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MASTER : AIGPEM
FSJES RABAT-AGDAL

MODULE : FONCTION PUBLIQUE INTERNATIONALE

COORDONNATEUR DU MODULE : Pr BOUISFI Hicham


2

Plan du module

I- Le fonctionnaire international
II- régime juridique
III- Droit applicable
IV- Le lien de fonction ou / et de service
V- La commission de la FPI
VI- retraite
VII- Droit au respect de la dignité
3

Bibliographie :

– G. LANGROD, La fonction publique internationale : sa genèse, son essence, son évolution,


Leyde, 1963, Sijthoff.

– J. MOUSSÉ, Le contentieux des organisations internationales et de l'Union européenne,


Bruxelles, 1997, Bruylant.

– A. PELLET, Les voies de recours ouvertes aux fonctionnaires internationaux, 1982,


Pedone. Open source

– A. PELLET et D. RUZIÉ, Les fonctionnaires internationaux, 1993, PUF. Open source

– J. PENAUD, (sous la dir. de), La fonction publique internationale, Lexique commenté,


1997, La Documentation française.

– M. PIQUEMAL Fonction publique internationale. Problèmes actuels, L'exemple de


l'OTAN, 1998, Éditions du Papyrus.

– A. PLANTEY et F. LORIOT, Fonction publique internationale, 2005, CNRS. Open source

– D. RUZIÉ, Les fonctionnaires internationaux, 1970, Armand Colin.

– Institut international des sciences administratives, Les pensions des fonctionnaires


internationaux, Bruxelles, 1993 ; La couverture médicale de la fonction publique
internationale, Bruxelles, 1998, Institut international des sciences administratives
(IISA/IIAS).

M. BETTATI, Recrutement et carrière des fonctionnaires internationaux, Rec. cours La Haye


1987-III, p. 175 et s.

– T. MERON, Status and Independence of the International Civil Servant, Rec. cours La
Haye 1980-II, p. 285 et s.

– J. SALMON, Immunités et actes de la fonction, AFDI 1992. 314 et s.

- (S. BASDEVANT-BASTID, Les fonctionnaires internationaux, 1931, Sirey, p. 53


4

I- Le fonctionnaire international

La fonction publique internationale s'entend comme l'ensemble du personnel (moyens


humains) appelé à remplir les tâches spécifiées par les statuts du personnel et uni par des liens
d'organisation. La fonction publique internationale s’est progressivement dégagée et définie
non seulement en raison du développement de l’administration internationale dont elle est un
élément mais aussi selon l’état des relations politiques, diplomatiques, économiques entre les
pays intéressés.

Les fonctionnaires internationaux sont alors indispensables pour assurer le fonctionnement


des organisations internationales. Ils permettent ainsi aux organisations de manifester, dans
l'accomplissement de leur mission, une volonté propre, distincte de celle des Etats membres.
Les fonctionnaires internationaux constituent un sous-ensemble des « agents
internationaux1 », pour reprendre la définition donnée par la Cour internationale de justice un
« agent international2 », désigne « toute personne par qui l'organisation agit ». On peut
considérer que le fonctionnaire international est un agent qui exerce une fonction publique au
service d'une organisation internationale interétatique, d'une manière exclusive et continue,
entraînant un régime juridique particulier de caractère international3. Le fonctionnaire
international se distingue ainsi à la fois du représentant d'un État et d'un fonctionnaire
national, car il n'est pas au service d'un État (indépendance de la fonction publique
internationale). D'autre part, il est au service de la communauté des États groupée dans une
organisation et consacre tout son temps à son activité internationale (allégeance à
l'organisation).

