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Les musulmans et les mathématiques

Introduction

Dans l'histoire des mathématiques, on désigne par les expressions de mathématiques arabes,
ou mathématiques islamiques, les contributions apportées par les mathématiciens du monde musulman du
début de la conquête jusqu'au milieu du XVe siècle.
Les sciences arabes, et en premier plan, les mathématiques, s'exercent à travers les califats islamiques,
établis en Moyen-Orient, en Asie centrale, en Afrique du Nord, dans la péninsule ibérique, et au sud de la
France au VIIIe siècle. Les textes sont écrits en arabe, qui était une des langues des sciences et de la culture à
cette époque, d'où l'emploi des termes de « sciences arabes » et de « mathématiques arabes », cela sans
considération de la langue maternelle des savants et quelles que puissent être leurs origines ethniques ou
leur religion.

Histoir
L'islam connaît dès sa naissance au VIIe siècle une rapide progression. En un siècle, les territoires
musulmans s'étendent d'Espagne jusqu'en Perse1. La conquête des territoires contre l'empire
byzantin conduit à la prise de Damas, l'invasion de la vallée mésopotamienne et la prise d'Alexandrie en
641. Par ces conquêtes l'empire musulman prend connaissance du savoir grec et indien.

Puis durant un siècle, des luttes internes aboutissent à la création, vers la fin du huitième siècle après la
chute des Omeyyades, de trois entités politiques différentes : Abbassides à l'est, Idrissides au Maroc
et Omeyyades de Cordoue. Ce schisme explique en particulier l'existence de plusieurs graphies pour les
chiffres dit arabes : 0,1,2,3,4,5,6,7,8,9 : utilisés à Fès et à Cordoue et ٠,١,٢,٣,٤,٥,٦,٧,٨,٩ : utilisés à Bagdad.
Fès, la capitale culturelle et spirituelle du Maroc, abrite Quaraouiyine, l'établissement éducatif considéré de
nos jours comme étant le plus ancien dans le monde encore en activité 2.

Érudits dans une bibliothèque abbasside (illustration de Yahya ibn Vaseti dans le Maqama of Hariri).

Bagdad, ville créée par les califes abbassides pour servir de capitale de l'Empire, devient très vite un centre
culturel avec notamment la création d'une Maison de la Sagesse sous le règne du calife Al-Mamun (début
du IXe siècle). Un grand programme de traduction y est entrepris, d'abord de persan en arabe puis
de sanskrit ou de grec en arabe. Les Arabes établissent des contacts avec les Romains byzantins
de Constantinople, et les califes arabes achètent les manuscrits grecs notamment
les Éléments  d'Euclide (qui seront traduits par Al-Hajjaj) et la Grande composition
mathématique  de Ptolémée connue sous le nom Almageste qui donne lieu à plusieurs traductions dont celle
d'Al-Hajjaj et celle de Thabit ibn Qurra5. Deviennent également accessibles et traduits en arabe des
ouvrages tels que les Coniques d'Apollonius, De la sphère et du cylindre d'Archimède,

1
l’Arithmetica de Diophante (traduit par Qusta ibn Luqa6), le Traité sur les miroirs de Dioclès, les Travaux
sur la mécanique de Pappus d'Alexandrie ainsi que les traités de Héron d'Alexandrie. Les mathématiciens
arabes traduisent aussi des textes sanskrits d'astronomie et de mathématiques indiennes comme le Surya
Siddhanta  et le Brahma Sphuta Siddhanta (traduits par Muhammad al-Fazari),
le Khandakhayaka de Brahmaguptaet l'Aryabhatiya d'Aryabhata.
Parmi les membres de la Maison de la Sagesse, on compte le mathématicien persan Al-Khwarismi. Deux de
ses traités ont eu un impact considérable sur les mathématiques européennes au XIIe siècle. Le premier, dont
seule la traduction latine a été conservée, transmet la numération décimale. Le second traité, Kitab fi'l-jabr
wa'l-muqabala (Livre sur la restauration et la confrontation) traite de manipulations sur les équations.
L'algèbre, nouvelle discipline des mathématiques, continuera de s'épanouir avec la civilisation islamique.
On peut également citer les frères Banu Musa et Thābit ibn Qurra (algèbre, traduction de Nicomaque et
révision des Éléments d'Euclide, mise en place de méthodes infinitésimales pour le calcul d'aire,
astronomie, trigonométrie, théorie des nombres).
Les mathématiques arabes sont particulièrement florissantes durant les  e et  e siècles9, période durant
X XI

laquelle de nombreux mathématiciens approfondissent les différentes branches des mathématiques : Abu l-


Wafa (traducteur, algèbre, arithmétique, trigonométrie, géométrie) , Abu Nasr
Mansur (trigonométrie) , Abu Kamil (algèbre), al-Battani(trigonométrie), al-Karaji (algèbre), Ibn al-
Hayttam connu sous le nom d'Alhazen (algèbre, géométrie, optique) , Omar Khayyam (algèbre,
géométrie) , Sharaf al-Dīn al-Tūsī (algèbre)
Le premier déclin des sciences arabes commence au XIIe siècle à la suite de conflits divisant le monde
musulman, mais il existe cependant encore des mathématiciens de renom au-delà de cette période parmi
lesquels on peut citer Nasir al-Din al-Tusi au XIIe siècle (géométrie), puis al-
Kashi au XVe siècle (arithmétique, algèbre, analyse numérique). Après ce dernier mathématicien, le nombre
de contributions aux mathématiques médiévales par des mathématiciens arabes devient négligeable 10.
L'influence d'Algazel sur ce déclin a été présentée comme déterminante par Neil deGrasse Tyson dans sa
conférence sur l'âge d'or islamique11.

