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La diplomatie économique marocaine en Afrique subsaharienne : réalités et


enjeux

Article · February 2013


DOI: 10.3917/geoec.063.0073

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Amine Dafir
Université Hassan II de Casablanca
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Géoéconomie
63 - Automne hiver 2012 63 63
DOSSIER
Les révolutions du jeu vidéo

jeu vidéo, une épopée industriell


Le marché mondial des jeux vidéo : vers une nouvelle phase de croissance
Laurent MICHAUD
Une benjamine devenue ainée : structures et mutations de l’industrie du jeu vidéo
Philippe CHANTEPIE
La France dans le marché mondial du jeu vidéo
Nicolas GAUME
Jeux vidéos et publicité : deux univers incompatibles ?
Antoine DUBUQUOY
Les enjeux d’une régulation juridique du jeu vidéo en France
Patrice MARTIN LALANDE
Les dispositions françaises en faveur du jeu vidéo 
Valérie BOURGOIN

VARIA
La diplomatie économique marocaine en Afrique subsaharienne : réalités et enjeux
Amine DAFIR
Fonds souverains : comment repenser le capitalisme d’État ?
Yves JÉGOUREL
Un tour du monde géopolitique ou géoéconomique ?
Eugène BERG
Géoéconomie
Revue trimestrielle - automne hiver 2012

Géoéconomie
Lectures

jeu vidéo, une épopée


industrielle

20 euros

revue
Géoéconomie
Directeurs de la rédaction
Pascal LOROT et Jean-François DAGUZAN

Rédacteur en chef
Didier LUCAS

Rédacteur en chef adjoint


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Conseiller éditorial
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Directeur de la publication
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Géoéconomie
Revue publiée avec le soutien de l’Institut Choiseul pour la politique
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28, rue étienne Marcel


75002 Paris
Tél : +33 1 53 34 09 93
Fax : +33 1 53 34 09 94
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Photo de couverture : © The National Guard.


Sommaire

Éditorial
Didier LUCAS et Alexandre SCHOEPFER 5

Dossier

Jeu vidéo, une épopée industrielle


Dossier coordonné par Laurent MICHAUD

Le marché mondial des jeux vidéo : vers une nouvelle phase de croissance 9
Laurent MICHAUD

Une benjamine devenue aînée : structures et mutations de l’industrie


du jeu vidéo 25
Philippe CHANTEPIE

La France dans le marché mondial du jeu vidéo 35


Nicolas GAUME

Jeu vidéo et publicité, deux univers incompatibles? 49


Antoine DUBUQUOY

Enjeux et perspectives d’une régulation juridique du marché des jeux vidéo


en France 57
Patrice MARTIN-LALANDE

Les dispositions françaises en faveur du jeu vidéo 65


Valérie BOURGOIN
Varia

La diplomatie économique marocaine en Afrique subsaharienne :


réalités et enjeux 75
Amine DAFIR

Fonds souverains : comment repenser le capitalisme d’État ? 85


Yves JÉGOUREL

Un tour du monde géopolitique ou géoéconomique? 99


Eugène BERG

Lectures 115
La diplomatie économique
marocaine en Afrique
subsaharienne : réalités et
enjeux

Amine DAFIR
Doctorant en économie internationale à l'université Mohamed V Souissi
(a.dafir@hotmail.com).

Introduction

La diplomatie économique est de plus en plus associée à la stratégie


globale de développement. Ce phénomène concerne en particulier les pays
en voie de développement qui doivent faire face à de multiples difficultés
pour s’intégrer dans l’économie mondiale. À l’instar de ces pays, le Maroc
mise sur sa diplomatie économique pour booster sa croissance économique
et équilibrer sa balance commerciale.
La notion de diplomatie économique est relative et difficile à cerner, dans
la mesure où elle diffère selon les pays et selon les acteurs impliqués et se
définit «non par ses instruments, mais par les problèmes économiques qui
lui donnent son contenu  1». Dans notre article, la diplomatie économique