II_ régime juridique :

A la différence des autres catégories d'agents internationaux (ex. : membres de commissions


d'enquête, experts qui peuvent conserver, par ailleurs, certaines activités privées ou
publiques), le fonctionnaire international doit se consacrer exclusivement aux devoirs de sa
charge. Au sens strict, le fonctionnaire international est l’agent d’une organisation
internationale qui jouit de la plénitude des droits et répond à la totalité des obligations

1
CIJ, AC, 11 avr. 1949, aff. Bernadotte, Rec. CIJ, p. 177
2
Il n'existe de définition ni conventionnelle, ni jurisprudentielle de la notion de fonctionnaire international.
Certains statuts du personnel d'organisations internationales donnent, sans doute, une définition des «
fonctionnaires » (parfois appelés « agents »).
3
S. BASDEVANT-BASTID, Les fonctionnaires internationaux, 1931, Sirey, p. 53
5

résultant de son emploi. Du fait de leur autonomie, les différentes organisations


internationales règlent chacune la condition juridique de leurs fonctionnaires. Mais, il existe
une double tentative d'harmonisation, dont le champ d'application est différent. À l'échelle
universelle, cette harmonisation est notamment confiée à la Commission de la fonction
publique internationale (CFPI4) compétente à l'égard de ce qu'il est convenu d'appeler le
« régime commun des Nations unies », auquel participent les organisations de la « famille »
ou du « système » des Nations unies, à l'exception des institutions financières internationales
(FMI et groupe de la Banque mondiale).

Le personnel des organisations internationales se recrute soit sur le plan international (le
statut du personnel est généralement de caractère international et il s'agit de fonctionnaires
internationaux), soit sur le plan local (S'il s'agit de tâches purement manuelles, les membres
du personnel seront, souvent, soumis aux règles de droit local et n'auront pas la qualité de
fonctionnaires internationaux). Parce qu’investis d’une mission de caractère
intergouvernemental (statutaires ou contractuels), on distingue communément les
fonctionnaires permanents, les auxiliaires ou temporaires, les collaborateurs occasionnels, les
experts de l’assistance technique. Toutefois, les dispositions 100. 1 à 100. 12, du statut de
l’ONU s’applique à tous les fonctionnaires à l’exception des assistants techniques,
consultants et des agents recrutés pour des périodes de courte durée. Le personnel engagé
pour des durées limitées (6 mois : conférences, aide technique, aide humanitaire, etc.) est
soumis à un autre règlement (dispositions 301-1 à 312-6, du 1-1-2002)5:

➢ Les agents non fonctionnaires: ce sont des experts, des linguistes, des consultants, des
auxiliaires, des temporaires, des volontaires, des stagiaires, des remplaçants, des
conseillers, des spécialistes divers. Certains sont bénévoles, beaucoup bénéficient de
contrats. La durée de ces engagements est généralement limitée.
➢ Les contractuels, temporaires ou auxiliaires: La situation de ces collaborateurs est
parfois régie par des textes administratifs de caractère statutaire, mais aussi, en assez
large proportion, par des stipulations contractuelles qui leur sont propres.
➢ Les collaborateurs occasionnels: Ce sont ceux recrutés sur place, c’est-à-dire aux
lieux de leurs activités (aide humanitaire, personnel sanitaire, médecins…). Ces
agents sont souvent soumis au droit local6, c’est-à-dire que leur situation est régie par

4
Voir infra
5
Voir annexe
6
TANU 12-10-1972, Sabillo, 164 ; http://untreaty.un.org/unat/Judgements_French_By_Number.htm
6

la législation du lieu de leur emploi7, lieu qui est aussi en règle générale celui de leur
recrutement.
II- Droit applicable

Les sources de droit applicables à la fonction publique internationale sont très variées.
L'essentiel en est fourni par des règles de droit international. S'agissant des règles écrites,
aux sources primaires8 s'ajoutent des sources dérivées9. D'une manière générale, en raison de
l'autonomie des organisations, la réglementation d'une autre organisation ne s'applique pas10.
Par ailleurs, parmi les sources non écrites, il faut noter d'une part la place, certes limitée,
des règles coutumières, mais aussi, et surtout, celle des principes généraux du droit régissant
la fonction publique internationale. La loi nationale d'un État, qu'il s'agisse de l'État de siège
ou de l'État national du fonctionnaire concerné, est d'application exceptionnelle et nécessite le
consentement exprès de l'organisation11.

NB : Le droit local est ainsi, notamment, applicable à certaines catégories d'employés


(exemple : tâches d'exécution) ou à certaines matières (exemple : sécurité sociale).
Exceptionnellement, toutefois, il y aura lieu de se référer au droit national lorsque le droit de
l'organisation ou les principes généraux ne peuvent fournir des éléments pour une
interprétation autonome.

