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Cours de Droit des affaires

Sciences Economiques et Gestion


« Parcours Gestion »

Semestre 5

Section B

Professeur Kawtar NFISSI

Année Universitaire 2020-2021


Chapitre 3. Les organes de contrôle des SA
Les CAC sont des professionnels chargés de contrôler la comptabilité de la société, d’en
certifier la régularité et la sincérité, et plus généralement de vérifier que la vie sociale se
déroule dans des conditions normales.
Le commissariat aux comptes au Maroc n’a jamais fait l’objet d’une réglementation
autonome, il a été toujours intégré dans les dispositions des différentes lois relatives aux
sociétés et de la loi 15-89 réglementant la profession d’expert comptable au Maroc.
La loi 17-95 du 30 août 1996 sur les sociétés anonymes peut être considérée comme l’unique
réglementation marocaine réelle en matière de commissariat aux comptes.
Cette loi impose la nomination d’un CAC dans toute SA quels que soient le total de son bilan
et le montant de son chiffre d’affaires.
Malgré le fait que ses dispositions soient destinées en premier lieu à la société anonyme, la
dite loi a consacré un chapitre au contrôle de cette dernière traitant ainsi le commissariat aux
comptes dans tous ses aspects. Contrairement aux réglementations précédentes, la loi 17-95
sur les sociétés anonymes est caractérisée par sa globalité et sa précision concernant le
commissariat aux comptes.
Les CAC sont des fonctionnaires de la société, investis d’une mission légale de surveillance
des comptes, ce qui les différencient du CS chargé plutôt de contrôler la régularité et
l’opportunité de la gestion, chose qui est interdite au CAC qui doit se cantonner dans le
domaine comptable et juridique sans aucune immixtion dans la gestion de la société (art. 166).
Les CAC se distinguent également des comptables salariés chargés de tenir les comptes au
jour le jour et des experts comptables qui en assurent la révision, parce que ces personnes sont
liées à la société par un lien contractuel alors que le CAC est dans une situation légale.
L’utilité de cet organe de contrôle est indéniable pour tous les organes de la société :
dirigeants et actionnaires. Il conseille les dirigeants sur la manière de tenir les comptes afin de
mieux éclairer la marche de l’entreprise ; éclairent les actionnaires sur les comptes présentés
par les dirigeants et les protègent contre une surveillance insuffisante du directoire par le CS.
Le rôle du CAC dans la SA est utile également pour les tiers qui envisagent de traiter avec la
société ou d’acquérir des titres qu’elle a émis, de connaitre la situation financière et juridique
réelle de leur cocontractant.
Le CAC est doté d’un statut particulier qui donne à cette profession toute sa spécificité.
L’importance et l’étendue des missions dont il est chargé par la loi l’exposent à un régime
strict de responsabilité.
Section 1/ Les statut des CAC
Les CAC sont membres d’une profession libérale organisée. Ils doivent obligatoirement être
inscrits au tableau de l’ordre des experts comptables, ce qui a pour but de garantir leur
compétence professionnelle (art. 160).

§1/ Désignation des CAC


Les CAC sont choisis par les actionnaires. Leur désignation par l’AGO doit respecter
certaines conditions de fond et de forme établies par la loi.

A/ Conditions de fond
*Le CAC doit obligatoirement être choisi parmi les membres de la profession ;
*Il ne doit pas être soumis aux conditions d’incompatibilités générales prévues par la loi. Par
exemple le CAC ne peut être ni salarié de la société qu’il contrôle ni commerçant ;
*Il ne doit pas entretenir avec la société qu’il contrôle des liens qui peuvent porter atteinte à
son indépendance ;
*Il ne peut être choisis parmi les dirigeants de la société qu’il est chargé de contrôler. Pour
éviter un contrôle illusoire, contrôleur et contrôlé ne doivent pas être une seule et même
personne.
La méconnaissance de ces incompatibilités entraine la nullité de la désignation et expose le
CAC à des sanctions pénales (art. 404, L. 17-95).

B/ Conditions de forme
Lors de la constitution de la société, les CAC sont désignés par les statuts (art. 20).
Au cours de la vie sociale, la désignation se fait par décision de l’AGO (art. 163).
Exceptionnellement, ils peuvent être nommés par décision de justice, à défaut de nomination
par l’AG (art. 165), ou lorsqu’ils ont fait l’objet d’une récusation (art. 164).
Les irrégularités de désignation ou l’omission de nomination des CAC a pour conséquence la
nullité des délibérations de l’AG.

