Vous êtes sur la page 1sur 45

Le Credo Le Credo

Le Credo
Le Credo Le credo

Catéchèses du Pape Benoit XVI et du Pape François


Symbole de Nicée
Je crois en un seul Dieu, le Père tout puissant,
créateur du ciel et de la terre, de l’univers visible et invisible,
Je crois en un seul Seigneur, Jésus Christ,
le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles :
Il est Dieu, né de Dieu,
lumière, née de la lumière,
vrai Dieu, né du vrai Dieu
Engendré non pas créé,
de même nature que le Père ;
et par lui tout a été fait.
Pour nous les hommes, et pour notre salut,
il descendit du ciel ;
Par l’Esprit Saint, il a pris chair de la Vierge Marie, et s’est fait
homme.
Crucifié pour nous sous Ponce Pilate,
Il souffrit sa passion et fut mis au tombeau.
Il ressuscita le troisième jour,
conformément aux Écritures, et il monta au ciel ;
il est assis à la droite du Père.
Il reviendra dans la gloire, pour juger les vivants et les morts ;
et son règne n’aura pas de fin.
Je crois en l’Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie ;
il procède du Père et du Fils.
Avec le Père et le Fils, il reçoit même adoration et même gloire ;
il a parlé par les prophètes.

Je crois en l’Église, une, sainte, catholique et apostolique.


Je reconnais un seul baptême pour le pardon des péchés.
J’attends la résurrection des morts, et la vie du monde à venir.

Amen

3
Symbole des Apôtres Je crois en Dieu
Audience pontificale du pape Benoit XVI du 23 janvier 2013
Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre.
Et en Jésus Christ, son Fils unique, notre Seigneur ;
qui a été conçu du Saint Esprit, est né de la Vierge Marie, Chers frères et sœurs,
a souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli,
est descendu aux enfers ; le troisième jour est ressuscité des morts, En cette Année de la foi, je voudrais aujourd’hui commencer à réfléchir
est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant, avec vous sur le Credo, c’est-à-dire sur la profession de foi solennelle
d’où il viendra juger les vivants et les morts. qui accompagne notre vie de croyants. Le Credo commence ainsi :
Je crois en l’Esprit Saint, à la sainte Église catholique, “Je crois en Dieu”. C’est une affirmation fondamentale, apparem-
à la communion des saints, à la rémission des péchés, ment simple dans son caractère essentiel, mais qui ouvre au monde
à la résurrection de la chair, à la vie éternelle. infini de la relation avec le Seigneur et avec son mystère. Croire en
Dieu implique l’adhésion à Lui, l’accueil de sa Parole et l’obéissance
joyeuse à sa révélation. Comme l’enseigne le Catéchisme de l’Église
catholique, “la foi est un acte personnel : la réponse libre de l’homme
à l’initiative de Dieu qui se révèle” (n. 166). Pouvoir dire que l’on croit
en Dieu est donc à la fois un don —
Dieu se révèle, va à notre rencontre
— et un engagement, c’est une grâce “la foi est un acte personnel :
divine et une responsabilité humaine, la réponse libre de l ’ homme à
dans une expérience de dialogue l’ initiative de Dieu qui se révèle”
avec Dieu qui, par amour, “parle aux
hommes comme à des amis” (Dei
verbum, n. 2), nous parle afin que, dans la foi et avec la foi, nous
puissions entrer en communion avec Lui.

Où pouvons-nous écouter Dieu et sa parole ? C’est fondamentale-


ment dans l’Écriture Sainte, où la Parole de Dieu devient audible pour
nous et alimente notre vie d’ “amis” de Dieu. Toute la Bible raconte
la révélation de Dieu à l’humanité ; toute la Bible parle de foi et nous
enseigne la foi en racontant une histoire dans laquelle Dieu conduit
son projet de rédemption et se fait proche de nous
les hommes, à travers de nombreuses
figures lumineuses de personnes qui
croient en Lui et qui se confient à

4 5
Lui, jusqu’à la plénitude de la révélation dans le Seigneur Jésus. ouvre devant Abraham un avenir de vie en plénitude : “Je ferai de toi
une grande nation, je te bénirai, je rendrai grand ton nom… En toi
À cet égard, le chapitre XI de la Lettre aux Hébreux, que nous venons seront bénies toutes les familles de la terre” (Gn 12, 2.3). La bénédic-
d’écouter, est très beau. On y parle de la foi et les grandes figures tion, dans la Sainte Écriture, est liée avant tout au don de la vie qui
bibliques qui l’ont vécue sont mises en lumière, devenant un modèle vient de Dieu et se manifeste tout d’abord dans la fécondité, dans une
pour tous les croyants. Dans le premier verset, le texte dit : “La foi est vie qui se multiplie, passant de génération en génération. Et à la béné-
le moyen de posséder déjà ce qu’on espère, et de connaître des réa- diction est liée aussi l’expérience de la possession d’une terre, d’un
lités qu’on ne voit pas” (11, 1). Les yeux de la foi sont donc capables lieu stable où vivre et grandir en liberté et en sécurité, en craignant
de voir l’invisible et le cœur du croyant peut espérer au-delà de toute Dieu et en construisant une société d’hommes fidèles à l’Alliance,
espérance, précisément comme Abraham, dont Paul dit dans la Lettre “un royaume de prêtres, une nation sainte” (cf. Ex 19, 6).
aux Romains qu’ “espérant contre toute espérance, il a cru” (4, 18).
C’est pourquoi Abraham, dans le projet divin est destiné à devenir “le
Et c’est précisément sur Abraham que je voudrais m’arrêter et arrê- père d’un grand nombre de peuples” (Gn 17, 5 ; cf. Rm 4, 17- 18) et
ter notre attention, car c’est lui qui est la première grande figure de à entrer dans une nouvelle terre où habiter. Pourtant Sara, sa femme,
référence pour parler de foi en Dieu : Abraham le grand patriarche, est stérile, elle ne peut avoir d’enfants ; et le pays vers lequel Dieu le
modèle exemplaire, père de tous les croyants (cf. Rm 4, 11-12). La conduit est loin de sa terre d’origine, il est déjà habité par d’autres
Lettre aux Hébreux le présente ainsi : “Grâce à la foi, Abraham obéit à populations, et il ne lui appartien-
l’appel de Dieu : il partit vers un pays qui devait lui être donné comme dra jamais vraiment. Le narrateur bi- “Espérant contre toute espérance,
héritage. Et il partit sans savoir où il allait. Grâce à la foi, il vint séjour- blique le souligne, bien qu’avec une
ner comme étranger dans la Terre promise ; c’est dans un campement il a cru ”
grande discrétion : lorsque Abraham
qu’il vivait, ainsi qu’Isaac et Jacob, héritiers de la même promesse que arrive sur le lieu de la promesse de
lui, car il attendait la cité qui aurait de vraies fondations, celle dont Dieu : “Les Cananéens étaient alors dans le pays” (Gn 12, 6). La terre
Dieu lui-même est le bâtisseur et l’architecte” (11, 8-10). que Dieu donne à Abraham ne lui appartient pas, il est un étranger
et il le restera toujours, avec tout ce que cela comporte : ne pas avoir
L’auteur de la Lettre aux Hébreux fait ici référence à l’appel d’Abra-
de visées de possession, sentir toujours sa propre pauvreté, tout voir
ham, raconté dans le Livre de la Genèse, le premier livre de la Bible.
comme un don. Cela est aussi la condition spirituelle de qui accepte
Que demande Dieu à ce patriarche ? Il lui demande de partir en aban-
de suivre le Seigneur, de qui décide de partir en accueillant son appel,
donnant sa terre pour aller vers le pays qu’il lui indiquera. “Pars de ton
sous le signe de sa bénédiction invisible mais puissante. Et Abraham,
pays, laisse ta famille et la maison de ton père, va dans le pays que
“père des croyants”, accepte cet appel, dans la foi. Saint Paul écrit
je te montrerai” (Gn 12, 1). Comment aurions-nous répondu, nous,
dans la Lettre aux Romains : “Espérant contre toute espérance, il a cru,
à une semblable invitation ? Il s’agit en effet d’un départ à l’aveugle,
et ainsi il est devenu le père d’un grand nombre de peuples, selon
sans savoir où Dieu le conduira ; c’est un chemin qui demande une
la parole du Seigneur : Vois quelle descendance tu auras ! Il n’a pas
obéissance et une confiance radicales, auxquelles seule la foi permet
faibli dans la foi : cet homme presque centenaire savait bien que Sara
d’accéder. Mais l’obscurité de l’inconnu — où
et lui étaient trop vieux pour avoir des enfants ; mais,
Abraham doit aller — est éclairée par la
devant la promesse de Dieu, il ne tomba
lumière d’une promesse ; Dieu ajoute
pas dans le doute et l’incrédulité : il
à son ordre une parole rassurante qui
trouva sa force dans la foi et rendit

6 7
gloire à Dieu, car il était pleinement convaincu que Dieu a la puis- de nous d’adopter des critères et d’assumer des comportements qui
sance d’accomplir ce qu’il a promis” (Rm 4, 18-21). n’appartiennent pas au mode commun de penser. Le chrétien ne doit
pas avoir peur d’aller à “contre-courant” pour vivre sa foi, en résis-
La foi conduit Abraham à parcourir un chemin paradoxal. Il sera béni tant à la tentation de s’“uniformiser”. Dans un grand nombre de nos
mais sans les signes visibles de la bénédiction : il reçoit la promesse sociétés, Dieu est devenu le “grand absent” et à sa place, il y a de
de devenir un grand peuple, mais avec une vie marquée par la stéri- nombreuses idoles, des idoles très diverses et surtout la possession et
lité de sa femme Sara ; il est conduit dans une nouvelle patrie mais il le “moi” autonome. Et les progrès importants et positifs de la science
devra y vivre comme un étranger ; et l’unique possession de la terre et de la technique également ont introduit chez l’homme une illu-
qu’il lui sera consenti sera celle d’un lopin de terre pour y enterrer sion de toute puissance et d’autosuf-
Sara (cf. Gn 23, 1-20). Abraham est béni parce que dans la foi, il sait fisance, et un égocentrisme croissant
discerner la bénédiction divine en allant au-delà des apparences, en “La foi fait de nous des pèlerins
a créé de nombreux déséquilibres au
ayant confiance dans la présence de Dieu même lorsque ses voies lui sein des rapports interpersonnels et sur terre ”
paraissent mystérieuses. des comportements sociaux.
Que signifie cela pour nous ? Lorsque nous affirmons : “Je crois en Pourtant, la soif de Dieu (cf. Ps 63, 2) ne s’est pas éteinte et le message
Dieu”, nous disons comme Abraham : “J’ai confiance en toi ; je évangélique continue de retentir à travers les paroles et les œuvres de
m’abandonne à toi, Seigneur”, mais pas comme à Quelqu’un à qui tant d’hommes et de femmes de foi. Abraham, le père des croyants,
avoir recours uniquement dans les moments de difficulté ou à qui continue d’être le père de nombreux enfants qui acceptent de marcher
consacrer certains moments de la journée ou de la semaine. Dire “Je sur ses traces et qui se mettent en chemin, en obéissance à la voca-
crois en Dieu” signifie fonder sur Lui ma vie, faire en sorte que sa tion divine, en ayant confiance dans la présence bienveillante du Sei-
Parole l’oriente chaque jour, dans les choix concrets, sans peur de gneur et en accueillant sa bénédiction pour se faire bénédiction pour
perdre quelque chose de moi. Lorsque, dans le rite du baptême, on tous. C’est le monde béni de la foi auquel nous sommes tous appelés,
demande par trois fois : “Croyez-vous” en Dieu, en Jésus Christ, dans pour marcher sans peur en suivant le Seigneur Jésus Christ. Et il s’agit
l’Esprit Saint, la Sainte Église catholique et les autres vérités de foi, la d’un chemin parfois difficile, qui connaît également les épreuves et la
triple réponse est au singulier : “Je crois”, parce que c’est mon exis- mort, mais qui ouvre à la vie, dans une transformation radicale de la
tence personnelle qui doit être transformée avec le don de la foi, c’est réalité que seuls les yeux de la foi sont en mesure de voir et d’appré-
mon existence qui doit changer, se convertir. Chaque fois que nous cier pleinement.
participons à un baptême, nous devrions nous demander comment
nous vivons quotidiennement le grand don de la foi. Affirmer “Je crois en Dieu” nous pousse alors à partir, à sortir conti-
nuellement de nous-mêmes, précisément comme Abraham, pour ap-
Abraham, le croyant, nous enseigne la foi ; et, en étranger sur terre, porter dans la réalité quotidienne dans laquelle nous vivons la certi-
il nous indique la véritable patrie. La foi fait de nous des pèlerins tude qui nous vient de la foi : c’est-à-dire la certitude de la présence de
sur terre, insérés dans le monde et dans l’histoire, mais en chemin Dieu dans l’histoire, aujourd’hui aussi : une présence qui apporte vie
vers la patrie céleste. Croire en Dieu nous et salut, et nous ouvre à un avenir avec Lui pour une
rend donc porteurs de valeurs qui sou- plénitude de vie qui ne connaîtra jamais de
vent, ne coïncident pas avec la mode fin.
et l’opinion du moment, cela exige

8 9
Je crois en Dieu, le Père tout puissant
Audience pontificale du pape Benoit XVI du 30 janvier 2013

Chers frères et sœurs !

Dans la catéchèse de mercredi dernier, nous nous sommes arrêtés sur


les paroles initiales du Credo : “Je crois en Dieu”. Mais la profession
de foi précise cette affirmation : Dieu est le Père tout-puissant, Créa-
teur du ciel et de la terre. Je voudrais donc réfléchir à présent avec
vous sur la définition première et fondamentale de Dieu que le Credo
nous présente : Il est le Père.

Il n’est pas toujours facile aujourd’hui de parler de paternité. En par-


ticulier dans le monde occidental, les familles désagrégées, les oc-
cupations professionnelles toujours
plus prenantes, les préoccupations
“L’amour de Dieu le Père ne fait
et souvent la difficulté d’équilibrer le
jamais défaut , il ne se lasse
budget familial, l’invasion dissipante
des mass media au sein de la vie quo- jamais de nous ; il est amour qui
tidienne sont parmi les nombreux donne jusqu ’ au bout , jusqu ’ au
facteurs qui peuvent empêcher une sacrifice du F ils .”
relation sereine et constructive entre
pères et fils. La communication devient parfois difficile, la confiance
vient à manquer et le rapport avec la figure paternelle peut devenir
problématique ; de même qu’il devient problématique également
d’imaginer Dieu comme un père, n’ayant aucun modèle de référence
adéquat. Pour ceux qui ont fait l’expérience d’un père trop autoritaire
et inflexible, ou indifférent et peu affectueux, ou même absent, il n’est
pas facile de penser avec sérénité à Dieu comme un Père et de s’aban-
donner à Lui avec confiance.

Mais la révélation biblique aide à surmon-


ter ces difficultés en nous parlant d’un
Dieu qui nous montre ce que signifie

10 11
véritablement être “père” ; et c’est surtout l’Évangile qui nous révèle
ce visage de Dieu comme Père qui aime jusqu’au don de son propre
Fils pour le salut de l’humanité. La référence à la figure paternelle aide
donc à comprendre quelque chose de l’amour de Dieu qui demeure
toutefois infiniment plus grand, plus fidèle, plus total que celui de
n’importe quel homme. “Quel est d’entre vous — dit Jésus pour mon-
trer aux disciples le visage du Père — l’homme auquel son fils deman-
dera du pain, et qui lui remettra une pierre ? Ou encore, s’il lui de-
mande un poisson, lui remettra-t-il un serpent ? Si donc vous, qui êtes
mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien
plus votre Père qui est dans les cieux en donnera-t-il de bonnes à ceux
qui l’en prient !” (Mt 7, 9-11 ; cf. Lc 11, 11-13). Dieu est pour nous un
Père parce qu’il nous a bénis et choisis avant la création du monde (cf.
Ep 1, 3-6), il a fait de nous réellement ses fils en Jésus (cf. 1 Jn 3, 1). Et,
comme Père, Dieu accompagne avec amour notre existence, en nous
donnant sa Parole, son enseignement, sa grâce, son Esprit.

Il est — comme le révèle Jésus — le Père qui nourrit les oiseaux du


ciel sans qu’ils aient à semer et à moissonner, et revêt de couleurs mer-
veilleuses les fleurs des champs, avec des vêtements plus beaux que
ceux du roi Salomon (cf. Mt 6, 26-32 ; Lc 12, 24-28) ; et nous — ajoute Peinture de Rembrandt
“Le retour du Fils prodigue”
Jésus — nous valons bien plus que les fleurs et les oiseaux du ciel ! Et
si Il est si bon au point de faire “lever son soleil sur les méchants et
m’accueillera” (v. 10). Dieu est un Père qui n’abandonne jamais ses
sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes” (Mt 5,
enfants, un Père bienveillant qui soutient, aide, accueille, pardonne,
45), nous pourrons toujours, sans peur et dans un abandon total, nous
sauve, avec une fidélité qui dépasse immensément celle des hommes,
confier à son pardon de Père quand nous nous trompons de chemin.
pour s’ouvrir à des dimensions d’éternité. “Car éternel est son amour !”
Dieu est un Père bon qui accueille et embrasse le fils perdu et repenti
comme continue à le répéter comme une litanie, à chaque verset, le
(cf. Lc 15, 11sq), il donne gratuitement à ceux qui demandent (cf. Mt
Psaume 136 en reparcourant l’histoire du salut. L’amour de Dieu le
18, 19 ; Mc 11, 24 ; Jn 16, 23) et offre le pain du ciel et l’eau vive qui
Père ne fait jamais défaut, il ne se lasse jamais de nous ; il est amour
fait vivre pour l’éternité (cf. Jn 6, 32.51.58).
qui donne jusqu’au bout, jusqu’au sacrifice du Fils. La foi nous donne
C’est pourquoi l’orant du psaume 27, entouré par ses ennemis, assié- cette certitude, qui devient un roc sûr pour la construction de notre
gé par des méchants et des calomniateurs, alors qu’il vie : nous pouvons affronter tous les moments de difficulté et de dan-
cherche de l’aide du Seigneur et l’invoque, ger, l’expérience de l’obscurité de la crise et du temps de la douleur,
peut donner son témoignage plein de soutenus par la confiance que Dieu ne nous laisse
foi en affirmant : “Si mon père et ma jamais seuls et est toujours proche, pour
mère m’abandonnent, le Seigneur nous sauver et nous conduire à la vie