Nombre : écriture, calcul, nature


Écriture
Plusieurs systèmes de numération ont coexisté dans le monde arabe médiéval.
On trouve en effet un système de numération décimal multiplico-additif où les 9 unités, les 9 dizaines, les 9
centaines et le millier sont identifiés par 28 lettres de l'alphabet arabe pris dans un certain ordre, le jummal.
Un nombre comme 3854 s'écrit alors, à l'aide de cinq lettres, comme 3 fois 1000 plus 800 plus 50 plus 4.
Ce système de numération semble avoir des sources syriaques, il permet en théorie d'écrire tous les
nombres mais semble n'avoir pas été utilisé pour des grands nombres pour lesquels on préfère l'écriture
sexagésimale. Ce système de numération est associé à un système de calcul mental appelé calcul digital.
Dans ce système de numération il n'existe que 8 types de fractions : 1/2, 1/3, ..., 1/9, les autres s'exprimant
par produit ou somme de fractions de ce type. Les fractions dont le dénominateur comporte un facteur
premier différent de 2, 3, 5, 7 sont appelés des fractions sourdes c'est-à-dire inexprimables dont on cherche
à fournir une valeur approchée.
On trouve également, principalement dans les écrits astronomiques, le système de numération sexagésimal
des Babyloniens qui semble atteindre le monde arabe par la voie syriaque ou persane.

2
Généalogie de la numération indienne.

Un dernier système va remplacer peu à peu les deux précédents. C'est le système décimal
positionnel d'origine indienne constitué de neuf chiffres et du zéro. Un des premiers écrits arabes le
décrivant est le livre sur le Calcul indien d'al-Khwarismi dont il ne reste qu'une version latine incomplète.
Cet ouvrage présente le système de notation, celui des fractions (fractions indiennes a b⁄c, décimales et
sexagésimales) ainsi que les techniques opératoires (addition, soustraction, duplication, division par deux,
multiplication, division, racine carrée). Un ouvrage postérieur d'al-Uqlidisi décrit également cette
arithmétique et fait une étude comparée des trois arithmétiques (indienne, sexagésimale, digitale). C'est
également lui qui perfectionne l'usage de la fraction décimale, utilisant un séparateur pour distinguer la
partie entière de la partie décimale. Le calcul indien se répand ensuite dans tout le monde arabe avec des
graphies différentes en Occident et en Orient.
Calculs
Le calcul digital est un système de calcul mental que l'on trouve dans l'empire byzantin et dans l'empire
arabe, probablement issu du monde commercial. Il utilise les articulations des doigts pour stocker des
valeurs intermédiaires et porte également le nom d'arithmétique des nœuds (ou hisāb al-'uqūd). Les
méthodes sont simples concernant les additions et les soustractions mais elles se compliquent pour les
autres opérations. Il a fait l'objet d'écrits dont le plus ancien en langue arabe est celui d'Abu al Wafa al-
Buzjani mais disparaît peu à peu avec le développement du calcul indien.

Multiplication arabe sur tablette de sable. La multiplication s'effectue par les poids forts et les résultats intermédiaires
sont effacés.

3
Multiplication par jalousies.

Le calcul indien apporte une amélioration significative en particulier concernant la multiplication,


l'addition, et l'extraction de racine carrée. Selon la tradition indienne, les calculs s'effectuaient sur une
tablette de sable où les calculs intermédiaires étaient effacés au fur et à mesure. Sous l'impulsion de
mathématiciens arabes, ce système est progressivement mais lentement remplacé par des calculs avec encre
et papier permettant de conserver et contrôler les résultats intermédiaires17. Ainsi la méthode des maisons
(ou multiplication par jalousies) est déjà présente dans l'ouvrage d'al-Uqlidisi18. Les méthodes d'analyse
numérique développées à partir du XIe siècle19 permettent également de trouver des valeurs approchées de
plus en plus précises pour les calculs de racines (carrées, cubiques, etc.). L'astronome et mathématicien
perse Al-Kashi a marqué, en calculant 16 décimales de π, une étape dans la succession des records, depuis
les 3 décimales calculées par Archimède.
Les livres d'arithmétique présentent également des techniques de calculs des nombres figurés ( nombre
polygonaux, nombres pyramidaux), des séries arithmétiques et géométriques, des sommes des carrés, des
cubes ou des puissances quatre des premiers entiers. On trouve une partie de ces travaux dans des sources
indiennes ou grecques, mais le traitement de ces calculs par Ibn Tahir, l'andalous al-Umawi (en)
(XVe siècle) et al-Kashi semble être original et leurs travaux permettent d'en faire un tout cohérent et
exploitable20.
Nature
Si l'on appelle nombre l'objet sur lequel se porte le calcul, on peut noter durant ces siècles, une évolution
concernant le statut du nombre.
On trouve chez al-Khwarismi comme chez les auteurs indiens des règles opératoires concernant le zéro
mais uniquement en tant que symbole dans la numération décimale.
Le nombre négatif est également présent dans les coefficients de polynômes. Cela conduit al-Samaw'al à
exposer des règles de signes identiques à celles existant dans les mathématiques indiennes mais le résultat
du calcul, ou la solution de l'équation reste dans le domaine des nombres positifs
L'évolution la plus importante se trouve dans le traitement des quantités irrationnelles qui dès le Xe siècle se
voient qualifiées de nombre (« adad »), le nombre rationnel étant « al-adad al-muntica » et l'irrationnel
«al-adad al-summa ». On assiste à une arithmétisation des grandeurs géométriques. Des règles opératoires