§2/ Cessation des fonctions des CAC


Les CAC ne peuvent exercer leur mission de façon efficace que s’ils jouissent d’une certaine
stabilité. Pour assurer cette stabilité, la loi du 30 août 1996 a allongé la durée de ses fonctions
qui est passée d’un an à trois ans. Elle a supprimé également la possibilité de révocation des
CAC par l’AGO.

A/ Causes de la cessation des fonctions


*L’arrivée du terme qui n’est pas la fin de l’exercice, mais plutôt la réunion de l’AG qui
statue sur les derniers comptes (art. 163).
*La révocation en cas de faute ou d’empêchement (art.179).
*La récusation judiciaire qui permet aux minoritaires d’écarter un CAC pour manque de
compétence, d’impartialité ou d’indépendance à l’égard des dirigeants et des actionnaires
majoritaires (art. 164).
*La démission qui peut être présentée pour convenances personnelles sur CAC.

B/ Conséquences de la cessation des fonctions


Pendant les cinq ans qui suivent la cessation de leurs fonctions dans la SA, les CAC ne
peuvent devenir administrateurs, directeurs généraux ou membres du directoire de la SA
qu’ils contrôlaient et des sociétés du même groupe. Les nominations intervenues en violation
de cette incompatibilité sont nulles.
En revanche, rien n’interdit au CAC, dès la cessation de ses fonctions, de faire partie
immédiatement du CS de la SA qu’il était chargé de contrôler.

§3/ Droits et obligations des CAC


Pour l’exercice de leurs missions, la loi accorde aux CAC des droits et des pouvoirs
importants ; mais en contrepartie, les soumet à des obligations très strictes.

A/ Droits et pouvoirs des CAC


Les commissaires aux comptes jouissent d’un droit d’information très important, complété par
un large pouvoir d’investigation.

1. Droit d’information :
Les CAC doivent parfaitement être informés des affaires sociales. Pour cela ils doivent être
convoqués à toutes les AG et aux réunions du CA ou du directoire qui arrête les comptes de
l’exercice écoulé (art. 170). Ils doivent disposer des comptes et documents qui seront soumis
aux actionnaires lors de l’AG. Ils ont le droit de consulter au siège social le rapport établi par
le CA ou le directoire sur les opérations de l’exercice.
Cependant en raison de son caractère passif, le droit d’information accordé aux CAC est
insuffisant. La loi le complète par un pouvoir d’investigation très étendu.

2. Pouvoir d’investigation :
Le pouvoir d’investigation accordé par la loi aux CAC leur permet de rechercher, tant auprès
des différents organes de la société contrôlée qu’auprès des personnes ayant des liens avec
elle, les informations complémentaires dont ils ont besoin pour mener à bien leur mission (art.
167). Les pouvoirs des CAC sont d’ordre public car imposés par la loi, généraux car portent
sur tous les éléments que le CAC estime opportun de vérifier, et permanents car se font à
toute période de l’année.
Cependant ce pouvoir d’investigation ne doit pas entraver la bonne marche de la société et
doit s’exercer sur place, car le CAC ne doit pas paralyser la gestion de la société en emportant
des documents dont la présence au siège social est pratiquement indispensable.

B/ Obligations des CAC


Les CAC doivent exercer leur contrôle dans l’intérêt de tous les actionnaires (art. 166). Ils
doivent exécuter personnellement leurs missions, mais ils ont la possibilité de se faire assister
par des collaborateurs de leur choix et qui agissent sous leur responsabilité (art. 167).
Ils sont tenus au secret professionnel (art. 177), et ils ne doivent en aucun cas s’immiscer dans
la gestion de la société (art. 166). Ils doivent également révéler aux organes dirigeants les faits
délictueux qu’ils constatent à l’occasion de l’exercice de leurs missions.

Section 3/ Les missions des CAC


Les CAC constituent un corps professionnel chargé d’une mission de contrôle légal au sein
des SA. Leur rôle parait difficile et leur tâche ardue, car s’ils sont trop complaisants envers les
dirigeants, ils risquent de ne pas remplir efficacement leur rôle de contrôleurs, et s’ils
s’opposent trop vivement à eux, ils entraveront la bonne marche de l’entreprise en portant
atteinte à leur réputation.
Les CAC sont investis d’une mission principale d’une part, et d’une mission connexe relative
à certaines opérations particulières. Or, quelle que soit le type de mission accomplie par ces
professionnels, ceux-ci doivent agir toujours dans l’intérêt de la société et ses actionnaires.

