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LE FRUIT DE L'ESPRIT (Donald GEE)

LE FRUIT DE L'ESPRIT

Par Donald GEE

Auteur de : « Les Ministères-Dons de Christ » « Pentecôte» etc.....

Dr GUILLAUME, 65 rue du Château d'Eau, Calais


(P. de C.) France.

 Avant-Propos 
 Introduction

 Chapitre I. Le fruit de l'esprit et les dons spirituels  

 Chapitre II. L'amour.     

 Chapitre III. La joie  

 Chapitre IV. La paix

 Chapitre V. La longanimité (La patience).   

 Chapitre VI. La bénignité (la bienveillance)  

 Chapitre VII. La bonté   

 Chapitre VIII. La fidélité  

 Chapitre IX. La douceur 


1
 Chapitre X. Le contrôle de soi-même (La «tempérance ») 

« Le fruit de l'Esprit, c'est l'amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la


bénignité, la fidélité, la douceur, la tempérance ». (Galates 5: 22-23).

Le fruit de justice, qui est par Jésus-Christ » (Philippiens 1:11).

Demeurez en moi, et je demeurerai en vous. Comme le sarment ne


peut de lui-même porter du fruit, s'il ne demeure attaché au cep,
ainsi vous ne le pouvez non plus, si vous ne demeurez en moi. »
(Jean 15:4.)

C'est donc à leurs fruits que vous les reconnaîtrez ». (Matthieu 7 :20).

AVANT —PRO PO S

Aucune i nt roduct i on n'est nécessai r e pour ceux qui


connai ssent l 'aut eur de cet ouvrage. S es écri t s sur l es «
Mi ni st ères- dons de l 'Espri t » et ses exposés prat i ques de l a
véri t é ont ét é pour des m i ll i ers de personnes une
bénédi ct i on. S on ensei gnem ent rel at i f aux opérat i ons de
l 'Espri t par l e m oyen des dons ayant ét é si ri chem ent béni
et d'une si grande ut i l it é, i l ét ai t convenabl e qu'il préparât
m ai nt enant un ouvrage sur l es m ani fest at i ons de l'Espri t
dans ses rapport s avec l a vi e chrét i enne et l es frui t s qu'el l e
produi t , t el l em ent i ndi spensabl es au bon exerci ce des dons

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et à l 'espri t dans l equel il s doi vent êt re ut i l i sés. C e t rai t é
sur « L e Frui t de l 'Espri t » doit êt re soi gneusem ent l u et
m édi t é par t ous ceux qui aspi rent à une vi e caché e avec
C hri st en Di eu, car sans ce frui t , l es dons spi ri t uel s
devi ennent , l'ai rai n qui résonne, ou l a cym bal e qui ret ent i t .
C e l i vre vous est chal eureusem ent recom m andé, — à vous
qui dési rez vi vre par l'Espri t une vi e t out e à l a gl oi re de
not re S auveur et S ei gneur.

Ernest S. WILLIAMS

In trod u cti on

C omm e i l est i ndi qué dans l e prem i er chapi t re de ce pet i t


l i vre, l 'aut eur eut l e pri vi l ège de donner cet t e séri e
d'ét udes bi bl i ques sur l e frui t de l 'Espri t au cours annuel de
l a grande écol e bi bl i que de l'Egl i se « F il adel fi a » à
S t ockhol m , probabl em ent l a pl us grande assem bl ée de
P ent ecôt e du m onde ent i er. Ell e est publi ée en réponse aux
bi envei l l ant es et nom breuses dem andes de ceux qui
dési rai ent ,l es avoi r en perm anenc e, c'est pourquoi ce li vre
a ét é t i ré, au cours d'un voyage en Afri que du S ud, de not es
pri ses sur ces ét udes.

Le suj et si at t rayant du « Fruit de l 'Esprit » et des form es


di verses de s ai nt et é prat i que qui s'y rat t achent ont i nspi ré

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t ant de vol um es à t ant d'aut eurs doués, qu'en aj out er un
aut re, si m odest e fût - il , paraî t presque une présom pt i on .

C ependant , une m ani ère t rès at t rayant e d'aborder ce suj et ,


sem bl e, en grande part i e, avoi r ét é négl i gée jusqu'i ci : c'est
cel l e du F ruit de l 'Esprit consi déré du poi nt de vue
part i cul i er de la P ent ecôt e. Il est inévi t abl e que
l 'expéri enc e spi ri t uel l e si pui ssant e, si im port ant e par el l e-
m êm e, rai son d'êt re de ce grand m ouvem ent , nécessi t e une
rééval u at i on des expéri enc es préc éden tes et une révision de
quelques doctrines antérieures. Dans ce petit livre il a été fait
un essai dans ce sens, et les vérités essentielles contenues
dans ce sujet sont abordées et expliquées, et leur utilité
pratique démontrée, du point de vue de celui qui fait
définitivement partie du mouvement de Pentecôte. Un aspect
légèrement distinct de la question, qui vient peut-être s'y
ajouter, est l'application fréquente de cette étude à ceux qui
sont engagés dans l'oeuvre du ministère.

Le lecteur reprochera peut-être à cet ouvrage de ne pas entrer


d'une manière approfondie dans les questions théologiques qui
s'y rattachent. La raison en est qu'il est écrit spécialement
pour les personnes fidèles et bien-aimées qui constituent la
plus grande partie de nos assemblées, et de l'Eglise
Universelle, et vise, par conséquent, à être pratique plutôt que
théorique. Nous espérons que le caractère particulier de ce
travail le rendra utile pour un plus grand nombre de personnes
que ne le seraient des esquisses purement 'théologiques. Les

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étudiants zélés n'auront pas de difficultés à découvrir les
convictions personnelles de l'auteur en fait de doctrine, car
elles font nécessairement partie intégrante de toute l'étude
elle-même.

Mais pour ceux qui s'intéressent spécialement à l'aspect


théologique je dirai ce dont je suis moi-même persuadé : la
doctrine de la Trinité implique nécessairement que les oeuvres
accomplies par les différentes personnes de la Divinité
peuvent, et doivent, être considérées de points de vues divers,
chacun étant correct comme aspect particulier de la vérité,
sans toutefois la contenir entièrement. Ainsi, nous savons que
« Dieu a tant aimé le monde qu'Il a donné son Fils unique », et
cependant, nous savons en même temps, et d'une manière tout
aussi vraie, que « Dieu était en Christ, réconciliant le monde
avec Lui-même ». De même, le Saint-Esprit est quelquefois
envisagé comme l'Esprit du Père, ou l'Esprit du Fils, mais à
d'autres reprises comme une Personnalité tout à fait distincte,
séparée des deux autres.

L'appl i cat i on de ces m yst ères subl im es au suj et qui nous


est présent é est à m on avi s l a sui vant e : l es di fférent es
qual i t és du cara ct èr e chrét i en énum éré es com m e «F rui t de
l 'Espri t » résul t ent d'une m ani ère défi ni e d'un pri nci pe
nouveau de vi e au dedans d'un homm e, pri nci pe apport é par
l a nai ssance d' « En Haut ». La source de cet t e vi e, et par
conséquent l a S ource derni ère de ce « Frui t », c'est C hri st
Lui -m êm e, l e S auveur, dem eurant en nous. Les Écri t ures

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ram ènent d'une m ani ère évi dent e ces choses à C hri st .
(Gal at es 2: 20, Jean 15   :3 Phi 1   :11 et c). Mai s cet t e
présenc e de Chri st dem eurant dans l e croyant lui est
nécessai r em ent donnée par l e S ai nt - Espri t , envisagé sous ce
rapport comme « l'Esprit de Christ », parce que le Fils lui-
même, dans sa Personnalité propre, comme Seconde Personne
de la Trinité, est maintenant assis à la droite du Père dans les
lieux célestes. Il en résulte que la source divine, du « Fruit »
est le Saint-Esprit vu sous Sou aspect particulier, « d'Esprit
de Christ ».

Il apparaî t , dans l e Nouveau Test am ent , comm e un fai t


hi st ori que i ndéni abl e que l e S ai nt Espri t peut et doit êt re
reçu par le croyant , sous Sa P ersonnal i t é propre et
di sti nct e. C et t e expéri enc e doi t sui vre à prem i ère venue à
l a régénér at i on ; ell e est appel ée l e B apt êm e du S ai nt -
Espri t , dont l e but n'est pas de donner l a Vi e m ai s l a
pui ssance. S es m ani fest at i ons part i cul i ères ne sont pas l es
frui t s, m ai s l es dons spi ri t uel s.

C e poi nt de vue ai de cert ai nem ent beaucoup à résoudre l e


pl us grand nom bre des di ffi cul t és que rencont r ent dans
l 'ét ude de ces suj et s, l es personnes observat ri ces et
réfl échi es. C ar i l m ont re com m ent il est possi bl e aux
croyant s ayant reçu l e S ai nt -Espri t dans S a pui ssance
régéné rat ri c e com m e « Espri t de C hri st » dem eurant en
eux, de m ani fest er beaucoup de « frui t », sans avoi r j am ai s
connu l 'expéri enc e défi ni e du bapt êm e du S ai nt -Espri t . Et ,

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d'un aut re côt é, i l m ont re com m ent cert ai ns chrét i ens
peuvent exerce r l es dons spi ri t uel s reçus par ce bapt êm e
sans m ani fest er l e frui t de l'Esprit — s'ils négligent de maintenir la
plénitude de la vie de Christ au dedans d'eux mêmes ; autrement dit, s'ils
ne prennent garde de « marcher selon l'Esprit ».

Je sais fort bien que l'opinion théologique ci-dessus peut être


discutée ; mais je dirai au moins ceci : la vérité de la Divinité
en trois Personnes dépasse tellement la compréhension
humaine que tout en nous sentant en droit de maintenir d'une
manière dogmatique la vérité centrale, nous pouvons et devons
montrer une grande tolérance vis-à-vis des doctrines
personnelles qui essaient d'en définir les différentes
manifestations. Ceci est particulièrement vrai du Saint-Esprit,
car la définition exacte de sa Personne et de Son Œuvre,
formant partie du mystère insondable de la Divinité,
représente une profondeur de vérité théologique digne de
beaucoup d'étude, et que seule la lumière de la révélation peut
nous dévoiler. Je suggère respectueusement qu'une doctrine
qui semble rencontrer d'une manière satisfaisante tant de faits
d'expérience renferme sans doute une vérité de première
importance. On n'en demande pas plus. Ceci dit, je suis
heureux de laisser les questions purement théologiques pour
aborder le côté toujours plus agréable, et, je crois, plus
important et plus pratique.

Donal d GEE.

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A bord du « B alm ora C ast l e »

Janvi er 1934.

C HAP ITR E I

LE FRUIT DE L 'E S PRIT ET L ES DO NS S PIRIT UE LS

Lorsque, dernièrement, me sont échus en partage le privilège


et la responsabilité d'enseigner une fois encore au cours
annuel de la grande école biblique de Stockholm, je demandai
à l'un des pasteurs de la localité s'il avait quelque suggestion
à me faire pour un sujet convenable. Après un court silence, il
me répondit « Le Fruit de l'Esprit ».

Je vis immédiatement l'inspiration du Saint-Esprit dans un


choix si heureux s'harmonisant d'une manière parfaite avec les
études sur « Les dons spirituels » faites l'année précédente.

L'équi l i bre essent i el ent re ces deux suj et s s'im posera d'une
m ani ère évi dent e à tous ; m al heureusem ent , i l faut avouer
qu'en appuyant t rop fort em ent sur l es dons spi ri t uel s,
cert ai ns sem bl ent avoi r parfoi s négli gé l e F ruit de l 'Esprit .
Avant de l es cri t i quer t rop hât i vem ent souvenons- nous que
pendant des générat i ons, et dans bi en des di rect i ons à
l 'heure act uel l e t out e l'i m port ance a ét é donnée aux frui t s
au dét ri m ent des dons spi ri t uel s. Une t el l e i nsi st ance

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m anque d'équi l i bre, à l a l um i ère de l'Ecriture, et comme le
pendule la vérité cherche toujours sa position d'équilibre.

Le Nouveau Testament marque une harmonie exquise entre ces


deux sujets, qui font partie intégrante de l'oeuvre du Saint-
Esprit. Le Chapitre 12 de la première Epître aux Corinthiens
termine un exposé sur les dons spirituels par ces mots
significatifs : « Aspirez aux dons les meilleurs. Et je vais
encore vous montrer une voie par excellence. » Ainsi le thème
de la Charité, « fruit » de l'Esprit est présenté avec un sens
exact de la mesure. Et cependant, pour éviter que la balance
ne penche trop de l'autre côté, après le si lumineux cantique
de louanges à la charité du chapitre 13, le chapitre 14
commence par ces mots tout aussi significatifs : « Recherchez
la charité. Aspirez aussi aux dons spirituels ».

A travers ces trois chapitres sensés, éloquents, pratiques,


l'équilibre est maintenu. Il y est fortement insisté sur l'absolue
nécessité de la sanctification pour le bon usage des dons
spirituels, mais nulle part, nous ne trouvons l'opposition
fanatique et presque brutale qui semble être de nos jours la
marque de certains docteurs de la «Sainteté ».

L'équilibre parfait entre les « fruits » et les « dons » de


l'Esprit est peut-être intentionnellement appuyé par ce fait
qu'ils sont tous deux au nombre de neuf, énumé rés
respect i vem ent dans Gal at es 5   :22- 23 et 1C o 12:8-10 .

L e fru i t croi t
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Le choix inspiré du terme « fruit » est rempli de beauté. Notez
le contraste entre les oeuvres de la chair et le « fruit » de
l'Esprit dans Galates 5. Les « oeuvres » nous parlent de la
ville poussiéreuse, de machines bruyantes, d'activité
fiévreuse. Le « fruit » nous parle de la campagne, de jardins
paisibles, et des forces silencieuses mais vitales de la nature.

Les fruits sont le résultat de la vie. D'abord paraît le


bourgeon, puis la fleur, finalement le fruit mûr pour la
récolte. Soutenant toutes ces choses est la vie de l'arbre,
portant le fruit, la vie, aussi des forces de la nature, du soleil,
de la pluie, qui apportent leurs bienfaits. Les fruits ne peuvent
être obtenus là où règne la mort.

La comparaison est exacte. Le fruit de l'esprit est le résultat


direct de la vie de Christ apportée au croyant par l'Esprit, « le
fruit de justice» qui est par Jésus-Christ (Phil. 1:11). Car il
résulte d'une vie de communion intime et constante avec
Christ. « Celui qui demeure en moi, et en qui je demeure,
porte beaucoup de fruits » (Jean 15  :) La perte de cette
communion explique souvent notre impuissance à porter du
fruit, et le labeur du chrétien, si grand soit-il, et même
l'exercice des dons spirituels ne peuvent jamais remplacer la
marche avec Dieu. C'est un encouragement de savoir que la
communion constante avec Christ dans notre vie quotidienne
produira le fruit de l'Esprit à notre insu. Les personnes qui nous
entourent le voient avant nous, ce qui est de beaucoup préférable.

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Ce principe d'une croissance soutenue et tranquille contraste
d'une façon frappante avec la manière dont les chrétiens peuvent
recevoir les dons spirituels. Ceux-ci sont souvent, non pas
obligatoirement toutefois, communiqués en une occasion
spéciale, avec la prière ou l'imposition des mains comme pendant
la « Pentecôte » à Ephèse. (Actes 19:6) où lorsque des anciens
firent l'imposition des mains à Timothée. (1 Tim 4  :14).

Combien cherchent le fruit de l'Esprit, mais en vain, parce qu'ils


s'y prennent mal ! Ils assistent à des réunions en plein air ou à des
conventions, ou vont entendre un prédicateur « renommé ». Ils
pensent que le fruit de l'Esprit particulièrement désiré, comme la
paix ou la douceur, sera subitement et sur le champ planté en eux.
Faute de marcher avec Christ, ils seront inévitablement déçus.

J'ai raconté en divers lieux, un incident de ma jeunesse. Je


désirais vivement, un été, faire pousser des tomates dans notre
petit jardin. J'achetai mes plants, je les mis en terre et j'en pris
soin. Mais l'atmosphère poussiéreuse de Londres leur était peu
favorable, et vers la fin de l'été je commençais à désespérer de
jamais récolter de fruits. Jugez donc de ma surprise lorsqu'un
beau matin je vis pendre de grosses tomates mûres à mes plants.
Ravi, stupéfait, je me précipitai dans le jardin, mais je constatai
alors que ma mère les avait attachées avec u ne ficelle .

Cette petite plaisanterie de ma jeunesse illustre bien ce que


nombre de personnes essaient de faire avec le fruit de l'Esprit.
Elles ne remplissent jamais les conditions pour porter ce fruit,

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puis essaient d'y suppléer en cherchant une méthode artificielle
de production. Mais nous pouvons toujours voir les « ficelles »

Non pas par l e bapt êm e

Beaucoup de personnes considèrent le baptême du Saint-Esprit


comme un moyen de porter ce fruit et éprouvent un
désappointement profond s'il ne se manifeste pas immédiatement
après cette expérience spirituelle. Cependant le but expressément
désigné du baptême du Saint- Esprit, et le résultat de ce baptême,
sont de donner la puissance pour le service et le témoignage.
(Actes 1:8). Conformément à ce dessein, ce sont les
manifestations surnaturelles de l'Esprit par ses dons qui forment
le signe initial du baptême (Actes 2:4. 10:26. 19:6). La sainteté
est le signe d'une vie de communion ininterrom pue avec Christ,
et n'est pas nécessairement rattachée directement au baptême
de Pentecôte. Même sans ce dernier, la beauté de Christ peut
largement s'épanouir dans le caractère du Chrétien.