sont données concernant les irrationnels quadratiques (a ±  b  où a et b sont des rationnels et où b n'est
pas le carré d'un rationnel) et biquadratique (racine carrée d'irrationnels quadratiques). Ainsi Abu
Kamil donne-t-il la règle opératoire suivante sur la somme de deux irrationnels quadratiques :Ces
irrationnels interviennent, ainsi que les nombres négatifs, chez Abu Kamil comme coefficients dans des
équations au même titre que les entiers ou les rationnels. Les irrationnels issus de racines cubiques ou
de racines n-ièmes, sont calculés de manière approchée et ces approximations sont utilisées dans d'autres
calculs pour construire des tables trigonométriques ou approcher π26. La question sur la nature des nombres

4
et, en particulier, sur le statut à accorder au quotient de deux grandeurs incommensurables est posée par des
mathématiciens du XIe siècle, al-Khayyam et Ibn Muʿādh qui concluent sur son statut de nombre27.

Algèbre
Al-jabr al-muqabala

Pages du traité d'al-Khwarismi.

Entre 813 et 830, al-Khwarismi écrit son traité Kitab al-jabr wa al-muqabala (abrégé du calcul par la


restauration et la comparaison) dans lequel il présente les techniques de résolution des équations du premier
et second degré. Il commence par définir les objets de son étude : les nombres, l'inconnue (say, la chose),
son carré (māl, le trésor ou le bien), l'inconnue est aussi désignée comme la racine du bien (jidhr). Il
présente ensuite les six situations canoniques auxquelles on peut se ramener. L'exposé d'al-Khwarismi est
entièrement rhétorique et ne fait appel à aucune écriture symbolique mais ses six situations peuvent se
résumer en langage moderne dans ces 6 équations :avec a, b, c des nombres entiers ou rationnels positifs.
Pour chacune d'entre elles, il présente une méthode de résolution dont il démontre la validité par des
raisonnements géométriques à l'aide d'aire de rectangles, de carrés et de gnomons. Les solutions ne sont
cherchées que dans les nombres positifs30. Il étudie la condition d'existence de solutions pour l'équation de
type 5 (4ac inférieur à b²) et présente les deux solutions de cette équation quand elles existent .
Il montre également comment se ramener à ces six situations canoniques à l'aide de la technique de
restauration (ajouter une même quantité aux deux membres de l'égalité pour combler un trou) et de
comparaison (supprimer une même quantité présente dans les deux membres de l'équation). Il définit
également quelques règles élémentaires de calcul sur des expressions comportant son inconnue par exemple
le développement de (a+bx)(c+dx). Suivent ensuite de nombreux problèmes pratiques de commerce,
d'arpentage ou d'héritage.
Le sujet n'est pas nouveau. Il existe dans les mathématiques babyloniennes et indiennes des procédures de
résolution de problèmes du premier et du second degré. Les termes même d'al-jabr et al-muqabala étaient
déjà utilisés pour désigner des techniques de calcul. On peut même citer deux contemporains d'al-
Khwarismi écrivant parallèlement sur le même sujet (Ibn Turk et Abu Bakr). Les mathématiques grecques
avaient déjà résolu des problèmes du second degré à l'aide de manipulations géométriques.
Enfin, Diophante, dont les Arithmétiques n'étaient pas connues d'al-Khwarismi, étudie de nombreux
problèmes comportant plusieurs inconnues et leur carré ou leur cube et met en place une
rédaction syncopée mélangeant rhétorique et un embryon d'écriture symbolique37. Le mérite d'al-Khwarismi
est d'avoir su présenter l'ensemble dans un tout cohérent et exhaustif, alliant technique et démonstration.
L'exposé d'une théorie des équations avec un nom, des objets, des outils, des preuves et des applications en
fait une discipline à part entière. Le lieu de naissance de l'algèbre est un sujet controversé 40 mais l'œuvre
d'al-Khwarismi contribue à en faire une discipline propre exploitable propice à son épanouissement 41.
Le travail d'al-Khwarismi est développé par ses successeurs : Thābit ibn Qurra travaille sur la traduction
géométrique des équations, Abu Kamil en augmente le degré et prend ses coefficients dans les nombres
irrationnels42. Lorsqu'en 870, Qusta ibn Luqa traduit les Arithmétiques de Diophante, c'est le vocabulaire
mis en place par al-Khwarismi qu'il emploie6.

