérangement pression au voisinage des pales.
pieux, et causant la remise en suspension pour les organismes, qui s’ajoute au trafic
des matériaux. préexistant. Hydrolien

L’impact sur les organismes marins du IMPACTS IDENTIFIÉS LORS DE L’EX- IMPACTS IDENTIFIÉS LORS DE LA
bruit et des vibrations causés par les PLOITATION CONSTRUCTION
diverses activités maritimes (transport,
pêche, prospection pétrolière, sonars Le bruit et les vibrations dus à la rotation La présence de navires ainsi que la pré-
civils et militaires) est relativement mal des pales se propagent dans l’eau. Durant paration du substrat pour accueillir des
connu. Si des études65 ont été faites sur la phase d’exploitation, l’intensité du bruit hydroliennes génèrent du bruit. Suivant le
le sujet, elles ne permettent pas à ce jour est plus faible qu’au stade de la construc- projet considéré, des actions mécaniques
de conclusion définitive. Cela concerne tion (et, de façon générale, plus faible que peuvent être nécessaires tel que le bat-
notamment le seuil de tolérance au bruit celle du bruit causé par d’autres activités tage de pieux ou le forage s’il s’agit d’une
de chaque espèce ainsi que leur com- maritimes telles que le transport ou as- hydrolienne fixée sur un mât. En com-
portement face à ces perturbations. Les socié à l’agitation naturelle à la surface) paraison, une hydrolienne installée par
études ont été menées principalement et ne semble pas provoquer de blessures lestage et ne nécessitant pas d’opération
particulière pourrait provoquer moins de
bruit durant sa mise en place.

IMPACTS IDENTIFIÉS LORS DE L’EX-


PLOITATION

La rotation de la turbine sous l’action des


courants induit des vibrations se propa-
geant dans l’eau. La filière étant peu dé-
veloppée, on manque de connaissances
sur les bruits associés au fonctionnement
des hydroliennes.

On peut signaler à cet égard l’étude du


Parc C-Power à Thornton Bank (Belgique) © Sylvain Michel prototype d’hydrolienne Sabella D3, im-
mergé dans l’Odet en Finistère Sud, qui d’ancrages peuvent vibrer  : cet impact La réalisation d’études
n’a pas montré d’impacts significatifs sur est mal connu et les conséquences po- complémentaires
le comportement des poissons fréquen- tentielles sur les organismes n’ont pas été
tant l’estuaire. Il faut rappeler que même identifiées. est donc primordiale pour
en l’absence d’hydroliennes, les zones à évaluer les réels effets des
fort courant sont déjà des zones de bruit Marémoteur EMR.
hydrodynamique intense.
IMPACTS IDENTIFIÉS LORS DE LA
Houlomoteur CONSTRUCTION

IMPACTS IDENTIFIÉS LORS DE LA Les centrales marémotrices ne néces-


CONSTRUCTION sitent pas d’implanter des structures
profondément dans le fond marin ou
Comme pour les dispositifs éoliens et estuarien, si bien que leur construction
hydroliens, les installations flottantes est a priori moins génératrice de bruit
peuvent être acheminées du port où elles sous-marin que d’autres types d’énergie.
sont entreposées jusqu’au site d’installa- Cependant, la construction du barrage
tion par des navires. Cette source de bruit et des ouvrages provisoires mobilisent
(plus faible que celle des navires com- un grand nombre d’engins de levage et
merciaux opérant à grande vitesse) n’est de navires spécialisés et mobilisent des
a priori pas une cause de blessures et de quantités importantes de matériaux, ce
mortalité. qui engendre une augmentation significa-
tive du bruit durant tout le chantier.
IMPACTS IDENTIFIÉS LORS DE L’EX-
PLOITATION IMPACTS IDENTIFIÉS LORS DE L’EX-
PLOITATION
Le bruit mécanique généré dans les dis-
positifs houlomoteurs n’est sans doute Les turbines hydroélectriques peuvent • 37 •
pas plus important que le bruit émis par produire un bruit notable lors de leur
les bateaux lors de l’installation, ou que rotation, en particulier si, comme pour
le bruit hydrodynamique naturel qui aug- les autres technologies, les parties mé-
mente fortement en présence de vagues. caniques sont usées, encrassées, ou si
leur lubrification est insuffisante. Ces
Cependant, les parties mobiles du dis- sons peuvent se propager dans l’eau sur
positif peuvent produire des bruits dans plusieurs kilomètres, mais si la centrale
une gamme de fréquence très différente est placée en estuaire, la topographie de
des bruits naturels, et leur intensité peut celui-ci limite cette propagation à un sec-
augmenter avec l’usure du système ou le teur relativement étroit.
développement du fouling. Les chaînes

65 Sur les EMR, on pourra (entre autres) citer


les études :
› http://www.thecrownestate.co.uk/me-
dia/354803/amds-to-deter-marine-mam-
mals-from-pile-driving-areas-at-sea.pdf
› http://www.subacoustech.com/information/
downloads/reports/544R0424.pdf
› http://mhk.pnnl.gov/wiki/images/c/cc/Gor-
don_et_al._2007.pdf
› http://www.int-res.com/articles/meps_oa/
m321p295.pdf
Houlomotrice Oyster 800 de Aquamarine Power sur le site d’essai « Bilia Croo » de l’EMER, › http://archimer.ifremer.fr/doc/2007/rap-
îles Orcades (Ecosse) © Sylvain Michel port-2390.pdf
Sur le site de la Rance, les suivis effec- de fortes agitation en surface (cyclones). › De prendre en compte la fréquentation
tués n’ont cependant pas montré de DCNS conduit une étude de modélisation de l’habitat et les schémas de migra-
modifications des comportements des des bruits générés par une centrale ETM tion des espèces sensibles lors de la
animaux liés au bruit. flottante, pour son projet à la Martinique. construction des parcs d’EMR.
Mais les effets de ces bruits sur la faune
Energie Thermique des Mers marine restent méconnus (notamment, Tout d’abord, le choix de la période de
pour les mammifères marins présents construction peut permettre de minimiser
IMPACTS IDENTIFIÉS LORS DE LA dans le sanctuaire AGOA). certains impacts négatifs.
CONSTRUCTION
Recommandations pour une En évitant les périodes migratoires des
Les impacts sonores lors de la construc- prise en compte de la biodiversité66 mammifères marins ou encore les pé-
tion d’une centrale ETM flottante seront riodes de reproduction des espèces
similaires à ceux de tous dispositifs flot- Pour la préservation de la biodiversité sensibles au bruit, on peut diminuer le
tants (éolien, hydrolien ou houlomoteur), marine et côtière, nous recommandons nombre d’individus touchés ou leur dé-
si ce n’est que leur source sera localisée notamment : rangement durant les moments de leur
en un seul site, plutôt que dispersée en cycle de vie nécessaires au maintien des
de nombreux points. On peut assimiler la › De développer les connaissances sur populations.
génération de bruit sous-marin à celle de les impacts potentiels des mesures sis-
l’installation d’une plate-forme pétrolière miques pendant la phase de prospection Cette mesure n’est pas simple à mettre
flottante, à la différence que la centrale (mesures géotechniques). en œuvre  : en effet, la principale saison
ETM sera sans doute plus proche de la de reproduction pour de nombreuses
côte, donc des écosystèmes du littoral. Les ondes sonores (basses fréquences espèces des régions tempérées s'étend
Dans le cas d’une centrale ETM à terre, notamment) peuvent en effet se propager du printemps jusqu’au début de l’été, pé-
l’impact sonore serait similaire à celui de dans l’eau, sur plus d’une centaine de riode qui correspond aux conditions favo-
la pose d’une canalisation sous-marine, kilomètres. Elles constituent une pollution rables pour réaliser les opérations en mer.
mais celle-ci atteindrait une profondeur sonore qui est potentiellement nuisible Il sera donc nécessaire de bien cibler, au
bien plus importante (1 000 m) que les à la faune aquatique, de la même façon cas par cas, les périodes critiques pour
• 38 • canalisations de rejets (eaux usées, ef- que les nuisances sonores générées par les espèces les plus sensibles ou à en-
fluents industriels) ou de pompage (re- un chantier EMR. jeux particuliers, de manière à minimiser
froidissement, désalinisation). globalement les impacts des opérations.
La sismique haute résolution associée à Néanmoins, il faut garder à l’esprit qu’une
IMPACTS IDENTIFIÉS LORS DE L’EX- la géotechnique mobilise cependant de réduction trop forte des fenêtres de tra-
PLOITATION faibles énergies par rapport à la sismique vaux peut avoir pour conséquences de
pétrolière qui recherche des pénétrations retarder le planning de construction, qui
Les bruits sous-marins induits par une très importantes, et dont certaines cam- s’étendra alors sur de plus longues du-
centrale ETM seraient de deux types  : pagnes de prospection ont été associées rées et impactera in fine plus longuement
bruit et vibrations de fonctionnement à des échouages massifs de mammifères les espèces et habitats...
des échangeurs thermiques et transfor- marins, et elle utilise des fréquences plus
mateurs électriques dans la centrale (à élevées qui se propagent peu  ; néan- › De développer et de mettre en œuvre
l’intérieur de la plate-forme flottante)  ; moins, il est possible qu’elle ait sur la systématiquement les techniques éprou-
bruits générés par les conduites immer- faune des effets notables qu’il convient vées pour réduire les impacts sonores
gées (grincements) mesurant jusqu’à d’étudier, afin de pouvoir les limiter. des travaux, comme par exemple :
1 000 m de long, accrus lors des périodes
Lorsque plusieurs options sont envisa-
geables suivant les caractéristiques géo-
logiques du fond, le choix du type de fon-
dations peut aussi permettre de réduire
les impacts acoustiques de la construc-
tion.

On peut aussi envisager de réduire la


propagation sonore en formant un ri-
deau de bulles autours des pieux, ou en
enveloppant ces derniers dans un isolant
acoustique. Ces technologies ne sont ce-
pendant pas encore éprouvées en mer à
marée avec de forts marnages, comme
en Manche et sur la façade Atlantique
française, et leur efficacité dépend beau-
Grand dauphin (Tursiops truncatus) © NASA coup des courants.
Sauts de grands dauphins (Tursiops truncatus) dans le Parc naturel marin d'Iroise © Sylvain Dromzée / Agence des aires marines protégées

D’autres mesures peuvent être prises progressive de celui-ci et ne pas avoir un


afin d’inciter les organismes à s’éloigner comportement d’évitement de la zone. • 39 •
de la source de bruit et éviter les bles-
sures. C’est le cas du dispositif « pinger » › Assurer une surveillance visuelle (et
qui émet des sons incitant les individus acoustique) des zones de travaux pen-
à s’écarter avant de commencer le bat- dant chaque opération susceptible de
tage des pieux par exemple. Cependant, provoquer des dérangements ou des
l’efficacité de ces «  effaroucheurs  » dommages aux organismes pélagiques
acoustiques doit être bien vérifiée pour (présence d’observateurs et d’opérateurs
les espèces présentes et dans les condi- d’acoustique passive à bord des navires
tions environnementales du chantier, car de construction, mise en place de proto-
leur effet peut être nul, voire inverse sui- coles de mitigation), comme pratiquée sur
vant les animaux. Par exemple, le projet les campagnes sismiques ou pétrolières
Ping-Iroise (PNMI) n’a montré aucun effet par exemple.
significatif de répulsion des marsouins et
dauphins par les pingers fixés aux chaluts › L’effet de « barrière acoustique » engen-
de pêche. Il y avait autant de captures dré par les bruits sous-marins peut enfin
accidentelles avec ou sans pingers. Par être réduit en agissant sur le phasage des
ailleurs, si la répulsion est efficace, il faut constructions de plusieurs parcs d’EMR
aussi s’assurer qu’elle n’induise pas une situés dans une même région marine.
perte de zone fonctionnelle prolongée
pour les espèces affectées (par exemple, En décalant dans le temps les opérations
abandon d’une aire d’alimentation). bruyantes des différents projets, on per-
mettrait aux animaux fuyant les perturba-
L’augmentation graduelle de la force de tions de trouver une zone de repli. Cela
battage des pieux (démarrage progressif nécessite une concertation entre les dif-
ou « soft start ») est aussi un moyen de férents porteurs de projets, et que ceux-
laisser le temps aux organismes (mam- ci acceptent de modifier leur planning de
mifères, aux grands pélagiques et aux travaux, malgré des contraintes opéra-
tortues marines notamment) de s’éloi- tionnelles généralement très tendues.
gner avant l’émission maximale de bruit.
Cependant, la preuve de leur efficacité
est incertaine. Les individus pourraient
s’habituer au bruit lors de l’augmentation 66 IUCN, 2010, Greening Blue Energy. Ibid.
Opportunité et menace :
Modification de l’habitat

• 40 •

Raie torpille © Frédéric Lechat

Eolien offshore Cette destruction peut cependant être des matériaux, pouvant impacter divers
suivie d’une recolonisation, notamment compartiments biologiques.
IMPACTS IDENTIFIÉS LORS DE LA sur des fonds meubles à résilience éle-
CONSTRUCTION vée. Mais si des structures artificielles ont Ce phénomène, en augmentant la tur-
remplacé le substrat meuble, celles-ci se- bidité, empêche la pénétration de la lu-
> Permanente : ront colonisées par des espèces typiques mière dans la masse d’eau. Or celle-ci
Modification des fonds des substrats durs, aboutissant à un éco- est essentielle au développement de
système très différent de l’état originel. phytoplancton et la baisse de la photosyn-
La préparation du fond à l’installation des thèse peut freiner leur développement.
structures entraîne un impact mécanique La résilience est bien plus faible dans le
perturbant le benthos. Le substrat est dé- cadre d’habitats rocheux de type récifs. La turbidité affecte aussi le développe-
truit localement par le forage, le dragage Nous insistons notamment sur le rôle et ment des macroalgues, d’autant plus
lors du nivellement de terrain, la pose de l’intérêt des macroalgues, en particulier lorsque les travaux ont lieu au printemps
matériaux anti-affouillement, et sur l’em- les forêts de laminaires68 décrites comme lors de leur croissance.
prise au sol des fondations d’éoliennes ins- faisant partie des habitats les plus dyna-
tallées. L’excavation des fonds liée aux fon- miques et de la plus haute diversité bio- Une turbidité élevée peut par ailleurs en-
dations (de l’ordre de 8 m de diamètre sur logique de la planète (Brikett et al., 1998) traîner le colmatage des branchies des
20 à 30 m de profondeur) et les tranchées (Noderhaug et al., 2007). poissons.
réalisées pour l’enfouissement des câbles
(sur plusieurs centaines de kilomètres au > Temporaire : Les organismes filtreurs sont eux aussi
total) peut détruire localement le benthos67, Remise en suspension des maté- touchés  : notamment, l’appareil diges-
et produiront des quantités de sédiments riaux : poissons, benthos, plancton, tif des hydraires et des bryozoaires peut
dont le devenir impactera les habitats. organismes filtreurs être impacté par l’absorption de ces par-
ticules. De plus, le dépôt de ces matériaux
Il faut tempérer cet impact selon le type Le remaniement du fond nécessaire à la sur le fond peut recouvrir les organismes
de fondation  : une éolienne à base gra- préparation du substrat pour accueillir les qui y vivent. Il faut noter que la zone im-
vitaire aura vraisemblablement une em- éoliennes ou pour l’enfouissement des pactée par la remise en suspension des
prise au fond plus importante qu’une éo- câbles induit un autre impact localisé, ce- matériaux, ainsi que leur dépôt, dépend
lienne flottante ancrée. lui de la remise en suspension temporaire des effets importants de la houle, de la
force et de la direction des courants pré- fixés, leur biodépôts) un transfert de ma- La résilience est bien
sents dans la zone, ainsi que de la nature tière organique de la colonne d’eau vers plus faible dans le
des matériaux. le benthos ; mais cet impact n’aura lieu
que dans les secteurs à faible hydrodyna- cadre d’habitats rocheux de
Les sédiments remis en suspension misme. Les recherches menées montrent type récifs.
peuvent contenir divers polluants (mé- que cet impact pourrait être assez locali-
taux lourds, dérivés d’hydrocarbures sé (en fonction des courants), mais des
comme les HAP, pesticides, etc.), lesquels recherches complémentaires sont néces-
risquent de se disperser dans l’eau et saires pour mieux connaître l’étendue de
de contaminer les organismes vivants. ces impacts au-delà des parcs éoliens.
Ce risque est particulièrement élevé si le
site d’implantation se trouve proche d’un > P ermanente ou temporaire :
estuaire, d’un grand port ou d’une zone Introduction de produits chimiques
d’immersion de sédiments portuaires.
Les peintures antifouling (peintures limi-
IMPACTS IDENTIFIÉS LORS DE L’EX- tant le développement des organismes
PLOITATION marins) ont un impact très négatif sur la
faune environnante  : ayant pour objectif
> Permanente : de limiter le dépôt d’organismes marins,
Perturbation des régimes hydro elles sont hautement toxiques pour ces
sédimentaires derniers. Cependant, les enduits de nou-
velle génération (par exemple, à base de
La pose de structures dans la colonne silicone) sont bien moins toxiques que les
d’eau peut modifier localement les cou- précédents.
rants. En substrat meuble, il y a un risque
de creusement en amont et de dépôt en Notons que ces biocides sont utilisés aus-
aval où les courants sont freinés. La mise si sur les navires et plus généralement
en place de blocs rocheux à la base des sur beaucoup de structures artificielles • 41 •
éoliennes fixées permet une protection en mer, et que l’utilisation d’antifouling
contre le creusement à proximité des est réglementée. Des recherches sont en
fondations. Cependant, la diminution de cours dans le but d’utiliser des compo-
la vitesse des courants en aval des struc- sés naturellement produits par les orga-
tures favorise le dépôt de particules que nismes marins dans ces peintures.
le dispositif ne peut empêcher. Le risque
lié à ces dépôts est le recouvrement des On notera qu’existent également des
habitats présents autour des fondations. risques de pollution avec les lubrifiants
chimiques (huiles) utilisés, notamment en
Par ailleurs, l’accumulation de matière or- cas de rupture accidentelle d’un circuit,
ganique (et éventuellement la diminution bien que leur utilisation soit réglementée
d’oxygène qui l’accompagne) est due au et qu’ils doivent être facilement biodégra-
développement important du biofouling dables. Les risques existent également
sur les fondations, lequel engendre (par lors des opérations de maintenance.
l’activité de filtration des organismes Cette huile doit normalement être récu-

67 L’enfouissement se fait essentiellement pour


protéger les câbles contre les activités de
pêche  : dragage et chalutage, qui ont elles-
mêmes potentiellement un impact sur le ben-
thos.
68 Brikett et al.,1998 et Noderhaug et al., 2007 ;
données synthétisées par J.C. Ménard, Es-
Homard © Frédéric Lechat tuaires Loire Vilaine
pérée et détruite par des établissements champs électriques peuvent être induit pension de matériaux. Les zones propices
spécialisés dans le traitement de matières dans le corps des animaux lors de leur aux hydroliennes étant des zones de fort
hautement polluantes. passage dans le champ magnétique pro- courant, la quantité de matériaux mobili-
duit par le câble. Il convient aussi de dif- sables est généralement limitée, mais les
Les dispositifs anti-corrosion (protections férencier les CEM70 associés aux courants effets de leur remise en suspension pour-
cathodiques) diffusent des oxydes prove- alternatifs et continus, dont les intensités et raient se faire sentir assez loin.
nant des anodes métalliques (cuivre, zinc, les portées sont très différentes.
aluminium, …). Il est possible que l’accu- IMPACTS IDENTIFIÉS LORS DE L’EX-
mulation de ces substances dans les sédi- Hydrolien PLOITATION
ments et dans l’eau ait des conséquences
sur les animaux benthiques, mais aucune IMPACTS IDENTIFIÉS LORS DE LA > Permanente :
étude n’a pour l’instant permis de le vérifier. CONSTRUCTION Perturbations des régimes hydro
sédimentaires
Les produits chimiques peuvent aussi > Permanente :
être introduits dans le milieu par des pol- Dégradation des fonds benthos Le fonctionnement des hydroliennes
lutions accidentelles, suite à une erreur induit une modification de l’hydrodyna-
de manipulation lors des opérations de Là encore il faut considérer l’emprise au sol misme en aval des structures (effet de
maintenance, une collision entre deux na- de la structure elle-même. Cela concerne sillage). L’hydrolienne captant une partie
vires ou un navire et une éolienne. aussi l’ancrage des câbles électriques : en de l’énergie, ce changement favorise la
présence de forts courants le substrat est sédimentation des particules transpor-
> Permanente : principalement dur (généralement rocheux) tées par la masse d’eau sous l’influence
Champs électromagnétiques (CEM) et l’ensouillage des câbles n’est donc pas des courants. Les modifications hydro sé-
possible, ni d’ailleurs forcément nécessaire dimentaires peuvent modifier localement
Les CEM sont générés par les câbles entre (pas de dragage et de chalutage dans ces les habitats benthiques concernés dans
génératrices et boîte de jonction électrique, zones). Les impacts sur le benthos sont liés le cas de déploiement d’hydrolienne à
par la station de transformation électrique à une destruction des milieux concernés et échelle commerciale. Cependant, les re-
(surtout si elle est immergée), et par les à un déplacement éventuel des espèces tours d’expériences sont peu nombreux,
• 42 • câbles de transport à très haute tension les plus mobiles. Les habitats benthiques et ce phénomène est mal connu dans le
(plusieurs dizaines de milliers de volts). ont des capacités de résilience très diffé- cas des hydroliennes.
Ces câbles peuvent être installés dans le rentes.
sous-sol (ensouillés), posés sur le fond ou Pour un parc commercial, composé de
en pleine eau (pour les dispositifs flottants). > Temporaire : très nombreuses hydroliennes, l’effet
Le champ magnétique (CM) est maximal Remise en suspension sur le transit sédimentaire pourrait avoir
à la surface du câble et il augmente avec des matériaux une longue portée et perturber des habi-
l’intensité du courant transporté. Il décroit tats éloignés de plusieurs kilomètres (par
rapidement avec la distance au câble. Aus- Selon le projet considéré, si des opéra- exemple, des dunes hydrauliques, ayant
si est-il plus fort au voisinage d’un câble en tions de remaniement du fond ont été ef- une fonction essentielle de nourricerie
pleine eau ou posé au fond. A l’inverse, il fectuées cela implique la remise en sus- pour certaines espèces de poissons).
est moins fort lorsque le câble est ensouil-
lé ou recouvert. Le câble n’émet pas de
champ électrique, celui-ci restant piégé à
l’intérieur du câble, par l’écran métallique
externe.