Il faut ajouter que la plénitude réelle du Saint-Esprit produit


inévitablement aussi le fruit parce quelle nous donne une vie
de communion avec Christ plus riche et plus vivante.
Cependant le dessein immédiat de la Pentecôte était de donner
la puissance, non la sainteté, la sainteté fut auparavant
acquise par la foi ; et la sainteté par l'obéissance devait
suivre.

Un enfant en Christ peut ainsi recevoir parfois des


manifestations frappantes de la puissance de l'Esprit malgré
12
un manque visible de maturité du fruit qui forme le caractère
du chrétien. Ceci apparaît clairement chez beaucoup des
premiers convertis au Christianisme auxquels furent adressées
les Epîtres du Nouveau Testament. Des dons réels de l'Esprit
de Dieu peuvent être exercés là où la charité n'est point
parfaite. (1Co 13:1-3).Sans la charité,les dons ne sont pas
employés d'une manière normale, ce qui est inexcusable chez
le croyant de quelque maturité. Où l'amour est absent, les
dons sont absolument sans valeur. Il en résulte pour ceux qui
exercent les dons spirituels une nécessité impérieuse de porter
aussi les fruits de l'Esprit, et de demeurer dans la « doctrine
des Apôtres » (Actes 2:42).

Le feu et l 'ent housi asm e de not re t ém oi gnage publ i c pour


C hri st peuvent rendre vai n ce t ém oi gnage si not re vi e n'est
pas rem pl i e de l a grâce et de l a beaut é de Jésus Nous
som m es tous des l et t res « vi vant es, connues et lues de t ous
l es hom m es » ; et , si not re vi e n'est pas en harm oni e avec
nos parol es, el l e ne peut que t rès fâcheusem ent
s'accom pagn er d'un grand ét al age de dons apparent s.

La p ui ssan ce du fru i t  .

Tout ceci tend à prouver la puissance réelle du fruit de


l'Esprit. C'est l'influence tranquille d'une vie pleine de beauté,
plutôt que la puissance torrentielle d'un ministère plein de feu,
et cela vient de notre communion avec Dieu et non d'un
moment de crise.

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On racont e que l orsque l a const ruct i on du Fort h B ri dge en
Ecosse ét ai t près d'êt re t erm i née, l es ingéni eurs, pendant
t out e une journée froi de et som bre, essayèrent vai nem ent
de rapprocher cert ai nes i m port ant es pout res de fer. Il s
eurent sans succès, recours à t ous l es procédés im agi nabl es
de l a m écani que, et à l a fi n de l a j ournée se ret i rèrent
absol um ent i m puissant s. Mai s l e l endem ai n m at i n, l e sol ei l
d'ét é envel oppa de ses chauds rayons l es grandes m asses de
fer et l a di l at at i on produi t e l eur perm i t bi ent ôt de fai re l a
soudure. Il en est ai nsi d'une grande part i e de l 'oeuvre de
l 'Espri t . S a pui ssance opère parfoi s pl us i rrési st i bl em ent
par l es forces cal m es de l'am our, de l a j oi e et de l a pai x,
que par l es m ani fest at i ons pl us frappant es des dons et des
prophét i es.

D' un autre côté il y a souvent des rochers qu'il faut briser, et


des portes qui doivent être ouvertes pour lesquels la dynamite
des dons spirituels de Pentecôte est absolument indispensable.
Ce fut l'expérience de Philippe dans son oeuvre d'évangéliste
en Samarie (Actes 8:6) et Paul l'a prouvé comme pionnier
missionnaire. (Actes 13:12-14:3 à 19:20).

La manifestation de la puissance spirituelle la plus grande est


obtenue là seulement où les fruits et les dons vont de pair. A
cet égard, le Nouveau Testament rapporte soigneusement, que
les hommes d'une puissance spirituelle exceptionnelle
possédaient non seulement des dons, mais aussi la grâce de
Dieu et la bonté. (Actes 6:3 à 11:24 16:3à 22:12 etc...)

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Le plus grand exemple de ce principe que la puissance
spirituelle est à son plus haut point là où les dons surnaturels
se rencontrent en harmonie parfaite avec une irréprochable
sainteté du caractère, est le Seigneur Jésus-Christ Lui-Même.

C HAP ITR E II

L ' AMO UR

L'amour est sans aucun doute le plus grand de tous les fruits
de l'Esprit. Il occupe dans l'énumération de Galates 5:22-23 la
première place, et cela est juste et inévitable. Car l'amour
dans sa perfection, semble comprendre presque tous les fruits
de l'Esprit, et les fait resplendir comme des reflets de sa
gloire suprême.

Définir l'amour parfait — et dans sa maturité le fruit de


l'Esprit n'est pas autre chose — c'est là une tache qui dépasse
toute' plume et toutes paroles humaines. Paul s'en, rapproche
beaucoup dans 1 Cor 13, mais alors il écrivait sous
l'inspiration de l'Esprit. Dieu est amour, et par conséquent
vouloir définir l'amour, c'est vouloir défini l'infini.

Un jour, dans la région du centre ouest de l'Amérique,


j'essayai de décrire l'Océan Atlantique à une vieille dame qui,
de sa vie, n'avait vu la mer. Je suis certain d'avoir

15
complètement échoué. Elle reçut sans doute une idée vague de
quelque grand lac, mais c'est tout. — J'ai toujours ce même
sentiment d'impuissance lorsque je commence à parler de
l'amour de l'Esprit.

Q u elq u es con trastes avec l ' amou r h u main .

Mais ce travail nous sera facilité, si nous notons quelques


contrastes, et particulièrement les différences subtiles mais
essentielles, entre l'amour purement humain (qui n'est pas ce
que la Bible entend par le « fruit de l'esprit ») et l'amour
véritablement spirituel, résultat direct de ce que nous sommes
devenus participants de la nature divine par la régénération.
Toute étude approfondie du fruit de l'Esprit nous ramène
directement aux vérités fondamentales de la Nouvelle
Naissance. C'est de la vie nouvelle reçue alors — la « loi de
l'Esprit de vie en Jésus-Christ » — que naît tout fruit de
l'Esprit.

Le fruit de l'Esprit est tout aussi surnaturel que ses dons, il ne


résulte pas d'une amélioration de notre caractère naturel ;
mais d'une vie spirituelle nouvelle reçue d'en haut. Ses
possibilités sont étonnantes et glorieuses. Il est accessible à
ceux chez qui l'on s'attendrait le moins à le voir, de même que
les dons spirituels sont communiqués aux personnes pour
lesquelles le monde n'a que mépris,

a) l'amour pour nos ennemis

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L'amour humain aime ce qui est à lui, il grandit dans une
atmosphère d'amitié, il est soutenu par des démonstrations
d'affection réciproques. L'amour naturel ne persiste qu'en de
rares occasions là où, selon toute apparence, rien n'est donné
en retour.

Mais le fruit de l'Esprit dépasse tout cela, car il produit


l'amour pour nos ennemis. Il est plus qu'une tolérance
négative ; activité positive, il nous pousse à faire du bien à
ceux qui nous maltraitent et nous persécutent. C'est un des
traits les plus remarquables de l'Evangile de Christ qu'il nous
commande un tel amour, (Mat 5:46-47) et le commandement
même implique, comme toujours, la grâce pour l'accomplir.
Cette grâce nous est donnée par l'Esprit de Christ en nous.

Notre Seigneur fut toujours Lui-même l'Exemple parfait de


son enseignement. L'amour, fruit de l'Esprit, fut pleinement
révélé lorsqu'il priait à Golgotha « Père, pardonne-leur car ils
ne savent ce qu'ils font ».

Pour apporter à l'Eglise la preuve de la possibilité certaine


pour le Saint-Esprit de produire ce même amour dans les
disciples, nous avons l'exemple d'Etienne priant pendant que
ses ennemis le lapidaient : « Seigneur, ne leur impute pas ce
péché ». Echo de Golgotha !

b) C et amour ne change pas

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Une des prot est at i ons l es pl us courant es de l'am our
hum ai n, est l a sui vant e : « Je vous aimerai toujours ». Combien de
fois, cependant, les années qui passent et les circonstances qui changent
refroidissent notre amour. Nous déclarons en toute sincérité, et avec
beaucoup de ferveur pendant notre jeunesse que notre amour durera
toujours, mais nous ne connaissons pas nos propres coeurs. C'est pour
cette raison qu'avec l'âge, hommes et femmes ont tendance à devenir
cyniques vis-à-vis de tout amour, s'ils n'ont pas trouvé le sec et de
l'amour, fruit de l'Esprit Eternel. Cette découverte est comme une
révélation.

Cet élément d'invariabilité dans l'amour de Christ fut


merveilleusement manifesté envers Pierre après son
reniement. Simon aurait pu chanter avec une rare
compréhension : « Oh ! quel amour insondable ! » On peut
dire que Barnabas aussi manifesta ce fruit de l'Esprit dans la
ténacité avec laquelle il retint auprès de lui le jeune Marc
jusqu'à ce que ce disciple vacillant fut devenu « utile » (Actes
15:30 2Tim. 4:11) . Ce même fruit peut souvent, de nos jours,
sauver une vie, et parfois un ministère.

c) C et amour se sacri f i e

L'am our hum ai n se rapproch e l e pl us de l 'am our de Di eu


sur ce poi nt . C ar m êm e l'am our nat urel , lorsqu'i l est réel ,
prouve sa profondeur par l a prom pt i t ude à se sacri fi er pour
l 'obj et ai m é, parfoi s m êm e j usqu'à l a mort . « Il n'y a pas de
pl us grand am our que de donner sa vi e pour ses am i s ».

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Et cependant, l'amour divin fait mieux. « Quelqu'un peut-être
mourrait pour un homme de bien. Mais Dieu prouve son amour
envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore des
pêcheurs, Christ est mort pour nous ». (Romains 5:7-8).
L'amour suprême accomplit le plus grand de tous les
sacrifices, pour ceux qui en sont suprêmement indignes. C'est
une forme différente pour dire que l'amour divin s'étend même
à ses ennemis, mais nous la mentionnons spécialement ici
parce qu'elle est l'essence même de tout ministère
véritablement chrétien . « Le bon Berger donne Sa vie pour
Ses brebis » n'est pas seulement écrit de Christ, mais doit être
aussi vrai pour tout bon berger des brebis de Dieu.

Rien n'est plus nécessaire chez un serviteur de Christ que cet


aspect particulier du fruit de l'Esprit. Dans bien des localités,
l'oeuvre de Dieu languit non pas faute de dons spirituels, mais
parce qu'il manque quelqu'un qui veuille bien y apporter un
peu d'amour et d'esprit le sacrifice. Peu de dons font beaucoup
s'ils sont accompagnés d'une grande charité. L'amour, le
dévouement de tout vrai missionnaire, exercés dans un pays
malsain envers un peuple naturellement peu aimable, sont les
plus belles démonstrations de ce fruit de l'Esprit. Cependant,
là ou règne un amour réel, le sacrifice est à peine aperçu, et
jamais mentionné.

Nous avons un jour visité, ma femme et moi, la mission de


Pentecôte d'une petite ville d'Orient, où l'air était tellement
irrespirable que nous étions heureux de pouvoir grimper au

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sommet de la colline pour trouver un peu de fraîcheur et vaincre
la nausée. Pourtant, le dévoué missionnaire parlait toujours du
lieu de sa demeure avec un véritable enthousiasme, et le
considérait comme un des plus beaux coins de la terre. L'amour
transforme.

Bien des parents spirituels parmi ceux qui se sont consacrés avec
le même dévouement, le même esprit de sacrifice, à l'oeuvre du
pasteur chez nous, pourraient dire avec Paul : « Nous aurions
voulu non seulement vous donner l'Evangile de Dieu, mais encore
nos propres vies, tant vous nous étiez devenus chers ». (1 Thess
2:8).

L'amour humain peut en se sacrifiant manquer de sagesse.


L'Esprit de Dieu fera de nous des personnes non seulement
dévouées, mais sages.

d) L 'Amour di vi n est parf oi s di sci pl i nai re

L'amour humain n'est jamais plus près d'échouer à la tâche qu'au


moment où il a pour devoir de châtier. Chaque « enfant gâté » en
est la preuve. « Le Seigneur châtie celui qu'il aime », et tous les
parents ont besoin du fruit de l'Esprit pour agir en cela d'une
manière agréable à Dieu. La grande difficulté, pour la plupart
d'entre nous, est de garder le juste milieu entre la colère et la
faiblesse. Châtier avec un amour sincère est tout un chef-
d'oeuvre.

20
C'est ici le facteur primordial de toute discipline dans l'Eglise. La
discipline doit régner dans nos assemblées (1 Cor. 5:2) mais cet
amour divin que peut seul produire le fruit de l'Esprit est une
nécessité absolue pour atteindre le but : édifier et non détruire.
Certaines tentatives sincères d'établir une discipline dans l'Eglise
ont fait plus de mal que de bien : il manquait l'amour.

L'amour que donne le Saint-Esprit s'élève au dessus de tout


intérêt personnel. Une de ses caractéristiques infaillibles est de se
réjouir de la vérité », plus précieuse pour l'amour divin que tous
les liens de l'affection naturelle.

Nous pouvons citer le cas très triste où le fils d'un pasteur avait
péché moralement dans l'assemblée. Le jeune homme ne se
repentit pas, et le devoir du pasteur était, selon toute évidence, de
le retrancher de l'assemblée, jusqu'à ce qu'il « rentrât en lui-même
», comme l'enfant prodigue. Mais le pasteur ne remplit pas son
devoir, et ce fut un grand préjudice au témoignage rendu pour
Dieu en ce lieu. Cette situation était extrêmement pénible.
Chacun d'entre nous aurait pu échouer de la même manière,
mais ce fait nous révèle la nécessité d'agir parfois avec
fermeté, et la possibilité qui nous en est donnée par le fruit de
l'Esprit. Voyez comment l'amour Divin insista sur la mort de
l'enfant de David, tout en pardonnant librement le péché dont
cette mort était le châtiment. (2 Samuel 1:12-14).

21
Il a été dit que « l'amour est aveugle » Ce n'est vrai que de
l'amour humain. L'amour, fruit de l'Esprit, a les yeux ouverts
à tout, agit en conséquence et continue toujours d'aimer.

Le li en de la perfect i on

Paul exprime un idéal rempli de beauté en adressant aux


Colossiens l'exhortation suivante ; « par dessus toutes choses,
revêtez- vous de la charité, qui est le lien de la perfection »
(Col 3:14).

Ce verset de l'Ecriture me fait toujours penser à la courroie


solide que je mets autour de ma valise pour voyager.
J'emporte toutes sortes de choses, les unes dures, les autres
fragiles, les unes grandes, les autres petites, les unes faciles «
à fourrer » dans les coins, les autres guère commodes ; mais
ma grande courroie de cuir les maintient toutes ensemble en
une union parfaite.

Ainsi en est-il de l'Eglise. Nous présentons une si grande


diversité de personnalités et de caractères que l'union semble
souvent une impossibilité, mais le fruit de l'Esprit, l'amour de
Dieu, peut accomplir cette oeuvre en nous.

Nous avons pensé parfois que les dons de l'Esprit amèneraient


inévitablement l'union. Sans doute en serait-il ainsi si les dons
spirituels étaient accompagnés du fruit de l'Esprit. Mais les
sentiments qui gouvernent notre propre esprit, l'état dans
lequel il se trouve, peuvent influencer de telle manière la
22
révélation et la manifestation du Saint-Esprit que Christ même
peut être prêché par esprit de dispute, et les « langues »
devenir « l'airain qui raisonne ». Seuls les fruits et les dons
agissant ensemble en une sainte association peuvent amener
cette union.

Grâces soient rendues à Dieu qui nous promet dans Sa Parole


la victoire finale. Nous parviendrons tous à « l'unité de la foi,
à l'état d'homme fait, à la mesure de la stature parfaite de
Christ » (Eph. 4:13). Les dons spirituels exercés avec amour
contribuent toujours à cette fin.

Lorsque je visitai Stockholm pour la première fois en 1930, je


vis la grande salle de l'assemblée « Filadelfia » en voie de
construction. Les ouvriers étaient partout au travail,
"échafaudage entourait le bâtiment et les bruits résonnaient de
toutes parts. Bien des fois depuis cette époque en contemplant
le bel édifice entièrement achevé où se pressaient des milliers
d'adorateurs, je me sui s rem ém oré l es parol es si souvent m al
i nt erprét ées qui t erm i nent l e chapi t re 13 de l a prem i ère
épî t re aux C ori nt hi ens. C ar à S t ockhol m seul com pt ait et
devai t êt re perm anent , non l es brui ts ou l 'échaf audag e de l a
const ruct i on, m ais l e bât im ent . C ependant l es brui t s et
l 'échaf audage ét ai ent i ndi spensabl es pour l e const rui re et
l 'acheve r.

Ai nsi en est - il de l'édi fi ce spi ri t uel de Di eu dans l 'Egl i se,


et cet t e i ll ust rat i on nous ai de à com prendre l es dessei ns de

23
Di eu,dans l es dons spi ri t uel s. En fi n de com pt e, seul e
i m port e not re édi fi cat i on à l 'i m age de C hri st , se
m ani fest ant par l e Irai t de l 'Espri t . Le but des dons
spi ri t uel s est d'am ener à m at urit é ce frui t ét ernel . Un jour
l es dons « passeront » m ai s pas avant que l eur oeuvre soi t
t ermi née. Mai s ce jour arri ver a seul em ent lorsque l a
m ani fest at i on fi nal e du frui t de l 'Esprit dans sa pl éni t ude
sera vi si bl e chez t ous l es enfant s de Di eu, quand nous
verrons l e S ei gneur. Al ors, respl endi ssant au dessus de
t out ,dem eurera « l a pl us grande de ces choses : La
C harit é».

