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Royaume-Uni. Depuis la consultation européenne,


Sturgeon et ses alliés ont déjà demandé à deux reprises,
En Ecosse, des divisions compliquent la
la première fois à Theresa May, la seconde fois à Boris
stratégie des indépendantistes Johnson, le droit d’organiser un nouveau référendum.
PAR LUDOVIC LAMANT
ARTICLE PUBLIÉ LE MARDI 4 MAI 2021 À chaque fois, les conservateurs au pouvoir à Londres
ont refusé.
La victoire du Parti indépendantiste écossais, le SNP,
semble acquise lors d’un scrutin régional à haut risque « Le SNP gouverne l’Écosse depuis quatorze ans,
jeudi en Ecosse. Mais de l’ampleur de ce succès sans interruption. Mais son succès électoral ne
dépendra la capacité de Nicola Sturgeon, première s’essouffle pas, notamment grâce à la perception par
ministre, à réclamer auprès de Londres un nouveau la population de la gestion de la pandémie, assure
référendum. Lynn Bennie, une enseignante en sciences politiques
à l’université d’Aberdeen. Sturgeon est apparue plus
compétente que Johnson à Londres dans la gestion
de crise. » Aussi fragiles soient-ils, les sondages
dessinent un léger tassement de l’indépendantisme en
fin de campagne. La partie pour Sturgeon est d’autant
plus difficile pour atteindre une majorité absolue que
son hégémonie sur le camp indépendantiste se fissure.
La première ministre écossaise, Nicola Sturgeon, en campagne,
le 3 mai 2021, à Dumfrieshire. © Jeff Mitchell / AFP (pool)

L’unité du Royaume-Uni ne tient plus qu’à un fil, ou


plutôt à un résultat: le Parti national écossais (SNP,
indépendantiste), vainqueur de toutes les élections à
toutes les échelles depuis 2014, va-t-il obtenir une
majorité absolue lors des élections régionales, jeudi?
Nicola Sturgeon, un temps surnommée « la femme la La première ministre écossaise, Nicola Sturgeon, en campagne
plus dangereuse du Royaume-Uni » par le Daily Mail, le 3 mai 2021, à Dumfrieshire © Jeff Mitchell / AFP (pool).

fera-t-elle mieux qu’en 2016, lorsqu’elle avait raté de Deux partis lui disputent le vote indépendantiste:
deux sièges seulement cette majorité absolue (63 sur les Verts d’un côté, Alba de l’autre. Les premiers,
129)? qui comptent aujourd’hui cinq députés, espèrent faire
De l’ampleur de la victoire annoncée dépendra la bien mieux, emmenés par Lorna Slater et Patrick
capacité de l’actuelle première ministre écossaise Harvie. Ils veulent attirer les mouvements de terrain,
à lancer la bataille d’un nouveau référendum sur grassroots,qui ont essaimé depuis le référendum
l’indépendance, après la victoire du « non » en de 2014 (lire notre portfolio). Alors que Glasgow
2014 (55% contre 45%). «Avec Boris Johnson à doit accueillir la COP26 à l’automne, ils défendent
Londres, qui n’est pas aimé en Écosse, et un Brexit une vision de l’indépendance moins dépendante
toujours impopulaire en Écosse, les indépendantistes du pétrole, comme l’explique Gerry Hassan, de
bénéficient d’un alignement des planètes », rappelle l’université de Dundee: « L’indépendance du SNP est
Nathalie Duclos, enseignante à l’université de encore très liée aux campagnes pour l’exploitation du
Toulouse et autrice de plusieurs livres sur la politique pétrole par des Écossais, dans les années 1970 [avec le
écossaise. slogan: «It's Scotland’s oil»]. D’une certaine manière,
leur version de l’indépendance en 2014 s’appuyait
En 2016, l’Écosse avait voté à 62% pour le maintien
encore de manière exagérée sur une rente liée aux
dans l’Union européenne (UE), la plus « pro-
européenne » des quatre nations constitutives du