§1/ La mission principale


La mission principale du CAC est une mission qui s’exerce de manière permanente. Il s’agit
d’abord d’une mission de contrôle et de certification des comptes de la société (A), et ensuite
une mission de contrôle des dysfonctionnements surgis à l’occasion des conventions passées
par la SA et à l’occasion des difficultés financières rencontrées par elle (B).

A/ Le contrôle et la certification des comptes


La loi charge les CAC de contrôler les comptes de l’exercice tels qu’ils ont été arrêtés par les
dirigeants et qu’ils seront soumis à l’approbation de l’AGO.
En premier lieu, ils doivent exercer un contrôle permanent des principaux documents
comptables dressés en fin d’exercice -notamment le bilan, le compte de résultat et l’annexe- et
vérifier la conformité de la comptabilité aux règles en vigueur.
Les CAC doivent également vérifier la sincérité des informations données dans le rapport de
gestion des dirigeants et leur concordance avec les états de synthèse.
La finalité du contrôle des comptes est la certification de leur régularité (conformité aux lois
et aux règles de la technique comptable), leur sincérité (reflet clair de la situation sociale sans
déguisement ni détour), et leur image fidèle (l’image réelle des résultats de l’exercice écoulé).
Le contrôle et la certification des comptes par le CAC débouche sur une mission
d’information : d’abord à l’égard des dirigeants auxquels le CAC porte le résultat de ses
contrôles et les irrégularités éventuelles qu’il a découvertes, et ensuite à l’égard des
actionnaires par le biais d’un rapport général adressé à l’AGO appelée à se prononcer sur les
comptes.
Après l’entrée en vigueur de la loi 20-05 de 2008 sur la SA, cette mission d’information
touche également l’autorité marocaine des marchés de capitaux (AMMC) à laquelle le CAC
doit annoncer les irrégularités et inexactitudes découvertes par lui dans les SA cotées.
En effet, la certification des comptes par le CAC leur donne une force probante considérable,
et permet à l’AG des actionnaires de se prononcer sur ces comptes en connaissance de cause
et avec pleine conviction.

B/ Le contrôle des dysfonctionnements


Les incidents de fonctionnement proviennent souvent dans la SA à l’occasion des conventions
passées par la société et qui peuvent lui être préjudiciables. Ils peuvent émaner également
d’une rupture de la continuité d’exploitation qui pourrait déboucher sur des difficultés
financières. Dans ces deux contextes, le législateur a confié au CAC une mission de contrôle
au sein de la procédure relative aux conventions réglementées, et une mission d’alerte en cas
de difficultés financières.

1. Le contrôle des conventions réglementées :


Lorsque le Conseil d’administration ou le conseil de surveillance autorise les conventions
passées par la SA et l’un de ses dirigeants ou actionnaires détenant plus de 10% des droits de
vote, l’organe collégial avise le CAC pour qu’il doit présente à l’AGO un rapport spécial sur
les conventions passées. Au vu de ce rapport, l’AG statue pour approuver ou refuser ces
conventions.
Ce document d’information joue un grand rôle dans la prise de décision par l’AG, car il doit
contenir toute indication de nature à permettre aux actionnaires d’apprécier l’intérêt qui
s’attache à la conclusion des conventions en question.
Si certaines conventions n’ont pas été autorisées par l’organe collégial à cause de leurs
conséquences préjudiciables pour la société, le CAC rédige un rapport spécial de
régularisation sur ces conventions annulées par l’AG à cause de leur non autorisation par les
dirigeants (art. 62). Ce rapport doit exposer les circonstances en raison desquelles la
procédure d’autorisation n’a pas eu lieu.
Au vu de ce rapport de régularisation, la nullité des conventions peut être couverte par un vote
de l’AGO.

2. La mission d’alerte :
La rupture de la continuité d’exploitation constitue le critère central qui va éveiller la
vigilance du CAC pour fonder son jugement sur la situation financière et économique de la
société anonyme, et procéder par la suite au déclenchement de sa procédure d’alerte.
*Cette procédure commence par l’information par le CAC du chef d’entreprise des faits de
nature à compromettre la continuité d’exploitation dans un délai de 8 jours de la découverte
de ces faits.
*Si le chef d’entreprise n’arrive pas à remédier à la situation compromettante, le CAC invite
le président du conseil à convoquer l’organe collégial pour le faire délibérer sur les faits
relevés.
*Lorsque la délibération de l’organe collégial n’a pas pu déboucher sur une solution, le CAC
passe à la troisième étape de la procédure en avertissant l’AG de la situation préoccupante de
la société (art. 546).
*Faute d’une délibération par l’AG sur le problème financier existant, ou si malgré les
décisions prises par elle, la continuité de l’exploitation demeure compromise, le CAC passe à
la dernière phase en divulguant la procédure d’alerte par l’information du président du
tribunal de commerce.
Signalons que la procédure d’alerte engagée par le CAC constitue une prévention interne des
difficultés de l’entreprise. Si elle n’est pas à même d’instaurer l’équilibre financier de la SA,
une procédure de règlement amiable est ouverte par le président du tribunal de commerce.