C HAP ITR E III

L A JO IE

Tout le monde veut la joie. Ceux même qui délibérément,


choisissent une voie de sacrifice paraissant rendre impossible
toute joie présente, le font dans l'espérance d'une joie future et
éternelle. Christ lui-même a souffert la Croix,et méprisé
l'ignominie «En vue de la joie qui lui était réservée » (Heb.
12:2).

La j oi e nat u rel l e

24
Il est une joie toute humaine qui peut être produite par des
moyens entièrement naturels. Mais elle n'est pas ce que la Bible
entend par le « fruit de l'Esprit » qui résulte de ce que nous avons
reçu l'Esprit et marchons selon l'Esprit.

Certaines caractéristiques de la joie naturelle la séparent


nettement de la joie spirituelle (l'expression « joie spirituelle »
est employée ici pour désigner le fruit de l'Esprit).

a) en prem i er li eu, l a j oi e nat urel l e ne dure général em ent


pas,et ne possède aucun él ément de permanence. (Ecc
7:6) . Ri en ne m ont re m i eux sa nat ure éphém èr e que l a
reche rch e fi évreuse par l 'hom m e du monde d'un
changement cont i nuel et de moyens touj ours nouveaux de
se di vert i r.

b) El l e est t ouj ours accom pagn ée d'un mél ange myst éri eux
de t ri st esse (Prov. 14:13 ). La tonal i t é mi neure persi st e à
t ravers  l a m usi que ; i l y a un « squel et t e au fest i n » ; el l e
est t ouj ours pénét rée d'un sent d'i nsécuri t é. B eaucoup de
j oi e apparent e n'est souvent qu'un effort consci ent et
vol ont ai re pour ét ouf f er l es souci s et i nt oxi quer l 'âme. «
Mangeons et buvons, car demai n nous mourrons ».

c) La form e l a pl us pure de l a joi e nat urel l e est sans dout e


cel l e que nous éprouvons de not re t ravai l ,et à bi en des
égards cel l e- ci , vrai m ent nobl e, est source d'une
sat i sfact i on réel l e. S al om on en expl ora d'une m ani ère
com pl èt e t out es l es possi bil i t és et l a recom m ande com m e l a
pl us nobl e des j oi es « sous l e sol ei l » (Ecc 2:10,11). Mai s
m êm e i ci , il découvri t une vani t é fi nal e, car l es oeuvres l es
pl us grandi os es doi vent tom ber en désuét ude. L'art i san doit
un j our l es qui t t er, souvent m êm e avant qu'el l es soi ent

25
achevé es. Leur perfe ct i on ne provoque que j al ousi e et
am ert um e chez l es aut res. C e sont l à des « mouches » dans
l 'hui l e de l a j oi e nat urel l e, qu'en font aut ant une source de
t ri st esse que de sat i sfact i on personnel l e (Ecc 10:1)

Le prophèt e Jérém i e a résum é t out cel a dans sa phrase


cél èbr e « Des citernes crevassé es qui ne ret i ennent pas l 'eau
» (Jer 2:13).

L e gl ori eux message de l 'Evangi l e annonce que Di eu peut


donner aux hommes une j oi e exempt e de t out es ces
f ai bl esses, une source d'eau qui « j ai l l it j usque dans l a vi e
ét er nel l e. »

Non d es ci tern es, mai s d es sou rces d ' eau .

La j oi e spi ri t uel l e di ffère de l a joi e nat urel l e en ce qu'el l e


j ai l li t d'une source pure. Le coeur droi t devant Di eu
devi ent logi quem ent capabl e d'une j oi e pure et ét ernel l e.

a) L a j oi e du sal ut — du pardon des péchés, est l a prem i ère


qui soit part i e i nt égrant e du frui t de l'Espri t . El l e est
essent i el l em ent un sent im ent de dél i vrance d'un farde au
i nt ol érabl e,d'une recher che récom pensé e, d'une aspi rat i on
assouvi e De cet t e cat égori e sont l a j oi e du geôl i er de
P hil i ppes, de l 'eunuque ét hi opi en, du m archand de perl es.
(Act es 16:34- 8:39. Mat t . 13:36). Un t el sent i m ent , quoi que
ét ernel et pur, t end à deveni r égoï st e. Le frui t de l'Espri t ,
dans ce prem i er ét at , n'est pas encore parvenu à m at uri t é,
et doi t croî t re dans :
26
b) La j oi e du sal ut des aut res. — Il n'est ri en qui aj out e
pl us à t out e j oi e véri t abl e et ne l a puri fi e mi eux que de l a
part ager avec d'aut res. Quand l e suj et n'en est ri en m oi ns
que l e sal ut , l a j oi e produi t e est des pl us grandes que l 'on
pui sse im agi ner. Lorsque P aul et B arnabas racont è rent dans
l es assem bl ées l a conversi on des paï ens, i l s causèrent une «
grande j oi e » à t ous l es frères. (Act es 15:3) . C eux qui ont
condui t , ne fût -ce qu'une âm e, au S auveur, savent com bi en
est profonde l a j oi e éprouvée. C e m êm e él ém ent ent re dans
t out l e pl ai si r pur que l es enfant s de Di eu, S es rachet és,
ressent ent aux progrès de S on oeuvre en t ous li eux.

c) Il est cependant une chose pl us profonde encore. La joi e


de servi r est m ei l l eure que cel l e d'une bénédi ct i on
st ri ct em ent personnel l e, m ai s, dans not re rédem pt i on, l a
j oi e derni ère est une j oi e pure en Di eu L ui -même. Les âm es
arri vées à un dével oppem ent com pl et l 'ont éprouvée dans
t ous l es âges, et en t ous l i eux dans l 'Egl i se. C 'est l e frui t
de l 'Espri t parvenu à une ent i ère m at uri t é. Le vi eux
prophèt e Habakuk décri t , dans un passage rem arqu abl e, une
scène de désol at i on com pl èt e de l a nat ure, pui s t erm i ne
avec ce cri de t ri om phe « Tout ef oi s, j e veux m e réj oui r en
l 'Et ernel , j e veux m e réj oui r dans l e Di eu de m on S al ut »
(Hab 3:18) « R éj oui ssez- vous t ouj ours dans l e Sei gneur »,
di t P aul (Phi l . 4:4). Une t el l e j oi e devi ent i ndépendant e de
t out es l es ci rconst anc es du dehors et m êm e des
bénédi ct i ons i nt éri eures. Ell e se réj oui t de l a possessi on
sûre et cert ai ne de C el ui qui béni t ; l 'essence m êm e de
l 'ét ernel l e et i neffabl e j oi e du ci el , el l e part age l 'ext ase des
êt res gl ori fi és qui ent ourent Son t rône. La ri vi ère de j oi e
de not re sal ut , l e fl euve de joi e de not re servi ce, se sont
él argi s et sont devenus l a joi e fi nal e dans l'Océan i nfi ni .

Et parce qu'el l e est en Di eu Lui -m êm e, el l e est une « j oi e


ét ernel l e » (Esaï e 35:10) , car sa S ource ne peut j am ai s
t ari r. C 'est l a réponse vi ct ori euse à t out ce que l a j oi e
hum ai ne a d'i nsuffi sant et d'i ncom pl et .

Le Jardi ni er au t ravai l .

27
Les frui t s l es m ei ll eurs ne sont dûs qu'à des soi ns di l i gent s,
et l e Maît re apport e un l abeur pat i ent au perfect i onnem ent
du frui t de l 'Esprit chez Son peupl e.

P our ét abl i r l a réal i t é de not re joi e nouvel l e de sal ut dans


l a dél i vrance du péché et nous apprendr e à en t rouver l a
source en Lui seul , il perm et sou vent des ci rconst anc es
assez péni bl es pour nous m ont rer qu'il n'en exi st e aucune
hors de Lui . Des m al heurs nous accabl ent de t ous côt és,
m ai s l a j oi e dem eure. C e frui t de l'Espri t est i ndépendant
des ci rconst ances ext éri eur es. L'exem pl e cl assi que est cel ui
de P aul et de S il as en pri son, l e corps m eurt ri par une
souffran ce physi que inj ust em ent infl i gée, chant ant à mi nui t
l es l ouanges de Di eu ! Il val ai t vrai m ent l a pei ne de
découvri r que l 'on pouvai t chant er dans de parei l l es
ci rconst anc es !

La j oi e chrét i enne est souvent i ncom préhensi bl e à l 'homm e


nat urel . « At t ri st és m ai s touj ours j oyeux » l'expri m e bi en.
P arfoi s m êm e cet t e joi e des chrét i ens i rri t e ceux qui ne la
connaissent pas. « Vous ne devriez pas être heureux ! » fut un
jour la protestation indignée de l'un de mes amis, lorsque la joie
irrésistible du salut persistait à déborder des- lèvres en dépit
d'une tristesse sincère.

Mais il est une leçon plus profonde encore que nous devons
apprendre. Le Maître enlèvera même la joie débordante des
sentiments spirituels afin d'amener l'âme à n'éprouver qu'une joie
pure en Lui-même. Cette leçon doit être apprise par tous ceux qui
ont reçu le baptême du Saint-Esprit. Le changem3nt qui s'opère
alors est, au début, une source d'anxiété pénible, surtout si aucun
ami ou pasteur avisé n'est présent pour conseiller et instruire.

Une leçon pour les chrétiens de « Pentecôte »

28
Notre expérience de Pentecôte est généralement, dans les
premiers temps, source d'une grande joie dans le glorieux
bonheur qu'elle nous apporte. C'est la cause première du « parler
en langues » parce que l'exaltation de notre esprit ne peut trouver
d'autre moyen de s'exprimer. Mais la tendance inévitable subsiste
de faire un usage égoïste de l'exaltation spirituelle et des
transports joyeux, et ne plus regarder qu'à nous-mêmes. L'âme vit
des sentiments qu'elle éprouve, même s'ils résultent de la
plénitude du Saint-Esprit en nous.

Il y aura dorm e dans l es pl ans infi ni m ent sages de Di eu, un


t em ps d'épreuve, où l es m ani fest at i ons sensi bl es de l a
présenc e et de l a pui ssance du S ai nt - Esprit seront beaucoup
di m i nuées, afi n de rét abl i r l e pri nci pe i nvari abl e de l a f oi
dans l a vi e qui pl aî t à Di eu. La joi e du S ai nt -Espri t sem bl e
pour un t em ps obscurci e par un nuage, m ai s c'est seul em ent
pour êt re t ransform ée en une joi e pure en Di eu Lui -m êm e,
i ndépendant e de t ous sent i m ent s ou m ani fest at i ons, et
heureuse dans l a connai ssance cert ai ne, l 'assurance de l a
l oi que l e C onsol at eur est venu dem eurer avec nous pour
t ouj ours.

Une des erreurs les plus graves et les plus fâcheuses que nous
puissions commettre dans une vie remplie de l'Esprit, est de
toujours insister sur les signes extérieurs de la joie sous forme de
manifestations continuelles, alors que le Seigneur, dans Son
amour, cherche à nous séparer d'un attachement égoïste à ces
choses pour elles-mêmes. Cette erreur devient mortelle si les
manifestations sont d'abord forcées, et finalement imitées par la
chair. Et, chose triste entre toutes, l'aspiration du coeur n'est
jamais satisfaite, car de semblables travestissements des
opérations du Saint-Esprit cessent de donner la moindre joie.

29
Malheureusement, non seulement des personnes isolées, mais
aussi des assemblées, font la même grave erreur. Nous avons été
dans des assemblées où l'oeuvre du Saint-Esprit n'était pas de
produire une joie émot i onnel l e — (l es fi dèl es avai ent sans
dout e besoi n d'aut re chose à ce m om ent l à), m ais l es sai nt s
eux- m êm es voul ai ent avoi r t ous l es anci ens « t ransport s »
d'al l égresse, ou bi en croyai ent que l eur « t ém oi gnage » en
nécessi t ai t au m oi ns une i mi t at i on. Le résul t at c'est qu'on
voyai t des effort s pour fabri quer une j oi e apparent e, dont
on pourrai t souri re si el l e n'ét ai t pas t ri st e. Le but sem bl e
parfoi s at t ei nt en apparen ce, m ai s l a chose est enti èrem ent
psychi que, el l e n'est qu'un t ravest i ssem ent de l a j oi e du
S ai nt -Espri t ; cel l e- ci j ai ll i t du dedans de nous.

«Ma j oi e.... en V ou s »

Il est bon de rem arquer, pui sque t out frui t de l'Espri t est
une m ani fest at i on de l a vi e de C hri st dans l e croyant ,que l e
S ei gneur a form el l em ent prom i s à ses di sci pl es de l eur
donner sa propre j oi e (Jean 15:11 —17:13). C ett e j oi e
sem bl e com posée de t roi s él ém ent s essent i el s :

a) L'accom pl i ssem ent de l a vol ont é de Son P ère (Jean


4.34)

b) La reche rche des « brebi s perdues » (L uc 15:5)

c) La joi e dans l a sagesse et l'am our de S on P ère (L uc


10:21).

30
Il nous est faci l e de voi r com m ent l es t roi s sources de l a
j oi e de not re S ei gneur sur cet t e t erre correspondent aux
phases déj à ét udi ées de not re propre j oi e, frui t de son
Espri t .

a) Not re j oi e prem i ère de déli vranc e du péché . C hri st ,


ét ai t sans péché ; m ais l e péché est essent i el l em ent une
rébel l i on cont re l a Vol ont é m ani fest em ent connue de Di eu.
Nos prem i ers pas dans l 'obéi ssance l i brem ent consent i e
m arquent not re prem i ère dél i vrance de l a pui ssance et de l a
condam nat i on du péché, et nous ram ène à l a j oi e pure de
C hri st dans l 'obéi ssance parfai t e à S on P ère en tout es
choses.

b) Not re j oi e de servi r, de part i ci pe à l 'oeuvre de C el ui qui


est venu « cherch er et sauver ce qui ét ai t perdu », de «
part ager l e t ravai l qui fai t veni r son R ègne ».

c) Not re j oi e fi nal e et com pl èt e l orsque nous recevons pour


nos âm es l a révél at i on de l'am our et de l a sagesse de Di eu
par son Espri t , et L 'ai mons pour Lui -même.

C HAP ITR E IV

L A PAIX

Hier soir, j'étais sur le pont du transatlantique ; je regardais les


étoiles pendant que le navire suivait sa marche régulière à travers
une mer calme,par une fraîche nuit des tropiques. Un frère en
31
Christ, prédicateur, était assis à côté de moi, et nous nous
entretenions des choses de Dieu. Toute la journée une activité
incessante et des jeux continuels s'étaient déroulés sur le pont
parmi les passagers ; ceci semble bien caractériser le contraste
que nous éprouvons souvent entre la joie et la paix. Chacun
d'entre nous, à certaines heures, aspire à la paix plus encore qu'à
la joie. Un des plus beaux noms donnés à notre Père Céleste est
celui de « Dieu de Paix », (Romains 16:20 2 Cor. 13:11). Nous
ne pourrions jamais prononcer de bénédiction plus propre à
remplir un coeur que celle-ci « Que la Paix de Dieu, qui surpasse
toute intelligence,garde vos coeurs et vos pensées »....

Un m ervei l l eu x h éri t age

Nous aimons généralement faire en sorte que nos biens les plus
chers aillent à ceux que nous aimons le plus. Il semble qu'un tel
désir emplissait le coeur du Seigneur Jésus la nuit même où il fut
trahi. « Je vous laisse ma paix »,dit-il à Ses disciples. (Jean
14:27).

Combien merveilleuse avait toujours été cette paix ! Au milieu de


la tempête, sur le lac. Il ne connaissait aucune inquiétude ; devant
les démons,Il était le Maître absolu ; la foule hostile, Il la
traversait simplement, gardé par une tranquillité,une paix
invincibles. John Wesley, dans ses mémoires,rend le témoignage
qu'il possédait une paix semblable devant les foules hostiles de
son temps ; c'était le fruit de l'Esprit, sa part personnelle du grand
héritage que Christ laisse à tous ses vrais serviteurs.

32
Je connai s une bel l e hi st oi re d'un vi eux m art yr. P endant
que l e feu s'al l um ai t aut our de l ui , i l di t à l 'offi ci er présent
de pl acer l a m ai n sur son coeur. La t ranqui l li t é
m ervei l l euse de ce coeur ét onna si profondém ent l e
persécut eu r qu'i l devi nt , lui , aussi , un chrét i en.

Cette paix, héritage divin du Sauveur, est apportée à nos vies


comme un fruit de Son Esprit demeurant en nous.

La pai x gran di t

Naturellement, elle nous est d'abord donnée là où la paix de Jésus


avait toujours reposé depuis le commencement — dans une union
parfaite avec le Père. La seule source, véri t abl e de cet t e pai x
pour not re vi e est dans l a j ust i fi cat i on.« Et ant donc
j usti fi és par l a foi , nous avons l a pai x avec Di eu par not re
S ei gneur Jésus- Chri st » (Romai ns 5:1) . C'est l a « pai x par
l e sang de S a C roi x » (Eph 1:20) .

Voi l à l e com m encem ent : m ai s l a pai x peut et doi t grandi r.


Le 11 novem bre 1918, l'arm i st i ce fi t t ai re l es canons, et l a
guerre pri t fi n. C ependant l es nat i ons ét ai ent organi sées
pour l a guerre, et des m oi s devai ent s'écoul er avant que l es
condi t i ons de pai x, ne fussent réel l em ent ét abl i es dans t ous
l es pays. De grandes usi nes à m uni t i ons devai ent êt re
t ransform ées ou dét rui t es, des mi l li ons de sol dat s
dém obi l i sés et ram enés peu à peu à des occupat i ons
pai si bl es.

