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Morphosyntaxe 2 (S4)
Corrigé 1 (commentaire linguistique)
Pr M. Razky

LA PHRASE ENCHÂSSÉE COMPLÉTIVE INTERROGATIVE


(INDIRECTE)

Dans le cadre de la grammaire descriptive, étudiez, sous forme de


commentaire linguistique, les phrases suivantes :

1. Je me demande où vous irez après-demain.


2. Nous ignorons si Marie a passé l’examen avant-hier.

N. B. - Le corrigé ci-dessous concerne seulement la description syntaxique des phrases en


question, i.e. le passage de la structure profonde (les deux phrases nucléaires) à la structure
de surface (la phrase complexe). Autrement dit, il s’agit de décrire le proce ssus
transformationnel qui sous-tend la génération de ce type de phrases.

1. Je me demande où vous irez après-demain.

Transformation d’enchâssement :

[Je demande à moi [vous irez où (après-demain)]] P2=SN2 


P1 SN1 V SP P2 SN1 V SP SP (de P)

[Je me demande e [où vous irez e (après-demain)]]


P1SN1 SP V SP P2 M SN1 V SP SP (de P)

L’entrée (input) de la T° d’enchâssement est composée des deux


phrases nucléaires (base) :

P1 Je demande  à moi 
SN1 V SN2 SP
Je me demande  e
SN1 SP V SN2 SP
2

P1   Const + P
Const décl
PSN+SV (V pro. Réfléchi)

P2 Vous irez où ? (après-demain)


SN1 V SP SP de P

Le terme interrogatif (syntagme interrogatif SP) où est en position


finale, à la base, étant donné qu’il est compatible avec l’ordre des
constituants (dominant) en français, ce que l’on peut constater à
travers la règle de sous-catégorisation du verbe aller :
[ +SP (locatif)] : aller quelque part].

Vous irez où ? est bien formée si l’on se place dans le registre


familier, mais, dans le registre standard, son emploi engendre une
phrase malformée, d’où le recours au déplacement du mot
interrogatif en tête de la phrase, déplacement qui va laisser une
trace notée e. En plus, on doit passer par l’inversion de sujet, sauf
si l’on utilise le morphème de renforcement est-ce que qui bloque
toute inversion :

Où irez-vous e ? (Où est-ce que vous irez ?)


SP V SN1 (SP)

P2   Const + P
Const  Inter +P
Inter (partielle) : terme interrogatif + int. inter (+inversion simple)
PSN+SV (+SP)

La transformation d’enchâssement est assujettie à la condition


suivante : P2 est une phrase interrogative directe partielle avec
emploi d’un terme interrogatif, d’où les étapes ci-après :

(i) Enchâssement de P2, qui se comporte syntaxiquement


comme un SN2 (complément direct du verbe de la phrase matrice
se demander +SN (quelque chose, cela), dans P1 à la place du
symbole postiche SN2 ( proforme nominale).
(ii) Suppression de l’inversion simple sujet/verbe et de
l’intonation interrogative marquée par le point d’interrogation à
l’écrit.
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(iii) Le morphème d’enchâssement Où (ou complémenteur)


interrogatif (indirect) prend la position initiale de P2, la phrase
enchâssée interrogative (indirecte).

2. Nous ignorons si Marie a passé l’examen avant-hier.

[Nous ignorons [si Marie a passé l’examen (avant-hier)]] P2=SN2


P1 SN1 V P2 M SN1 V SN2 SP de P

La T° d’enchâssement opère à partir des phrases sous-jacentes ci-


après :

P1 Nous ignorons  (quelque chose, cela)


SN1 V SN2

P1   Const + P
Const décl
PSN+SV

P2 [Inter (totale) intonation inter


intonation inter + est-ce que
intonation inter +inversion (simple ou complexe)]

Marie a passé l’examen ? (  inter +P)


Est-ce que Marie a passé l’examen ?
Marie a-t-elle passé l’examen ?

Processus transformationnel :

(i) Enchâssement de P2 dans P1 au niveau du SN2 qui est une


proforme nominale .
(ii) Effacement de l’intonation interrogative (à l’écrit, cet
effacement est marqué par la suppression du point
d’interrogation).
(iii) Introduction du morphème d’enchâssement (ou
complémenteur) interrogatif (indirect) SI en tête de la
phrase enchâssée interrogative (indirecte) totale.

Si dans P2, on utilise est-ce que (Est-ce que Marie a passé


l’examen ?), on aura, en plus des étapes mentionnées ci-dessus,
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l’effacement du morphème de l’interrogation directe totale Est-ce


que.
Avec l’emploi de l’inversion dans P2 (Marie a-t-elle passé l’examen
?), la T° d’enchâssement exige que l’ordre des constituants soit
rétabli, i.e. suppression de l’inversion complexe.
Ainsi, les questions en oui/non indirectes sont introduites par le
complémenteur SI. Ces interrogatives sont enchâssées à la place
d’un SN2 et sont, de ce fait, des compléments directs : le SN2 de la
phrase matrice est une phrase (SN2=si+P).

Il en ressort que le processus transformationnel permet de rendre


compte, plus adéquatement, de la description syntaxique des
phrases objet d’étude, et ce en donnant un aperçu de la
génération des phrases en question par le biais des étapes
susmentionnées dont le rôle est de rendre possible le passage de
la structure profonde, représentée par les deux phrases
nucléaires, à la structure de surface, i.e. la phrase complexe
formée d’une phrase matrice et d’une phrase enchâssée
interrogative (indirecte), partielle (Qu-question) pour la première
phrase (Je me demande où vous irez après-demain.) et totale
(questions en Oui/Non) pour la seconde (Nous ignorons si
Marie a passé l’examen avant-hier.).