1 - Les caractéristiques du fonctionnaire international:

La jurisprudence des tribunaux administratifs a permis de faire ressortir les trois éléments
caractéristiques du fonctionnaire international: un agent qui exerce une fonction publique au
service d'une organisation internationale, d'une manière exclusive et continue, entraînant un
régime juridique particulier de caractère international. Pour sa part, le Tribunal administratif
de l’OIT a retenu comme caractéristiques essentielles du fonctionnaire international : « La
consécration permanente de son activité au service qui l’emploie, l’autorité du directeur

7
Le régime ainsi défini peut s’accompagner de la compétence du juge national, qui applique le droit interne. Les
tribunaux nationaux du travail ont imposé aux organisations (ONU, PNUD) le paiement d’indemnités
(assurance-chômage, cotisations sociales, PENSIONS, etc). Malgré leurs privilèges et immunités, ces
organisations furent contraintes d’exécuter ces jugements, au motif que le droit du travail inscrit dans chaque
Constitution prévaut sur les accords de siège avec l’ONU. (74, 130, 142,1344),
http://untreaty.un.org/unat/Judgements_French_By_Number.htm
8
Conventions de base, conventions complémentaires, accords de siège)
9
Statuts, règlements, circulaires, instructions
10
TAOIT, jugement no 1814/1998.
11
TAOIT, jugement no 15/1954
7

général, la réglementation unilatérale et non contractuelle de l’emploi, l’accessibilité aux


caisses d’assurance-maladie, de pension, etc.12».

Le fonctionnaire international exerce une fonction publique pour le compte d'une


organisation internationale et non pour le compte d'un Etat ou d'une organisation non
gouvernementale. Le fonctionnaire international est contraint de garantir son indépendance
à l'égard de toute autorité extérieure à l'organisation, en contrepartie de son allégeance à
l'égard de l'organisation. Le fonctionnaire international n’a en vue que les intérêts de
l’organisation. Le principe fondamental selon lequel, « les fonctionnaires, une fois nommés,
ne sont plus au service de leur pays d'origine, mais deviennent temporairement et
exclusivement des fonctionnaires de l’organisation. Leurs attributions sont non pas
nationales, mais internationales », est à l'origine de l'article 100 de la Charte des Nations
Unies- dont s'inspirent la quasi-totalité des actes constitutifs des organisations internationales
-, qui en tire deux conséquences:

➢ D'une part « dans l'accomplissement de leurs devoirs, le Secrétaire général et le


personnel ne solliciteront ni n'accepteront d'instructions d'aucun gouvernement ni
d'aucune autorité extérieure à l'Organisation ».
➢ D'autre part « chaque membre de l'Organisation s'engage à respecter le caractère
exclusivement international des fonctions du Secrétaire général et du personnel et à ne
pas chercher à les influencer dans l'exécution de leur tâche ».

NB : Cette obligation se justifie tant par les contraintes matérielles du bon fonctionnement
des services de l'organisation que pour garantir l'indépendance du fonctionnaire, qui pourrait
être affectée par des pressions exercées à l'occasion d'activités extérieures. Les fonctionnaires
internationaux sont soumis à un ensemble de règles de caractère international, qui vise à leur
assurer à la fois l'indépendance à l'égard de toute autorité extérieure et l'allégeance à l'égard
des organisations. Ils se distinguent des autres membres du personnel des organisations

12
TAOIT 12-8-1953, Desgranges, 11, BO 1953, 220;
https://www.ilo.org/dyn/triblex/triblexmain.detail?p_lang=fr&p_judgment_no=11&p_language_code=FR),
ensemble de critères qui peuvent être complétés ou nuancés suivant les organisations. Spécificité: Chaque
organisation internationale est libre de déterminer la condition juridique de son personnel (Les institutions
financières (groupe de la Banque mondiale - BIRD, SFI, AID - et FMI) ont leur propre régime de rémunérations
et de conditions d'emploi), mais on peut relever une tendance à l'harmonisation.
8

internationales qui, en raison de la nature de leurs fonctions, n'ont pas un tel statut de droit
international.