Ai nsi en est - il de l'âm e : l a conversi on si gni fi e l 'abandon


des arm es de l a rébel l i on et de l a guerre cont re Di eu, m ai s

33
i l se passe souvent un t em ps assez consi dérabl e avant que
not re êt re tout ent i er soit soum i s à l 'i nfl uence bi enfai sant e
de S a pai x di vi ne. Pour beaucoup de chrét i ens,el l e ne
s'ét end j am ai s au- del à du sent i m ent que l eurs péchés sont
pardonnés, et de l 'assuranc e d'un pardon fi nal . Leur vi e est
rem pl i e d'une anxi ét é et d'une i nqui ét ude conti nuel l es, il s
sont , m êm e dans l 'égl i se, une source fréquent e d'i nqui ét ude
et de t roubl e, ne possédant pas eux- m êm es l a pai x et ôt ant
l a t ranqui l l i t é des aut res.

Le ch am p de bat ai l l e de not re espri t

Les l utt es l es pl us dures se déroul ent général em ent dans


not re espri t . C eci aj out e à l a beaut é si gni fi cat i ve des
douces parol es d'Esaï e (Esa 26:3) « A cel ui qui est ferm e
dans ses sent im ent s t u assures l a pai x, l a pai x, parce   qu'i l
se confi e en Toi ». El l es nous parl ent de l 'espri t hum ai n en
repos, rem pl i de l a connai ssance du Tout -P ui ssant , assuré
que l'Et ernel suffi t pour résoudre t out es l es di ffi cul t és.
Une t el l e pai x est véri t abl em ent un frui t de l'Espri t ,car S on
oeuvre est de nous donner « un espri t de sagesse et de
révél at i on dans S a connai ssanc e ». (Eph. 1:17-18).

Nous oubl i ons souvent que nous pouvons occuper nos


pensées à t out ce que nous voul ons. Tant de personnes
consi dèrent que l'espri t hum ai n est t ouj ours l a vi ct im e
i m puissant e des ci rconst anc es ! P ourt ant ce n'est pas exact .
Dans un passage cél èbre P aul di t , li t t éral em ent : «
L'at t achem ent aux choses de l a chai r, c'est l a mort , m ai s
l 'at t achem ent aux choses de l'Espri t c'est l a vi e et l a pai x
». (Romai ns 8:6) . Nous pourri ons peut - êt re t radui re par l '«
at t ent i on » aux choses de l 'Espri t . Moffat t t radui sai t ai nsi :
34
« l 'affect i on de l a chai r, c'est l a mort , m ai s l 'affect i on de
l 'Espri t c'est l a vi e et l a pai x ». Dans t ous l es cas
l 'ensei gnem ent est cl ai r. S i nous voul ons l a pai x, not re
at t ent i on doi t êt re port ée aux choses   de l 'Esprit . N ous
pouvons dél i bérément sui vre cet t e voi e par nos habi t udes,
par des l ect ures, par l 'assi st ance aux réuni ons, par la
médi t at i on, en t ravai l l ant pour C hri st . Si nous lai ssons l e
monde accaparer not re espri t , nous ne devons pas nous
ét onner de perdre l a pai x de Di eu. Un homme, en l i sant un
« roman pol i ci er » émouvant avant de se coucher,pourrai t
t out aussi bi en se pl ai ndre de cauchemars l a nui t !

Nous avons deux m oyens spéci fi ques de garder not re espri t


dans l a pai x de Di eu.

a) Apport er t out es choses à Di eu « par l a pri ère avec


act i ons de grâces ». « N e vous inqui ét ez de ri en, m ai s en
t out es choses fai t es connaî t re vos besoi ns à Di eu par des
pri ères et des suppl i cat i ons avec act i ons de grâces. Et l a
pai x de Di eu, qui surpasse t out e i nt el l i gence, gardera vos
coeurs et vos pensées en Jésus-C hri st » (Phi l . 4:6- 7) «
gardera comme par une garni son vos coeurs et vos pensées
en Jésus-C hri st » (Phi l . 4:6-7) . N ew berry).

b) Aim er d'une m ani ère prat i que l a Parol e de Di eu « Il y a


beaucoup de pai x pour ceux qui ai m ent t a l oi , et il ne l eur
arri ve aucun m al heur » (Psaume 119:65) . On consi dère
souvent l e prophèt e Dani el com m e l 'aut eur de ce psaum e ;
s'i l en est ai nsi , i l nous révèl e l a source de l a pai x qui ét ai t
si enne m êm e dans l a fosse aux li ons. Quel cont rast e avec l e
pauvre roi , pri vé de t out somm ei l ! (Dani el 6:18). On peut
ci t er l ’exem pl e du fi l s du capi t ai ne qui , sachant son P ère à
son post e, s’est endorm i en pai x.

35
En observant ces règl es, nous verrons cert ai nem ent l e frui t
de l 'Espri t , l a pai x, grandi r dans nos coeurs. Quel l e
bénédi ct i on ne serons- nous pas pour l es aut res, souvent à
not re i nsu !

La pai x dan s l 'A ssem bl ée

Mai s cet t e pai x de Di eu n'est pas seul em ent une


bénédi ct i on personnel l e pour chacun de S es enfant s ; el l e
est un héri t age de not re vi e comm une dans l 'Egl ise : « La
P ai x de C hri st , à l aquel l e vous avez ét é appel és pour
form er un seul corps (C ol 3:15) . Les assem bl ées qui ne l a
connai ssent pas sont bi en t ri st es.

El l e est not re héri t age com m un en C hri st , m ai s ce fai t ne


nous di spens e nul l em ent de l 'obl i gat i on de l a préserve r
avec soi n. L'un des moyens d'y parveni r est d'évi t er tout e
cont roverse i nut il e. « R epousse l es di scussi ons fol l es et
i nut il es, sachant qu'ell es font naî t re des querel l es » (2 Ti m
2:23) . C ert ai nes personnes n'ai m ent ri en mi eux que de
t ouj ours argum ent er. D'aut res, faut e de bon sens, sem bl ent
ne j am ai s savoi r en quell es occasi ons, à quel s m om ent s,
rest er bouche cl ose sur un suj et de cont roverse: P ar
bonheur i l en exi st e qui ont cet t e sagesse.

Une bel l e anecdot e que j 'ent endi s en) Aust ral i e nous
servi ra d'i l l ust rat i on. Un cert ai n prédi cat eur angl ai s avai t
ensei gné ! un poi nt secondai re de doct ri ne sur l equel l es
assem bl ées aust ral i ennes n'ét ai ent pas d'accord. Très
t i mi dem ent , un j eune past eur, accom pagné de ses di acres,
l 'aborda et l ui dem anda de ne pas cont i nuer, pour l a pai x de
l 'assem bl ée. Le cél èbre évangél i st e pri t un m om ent un ai r
sévère et dit : « S avez- vous ce que j e vai s fai re ? » Il s
répondi rent non, et pensai ent qu'i l al l ai t sans dout e m et t re
fi n à l a séri e de réuni ons spéci al es (cert ai ns aurai ent agi de
l a sort e). A l eur grand bonheur i l répondi t : « Je vai s vous
em brasser t ous ! ». Il l e fi t , et ne m ent i onna pl us j am ai s l e
suj et de cont roverse. Oh ! pui ssi ons-nous avoi r pl us
d'hom m es sachant m ani fest er une t el l e sagesse, une t el l e
grâce di vi ne !

36
Un aut re dom ai ne sur l equel nous devons vei ll er avec soi n,
pour préserve r l a pai x des assem bl ées de P ent ecôt e est
l 'exerci c e des dons spi rit uel s. Em pl oyés d'une m ani ère
corre ct e par l 'Espri t de Di eu, i ls doi vent t ouj ours
cont ri buer à l a pai x et à l'uni on. P aul résum e l a chose en
ces mot s : (« Di eu n'est pas un Di eu de désordre, m ai s de
pai x » (1 Cor. 14:33) .

A C ori nt he l es « espri t s des prophèt es » n'ét ant pas bi en


cont rôl és, quel ques- uns des usages des dons spi rit uel s
ét ai ent l oi n d'aj out er à l a pai x de l 'assem bl ée. Si nous
voul ons voi r l e frui t vi t al de l 'Espri t , l a pai x, grandi r dans
nos égl i ses, nous devons soi gneusem ent vei l l er à ce poi nt .
C e n'est pas t rop di re d'affi rm er qu'en règl e général e nous
pouvons juger de l a m esure dans l aquel l e un don spi ri t uel
est exerc é par l 'Espri t de Di eu par l a m ani ère dont i l
cont ri bue à l a pai x de l'assem bl ée, ou y fai t obst acl e, ét ant
ent endu t out efoi s que l 'assem bl ée dési re si ncèr em ent voi r
l 'Espri t de Di eu agi r en tout e li bert é.

Les égl i ses qui vi vent dans l a pai x sont t ouj ours
spi ri t uel l em ent l es pl us sai nes cul t i ver ce frui t est donc
une des préparat i ons l es pl us effi cac es à un accroi ssem ent
général . « L'Egli se ét ai t en pai x...et el l e s'accroi ssai t »
(Act es 9:31) La pai x véri t abl e n'est pas synonym e de
paresse : el l e est l e fond nécessai r e à t out e act i vi t é
heureuse et uti l e. El l e est essent i el l em ent l 'at m osphère de
l a m oi sson act i ve des cham ps.

C HAP ITR E V

L A LO NG ANIMIT E (L A PAT IE NCE )

La « l onganim i t é » nous ram ène aux tout prem i ers t em ps,


quand l'hi st oi re des rapport s de Di eu avec l es hom m es ét ai t
encore j eune, « l orsque l a pat i ence de Di eu se prol ongeai t ,
aux jours de Noé ». (1 Pi erre 3:2) .

37
F ai t rem arquabl e,l e cercl e se com pl èt e ; l a pat i ence de
Di eu opère de nouveau vers l a fi n,ret enant l e pl us
l ongt em ps possi bl e l e j our i névi t abl e du j ugem ent : « Le
S ei gneur ne t arde pas dans l 'accom pl i ssem ent de l a
prom esse, comm e quel ques- uns l e croi ent ; m ai s Il use de
pat i ence envers vous, ne voul ant pas qu'aucun péri sse, m ai s
voul ant que tous arri vent à l a repent anc e. Le jour du
S ei gneur vi endra.... (2 Pi erre 3:9).

Un at t ri bu t de Di eu

La l ongani m it é, frui t de l 'Espri t ,est l 'un des at t ri but s du


Tout -P ui ssant . El l e form e part i e du nom ét ernel (Exode
34:6) ; ell e est une rai son fréquent e d'adorat i on et de
l ouange.

El l e se révèl e d'une m ani ère part i cul i ère dans l a pat i ence et
l a mi séri cord e di vi nes envers l es pécheurs (et non envers
l eur péché). C e graci eux at t ri but de l a Di vi nit é bri ll e d'une
l um i ère pl us grande encore si nous nous rappel ons que t out
péché est fi nal em ent une offense personnel l e cont re un
Di eu personnel . C e senti m ent perm et aux pécheu rs
réconci l i és avec Di eu par C hri st d'appréci er S a l ongani m i t é
avec pl us de profondeur. P aul dit : « J'ai obt enu
m i séri corde, afi n que Jésus- Chri st fi t voi r en moi l e
prem i er t out e S a longani m i t é pour que j e servi sse
d'exem pl e (1 Ti m 1:16) .

Le but de l a l ongani m i t é di vi ne est d'am ener l es hom m es à


l a repent an ce. (R om .2: 4). Il im port e de se rappel er ceci : l a
pat i ence di vi ne a un but . El l e n'est pas seul em ent une
enduranc e passi ve et sans obj et . El l e di ffère en cel a d'une
si m pl e rési gnat i on à l'i névi t abl e.

Il s'ensui t donc que l a longani m i t é véri t abl e est


essent i el l em ent vol ont ai re. Di eu n'est pas obl i gé de
souffri r l ongt em ps l es m al fai t eurs. Il l e fai t parce que
l 'am our est « pat i ent et pl ei n de bont é » (1 Cor 13.4) et
ceux qui font preuve de l ongani mi t é agi ssent ai nsi dans l e
dessei n ferm e de m ani fest er de l a bont é.

38
Un fru it de l' E sprit

Nous devons cont em pl er l a l onganim i t é à sa source m êm e


dans l e coeur de Di eu, en nous rappel ant que ce frui t de
l 'Espri t résul t e di rect em ent de not re part i ci pat i on à l a
nat ure di vi ne, et ne parvi ent à m at uri t é que par not re
com m uni on const ant e avec Di eu.

La ressem bl ance ent re Di eu et ses enfant s peut i ci deveni r


t rès bel l e. Je n'oubl i erai j am ai s l a rem arque passagère d'un
past eur fi dèl e que j 'ent endi s dans m a j eunesse. C ert ai nes
personnes s'opposai ent âprem ent à l ui , cher chant à ent raver
son mi ni st ère et à y port er at t ei nt e par tous l es m oyens en
l eur pouvoi r. Quel ques- uns d'ent re nous ét ai ent
ém ervei l l és de l a m ani ère dont il support ai t l eurs i nsul t es
et l eur perversi t é. « Di eu est pat i ent avec eux, j e peux
l 'êt re aussi », dit - il si m pl em ent .

L'épî t re aux C ol ossi ens cont i ent une décl arat i on im port ant e
au suj et de l a l ongani m it é (C ol . 1:11) . « F ort i fi és à tous
égards par S a pui ssance gl ori euse, en sort e que vous soyez
t ouj ours et avec j oi e persévé rant s et pat i ent s ». Deux idées
sont part i cul i èrem ent frappant es dans ce passage :

a) L'obj et d'un t el revêt em ent de pui ssance doi t êt re l a


l ongani m it é. Nous pensons général em ent que ce revêt em ent
est donné dans l e seul but de nous perm et t re d'accom pl i r
des oeuvres grandi oses en son Nom , et de rem pl i r un
m i nist re pui ssant et vari é. La « l ongani m it é » est cependant
i ci l a fi n spéci fi que de l a pui ssance, et cel a peut apport er à
quel ques personnes une lum i ère nouvel l e sur l e but pour
l equel nous recevons l e B apt êm e du S ai nt -Espri t . S ans
aucun dout e, i l est accordé parfoi s pour fai re de cert ai ns
hom m es des « col onnes » dans l 'Egl i se (Gal at es 2:9) . De
t el s hom m es sone t ouj ours d'une val eur et d'une im port ant
de prem i er ordre. Il arri ve que des prédi cat eu rs
bri l l am m ent doués, des t ravai l l eurs act i fs pour C hri st , ont
peu de val eur comm e « col onnes » si m pl em ent parce qu'i l s
ne m ont rent pas assez de l ongani mi t é. Leur m i ni st ère aurai t
peu d'occasi ons de s'exerc er sans l e concours d'assem bl ées

39
déj à ét abl i es, qui subsi st ent grâc e aux véri t abl es col onnes
que sont l eurs past eurs et l eurs anci ens.

b) La seconde chose di gne de rem arque est que nous


devons êt re persévérant s et pat i ent s avec joi e. Or, ceci est
un poi nt capi t al . Nom bre de personnes se parent d'une
cari c at ure de l a longani m i t é. Ell es se vant ent de l eur
pat i ence, et ne cessent de publ i er l eur douceur et l eur
rési gnat i on rem arquabl es. Leurs soupi rs ferai ent honneur à
une m achi ne à vapeur ! Tout cel a n'est pas l e frui t de
l 'Espri t ; l a l ongani m it é qu'i l donne est j oyeuse, el l e
chant e. Moffat t t radui t ai nsi ce passage. « En sort e que
vous soyez t ouj ours joyeusem ent pat i ent s ».

Un produi t des h i vers de Di eu

Lorsque, derni èrem ent , j e qui t t ai m a m ai son en Angl et erre,


c'ét ai t au m il i eu de l 'hi ver. B eaucoup d'arbres ét ai ent
dénudés et l e gi vre couvrai t l e sol . Je fi s l e t our des
part err es que j'avai s pl ant és, et songeai aux coul eurs gai es
des fl eurs qui l es avai ent rem pl i s l 'ét é précédent : t out ét ai t
di sparu. Nous avons seul em ent pu préparer dans l a serre
des couches pour une cult ure ent i èrem ent nouvel l e de
pl ant es annuel l es dél i cat es.

C ependant , au dehors, l es raci nes des grands vi eux


arbres,sol i des et robust es,t ouj ours pl ei ns de vi e,pénét rai ent
profondém ent dans l a chal eur du sol ; et des touffes de
pl ant es vi vaces sort ai ent déj à de t erre, pour voi r si l e
pri nt em ps approchai t .

La l onganim i t é possède l es cara ct éri st i ques de ces vi eux


arbres préci sém ent parce qu'el l e est l e produi t des hi vers,
com m e des ét és de Di eu. El l e a l a force des choses qui
vi ennent à m at uri t é par l 'épreuve. De t out e évi dence ce
frui t de l 'Esprit ne peut croî t re en nous sans que nous
soyons éprouvés. C ar, qui peut « souffri r » sans avoi r

40
connu l'épreuv e ? Et qui peut « souffri r l ongt em ps » sans
épreuve prol ongée ? S ûrem ent l e dessei n de Di eu dans l es
t ri bul at i ons de S es enfant s est de produi re et de
perfe ct i onner en nous, de l a seul e m ani ère possi bl e, ce
frui t de l 'Esprit .

Le m al heur peut avoi r deux effet s di st i nct s. Il peut rem pl i r


d'am ert um e ou de t endresse. Les pat ri arches Job et Joseph
sont , dans l a Bi bl e, l es deux grands exem pl es de t ri bul at i on
produi sant l a pat i ence et c'est une des pl us grandes beaut és
de l'hi st oi re que Joseph, après di x années de pri son par une
i nj ust i ce grossi ère. apparai sse aussi li bre d'am ert um e,aussi
radi eux qu'une m ati née de pri nt em ps, t ouj ours ani m é d'une
foi l um i neuse, et d'un am our t ri om phant .

