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Note de repère VI : Le marché des changes

et les différents régimes de change1

Introduction

Le marché des changes est celui sur lequel la monnaie nationale est vendue contre de la monnaie étrangère
(la devise), ou l’inverse. Le prix qui s’établit sur le marché des changes est le taux de change nominal, ou
prix de la devise, à savoir la quantité de monnaie nationale par unité de devise (symbole e).

La forme et le degré d’intervention des autorités monétaires sur le marché des changes du pays constituent ce
qui est appelé le régime de change du pays, le taux de change nominal étant un instrument fondamental de la
politique macroéconomique.

Nous supposerons ci-après que la monnaie nationale est le peso et la devise le $. À ce titre, le taux de change
nominal, que nous appellerons simplement taux de change, est la quantité de pesos par $. Si e = 2, cela signifie
que 1 $ vaut 2 pesos, ou encore, que 1 peso vaut 0,5 $, le 0,5 $ étant ce qui est appelé la valeur externe
nominale du peso, soit 1/e. Dans le calcul de leur taux de change, certains pays utilisent un « panier » de
monnaies étrangères et non pas une monnaie étrangère unique. On parle alors de taux de change effectif par
opposition au taux de change simple qui vient d’être défini.

Note : le lecteur, qui voudrait rafraîchir ses connaissances sur les techniques de calcul du taux de change et de
ses variations, peut consulter, sur le présent site, la Note de repère V (NR V), intitulée Le taux de change
extérieur nominal et réel, simple et effectif.

Un petit rappel

Le régime de change qu’adopte un pays n’est pas, comme nous le verrons, sans incidence, du moins dans
certains cas, sur ce qui se passe dans la sphère monétaire de l’économie. Il est donc bon pour le lecteur de se
rappeler l’identité 40 de la NR IV (page 9), intitulée Les principales identités de la comptabilité
macroéconomique, qui établit que les contreparties de l’accroissement de la masse monétaire (AMO) sont
l’accroissement des avoirs officiels extérieurs nets (AVN), dans lesquels sont comptabilisés les avoirs en
devises de la Banque centrale, et l’accroissement du crédit bancaire intérieur (ACBI), à savoir :

AVN + ACBI ≡ AMO (40)

1
Économie du développement – Les Notes de repère du Professeur Martens
www.sceco.umontreal.ca/ecodev/

1
L’offre et la demande de devises

¾ Les offreurs de devises sont les exportateurs de produits (biens et services), les résidents
récipiendaires de transferts courants en provenance du Reste du monde et les importateurs de
capitaux. Selon la loi de l’offre, si le taux de change augmente (diminue), la quantité offerte de
devises augmente (diminue), ceux qui ont des recettes en $ recevant davantage (moins) de pesos
par $ échangé.

¾ Les demandeurs de devises sont les importateurs de produits, les résidents qui font des transferts
courants au Reste du monde et les exportateurs de capitaux. Selon la loi de la demande, si le taux
de change augmente (diminue), la quantité demandée de devises diminue (augmente), ceux qui ont
des besoins en devises devant payer davantage (moins) de pesos pour obtenir 1$.

Le régime de change flottant à l’état pur

Le régime de change flottant, dit à l’état pur, est celui dans lequel la valeur du taux de change est librement
déterminée par l’offre et la demande de devises, c’est-à-dire sans intervention aucune des autorités monétaires.
Ce régime est illustré aux graphiques 1, 2 et 3.

La quantité offerte et demandée de devises, disons en millions de $ (symbole M$), est mesurée le long de
l’abscisse des trois graphiques. La valeur du taux de change (pesos / $) est mesurée le long de l’ordonnée.
L’offre de devises est représentée par la droite O et la demande de devises par la droite D.

Le graphique 1 donne la situation initiale, les droites d’offre et de demande initiales étant respectivement Oo
et Do. La valeur d’équilibre du taux de change est de 2 pesos par $ et la quantité d’équilibre de devises
transigées à ce taux est de 20 M$ (point A).