2- La protection fonctionnelle

Ce droit à une protection indépendante de toute initiative étatique et permet d'éviter toute
pression directe ou indirecte en vue d'infléchir l'action des fonctionnaires internationaux. La
CIJ a reconnu le droit à une protection fonctionnelle, au profit des agents internationaux, de
la part de l'organisation au service de laquelle ils se trouvent. Cette protection est un élément
de nature à garantir l'indépendance des fonctionnaires internationaux13. Certains
fonctionnaires internationaux bénéficient d'une protection particulièrement étendue.

Les fonctionnaires internationaux de rang subalterne ne bénéficient de privilèges et


d'immunités que pour leurs actes officiels. Les privilèges et immunités de ces fonctionnaires
ont, en principe, un caractère fonctionnel et non pas diplomatique.

3- Privilèges et immunités

Les privilèges et immunités reconnus aux fonctionnaires internationaux présentent un


caractère fonctionnel ; ils sont attachés à la fonction exercée et non à la personne des
fonctionnaires. Des fonctionnaires internationaux bénéficient de privilèges et d'immunités
pour tous leurs actes, qu'ils soient publics ou privés14. Ils sont en quelque sorte dans la même
situation que les agents diplomatiques. La liste des fonctionnaires relevant de cette catégorie
est établie par l'organisation et communiquée aux autorités locales. Elle comprend
généralement le chef de l'administration de l'organisation (secrétaire ou directeur général) et
ses principaux adjoints. Mais certaines organisations ont une conception plus large de cette
catégorie.

NB: La famille des fonctionnaires internationaux est généralement exclue du bénéfice des
privilèges et immunités, sauf dans le cas des plus hauts fonctionnaires, dont le statut est, à cet
égard, aligné sur celui des chefs de mission diplomatique, ou encore s'agissant de facilités
d'immigration.

13
CIJ avis consultatif de 1949 (aff. Bernadotte)
14
Les actes publics visent les actes accomplis en qualité officielle, dans l'exercice de fonctions officielles ou en
service officiel. Les organisations s'estimaient seules compétentes pour déterminer la nature des actes. La
pratique montre que, en dernière analyse, ce sont les juridictions nationales qui ont le dernier mot pour
distinguer entre les actes privés et publics, et elles n'abusent pas de leur compétence.
9

III- Le lien de fonction ou / et de service

Les fonctionnaires internationaux sont souvent recrutés par un contrat individuel et dans ce
cas le fonctionnaire se trouve, du fait de cet engagement, dans une situation statutaire et
réglementaire. Le recrutement se traduit par l'envoi au candidat retenu d'un contrat ou d'une
lettre d'engagement ; mais il n'y a guère de différence entre les deux procédés, l'acceptation
par l'intéressé de la seconde se traduisant par la création du lien de fonction qui comporte des
éléments à la fois contractuels et statutaires15.

1- Conditions de recrutement

La prise en compte du critère géographique conduit généralement à la fixation de


« fourchettes souhaitables », d'abord par région, puis par pays, prenant en compte la
population et la contribution aux dépenses de l'organisation16. Si l'accès à la fonction
publique internationale est généralement réservé aux ressortissants des États membres, en
principe, du moins dans les organisations internationales à l'échelle universelle, aucune
condition de nationalité précise ne peut être posée17. Cette exigence de répartition
géographique équitable permet certes d'éviter que les ressortissants de pays à niveau
intellectuel élevé n'accaparent tous les postes et que les habitudes et les méthodes de travail
de quelques pays seulement s'introduisent dans les secrétariats internationaux. Aussi toute
discrimination en raison du sexe est interdite. Les organisations, à l'instar de l'ONU18,
s'efforcent de recruter des personnes « possédant les plus hautes qualités de travail, de
compétence et d'intégrité ». Cette dernière exigence conduit à prendre en compte le
comportement général de l'intéressé, ses qualités individuelles d'honnêteté, de bonne foi, de
probité et d'incorruptibilité.