Les effets à long terme des CEM sont


mal connus pour la plupart des groupes
d’organismes marins (cétacés, élas-
mobranches, crustacés, etc.). Bien que
des câbles sous-marins de transport
d’électricité soient installés depuis des
décennies (connexion des îles insulaires),
on ne dispose que de quelques études,
telles que celles sur les effets des champs
magnétiques générés le long d’un câble
d’éolienne offshore du parc Nysted sur
plusieurs espèces de poissons69. Pour-
tant, de nombreux groupes d’animaux
sont sensibles à d’infimes variations des
champs magnétiques (cétacés) ou élec-
triques (élasmobranches). Notons que des © EDF / TOMA
Usine marémotrice de la Rance © Y. Le Gal - EDF

> Permanente ou temporaire : des habitats situés entre 8 et 13,5 m en


Introduction de produits habitats terrestres et une forte réduction
chimiques71 de l’estran. Les organismes sont très sen-
sibles à la modification de la concentra-
Les hydroliennes sont susceptibles d’en- tion en sel dans leur milieu. Ils sont adap-
traîner des impacts liés aux traitements an- tés à certaines conditions qui déterminent • 43 •
ti-fouling, nécessaires pour empêcher la co- leur survie.
lonisation des machines par des organismes
marins, ou aux dispositifs anticorrosion. > P ermanente :
Destruction des habitats
Les autres risques de pollution chimiques
pourraient être limités. L’emprise physique des ouvrages pro-
visoires au sol ainsi que l’exondation de
Marémoteur certaines surfaces de l’estuaire conduit à
la destruction des habitats qui s’y trouvent.
IMPACTS IDENTIFIÉS LORS DE LA Or les estuaires sont des zones de grande
CONSTRUCTION valeur écologique, et ces habitats peuvent
être des zones de nourriceries ou de
> Permanente : frayères ; leur disparition met ainsi en péril
Perturbation du régime hydrodynamique les espèces qui en dépendent.

La construction d’une usine marémotrice Transformant l’écosystème de la Rance, 69 Gill, A.B., Huang, Y., Gloyne-Philips, I., Met-
implique d’importants travaux  ; on peut le barrage est responsable de son enva- calfe, J., Quayle, V., Spencer, J. & Wearmouth,
V., 2009, COWRIE 2.0 Electromagnetic Fields
illustrer cette phase avec le cas de la sement progressif. Certaines espèces ont (EMF) Phase 2: EMF-sensitive fish response to
Rance. A l’époque (il est probable que l’on disparu (lançon, plie) mais d’autres sont EM emissions from sub-sea electricity cables
procéderait différemment aujourd’hui), depuis revenues (bar, morgate). of the type used by the offshore renewable en-
l’estuaire a été fermé pour la construction ergy industry. Commissioned by COWRIE Ltd
(project reference COWRIE-EMF-1-06).
de l’usine marémotrice, pour cela, deux En fait la faune s’est totalement transfor- 70 France Energie Marine (FEM), non publié,
dispositifs ont été installés en amont et en mée puisque les espèces plus petites et Guide GHYDRO, chapitre dédié aux CEM.
aval afin de construire le barrage. Cette plus rapides constituent la majeure par- 71 Par exemple, le parc d’hydroliennes prévu au
fermeture de l’estuaire a duré trois ans : tie de la faune, leur vivacité permet de large de Paimpol-Bréhat ne devrait comporter
ni multiplicateur, ni système de refroidisse-
durant ces années le fonctionnement de passer à travers les hélices du barrage, ment, ni transmission mécanique ou d’électro-
l’estuaire a été grandement modifié. La chose impossible pour les espèces plus nique de puissance, ni de fluide lubrifiant ou
marée n’influant plus directement sur lentes (bien qu’un veau-marin et un petit réfrigérant. Le convertisseur off-shore serait
l’estuaire, on a assisté à la dessalure de marsouin aient réussi à passer). On note quant à lui hermétique et donc non susceptible
d’affecter le milieu environnant (sauf défaut
celui-ci par le débit de la Rance. La stabi- la présence d’espèces de poissons telles d’étanchéité ou fuite). Il contiendrait environ
lité de la masse d’eau aux alentours de la que dorade (grise et royale), mulet (lip- 4 m3 d’un réfrigérant non toxique et biodégra-
côte 8 m CN a entrainé une modification pu et doré), raie (bouclée et fleurie), lieu dable.
jaune, vieille et même depuis quelques avec les impacts déjà développés plus Il existe également, dans le cas de cer-
années de petits sars. haut dans cette étude. Toutefois, la pro- tains types (Pelamis par exemple), des
tection cathodique (active ou passive) a risques de pollution par les huiles utilisées
IMPACTS IDENTIFIÉS LORS DE L’EX- permis de réduire les surfaces peintes. par les moteurs hydrauliques et dans les
PLOITATION accumulateurs.
Houlomoteur
> Permanente : Filières thermiques et Energie
Perturbations hydro sédimentaires IMPACTS IDENTIFIÉS LORS DE LA thermique des mers (ETM)
CONSTRUCTION
La production d’électricité par une usine IMPACTS IDENTIFIÉS LORS DE LA
marémotrice nécessite une différence de > Permanente : CONSTRUCTION
niveau d’eau de part et d’autre du barrage. Dégradation des fonds
Pour obtenir cette différence, on agit no- > Permanente :
tamment sur la retenue d’eau, ce qui mo- Ceci concerne le plus souvent les dispositifs Dégradation des fonds
difie les périodes d’immersion et d’exon- flottants, les dispositifs fixés sur le fond ou
dation naturelles associées à la marée. les systèmes de colonnes d’eau oscillante. La dégradation des fonds dépend surtout
De ce fait, lorsque l’on retient l’eau dans Les systèmes flottants nécessitent des du lieu d’implantation de la centrale ETM.
le bassin, les particules en suspension ont points d’ancrage sur le fond ; cependant ces Une centrale à terre implique le déploie-
tendance à sédimenter plus rapidement en derniers occupent une surface réduite, et la ment d’un tuyau de gros diamètre de-
absence de courants ; on assiste alors à un profondeur peut être assez importante (effet puis le rivage sur le fond pour atteindre
processus d’envasement en amont de ces sur le benthos réduit). Pour les systèmes les eaux froides situées à environ 1 000
ouvrages. Parallèlement, il a été démontré à colonne d’eau oscillante, leur installation mètres de profondeur, avec des impacts
que la grande majorité des sédiments sont peut se faire sur des ouvrages préexistants potentiellement très lourds si l’on consi-
d’origine marine, or les volumes d’eau de ce qui minimise la surface naturelle pouvant dère une installation à l’intérieur (ou en
mer entrant à chaque marée ont diminué être artificialisée par la construction. Cepen- bordure) de lagons, et la présence de ré-
en raison du fonctionnement de l’ouvrage, dant, du fait de la diversité des procédés cifs de coraux.
le volume de matières en suspension qui d’exploitation de l’énergie des vagues et de
• 44 • pourraient se déposer a donc diminué. Si la houle, l’emprise sur le fond peut être très L’emprise au sol de ces structures, ainsi
un envasement en queue de retenue et différente d’un projet à l’autre. que le dispositif d’ancrage associé, sont à
dans les zones calmes de l’estuaire de considérer. Les centrales flottantes seront
la Rance est indéniable, il est tout à fait IMPACTS IDENTIFIÉS LORS DE L’EX- ancrées au fond (par exemple par des
comparable à ce qui se passe dans les PLOITATION chaînes).
estuaires voisins similaires. Un dépôt im-
portant de vase sur un autre type de milieu > Permanente : > Temporaire :
le détruit et fait ainsi disparaître une zone Perturbations hydro sédimentaires Remise en suspension
où certaines espèces venaient se nourrir. des matériaux
Les installations houlomotrices, en préle-
Une étude réalisée par P. Le Mao72 (à vant une partie de l’énergie de la houle et Toutes les opérations mécaniques met-
partir de captures de poissons dans l’es- en modifiant ses conditions de propaga- tant en mouvement le fond induisent une
tuaire de la Rance entre 1982 et 1984) tion, peuvent aussi modifier le transport remise en suspension des matériaux dans
a démontré l’impact des variations brus- sédimentaire. En effet, houle et courants la colonne d’eau. En fonction des projets,
ques de niveaux sur certaines populations interagissent, si bien que toute perturba- les impacts sont variables mais concerne-
d’invertébrés et de poissons. Depuis, tion de la houle est susceptible d’affecter ront le colmatage du système respiratoire
l’exploitation de l’usine marémotrice a été le transport de sédiment par les courants des poissons, la diminution de la photo-
modifiée pour limiter les variations de ni- (par exemple, dérive littorale). La houle et synthèse du phytoplancton et l’affectation
veaux d’une marée à l’autre à des valeurs les vagues agissent aussi sur les proces- de son développement, mais aussi des
présentes dans le milieu naturel. sus de remise en suspension et de dépôt impacts sur les invertébrés benthiques
des sédiments. En première approche, filtreurs fixés.
A la Rance, l’écosystème modifié a subi les machines houlomotrices réduisent
une phase de stabilisation de plusieurs l’agitation de la surface et de la colonne IMPACTS IDENTIFIÉS LORS DE L’EX-
années après la construction, avant d’at- d’eau, favorisant le dépôt de sédiment. PLOITATION
teindre tout de même un équilibre éco-
logique (bien que différent de celui qui > Permanente ou temporaire : > Permanente ou temporaire :
prévalait avant la construction)73. Introduction de produits chimiques Introduction de produits chimiques

> P ermanente ou temporaire : Les installations houlomotrices soulèvent Le système permettant d’exploiter le gra-
Introduction de produits chimiques elles aussi la question de la pollution dient thermique des mers nécessite par
chimique liée aux traitements anti-fouling ailleurs de travailler avec un fluide comme
Une partie des éléments métalliques im- et aux systèmes anticorrosion. l’ammoniac. On ne peut pas négliger ce
mergés doivent recevoir un anti-fouling, point  : une fuite importante de ce fluide
Récif corallien en Martinique © Thomas Abiven

dans le milieu serait certainement très conduits, de pressions mais aussi de tem-
grave, au vu des quantités, pour les or- pératures. Le plancton peut être touché
ganismes. par la mortalité d’une partie des individus.
Pour la macrofaune, leur taille vis-à-vis de
Pour lutter contre le problème marin ré- la maille de filtration ainsi que leur vitesse • 45 •
current de la bio salissure et améliorer le de nage détermineront s’ils seront entraî-
rendement de la machine, on utilise par nés dans les conduits de prélèvement. On
ailleurs une dose de biocide (0,02 ppm connaît encore peu la mortalité induite
concentration molaire journalière) qui est par ce procédé : les données sont prati-
cinq fois en dessous du seuil règlemen- quement inexistantes.
taire américain. Aujourd’hui, la dose en
biocide devrait être réduite à 0,01 ppm, > P ermanente :
soit 10 fois en dessous du seuil règle- Variation de température
mentaire américain.
On estime à environ 4°C la différence
> Permanente : de température entre les eaux pompées
Aspiration des organismes en surface et les eaux rejetées dans le
milieu. Les organismes peuvent être
L’exploitation du gradient thermique entre sensibles aux variations thermiques, qui
la surface et le fond des océans néces- peuvent influer sur le développement des
site le pompage d’un grand volume d’eau populations ainsi que sur la présence des
froide et d’eau de surface. L’aspiration espèces. Il est donc important de bien
peut entraîner divers organismes. Il faut choisir le point de rejet des eaux : il doit
différencier ceux n’ayant pas la capacité tenir compte de la température des eaux
de fuir (plancton, larves et juvéniles) et du milieu récepteur, mais aussi prévoir le
ceux pouvant nager et lutter contre cette comportement du panache de rejet, s’il 72 Le Mao P., 1985, Peuplements piscicole et
teuthologique du basin maritime de la Rance,
aspiration. Les organismes touchés sont coule du fait de sa densité plus élevé et s’il impact de l’aménagement marémoteur, EN-
ceux présents aux profondeurs de prélè- est dilué dans la masse d’eau grâce aux SAR, 125p.
vement concernées : le pompage se fait conditions hydrodynamiques. L’organisa- 73 Trigui Rima-Jihane, Desroy Nicolas, Le Mao Pa-
généralement vers 100 m de profondeur tion des espèces dans la colonne d’eau trick, Thiebaut Eric, 2011, Preliminary results
on long-term changes of estuarine benthic
(au-dessus de la thermocline) et aux en- dépend notamment de la température du communities 45 years after the implementa-
virons de 800 - 1 000 m (généralement milieu. Ainsi, il est important de minimiser tion of a tidal power station in the Rance basin.
en pleine eau). De plus, une maille de fil- la différence de température qu’il peut y Colloque scientifique du golfe normand-breton
tration permet aux plus gros organismes avoir entre les eaux de rejet et le milieu “Biodiversité, écosystèmes et usages du milieu
marin : quelles connaissances pour une ges-
de ne pas être entraînés dans le circuit. récepteur, par exemple en rejetant l’eau tion intégrée du golfe normand-breton ?” 02
Les individus aspirés vont subir des refroidie à la profondeur correspondant à et 03/11/2011, Saint-Malo. http://archimer.
chocs mécaniques contre les parois des sa température. ifremer.fr/doc/00156/26692/
> Permanente : tenir compte de l’apport en nutriment est un critère technique de conception
Upwelling artificiel par les eaux de rejets, car ce phénomène des fondations. Ces mesures coûteuses
peut entraîner un appauvrissement des et pas toujours performantes ne sont par
Les eaux situées en profondeur sont eaux en oxygène. Les conditions d’anoxie ailleurs pas nécessaires pour toutes les
riches en nutriments nécessaires au dé- peuvent provoquer la mort de certains fondations (p. ex. si l’on utilise des fon-
veloppement du plancton. Lorsque l’on organismes tels que les poissons. Ce dations « jacket »).
pompe l’eau froide (seulement en circuit phénomène pourrait aussi favoriser la
ouvert), on induit des rejets d’eaux riches prolifération de micro-algues toxiques ›D
 e développer et de mettre en œuvre
en nutriments dans un niveau supérieur (telles que Dinophysis, Pseudonitchia, les méthodes existantes pour atténuer
de la colonne d’eau. Lorsque les condi- Alexandrium, etc.). la remise en suspension de sédiment
tions de luminosité ainsi que l’apport de durant l’installation (lors du nivellement
nutriments sont réunis, cette action peut Recommandations pour une du sol, de l’ensouillage des câbles) et
favoriser le développement du plancton prise en compte de la biodiversité74 limiter la modification du régime hydro-
ainsi que leurs consommateurs. Le phé- sédimentaire (par le choix de fondations
nomène naturel correspondant d’upwel- Pour la préservation de la biodiversité surélevées par rapport au fond marin ou
ling est bien connu par les pêcheurs  : marine et côtière, nous recommandons : de faible emprise).
ces zones riches en nutriments sont fa-
vorables à la présence de poissons qui › De développer et de mettre en œuvre › Pour limiter les risques de pollution avec
viennent s’y nourrir. les méthodes existantes pour atténuer les produits chimiques et les lubrifiants,
l’érosion du fond marin, due aux mou- des solutions technologiques existent
Cependant, lorsque l’enrichissement des vements de l’eau autour des fondations avec la double étanchéité des installa-
eaux est trop important et que les nutri- des turbines : emplacement de rochers tions immergées et la mise en place de
ments sont présents en excès, il peut y et gravier à la base, matelas anti-éro- bacs de récupération.
avoir un bloom phytoplanctonique (qui sion... Ce paramètre est cependant
n’est pas forcément nocif, mais modifie généralement intégré aux critères de
l’écosystème). Il est donc important de conception, car l’érosion du fond marin

• 46 •

Seiche © Boris Daniel / Agence des aires marines protégées


Menace : Effet barrière
et risques de collisions 75

• 47 •

© Le Roux- EDF

Eolien offshore lacunaires. Une récente étude76 indique


que la majorité des collisions se passent
Du fait de sa simple présence physique, quelques jours par an, lorsque la naviga-
un parc éolien constitue une barrière au tion des oiseaux est gênée par de mau-
passage de diverses espèces, avec un vaises conditions météorologiques, ce qui
risque de collision. L’effet « barrière » ne fragilise les prévisions.
s’applique pas qu’aux migrations, mais
aussi aux déplacements quotidiens entre De même, plusieurs espèces d’oiseaux
zones de repos, d’alimentation, de nour- semblent éviter les parcs d’éoliennes
rissage. pendant leur migration. Néanmoins, la
plupart des migrations sont effectuées
Les obstacles sous-marins sont fixes et de nuit et les oiseaux peuvent alors être
de faible surface, mais la partie aérienne attirés par le balisage lumineux des parcs
des éoliennes soulève notamment une éoliens imposé par la réglementation. Des
inquiétude pour les oiseaux et les chirop- études ont montré que le nombre d’eiders
tères. et d’oies qui traversaient les zones où sont
implantés des parcs d’éoliennes avait été
Les chauves-souris sont particulière- divisé par 4 ou 5 après leur construction
ment exposées aux collisions de nuit, car Cependant, au regard de la durée de la
l’éclairage des éoliennes (imposé par la migration, les pertes d’énergie que l’on
réglementation maritime et aérienne) peut attribuer à l’effet de barrière que
peut attirer les insectes dont elles ne constitue un parc éolien et au contour-
nourrissent jusqu’à plusieurs dizaines de nement d’un tel parc semblent faibles. 74 IUCN. 2010, Greening Blue Energy. Ibid.
kilomètres au large. Ce détour ne semble pas augmenter le 75 IUCN, 2010, Greening Blue Energy. Ibid.
risque de mortalité durant la migration. 76 FARQUE P., 2013. Interactions entre oiseaux
marins et parcs éolien en mer : connaissances,
Concernant les risques de collisions Cette conclusion doit être nuancée dans contexte et solutions sur les côtes françaises –
entre les oiseaux et des éoliennes, les re- le cas où de nombreux parcs éoliens sont Action 3.C – Report from FAME Project. LPO-
cherches en la matière sont encore très situés dans un couloir migratoire (par SEPN.
exemple, en mer du Nord) : la multiplica- Pour les mammifères marins, les impacts de l’éolien flottant, les chaines reliant la
tion des contournements pourrait résulter des perturbations sonores causées par partie flottante aux ancrages pourraient
en un impact significatif sur le taux de des parcs d’éoliennes sur les communi- être sources de blessures. Les effets des
survie de certaines espèces. D’autre part, cations et la navigation à longue distance champs électromagnétiques des câbles
si un parc est situé sur un point de pas- sont pratiquement inconnus. En tout pourraient aussi constituer un obstacle
sage obligé, tel qu’un détroit, le risque de état de cause, il est clair que l’effet de aux déplacements de certaines espèces
collision lors de la migration pourrait être « barrière acoustique » est plus important qui utilisent le champ magnétique ter-
décuplé. lors de la construction, d’où la nécessité restre pour s’orienter (cétacés, tortues)
d’éviter de planifier cette phase durant la ou sont sensibles au champ électrique
Il est important de préciser que selon l’es- saison des migrations. La multiplication naturel (élasmobranches, par exemple).
pèce, la hauteur de vol diffère et le risque de parcs éoliens séparés par de faibles
de collision avec les pales aussi. Les seuls distances pourrait provoquer une barrière Les tortues de mer, menacées dans le
coûts énergétiques estimés mesurables migratoire pour les mammifères marins, monde entier, pourraient être déran-
sont ceux d’espèces qui traversent une en particulier dans des zones de pas- gées par les sons à basse fréquence
région de façon quotidienne, par exemple sages stratégiques comme la Manche. qu’émettent les turbines. Elles font preuve
entre les sites de nourrissage et les lieux d’une fidélité extrême envers leurs voies
de repos ou de nidification. Dans ces cas, Par ailleurs, les impacts électromagné- de migration, ce qui peut les rendre plus
les parcs d’éoliennes peuvent causer la tiques des câbles pourraient générer des sensibles à ce genre de perturbation.
fragmentation d’unités écologiques cohé- perturbations pour les mammifères ma-
rentes pour ces oiseaux. rins qui se servent du champ magnétique Ainsi, les comportements de contourne-
terrestre pour s’orienter et migrer. ment des parcs éoliens varient fortement
Il a cependant été démontré que certaines selon l’espèce considérée. Des études
espèces d’oiseaux marins (ex. les oiseaux On peut aussi mentionner le risque de restent nécessaires pour qualifier les ef-
plongeurs et les canards marins) évitent collisions avec les navires, susceptible fets barrières (visuel, acoustique, électro-
les parcs d’éoliennes (pas de données d’augmenter si le trafic s’intensifie. magnétique) associés aux parcs éoliens
sur les autres systèmes), non seulement et leur impact sur les différentes popula-
pendant leur construction mais aussi en Concernant les mammifères marins et tions d’animaux marins.
• 48 • phase de fonctionnement. L'importance les poissons, les retours d’expériences
des effets sur des assemblages locaux ne révèlent pas de cas de collisions et de Hydrolien
d’oiseaux dépend largement de la dispo- blessures associées à la structure elle-
nibilité pour les oiseaux d’habitats alter- même. On estime qu’ils ont une capaci- Les hydroliennes constituent un obsta-
natifs. té à détecter et à éviter ces installations cle dans la colonne d’eau avec lequel
(écholocation). Néanmoins, dans le cas les mammifères marins, les poissons et