Graphique 1 : régime de change flottant – situation initiale (indice 0)


e
4
3,5
Oo
3

A
2

1
Do

0 10 20 30 40
M$

2
Le graphique 2 illustre le cas où il y a soit une augmentation de l’offre de devises, soit une diminution.

Graphique 2 : régime de change flottant – augmentation (indice 1) et diminution (indice 2) de l’offre de


devises
e
4 O2
3,5
3 C
2,9------------
O0
2,5
A O1
2
B
1,55----------

1
D0
0,25
26--------
8--------

0 10 20 30 40
M$

Le choc qui explique l’augmentation de l’offre de devises (déplacement de Oo à O1) peut être de différente
nature : une récolte exceptionnelle des produits agricoles à l’exportation, une augmentation du prix mondial,
libellé en $, de ces produits, la mise en place de subventions à l’exportation, un afflux accru de touristes
étrangers, un congé fiscal nouvellement accordé aux investisseurs étrangers, un accroissement de l’aide
internationale, etc. Le résultat est que le nouvel équilibre est au point B. À ce point, la quantité de $ convertis
en pesos est 26 M$ et la valeur du taux de change 1,55 peso par $. Il y a donc eu, par rapport à la situation
initiale, une appréciation du peso de 29,04 %, soit ((1/1,55 – 1/2) / 1/2) x 100.

Le choc qui explique la diminution de l’offre de devises (déplacement de Oo à O2) peut provenir d’une
mauvaise récolte des produits agricoles exportés, d’une diminution de leur prix mondial, de l’instauration de
taxes à l’exportation, d’une mauvaise saison touristique, du renforcement des règles environnementales
imposées aux investisseurs étrangers, etc. Le point d’équilibre est ici le point C, la quantité de $ convertis en
pesos étant de 8 M$ et la valeur du taux de change de 2,9 pesos par $, ce qui correspond à une dépréciation
du peso de 31,03 %, soit│ ((1/2,9 – 1/2) / 1/2) │ x 100.

3
Le graphique 3 illustre le cas où il y a soit une augmentation de la demande de devises, soit une diminution.

Graphique 3 : régime de change flottant – augmentation (indice 1) et diminution (indice 2) de la


demande de devises

e
4
3,5
O0
3

E
2,2---------- A
2
1,75
1,3---------- F D1
1
D0
D2
6--------

0 10 20 24------ 30 40
M$

L’augmentation de la demande de devises (déplacement de Do à D1) peut avoir comme origine une
diminution des droits à l’importation, une augmentation des prix mondiaux en $ des produits importés, un
accroissement du taux d’intérêt sur la dette extérieure, etc. Le nouvel équilibre est au point E. À ce point, la
quantité de $, résultant de la conversion de pesos en $, est 24 M$ et le taux de change 2,2 pesos par $, ce qui
correspond à une dépréciation du peso de 9,09 %, soit │((1/2,2 – 1/2) / 1/2) │x 100.

La diminution de la demande de devises (déplacement de Do à D2) peut trouver sa source dans une
augmentation des droits à l’importation, une diminution des prix mondiaux des produits importés, un
allègement de la dette extérieure, etc. Le nouvel équilibre est, dans ce cas, au point F. À ce point, la quantité
de $, résultant de la conversion de pesos en $, est 6 M$, cette conversion s’étant faite au taux de 1,3 peso
par $. Il y a donc eu une appréciation du peso de 53,84 %, soit (( 1/1,3 – 1/2 ) / 1/2 ) x 100.

En 2006, 26 pays étaient dans un régime de change flottant à l’état pur, dont, entre autres, pour
l’Afrique subsaharienne, l’Afrique du Sud, la République démocratique du Congo, la Sierra
Leone et l’Ouganda, pour l’Amérique du Nord, le Canada, les États-Unis et le Mexique, pour l’Amérique du
Sud, le Brésil et le Chili, pour l’Asie, la Corée du Sud, le Japon et les Philippines, pour l’Europe, la Grande-
Bretagne, l’Islande, la Norvège et la Suisse, pour le Moyen-Orient, Israël et la Turquie, et, pour la région du
Pacifique, l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

4
Note : L’information sur les régimes de change des différents pays donnée dans le texte est celle en date du 30
avril 2006 (IMF, 2006). Il s’agit ici du régime de facto, c’est-à-dire tel qu’effectivement pratiqué par le pays.
Il peut, dans certains cas, être différent du régime de jure, c’est-à-dire celui officiellement annoncé par les
autorités monétaires. Les pays considérés sont ceux membres du FMI, ce qui exclut, entre autres, Cuba.

