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II

La Peinture Classique Musulmane


« MINIATURE MUSULMANE »
2/ Peinture musulmane
A/ Rôle du Livre dans la Société

Le livre occupe une place prépondérante dans la civilisation musulmane car la religion
est celle du Livre : le Coran.

Les califes particulièrement Abbassides, firent traduire les ouvrages de philosophes et de


savants de l’antiquité, créant ainsi dès les VIII°- X° siècles une civilisation musulmane dont
l’Occident chrétien ne connaitra l’équivalent que 4 à 5 siècles plus tard. Enfin, ce respect et
cette révérence accordés au livre s’étendirent à toute la production littéraire qui jouit d’un très
vif succès dans la société musulmane urbaine et où la classe bourgeoise était à l’époque, en
proportion assez conséquente.
Tous les manuscrits, en fin de compte étaient écrits en arabe, langue à la fois du Coran et de la
civilisation musulmane, comme le Latin sera celle du Moyen âge occidental. Et, ce n’est qu’à
partir du XIV siècle que les manuscrits persans vont se développés et suivra aussi les
manuscrits turcs.

Concernant l’esthétique de la peinture musulmane, si elle prit naissance et se développa dans


les manuscrits arabes et non encore dans les manuscrits persans, c’est tout simplement que la
civilisation et les livres étaient de langue arabe. Les grand centres culturels furent d’ailleurs
les capitales califales (Damas, Baghdâd, le Caire des Tulunides, des fatimides et des
Mamlouques. C’est dans cette région, allant du Nil à l’Euphrate que se trouvaient
d’innombrables ateliers d’artistes et d’artisans de toute sorte, perpétuant des traditions
artistiques millénaires et en dernier lieu gréco-romains et byzantines. Du point de vue
esthétique, l’art de la peinture qui se développa n’est ni persan ni arabe au sens étroit du
terme, mais bien musulman au sens propre du mot. Aussi, il est fort probable que l’influence
byzantine ne pouvait être ignorée, particulièrement en observant les Icones. En parallèle, cela
a pu susciter (de l’autre coté) la fameuse Crise Iconoclaste. Cependant, l’esthétique en
question s’est forgée afin de répondre aux fameux interdits proscrivant l’imitation des êtres
vivants. D’ailleurs, elle fut inventée et perfectionnée par les artistes arabophones de
Mésopotamie de Syrie et de l’Egypte. Toutefois, ce qui est intéressant ce ne sont pas ces
considérations historiques mais le résultat de l’effort des artistes du proche Orient pour rendre
la peinture des êtres vivants et singulièrement de l’homme tout à fait licite.

B/ La Recherche
‘’IJTIHAD’’ pour légitimer la représentation de l’homme : L’Interdit religieux concernant la
représentation des êtres animés a remis en cause toute une manière de s’exprimer en art pour
des autochtones rompus à la civilisation byzantine et récemment convertis à l’Islam. De ce
fait, les artistes musulmans de l’époque allaient être poussés à créer progressivement une
nouvelle esthétique répondant à la solution du problème. Pour cela, ils devaient détourner cet
interdit en montrant d’abord qu’ils n’entendaient nullement imiter le réel malgré la

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représentation de l’homme tout en se conformant au dogme religieux, ensuite pour leur propre
survie, mais aussi à l’épanouissement des arts de l’Islam. Pour ainsi dire, l’Interdit religieux
concernant la représentation des êtres animés a remis en cause toute une manière de
s’exprimer en art pour des autochtones, rompus à la civilisation byzantine et récemment
convertis à l’Islam.

C/ « Hadiths » à l’ Origine de l’Interdiction

Si l’idée centrale de cette interdiction trouve son origine dans les Hadiths, il serait
logique, pour mieux comprendre la peinture musulmane, de mettre en évidence les plus
crédibles parmi d’autres plus ou moins vérifiés. On cite d’abord ceux d’Al Boukhari ;
- « Les anges n’entreront pas dans une maison où se trouve un chien, ni dans celle où se
trouve des images »
- « Au jour de le résurrection, le plus terrible des châtiments sera infligé au peintre ‘’al
Moussawir’’qui aura imité les êtres créés par Dieu » IL leur dira alors « Donner la vie à ces
créations ».
Ajoutons celui d’Ibn Hanbal :
- « Ceux que Allah punira sévèrement le jour de la résurrection ca sera les peintres qui
imitent sa création »
Tous ces Hadiths cités ont exercé une réelle angoisse sur les peintres. Particulièrement celui
de Ibn Abbas, rapporté par Louis Massignon, qui fait ressortir cette angoisse d’un peintre qui
demandé :
- « Mais enfin, est-ce que je ne pourrai plus exercer mon métier !  Est-ce que je ne pourrai
plus représenter les êtres animés ! »  
« Si, lui répondait-il, mais tu peux décapiter les animaux pour qu’ils n’aient pas l’air vivants
et tâche qu’ils ressemblent à des fleurs »
Ainsi, les artistes vont s’atteler à créer la nouvelle esthétique de l’art musulman et grâce à
cette réplique on a pu aborder aussi le domaine fantastique qui répond en partie à la solution
du problème.