Envol d'un puffin cendré (Calonectris diomedea) © Steven Piel / Agence des aires marines protégées
© Piton-Rodriguez

les oiseaux plongeurs peuvent poten- d’un compartiment à l’autre. Un estuaire


tiellement entrer en collision. Ce risque libre de toute construction permet notam-
dépend de la structure de l’hydrolienne, ment à certains poissons de passer de la
de son diamètre mais aussi de l’espèce mer à l’eau douce pour effectuer leur re- • 49 •
considérée, selon sa taille, sa capacité à production. La mise en place d’obstacles
se déplacer et à identifier l’obstacle, ain- sur les cours d’eau constitue une barrière
si que des conditions du milieu comme à la circulation de diverses espèces, sus-
la vitesse des courants ou encore la vi- ceptible d’affecter gravement leur taux de
sibilité. Le nombre de structures immer- survie ou leur succès de reproduction.
gées est aussi un facteur à prendre en
compte car il augmente la probabilité de L’étude réalisée par P. Le Mao78 dans
rencontre avec les individus. Les risques l’estuaire de la Rance a conclu que la
de collisions ne sont pas inexistants et composition et la diversité spécifiques
l’évitement des zones fréquentées par les des peuplements piscicoles et teutho-
mammifères marins pour l’implantation logiques sont comparables à celles des
d’hydroliennes est à privilégier si possible. peuplements homologues de Manche oc-
cidentale ; les populations étudiées sont
Une hydrolienne de 16 m de diamètre animées de mouvements d’amplitude et
(comme Open Hydro, TGL, etc.) fonction- d’intensité variables, et des échanges
nant à 15 tours par minute, a une vitesse permanents ont lieu à tous les stades
en bout de pale de 12,5 m/s. Pour éviter de développement entre la retenue et la
les pales77, les animaux doivent avoir une mer ouverte ; le passage au travers des
vitesse de nage du même ordre que le cou- turbines s’effectue sans mortalité directe
rant et être capables de détecter l’obstacle importante ainsi qu’en témoignent les
suffisamment tôt et d’anticiper la rotation prélèvements dans les pertuis et les mul-
des pales. Il est donc délicat d’évaluer les tiples observations. Le barrage s’avère
risques de collisions, pour un site particu- donc perméable à la vie, qu’il s’agisse
lier et les espèces qui le fréquentent, sans d’organismes planctoniques ou d’ani-
une expérimentation in situ préalable. maux de plus grande taille (poissons,
céphalopodes et même décapodes).
Marémoteur
Lors du fonctionnement d’une usine ma-
Les ouvrages provisoires et nécessaires à rémotrice, des turbines immergées sont
77 Wilson et al., 2007 : Collision risks between
l’assèchement d’une zone où se construit mises en mouvement par le flux d’eau marine renewable energy devices and mam-
le barrage constituent des obstacles in- allant d’un compartiment à l’autre. Cette mals, fish and diving birds
franchissables au passage des individus rotation peut être source de blessures 78 Le Mao P., 1985, Ibid.
pour les poissons. De plus, l’ouvrage en et de certains poissons, quand ils sont › S’il y a des risques de chevauchement,
lui-même constitue une barrière au dé- connus, de maintenir ouverts des corridors de
placement des organismes, notamment migration de plusieurs kilomètres de
ceux dont le cycle de vie est partagé entre › d’éviter les sites importants pour le re- large entre les parcs d’éoliennes.
les cours d’eau et le milieu marin. pos, la reproduction et le nourrissage
des oiseaux marins ainsi que les voies › On pourrait repenser l’alignement des
Houlomoteur de déplacement entre ces sites. Cepen- turbines et celles-ci pourraient être ren-
dant, dans de nombreux cas, ces habi- dues plus visibles pour les oiseaux, en
Le risque de collision avec les structures tats ne sont pas assez bien identifiés. conformité bien sûr avec la réglementa-
houlomotrices pouvant entraîner la mort - En implantant les parcs par des pro- tion concernant la navigation maritime et
de poissons ou de mammifères marins fondeurs supérieures à 20 mètres, ou aéronautique. L’éclairage pourrait aussi
semble faible. Cependant, la présence en évitant des habitats où la biomasse être ajusté à un niveau qui préserve la
des chaînes d’ancrage peut être source est élevée, il est possible d’épargner sécurité de la navigation, mais qui réduit
de blessures chez ces organismes, en les sites de nourrissage benthiques l’attraction potentielle pour les oiseaux et
particulier si elles sont localisées dans des oiseaux marins. les chiroptères, en conformité là encore
des zones de déplacement privilégiées - A titre d’illustration, selon un critère avec les réglementations concernant la
(voies de migrations, …). de la Convention de Ramsar appliqué navigation maritime et aéronautique (qui
communément, une zone peut être pourraient être adaptées pour éviter le
On peut aussi mentionner le risque de considérée comme importante pour une suréclairement lié à la superposition des
collisions des mammifères marins avec espèce si plus d’un pour cent de sa po- obligations réglementaires).
les navires, susceptible d’augmenter si le pulation y réside ou la fréquente. Il est
trafic s’intensifie. possible d’obtenir les indices spécifiques
de sensibilité détaillés pour les impacts
Recommandations pour une des parcs d’éoliennes sur les oiseaux
prise en compte de la biodiversité79 marins80 (en multipliant ces indices de
sensibilité par les valeurs de densité des
Pour la préservation de la biodiversité oiseaux sur un secteur, on obtient une
• 50 • marine et côtière, nous recommandons : estimation des zones qui présentent les
plus fortes sensibilités vis-à-vis des éo-
› de prendre en compte les schémas de liennes et sont donc moins appropriées
migration des tortues, des mammifères pour les futurs projets.)
marins, des oiseaux, des chauves-souris

Cargo dans le détroit du Nord-Pas-de-Calais © Marie-Dominique Monbrun / Agence des aires marines protégées
L’effet « Récif »… Opportunité et Menace

Immersion de récifs artificiels au large d’Etretat © Jean-Claude Grandchamp, IN VIVO


• 51 •

Les structures vont constituer de nou- Certains scientifiques estiment toutefois


velles surfaces à coloniser. Une succes- qu’il s’agit davantage d’une concentra-
sion écologique va se mettre en place tion de la biomasse des alentours que
et ainsi permettre le développement de d’une augmentation83.
biomasse.
On estime que le rayon d’influence sur la
Les structures qui traversent la colonne faune autour d’un récif artificiel pourrait
d’eau de la surface jusqu’au fond peuvent aller de 5 à 600 mètres84. C. Wilhelms- 79 IUCN, 2010, Greening Blue Energy, Ibid.
accueillir des organismes différents selon son présente de façon schématique les 80 MEDDE-DGEC, Juillet 2010, Guide de l’étude
la profondeur et la pénétration de la lu- influences positives et négatives sur d’impact sur l’environnement des parcs éo-
mière. A la surface notamment, du fait l’abondance des espèces de la faune, liens, page 90.
81 MEDDE-DGEC, 2012, Etude méthodologique
de l’oscillation des marées, ces struc- en fonction du rayon de l’impact, lors du des impacts environnementaux et socio-éco-
tures vont abriter des communautés in- fonctionnement des éoliennes offshores. nomiques des énergies marines renouvelables.
tertidales et subtidales et regrouperont Par exemple, tandis que l’on constate Lien  : http://www.developpement-durable.
une multitude d’organismes tels que les dans les 5 premiers mètres85 un effet gouv.fr/IMG/pdf/120615_etude_version_fi-
nale.pdf
balanes, amphipodes, bryozoaires et des «  récif artificiel  » bénéfique (en fonction 82 Wilhelmsson, et al., 2006; Wilhelmsson &
mollusques. du milieu originel), avec une augmenta- Malm, 2008; Maar, et al., 2009 ; Kellison & Se-
tion de la biomasse de moules bleues, dberry, 1998; Bray, et al., 1981; Davis, et al.,
Les pieds des structures, selon leur forme décapodes (crabes et les homards par 1982; Kurz, 1995; Jordan, et al., 2005 ; Grove,
et al., 1991; Fayram & De Risi, 2007 ; Stewart,
et leur disposition, pourront constituer exemple) et poissons benthiques, il est et al., 2007; Larsen & Guillemette, 2007
une zone de reproduction, d’alimentation généralement noté un épuisement du 83 h ttp://www.ifremer.fr/dtmsi/colloques/sea-
ou d’abri contre les prédateurs81. Ainsi, phytoplancton du fait des fortes densités tech04/mp/article/7.eolien_offshore_im-
différents maillons d’un réseau trophique d’organismes filtrants (moules) sur et au- pacts/7.1.IFREMER.pdf
Drévès L., Berthou P., Latrouite D., Leblond
s’installent et, comme le montrent di- tour de la turbine, qui pourrait nuire à la E./ Ifremer RST-DEL/SR/04.06, Juillet 2004,
verses études à l’étranger82 sur des éo- croissance des filtreurs sur le fond marin, Projet de parc éolien offshore de la Côte des
liennes posées, on assiste dans certains vers 20 mètres de rayon85. Isles  : Etude Océanologie & Activités Halieu-
cas à une augmentation de la biomasse tiques. Rapports de résultats de recherches
scientifiques et techniques.
comparable à celle qui est observée aux Le dépôt ou le filtrage de matière orga- 84 IUCN. 2010, Greening Blue Energy. Ibid.
abords de récifs artificiels. nique, provenant des poissons et inver- 85 Wilhelmsson, et al., 2006; Wilhelmsson &
tébrés associés aux turbines, peuvent Malm, 2008; Maar, et al., 2009.
influencer les communautés benthiques › d u nouvel écosystème développé : l’ef- tive ou négative. Ce qui est sûr, c’est qu’on
jusqu’à 40 mètres de distance86 et entraî- fet « récif » peut en effet favoriser l’ap- ne peut compenser la perte d’un habitat (et
ner des changements locaux de la com- parition ou la progression d’espèces des services qu’il rend) par un autre et que
position des assemblages de macro-in- non-indigènes, voire envahissantes (ef- des connaissances complémentaires sont
vertébrés ainsi que des modifications des fet «  stepping stones  » des fondations nécessaires concernant l’effet des parcs
paramètres physico-chimiques et autres des parcs). Le projet peut également, EMR sur la production nette de biodiver-
aux abords des structures. en changeant le schéma de dispersion sité en termes à la fois de biomasse et de
et la distribution d’espèces vivant dans diversité.
Ces impacts ne devraient avoir d’impor- le milieu, favoriser les espèces oppor-
tance significative que dans des habitats tunistes  ; par exemple: les moules, Dans ce contexte, le gain proviendrait plu-
protégés qui hébergent des espèces vul- les ophiures, l’algue Halidrys siliquosa tôt de l’effet « refuge » ou « réserve » (da-
nérables ou encore là où l’échelle des («  queue de poulain  »), les sargasses vantage que l’effet « récif ») contre les im-
aménagements est plus substantielle. japonaises, les crépidules… En géné- pacts de la pêche (prélèvement d’espèces
ral, cela bénéficie aux espèces ayant ciblées ou accessoires et destruction d’ha-
Le gain net de biodiversité dépendra alors : une phase larvaire courte (de quelques bitats benthiques), du fait de la présence
› de la qualité du milieu initialement heures ou quelques jours) qui vont des structures et des restrictions d’accès
présent  : tous les milieux de substrats pouvoir se disperser grâce au relais réglementaires. Cependant, il peut y avoir
meubles ne sont pas pauvres en biodi- qu’offrent les structures. un effet indirect négatif, par le report de
versité - les dunes sableuses sous-ma- l’activité sur des secteurs peu exploités,
rines et les vasières, par exemple, ac- En conclusion, il y a bien création de bio- mieux préservés ou plus sensibles aux im-
cueillent une riche diversité d’espèces masse mais également une modification pacts des engins de pêche.
et assurent des rôles fonctionnels ines- de la composition des espèces ; il est donc
timables ; difficile de dire si cette évolution est posi-

• 52 •
Impacts résiduels 87

© Sylvain Michel

Même si le promoteur d’un parc tra- fragilité de la zone et des espèces. Les tions, de la protection anti-érosion, des
vaille en suivant la hiérarchie d’atténua- impacts résiduels peuvent comprendre câbles et de la station électrique et dans
tion et identifie, évite et minimise les im- (liste non limitative) : les zones proches.
pacts d’un aménagement donné, il reste
toujours des impacts. Ceux-ci peuvent › La perte d’habitat au cœur du périmètre ›D
 es changements forcés d’assemblages
être importants, ou non, en fonction de la physique des génératrices, des fonda- d’espèces à cause de la présence phy-
sique des installations et des impacts en œuvre des projets de compensation de Des travaux de re-
qu’elle a sur l’équilibre entre proies et la biodiversité pour leurs sites opération- cherche sont en cours
prédateurs. nels (mais cela ne concerne actuellement
que les milieux terrestres). L'objectif est sur les mesures compensa-
› Le bruit et les champs électromagné- d'atteindre zéro perte nette de biodiver- toires envisageables dans
tiques qui peuvent encore provoquer sité (no net loss) par les projets, voire le cadre des projets éoliens
des changements de comportement même un gain net (net positive impact).
chez certaines espèces malgré toutes
en mer français.
les mesures d’atténuation prises pour Même si les mesures compensatoires en
atténuer ces impacts. milieu marin sont encore assez peu déve-
loppées en Europe, les Etats-Unis les pra-
Même si la restriction des activités de tiquent depuis une dizaine d’années mais
pêche dans une zone peut avoir des effets seulement en milieu côtier (mangrove, récif
bénéfiques sur l’environnement marin du corallien, herbiers marins). A titre d’exemple,
parc, il peut encore subsister certains im- l’Etat de Floride a développé une méthode
pacts biologiques et sociaux dans la me- de dimensionnement des mesures com-
sure où la pêche peut s’être reportée vers pensatoires spécifique aux zones humides
d’autres endroits. terrestres et marines  : Uniform Mitigation
Assessment Method (UMAM). Cette mé-
Les promoteurs de projets essayent de thode permet d’évaluer les performances
plus en plus de prendre les mesures né- d’un écosystème sur la base de nombreux
cessaires pour pallier ou compenser ces indicateurs fonctionnels.
effets résiduels. Les compensations de la
biodiversité sont une façon de s’assurer La compensation en milieu marin en
que le développement du projet évite une Floride suscite néanmoins quelques in-
perte nette de biodiversité, voire qu’il en terrogations au niveau de l’équivalence
résulte un gain net. Les mesures de com- pour au moins deux raisons (Levrel et al.,
pensation proposées, si elles s’avèrent 201289) : • 53 •
absolument nécessaires, doivent être réa- › (1) les indicateurs retenus pour évaluer
lisables techniquement et financièrement. la compensation sont des espèces à
Rappelons que la possibilité de mettre en cycle de vie court et le suivi effectué
place des mesures de compensation ne sur les mesures compensatoires est
doit pas servir de prétexte pour accepter trop court (5 années). Or, il faut du
des dégradations du milieu qui pourraient temps pour qu’un écosystème per-
être évitées ou réduites. turbé retrouve son équilibre.
› (2) deux techniques sont essentiellement
Les compensations, qui doivent être effec- utilisées (immersion de récif artificiel
tuées en nature et non sous forme finan- et transplantation de corail) quel que
cière conformément à la réglementation soit le type d’impact mesuré.
française, doivent être quantifiables, et il
faut prévoir les pertes probables de biodi- Il faut donc souligner l’importance du
versité et les mettre en regard des avan- choix des indicateurs dans la réalisation
tages prévus en ce qui concerne la compo- de la compensation ainsi que le peu de
sition des espèces, la structure de l’habitat, techniques d’ingénierie écologique exis-
les fonctions écosystémiques et l’utilisation tantes en milieu marin. Ce dernier point
de la biodiversité par d’autres usagers. contraignant fortement la réalisation de
la compensation, un effort en R&D serait
Des travaux de recherche sont en cours souhaitable. A ce titre, on peut noter des
sur les mesures compensatoires envisa- initiatives françaises lancées dernière-
geables dans le cadre des projets éoliens ment telles que celles labellisées par le
en mer français (thèses soutenues par Pôle Mer Méditerranée90. Ces projets 86 Kellison & Sedberry, 1998; Bray, et al., 1981;
EDF-EN et l’IUEM). portent notamment sur l’éco-concep- Maar, et al., 2009.
tion (les matériaux de construction sont 87 IUCN. 2010, Greening Blue Energy. Ibid.
88 Lien : http://bbop.forest-trends.org/index.php
Par ailleurs, le Business and Biodiversity conçus pour respecter l’environnement 89 Levrel H., Pioch S., Spieler R., 2012. Compen-
Offset Programme88 (Programme de com- voire pour apporter une plus-value écolo- satory mitigation in marine ecosystems : Which
pensation pour les entreprises et la diver- gique via la création d’habitats) ou encore indicators for assessing the « no net loss » goal
sité biologique) BBOP envisage actuelle- la transplantation d’herbiers marins et of ecosystem services and ecological func-
tions? Marine Policy, 36, 1202-1210.
ment nombre de ces aspects en lien avec l’amélioration de récifs artificiels. 90 Liste des projets labellisés par le Pole Mer Mé-
des études de cas réelles et travaille avec diterranée : http://www.polemermediterranee.
les promoteurs pour concevoir et mettre com/
Synthèse