Le régime de change fixe conventionnel

Dans un régime de change fixe, les autorités monétaires décident de la valeur que prend le taux de change.
Cette valeur peut, selon le cas, être celle correspondant au taux de change d’équilibre (point A des graphiques
1, 2 et 3), ou encore, lui être inférieure ou supérieure. Voyons cela à l’aide du graphique 4.

Graphique 4 : régime de change fixe – e = 1,25 (surévaluation du peso), e = 2,75 (sous-évaluation du


peso)

e
4
25
3.25-------- K O0
(offre excédentaire)
3 I J
2.75
A
2

G H
1,25
1
25
(demande excédentaire) D0
0 10 20 30 40
35------
5-------

M$

Si le taux de change est fixé à son niveau d’équilibre du marché, c’est-à-dire à 2 pesos par $, nous retrouvons
le point A des graphiques 1, 2 et 3, les quantités offerte et demandée de devises étant égales avec un montant
transigé de 20 M$. Dans ce cas, il n’y a ni surévaluation, ni sous-évaluation du peso.

Supposons maintenant que les autorités monétaires fixent le taux de change à 1,25 peso par dollar, donc en
dessous du taux d’équilibre. Ceci correspond, par rapport à la situation d’équilibre, à une surévaluation du
peso à concurrence de 60 %, soit (( 1/1,25 – 1/2) / 1/2) x 100. À ce taux, la quantité offerte de devises est de
5 M$ (point G) et la quantité demandée de 30 M$ (point H), ce qui détermine une demande excédentaire de
devises égale à 25 M$ (segment GH). La manière la plus directe, pour la Banque centrale, de satisfaire cette
demande excédentaire, c’est-à-dire de maintenir le taux de change à 1,25, est de diminuer ses avoirs en devises

5
à concurrence de 25 M$, et de vendre ce montant contre des pesos au taux fixé. Dans ce cas, la convertibilité
externe du peso est intégralement maintenue. Dans le cas où le pays n’aurait pas les réserves en devises
permettant de réaliser une telle opération, les autorités monétaires pourraient rationner la quantité demandée
de devises par la quantité offerte au taux de 1,25 peso, soit à concurrence des 5 M$ offerts. Une telle politique
peut être mise en œuvre moyennant, entre autres, l’introduction d’un système d’allocation de devises pour les
résidents désireux d’aller à l’étranger, de quotas à l’importation des biens ou de contrôles des exportations de
capitaux, toutes mesures limitant la convertibilité externe du peso. Si de tels contrôles ne sont pas étanches, il
y a une possibilité d’apparition d’un marché parallèle (« noir ») des devises sur lequel le taux de change
tendra, dans notre exemple, vers une valeur « virtuelle » de 3,25 pesos par $ (point K), donc supérieure à celle
du taux de change d’équilibre.

Considérons le cas inverse où le taux de change est fixé au dessus du taux d’équilibre, disons à 2,75 pesos par
$. Dans un tel cas, qui correspond à une sous-évaluation du peso à concurrence de 27,27 %, soit
│((1/2,75 - 1/2) / 1/ 2)│x 100, nous voyons que la quantité offerte de devises est de 35 M$ (point J) et la
quantité demandée de 10 M$ (point I). Il y a donc, à ce taux, une offre excédentaire de devises de 25 M$
(segment IJ). Dans une telle situation, la Banque centrale devra, pour que le taux se maintienne à 2,75,
augmenter ses avoirs en devises à concurrence de 25 M$, moyennant l’achat de ce montant en échange de
pesos au taux fixé.