5
Équation de degré trois

Résolution de l'équation x3 + ax = b selon la méthode d'Omar Khayyam. AB2 = a, AC × AB2 = b, ABmn est un


carré. Le demi-cercle de diamètre [AC] rencontre la parabole, de sommet A, d'axe (AB) perpendiculaire à (AC) et
passant par m, en D. Le point D se projette orthogonalement sur [AC] en E. La distance AE est solution de l'équation.

Le nouvel outil est mis au service de la résolution de problèmes classiques de l'antiquité comme
la duplication du cube, la trisection de l'angle, la construction de l'heptagone régulier et le découpage de la
sphère selon une proportion donnée. Ces problèmes se ramènent à une équation de degré trois. Les
mathématiciens arabes recherchent des méthodes générales de résolution par radicaux, mais c'est un échec
Une autre voie est également explorée, plus fructueuse : la résolution des équations de manière approchée
comme intersection de deux coniques. La méthode était déjà employée pour certaines équations
par Apollonius dans ses Coniques. Cette voie est étudiée par de nombreux mathématiciens arabes parmi
lesquels al-Khazin, al-Quhi, Abu al-Jud Ibn al-Laith, al-Shanni, al-Biruni etc. L'apport décisif est celui d'al-
Khayyam, qui en fait une étude systématique, classant les équations selon le signe de leurs coefficients,
exhibant une solution positive, si elle existe, comme intersection de deux coniques et recherchant une
valeur approchée de celle-ci45. Son travail est approfondi par Sharaf al-Dīn al-Tūsī, qui démontre que les
solutions peuvent être obtenues comme intersection de deux coniques prises parmi parabole, hyperbole
équilatère et cercle. Al-Tusi s'affranchit des contraintes d'homogénéité, s'intéresse également au nombre de
solutions positives, ramène l'équation à la forme f(x) = c et discute du nombre de solutions selon la valeur
du maximum pris par la fonction. Pour déterminer le maximum, il utilise la dérivée formelle du polynôme f
sans cependant expliquer ce qui l'a conduit à inventer cette dérivation. Il utilise également cette dérivée
formelle et des changements de variable affines dans le calcul d'une valeur approchée de la solution
« Algèbre » des polynômes
Un siècle et demi après al-Khwarismi, al-Karaji entreprend d'appliquer les techniques de calcul du système
décimal aux polynômes47, plus exactement aux expressions que l'on écrit aujourd'hui sous la forme:par
analogie avec l'écriture des nombres décimaux:Selon son successeur al-Samaw'al, il aurait démontré
la formule du binôme jusqu'à la puissance 12 et indiqué que la formule pouvait se prolonger indéfiniment
avec la règle de constitution des coefficients qui porte aujourd'hui le nom de formule du triangle de
Pascal48.C'est un des premiers exemples de démonstration utilisant une sorte d'induction de type fini 49.
Son travail est poursuivi et approfondi par al-Samaw'al qui donne les règles de calcul sur les monômes, les
règles de divisibilité d'un polynôme par un autre et présente des techniques d'approximations d'un quotient
de deux polynômes ou d'une racine carrée d'un polynôme en utilisant les exposants négatifs 49. Il présente
également les polynômes sous la forme synthétique d'un tableau contenant les coefficients des monômes
rangés suivant leurs puissances décroissantes5. Il pose en outre une réflexion sur les exposants
fractionnaires et en présente des règles de calcul.
En Occident arabe, la perte de manuscrits ne permet pas de définir avec précision les apports de chacun
mais on sait que cette branche de l'algèbre était enseignée dans les universités andalouses encore
au XIVe siècle. C'est aussi dans l'Occident arabe, au Maghreb plus précisément, que l'on trouve trace
au XIVe siècle (chez Ibn Qunfudh, Al-Qalasadiet Ibn Ghazi al-Miknasi , et même dès le XIIe siècle, d'un
symbolisme algébrique touchant tant le calcul que les polynômes et les équations, symbolisme qui semble
apparaitre sous cette forme élaborée pour la première fois et serait une originalité des mathématiques de
cette région53.

6
Analyse indéterminée
L'algèbre est également mise au service de l'analyse indéterminée rationnelle, appelée aussi analyse
diophantienne rationnelle. Celle-ci consiste à trouver, si elles existent, les solutions rationnelles à un
problème comportant plus d'inconnues que d'équations. L'étude de ce type de problème intervient très tôt
dans les mathématiques arabes : avant Abu Kamil qui est, semble-t-il, le premier à distinguer entre
problème déterminé et problème indéterminé et avant la traduction des Arithmétiques de Diophante par
Qusta Ibn Luqa. Abu Kamil s'intéresse principalement aux problèmes du second degré et aux systèmes
linéaires. Il résout par exemple l'équation ax – x² + b = y² par changement de variable affine à coefficients
rationnels et en précise les conditions d'existence. Dans le cadre des systèmes d'équations, il utilise le
principe d'élimination par substitution. La traduction du traité de Diophante donne une forte impulsion à ce
type de recherche, qui prend le nom de al-istriqa. Al-Karaji consacre à ce sujet un traité aujourd'hui perdu,
mais dont on trouve la trace dans deux autres de ses traités al-Badi et al-Fakhri. Il reprend et approfondit
les problèmes présentés par Abu Kamil et par les livres II, III et IV des Arithmétiques pour en faire une
étude systématique59. Son travail est prolongé par ses successeurs al-Samaw'al, al-Zanjani, Ibn al-
Khawwam et Kamāl al-Dīn al-Fārisī et l'analyse indéterminée devient un chapitre intégré dans tout traité
sur l'algèbre.

