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Revue de chirurgie orthopédique et traumatologique 103 (2017) 535–539

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Mémoire original

Prise en charge chirurgicale des fractures supracondyliennes du coude


de l’enfant : comparaison de 5 types d’ostéosynthèse夽
Operative management of supracondylar humeral fractures in children:
Comparison of five fixation methods
S. Pesenti ∗ , A. Ecalle , L. Gaubert , E. Peltier , E. Choufani , E. Viehweger , J.-L. Jouve ,
F. Launay
Service orthopédie pédiatrique, hôpital d’Enfants de la Timone, Aix-Marseille université, 264, rue Saint-Pierre, 13005 Marseille, France

i n f o a r t i c l e r é s u m é

Historique de l’article : Introduction. – Les modalités d’ostéosynthèse des fractures supracondyliennes du coude de l’enfant res-
Reçu le 2 mars 2017 tent controversées. L’objectif de cette étude était de comparer les résultats de 5 types d’ostéosynthèse
Accepté le 5 mai 2017 dans le traitement des fractures supracondyliennes du coude (FSC) de l’enfant.
Hypothèse. – Il est possible de mettre en évidence des différences sur les paramètres peropératoires et à
Mots clés : court terme entre les différents types d’ostéosynthèse dans les FSC.
Fracture supracondylienne du coude Patients et méthodes. – De 2006 à 2016, les dossiers de patients pédiatriques admis dans notre institu-
Enfant
tion pour FSC type 3–4 (Lagrange-Rigault) ont été revus. Différents paramètres radiocliniques ont été
Embrochage percutané
Enclouage centromédullaire élastique
collectés en postopératoire et au dernier recul, comme l’angle de Baumann, l’antéversion de l’épiphyse
stable (ECMES) humérale distale et le temps opératoire. Sur une période de 10 ans, 251 patients ont été inclus (âge
Lésion neurologique iatrogène 6,4 ans, recul 4,7 mois). Les différents types d’ostéosynthèse étaient : ECMES (n = 16), 2 broches en croix
(n = 33), 2 broches latérales et 1 médiale (n = 144), 2 broches latérales (n = 33) et 3 broches latérales (n = 25).
Un mini-abord (2 cm) était réalisé pour l’insertion de la broche médiale. Une instabilité immédiate de
l’ostéosynthèse était considérée lorsqu’il existait un déficit de l’angle de Baumann ou de l’antéversion de
plus de 15◦ ou un trouble de rotation sur la radiographie à j1. Les résultats étaient analysés en fonction
du type d’ostéosynthèse réalisée.
Résultats. – Il n’y avait pas de différence en termes d’instabilité immédiate entre les différents types
d’ostéosynthèse. L’ostéosynthèse par 2 broches latérales nécessitait un temps opératoire plus court
(33 min, p = 0,046). Les patients ayant eu un ECMES avaient un délai d’ablation du matériel plus long
(54j, p = 0,03). L’insertion d’une broche médiale était associée à un taux de déplacement secondaire plus
faible (2 % vs 8,6 %, p = 0,04) avec un taux de complication neurologique identique (3,4 % vs 3,4 %, p = 0,98).
Discussion. – Cette étude est l’une des plus importantes rapportant les résultats du traitement des FSC
selon différentes ostéosynthèses sous la forme d’une étude de cohorte rétrospective. Bien que nécessitant
un temps opératoire plus long, l’ajout d’une broche médiale par un mini-abord permet de limiter les dépla-
cements secondaires sans augmenter le risque de lésions neurologiques iatrogènes et permet d’obtenir
une meilleure stabilisation du foyer de fracture. Elle devrait donc être considérée lors du traitement
chirurgical des FSC de l’enfant.
Niveau de preuve. – IV, étude de cohorte rétrospective.
© 2017 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.