La valeur du taux de change qui a été fixée n’est évidemment pas irrévocable. Les autorités monétaires
peuvent décider de dévaluer ou de réévaluer la monnaie nationale. En cas de dévaluation, le taux de change
augmente, par exemple de 2,4 à 2,6, ce qui correspond à un taux de dévaluation du peso de 7,7 %,
soit│((1/2,6 – 1/2,4) / 1/2,4)│x 100. En cas de réévaluation, le taux de change diminue, par exemple de 2,4 à
2,1, ce qui correspond à un taux de réévaluation du peso de 14,28 %, soit (( 1/2,1 – 1/2,4) / 1/2,4) x 100.

En 2006, 49 pays fonctionnaient dans un tel régime, dont l’Arabie Saoudite, la Barbade, Belize, la Chine2,
l’Égypte, les Émirats Arabes Unis, l’Érythrée, le Koweït, le Liban, le Maroc, le Pakistan, la Syrie, le
Venezuela et le Vietnam.
Note : bien que classée dans le groupe des pays à régime de change fixe, la Syrie est toutefois un des rares pays où subsiste encore
une situation dite de régime de taux de change multiple. La livre syrienne connaît en effet trois taux de change officiels, dont les
deux premiers sont fixés, ainsi qu’un taux de change flottant non officiel dont la valeur est déterminée selon l’offre et la demande
sur les marchés principalement de Amman et de Beyrouth (pour plus de détails, voir FMI, 2006 : 1141-1148).

L’identité 40, donnée au début du texte, permet de saisir la différence d’impact qu’a l’adoption d’un régime de
change flottant à l’état pur ou celle d’un régime de change fixe sur la masse monétaire. Dans le cas d’un
régime de change flottant à l’état pur, AVN = 0, le taux de change équilibrant les quantités offerte et
demandée de devises. Pour ACBI = 0, l’accroissement de la masse monétaire (AMO) est conséquemment nul,
ce qui signifie que le stock de monnaie reste inchangé. En revanche, dans un régime de change fixe, si la
valeur du taux de change est inférieure au taux de change d’équilibre, AVN < 0, la Banque centrale diminuant
ses avoirs en devises, et la masse monétaire décroît (AMO < 0) pour ACBI = 0. Dans ce même régime, si la
valeur du taux de change est supérieure au taux de change d’équilibre, AVN > 0, la Banque centrale
augmentant ses avoirs en devises, et la masse monétaire s’accroît (AMO > 0) pour ACBI = 0.

2
à l’exclusion de Hong Kong qui connaît un régime particulier de change fixe, dit de caisse d’émission monétaire, dont il est
question plus loin dans le texte.

6
Variantes des régimes de change flottant et de change fixe

¾ Le régime de change flottant administré

Dans un régime de change flottant administré, les autorités monétaires peuvent à l’occasion intervenir sur le
marché des changes en fixant temporairement la valeur du taux de change afin d’éviter une dépréciation
considérée comme excessive de la monnaie nationale ou son appréciation excessive, suite à des variations de
l’offre ou de la demande de devises. En 2006, 53 pays étaient disposés à faire de telles interventions, dont
l’Algérie, l’Argentine, le Bangladesh, la Colombie, l’Éthiopie, le Ghana, Haïti, l’Inde, l’Indonésie, le Nigeria,
le Pérou, la Russie, le Sri Lanka, la Thaïlande, la Tunisie, l’Uruguay et le Yémen.

¾ Le régime de change fixe à fourchette

Dans un régime de change fixe à fourchette, aussi dit à bande de fluctuation, il est permis au taux de change de
flotter mais dans des limites habituellement relativement étroites, celles-ci étant en outre prédéterminées, ce
qui n’est pas le cas pour le régime de change flottant administré dont de telles limites sont en principe
absentes. Un exemple d’une telle situation est celle où les autorités monétaires fixent une valeur minimale et
une valeur maximale pour le taux de change et satisfont la demande excédentaire de devises lorsque le taux du
marché est inférieur de 2 % au taux minimal, tandis qu’elles épongent l’offre excédentaire de devises si le taux
du marché est supérieur de 2 % au taux maximal, ceci étant une formule parmi d’autres.