Le recrutement se fait sur concours : soit sur titres, soit sur épreuves, soit après des tests.
Mis à part le recrutement pour les services linguistiques ou pour des postes de nature
technique, un concours sur épreuves est souvent difficile à organiser, eu égard à la diversité
d'instruction et de formation professionnelle des candidats. Le plus souvent, il existe une
priorité de recrutement pour les agents déjà en fonctions, le recrutement se faisant alors par
voie de mutation ou de promotion, dans le cadre d'un « concours interne » de préférence à un

15
Les fonctionnaires internationaux sont, eux, généralement recrutés sur la base d'un contrat ou d'une lettre
d'engagement (reposant sur une base consensuelle).
16
Charte des Nations unies, art. 101-3
17
TANU, jugement no 310/1963
18
Charte des Nations unies, art. 101-3
10

recrutement externe. De même, les organisations ont tendance à privilégier le recrutement de


fonctionnaires ayant acquis une expérience dans d'autres organisations. De leur côté, les États
ont intérêt à ce que certains de leurs fonctionnaires acquièrent une expérience internationale.
Dans la plupart des organisations internationales, on distingue le recrutement sur le plan
international du recrutement sur le plan local (qu'il ne faut pas confondre avec le recrutement
d'agents locaux, chargés de fonctions purement matérielles, qui n'ont pas la qualité de
fonctionnaires internationaux et qui relèvent généralement du droit national de l'État
d'affectation). Les organisations internationales ont eu tendance à généraliser l'institution
d'une période probatoire sous forme de stage avant une nomination définitive. Le serment (ou
déclaration) que fait (ou signe), dans un grand nombre d'organisations internationales, le
fonctionnaire, lors de son entrée en fonction, résume les devoirs des fonctionnaires
internationaux. Mais, dans leur exercice, les organisations devront, à leur tour, respecter
certains droits des fonctionnaires.

2- Droit à rémunération
Selon le principe général d'après lequel « tout travail mérite rémunération », les
fonctionnaires internationaux peuvent prétendre à un traitement proprement dit et à des
compléments de rémunération. Lors de son recrutement, le fonctionnaire fait l'objet d'un
classement, matérialisé par un grade qui correspond à l'emploi auquel il a été affecté. Dans la
plupart des organisations internationales, les emplois sont regroupés en catégories, sur la base
de la nature des fonctions et du niveau de responsabilité. Dans le système des Nations unies,
on distingue les services généraux (personnel de service et de bureau), les services organiques
ou catégories professionnelles (administrateurs) et les administrateurs généraux et directeurs.
Les services linguistiques sont généralement classés à part. L'affectation des fonctionnaires
relève du pouvoir discrétionnaire, mais les mesures de mutation doivent être motivées par
l'intérêt du service, au risque d'être censurées19. Une mesure de mutation peut, en effet,
présenter un caractère disciplinaire, sous réserve de l'existence d'une faute et de la régularité
de la procédure suivie, voire un caractère mixte20. Sous réserve du pouvoir discrétionnaire de
l'Administration dans l'organisation des services, les juridictions administratives
internationales veillent au respect d'une correspondance entre les fonctions confiées et le
grade détenu dans la hiérarchie. Les possibilités d'avancement de grade assorties, le cas
échéant, de changement de catégorie, impliquant l'accès à des fonctions plus importantes,

19
TAOIT, jugement no 2659/2007
20
TAOIT, jugement no 2229/2003
11

sont généralement plus limitées. Il existe généralement un avancement d'échelon, qui se


traduit par une augmentation de traitement. Le Comité spéciale sur le statut du personnel
établit que leur recrutement et leur carrière doivent être fondés sur le mérite et non sur la
protection nationale ou politique et souhaite que le niveau de leurs salaires soit supérieur à
celui de l’administration nationale la mieux rémunérée du monde. Les premières leçons sont
tirées des usages et des réglementations des principaux pays membres (Angleterre et France à
la SDN, États-Unis à l’ONU) et de ceux des États où les institutions ont leur siège ou leurs
principaux bureaux.