1. Introduction

DOI de l’article original : http://dx.doi.org/10.1016/j.otsr.2017.05.008. Les fractures supracondyliennes du coude (FSC) représentent
夽 Ne pas utiliser, pour citation, la référence française de cet article, mais celle 3 à 6 % de l’ensemble des fractures chez l’enfant [1–3]. En fonction
de l’article original paru dans Orthopaedics & Traumatology: Surgery & Research, en de l’importance du déplacement du fragment distal, ces fractures
utilisant le DOI ci-dessus.
∗ Auteur correspondant. sont classées selon Lagrange et Rigault [4] en France et par Gartland
Adresse e-mail : seb.pesenti@gmail.com (S. Pesenti). aux États-Unis [5]. La classification française est très reproductible

http://dx.doi.org/10.1016/j.rcot.2017.05.017
1877-0517/© 2017 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
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Fig. 1. Types d’ostéosynthèse. A. ECMES. B. 2 broches latérales (2L). C. 2 broches latérales et 1 broche médiale (2L-1M). D. 2 broches en croix (1L-1M). E. 3 broches latérales
(3L).

et a un impact direct sur l’attitude thérapeutique [6]. Même si un seconde hypothèse était que l’ajout d’une broche médiale permet-
traitement non chirurgical est possible pour les fractures les plus tait une meilleure stabilisation sans augmenter le risque de lésion
déplacées (types 3 et 4), il est classiquement recommandé de sta- nerveuse iatrogène.
biliser la réduction par une ostéosynthèse. Ce type de traitement L’objectif de cette étude était de comparer 5 types
permet d’obtenir des résultats fonctionnels satisfaisants à moyen d’ostéosynthèse en termes de paramètres opératoires et radio-
et à long terme. graphiques dans la prise en charge chirurgicale des FSC de
De nombreuses méthodes d’ostéosynthèse ont été décrites pour l’enfant.
la stabilisation de ces fractures [7,8]. Cependant, aucune d’elle n’a
fait la preuve de sa supériorité. Malgré la fréquence de ce type de 2. Patients et méthodes
fracture, il n’existe pas à ce jour de recommandation forte sur le type
d’ostéosynthèse à réaliser. La seule pratique qui fait l’objet d’un 2.1. Schéma de l’étude
quasi-consensus est qu’en première intention, il faut tenter une
réduction par manœuvres externes et une ostéosynthèse a foyer Il s’agit d’une étude de cohorte rétrospective monocentrique.
fermé [9,10]. Sur une période de 11 ans (de janvier 2006 à décembre 2016), tous
Un des sujets les plus controversés reste la configuration des les dossiers de patients pédiatriques admis dans notre institution
broches lors de la réalisation d’un embrochage percutané. Schéma- ont été revus. Les critères d’inclusion comprenaient les patients
tiquement, il existe deux principaux types. Le premier, en « croix », âgés de moins de 15 ans, admis pour une FSC en extension type 3 ou
consiste en la mise en place de broches latérales (allant du condyle 4 de Lagrange et Rigault et pour lesquels un traitement chirurgical a
latéral à la corticale médiale de la diaphyse humérale) et d’une ou été réalisé. Les patients pour lesquels un suivi radiographique d’au
plusieurs broche(s) médiales (allant du condyle médial à la corticale moins de 2 mois n’était pas disponible ont été exclus.
latérale de la diaphyse humérale). Le deuxième type est une ostéo-
synthèse à l’aide de broches à point d’entrée latéral uniquement.
2.2. Traitement
L’ajout d’une broche médiale semblerait augmenter la résistance
aux contraintes torsionnelles au prix d’une augmentation du risque
En fonction du choix du chirurgien, 5 types d’ostéosynthèse
de lésions neurologiques (ulnaires) iatrogènes. Là encore, la lit-
étaient réalisés (Fig. 1) :
térature est controversée sur ces deux points [7]. Cependant, la
réalisation d’un mini-abord médial permettrait de diminuer le taux
• enclouage centromédullaire élastique stable (ECMES) ;
de lésions iatrogènes [11].
• embrochage percutané par 2 broches latérales (2L) ;
Enfin, un autre type d’ostéosynthèse initialement décrit par Pré-
• embrochage par 2 broches latérales percutanées et 1 broche
vot et al. est la fixation de ces fractures par la réalisation d’un
enclouage centromédullaire élastique stable (ECMES) descendant médiale (2L-1M) ;
• embrochage par 2 broches en croix (1L-1M) ;
[8]. Cette technique est réputée plus exigeante techniquement mais
• embrochage percutané par 3 broches latérales (3L).
apporterait une fixation plus stable.
L’hypothèse principale de cette étude était de mettre en évi-
dence des différences sur les paramètres peropératoires et à court Lorsqu’une broche médiale était insérée, un mini-abord (2 cm)
terme entre les différents types d’ostéosynthèse dans les FSC. La était réalisé au niveau de la gouttière épitrochléo-olécranienne. Cet
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Tableau 1
Statistiques descriptives de la population d’étude.

