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Recherches et Applications en Finance Islamique

‫بحوث و تطبيقات في المالية االسالمية‬


Researches and Applications in Islamic Finance

ISSN : 9052 - 0224


Volume 4, Numéro 2, juillet 2020

Contrat Ijara : cadre juridique et comptable marocain et


rapprochement avec le crédit-bail.

Laita Ibtihal FARES Pr. Mohamed HABACHI


FSJES de Fès. FSJES-Agdal, Université de Mohamed 5,
Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, Rabat, Maroc
Fès, Maroc
habachimed1@live.fr
fares.laita@gmail.com

Résumé
Le contrat de location des biens représente un alternatif du prêt bancaire classique du fait qu’il
s’agit d’une mise à la disposition du client d’un bien au lieu des fonds à charge pour lui de
rembourser les redevances de loyer. Le droit musulman classique propose le contrat Ijara qui
représente une cession des usufruits. La jurisprudence islamique contemporaine a développé le
contrat Ijara Montahia Bi-Tamlik comme alternatif du crédit-bail, de ce fait, quels sont les points
de divergence entre les deux formes de financement? .Cet article, traite les contrats Ijara et Ijara
Montahia Bi-Tamlik selon le droit commercial musulman, leur qualification juridique selon le
droit marocain, les orientations du conseil supérieur du Oulémas, le cadre comptable marocain des
opérations d’Ijara et le rapprochement d’Ijara Montahia Bi-Tamlik et le crédit-bail à la lumière
des avis du CSO.
Mots Clés : Ijara Montahia Bi-Tamlik ; Droit commercial musulman, Crédit-bail, Comptabilité.

Abstract
The lease of goods represents an alternative to conventional bank loan, since it involves the
handing over of a good instead of funds to the client, who is responsible for paying the rent.
Classical Muslim law proposes the Ijara contract, which represents an assignment of usufruct.
Contemporary Islamic jurisprudence has developed the Ijara Montahia Bi-Tamlik contract as an
alternative to leasing, so what are the points of divergence between the two financing formulas?.
This paper treats the Ijara and Ijara Montahia Bi-Tamlik contracts according to the Muslim
commercial law, their legal status according to the Moroccan law, the orientations of the higher
council of ulema, the Moroccan accounting framework of Ijara and the comparison of Ijara
Montahia Bi-Tamlik and leasing in the light of advice from the CSO.
Keyword: Ijara Montahia Bi-Tamlik; Islamic Commercial Law, Leasing, Accounting.

Article reçu le : 04 juin 2020, accepté le : 13 juillet 2020

Citation : Fares L.I. et M. Habachi (2020), Contrat Ijara : cadre juridique et comptable marocain et
rapprochement avec le crédit-bail, Recherches et Applications en Finance Islamique, Volume 4, Numéro 2,
pages : 230-251.

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Introduction
Dans le cadre de la diversification de l’offre bancaire, les banques conventionnelles
commercialisent des produits de financement basés sur le mécanisme de la location. En effet,
trois formes sont disponibles qui sont : la location simple, la location avec option d’achat pour
les particuliers et le crédit-bail pour les professionnels.
Pour les entreprises, le financement bancaire basé sur la location permet au client
d’avoir un bien d’exploitation moyennant le paiement des redevances locatives
comptabilisées dans le compte des produits et charges sans aucun impact sur le bilan de
l’entreprise. Ce schéma donne la propriété économique du bien à l’entreprise et la propriété
juridique à la banque. Toutefois, la mise en place des normes IFRS a corrigé cette distinction
du fait que le poste d’immobilisation doit être retraité pour intégrer les biens exploités par des
contrats de location indépendamment de leur statut juridique.
La promulgation de la loi 103-12 a permis aux banques participatives de
commercialiser les produits participatifs qui sont Mourabaha, Moudaraba, Moucharaka,
Salam, Istiṣna’a et Ijara. L’article 58 de ladite loi dispose qu’ « Une opération Ijara est tout
contrat par lequel une banque participative met, à titre locatif, un bien meuble ou immeuble
déterminé et propriété de cette banque, à la disposition d’un client pour un usage autorisé par
la loi. L’opération Ijara prend l’une des deux formes suivantes :
(1) Ijara Montahia Bi-Tamlik, lorsqu’au terme de la location, la propriété du bien, meuble
ou immeuble, loué est transférée au client en vertu d’un contrat distinct de celui de
Ijara ;
(2) Ijara Tachghilia, lorsqu’il s’agit d’une location simple ».
Le contrat Ijara et son rapprochement avec les contrats conventionnels de location ont
fait l’objet de différentes études telles que Mateeha(2006), Ameer and Ansari(2014) et
Kamran et al.(2017). Le traitement comptable de l’opération Ijara a été étudié aussi par
plusieurs chercheurs tels que Ros Aniza et Abdul Rahman (2005) et Hanif (2016) qui ont
examiné la norme IAS 17 et la norme islamique FAS 8.
Ce papier traite le contrat Ijara selon le droit commercial musulman et le droit
Marocain ainsi que le traitement comptable réservé à l’opération Ijara que ce soit Ijara
Tachghilia ou Ijara Montahia Bi-Tamlik ; ensuite, il se penche sur le rapprochement de Ijara
Montahia Bi-Tamlik et le crédit-bail sur le plan Shari‘atique, juridique et comptable. Cette
recherche se distingue des autres études du fait qu’elle traite les spécificités de cette opération
selon la réglementation marocaine et prend en considération les orientations du conseil
supérieur des oulémas concernant la définition du contrat Ijara et la définition du prix d’Ijara
Montahia Bi-Tamlik.
La problématique consiste à répondre aux interrogations suivantes :
(1) Quel est le statut Shari‘atique du contrat Ijara que ce soit Tachghilia ou Montahia Bi-
Tamlik ?;
(2) Quelle est la qualification juridique des deux contrats Ijara selon le droit positif
marocain ?

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(3) Quel est le traitement comptable réservé à l’opération Ijara par le plan comptable des
établissements de crédits ?
(4) Quels sont les points de convergence et de divergence entre le contrat Ijara Montahia
Bi-Tamlik et le crédit-bail ?
Pour répondre à cette problématique nous allons scinder ce papier en cinq sections, la
première section traitera le fondement juridique d’Ijara selon le droit musulman classique, la
deuxième section sera réservée aux apports de la jurisprudence musulmane contemporaine
concernant Ijara Tachghilia et Ijara Montahia Bi-Tamlik, la troisième section sera consacrée
à la qualification juridique du contrat Ijara selon le droit Marocain ; ensuite, la quatrième
section traitera les applications d’Ijara dans le financement bancaire, la cinquième section
sera dédiée au traitement comptable d’Ijara et la dernière section sera réservée au
rapprochement de Ijara Montahia Bi-Tamlik et le crédit-Bail.