En 2006, Chypre, le Danemark, la Hongrie, la Slovaquie, la Slovénie et Tonga avaient un tel régime, sous une
forme ou sous une autre.

¾ Le régime de l’union monétaire

Dans un régime d’union monétaire, les pays membres de l’union partagent une monnaie unique. Il existe deux
formes d’union monétaire.

Dans le premier cas, la monnaie unique flotte par rapport aux monnaies des pays extérieurs à l’union, ou pays
tiers. C’est le cas de l’Union monétaire européenne (Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, Finlande,
France, Grèce, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Portugal) dont la monnaie est l’euro, ce dernier étant
susceptible de se déprécier ou de s’apprécier par rapport aux monnaies des pays non membres, par exemple,
relativement au $US, au yen ou à la livre britannique.

Dans le deuxième cas, la monnaie unique a un taux de change fixe, dite aussi parité, par rapport à la monnaie
d’un pays extérieur à l’union. La monnaie de l’union est parfois appelée, dans ce cas, monnaie satellite, tandis
que la monnaie du pays, qui est retenue pour la fixation du taux de change, est dite monnaie dominante. À
l’heure actuelle, il existe trois exemples d’un régime de telle nature. Il s’agit de l’Union économique et
monétaire ouest africaine ou UEMOA (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger,
Sénégal, Togo), de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale ou CEMAC (Cameroun,
Congo, Gabon, Guinée équatoriale, République centrafricaine, Tchad) et de l’Union monétaire des Caraïbes
orientales ou UMCO (Antigua-et-Barbuda, Dominique, Grenade, Saint-Kitts-et-Nevis, Sainte-Lucie, Saint-
Vincent-et-les-Grenadines).

7
La monnaie de l’UEMOA et de la CEMAC est le franc CFA dont la parité est fixée, depuis le 1er janvier 1999,
par rapport à l’euro, au taux de 655,957 francs CFA par euro. En fait, avant cette date, qui a marqué la mise en
place de l’Union monétaire européenne, la parité du franc CFA était fixée par rapport au franc français au
taux, depuis janvier 1994, de 100 francs CFA pour un franc français. Mais, comme avec l’instauration de
l’Union monétaire européenne, le taux de conversion irrévocable entre l’euro et le franc français, qui fut
retenu, était de 6,55957 francs français par euro, la parité entre le franc CFA et l’euro s’est automatiquement
établie à 655,957 francs CFA par euro. La monnaie de l’UMCO est le dollar des Caraïbes orientales dont la
parité est fixée par rapport au $US au taux, depuis 1976, de 2,7 dollars des Caraïbes orientales pour 1$US. Il
est évident que, dans un tel régime, si la monnaie dominante se déprécie ou s’apprécie d’un certain
pourcentage par rapport à une monnaie tierce, la monnaie satellite se déprécie ou s’apprécie par rapport à cette
monnaie à concurrence du même pourcentage. Par exemple, si l’euro s’apprécie par rapport au $US de 8 %, le
franc CFA s’apprécie par rapport au $US de 8 %. De même, si le $US se déprécie par rapport à la livre
britannique de 5 %, le dollar des Caraïbes orientales se déprécie par rapport à cette dernière de 5 %.

¾ Le régime de caisse d’émission monétaire

Un régime de caisse d’émission monétaire doit respecter 3 conditions essentielles :

a. la valeur du taux de change est fixée par rapport à une monnaie étrangère, dite monnaie de référence ;

b. l’institution qui émet la monnaie, ou caisse d’émission monétaire, s’engage à maintenir, de manière
irrévocable, la valeur retenue pour le taux de change, ce qui signifie, en clair, que la monnaie nationale ne peut
pas être dévaluée ou réévaluée relativement à la monnaie de référence ;

c. la masse monétaire ne peut varier qu’à concurrence de la variation des avoirs en devises, ou, selon l’identité
40, AMO = AVN, étant donné que ACBI doit être maintenu à zéro.