Effectifs/Moyennes Écart-type Min–max

N 251 – –
Âge (années) 6,4 2,7 0,3–14,3
Sexe (G/F) 138/113 – –
Recul (mois) 4,7 5,9 2–43,7
Temps opératoire (min) 47 25,9 10–165
Angle de Baumann 72,6 6,8 50–92
postopératoire (◦ )
Angle de Baumann recul (◦ ) 72,3 6,9 50–102
ACH postopératoire (◦ ) 37,3 8,1 10–66
ACH recul (◦ ) 40 8,3 9–56
Instabilité immédiate de 32 (12,8 %) – –
l’ostéosynthèse
Cal vicieux recul 22 (8,9 %) – –
Déplacement secondaire 10 (4 %) – –
Fig. 2. Méthodes de mesure de l’angle de Baumann (A) et de l’angle capitello- Complications 15 (6 %) – –
huméral (B). Neuro 9 (3,6 %) – –
Autres 6 (2,4 %) – –

ACH : angle capitello-humeral.


abord permettait de disséquer le nerf ulnaire et de le récliner de
façon à éviter de le léser lors de la mise en place de la broche.
Les soins postopératoires comprenaient une immobilisation 2.6. Analyse statistique
plâtrée coude fléchi à 90◦ dans tous les cas. Pour les patients ayant
eu un ECMES, l’immobilisation était retirée après une dizaine de Les statistiques ont été réalisées à l’aide du logiciel SPSS 21.0
jours. Chez les autres, l’immobilisation était maintenue jusqu’à (IBM, Chicago, Illinois, États-Unis). Les résultats sont présentés sous
l’ablation des broches (entre 3 et 6 semaines). Chez les patients forme de moyennes, écart-types, minima et maxima. Les compa-
ayant eu une ostéosynthèse par 2L, une immobilisation coude-au- raisons de moyennes étaient réalisées par analyse de variance
corps complémentaire était mise en place. Le traitement ne variait (Anova). Si la distribution d’un paramètre ne suivait pas une loi
pas en fonction du type de la fracture (type 3 ou 4 de Lagrange et normale (test de Kolmogorov–Smirnov), un test non paramétrique
Rigault). de Kruskall–Wallis était utilisé pour comparer les moyennes. Les
comparaisons de fréquences étaient réalisées à l’aide d’un test du
Chi2 . Dans une seconde analyse, les patients ayant eu un embro-
2.3. Évaluation radiographique
chage percutané étaient divisés en 2 groupes en fonction de la
mise en place d’une broche médiale (2L-1M et 1L-1M, groupe M + L)
L’évaluation radiographique était réalisée à partir de radiogra-
ou non (2L et 3L, groupe L). Les comparaisons entre ces 2 groupes
phies standards du coude de face et de profil, en postopératoire
étaient réalisées à l’aide d’un test-T de Student pour échantillons
immédiat (j1) et au dernier recul. Les paramètres étudiés étaient
indépendants ou d’un Chi2 . Une valeur du p < 0,05 était considérée
l’angle de Baumann de face et l’angle capitello-huméral de profil
comme significative.
(ACH ; antéversion de la palette humérale) (Fig. 2). Des valeurs de
70◦ pour l’angle de Baumann et de 40◦ pour l’ACH étaient consi-
dérées comme normales. Les troubles de rotation était jugés sur
3. Résultats
l’analyse des colonnes latérale et médiale sur la radiographie de
profil et n’était pas quantifiée de façon continue. Il existait une
3.1. Résultats en fonction du type d’ostéosynthèse
instabilité immédiate de l’ostéosynthèse lorsqu’un écart de plus
de 15◦ était noté pour l’angle de Baumann ou l’ACH ou lorsqu’un
La comparaison entre les différents paramètres est disponible
trouble de rotation était noté sur la radiographie à j1. Les mêmes
dans le Tableau 2. Le temps opératoire était statistiquement
critères radiographiques étaient utilisés pour juger de l’existence
plus court lorsqu’une ostéosynthèse par 2L était réalisée (33 min,
d’un cal vicieux au dernier recul.
p = 0,046). Le délai d’ablation du matériel était plus élevé lorsqu’un
ECMES était mis en place (54,2 jours, p = 0,003). Les autres para-
2.4. Paramètres opératoires et cliniques mètres ne variaient pas significativement.