§2/La mission connexe


En cours de vie sociale, la SA peut avoir recours à certaines opérations particulières pour des
raisons diverses. Ces opérations qui peuvent être soit des modifications du capital social, soit
des restructurations de la SA.
Ces deux types d’opérations portent en elles mêmes le risque de se répercuter négativement
sur les droits des actionnaires ou de contenir des situations de rupture de l’égalité ou des
pratiques constitutives d’abus de majorité.
A cause de tels risques, le législateur a confié au CAC la mission de contrôler la régularité
juridique des opérations en présence.

A/ Le contrôle des variations de capital


Le montant du capital social est déterminé par les statuts. Il est intangible parce qu’il est le
gage général des créanciers sociaux. Pourtant, le principe de la fixité du capital social ne
constitue qu’une garantie très relative parce qu’il n’interdit pas les modifications.
Ainsi, il arrive très souvent dans la pratique que le capital social initial de la SA subisse des
modifications en cours de vie sociale dans l’objectif d’assurer un refinancement et une
recapitalisation de la société. Le plus souvent il s’agit d’une augmentation de capital, plus
rarement d’une réduction de celui-ci.
Le CAC intervient systématiquement à chaque fois que la SA procède à ces deux types
d’opérations.

1. Contrôle de l’augmentation de capital :


Le capital de la SA peut être augmenté soit par émission d’actions nouvelles, soit par
majoration de la valeur nominale des actions existantes (art. 182, L. 17-95).
C’est l’AGE qui a le pouvoir de décider sur le rapport du CA ou du directoire une
augmentation de capital (art. 186).

a/ L’augmentation de capital par APE


Lorsque la SA procède à une augmentation de capital par appel public à l’épargne moins de
deux ans après sa constitution, cette opération doit être précédée d’une vérification par le
CAC de l’actif et du passif de la société, et le cas échéant des avantages particuliers consentis
au profit de certains actionnaires, pour s’assurer qu’il n’existe pas de rupture de l’égalité (art.
187). L’intervention du CAC est dictée dans un souci de transparence vis-à-vis des
actionnaires qui ne vont pas bénéficier de ces avantages.

b/ L’augmentation de capital avec suppression du DPS


Lorsque l’AGE décide d’une augmentation de capital avec suppression du droit préférentiel
de souscription, qui doit normalement être accordé aux anciens actionnaires par préférence
aux nouveaux souscripteurs, le CAC rédige un rapport spécial à l’intention de l’AGE, dans
lequel il donne son avis sur la proposition de suppression du DPS, sur le prix d’émission des
actions nouvelles et les conditions de fixation de ce prix (art. 193). Il indique si les bases de
calcul de ce prix, telles qu’elles sont retenues par le CA ou le directoire, sont exactes et
sincères.
C/ L’augmentation de capital par compensation avec des créances
Cette opération est moins intéressante pour la société car elle ne lui procure pas de ressources
nouvelles, elle a une portée juridique et comptable, beaucoup plus que financière.
Ici, le souscripteur est un créancier de la société. Pour participer à l’augmentation du capital,
il peut proposer à la société de faire l’apport de sa créance au lieu de verser du numéraire.
Il renonce au recouvrement de sa créance contre l’attribution d’actions. La libération des
actions se fait donc par compensation.
L’opération est fréquente en pratique parce que les actionnaires ont souvent un compte
courant créditeur dans les caisses de la société, dans lequel ils laissent les dividendes qui leur
sont distribués.
Les créances converties en actions doivent faire l’objet d’un arrêté de compte établi par les
dirigeants.
Le CAC doit à cette occasion certifier l’exactitude de cet arrêté de compte (art. 199).