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cours élevés du pétrole. » Même si Nicola Sturgeon, au ligne trop sage du SNP sur l’indépendance. « Alba ne
pouvoir depuis 2014, essaie désormais de combiner veut pas jouer la complémentarité, ils veulent nous
projet indépendantiste et « Green New Deal ». remplacer. Tout ce dont ils ont besoin, c’est que
Si l’option d’une coalition au pouvoir entre SNP et Salmond soit élu au Parlement et ils construiront à
Greens est sur la table, les relations du SNP avec partir de là », s’inquiétait un responsable du SNP cité
Alba sont beaucoup plus tendues. Ce nouveau parti par l’hebdo New Statesman.
- qui signifie « Écosse », en gaélique écossais - a C’est toute la difficulté de la période qui va
été lancé par Alex Salmond, l’ancien premier ministre s’ouvrir pour Nicola Sturgeon après l’élection, qu’elle
écossais, figure historique du SNP, à l’origine du décroche ou non la majorité absolue: comment
référendum de 2014. Accusé par plusieurs femmes construire l’indépendance et répondre aux impatiences
de harcèlement sexuel et de viols, il a été innocenté de sa base, si Londres persiste dans son refus de
à l’issue d’un procès l’an dernier. Mais il a mis laisser s’organiser un nouveau référendum? Des pans
en cause Nicola Sturgeon, son héritière politique, les plus déterminés du SNP spéculent déjà depuis des
persuadé qu’elle avait joué un rôle dans les accusations mois sur les « routes alternatives » à emprunter pour
qui ont été formulées à son encontre. Deux enquêtes concrétiser l’indépendance.
indépendantes ont blanchi la cheffe de l’exécutif. « Nicola Sturgeon souhaite encore suivre le modèle
Fâché avec la direction de l’actuel SNP, Salmond des années 2012-2014, lorsque Salmond et David
a fait sécession et a lancé Alba, avec quelques Cameron s’étaient entendus pour un transfert de
anciens du parti. Il incarne une vision plus radicale de compétences ponctuel, le temps d’organiser le
l’indépendance et s’en prend à la prudence légaliste référendum de 2014, analyse Nathalie Duclos. Mais un
de Sturgeon, qui a laissé entendre qu’elle pourrait plan B existe, qui pourrait s’avérer légal: si l’Écosse
attendre la fin de la pandémie avant de demander à n’a pas le droit de déclarer seule son indépendance,
Londres la tenue d’un nouveau référendum. Salmond rien ne dit qu’elle n’a pas le droit d’organiser un
répète qu’il veut construire une « super-majorité référendum consultatif sur une question réservée à
» avec le SNP, au point d’en faire l’un de ses Londres. La question pourrait être portée devant les
slogans de campagne, sans dire exactement à quoi tribunaux. »
ressemblerait cette collaboration. Dans une analyse Si ce référendum consultatif n’est pas sans rappeler
récente, Gerry Hassan fait d’Alba un énième avatar la consultation interdite par Madrid qu’avaient
d’une vague populiste mondiale, insistant sur l’ultra- organisée, en 2017, les indépendantistes catalans, les
personnalisation autour de Salmond et la mise en responsables du SNP sont loin d’assumer une stratégie
avant de thèmes sociétaux réactionnaires (Salmond de désobéissance qui a fini par envoyer une dizaine
s’oppose, par exemple, à renforcer les droits des de figures de l’indépendantisme en prison, dans le
personnes trans). contexte catalan. «La direction du SNP va coller à
Le parti, qui revendique quelque 5000 adhérents et 100% au cadre légal », anticipe Gerry Hassan.
promet de « secouer » la politique écossaise – c’est le Le score du SNP n’est pas le seul enjeu de ces élections
titre de son manifeste –, souffre encore d’une image écossaises, où sont appelés aux urnes quelque quatre
d’amateurisme. Rien ne dit qu’Alba obtiendra des millions d’habitants. Une bataille plus discrète pour
députés au Parlement écossais jeudi, même pas là où la deuxième place, et le titre de premier opposant au
se présente Salmond (dans la région du Nord-Est). SNP, anime la campagne depuis des semaines. Elle
Mais il est possible que ce parti séduise suffisamment oppose deux défenseurs de l’unité du Royaume-Uni,
d’électeurs traditionnels du SNP pour empêcher une le candidat des Tories, Douglas Ross, et celui du Parti
majorité absolue pour Sturgeon. Surtout, Alba pourrait travailliste, Anas Sarwar.
continuer, bien après l’élection, de s’en prendre à la

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Ce dernier, d’origine pakistanaise (son père est l’actuel Gerry Hassan renchérit: « Sarwar s’est construit une
gouverneur du Pendjab) et qui a fait le buzz en niche politique, de manière assez astucieuse, à partir
reprenant une chorégraphie improvisée d’Uptown de ce qui était un point faible du Parti travailliste.
Funk, incarne le courant centriste du Labour. « Sarwar Pendant longtemps, le Labour a souffert de ne pas
réalise une campagne intéressante, juge Lynn Bennie. être audible face au bras de fer entre le SNP -
Son principal thème de campagne, c’est de refuser qui défend le droit des Écossais à décider - et les
d’être pris dans le débat sur la constitution et un conservateurs - qui défendent l’Union. Il a transformé
éventuel nouveau référendum. Il veut uniquement un point faible en point fort de cette campagne.» À
parler des enjeux de la reprise économique et sociale deux jours du scrutin, les sondages donnent socialistes
post-Covid. » et conservateurs au coude-à-coude, avec un léger
décrochage des premiers.

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