En plus des données démographiques habituelles, différents


paramètres opératoires et cliniques étaient relevés : durée opé- 3.2. Comparaison en fonction de l’insertion d’une broche médiale
ratoire, délai d’ablation du matériel et nombre et type de
complications (neurologiques iatrogènes, cutanées ou méca- Sur l’ensemble de la série, 235 patients ont eu un embrochage
niques). percutané. Parmi eux, 177 ont eu une broche médiale insérée par
mini-abord (groupe M + L) et 58 n’ont eu que des broches latérales
(groupe L). Les résultats de la comparaison entre ces 2 groupes
2.5. Population d’étude sont résumés dans le Tableau 3. Le temps opératoire était signi-
ficativement plus court lorsque l’ostéosynthèse était réalisée par
Sur 335 dossiers analysés, 251 patients correspondaient aux cri- des broches latérales uniquement (39,8 vs 49,8 min, p = 0,02). Le
tères d’inclusion. Les données démographiques, radiographiques taux de déplacement secondaire était statistiquement moins élevé
et opératoires pour l’ensemble de la série sont résumées dans le lorsqu’une broche médiale était insérée (2,3 vs 8,6 %, p = 0,043).
Tableau 1. Un ECMES était réalisé dans 16 cas, une ostéosynthèse En revanche, le taux de complication, en particulier le taux de
par 2L dans 33 cas, par 2L-1M dans 144 cas, par 1L-1M dans 33 cas lésions neurologiques iatrogènes, n’était pas plus élevé (3,4 vs 3,4 %,
et par 3L dans 25 cas. p = 0,98).
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Tableau 2
Comparaison des différents types d’ostéosynthèse.

ECMES 2L 2L-1M 1L-1M 3L p

N 16 33 144 33 25
Âge (années) 5,6 5,9 6,6 6 6,8 0,346
Sexe (G/F) 0,44 0,39 0,47 0,45 0,44 0,95
Recul (mois) 4,5 3,8 5,1 3,8 5,1 0,726
Temps opératoire (min) 44 33 50,3 47,8 47,3 0,046
Angle de Baumann postopératoire (◦ ) 72,6 73 72,3 70,9 76,3 0,051
Angle de Baumann recul (◦ ) 72,8 73,5 72 70 75 0,082
ACH postopératoire (◦ ) 35 36,5 38 35,9 37 0,968
ACH recul (◦ ) 39,5 39,4 41 37 39 0,205
Instabilité immédiate de l’ostéosynthèse 4 (25 %) 3 (9 %) 14 (10 %) 8 (24 %) 3 (12 %) 0,104
Cal vicieux recul 3 (19 %) 3 (9 %) 7 (5 %) 5 (15 %) 4 (16 %) 0,089
Déplacement secondaire 1 (6 %) 2 (6 %) 3 (2 %) 1 (3 %) 3 (12 %) 0,182
Complications 3 (19 %) 3 (9 %) 6 (4 %) 3 (9 %) 0 0,084
Neuro 0% 2 (6 %) 4 (3 %) 3 (9 %) 0 0,26
Autres 3 (19 %) 1 (3 %) 2 (1,4 %) 0 0
Délai d’AMO (jours) 54,2 42,5 42 38,1 44,7 0,003