D/ L’augmentation de capital par conversion des obligations en actions


Les obligations représentent une créance sur la société, l’obligataire peut participer à
l’augmentation de capital proposée en convertissant ses obligations en actions.
Il s’opère donc un changement dans la nature du droit, car la conversion fait de l’obligataire
un actionnaire. Cependant cette opération nécessite le consentement individuel de la masse
des obligataires, ce qui est très difficile à obtenir en pratique (art. 310).
Cette augmentation est réalisée du seul fait de la demande de conversion, accompagnée du
bulletin de souscription.
L’émission d’obligations convertibles en actions est soumise à l’autorisation préalable de
l’AGE. Cette autorisation doit comporter, au profit des obligataires, renonciation par les
anciens actionnaires à leur DPS aux actions émises par conversion des obligations.
L’AGE statue au vu du rapport spécial du CAC relatif aux bases de conversion proposées.

2. Contrôle de la réduction de capital : (art. 211)


La réduction de capital consiste à ramener celui-ci à une valeur inférieure à celle qui a été
antérieurement fixée dans les statuts. Elle consiste à restituer aux actionnaires une part de
leurs actions et à diminuer, à due concurrence, le montant du capital social.
Deux procédés de réduction du capital sont concevables :
*Soit la diminution du montant nominal des actions. Par exemple : les actions anciennes qui
valaient 150 DH auparavant vaudraient 100 DH seulement après la réduction.
*Soit la diminution du nombre d’actions existantes, dans la même proportion pour tous les
actionnaires (art. 208). Par exemple : Deux actions anciennes d’une valeur de 100 DH sont
remplacées par une seule action nouvelle de même valeur nominale.
La réduction de capital peut être motivée par plusieurs causes :
- Cette opération intervient presque toujours dans l'optique d'un refinancement de la société
lorsque la société a subi des pertes, ce qui prive les actionnaires dans l'immédiat de leurs
dividendes.
- Plus rarement, la réduction n’est pas motivée par des pertes et intervient dans une société
prospère, comme une technique de remboursement des actionnaires en proportion de leur
participation au capital, lorsque la société anonyme se trouve avec un capital trop abondant
compte tenu de ses besoins réels et de son activité.
- La réduction du capital de la SA peut se réaliser enfin par rachat de ses propres actions en
vue de les revendre, pour éviter que l’actionnaire cédant ne reste prisonnier de ses actions en
cas de refus d’agrément du cessionnaire par la société.
Or, quelle que soit sa motivation, la réduction de capital ne peut pas s’opérer sans toucher les
droits des actionnaires, à la limite par une diminution de leur participation dans le capital
social. Les effets de cette opération peuvent aller jusqu’à l’exclusion des actionnaires
minoritaires.
Le projet de réduction de capital est communiqué par les dirigeants de la SA au CAC 45 jours
au moins avant la réunion de l’AGE appelée à approuver cette opération.
A cette occasion, le CAC rédige un rapport spécial dans lequel il fait connaitre son
appréciation sur les causes et les conditions de la réduction proposée.
L’objectif du CAC ici est de s’assurer que cette opération sur le capital ne soit pas un moyen
d’évincer les actionnaires minoritaires, et par conséquent ne constitue pas un abus de majorité.
Le CAC veille à ce que la réduction de capital ne porte en aucun cas atteinte au principe de
l’égalité des actionnaires.

B/ Le contrôle des opérations de restructuration


Les restructurations constituent un phénomène contemporain primordial. Elles ont un rôle
important dans le développement et la croissance des sociétés, et elles sont motivées par la
volonté d’adapter l’entreprise à la conjoncture économique.
Lorsque la SA procède à une modification quelconque de sa structuration, que ce soit une
transformation de la forme sociale, ou bien une fusion ou une scission, le CAC se trouve
chargé d’une mission particulière de contrôler le caractère régulier et légal de ces opérations
et l’absence de tout déséquilibre dans les droits des actionnaires.

1. Contrôle de la transformation de la SA :
La SA ne peut se transformer en une société d’une autre forme que si au moment de la
transformation, elle a au moins un an d’existence, et si elle a établi et fait approuver par
l’assemblée des actionnaires les états de synthèse de l’exercice (art. 216, L. 17-95).
L’AGE ne peut approuver la décision de transformation qu’au vu du rapport du CAC de la
société. Ce document atteste que le montant des capitaux propres (la situation nette) est au
moins égal au montant du capital social (art. 219). Il s’agit d’une certification de la légalité de
l’opération et de sa conformité aux intérêts des actionnaires.
Le rapport du CAC constitue également une garantie pour la SA qui se transforme quant au
maintien de son capital après la transformation, c'est-à-dire une garantie sur la réalité du
capital de la société transformée.