1. Le contrat Ijara selon le droit commercial musulman classique.


1.1. Définition :
Selon le droit commercial musulman classique, Ijara est un contrat qui régit une
transaction simple entre le bailleur et le locataire concernant l’échange d’usufruit. Au sens
littéral, ce contrat est une cession des usufruits du fait qu’il permet la jouissance des usufruits
d’une chose ou des services d’une personne en contrepartie d’un prix déterminé. Alors que
sur le plan Shar‘itique, la définition varie selon les écoles de pensées. En effet, pour l’école
ḥanafite, le contrat Ijara est un « contrat sur des usufruits moyennant une contrepartie » (Ibn
Al-Hamâm, 2003). Pour les Malikites c’est «la propriété des usufruits d’une chose déterminée
permissible selon la Sharīʿah pour une durée déterminée moyennant une contrepartie » (Al-
Dassūqī, sans date). Pour les Shafi‘ites, il s’agit d’ « un contrat sur des usufruits déterminés et
permissibles qui peuvent être donnés et autorisés pour l’utilisation moyennant une
contrepartie déterminée » (Al-Sharbīnī, 2000) alors que pour l’école ḥanbalite, Ijara est un
contrat sur des usufruits permissibles et déterminés, utilisés progressivement pour une durée
déterminée, d’un bien déterminé ou décrit dans le patrimoine ou d’un travail déterminé
moyennant une contrepartie déterminée » (Al-Buhūtī, 2003).
1.2. Les éléments de base et les conditions de formation du contrat Ijara.
Les éléments de base du contrat Ijara chez les quatre écoles sont : la formulation, les
contractants, l’usufruit et la contrepartie. Toutefois, le contrat Ijara est soumis à quatre
conditions. Selon (Al-Zuḥailī, 1985), ces conditions sont:
(1) Conditions de formation du contrat (Shurūṭ Al-in‘iqâd ‫ )شروط االنعقاد‬: qui concernent les
contractants notamment la capacité, le lieu et l’objet du contrat. Ce dernier doit être
déterminé ou décrit dans le patrimoine ( mawṣūf fi Ḏimah ‫; )موصوف في الذمة‬
(2) Conditions de mise en œuvre (Shurūṭ Al-Nafâḏ ‫ )شروط النفاذ‬: qui concerne la propriété
ou la tutelle sur la chose objet du contrat Ijara.
(3) Conditions de validité (Shurūṭ Al- ṣiḥah ‫ )شروط الصحة‬qui peuvent être résumées à :
 La volonté contractuelle et la satisfaction des contractants ;

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 L’objet du contrat doit être déterminé de façon à éviter tout litige notamment en ce
qui concerne la détermination du lieu du bien, la durée de la location, etc ;
 L’objet du contrat doit être livrable, peut être possédé et permissible selon la
Sharīʿah ;
 La contrepartie doit être une valeur monétaire déterminée.
(4) Conditions d’obligation (Shurūṭ Al- luzūm ‫ )شروط اللزوم‬:
Le contrat Ijara ne peut obliger les parties que si les éléments suivants sont satisfaits :
 La chose ne doit pas être endommagée de telle sorte que le locataire ne peut
bénéficier de ses usufruits.
 L’absence des motifs de résiliation.

1.3. Le statut légal d’Ijara.


Le contrat Ijara est permissible selon la majorité des érudits musulmans à l’exception
de certains rares avis des premiers érudits tels que Abâ Bakr al-Aṣam, Al-ḥassan Al-Baṣrī, Al-
Qâshânī et Ibn kīssân et autres (Al-Zuḥailī, 1985). L’interdiction par ce courant est justifiée
par le fait que le contrat Ijara est un contrat de cession des usufruits qui ne peuvent pas être
possédés lors de la conclusion du contrat mais sont acquittés progressivement dans le temps
alors que la Sharīʿah interdit la cession de ce qui ne peut être possédé et interdit les contrats
futurs afin d’éviter toutes les formes possibles de Gharar, de Ghubn et de Maysir.
Pour les partisans de la permissibilité, la justification est donnée par des textes du
Qur’an et de la Sunnah. En effet, pour le Qur’an, les érudits évoquent le verset 6 de la sūrah
Al-ṭalâq (la divorce) qui dispose «Puis, si elles allaitent [l'enfant né] de vous, donnez-leur
leurs salaires » ainsi que le verset 62 de sūrah al-Qaṣaṣ (le récit) qui dispose « L'une d'elles dit
: “ô mon père, engage-le [à ton service] moyennant salaire, car le meilleur à engager c'est
celui qui est fort et digne de confiance”. »
Pour la Sunnah, la justification est donnée par (Aḥmad Ibn ḥanbal, 2007) qui déclare
que Sa‘d Bin Abī Waqqâṣ a raconté " que certaines personnes qui possédaient des terres
agricoles à l'époque du messager du Dieu (PSL), avaient l'habitude de louer leurs terres
agricoles en échange de ce qui poussait au bord des ruisseaux et de ce qui poussait au moyen
de l'eau autour des puits. Ils sont venus voir le messager du Dieu (PSL) et se sont disputés à
propos de certaines de ces questions, alors le messager d'Allah (PSL) leur a interdit de louer le
terrain de cette façon et il a dit :" de le louer pour de l'or ou de l'argent".
En matière d’obligation des contractants dans le cadre d’Ijara, le contrat est une
obligation pour les parties qui ne peut être résiliée de façon unilatérale sauf en cas de défaut
de l’une des parties ou pour un motif de résiliation convenu dans le contrat.

2. Le contrat Ijara selon la jurisprudence musulmane contemporaine.


La multitude des formes d’utilisation du contrat de location pour répondre aux besoins
de la clientèle et des marchés a donné lieu à l’émergence d’une jurisprudence islamique
moderne qui a traité les innovations juridiques possibles pour le contrat Ijara classique, et ce,

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en étudiant les montages juridiques qui permettent de doter les banques islamiques des
contrats conformes à la Sharīʿah qui peuvent se substituer aux contrats conventionnels.
Dans ce cadre, nous allons présenter dans ce paragraphe les apports de la jurisprudence
musulmane en matière d’Ijara avec promesse de location (Ijara pour le donneur d’ordre) et
Ijara Montahia Bi-Tamlik.
2.1. Ijara avec promesse de location
A l’instar du contrat Mourabaha1, le contrat Ijara selon l’article 24 de la circulaire
1/W/17 validé par le conseil supérieur des oulémas, peut être combiné à une promesse de
location. Dans ce cas, le contrat est défini comme « un accord entre la banque et le client,
pour que la banque procède à l’achat d’une chose (bien ou autres), le client s’engage à prendre
en location la chose auprès de la banque à une date ultérieur avec un engagement de la banque
de lui donner la chose achetée en bail , moyennant le paiement des redevances déterminées de
loyer pendant la durée convenue pour la location.».
La combinaison des contrats classiques et la promesse est utilisée couramment dans les
montages juridique islamique contemporain. De ce fait, L’AAOFI a réservé la norme 49 pour
traiter la promesse. Cette norme définit deux types de promesses qui sont la promesse
unilatérale et la promesse avec un engagement réciproque.
Pour le contrat Ijara, deux combinaisons peuvent être envisagées :
(1)La combinaison du contrat Ijara et la promesse avec engagement réciproque.
Ce montage juridique est composé d’un contrat d’Ijara précédé d’une promesse qui engage
les deux parties à conclure le contrat définitif lorsque les conditions de formation sont
satisfaites. En effet, le client contacte la banque pour demander la location d’un bien meuble
ou immeuble, dont les caractéristiques sont bien définies, et les deux contractants (banque et
client) se mettent d’accord sur les conditions générales de la location du bien.
L’engagement est bilatéral du fait que la banque s’engage à acheter et à donner en location
par la suite la chose au client qui s’engage à son tour à prendre en location la chose auprès de
la banque selon les conditions définies dans la promesse.
(2)La combinaison du contrat Ijara et la promesse unilatérale.
Dans ce cas, la promesse entre la banque et le client ne génère pas un accord engageant les
deux parties simultanément. Ce type de promesse précise les caractéristiques du bien, les
modalités et le délai de sa mise à la disposition du client.
Sur le plan Shari‘atique, le contrat Ijara combiné à une promesse unilatérale ou bilatérale non
contraignante pour les deux parties en même temps, a été validée par la majorité des érudits
musulmans et par les instances internationales de la conformité à la Sharīʿah telles que
l’académie internationale du fiqh Islamique (‫ )المجمع الفقهي اإلسالمي الدولي‬et la norme n° 9
relative à Ijara des standards Shar‘itiques de l’AAOIFI.