ACH : angle capitello-humeral ; AMO : ablation du matériel d’ostéosynthèse.

Tableau 3 taux de complications. Les résultats semblent confirmer cette hypo-


Comparaison en fonction de l’insertion d’une broche médiale.
thèse. Le taux de déplacement secondaire dans le groupe L était de
M+L L p 9 %, ce qui est cohérent avec les taux rapportés dans la littérature
N 177 58 [11,15,16]. Le taux de déplacement secondaire était significative-
Âge (années) 6,5 6,3 0,661 ment plus faible dans le groupe M + L (2 vs 9 %). Ce résultat est
Recul (mois) 4,8 4,3 0,6 compatible avec les études biomécaniques qui montrent que la
Temps opératoire (min) 49,8 39,8 0,02
résistance aux contraintes torsionnelles est augmentée avec une
Angle de Baumann postopératoire (◦ ) 72 74,5 0,02
Angle de Baumann recul (◦ ) 71,6 74,1 0,02
configuration de broches « en croix » [17,18]. Cependant, il est à
ACH postopératoire (◦ ) 37,7 36,7 0,44 noter que certains auteurs ne retrouvent pas de différences entre
ACH recul (◦ ) 40,2 39,3 0,47 ces deux configurations [19,20]. Dans une revue de littérature,
Instabilité immédiate de l’ostéosynthèse 22 (12 %) 6 (10 %) 0,817 Brauer et al. démontrent que le risque relatif d’avoir une défor-
Cal vicieux recul 12 (7 %) 7 (12 %) 0,264
mation résiduelle est significativement moins élevé avec l’ajout
Déplacement secondaire 4 (2 %) 5 (9 %) 0,043
Complications 10 (6 %) 3 (5 %) 0,98 d’une broche médiale (0,58, 95 % CI : 0,36–0,93, p = 0,02) [12].
Neuro 7 (4 %) 2 (3 %) 0,86 En ce qui concerne les lésions iatrogènes du nerf ulnaire, elles
Autres 3 (2 %) 1 (2 %) 0,98 n’étaient pas plus fréquentes lorsqu’une broche médiale était insé-
Délai AMO (jours) 41,2 43,4 0,268
rée. Cela est probablement dû à la réalisation d’un mini-abord qui
ACH : angle capitello-humeral ; AMO : ablation du matériel d’ostéosynthèse. permet de récliner le nerf. Ces résultats sont cohérents avec la
littérature récente [7]. Le taux de complications nerveuses iatro-
gènes n’était pas nul dans le groupe L. Cela signifie que les lésions
4. Discussion nerveuses iatrogènes ne sont pas uniquement dues à l’insertion
de la broche médiale. Ce constat a été rapporté dans la revue
Bien que la FSC de l’enfant soit un des motifs les plus fréquents de littérature de Brauer et al. qui émettent l’hypothèse selon
d’hospitalisation en traumatologie pédiatrique [2], il n’existe pas de laquelle de telles complications peuvent être dues à la mani-
consensus sur leur prise en charge chirurgicale. À l’heure actuelle, pulation de la fracture ou à l’effraction de la corticale opposée
de nombreux sujets sont l’objet de controverses, parmi lesquels le lors de la mise en place des broches latérales [12]. Récemment,
choix de l’ostéosynthèse et de la configuration des broches [7,12]. Basaran et al. ont déclaré, en se basant sur les résultats esthé-
Cette étude est une des plus grosses séries rapportant les résultats tiques, que lorsque le nerf ulnaire était palpable, il était préférable
de différents types d’ostéosynthèse, même si le taux de dossiers d’introduire la broche médiale en percutané [21]. Cependant, il
analysables (251/335) était assez faible. a bien été démontré que sur un coude œdématié, la localisation
Les résultats de cette étude vont à l’encontre de notre hypo- du nerf ulnaire par palpation était impossible [22]. Selon nous,
thèse, suggérant qu’en dehors du temps opératoire, il n’y a pas de la réalisation d’un mini-abord est indispensable lors de la mise