2. Contrôle des opérations de fusion et de scission :


La fusion est une transmission universelle du patrimoine de la société absorbée que la société
absorbante rémunère par des actions. Elle réalise une augmentation de capital de la société
absorbante par l’entrée de nouveaux actionnaires.
La scission est l’opération par laquelle le patrimoine de la société scindée est partagé en
plusieurs fractions transmises à deux ou plusieurs sociétés existantes ou nouvelles.
En cas de fusion ou de scission des SA, le CAC peut obtenir auprès de chaque société
participant à ces opérations communication de tous les documents utiles pour procéder à
toutes les vérifications nécessaires.
Il vérifie que la valeur relative attribuée aux actions des sociétés participant à la fusion ou à la
scission est pertinente, et que le rapport d’échange entre l’actif apporté et les actions
attribuées en contrepartie est équitable. Il vérifie notamment si le montant de l’actif net
apporté par la société absorbée ou scindée est au moins égal au montant de l’augmentation de
capital réalisée chez la société absorbante ou les sociétés issues de la scission.
Section 3/ La responsabilité des CAC
Les commissaires aux comptes sont civilement responsables des fautes commises dans
l’exercice de leurs missions, et pénalement responsables dans certains cas strictement
énumérés par la loi.

§1/ Responsabilité civile


L’article 180 de la loi 17-95 dispose que les CAC sont responsables, tant à l’égard de la
société que des tiers, des conséquences dommageables, des fautes et négligences commises
par eux dans l’exercice de leurs fonctions.
La responsabilité du CAC implique une faute qui consiste le plus souvent en une négligence,
et entraine comme conséquence l’octroi des dommages et intérêts au profit de la victime.
La faute du CAC s’apprécie par référence à la conduite d’un CAC prudent et diligent placé
dans la même situation. Tout ce qui peut lui être exigé, c’est qu’il déploie une diligence
normale en conformité avec les directives de sa profession.
La faute du CAC doit être prouvée, et il faut qu’il y ait un lien de causalité entre cette faute et
le dommage causé au demandeur.
La prescription de l’action en responsabilité contre le CAC est de cinq ans à compter du fait
dommageable ou, s’il a été dissimulé, à compter de sa révélation (art. 181).

§2/ Responsabilité pénale


Le CAC est pénalement responsable et peut être condamné à des peines d’emprisonnement
allant d’un mois à deux ans, et au paiement d’amendes allant de six mille à cent mille DH ou
à l’une de ces deux peines seulement dans les cas suivants :
*S’il a sciemment donné ou confirmé des informations mensongères sur la situation de la
société, comme l’approbation d’un faux bilan (art. 405).
*S’il a omis de révéler aux organes d’administration, de gestion ou de direction les faits
délictueux dont il aurait eu connaissance à l’occasion de l’exercice de leurs fonctions (art.
177).
*S’il a accepté d’exercer les missions de CAC nonobstant les incompatibilités légales (art.
404).
Chapitre 4. La fin de la société anonyme
Les sociétés anonymes sont constituées pour une durée qui peut être prorogée une ou
plusieurs fois sans que chaque prorogation puisse excéder 99 ans (article 3, loi n° 17-95).
La dissolution, qui est le plus souvent volontaire, cristallise le moment à partir duquel
commence le processus devant conduire à la disparition de la personnalité juridique et de la
société elle-même.
Quant à la liquidation, elle correspond à la période allant de la dissolution à cette disparition.
Elle a pour but de réaliser les actifs, en vue de payer les dettes sociales et de répartir le surplus
entre les associés.

Section 1/ La dissolution de la société anonyme

§1/ Les hypothèses de dissolution

A/ La dissolution de plein droit


La dissolution interviendra de plein droit dans les cas suivants :
- par expiration du terme, si un terme a été prévu dans les statuts et qu’aucune prorogation
n’a été décidée avant l’expiration dudit terme ;
- par extinction de la chose : on songe à l’impossibilité de poursuivre l’objet social
(épuisement d’une carrière dont l’exploitation constituait le seul objet de la société,
interdiction légale de la société, etc.) ;
- par clôture d’une faillite non excusable, la clôture de liquidation est alors immédiate.

B/ La dissolution volontaire
La dissolution volontaire résulte quant à elle d’une décision de l’assemblée générale, prise
comme en matière de modification des statuts, d’où la nécessité d’une convocation spéciale,
de la majorité spéciale et d’un acte authentique.
L’assemblée générale ne peut pas décider la dissolution sans proposition préalable du conseil
d’administration, car elle ne peut, particulièrement en matière de modification aux statuts,
délibérer que sur les points portés à son ordre du jour.
Lors de l’assemblée générale appelée à délibérer de la dissolution, il ne sera en principe pas
possible de voter la décharge aux administrateurs.
Par exception, si l’actif net est réduit à un montant inférieur au quart du capital social, la
dissolution est acquise si elle est approuvée par le quart des voix émise à l’assemblée
générale.