Analyse numérique
Pour résoudre numériquement des équations, les mathématiciens arabes mettent en place des méthodes dont
certaines sont issues des mathématiques grecques ou indiennes comme l'extraction de la racine carrée ou de
la racine cubique. Le principe consiste à déterminer successivement les chiffres d'une solution en utilisant
la propriété suivante : si X est une valeur approchée d'une solution de l'équation f(x) = N et si on pose x =
X + y et g(y) = f(X+y) – f(X) alors x est une solution de f(x) = N si et seulement si y est solution de g(y) =
N – f(X).
Ainsi, pour trouver la solution positive de l'équation f(x) = N où f(x) = x3 + 6x et N = 5 178 755, on cherche
le plus grand entier a tel que f(100a) ≤ N, on trouve a = 1 qui donne le chiffre des centaines de la solution.
On pose alors g(y) = f(100+y) – f(100) et N1 = N – f(100) pour résoudre l'équation g(y) = N1. On cherche le
plus grand entier b tel que g(10b) ≤ N1, on trouve b = 7 qui est le chiffre des dizaines de la solution. On
pose enfin h(z) = g(70+z) – g(70) et N2 = N1 – g(70) pour résoudre l'équation h(z) = N2. On cherche le plus
grand entier c tel que h(c) ≤ N2, on trouve c = 3 qui est le chiffre des unités de la solution. Comme h(3) =
N2, on sait que 173 est la solution exacte de l'équation.
Cette méthode est utilisée au Xe siècle par Kushyar Ibn Labbān (en) et Ibn al-Hayttam pour l'extraction de
la racine carrée et de la racine cubique61 puis au XIIe siècle pour la racine n-ième. Pour calculer g(y), les
mathématiciens arabes avaient à leur disposition la formule du binôme mais il est aussi possible d'utiliser
des techniques analogues à la méthode de Ruffini-Horner, comme le fait Sharaf al-Din al-Tusi dans la
résolution numérique de l'équation de degré 3.
Lorsque la racine n'est pas entière, une approximation traditionnelle est donnée mais le développement de
la théorie des fractions décimales par al-Karaji et al-Samaw'al au XIIe siècle permet de trouver alors des
approximations décimales aussi fines que l'on veut de la racine irrationnelle.
Une autre méthode utilisant la propriété du point fixe attractif est employée tardivement
au XVe siècle chez al-Kashi et au XVIIIe siècle par Mirza al-Isfahani65. En mettant l'équation sous la forme x
= f(x), les approximations successives de la solution sont les éléments de la suite définie par : x0 est une
première approximation et xn+1 = f(xn).
Le désir d'améliorer la précision des tables trigonométriques pousse les mathématiciens arabes à affiner les
méthodes d'interpolation. L'interpolation affine était déjà connue des Grecs et la traduction
du Khandakhadyaka de Brahmagupta les familiarise avec l'interpolation quadratique66. Une réflexion est
menée pour déterminer la meilleure interpolation à utiliser, exploitant les moyennes pondérées et la vitesse
de variation des différences, et faisant éventuellement appel à d'autres fonctions que les fonctions du
premier et du second degré.

Combinatoire

7
Il existe assez tôt une préoccupation pour dénombrer de manière organisée certaines configurations comme
l'expression de la formule de la figure sécante par Thābit ibn Qurra69 ou dans des problèmes d'algèbre. Le
nombre de cas alors ne nécessite pas la mise en place de formules 70. Les questions de dénombrement
naissent réellement dans le domaine de la linguistique où se posent, dès le VIIIe siècle avec Khalil Ibn
Ahmad, des questions comme « Combien de mots de 5 lettres peut-on former ? » et ces études servent aux
lexicographes et cryptographes71.
Au XIIIe siècle les formules de dénombrement sont travaillées par Nasir ad-Din al-Tusi71 et par Ahmad Ibn
Mun'im qui, dans son Fiqh al-Hisab (La science du calcul)72, établit les formules suivantes:Nombre
de permutations de n éléments : ;Nombre de mots de n lettres dont une est répétée k fois : ;Nombre de mots
de n lettres dont la ième est répété ki fois : .Le nombre de combinaisons est étudié, ce qui donne lieu à la
réapparition du triangle de Pascal non plus associé à la formule du binôme mais au dénombrement. Ce
travail est poursuivi à la fin du XIIIe siècle et au début du XIVe siècle. Kamāl al-Dīn al-Fārisī utilise le
triangle de Pascal pour calculer les nombres figurés établissant la formule:nième nombre figuré d'ordre r : Ibn
al-Banna établit l'égalité73 :Nombre de combinaisons de p éléments pris parmi n : L'analyse combinatoire
devient un chapitre d'ouvrages mathématiques comme chez al-Kashi ou fait l'objet, tardivement, de traités
indépendants comme chez Ibrahim al-Halabi.