différence fondamentale entre les 5 techniques d’ostéosynthèse. en place d’une broche médiale. Enfin, le gain de temps apporté
En effet, les paramètres radiographiques étaient les mêmes dans par l’absence de mise en place d’une broche médiale ne consti-
les différents groupes. Aucune technique n’était pourvoyeuse de tue par un argument en faveur de cette technique quand on
plus d’instabilité immédiate ou de plus de déplacement secon- connaît les conséquences d’un cal vicieux de l’extrémité distale de
daire. Même si cette différence n’était pas significative, le taux de l’humérus [23].
complication était plus élevé dans le groupe de patient ayant eu un Un des points intéressants de cette série est la modification des
ECMES. Cela s’explique par le fort taux de complications cutanées paramètres radiographiques entre le postopératoire et le dernier
rencontrées dans ce groupe, ce qui est cohérent avec ce qui est clas- recul. En effet, les défauts anatomiques dus à l’instabilité immédiate
siquement rapporté dans la littérature avec ce type d’ostéosynthèse de l’ostéosynthèse passaient de 12,8 % en postopératoire immé-
[13]. En effet, les broches étant laissées plus longtemps en place diat à 9 % à seulement 5 mois de recul. Même si cette zone est
(55 jours en moyenne) et sur un membre supérieur non immobi- moins sujette au remodelage, le potentiel de croissance de ces
lisé, il est logique d’avoir plus de conflits cutanés que dans les autres jeunes enfants (âge moyen 6,4 ans) a permis de corriger certains
groupes. Malgré cet écueil, les résultats radiographiques étaient défauts de réduction. Ce résultat est compatible avec les résultats
comparables et cohérents avec la littérature [14]. rapportés dans la littérature, en particulier dans le plan sagittal
La deuxième hypothèse était que l’insertion d’une broche [24,25]. Il est à noter que les troubles de rotation ne se corrigeaient
médiale permettait une meilleure stabilisation sans augmenter le pas.
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Il existe plusieurs limites à cette étude. La première est le faible [7] Pretell-Mazzini J, Rodriguez-Martin J, Auñon-Martin I, Zafra-Jimenez AA.
taux de dossier analysable sur l’ensemble de la série (251/335, 75 %). Controversial topics in the management of displaced supracondylar humerus
fractures in children. Strateg Trauma Limb Reconstr 2011;6:43–50.
Cependant, il est difficile d’avoir un suivi systématique chez les [8] Prévot J, Lascombes P, Métaizeau JP, Blanquart D. Supracondylar fractures of
patients admis en traumatologie et le nombre final de patients per- the humerus in children: treatment by downward nailing. Rev Chir Orthop
met d’obtenir une des plus grosses séries de la littérature. Un autre 1990;76:191–7.
[9] Pretell-Mazzini J, Rodriguez-Martin J, Andres-Esteban EM. Does open reduc-
point faible est le faible recul (4,7 mois en moyenne). Cependant, tion and pinning affect outcome in severely displaced supracondylar humeral
l’objectif principal de cette étude était l’analyse des paramètres fractures in children? A systematic review. Strateg Trauma Limb Reconstr
peropératoires et des résultats à court terme (durée opératoire, 2010;5:57–64.
[10] Yaokreh JB, Gicquel P, Schneider L, Stanchina C, Karger C, Saliba E, et al. Compa-
défaut de réduction, déplacement secondaire). Cette analyse ne
red outcomes after percutaneous pinning versus open reduction in paediatric
nécessite pas de recul important. En revanche, une étude à plus supracondylar elbow fractures. Orthop Traumatol Surg Res 2012;98:645–51.