1.  L. Badel, «Introduction», dans «Diplomaties en renouvellement», Les Cahiers Irice, n°3,
2009.

Géoéconomie | Automne - Hiver 2012


Amine DAFIR

englobe non seulement les relations interétatiques, mais aussi les


relations qui se tissent entre les États et les autres acteurs de l’économie
mondialisée  2. Il s’agit de « l’ensemble des mécanismes et pratiques adoptés
par des individus ou groupes, étatique ou non-étatique, dans le but de
réaliser les objectifs économiques d’un État par le recours à des moyens
politiques, ou de réaliser les objectifs politiques par le recours à des moyens
économiques  3 ». Une telle définition prend en considération l’évolution de
l’environnement international et l’émergence de nouveaux acteurs sur la
scène internationale.

Actions de la diplomatie économique marocaine en Afrique


subsaharienne

La sortie de l’Organisation de l’union africaine a été une erreur stratégique


qui a privé le Maroc d’une opportunité pour défendre ses intérêts et l’a
empêché de peser sur les grandes décisions prises par l’Organisation.
Conscient de cette situation, le Maroc a opté pour un renforcement de
sa diplomatie bilatérale et régionale. La stratégie sur laquelle se fonde sa
politique africaine se concrétise par une multitude de politiques bilatérales
76 et un rapprochement réfléchi avec les différentes régions du continent. Le
Maroc privilégie la prise d’initiatives politiques vis-à-vis des pays d’Afrique
couplée à mesures économiques, se traduisant par une aide financière accrue
et par des investissements nationaux directs et de préférences commerciales
et économiques accordées aux pays africains.
Ainsi, plus de 300 accords ont été signés entre le Maroc et les pays d’Afrique
subsaharienne durant la dernière décennie. Une offensive qui vise à mettre à la
disposition des entrepreneurs marocains un cadre juridique et réglementaire
leur permettant une percée vers l’Afrique à travers le renforcement des parts
de marché acquises et la diversification des débouchés extérieurs.
En effet, on compte 25 représentations diplomatiques marocaines en
Afrique dont 21 en Afrique subsaharienne. Ces ambassades sont les acteurs
centraux de la diplomatie économique à l’extérieur du Maroc qui ont la
capacité d’intervenir sur place afin de promouvoir l’image du pays. Elles ont
pour vocation de promouvoir les échanges dans les pays auprès desquels elles
sont accréditées et drainer les capitaux étrangers vers le marché national.
En outre, certaines ambassades sont dotées de conseillers économiques dont

2.  N. Bayne, S. Woolcock, The New Economic Diplomacy. Decision-Making and Negotiation
in International Economic Relations, 2e éd., Londres, Ashgate, 2007.
3.  A. Dafir, «Le Maroc à l’assaut de l’Afrique : rôle de la diplomatie économique», Le Cercle
Les Échos, 29 juin 2012.
La diplomatie économique marocaine en Afrique subsaharienne

la tâche principale est de défendre les intérêts économiques du royaume


dans les pays d’accréditation. Ces conseillers économiques sont un acteur
central de la stratégie nationale bilatérale. Ils sont les relais du secteur privé
et jouent un rôle cardinal en matière d’accompagnement des entreprises
marocaines. Néanmoins, le rôle joué par ces conseillers et la valeur ajoutée
qu’ils apportent à la diplomatie économique marocaine sont loin d'être
reconnus, vu la confidentialité de leurs missions et l’insuffisance de moyens
mis à leur disposition  4.
De la même manière, les visites officielles mettent en exergue la volonté
politique d’intensifier la projection économique des intérêts marocains
dans le voisinage Sud. Ainsi, entre 2001 - date de l'intronisation du roi
Mohammed VI - et 2009 ce dernier a effectué 21 visites officielles dans 13
pays subsahariens. Ces dernières étaient généralement l'occasion d’inaugurer
des projets de développement et de signer des accords bilatéraux. C'est dans
ce contexte qu' on assiste à l’émergence d’une nouvelle diplomatie des
contrats: diplomatie qui a pour objectif d'instrumentaliser l’appui politique
et économique pour la signature de grands contrats au profit des grands
investisseurs nationaux. D’ailleurs, des dizaines d’entreprises marocaines,
considérées comme étant des « champions nationaux », ont pu trouver une
place parmi les grands investisseurs africains dans le continent.
77
Outre la dimension bilatérale, la diplomatie marocaine développe ses
relations avec l’Afrique aussi dans le contexte régional. La stratégie que cette
dernière adopte en Afrique subsaharienne a pour but de dépasser le blocage
de l’Union du Maghreb arabe (UMA) et de rendre visible le Statut avancé
avec l’Union européenne. Ces raisons sont déterminantes dans le choix du
Maroc de s'insérer dans le contexte régional de l'Afrique subsaharienne.
Par conséquent, le Maroc développe une politique de rapprochement avec
l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Néanmoins,
l’accord avec l’UEMOA n’est pas encore entré en vigueur, puis que certains
États de l’Union considèrent que leurs économies ne sont pas encore prêtes
à la concurrence des entreprises marocaines et souhaitent au préalable la
mise en place de mécanismes préférentiels en termes de tarifs et de règles
d’origine.