Théorie des nombres


Il existe dans les mathématiques arabes une longue tradition d'étude en théorie des nombres, inspirée par les
écrits d'Euclide, de Diophante et de Nicomaque de Gérase.
Sur les nombres parfaits, Ibn Tahir al-Baghdadi énonce une méthode alternative de génération des nombres
parfaits d'Euclide à l'aide d'une série arithmétique. Le cas des nombres parfaits impairs est évoqué et la
recherche d'une réciproque est entreprise. Ibn al-Haytham propose ainsi une réciproque partielle sur les
nombres de la forme 2p(2q-1). Les mathématiciens arabes s'intéressent à leur répartition, vont
jusqu'au 7e nombre parfait tout en introduisant cependant des nombres parasites et invalident l'affirmation
de Nicomaque de Gérase qui en imagine un dans chaque puissance de 10.
L'étude des nombres amiables traverse l'histoire des mathématiques arabes et conduit au développement des
connaissances sur la décomposition en facteurs premiers et sur les fonctions somme des diviseurs et
nombre de diviseurs. Thabit ibn Qurra démontre son théorème : si A (= 3.2n – 1), B (= 3.2n–1 – 1) et C (=
9.22n – 1 – 1) sont premiers alors 2nAB et 2nC sont amiables. Outre le couple (220, 284), les mathématiciens
arabes exhibent les couples (17 296, 18 416) et (9 363 584, 9 437 056).
Le travail d'Ibn al-Haytham sur le problème des restes chinois le conduit à énoncer le théorème de
Wilson sur la caractérisation des nombres premiers.
En analyse indéterminée entière, les triplets pythagoriciens sont étudiés et généralisés aux dimensions
supérieures : al-Sijzi démontre que, pour tout n, il existe un carré somme de n  carrés84. Sont également
étudiées les équations de la forme x² ± a = y². Sur le problème de Fermat, dans le cas de n = 3 ou n = 4, les
mathématiciens arabes affirment l'inexistence de solutions sans cependant réussir à fournir une
démonstration aboutie.

Géométrie
Influencée par les écrits grecs (Éléments d'Euclide, Coniques d'Appolonius, Sphériques de Théodose et
de Ménélaüs) et indiens, la géométrie arabe se développe dans plusieurs directions (traductions et
commentaires, astronomie et trigonométrie, optique, problèmes pratiques et théoriques), utilisant de
nouveaux outils (algèbre, analyse numérique, méthodes infinitésimales) 87.
Aires, volumes, problèmes isopérimétriques

8
Calcul du volume du solide de révolution engendré par la rotation du triangle curviligne OAB, où OB est une
portion de parabole d'axe OA, autour de AB88.
Ibn al-Haytham découpe le solide en ntranches et encadre le volume de chaque tranche entre deux volumes
cylindriques. Il calcule ensuite la somme de ces volumes cylindriques minorant et majorant le volume du solide à l'aide
des formules de Faulhaber et double à l'infini le nombre de tranches pour démontrer que .

Les formules sur les aires (disque, formule de Héron, polygones réguliers inscrits dans un cercle, cône) et
de volumes (sphère, cône), connues des Grecs et des Indiens sont exposées très tôt (al-Khwarismi, frères
Banu Musa). Leurs calculs s'affinent grâce aux techniques d'analyse numérique. Très tôt (dès al-Biruni), les
mathématiciens sont convaincus de l'irrationalité de π90. D'autres formules sont mises au point comme le
volume des cônes et pyramides tronqués91.
Une des originalités des travaux arabes est le développement de techniques infinitésimales s'appuyant sur
la méthode d'exhaustionmise en pratique par Archimède dans La sphère et le cylindre et La mesure du
cercle. Ce mouvement est initié par les frères Banu Musa qui comprennent la portée générale de la méthode
d'Archimède et l'utilisent pour la surface de la sphère. Leur traité, Sur la mesure des figures planes et
sphériquesn 1, devient un texte fondamental tant dans le monde arabe, que dans l'Occident latin, après sa
traduction au XIIe siècle par Gérard de Crémone92. Leur disciple et successeur, Thābit ibn Qurra, poursuit
dans la même voie, calculant l'aire d'une parabolen 2 par découpage en trapèzes analogue aux sommes de
Riemann93. Il calcule également le volume de paraboloïdes et l'aire de l'ellipse. Après lui, on peut
citer Ibrahim ibn Sinan, al-Quhi, Ibn al-Haytham. Chez ce dernier, on trouve tous les éléments du calcul
d'intégrale par sommes de Darboux (encadrement, jeu sur les découpages, erreur rendue aussi petite que
l'on veut). Cependant les mathématiciens arabes limitent ces techniques aux aires et volumes qui peuvent
s'exprimer en fonction d'aires et de volumes connus.
Ils s'intéressent aussi aux calculs d'aires de portions de cercle. Thābit ibn Qurra calcule l'aire de la partie de
cercle limitée par le côté d'un triangle équilatéral et celui d'un hexagone régulier inscrits dans le cercle. Ibn
al-Haytham s'intéresse aux lunulesn 3 et montre la relation entre leurs aires et la trigonométrie.
Le problème des isopérimètres (à périmètre constant, quelle est la figure ayant la plus grande aire ?) déjà
étudié par Zénodore et de nombreux mathématiciens grecs, est repris par les mathématiciens arabes (al
Khazin, Ibn al-Haytham). Concernant l'espace et le problème des isépiphanes (à surface constante, quel est
le solide de volume maximum ?), ils ne peuvent conclure rigoureusement mais leurs études conduisent au
développement d'une théorie sur l'angle solide (Ibn al-Haytham).
Constructions et courbes
Les mathématiciens arabes s'intéressent également à des problèmes de constructions dont certains sont des
problèmes classiques des mathématiques grecques : construction d'une double proportionnelle, trisection de
l'angle, constructions exactes ou approchées de polygônes réguliers, découpage d'un carré en somme de
plusieurs carrés, construction à la règle et au compas d'écartement constant, constructions géométriques
pour les instruments astronomiques97.