• 54 •

© www.calvados-tourisme.com

Les sources énergétiques marines pour- Cependant, diverses mesures d’atté- profitable, en termes de développement
raient être exploitées rapidement dans les nuation peuvent être mises en œuvre au économique, de structuration d’activités
prochaines décennies, surtout si un sou- cours de la construction, de l’exploitation, et de connaissance des impacts environ-
tien suffisant est accordé par les États et de l’entretien ou du démantèlement, afin nementaux, à toutes les filières EMR.
l’industrie à ces technologies encore au de réduire les risques pour la biodiversité
stade expérimental. Il est essentiel d’identi- locale : par exemple en adaptant les dates Il convient cependant de poursuivre les
fier et d’évaluer les effets négatifs, comme de chantier, en évitant les sites sensibles, réflexions menées pour minimiser les im-
positifs (les deux devant être évalués pour ou en développant une conception qui pacts de ces technologies dans une op-
connaître l’impact net du projet sur l’envi- tienne compte de l’écosystème dans le- tique d’amélioration continue (le manque
ronnement, et ainsi pouvoir dimensionner quel s’intègre le projet. de recul ne doit en effet pas constituer
d’éventuelles mesures compensatoires), un frein, mais pousser à un partage de
sur l’environnement marin, condition es- Mais toutes les technologies n’entraînent données et d’expériences).
sentielle pour que les parcs d’EMR soient pas les mêmes impacts.
localement bien acceptés. On rappelle que dans le cadre du travail
décrit ici, seule la biodiversité a été prise
L’étude réalisée par le Comité français Une réflexion sur les filières les en compte : le Comité français de l’UICN
de l’UICN évalue de manière générale plus productives et les moins est bien conscient des autres enjeux qui
l’impact des différentes techniques exis- impactantes est indispensable, influent légitimement sur les décisions
tantes. Les principaux impacts potentiels tout en tenant compte des politiques (tels que la maturité du sec-
liés au développement des énergies ma- délais de développement de teur, les coûts potentiels de production
rines renouvelables sur l’environnement chaque filière. à court et à long termes, d'acceptabilité
marin évalués dans l’étude recouvrent : sociale...), et notamment de la nécessité
le bruit, la perte ou la modification des de promouvoir des solutions techniques à
habitats, l’effet « barrière » pour les mi- Poursuivre la recherche, les démonstra- court terme, afin de créer et dynamiser
grations, les risques de collision, les per- teurs et le développement des sites d’es- la filière industrielle à l’échelle nationale.
turbations liées aux champs électroma- sais de techniques moins impactantes
gnétiques, ou encore les dangers liés à la pour les milieux est primordial, en pour- Au regard de cette première analyse globale
navigation pour certaines espèces… suivant en parallèle le développement des impacts de ces filières sur l’environne-
des technologies matures type éolien, ment, il semble que l’éolien flottant et l’éner-
gie houlomotrice au large (le développement Il est donc important de rappeler que les
du houlomoteur dans les aménagements du EMR ne seront pas, seules, à la source de
littoral, digues portuaires et dans les zones tous les impacts subis par les milieux ma-
côtières ayant des impacts similaires aux rins et côtiers. Il est donc capital d’évaluer
parcs hydroliens en zone côtière) soient les les impacts cumulés des EMR et des ac-
filières à privilégier pour une stratégie de tivités plus anciennes, et ce à une échelle
développement des EMR respectueuse de pertinente. Les analyses environnemen-
la biodiversité. Ces technologies n’étant pas tales stratégiques conduites sur les dif-
les plus matures cela impliquerait d’attendre férentes façades maritimes françaises,
quelques années pour pouvoir les dévelop- dans le cadre des Plans d’Action pour le
per dans les eaux françaises. Milieu Marin, devraient être mis à profit
pour maîtriser ces impacts.
Il est aussi important de progresser dans
la comparaison avec les activités mari-
times existantes et de rappeler que les
EMR viennent s’ajouter à des perturba-
tions pré-existantes. Selon la technique
utilisée et les espèces concernées (les
mammifères marins par exemple, pour qui
la pêche est la première source de mor-
talité anthropique), la pêche par exemple
pourrait avoir des impacts potentiellement
plus forts que les EMR. C’est peut-être
aussi le cas des plateformes pétrolières et
pour certains impacts (bruits) du transport
maritime.

• 55 •

A ce stade de l’évaluation et du point de vue des questions de biodiversité spécifiquement, il semble intéressant de
mettre en avant les conclusions suivantes :

le développement des éoliennes flottantes semble intéressant par rapport à celui des éoliennes posées, car cette techno-
logie réduit la dégradation des fonds marins et permet de mobiliser des espaces marins plus éloignés, minimisant les conflits
d’usage - la question du risque de collision entre les mammifères marins et les lignes d’ancrage reste malgré tout à prendre
en compte ;

le développement de l’exploitation des courants océaniques et de l’énergie des vagues, à grande échelle et au large, ou
intégrée dans les ouvrages côtiers existants semblerait n’engendrer que des dommages potentiels limités à l’environnement
côtier ;

pendant la construction, et sur des périodes prolongées, les usines marémotrices provoquent des perturbations majeures
sur les écosystèmes estuariens, qui sont de grande valeur en termes de biodiversité. En comparaison, même développés à
grande échelle, l’hydrolien (bien que plus proche des côtes), et l’éolien flottant ou le houlomoteur, auraient probablement un
impact plus faible sur la biodiversité. Mais ces technologies ne sont pas les plus avancées actuellement, et plusieurs années
seront nécessaires avant de les déployer dans les eaux françaises.

Bien sûr, ces résultats préliminaires doivent être pris en considération prudemment, et confirmés par des évaluations environ-
nementales à l’échelle adaptée (évaluation stratégique). De plus, au-delà des considérations globales relatives aux filières, le
niveau de l’impact reste très dépendant de chaque projet, et doit être évalué dans le cadre de l’étude d’impact. En outre, les
connaissances sont encore limitées et certaines technologies ne sont pas matures, ce qui peut fausser l’évaluation de leurs
effets. Des travaux de recherche et d’expérimentation doivent donc être conduits de façon prioritaire, afin de mieux cerner les
impacts des technologies émergentes et des technologies matures qui n’ont pas encore été appliquées à grande échelle ou
dans les environnements typiques des eaux françaises.
Fiches thématiques

• 56 •

Algues himanthales (Himanthalia elongata) dans la chaussée de Sein © Yannis Turpin / Agence des aires marines protégées
• 57 •
PROTOCOLES BIODIVERSITÉ :
ÉTAT DES LIEUX ET SUIVI
ASSURER UN ETAT DES LIEUX ET UN SUIVI PERTINENT
ET COORDONNÉ

• 58 •

Dauphin commun © Pelagis/Gautier

Exposé des motifs évaluation en ce qui concerne leurs inci- l’annexe à l’article R122-2 du code de
dences ». Cette législation communau- l’environnement créé par Décret n°2011-
La directive 2011/92/UE prévoit no- taire est transposée en France à travers 2019 du 29 décembre 2011 que tout
tamment que « les projets susceptibles les dispositions du Code de l’environne- projet appartenant à la catégorie d’amé-
d’avoir des incidences notables sur l’envi- ment relatives aux études d’impact. nagements, d’ouvrages et de travaux
ronnement, notamment en raison de leur «  Energie  » et à la sous-catégorie n°27
nature, de leurs dimensions ou de leur Les pays européens ont transposé cette «  Installations en mer de production
localisation, soient soumis à une procé- directive en droit national. En ce qui d’énergie » est soumis à étude d’impact.
dure de demande d’autorisation et à une concerne la France, il est indiqué dans Ainsi, les projets d’aménagements pour
les EMR doivent respecter la mise en
œuvre de la séquence « éviter/réduire/
compenser » et doivent présenter les me-
sures envisagées dans le rapport d’Etude
d’Impact Environnemental (EIE).

LES DEUX NIVEAUX D’ÉVALUATION EN-


VIRONNEMENTALE

Les principaux instruments qui servent


à évaluer les impacts environnementaux
des projets et des programmes sont :

› Les Évaluations environnementales stra-


Champ de laminaires dégradé © Frédéric Lechat tégiques (EES) – évaluation des impacts
environnementaux liés à des plans et à
des programmes (y compris des projets
multiples), entrepris principalement par
des autorités gouvernementales pour vé-
rifier que le plan ou programme respecte
les objectifs environnementaux ;

› Les Études d’impact environnemental


(EIE) - utilisées pour des projets indivi-
duels par (a) un développeur, pour lui per-
mettre, en se basant sur les impacts envi-
ronnementaux, de prendre des décisions
concernant le développement d’un projet,
les plans d’atténuation ainsi que le suivi
continu, et (b) des autorités, pour vérifier
qu’un projet donné respecte la législation
environnementale. © Ifremer

LA RÉFORME DES ÉTUDES D’IMPACT lesquelles, eu égard aux effets sur l’envi-
EN FRANCE ronnement ou la santé humaine, le projet
présenté a été retenu (« éviter-réduire ») ;
Prévue par les lois Grenelle, la réforme
des études d’impact, outil emblématique › 8° Une présentation des méthodes utili-
du droit de l’environnement, prend corps sées pour établir l’état initial visé au 2° et
avec la publication du décret n° 2011- évaluer les effets du projet sur l’environ-
2019 du 29 décembre 2011 portant ré- nement et, lorsque plusieurs méthodes
forme des études d’impact des projets de sont disponibles, une explication des rai-
travaux, d’ouvrages ou d’aménagements, sons ayant conduit au choix opéré ; • 59 •
entré en vigueur le 1er juin 2012.
› une justification si impossibilité de com-
Ce texte réforme le contenu et le champ pensation par le pétitionnaire
d’application des études d’impact des
projets de travaux, d’ouvrages ou d’amé- › une présentation des principales moda-
nagements. Désormais, seuls sont soumis lités de suivi de ces mesures et de leurs
à étude d’impact les projets mentionnés effets, une estimation des dépenses rela-
en annexe à l’article R. 122-2 du Code de tives à ces mesures, ainsi qu’un exposé
l’environnement. La liste des projets sou- des effets attendus de ces mesures
mis devient positive, plus simple (dispa-
rition du seuil financier d’un programme Le suivi des effets par l’État est égale-
de travaux) : nous notons qu’au 27° est ment renforcé avec la prise d’un arrêté,
mentionné que toutes les installations en un délai pour le bilan et le renforcement
mer de production d’énergie sont sou- de la police administrative.
mises à étude d’impact, obligatoire en
toutes circonstances (plus de notion de Principes généraux
seuil).
PRENDRE EN COMPTE LES SERVICES
Le texte redéfinit également le conte- ÉCOLOGIQUES FOURNIS PAR LES ÉCO-
nu de l’étude d’impact (R122-5). On SYSTÈMES MARINS ET CÔTIERS91
constate notamment une augmentation
des thèmes à analyser (dont les effets cu- Pour la préservation de la biodiversité
mulés) et une obligation, pour le pétition- marine et côtière, nous recommandons
naire, de présenter les mesures selon la d’évaluer la pertinence des différents
démarche « ERC » (article R122-4-II-7°) scénarios de développement des EMR, à
(éviter-réduire-compenser) ainsi que des diverses échelles, en tenant compte des
nouveautés : services écologiques essentiels fournis
par les milieux marins et côtiers. Nous
› 5° L’obligation de présenter une es- rappelons que ces services ne sont pas
91UICN France (2014). Panorama des services
quisse des principales solutions de subs- rendus que par les AMP : tout écosystème écologiques fournis par les milieux naturels en
titution examinées par le pétitionnaire ou en bon état de conservation les fournit à France - volume 2.2 : les écosystèmes marins
le maître d’ouvrage et les raisons pour la société. et côtiers. Paris, France.
TENIR COMPTE DES IMPACTS CU- pour la Biodiversité : nous recommandons Les organismes ne réagissent pas de la
MULÉS À LA BONNE ÉCHELLE DE RÉ- de lui donner les moyens suffisants pour même façon suivant la taille du parc EMR
FLEXION assurer le contrôle et le suivi des projets en construction (durée des impacts va-
(moyens humains et financiers), mais riables dans le temps, de quelques mois
La question des impacts cumulés liés à aussi les outils réglementaires adaptés. à plusieurs années), le risque d’abandon
une nouvelle activité doit être abordée de la zone par les organismes mobiles
lors de ces analyses. Principes opérationnels est susceptible d’être plus important
lorsque la durée des travaux augmente.
Ainsi qu’il a été précisé plus haut, les Pour la préservation de la biodiversité ma- Il est donc primordial que la construction
impacts environnementaux (et socio-éco- rine et côtière, nous recommandons de : d’un grand parc se fasse selon un pha-
nomiques) devraient être évalués globale- sage qui consiste à diviser la construction
ment pour la zone d’influence du projet, › DRESSER DES CARTES DES FONDS selon plusieurs phases et à réaliser une
et non pour le seul projet, pour développer MARINS METTANT EN AVANT LES partie du parc totalement et à la raccorder
une vision globale des impacts cumulés. BESOINS DE CONNECTIVITÉS ÉCOLO- au réseau, puis à réaliser les différentes
GIQUES autres parties ensuite. Les impacts se-
DÉVELOPPER LES ÉVALUATIONS STRA- ront donc, dans ce cas, localisés dans le
TÉGIQUES (EES) À PARTIR DES SUIVIS La planification dans l’espace et dans le temps et dans l’espace selon l’étape de
INDIVIDUELS (EIE) temps est indispensable. Si l’on suit cette construction.
idée, les études de site auraient dû être
Des évaluations appropriées des effets faites en amont, avant l’appel d’offres. › RENFORCER LA CONNAISSANCE, CA-
cumulatifs au niveau de chaque étude C’est ce que font les Britanniques (DE- PITALISER L’INFORMATION ET AMÉLIO-
d’impacts pourraient alimenter les docu- FRA). Ainsi, il y a peu de recouvrement, RER L’ACCÈS À CES INFORMATIONS
ments stratégiques réalisés à une échelle cela évite le conflit d’usages (le décalage
plus large. des projets dans le temps est possible Nous manquons de connaissance sur les
quand on a des études en amont). impacts de ces ouvrages dans le temps :
CRÉER UNE INSTANCE DE CONTRÔLE en phase de construction, en phase d’ex-
ET D’ÉVALUATION ENVIRONNEMENTALE Cette approche aurait permis en France ploitation, mais aussi au moment du dé-
• 60 • que les opérateurs aient connaissance, mantèlement. La connaissance des effets
Pour ce qui concerne les appels d’offres en amont, des risques liés à leur zone de d’une perturbation répétée est également
éolien en mer, le gouvernement français projet. Ici, ils se retrouvent avec des sites à améliorer.
prévoit la mise en place d’une instance dont ils découvrent les « contraintes » en-
de concertation et de suivi pour chaque vironnementales (et les coûts liés) au fur Les données de référence appropriées
projet (cf paragraphe 6.4.1 du cahier et à mesure des études qu’ils mènent. sur l’état de l’environnement marin, sur
des charges). Cette instance a vocation à la distribution des espèces et des habi-
perdurer pendant toute la durée du pro- Il est rappelé que la planification est obli- tats sensibles, et sur les routes de mi-
jet (développement, construction, exploi- gatoire au niveau européen (cf. Directive gration des oiseaux, des poissons et des
tation, démantèlement). Elle se veut un 2001/42/CE). De façon générale, ce mammifères sont généralement très peu
lieu de dialogue et elle peut émettre des qui n’a pas été fait en phase planifica- nombreuses par rapport aux demandes
recommandations pour permettre une tion devra être fait en phase projet, puis d’évaluations d’impacts. Il serait ainsi
meilleure prise en compte des enjeux lo- en phase exploitation, en multipliant à nécessaire d’améliorer l’état de la re-
caux. Mais elle n’est toutefois pas à visée chaque fois les coûts. cherche sur la distribution et l’abondance
spécifiquement environnementale. des espèces, portant sur des cycles an-
La phase planification a plusieurs objec- nuels et sur la structure et le statut des
Globalement, il est noté le manque d’un tifs : assurer la compatibilité des plans et populations, mais aussi de développer
groupe de travail national avec des experts programmes Energie / Ecologie, anticiper des outils analytiques pour évaluer des
de tout bord pour débattre de ces sujets. Il y les impacts cumulatifs, etc. écosystèmes et les effets en cascade.
a nécessité d’aller vers une vision plus glo-
bale des études : approche écosystémique, Elle nécessite une bonne connaissance Il serait également intéressant de faire
vision nationale, etc. Un axe fort « EMR » des écosystèmes, notamment des zones une recherche stratégique pour dévelop-
est à développer au sein du COMER. à enjeux, pour une bonne évaluation des per des indices de sensibilité spécifiques
impacts. de chaque espèce en ce qui concerne les
Les CSRPN peuvent également jouer un installations offshore d’énergie éolienne
rôle clé dans l’évaluation de l’efficacité (ils n’existent pour le moment que pour
des mesures prises pour supprimer, limi- Nous recommandons de lais- les oiseaux) aux différentes étapes de la
ter ou compenser les impacts des projets ser des zones « bleues » entre vie et dans différentes régions.
sur le milieu marin, si on leur donne cette les parcs, représentant un
compétence. refuge, un habitat, un lieu de Plus de recherches seront aussi néces-
passage ou de nourriture pour saires sur les effets du bruit sur diffé-
Il conviendra également de voir quel rôle la biodiversité. rentes espèces, ainsi que sur les méca-
pourra jouer la future Agence française nismes et les indices qui sous-tendent le
© Frédéric Lechat

comportement d’évitement des oiseaux, La mutualisation des études semble ain-


pour pouvoir développer au besoin des si très opportune pour limiter les coûts
stratégies d’atténuation appropriées. et assurer une meilleure efficacité de la
C’est aussi le cas en ce qui concerne les planification.
impacts des champs électromagnétiques
qui agissent comme des barrières dans la France Energie Marine pourrait participer
migration des poissons. à la coordination de ces études.

Nous rappelons la nécessité que les › AMÉLIORER LE SUIVI DES IMPACTS


études qui seront menées le soient en ENVIRONNEMENTAUX, NOTAMMENT • 61 •
toute indépendance scientifique, de DES IMPACTS CUMULÉS, À L’ÉCHELLE
même que les suivis. DE L’EIE COMME DE L’EES

Enfin, concernant les effets cumulatifs, il Les connaissances sur le milieu marin
y a peu de méthodologie et les effets sont sont lacunaires. Beaucoup d’informa-
mal connus. tions seront donc issues des retours
d’expériences des premiers projets, d’où
l’importance de mettre en place un pro-
Une réponse peut être de créer gramme de suivi environnemental apte à
une base de données des vérifier les hypothèses formulées.
études d’impact en mer.
Certaines normes d’EIE exigent jusqu’à
deux années complètes successives de
données avant de pouvoir approuver la
Ces recherches pourraient être construction de parcs éoliens. Il faut ce-
financées en premier lieu par pendant considérer ces périodes d’at-
l’Etat, permettant de garder tente comme le résultat d’une approche
la donnée publique, ou faire pragmatique dans la mesure où elles ne
l’objet de travaux collectifs sont généralement pas encore suffisantes
des opérateurs (dans le cadre pour comprendre complètement les effets
de France Energie Marine par écologiques pour chaque site en question,
exemple). notamment la variabilité d’une saison et
d’une année à l’autre, au niveau des éco-
systèmes et au niveau des espèces.
C’est ce qui est fait dans les pays an-
glo-saxons. Les données de référence qui existent
pour une zone marine influencent forte-
En France, tout est financé par l’opéra- ment la qualité de l’EIE, qui doit être prise
teur, après qu’il ait été sélectionné dans en compte au cours des processus de sé-
le cadre de l’appel d’offre, créant de nom- lection et d’autorisation du site.
breuses incertitudes.
Les EIE pour des parcs éoliens offshore à l’échelle pertinente (par exemple, pour autres activités, on pourrait mieux coor-
se font à des échelles diverses, avec les mammifères marins, il n’y aura pas donner les suivis (par exemple, profiter
des portées différentes et une profon- d’intérêt à mener une évaluation sur une des navires de transport ou des mats
deur d’études variable. Ceci résulte d’un petite zone). météorologiques pour réaliser des suivis
manque de normes nationales compa- environnementaux dans la zone).
rables et aussi des interprétations di- Cependant, il n’y a généralement pas
vergentes des exigences des EIE par les d’accords régionaux ou nationaux sur les Conclusion
autorités qui doivent donner leur consen- niveaux acceptables (ex. intensité d’im-
tement. pacts) ou sur des échelles (ex. popula- La réduction des impacts négatifs et le
tion de référence à prendre en compte et développement d’éventuels impacts posi-
distribution biogéographique affectée) de tifs supposent d’étudier les impacts envi-
Pour éviter des approches perturbation pour les espèces en ques- ronnementaux des projets de production
arbitraires ou qui manquent tion. Ces faiblesses doivent être corrigées d’énergies marines renouvelables dans
de prudence, nous recom- au niveau national et transnational. La une approche globale.
mandons de développer des mise en place de standards est néces-
normes solides, scientifique- saire  : la DCSMM pourrait être le cadre
ment fondées, et de définir pertinent en Europe continentale. Dans cet objectif, nous recom-
des seuils pour les évaluations mandons donc de :
d’impacts au niveau national › AMÉLIORER LE LIEN ENTRE LES
qui pourront être adaptées au SUIVIS DES PROJETS ET LES PRO- Dresser des cartes des fonds
niveau régional. GRAMMES DE SURVEILLANCE EN marins mettant en avant les
RENFORÇANT LES SYNERGIES ET EN besoins de connectivités écolo-
COORDONNANT LES PROTOCOLES giques
Notons qu’une démarche de ce type est
en cours via la consultation lancée par la Nous rappelons également la nécessité Renforcer la connaissance, ca-
DGEC pour établir un guide d’étude d’im- d’harmoniser les protocoles développés pitaliser l’information et améliorer
pact des parcs éoliens en mer. dans le cadre de ces suivis, à l’échelle na- l’accès à ces informations
• 62 • tionale, voire de les mutualiser… Tous les
acteurs, les opérateurs en premier lieu, Améliorer le suivi des impacts
Nous recommandons l’instau- sont demandeurs d’un cadre pour la réa- environnementaux, notamment
ration de lignes directrices in- lisation des EIE. Cela sécuriserait le travail des impacts cumulés, à l’échelle
ternationales et le développe- et permettrait d’éviter l’interprétation sub- de l’EIE comme de l’EES
ment de réseaux d’échanges jective par chaque service administratif.
d’informations (tels que EMO- Améliorer le lien entre les sui-
DNET – Réseau européen d’ob- Il est nécessaire de ne pas laisser les por- vis des projets et les programmes
servation du milieu marin) pour teurs de projet seuls face à ces question- de surveillance en renforçant les
faciliter la conduite des EIE. nements. synergies et en coordonnant les
protocoles
Mais il faudrait pour cela un accord entre
Il faudrait clarifier les critères pertinents développeurs et surtout un pilotage insti-
sur lesquels se baseront les pronostics tutionnel… Un suivi continu sera crucial pour analyser
d’impacts. Les effets sur les populations, dans quelle mesure les premières stratégies
et surtout les sous-populations, et sur les Nous rappelons enfin, qu’actuellement, d’atténuation auront réussi à éviter ou à ré-
espèces, sont essentiels dans les évalua- tous les usages du milieu marin n’ont pas duire les impacts sur l’environnement marin.
tions d’impacts et les processus d’agré- l’obligation de faire l’objet d’une étude
gation, si ces évaluations sont menées d’impact ! Pourtant, en agissant sur les Les futures décisions pourront intégrer
les découvertes les plus récentes et ainsi
atténuer de nouvelles menaces.