Secteur privé : acteur de la diplomatie économique ?

En axant ses efforts sur la promotion des intérêts économiques et


commerciaux, la diplomatie marocaine vise à devenir le meilleur allié des
« champions nationaux » dans leur quête des marchés africains. Dans ce sens,

4.  Lors des entretiens avec les conseillers économiques, ils mettent l'accent sur l'absence
de plans d'actions et de moyens budgétaires et matériels.
Amine DAFIR

la vision marocaine consiste à faire des firmes nationales des véritables


ambassadeurs en Afrique. C’est un puissant outil d’influence à l’échelle
internationale qui peut permettre au Maroc de consolider son autorité à
l’extérieur des frontières. Certes, le secteur privé marocain participe aux
délégations officielles et aux commissions mixtes, mais son rôle se limite à
la participation passive aux actions de l’État. C’est pourquoi il est difficile de
parler d’une diplomatie privée indépendante de la diplomatie officielle.
La présence accrue des entreprises marocaines au sud du Sahara procède
d’une volonté politique puis que, contrairement à ce qu’affirme le discours
officiel, les entreprises sont encore rétissantes à investir ou à être présentes
au Sud du Sahara. De plus, l’échec de l’expérience de la Royal Air Maroc
(RAM) et son retrait d’Air Sénégal international (ASI), fait évidemment
beaucoup réfléchir les ménagers des entreprises marocaines  5. Il s’agit ici
d’un secteur privé qui se limite à jouer le rôle de bénéficiaire des actions de
la diplomatie étatique.
C'est en cela que réside la différence avec la Turquie, qui a commencé
à développer ses relations diplomatiques avec les pays de l’Afrique
subsaharienne par le biais du secteur privé, en particulier de la confédération
TUSKON. Ainsi, le gouvernement a été poussé à la conquête de nouveaux
78
marchés par sa base, incarnée par une nouvelle classe d’entrepreneurs, les
« tigres anatoliens ». La confédération TUSKON prépare actuellement toutes
les visites du président et du ministre du Commerce extérieur turcs. Les
relations diplomatiques de la Turquie avec le continent africain se sont
développées d’une manière assez rapide : en l’espace d’une décennie, Ankara
a triplé le nombre de ses ambassades , ayant pour objectif d'en installer
trente à fin 2012  6.
Ces acteurs privés exercent de plus en plus d’influence dans les processus
décisionnels et deviennent un acteur central de la diplomatie économique
turque  7. C’est une diplomatie qui vise à servir le secteur privé et lui faciliter
la tâche de conquête de marchés étrangers. En contrepartie, les hommes
d’affaires consolideront l’influence mondiale de la Turquie. On parle dans ce
cas d’une diplomatie privée au service de la diplomatie classique du pays et
des intérêts géopolitiques de la Turquie dans le continent africain.