12 13
éternelle. et fait ce que l’homme n’aurait jamais pu faire seul : il prend sur Lui le
péché du monde, comme un agneau innocent et nous rouvre la route
C’est dans le Seigneur Jésus que se montre en plénitude le visage vers la communion avec Dieu, fait de nous de vrais enfants de Dieu.
bienveillant du Père qui est aux cieux. C’est en le connaissant Lui C’est là, dans le Mystère pascal, que se révèle dans toute sa luminosité
que nous pouvons connaître aussi le Père (cf. Jn 8, 19 ; 14, 7), c’est le visage définitif du Père. Et c’est là, sur la Croix glorieuse, qu’advient
en le voyant Lui que nous pouvons voir le Père parce qu’il est le Père la manifestation pleine de la grandeur de Dieu comme “Père tout-
et le Père est en Lui (cf. Jn 14, 9.11). Il est “image du Dieu invisible” puissant”.
comme le définit l’hymne de la Lettre aux Colossiens, “le premier-né
par rapport à toute créature… le premier-né d’entre les morts”, “par Mais nous pourrions nous demander : comment est-il possible de
qui nous sommes rachetés et par qui nos péchés sont pardonnés” et penser à un Dieu tout-puissant en regardant la Croix du Christ ? À ce
par qui advient la réconciliation de toutes les choses, “sur la terre et pouvoir du mal, qui arrive au point de tuer le Fils de Dieu ? Nous vou-
dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix” (cf. Col 1, drions certainement une toute-puissance divine selon nos schémas
13-20). mentaux et nos désirs : un Dieu “tout-puissant” qui résolve les pro-
blèmes, qui intervienne pour nous éviter les difficultés, qui l’emporte
La foi en Dieu le Père demande de croire dans le Fils, sous l’action de sur les puissances adverses, change le cours des événements et annule
l’Esprit, en reconnaissant dans la Croix qui sauve la révélation défini- la douleur. Ainsi, aujourd’hui, différents théologiens disent que Dieu
tive de l’amour de Dieu. Dieu est pour nous un Père en nous donnant ne peut pas être tout-puissant, autrement il ne pourrait pas y avoir
son Fils ; Dieu est pour nous un Père en pardonnant notre péché et autant de souffrance, autant de mal dans le monde. En réalité, face au
en nous conduisant à la joie de la vie ressuscitée ; Dieu est pour nous mal et à la souffrance, pour beaucoup, pour nous, il devient problé-
un Père en nous donnant l’Esprit qui nous rend fils et nous permet de matique, difficile, de croire en un Dieu
l’appeler, en vérité, “Abba, Père” (cf. Rm 8, 15). C’est pourquoi Jésus le Père et le croire tout-puissant ; cer-
en nous apprenant à prier nous invite à dire “Notre Père” (Mt 6, 9-13 ; Comme Père, Dieu désire que nous tains cherchent refuge dans des idoles,
cf. Lc 11, 2-4). devenions ses fils en cédant à la tentation de trouver une
réponse dans une présumée toute-puis-
La paternité de Dieu, alors, est amour infini, tendresse qui se penche
sance “magique” et dans ses promesses illusoires.
sur nous, faibles enfants, ayant besoin de tout. Le Psaume 103, le
grand chant de la miséricorde divine, proclame : “Comme est forte Mais la foi en Dieu tout-puissant nous pousse à parcourir des sen-
la tendresse du père pour ses fils, la tendresse du Seigneur pour qui tiers bien différents : apprendre à connaître que la pensée de Dieu
le craint ! Il sait de quoi nous sommes pétris, il se souvient que nous est différente de la nôtre, que les voies de Dieu sont différentes des
sommes poussière” (vv. 13-14). C’est précisément notre petitesse, nôtres (cf. Is 55, 8) et que sa toute-puissance aussi est différente : elle
notre faible nature humaine, notre fragilité qui devient un appel à la ne s’exprime pas comme une force automatique ou arbitraire, mais
miséricorde du Seigneur pour qu’il manifeste sa grandeur et tendresse elle est marquée par une liberté amoureuse et paternelle. En réalité,
de Père en nous aidant, en nous pardonnant et en nous sauvant. Dieu, en créant des créatures libres, en donnant la liberté, a renon-
cé à une partie de son pouvoir, en laissant le pouvoir
Et Dieu répond à notre appel, en en-
de notre liberté. Ainsi, Il aime et respecte
voyant son Fils, qui meurt et ressuscite
la réponse libre d’amour à son appel.
pour nous ; il entre dans notre fragilité
Comme Père, Dieu désire que nous

14 15
devenions ses fils et que nous vivions comme tels dans son Fils, en 54-55), et nous, libérés du péché, nous pouvons accéder à notre réa-
communion, en pleine familiarité avec Lui. Sa toute-puissance ne lité de fils de Dieu.
s’exprime pas dans la violence, elle ne s’exprime pas dans la des-
truction de tout pouvoir adverse comme nous le désirons, mais elle Donc, quand nous disons “Je crois en Dieu, le Père tout-puissant”,
s’exprime dans l’amour, dans la miséricorde, dans le pardon, dans nous exprimons notre foi dans la puissance de l’amour de Dieu qui,
l’acceptation de notre liberté et dans l’appel inlassable à la conversion dans son Fils mort et ressuscité, vainc la haine, le mal, le péché et
du cœur, dans une attitude qui n’est faible qu’en apparence — Dieu nous ouvre à la vie éternelle, celle des fils qui désirent être pour tou-
semble faible, si nous pensons à Jésus Christ qui prie, qui se fait tuer. jours dans la “Maison du Père”. Dire “Je crois en Dieu, le Père tout-
Une attitude faible en apparence, faite de patience, de douceur et puissant”, dans sa puissance, dans sa manière d’être Père, est toujours
d’amour, démontre que telle est la vraie façon d’être puissant ! Telle un acte de foi, de conversion, de transformation de notre pensée, de
est la puissance de Dieu ! Et cette puissance vaincra ! Le passage du toute notre affection, de toute notre manière de vivre.
Livre de la Sagesse s’adresse ainsi à Dieu : “Tu as pitié de tous les
Chers frères et sœurs, demandons au Seigneur de soutenir notre foi,
hommes, parce que tu peux tout. Tu fermes les yeux sur leurs péchés,
de nous aider à trouver vraiment la foi et de nous donner la force d’an-
pour qu’ils se convertissent. Tu aimes en effet tout ce qui existe… Mais
noncer le Christ crucifié et ressuscité et de le témoigner dans l’amour
tu épargnes tous les êtres, parce qu’ils sont à toi, Maître qui aimes la
à Dieu et à notre prochain. Et que Dieu nous accorde d’accueillir le
vie” (11, 23-24a.26).
don de notre filiation, pour vivre en plénitude les réalités du Credo,
Seul celui qui est vraiment puissant peut supporter le mal et faire dans l’abandon confiant à l’amour du Père et à sa toute-puissance
preuve de compassion ; seul celui qui est vraiment puissant peut plei- miséricordieuse qui est la véritable toute-puissance et qui sauve.
nement exercer la force de l’amour. Et Dieu, à qui toutes les choses
appartiennent, car tout a été fait par Lui, révèle sa force en aimant
tout et tous, dans une attente patiente de notre conversion à nous, les
hommes, qu’il désire avoir comme fils. Dieu attend notre conversion.
L’amour tout-puissant de Dieu ne connaît pas de limites, au point qu’
“il n’a pas refusé son propre Fils, il l’a livré pour nous tous” (Rm 8, 32).
La toute puissance de l’amour n’est pas celle du pouvoir du monde,
mais elle est celle du don total, et Jésus, le Fils de Dieu, révèle au
monde la véritable toute-puissance du Père en donnant sa vie pour
nous pécheurs. Voilà la véritable, authentique et parfaite puissance
divine : répondre au mal non par le mal mais par le bien, aux insultes
par le pardon, à la haine meurtrière par l’amour qui fait vivre. Alors
le mal est vraiment vaincu, parce qu’il est lavé par l’amour de Dieu ;
alors la mort est définitivement vaincue car elle est
transformée en don de la vie. Dieu le Père
ressuscite le Fils : la mort, la grande en-
nemie (cf. 1 Co 15, 26), est engloutie
et privée de son poison (cf. 1 Co 15,

16 17
Je crois en Dieu : conscience de la réalité de Dieu comme Créateur et Père. C’est dans
le livre de l’Écriture Sainte que l’intelligence humaine peut trouver, à
le Créateur du ciel et de la terre, la lumière de la foi, la clé d’interprétation pour comprendre le monde.

le Créateur de l’être humain En particulier, le premier chapitre de la Genèse occupe une place spé-
ciale, avec la présentation solennelle de l’œuvre créatrice divine qui se
Audience pontificale du pape Benoit XVI du 6 février 2013 déploie au fil de sept jours : en six jours, Dieu porte à son achèvement
la création et le septième jour, le samedi, il cesse toute activité et se
repose. Jour de la liberté pour tous, jour de la communion avec Dieu.
Chers frères et sœurs ! Et ainsi, avec cette image, le livre de la Genèse nous indique que la
première pensée de Dieu était de trouver un amour qui réponde à son
Le Credo, qui commence en qualifiant Dieu de “Père tout-puissant”, amour. La deuxième pensée est ensuite de créer un monde matériel
comme nous avons médité la semaine dernière, ajoute ensuite qu’Il où placer cet amour, ces créatures qui en liberté lui répondent. Une
est le “Créateur du ciel et de la terre”, et il reprend ainsi l’affirmation telle structure, donc, fait en sorte que le texte soit scandé par cer-
avec laquelle commence la Bible. Dans le premier verset de l’Écriture taines répétitions significatives. Par six fois, par exemple, est répétée la
Sainte, en effet, on lit : “Au commencement, Dieu créa le ciel et la phrase : “Et Dieu vit que cela était bon” (vv. 4.10.12. 18.21.25), pour
terre” (Gn 1, 1) : c’est Dieu l’origine de toutes les choses et dans la conclure, la septième fois, après la création de l’homme : “Et Dieu
beauté de la création se déploie sa toute-puissance de Père qui aime. vit tout ce qu’il avait fait : c’était très bon” (v. 31). Tout ce que Dieu
crée est beau, plein de sagesse et d’amour ; l’action créatrice de Dieu
Dieu se manifeste comme Père dans la création, en tant qu’origine de porte de l’ordre, elle insère de l’harmonie, elle donne de la beauté.
la vie, et, en créant, il montre sa toute-puissance. Les images utilisées Dans le récit de la Genèse, il apparaît ensuite que le Seigneur crée
par l’Écriture Sainte sont à cet égard suggestives (cf. Is 40, 12 ; 45, 18 ; avec sa parole : par dix fois on lit dans le texte l’expression “Dieu dit”
48, 13 ; Ps 104, 2.5 ; 135,7 ; Pr 8, 27-29 ; Jb 38-39). Comme un Père (vv. 3.6.9.11.14. 20.24.26. 28.29). C’est le mot, le Logos de Dieu qui
bon et puissant, il prend soin de ce qu’il a créé avec un amour et une est à l’origine de la réalité du monde et
fidélité qui ne font jamais défaut, disent les Psaumes à plusieurs reprises
“Nous ne sommes pas Dieu, nous en disant : “Dieu dit” fut ainsi soulignée
(cf. Ps 57, 11 ; 108, 5 ; 36, 6). Ainsi la création devient-elle le lieu où la puissance efficace de la Parole divine.
ne nous sommes pas faits seuls ”
connaître et reconnaître la toute-puissance de Dieu et sa bonté, et elle Ainsi chante le Psalmiste : “Le Seigneur a
devient un appel à notre foi de croyants pour que nous proclamions fait les cieux par sa parole, l’univers, par
Dieu comme Créateur. “Grâce à la foi — écrit l’auteur de la Lettre le souffle de sa bouche… Il parla, et ce qu’il dit exista ; il commanda,
aux Hébreux —, nous comprenons que les mondes ont été organisés et ce qu’il dit survint” (33, 6.9). La vie apparaît, le monde existe, parce
par la parole de Dieu, si bien que l’univers visible provient de ce qui que tout obéit à la Parole divine.
n’apparaît pas au regard” (11, 3). La foi implique donc de savoir re-
connaître l’invisible en en découvrant la trace dans le monde visible. Mais notre question aujourd’hui est : à l’époque de la science et de la
Le croyant peut lire le grand livre de la nature et en technique, cela a-t-il encore un sens de parler de création ? Comment
comprendre le langage (cf. Ps 19, 2-5) ; devons-nous comprendre les récits de la Genèse ? La
mais la Parole de la révélation, qui Bible ne se veut pas un livre de sciences
suscite la foi, est nécessaire pour que naturelles ; elle veut en revanche faire
l’homme puisse parvenir à la pleine comprendre la vérité authentique et

18 19
profonde des choses. La vérité fondamentale que les récits de la Ge- réalité fondamentale : tous les êtres humains sont poussière, au-de-
nèse nous révèlent est que le monde n’est pas un ensemble de forces là des distinctions opérées par la culture et par l’histoire, au-delà de
opposées entre elles, mais il a son origine et sa stabilité dans le Logos, toute différence sociale ; nous sommes une unique humanité modelée
dans la Raison éternelle de Dieu, qui continue à soutenir l’univers. Il avec l’unique terre de Dieu. Il y a ensuite un deuxième élément : l’être
y a un dessein sur le monde qui naît de cette Raison, de l’Esprit créa- humain a origine parce que Dieu insuffle le souffle de vie dans le
teur. Croire qu’à la base de tout il y aurait cela, éclaire chaque aspect corps modelé de la terre (cf. Gn 2, 7). L’être humain est fait à l’image
de l’existence et donne le courage d’affronter avec confiance et avec et ressemblance de Dieu (cf. Gn 1, 26-27). Nous portons alors tous
espérance l’aventure de la vie. Donc l’Écriture nous dit que l’origine en nous le souffle vital de Dieu et chaque vie humaine — nous dit
de l’être, du monde, notre origine n’est pas l’irrationnel et la nécessité, la Bible — est placée sous la protection particulière de Dieu. C’est la
mais la raison et l’amour et la liberté. raison la plus profonde du caractère inviolable de la dignité humaine
D’où l’alternative : ou la priorité à l’ir- contre toute tentation de juger la personne selon des critères utilita-
“L’être humain a origine parce que
rationnel, à la nécessité, ou la priorité ristes et de pouvoir. Être à l’image et ressemblance de Dieu indique
à la raison, à liberté, à l’amour. Nous Dieu insuffle le souffle de vie dans également que l’homme n’est pas refermé sur lui, mais a une réfé-
croyons en cette dernière position. le corps modelé de la terre ” rence essentielle en Dieu.

Mais je voudrais dire un mot également Dans les premiers chapitres du Livre
“Aucun homme n’est refermé sur
sur ce qui est le sommet de toute la création : l’homme et la femme, de la Genèse, nous trouvons deux
l’être humain, l’unique “capable de connaître et d’aimer son Créa- images significatives : le jardin avec lui-même, personne ne peut vivre
teur” (Gaudium et spes, n. 12). Le Psalmiste, en regardant les cieux, se l’arbre de la connaissance du bien et uniquement de lui et pour lui ”
demande : “À voir ton ciel, ouvrage de tes doigts, la lune et les étoiles du mal et le serpent (cf. 2, 15-17 ; 31
que tu fixas, qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui, le fils 1-5). Le jardin nous dit que la réalité
d’un homme, que tu en prennes souci ?” (8, 4-5). L’être humain, créé dans laquelle Dieu a placé l’être humain n’est pas une forêt sauvage,
avec amour par Dieu, est une bien petite chose devant l’immensité mais un lieu qui protège, nourrit et soutient ; et l’homme doit recon-
de l’univers ; parfois, en regardant fascinés les immenses étendues du naître le monde non pas comme une propriété à piller et à exploiter,
firmament, nous aussi, nous avons perçu nos limites. L’être humain mais comme don du Créateur, signe de sa volonté salvifique, don à
est habité par ce paradoxe : notre petitesse et notre finitude coexistent cultiver et à protéger, à faire croître et développer dans le respect,
avec la grandeur de ce que l’amour éternel de Dieu a voulu pour lui. dans l’harmonie, en en suivant les rythmes et la logique, selon le
dessein de Dieu (cf. Gn 2, 8-15). Puis, le serpent est une figure qui
Les récits de la création dans le Livre de la Genèse nous introduisent dérive des cultes orientaux de la fécondité, qui fascinaient Israël et
également dans ce domaine mystérieux, en nous aidant à connaître le constituaient une tentation constante d’abandonner l’alliance mysté-
projet de Dieu sur l’homme. Ils affirment avant tout que Dieu modela rieuse avec Dieu. À la lumière de cela, l’Écriture Sainte présente la
l’homme avec la poussière tirée du sol (cf. Gn 2, 7). Cela signifie tentation que subissent Adam et Ève comme le cœur de la tentation
que nous ne sommes pas Dieu, nous ne nous sommes et du péché. Que dit en effet le serpent ? Il ne nie pas Dieu, mais il
pas faits seuls, nous sommes terre ; mais cela insinue une question dissimulée : “Alors, Dieu vous
signifie aussi que nous venons de la a dit : “Vous ne mangerez le fruit d’aucun
bonne terre, grâce à l’œuvre du bon arbre du jardin ?”” (Gn 3, 1). De cette
Créateur. À cela s’ajoute une autre façon, le serpent suscite le doute que

20 21
l’alliance avec Dieu est comme une chaîne qui lie, qui prive de la Dieu. Le Catéchisme de l’Église catholique affirme qu’avec le premier
liberté et des choses plus belles et précieuses de la vie. La tentation péché l’homme “s’est préféré lui-même à Dieu, et par là même, il a
devient celle de construire tout seul le monde dans lequel vivre, de méprisé Dieu : il a fait le choix de soi-même contre Dieu, contre les
ne pas accepter les limites du fait d’être créature, les limites du bien exigences de son état de créature et dès lors contre son propre bien”
et du mal, de la moralité ; la dépendance de l’amour créateur de Dieu (n. 398). Une fois la relation fondamentale perturbée, les autres pôles
est vue comme un poids dont il faut se libérer. Cela est toujours le de la relation sont eux aussi compromis ou détruits, le péché détruit
cœur de la tentation. Mais lorsque le rapport avec Dieu est faussé, à les relations, et ainsi il détruit tout, car nous sommes relation. Or, si
travers un mensonge, en se substituant à lui, tous les autres rapports la structure relationnelle de l’humanité est perturbée dès le début,
sont altérés. Alors, l’autre devient un rival, une menace : Adam, après chaque homme entre dans un monde marqué par cette perturbation
avoir cédé à la tentation, accuse immédiatement Ève (cf. Gn 3, 12) : des relations, il entre dans un monde perturbé par le péché, par le-
les deux se cachent de la vue de ce Dieu avec lequel ils conversaient quel il est personnellement marqué ; le péché initial porte atteinte à
en toute amitié (cf. 3, 8-10) ; le monde n’est plus le jardin dans lequel la nature humaine et la blesse (cf. Catéchisme de l’Église catholique,
vivre en harmonie, mais un lieu à exploiter et dans lequel se cachent nn. 404-406).
des pièges (cf. 3, 14-19). La jalousie et la haine envers l’autre pénètrent
dans le cœur de l’homme : un exemple en est Caïn, qui tue son frère Et l’homme tout seul, une seule personne ne peut pas sortir de cette
Abel (cf. 4, 3-9). En allant contre son créateur, en réalité l’homme situation, elle ne peut pas se racheter toute seule ; ce n’est que le Créa-
va contre lui-même, il renie son origine et donc sa vérité : et le mal teur lui-même qui peut rétablir les justes relations. Ce n’est que si
entre dans le monde, avec sa lourde chaîne de douleur et de mort. Et Celui dont nous nous sommes éloignés vient vers nous et nous tend la
ainsi, ce que Dieu avait créé était bon, même très bon, après ce libre main avec amour, que les justes relations peuvent être renouées. Cela
de choix de l’homme en faveur du mensonge contre la vérité, le mal a lieu en Jésus Christ, qui accomplit exactement le parcours inverse
entre dans le monde. de celui d’Adam, comme le décrit l’hymne dans le deuxième chapitre
de la Lettre de saint Paul aux Philippiens (2, 5-11) : alors qu’Adam
Je voudrais souligner un dernier enseignement des récits de la créa- ne reconnaît pas qu’il est une créature et veut se mettre à la place de
tion : le péché engendre le péché et tous les péchés de l’histoire sont Dieu, Jésus, le Fils de Dieu, est dans une relation filiale parfaite avec le
liés entre eux. Cet aspect nous pousse à parler de celui qu’on appelle Père, il s’abaisse, il devient le serviteur, il parcourt la voie de l’amour
le “péché originel”. Quelle est la signification de cette réalité, difficile en s’humiliant jusqu’à la mort en croix, pour remettre en ordre les
à comprendre ? Je voudrais seulement donner quelques éléments. Tout relations avec Dieu. La Croix du Christ devient ainsi le nouvel arbre
d’abord, nous devons considérer qu’aucun homme n’est refermé sur de la vie.
lui-même, personne ne peut vivre uniquement de lui et pour lui. Nous
recevons la vie de l’autre et pas seulement au moment de la naissance, Chers frères et sœurs, vivre de foi signifie reconnaître la grandeur de
mais chaque jour. L’être humain est relation : je ne suis moi-même que Dieu et accepter notre petitesse, notre condition de créature en lais-
dans le toi et à travers le toi, dans la relation de l’amour avec le Toi sant le Seigneur la combler de son amour, pour qu’ainsi s’accroisse
de Dieu et le toi des autres. Eh bien, le péché signi- notre véritable grandeur. Le mal, avec son poids de douleur et de
fie perturber ou détruire la relation avec souffrance, est un mystère qui est illuminé par la lu-
Dieu, c’est là son essence : détruire la mière de la foi, qui nous donne la certitude
relation avec Dieu, la relation fon- de pouvoir en être libérés : la certitude
damentale, se mettre à la place de qu’être un homme est un bien.