En faisant des études d’impacts environne-


mentaux rigoureuses, tout en menant une
gestion environnementale systématique,
l’industrie pourra apporter une amélioration
continue à ses pratiques et procédures.

Pour en savoir plus


IUCN. 2010, Greening Blue
Energy
© Sylvain Dromzée / Agence des aires marines protégées
FOCUS :

Mammifères marins - Méthodes de suivis, limites et axes à développer

Contact :
Ludivine Martinez
ULR Valor – Observatoire Pelagis
Université de La Rochelle – CNRS

Mail : ludivine.martinez@univ-lr.fr

Phoque-veau-marin © Pelagis/Vincent

Parmi les suivis environnementaux à spatiale. Enfin, aucune de ces méthodes


mettre en œuvre dans le cadre de l’ins- ne cible spécifiquement les phoques : la
tallation d’un parc éolien, le suivi des télémétrie permet de répondre à cette
mammifères marins est un point impor- problématique en suivant les stratégies
tant. Il est souvent difficile de suivre ces individuelles de déplacement et d’utilisa-
animaux de par leur discrétion, le peu de tion d’habitat.
temps passé en surface et les grandes En revanche, l’extrapolation à la colonie à
distances qu’ils parcourent. partir de quelques animaux est délicate.
En bref, aucune méthode de suivi n’est
Il s’agit pourtant d’un enjeu fort lors des idéale, chacune présentant des avan- • 63 •
projets d’EMR  : la sensibilité acoustique tages et des limites. La combinaison de
des mammifères marins les rend particu- plusieurs méthodes va permettre de ré-
lièrement vulnérables au bruit. Les colli- duire les biais.
sions avec les navires et la modification
des habitats et des ressources sont éga- Même en utilisant ces méthodes, il reste
lement des impacts potentiels pour ces difficile d’évaluer avec certitude quel sera
animaux. le niveau d’impact d’une implantation
EMR sur un site donné. En effet, cela
Les retours d’expérience à l’étranger requiert une connaissance fine de la dis-
font généralement état de 3 principaux tribution, des schémas migratoires, des
moyens de suivis des mammifères ma- comportements et des sensibilités des
rins dans le cadre des EMR : le suivi visuel mammifères marins que nous n’avons
(aérien ou par bateau), l’acoustique pas- pas à l’heure actuelle.
sive et la télémétrie. Il s’agit de méthodes
classiques de suivi des populations qui Il est donc souhaitable d’encourager le
ont fait les preuves de leur efficacité. développement des connaissances rela-
tives aux mammifères marins des côtes
Toutefois, leur application nécessite une françaises afin de mieux appréhender les
étude au cas par cas pour déterminer la impacts potentiels des parcs EMR et leurs
pertinence et les conditions de leur mise conséquences possibles dans l’optique
en œuvre. En effet, les observations vi- de proposer des mesures d’atténuation
suelles aériennes permettent de couvrir cohérentes et pertinentes. Cela pour-
une large zone mas leur coût rend im- rait passer par une participation à des
possible un échantillonnage à fine échelle programmes de recherche existants ou
temporelle. Les observations par bateau à venir. Cela pourrait également passer
permettent de cibler une zone plus pré- par une mutualisation des suivis plutôt
cise mais sont fortement dépendantes que des suivis site par site, qui permet-
des conditions météorologiques. L’acous- trait d’augmenter la cohérence de l’aire
tique passive apporte un suivi en conti- d’étude considérée et des analyses effec-
nu de la zone d’étude, mais le coût des tuées tout en optimisant les coûts.
instruments et des analyses rend impos-
sible un échantillonnage à large échelle
FOCUS : FOCUS :

Le projet GHYDRO Le protocole développé par le


MNHN de Concarneau pour le
suivi des impacts des aména-
gements

Coquille Saint-Jacques dans l’herbier


© Frédéric Lechat
© Alstom
Ce protocole a été retenu dans le cadre
Le projet GHYDRO a pour objectif de ré- Le guide méthodologique aura vocation à de la DCSMM. Cet inventaire annuel per-
• 64 • diger un guide méthodologique qui offrira être diffusé largement : met en effet un suivi de l’évolution de la
aux acteurs des projets hydroliens en mer › autorités environnementales, faune et de la flore lors des projets déve-
des éléments d’aide à la décision pour › développeurs de projets hydroliens en mer, loppés sur le milieu marin.
l’insertion environnementale des ma- › bureaux d’études en environnement,
chines et des fermes d’exploitation. › usagers des secteurs concernés par les Le protocole «  ECBRS  » du MNHN de
futurs projets hydroliens. Concarneau, mis en œuvre par Estuaire
Ce document propose une première sé- Loire Vilaine sur le banc de Guérande,
rie de recommandations et de méthodes permet un suivi annuel (transects) des
pour : biocénoses des roches subtidales sur 9
› décrire l’état initial, sites entre les estuaires de la Loire et de
› identifier et analyser les changements la Vilaine depuis 2009. Il s’appuie notam-
écologiques potentiels, ment sur :
› élaborer un programme de suivi environ- › Les limites d’extension en profondeur
nemental. des différentes ceintures algales pré-
sentes ;
Le périmètre du projet GHYDRO englobe › La composition et la densité des es-
les 3 phases d’un projet hydrolien (ins- © EDF-DCNS pèces définissant l’étagement (lami-
tallation, exploitation et démantèlement) naires et autres macroalgues participant
ainsi que l’ensemble de ses composantes Dans les mois et années qui viennent, à la définition des différentes ceintures) ;
marines (turbines, convertisseur, câble, GHYDRO sera amené à évoluer selon un › La composition spécifique (espèces
navires…). processus itératif au gré des avancées caractéristiques et espèces opportu-
des projets hydroliens et des premiers nistes) ;
Pour réunir un maximum de compé- retours d’expérience sur les interactions › La richesse spécifique floristique totale ;
tences, France Energies Marines a avec l’environnement marin. › L’étude des stipes de Laminaria hyper-
constitué un consortium de spécialistes borea et de leurs épibioses.
en technologies hydroliennes et en envi-
ronnement marin issus d’instituts de re- Contact :
cherche et d’entreprises. France Energies Morgane Lejart Contact :
Marines a également consulté au sein de France Energies Marines Jean-Claude Ménard
ses membres de nombreux experts en Estuaires Loire Vilaine
environnement marin, des développeurs Mail : Morgane.Lejart@
de technologies et des usagers des zones france-energies-marines.org Mail : jc.menard@club-internet.fr
côtières.
FOCUS : FOCUS :

La bouée SIMEO, station de Présentation du projet SEM-REV, porté par l’Ecole Centrale de
surveillance de l’écosystème Nantes
marin
UNE BOUÉE MULTIFONCTIONS INNO-
VANTE POUR LA SURVEILLANCE DE LA
BIODIVERSITÉ MARINE

Le projet SIMEO - Station Instrumentale de


Monitoring Ecologique dans l’Océan – vise à
développer une gamme de stations marines
instrumentées flottantes dédiées à l’ob- © ECN/SEM-REV
servation des vertébrés marins et de leur
milieu. C’est un projet collaboratif porté par SEM-REV est un site d’expérimentation Le site d'essais en mer SEM-REV a par
Biotope dont les partenaires sont Nke Elec- de l'Ecole Centrale Nantes disposant de ailleurs permis d'alimenter le projet eu-
tronics, l’IRD, l’Ifremer, les pôles Mer Médi- tous les équipements en mer et à terre ropéen SOWFIA (Streamlining of Ocean
terrannée et Bretagne, Transfert LR et Oséo. permettant la mise au point, en conditions Wave Farms Impact Assessment), grâce
opérationnelles, des systèmes de récupé- au retour d'expérience en conditions
Le principe est d’associer sur une même ration des énergies marines issues princi- réelles.
bouée autonome plusieurs instruments palement de la houle et du vent offshore.
de mesure de pointe (radar, sonar, sys- Le Laboratoire de recherche en Hydrody- Le projet SOWFIA a pour objectif de fa-
tème vidéo…) qui permettront de réa- namique, Energétique et Environnement ciliter le développement d'outils d'études
liser des mesures en quasi-continu afin Atmosphérique (LHEEA) de l’Ecole Cen- d'impacts (EI) environnementaux et so-
de constituer des données biologiques, trale de Nantes et du CNRS participe ainsi cio-économiques coordonnés, unifiés
météorologiques, physiques et hydrolo- activement au développement des éner- et encadrés au niveau européen pour le
giques sous-marines puis de transmettre gies marines renouvelables. Partenaire développement de l'énergie houlomotrice • 65 •
ce vivier de données à terre pour leur ex- des entreprises industrielles et des labo- offshore.
ploitation. ratoires de recherche, le Laboratoire joue
un rôle important dans le développement Dans le cadre de ce projet, un résumé de
APPLICATIONS DE SIMEO des nouvelles capacités de production la situation pays par pays a été rédigé,
d’énergie. analysant :
A l’heure où les Energies Marines Re- › la manière dont sont conduites les éva-
nouvelables (EMR) sont en plein déve- L’Ecole dispose pour cela de la conces- luations des impacts environnementaux,
loppement, la prise en compte des éco- sion d’un site en mer de 1km² au large › le processus d'obtention des autorisa-
systèmes est un enjeu important. Dans du banc de Guérande balisé, référencé, tions,
le domaine du monitoring de la biodiver- et instrumenté depuis 2009 (pour obte- › la planification de l'usage du domaine
sité marine, SIMEO est une réussite qui nir des données de vagues, courant et de publique maritime,
permet d’analyser et de synthétiser des météo sur la zone), s’est doté d’un navire › le processus de consultation.
informations uniques pour servir d’outil océanographique permettant facilement
d’aide à la décision : les interventions sur site, et a mis à dis- Des recommandations opérationnelles
› pour les études de site ; position d’une équipe de scientifiques un ont été proposées, destinées à être mises
› dans le cadre d’études d’impact pour local avec des moyens de monitoring et en place à court terme. Les recommanda-
des projets d’aménagement tels les de contrôle au Croisic. tions stratégiques quant à elle faciliteront
parcs éoliens offshore ; le travail dans le cadre d’une vision à plus
› pour la surveillance et le monitoring des Les prototypes récupérateurs de l’éner- long terme.
Aires Marines Protégées (AMP). gie des vagues seront positionnés au
centre de la zone en mer. Ils seront reliés
à terre par un câble électrique pour éva-
cuer l’énergie produite. Le raccordement
électrique du site SEM-REV a été étudié
Contact : et optimisé en coordination avec les diffé- Contact :
Erwan Roussel rentes parties prenantes. Izan LE CROM
et Patrice Woerther Ecole Centrale de Nantes –
Biotope / Ifremer Depuis janvier 2014, elle dispose égale- SEMREV
ment des autorisations nécessaires pour
Mail : eroussel@biotope.fr et l'accueil de test d'éoliennes flottantes. Le Mail: izan.le-crom@ec-nantes.fr
patrice.woerther@ifremer.fr premier système de production sera ins- Web: http://www.semrev.fr/fr
tallé mi-2015.
IMPACTS CUMULATIFS, CONFLITS ET
SYNERGIES

• 66 •

Le parc éolien de Horns Rev, au large de Esbjerg © Fabrice Nodé-Langlois

Exposé des motifs La planification permettra de résoudre en anciens et nouveaux occupants, entre
partie ces conflits, mais pas seulement. filières…
La France présente un bon potentiel pour La mer est par principe un espace public,
le développement de certaines EMR, mais ouvert à tous les usagers, même si dans Cela n’est pas sans conséquences sur
toutes les filières ne se valent pas lorsque certaines zones (AMP) on peut envisager l’acceptation de ces projets. Cela peut
l’on fait le bilan coût environnemental / de limiter certains usages. Ces conflits engendrer des craintes pour les élus et
avantages socio-économiques. On entre ont un impact sur la biodiversité, car lors- les habitants des communes littorales ou
alors dans la question des conflits : les qu’on choisit d’interdire quelque part, on les professionnels appréhendant d’être
EMR revendiquent de l’espace naturel, déplace généralement la pression ailleurs. confrontés à des limitations ou des in-
maritime, et cela a des répercussions en terdictions dans les parcs EMR ou à leur
termes de compétition pour des usages Et on ne peut par ailleurs systématique- voisinage.
existants ou envisagés. ment installer les installations déran-
geantes dans les milieux naturels où il n’y Il est donc nécessaire de ne pas exami-
Les espaces maritime et littoral font aurait pas d’usagers. ner isolément les impacts des parcs EMR
l’objet de multiples usages tels que le mais de prendre aussi en considérations
transport, l’exploitation des ressources En mer, actuellement, les projets se su- les autres usages de l’environnement
marines (minérales, biologiques ou éner- perposent ; on ne se préoccupe pas de marin concernés.
gétiques) ou encore les activités de loisirs maitriser les impacts cumulés, ni d’opti-
et le tourisme. Le développement des miser les implantations pour fédérer les
énergies marines renouvelables se fait moyens humains et financiers. On crée
donc sur un espace déjà soumis à de ainsi des rapports de force, à la base
multiples pressions. de conflits latents, entre usages, entre
Cumul des impacts actuellement à l’essai au Danemark. Un
dispositif hybride couplant une éolienne
flottante et une hydrolienne est également
à l’essai au Japon92. Les installations
Nous recommandons que peuvent partager les mêmes fondations,
soient normalisés des critères voies de transfert d’électricité et opéra-
et des méthodes permettant tions de maintenance. Ces différentes
d’évaluer les effets cumulatifs sources d’énergies ont de plus des pé-
sur des échelles spatio-tempo- riodes complémentaires de performances
relles appropriées. maximales.

Cependant une disposition concentrée


On peut évaluer les impacts cumulatifs à de différents types d’EMR signifie aussi
deux niveaux : concentrer les impacts environnementaux
› les impacts locaux d’un projet donné et les cumuler (par exemple en termes de
combinés aux autres pressions an- barrières à la migration et de perte ou de
thropiques existantesEn France, la fragmentation d’habitats)… De manière
réforme de la législation relative aux générale, les impacts cumulés peuvent
études d’impacts prévoit désormais de être plus prononcés que la somme des
traiter ces impacts cumulatifs (cf. Décret impacts de chaque projet.
n°2011-2019 du 29 décembre 2011).
› les impacts à plus grande échelle, consé- Exemples concrets d’interac-
quences de l’existence de plusieurs parcs tions avec d’autres activités
dans une zone ou une région.
AQUACULTURE ET PARCS EMR

Ces impacts doivent être éva- Alors qu’il devient difficile de trouver des
lués à l’échelle stratégique, zones de développement de l’aquaculture • 67 •
c’est-à-dire à l’échelle de la sur nos côtes (urbanisation, pollution…),
politique ou du programme de les parcs EMR pourraient offrir des oppor-
développement national. Il est tunités d’exploiter des zones situées plus
souhaitable que cette échelle au large grâce à leurs structures.
coïncide avec l’échelle éco-
régionale (région biogéogra- Ces zones seraient moins soumises aux
phique). pollutions terrestres : des expériences sur
les moules bleues ont notamment donné
d’excellents résultats, en montrant moins
Synergies des activités de cas de parasitisme que les moules ré-
coltées sur les côtes.
La viabilité d’un parc combinant les
énergies éolienne et houlomotrice est

92 Voir : http://www.mer-veille.com/mix-energe-
tique/un-systeme-eolien-hybride-innovant-au-
© Marius Born, Winterthour large-du-japon-22084426
PÊCHE ET PARCS EMR Cependant, les espèces opportunistes La figure 10 ci-dessous illustre cette ap-
sont les premières à profiter de la dispo- proche : si le projet initial de parc conduit
Techniquement ou réglementairement, nibilité de substrat dur vierge lorsqu’elles à dépasser les limites acceptables en
rien ne s’oppose a priori à ce que certaines colonisent les fondations. termes environnementaux, deux ap-
activités de pêche (sauf la pêche au chalut proches sont possibles :
qui pose à priori des questions techniques) Mais les écosystèmes diffèrent selon les sites : › s oit concentrer les efforts sur la dernière
soient conduites dans les parcs de produc- une étude au cas par cas est nécessaire. activité arrivée (le parc de production
tion d’énergie marine, qui utilisent généra- d’EMR), au risque d’augmenter de ma-
lement l’espace de manière peu intense. Principes généraux nière importante les coûts de production,
› s oit répartir les efforts sur toutes les acti-
Il est généralement fait état d’un accrois- Il faut insister pour que cette nouvelle acti- vités impactant l’environnement (ex : limi-
sement de la biomasse marine autour des vité soit la plus respectueuse possible de la tation de certaines techniques de pêche,
structures EMR immergées. Cet « effet ré- biodiversité, et s’attacher lors du déploie- ou de la circulation des navires de com-
cif » est aussi bénéfique pour les espèces ment des EMR à ce que l’impact cumulé merce dans la zone, ou de fréquentation
commerciales, avec un éventuel effet de soit au maximum égal à l’impact des acti- par les navires de plaisance….).
débordement vers les zones adjacentes. vités préexistantes, et si possible inférieur.
Ces zones pourraient donc avoir un effet Ceci devrait logiquement, dans certains Pour un même résultat en termes d’envi-
positif sur les stocks de poissons, pour cas, conduire à réexaminer les autres ac- ronnement, ce type de stratégie peut maxi-
autant que les poissons y passent assez tivités pour répartir équitablement l’effort miser les bénéfices socio-économiques.
de temps et qu’ils ne les évitent pas, par sur toutes les activités maritimes, en te-
exemple à cause du bruit ou d’autres nant compte de l’ensemble des impacts et La figure 11 ci-dessous illustre les ef-
formes de nuisance. Une autre condition des bénéfices environnementaux, sociaux fets possibles en termes d’emploi et de
préalable pour que les effets soient posi- et économiques associés. richesses générées dans la zone, avant et
tifs pour les stocks de poissons est que après l’implantation d’un parc éolien (ce-
la reproduction ou l’efficacité alimentaire lui-ci permettant le développement d’une
des poissons ne soient pas significative- Nous recommandons, compte activité nouvelle d’aquaculture offshore).
ment perturbées dans la zone des parcs. tenu du fait que le développe-
• 68 • ment des EMR est un objectif
Le développement conjoint de projets de politique publique et que
de gestion de la ressource et d’un projet l’Etat régulateur peut définir
EMR peut donc être une bonne solution, les modalités d’exercice de
à la fois pour pérenniser la ressource et chacune des activités dans la
pour conforter la pêche côtière. zone, pour maintenir les im-
pacts cumulés à un niveau ac-
Cependant, cette augmentation de bio- ceptable, que les contraintes
masse est en partie liée, dans le cas des soient imposées à toutes les
expériences étrangères, à l’absence de activités maritimes existant
pêche aux alentours des parcs. Une ex- sur la zone, plutôt qu’aux seuls
plication complémentaire tient à la plus parcs de production d’EMR.
grande disponibilité de nourriture, prove-
nant des espèces fixées ou attirées sur Figure 11
les substrats durs artificiels des parcs. Le
chalutage de fond, qui est une menace
sérieuse pour l’environnement benthique,
pose des problèmes évidents de sécurité
du fait des câbles sous-marins qui relient
les parcs à la terre. De ce fait, le chalu-
tage est souvent interdit ou réduit à l’in-
térieur des parcs, et ces zones couvrant
plusieurs kilomètres carrés deviennent
des des aires marines à l’intérieur des-
quelles des zones de non prélèvement
peuvent exister. Ainsi, les impacts à long
terme peuvent apparaitre positifs avec la
création de ces zones restrictives en ma-
tière de prélèvement sur les ressources
naturelles.