1
Au Maroc, le contrat Mourabaha est associé à une promesse unilatérale d’achat de la part du client. En effet, le
modèle validé par le CSO dans son avis N°7 du 20 juillet 2017 prévoit que la promesse doit préciser : 1-
l’engagement du client d’acheter le bien auprès de la banque.2-La définition du bien et ces caractéristiques.3-Les
modalités de sa mise à la disposition du client et la date de livraison du bien et 4-Hamish Al-Jiddia et les
modalités de son utilisation.

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2.2. Ijara Montahia Bi-Tamlik


Le contrat Ijara Montahia Bi-Tamlik est défini par Al-‘Amrânī (2010) comme « un accord
entre les parties pour la location d’une chose pendant une durée déterminée en contrepartie du
paiement des redevances déterminées pendant la durée de location à condition que la location
se termine par la cession de la chose au locataire »
En effet, il s’agit d’une location suivie d’une cession de la chose objet de la location. Le statut
Shari‘atique de ce contrat varie en fonction du montage juridique adopté :
2.2.1. Ijara Montahia Bi-Tamlik moyennant le paiement des redevances de loyer
uniquement :
Le contrat Ijara Montahia Bi-Tamlik moyennant le paiement des redevances de loyer
uniquement a fait l’objet de plusieurs études de qualification juridique et de conformité à la
Sharīʿah telles que celles menées par Al-Khamīs (2018) et Al-Shâdilī (1988). Toutefois, la
jurisprudence islamique de la majorité des érudits considère que cette forme est un contrat de
vente conditionné par le paiement de toutes les redevances qui prend la forme d’une location
(Al-‘Amrânī, 2010). Cela signifie qu’il s’agit d’un contrat de vente qui prend la forme d’un
contrat de location. De ce fait, il peut osciller entre la location et la vente en fonction des
paiements effectués. En effet, en cas de non-paiement, il oscille vers la location et en cas de
paiement, il devient une vente.
Cette forme de contrat est interdite par la Sharīʿah selon l’académie internationale du
fiqh islamique en vertu de la décision 110(12/4) relative Ijara Montahia Bi-Tamlik2. Cette
décision limite les formes licites comme suit :
(1) Contrat de location qui permet au locataire de bénéficier des usufruits de la chose
louée, en contrepartie d’une redevance de loyer déterminée et payée sur une période
fixée, associé à un contrat de donation en faveur du locataire, conditionné par le
paiement total des échéances de la location en utilisant deux contrats indépendants
pour la location et la donation ou associé à une promesse de donation après paiement
total des échéances de la location.
(2) Contrat de location avec option qui donne au locataire à la fin de la période de la
location et paiement total des échéances, la possibilité d’acheter la chose louée avec le
prix de marché déterminé à la date de cession.
(3) Contrat de location qui permet au locataire de bénéficier des usufruits de la chose
louée, en contrepartie d’un loyer déterminé payé sur une période fixée, associé à une
promesse de vente de la chose louée au locataire après paiement total des échéances de
la location, avec un prix convenu entre les parties.
(4) Contrat de location qui permet au locataire de bénéficier des usufruits de la chose
louée, en contrepartie d’un loyer déterminé payé sur une période fixée, avec une
option, en faveur du locataire qui lui permet d’acheter la chose louée le temps voulu à
condition que la vente s’effectue à l’instant choisi avec un nouveau contrat selon le

2
La Décision N° 110(4/12) définit six conditions de conformité à la Shari‘ah du contrat Ijara Montahia Bi-
Tamlik.

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prix du marché où selon un prix convenu par les deux parties à la date de conclusion
du contrat.
Cette décision définit aussi les dispositions et les conditions à satisfaire pour se
conformer à la Sharīʿah telles que la séparation3 du contrat de location et du contrat de vente
ce qui rend chaque contrat indépendant de l’autre dans le temps du fait que le contrat de vente
doit être conclu après le contrat de location et à la fin de ce dernier, et la promesse de vente ou
l’option s’exerce à la fin du contrat de location.
En conséquence, l’unicité du contrat pour la location et la vente ou la promesse de
vente comme pratiquée dans la banque conventionnelle rend la forme contractuelle
conventionnelle illicite et le contrat de crédit-bail dont l’objet est la cession du bien
moyennant le paiement des redevances de loyer uniquement invalide.
2.2.2. Ijara Montahia Bi-Tamlik par le paiement d’un prix symbolique pour la vente :
Cette forme a la même qualification que la forme précédente du fait que le prix payé
pour la cession ne représente pas la valeur de la chose mais représente un complément du prix
dont une partie a été payée se forme de redevances. De ce fait, l’objet du contrat est une vente
en bonne et due forme qui a pris la forme d’une location. Cette forme ressemble à celle traitée
dans le paragraphe 1.2.1 et souffre des mêmes vices de non-conformité (Al-Shâdilī, 1988).
2.2.3. Ijara Montahia Bi-Tamlik par le paiement de la valeur réelle de la chose:
Ce montage est une combinaison de deux contrats. Le premier est une location en
bonne et due forme alors que le deuxième est une vente conditionnée par le paiement de la
totalité des redevances convenues dans le contrat de location. Ce montage est interdit selon la
Sharīʿah pour les deux motifs suivants :
(1) Le prix de cession est incertain ce qui peut donner lieu à un alea significatif pour les
parties (Gharar) notamment si le contrat prévoit la cession du bien avec le prix du
marché.
(2) Le contrat de location et le contrat de vente sont combinés dans un seul contrat sur
le même bien en même temps.
Toutefois, si les contractants concluent un contrat de location pour la durée de location
avec une option pour le locataire ou pour les deux parties de conclure le contrat de vente avec
le prix de marché, la relation entre les parties est régie par un contrat de location suivie d’un
contrat de vente ce qui élimine les vices de non-conformité et rend l’opération permissible
selon la Sharīʿah
2.2.4. Ijara Montahia Bi-Tamlik avec promesse de vente :
Dans ce cas, deux situations se présentent qui dépendent de la nature de la promesse.
En effet, si la promesse est contraignante pour les parties, la promesse a les mêmes effets
juridiques d’un contrat et la situation ressemble aux cas précédents. Alors que si la promesse
est non contraignante pour les parties, le contrat est un contrat de location réelle qui peut se
terminer par une vente à la fin de la location moyennant un contrat indépendant de cession. La
séparation des contrat dans ce dernier cas rend cette forme licite selon la shari‘ah

3
L’illicite est justifiée par la déclaration du prophète de l’interdiction de cumuler deux ventes en une vente et
deux transactions en une transaction

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2.2.5. Ijara Montahia Bi-Tamlik avec option d’achat :