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Construction mécanique d'une hyperbole selon la méthode d'Ibn Sahl. La règle pivote autour du foyer F 2. Le crayon M,
sur la règle s'appuie sur une corde F1MD de longueur fixe et dessine une portion d'hyperbole de foyers F 1 et F2.

La résolution des équations de degré trois, ainsi que l'optique, les poussent à s'intéresser aux coniques dont
ils étudient les propriétés focales (ibn Sahl) et pour lesquelles ils imaginent des mécanismes de construction
en continu : compas parfait d'al-Quhi, mécanismes avec règle, corde et poulie d'Ibn Sahl98. Parmi ces traités,
on peut citer le traité de Thābit ibn Qurra sur les ellipses et celui d'al-Sijzi sur les hyperboles. D'après le
témoignage d'autres mathématiciens, il existerait des traités aujourd'hui perdus sur les courbes obtenues
comme projections de courbes gauches.
Transformations et projections
Les mathématiciens arabes ont moins de réticence que certains mathématiciens grecs comme Euclide pour
utiliser le mouvement et les transformations en géométrie. L'homothétie est utilisée très tôt (Ibrahim ibn
Sinan, al-Farabi et Abu l-Wafa). Ses propriétés sur les configurations (transformation de cercles en cercles)
sont démontrées par Ibn-Sinan et al-Quhi. À leur suite, Ibn al-Haytham étudie les similitudes directes et
démontre qu'elles transforment des droites en des droites et des cercles en des cercles. Thābit ibn Qurra et
Ibrahim ibn Sinan utilisent des affinités pour transmettre des propriétés du cercle à l'ellipse ou de
l'hyperbole équilatère à l'hyperbole quelconque et démontrent qu'une transformation affine quelconque
conserve les rapports d'aire. On rencontre même, chez al-Biruni et Ibn Sinan, des cercles transformés en
coniques grâce à des transformations projectives.
Les besoins en astronomie, en particulier pour la construction d'astrolabes ou la détermination de la qibla,
poussent les mathématiciens arabes à étudier les projections de la sphère sur le plan (projection
orthogonale, projections stéréographiques de pôle et de plan divers, projections cylindriques, projections
avec rabattement). Al-Farghani démontre qu'une projection stéréographique transforme les cercles passant
par le pôle en droites et transforme les autres cercles en cercles104. Son travail est prolongé par al-Quhi
et ibn Sahl, mais ni l'un ni l'autre ne fait référence à une quelconque inversionn 4,105.
La conformité (conservation des angles) de la projection stéréographique est connue et utilisée par al-Biruni
et 'Abd al-Jabbar al-Kharaqi (m. 1158) et la projection stéréographique est réinvestie en cartographie.
Questions sur les fondements

Quadrilatère de Lambert

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Quadrilatère de Saccheri
Les angles restants peuvent être droits, aigus ou obtus selon la géométrie dans laquelle on travaille
(euclidienne, hyperbolique ou elliptique). Les mathématiciens arabes prouvent qu'ils sont droits en commettant
une pétition de principe ou en utilisant explicitement un axiome équivalent au 5e postulat.

En commentant les Éléments d'Euclide, les mathématiciens arabes cherchent également à en réformer la