Ces secteurs deviennent donc plus favo-


rables aux espèces à longue durée de vie. Figure 10
Une telle approche supposerait évidem- Cela serait particulièrement bénéfique
ment de disposer d’évaluations environ- pour les mammifères marins, dont les
nementales pour les activités qui n’y sont captures accidentelles sont la première
pas soumises par la règlementation. pression pensant sur eux en France. Les
parcs EMR jouent souvent le rôle de zone
Ces réflexions seront vraisemblablement d’alimentation, attirant de nombreux indi-
développées dans les programmes de vidus. Cette concentration couplée à de la
surveillance et de mesures de la DCSMM. pêche à proximité risquerait d’augmenter
les probabilités de capture.
Principes opérationnels
› POUR FAVORISER LES SYNERGIES :
Pour la préservation de la biodiversité
marine et côtière, nous recommandons :
3. de mettre en place une pro-
› POUR LIMITER LES CONFLITS : cédure conjointe de demande
d’autorisation pour plusieurs
usages en mer (éolien, ré-
1. que les autres usagers de la cifs artificiels, algoculture,
mer, antérieurement présents pêche...) dans la même zone.
soient informés de l’avancée
du projet et que celui-ci se
fasse en concertation. A ce jour, plusieurs procédures sont né-
cessaires, relevant de législations diffé-
rentes, et la question des co-usages (par
Les acteurs antérieurement présents sont exemple culture algue + éolien) n’est pas
en effet à même, de par leur expérience traitée de manière satisfaisante par les
de la zone, d’apporter une expertise tech- réglementations sectorielles. Ceci per-
nique dans la bonne définition des zones mettrait naturellement une évaluation des • 69 •
et dans l’évaluation des impacts écolo- impacts cumulés, qui incombe actuelle-
giques et sur les conséquences écono- ment seulement au dernier arrivant.
miques pour leur activité.

4. de développer les échanges


2. d’étudier l’opportunité d’ex- avec le monde de la recherche,
clure le chalutage dans les de la météorologie ou du trans-
projets développés en France. port maritime.

De façon générale, le chalutage semble En effet les moyens techniques (géné-


en effet concentrer les problèmes, ralement couteux) peuvent, dans ce cas,
puisqu’il entraîne potentiellement à la fois être utilisés conjointement à différentes
des surcoûts, des difficultés techniques visées.
(protection des câbles) et des risques
pour la biodiversité benthique.

Il ne s’agit pas bien-sûr d’interdire toutes les


techniques de pêche dans les parcs : dans
la mesure où une technique a des impacts
environnementaux qui ne se cumulent pas
avec ceux des parcs EMR, ou mieux, a des
impacts réduits du fait d’une synergie des
projets, il est tout à fait légitime d’envisager
son maintien. Une étude au cas par cas
nous semble donc nécessaire.

Au-delà des zones de sécurité entourant


les parcs EMR, il pourrait être intéressant
d’étendre les «  zones de non-pêche  »
pour accroître les bénéfices qu’en tirent
les organismes marins et leurs habitats. Victor 6000 © Ifremer, Olivier Dugornay
Cet objectif est notamment poursuivi par
le groupe synergie « Energies marines »
du Cluster maritime français.

Le développement des EMR constitue


en effet une opportunité d’acquérir des
connaissances scientifiques nouvelles sur
le milieu marin.

5. de prendre des mesures en


matière de fiscalité.

Avec notament :

› la mise en place d’une taxe ou une sup-


pression de l’avantage fiscal (modulation
de type bonus/malus par exemple), dans
les cas où l’exploitation n’est pas mise
en œuvre dans des conditions favo-
rables à la préservation de la biodiversi-
té marine et côtière. Pour une meilleure
cohérence, d’autres activités pourraient
être aussi concernées. Cette taxe pourra Plongeur au-dessus d'un champ de laminaires dans le Parc naturel marin d'Iroise
ensuite être utilisée au bénéfice de l’en- © Yannis Turpin / Agence des aires marines protégées
vironnement (connaissances, évaluation,
• 70 • remédiation, etc.),

› une révision de l’affectation de la taxe Il faut rappeler que des projets favorisant en premier lieu, à réfléchir à la compati-
relative aux installations d’éoliennes en la biodiversité bénéficieraient en retour à bilité des usages et aux impacts cumulés,
mer la pêche et aux autres activités dépendant et à organiser une gestion concertée de
Actuellement, il est en effet prévu que de l’environnement (tourisme, etc.). la mer.
la taxe soit affectée à 50 % aux com-
munes littorales, 35 % aux pêcheurs De même, on pourrait imaginer que ce En vue d’optimiser l’usage de l’espace
et 15 % (seulement) aux projets ayant fonds94 finance le coût des évaluations tout en limitant les impacts cumulés, cer-
«  pour objet de concourir au dévelop- préalables et des opérations de suivi de la taines activités impactantes pourraient
pement durable des activités maritimes biodiversité, nécessaires à la bonne ges- ainsi se voir limitées, voire interdites, pour
ou de contribuer à la réalisation ou au tion de la biodiversité marine, directement compenser les nouveaux impacts des
maintien du bon état écologique du mi- impactée. parcs EMR.
lieu marin, tel que prévu par l’article
L. 219-993 du code de l’environnement ». Cependant, si le développement des pro-
Cela impliquerait une révision jets est bien planifié et coordonné, l’en-
de l’affectation de la taxe re- vironnement marin pourrait dans certains
Nous recommandons que lative aux installations d’éo- cas bénéficier de ce développement, de
cette taxe puisse être révisée liennes, pour qu’elle puisse même que certaines activités qui en dé-
de manière qu’elle puisse bé- contribuer directement à des pendent (pêche…).
néficier à un taux plus impor- projets dédiés à la biodiversité
tant (voire total) à l’améliora- sélectionnés par un comité de
tion des connaissances et à la pilotage auquel serait naturel- Grâce à une planification spatiale
protection du milieu marin. lement associée la pêche pro- du milieu marin, associée à un
fessionnelle. plan d’action associant toutes les
parties prenantes, les impacts cu-
En effet, paradoxalement, on demande à mulatifs et synergiques pourraient
une nouvelle activité non seulement d’être Conclusion être mieux anticipés, puis gérés,
conduite de manière durable, mais encore et il serait possible de prendre en
de financer la transition vers la durabilité Le développement des parcs EMR, nou- compte aussi bien les impacts
d’une autre activité maritime, qui plus est velle activité maritime associée à une que les opportunités pour tous les
non soumise à évaluation environnemen- occupation permanente de l’espace mari- utilisateurs de la mer.
tale et potentiellement concurrente. time, obligera les différents acteurs, l’Etat
FOCUS :
Pour en savoir plus
IUCN, 2010, Greening Blue Champs d’éoliennes offshores
Energy flottantes en Méditerranée :
CNDP, 2010, Bilan du débat pu- quelles opportunités pour la
blic  - Projet de parc éolien en pèche et l’aquaculture ?
mer des Deux Côtes
Contribution de Green Cross
France et Territoires (GCFT), Le Pôle Mer Méditerranée a réalisé en
juillet 2013, Commission parti- 2013 une étude sur l’opportunité de
culière du débat public pour le développer des activités de pêche ou
projet de parc éolien en mer au d’aquaculture au sein des parcs éoliens
large de la baie de Saint-Brieuc, offshore flottants.
Cahier d’acteur
Danish Offshore Wind, no- II s‘agit d’une étude prospective qui visait
vembre 2006, Key Environmen- à identifier des projets de Recherche &
tal Issue, publié par Dong Ener- Développement et des collaborations po-
gy, Vattenfall, The Danish Energy tentielles nationales ou européennes sus-
Authority, et the Danish Forest ceptibles de conduire ces mêmes projets.
and Nature Agency
ADEME (Pays de la Loire), Rap- Pour être conduite, cette étude prospec-
port  : Quelques éléments de tive s’est appuyée sur :
retour d’expérience sur l’éolien
fixe en mer (d’après Dan Wil- 1. U ne méthode de travail collaborative
helmsson, scientifique au dé- associant pêcheurs, aquaculteurs et
partement de zoologie de l’Uni- énergéticiens ;
versité de Stockholm)
2. U ne bonne évaluation de l’environne- • 71 •
ment d’un parc éolien offshore flottant ;

3. U ne réflexion sur la pêche et l’aqua-


culture dans le contexte de développe-
ment de parcs éoliens flottants ;

4.Une évaluation socio-économique.

Contact :
Michel Ollier
Pôle Mer Méditerranée

www.polemerpaca.com
Mail :
ollier@polemermediterranee.com

93 Décret du 27 janvier 2012 relatif à l’utilisation


des ressources issues de la taxe instituée par
l’article 1519 B du code général des impôts -
L’article L.219-9 correspond à la mise en
oeuvre de la DCSMM via les PAMM, répondant
aux besoins de planification et de préservation
des milieux.
94 Pour rappel, la taxe est assise sur le nombre
de mégawatts installés dans chaque unité de
production. Son tarif est fixé à 13.623 euros
par mégawatt, prévoit l'article 1519 B du Code
général des impôts, mais son montant évolue
chaque année en fonction de "l'indice de va-
leur du produit intérieur brut total".
AIRES MARINES PROTEGEES ET
ENERGIES MARINES RENOUVELABLES

• 72 •

© Marion Peguin

Exposé des motifs l’espace marin : classer 20 % des zones les mesures de protection de l’environ-
sous juridiction française en aires ma- nement marin contribuent de près ou de
La convention des Nations-Unies sur le rines protégées d’ici à 2020. A ce jour, loin à préservation d’un milieu sain et pro-
droit de la mer exige des Etats Parties 7 parcs naturels marins ont été créés ou ductif et des activités qui en dépendent :
de protéger et préserver le milieu marin. annoncés. réduction des pollutions marines, du bruit,
La convention sur la biodiversité biolo- de l’artificialisation, etc… ; toutefois,
gique fixe comme objectif de constituer Le réseau d’aires marines protégées oc- il est nécessaire dans le cadre de cette
un réseau cohérent et relié d’aires ma- cupe en 2013 environ 4 % des eaux sous étude d’examiner la compatibilité entre le
rines protégées, d’ici 2020, à l’échelle juridiction en métropole et Outre-mer. Avec développement des énergies marines en
mondiale. Au niveau régional, la France la création du parc naturel de la mer de Co- mer et les AMP associées à divers statuts
est partie prenante de six conventions de rail en Nouvelle Calédonie, ce pourcentage de protection. La question se pose en ef-
mers régionales qui concernent les mers passera à 16 %. fet de savoir si la présence de structures
qui bordent son territoire. Par ailleurs, artificielles telles que celles associées à
sur le plan communautaire, la France est Les AMP regroupent cependant différents la production d’EMR, et l’existence des
engagée dans la gestion des sites Natura outils de protections qui ont des objectifs impacts associés sur le milieu marin, sont
2000. Elle s’engage également d’ici 2020 variés, allant de la protection forte (réserves compatibles avec les objectifs de protec-
à atteindre le bon état écologique de ses intégrales, cœurs de parcs nationaux) à la tion d’une aire marine protégée.
eaux dans le cadre de la nouvelle direc- gestion durable des ressources naturelles
tive cadre européenne stratégie pour le marines (gestion intégrée comme dans les Le Code de l’Environnement définit une
milieu marin (DCSMM). PNM). Les différents outils de protection liste ouverte d’aires marines protégées
peuvent avoir un statut réglementaire (tels (Loi du 14 avril 2006)95 :
En 2007, la stratégie nationale des aires les réserves naturelles) ou foncier (site du › partie maritime des parcs nationaux
marine protégées reposait principalement Conservatoire du Littoral)  ; parfois un site (L.331-1), réserves naturelles natio-
sur l'extension du réseau Natura 2000 en peut combiner ces deux approches. nales et régionales (L.332-1),
mer et la création de 10 parcs marins. Le › arrêtés de protection de biotopes (L.411-1),
Grenelle de l’environnement et le Grenelle Les aires marines protégées (AMP) jouent › parcs naturels marins (L.334-3),
de la mer ont ensuite fixé un objectif am- un rôle important dans la protection de › sites Natura 2000 ayant une partie ma-
bitieux pour la gestion et la protection de la biodiversité. Au-delà des AMP, toutes ritime (L.414-1),
› parties maritimes du domaine relevant Principes généraux
du Conservatoire du littoral.
Le tableau ci-dessous regroupe les diffé-
L’arrêté du 3 juin 201196 a complété cette rents outils de protection des milieux ma-
liste par 9 nouvelles catégories : rins selon leur degré de protection dans
› sites RAMSAR (convention internationale la classification de l’IUCN, la catégorie
pour les zones humides), I.a étant la protection la plus forte. Les
› sites du patrimoine mondial de l’UNES- catégories UICN dans lesquels ils ont été
CO, classés permettent de voir qu’à un même
› réserves de biosphère, statut de protection peuvent être associés
› réserve nationale de chasse et de faune différents objectifs de gestion.
sauvage avec partie marine,
› sites protégées au titre des conventions
pour les mers régionales.

EXEMPLES DE
CATÉGORIES UICN OBJECTIFS DE GESTION
CATÉGORIE D’AMP

Ia Réserve naturelle Réserve naturelle


intégrale Recherche scientifique nationale, Réserve
intégrale (parc national)

II Parc national Protection d’écosystèmes Parc national (cœur de


et récréation parc)

Réserve naturelle, Site du • 73 •


IV Aire de gestion des Conservation avec conservatoire du littoral,
habitats ou intervention pour la Arrêté de protection de
des espèces gestion biotope, site Natura 2000
en mer

V Paysage terrestre ou Conservation des Parc national (zone


marin préservé paysages et récréation d'adhésion)

VI Aire protégée pour Utilisation durable


l’utilisation durable des d’écosystèmes naturels Parc naturel marin
ressources naturelles

Figure 12 : Catégories UICN et objectifs de gestion

Le développement des énergies marines re- concernés, les aires marines protégées
nouvelables doit s’accompagner d’une prise pourront ou non accueillir des projets EMR,
en compte des impacts potentiels sur les qui pourront suivant le cas être soumis à des
écosystèmes marins. Selon leur catégorie contraintes et un encadrement différent.
et suivant les espèces, habitats et usages

95 Loi n° 2006-436 du 14 avril 2006 relative aux


parcs nationaux,aux parcs naturels marins et
aux parcs naturels régionaux.
96 Arrêté du 3 juin 2011 portant identification des
catégories d'aires marines protégées entrant
dans le champ de compétence de l'Agence
des aires marines protégées.
Le tableau ci-dessous présente l’analyse faite par l’Agence des Aires Marines Protégées des possibilités d’implantation en fonction du
type d’AMP, et nous y avons ajouté une colonne permettant de préciser la réglementation qui y fait référence.

POSSIBILITÉ D’IMPLANTATION
TYPE D’AIRE MARINE
D’ÉNERGIES MARINES COMMENTAIRES
PROTÉGÉE
RENOUVELABLES

Réserve naturelle nationale Non compatible Elles bénéficient d’une protection forte, un décret ministériel y
interdit toute activité étant nuisible au milieu

Réserve naturelle régionale Vigilance


ou de la collectivité de Corse

Parc national Non compatible dans les cœurs Toute la superficie d’un parc ne bénéficie pas du même degré
de parcs de protection : en cœur de parc marin, les travaux et instal-
lations sont interdits, tandis qu’en aire d’adhésion, ils néces-
sitent l’autorisation de l’établissement public du parc national.

Parc naturel marin Vigilance Les PNM associent protection et gestion durables des activi-
tés et des ressources naturelles marines. L’implantation d’une
activité susceptible d’altérer de façon notable le milieu marin
est soumise à autorisation sous l’avis conforme de l’agence
des aires marines protégées ou sur délégation du conseil de
gestion du PNM.

Natura 2000 Vigilance Une étude d’incidences doit accompagner les demandes d’au-
• 74 • torisation d’installations, de travaux et d’ouvrages pouvant af-
fecter ces sites.

Arrêté de protection de bio- Non compatible Protection importante : l’arrêté préfectoral interdit, réglemente
tope et soumet certaines activités à autorisation

Sites du Conservatoire du Non compatible Un cahier des charges environnemental accompagne l’Autori-
Littoral sation d’Occupation Temporaire du DPM.

Figure 13 : Catégories d’AMP et possibilité d’implantation d’énergies marines renouvelables

Certaines catégories visant une protection gées pour des projets de développement superficie dans le périmètre du parc na-
forte peuvent apparaître comme incom- de certaines technologies : turel marin des estuaires picards et de
patibles avec le développement des EMR la mer d’Opale.
dans les zones concernées, c’est notam- › C’est le cas de la zone de Fécamp re-
ment le cas pour les réserves naturelles, tenue pour le 1er appel d’offres éolien, Principes opérationnels
les cœurs de parcs nationaux ou encore et du site d’essai hydrolien de Paim-
les arrêtés de protection de biotope. pol-Bréhat, qui se situe en zone Natura Pour la préservation de la biodiversité ma-
2000 ; le Raz Blanchard est le principal rine et côtière, nous recommandons de :
Cependant, il faut noter que le pourcen- site proposé dans l’appel à manifes-
tage d’aires marines protégées a priori tation d’intérêt pour l’implantation de › 1. DÉFINIR UN ZONAGE NATIONAL ET
incompatibles avec le développement fermes pilotes hydroliennes, et se situe RÉGIONAL POUR MIEUX PRÉSERVER
des EMR représente en fait moins de 2 % à proximité immédiate du périmètre LES HABITATS MARINS ET CÔTIERS.
des eaux sous juridiction en métropole et d’étude du futur Parc naturel marin Nor-
Outre-mer, ce qui est très faible globale- mand Breton. L’autre site de cet AMI est Sur terre comme en mer, l’importance
ment, même si celles-ci sont en fort pour- le passage du Fromveur, qui se trouve des impacts du projet est directement liée
centage sur les zones côtières. au cœur du PNM d’Iroise ; au choix de la zone d’implantation. Cet
objectif nécessite donc une réflexion sur :
Certaines zones en «  AMP  » (catégories › Le projet éolien du Tréport, proposé dans
UICN IV à VI) sont déjà utilisées ou envisa- le 2nd appel d’offre, aurait 20 % de sa › les zones à ne pas exploiter,
› les nouvelles réserves de biodiversité
marine à créer pour préserver les es-
pèces ou habitats mis à mal,
› les technologies à favoriser afin de pré-
server les services écologiques fournis
par les milieux marins et côtiers,
› les impacts cumulés de plusieurs parcs
EMR implantés dans une même région
marine.