La m arqu e d'u n servi t eu r approu vé .

La l onganim i t é véri t abl e est qual i t é pl ut ôt rare. Nous


t rouvons souvent l e défaut opposé, fort peu at t rayant : l a
vi vaci t é et l a m auvai se hum eur. Et , m urm urons- l e t out
doucem ent , l es prédi cat eurs m êm e ne m ani fest ent pas
t ouj ours aut ant de l onganim i t é qu'on pourrai t en at t endre.

La B i bl e el l e- m êm e donne quel ques exem pl es. Il y a Jonas.


Il put am ener une grande vi ll e à l a repent an ce par sa
prédi cat i on, m ai s se m ont ra col éreux com m e t out au suj et
du ri ci n. (Jonas 4:9) . Et , pouvons-nous l e di re ? i l n'ét ai t
pas l e derni er prédi cat eur enfl am m é de l a j usti ce, qui
pouvai t avoi r l'hum eur excessi vem ent di ffi ci l e quand sa
prédi cat i on ét ai t t erm i née, si tout n'al l ai t pas com m e il
l 'ent endai t . De t el s hom m es peuvent avoi r du succès com m e

41
prophèt es et évangél i st es ; il s ne font que de pi èt res
past eurs.

Mêm e l es douze apôt res nous donnent un exem pl e


d'i m pat i ence par l eur at t i t ude à l 'égard des m ères qui
am enai ent l eurs pet it s enfant s à Jésus, et l a m ani ère dont
ils l es congédi èrent bri èvem ent . C ert ai ns t ypes de
spi ri t ual it é sem bl ent t ouj ours d'une i m pati ence ét range
avec l es enfant s. Mai s l e S ei gneur Jésus n'ét ai t pas ai nsi .

Nul ne peut se perm et t re de négl i ger ce fruit de l'Esprit s'il veut


devenir un ministre approuvé de Dieu. L'Ecriture le compte expressément
parmi les caractères distinctifs d'un tel homme. (2 Cor. 6:4-6).  Il doit
prendre soin de le manifester dans sa prédication, et « reprendre,
censurer, exhorter avec toute douceur et en instruisant ». (2 Tim. 4:2.)
Qu'il est facile de laisser une note d'impatience et d'irritation se glisser
dans un sermon ! Les gens paraissent parfois si lents à comprendre et à
montrer quelque approbation. Seul l'Esprit de Christ peut nous donner la
grâce de répéter à plusieurs reprises les mêmes vérités, dans le langage le
plus simple possible, jusqu'à ce que les auditeurs semblent vraiment
commencer à comprendre. Le prédicateur peut en être persuadé : qu'ils
saisissent ou non la doctrine, ils sentiront bien sa disposition d'esprit, et
rien ne fermera plus effectivement leurs coeurs que de ressentir son
impatience envers eux.

Je me souviens d'une convention,en Angleterre,pendant


laquelle un prédicateur fit, de l'estrade même,des reproches à
l'assemblée pour son inattention. Il parlait du Calvaire à une
réunion de croyants. Pauvre prédicateur ! nous n'avons plus
beaucoup entendu parler de lui et cela n'est pas étonnant. Il lui
fallait chercher en lui-même la raison de son échec. Il ne
possédait qu'une connaissance intellectuelle, et s'impatientait
que nous ne nous laissions pas éblouir quand nos coeurs
n'étaient pas touchés.
42
Nos vies prêchent des sermons plus efficaces que ne le font
nos paroles. Un prédicateur doit manifester de la longanimité
dans sa conduite s'il veut gagner les âmes. (2 Tim. 3:10). J'ai
été parfois émerveillé de voir comment certains des pasteurs
les plus actifs que je connaisse,— des hommes auxquels sont
confiés de grandes et vivantes assemblées — semblent avoir
du temps à perdre, une patience illimitée, pour rendre visite à
toutes sortes de personnes déraisonnables, sans importance
apparente, et pour causer avec elles. Mais n'est-ce pas là,
après tout, la raison secrète de leur succès ? Je pense que oui.

C HAP ITR E VI

L A B E NIG NIT E (L A B IE NVE IL L ANCE )

Dans une certaine aciérie d'Angleterre il y a un marteau-pilon très


puissant. Après avoir expliqué et démontré aux visiteurs sa force
exceptionnelle, l'opérateur termine généralement la démonstration
en cassant une noix avec ce grand marteau-pilon. Et la noix est
ouverte aussi doucement, aussi proprement qu'avec un petit casse-
noisette à main. Voilà la bénignité véritable.

Car la bénignité ne doit jamais être confondue avec la faiblesse.


Elle est la puissance sous un contrôle parfait.

La bén i gn i t é de Di eu .

43
II faut la force rude de l'homme, et la tendresse éclairée de la
femme, pour former la douceur la plus belle. C'est la
bienveillance au sens le meilleur et le plus complet du mot.

C ar Di eu est bi envei l l ance, et m ani fest er l a béni gni t é


com m e frui t de l'Espri t , c'est ressem bl er à Di eu dans un de
ses att ri but s l es pl us ai m abl es « Vous serez fi l s du Très-
Haut , car il est bon. » (L uc 6:35).

Lorsque les hommes, sous l'inspiration du Saint-Esprit, veulent


décrire cette caractéristique du Tout-Puissant, ils parlent
généralement de Lui comme d'un « Berger ». Cette bienveillance
divine non seulement fit grand David (Psaume 18:35), mais elle
l'inspira aussi à commencer un de ses psaumes les plus
admirables par ces mots : « L'Eternel est mon Berger ». La grande
bonté, les compassions de l'Eternel sont un thème constant de
louanges.

Le passage de l'Ecriture qui, peut être, nous permet le mieux de


comprendre et d'apprécier la douceur divine est Esaïe 40:10-12.
Le verset central est rempli d'une beauté paisible et forte : «
Comme un Berger, il paîtra son troupeau, il prendra les agneaux
dans Ses bras et les portera dans son sein ; il conduira doucement
les brebis qui allaitent ». Cependant, les versets qui précèdent et
suivent immédiatement ce joyau d'une douceur exquisément
révélée contiennent une description éloquente de la puissance du
bras de l'Eternel, le Gouverneur Tout-puissant, et de Sa sagesse
infinie comme Créateur des extrémités de la terre, de celui qui a
pris les dimensions des cieux avec la paume. Le contraste est

44
superbe, et donne une conception exacte de la bénignité véritable,
— la puissance, sous le contrôle de l'amour parfait.

Paul, dans la seconde Epître aux Corinthiens, parle de la «


douceur et de la bonté de Christ » (2 Cor. 10:1) En lui, la
prophétie fut accomplie : « il ne brisera point le roseau cassé, et
n'éteindra point la mèche qui brûle encore » (Esaïe 42:3).

La bi envei l l ance de not re S ei gneur fut m ani fest ée dans ses


rapport s avec l es m al ades, l es pauvres, l es enfant s, l es
pécheurs. Tous ceux qui com pt ai ent au nom bre des «
roseaux bri sés » en éprouvai ent l a bont é. S a béni gni t é
apparaî t dans un t rai t pl ei n de beau t é,à l a résurrect i on de
l a fi l l e de Jaï rus. Il fai t d'abord sort i r l a foul e bruyant e des
gens qui pl eurent et ent re avec l e père et l a m ère seul s;
pui s, avec une douceur exqui se, il prend l a m ai n de l a
j eune fi ll e et l a révei l l e du somm ei l de l a m ort . Enfi n, ce
t rai t fi nal : i l ordonne de l ui donner à m anger.

Il est vrai qu'il réprimanda les fièvres, et qu'il fut sévère avec les
dénions, mais nous avons pensé que les enfants de Dieu agissant
en Son Nom gagneraient parfois à Lui ressembler un peu plus
dans la bienveillance.

La bén i gn i t é avec l es âm es .

Ce fruit de l'Esprit de Dieu est d'une importance primordiale chez


un ministre de l'Evangile, dont le travail est souvent délicat.
L'âme humaine est la création la plus merveilleuse de Dieu, et
pour la diriger d'une manière tant soit peu efficace, ainsi qu'un
serviteur de Christ est souvent, par son ministère, appelé à le
faire, il faut une habileté donnée par le ciel même, et main t enue
dans l a perfect i on par une m arche ét roi t e avec Di eu. C eux

45
d'ent re nous qui ne sont pas m i s à part pour l 'oeuvre
spéci al e du m i ni st ère

doivent se souvenir que nous sommes tous appelés à être en


contact avec d'autres âmes, sur le chemin de la vie. Nous avons
tous besoin de la bienveillance pour nous garder d'infliger des
blessures inutiles, et pour apporter le peu de secours dont on a si
souvent besoin.

a) C omme une mère avec ses enf ant s.

Paul, en écrivant aux Thessaloniciens, déclare : « Nous avons été


doux au milieu « de vous, comme une nourrice qui prend « un
tendre soin de ses propres enfants ».

(1 Thess. 2:7) (Version Synodale). Nous devons nous rappeler que


les débutants de la vie chrétienne sont décrits par l'Esprit de Dieu
comme des « enfants nouveau-nés ». (1 Pierre 2:2).

Les croyants plus anciens semblent parfois l'oublier. Ils imposent


à de jeunes convertis des niveaux spirituels applicables seulement
à des chrétiens d'une expérience mûre. Nous ne suggérons pas un
instant que les niveaux ultimes de la sainteté peuvent ou doivent
être changés, mais nous sommes convaincus qu'il y a lieu
d'exercer beaucoup de bonté,de bienveillance, lorsque de
nouveaux convertis croissent dans la grâce. Les mères et les
nourrices sont très douces avec de petits enfants qui ne savent
pas encore se bien tenir à table ; elles ne grondent
certainement pas le petit qui tombe en faisant ses premiers
pas. Nous avons encore besoin de quelques Elisées pour dire
aux Naamans « d'aller en paix » au lieu de les charger de
fardeaux trop lourds à porter (2 Rois 5:18-19). C'est faute
d'une bénignité rai sonnabl e que cert ai ns nouveaux convert i s
pl ei ns de prom esse ont ét é rej et és dans l e m onde.
46
Lorsqu'un croyant récemment baptisé du Saint-Esprit commet
dans l'Assemblée une erreur dans l'exercice d'un don spirituel,
c'est une brutalité complète de le reprendre dans une réunion.
Si la chose est inévitable, elle doit être faite avec un grand
tact, une grande bienveillance. Mais la bonté vraie préférera
toujours l'avertissement privé.

De même, c'est manquer de bonté réelle que de confier trop


hâtivement une fonction à un jeune croyant. Aucune mère ou
nourrice sage n'agirait ainsi avec les enfants qui lui sont
confiés. « Il ne faut pas qu'il soit un nouveau converti, de
peur qu'enflé d'orgueil..... (1 Tim. 3:16). Nous devons payer
cher pour nos fautes.

Les enfants nouveau-nés doivent recevoir le « lait spirituel et


pur », mais il faut de la douceur pour les nourrir avec adresse,
comme le savent fort bien tous ceux qui ont dû élever au
biberon un jeune bébé. Certains pasteurs (et quelques
moniteurs d'école du Di m anche) ont encore à apprendr e l 'art
de donner l a P arol e sous form e de « l ai t ». Ne vous
pl ai gnez pas de l a pert e de l 'appét i t spi ri t uel chez ceux qui
vous sont confi és, si vous l eur donnez com m e nourri t ure l a
vi ande cori ac e d'une théol ogi e syst ém at i que qui convi ent
seul em ent à des él èves de t roi si èm e année dans une facul t é,
ou l es ossem ent s d'une doct ri ne de cont roverse dont l a
di scussi on serai t mi eux pl acée à une réuni on pri vée de
consei l presbyt éral . N'avez- vous j am ai s songé que ce
n'ét ai t vrai m ent pas chari t abl e ?

b) Comme une garde avec ses mal ades

Peut-il y avoir de démonstration plus parfaite de la douceur et


de la bonté que la manière d'agir d'une infirmière adroite

47
envers son malade ? Et, malheureusement, beaucoup de
personnes sont malades dans leur âme.

Nous connaissons les symptômes habituels ; et combien leur


ressemblance est frappante dans les domaines physique et
spirituel. La perte de l'appétit, l'irritabilité, une sensibilité
excessive, une vivacité à prendre offense, une humeur
chagrine, un mécontentement de tout, une antipathie au
travail, un désir revêche de se séparer du reste de la famille.
Ce sont là les marques infaillibles d'un chrétien malade.

Nous som m es t rès fort em ent t ent és de nous i rri t er cont re


des gens dans une t ell e condi t i on, et nous sent ons qu'une
bonne secousse, et quel ques rudes parol es l eur ferai ent
beaucoup de bi en. Mai s général em ent l a douceur l 'em port e.
« Le servi t eur du S ei gneur  doit avoi r de l a condescend anc e
pour t ous, êt re propre à ensei gner, doué de pat i ence ; il
doi t redress er avec douceur l es adversai res ». (2 T i m. 2:24-
25) . Mai nt past eur a gagné pl usi eurs de ses m em bres l es
pl us fi dèl es par une bi envei l l ance persévér ant e devant une
i rri t abi l i t é et des m al ent endus vol ont ai res.

Quel quefoi s, lorsque l es gens sont m al ades, nous devons


respect e r l a t ranqui l l i t é de l eur cham bre ; nous ne pouvons
nous perm et t re de si ffl er, chant er, ou engager des
conversat i ons bruyant es, si encl i ns que nous soyons à l e
fai re, nous qui j oui ssons d'une pl ei ne sant é. Loi n de nous
de suggérer d'ét ei ndre l 'Espri t ; nous voul ons di re que S a
douceur nous i nci t era à modérer l 'exubéranc e de nos
propres sent im ent s dans bi en des occasi ons où nous
som m es en présenc e de chrét i ens ne possédant pas not re
pl éni t ude de sant é et de vi e spi ri t uell es. C 'est l à se
conform er au pri nci pe scri pt urai re de ne pas l ai sser not re
l i bert é personnel l e deveni r une pi erre d'achoppem ent pour
un frèr e pl us fai bl e. Et l es frui t s de l 'Esprit ne seront

48
j am ai s en confl i t avec l es dons spi rit uel s exerc és « dans
l 'Espri t ».

Com m e u n art i san avec son t ravai l .

Je regard ai un j our un poti er t ravai l l ant sur son tour. Je fus


i m pressi onné par l a sensi bi l it é m ervei l l euse de ses doi gt s,
et l a form e donnée au vase par l a m oi ndre pressi on sur
l 'argi l e. Il y a t ouj ours quel que chose de nobl e et
d'i nst ruct i f dans tout e oeuvre d'art i san habi l e.

Les art i sans de Di eu ont besoi n du doi gt é l e pl us sensi bl e


ent re tous, car l eur t ravai l est d'une im port ance t rès
grande, de conséquences ét ernel l es. La douceur form e
part i e de l 'adresse i ndispensabl e pour accom pl i r une t el l e
oeuvre de m aî t re art i san. Les at t ri buts de l a sagesse que
Jacques énum ère im pl i quent cet t e douceur : « La S agesse
d'En- Haut est prem i èrem ent pure, ensui t e paci fi que,
m odérée, conci l i ant e, pl ei ne de m iséri cord e » (Jacques
3:17) .

Tout es ces choses, pour êt re di ri gées en bénédi ct i on sur l es


âm es, nécess i t ent l e doi gt é d'un art i st e. Les art i st es ont
t ouj ours l eur pl ace.

Quel l e habi l e bi envei l l ance ne faut - il pas pour gagner l es


âm es ! Il est i nst ruct i f de cont em pl er l e Maî t re à l'oeuvre
avec Nat hanaël , avec Ni codèm e, avec l a S am ari t ai ne près
du pui t s,avec Zachée, avec Pi erre... oui , et avec vous et
m oi . Grâces soi ent rendues à Di eu, i l possède encor e de
nos jours de nom breux expert s, des ouvri ers habil es,
équi pés du frui t de l 'Espri t , l a douceur,pour l a pl us grande
de tout es l es t âches.

L'adresse d'un t rès bon pi l ot e est i ndi spensabl e dans une


assem bl ée, — cel l e de l 'hom m e qui peut l ui apport er l a «
di rect i on du S ai nt - Esprit » — pour garder l es réuni ons l oi n
des écuei l s et des rem ous, dans l'eau profonde de l a

49
pl éni t ude des bénédi ct i ons spi ri t uel l es, t out en fai sant l e
m oi ns possi bl e appesant i r son aut ori t é. Un t el frèr e, s'i l est
véri t abl em ent expert , possédera l e don et l a fonct i on de «
gouverner » (1 C or. 12:28) ; li t t éral ement de « pi l ot age ».
Nous som m es persuadés cependant que l e frui t de l a
bi envei l l ance accom pagn era l e don reçu.

En de rares occasi ons, l orsqu'un grand vai sseau sui t en m er


une m arche rapi de,un danger soudai n peut cont rai ndre l e
pi l ot e à changer brusquem ent l a di rect i on du navi re. Mai s
cel a l e soum et de tout es part s à une t ensi on consi dérabl e,
et le m et presque en morceaux. Le pi l ot e conduit
habi t uel l em ent l e navi re avec douceur,et seul un grand
danger i m prévu l e fera déroger à cet t e règl e. Quel choc n'y
a- t -i l pas aussi dans une assem bl ée, quand cel ui qui prési de
gî t sans douceur, d'une m ani ère arbi t rai re!