22 23
Il ressuscita le troisième jour, comme on dit ; ce n’est pas une foi forte. Et cela par superficialité, par-
fois par indifférence, occupés par mille choses que l’on considère plus
conformément aux Écritures importantes que la foi, ou encore en raison d’une vision uniquement
horizontale de la vie. Mais c’est précisément la résurrection qui nous
Audience pontificale du pape François du 3 avril 2013 ouvre à l’espérance la plus grande, car elle ouvre notre vie et la vie du
monde à l’avenir éternel de Dieu, au bonheur total, à la certitude que
le mal, le péché, la mort peuvent être vaincus. Et cela conduit à vivre
avec davantage de confiance les réalités quotidiennes, à les affronter
Chers frères et sœurs, bonjour, avec courage et application. La Résurrection du Christ illumine d’une
Aujourd’hui, nous reprenons les catéchèses de l’Année de la foi. Dans lumière nouvelle ces réalités quotidiennes. La Résurrection du Christ
le Credo, nous répétons cette expression : “Il ressuscita le troisième est notre force !
jour, conformément aux Écritures”. C’est précisément l’événement Mais comment la vérité de foi de la
que nous célébrons : la Résurrection de Jésus, cœur du message chré- Résurrection du Christ nous a-t-elle été
tien, qui a retenti depuis le début et a été transmis afin qu’il parvienne “La Résurrection du Christ est transmise ? Il y a deux types de témoi-
jusqu’à nous. Saint Paul écrit aux chrétiens de Corinthe : “Je vous ai notre plus grande certitude  ; c ’ est gnages dans le nouveau Testament : cer-
donc transmis en premier lieu ce que j’avais moi-même reçu, à savoir
le trésor le plus précieux  !” tains sont sous la forme de profession
que le Christ est mort pour nos péchés selon les Écritures, qu’il a été de foi, c’est-à-dire de formules synthé-
mis au tombeau, qu’il est ressuscité le tiques qui indiquent le cœur de la foi ;
“la résurrection nous ouvre à troisième jour selon les Écritures, qu’il d’autres en revanche sont sous la forme de récit de l’événement de la
est apparu à Céphas, puis aux Douze”
l ’ espérance la plus grande , car Résurrection et des faits qui y sont liés. La première : la forme de la
(1 Co 15, 3-5). Cette brève confession profession de foi, par exemple, c’est celle que nous venons d’écouter,
elle ouvre notre vie et la vie du de foi annonce précisément le Mystère ou encore celle de la Lettre aux Romains dans laquelle saint Paul écrit :
monde à l ’ avenir éternel de D ieu , pascal, avec les premières apparitions
“Si tes lèvres confessent que Jésus est Seigneur et si ton cœur croit que
au bonheur total , à la certitude du Ressuscité à Pierre et aux Douze : la Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé” (10, 9). Dès les premiers
que le mal , le péché , la mort Mort et la Résurrection de Jésus sont pré- pas de l’Église, la foi dans le Mystère de mort et de Résurrection de
cisément le cœur de notre espérance.
peuvent être vaincus ” Jésus est bien établie et claire. Mais aujourd’hui, je voudrais m’arrêter
Sans cette foi dans la mort et dans la ré- sur la seconde forme, sur les témoignages sous la forme de récit, que
surrection de Jésus, notre espérance sera nous trouvons dans les Évangiles. Avant tout, nous observons que les
faible, ce ne sera pas même une espérance, et c’est précisément la premiers témoins de cet événement furent les femmes. À l’aube, elles
mort et la résurrection de Jésus qui sont le cœur de notre espérance. se rendirent au sépulcre pour oindre le corps de Jésus, et trouvent le
L’apôtre affirme : “si le Christ n’est pas ressuscité, vaine est votre foi ; premier signe : le tombeau vide (cf. Mc 16, 1). Vient ensuite la ren-
vous êtes encore dans vos péchés” (v. 17). Malheureusement, souvent contre avec un Messager de Dieu qui annonce : Jésus de Nazareth, le
on a tenté d’obscurcir la foi dans la Résurrec- Crucifié, n’est pas ici, il est ressuscité (cf. vv. 5-6). Les
tion de Jésus, et parmi les croyants eux- femmes sont poussées par l’amour et elles
mêmes se sont insinués des doutes. savent accueillir cette annonce avec
C’est un peu une foi “à l’eau de rose” foi : elles croient, et immédiatement

24 25
la transmettent, elles ne la gardent pas pour elles, elles la transmettent. profond de l’amour. Les apôtres et les disciples ont plus de difficultés
La joie de savoir que Jésus est vivant, l’espérance qui remplit le cœur, à croire. Les femmes non. Pierre court au sépulcre, mais il s’arrête à la
ne peuvent pas être réprimées. Cela devrait également être le cas dans tombe vide ; Thomas doit toucher de ses mains les blessures du corps
notre vie. Nous ressentons la joie d’être chrétiens ! Nous croyons dans de Jésus. Dans notre chemin de foi aussi, il est important de savoir
un Ressuscité qui a vaincu le mal et la mort ! Nous avons le courage et de sentir que Dieu nous aime, de ne pas avoir peur de l’aimer : la
de “sortir” pour apporter cette joie et cette lumière dans tous les lieux foi se professe avec la bouche et avec le cœur, avec la parole et avec
de notre vie ! La Résurrection du Christ est notre plus grande certitude ; l’amour.
c’est le trésor le plus précieux ! Comment ne pas partager ce trésor,
cette certitude, avec les autres ? Elle n’est pas seulement là pour nous, Après les apparitions aux femmes, d’autres suivent : Jésus se rend pré-
mais pour la transmettre, pour la donner aux autres, la partager avec sent de manière nouvelle : il est le Crucifié, mais son corps est glo-
les autres. C’est précisément là notre témoignage. rieux ; il n’est pas revenu à la vie terrestre, mais à une condition nou-
velle. Au début, ils ne le reconnaissent pas, et ce n’est qu’à travers ses
Un autre élément. Dans les professions de foi du Nouveau Testament, paroles et ses gestes que leurs yeux s’ouvrent : la rencontre avec le
seuls des hommes sont rappelés comme témoins de la Résurrection, Ressuscité transforme, elle donne une force nouvelle à la foi, un fon-
les apôtres, mais pas les femmes. C’est parce que, selon la loi judaïque dement inébranlable. Pour nous aussi, il existe de nombreux signes
de cette époque, les femmes et les enfants ne pouvaient pas rendre où le Ressuscité se fait reconnaître : l’Écriture Sainte, l’Eucharistie, les
un témoignage fiable, crédible. Dans les Évangiles, en revanche, les autres sacrements, la charité, ces gestes d’amour qui portent un rayon
femmes ont un rôle primordial, fondamental. Nous pouvons ici saisir du Ressuscité. Laissons-nous illuminer par la Résurrection du Christ,
un élément en faveur de l’historicité de la Résurrection : s’il s’agissait laissons-nous transformer par sa force, pour qu’à travers nous éga-
d’un fait inventé, dans le contexte de cette époque, il n’aurait pas lement, dans le monde, les signes de mort laissent place aux signes
été lié au témoignage des femmes. En revanche, les évangélistes rap- de vie. J’ai vu qu’il y a de nombreux jeunes sur la place. Les voilà !
portent simplement ce qui s’est passé : ce sont les femmes qui sont Je vous dis : portez de l’avant cette certitude : le Seigneur est vivant
les premiers témoins. Cela nous dit que Dieu ne choisit pas selon les et marche à nos côtés dans la vie. Telle est votre mission ! Portez de
critères humains : les premiers témoins de la naissance de Jésus sont l’avant cette espérance. Soyez ancrés à cette espérance : cette ancre
les pasteurs, des personnes simples et humbles ; les premiers témoins qui est dans le ciel ; tenez ferme la corde, soyez ancrés et portez de
de la Résurrection sont les femmes. Et cela est beau. Et c’est un peu la l’avant l’espérance. Vous, témoins de Jésus, portez de l’avant le témoi-
mission des femmes : des mères, des femmes ! Rendre témoignage aux gnage que Jésus est vivant et cela nous donnera de l’espérance, don-
enfants, aux petits-enfants, que Jésus est vivant, il est le vivant, il est nera de l’espérance à ce monde un peu vieilli par les guerres, par le
le ressuscité. Mères et femmes, allez de l’avant avec ce témoignage ! mal, par le péché. En avant les jeunes !
Pour Dieu c’est le cœur qui compte, combien nous sommes ouverts à
Lui, si nous sommes comme les enfants qui ont confiance. Mais cela
nous fait aussi réfléchir sur la manière dont les femmes, dans l’Église et
dans le chemin de foi, ont eu et ont aujourd’hui aussi
un rôle particulier en ouvrant les portes aux
Seigneur, en le suivant et en communi-
quant sa Face, car le regard de la foi
a toujours besoin du regard simple et

26 27
Portée salvifique de la Résurrection du Saint-Esprit. Puis, le baptisé sortait du bassin et revêtait le nouvel
habit, blanc : c’est-à-dire qu’il naissait à une vie nouvelle, en se plon-
geant dans la Mort et la Résurrection du Christ. Il était devenu fils de
Audience pontificale du pape François du 10 avril 2013 Dieu. Saint Paul, dans la Lettre aux Romains, écrit : vous “avez reçu un
esprit de fils adoptifs qui nous fait nous écrier : “Abba ! Père !”” (Rm 8,
Chers frères et sœurs, bonjour ! 15). C’est précisément l’Esprit que nous avons reçu dans le baptême
qui nous enseigne, nous pousse, à dire à Dieu : “Père”, ou mieux,
Au cours de la dernière catéchèse, nous nous sommes arrêtés sur “Abba !”, ce qui signifie “papa”. Tel est notre Dieu : c’est un papa pour
l’événement de la Résurrection de Jésus, dans lequel les femmes ont nous. L’Esprit Saint réalise en nous cette nouvelle condition de fils de
eu un rôle particulier. Aujourd’hui, je voudrais m’arrêter sur sa portée Dieu. Et cela est le plus grand don que nous recevons du Mystère pas-
salvifique. Que signifie la Résurrection pour notre vie ? Et pourquoi cal de Jésus. Et Dieu nous traite comme ses enfants, il nous comprend,
notre foi est-elle vaine sans elle ? Notre foi se fonde sur la Mort et nous pardonne, nous embrasse, nous aime, même lorsque nous nous
la Résurrection du Christ, précisément comme une maison s’appuie trompons. Dans l’Ancien Testament, le prophète Isaïe affirmait déjà
sur des fondements : si ils cèdent, toute la maison s’écroule. Sur la que même si une mère oubliait son fils, Dieu ne nous oublie jamais,
Croix, Jésus s’est offert lui-même en assumant nos péchés et en des- à aucun moment (cf. 49, 15). Et cela est beau !
cendant dans l’abîme de la mort, et dans
la Résurrection, il les vainc, les ôte, et Toutefois, cette relation filiale avec Dieu n’est pas comme un trésor
“L’Esprit Saint réalise en nous nous ouvre la voie pour renaître à une que nous conservons dans un coin de notre vie, mais elle doit croître,
cette nouvelle condition
vie nouvelle. Saint Pierre l’exprime de elle doit être nourrie chaque jour par l’écoute de la Parole de Dieu, la
façon synthétique au début de sa pre- prière, la participation aux sacrements, en particulier de la pénitence
de fils de D ieu .”
mière lettre, comme nous l’avons écou- et de l’Eucharistie, et la charité. Nous pouvons vivre en fils ! Telle est
té : “Béni soit le Dieu et Père de notre notre dignité — nous avons la dignité de fils. Nous comporter comme
Seigneur Jésus Christ : dans sa grande de véritables fils ! Cela signifie que chaque jour, nous devons laisser le
miséricorde, il nous a engendrés de nouveau par la Résurrection de Christ nous transformer et nous configurer à Lui ; cela signifie vivre en
Jésus Christ d’entre les morts, pour une vivante espérance, pour un chrétiens, chercher à Le suivre, même
héritage exempt de corruption, de souillure, de flétrissure” (1, 3-4). si nous voyons nos limites et nos fai- “Le Seigneur Ressuscité est
blesses. La tentation de laisser Dieu de
L’apôtre nous dit qu’avec la Résurrection de Jésus, quelque chose l ’ espérance qui ne fait jamais
côté pour nous mettre nous-mêmes au
d’absolument nouveau a lieu : nous sommes libérés de l’esclavage du centre est toujours présente et l’expé- défaut , qui ne déçoit pas ”
péché et nous devenons fils de Dieu, c’est-à-dire que nous sommes rience du péché blesse notre vie chré-
engendrés à nouveau à une vie nouvelle. Quand cela se réalise-t-il tienne, notre condition d’enfants de Dieu. C’est pourquoi nous devons
pour nous ? Dans le sacrement du baptême. Par le passé, il se recevait avoir le courage de la foi et ne pas nous laisser guider par la menta-
normalement par immersion. Celui qui devait être baptisé descendant lité qui nous dit : “Dieu ne sert pas, il n’est pas important pour toi”,
dans le grand bassin du baptistère, quittant ses et ainsi de suite. C’est précisément le contraire : ce
vêtements, et l’évêque ou le prêtre lui n’est qu’en nous comportant en enfants de
versait par trois fois l’eau sur la tête, le Dieu, sans nous décourager pour nos
baptisant au nom du Père, du Fils et chutes, pour nos péchés, en nous

28 29
sentant aimés par Lui, que notre vie sera renouvelée, animée par la
sérénité et par la joie. Dieu est notre force ! Dieu est notre espérance !
... est monté au ciel,
il est assis à la droite du Père…
Chers frères et sœurs, nous devons être les premiers à avoir cette ferme
espérance et nous devons en être un signe visible, clair, lumineux Audience pontificale du pape François du 17 avril 2013
pour tous. Le Seigneur Ressuscité est l’espérance qui ne fait jamais
défaut, qui ne déçoit pas (cf. Rm 5, 5). L’espérance ne déçoit pas.
Celle du Seigneur ! Combien de fois dans notre vie les espérances Chers frères et sœurs, bonjour !
s’évanouissent-elles, combien de fois les attentes que nous portons
dans notre cœur ne se réalisent pas ! Notre espérance de chrétiens est Dans le Credo, nous trouvons l’affirmation que Jésus “est monté au
forte, sûre, solide sur cette terre, où Dieu nous a appelés à marcher, et ciel, il est assis à la droite du Père”. La vie terrestre de Jésus atteint
elle est ouverte à l’éternité, parce qu’elle est fondée sur Dieu, qui est son sommet lors de l’événement de l’Ascension, c’est-à-dire quand il
toujours fidèle. Nous ne devons pas oublier : Dieu est toujours fidèle ; passe de ce monde au Père et est élevé à sa droite. Quelle est la signi-
Dieu est toujours fidèle avec nous. Être ressuscités avec le Christ au fication de cet événement ? Quelles en sont les conséquences pour
moyen du baptême, avec le don de la foi, pour un héritage qui ne notre vie ? Que signifie contempler Jésus assis à la droite du Père ? À
se corrompt pas, nous conduit à rechercher davantage les choses de ce propos, laissons-nous guider par l’évangéliste Luc.
Dieu, à penser davantage à Lui, à le prier davantage. Être chrétiens
ne se réduit pas à suivre des commandements, mais veut dire être en Partons du moment où Jésus décide d’entreprendre son dernier pèleri-
Christ, penser comme Lui, agir comme Lui, aimer comme Lui ; c’est nage à Jérusalem. Saint Luc remarque : “Comme le temps approchait
Le laisser prendre possession de notre vie et la changer, la transformer, où Jésus allait être enlevé de ce monde, il prit avec courage la route de
la libérer des ténèbres du mal et du péché. Jérusalem” (Lc 9, 51). Alors qu’il “monte” vers la ville sainte, où s’ac-
complira son “exode” de cette vie, Jésus voit déjà l’objectif, le Ciel,
Chers frères et sœurs, à ceux qui nous demandent raison de l’espé- mais il sait bien que la voie qui le ramène à la gloire du Père passe
rance qui est en nous (cf. 1 P 3, 15), nous montrons le Christ Ressus- à travers la Croix, à travers l’obéissance au dessein divin d’amour
cité. Nous le montrons à travers l’annonce de la Parole, mais surtout pour l’humanité. Le Catéchisme de
à travers notre vie de ressuscités. Nous montrons la joie d’être des l’Église catholique affirme que “l’élé-
enfants de Dieu, la liberté que nous donne la vie en Christ, qui est vation sur la croix signifie et annonce “La prière nous donne la grâce de
la véritable liberté, celle qui nous sauve de l’esclavage du mal, du l’élévation de l’Ascension au ciel” (n. vivre fidèles au projet de Dieu.”
péché, de la mort ! Tournons-nous vers la Patrie céleste, nous aurons 661). Nous aussi, nous devons avoir
une lumière et une force nouvelles également dans notre engagement clairement à l’esprit que, dans notre
et dans nos difficultés quotidiennes. C’est un service précieux que vie chrétienne, entrer dans la gloire de Dieu exige la fidélité quoti-
nous devons rendre à notre monde, qui souvent ne réussit plus à lever dienne à sa volonté, même quand elle demande un sacrifice, quand
les yeux vers le haut, qui ne réussit plus à lever les yeux elle demande parfois de changer nos programmes. L’Ascension de Jé-
vers Dieu. sus eut lieu concrètement sur le Mont des Oliviers, près
du lieu où il s’était retiré en prière avant la
passion pour rester en profonde union
avec le Père : encore une fois, nous

30 31
voyons que la prière nous donne la grâce de vivre fidèles au projet de Jésus monter au ciel, rentrèrent à Jérusalem “avec une grande joie”.
Dieu. Cela nous semble un peu étrange. En général, quand nous sommes
séparés de nos parents, de nos amis, pour un départ définitif et surtout
À la fin de son Évangile, saint Luc rapporte l’événement de l’Ascen- à cause de la mort, il y a en nous une tristesse naturelle, parce que nous
sion de manière très synthétique. Jésus conduisit les disciples “jusque ne verrons plus leur visage, nous n’entendrons plus leur voix, nous ne
vers Béthanie et, levant les mains, il les bénit. Tandis qu’il les bénissait, pourrons plus jouir de leur affection, de leur présence. En revanche,
il se sépara d’eux et fut emporté au ciel. Ils se prosternèrent devant l’évangéliste souligne la profonde joie des apôtres. Mais pourquoi ?
lui, puis ils retournèrent à Jérusalem, remplis de joie. Et ils étaient sans Justement parce que, avec le regard de la foi, ils comprennent que,
cesse dans le Temple à bénir Dieu” (24, 50-53) ; ainsi parle saint Luc. bien que soustrait à leurs yeux, Jésus
Je voudrais remarquer deux éléments du récit. Tout d’abord, au cours reste pour toujours avec eux, il ne les
de l’Ascension, Jésus accomplit le geste sacerdotal de la bénédiction abandonne pas et, dans la gloire du
“N’ayons pas peur d’aller à Lui
et les disciples expriment sûrement leur foi par la prosternation, ils Père, il les soutient, les conduit et inter- pour demander pardon , pour
s’agenouillent en baissant la tête. Cela est un premier point important : cède pour eux. demander sa bénédiction , pour
demander miséricorde  !”
Jésus est le prêtre unique et éternel qui avec sa passion est passé par
la mort et le sépulcre, qui est ressuscité et qui est monté au Ciel ; il est Saint Luc raconte l’événement de l’As-
auprès de Dieu le Père, où il intercède pour toujours en notre faveur cension également au début des Actes
(cf. He 9, 24). Comme l’affirme Jean dans sa Première Lettre, Il est des apôtres, pour souligner que ce fait est comme l’anneau qui rat-
notre avocat : qu’il est beau d’entendre cela ! Quand quelqu’un est tache et relie la vie terrestre de Jésus à celle de l’Église. Ici, saint Luc
appelé chez le juge ou passe en procès, la première chose qu’il fait évoque aussi la nuée qui soustrait Jésus à la vue des disciples, qui
est de chercher un avocat pour qu’il le défende. Nous, nous en avons restent à contempler le Christ pendant son ascension vers Dieu (cf.
un qui nous défend toujours, il nous défend des menaces du diable, Ac 1, 9-10). Deux hommes vêtus de blancs interviennent alors et les
il nous défend de nous-mêmes, de nos péchés ! Très chers frères et invitent à ne pas rester immobiles à regarder le ciel, mais à nourrir leur
sœurs, nous avons cet avocat : n’ayons pas peur d’aller à Lui pour vie et leur témoignage de la certitude que Jésus reviendra de la même
demander pardon, pour demander sa bénédiction, pour demander manière qu’ils l’ont vu monter au ciel (cf. Ac 1, 10-11). C’est préci-
miséricorde ! Il nous pardonne toujours, il est notre avocat : il nous sément l’invitation à partir de la contemplation de la Seigneurie du
défend toujours ! N’oubliez pas cela ! L’ascension de Jésus au Ciel Christ, pour avoir de Lui la force de porter et de témoigner l’Évangile
nous fait alors connaître cette réalité si réconfortante pour notre che- dans la vie de tous les jours : contempler et agir, ora et labora enseigne
min : dans le Christ, vrai Dieu et vrai homme, notre humanité a été saint Benoît, sont tous deux nécessaires à notre vie de chrétiens.
conduite auprès de Dieu ; Il nous a ouvert le passage ; Il est comme
un chef de cordée quand on escalade une montagne, qui est arrivé au Chers frères et sœurs, l’Ascension n’indique pas l’absence de Jésus,
sommet et qui nous guide à Lui en nous conduisant à Dieu. Si nous lui mais nous dit qu’il est vivant au milieu de nous de manière nouvelle ;
confions notre vie, si nous nous laissons guider par Lui nous sommes il n’est plus dans un lieu précis du monde comme il l’était avant l’As-
certains d’être entre des mains sûres, entre les mains cension ; à présent, il est dans la Seigneurie de Dieu, présent en tout
de notre sauveur, de notre avocat. lieu et en tout temps, proche de chacun de nous. Dans
notre vie, nous ne sommes jamais seuls :
Un deuxième élément : saint Luc rap- nous avons cet avocat qui nous attend,
porte que les Apôtres, après avoir vu qui nous défend. Nous ne sommes

32 33
jamais seuls : le Seigneur crucifié et ressuscité nous guide ; avec nous,
il y a beaucoup de frères et sœurs qui, dans le silence et dans l’ano-
... reviendra dans la gloire
nymat, dans leur vie de famille et de travail, dans leurs problèmes et pour juger les vivants et les morts…
difficultés, dans leurs joies et espérances, vivent quotidiennement la
foi et apportent, avec nous, au monde la Seigneurie de l’amour de
Audience pontificale du pape François du 24 avril 2013
Dieu, en Jésus Christ ressuscité, monté au Ciel, avocat de notre cause.
Merci.