Dans un tel régime, qui est un cas extrême de régime de change fixe, il est clair que la monnaie nationale se
déprécie ou s’apprécie par rapport aux monnaies tierces à concurrence du taux de dépréciation ou
d’appréciation de la monnaie de référence par rapport à ces mêmes monnaies.

L’UMCO connaît à la fois un régime de caisse d’émission monétaire et d’union monétaire. Ce n’est pas le cas
pour l’UEMOA et la CEMAC, rien n’empêchant en principe le franc CFA d’être en dévalué ou réévalué par
rapport à l’euro. Il y est aussi permis au crédit bancaire intérieur de varier (ABCI ≠ 0), avec toutefois une
limitation du crédit accordé à l’État.

Outre les pays de l’UMCO, les pays, qui fonctionnaient en 2006 sous un régime de caisse d’émission
monétaire, étaient la Bosnie-Herzégovine, Brunei Darussalam, la Bulgarie, Djibouti, l’Estonie, Hong Kong et
la Lituanie.

> Le régime de dollarisation

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Le régime de dollarisation, défini au sens strict, est celui dans lequel la monnaie nationale n’a plus cours, la
seule monnaie ayant cours étant une monnaie étrangère, $US ou autre. Dans ce cas, comme dans celui du
régime de la caisse d’émission monétaire, les variations de la masse monétaire (AMO) sont uniquement
déterminées par celles des avoirs en devises (AVN), la monnaie nationale et la monnaie étrangère étant une
seule et même chose.

EN 2006, 9 pays membres du FMI étaient dans ce type de régime (Équateur, Kiribati, les Îles Marshall, la
Micronésie, Palau, Panama, Saint-Marin, Salvador, Timor-Oriental). Il faut toutefois noter que, dans certains
des pays connaissant le régime de dollarisation, ceux des pièces et billets libellés dans la monnaie nationale,
qui avaient été émis avant l’adoption dudit régime, continuent de circuler, sauf qu’aucune nouvelle émission
n’est permise. C’est le cas du colon au Salvador.

Le terme de « dollarisation » peut aussi s’appliquer à des situations particulières ne relevant pas de l’adoption
d’un régime de dollarisation au sens strict. Un premier cas est celui où les agents économiques refusent de
transiger dans la monnaie nationale, dans laquelle ils n’ont plus confiance suite, par exemple, à une
hyperinflation, mais transigent uniquement en monnaie étrangère. Un deuxième cas est celui où, bien que les
agents économiques acceptent de transiger dans la monnaie nationale, les prix sont affichés en monnaie
étrangère, cas fréquent lorsque la monnaie nationale se déprécie continuellement et rapidement. Une telle
pratique fait que les vendeurs de biens et services sont assurés de toujours obtenir en monnaie nationale un
montant indicé au taux de dépréciation de cette dernière sur le marché des changes. Dans leur histoire, le
Liban et la République démocratique du Congo ont connu de telles situations.

¾ Le régime de parité à crémaillère

Jusqu’à présent, nous n’avons considéré, dans notre classification des régimes de change, que le taux de
change nominal (e). Pour comprendre le régime de parité à crémaillère, qui est une variante du régime de
change fixe, il faut introduire la notion de taux de change réel (symbole er), en se rappelant que la relation
entre les deux taux est (voir NR V, p. 2) :

er = e (IP* / IP)

où IP* est l’indice des prix étrangers ou internationaux et IP l’indice des prix intérieurs ou nationaux.

Dans un régime de parité à crémaillère, les autorités monétaires désirent en général maintenir la valeur de er à
un niveau donné de manière à ce que des variations des prix relatifs (ratio IP* / IP) n’affectent pas la
compétitivité externe de l’économie, celle-ci reposant sur la valeur de er et non pas sur celle de e. On dit que,
dans ce cas, le point d’ancrage de la politique du taux de change et de la politique monétaire est er. Ce régime
est différent du régime de change fixe conventionnel dans la mesure où e est périodiquement ajusté, souvent
sur une base hebdomadaire, compte tenu, d’une part, d’un objectif d’inflation interne (IP) et, d’autre part,
d’une projection de l’inflation externe (IP*). Dans le régime de change fixe conventionnel, on peut aussi
ajuster e pour maintenir er constant mais cet ajustement, par exemple sous la forme d’une dévaluation, n’est
pas périodique. Illustrons le cas du régime de parité à crémaillère.