Un autre cas particulier est celui de l’assemblée amenée à délibérer de la dissolution sur
convocation du commissaire agissant sur ordre du tribunal de commerce. On peut également
songer à la dissolution qui fait suite à une décision de fusion, si la société est l’absorbée, ou de
scission.
En vue d’éclairer l’assemblée générale appelée à statuer sur la dissolution autant que les
futurs liquidateurs, la loi exige un rapport justificatif de l’organe de gestion, une situation
active et passive de la société ne remontant pas à plus de 3 mois, ainsi qu’un rapport de
contrôle de cette situation émanant du commissaire ou, à défaut, d’un reviseur d’entreprises
ou d’un expert-comptable externe.
Le respect de cette procédure sera assuré du fait de l’intervention d’un notaire, qui refusera le
cas échéant d’instrumenter.

C/ La dissolution judiciaire
La dissolution judiciaire résulte d’une intervention du tribunal, qui peut être saisi :
- pour justes motifs : les justes motifs, laissés à l’appréciation du juge, résulteront du non
respect par un associé des ses obligations, de différends graves et persistants entre associés,
ou plus généralement de toute circonstance qui empêche irrémédiablement la réalisation de
l’objet social ;
- pour actif net inférieur au montant minimal du capital d’une société anonyme ;
- pour inactivité prolongée, entendue au sens de non-dépôt des comptes annuels pour trois
exercices consécutifs ;
- pour violations des dispositions spécifiques relatives à la finalité sociale éventuelle.

Au carrefour des dissolutions de plein droit et judiciaire, il y a la dissolution en tant que


peine susceptible de sanctionner un délit ou un crime commis par une personne morale.

On rappellera enfin que la nullité, qui doit nécessairement résulter d’une décision judiciaire et
pas seulement d’une transaction, entraîne la liquidation, à l’instar d’une dissolution
proprement dite. La nullité ne porte pas atteinte par elle-même à la validité des engagements
pris par ou envers la société.
Qu’il s’agisse d’une dissolution ou d’une nullité, elle devra être publiée aux annexes du
Moniteur belge.

§ 2/ Effets de la dissolution
La personnalité juridique subsiste, pour les besoins de la liquidation. Celle-ci a pour but de
réaliser les actifs, rembourser les dettes et répartir le solde éventuel entre les associés.
Le mandat des administrateurs prend fin, mais non celui de l’éventuel commissaire.
Un ou plusieurs liquidateurs entrent en fonction. Ils sont nommés par l’assemblée générale
ou éventuellement par le tribunal. Le reviseur d’entreprises ou l’expert-comptable chargé du
contrôle du rapport de pré liquidation peut être nommé liquidateur.
A défaut de nomination, notamment dans le cas de dissolution de plein droit, les
administrateurs remplissent les fonctions de liquidateurs à l’égard des tiers.
Dès la dissolution, les créanciers de la société dissoute subissent la loi du concours, avec les
conséquences suivantes :
- les saisies et autres poursuites individuelles des créanciers chirographaires peuvent être
suspendues par le juge des saisies, si elles sont susceptibles de porter préjudice aux droits
égaux d’autres créanciers ;
- pour le calcul des « dividendes » à attribuer aux créanciers en cas de liquidation déficitaire,
le cours des intérêts est arrêté ;
- les créances à terme deviennent immédiatement exigibles ;
- la compensation devient impossible ;
- le vendeur impayé d’objets mobiliers livrés perd son privilège ainsi que le droit d’agir en
résolution ;
- en cas d’insuffisance d’actif pour payer les dettes, les créanciers privilégiés seront payés par
priorité, dans l’ordre de leurs privilèges respectifs, et le solde sera réparti entre les créanciers
chirographaires ;
- la société reste le cas échéant commerçante, et donc susceptible de faillite. La loi précise
que la faillite d’une personne morale dissoute peut être déclarée jusqu’à 6 mois après la
clôture de la liquidation et permet au tribunal de faire remonter la date de la cessation de
paiement, au besoin, jusqu’au jour de la décision de dissolution. Comme la dissolution
débouchera généralement sur une interruption persistante de paiements ; la faillite ne pourra
raisonnablement être évitée, en cas de liquidation apparemment déficitaire, qu’en accord avec
les créanciers dont la créance est exigible, mais il n’y a pas d’ébranlement du crédit, dans la
mesure de la confiance octroyée au liquidateur. « Le crédit de la société commerciale en
liquidation dépend aussi de l’efficacité, de la compétence et de l’indépendance du
liquidateur ».
Après la dissolution, la dénomination sociale ne pourra plus être modifiée et les décisions de
transfert du siège social sont soumises à une homologation spéciale du tribunal de commerce.