5.  A. Antil, Le Maroc et sa « nouvelle frontière » Lecture critique du versant économique de


la stratégie africaine du Maroc, Ifri, 2010.
6.  A. Vicky « La Turquie à l'assaut de l'Afrique », Le Monde diplomatique. mai 2011.
7.  A. Kateb, «Diplomatie économique et stratégie d’influence : Français, encore un effort»,
Géoéconomie, décembre 2010.
La diplomatie économique marocaine en Afrique subsaharienne

Réalisations de la diplomatie économique marocaine

L’évaluation de l’action de la diplomatie économique marocaine est freinée


par l'absence du suivi a posteriori des actions de promotion et par le manque
de corrélation entre une action de diplomatie économique et une opération
d’exportation ou d’investissement.
Néanmoins, la densité des efforts fournis par la diplomatie marocaine
a permis de faire de l’Afrique une zone d’accueil importante pour les
investissements marocains, ce qui fait du Maroc le deuxième investisseur
africain sur le continent, après l’Afrique du Sud, et le premier en Afrique de
l’Ouest. Cependant, ces investissements ne se traduisent pas encore par une
augmentation des échanges avec l’Afrique subsaharienne, cela à cause du fait
que les investisseurs marocains n’ont pas une vision globale intégrant leurs
actions d’internationalisation dans le cadre d’une décomposition régionale
des processus productifs.
En termes d’exportations, le solde commercial du Maroc avec l’Afrique
subsaharienne s’est amélioré, passant d’un déficit de près de 7,2 millions
dirhams en 2000 à un excédent de 2,7 milliards en 2010. Néanmoins, les
exportations vers les pays de la région restent dominées par les produits à 79
faible valeur ajoutée, telle que les produits d’origine végétale et minérale.
Par ailleurs, la structure des exportations montre que les multinationales
étrangères installées au Maroc n’ont pas la même vision du marché africain
et restent surtout orientées vers les marchés traditionnels.
Les réalisations économiques de la diplomatie marocaine sont en dessus des
moyens engagés et de la multitude d’actions entreprises. C’est pourquoi le
renforcement de la diplomatie économique est indispensable pour réussir
le pari de l’insertion régionale de l’économie marocaine. Deux aspects sont
fondamentaux au niveau de la stratégie de développement des exportations
et d’accompagnement des investisseurs marocains en Afrique, à savoir
l’accès à l’information et les entraves institutionnelles.

Renforcement de la veille stratégique

L’information est une arme absolue et un avantage compétitif que


l’entreprise doit transformer et exploiter dans un environnement très
difficile. L’accès à l’information et la maîtrise des sources d’informations
constituent une entrave majeure pour les opérateurs économiques souhaitant
entretenir des relations économiques avec les pays de l’Afrique. Ce déficit
informationnel lié au manque de diffusion des opportunités et des facilités
qu’offre ce continent aux opérateurs économiques est un handicap sérieux
à la réalisation des objectifs attendus.
Amine DAFIR

Le fonctionnement du système actuel de veille est assuré par des conseillers


économiques chapeautés par un service de veille économique au ministère
des Affaires étrangères. Les conseillers économiques ont pour mission
de collecter le maximum d’informations sur les règlements, la liste et la
qualité des opérateurs présents sur place. Grâce à leurs contacts et à leur
connaissance du terrain, ils peuvent apporter des informations autrement
non accessibles et donc à forte valeur ajoutée et souvent stratégique.
En outre, le service de veille économique a pour mission de centraliser,
analyser et traiter les informations et les données. Ce service peut atteindre
pleinement son objectif en mettant à la disponibilité des opérateurs des
informations stratégiques sur les marchés publics, les opportunités d’affaires
et en proposant des listes de contacts pour les exportateurs intéressés par
le marché en question. Cette cellule n’est pas dotée de moyens humains
spécialisés et des moyens technologiques afin d’assurer une analyse de
qualité de l’information collectée  8.
De même, les ambassades marocaines en Afrique subsaharienne
n’ont pas de sites Internet et la collecte d’informations sur l’existence de
conseillers économiques au sein de ces ambassades n’est pas une tâche aisée.
Ajoutons à cela que le contact avec les conseillers économiques se fait à
80
travers le ministère des Affaires étrangères en passant par les associations
professionnelles, ce qui implique une perte de temps et donc une perte de
plusieurs opportunités  9 au profit de pays concurrents.