Voyez l e cont rast e ent re l a pui ssance d'un grand


t ransat l ant i que, et l a douceur superbe avec l aquel l e il est
t ouj ours am ené à quai I Le vai sseau ral ent i t sa m arche, et
sem bl e se m ouvoi r à pei ne. Il se rapproche de pl us en pl us,
en si l ence, du ri vage ; un m i nce cordeau est l ancé, pui s un
câbl e pl us épai s, et ai nsi , m èt re par m èt re, l'énorm e
vai sseau est am ené sans danger cont re l a j et ée.

Je fus frappé pl us encore par l 'at t erri ssage d'un grand


aéropl an e,ca r à ce m om ent - l à j e m 'at t endai s vrai m ent à une
fort e secousse. Nous avi ons ét é avert i s de nous at t acher à
nos si èges par des courroi es,pour une t ell e évent ual i t é.
Mai s l e pi l ot e am ena si habi l em ent l 'avi on au sol que
l 'at t erri ssage fut à pei ne percept i bl e. Le S ei gneur veut ,
dans assem bl ées, des pil ot es qui pui ssent agi r de m êm e
dans une réuni on !

50
Dans l 'accom pl i ssem ent des dessei ns ét ernel s de Di eu,
déversant Son Espri t avec pui ssance à l a P ent ecôt e, i l
rest era t ouj ours une pl ace essent i el l e pour l e frui t de
l 'Espri t , l a béni gni t é. El l e est une des qual i t és
i ndi spensabl es aux grands dons spi ri t uel s, et l a m arque de
l 'ouvri er revêt u de l a P ui ssance d'En-Haut , sous l e cont rôl e
du parfai t am our.

C HAP ITR E VII

L A BO NT E .

La bont é est t om bée de nos jours dans un genre de di scrédi t


; non pas, à vrai di re, l a qual i t é el l e- m êm e, m ai s l e m ot
qui l a dési gne. Nous appel ons parfoi s cert ai nes gens des «
sai nt es- nit ouches » (1), et nous ent endons par l à un type de
personnes d'une dévot i on affect é e souvent ent aché e
d'hypocri si e.   (1) En angl ai s « Goody- good », li t t éral em ent
des bonnes « bonnes- fem m es »

Dans l e l angage moderne, l e mot qui sem bl e l e m i eux


qual i fi er cet t e bont é robust e et vrai e, frui t de l 'Espri t , est
l e m ot « soli de ». Ai nsi , nous di sons s ouvent que cert ai nes
m archandi ses sont des m archandi ses « sol i des » ; qu'un
cordonni er fai t un «t ravai l sol i de » pour l a réparat i on de
nos chaussures, et de cert ai nes personnes, pour em pl oyer
une locut i on expressi ve,qu'el l es sont des « gens sol i des » .

Une t el l e expressi on ne suppose pas , général em ent , une


habi l et é spéci al e, au cont rai re. P ar « gens sol i des » nous
voul ons com m uni quer l 'i dée du caract è re pl ut ôt que de
dons part i cul i ers. Nous ent endons par l à qu'i l s ont une
personnal i t é bi en équi l i brée, un caract ère t out à fai t
honnêt e ; nous pouvons com pt er sur eux, et il s form ent
dans l es chem i ns de l a vi e une soci ét é excel l ent e . Voi l à l a
bont é véri t abl e. Et com bi en bel l e aussi !

51
La bon t é passi ve.

La bont é sem bl e avoi r deux aspect s. Nous pourri ons l es


appel er bont é act i ve et bont é passi ve, quoi que l 'expressi on
« passi ve » ne pui sse êt re em pl oyée i ci que dans un sens
t rès rest rei nt , car l a bont é exerc e t ouj ours une i nfl uence
t rès act i ve.

Not re S ei gneur Lui - m êm e décri vi t l a bont é passi ve


l orsqu'Il com para S es di sci pl es au « sel de l a t erre ».
(Mat t . 5: 30). L'i dée m ise en évi dence est l 'effet préservat i f
i nvi si bl e qu'exerc e l e sel sur tout es l es choses avec
l esquel l es i l vi ent en cont act . La soci ét é est corrom pue par
l e péché : seul e, l 'exi st ence, presque i naperçue parfoi s, de
l 'Egl i se de Di eu dans l e m onde, em pêche l a dém oral i sat i on
com pl èt e. Abraham i nt erc édant pour Sodom e, et l a
prom esse di vi ne de ne pas dét rui re l a vil l e s'il s'y t rouvai t
seul em ent di x j ust es, vi ent à l'espri t com m e une
i l l ust rat i on de ce pri nci pe. (Genès e 18) .

Il n'est pas di ffi ci l e de voi r l 'i nfl uence t ranqui ll e m ai s


pui ssant e d'un hom m e, d' une fem m e vrai m ent bons sur l eur
ent ourage. Nous avons tous rem arqué com m ent l'arri vée
d'une t ell e personne dans un groupe de gens du monde
mettra sensiblement frein à l'impureté et à la mondanité de la
conversation. De même, le ton moral d'une maison de
commerce ou d'une maison privée sera relevé par l'humble
bonté d'un de ses membres influents.

Une t el l e pui ssance di scrèt e exi ge t out efoi s une bont é qui
soi t part i e i nt égrant e du cara ct èr e . Une cont refa çon t out
ext éri eur e, revêt ue pour des m oti fs de gai n égoï st e ou de
com m odi t é personnel l e, est général em ent vit e j ugée. La
bont é véri t abl e est chose que l'on ressent , — l 'hypocri si e
aussi .

El l e peut se corrom pre rapi dem ent , et son i nfl uence n'aura
pas une port ée bi en grande sur l a base d'une réput at i on déj à
acqui se. Les hom m es oubli ent une erreur passagèr e dans
l 'exerci c e d'un don bi en pl us faci l em ent qu'un défaut de

52
cara ct èr e. Not re S ei gneur expri m a t rès ouvert em ent cet t e
véri t é : « Le sel est une bonne chose : m ai s si l e sel perd sa
saveur, avec quoi l 'assai sonnera- t -on ? Il n'est bon ni pour
l a t erre ni pour l e fum i er ; on l e j et t e dehors ». (L uc 14:34-
35).

Dem eure r bon, au sens véri t abl e du mut , i m pl i que une


m arche ét roi t e avec l 'Esprit de Di eu. C'est une bénédi ct i on
de savoi r que l à où cet t e m arche est m ai nt enue par l a grâce
di vi ne, l e frui t de l 'Espri t sera l a récom pense cert ai ne. La
com m uni on avec ce qui est « vert ueux et di gne de louange
» fera germer en nous cette qualité divine, aussi sûrement que le soleil
apporte de la couleur à la pèche et à la pomme de la douceur.

La bon t é act i ve.

La bonté n'est pas seulement passive, comme « qualité » du


caractère. Elle se manifeste sous forme de bonnes oeuvres.

« L'hom m e bon ti re de bonnes choses de son bon t résor ».


(Mat t . 12:35).

C et t e décl arat i on, du pl us grand de t ous l es Maî t res, est


cl ai re com m e l e cri st al dans l es t roi s aspect s de l a véri t é
qu'el l e nous présent e : d'abord, l 'hom m e vrai m ent bon ;
deuxi èm em ent l e « t résor » qu'un t el hom m e doi t
cert ai nem ent am asser dans son coeur ; t roi si èm em ent , l a
révél at i on de ce « t résor » devant l e m onde. J'ai eu l e
pri vi l ège de connaî t re int i m em ent un t el chrét i en, en
Ecosse ; il ét ai t dél i ci eux de découvri r, l e soi r, par l 'art de
l a conversat i on, l es « choses excel l ent es » que renferm ait
son coeur. La pauvreté de la conversation est souvent l'indice d'une bonté
bien faible.

Ne nous faisons aucune illusion au sujet des bonnes oeuvres.


Une expérience présumée de l'Esprit de Dieu, ou la foi qui ne

53
produisent pas d'oeuvres bonnes, sont pure vanité. « Afin
qu'ils voient vos bonnes oeuvres, et glorifient votre Père qui
est dans les cieux ». « Pour marcher d'une manière digne du
Seigneur, portant des fruits en tou t es sort es de bonnes
oeuvres ». « Afi n que ceux qui ont cru en Di eu s'appl i quent
à prat i quer de bonnes oeuvres. ( Matt . 5:16 ; C ol . 1:10 ;
T it . 3:8) .

Voi ci un frui t de l 'Espri t vu et appréci é de t ous l es


hom m es, une preuve convai ncant e, m êm e pour l e non-
croyant , de l a réal i t é de l'oeuvre accom pl i e par Chri st pour
nos âm es. « Afi n que.... i l s rem arquent vos bonnes
oeuvres, et gl ori fi ent Di eu au j our où Il l es vi sit era ». (1
Pi erre 2:12) . Il n'est pas nécessai re d'am oncel er réfé renc e
sur référen ce.

Un fai t m éri t e cependant d'êt re rel evé : ceux qui se vant ent
d'une spi ri t ual i t é profonde courent parfoi s l e pl us grand
danger de négl i ger l es aspect s prat i ques de l a rel i gi on
véri t abl e. Lorsque j 'ét ai s dans l a grande assem bl ée de
P ent ecôt e à S t ockhol m , ri en ne m 'a fai t davant age pl ai si r
que de voi r « l 'Arche » am arr ée par l es chrét i ens dans l a
ri vi ère t out proche, où, nuit après nui t , pendant l'hi ver, i l s
hébergent grat ui t em ent et confort abl em ent des cent ai nes de
pauvres, et fourni ssent des repas à des cent ai nes d'aut res.
Une t el l e « P ent ecôt e prat i que » eût cert ai nem ent réj oui l e
coeur de l 'apôt re, qui ne crai gnai t pas de di re aux m aî t res
capabl es de « s'exhort er et de s'i nst rui re l es uns l es aut res
», d'accorde r à l eurs servi t eurs ce qui est « j ust e et
équi t abl e »,ou aux fem m es qui pouvai ent « chant er par des
psaum es, par des hym nes, par des cant i ques spi ri t uel s »,
d'êt re des modèl es dans l a m ai son et dans l a vi e de fam i l l e.
(C ol . 3:16 ; 4:1) . Tel est l e frui t de l 'Espri t , l a bont é. Le
corol l ai re de l a pl éni t ude de l 'Espri t est d'êt re « pl ei ns de
bonnes di sposi ti ons » (de bont é) (Romai ns 15:14) .

Le Trôn e de la Ju sti ce.

54
Nous n'avons pas j usqu'i ci m enti onné un aspect de cet t e
qual i t é pl us profond encore. La bont é absol ue n'est aut re
que l a perfect i on m oral e.

Une des décl ar at i ons l es pl us grandi oses de l a Bi bl e est


dans Nahum 1:7 . « L'Et ernel est bon. Il est un refuge au
j our de l a dét resse ». C'est parce qu'il est bon qu'i l peut
êt re un refuge. Le gouvernem ent m oral de l 'uni vers est
ét abl i sur un t rône de j ust i ce. S eul e l a foi dans cet t e véri t é
cert ai ne peut m ai nt eni r l 'âm e ferm e dans l es t em pêt es de l a
vi e. S ans une t ell e foi pour base t out serai t chaos. Ne
soyons pas ét onnés d'êt re t ouj ours exhort és à « l ouer
l 'Et ernel pour S a bont é ». (Psaume 107   :) . Les hom m es
peuvent ress em bl er à Di eu en m archant avec l ui , par
l 'Espri t de S on F il s qui dem eure en eux ; — voi l à
l 'Evangi l e, l 'ensei gnem ent caché dans l e frui t spi ri t uel .

La véri t é capi t al e pour tous ceux qui ont connu l a pl éni t ude
du S ai nt - Esprit accom pagné e de m ani fest at i ons évi dent es
de S a pui ssance c'est que l e frui t de l 'Es pri t dort deveni r
i nséparabl e de cet t e pui ssance au fur et à m esure qu'i l s
avancent dans l a vi e chrét i enne. Si non, au li eu de recevoi r
l a couronne im péri ssabl e, il s fi ni ront par une banquerout e
spi ri t uel l e. « Quand j 'aurai s l e don de prophét i e, l a sci ence
de tous l es m yst ères et t out e l a connai ssance ; quand
j 'aurai s m êm e t out e l a foi j usqu'à t ransport er des
m ont agnes, si j e n'ai pas l a chari t é, j e ne sui s ri en. »
(1C or. 13:2- 3) .

La bont é peut êt re l a récom pense, l a consol at i on de ceux


qui , j am ai s peut - êt re, ne se feront rem arque r par des dons
bri l l ant s. Dorcas n'ét ai t null em ent prophét esse com m e
Débora, ou m êm e l es fi l l es de P hi li ppe, m ai s ell e fi t «
beaucoup de bonnes oeuvres et d'aum ônes », et l 'Ecri t ure
nous l e rapport e pour l 'i nspi rat i on des fem m es chrét i ennes
de t ous l es t em ps. (Act es 9:36) . C hez B arnabas ce frui t de
l 'Espri t se m ani fest ai t d'une m ani ère si évi dent e qu'i l est
di t de l ui : « C 'ét ai t un hom m e de bi en, pl ei n d'Espri t -S ai nt
et de foi ». (Act es 11:24) .

55
P ui sse Di eu donner encore à S on Egl i se de nom breux
past eurs sem bl abl es à cel ui qui fut une bénédi ct i on pour
l 'assem bl ée pri vi l égi ée d'Anti oche.

1) En angl ai s : « un hom m e bon »

C HAP ITR E VIII

L A FIDE L IT E

Il est à regret t e r que l a versi on angl ai se aut ori sée de l a


B i bl e obscurci sse quel que peu la com préhensi on du
sept i èm e frui t de l 'Espri t en l e t radui sant par l e mot « foi
». (1)

(1) Nos versi ons franç ai ses t radui sent bi en « fi dél i t é

La foi , dans un sens spéci al , n'est pas un frui t de l'Espri t ,


m ai s un de S es dons. (1 C or.12:9) ; et m êm e l a foi qui
sauve est regard ée com m e un don de Di eu.

La si gni fi cat i on du m ot dans Gal at es 5:22 est fi dél i t é,


com m e l e t radui t l a versi on am éri cai ne révi sée. Moffat t
donne aussi « fi dél it é ». Un passage si mi l ai re dans l equel
l a versi on aut ori sée angl ai se em pl oi e de m êm e l e mot « foi
», m ai s où l e sens est évi dem m ent « fi dél i t é », est Romai ns
3:3 , que Moffat t t radui t : « Leur i ncrédul i t é annul era- t -

56
el l e l a fi dél i t é de Di eu ? » et Newbe rry : « Leur i nfi dél it é
rendra - t -el l e l a fi dél it é de Di eu sans effet ? »

Le frui t de l 'Esprit ét udi é est donc cet t e bell e qual i t é du


cara ct èr e connue sous l es nom s de fi dél i t é, honnêt et é,
l oyaut é, t ance, ferm et é persévér ant e.

Un fon dem ent n atu rel et spi ri tu el

La fi dél i t é est m êm e dans l e dom ai ne nat urel ,l e fondem ent


sur l equel t out e soci ét é, fi nal em ent , repose. Tout es l es
t ransact i ons com m erci al es, t ous l es t rai t és i nt ernat i onaux,
t out es l es rel at i ons conj ugal es et fam i l i al es, sont ét abl i es
sur l a base d'une présom pt i on de fi dél i t é des part i es
cont ract ant es. Leur succès ou l eur échec dépend en grande
part i e de l 'accom pl i ssem ent par l es int éressés de l eurs
engagem ent s réci proqu es L'absence de l oyaut é am ène l e
désordre.

La nature véritablement fondamentale de la fidélité est encore


plus marquée dans le domaine spirituel. Les rapports de Dieu
avec les hommes, et tout notre espoir personnel de salut en
Christ, sont fondés sur cette vérité suprême : « Dieu est fidèle
» (1 Cor. 1:9). Otez celle-ci, et notre assurance disparaît.
Mais en la conservant, et en nous reposant sur la fidélité du
Seigneur, nous pouvons dire « Je suis persuadé qu'il a la
puissance de garder mon dépôt jusqu'à ce jour-là » (2
Timothée 1:12).

Les grandes alliances de l'Ecriture dépendent toutes de la


fidélité des parties intéressées. Dans l'Ancienne Alliance Dieu
ne manqua point à Sa Parole, mais Israël, l'autre « partie

57
contractante », faillit. La différence, dans l'Alliance Nouvelle,
c'est que notre part est garantie par la fidélité de Christ, qui
est « l'Amen, le Témoin fidèle et véritable » ; notre « Grand
Prêtre », et Celui qui nous « sanctifie ». (Héb. 8:9:10. Apoc.
3:14 : Héb. 2:17. 1 Thess. 5:24.)

II importe de baser notre compréhension du fruit de l'Esprit


sur ces grands attributs fondamentaux de la Divinité, pour
cette raison que ce fruit spirituel est le résultat direct de notre
participation à la nature divine par l'oeuvre de régénération du
Saint-Esprit, et grandit dans nos vies quand nous marchons en
communion avec Dieu par l'Esprit.

Il nous est ainsi donné de partager cette qualité divine et de


recevoir « la grâce d'être fidèle ». (1 Cor. 7:25). Certaines
natures, en elles-mêmes inconstantes, peuvent être
transformées, et d'autres, naturellement loyales, voir leur
loyauté dirigée vers les buts les plus élevés.

J'entendis un jour mon ami Howard Carter donner une


illustration excellente de ce principe en comparant nos natures
humaines dans leur inconstance à de la poudre de ciment.
Lorsque de l'eau est mélangée à cette poudre, elle la
transforme en un ciment dur comme le roc. Ainsi l'eau vivante
de l'Esprit de Dieu peut transformer notre faiblesse en une
fidélité magnifique, et convertir maint « Si mon » impulsif en
« Pierre » dévoués.

Quelques exemples remarquables de fidélité.