Un certain nombre d’études à l’étranger


et en France (ADEME, SMNLR) ont recen-
sé ces impacts. Toutefois, nous rappelons
qu’il n’existe pas d’étude complète et Un paysage sous-marin typique de la mer d'Iroise avec ses laminaires hyperborea
adaptée aux écosystèmes français. © Yannis Turpin / Agence des aires marines protégées

Aussi, des habitats fragiles sont parfois ci- Cette réflexion pourra trouver sa place au sein
blés par les porteurs de projets, au risque des Plans d’Action Milieu Marin (PAMM), qui
soit d’impacts ou d’incertitudes juridiques constituent le volet environnemental des fu-
inacceptables si le projet est autorisé, soit turs documents stratégiques de façade.
de pertes financières importantes pour le
développeur. Cela permettrait de définir différents ni-
veaux de sensibilité :
La connaissance en amont des habitats › pour toute espèce ou tout habitat pro-
présents sur le site et de leur niveau de tégé ou particulièrement sensible, il
sensibilité permettrait pourtant d’exclure semblerait indispensable d’envisager
dès le pré-diagnostic des zones d’habi- le déplacement de l’opération sur une
tats particulièrement riches et à la rési- autre zone, unique mesure disponible • 75 •
lience nulle ou faible. pour supprimer l’effet de la destruction
inévitable des espèces non ou peu mo-
La connaissance en matière d’impacts biles et des habitats présents,
des EMR sur la biodiversité marine et › sur certaines zones à enjeux, il serait
côtière reste à améliorer, cependant nous nécessaire de mener de façon plus ap-
savons qu’il existe des zones de repro- profondie qu’ailleurs des études écolo-
duction et de nourriceries, telles que les giques, de prévoir des suivis à plus long
herbiers (posidonies, zostères), les forêts terme et de recommander l’évaluation
de laminaires ou les récifs coralliens (liste des impacts cumulés, qui peuvent être
non exhaustive), qui rendent des services atténués en limitant certaines activités
écologiques qui ne peuvent être restaurés existantes dans la zone.
aisément dans l’état des connaissances
actuelles.
De manière générale, nous re-
commandons de développer
Pour mieux accompagner en priorité les projets dans les
les opérateurs, nous recom- secteurs marins déjà impactés
mandons la mise en œuvre par les activités humaines.
à l’échelle nationale et aux
échelles des façades mari-
times de cartes des habitats › 2. VÉRIFIER LA COMPATIBILITÉ DU
marins et côtiers et des enjeux PROJET EMR AVEC LES OBJECTIFS DE
écologiques. GESTION DES AMP PRÉSENTES
Nous recommandons, lorsque
cela n’est pas déjà prévu par
la réglementation de certaines
AMP, d’identifier les zones par- De façon générale, nous re-
ticulièrement sensibles et d’y commandons d’éviter les AMP,
prévoir des restrictions au dé- même si la réglementation au-
veloppement des parcs EMR. torise leur développement.
Toutefois, il convient bien sûr de tenir de la mer doivent être suffisamment repré- avec l’écosystème marin y seront donc
compte des conditions locales. La ges- sentées au sein du conseil de gestion. plus faciles à étudier et à optimiser. Ces
tion concertée en AMP telle qu’évoquée AMP peuvent ainsi contribuer à accélérer
dans l’encadré suivant est une solution Mais d’autres types d’AMP pourraient su- l’émergence des technologies d’EMR les
intéressante permettant effectivement de bir des impacts indirects ou à distance, plus respectueuses du milieu naturel.
valoriser la présence d’un parc. même si aucune structure n’est installée
dans leur périmètre. Notons enfin que les études menées dans
Ce n’est pas toujours possible pour des le cadre de l’état initial du site des études
ressources énergétiques très localisées d’impact des projets peuvent contribuer à
(ex. : courants de marée). Nous recommandons donc que l’amélioration de la connaissance des mi-
pour chaque projet : lieux marins. Ainsi, l’Agence des aires ma-
Actuellement, seuls des sites Natura 2000 rines protégées porte conjointement avec
et les Parcs naturels marins semblent di- un avis conforme du CSRPN l’Ifremer le volet marin du Système d’Infor-
rectement ciblés par les projets d’EMR. soit rendu, faisant suite à une mation Nature et Paysages (SINP) auquel
L’objectif de gestion poursuivi étant géné- analyse des impacts directs et ces études peuvent contribuer pour facili-
ralement une gestion durable des activi- indirects du projet, ter ainsi la mise à disposition des informa-
tés et des ressources, le développement les gestionnaires des aires tions. Si les promoteurs d’EMR mettent les
des EMR n’y semble pas incompatible s’il marines protégées adjacentes données acquises dans le cadre de leurs
ne dégrade pas d’habitats sensibles. (dans un rayon à définir en fonc- projets à disposition des gestionnaires
tion de la taille du projet) soient d’AMP, ils participeront à la préservation
également associés à la prise de efficace du patrimoine naturel marin.
Lorsque les seules ressources décision.
énergétiques disponibles se Conclusion
situent dans un site sensible
où la réglementation n’inter- › 3. PROFITER DE L’OPPORTUNITÉ OF- Il conviendra donc de s’interroger, au cas
dit pas l’exploitation, et si les FERTE DE FAIRE ÉMERGER UNE FILIÈRE par cas, sur l’opportunité de développer
bénéfices sociaux sont impor- INDUSTRIELLE DANS UN CONTEXTE DE les projets de parc EMR dans des sec-
• 76 • tants, l’exploitation autorisée GESTION CONCERTÉE teurs sensibles tels que les AMP, en tenant
devrait alors être accompa- compte de tous les risques et avantages
gnée de recommandations que cela peut constituer pour la biodi-
telles que : Certaines AMP, en particu- versité, car n’oublions pas que les AMP
lier les PNM, constituent des portent des enjeux liés au fonctionnement
la mise en place d’un cahier terrains d’expérimentation des écosystèmes marins : zones de vie
des charges plus strict et bien (connaissance des interactions, pour de nombreuses espèces protégées
défini, des services écosystémiques ou pêchées, haltes migratoires pour les
un suivi exhaustif des impacts rendus et de l'effet réserve  ; mammifères marins et les oiseaux, rôle
environnementaux, associé à de optimisation des synergies majeur pour la biodiversité. A ces enjeux
mesures évolutives de réduction à développer en matière de « écosystémiques » se rajoute la multipli-
et de compensation des impacts co-activités et d’intégration so- cité des usages dans un espace restreint.
constatés, cio-économique sur les zones Le concept d’aire marine protégée trouve
la possibilité d’envisager de exploitées) favorables à la fois là une application concrète.
réduire d’autres activités produi- aux développeurs et aux AMP.
sant les mêmes impacts (pêche,
dragages, etc.), dans un objectif Pour en savoir plus
de maîtrise des impacts cumulés. En effet, le milieu naturel y est mieux in- IUCN, 2010, Greening Blue
Les activités visées en priorité ventorié et son état est mieux suivi qu’ail- Energy
seront celles dont les bénéfices leurs. De plus, les gestionnaires peuvent Mission d’étude parc naturel
socio-environnementaux sont apporter leur expertise sur les impacts marin 3 estuaires, août 2010,
moindres que ceux des EMR. des activités humaines dans leur site. contribution au débat public pro-
Les interactions des systèmes d’EMR jet éolien des deux côtes
Site de l’AAMP : http://www.
Les conseils de gestion des PNM se pro- aires-marines.fr/Concilier/
nonceront systématiquement sur le dé- Ces suivis permettront de ca- Energies-marines-renouve-
veloppement d’EMR dans leur périmètre, pitaliser des informations, no- lables-et-AMP
puisque la réglementation impose leur avis tamment sur la résilience des Comité français de l’UICN,
conforme. Pour ce faire il est essentiel de écosystèmes autour de telles 2010, Les espaces protégés
statuer clairement sur l’exploitation des structures et sur les impacts po- français : une pluralité d’outils
énergies marines renouvelables parmi les sitifs et négatifs en matière de au service de la conservation de
orientations de gestion des PNM. Par ail- biodiversité, d’effet réserve etc. la biodiversité
leurs, toutes les organisations d’usagers
FOCUS :

Le développement de l’hydrolien dans le Parc naturel marin


d’Iroise

Contact :
Thierry Canteri
Parc naturel marin d'Iroise
Agence des Aires Marines
Protégées
L'île de Ouessant vue du ciel © Julien Courtel / Agence des aires marines protégées
Mail :
Le Parc naturel marin d’Iroise est concerné peut varier en fonction de la puissance thierry.canteri@aires-marines.fr
à double titre par les énergies marines re- produite) qui sont autant de paramètres
nouvelables, notamment les hydroliennes. qui vont influencer les incidences sur
l’environnement côtier et littoral.
D’une part, l’implantation dans le passage
du Fromveur, au cœur du parc, d’un dé- A partir des éléments en sa possession,
monstrateur hydrolien par la société SABEL- le conseil de gestion du parc a donné
LA (projet « Sabella D10 ») est prévue pour un avis favorable au déploiement d’une
l’été 2014, après avoir reçu un avis favo- ferme pilote hydrolienne dans le passage • 77 •
rable du conseil de gestion du parc en 2011. du Fromveur et souhaite en faire un site
de référence et d’excellence au niveau
D’autre part, un appel à manifestation national et européen. Le conseil a formulé
d’intérêt pour la création d’une ferme pi- plusieurs recommandations :
lote a été lancé fin 2013 par le Gouverne- › la limitation de l’emprise sur le fond en
ment via l’ADEME dans le même secteur privilégiant des systèmes de pose en
géographique. surélévation plutôt qu’un système repo-
sant à plat sur le fond
Les instances de gestion du Parc naturel › des procédures de suivis in situ des en-
marin d’Iroise ont donné un avis sur ces gins pour mieux connaître les impacts
deux projets. Pour cela elles ont consi- potentiels d’un éventuel déploiement
déré que les impacts environnementaux industriel. Ces suivis devront prendre
des énergies marines renouvelables dé- en compte les impacts éventuels sur
pendent de la sensibilité du patrimoine l’environnement (habitats, espèces…)
naturel. Ces impacts sont aussi propor- et sur les usages notamment de pêche
tionnels au dimensionnement du projet professionnelle.
et au nombre d’unités de production im- › les câbles de raccordement électrique
plantées sur le site. Une exploitation n’a devront être enfouis et leur chemine-
ainsi pas les mêmes effets sur l’environ- ment devra privilégier les substrats sé-
nement naturel s’il s’agit de l’implantation dimentaires en évitant les fonds rocheux
d’une ou plusieurs machines susceptibles de l’archipel de Molène L’atterrage des
de rendre autonome une île non raccor- câbles sur le continent devra prendre en
dée (comme l’île d’Ouessant) ou de plu- compte l’intégration paysagère des in-
sieurs dizaines qui posent questions sur frastructures.
les modifications possibles de courant et › la restauration du site sera prévue à l’is-
dont il va falloir évacuer vers le continent sue de l’expérimentation
l’essentiel de la production électrique.
Le conseil de gestion a considéré que la
Il faut également considérer le linéaire de présence du parc marin permettrait de
câble utilisé, son cheminement (au milieu réaliser des suivis environnementaux de
des biocénoses benthiques) la zone d’at- plus grande envergure et constituait un
terrage de ces câbles sur le continent (qui atout pour un retour d’expérience réussi.
RACCORDEMENT :
QUELQUES PISTES DE REFLEXIONS

• 78 •

© www.calvados-tourisme.com

Exposé des motifs de raccordement au réseau électrique mer construit par le producteur. Ce poste
terrestre avec les enjeux liés aux espaces est le point de départ du raccordement à
Aujourd’hui, l’énergie produite par les sensibles du littoral ? construire par RTE.
parcs EMR est exportée sous forme
d’électricité (même si d’autres vecteurs PRINCIPE DE RÉALISATION 2 / RTE est responsable du réseau public
peuvent être envisagés à terme pour des de transport d’électricité. A ce titre, il est
parcs lointains, par exemple l’hydrogène Plusieurs éléments sont à prendre en chargé de raccorder le parc éolien depuis
ou l’ammoniac). Elle doit être acheminée considération : le poste électrique en mer jusqu’à son ré-
à terre via des câbles sous-marins qui 1 / Le consortium retenu à l’issue de l’ap- seau électrique à très haute tension, sur
seront raccordés au réseau d’électricité. pel d’offres lancé par l’Etat est chargée terre. Pour éviter toute gêne ou détériora-
Un câble assure cet acheminement pour de construire et exploiter le futur parc tion, le câble est ensouillé ou recouvert au
chaque site de production (comprenant éolien en mer. fond de la mer.
plusieurs machines) jusqu’au littoral. L’électricité produite par les éoliennes est L’ensouillage consiste à creuser un sillon
Cela concerne les installations en mer et acheminée jusqu’à un poste électrique en dans le sol marin pour y poser le câble.
non les installations situées sur le littoral
telles que les centrales marémotrices. Les
câbles sont enfouis ou ancrés au fond de 1 Réseau de Transport d’Electricité
la mer entre les sites de production et
le littoral, pour des raisons techniques
(risque de déplacement sous l’effet des
courants ou de la houle) ou bien pour évi-
ter les dommages dus à des activités ma-
ritimes (dragages, chalutage, mouillages Jonction Liaison souterraine Poste
d’atterrage électrique de
d’ancres) autorisées ou non dans la zone. Poste
Axelles Communication

raccordement
électrique
en mer Liaison sous-marine
La même question peut se poser sur le lit-
toral, ou des conflits semblent possibles : 2 Schéma de principe du raccordement

comment concilier le passage des câbles Figure 14 : Schéma du principe de fonctionnement (Source : RTE)
Cette technique est privilégiée. Toutefois, L’article 25 de la Loi Brottes97 est donc
certains types de sols très durs ou peu venu préciser les dispositions spécifiques
homogènes ne s’y prêtent pas : le câble liées aux EMR au titre de la Loi littoral.
est alors posé au fond de la mer et recou-
vert par de l’enrochement par exemple. L’article 146-6 du Code de l’Urbanisme
Des études de sols sont réalisées pour qui fixe les conditions et les limites d’oc-
définir les possibilités d’ensouillage. cupation et d’aménagement en espaces

Figure 15 (Source : RTE)

Arrivés sur terre, les câbles sous-marins remarquables prévoit, depuis, que «  les
sont reliés aux câbles souterrains dans canalisations du réseau public de trans-
deux coffres maçonnés installés sous terre, port ou de distribution d’électricité visant
d’environ 20 m de long par 6 m de large et à promouvoir l’utilisation des énergies • 79 •
3 m de profondeur, appelés « chambre de renouvelables peuvent être autorisés en
jonction » : c’est l’ « atterrage ». espaces remarquables. »

La concertation avec les acteurs locaux L’article 146-4 du code de l’urbanisme fixe
permet de définir le point d’atterrage op- quant à lui les conditions d’urbanisation
timal. sur le littoral, et notamment sur la bande
des 100 m. Il prévoit notamment l’inter-
Le raccordement est possible en diction de toute construction ou installa-
sous-marin et/ou en souterrain. Les rac- tion en dehors des espaces urbanisés sur
cordements nécessitent que le réseau une bande littorale de 100 m à compter
amont soit en état d'évacuer la puissance de la limite haute du rivage, mais précise
insérée sur ce réseau. Par conséquent, les aujourd’hui que «  celle-ci ne s’applique
postes de raccordements (entre la liaison pas aux ouvrages de raccordement aux ré-
souterraine et le réseau public de trans- seaux publics de transport ou de distribu-
port d’électricité), ouvrage de quelques tion d’électricité des installations marines
hectares, sont le plus souvent préexis- utilisant les énergies renouvelables. »
tants, et on choisit le poste en fonction de
la solidité du réseau amont. Il peut arriver Il est également précisé que :
cependant que l’on soit en obligation d'en « Les techniques utilisées pour la réalisa-
construire (comme à Saint-Nazaire pour tion de ces ouvrages sont souterraines et
le projet éolien), mais ce n'est pas le cas toujours celles de moindre impact envi-
général. Des aménagements de ce poste ronnemental.
peuvent par ailleurs être envisagés pour L’approbation des projets de construction
favoriser son insertion paysagère. des ouvrages, mentionnée au 1° de l’ar-
ticle L. 323-11 du code de l’énergie, est
LA RÉGLEMENTATION EN VIGUEUR refusée si les canalisations sont de nature
à porter atteinte à l’environnement ou aux
Les installations liées au raccordement sites et paysages remarquables.
des parcs EMR au réseau électrique ter- Leur réalisation est soumise à enquête
97 Loi n°2013-312 du 15 avril 2013 visant à pré-
restre doivent respecter la Loi Littoral. publique réalisée conformément au cha- parer la transition vers un système énergétique
pitre III du titre II du livre Ier du code de sobre et portant diverses dispositions sur la ta-
l’environnement. » rification de l'eau et sur les éoliennes.
Principes généraux Les paramètres de la température et du de pêche dans le parc, l’ensouillage n’est
champ électromagnétique sont d’autant pas forcément nécessaire et on minimise
IMPACTS SUR LE MILIEU MARIN plus importants à étudier et à suivre ainsi les impacts sur l’environnement.
lorsque l’on se situe dans un milieu ro- Ainsi, selon les choix faits dans la concep-
> Dégagement de chaleur cheux où les câbles ne sont pas enfouis. tion et la gestion des parcs, les impacts
seront différents.
Lors de l’acheminement de l’électricité par > Pollution par des éléments chimiques
les câbles il y a une perte d’énergie qui se L’expérience de Paimpol montre que l’im-
manifeste par le dégagement de chaleur Les risques concernant la contamina- pact de l’ensouillage sur les écosystèmes
à proximité immédiate de celui-ci. Les or- tion de la colonne d’eau en éléments benthiques peut être significatif à proxi-
ganismes sont adaptés à des conditions chimiques et les risques d’impacts sani- mité immédiate (puisqu’on a une zone
spécifiques, l’augmentation locale de tem- taires en zones de baignade et en zones azoïque pendant quelques semaines, ainsi
pérature peut amener certaines espèces conchylicoles en lien avec l’usure des que la remise en suspension de matériaux,
marines sensibles à de très faibles varia- câbles sous-marins sur le long terme des risques d’émissions sonores, et de
tions de température à se déplacer pour sont peu probables (les câbles étant en- dérangement de la faune), mais qu’il est
être dans leur gamme de température op- souillés, recouverts ou fixés). De plus il spatialement limité à l’emprise du robot
timale à leur survie. L’assemblage de ces faut noter que les câbles modernes ne ensouilleur, et temporaire (la faune ayant
espèces sensibles pourrait éventuellement contiennent pas de métaux lourds. recolonisé le substrat, sans différence avec
être modifié aux abords des câbles. les secteurs témoins en termes de densi-
L’étude BERR (cf. bibliographie) indique tés et diversités, l’année d’après).
Toutefois, le Connecticut Siting Council toutefois que « l’enterrement des câbles
(CSC, 2001 – cf. bibliographie) a exa- permettra de réduire les effets environ- > Impacts sur les substrats durs
miné l’effet de la chaleur rayonnant des nementaux potentiels [...] » et que, « les
câbles ensouillés dans le fond marin dans fabricants de câbles certifiés ISO 14001 En ce qui concerne l’impact sur les subs-
le cadre du projet « Cross Sound Cable sont tenus de démontrer des moyens effi- trats durs, le niveau d’impact sur les éco-
Interconnector », un système de câbles caces de réduire au minimum les risques systèmes benthiques dépend des subs-
à haute tension en courant continu en- environnementaux ». trats en question et de leur colonisation
• 80 • souillé entre la Nouvelle Angleterre et plus ou moins importante par la faune
Long Island à New York. Le CSC a esti- En fin d’exploitation ou de vie des câbles, (dans les secteurs très hydrodynamiques,
mé que l’augmentation de la température les développeurs doivent remettre en état les espèces sont spécialisées, mais peu
au niveau du fond marin immédiatement le site donc, en théorie, aucun câble ne abondantes). Des études complémentaires
au-dessus du câble était de 0,19 °C devrait être abandonné. Cependant, il sera sont en cours sur le câble de Paimpol.
alors que l’augmentation correspon- pertinent d’étudier l’opportunité d’enlever
dante de la température de l’eau était de des câbles inertes au regard de l’impact > Impacts sur le milieu littoral
0,000006°C. L’échauffement potentiel environnemental lié à cette dépose.
est donc considéré comme impossible à Le réseau de transport électrique sur le
détecter par rapport aux fluctuations na- > Impacts de l’ensouillage littoral français (très haute tension) est
turelles dans les sédiments environnants. actuellement peu dense, et mal adapté à
L’ensouillage des câbles est souvent l’absorption de grandes quantités d’éner-
> Champ électromagnétique préconisé, car il permet de réduire voire gie : hors quelques zones ponctuelles (cen-
d’annuler les impacts liés respectivement trales nucléaires ou thermiques littorales),
Quant au champ électromagnétique géné- au champ électromagnétique (réduction) les capacités sont limitées. Par ailleurs, le
ré, il est difficile d’en déterminer les effets. et à la chaleur (annulation). Cette tech- réseau ne s’étend pas en mer (les inter-
Les câbles de raccordement existant (îles) nique est également retenue à la de- connexions sous-marines existantes ne
ne font l’objet à priori d’aucun suivi. Le mande d’usagers (pêcheurs, navigateurs, peuvent pas accueillir la production des
Royaume Uni a effectué une étude en bas- plongeurs), car les câbles présents entre parcs offshore). Pour pallier ces points,
sin avec des sélaciens (requins et raies) : le transformateur et le littoral sont sujets chaque zonage de zones propices fait l’ob-
au risque d’accrochage - l’ensouillage jet d’une étude par RTE sur le raccorde-
« Pour le site de Thanet Offshore Wind est donc une mesure de sécurité face ment, qui a pour but d'évaluer l’impact sur
Farm, English Nature a déclaré que à ce risque. Ce peut être aussi un choix le réseau. Ces impacts sont très dépen-
(compte tenu du niveau actuel des infor- technique, notamment devant les risques dants de la taille de l'installation EMR et du
mations à ce jour disponibles) il n’y aurait de dégradation du câble exposé aux cou- réseau à terre. Avec la conception actuelle
pas d’impact significatif sur les popula- rants, aux vagues et à la houle. Enfin, du réseau, son développement pour ac-
tions d’élasmobranches qui résident dans l’ensouillage des câbles à l’intérieur des cueillir des quantités importantes d’éner-
le secteur du parc éolien et le long des parcs est généralement préconisé pour gie produite en mer pourra se faire en
câbles d’exportation ». maintenir des activités telles que la pêche développant des lignes terrestres à haute
au chalut et à la drague : dans ce cas il y tension supplémentaires, ce qui pose des
Celle-ci n’a toutefois pas permis de conclure a un cumul des impacts liés aux activités problèmes d’aménagement du territoire,
sur les effets concernant les poissons, au- maritimes et aux opérations d’ensouil- d’environnement et d’acceptabilité.
cune généralité n’a pu être établie. lage. A l’inverse, s’il n’y a pas d’activités
Ces effets pourraient être cer-
tainement réduits en créant en
mer des extensions du réseau de
transport susceptibles d’évacuer
la production des parcs EMR.