Section 2/ La liquidation consécutive à la dissolution


La SA est en liquidation dés sa dissolution. Sa dénomination est immédiatement suivie de «
société anonyme en liquidation».
L’acte de nomination des liquidateurs qui est publié dans un journal et, au BO, si la SA fait
appel public à l’épargne, doit contenir certains renseignements obligatoires dont notamment
les nom, prénom et domicile des liquidateurs, le lieu de liquidation et de correspondance et le
tribunal compétent (Article 363 de la loi) …etc.
Les mêmes renseignements sont communiqués par lettre aux porteurs d’actions et
d’obligations.

§ 1/ Pouvoirs et responsabilités des liquidateurs

A/ Pouvoirs du liquidateur
Sauf disposition contraire des statuts ou de l’acte de nomination, les liquidateurs disposent de
plein droit des pouvoirs énumérés par le Code, et qui comprennent notamment le droit
d’intenter et de soutenir toutes actions, de réaliser les valeurs mobilières, de transiger sur
toutes contestations et d’appeler, en fonction des besoins de la liquidation et dans le respect de
l’égalité des actionnaires, la partie non encore libérée du capital. Mais ils ne peuvent aliéner
les immeubles que par vente publique, et si la vente est nécessaire pour payer les dettes
sociales. L’achèvement d’opérations commencées, dont l’interruption pourrait exposer la
société à des actions en responsabilité, est distincte de la poursuite des activités, et ne
nécessite donc pas l’autorisation de l’assemblée générale.
B/ Responsabilité du liquidateur
Le Code insiste sur le caractère bipolaire de la responsabilité des liquidateurs : envers les
tiers d’une part, et envers les actionnaires d’autre part.
Les actions contre eux, en qualité de dernier organe de la société, se prescrivent par 5 ans à
dater de la publication de la clôture de liquidation. Les actions intentées contre eux
personnellement se prescrivent également par 5 ans, mais à dater de la faute commise ou, si
dol, à partir de sa découverte.
Vu l’importance de leurs responsabilités, liquidateurs doivent non seulement s’assurer, mais
aussi ne pas hésiter à consigner les sommes qui paraissent, à la clôture de liquidation,
susceptibles d’être réparties entre les actionnaires.
S’il y a plusieurs liquidateurs, ils forment en principe un collège, qui délibérera donc à
l’instar du conseil d’administration. Par contre, la solidarité qui pèse sur les administrateurs
pour la réparation des dommages résultant d’infractions au droit des sociétés ou aux statuts ne
s’applique pas aux liquidateurs.
Les liquidateurs doivent établir chaque année des comptes annuels de la société en
liquidation, les soumettre à l’assemblée générale, mais non les faire approuver par elle, et les
déposer à la Banque nationale de Belgique dans les 30 jours qui suivent l’assemblée. Les
comptes annuels sont accompagnés d’un rapport sur les causes qui ont empêché la liquidation
d’être terminée.

§ 2/ Clôture de liquidation
Dès que la liquidation est terminée, les liquidateurs soumettront à l’assemblée générale un
rapport détaillé, appuyé par les pièces. Le commissaire éventuel procède au contrôle. A
défaut, chaque actionnaire dispose d’un pouvoir individuel d’investigation, pour lequel il peut
se faire assister d’un expert-comptable ou d’un reviseur d’entreprises.
Sur cette base, l’assemblée générale se prononce sur la décharge des liquidateurs et décide
des modes de conservation pendant 5 ans des livres et documents sociaux. L’assemblée
délibère sans condition spéciale de forme ou de quorum.

Il convient de mentionner quelques clôtures particulières, assez fréquentes en pratique :


- la reprise de tout l’actif et de tout le passif par l’actionnaire unique ;
- la reprise du passif par un actionnaire à concurrence de l’actif reçu ;
- la possibilité pour le tribunal de prononcer la clôture immédiate en cas de dissolution
judiciaire pour non-dépôt persistant des comptes annuels ;
- l’assimilation de la clôture de la faillite non excusée d’une société à une clôture immédiate
de liquidation.

Par ailleurs, une société en liquidation peut faire l’objet d’une absorption, tant qu’elle n’a pas
encore commencé la répartition de ses actifs.

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