58
Les Ecritures nous en présentent de nombreux exemples.
Moïse est décrit comme « fidèle dans toute sa maison ». (Heb.
3:2). Sa fidélité consistait évidemment en grande partie dans
son obéissance à faire tout,dans le Tabernacle, « d'après le
modèle ». Caleb et sept mille hommes au temps d'Elisée sont
également de magnifiques exemples d'attachement à Dieu dans
des temps d'apostasie. (Nombre 14:24   1 Rois 19:18).

Dans le Nouveau Testament, à part les principaux


apôtres,mention spéciale est faite d'Epaphras, dépeint avec
amour comme un « fidèle ministre de Christ ». L'Ecriture a
trouvé pour décrire sa constance une expression rare et
féconde : « il ne cesse de combattre pour vous dans ses prières
». (Col. 1:7 ; 4:12).

Les jeunes prédicateurs doivent le noter. Timothée fut


approuvé à cause de sa fidélité dans le seigneur (1 Cor. 4:17),
et sa récompense se trouve dans la responsabilité des devoirs
qui lui sont assignés dans les Epîtres portant son nom. Ceux
qui aspirent à des positions de responsabilité et de direction
dans l'Eglise doivent se rappeler la nécessité primordiale de la
fidélité.

L'illustration la plus frappante, la plus remplie de beauté, est


peut-être l'histoire d'Onésime, l'esclave vagabond, converti à
Rome, et renvoyé à son maître Philémon avec une lettre de
recommandation exquise de Paul. Il est spécialement apprécié
comme un « fidèle et bien-aimé frère ». (Col. 4:9), et nous

59
donne un exemple notoire de sable transformé en rocher par
l'Esprit de Christ demeurant en lui.

La Fidélité dans le ministère

Il est de toute importance qu'un prédicateur soit digne d'une


entière confiance. « Ce qu'on demande des dispensateurs, c'est
que chacun soit trouvé fidèle ». (1 Cor. 4:2). Nous suggérons
trois points qui doivent spécialement retenir notre attention :

a) La f i dél it é dans la prédi cat i on

« Un témoin fidèle délivre les âmes », et un prédicateur de


l'Evangile doit l'être avant toutes choses. Malgré de temps en
temps une persécution passagère, rien ne gagnera mieux le
respect, à la longue.

La loyauté à la vérité doit de même marquer tout


enseignement ; car les enfants nouveau-nés en Christ doivent
recevoir le « lait spirituel et pur (sans fraude). Il est des
moments où la fidélité nous contraindra d'annoncer « tout le
conseil de Dieu » (Actes 20:27), à ne rien retenir de la vérité
que Dieu nous a révélée. Nous devons, cependant, nous garder
de mal interpréter ce qui précède, et d'avancer en tout temps
des questions de controverse. Paul se référait à une période de
t roi s années de mi ni st ère à Ephèse, et non à un «
engagem ent » passager. Nous ne somm es pas obl i gés de
sort i r t out es nos croyanc es chaque foi s que nous prêchons.

b) La l oyaut é à nos promesses.

La perfi di e est t ouj ours odi euse, m ais chez un prédi cat eu r
el l e suffi t pour l e di squal i fi er de l a fonct i on. Un m i ni st re
de Jésus-C hri st doi t êt re un hom m e dont « l a parol e est l e
l i en ».
60
C eci doi t s'appl i quer à t ous l es dét ai l s de son t ravai l — au
m ai nt i en des engagem ent s de prêcher ou de rendre des
vi sit es, aux prom esses fai t es i ndi sti nct em ent aux ri ches,
aux pauvres, aux personnes j eunes ou âgées. Il t rouvera
que l e m ai nti en d'une prom esse m éri t e, s'i l l e faut , une
grande dépense d'argent , de l oi si rs et de forces. R i en
n'ét abl i ra de pl us sol i de fondem ent à l 'i nfl uence d'un
prédi cat eu r qu'une réput at i on de fi dél i t é à l a parol e
donnée.

c) L a fi dél i t é dans l es af f ai res.

Un hom m e m i s à part pour l a pri ère et l e mi ni st ère de


l 'Evangi l e agi ra avec sagesse en sui vant l a règl e ét abl i e par
l es apôt res, de l aisser à d'aut res l e soi n de « servi r aux
t abl es ». Les affai res, au sens ordi nai re du mot , form ent un
dom ai ne dans l equel un prédi cat eu r n'est pas appel é à
bri l l er ; en l 'oubl i ant , cert ai ns bons prédi cat eurs ont fai t
naufrag e dans l eur m i ni st ère.

C ependant , l e past eur doit l égi t i m em ent s'i nt éresse r à


cert ai nes « affai res » inséparabl em ent l i ées au t ravai l dans
l 'égl i se. Et i l y a nat urel l em ent , l es t ransact i ons ordi nai res
de sa vi e pri vée et de sa m ai son.

Dans t out es ces choses, un m i ni st re de C hri st doi t surt out


évi t er l es det t es personnel l es, et par t ous l es m oyens en son
pouvoi r, se fai re une réput at i on de l a pl us st ri ct e i nt égri t é
parm i ceux qui ont avec lui des rel at i ons com m erci al es.
S on i nt égri t é et honnêt et é doi vent êt re proverbi al es chez
t ous l es com m erçant s de l a l ocal i t é.

« Fi dèl e ju squ' à l a m ort . »

Le pri nci pe qui nous i nspi re et nous réconfort e, sui vant


l equel l es récom penses seront fi nal em ent données aux
servi t eurs de Di eu pour l eur fi dél i t é, et non pour l eur écl at

61
— (Mat t . 5:21) — a ét é rel evé t rop de foi s pour que nous
ayons à l e dével opper i ci .

Nous devons nous rappel er que l a fi dél i t é suppose un


t ravai l dil i gent , com m e l a parabol e se propose de nous
l 'ensei gner. Il faut pl us que l a st ri ct e honnêt et é du
servi t eur rendant à son m aî t re t out ce qu'i l reçut de l ui .
Di eu récl am e de nous l a fi dél it é d'un servi ce zél é.

C omm e t out frui t de l 'Espri t , cet t e l oyaut é se dével oppe ;


el l e com m ence par l es choses si m pl es. En véri t é, si el l e ne
se m ani fest e pas dans l es pet it es choses, el l e ne pourra
j am ai s s'exerce r dans l es occasi ons i m port ant es, dont
l 'ét erni t é peut seul e révél er l a grandeur. (L uc 16:10)

Les récom penses de l a fi dél i t é com prennent parm i l eurs


cara ct éri st i ques l es pl us att rayant es cel l e d'une act i vi t é
pl us grande au servi ce de Di eu. (L uc 19:17) . Mai s ce n'est
pas tout . Les aperçus de l a récom pense fi nal e suffi sent
pour fort i fi er tout espri t chancel ant , et ravi r t out coeur
ai m ant . C eux qui seront « avec Lui » dans l a gl oi re sont «
l es appel és, l es él us, l es fi dèl es ». (Apoc. 17: 14). Voi l à l a
récom pense de l a fi dél i t é, de l a l oyaut é à C hri st . Il
convi ent , après tout , que ceux dont el l es seront l a m arque
di sti nct i ve form ent l es arm ées cél est es du Roi des roi s et
du S ei gneur des sei gneurs, sur l a banni ère duquel
respl endi ront ces mot s : « Fi dèl e et Véri t abl e ». (Apoc. 19:
11- 14).

Le frui t de l 'Espri t , croi ssant i ci - bas dans une m arche


persévé rant e avec Lui , m ûri ra pour l a récol t e. « S oi s fi dèl e
j usqu'à l a mort , et j e t e donnerai l a couronne de vi e ».
(Apoc. 2: 10).

C HAP ITR E IX

L A DO UCE UR

62
Troi s choses sont di gnes de rem arque au suj et de l a
douceur. El l e est une « qual i t é» t rès rare du car act èr e ; el l e
est except i onnel l em ent préci eus e aux yeux de Di eu ; el l e
est l 'un des fact eurs l es pl us « m arquant s » de
l 'ensei gnem ent de C hri st .

La dou ceu r n e doi t pas êt re con fon du e avec l a fai bl esse

La douceur véri t abl e dem ande une soi gneuse défi ni ti on.
Nous avons, dans l a l angue angl ai se,un mot prononcé
sensi bl em ent de l a m êm e m ani ère : « fai bl esse ». Nous
devons l e di re — nom bre de personnes confondent non
seul em ent l es deux mot s, m ais l es deux aspect s du
cara ct èr e. La di ffér enc e réel l e ent re l a douceur et l a
fai bl esse est i m m ense. La douceur, véri t abl e nécessi t e une
force de vol ont é consi dérabl e.

Le m ei l l eur exem pl e bi bli que d'un homm e doux est Moï se.
C 'ét ai t un hom m e « fort pat i ent , pl us qu'aucun homm e sur
l a face de l a t erre ». (N ombres 12:3) . C ependant il ét ai t un
des conduct eurs l es pl us grands que l'hi st oi re ai t j am ai s
produi t s. Il savai t m ont rer de la sévéri t é quand le
ré clamaient les circonstances, par exemple lorsqu'il contraignit
les adorateurs du veau d'or à boire la poussière de leur propre
idole (Exode 32:20) Mais c'était un zèle saint pour la cause de
Jéhovah. Lorsqu'il fut l'objet de reproches de la part d'Aaron et de
Marie, il ne fit pas la moindre tentative de représailles (Nombres
12). Ceci révèle la douceur et le calibre véritable de l'homme.

63
Etienne est un autre bon exemple. Nous voyons resplendir la
douceur dans sa prière pour ses meurtriers (Actes 7:60), mais il
n'y a aucune trace de faiblesse dans son accusation écrasante
contre le sanhédrin —« Hommes au cou raide,incirconcis de cœur
et d'oreilles ! vous vous opposez toujours au Saint-Esprit »
(verset 51). L'on remarque les mêmes qualités que chez Moïse —
du zèle pour Dieu, mais de l'humilité s'il s'agit de lui-même.

Il est superflu de mentionner Celui qui fut « mené comme une


brebis à la boucherie », et cependant purifia le temple avec un
fouet !

Un e di sposi ti on de l ' espri t hu m ai n

Pierre emploie cette expression très belle : « un esprit doux et


paisible, qui est d'un grand prix devant Dieu ». (1 Pierre 3:4). Le
Nouveau Testament parle généralement d'une douceur de l'esprit.
(Galates 6:1. — 1 Cor. 4:21).

A cet égard l a douceur di ffèr e de l a bé nignité. Sous bien des


rapports ces deux fruits de l'Esprit se ressemblent, mais la douceur est
intérieure et passive, tandis que la bénignité est extérieure et active. Un
homme ressent la douceur intérieure, mais il agit avec bénignité.

Le visage d'Étienne était « comme celui d'un ange » précisément


parce qu'il se sentait tel. (Actes 6:15). La sérénité de son esprit
rayonnait au dehors ; cette manifestation se produisit sans doute à
son insu. En raison de sa nature même, la douceur peut être «
gâtée » chez le croyant par une conscience trop scrupuleuse
exagérant les défauts personnels et affaiblissant sa volonté, bien

64
qu'elle lui apporte les bénédictions intérieures d'une joie et d'une
paix profondes. Une véritable humilité d'esprit doit être
extrêmement difficile à imiter. On peut parfois user de bénignité
sans éprouver de douceur intérieure, mais s'il n'y a pas dans le
coeur une douceur réelle, le feu intérieur de l'orgueil et de la
colère apparaîtra inévitablement tôt ou tard.

Le défi du Ch ri st i an ism e.

Le fait que Christ ait soigneusement enseigné la douceur comme


une qualité indispensable à tous Ses disciples (et nul ne
contestera qu'Il n'ait pratiqué Son enseignement jusqu'à la fin)
constitue l'un des facteurs les plus provocants du Christianisme.
Il suffit de contempler le réveil d'un natio nal i sm e i nt ense dans
presque t out es l es part i es de. l 'Europe, et t out ce qu'i l
ent raî ne d'orguei l et de réarm em ent , pour voi r quel l e
di ffi cul t é i nt ense éprouvent l es pays nom i nal em ent «
chrét i ens » à m et t re en harm oni e avec l 'ensei gnem ent et
l 'espri t véri t abl e de C hri st l eurs fi èvres de vani t é
nat urel l e . Un ret our aux anci ennes déi t és de l a force,
pl ut ôt qu'à C hri st , a ét é recom m andé par cert ai ns
conduct eurs. La sit uat i on em barr assant e de l a pl upart des
égl i ses en cas de guerre, l a persécut i on de l 'obj ect eur de
consci enc e, tout cel a m ont re com bi en une douceur réel l e
répugne à l 'hom m e du monde. Tout com prom is est inut i l e,
m i eux vaut acc ept er l e défi . Nous ne vai ncrons peut - êt re
par tous, m ai s nous devons adm et t re que l a douceur est l e
seul espri t véri t abl e de Chri st et des chrét i ens, non
seul em ent en cas de guerre, m ai s aussi dans l es affai res, et
en tout es choses com m e dans l 'Egl i se.

Qu an d m ont rer de l a dou ceu r dan s l 'E gl i se

Dans cert ai ns cas part i cul i ers i l est spéci al em ent


recom m andé aux chrét i ens de m ani fest er cet espri t dans
l eur vi e au sei n de l 'Egl i se. Nous n'avons que peu d'espoi r
de m ont rer au m onde un vi ct ori eux exem pl e de douceur

65
vrai e dans l es quest i ons i m port ant es si nous ne
com m ençons pas « dans l a fam i l l e».

a) Pour redresser l es rét rogrades» (Gal at es 6:1)

Les chrét i ens « rét rograd es » doi vent , s'i l s se repent ent ,
êt re « redressés avec un espri t de douceur », et l eurs
m éfai t s oubl i és, com m e Di eu Lui m êm e a oubli é nos péchés
pardonnés. C et avert i ssem ent est nécessai r e, l 'orguei l de
ceux qui ne sont pas t om bés de l a m êm e m ani ère ai m ant
t ouj ours rappel er l es m anquem ent s de ceux qui ont fai l l i .
La consci ence de l eur propre fai bl esse chez ceux qui
prét endent j uger fera paraî t re cl ai rem ent à t out e personne
sensée l e bi en fondé de cet t e at ti t ude La grâce de Di eu a
seul e em pêché l e j uge de deveni r l e cri m i nel

C eci n'excl ut nat urel l em ent pas l a pl ace l égi t im e de l a


di sci pl i ne dans l 'Egl i se, m ai s qui i ndi que seul em ent dans
quel espri t el l e doit êt re exerc ée.

b) Pour répondre aux adversai res. (1 Pi erre 3:15)

« Et ant t ouj ours prêt s à vous défendre, avec douceur ».


C 'est une chose excel l ent e que d'avoi r t ouj ours prêt e une
réponse convai ncant e pour cel ui qui l a dem ande, m ai s el l e
doi t êt re donnée avec douceur. Nous ne pouvons nous
gl ori fi er, m êm e de bénédi ct i ons spi ri t uel l es profondes :
el l es sont t out es reçues par grâce. C el a est vrai des
bénédi ct i ons de P ent ecôt e com m e des aut res, et nous
devons garder cet t e pensée dans nos coeurs.

S i nous cont est ons et nous querel l ons pour l es véri t és


m êm e l es pl us préci eus es de not re espéranc e et de not re
foi , not re espri t de di sput e cont redi ra vrai sem bl abl em ent
not re t ém oi gnage. Nous connai ssons cet t e « convent i on de
sanct i fi cat i on » où l es assi st ant s s'échauff èrent t el l em ent à
di scut er l eurs doct ri nes sur l a « sai nt et é » que l a seul e
preuve effe ct i vem ent fourni e fut que nul d'ent re eux ne l a
possédai t !

66
S achons aussi qu'un hom m e cont rai nt à une adhési on
i nt el l ect uel l e par une argum ent at i on bri l l ant e ferm er a pl us
encore son coeur à l a véri t é que nous dési rons l e voi r
accept er, à m oi ns qu'il n'ai t égal em ent senti l a douceur de
not re espri t . Vai ncre un ennem i n'est pas l e convert i r en
am i . Not re but im m édi at , à nous chrét i ens, est l a
conversi on, et non l a conquêt e.

c) Pour recevoi r l a Parol e (Jacques 1:21)

Ecout er l a P arol e est un grand art ,— aussi grand peut - êt re


que de l a prêche r. S i nos audi t eurs se prépar ai ent par l a
pri ère comm e l e font nos prédi cat eurs, de quel révei l ne
nous réj oui ri ons- nous pas ! Le cœur hum ai n est com m e un
t errai n de cul t ure, et dét erm i ne l e résul t at de l a sem ai l l e
bi en pl us encore que l 'habi l et é de cel ui qui sèm e.
La douceur assure une condi t i on de réc ept i vi t é propre à
donner une bonne récol t e. C el a ne si gni fi e pas que nous
devons avoi r une crédul i t é naï ve prêt e à absorber tout e
doct ri ne nouvel l e et ét rangèr e, m ai s bi en l'abandon de
t out e rébel l i on d'espri t , et l a prom pt it ude à accept er coût e
que coût e l es ensei gnem ent s i ndubit abl em ent reconnus
com m e l e « l ai t spi ri t uel et pur » de l a P arol e. Nous devons
aussi m ett re de côt é cet orguei l st upi de qui refuse
d'adm et t re qu'i l rest e encor e à apprendr e sur l e suj et t rai t é.

d) « La douceur de l a sagesse » (Jacques 3:13)

La douceur véri t abl e est t ouj ours m arquée par l 'humi l i t é, et


l a douceur de l a sagesse » expri m e d'une m ani ère
dél i ci euse une évi dent e véri t é. P aul l a recom m ande à
Ti m ot hée (et cert ai nem ent , au del à de l ui , à tous l es
prédi cat eu rs, j eunes et vi eux) : il doi t « redresse r avec
douceur l es adversai res (2 T i m. 2:25) , surt out l es pl us
âgés. (1 Ti m. 5:1-2) . —Non dom i ner sur l e peupl e de Di eu,
m ai s donner avec hum i l it é et cal m e, à t out avert i ssem ent et
t out e sanct i on, une rai son qui fasse appel à l 'espri t de
C hri st dans l e croyant . Les vi ct oi res rem port ées par l a
doul eur chez l es past eurs et l es prédi cat eurs, l es pl us
j eunes surt out , ont pl us de poi ds que l es avant ages dout eux
acqui s en i nsi st ant préci pi t am m ent sur une di gni t é
67
personnel l e et l es prérogat i ves de l eur posi t i on dans
l 'Egl i se. R i en peut -êt re ne mont re davant age une m at uri t é
de caract è re en C hri st que l a douceur m ani fest e d'espri t .