La 1ère semaine est supposée être la période de base avec e = 2 et IP = IP* = 100 et, conséquemment, er = 2.
Par rapport à la période de base, l’objectif hebdomadaire d’inflation interne est fixé à 1 %, d’où IP sera égal à

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101 pour les semaines suivantes. En outre, il est prévu que, la deuxième semaine, le taux d’inflation externe
sera 0,5 % (IP* = 100,5), et, pour la 3ième semaine, 0,7 % (IP* = 100,7).

Compte tenu de cette information, posons pour la 2ère semaine, dans l’équation ci-dessus, er = 2, IP* = 100,5
et IP = 101, ce qui donne e = 2,0101 ou une dévaluation du peso de 0,5 % par rapport à la 1ère semaine, soit
│(( 1/2,0101 – 1/2) / 1/2)│x 100. Pour la 3ième semaine, posons er = 2, IP* = 100,7 et IP = 101, ce qui donne
e = 2,006 ou une réévaluation du peso de 0,2 % par rapport à la 2ième semaine, soit
(( 1/2,006 - 1/2,0101) / 1/2,0101)│x 100, et ainsi de suite.

En 2006, 5 pays étaient dans un régime de parité à crémaillère (Bolivie, Botswana, Costa Rica, Iran,
Nicaragua). Dans un tel régime, l’impact des variations de e sur la masse monétaire est analogue à celui que
connaît le régime de change fixe conventionnel.

Tableau récapitulatif : Régimes de change et nombre de pays – classification de facto (30/04/2006)

Type de régime de change Nombre de pays

Change flottant à l’état pur 26

Change fixe conventionnel 49

Change flottant administré 53

Change fixe à fourchette 6

Union monétaire 32

Caisse d’émission monétaire 7


(à l’exclusion des pays membres de l’UMCO, classés
dans la rubrique « union monétaire »)

Dollarisation 9

Parité à crémaillère 5

_________________________________ _______

Total 187

(Source : FMI, 2006 : 3, 19-20)

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Petit lexique français - anglais – espagnol

Monnaie nationale – domestic or local currency – moneda nacional

Devises – foreign exchange – divisas

Taux de change – exchange rate – tipo de cambio

Régime de change – exchange rate arrangement – régimen de tipo de cambio

Régime de change flottant à l’état pur – independent floating – flotación independiente

Régime de change fixe – fixed peg arrangement – vinculación (a una moneda o a una canasta de monedas)

Régime de change flottant administré – managed floating or dirty float – flotación manejada o sucia

Régime de change fixe à fourchette – band exchange rate – banda de fluctuación

Régime de l’union monétaire - monetary or currency union – unión monetaria

Régime de caisse d’émission monétaire – currency board – caja de conversión

Régime de parité à crémaillère – crawling peg – vínculo o paridad móvil

Point d’ancrage – anchor – ancla

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Bibliographie de la NR VI

IMF (2006): Annual Report on Exchange Arrangements and Exchange Restrictions, Washington, D.C.

Ce document donne dans le détail, pour chaque pays membre du FMI, les dispositions réglementaires
s’appliquant aux transactions commerciales et financières avec l’étranger.

Rogoff K.S., A.M Husain, A. Mody, R. Brooks et N. Oomes (2004) : Evolution and Performance of Exchange
Rate Regimes, Occasional Paper 229, IMF, Washington, D.C.

Dans cette étude très bien documentée, les auteurs décrivent l’évolution et évaluent la performance
macroéconomique des différents régimes de change qu’ont connus les pays en développement et les pays
émergents jusqu’au début du 3ième millénaire, la distinction étant faite entre régimes de change de jure et de
facto.

Dernière version de la NR VI : Montréal, novembre 2006

andre.martens@umontreal.ca

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