Dans ce cas, deux situations se présentent :
(1) L’option est en faveur des deux parties. Cette situation ressemble à la location avec
promesse non contraignante pour les parties, présentée en haut.
(2) L’option est en faveur du locataire uniquement, ce contrat devient une location
conditionnée par la vente à la fin du contrat. Cette forme est composée d’un contrat
de location suivie d’un contrat de vente si le locataire exerce son option. La
séparation du contrat de cession et du contrat de vente et l’attribution de l’option au
locataire rend cette forme permissible par la Sharīʿah, et ce, conformément à la
décision 110(12/4) précédente.
2.2.6. Ijara Montahia Bi-Tamlik selon l’avis du conseil supérieur des oulémas :
Les caractéristiques du contrat Ijara Montahia Bi-Tamlik sont définies par la circulaire
1/w/17 de Bank Al-Maghrib et validées par le conseil supérieur des oulémas. En effet, ladite
circulaire adopte la même définition de l’article 58 de la loi 103-12 et fixe les différentes
caractéristiques du contrat Ijara notamment ceux relatives au prix de location, au
engagement du locataire, au engagement de la banque, à la résiliation du contrat, à la
promesse de location et à Hamish al-Jiddia.
Pour la location des biens destinés à l’habitat, le CSO a procédé à la validation du
modèle de contrat Ijara par son avis N° 53 du 07 mars 2020. Ce dernier décompose le prix
d’Ijara Montahia Bi- Tamlik en deux parties :
(1) La première représente le prix d’acquisition du bien par le locataire réparti en
échéance selon un tableau d’amortissement associé au contrat.
(2) La deuxième représente la redevance d’Ijara payée par le locataire en contrepartie de
l’exploitation du bien pour une durée convenue entre les parties.
Cette répartition donne au preneur (locataire) deux statuts :
(1) Le premier est celui d’un acquéreur qui verse d’avance le prix d’acquisition. De ce
fait, il devient associé dans le bien à hauteur de ses versements et devient
propriétaire après le paiement de la dernière tranche.
(2) Le deuxième est le statut de locataire. De ce fait, il exploite le bien en tant que
propriétaire pour sa part et locataire pour la part de la banque.
Ce choix du conseil supérieur des oulémas rend le contrat Ijara Montahia Bi-Tamlik
proche en même temps du contrat Moucharaka Moutanaqissa entre la banque et le client et
la location du bien au client et du contrat Mourabaha. De ce fait, nous allons rapprocher la
forme adoptée par CSO avec ces deux contrats :
Tableau N°1 : Rapprochement Mourabaha, Ijara Montahia Bi-Tamlik et Moucharaka
Motanaqissa
Bien acquis par Moucharaka
Ijara Montahia Bi-Tamlik Motanaqissa entre banque et Mourabaha
client loué ensuite au client
Qualité duAcquéreur potentiel et Associé et locataire acquéreur
preneur locataire
Support juridique Promesse de vente et Contrat de Moucharaka Contrat de vente

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contrat de location Motanaqissa et contrat de


location
Prix Prix d’acquisition Contrats successifs de vente Prix d’acquisition
augmenté des redevances des parts et paiement de loyer augmenté de la
de loyer marge
Remboursement Part restante du prix Prix des parts restantes Encours non encore
anticipé d’acquisition uniquement uniquement payé du prix
d’acquisition et de la
marge
Source : auteurs
Nous constatons que la formule adoptée par le conseil supérieur des oulémas permet de
finance les mêmes biens financés par Mourabaha et d’éliminer les inconvénients du contrat
de Mourabaha notamment en cas de remboursement anticipé.
3. La qualification juridique du contrat Ijara selon le droit Marocain.
Le contrat Ijara prend deux formes qui sont : le contrat Ijara Tachghilia (la location
simple) et le contrat Ijara Montahia Bi-Tamlik (contrat de crédit-Ijara). Ce dernier peut être
qualifié soit de contrat de crédit-bail ou de contrat de location avec promesse de vente sous
réserve d’observer les dispositions de la Sharīʿah relatives à Ijara.
3.1. La qualification juridique du contrat Ijara Tachghilia.
Pour la location simple entre la banque et son client, la banque agit en qualité de
locateur et le client en qualité de locataire. Le contrat Ijara, dans ce cas, est régi par les
dispositions du troisième titre du D.O.C relatif au louage. Ce dernier défini la location en
vertu de l’article 627 qui dispose que « le louage des choses est un contrat par lequel l'une
des parties cède à l'autre la jouissance d'une chose mobilière ou immobilière, pendant un
certain temps, moyennant un prix déterminé que l'autre partie s'oblige à lui payer ».
Cette définition considère la location comme un contrat de vente du droit de jouissance
d’une chose mobilière ou immobilière. En effet, il s’agit d’un contrat à titre onéreux (‘aqd
Mu‘âwaḍah ‫ )عقد معاوضة‬liant le bailleur et le locataire.
Par ailleurs, le contrat de louage ne doit pas avoir comme objet des choses déclarées
impures par la loi religieuse et le prix doit être déterminé, et ce, en vertu de l’article 632 qui
dispose que les articles 484, 4854 et 487 s’appliquent au louage des choses. Ces dispositions
sont en harmonie avec les dispositions de la Sharīʿah et s’appliquent sur le contrat Ijara.
Les dispositions relatives aux obligations du locateur en matière de délivrance,
d’entretien et de garantie, définies par les articles de 635 à 662 et les dispositions relatives
aux obligations du locataire (preneur), en matière de paiement du prix et de protection du
bien loué, définies par les articles de 663 à 686 ainsi les conditions générales d’extinction du
contrat de location, définies par les articles 687 à 699, sont applicables au contrat Ijara du
fait qu’elles ne contiennent pas des vices de non-conformité à la Sharīʿah.

4
L’article 485 dispose que « la vente de la chose d'autrui est valable : 1° Si le maître l'a ratifiée ; 2° Si le vendeur
acquiert ensuite la propriété » cette deuxième disposition est en contradiction avec la Sharīʿah du fait que le
contrat de vente selon cet article peut être conclu par le vendeur avant la possession de l’objet de la vente.

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En revanche, le code n’est pas exhaustif dans la détermination des composantes du


contrat et laisse une marge de manœuvre pour les contractants, dans le cadre du principe de
la liberté contractuelle notamment pour la définition des conditions d’usures dont les
modalités doivent être convenues entre les contractants.
3.2. La qualification juridique du contrat Ijara Montahia Bi-Tamlik.
3.2.1. Le contrat Ijara Montahia Bi-Tamlik et la location-vente
Le contrat Ijara Montahia Bi-Tamlik ne peut être qualifié de contrat de location-vente
du fait que ce dernier rassemble à un contrat de location et un contrat de vente sur le même
bien dans le même contrat.
En effet, le contrat de location-vente permet à l'acquéreur du bien qui a le statut de
locataire pendant la durée du contrat de location de devenir propriétaire du bien lors du
dernier versement ou moyennant le versement d’une somme fixée lors de la conclusion du
contrat. De ce fait, il s’agit d’une location assortie d'une promesse synallagmatique de vente
du fait que dans cette opération, le loyer versé permet également de payer une partie du prix
du bien. En cas de désistement du client, les montants versés sont restitués en totalité ou en
partie au client selon les modalités convenues (Piedelièvre & Putman, 2011).
La location-vente se distingue du crédit-bail en matière d’obligation du locataire du fait
que pour la location-vente, le client s’oblige d’acquérir le bien à la fin du contrat de la
location alors que pour le crédit-bail, l’acquisition est optionnelle.
3.2.2. La qualification juridique du contrat Ijara Montahia Bi-Tamlik selon le droit
marocain.
Le contrat de location associée à une option de vente prend plusieurs formes juridiques
notamment le crédit-bail, la location avec option d’achat et la location avec promesse de
vente.
Sur le plan juridique, le crédit-bail est régi par le code de commerce et la loi 103-12 en
tant que contrat commercial nommé, la location avec option d’achat est régie par la loi 31-
08 édictant des mesures de protection du consommateur et la loi 103-12 alors que la location
avec option de vente est régie par la loi 31-08.
La distinction entre le crédit-bail et location avec promesse de vente peut être résumée
dans deux points essentiels qui sont l’affectation du contrat et le montage juridique du
contrat :
(1) L’affectation du contrat : les contrats de location avec promesse de vente sont des
contrats de crédit dédiés aux particuliers alors que le crédit-bail est un crédit à
connotation professionnelle5.
(2) Le contrat de location avec promesse de vente est un contrat entre deux parties à
savoir le locataire et locateur alors que le crédit-bail fait intervenir trois parties à
savoir le client, la banque et la société de crédit-bail.
Le contrat Ijara Montahia Bi-Tamlik peut être qualifié de location avec promesse de vente
pour les biens destinés au consommateur. Alors qu’il peut être qualifié de crédit-bail pour les