Les prom esses fai t es au x hu m bl es

El l es sont nom breuses et t rès bel l es « Les hum bl es


m angeront et se rassasi eront » (Psaume 22:26) « Il condui t
l es hum bl es dans l a just i ce, Il ensei gne aux hum bl es sa
voi e » (Psaume 25:9) . C el a est l ogi que. Il est faci l e de voi r
qu'un coeur rem pl i d'hum i li t é est devant Di eu dans des
di sposit i ons bi en m ei l l eures pour recevoi r l a di rect i on
di vi ne qu'un coeur orguei l l eux.

La prom esse l a pl us cél èbr e est fai t e par not re S ei gneur : «


Les doux héri t eront l a t erre (Mat t . 5:5) . Le m onde t ourne
ceci en déri si on ; tout e l'expéri en ce hum ai ne sem bl e
dém ont rer l e cont rai re — l es doux doi vent « céder l a pl ace
». La phil osophi e sent bi en l a véri t é de cet t e parol e de
C hri st , m ai s s'effor ce vai nem ent de résoudre l e probl èm e.
S eul e l a foi t ri om phe, et s'écri e : « C el a sera ».

Un j our, j e regard ai s une fi l e de personnes qui at t endai ent


pour ent rer quel que part . Un grand gai l l ard cossu s'am ena,
et j oua im pudem m ent des coudes j usqu'à prendre l a
prem i ère pl ace. Mai s un agent qui avai t vu l a scène
s'avança et l e fi t pl acer l e derni er de l a fi l e. Tout l e monde
en eut l 'ai r cont ent , et nous sent ons qu'en t out es choses i l
devrai t en êt re ai nsi . La foi possède l 'assurance, aussi
sûrem ent que Di eu est sur l e t rône, que cel a arri ver a un
j our ; l es « pousseurs » devront prendre l a pl ace qui l eur
revi ent . « Les derni ers seront l es prem i ers, et l es prem i ers
seront l es derni ers ».

Dans cet t e espérance, nous sai si ssons dans nos coeurs l a


pl us bel l e des prom esses fai t es aux hum bl es par C el ui qui ,
seul ,pouvai t oser di re, de Lui -m êm e « Je sui s doux et
hum bl e de coeur ». En passant avec Chri st par l'écol e de ]a
douceur nous t rouvons l e repos pour nos âmes. (Mat t .
11:45) . Un t el repos est en l ui -m êm e une récom pense

68
pl ei ne et ent i ère, l es prém i ces de l a moi sson de ce frui t de
l 'Espri t .

C HAP ITR E X

L E CO NT ROL E DE SO I-ME ME . (L a temp éran ce)

L'expression « contrôle de soi-même » donne aux lecteurs de la


Bible une bien meilleure compréhension du fruit de l'Esprit
nommé en dernier lieu que le mot « tempérance ». Newberry la
donne, et la version américaine révisée aussi, dans Actes 24/25 et
2 Pierre 1:6. Le mot « tempérance » pour un grand nombre de
personnes, n'est associé qu'aux boissons fortes, tandis que le mot
employé couvre toute la gamme des appétits humains, non
seulement physiques, mais aussi moraux et spirituels.

Pouvoir être « modéré en toutes choses » est une grande et


importante vertu chrétienne et un signe certain de croissance dans
la grâce. De peur que nous n'imaginions pouvoir acquérir ce
contrôle de nous-mêmes par une discipline purement naturelle, il
est bon d'appuyer en premier lieu sur sa nature de « fruit de
l'Esprit » produit par Sa grâce et Sa vie dans le croyant,
accessible aux personnes d'une force de caractère très faible tout
autant qu'à celles dont la volonté est naturellement forte. En
vérité, cette douce tempérance, fruit de l'Esprit peut être une
nécessité plus sévère encore pour des natures volontaires et
fortes.

69
L' ath l èt e ch rét i en

Paul en parle dans un passage magnifique de la première Epître


aux Corinthiens (1 Cor. 9:24-27). Tous ceux qui combattent «
s'imposent toute espèce d'abstinences...... Je traite « durement
mon corps et je le tiens assujetti ». Toute cette métaphore est
empruntée aux anciens jeux grecs, dans lesquels chaque
concurrent devait entreprendre au moins dix mois d'entraînement
rigoureux avant d'avoir accès à ces jeux.

A bord du transatlantique d'où j'écris se trouve un célèbre athlète


finlandais. Tous les matins, on le voit s'entraîner à la course, au
saut et à d'autres exercices, et il est notoire qu'il ne touche ni
tabac ni boissons fortes, malgré l'insistance des passagers qui le
tentent. La chaleur de l'Equateur n'apporta aucune modification à
son entraînement ; il continua exactement de même, dans un bain
de transpiration.

Et cependant com bi en pensent qu'un chrét i en approch e du


fanat i sm e s'i l prend aut ant de pei ne pour m ai nt eni r l 'ét at
spi ri t uel de son âm e. Il n'est pas ét onnant que nous ayons
si peu d'at hl èt es spi ri t uel s. Mai s Di eu ti ent encor e des
récom penses pour S es Dani el s. (Dani el 1/ 8/ 21). Ne
t rouvons- nous pas i ci l 'expli cat i on de l a pénuri e de
conduct eurs réel s dans l'Egl i se ?

Le con t rôl e ph ysi qu e de n ou s- m êm es.

On peut l e consi dérer sous deux aspect s :

a) ce qui est i l l égit i me

70
Nous n'avons besoi n d'écri r e que peu de m ot s sur l a
nécessi t é de ce cont rôl e de nous-m êm es. Et en véri t é, ce
n'est pas l a t em pérance qui s'i m pose, m ai s l 'abst i nence
com pl èt e. Tout e passi on sans frei n am ène sa propre
rét ri but i on, et l e pressent i m ent d'un jugem ent à veni r pl us
grand encore. « F él i x t rem bl ai t » quand P aul l ui parl ai t du
cont rôl e de soi -m êm e, —et pour cause. « Abst enez- vous
des convoi t i ses charnel l es, qui font l a guerre à l 'âm e ».
R i en n'ouvre aussi sûrem ent l a port e à l a possessi on
com pl èt e par l es dém ons que l'abandon cont i nuel aux
j oui ssances physi ques il l égi t im es. Il faut se l e rappel e r t rès
soi gneusem ent .

b) C e qui est « l égi t i me ».

Le pl ai si r physi que parfai t em ent l égi t im e peut occuper


dans l a vi e du croyant une pl ace assez consi dérabl e. Dans
ce dom ai ne, nous devons nous garder d'i nt erprét er l e
cont rôl e de nous- m êm es de m ani ère à t om ber dans l 'erreur
cont rai re, et i nfli ger à nos corps une m ort i fi cat i on cont re
nat ure qui répugne aux gens norm aux, et peut nous exposer
à des t ent at i ons pl us vi ol ent es encore. C e n'est pas l 'Espri t
de Di eu, ce sont des espri t s séduct eurs qui com m andent de
ne pas se m ari er et de s'abst eni r de vi andes, et c. (1 Ti m.
4:1 -3) . C e passage doi t êt re m édi t é pour nous ai der à
l 'équi l i bre.

Mêm e l es penchant s physi ques l égit i m es doi vent êt re


ferm em ent cont rôl és. L'at t i t ude exact e est parfai t em ent
ét abl i e dans 1 C or 6:12. « Tout m'est perm i s, m ais t out
n'est pas ut i l e ; t out m 'est perm i s,  m ai s j e ne m e l ai sserai
asservi r par quoi que ce soi t ». Voi l à ! N e se lai sser
asservi r par quoi que ce soi t .  Le corps doit êt re l e
servi t eur, j am ai s l e m aî t re.

Les rai sons d'un t el cont rôl e ri gi de et soi gneux, m êm e dans


l es choses l égi ti m es, sont vari ées :

1. L 'amour f rat ernel

71
NOUS devons consi dérer avec at t ent i on l'effet produit par
nos propres pl ai si rs sur un caract è re pl us fai bl e, qui
connaî t peu l e frui t spi ri t uel , l a t em péranc e, et pourrai t
êt re condui t dans l e péché par not re exem pl e. C 'est i ci l'un
des pri nci pes fondam ent aux qui doi t gouverner t out es nos
act i ons en t ant que chrét i ens. (Li re R om ai ns 14 pour un
exposé dét ai l l é).

2. L a vi ct oi re personnel l e sur l e péché

Le corps est l e poi nt fai bl e dans not re lut t e cont re l e


péché. (Romai ns 6:12 ; 7:18) ; et nécessi t e une vi gi l ance
redoubl ée de t ous l es i nst ant s. Encore et t ouj ours l 'ennem i
ent re par l à ; parfoi s nous rési st ons vi ct ori eusem ent à l a
t ent at i on spi ri t uel l e, m ai s pour t om ber fi nal em ent dans l e
dom ai ne physi que. Il faut spéci al ement remarquer que
l 'expéri enc e et l es bénédi ct i ons des dons spi ri t uel s ne sont
en ri en une rai son de di m i nuer de vi gi l ance cont re l es
péchés du corps, ou de dem eurer i m prudem m ent dans une
confi anc e excessi ve en nous-m êm es. Davi d avai t com posé
des psaum es m ervei l l eux sous l 'onct i on du S ai nt -Espri t ; il
com m i t néanm oi ns l 'adul t ère l orsque l a t ent at i on soudai ne
s'em para de l ui dans un m om ent de paresse.

3. L a capaci t é pour l e servi ce

L'ét at physi que de not re corps exerce une i nfl uence sur
not re capaci t é pour l e servi ce dans l e dom ai ne spi rit uel . C e
pri nci pe est à l a base du j eûne. L'ét at du corps réagi t
i névi t abl em ent sur not re int el l i gence,   à pl us fort e rai son
sur not re espri t . Nous avons tous expéri m ent é, ou ent endu
parl er sans dout e, de l a som nol ence proverbi al e des
audi t oi res d'écol es du di m anche après- mi di , en Angl et err e,
après l e dî ner non m oi ns proverbi al du di m anche m i di .
S purgeon l es décri t « rem pl i s de rosbi f et d'i ncrédul i t é. »
En Am éri que on offre général em ent au prédi cat eur un
souper pl ant ureux vers si x heures et dem i e du soi r, pui s on
at t end de l ui qu'i l prêche com m e un ange à sept heures
t rent e ! En Suède, c'est l a t asse de café qui sem bl e
i ndi spensabl e à l 'i nspi rat i on de cert ai ns prédi cat eurs, et à l a
bonne hum eur de l eurs audi t oi res !
72
Heureux l e chrét i en qui est l i béré de l 'escl avage de ces
choses, quoi qu'i l l es ut i li se de t em ps en t em ps. La
m odérat i on est souvent l a com pagne de l a spi ri t ual it é
véri t abl e. C e pri nci pe ét ai t à l a base de l'anci en voeu
nazar éen (N ombre 6), et occupai t sûrem ent l a pensée de
not re S ei gneur l orsqu'i l dit : C et t e espèce- l à ne peut sorti r
que par l a pri ère et par l e j eûne » (Mat t . 17:21). Not ons
t out part i cul i èrem ent que le S ai nt -Espri t parl a dans
l 'assem bl ée d'Anti oche « pendant qu'i l s servai ent le
S ei gneur dans l eur m i ni st ère et qu'i l s j eûnai ent » (Act es
13:2) .

II est faci l e de se m oquer de l a m ort i fi cat i on personnel l e,


m ai s si l es récom penses qu'el l e apport e sont une puissance
spi ri t uel l e pl us effe ct i ve et une sensi bi l i t é pl us grande à l a
voi x de l 'Espri t , el l e m éri t e d'êt re mi se en prat i que.

Le con trôl e m en t al de n ou s- m êm es

C ert ai nes personnes, choquées à l a pensée d'une l i cence


physi que, peuvent néanm oi ns êt re coupabl es, dans d'aut res
dom ai nes, d'i nt em pérance grossi ère, — pl us séri euse peut -
êt re.

La colère est une forme courante mais gave d'intempérance de


l'âme. « Celui qui est lent à la colère vaut mieux qu'un héros,
et celui qui est maître de lui-même que celui qui prend des
villes » (Prov 16:32). Nous devons nous souvenir que toujours
bouder et se laisser aller à une humeur chagrine est une

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intempérance aussi blâmable qu'une exhibition violente de
rage injustifiée.

Laisser courir la langue en est une autre ; que ce soit


seulement bavardages, légèreté excessive ou confidences
abusives. Le remède scripturaire est énergique. Jacques
emploie le terme emphatique « brider » et donne l'illustration
d'un mors dans la bouche d'un cheval. (Jacques 1:26 ; 3:2) .
C'est là le contrôle véritable de soi--même.

L'amour démesuré de la louange est une autre faiblesse qui


peut également devenir une intempérance. Nous sommes tous
soutenus par quelques paroles aimables d'appréciation bien
méritées. Mais certains prédicateurs sont à tel point esclaves
des applaudissements publics qu'ils ne peuvent guère prêcher
sans être accompagnés d'un chorus ronflant « d'alléluias », à
coup sûr une forme extérieure de louange destinée à eux-
mêmes, et non à Dieu. Ils dépasseront à l'occasion toutes les
limites de la bienséance, et de la considération pour les autres,
sur l'estrade ou ailleurs. Il est des moments où de longs
sermons, et des déclarations expl i ci t es » ou « hardi es » ne
sont aut res qu'une i nt em pérance m ent al e.

Le con t rôl e spi ri t u el

Une telle nécessité peut être une possibilité étonnante pour


beaucoup, mais il est d'une haute importance d'en reconnaître
la place essentielle dans Tes expériences de Pentecôte. « Les
esprits des prophètes sont, soumis aux prophètes » (1 Cor.
14:32) ; et, le don des langues est parfaitement sous le
contrôle de celui qui l'exerce. (1Co 14  : 28). Notre propre
esprit est extrêmement sensible aux sentiments profonds
(ainsi, Jésus « frémit » en Son esprit, et Paul fut « irrité »

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(Jean 11:33 ; Actes 17:16) . Nous devons donc garder le
contrôle sur notre esprit toutes les fois que nos sentiments
sont fortement mis en jeu, et que le réclament impérieusement
les circonstances. Dans notre vie chrétienne privée ce contrôle
sera peut -être moins nécessaire, et nous pourrons laisser à
notre esprit une liberté sans entraves pour parler « à nous-
mêmes et à Dieu ».

Mais dans les réunions publiques de l'assemblée, exemple,


l'amour de Christ pour d'autres âmes nous incitera à
considérer l'heure et le milieu dans lequel nous nous trouvons,
avant de nous permettre une entière liberté dans l'exercice des
dons spirituels. Une attention toute particulière est
recommandée dans les réunions où notre espri t est port é à
ém ouvoi r, pendant des serm ons puissant s, des pri ères
ém ouvant es ou des cant i ques ou domi ne une not e
sent i m ent al e. Nous cont rôl er nous- m êm es n'est pas
ét ei ndre l e S ai nt -Espri t , m ai s m ani fest er un de S es frui t s.
Tous l es croyant s en qui Il dem eure doi vent apprendre à
di scerner ent re l es ém ot i ons de source seul em ent hum ai ne
et l es mom ent s où l e S ei gneur dési re effe ct i vem ent ut i li ser
l eur espri t pour prononcer des m essages i nspi rés sous
form e de révél at i ons. Si not re propre espri t ne possède pas
ce frui t , l e cont rôl e de soi -m êm e, nous pouvons donner en
publ i c des exhi bi t i ons désast reuses d'i nt em pérance ém ot i ve
parfai t em ent inut i l e.

La force in t éri eu re

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Le m ot grec pour « t em pérance » si gnifie « posséder la force
intérieure ». C'est-à-dire que notre force intérieure de volonté est plus
grande que toute force extérieure des tentations, des désirs ou des
émotions. Il dénote le contrôle parfait de nous-mêmes.

Une t el l e condi t i on est vrai m ent envi abl e. Ensei gner l a


t em péranc e à un hom m e qui ,par des années de pl ai si rs
égoï st es, a perdu t out e force de rési st ance spi ri t uel l e,
sem bl e une m oqueri e cruel l e. L'ensei gnem ent du frui t de
l 'Espri t est une bonne nouvel l e , ent re tout es : C hri st
dem eurant en nous peut achever une   oeuvre   dont nous ne
pouvons j am ai s espére r l 'accom pl i ssem ent par nos propres
forces. Une m arche const ant e avec Lui t ransform e ra l e pl us
fai bl e d'ent re nous à S on im age ; et l es hom m es
com m enceront à voi r en nous un peu de ce cont rôl e
m agni fi que, de cet équi li bre di vi n en t out es ci rconst ances,
qui ét ai t t ouj ours l a m arque di vi ne du F il s de l 'Homm e. La
force i nt éri eure ne procède pas de nous, m ais de Lui .

FIN

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