Chers frères et sœurs, bonjour !

Dans le Credo, nous professons que Jésus “reviendra dans la gloire


pour juger les vivants et les morts”. L’histoire humaine a commencé
avec la création de l’homme et de la femme à l’image et ressemblance
de Dieu et se conclut par le jugement dernier du Christ. Souvent, on
oublie ces deux pôles de l’histoire, et surtout, la foi dans le retour du
Christ et dans le jugement dernier n’est parfois pas si claire et solide
dans le cœur des chrétiens. Au cours de sa vie publique, Jésus s’est
souvent arrêté sur la réalité de sa venue ultime. Aujourd’hui, je vou-
drais réfléchir sur trois textes évangéliques qui nous aident à entrer
dans ce mystère : celui des dix vierges, celui des talents et celui du
jugement dernier. Tous les trois font partie du discours de Jésus sur la
fin des temps, dans l’Évangile de saint Matthieu.

Rappelons avant tout que, avec l’Ascension, le Fils de Dieu a apporté


au Père notre humanité rachetée par Lui et il veut l’attirer à lui, appe-
ler le monde entier à être accueilli entre les bras ouverts de Dieu afin
que, à la fin de l’histoire, la réalité tout entière soit remise au Père. Il y
a toutefois ce “temps immédiat” entre la première venue du Christ et
la dernière, qui est précisément le temps que nous vivons. C’est dans
ce contexte du “temps immédiat” que s’insère la parabole des dix
vierges (cf. Mt 25, 1-13). Il s’agit de dix jeunes filles qui attendent l’ar-
rivée de l’Époux, mais celui-ci tarde et elles s’endorment. À l’annonce
soudaine que l’Époux arrive, elles se préparent toutes à
l’accueillir, mais tandis que cinq d’entre
elles, prévoyantes, ont de l’huile pour
alimenter leurs lampes, les autres,

34 35
insensées, se retrouvent avec leurs lampes éteintes parce qu’elles n’en chrétien qui se referme sur lui-même, qui cache tout ce que le Sei-
ont pas ; et tandis qu’elles en cherchent, arrive l’Époux et les vierges gneur lui a donné est un chrétien… Ce n’est pas un chrétien ! C’est
insensées trouvent la porte qui conduit à la fête nuptiale fermée. Elles un chrétien qui ne rend pas grâce à Dieu pour tout ce qu’il lui a
frappent avec insistance, mais désormais il est trop tard, l’Époux ré- donné ! Cela nous dit que l’attente du retour du Seigneur est le temps
pond : je ne vous connais pas. L’Époux est le Seigneur, et le temps de l’action — nous sommes dans le temps de l’action — le temps où
d’attente de son arrivée est le temps qu’il nous donne, à nous tous, mettre à profit les dons de Dieu non pas pour nous-mêmes, mais pour
avec miséricorde et patience, avant sa venue finale ; c’est un temps Lui, pour l’Église, pour les autres, le temps où chercher toujours à faire
de veille, un temps où nous devons garder allumées les lampes de la croître le bien dans le monde. Et en particulier en ce temps de crise,
foi, de l’espérance et de la charité, où aujourd’hui, il est important de ne pas se refermer sur soi-même, en
garder le cœur ouvert au bien, à la enterrant ses talents, ses richesses spirituelles, intellectuelles, maté-
beauté et à la vérité ; un temps à vivre “Un chrétien qui se referme sur rielles, tout ce que le Seigneur nous a donné, mais de s’ouvrir, d’être
selon Dieu, car nous ne connais- lui-même, qui cache tout ce que le solidaires, d’être attentifs à l’autre. Sur la place, j’ai vu qu’il y a de
sons ni le jour, ni l’heure du retour Seigneur lui a donné n’est pas un nombreux jeunes : est-ce vrai ? Y a-t-il de nombreux jeunes ? Où sont-
du Christ. Ce qui nous est demandé ils ? À vous, qui êtes au début du chemin de la vie, je demande : avez-
chrétien  !”
est d’être préparés à la rencontre — vous pensé aux talents que Dieu vous a donnés ? Avez-vous pensé à la
préparés à une rencontre, à une belle façon dont les mettre au service des autres ? N’enterrez pas les talents !
rencontre, la rencontre avec Jésus — qui signifie savoir reconnaître Misez sur les grands idéaux, les idéaux qui élargissent le cœur, les
les signes de sa présence, garder notre foi vivante, avec la prière, avec idéaux de service qui rendront féconds vos talents. La vie ne nous a
les Sacrements, être vigilants pour ne pas nous endormir, pour ne pas pas été donnée pour que nous la conservions jalousement pour nous-
oublier Dieu. La vie des chrétiens endormis est une vie triste, ce n’est mêmes, mais elle nous a été donnée pour que nous l’offrions. Chers
pas une vie heureuse. Le chrétien doit être heureux, la joie de Jésus. jeunes, ayez une grande âme ! N’ayez pas peur de rêver de grandes
Ne nous endormons pas ! choses !

La deuxième parabole, celle des talents, nous fait réfléchir sur le rap- Enfin, un mot sur le passage du Jugement dernier dans lequel est dé-
port entre la façon dont nous employons les dons reçus de Dieu et son crite la deuxième venue du Seigneur, quand il jugera tous les êtres hu-
retour, lorsqu’il nous demandera comment nous les avons utilisés (cf. mains, vivants et morts (cf. Mt 25, 31-46). L’image utilisée par l’évan-
Mt 25, 14-30). Nous connaissons bien la parabole : avant son départ, géliste est celle du pasteur qui sépare les brebis des chèvres. À droite
le maître remet à chaque serviteur des talents, afin qu’ils soient bien sont placés ceux qui ont agi selon la volonté de Dieu, en secourant
utilisés pendant son absence. Il en remet cinq au premier, deux au leur prochain qui a faim, qui a soif, qui est étranger, nu, malade, em-
deuxième, et un au troisième. Pendant son absence, les deux premiers prisonné — j’ai dit “étranger” : je pense aux nombreux étrangers qui
serviteurs multiplient leurs talents — il s’agit d’anciennes monnaies sont ici dans le diocèse de Rome : que faisons-nous pour eux ? — alors
— tandis que le troisième préfère enterrer le sien et le remettre intact qu’à gauche vont ceux qui n’ont pas secouru leur prochain. Cela nous
au maître. À son retour, le maître juge leurs œuvres : dit que nous serons jugés par Dieu sur la charité, sur la manière dont
il loue les deux premiers, tandis que le nous l’aurons aimé chez nos frères, en particulier les
troisième est chassé dans les ténèbres, plus faibles et démunis. Assurément, nous
parce qu’il a gardé caché le talent par devons toujours bien garder à l’esprit
peur, se refermant sur lui-même. Un que nous sommes justifiés, nous

36 37
sommes sauvés par la grâce, par un acte d’amour gratuit de Dieu qui
nous précède toujours ; tout seuls nous ne pouvons rien faire. La foi est
Je crois en l’Esprit Saint
avant tout un don que nous avons reçu. Mais pour porter des fruits, la qui est Seigneur et qui donne la vie
grâce de Dieu demande toujours notre ouverture à Lui, notre réponse
libre et concrète. Le Christ vient nous apporter la miséricorde de Dieu Audience pontificale du pape François du 8 mai 2013
qui sauve. Il nous est demandé de nous confier à Lui, de répondre au
don de son amour par une vie bonne, faite d’actions animées par la
foi et par l’amour.
Chers frères et sœurs, bonjour !
Chers frères et sœurs, envisager le Jugement dernier ne doit jamais
nous faire peur ; au contraire, cela nous pousse à mieux vivre le pré- Le temps pascal que nous sommes en train de vivre dans la joie, gui-
sent. Dieu nous offre avec miséricorde et patience ce temps, afin que dés par la liturgie de l’Église, est par excellence le temps de l’Esprit
nous apprenions chaque jour à le reconnaître chez les pauvres et Saint donné “sans mesure” (cf. Jn 3, 34) par Jésus crucifié et ressuscité.
chez les petits, afin que nous nous prodiguions pour le bien et que Ce temps de grâce se conclut par la fête de la Pentecôte, où l’Église
nous soyons vigilants dans la prière et dans l’amour. Que le Seigneur, revit l’effusion de l’Esprit sur Marie et sur les apôtres réunis en prière
au terme de notre existence et de l’histoire, puisse nous reconnaître au cénacle.
comme des serviteurs bons et fidèles. Merci.
Mais qui est l’Esprit Saint ? Dans le Credo, nous professons avec foi :
“Je crois en l’Esprit Saint qui est Seigneur et qui donne la vie”. La pre-
mière vérité à laquelle nous adhérons dans le Credo est que l’Esprit-
Saint est Kyrios, Seigneur. Cela signifie qu’il est vraiment Dieu comme
le sont le Père et le Fils, objet, de notre part, du même acte d’adora-
tion et de glorification que celui que nous adressons au Père et au
Fils. L’Esprit Saint, en effet, est la troisième personne de la Très Sainte
Trinité ; il est le grand don du Christ Ressuscité qui ouvre notre esprit
et notre cœur à la foi en Jésus comme le Fils envoyé par le Père, et qui
nous guide à l’amitié, à la communion avec Dieu.

Mais je voudrais m’arrêter surtout sur le fait que l’Esprit Saint est la
source intarissable de la vie de Dieu en nous. L’homme de tous les
temps et de tous les lieux désire une vie pleine et belle, juste et bonne,
une vie qui ne soit pas menacée par la mort, mais qui puisse mûrir et
grandir jusqu’à atteindre sa plénitude. L’homme est comme un mar-
cheur qui, à travers les déserts de la vie, a soif d’une eau vive, jaillis-
sante et fraîche, capable de désaltérer en profondeur
son désir intime de lumière, d’amour, de
beauté et de paix. Nous ressentons
tous ce désir ! Et Jésus nous donne

38 39
cette eau vive : c’est l’Esprit Saint, qui procède du Père et que Jésus Paul le synthétise par ces mots : “En effet, tous ceux qu’anime l’Esprit
répand dans nos cœurs. “Je suis venu pour qu’on ait la vie, et qu’on de Dieu sont fils de Dieu. Aussi bien n’avez-vous pas reçu un esprit
l’ait surabondante”, nous dit Jésus (Jn 10, 10). d’esclaves pour retomber dans la crainte ; vous avez reçu un esprit de
fils adoptifs qui nous fait nous écrier : “Abba ! Père !”. L’Esprit même se
Jésus promet à la Samaritaine de donner une “eau vive”, en surabon- joint à notre esprit pour témoigner que nous sommes fils de Dieu. Et
dance et pour toujours, à tous ceux qui le reconnaissent comme le Fils si nous sommes fils, nous sommes aussi héritiers : héritiers de Dieu, et
envoyé par le Père pour nous sauver (cf. Jn 4, 5-26 ; 3-17). Jésus est cohéritiers du Christ, puisque nous souffrons avec lui pour être aussi
venu nous donner cette “eau vive” qu’est l’Esprit Saint pour que notre glorifiés avec lui” (8, 14-17). Voilà le don précieux que l’Esprit Saint
vie soit guidée par Dieu, soit animée par Dieu, soit nourrie par Dieu. met dans nos cœurs : la vie même de Dieu, une vie de véritables
C’est ce que nous voulons dire, lorsque nous disons que le chrétien fils, une relation d’intimité, de liberté et de confiance dans l’amour
est un homme spirituel : le chrétien est et dans la miséricorde de Dieu, qui a aussi pour effet de nous don-
une personne qui pense et agit selon ner un regard nouveau sur les autres, qu’ils soient proches ou éloi-
“L’Esprit même se joint à notre Dieu, selon l’Esprit Saint. Mais je me gnés, que nous voyons toujours comme des frères et sœurs en Jésus,
esprit pour témoigner que nous pose une question : et nous, est-ce que à respecter et à aimer. L’Esprit Saint nous apprend à regarder avec les
nous pensons selon Dieu ? Est-ce que
sommes fils de D ieu .” yeux du Christ, à vivre notre vie comme le Christ a vécu la sienne,
nous agissons selon Dieu ? Ou nous à comprendre la vie comme le Christ l’a comprise. Voilà pourquoi
laissons-nous guider par beaucoup l’eau vive qu’est l’Esprit Saint désaltère notre vie, parce qu’il nous dit
d’autres choses qui ne sont pas vrai- que nous sommes aimés de Dieu comme des fils, que nous pouvons
ment Dieu ? Chacun de nous doit répondre à cette question au plus aimer Dieu comme ses fils et que, avec sa grâce, nous pouvons vivre
profond de son cœur. en fils de Dieu, comme Jésus. Et nous, écoutons-nous l’Esprit Saint ?
Que nous dit l’Esprit Saint ? Il dit : Dieu t’aime. Il nous dit ceci. Dieu
Nous pouvons maintenant nous demander : pourquoi cette eau peut-
t’aime. Dieu t’aime vraiment. Et nous, est-ce que nous aimons Dieu
elle désaltérer en profondeur ? Nous savons que l’eau est essentielle
et les autres, comme Jésus ? Laissons-nous guider par l’Esprit Saint,
à la vie ; sans eau, on meurt ; l’eau désaltère, lave, féconde la terre.
laissons-le parler à notre cœur et nous dire ceci : que Dieu est amour,
Dans la Lettre aux Romains, nous trouvons cette expression : “L’amour
que Dieu nous attend, que Dieu est le Père, il nous aime comme un
de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous fut
véritable Père, il nous aime vraiment et ceci, seul l’Esprit Saint le dit à
donné” (5, 5). L’“eau vive”, l’Esprit Saint, Don du Ressuscité qui éta-
notre cœur. Soyons attentifs à l’Esprit Saint, écoutons-le et avançons
blit sa demeure en nous, nous purifie, nous éclaire, nous renouvelle,
sur ce chemin d’amour, de miséricorde et de pardon. Merci.
nous transforme parce qu’elle nous rend participants de la vie même
de Dieu qui est Amour. C’est pourquoi l’apôtre Paul affirme que la vie
du chrétien est animée par l’Esprit et par ses fruits, qui sont “amour,
joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres,
douceur, maîtrise de soi” (Ga 5, 22-23). L’Esprit Saint
nous introduit dans la vie divine comme “fils
du Fils unique”. Dans un autre passage
de la Lettre aux Romains, que nous
avons rappelé plusieurs fois, saint

40 41
Je crois en l’Église une, sainte, catholique de Pentecôte : les apôtres, réunis avec Marie au Cénacle, “virent appa-
raître comme une sorte de feu qui se partageait en langues et qui se
et apostolique posa sur chacun d’eux. Alors, ils furent tous remplis de l’Esprit Saint :
ils se mirent à parler en d’autres langues, et chacun s’exprimait selon
le don de l’Esprit” (Ac 2, 3-4). Le Saint-Esprit, en descendant sur les
Audience pontificale du pape François du 22 mai 2013
apôtres, les fait sortir de la pièce où ils étaient enfermés par crainte,
il les fait sortir d’eux-mêmes, et les transforme en annonciateurs et
Chers frères et sœurs, bonjour. témoins des “merveilles de Dieu” (v. 11). Et cette transformation opé-
rée par le Saint-Esprit se reflète dans la foule accourue sur place et
Dans le Credo, immédiatement après avoir professé la foi dans le provenant “de toutes les nations qui sont sous le ciel” (v. 5), parce que
Saint-Esprit, nous disons : “Je crois en l’Église une, sainte, catholique et chacun écoute les paroles des apôtres comme si elles étaient pronon-
apostolique”. Il y a un lien profond entre ces deux réalités de foi : c’est cées dans sa propre langue (v. 6).
le Saint-Esprit, en effet, qui donne vie à l’Église, guide ses pas. Sans
la présence et l’action incessante du Saint-Esprit, l’Église ne pourrait Il y a ici un premier effet important de l’action du Saint-Esprit qui conduit
pas vivre et ne pourrait accomplir le devoir que Jésus Ressuscité lui a et anime l’annonce de l’Évangile : l’unité, la communion. À Babel,
confié d’aller et de faire des disciples de toutes les nations (cf. Mt 28, selon le récit biblique, avait commencé la dispersion des peuples et la
18). Évangéliser est la mission de l’Église, pas seulement de certains, confusion des langues, fruit du geste de vanité et d’orgueil de l’homme
mais la mienne, la tienne, notre mission. L’apôtre Paul s’exclamait : qui voulait construire, uniquement par
“Malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile !” (1 Co 9, 16). Chacun ses forces, sans Dieu, “une ville, avec
doit être évangélisateur, surtout à travers sa vie ! Paul VI soulignait qu’ “Ayons confiance en Lui !” une tour dont le sommet soit dans les
“évangéliser est la grâce et la vocation propre de l’Église, son identité cieux” (Gn 11, 4). À la Pentecôte, ces
la plus profonde. Elle existe pour évangéliser” (Exhort. ap. Evangelii divisions sont surmontées. Il n’y a plus
nuntiandi, n. 14). d’orgueil envers Dieu, ni de fermeture des uns envers les autres, mais
il y a l’ouverture à Dieu, il y a le fait de sortir pour annoncer sa Parole :
Qui est le vrai moteur de l’évangélisation dans notre vie et dans l’Église ? une langue nouvelle, celle de l’amour que le Saint-Esprit reverse dans
Paul VI écrivait avec clarté : “C’est Lui le Saint-Esprit qui, aujourd’hui les cœurs (cf. Rm 5, 5) ; une langue que tous peuvent comprendre et
comme aux débuts de l’Église, agit en chaque évangélisateur qui se qui, accueillie, peut être exprimée dans toute existence et dans toute
laisse posséder et conduire par Lui, et met dans sa bouche les mots que culture. La langue de l’Esprit, la langue de l’Évangile est la langue
seul il ne pourrait trouver, tout en prédisposant aussi l’âme de celui de la communion, qui invite à surmonter fermetures et indifférence,
qui écoute pour le rendre ouvert et accueillant à la Bonne Nouvelle et divisions et conflits. Nous devrions tous nous demander : comment
au Règne annoncé” (ibid., n. 75). Pour évangéliser, alors, il est néces- est-ce que je me laisse guider par le Saint-Esprit de manière que ma
saire encore une fois de s’ouvrir à l’horizon de l’Esprit de Dieu, sans vie et mon témoignage de foi soit d’unité et de communion ? Est-ce
craindre ce qu’il peut nous demander et où il nous conduit. Ayons que je porte la parole de réconciliation et d’amour qu’est l’Évangile
confiance en Lui ! Il nous rendra capables de dans les milieux où je vis ? Parfois, il semble que se
vivre et de témoigner de notre foi, et il répète aujourd’hui ce qui est arrivé à Ba-
illuminera le cœur de ceux que nous bel : divisions, incapacité de se com-
rencontrons. Telle a été l’expérience prendre, rivalités, jalousies, égoïsme.