3- Le rapport Noblemaire de 1921

Les traitements des administrateurs et des fonctionnaires de rang supérieur sont fixés par
rapport à la fonction publique la mieux rémunérée, conformément à ce qui est appelé le
principe Noblemaire. Le niveau des rémunérations vise à attirer dans les organisations
internationales les personnes les plus compétentes. Aussi, pour encourager leurs ressortissants
à entrer au service d'organisations internationales, certains États21 ont été tentés de leur offrir
des compléments de traitement. Mais ces incitations financières ont été critiquées au nom du
principe de l'indépendance des fonctionnaires internationaux22. Généralement, le traitement
est déterminé par l'autorité qui dispose du pouvoir budgétaire au sein de l'organisation. Si l'on
met à part celui des très hauts fonctionnaires23, le traitement du personnel est fixé selon un
barème. Le traitement est généralement assorti d'un ajustement24 pour tenir compte des
différences de coût de la vie entre les divers lieux d'affectation et de taux de change de la
monnaie de compte de l'organisation par rapport à celle du pays d'exercice des fonctions. De
même, les traitements font, le plus souvent, l'objet de revalorisations périodiques.

4- Le principe FLEMMING:

Le principe Flemming en tant que principe de base de la méthode d’enquête sur les
conditions d’emploi des agents des services généraux, ainsi que l’exigence selon laquelle les
conditions à prendre en considération devaient être «les plus favorables ». Dans le régime
commun des Nations unies, le traitement des fonctionnaires des services généraux est fixé,
selon le principe Fleming25, par référence aux conditions d'emploi les plus favorables dans la

21
États-Unis, Japon, Allemagne)
22
Résolution A/37/126
23
Secrétaire général, directeur général…
24
Indemnité de poste ou coefficient correcteur
25
Du nom du président d'un groupe de travail des Nations unies en 1949
12

ville d'exercice des fonctions. Cela nécessite des enquêtes auprès des employeurs publics et
privés, dans divers secteurs d'activités et pour des emplois comparables, et fait apparaître la
difficulté d'évaluer certains avantages en nature (aide au logement, cadeaux, etc.26).

➢ Le Secrétaire général27 arrête le barème des traitements du personnel de la catégorie


des services généraux et des catégories apparentées en prenant pour base les
conditions d’emploi les plus favorables en vigueur au lieu où se trouve le bureau
intéressé de l’Organisation, conformément à ce qui est communément appelé le
principe Flemming28. Certaines décisions de la Commission de la fonction publique
internationale29, relatives à un ajustement des rémunérations en fonction des lieux
d'affectation doivent être prise en compte, de son côté, le TAOIT estime que les
organisations ont une « obligation de tout faire de bonne foi en vue de transposer dans
leur ordre interne les principes, les règles et les recommandations de la
Commission30 ».
➢ Pour les compléments de salaire, ils se présentent sous la forme d'indemnités, de
primes ou d'allocations. Les unes sont périodiques31. D'autres ne présentent pas ce
caractère de périodicité32.
➢ Pour les avantages sociaux, chaque organisation peut fixer librement les modalités de
son régime social et les fonctionnaires internationaux bénéficient d'un ensemble de
mesures pour leur assurer des moyens d'existence lorsqu'ils sont malades ou âgés et
pour subvenir aux besoins des personnes à charge en cas de décès. En ce qui concerne
la protection de la santé33, les organisations internationales, à défaut de la mise en
place d'un régime de prévoyance spécifique, peuvent prévoir une affiliation au régime
national de l'État d'exercice des fonctions ou la souscription d'une police d'assurance
individuelle ou de groupe.

26
TAOIT, jugement no 1000/1990).
27
Voir annexe (circulaire de SG, 2018)
28
TAOIT, Jugement no 4090, AIEA
29
« La CFPI est un organe d’experts indépendants mandatés par l’Assemblée générale de l’ONU pour réguler
les conditions de service des personnels dans le système commun des Nations unies et promouvoir des normes
élevées dans la fonction publiqueinternationale ».https://www.unjspf.org/fr/commission-de-la-fonction-
publique-internationale-cfpi/,Voir Infra.
30
TAOIT, jugement no 1265/1993
31
Non-résidence ou expatriation, connaissances linguistiques, charges de famille et allocations d'études, frais de
représentation pour les hauts fonctionnaires
32
Prime d'installation, frais de déménagement, prime de rapatriement ou indemnités de licenciement
33
Maladie, maternité, accident
13

IV- La commission de la FPI :