théorie, affirmant par exemple qu'il est nécessaire d'ajouter un postulat sur l'existence des points, lignes et
plans108. Ils s'interrogent aussi sur la nature du postulat V, dit Postulat des parallèles : « Si deux droites
coupent une même droite en créant deux angles internes plus petits qu'un droit, alors ces droites sont
sécantes », et tentent de le démontrer ou de le simplifier, exhibant ainsi des propriétés qui lui sont
équivalentes (al-Jawhari, Thābit ibn Qurra, ibn al-Haytham, al-Biruni, Omar al-Khayyam, Nasir al-Din al-
Tusi et son école109et Muhyi al-Dīn al-Maghribī).
Al-Jawhari s'appuie ainsi sur l'idée que, par un point intérieur à un angle, on peut tracer une droite qui en
rencontre les deux côtés111. Thabit ibn Qurra utilise l'hypothèse que deux droites qui s'éloignent dans une
direction se rapprochent nécessairement dans l'autre et réciproquement. Il propose également dans une
autre démonstration un mouvement simple : le lieu parcouru par l'extrémité A d'un segment [AB]
perpendiculaire à (d) en B, quand le point B parcourt (d) est une droite parallèle à (d) 112. Ibn al-Haytham se
sert d'un quadrilatère possédant 3 angles droits (quadrilatère de Lambert)113. Al-Khayyam puis al-Tusi
étudient le quadrilatère ABCD tel que les côtés AB et CD soient égaux et les angles de sommets C et D
sont droits (quadrilatère de Saccheri)114.
Les travaux de ces mathématiciens jettent les premières bases de ce qui deviendra au XIXe siècle la théorie
des géométries non euclidiennes, hyperbolique et elliptique115.
Trigonométrie
La trigonométrie est une discipline créée pour les besoins de l'astronomie. Elle remonte au moins
jusqu'à Hipparque qui construit la première table des cordesn 5. Le principal résultat utilisé en astronomie
grecque et dans les débuts de l'astronomie arabe est le théorème de Ménélaüs. Les mathématiques indiennes
introduisent le sinusn 6 et le sinusversen 7, établissant également quelques formules sur le triangle rectangle
sphérique116. Reprenant ces travaux, les mathématiciens arabes les enrichissent et les complètent. Ils en font
une discipline à part entière donnant lieu à des traités spécifiques comme le 3e traité du Canon de
Masud d'al-Biruni117, le traité de Ibn Muʿādh al-Jayyānī118 et le Traité du quadrilatère de Nasir al-Din al-
Tusi119.
Ils introduisent de nouvelles fonctions, la sécante (R/sin) et la cosécante (R/sinus de l'angle
complémentaire). Habash al-Hasib y ajoute la notion d'ombre correspondant à R.tan, à distinguer de
l'ombre du gnomonn 8. Il s'en sert comme fonction auxiliaire dans ses tables numériques et la tabule120. Sont
également établies quelques formules trigonométriques (relation entre les différentes fonctions, sinus de
l'angle double, sinus d'une somme…)121.
Ces fonctions trouvent leur utilité en trigonométrie sphérique où de nouvelles relations sont démontrées.
La règle des sinus apparaît dans plusieurs écrits (al-Khujandi, Abu l-Wafa, Abu Nars)122, la règle de la
tangenten 9 pour le triangle rectangle sphérique (Abu l-Wafa123) et la règle des cosinus dans le triangle
rectangle sphérique (Abu Nars124). Progressivement sont établies les formules de résolution du triangle
rectangle sphérique125 et partiellement celles de résolution du triangle quelconque126 avec introduction
du triangle polaire (al Khazin, Abu Nars, Ibn Muʿādh al‐Jayyānī, Nasir al-Din al-Tusi)127.
L'utilisation de la trigonométrie dans des problèmes plans reste occasionnelle, à l'exception d'al-Kashi qui
produit une table réservée à la résolution des triangles plans quelconques 128 et en l'honneur duquel on a
rebaptisé la loi des cosinus.

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La recherche d'une plus grande précision dans les tables de sinus, avec de meilleures interpolations et avec
l'aide de l'algèbre, occupe mathématiciens et astronomes arabes principalement à partir de la fin
du Xe siècle (Ibn Yunus, abu l-Wafa, al-Biruni, al-Kashi)129.
Optique géométrique

Manuscrit d'Ibn Sahl sur la loi de la réfraction.

L'optique géométrique arabe est une héritière directe de l'optique grecque130. Les grands noms de cette
discipline sont Qusta ibn Luqa, al-Kindi, Ibn Sahl et Ibn al-Haytham. Dans un premier temps sont traduits, l
′Optique d'Euclide, ainsi que d'autres ouvrages grecs sur l'optique ou la catoptrique (Dioclès, Anthémius de
Tralles). Qusta ibn Luqa commente Euclide et a pour projet de justifier les propositions grecques sur la
propagation rectiligne de la lumière et les lois de la réflexion132. L'étude des miroirs (plans, sphériques,
paraboliques ou ardents) est approfondie et complétée. Al-Kindi met en doute la légende selon
laquelle Archimède aurait incendié la flotte romaine à l'aide de miroirs et clarifie le principe du miroir
parabolique133. En dioptrique, Ibn Sahl définit l'indice de réfraction et met en place la loi de Snellius. Il
étudie en particulier la lentille biconvexe hyperbolique134. Ibn al-Haytham, grand réformateur de l'optique
physiologique, physique et géométrique, fait une étude extensive des problèmes de réflexions et résout
le problème qui porte son nom135: « Étant donnés deux points distincts A et B, trouver le point de réflexion,
sur un miroir sphérique concave ou convexe, du rayon issu de A et arrivant à B. », ramenant le problème à
l'intersection d'un cercle et d'une hyperbole136. En dioptrique, il étudie le dioptre et la lentille sphérique
analysant le phénomène d'aberration sphérique137. Son grand traité L'Optique, traduit en latin au XIIe siècle a
fait l'objet de nombreux commentaires jusqu'au XVIIe siècle.

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