5
La distinction est faite basée sur la définition adoptée par le code de commerce en vertu de l’article 431.

239
Volume 4, numéro 2 (2020)

biens professionnels. En revanche, le contrat Ijara Montahia Bi-Tamlik ne peut être qualifié
comme contrat de location avec option d’achat du fait que :
(1) Le contrat est associé à une option en faveur du client qui peut l’exercer pour
acheter le bien selon le prix et les conditions convenus dans le contrat de location ce
qui peut incorporer du Gharar et du Mayser.
(2) Le contrat de la location et le contrat de cession doivent être séparés
Le contrat Ijara Montahia Bi-Tamlik, dans le cas des crédits aux particuliers peut être
qualifié de contrat de location avec promesse de vente et peut être régi, en conséquence, par
les dispositions du code de commerce relatives au crédit-bail lorsque l’objet du contrat est
l’acquisition des biens d’équipement quel que soit leur usage.
Lorsqu’il s’agit des biens immobiliers, les dispositions du code de commerce relatives
au crédit-bail sont applicables. Toutefois, il faut signaler que le chapitre réservé au crédit-
bail doit être actualisé pour intégrer la location avec option d’achat telle que définie par la
loi 103-12.
3.3. Le contrat Ijara selon la loi 31-08.
La loi 31-08, réserve la septième section au traitement des mesures de protection du
consommateur relatives aux contrats suivants :
(1) La location assortie à une promesse de vente ;
(2) La location-vente et
(3) La location avec option d’achat.
Le contrat Ijara Montahia Bi-Tamlik peut être qualifié de contrat de location assortie
d’une promesse de vente pour les particuliers. De ce fait, il est régi par les articles de 106 à
108 de ladite loi.
Toutefois, la loi doit être amendée pour intégrer les spécificités d’Ijara participative du
fait que certaines dispositions ne sont pas applicables à Ijara notamment celles relatives aux
pénalités de retard et aux indemnités définies par l’article 106.
Par ailleurs, les dispositions relatives à la publicité et à l’offre préalable sont applicables
à la location avec option d’achat et la location assortie d’une promesse de vente. De ce fait,
la loi doit être amendée pour intégrer le contrat Ijara Montahia Bi-Tamlik, et ce, en
observant les dispositions de la Sharīʿah.
Dans le cas de contrat Ijara pour le donneur d’ordre, le client est tenu de verser Hamish
Al-Jiddia à la banque. De ce fait, la question se pose sur le traitement de ce versement
notamment dans le cas où le versement s’effectue avant l’acceptation de l’offre préalable.
4. Les applications du contrat Ijara dans le financement bancaire.
Le contrat Ijara peut être un alternatif du crédit conventionnel de financement des actifs
immobilisés que ce soit des licences, des terrains, des constructions, des matériels et
outillages, des matériels de bureau ou de transports, etc.
Les besoins du client peuvent être financés moyennant Ijara Tachghilia mobilière ou
immobilière, Ijara Montahia Bi-Tamlik mobilière ou immobilière, les lignes de crédits Ijara
Tachghilia ou Montahia Bi-Tamlik.
4.1. La location des droits et licences

240
Volume 4, numéro 2 (2020)

Le développement économique des derniers siècles a donné lieu à la naissance de


certains droits incorporels qui ont une valeur marchande et qui peuvent être échangés contre
des capitaux. Ces droits négociables sur le marché ont les caractéristiques d’un bien
vendable.
Sur le plan transactionnel, ces droits sont très utilisés sur le marché des transactions
commerciales et bancaires, ce qui leurs donnent une identité indépendante des biens
corporels permissibles selon la Sharīʿah.
Face à ces nouveautés, la jurisprudence islamique a étudié le statut légal et la position
de la Sharīʿah à l’égard de ces droits incorporels. En effet, l’Académie Internationale du
Fiqh Islamique (AIFI) a examiné cette situation et la norme 42 des standards Shar’itiques de
l’AAOIFI ainsi que certains chercheurs musulmans tel que Al-Sâlūss(2008) ce qui a permis
d’aboutir à l’adoption d’une nouvelle notion dite « les droits financiers » qui intègre « les
droits incorporels ».
Cette notion est globale du fait qu’elle intègre les trois formes de droits suivants :
(1) Les droits personnels ;
(2) Les droits au bien corporels ;
(3) Les droits incorporels.
En ce qui concerne les droits incorporels prévus par l’AIFI, les principales composantes sont :
(1) La production littéraire et intellectuelle ;
(2) L’invention ou la découverte ;
(3) Le nom commercial, la dénomination sociale et la marque commerciale.
Selon la décision n°43(5/5) de l’Académie Internationale du Fiqh Islamique, ces droits
appartiennent à leurs détenteurs et ont une valeur financière qui peut être échangée par la
vente ou la location. Le caractère marchand accordé à ces droits par la décision permet aux
détenteurs de vendre ou de louer un nom commercial, une franchise, une marque commerciale
pour un prix en l'absence de toute fraude, escroquerie ou faux usage, puisqu'ils sont devenus
des droits financiers permissibles et échangeables selon la shari‘ah. De même, pour les droits
d'auteurs et les droits de brevet, qui demeurent protégés par la Sharīʿah selon la même
décision et leurs détenteurs ont le droit d’en disposer librement.
En résumé, ces droits ont une valeur marchande du fait qu’ils peuvent être échangés
moyennant une contrepartie financière. De ce fait, la banque peut financer leur acquisition par
le mécanisme de la location que ce soit Tachghilia ou Montahia Bi-Tamlik.
4.2. Le Bail emphytéotique
Le bail emphytéotique consiste à louer un terrain sur lequel le locataire procède à l’édification
des constructions qui seront exploitées durant la période du contrat qui peut atteindre 99 ans.
A la fin du contrat, les constructions reviennent de plein droit au bailleur du terrain.
La banque participative peut proposer au client ce type de bail pour financer ses besoins
notamment pour la construction des dépôts, des showrooms, des écoles, etc.
4.3. La location des matériels et outillages, matériels de bureau et de transport
Le programme d’investissement des clients personnes morales peut porter sur le
renouvellement des matériels et des chaines d’exploitations, l’acquisition du matériel de