Pour parvenir à une fonction publique internationale unifiée, l'Assemblée générale des
Nations Unies a créé « en principe », par la résolution 3042 (XXVII) du 19 décembre 1972,
une « Commission de la fonction publique internationale ». Sa création de fait résulte de la
résolution 3357 (XXIX) du 18 décembre 1974 approuvant le Statut de la Commission. Dans
l’exercice de ses fonctions, la CFPI est guidé par le principe visant à établir une fonction
publique internationale unifiée par l'application de normes, de méthodes et de dispositions
communes en matière de personnel34. Ce principe est énoncé dans les accords entre
l'Organisation des Nations Unies et les autres organisations appliquant le régime commun des
Nations Unies35

-Décisions/recommandations adoptées par l’Assemblée générale des Nations Unies ou la


CFPI: L’Assemblée générale des Nations Unies, sur recommandation de la CFPI, prend des
décisions modifiant les traitements, allocations et autres prestations versées au personnel des
organisations qui appliquent le régime commun des Nations Unies. Le chef ou les chefs de
secrétariat intéressés peuvent, après avoir consulté les représentants du personnel, demander à
la CFPI de fixer le barème des traitements dans un lieu d'affectation déterminé au lieu de
faire une recommandation à ce sujet36. En 2005, la Commission de la fonction publique
internationale a, pour le système des Nations unies, adopté une typologie tripartite des
contrats : les nominations pour une période de courte durée ou les engagements
temporaires, correspondant à des tâches occasionnelles ; les engagements pour une durée
définie, dont le pourcentage a tendance à augmenter afin de faciliter un rééquilibrage dans la
représentation géographique ou selon le sexe, ainsi que pour assurer un renouvellement

34
Article 9 du Statut de la CFPI
35
Accord entre les Nations Unies et l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture,
Article XII
36
Les fonctions et pouvoirs de la CFPI, tels que définis au Chapitre 3 de son Statut, sont notamment les
suivants:
(a) La Commission fait à l'Assemblée générale des Nations Unies des recommandations touchant :
1- les principes généraux applicables à la détermination des conditions d'emploi des fonctionnaires ;
2- le barème des traitements et des ajustements (indemnité de poste ou déduction) pour les fonctionnaires de la
catégorie des administrateurs et des catégories supérieures ;
- 3- les indemnités et prestations auxquelles ont droit les fonctionnaires et qui sont fixées par l'Assemblée
générale des Nations Unies (Indemnités pour charges de famille et primes de connaissances linguistiques pour
les fonctionnaires de la catégorie des administrateurs et des catégories supérieures, indemnité pour frais
d'études, congé dans les foyers, prime de rapatriement et indemnité de licenciement) ;
- 4- les contributions du personnel.
14

régulier de titulaires d'emplois techniques (prise en compte des nouveautés technologiques) ;


les engagements pour une durée indéfinie, engagements temporaires pour lesquels aucune
date d'expiration n'a été prévue. Dans un certain nombre d'organisations internationales, à
côté des contrats temporaires, existent des contrats à durée déterminée, des contrats à durée
indéterminée et des nominations à titre permanent, c'est-à-dire pour une durée indéterminée,
et qui seules assurent des garanties de stabilité, et donc la possibilité de faire carrière.

Le TANU37 dans le jugement Camargo38 stipule: « D'une manière générale, « la procédure de


nomination des fonctionnaires (...) comporte (...) diverses étapes. Elle commence en général
par une démarche de l'individu en cause qui adresse une demande d'emploi contenant divers
renseignements et elle se termine par la remise au fonctionnaire de la lettre de nomination qui
fait l'objet d'une acceptation écrite, suivant des formules prescrites (...). Dans l'intervalle
prennent place diverses actions, soit de l'administration, soit de l'intéressé, dont le but est,
tout à la fois, de fixer la situation qui sera faite au futur fonctionnaire et de régler diverses
questions matérielles ) ». Les fonctionnaires sont donc, en principe, recrutés par le chef de
l'administration de l'organisation39, conformément aux règles fixées par le statut,
généralement élaboré par l'organe délibérant de l'organisation40. Les États doivent s'abstenir
d'intervenir dans le recrutement des fonctionnaires internationaux soit en cherchant à imposer
certains candidats, soit en s'opposant à d'autres41.