Défense des produits et investisseurs

Le conseiller économique est un ambassadeur qui jouit d’une image


de marque surtout dans les pays d'Afrique subsaharienne. Sa capacité à
défendre les produits nationaux lors des opérations d’importation est un
gage dans un environnement marqué par une faible transparence et des
procédures douanières lentes et coûteuses en raison du caractère archaïque
des technologies de l’information et de la communication. Il est donc
important de structurer les ambassades qui souffrent d’un sous-effectif
notoire. En outre, les équipes sur place sont focalisées essentiellement sur le
dossier du Sahara. D’où l’intérêt de l’installation d’un service économique
dynamique et doté de moyens adéquats qui non seulement pourra explorer
les possibilités qui s’offrent aux produits marocains, mais donnera aux

8. Ce service va devenir, dans le cadre de la nouvelle réorganisation du ministère, une


direction d'intelligence économique.
9.  Lors des entretiens avec les conseillers économiques, ils affirment qu'ils ont perdu des
grands contrats au profit de pays concurrents à cause de l'absence d'un contact direct avec
les sociétés marocaines.
La diplomatie économique marocaine en Afrique subsaharienne

opérateurs marocains un sentiment de confiance et de protection lorsqu’ils


réaliseront des opérations avec ces pays  10. Un des premiers investisseurs
marocains en Afrique subsaharienne juge que la diplomatie économique
en Afrique reste trop timide par rapport à celles d’autres pays, comme la
Tunisie, qui ne bénéficient pas du même accueil que les Marocains  11. C'est
pour cela que les quelques opérateurs marocains en Afrique explicitent le
besoin de disposer davantage de soutiens institutionnels efficients. Pour
compenser à ce manque, chaque ambassadeur devrait, par exemple, disposer
d’une équipe d’au moins cinq personnes, dédiée exclusivement aux affaires
et à l’accompagnement des investisseurs marocains.
Une entreprise marocaine qui souhaite remporter des appels d’offre dans
des pays éloignés ou s’internationaliser en Afrique est confrontée à une
multitude de paramètres d’ordre géopolitique, économique ou encore culturel
qu’elle ne maîtrise pas. Tout l’enjeu de la diplomatie économique consiste
à trouver les bons « leviers d’action », à identifier les bons décideurs et à les
influencer dans un sens favorable aux intérêts de cette entreprise, tout en
restant dans un cadre conforme aux valeurs éthiques généralement admises.
C’est qui signifie d'éviter, tant que faire se peut, des pratiques ambiguës,
assimilables de près ou de loin à de la corruption  12.
81
Conclusion

L’apport de la diplomatie économique en matière d’insertion internationale


de l’économie marocaine en Afrique est loin d'être reconnu. Les indicateurs
économiques ne vont pas de pair avec les efforts fournis, ce qui remet en
cause l’efficacité des actions entreprises par le Maroc pour la quête des
marchés de la région subsaharienne.
Si les produits de faible valeur ajoutée s’exportent bien et n’ont pas besoin
d’une réelle politique de promotion, les produits à moyenne et à haute valeur
ajoutée sont généralement des exportations intra-firmes s’intégrant dans le
cadre de la décomposition internationale de la chaîne de production et donc
répondent plutôt à une stratégie de firmes. C’est pourquoi, il est indispensable
de développer des produits spécifiques aux marchés africains moins chers
que les produits occidentaux et de qualité meilleure par rapport aux produits
chinois. La diplomatie économique doit faire partie d’une stratégie globale

10. M. Cherkaoui, ancien ambassadeur du Royaume du Maroc au Nigeria. « Quel potentiel


de développement de la cooperation Maroc-Nigéria », Ires 2012.
11.  F. Chaabi. « Ces entreprises marocaines qui se sont lancées dans l’aventure africaine »,
La Vie éco, 13 octobre 2006.
12.  A. Kateb, «Diplomatie économique et stratégie d’influence : Français, encore un effort»,
Géoéconomie, décembre 2010.
Amine DAFIR

de développement de l’offre exportable marocaine.