241
Volume 4, numéro 2 (2020)

bureau et du matériel de transport. La banque conventionnelle peut financer ce programme


par le crédit à moyen et long terme classique ou par le mécanisme de la location que ce soit la
location à long durée ou le crédit-bail alors que la banque participative peut proposer un
contrat Ijara.
4.4. La ligne de crédit Ijara
La ligne de crédit Ijara est attribuée au client qui utilise régulièrement des biens loués du fait
qu’elle lui permet de financer ses besoins par la location à hauteur d’un plafond autorisé. Les
lignes de crédit Ijara peuvent être associées soit à Ijara Tachghilia ou à Ijara Montahia Bi-
Tamlik.
La relation contractuel peut lier uniquement la banque et le client et peut être tripartite en liant
le client, la banque, et une société d’Ijara. Dans ce dernier cas, la banque se présente en
qualité de garant (caution) de son client.
5. Le traitement comptable d’Ijara.
La comptabilisation par l’établissement bancaire du contrat Ijara est composée de plusieurs
opérations comptables qui concernent, en particulier, l’engagement de la banque, le versement
et la restitution de Hamish Al-Jiddia, les frais liés à la conclusion du contrat, l’acquisition des
immobilisations, les frais d’entretien et de réparation, les arrêtés comptables, les créances en
souffrance, la résiliation du contrat et la cession du bien au client (preneur). Nous allons, dans
ce qui suit, présenter le traitement comptable prévu par le plan comptable des établissements
de crédits (PCEC) pour chaque opération.
5.1.Ecriture comptable relative à l’engagement de financement.
L’engagement non contraignant de la banque envers son client pour la location du bien est
comptabilisé en Hors Bilan comme suit :
Tableau N°2 : comptabilisation de l’engagement
Compte Intitulé Montant
1- Comptabilisation de l’engagement de financement.
Débit 8028 Engagement révocable sur produits participatifs (avec Montant de l’opération Ijara
la clientèle)
Crédit 8090 Compte de contrepartie des engagements de Montant de l’opération Ijara
financement donnés »
Ces écritures sont soldées dès la comptabilisation de l’opération au bilan.
2- Comptabilisation de la ligne de crédit Ijara.
Débit 8028 Engagement révocable sur produits participatifs (avec Montant de l’autorisation
la clientèle)
Crédit 8090 Compte de contrepartie des engagements de Montant de l’autorisation
financement donnés »
Ce compte est soldé au fur et à mesure de l’utilisation de l’autorisation de financement moyennant Ijara
Source : Auteurs

Nous constatons que les écritures concernant l’engagement de financement ne prennent pas en
considération la répartition du prix en deux parties (acquisition et location) dans le cas d’Ijara
Montahia Bi-Tamlik. De ce fait, il faut prévoir des écritures séparées pour la promesse de
vente et la location du bien.
5.2. Ecriture comptable relative à Hamish Al-Jiddia.

242
Volume 4, numéro 2 (2020)

Le versement de Hamish Al-Jiddia par le client en garantie de sa promesse de prise du bien en


location ainsi que les modalités de son restitution sont comptabilisés comme suit :
Tableau N°3: comptabilisation de Hamish Al-Jiddia (HJ)
Compte Intitulé Montant
1. Versement de Hamish Al-Jiddia(HJ)
Débit 2xxxx/1xxxx Comptes courants (client) ou un compte de trésorerie Montant HJ
Crédit 2087 Hamish Al-Jiddia reçu sur Mourabaha, Ijara et autres Montant HJ
financements participatifs avec la clientèle
2. Restitution du montant total de Hamish AL-Jiddia en cas de désistement de la banque, en cas de non-
respect des conditions du contrat ou en cas de conclusion du contrat (concrétisation de location).
Débit 2087 Hamish Al-Jiddia reçu sur Mourabaha, Ijara et autres Montant HJ
financements participatifs avec la clientèle
Crédit 2xxxx/1xxxx Comptes courants (client) ou un compte de trésorerie Montant HJ

3. Traitement de Hamish AL-Jiddia en cas de désistement du client.


En cas de dédit du client, la banque peut prélever du montant de HJ le montant de l’indemnisation du préjudice
réel qu’elle a subi.
Débit 208k27 Hamish Al-Jiddia reçu sur Mourabaha, Ijara et autres Montant HJ
financements participatifs avec la clientèle
Crédit 7339 Autres produits sur immobilisations données en Ijara Montant des frais réels
Montahia bi-Tamlik engagés (préjudice)
Ou Ou
7349 Autres produits sur immobilisations données en Ijara
Tachghilia
Crédit 2xxxx/1xxxx Comptes courants (client) ou un compte de trésorerie La différence positive
entre HJ et les frais réels
engagés.
Si le montant du préjudice dépasse le montant de HJ, la banque peut réclamer le complément. Dans l’attente de
la régularisation, elle procède à sa comptabilisation au débit du compte 3599 – Divers autres débiteurs.
Source : Auteurs
5.3. Ecriture Comptable relative à la conclusion du contrat.
La banque peut engager des frais qui ne sont pas inclus dans le coût d’acquisition. De ce fait,
dès la conclusion du contrat, la banque doit comptabiliser ces frais comme suit :
Tableau N°4 : comptabilisation des frais non inclus dans le coût d’acquisition
Compte Intitulé Montant
Débit 6339 Autres charges sur Immobilisations données en Ijara Montant imputable des
Montahia bi-Tamlik frais engagés
Ou Ou
6349 Autres charges sur Immobilisations données en Ijara
Tachghilia
débit 35xx TVA- déductible sur frais généraux Montant TVA déductible

Crédit 1xxxx Compte de trésorerie Montant des frais TTC

Source : Auteurs

243
Volume 4, numéro 2 (2020)

5.4. Comptabilisation des immobilisations.


Les biens acquis par la banque avec l’intention de les exploiter dans le cadre d’Ijara doivent
être comptabilisés dans les comptes appropriés des immobilisations. Le traitement comptable
des immobilisations se présente comme suit :
Tableau N°5 : Traitement des immobilisations affectées à l’exploitation dans le cadre d’Ijara
Compte Intitulé Montant
1- Comptabilisation des immobilisations.
Débit 47xx(*) Immobilisations données en Ijara Montahia bi-Tamlik; Coût d’acquisition
Ou Ou
48xx (**) Immobilisations données en Ijara Tachghilia
Crédit 2xxxx/1xxxx Comptes courants (fournisseur) ou un compte de trésorerie Coût d’acquisition

(*) Pour Ijara Montahia Bi-Tamlik, le plan comptable des établissements de crédit (PCEC) prévoit des comptes
pour les biens incorporels, les biens mobiliers et les biens immobiliers qui sont respectivement 471x, 472x et 473x.
(**) Pour Ijara Tachghilia, le PCEC prévoit des comptes pour les biens mobiliers et les biens immobiliers qui
sont respectivement 482x et 483x.
2- Comptabilisation des amortissements
Dotations aux amortissements des immobilisations
6332 données en Ijara Montahia bi-Tamlik
Ou Montant de la dotation
Débit Ou Dotations aux amortissements des immobilisations d’amortissement
données en Ijara Tachghilia
6342
478x(*) Amortissements des biens donnés en Ijara Montahia bi-
Tamlik Montant de la dotation
Crédit Ou Ou d’amortissement
488x (**) Amortissements des biens donnés en Ijara Tachghilia
(*) Pour Ijara Montahia bi-Tamlik, le PCEC prévoit des comptes d’amortissement pour les biens incorporels, les
biens mobiliers et les biens immobiliers qui sont respectivement 4781, 4782 et 4783.
(**) Pour Ijara Tachghilia, le PCEC prévoit des comptes d’amortissement pour les biens mobiliers et les biens
immobiliers qui sont respectivement 4882 et 4883.
3- Comptabilisation des dépréciations :
La dépréciation du bien est comptabilisée comme suit :
Débit 6333 Dotations aux provisions pour dépréciation des
immobilisations données en Ijara Montahia bi-Tamlik Montant de la provision
Ou Ou
6343 Dotations aux provisions pour dépréciation des
immobilisations données en Ijara Tachghilia
479x(*) Provision pour dépréciation des immobilisations données
en Ijara Montahia bi-Tamlik Montant de la provision
Crédit Ou Ou
Provision pour dépréciation des immobilisations données
489x (**) en Ijara Tachghilia
(*) Pour Ijara Montahia bi-Tamlik, le PCEC prévoit des comptes de provision pour dépréciation des biens
incorporels, des biens mobiliers et des biens immobiliers qui sont respectivement 4791, 4792 et 4793.
(**) Pour Ijara Tachghilia, le PCEC prévoit des comptes de provision pour dépréciation des biens mobiliers et
des biens immobiliers qui sont respectivement 4892 et 4893.
Source : auteurs