42 43
Moi, que fais-je avec ma vie ? Est-ce que je fais l’unité autour de moi ? Chers amis, comme l’a affirmé Benoît XVI, aujourd’hui l’Église “sent
Ou est-ce que je divise, à travers les commérages, les critiques, les surtout le vent de l’Esprit Saint qui nous aide, nous montre la vraie
jalousies ? Que fais-je ? Pensons à cela. Apporter l’Évangile, c’est an- voie ; et ainsi, avec un nouvel enthousiasme, nous sommes en chemin
noncer et vivre nous les premiers la réconciliation, le pardon, la paix, et nous rendons grâce au Seigneur” (Discours à l’assemblée ordinaire
l’unité et l’amour que le Saint-Esprit nous donne. Souvenons-nous des du synode des évêques, 27 octobre 2012). Nous renouvelons chaque
paroles de Jésus : “Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes jour notre confiance dans l’action du Saint-Esprit, la confiance qu’Il
mes disciples, c’est l’amour que vous aurez les uns pour les autres” agit en nous, Il est en nous, il nous donne la ferveur apostolique, il
(Jn 13, 34-35). nous donne la paix, il nous donne la joie. Laissons-nous guider par Lui,
nous sommes des hommes et des femmes de prière, qui témoignent
Un deuxième élément : le jour de la Pentecôte, Pierre, rempli du avec courage de l’Évangile, en devenant dans notre monde des instru-
Saint-Esprit, se met debout “avec les onze” et “à voix haute” (Ac 2, ments de l’unité et de la communion avec Dieu. Merci.
14) et “avec franchise” (v. 29) annonce la bonne nouvelle de Jésus,
qui a donné sa vie pour notre salut et que Dieu a ressuscité d’entre
les morts. Voilà un autre effet de l’action du Saint-Esprit : le courage
d’annoncer la nouveauté de l’Évangile de Jésus à tous, avec franchise
(parousie), à haute voix, à chaque époque et en chaque lieu. Et cela
a lieu aujourd’hui aussi pour l’Église et pour chacun de nous : du feu
de la Pentecôte, de l’action de l’Esprit Saint, se libèrent toujours de
nouvelles énergies de mission, de nouvelles voies à travers lesquelles
annoncer le message du salut, un nouveau courage pour évangéliser.
Ne nous fermons jamais à cette action ! Vivons avec humilité et cou-
rage l’Évangile ! Témoignons de la nouveauté, de l’espérance, de la
joie que le Seigneur apporte dans la vie. Ressentons en nous “la joie
douce et réconfortante d’évangéliser” (Paul VI, Exhort. ap. Evangelii
nuntiandi, n. 80). Car évangéliser, annoncer Jésus, nous donne de la
joie ; en revanche, l’égoïsme nous donne de l’amertume, de la tris-
tesse, nous abat ; évangéliser nous élève.

Je ne fais que mentionner un troisième élément, qui cependant est


particulièrement important : une nouvelle évangélisation, une Église
qui évangélise doit toujours partir de la prière, de la demande, comme
les apôtres au Cénacle, du feu du Saint-Esprit. Seul le rapport fidèle
et intense avec Dieu permet de sortir de ses propres fer-
metures et d’annoncer avec parousie l’Évan-
gile. Sans la prière, notre action devient
vide et notre annonce est sans âme, et
n’est pas animée par l’Esprit.

44 45
Je crois en l’Église une a pas une Église pour les Européens, une pour les Africains, une pour
les Américains, une pour les Asiatiques, une pour ceux qui vivent en
Audience pontificale du pape François du 25 septembre 2013 Océanie, non, c’est la même partout. C’est comme dans une famille,
on peut être loin, éparpillés dans le monde, mais les liens profonds
qui unissent tous les membres de la famille demeurent solides quelle
que soit la distance. Je pense, par exemple, à l’expérience de la Jour-
née mondiale de la jeunesse à Rio de Janeiro : dans cette foule infinie
Chers frères et sœurs, bonjour, de jeunes sur la plage de Copacobana, on entendait parler tant de
langues, on voyait tant de traits de visage très différents entre eux, on
Dans le “Credo”, nous disons “Je crois en l’Église une”, c’est-à-dire rencontrait des cultures différentes, et pourtant il y avait une profonde
que nous professons que l’Église est unique et cette Église est en soi unité, il se formait une unique Église, on était unis et on le sentait. De-
unité. Mais si nous regardons l’Église catholique dans le monde, nous mandons-nous tous, moi, comme catholique, est-ce que je sens cette
découvrons qu’elle comprend presque 3 000 diocèses présents sur unité ? Ou bien ne m’intéresse-t-elle pas, parce que je suis replié sur
tous les continents : tant de langues, tant de cultures ! Ici, il y a des mon petit groupe ou sur moi-même ? Suis-je au nombre de ceux qui
évêques de nombreuses cultures différentes, de nombreux pays. Il y a “privatisent” l’Église pour leur propre groupe, pour leur propre nation,
l’évêque du Sri Lanka, l’évêque d’Afrique du Sud, un évêque d’Inde, pour leurs propres amis ? Il est triste de trouver une Église “privatisée”
il y en a beaucoup ici… Des évêques d’Amérique latine. L’Église est par cet égoïsme et ce manque de foi. C’est triste ! Lorsque j’entends
présente dans le monde entier ! Et pourtant, les milliers de commu- que de nombreux chrétiens dans le monde souffrent, suis-je indiffé-
nautés catholiques forment une unité. Comment est-ce possible ? rent ou est-ce comme si l’un des membres de ma famille souffrait ?
Lorsque je pense ou que j’entends dire que de nombreux chrétiens
Nous trouvons une réponse synthétique dans le Catéchisme de l’Église
sont persécutés et donnent aussi leur vie pour leur foi, est-ce que cela
catholique, qui affirme : L’Église catholique présente dans le monde
touche mon cœur ou est-ce que cela ne m’atteint pas ? Suis-je ouvert
“a une seule foi, une seule vie sacramentelle, une seule succession
à ce frère ou à cette sœur de la famille qui donne sa vie pour Jésus
apostolique, une espérance commune et la même charité” (n. 161).
Christ ? Prions-nous les uns pour les autres ? Je vous pose une question,
C’est une belle définition, claire qui
mais ne répondez pas à voix haute, uniquement dans votre cœur :
nous oriente bien. Unité dans la foi, “Unité dans la foi, dans
combien de vous prient pour les chré-
dans l’espérance, dans la charité, uni- l’espÉRance, dans la charité, unité
tiens qui sont persécutés ? Combien ? “Humilité, douceur, patience,
dans les sacrem ENT s , dans le
té dans les sacrements, dans le minis-
Que chacun réponde dans son cœur.
tère. Ce sont comme des piliers qui amour pour conserver l ’ unité  !”
ministère .” Est-ce que je prie pour ce frère, pour
soutiennent et maintiennent l’unique
cette sœur qui est en difficulté, pour
grand édifice de l’Église. Partout où
confesser et défendre sa foi ? Il est important de regarder en dehors de
nous allons, même dans la paroisse la plus petite, dans l’angle le plus
son propre enclos, de se sentir Église, unique famille de Dieu !
reculé de cette terre, il y a l’unique Église.
Nous sommes chez nous, nous sommes en Accomplissons un autre pas et demandons-nous :
famille, nous sommes entre frères et cette unité a-t-elle des blessures 
? Pou-
sœurs. Et cela est un grand don de vons-nous blesser cette unité ? Mal-
Dieu ! L’Église est une pour tous. Il n’y heureusement, nous voyons que sur

46 47
le chemin de l’histoire, même maintenant, nous ne vivons pas tou- mordre la langue : cela nous fera du bien, car la langue se gonfle et
jours l’unité. Parfois apparaissent des incompréhensions, des conflits, ne peut plus parler et ne peut plus commérer. Est-ce que j’ai l’humi-
des tensions, des divisions, qui la blessent, et alors l’Église n’a pas le lité de recoudre avec patience, avec sacrifice, les blessures faites à la
visage que nous voudrions, elle ne manifeste pas la charité, ce que communion ?
Dieu veut. C’est nous qui créons des déchirements ! Et si nous regar-
dons les divisions qui existent encore parmi les chrétiens, les catho- Enfin, le dernier passage de manière plus approfondie. Et c’est une
liques, les orthodoxes, les protestants… nous ressentons la difficulté belle question : qui est le moteur de cette unité de l’Église ? C’est le
de rendre pleinement visible cette unité. Dieu nous donne l’unité, Saint-Esprit que nous avons tous reçu dans le Baptême et aussi dans
mais nous avons souvent du mal à la vivre. Il faut chercher, construire le sacrement de la confirmation. C’est le Saint-Esprit. Notre unité n’est
la communion, éduquer à la communion, à surmonter les incompré- pas avant tout le fruit de notre assentiment ou de la démocratie dans
hensions et les divisions, en commençant par la famille, par les réalités l’Église, ou de notre effort pour nous entendre, mais elle vient de Lui
ecclésiales, également dans le dialogue œcuménique. Notre monde qui fait l’unité dans la diversité, car le Saint-Esprit est harmonie, il crée
a besoin d’unité, c’est une époque où nous avons tous besoin d’unité, toujours l’harmonie dans l’Église. Il est une unité harmonique dans
nous avons besoin de réconciliation, de communion et l’Église est la une aussi grande diversité de cultures, de langues et de pensée. C’est
Maison de la communion. Saint Paul disait aux chrétiens d’Éphèse : le Saint-Esprit qui est le moteur. C’est pourquoi la prière est impor-
“Je vous exhorte donc, moi le prisonnier dans le Seigneur, à mener tante, elle qui est l’âme de notre engagement d’hommes et de femmes
une vie digne de l’appel que vous avez reçu : en toute humilité, dou- de communion, d’unité. La prière à l’Esprit Saint, afin qu’il vienne et
ceur et patience, supportez-vous les uns les autres avec charité ; appli- qu’il fasse l’unité dans l’Église.
quez-vous à conserver l’unité de l’Esprit par ce lien qu’est la paix”
Demandons au Seigneur : Seigneur, donne-nous d’être toujours plus
(4, 1-3) ? Humilité, douceur, patience, amour pour conserver l’unité !
unis, de n’être jamais des instruments de division ; fais que nous nous
Telles sont les routes, les véritables routes de l’Église. Écoutons-les
engagions, comme le dit une belle prière franciscaine, à apporter
une fois de plus. Humilité contre la vanité, contre l’orgueil, humilité,
l’amour là où existe la haine, à apporter le pardon là où se trouve
douceur, patience, amour pour conserver l’unité. Et Paul poursuivait :
l’offense, à apporter l’union là où règne la discorde. Ainsi soit-il.
un seul corps, celui du Christ que nous recevons dans l’Eucharistie ;
un seul Esprit, le Saint-Esprit qui anime et recrée sans cesse l’Église ;
une seule espérance, la vie éternelle ; une seule foi, un seul Baptême,
un seul Dieu, Père de tous (cf. vv. 4-6). La richesse de ce qui nous
unit ! Et il s’agit d’une véritable richesse : ce qui nous unit, pas ce qui
nous divise. Telle est la richesse de l’Église ! Que chacun se demande
aujourd’hui : est-ce que je fais croître l’unité dans la famille, dans la
paroisse, dans la communauté, ou est-ce que je suis un bavard, une
bavarde ? Est-ce que je suis un motif de division, de malaise ? Vous ne
savez pas le mal que font à l’Église, aux paroisses,
aux communautés, les commérages ! Ils
font mal ! Les commérages blessent.
Avant de commérer un chrétien doit
se mordre la langue ! Oui ou non ? Se

48 49
Je crois en l’Église une, sainte 28, 20) ; elle est sainte parce qu’elle est guidée par l’Esprit Saint qui
purifie, transforme, renouvelle. Elle n’est pas sainte en vertu de nos
mérites, mais parce que Dieu la rend sainte, elle est le fruit de l’Esprit
Audience pontificale du pape François du 2 octobre 2013 Saint et de ses dons. Ce n’est pas nous qui la rendons sainte. C’est
Dieu, l’Esprit Saint, qui dans son amour rend l’Église sainte.
Chers frères et sœurs, bonjour ! Vous pourriez me dire : mais l’Église est formée de pécheurs, nous le
voyons chaque jour. Et cela est vrai, nous sommes une Église de pé-
Dans le “Credo”, après avoir professé : “Je crois en l’Église une”, nous cheurs ; et nous pécheurs sommes appelés à nous laisser transformer,
ajoutons l’adjectif : “sainte” ; c’est-à-dire que nous affirmons la sain- renouveler, sanctifier par Dieu. Il y a eu dans l’histoire la tentation de
teté de l’Église, et il s’agit d’une caractéristique qui est présente depuis certains qui affirmaient : l’Église est seulement l’Église des purs, de
le début dans la conscience des premiers chrétiens, qui s’appelaient ceux qui sont entièrement cohérents, et les autres doivent être éloi-
simplement “les saints” (cf. Ac 9, 13.32.41 ; Rm 8, 27 ; 1 Co 6, 1), gnés. Cela n’est pas vrai ! Cela est une hérésie ! L’Église, qui est sainte,
parce qu’ils avaient la certitude que c’est l’action de Dieu, l’Esprit ne refuse pas les pécheurs ; nous tous, elle ne nous refuse pas. Elle ne
Saint qui sanctifie l’Église. refuse pas car elle appelle tous, elle les
Mais dans quel sens l’Église est-elle sainte, si nous voyons que l’Église accueille, elle est ouverte également à
historique, dans son chemin au fil des siècles, a eu tant de difficul- ceux qui sont le plus éloignés, elle ap- “la sainteté consiste à laisser
tés, de problèmes, de moments sombres ? Comment une Église faite pelle chacun à se laisser entourer par agir D ieu ”
d’êtres humains, de pécheurs, peut-elle être sainte ? Des hommes pé- la miséricorde, par la tendresse et par
cheurs, des femmes pécheresses, des prêtres pécheurs, des religieuses le pardon du Père, qui offre à tous la
pécheresses, des évêques pécheurs, des cardinaux pécheurs, un Pape possibilité de le rencontrer, de marcher vers la sainteté. “Mais, Père,
pécheur ? Tous. Comment une telle Église peut-elle être sainte ? moi je suis un pécheur, j’ai commis de grands péchés, comment puis-
je sentir que je fais partie de l’Église ?”. Cher frère, chère sœur, c’est
Pour répondre à cette question, je voudrais me laisser guider par un précisément cela que désire le Seigneur ; que tu lui dises : “Seigneur,
passage de la Lettre de saint Paul aux chrétiens d’Éphèse. L’apôtre, je suis ici, avec mes péchés”. L’un d’entre vous est-il ici sans péché ?
en prenant comme exemple les rela- Personne, personne d’entre nous. Nous portons tous avec nous nos
tions familiales, affirme que “le Christ “le Christ a aimé l’Église : péchés. Mais le Seigneur veut nous entendre dire : “Pardonne-moi,
a aimé l’Église : il s’est livré pour elle, il s’est livré pour elle, afin de la aide-moi à marcher, transforme mon cœur !”. Et le Seigneur peut trans-
former le cœur. Dans l’Église, le Dieu que nous rencontrons n’est pas
sanctifier ”
afin de la sanctifier” (5, 25-26). Le
Christ a aimé l’Église, en se donnant un juge impitoyable, mais il est comme le Père de la parabole évan-
tout entier sur la croix. Et cela signi- gélique. Il peut être comme le fils qui a quitté la maison, qui a touché
fie que l’Église est sainte parce qu’elle procède de Dieu qui est saint, le fond de l’éloignement de Dieu. Lorsque tu as la force de dire : je
lui est fidèle et il ne l’abandonne pas au pouvoir veux rentrer à la maison, tu trouveras la porte ouverte, Dieu vient à ta
de la mort et du mal (cf. Mt 16, 18). Elle rencontre parce qu’il t’attend toujours, Dieu t’attend
est sainte parce que Jésus Christ, le toujours, Dieu t’embrasse, il t’embrasse, et
Saint de Dieu (cf. Mc 1, 24), est uni se réjouit. Ainsi est le Seigneur, ainsi
de façon indissoluble à elle (cf. Mt est la tendresse de notre Père céleste.

50 51
Le Seigneur veut que nous fassions partie d’une Église qui sait ouvrir
ses bras pour accueillir tous, qui n’est pas la maison de quelques-uns,
Je crois en l’Église une, sainte, catholique
mais la maison de tous, où tous puissent être renouvelés, transformés,
sanctifiés par son amour, les plus forts et les plus faibles, les pécheurs, Audience pontificale du pape François du 9 octobre 2013
les indifférents, ceux qui se sentent découragés et perdus. L’Église offre
à tous la possibilité de parcourir la voie de la sainteté, qui est la voie
du chrétien. Elle nous fait rencontrer Jésus Christ dans les Sacrements,
en particulier dans la confession et dans l’Eucharistie. Elle nous com- Chers frères et sœurs, bonjour !
munique la Parole de Dieu, elle nous fait vivre dans la charité, dans
l’amour de Dieu envers tous. Demandons-nous, alors : nous laissons- “Je crois en l’Église une, sainte, catholique…”. Aujourd’hui, nous nous
nous sanctifier ? Sommes-nous une Église qui appelle et accueille à arrêtons pour réfléchir sur cette Note de l’Église : disons catholique,
bras ouverts les pécheurs, qui donne courage, espérance, ou sommes- c’est l’Année de la catholicité. Avant tout, que signifie catholique ?
nous une Église fermée sur elle-même ? Sommes-nous une Église où Ce mot dérive du grec “kath’olòn”, qui veut dire “selon le tout”, la
l’on vit l’amour de Dieu, où l’on fait attention à l’autre, où l’on prie les totalité. Dans quel sens cette totalité s’applique-t-elle à l’Église ? Dans
uns pour les autres ? quel sens disons-nous que l’Église est catholique ? Je dirais selon trois
significations fondamentales.
Une dernière question : que puis-je faire, moi qui me sens faible, fra-
gile, pécheur ? Dieu te dit : n’aie pas peur de la sainteté, n’aie pas La première. L’Église est catholique parce que c’est l’espace, la maison
peur de viser haut, de te laisser aimer et purifier par Dieu, n’aie pas dans laquelle est annoncée la foi tout entière, dans laquelle le salut
peur de te laisser guider par l’Esprit Saint. Laissons-nous toucher par la que nous a apporté le Christ est offert à tous. L’Église nous fait ren-
sainteté de Dieu. Chaque chrétien est appelé à la sainteté (cf. Const. contrer la miséricorde de Dieu qui nous transforme parce qu’en elle
dogm. Lumen gentium, nn. 39-42), et la sainteté ne consiste pas avant est présent Jésus Christ, qui lui donne la véritable confession de foi,
tout à faire des choses extraordinaires, mais à laisser agir Dieu. C’est la plénitude de la vie sacramentelle,
la rencontre de notre faiblesse avec la force de sa grâce, c’est avoir l’authenticité du ministère ordonné.
confiance dans son action qui nous permet de vivre dans la charité, Dans l’Église, chacun de nous trouve “l’Église est catholique, parce
de tout faire avec joie et humilité, pour la gloire de Dieu et au ser- ce qui est nécessaire pour croire, pour qu ’ elle est la maison de tous .”
vice du prochain. Il y a une phrase célèbre de l’écrivain français Léon vivre en chrétiens, pour devenir saints,
Bloy ; dans les derniers moments de sa vie, il disait : “Il n’y a qu’une pour marcher en tout lieu et en toute
seule tristesse dans la vie, celle de ne pas être saints”. Ne perdons pas époque.
l’espérance dans la sainteté, parcourons tous cette voie. Voulons-nous
être saints ? Le Seigneur nous attend tous, les bras ouverts ; il nous at- Pour donner un exemple, nous pouvons dire que c’est comme dans
tend pour nous accompagner sur cette voie de la sainteté. Vivons avec la vie de famille ; dans la famille, à chacun de nous est donné tout
joie notre foi, laissons-nous aimer par le Seigneur… ce qui nous permet de croître, de mûrir, de vivre. On ne peut croître
Demandons ce don à Dieu dans la prière, seuls, on ne peut marcher seuls, en s’isolant, mais on
pour nous et pour les autres. marche et on croît dans une communauté,
dans une famille. Et il en est ainsi dans
l’Église ! Dans l’Église, nous pouvons