D/ Le Concept précurseur
Réflexion non ambigüe

Mais d’abord, qu’a-t-on voulu vraiment interdire au-delà des apparences si ce n’est
l’imitation ‘’le Mimésis‘’ ! La représentation n’est nullement mise en cause et, c’est pour cela
qu’il n’y aura, à quelques exceptions près que très peu de représailles. D’ailleurs, les sultans
ottomans se sont permis de faire exécuter leurs portraits par des artistes européens, en grand
secrets. Plus tard en Inde, les empereurs Mogholes se sont fait portraiturer ouvertement aux
environs de 1600 et les portraits sont devenus à la mode dans la peinture classique
musulmane. Toutefois, il aurait fallu pour cela une décision théologique recommandée par
une autorité suprême. Grâce à l’effort consenti, il fut parfaitement loisible de représenter des
idées, des concepts de toutes les espèces d’êtres vivants, de sorte que l’art musulman
deviendra une esthétique du Concept : l’homme, le cheval, le chameau pouvaient être
représenté et, même à travers leurs différents types. Certains artistes et c’est le cas d’Al
Wassiti n’hésiteront pas à peindre des têtes « véritables portraits » qui constituent de
véritables études psychologiques. Mais, on peut être assuré qu’il ne s’agit nullement de
véritables individus observés en chair et en os.
Sachant que la civilisation musulmane est profondément humaniste, par sa racine religieuse
de par le Coran, il n’est que parfaitement compréhensible que la peinture de l’homme ne

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pourra que l’intéresser et c’est justement la raison profonde par laquelle les artistes ne se sont
pas contenter des arts comme l’arabesque, les entrelacs et même la calligraphie. Ils n’ont pas
non plus cantonné la peinture figurative à la représentation des paysages, d’architecture et des
« natures mortes », ce qui est d’ailleurs parfaitement autorisé du point de vue du théologien.
Ce fut d’ailleurs la première solution évidente, adoptée dans la mosaïque des grands édifices
religieux omeyyades : la grande mosquée de Damas et le Dôme du Rocher à Jérusalem.
Pour pouvoir représenter l’homme en particulier, l’homme et ses animaux domestiques ou
bien les animaux qu’il chasse, il fallait bien montrer au théologien que le but de l’artiste
n’était nullement d’imiter les être vivants et pour bien montrer sa bonne foi, il fallait instaurer
un monde représenté qui ne ressemblât nullement à la nature. C’est ce que l’artiste obtient en
supprimant les apparences sensibles de la nature comme la perspective, la diminution des
objets avec la distance, les ombres et les lumières, mais bien entendu en figurant l’homme et
les animaux comme Concepts, sans omettre de semer quelques invraisemblances et
impossibilités manifestes dans les détails de son œuvre.

E/ Les paramètres de la nouvelle esthétique


D’une manière ou d’une autre, les peintres ont pu tourner l’interdit, toutefois si les artistes
musulmans ont pu réaliser de nombreuses miniatures, quelques-unes seulement ont pu
accéder à la qualité d’œuvre d’art, dans le respect des cinq paramètres suivants :

- 1/ le Monde Représenté
- 2/ le Monde Autonome de l’œuvre 
- 3/ l’Esthétique de l’horreur du vide ou celle de l’amour du plein 
- 4/ la Logique de Densité et
- 5/ l’Esthétique de l’Ambiguïté.

L’effort de la recherche, l’originalité et le respect des paramètres cités sont ceux qui
légitiment une œuvre d’art et lui donne son pouvoir d’attraction.

- Ziryab est né en 789, fut élève du grand musicien Ishak Mawsili, de la Cour de Baghdad ; il
arriva à Cordoue en 822 et y resta jusqu’à sa mort en 857. Fait connaitre le Luth à 5 cordes et
créa un conservatoire où une musique andalouse s’affirma peu à peu.

Ziryab devient aussi l’arbitre de l’élégance et le promoteur de toutes les modes nouvelles.
C’est ainsi qu’il ouvrit un institut de beauté et établit un Calendrier de la mode (blanc de juin
à septembre, fourrures en hivers, vêtements de demi saison, etc. Enfin, il est également
gastronome et apporta des recettes culinaires de Baghdâd.

- Zacharie (en arabe Zakaria) est un prophète biblique et de l’Islam ; il est le père de Jean
Baptiste ‘’sidna Yahya’’ ; sa femme Ashâ est parente de Mariam - la Vierge Marie : mère de
Îsa (Jésus) ; à l’âge adulte, il fut victime de Salomé (selon les évangiles de Marc et de
Mathieu voulait sa tête). Hérode Antipas, pour respecter son Serment, fait décapiter le
prophète. Ainsi, Salomé prend le plateau qui porte la tête de Jean le Baptiste et le remet à sa
mère. Salomé ‘’fille de Hérodiade’’ est une princesse juive du 1 er Siècle, rejetée par Saint
Jean, et sur le conseil de sa mère, elle exigea de son père, la tête de Jean Baptiste, qu’Hérode
s’empressa d’exécuter.

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