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Volume 4, numéro 2 (2020)

Pour se conformer à la définition du prix adoptée par le CSO dans le cas d’Ijara
Montahia Bi-Tamlik, les écritures relatives aux provisions pour dépréciations doivent prendre
en considération la partie du prix d’acquisition versée par le client.
5.5. Comptabilisation des redevances de loyer.
Le traitement comptable des redevances de loyer perçues par la banque se présente comme
suit :
Tableau N°6 : Traitement comptable des redevances de loyer
Compte Intitulé Montant
1- Comptabilisation des redevances de loyer.
Débit 2xxxx/1xxxx Comptes courants (client) ou un compte de trésorerie Montant de la
redevance TTC
7331 Loyers sur immobilisations données en Ijara Montahia bi-
Crédit Tamlik Montant de la
Ou Ou redevance HT
7341 Loyers sur immobilisations données en Ijara Tachghilia
Crédit 36xxx TVA : collectée Montant de la TVA
au taux de 10%
2- Ecriture de régularisation des loyers perçus d’avance ou à recevoir
Loyers perçus d’avance
7331 Loyers sur immobilisations données en Ijara Montahia bi- La partie du loyer
Débit Tamlik reçus d’avance HT
Ou Ou
7341 Loyers sur immobilisations données en Ijara Tachghilia
Crédit 3872 Produits constatés d’avance La partie du loyer
reçus d’avance HT
Loyer courus à recevoir
4760 Loyers courus à recevoir (opération Ijara Montahia bi-Tamlik) Montant de loyer à
Débit Ou recevoir HT
Ou Loyers courus à recevoir (opération d’Ijara Tachghilia),
4860
7331 Loyers sur immobilisations données en Ijara Montahia bi-
Crédit Tamlik Montant de loyer à
Ou Ou recevoir HT
7341 Loyers sur immobilisations données en Ijara Tachghilia
Source : Auteurs

Pour le cas d’Ijara Montahia Bi-Tamlik, le schémas doit être modifié pour se
conformer à la définition du prix d’Ijara du fait qu’une partie du prix doit être comptabilisée
comme une avance sur le prix d’acquisition et une partie doit être comptabilisée comme une
redevance de loyer.

5.6. Comptabilisation des frais d’entretien.


Les frais d’entretien et de réparation sont à la charge de la banque. En effet, deux
situations se présentent du fait que les frais peuvent être à faible valeur dont l’affectation est
possible à un seul exercice ou à valeur importante qui nécessite la répartition sur plusieurs
exercices. De ce fait, le traitement comptable se présente comme suit :

245
Volume 4, numéro 2 (2020)

Tableau N°7 : Traitement comptable des frais d’entretien des biens donnés en Ijara
Compte Intitulé Montant
1- Frais d’entretien à faible valeur.
Débit 6339 Autres charges sur immobilisations données en Ijara Montant
Montahia bi-Tamlik d’imputation
Ou
6349 Autres charges sur immobilisations données en Ijara
Tachghilia
Débit 35xx TVA- déductible sur frais généraux Montant TVA
déductible
Crédit 2xxx/1xxx Compte fournisseur / Compte de trésorerie Montant TTC
2- Frais
X d’entretien à valeur importante.
Débit 3857 Charges à répartir sur produits participatifs Montant
d’imputation
Débit 35xx TVA- déductible sur frais généraux Montant TVA
déductible
Crédit 2xxx/1xxx Compte fournisseur / Compte de trésorerie Montant TTC
Pour chaqueX exercice, la banque doit affecter une partie de ces charges en utilisant le schéma suivant :
Crédit : 3857 – Charges à répartir sur produits participatifs
Débit : 6339 - Autres charges sur immobilisations données en Ijara Montahia bi-Tamlik ou 6349 – Autres
charges sur immobilisations données en Ijara Tachghilia.
Source : Auteurs
5.7. Résiliation du contrat
La résiliation du contrat entraine le reclassement du bien donné en Ijara dans un
compte spécifique permettant de l’identifier. Le schéma comptable est donné par le tableau
suivant :
Tableau N°8 : Traitement comptable de la résiliation du contrat Ijara
Compte Intitulé Montant
1- Ijara Tachghilia
Débit 4813 Biens incorporels donnés en Ijara Tachghilia non loués
après résiliation
4823 Biens mobiliers donnés en Ijara Tachghilia non loués
Coût d’acquisition
après résiliation
4833 Biens immobiliers donnés en Ijara Tachghilia non loués
après résiliation
Crédit 48xx (**) Immobilisations données en Ijara Tachghilia Coût d’acquisition
2- Ijara Montahia Bi-Tamlik.
4713 Biens incorporels donnés en Ijara Montahia bi-Tamlik
non loués après résiliation
4723 Biens mobiliers donnés en Ijara Montahia bi-Tamlik non
Débit Coût d’acquisition
loués après résiliation
4733 Biens immobiliers donnés en Ijara Montahia bi-Tamlik
non loués après résiliation
Crédit 48xx (**) Immobilisations données en Ijara Montahia bi-Tamlik Coût d’acquisition
(*) et (**) reprise des écritures des immobilisations données respectivement en Ijara Tachghilia et Ijara
Montahia bi-Tamlik enregistrées dans le tableau 4.
Source : Auteurs

246
Volume 4, numéro 2 (2020)

5.8. Cession du bien au preneur


La cession du bien par la banque au client locataire donne lieu soit à une plus-value ou
à une moins-value qui sont comptabilisées dans les comptes suivants :
Tableau N°9 : Comptabilisation de la cession
Plus-values de cession Moins-values de cession
Crédit 7333 Plus-values de cession sur Débit 6334 Moins-values de cession sur
immobilisations données en immobilisations données en Ijara
Ijara Montahia bi-Tamlik Ou Montahia bi-Tamlik
Ou Ou Ou
Plus-values de cession sur 6344 Moins-values de cession sur
7343 immobilisations données en immobilisations données en Ijara
Ijara Tachghilia Tachghilia.
Source : Auteurs

Pour le cas d’Ijara Montahia Bi-Tamlik, le prix de cession est fixé d’avance. De ce fait,
ce schéma doit être revu pour prendre en considération les spécificités de ce contrat.

6. Rapprochement du contrat Ijara Montahia Bi-Tamlik et crédit-Bail.


Même si le contrat Ijara Montahia Bi-Tamlik, dans le cas des crédits professionnels,
peut être qualifié de crédit-bail, les modèles de contrats utilisés par les banques
conventionnelles ne peuvent être adoptés pour le contrat Ijara Montahia Bi-Tamlik du fait
que les pratiques des banques conventionnelles sont entachées d’énormes vices de non-
conformité. Le modèle de contrat ijara Montahia Bi-Tamlik validé par le CSO confirme
cette divergence.
Dans ce paragraphe, nous allons rapprocher, dans le tableau suivant, le crédit-bail et
Ijara Montahia Bi-Tamlik sur le plan juridique et financier :
Tableau 10 : Rapprochement du contrat Ijara Montahia Bi-Tamlik et du contrat crédit-Bail
Crédit-bail Ijara Montahia Bi-Tamlik
1- Phase précontrat et avance des fonds avant la conclusion du contrat
Aucune obligation de versement du fait que Promesse de conclure le contrat Ijara
la banque peut conclure le contrat de bail Montahia Bi- Tamlik avec versement de
avec le client avant la possession du bien. Hamish El-Jiddia en tant que garantie pour
acquitter les frais engagés par la banque en
cas de dédit du client.
2- Possession du bien objet du contrat
Aucune obligation de possession du fait que Obligation Shari‘atique de possession du
la banque peut conclure le contrat et donner bien avant la conclusion du contrat. En
l’ordre au fournisseur pour livraison du effet, les montages juridiques qui peuvent
bien au client. Si le client accepte la être utilisés sont multiples notamment ceux
livraison du bien, la banque procède à la qui donnent la possibilité à la banque de
conclusion du contrat d’achat du bien mandater le client pour l’acquisition et la
auprès du fournisseur réception du bien objet du contrat auprès du
fournisseur ; ensuite, le contrat Ijara est

247
Volume 4, numéro 2 (2020)

conclu entre la banque et le client.