52 53
écouter la Parole de Dieu, certains que c’est le message que le Sei- Comme cela est beau ! Puis sentir que nous sommes tous en mission,
gneur nous a donné ; dans l’Église, nous pouvons rencontrer le Sei- petites ou grandes communautés, nous
gneur dans les Sacrements qui sont les fenêtres ouvertes à travers les- devons tous ouvrir nos portes et sor-
quelles nous est donnée la lumière de Dieu, des ruisseaux auxquels tir pour l’Évangile. Demandons-nous “l’Église est catholique, parce
nous puisons la vie même de Dieu ; dans l’Église, nous apprenons à alors : qu’est-ce que je fais pour com- qu ’ elle est la ‘M aison de
vivre la communion, l’amour qui vient de Dieu. Chacun de nous peut muniquer aux autres la joie de rencon- l ’ harmonie ’.”
se demander aujourd’hui  : comment trer le Seigneur, la joie d’appartenir à
est-ce que je vis dans l’Église ? Lorsque l’Église ? Annoncer et témoigner la foi
je vais à l’église, est-ce comme si j’étais n’est pas l’affaire de quelques-uns, mais concerne également moi, toi,
“l’Église est catholique, parce
au stade, à un match de football ? Est-ce chacun de nous !
qu ’ elle est universelle .” comme si j’étais au cinéma ? Non, c’est
autre chose. Comment vais-je à l’église ? Une troisième et dernière pensée : l’Église est catholique, parce qu’elle
Comment est-ce que j’accueille les dons est la “Maison de l’harmonie” où unité et diversité savent se conjuguer
que l’Église m’offre, pour croître, pour mûrir comme chrétien ? Est-ce ensemble pour être une richesse. Pensons à l’image de la symphonie,
que je participe à la vie de communauté ou est-ce que je vais à l’église qui veut dire accord, harmonie, divers instruments jouent ensemble ;
en me repliant sur mes problèmes, en m’isolant des autres ? Dans ce chacun conserve son timbre unique et ses caractéristiques de son
premier sens, l’Église est catholique, parce qu’elle est la maison de s’accordent sur quelque chose de commun. Ensuite, il y a celui qui
tous. Tous sont fils de l’Église et tous sont dans cette maison. dirige, le chef d’orchestre, et dans la symphonie qui est exécutée tous
jouent ensemble en “harmonie”, mais le timbre de chaque instrument
Une deuxième signification : l’Église est catholique parce qu’elle est n’est pas effacé ; au contraire, la particularité de chacun est valorisée
universelle, elle est présente dans chaque partie du monde et annonce au maximum !
l’Évangile à chaque homme et chaque femme. L’Église n’est pas un
groupe d’élite, elle ne concerne pas seulement quelques personnes. C’est une belle image qui nous dit que l’Église est comme un grand
L’Église n’a pas de fermetures, elle est envoyée à la totalité des per- orchestre dans lequel il existe une grande variété. Nous ne sommes
sonnes, à la totalité du genre humain. Et l’unique Église est présente pas tous pareils et nous ne devons pas être tous pareils. Nous sommes
également dans ses plus petites parties. Chacun peut dire : dans ma tous divers, différents, chacun avec ses qualités. Voilà ce qui est beau
paroisse est présente l’Église catholique, parce qu’elle aussi fait par- dans l’Église : chacun apporte ce qui lui appartient, ce que Dieu lui
tie de l’Église universelle, elle aussi possède la plénitude des dons a donné, pour enrichir les autres. Et entre les membres il existe cette
du Christ, la foi, les sacrements, le ministère ; elle est en communion différence, mais c’est une différence qui n’entre pas en conflit, qui
avec l’évêque, avec le Pape et elle est ouverte à tous, sans distinction. ne s’oppose pas ; c’est une variété qui se laisse fondre en harmonie
L’Église n’est pas seulement à l’ombre de notre clocher, mais elle em- par l’Esprit Saint ; c’est Lui le véritable “Maître”, il est Lui-même har-
brasse une vaste étendue de personnes, de peuples qui professent la monie. Et ici nous nous demandons : dans nos communautés vivons-
même foi, se nourrissent de la même Eucharistie, sont nous l’harmonie ou nous disputons-nous entre nous ? Dans ma com-
servis par les mêmes pasteurs. Se sentir en munauté paroissiale, dans mon mouvement, celui
communion avec toutes les Églises, dans lequel j’appartiens à l’Église, y a-t-il
avec toutes les communautés catho- des commérages ? S’il y a des commé-
liques petites ou grandes du monde ! rages il n’y a pas d’harmonie, mais

54 55
une lutte. Et cela n’est pas l’Église. L’Église est l’harmonie de tous : il
ne faut jamais commérer l’un contre l’autre, jamais se disputer ! Ac-
Je crois en l’Église une, sainte, catholique
ceptons-nous l’autre, acceptons-nous qu’il existe une juste diversité, et apostolique
que celui-ci soit différent, que celui-ci pense d’une manière ou d’une
autre — dans la même foi on peut penser différemment — ou ten- Audience pontificale du pape François du 16 octobre 2013
dons-nous à tout uniformiser ? Mais l’uniformité tue la vie. La vie de
l’Église est diversité, et quand nous voulons plaquer cette uniformité
Chers frères et sœurs, bonjour !
sur tous, nous tuons les dons du Saint-Esprit. Prions le Saint-Esprit, qui
est précisément l’auteur de cette unité dans la diversité, de cette har- Quand nous récitons le Credo, nous disons “Je crois en l’Église une,
monie, pour qu’elle nous rende toujours plus “catholiques”, c’est-à- sainte, catholique et apostolique”. Je ne sais pas si vous avez déjà
dire membres de cette Église qui est catholique et universelle ! Merci. réfléchi sur la signification qu’a l’expression “L’Église est apostolique”.
Peut-être, une fois ou l’autre, en venant à Rome, avez-vous pensé à
l’importance des apôtres Pierre et Paul qui ont donné leur vie pour
apporter et témoigner de l’Évangile.

Mais c’est davantage que cela. Professer que l’Église est apostolique
signifie souligner le lien constitutif qu’elle entretient avec les apôtres,
avec ce petit groupe de douze hommes que Jésus appela un jour à
lui, il les appela par leur nom, pour qu’ils restent avec Lui et pour
les envoyer prêcher (cf. Mc 3, 13-19). “Apôtre”, en effet, est un mot
grec qui veut dire “mandaté”, “envoyé”.
Un apôtre est une personne qui est man-
“Apôtre” est un mot grec qui veut datée, est envoyée faire quelque chose
dire “ mandaté ”, “ envoyé ” et les apôtres ont été choisis, appelés et
envoyés par Jésus, pour continuer son
œuvre, c’est-à-dire prier — c’est le pre-
mier travail d’un apôtre — et, deuxièmement, annoncer l’Évangile.
Cela est important, parce que quand nous pensons aux apôtres nous
pourrions penser qu’ils sont allés uniquement annoncer l’Évangile,
faire un grand nombre d’œuvres. Mais dans les premiers temps de
l’Église, il y a eu un problème parce que les apôtres devaient faire
beaucoup de choses et alors ils ont constitué les diacres, pour réserver
aux apôtres plus de temps pour prier et annoncer la Parole de Dieu.
Lorsque nous pensons aux successeurs des apôtres,
aux évêques, y compris au Pape car lui
aussi est un évêque, nous devons
nous demander si ce successeur des

56 57
apôtres, en premier lieu, prie et ensuite s’il annonce l’Évangile : c’est jusqu’à nous ce que les apôtres ont vécu avec Jésus, ce qu’ils ont
cela être apôtre et c’est pour cette raison que l’Église est apostolique. écouté de Lui ? Voilà la deuxième si-
Nous tous, si nous voulons être des apôtres comme je l’expliquerai à gnification du terme “apostolicité”. Le
présent, nous devons nous demander : est-ce que je prie pour le salut l ’É glise est apostolique car elle Catéchisme de l’Église catholique af-
du monde ? Est-ce que j’annonce l’Évangile ? C’est cela l’Église apos- est envoyée apporter l ’É vangile au firme que l’Église est apostolique parce
tolique ! C’est un lien constitutif que monde entier qu’“elle garde et transmet, avec l’aide
nous avons avec les apôtres. Notre foi, l’Église que le Christ de l’Esprit Saint, l’enseignement, le bon
a voulue , ne se fonde pas sur une dépôt, les saines paroles entendues des
En partant de là, justement, je voudrais apôtres” (n. 857). L’Église conserve au cours des siècles ce trésor pré-
souligner brièvement trois significa- idée , [...], elle se fonde sur le
cieux, qui est l’Écriture Sainte, la doctrine, les sacrements, le ministère
tions de l’adjectif “apostolique” appli- Christ lui-même. des pasteurs, de sorte que nous puissions être fidèles au Christ et parti-
qué à l’Église. ciper à sa vie même. C’est comme un fleuve qui coule dans l’histoire,
se développe, irrigue, mais l’eau qui coule est toujours celle qui part
L’Église est apostolique parce qu’elle est fondée sur la prédication et
de la source, et la source c’est le Christ lui-même : Il est le Ressuscité,
la prière des apôtres, sur l’autorité qui leur a été donnée par le Christ
Il est le Vivant, et ses paroles ne passent pas, car Il ne passe pas, Il est
lui-même. Saint Paul écrit aux chrétiens d’Éphèse : “Vous êtes citoyens
vivant, aujourd’hui Il est parmi nous ici, Il nous entend et nous parlons
du peuple saint, membres de la famille de Dieu, car vous avez été
avec Lui et Il nous écoute, Il est dans notre cœur. Jésus est avec nous,
intégrés dans la construction qui a pour fondations les apôtres et les
aujourd’hui ! Telle est la beauté de l’Église : la présence de Jésus Christ
prophètes ; et la pierre angulaire c’est le Christ Jésus lui-même” (2,
parmi nous. Pensons-nous quelquefois combien est important ce don
19-20) ; il compare donc les chrétiens à des pierres vivantes qui for-
que le Christ nous a fait, le don de l’Église, où nous pouvons le ren-
ment un édifice qui est l’Église, et cet édifice est fondé sur les apôtres,
contrer ? Pensons-nous quelquefois que c’est précisément l’Église sur
comme piliers, et la pierre qui soutient le tout est Jésus lui-même.
son chemin au cours de ces siècles — malgré les difficultés, les pro-
Sans Jésus l’Église ne peut pas exister ! Jésus est vraiment la base de
blèmes, les faiblesses, nos péchés — qui nous transmet l’authentique
l’Église, le fondement ! Les apôtres ont vécu avec Jésus, ils ont écouté
message du Christ ? qui nous donne la sécurité que ce en quoi nous
ses paroles, ils ont partagé sa vie, ils ont surtout été témoins de sa mort
croyons est réellement ce que le Christ nous a communiqué ?
et de sa résurrection. Notre foi, l’Église que le Christ a voulue, ne se
fonde pas sur une idée, elle ne se fonde pas sur une philosophie, elle La dernière pensée : l’Église est apostolique car elle est envoyée ap-
se fonde sur le Christ lui-même. Et l’Église est comme une plante qui porter l’Évangile au monde entier. Elle continue sur le chemin de l’his-
a grandi au fil des siècles, s’est développée, a porté des fruits, mais toire la mission même que Jésus a confiée aux apôtres : “Allez donc !
ses racines sont bien plantées en Lui et l’expérience fondamentale De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père,
du Christ qu’ont eue les apôtres, choisis et envoyés par Jésus, arrive et du Fils et du Saint-Esprit ; et apprenez-leur à garder tous les com-
jusqu’à nous. De cette petite plante jusqu’à aujourd’hui, ainsi l’Église mandements que je vous ai donnés. Et moi, je suis avec vous tous les
est dans le monde entier. jours jusqu’à la fin du monde” (Mt 28, 19-20). Tel est ce que Jésus
nous a demandé de faire ! J’insiste sur cet aspect de
Mais demandons-nous : comment est-il
la missionnarité, car le Christ invite tous
possible pour nous de nous unir à ce
à “aller” à la rencontre des autres, il
témoignage, comment peut parvenir
nous envoie, nous demande de nous

58 59
remuer pour apporter la joie de l’Évangile ! Encore une fois deman-
dons-nous : sommes-nous missionnaires à travers notre parole, mais
La communion des Saints (1)
surtout notre vie chrétienne, notre témoignage ? Ou sommes-nous des
chrétiens enfermés dans notre cœur et dans nos Églises, des chrétiens Audience pontificale du pape François du 30 octobre 2013
de sacristie ? Des chrétiens uniquement en paroles, mais qui vivent
comme des païens ? Nous devons nous poser ces questions, qui ne
sont pas un reproche. Moi aussi je me le dis à moi-même : comment Chers frères et sœurs, bonjour !
suis-je chrétien, vraiment à travers le témoignage ?
Aujourd’hui, je voudrais parler d’une très belle réalité de notre foi,
L’Église a ses racines dans l’enseignement des apôtres, témoins au- celle de la “communion des saints”. Le Catéchisme de l’Église catho-
thentiques du Christ, mais elle regarde vers l’avenir, elle a la ferme lique nous rappelle que cette expression recouvre deux réalités : la
conscience d’être envoyée — envoyée par Jésus —, d’être mission- communion aux choses saintes et la communion entre les personnes
naire, en portant le nom de Jésus à travers la prière, l’annonce et le té- saintes (n. 948). Je m’arrête sur cette seconde signification : il s’agit
moignage. Une Église qui se ferme sur elle-même et sur le passé, une d’une vérité parmi les plus réconfortantes de notre foi, car elle nous
Église qui regarde uniquement les petites règles d’habitudes, d’atti- rappelle que nous ne sommes pas seuls mais qu’il existe une commu-
tudes, est une Église qui trahit sa propre identité ; une Église fermée tra- nion de vie entre tous ceux qui appartiennent au Christ. Une com-
hit sa propre identité ! Alors, redécouvrons aujourd’hui toute la beauté munion qui naît de la foi ; en effet,
et la responsabilité d’être Église apostolique ! Et rappelez-vous : Église le terme “saints” se réfère à ceux qui
apostolique parce que nous prions — première tâche — et parce que croient dans le Seigneur Jésus et sont
L’Église, [...], est communion
nous annonçons l’Évangile à travers notre vie et nos paroles. incorporés à Lui dans l’Église par le avec Dieu, familiarité avec Dieu,
baptême. C’est pour cette raison que communion d ’ amour avec le
les premiers chrétiens étaient appelés Christ et avec le Père dans le
aussi “les saints” (cf. Ac 9, 13.32.41 ; Saint-Esprit, qui se prolonge en
Rm 8, 27 ; 1 Cor 6, 1).
une communion fraternelle .
1. L’Évangile de Jean atteste que,
avant sa Passion, Jésus pria le Père pour la communion entre les dis-
ciples, avec ces mots : “Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en
moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le
monde croie que tu m’as envoyé” (17, 21). L’Église, dans sa vérité la
plus profonde, est communion avec Dieu, familiarité avec Dieu, com-
munion d’amour avec le Christ et avec le Père dans le Saint-Esprit,
qui se prolonge en une communion fraternelle. Cette relation entre
Jésus et le Père est la “source” du lien entre nous
chrétiens : si nous sommes intimement insé-
rés dans cette “source”, dans ce foyer
ardent d’amour, alors nous pouvons

60 61
devenir vraiment un seul cœur et une seule âme entre nous, parce union — nous sommes une grande famille, où toutes les composantes
que l’amour de Dieu brûle nos égoïsmes, nos préjugés, nos divisions s’aident et se soutiennent entre elles.
intérieures et extérieures. L’amour de Dieu brûle aussi nos péchés.
3. Et venons-en à un autre aspect : la communion des saints va au-delà
2. Si existe cet enracinement dans la source de l’Amour, qui est Dieu, de la vie terrestre, elle va au-delà de la mort et dure pour toujours.
alors le mouvement réciproque se vérifie lui aussi : des frères à Dieu ; Cette union entre nous, va au-delà et continue dans l’autre vie ; c’est
l’expérience de la communion fraternelle me conduit à la commu- une union spirituelle qui naît du baptême et qui n’est pas brisée par
nion avec Dieu. Être unis entre nous nous conduit à être unis avec la mort, mais, grâce au Christ ressuscité, elle est destinée à trouver sa
Dieu, nous conduit à ce lien avec Dieu qui est notre Père. Cela est le plénitude dans la vie éternelle. Il existe un lien profond et indissoluble
deuxième aspect de la communion des saints que je voudrais souli- entre ceux qui sont encore pèlerins dans ce monde — entre nous —
gner : notre foi a besoin du soutien des et ceux qui ont franchi le seuil de la mort pour entrer dans l’éternité.
Si nous sommes unis, autres, notamment dans les moments Tous les baptisés ici-bas sur terre, les âmes du purgatoire et tous les
difficiles. Si nous sommes unis la foi bienheureux qui sont déjà au paradis forment une seule grande fa-
la foi devient forte
devient forte. Qu’il est beau de nous mille. Cette communion entre la terre et le ciel se réalise en particulier
soutenir les uns les autres dans l’aven- dans la prière d’intercession.
ture merveilleuse de la foi ! Je dis cela parce que la tendance à s’enfer-
mer dans le privé a influencé aussi le domaine religieux, si bien que Chers amis, nous avons cette beauté ! C’est une réalité qui nous ap-
très souvent on a du mal à demander l’aide spirituelle de ceux qui par- partient, à tous, qui nous rend frères, qui nous accompagne sur le
tagent avec nous l’expérience chrétienne. Qui d’entre nous tous n’a chemin de la vie et qui nous fait nous retrouver une autre fois là-haut,
pas fait l’expérience des incertitudes, des désarrois et même de doutes dans le ciel. Avançons sur ce chemin avec confiance, avec joie. Un
sur le chemin de la foi ? Nous en avons tous fait l’expérience, moi aus- chrétien doit être joyeux, avec la joie d’avoir tant de frères baptisés
si : cela fait partie du chemin de la foi, cela fait partie de notre vie. Tout qui marchent avec lui ; soutenu par l’aide des frères et des sœurs qui
cela ne doit pas nous surprendre, parce que nous sommes des êtres suivent cette même route pour aller au ciel ; et aussi avec l’aide des
humains, marqués par des fragilités et des limites ; nous sommes tous frères et des sœurs qui sont au ciel et qui prient Jésus pour nous. Al-
fragiles, nous avons tous des limites. lons de l’avant sur cette route avec joie !
Toutefois, dans ces moments diffi-
ciles il faut avoir confiance en l’aide
Cette union entre nous, [...]c’est
de Dieu, à travers la prière filiale, et, une union spirituelle qui naît du
dans le même temps, il est important baptême et qui n ’est pas brisée par
de trouver le courage et l’humilité de la mort ,
s’ouvrir aux autres, pour demander
de l’aide, pour demander de nous
donner un coup de main. Combien de fois avons-
nous fait cela avant de réussir à résoudre
le problème et trouver Dieu une nou-
velle fois ! Dans cette communion
— communion veut dire commune-

62 63
La communion des Saints (2) renforçant leur appartenance.