De même, les pays développés ne doivent pas être la priorité du commerce
extérieur marocain, aussi performant soit-il. Ce ne sont pas des marchés où
les exportateurs peuvent écouler des produits à haute valeur ajoutée. Un
autre pari de la diplomatie marocaine est d’intéresser les pays occidentaux à
produire au Maroc pour exporter vers la région. Cette stratégie va permettre
au Maroc de tirer profit de la multitude d’accords signés et de servir de
plate-forme régionale de production et d’exportation.
Néanmoins, la question du Sahara reste la priorité de la diplomatie marocaine,
ce qui rend urgent la recherche de solutions politiques durables. La question
est de savoir comment réconcilier les objectifs économiques et politiques
tout en consolidant une influence régionale et en développant la profondeur
stratégique du royaume.
La réussite de la diplomatie économique passe par une nouvelle stratégie
agressive englobant une bonne maîtrise de l’information stratégique, une
diplomatie des contrats et une meilleure communication des success stories
des entreprises marocaines dans la région. Tout l’enjeu de la diplomatie
économique consiste à trouver les bonnes sources d’informations, à
identifier les bons décideurs et à les influencer dans un sens favorable aux
82
intérêts économiques du pays. C’est la raison pour laquelle il est nécessaire
d’intégrer la diplomatie économique dans le cadre d’un dispositif national
d’intelligence économique afin de mieux servir les intérêts stratégiques de
l’entreprise « Maroc ».
La diplomatie économique marocaine en Afrique subsaharienne

Résumé
La diplomatie économique est de plus en plus associée à la stratégie globale de développement,
notamment dans les pays en voie de développement, qui continuent à faire face à de multiples
difficultés pour s’intégrer dans l’économie mondiale dans une conjoncture marquée par une
concurrence acharnée. À l’instar de ces pays, le Maroc mise sur sa diplomatie économique
pour réduire le déficit structurel de sa balance commerciale et accompagner les investisseurs
marocains dans leur quête des marchés étrangers. L’objet de notre papier est de rappeler les
acteurs de la diplomatie économique marocaine en Afrique subsaharienne, d’étudier son apport
tout en rappelant ses limites et ses contraintes. Il s’agit également de mettre l’accent sur les
missions actuelles de la diplomatie économique tant au niveau bilatéral que régional ainsi que
quelques outils susceptibles de permettre une redynamisation de la diplomatie économique
marocaine dans un continent en transition.

Abstract
Economic diplomacy is increasingly associated to the overall development strategy, particularly
in developing countries which are still having echoes tied to integrating a global economy
characterized by a rude competition. Considered as a developing country, Morocco is building
its economic diplomacy to reduce the structural deficit in its trade balance and support the
Moroccan investors in their pursuit of foreign markets. The purpose of this paper is: to remind
the actors of Moroccan economic diplomacy in Sub-Saharan Africa; to study its contribution
by recalling all its limitations and constraints; to focus on the current role played by the
economic diplomacy in both, bilateral and regional relationships. This paper aims also to 83
treat some measures that could energize the Moroccan economic diplomacy in a continent
in transition.
Géoéconomie
63 - Automne hiver 2012 63 63
DOSSIER
Les révolutions du jeu vidéo

jeu vidéo, une épopée industriell


Le marché mondial des jeux vidéo : vers une nouvelle phase de croissance
Laurent MICHAUD
Une benjamine devenue ainée : structures et mutations de l’industrie du jeu vidéo
Philippe CHANTEPIE
La France dans le marché mondial du jeu vidéo
Nicolas GAUME
Jeux vidéos et publicité : deux univers incompatibles ?
Antoine DUBUQUOY
Les enjeux d’une régulation juridique du jeu vidéo en France
Patrice MARTIN LALANDE
Les dispositions françaises en faveur du jeu vidéo 
Valérie BOURGOIN

VARIA
La diplomatie économique marocaine en Afrique subsaharienne : réalités et enjeux
Amine DAFIR
Fonds souverains : comment repenser le capitalisme d’État ?
Yves JÉGOUREL
Un tour du monde géopolitique ou géoéconomique ?
Eugène BERG
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Revue trimestrielle - automne hiver 2012

Géoéconomie
Lectures

jeu vidéo, une épopée


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