V- retraite

En ce qui concerne la retraite, désormais, la formule la plus répandue est celle d'un système
de retraite entraînant le versement d'une pension annuelle (avec, éventuellement, dans
certains cas, un versement partiel en capital). Ce système peut être autonome ou commun à
plusieurs organisations. Quant au financement de ce système, la méthode de la
capitalisation (par exemple, Caisse commune des pensions des Nations unies42), est appliquée
dans la plupart des fonctions publiques nationales. Généralement, le montant de la retraite
varie selon les organisations, mais, dans l'ensemble, le montant des pensions est inférieur à
celui perçu dans les fonctions publiques nationales.

37
Tribunal Administratif des Nations-Unis ancêtre du Tribunal d’appel des nations-Unis et du TCNU
38
TANU, 96, Camargo. http://untreaty.un.org/unat/Judgement French.htm
39
Secrétaire général ou Directeur général
40
Charte des Nations unies, art. 101-1.
41
TAOIT, jugement no 135/1969
42
https://www.unjspf.org/fr/
15

1- Caisse commune du personnel de l’ONU : Les données de la Caisse commune des


pensions de l’ONU illustrent bien ce clivage dans les conditions d’emploi, puisqu’en
sont généralement exclus les agents non recrutés selon les dispositifs du
règlement du personnel de l’ONU, et donc privés de participation à la Caisse
commune des pensions.
2- Comité mixte de la Caisse commune des pensions du personnel des Nations Unies: En
application de l’article 4 des Statuts et règlements de la Caisse commune des pensions
du personnel des Nations Unies, Le Comité des pensions du personnel de l’ONU
(UNSPC) est responsable de l’administration des questions relatives aux pensions des
fonctionnaires de l’Organisation des Nations Unies et de ses Caisses et programmes.
Le Comité envisage tous les aspects pertinents à l’attribution et à la continuation des
prestations d’invalidité selon l’article 33 des Statuts à l’égard de
fonctionnaires/participants et aux enfants frappés d’invalidité de ceux-ci selon l’alinéa
(b) de l’article 36 des Statuts.
NB: sont exclus les fonctionnaires du Programme alimentaire mondial qui sont administrés,
aux fins des pensions, par le Comité mixte de l’Organisation de l’ONU pour l’Alimentation
et l’Agriculture (FAO).

VI- Droit au respect de la dignité


Le respect de la dignité d'un fonctionnaire43 protège également contre le harcèlement, qu'il
soit seulement moral44 ou sexuel45. Cette protection peut se prolonger au-delà de la cessation
de service46 . Le droit au respect de la dignité est de plus en plus fréquemment invoqué
devant les juridictions administratives internationales, bien que la preuve d'une violation
éventuelle soit, souvent, difficile à apporter.

VII- Liberté d'opinion et liberté d'expression

Durant le déroulement de la carrière, les opinions politiques des fonctionnaires internationaux


ne doivent pas figurer dans le dossier individuel, pris en considération dans la procédure
d'avancement. Les fonctionnaires internationaux peuvent donc avoir des opinions politiques
qu'ils peuvent exprimer. Les convictions politiques des candidats à la fonction publique
internationale n'ont pas à être prises en considération, sauf dans le cas où ces convictions
43
TAOIT, jugement no 2634/2007
44
TAOIT, jugement no 2474/2005
45
TAOIT, jugement no 1609/1996
46
TAOIT, jugement no 2102/2001
16

seraient incompatibles avec le but de l'organisation internationale considérée. Ils ne peuvent


faire preuve de militantisme politique, car cela risquerait de rejaillir sur l'organisation et de
mettre en doute son impartialité et l'exercice d'un mandat électif à l'échelon national se révèle
impossible. La participation à la vie publique dans le pays soulève ainsi des difficultés.
Certes, l'affiliation à un parti politique ne peut entraîner le licenciement d'un fonctionnaire
international, mais l'élection à des fonctions publiques politiques se heurte à des difficultés.
Pratiquement, une autorisation peut être accordée pour exercer des fonctions politiques
locales.

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