Chaque rencontre avec le Christ, qui dans les sacrements nous donne
Audience pontificale du pape François du 6 novembre 2013
le salut, nous invite à “aller” et communiquer aux autres un salut que
nous avons pu voir, toucher, rencontrer, accueillir, et qui est vraiment
crédible, parce qu’il est l’amour. De cette manière, les sacrements
Chers frères et sœurs, bonjour ! nous poussent à être missionnaires, et l’engagement apostolique d’ap-
porter l’Évangile dans tous les milieux, même les plus hostiles, consti-
Mercredi dernier, j’ai parlé de la communion des saints, entendue tue le fruit le plus authentique d’une vie sacramentelle assidue, car
comme communion entre les personnes saintes, c’est-à-dire entre elle est participation à l’initiative salvifique de Dieu, qui veut donner à
nous croyants. Aujourd’hui, je voudrais approfondir l’autre aspect de tous le salut. La grâce des sacrements alimente en nous une foi forte et
cette réalité : vous vous souvenez qu’il y avait deux aspects : l’un, la joyeuse, une foi qui sait se surprendre des “merveilles” de Dieu et sait
communion, l’unité entre nous et l’autre aspect la communion aux résister aux idoles du monde. C’est pourquoi, il est important de faire
choses saintes, aux biens spirituels. Les deux aspects sont étroitement la communion, il est important que les enfants soient baptisés rapide-
liés entre eux ; en effet, la communion entre les chrétiens grandit à ment, qu’ils soient confirmés, parce
travers la participation aux biens spirituels. En particulier nous consi- que les sacrements sont la présence Les charismes sont des grâces
dérons : les sacrements, les charismes et la charité (cf. Catéchisme de de Jésus Christ en nous, une présence particulières, offertes à certains
l’Église catholique nn. 949-953). Nous qui nous aide. Il est important, quand
pour faire du bien à beaucoup
grandissons en unité, en communion nous nous sentons pécheurs, de s’ap-
Les Sacrements ne sont pas des avec : les sacrements, les charismes d ’ autres .
procher du sacrement de la Récon-
apparences que chacun reçoit de l’Esprit Saint et ciliation. Quelqu’un dira peut-être :
avec la charité. “Mais j’ai peur, parce que le prêtre va me bastonner”. Non, le prêtre
ne te bastonnera pas. Sais-tu qui tu rencontreras dans le sacrement de
Tout d’abord, la communion aux Sacrements. Les Sacrements expri- la Réconciliation ? Tu rencontreras Jésus qui te pardonne ! C’est Jésus
ment et réalisent une communion effective et profonde entre nous, qui t’attend là ; et cela est le sacrement qui fait grandir toute l’Église.
car en eux nous rencontrons le Christ Sauveur et, à travers Lui, nos
frères dans la foi. Les Sacrements ne sont pas des apparences, ce ne Un deuxième aspect de la communion aux choses saintes est celui
sont pas des rites, mais ils sont la force du Christ ; c’est Jésus Christ de la communion des charismes. Le Saint-Esprit dispense aux fidèles
présent dans les Sacrements. Quand nous célébrons l’Eucharistie une multitude de dons et de grâces spirituelles ; cette richesse, disons,
c’est Jésus vivant qui nous réunit, fait de nous une communauté, nous “imaginative” des dons du Saint-Esprit est finalisée à l’édification de
fait adorer le Père. Chacun de nous en effet, à travers le Baptême, la l’Église. Les charismes — un mot un peu difficile — sont les cadeaux
Confirmation et l’Eucharistie, est incorporé au Christ et uni à toute la que nous offre le Saint-Esprit, aptitudes, possibilités… Des cadeaux
communauté des croyants. Ainsi, si d’un côté c’est l’Église qui “fait” offerts non pas pour qu’ils soient cachés, mais pour en faire part aux
les Sacrements, de l’autre, ce sont les sacre- autres. Ils ne sont pas offerts pour le bénéfice de qui
ments qui “font” l’Église, l’édifient, en les reçoit, mais pour l’utilité du peuple de
engendrant de nouveaux fils, en les Dieu. Si un charisme, en revanche, un
ajoutant au peuple saint de Dieu, en de ces cadeaux, sert à s’affirmer soi-

64 65
même, on peut douter qu’il s’agisse d’un authentique charisme ou cœur ? S’il l’a tant mieux, mais s’il ne l’a pas il ne sert pas à l’Église.
qu’il soit fidèlement vécu. Les charismes sont des grâces particulières, Sans l’amour, tous ces dons et charismes ne servent pas à l’Église, car
offertes à certains pour faire du bien à là où il n’y a pas l’amour, il y a un vide qui est rempli par l’égoïsme. Et
beaucoup d’autres. Ce sont des disposi- je me pose la question : si nous sommes tous égoïstes, pouvons-nous
Les charismes [...] sont toujours tions, des inspirations et des élans inté- vivre en communion et en paix ? Non, nous ne pouvons pas, c’est
des moyens pour grandir dans la rieurs, qui naissent dans la conscience pourquoi l’amour qui nous unit est nécessaire. Le plus petit de nos
charité , dans l ’ amour . et dans l’expérience de personnes pré- gestes d’amour a de bons effets pour tous ! Vivre l’unité dans l’Église et
cises, qui sont appelées à les mettre au la communion de la charité signifie donc ne pas chercher son propre
service de la communauté. En particu- intérêt, mais partager les souffrances et les joies de nos frères (cf. 1 Co
lier, ces dons spirituels vont au bénéfice de la sainteté de l’Église et 12, 26), prêts à porter les poids de ceux qui sont plus faibles et pauvres.
de sa mission. Nous sommes tous appelés à les respecter en nous Cette solidarité fraternelle n’est pas une figure rhétorique, une façon
et chez les autres, à les accueillir comme des encouragements utiles de dire, mais elle est une partie intégrante de la communion entre
pour une présence et une œuvre féconde de l’Église. Saint Paul met- chrétiens. Si nous la vivons, nous sommes dans le monde un signe,
tait en garde : “N’éteignez pas l’Esprit” (1 Th 5,19). N’éteignons pas un “sacrement” de l’amour de Dieu. Nous le sommes les uns pour les
l’Esprit qui nous offre ces cadeaux, ces aptitudes, ces vertus si belles autres et nous le sommes pour tous ! Il ne s’agit pas seulement de cette
qui font croître l’Église. menue charité que nous pouvons nous offrir mutuellement, il s’agit de
quelque chose de plus profond : c’est une communion qui nous rend
Quelle est notre attitude face à ces dons de l’Esprit Saint ? Sommes- capables d’entrer dans la joie et dans la douleur des autres pour les
nous conscients que l’Esprit de Dieu est libre de les donner à qui faire sincèrement nôtres.
il veut ? Les considérons-nous comme une aide spirituelle, à travers
laquelle le Seigneur soutient notre foi et renforce notre mission dans Et souvent nous sommes trop secs, indifférents, détachés et, au lieu
le monde ? de transmettre la fraternité, nous transmettons la mauvaise humeur, la
froideur, l’égoïsme. Et avec la mauvaise humeur, la froideur, l’égoïsme
Et venons-en au troisième aspect de la communion aux choses saintes, on ne peut pas faire grandir l’Église ; l’Église ne grandit qu’avec l’amour
c’est-à-dire la communion de la charité, l’unité entre nous qui fait qui vient du Saint-Esprit. Le Seigneur nous invite à nous ouvrir à la
la charité, l’amour. Les païens, en observant les premiers chrétiens, communion avec Lui, dans les sacrements, dans les charismes et dans
disaient : mais comme ils s’aiment, comme ils ont de l’affection entre la charité, pour vivre de manière digne de notre vocation chrétienne !
eux ! Ils ne se haïssent pas, ils ne parlent pas mal les uns des autres.
Cela est la charité, l’amour de Dieu que le Saint-Esprit met dans notre
cœur. Les charismes sont importants dans la vie de la communauté
chrétienne, mais ce sont toujours des moyens pour grandir dans la
charité, dans l’amour, que saint Paul place au-dessus des charismes
(cf. 1 Co 13, 1-13). En effet, sans l’amour, même les
dons les plus extraordinaires sont vains ; cet
homme guérit les personnes, il possède
cette qualité, cette autre vertu… mais
a-t-il l’amour et la charité dans son

66 67
Je reconnais un seul baptême aujourd’hui, quand vous rentrez chez vous, demandez quel jour vous
avez été baptisés, cherchez, car il s’agit du deuxième anniversaire. Le
pour le pardon des péchés (1) premier anniversaire est celui de la naissance à la vie et le deuxième
anniversaire est celui de la naissance à l’Église. Ferez-vous cela ? C’est
Audience pontificale du pape François du 13 novembre 2013 un devoir à faire à la maison : chercher le jour où je suis né à l’Église,
et rendre grâce au Seigneur parce que le jour du baptême, il nous a
ouvert la porte de son Église. Dans le même temps, notre foi dans la
Chers frères et sœurs, bonjour ! rémission des péchés est liée au baptême. Le sacrement de la péni-
tence ou confession est, en effet, comme un “deuxième baptême”,
Dans le Credo, à travers lequel chaque dimanche nous faisons notre qui renvoie toujours au premier pour
profession de foi, nous affirmons : “Je reconnais un seul baptême pour le consolider et le renouveler. Dans ce “le baptême nous illumine de
le pardon des péchés”. Il s’agit de l’unique référence explicite à un sens, le jour de notre baptême est le
l ’ intérieur à travers la lumière de
sacrement à l’intérieur du Credo. En effet, le baptême est la “porte” de point de départ d’un très beau chemin,
la foi et de la vie chrétienne. Jésus Ressuscité laissa cette consigne aux un chemin vers Dieu qui dure toute la Jésus”
Apôtres : “Allez dans le monde entier, proclamez l’Évangile à toute la vie, un chemin de conversion qui est
création. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé” (Mc 16, 15-16). sans cesse soutenu par le sacrement de la pénitence. Pensez à cela :
La mission de l’Église est d’évangéliser et de remettre les péchés à quand nous allons nous confesser de nos faiblesses, de nos péchés,
travers le sacrement baptismal. Mais revenons aux paroles du Credo. nous allons demander le pardon de Jésus, mais nous allons aussi re-
L’expression peut être divisée en trois points : “je reconnais” ; “un seul nouveler le baptême avec ce pardon. Et cela est beau, c’est comme
baptême” ; “pour la rémission des fêter le jour du baptême dans chaque confession. La confession n’est
péchés”. donc pas une séance dans une salle de torture, mais c’est une fête.
“Qui d’entre vous se rappelle de la La confession est pour les baptisés ! Pour garder propre la tunique
1. “Je reconnais”. Qu’est-ce que cela
date de son baptême  ?” blanche de notre dignité chrétienne !
veut dire ? C’est un terme solennel
qui indique la grande importance de 2. Deuxième élément : “un seul baptême”. Cette expression rappelle
l’objet, c’est-à-dire du Baptême. En celle de saint Paul : “Un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême”
effet, en prononçant ces mots, nous affirmons notre véritable iden- (Ep 4, 5). Le mot “baptême” signifie littéralement “immersion”, et en
tité de fils de Dieu. Le Baptême est, dans un certain sens, la carte effet, ce sacrement constitue une véritable immersion spirituelle dans
d’identité du chrétien, son acte de naissance, et l’acte de naissance la mort du Christ, dont on ressuscite avec Lui comme nouvelles créa-
de l’Église. Vous connaissez tous le jour où vous êtes nés et vous fêtez tures (cf. Rm 6, 4). Il s’agit d’un bain de régénération et d’illumination.
votre anniversaire, n’est-ce pas ? Nous fêtons tous notre anniversaire. Régénération parce qu’il réalise cette naissance par l’eau et par l’Es-
Je vous pose une question, que j’ai posée d’autres fois, mais je la prit sans laquelle personne ne peut entrer dans le royaume des cieux
pose encore ; qui d’entre vous se rappelle de la date de (cf. Jn 3, 5). Illumination parce que, à travers le baptême, la personne
son baptême ? Levez la main : ils sont peu humaine est emplie de la grâce du Christ, “lumière
nombreux (et je ne le demande pas véritable, qui éclaire tout homme” (Jn 1,
aux évêques, pour qu’ils n’aient pas 9) et qui écrase les ténèbres du péché.
honte…). Mais faisons une chose : C’est pour cela que, dans la cérémo-

68 69
nie du baptême, on donne une bougie allumée aux parents, pour donne tout et nous illumine pour aller de l’avant avec la lumière du
exprimer cette illumination ; le baptême nous illumine de l’intérieur Seigneur. Allons de l’avant ainsi, joyeux, parce que la vie doit être
à travers la lumière de Jésus. En vertu de ce don, le baptisé est appelé vécue avec la joie de Jésus Christ : et c’est une grâce du Seigneur.
à devenir lui-même “lumière” — la lumière de la foi qu’il a reçu —
pour ses frères, en particulier pour ceux qui sont dans les ténèbres et
n’entrevoient aucune lueur de clarté à l’horizon de leur vie.

Nous pouvons nous demander : le Baptême, pour moi, est-il un fait du


passé, isolé dans une date, celle que vous chercherez aujourd’hui, ou
une réalité vivante, qui concerne mon présent, à chaque instant ? Te
sens-tu fort, avec la force que te donne le Christ par sa mort et sa résur-
rection ? Ou te sens-tu abattu, sans force ? Le baptême donne force et
lumière. Te sens-tu illuminé, avec cette lumière qui vient du Christ ?
Es-tu un homme, une femme de lumière ? Ou bien es-tu une personne
obscure, sans la lumière de Jésus ? Il faut prendre la grâce du baptême,
qui est un don, et devenir lumière pour tous !

3. Enfin, une brève mention du troisième élément : “pour la rémission


des péchés”. Dans le sacrement du baptême, tous les péchés sont
remis, le péché original et tous les péchés personnels, ainsi que toutes
les peines du péché. Avec le baptême, on ouvre la porte à une réelle
nouveauté de vie qui n’est pas opprimée par le poids d’un passé néga-
tif, mais qui est déjà touchée par la beauté et la bonté du Royaume
des cieux. Il s’agit d’une intervention puissante de la miséricorde
de Dieu dans notre vie, pour nous sauver. Cette intervention salvi-
fique n’ôte pas sa faiblesse à notre nature humaine — nous sommes
tous faibles et nous sommes tous pécheurs — ; et elle ne nous ôte
pas la responsabilité de demander pardon chaque fois que nous nous
trompons ! Je ne peux pas être baptisé plusieurs fois, mais je peux
me confesser et renouveler ainsi la grâce du baptême. C’est comme
si je faisais un deuxième baptême. Le Seigneur Jésus est si bon et il
ne se lasse jamais de nous pardonner. Même lorsque la porte que
le baptême nous a ouverte pour entrer dans l’Église se
referme un peu, à cause de nos faiblesses et
de nos péchés, la confession la rouvre,
précisément parce qu’elle est comme
un deuxième baptême qui nous par-

70 71
La rémission des péchés (2) lesquelles il nous a rachetés. En vertu de ces plaies, nos péchés sont
pardonnés : ainsi, Jésus a donné sa vie pour notre paix, pour notre
joie, pour le don de la grâce dans notre âme, pour le pardon de nos
Audience pontificale du pape François du 20 novembre 2013 péchés. Il est très beau de regarder ainsi Jésus !

Et venons-en au deuxième élément : Jésus donne aux apôtres le pou-


Chers frères et sœurs, bonjour ! voir de pardonner les péchés. Il est un peu difficile de comprendre
comment un homme peut pardonner les péchés, mais Jésus donne
Mercredi dernier, j’ai parlé de la rémission des péchés, en me réfé- ce pouvoir. L’Église est dépositaire du pouvoir des clés, d’ouvrir ou
rant en particulier au Baptême. Aujourd’hui, nous poursuivons sur le de fermer au pardon. Dieu pardonne chaque homme dans sa miséri-
thème de la rémission des péchés, mais en référence à ce que l’on corde souveraine, mais Lui-même a voulu que ceux qui appartiennent
appelle le “pouvoir des clés”, qui est un symbole biblique de la mis- au Christ et à l’Église, reçoivent le
sion que Jésus a donnée aux apôtres. pardon à travers les ministres de la
communauté. À travers le ministère L’Église [...] est servante du
Nous devons rappeler avant tout que le protagoniste du pardon des apostolique, je suis touché par la ministère de la miséricorde
péchés est l’Esprit Saint. Dans sa pre- miséricorde de Dieu, mes fautes me
mière apparition aux apôtres, au Cé-
Jésus nous appelle à vivre sont pardonnées, et la joie m’est donnée. De cette façon, Jésus nous
nacle, Jésus ressuscité fait le geste de appelle à vivre la réconciliation également dans la dimension ecclé-
la réconciliation également
souffler sur eux en disant : “Recevez siale, communautaire. Et cela est très beau. L’Église, qui est sainte
dans la dimension ecclésiale , l’Esprit Saint. Ceux à qui vous remet- et qui a aussi besoin de pénitence, accompagne notre chemin de
communautaire . trez les péchés, ils leur seront remis ; conversion pour toute la vie. L’Église n’est pas patronne du pouvoir
ceux à qui vous les retiendrez, ils leur des clés, mais elle est servante du ministère de la miséricorde et se
seront retenus” (Jn 20, 22-23). Jésus, transfiguré dans son corps, est réjouit toutes les fois qu’elle peut offrir ce don divin.
désormais l’homme nouveau, qui offre les dons de Pâques fruit de
sa mort et de sa résurrection. Quels sont ces dons ? La paix, la joie, De nombreuses personnes ne comprennent sans doute pas la dimen-
le pardon des péchés, la mission, mais surtout, il donne l’Esprit Saint sion ecclésiale du pardon, parce que domine toujours l’individualisme,
qui est la source de tout cela. Le souffle de Jésus, accompagné par les le subjectivisme, et nous aussi chrétiens en souffrons. Certes, Dieu
paroles avec lesquelles il communique l’Esprit, indique la transmis- pardonne chaque pécheur repenti, personnellement, mais le chrétien
sion de la vie, la vie nouvelle régénérée par le pardon. est lié au Christ, et le Christ est uni à l’Église. Pour nous chrétiens, c’est
un don en plus, et il y a également un engagement supplémentaire :
Mais avant de faire le geste de souffler et de donner l’Esprit, Jésus passer humblement à travers le ministère ecclésial. Nous devons valo-
montre ses plaies, dans les mains et sur le côté : ces blessures repré- riser cela ; c’est un don, un soin, une protection et c’est également la
sentent le prix de notre salut. L’Esprit Saint nous apporte le pardon de certitude que Dieu m’a pardonné. Je vais voir mon frère prêtre et je
Dieu “en passant à travers” les plaies de Jésus. dis : “Père, j’ai fait cela…”. Et lui répond : “Mais moi
Ces plaies qu’Il a voulu conserver ; en je te pardonne ; Dieu te pardonne”. À ce
ce moment également, Lui qui est au moment, je suis sûr que Dieu m’a par-
Ciel, fait voir au Père les plaies avec donné ! Et cela est beau, cela signifie

72 73
avoir la certitude que Dieu nous pardonne toujours, ne se lasse pas de la beauté de ce don que nous offre Dieu lui-même ? Sentons-nous
pardonner. Et nous ne devons pas nous lasser d’aller demander par- la joie de ce soin, de cette attention maternelle que l’Église nourrit à
don. On peut ressentir de la honte à dire ses péchés, mais nos mères notre égard ? Savons-nous la mettre en valeur avec simplicité et assi-
et nos grands-mères disaient qu’il vaut mieux devenir rouge une fois duité ? N’oublions pas que Dieu ne se lasse jamais de nous pardon-
que jaune mille fois. On rougit une fois, mais nos péchés nous sont ner ; à travers le ministère du prêtre, il nous serre dans une nouvelle
pardonnés, et l’on va de l’avant. étreinte qui nous régénère et nous permet de nous relever et reprendre
à nouveau le chemin. Parce que cela est notre vie : nous relever sans
Enfin, un dernier point : le prêtre instrument pour le pardon des pé- cesse et reprendre le chemin.
chés. Le pardon de Dieu qui nous est donné dans l’Église, nous est
transmis par l’intermédiaire du ministère de notre frère, le prêtre ; lui
aussi un homme, qui comme nous a besoin de miséricorde, il devient
vraiment instrument de miséricorde, en nous donnant l’amour sans
limite de Dieu le Père. Les prêtres aussi doivent se confesser, même
les évêques : nous sommes tous pécheurs. Le Pape aussi se confesse
tous les quinze jours, parce que le Pape aussi est un pécheur. Et le
confesseur entend les choses que je lui dis, me conseille et me par-
donne, parce que tous nous avons besoin de ce pardon. Parfois, il
arrive d’entendre quelqu’un qui soutient se confesser directement au-
près de Dieu… Oui, comme je le disais tout à l’heure, Dieu t’écoute
toujours, mais dans le sacrement de la Réconciliation il envoie un
frère t’apporter le pardon, l’assurance du pardon, au nom de l’Église.

Le service que prête le prêtre comme ministre, de la part de Dieu,


pour pardonner les péchés est très délicat et exige que son cœur soit
en paix, que le prêtre ait le cœur en paix ; qu’il ne maltraite pas les fi-
dèles, mais qu’il soit doux, bienveillant et miséricordieux ; qu’il sache
semer l’espérance dans les cœurs et, surtout, qu’il soit conscient que
le frère ou la sœur qui s’approche du sacrement de la Réconciliation
cherche le pardon et le fait comme tant de personnes s’approchaient
de Jésus pour qu’il les guérisse. Il vaut mieux pour le prêtre qui n’aurait
pas ces dispositions d’esprit qu’il n’administre pas ce Sacrement tant
qu’il ne se corrige pas. Les fidèles pénitents ont le droit, tous les fidèles
ont le droit de trouver chez les prêtres des serviteurs du
pardon de Dieu.