long terme pourrait permettre de comparer d’autres paramètres, [11] Kocher MS, Kasser JR, Waters PM, Bae D, Snyder BD, Hresko MT, et al. Late-
ral entry compared with medial and lateral entry pin fixation for completely
comme par exemple les résultats fonctionnels des différents types
displaced supracondylar humeral fractures in children. A randomized clinical
d’ostéosynthèse. Enfin, les critères permettant de choisir entre trial. J Bone Joint Surg Am 2007;89:706–12.
les différents types d’ostéosynthèse n’étaient pas précisés, ce qui [12] Brauer CA, Lee BM, Bae DS, Waters PM, Kocher MS. A systematic review of
constitue un biais dans l’analyse des résultats. medial and lateral entry pinning versus lateral entry pinning for supracondylar
fractures of the humerus. J Pediatr Orthop 2007;27:181–6.
En conclusion, notre étude ne permet pas de mettre en avant [13] Lascombes P, Nespola A, Poircuitte JM, Popkov D, de Gheldere A, Haumont T,
un type d’ostéosynthèse. Il semble que ces 5 techniques donnent et al. Early complications with flexible intramedullary nailing in childhood frac-
des résultats radiographiques satisfaisants. Cependant, lorsqu’un ture: 100 cases managed with precurved tip and shaft nails. Orthop Traumatol
Surg Res 2012;98:369–75.
embrochage percutané est envisagé, il semble préférable d’ajouter [14] Eberl R, Eder C, Smolle E, Weinberg AM, Hoellwarth ME, Singer G. Iatrogenic
une broche médiale afin de limiter le risque de déplacement secon- ulnar nerve injury after pin fixation and after antegrade nailing of supracondy-
daire. La réalisation d’un mini-abord pour l’insertion de cette lar humeral fractures in children. Acta Orthop 2011;82:606–9.
[15] Reisoglu A, Kazimoglu C, Hanay E, Agus H. Is pin configuration the only factor
broche semble primordiale et permet de diminuer le risque de causing loss of reduction in the management of pediatric type III supracondylar
lésion neurologique iatrogène. fractures? Acta Orthop Traumatol Turc 2017;51:34–8.
[16] Gaston RG, Cates TB, Devito D, et al. Medial and lateral pin versus lateral entry
pin fixation for type 3 supracondylar fractures in children: a prospective, sur-
Financement geon randomized study. J Pediatr Orthop 2010;30:799–806.
[17] Zionts LE, McKellop HA, Hathaway R. Torsional strength of pin configurations
Ce projet a été réalisé par S.P. durant une année de mobilité à used to fix supracondylar fractures of the humerus in children. J Bone Joint Surg
Am 1994;76:253–6.
l’étranger financée par la bourse de la SoFCOT. et de la SoFOP.
[18] Weinberg AM, Castellani C, Arzdorf M, Schneider E, Gasser B, Linke B. Osteo-
synthesis of supracondylar humerus fractures in children: a biomechanical
Déclaration de liens d’intérêts comparison of four techniques. Clin Biomech 2007;22:502–9.
[19] Larson L, Firoozbakhsh K, Passarelli R, Bosch P. Biomechanical analysis of
pinning techniques for pediatric supracondylar humerus fractures. J Pediatr
Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts. Orthop 2006;26:573–8.
[20] Lee SS, Mahar AT, Miesen D, Newton PO. Displaced pediatric supracondylar
humerus fractures: biomechanical analysis of percutaneous pinning tech-
Références
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epidemiology of fractures in infants: which accidents are preventable? Injury supracondylar humerus fractures treated by closed method with or without
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