Un tel déploiement s’envisage dans le © EDF / TOMA


cadre d’une planification stratégique à
long terme, qui est notamment mise en › 2. OPTIMISER LE CHOIX DES SITES DE
œuvre par RTE dans le schéma décen- RACCORDEMENT POUR RÉDUIRE LES
nal de développement du réseau98, ainsi IMPACTS ENVIRONNEMENTAUX
que dans le TYNDP99, schéma européen
réalisé par l'association des gestionnaires Il faut noter que le choix du tracé est le
de réseau ENTSOE. Les impacts des résultat d’un travail de concertation avec
extensions de réseau sont étudiés dans le toutes les parties prenantes, qui aboutit à
cadre d’une étude économique et sociale. un compromis au regard des contraintes
environnementales et techniques.
Principes opérationnels Pour les raccordements comme pour
les autres ouvrages du réseau public de
Pour la préservation de la biodiversité transport d’électricité100, les choix retenus
marine et côtière, nous recommandons : doivent être ceux de « moindre impact en-
vironnemental  », en fonction de la sensi-
› 1. DÉFINIR UNE STRATÉGIE GÉNÉRALE bilité des habitats présents sur le site, de
DE DÉPLOIEMENT DU RÉSEAU EN MER la nature du sol, du dénivelé, des épaves
INCLUANT LE RACCORDEMENT d’intérêt culturel… La circulaire du 9 sep- • 81 •
tembre 2002 sur le développement des
Le raccordement d’un site de production réseaux publics de transport d’électricité
en mer au réseau terrestre implique un détaille les modalités de concertation et
passage des câbles par un point du lit- de planification visant à assurer l’insertion
toral. L’organisme Réseau de transport du réseau dans son environnement. Le
d’électricité (RTE) est chargé du raccor- code de l'environnement, dans son article
dement des sites éoliens offshore de l’ap- R122-5, demande ensuite que ces choix
pel d’offres lancé en juillet 2011. soient clairement expliqués dans l'étude
d’impact.

Pour éviter de multiplier les câbles et Nous recommandons, de façon


les raccordements, il est nécessaire générale, d’éviter les espaces
de développer une vision straté- naturels du littoral pour effectuer
gique de l’extension en mer du ré- ce raccordement, mais il est bien
seau électrique, prenant en compte sûr indispensable de développer
les besoins d’interconnexion et les une vision stratégique et globale
zones futures de développement de sur l'ensemble du fuseau.
capacités de production en mer.

Il ne faut bien sûr pas seulement s’assu-


Cette approche est susceptible de per- rer de la préservation du site au niveau
mettre un développement progressif, une du point d'atterrage mais sur l’ensemble
optimisation des investissements, et la du tracé depuis le parc EMR. Plus la lon-
réduction globale des impacts environne- gueur du câble est importante, plus les 98 h ttp://www.rte-france.com/fr/mediathe-
que/documents/l-electricite-en-france-
mentaux associés à la pose des câbles. impacts liés aux travaux sont importants, donnees-et-analyses-16-fr/publica-
et le volume des matières premières né- tions-annuelles-ou-saisonnieres-98-fr/
Cette vision devra prendre en compte non cessaires (cuivre,…) s'accroît. Il sera im- schema-decennal-de-developpement-du-re-
seulement les raccordements au réseau portant, projet par projet, de réaliser un seau-170-fr
99 h ttps://www.entsoe.eu/major-projects/ten-
terrestre, mais aussi la nécessité crois- bilan et de choisir le fuseau de moindre year-network-development-plan/tyndp-2014/
sante d’intégration du développement des impact environnemental. 100 h t t p : / / c i r c u l a i r e . l e g i f r a n c e . g o u v. f r /
réseux électriques terrestres et maritime. pdf/2009/03/cir_26580.pdf
d'usagers de la mer (en particulier les
pêcheurs).

Conclusion

La réduction des impacts négatifs et le


développement d’éventuels impacts po-
sitifs suppose d’étudier les impacts envi-
© Sylvain Michel ronnementaux des projets de production
d’énergies marines renouvelables dans
Diverses approches semblent possibles et Il faut rappeler que les sites éoliens, une approche globale et stratégique.
devraient être étudiées elles que : mais surtout hydroliens et houlomoteurs,
› L’utilisation des zones déjà fortement ar- peuvent se trouver en substrat rocheux,
tificialisées, tels que les ports plutôt que de ce fait il n’y a pas d’enfouissement
sur des espaces naturels que l’on essaie mais un ancrage des câbles. Là encore il En conclusion, nous recom-
par ailleurs de préserver (notons que cela est important d’effectuer des recherches mandons :
peut être rendu difficile par un sous-sol complémentaires pour améliorer les un suivi continu pour analyser
déjà encombré, ou un trafic important). connaissances afin de mettre en place dans quelle mesure les premières
› S’il n’existe pas d’espace anthropisé ou des mesures adéquates si nécessaire. stratégies d’atténuation auront
dès que les enjeux le justifient, la mise réussi à éviter ou à réduire les im-
en œuvre de technologies adaptées, par › 4. AVOIR UNE VISION GLOBALE SUR pacts sur l’environnement marin,
exemple le forage dirigé, permet de pas- LES IMPACTS POSITIFS ET NÉGATIFS la poursuite de la recherche
ser l’interface terre-mer en souterrain LIÉS À LA PRÉSENCE DES CÂBLES dans ce domaine,
sur une distance de plusieurs centaines que les études d’impacts
de mètres jusqu’au point de sortie. soient menées en intégrant
Dans la même approche, pour dès que possible les nouvelles
› 3. AMÉLIORER LA CONNAISSANCE garantir que tous les enjeux connaissances.
• 82 • DES EFFETS DU CHAMP ÉLECTROMA- environnementaux sont traités
GNÉTIQUE dans leur globalité, et confor-
mément à la réglementation
La production d’électricité à partir des en vigueur sur les EIE, l’étude
EMR implique le transport de l’énergie d’impact doit comprendre une Pour en savoir plus
jusqu’au réseau terrestre. Les câbles de appréciation des impacts de
raccordement émettent un champ élec- l’ensemble du programme. IUCN, 2010, Greening Blue
tromagnétique dont on connaît mal les Energy
effets. Aucun impact significatif n’a été Kalaydjian R., 2011. Câbles
identifié dans la bibliographie existante. Bien que la sanctuarisation ne soit pas sous-marins. Ifremer Is-
Cependant, il y a peu d’études sur le su- l’effet recherché au sein d’un parc éolien, sy-les-Moulineaux.
jet, ce qui ne permet pas de conclure sur la présence de câbles de raccordement English Nature, 2006, Thanet
ce sujet. Des experts du Royaume Uni ont entre les éoliennes peut conduire, selon Offshore Wind Farm site
réalisé une étude expérimentale en bas- le mode de gestion des parcs, à l’inter- BERR_Câbles, 2008, Review of
sin, or ils n’ont jamais pu conclure sur diction totale ou partielle de certaines cabling techniques and environ-
l’effet sur les poissons, certains individus activités maritimes, notamment pour des mental effects applicable to the
changeaient de comportement mais ils questions de sécurité. Par exemple, l’uti- offshore wind farm industry –
n’ont pas pu en faire de généralités. lisation de certains arts traînants dans les p°108 : « La hausse potentielle
activités de pêche présente des risques de la température est donc
Les études devraient pouvoir bénéficier d’accrochage avec les câbles. Il convien- considérée comme impossible
de l’expérience des câbles de raccorde- dra de mesurer ces pertes induites au à détecter des fluctuations
ment îles-continent existants et des don- regard de l’activité existante. naturelles dans les sédiments
nées de leur suivi, quand elles existent. environnants »
En contrepartie, dans une zone qui ne Connecticut Siting Council
serait plus chalutée par exemple, on peut (CSC), 2001, projet « Cross
Nous recommandons que s’attendre à ce que l’état des écosys- Sound Cable Interconnector »
soient développés des pro- tèmes s’améliore, augmentant ainsi la MEDDE-DGEC, 2012, Étude
grammes de recherche sur ce biomasse disponible pour les pêches ré- méthodologique des impacts
sujet, indispensables à l’éva- alisées aux alentours de la zone interdite, environnementaux et socio-éco-
luation des impacts et à la dé- du fait de l’effet « réserve ». nomiques des énergies marines
finition de mesures efficaces. renouvelables
La définition de ces zones doit se faire en
concertation avec toutes les catégories
FOCUS :

Restauration expérimentale d’herbiers de zostères

Le parc démonstrateur d’hydroliennes


développé par EDF sur le plateau de la
Horaine au large de l’île de Bréhat, sera
connecté au réseau de distribution par un
câble sous-marin de 16 km à un poste de
livraison à terre situé sur la commune de
Ploubazlanec (Côtes d’Armor).

Ce câble, posé en juin 2012, traverse


des herbiers de zostères naine et ma-
rine à l’atterrage dans l’anse de Launay.
S’agissant de milieux de grand intérêt
écologique, EDF a mandaté In Vivo En-
vironnement pour mettre en oeuvre une Juin 2012
mesure expérimentale de reconstitution
de ces herbiers, après l’ensouillage du
câble, afin de valider les techniques de
transplantation et d’appréhender les
mécanismes de recolonisation de ces
plantes. L’expérimentation a consisté à
tester le bouturage (sans sédiment) et
le prélèvement et la réimplantation de
mottes (avec sédiments) et de comparer • 83 •
les résultats avec la recolonisation natu-
relle.

Le suivi de la zone du câble et de la dy-


namique de la restauration des herbiers
dans les zones transplantées a permis Août 2012
de quantifier précisément l’impact de
l’ensouillage du câble sur les herbiers
et de valider la méthode de transplanta-
tion par mottes pour les deux espèces.
La survie des plants transplantés et leur
développement varient selon les niveaux
bathymétriques mais sont globalement
satisfaisants. Les meilleurs résultats ont
été observés pour l’herbier de bas d’es-
tran de Z noltii, et pour l’herbier le plus
profond de Z. marina, dont les dévelop-
pements étaient comparables à ceux des
herbiers naturels témoins.

Les premiers signes de recolonisation Août 2013 Transplants de zostères naines © Julien Dubreuil / IN VIVO
naturelle ont été observés 10 mois après
la fin des travaux pour les deux espèces
dans les secteurs où la fouille du câble
s’était totalement reconsolidée. Contact :
Agnès Barillier, EDF
Ces résultats ont été présentés au col- et Julien DUBREUIL, IN VIVO
loque de la SHF « Energies marines re-
nouvelables », à Brest, en octobre 2013. Mail : agnes.barillier@edf.fr et
julien.dubreuil@invivo-environ-
nement.com
DEMANTELEMENT :
QUELQUES PISTES DE REFLEXIONS

• 84 •

Le parc éolien de Out Newton en 2006 (Royaume Uni) © Havvindparken Sheringham Shoal / Harald Pettersen / Statoil

Exposé des motifs néral de la propriété des personnes pu- la remise en état du site dès la fin de l’ex-
bliques, CGPPP, et décret n°2004-308), ploitation et lui impose de constituer les
Étant donné que le cycle de vie d’un parc ainsi qu’au versement d’une redevance garanties financières nécessaires.
EMR offshore moyen est estimé à 25 ans, domaniale ;
peu de données existent sur la question › à une étude d’impact et une enquête pu- Principes généraux
du démantèlement. Cependant, les expé- blique (décret ci-dessus et art. 553-2 du
riences connues dans les secteurs pétro- code de l’environnement dans le cas de IMPACTS SUR LE MILIEU MARIN
lier et gazier peuvent être adaptées aux câble d’éolienne offshore).
parcs d’éoliennes. De la même manière > Eolien posé et flottant
que les plateformes pétrolières, les tur- L’obligation de dépose des câbles en fin
bines éoliennes pourraient être déman- de concession ou d’exploitation découle Dégradation des fonds
telées et recyclées, ou traitées dans des des articles L2122-1, L2132-2 et L2132- Actuellement, les parcs existants n’ont
décharges agréées, ou encore recondi- 3 du CGPPP (protection de l’utilisation et pas atteint leur durée d’exploitation d’en-
tionnées et réutilisées. Les turbines pour- intégrité du DPM), du décret précité 2004- viron 25 ans, de ce fait aucune opéra-
raient aussi être partiellement enlevées 308, art.2, qui impose au demandeur de tion de démantèlement n’a été menée.
ou basculées sur place. concession de préciser « le cas échéant, Cependant, on peut s’attendre à ce que
la nature des opérations nécessaires à la la désinstallation des éoliennes entraîne
Concernant la dépose des câbles , la réversibilité des modifications apportées des impacts négatifs sur les fonds sur
convention Ospar a interdit depuis 1998 au milieu naturel et au site, ainsi qu’à la lesquels elles sont fixées ainsi que les
l’abandon total ou partiel des installations remise en état, la restauration ou la réha- nouveaux habitats créés suite à la phase
offshore désaffectées, sauf dérogation. bilitation des lieux en fin de titre ou en fin de construction.
L’ICPC a défini les bonnes pratiques de d’utilisation » ; de l’art. 8 du même dé-
gestion des câbles désaffectés. cret qui impose « d’assurer la réversibilité Remise en suspension des matériaux
effective des modifications apportées au Le démantèlement des installations indui-
En France, la pose de câbles sur le do- milieu naturel » ; en cas de câble d’éo- ra inévitablement une remise en suspen-
maine public maritime est soumise : lienne offshore, de l’art. 553-3 du code sion des matériaux, qui, comme lors de
› à l’obtention d’une concession d’utilisa- de l’environnement, qui rend l’exploitant la phase de construction touchera notam-
tion du DPM (art. L2124-3 du code gé- responsable de leur démantèlement et de ment le plancton, les organismes filtreurs
et les poissons, cependant, les poissons n’est pas à un stade assez avancé pour
pélagiques sont à priori capable d’éviter développer ce point. Cependant, comme
une zone présentant une trop forte turbi- toute opération de démantèlement en
dité. Si le substrat a été pollué durant la mer on peut s’attendre à des dommages
phase de construction ou d’exploitation, sur le fond lors de la désinstallation des
cette remise en suspension rend les pol- ancrages et des câbles de raccordement.
luants présents disponibles pour les or- Selon qu’il s’agisse d’une installation
ganismes. côtière ou en mer, la désinstallation des
conduits servant au pompage de l’eau
Bruits peut détruire localement le benthos. La
La phase de démantèlement va impliquer disparition de l’upwelling artificiel créé
la présence de navires, sources d’émis- par l’ETM pourrait également avoir des
sions sonores et de dérangements pour impacts.
les organismes. Suivant les techniques
mises en œuvre durant cette phase, le > L’énergie houlomotrice
type de fondations choisies au départ, les
choix faits en termes de remise en état du Là encore, selon le type de structure que
site, on peut aussi s’attendre à ce qu’il y l’on considère les moyens mis en œuvre
ait d’autres sources de pollution sonore. lors du démantèlement seront différents.
Par exemple, si on choisit de tout enlever, On ne peut pas aujourd’hui déterminer
les fondations gravitaires vont poser pro- quels seront les impacts engendrés lors
blème : une solution consisterait à utiliser de cette phase.
des explosifs, mais les impacts pourraient
être très importants. > L’énergie marémotrice

> Les hydroliennes Il est difficile de décrire les impacts de


cette phase. Lors du démantèlement
Note : On ne traite ici que des hydro- d’une usine marémotrice on peut s’at- • 85 •
liennes utilisant les courant de marée ; et tendre à diverses nuisances telles que le
non les courants thermohalins au large. bruit, la remise en suspension des maté-
riaux et la dégradation des fonds.
Ces technologies sont encore peu ma-
tures et il n’y a encore aucun retour d’ex- Principes opérationnels
périence concernant le démantèlement
d’hydroliennes. On peut s’attendre à Pour la préservation de la biodiversité
des émissions sonores, à la dégradation marine et côtière, nous recommandons
locale des fonds ainsi qu’à la remise en de développer une réflexion nationale sur
suspension de matériaux. le démantèlement

> L’énergie thermique des mers OPTION 1 : ENLÈVEMENT COMPLET

Il est difficile de se prononcer sur les im- Si un parc éolien est totalement enlevé,
pacts du démantèlement ; la technologie il en va de même pour tous les effets

© Dubois
perturbateurs qui y sont liés. Cependant, OPTION 2 : LAISSER LES STRUCTURES Il faut aborder au moment voulu la ques-
certains problèmes de remise en sus- EN PLACE, NOTAMMENT EN LES BAS- tion de l’optimisation du plan de déman-
pension des sédiments peuvent survenir, CULANT tèlement.
spécialement si les câbles avaient été
enterrés, ce qui a pour conséquence de Une autre option consiste à laisser les
perturber tout habitat sensible. De plus, structures immergées sur place. Les tur- Nous recommandons cepen-
il y a un risque de déranger des habitats bines posées sur le fond n’émettraient au- dant :
qui ont éventuellement été créés et qui se cun bruit et n’auraient plus aucune partie
sont développés avec les années, consti- mobile. Si elles ne sont pas enlevées, les que lors de l’étude d’impact,
tuant dans de nombreux cas des îles de installations deviendraient en fait perma- tous les scénarios soient pré-éva-
substrats durs comparativement peu dé- nentes parce que le taux de dégradation lués
rangés dans des régions dominées par de l’acier à haute teneur en carbone est
ailleurs par des fonds meubles. De plus, si extrêmement lent. Tout habitat qui aurait que le plan de démantèlement
un parc éolien a réellement protégé toute été créé, et toute perturbation de l’habitat soit développé progressivement,
une zone des effets destructeurs d’autres engendrée par la présence physique des dans une logique de gestion
activités impactantes, cette protection installations, seraient alors maintenus. évolutive, mais qu’il soit impéra-
est susceptible de disparaître en même tivement défini plusieurs année
temps que ses structures. OPTION 3 : MODERNISATION CONTINUE avant le démantèlement, afin de
permettre à tous les acteurs de
Les nouvelles technologies pourront peut- Contrairement au pétrole et au gaz, les se préparer, et à l’administration
être offrir de meilleures alternatives, mais ressources éoliennes sont renouvelables, d’avoir encore des capacités de
l’expérience actuelle du démantèlement et ne sont pas épuisées en fin de conces- pression au moment de la déci-
des plateformes pétrolières favorise les sion : il est donc possible de décider alors sion.
explosifs et le découpage. Les explosifs que le parc éolien peut rester en activité,
tuent la plupart des animaux vivant dans avec une maintenance continue et des
la zone la plus proche de chaque turbine, améliorations si nécessaire. Dans ce cas, Conclusion
et les poissons ayant une vessie natatoire les impacts aussi bien positifs que néga-
• 86 • sont les plus touchés. Vu le grand nombre tifs du fonctionnement des installations Il semble opportun de créer un groupe de
de turbines et la surface qu’elles couvrent, sur l’environnement marin seront main- travail national dédié au démantèlement
les impacts pourraient être conséquents tenus. ayant pour objectifs :
si cette technique était utilisée. › la réalisation des états initiaux environ-
En conclusion, les décisions quant au sort nementaux pré-démantèlement,
Même si, au départ, on suppose que la des installations devront inévitablement › le suivi des plans de démantèlement en
totalité des turbines sera enlevée, le dé- se prendre au cas par cas. fonction des nouvelles techniques dis-
mantèlement des parties des turbines éo- ponibles dans 20 ou 30 ans,
liennes qui se trouvent sous la surface du En définitive, nous avons actuellement › l’analyse du nouvel équilibre écologique
fond sous-marin pourrait, dans bien des peu d’éléments. atteint au sein du parc éolien, en parti-
cas, être remis en question. culier à la base des structures immer-
gées.

Pour en savoir plus

IUCN, 2010, Greening Blue


Energy
Kalaydjian R., 2011, Câbles
sous-marins, Ifremer Issy-les-
Moulineaux

© ALR / Jean Celestrino


• 87 •
Conception et création : Caroline Rampon - caroline.rampon.infographiste@gmail.com © Martin

Vous aimerez peut-être aussi