Chers frères, comme membres de


l’Église, sommes-nous conscients de

74 75
La résurrection de la chair (1) nier, ou de la banaliser, pour qu’elle ne nous fasse pas peur.

Mais le “cœur” de l’homme, le désir d’infini que nous avons tous, la


nostalgie de l’éternel que nous avons tous se rebellent devant cette
Audience pontificale du pape François du 27 novembre 2013
fausse solution. Et alors, quel est le sens chrétien de la mort ? Si nous
regardons les moments les plus douloureux de notre vie, quand nous
Chers frères et sœurs, avons perdu une personne chère — nos parents, un frère, une sœur,
un conjoint, un enfant, un ami —, nous nous apercevons que, même
Je désire mener à terme les catéchèses sur le “Credo”, qui se sont dé- dans le drame de la perte, même déchirés par le détachement, de
roulées au cours de l’Année de la foi, qui s’est conclue dimanche der- notre cœur s’élève la conviction que tout ne peut pas être fini, que le
nier. Dans cette catéchèse et dans la prochaine je voudrais considérer bien donné et reçu n’a pas été inutile. Un instinct puissant existe en
le thème de la résurrection de la chair, en saisissant deux de ses as- nous, qui nous dit que notre vie ne finit pas avec la mort.
pects tels que les présente le Catéchisme de l’Église catholique, c’est-
à-dire notre mort et notre résurrection en Jésus Christ. Aujourd’hui, je Cette soif de vie a trouvé sa réponse réelle et fiable dans la résurrec-
m’arrête sur le premier aspect, “mourir en Christ”. tion de Jésus Christ. La résurrection de Jésus ne donne pas seulement
la certitude de la vie au-delà de la mort, mais elle illumine égale-
Il existe communément parmi nous une manière erronée de consi- ment le mystère même de la mort de chacun de nous. En effet, l’Église
dérer la mort. La mort nous concerne tous, et elle nous interpelle de prie : “Si nous sommes attristés par la certitude de devoir mourir, nous
manière profonde, en particulier quand elle nous touche de près, où sommes réconfortés par la promesse de l’immortalité future”. Voilà
quand elle frappe les petits, ceux qui sont sans défense d’une manière une belle prière de l’Église ! Une personne tend à mourir comme elle
qui nous semble “scandaleuse”. J’ai personnellement toujours été frap- a vécu. Si ma vie a été un chemin avec le Seigneur, un chemin de
pé par cette question : pourquoi les enfants souffrent-ils ? Pourquoi les confiance dans son immense miséricorde, je serai préparé à accepter
enfants meurent-ils ? Si elle est comprise comme la fin de tout, la mort le moment ultime de mon existence terrestre comme l’abandon défi-
effraie, anéantit, se transforme en une menace qui détruit chaque rêve, nitif plein de confiance entre ses mains accueillantes, dans l’attente
chaque perspective, qui brise chaque relation et interrompt chaque de contempler face à face son visage. C’est la plus belle chose qui
chemin. Cela se produit quand nous considérons notre vie comme un puisse nous arriver : contempler face à face ce visage merveilleux du
temps compris entre deux pôles : la naissance et la mort ; quand nous Seigneur, le voir comme Il est, beau, plein de lumière, plein d’amour,
ne croyons pas à un horizon qui va au-delà de la vie présente ; quand plein de tendresse. Nous allons jusqu’à ce point : voir le Seigneur.
on vit comme si Dieu n’existait pas. Cette conception de la mort est
typique de la pensée athée, qui interprète l’existence comme le fait Dans cet horizon, on comprend l’invitation de Jésus à être toujours
de se trouver par hasard dans le monde et de s’acheminer vers le prêts, vigilants, en sachant que la vie dans ce monde nous est donnée
néant. Mais il existe aussi un athéisme pratique, qui est une manière également pour préparer l’autre vie, celle avec le Père céleste. Et il
de vivre uniquement pour ses propres intérêts et de vivre seulement existe pour cela une voie sûre : bien se préparer à la mort, en étant
pour les choses terrestres. Si nous nous laissons proches de Jésus. Telle est la sécurité : je me prépare à la mort en
prendre par cette vision erronée de la étant près de Jésus. Et comment fait-on pour être
mort, nous n’avons pas d’autre choix près de Jésus ? Avec la prière, dans les
que celui d’occulter la mort, de la sacrements et aussi dans la pratique

76 77
de la charité. Rappelons-nous qu’il est présent chez les plus faibles et
nécessiteux. Il s’est lui-même identifié à eux, dans la célèbre parabole
La résurrection de la chair (2)
du jugement dernier, quand il dit : “Car j’ai eu faim et vous m’avez
Audience pontificale du pape François du 4 décembre 2013
donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais un
étranger et vous m’avez accueilli, nu et vous m’avez vêtu, malade et
vous m’avez visité, prisonnier et vous êtes venus me voir. [..] Dans la Chers frères et sœurs, bonjour !
mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est
Aujourd’hui, je reviens encore sur l’affirmation : “Je crois en la résur-
à moi que vous l’avez fait” (Mt 25, 35-36.40). C’est pourquoi une voie
rection de la chair”. Il s’agit d’une vérité qui n’est pas simple et cer-
sûre est de retrouver le sens de la charité chrétienne et du partage fra-
tainement pas évidente car, en vivant plongés dans ce monde, il n’est
ternel, de prendre soin des plaies corporelles et spirituelles de notre
pas facile de comprendre les réalités futures. Mais l’Évangile nous illu-
prochain. La solidarité en compatissant à la douleur et en donnant
mine : notre résurrection est étroitement liée à la résurrection de Jésus ;
l’espérance constitue les prémisses et la condition pour recevoir en
le fait qu’Il est ressuscité est la preuve que la résurrection des morts
héritage ce Royaume préparé pour nous. Qui pratique la miséricorde
existe. Je voudrais alors présenter certains aspects qui concernent le
ne craint pas la mort. Pensez bien à cela : qui pratique la miséricorde
rapport entre la résurrection du Christ et notre résurrection. Il est res-
ne craint pas la mort ! Vous êtes d’accord ? Nous le disons ensemble
suscité, et parce qu’il est ressuscité, nous aussi, nous ressusciterons.
pour ne pas l’oublier ? Qui pratique la miséricorde ne craint pas la
mort. Et pourquoi ne craint-il pas la mort ? Parce qu’il la regarde en Avant tout, l’Écriture Sainte elle-même contient un chemin vers la
face dans les blessures de ses frères, et il la dépasse avec l’amour de pleine foi en la résurrection des morts. Celle-ci s’exprime comme foi
Jésus Christ. en Dieu créateur de tout l’homme — âme et corps — et comme foi
en Dieu libérateur, le Dieu fidèle à l’alliance avec son peuple. Le pro-
Si nous ouvrons la porte de notre vie et de notre cœur à nos frères les
phète Ezéchiel, dans une vision, contemple les sépulcres des déportés
plus petits, alors notre mort aussi deviendra une porte qui nous intro-
qui sont rouverts et les os desséchés qui revivent grâce à l’infusion d’un
duira au ciel, dans la patrie bienheureuse, vers laquelle nous nous di-
esprit vivifiant. Cette vision exprime l’espérance dans la future “résur-
rigeons, en souhaitant ardemment demeurer pour toujours avec notre
rection d’Israël”, c’est-à-dire dans la renaissance du peuple vaincu et
Père, Dieu, avec Jésus, avec la Vierge et avec les saints.
humilié (cf. Ez 37, 1-14).
Nous sommes disciples de Celui qui Jésus, dans le Nouveau Testament, porte
est venu , qui vient chaque jour et à son accomplissement cette révélation
qui viendra à la fin . et lie la foi en la résurrection à sa propre
personne, en disant : “Je suis la résurrec-
tion et la vie” (Jn 11, 25). En effet, c’est le Seigneur Jésus qui ressusci-
tera le dernier jour ceux qui auront cru en Lui. Jésus est venu parmi
nous, il s’est fait homme comme nous en tout, à l’exception du péché ;
de cette façon, il nous a pris avec lui sur son chemin
de retour au Père. Lui, le Verbe incarné,
mort pour nous et ressuscité, donne

78 79
à ses disciples l’Esprit Saint comme acompte de la pleine commu- aspect, nous sommes déjà ressuscités avec Lui. La vie éternelle com-
nion dans son Royaume glorieux, que nous attendons vigilants. Cette mence déjà en ce moment, elle commence tout au long de la vie, qui
attente est la source et la raison de notre espérance : une espérance est orientée vers ce moment de la résurrection finale. Et nous sommes
qui, si elle est cultivée et gardée — notre espérance, si nous la culti- déjà ressuscités, en effet, à travers le Baptême, nous sommes insérés
vons et la gardons — devient lumière pour illuminer notre histoire dans la mort et la résurrection du Christ et nous participons à la vie
personnelle et également l’histoire communautaire. Souvenons-nous nouvelle, qui est sa vie. C’est pourquoi, en attendant le dernier jour,
en toujours : nous sommes disciples de Celui qui est venu, qui vient nous avons en nous-mêmes une semence de résurrection, comme
chaque jour et qui viendra à la fin. Si nous réussissons à garder cette anticipation de la résurrection pleine que nous recevrons en héritage.
réalité plus présente à l’esprit, nous serons moins fatigués par le quo- C’est pour cela également que le corps de chacun de nous est un écho
tidien, moins prisonniers de l’éphémère et plus disposés à marcher d’éternité, et doit donc toujours être respecté ; et surtout, la vie de tous
avec un cœur miséricordieux sur la voie du salut. ceux qui souffrent doit être respectée et aimée, afin qu’ils sentent la
proximité du Royaume de Dieu, de cette condition de vie éternelle
Un autre aspect : que signifie ressusciter ? Notre résurrection à tous vers laquelle nous nous acheminons. Cette pensée nous donne espé-
aura lieu le dernier jour, à la fin du monde, par l’œuvre de la toute- rance : nous sommes en chemin vers la résurrection. Voir Jésus, ren-
puissance de Dieu, qui restituera la vie à notre corps en le réunissant contrer Jésus : telle est notre joie ! Nous serons tous ensemble — pas
à l’âme, en vertu de la résurrection de Jésus. Telle est l’explication fon- ici sur la place, ailleurs — mais joyeux avec Jésus. Tel est notre destin !
damentale : parce que Jésus est ressuscité, nous ressusciterons, nous
avons l’espérance dans la résurrection parce qu’Il nous a ouvert la
porte à cette résurrection. Et cette transformation, cette transfiguration
de notre corps est préparée dans cette vie par la relation avec Jésus
dans les Sacrements, en particulier l’Eucharistie. Nous qui dans cette
vie sommes nourris par son Corps et par son Sang, nous ressusciterons
comme Lui, avec Lui et à travers Lui. Comme Jésus est ressuscité avec
son corps, mais n’est pas retourné à une vie terrestre, ainsi, nous res-
susciterons avec nos corps qui seront transfigurés en corps glorieux.
Mais ce n’est pas un mensonge ! Cela est vrai. Nous croyons que Jé-
sus est ressuscité, que Jésus est vivant en cet instant. Mais vous, vous
croyez que Jésus est vivant ? Et si Jésus est vivant, pensez-vous qu’il
nous laissera mourir et qu’il ne nous ressuscitera pas ? Non ! Il nous
attend, et parce qu’Il est ressuscité, la force de sa résurrection nous
ressuscitera tous.

Un dernier élément : dans cette vie déjà, nous avons


en nous une participation à la Résurrection
du Christ. S’il est vrai que Jésus nous
ressuscitera à la fin des temps, il est
également vrai que, sous un certain

80 81
Je crois en la vie éternelle gneur vient, le Seigneur est proche”. C’est l’exclamation dans laquelle
culmine toute la Révélation chrétienne, au terme de la merveilleuse
contemplation qui nous est offerte dans l’Apocalypse de Jean (cf. Ap
Audience pontificale du pape François du 4 décembre 2013
22, 20). Dans ce cas, c’est l’Église-épouse qui, au nom de l’humanité
tout entière et en tant que prémisses de celle-ci, s’adresse au Christ,
Chers frères et sœurs, bonjour. son époux, impatiente d’être enveloppée par son étreinte : l’étreinte
de Jésus, qui est plénitude de vie et plénitude d’amour. C’est ainsi que
Je voudrais aujourd’hui commencer la dernière série de catéchèses nous embrasse Jésus. Si nous pensons au jugement dernier dans cette
sur notre profession de foi, en traitant de l’affirmation “Je crois en la perspective, toute peur et hésitation disparaît et laisse place à l’attente
vie éternelle”. Je m’arrête en particulier sur le jugement dernier. Mais et à une joie profonde : ce sera précisément le moment où nous serons
nous ne devons pas avoir peur : écoutons ce que dit la Parole de Dieu. finalement jugés prêts pour être revêtus de la gloire du Christ, comme
À cet égard, nous lisons dans l’Évangile de Matthieu : Alors le Christ d’un vêtement nuptial, et être conduits au banquet, image de la com-
“viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siégera sur munion pleine et définitive avec Dieu.
son trône de gloire. Toutes les nations seront rassemblées devant lui ;
il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare Un deuxième motif de confiance nous est offert par la constatation
les brebis des chèvres : il placera les brebis à sa droite, et les chèvres que, au moment du jugement, nous ne serons pas laissés seuls. C’est
à sa gauche. [...] Et ils s’en iront, ceux-ci au châtiment éternel, et les Jésus lui-même, dans l’Évangile de Matthieu, qui préannonce que,
justes, à la vie éternelle” (Mt 25, 31-33.46). Quand nous pensons au à la fin des temps, ceux qui l’auront suivi prendront place dans sa
retour du Christ et à son jugement dernier, qui manifestera, jusqu’à ses gloire, pour juger avec lui (cf. Mt 19, 28). Ensuite l’apôtre Paul, en
dernières conséquences, le bien que chacun aura accompli ou aura écrivant à la communauté de Corinthien, affirme : “Ne savez-vous pas
omis d’accomplir durant sa vie terrestre, nous sentons que nous nous que le peuple saint jugera le monde ? À plus forte raison les affaires
trouvons face à un mystère qui nous dépasse, que nous ne réussis- d’ici-bas !” (1 Co 6, 2-3). Comme il beau de savoir qu’en cette cir-
sons même pas à imaginer. Un mystère qui, presque instinctivement, constance, en plus du Christ, notre Paraclet, notre Avocat auprès du
suscite en nous un sens de crainte, et peut-être même d’inquiétude. Père (cf. 1 Jn 2, 1), nous pourrons compter sur l’intercession et sur la
Cependant, si nous réfléchissons bien sur cette réalité, celle-ci ne peut bienveillance de tant de nos frères et sœurs plus grands qui nous ont
qu’élargir le cœur d’un chrétien et constituer un grand motif de récon- précédés sur le chemin de la foi, qui ont offert leur vie pour nous et
fort et de confiance. qui continuent à nous aimer de manière indicible ! Les saints vivent
déjà aux côtés de Dieu, dans la splendeur de sa gloire en priant pour
À cet égard, le témoignage des premières communautés chrétiennes nous qui vivons encore sur la terre. Quel réconfort suscite dans notre
retentit d’une manière plus que jamais suggestive. En effet, celles-ci cœur cette certitude ! L’Église est vraiment une mère et, comme une
avaient l’habitude d’accompagner les célébrations et les prières par maman, elle cherche le bien de ses enfants, en particulier de ceux qui
l’acclamation Maranathà, une expression constituée par deux pa- sont le plus loin et le plus affligés, jusqu’à ce qu’elle trouve sa pléni-
roles araméennes qui, selon la manière dont elles tude dans le corps glorieux du Christ avec tous ses membres.
sont prononcées, peuvent être comprises
comme une supplication : “Viens, Sei- Une suggestion supplémentaire nous est
gneur !”, ou bien comme une certi- offerte par l’Évangile de Jean, où l’on
tude nourrie par la foi : “Oui, le Sei- affirme explicitement que “Dieu a

82 83
envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais
pour que, par lui, le monde soit sauvé. Celui qui croit en lui échappe
Sommaire
au Jugement, celui qui ne veut pas croire est déjà jugé, parce qu’il
n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu” (Jn 3, 17-18). Cela signi-
fie alors que ce jugement dernier est déjà à l’œuvre, il commence Symbole de Nicée 2
maintenant, au cours de notre existence. Ce jugement est prononcé à Symbole des Apôtres 3
chaque instant de la vie, comme réponse à notre accueil avec foi du
Je crois en Dieu 5
salut du Christ présent et actif, ou bien de notre incrédulité, avec la
Audience pontificale du pape Benoit XVI du 23 janvier 2013
fermeture sur nous-mêmes qui s’ensuit. Mais si nous nous fermons à
l’amour de Jésus, c’est nous-mêmes qui nous condamnons. Le salut Je crois en Dieu, le Père tout puissant 11
est de s’ouvrir à Jésus, et Lui nous sauve ; si nous sommes pécheurs Audience pontificale du pape Benoit XVI du 30 janvier 2013
— et nous le sommes tous — nous lui demandons pardon et si nous Je crois en Dieu : le Créateur du ciel et de la terre,
allons à Lui avec cette envie d’être bons, le Seigneur nous pardonne. le Créateur de l’être humain 18
Mais pour cela, nous devons nous ouvrir à l’amour de Jésus, qui est Audience pontificale du pape Benoit XVI du 6 février 2013
plus fort que toutes les autres choses. L’amour de Jésus est grand,
l’amour de Jésus est miséricordieux, l’amour de Jésus pardonne ; mais Il ressuscita le troisième jour, conformément aux Écritures 25
tu dois t’ouvrir et s’ouvrir signifie se repentir, s’accuser des choses qui Audience pontificale du pape François du 3 avril 2013
ne sont pas bonnes et que nous avons faites. Le Seigneur Jésus s’est Portée salvifique de la Résurrection 29
donné et continue à se donner à nous, pour nous combler de toute Audience pontificale du pape François du 10 avril 2013
la miséricorde et de la grâce du Père. C’est donc nous qui pouvons
devenir, dans un certain sens, les juges de nous-mêmes, en nous auto- .. est monté au ciel, il est assis à la droite du Père… 33
condamnant à l’exclusion de la communion avec Dieu et avec nos Audience pontificale du pape François du 17 avril 2013
frères. Ne nous lassons donc pas de veiller sur nos pensées et sur nos ... reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts… 37
comportements, pour goûter dès à présent la chaleur et la splendeur Audience pontificale du pape François du 24 avril 2013
de la face de Dieu — et cela sera très beau — que dans la vie éternelle
nous contemplerons dans toute sa plénitude. Allons de l’avant en pen- Je crois en l’Esprit Saint qui est Seigneur et qui donne la vie 41
Audience pontificale du pape François du 8 mai 2013
sant à ce jugement qui commence maintenant, qui a déjà commencé.
Allons de l’avant, en faisant en sorte que notre cœur s’ouvre à Jésus et Je crois en l’Église une, sainte, catholique et apostolique 44
à son salut ; allons de l’avant sans peur, car l’amour de Jésus est plus Audience pontificale du pape François du 22 mai 2013
grand et si nous demandons pardon de nos péchés, Il nous pardonne.
Je crois en l’Église une 48
Jésus est ainsi. Allons de l’avant avec cette certitude, qui nous condui-
Audience pontificale du pape François du 25 septembre 2013
ra à la gloire du ciel !

84 85
Je crois en l’Église une, sainte 52
Audience pontificale du pape François du 2 octobre 2013

Je crois en l’Église une, sainte, catholique 55


Audience pontificale du pape François du 9 octobre 2013

Je crois en l’Église une, sainte, catholique et apostolique 59


Audience pontificale du pape François du 16 octobre 2013

La communion des Saints (1) 63


Audience pontificale du pape François du 30 octobre 2013

La communion des Saints (2) 66


Audience pontificale du pape François du 6 novembre 2013

Je reconnais un seul baptême pour le pardon des péchés (1) 70


Audience pontificale du pape François du 13 novembre 2013

La rémission des péchés (2) 74


Audience pontificale du pape François du 20 novembre 2013

La résurrection de la chair (1) 78


Audience pontificale du pape François du 27 novembre 2013

La résurrection de la chair (2) 81


Audience pontificale du pape François du 4 décembre 2013

Je crois en la vie éternelle 84


Audience pontificale du pape François du 4 décembre 2013

Sommaire 88

86
Source : site internet du Vatican

En couverture : Pèlerinage provincial de Pontigny, © Wendy Corniquet

Mise en page et diffusion : Service Communication du diocèse Sens-Auxerre

Août 2014

Vous aimerez peut-être aussi