3- Objet du contrat et montage juridique
Le contrat a pour objet la location et la Le contrat de loyer est séparé du contrat de
vente du bien cela signifie que les vente. En effet, le montage adopté est
redevances payées sont considérées comme composé d’un contrat de location et une
une partie du prix du bien. promesse non contraignante de vente
moyennant le paiement d’un prix défini soit
dans la promesse ou lors de la conclusion
du contrat de cession.
La cession du bien est faite par un contrat
séparé du contrat de location.
4- Les contractants
Le contrat de bail est un contrat triparti Le contrat est entre la banque et le client du
entre la banque, la société de crédit-bail et fait qu’aucune commission pour
le client par lequel la banque a la qualité de cautionnement ne peut être versée. En effet,
garant et reçoit en contrepartie une la caution est un contrat de donation sans
commission pour cautionnement. contrepartie selon la Sharīʿah.
5- Les flux
Les flux prévus par le contrat du crédit-bail Le prix est réparti en deux tranches. La
sont entachés de l’usure du fait que le bail première représente le prix d’acquisition et
est en réalité un crédit à intérêt. la deuxième représente le loyer des parts
indivisibles de la banque.
6- Pénalités de retard et de non-paiement
Le contrat de crédit-bail prévoit des Aucune somme n’est versée à la banque du
pénalités de retard et de non-paiement se fait que les pénalités de retard et de non-
forme des intérêts en faveur de la banque paiement sont interdites par la Sharīʿah
7- Propriété du bien
Le bien demeurera la propriété exclusive de La banque demeurera propriétaire du bien
la banque jusqu’au paiement de la dernière durant la période de location à hauteur des
échéance et la levé de l’option d’achat échéances restantes à payer du prix de
cession.
8- La garantie du bien par locataire
Le bien est garanti par le locataire en cas de Le bien n’est pas garanti par le locataire
destruction volontaire ou involontaire. sauf en cas de négligence ou non-respect
des conditions du contrat.
9- Schémas comptables
Les schémas comptables du contrat Ijara Bi-Tamlik prévus par le PCEC sont identiques à
ceux prévus pour le crédit-bail à l’exception de la comptabilisation de Hamish al –Jiddia.
Toutefois, ces schémas doivent être revus pour prendre en considération la séparation du
prix d’acquisition et des échéances de location dans le contrat Ijara Montahia Bi-Tamlik
Source : Auteurs

248
Volume 4, numéro 2 (2020)

Le rapprochement du contrat Ijara Montahia Bi-Tamlik et du contrat crédit-bail montre


qu’il existe énormément de différences entre les deux, et ce, en dépit de la ressemblance
technique. Cette différence a été renforcée par la modèle de contrat adopté par le CSO
notamment en ce qui concerne la décomposition du prix en deux parties dont la première
représente une avance sur le prix d’acquisition et la deuxième représente la redevance de
location du bien.
Aussi, en cas de remboursement anticipé ou en cas de défaut, le client est tenu de
rembourser les échéances du prix de cession restantes dues jusqu’à la fin du contrat
augmentées uniquement des échéances de loyer dues à la date de défaut ou du
remboursement anticipé.

Conclusion
Le financement avec la location a connu ces dernières années un développement très
important moyennant la création des établissements de crédits spécialisés en raison des
avantages qui procuraient au bailleur et au preneur du bail sur le plan financier et fiscal.
La commercialisation des contrats participatives basés sur la location conforme à la
Shari‘ah a interpellé les chercheurs musulmans. De ce fait, la jurisprudence islamique
contemporaine s’est penchée sur le développement des nouveaux contrats en se basant sur le
contrat de location classique tels que le contrat Ijara pour le donneur d’ordre et le contrat
Ijara Montahia Bi-Tamlik qui permet au client d’avoir la propriété de la chose à la fin de la
période de location.
Cette étude nous a permis de montrer que la forme du contrat de crédit-bail qui associé
la location et la vente dans le même contrat est non conforme à la Sharīʿah et de proposer les
conditions à observer pour le montage juridique participatif alternatif du crédit-bail
notamment en matière de séparation de la location et de la vente et l’utilisation de la
promesse non contraignante.
En ce qui concerne les jurisprudences du CSO, nous avons traité le contrat Ijara
Montahia Bi-Tamlik pour l’acquisition d’un bien immobilier destiné à l’habitat et les
orientations du conseil dans ce cadre notamment en matière de définition du prix et nous
avons rapproché le contrat Ijara Montahia Bi-Tamlik, le contrat Mourabaha et le contrat
Moucharaka Moutanaqissa.
Aussi, nous avons examiné les textes réglementaires marocains et nous avons conclu
que les dispositions du code des obligations et du contrat sont conformes aux dispositions de
la Sharīʿah et nous avons déterminé les qualifications possibles du contrat Ijara Montahia
Bi-Tamlik selon le DOC, le code de commerce et la loi 103-12.
Pour la loi 31-08 relative aux mesures de protection du consommateur, nous avons
constaté que certaines dispositions doivent être amendées pour prendre en considération les
spécificités d’Ijara notamment les dispositions prévues par l’article 106.
En ce qui concerne le champ d’utilisation du contrat Ijara, nous sommes convaincus
qu’il peut être un alternatif islamique du contrat de location avec option d’achat et le crédit-

249
Volume 4, numéro 2 (2020)

bail que ce soit pour la location des droits et licences, le bail emphytéotique, la location des
matériels et outillages, etc.
Sur le plan comptable, nous avons présenté les schémas comptables définis par le plan
comptable des établissements de crédits (PCEC) et nous avons montré les insuffisances
générées par la définition du prix Ijara adoptée par CSO.
Enfin, nous avons rapproché le contrat Ijara Montahia Bi-Tamlik et le crédit-bail ce qui
a montré que la différence entre les deux contrats est énorme sur le plan Shar‘itique et
comptable en dépit de la ressemblance technique.
En résumé, le contrat Ijara est un alternatif islamique pour le financement par la location
pratiqué par les banques conventionnelles. Toutefois, la compétitivité des banques
participatives dans ce volet est tributaire des éléments suivants :
(1) La réactivité du conseil supérieur des oulémas qui doit accélérer la procédure de
validation des modèles des contrats Ijara pour l’acquisition des biens professionnels.
(2) Les mesures fiscales d’encouragement afin de neutraliser l’impact de la fiscalité sur le
choix du mode de financement.
(3) L’amendement des textes de lois afin d’intégrer les spécificités d’Ijara.

Références.
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- Plan comptable des établissements de crédits et organismes assimilés (PCEC).
- Avis 53 du 07/03/2020 du comité de conformité de la finance participative du CSO,
relatif aux conditions générales et particulières du modèle de contrat d’Ijara Montahia
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et la promesse réciproque, pp.1185-1190.
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