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CHAPITRE 1

L’État
Le mot État est employé dans deux sens différents mais complémentaires :
– le sens large : l’État désigne le pays dans son ensemble ;
– le sens étroit : l’État désigne seulement l’appareil politique qui dirige le pays.

1 • L’ÉTAT AU SENS LARGE


L’État est un groupe humain, vivant sur un territoire et dirigé par un pouvoir.

A - Le groupe humain : la nation


La nation n’est pas seulement une addition d’individus. C’est une communauté, c’est-
à-dire un groupe présentant une certaine cohésion.
Il y a un désaccord sur les raisons de cette cohérence :
– certains ont une conception objective de la nation ;
– d’autres en ont une conception subjective.
1) La conception objective de la nation
Selon cette conception, les individus sont intégrés malgré eux dans une nation, car
celle-ci se définit par des critères indépendants de leur volonté. Ainsi, il y a eu une
conception allemande de la nation, fondée sur la race. Cette doctrine a donné lieu au
nazisme. Elle est donc discréditée.
Un autre critère objectif est parfois avancé : c’est celui de la langue. Il est vrai que
l’usage d’une même langue favorise l’intégration, mais il n’en existe pas moins des
nations où l’on parle différentes langues, comme la Suisse par exemple.
2) La conception subjective de la nation
Selon cette conception, les individus forment une nation parce qu’ils le veulent bien.
Quelle que soit leur race, quelle que soit leur langue, ils ont la volonté de vivre
ensemble.
Bien sûr, il y a certains éléments qui suscitent ou qui renforcent cette volonté : à l’ori-
gine, il peut y avoir une communauté d’intérêts économiques, par exemple, et puis au
fil du temps, se forge une communauté de souvenirs, heureux ou malheureux, tels que
la prospérité ou la guerre.
Cette conception est la conception française. Elle a été défendue à la fin du XIXe siècle
par Fustel de Coulanges, qui répondait à l’allemand Mommsen. Ce dernier se servait de
la conception raciale et linguistique de la nation pour justifier l’annexion de l’Alsace par
l’Allemagne.
26 MÉMENTOS LMD – DROIT CONSTITUTIONNEL ET INSTITUTIONS POLITIQUES

B - Le territoire
Le territoire a une très grande importance pour l’État. Maurice Hauriou a défini l’État
comme « un phénomène essentiellement spatial ». Il peut exister temporairement une
nation sans territoire, mais il ne peut exister d’État sans territoire.
Il faut distinguer les conceptions archaïques et la conception moderne du territoire.
1) Les conceptions archaïques du territoire
Ce sont les conceptions du territoire-objet et du territoire-sujet :
– la conception du territoire-objet fait du territoire la propriété de l’État. Cette
conception est en réalité antérieure à l’État. Elle avait cours au temps de la féoda-
lité. Le seigneur, propriétaire des terres, se comportait aussi en propriétaire des
hommes. On confondait la propriété, notion de droit privé, avec le pouvoir poli-
tique, notion de droit public. L’État moderne a mis fin à cette confusion. Désor-
mais, les gouvernants ne sont heureusement propriétaires ni du pouvoir, ni du
territoire, ni des gouvernés ;
– la conception du territoire-sujet est liée à une vision organiciste de l’État complète-
ment dépassée. Selon cette vision, l’État serait comparable à un être vivant. Les
auteurs qui défendaient cette doctrine croyaient donc pouvoir transposer les
connaissances acquises en matière de biologie sur le plan de la sociologie. Les
résultats étaient désastreux car en appliquant aux États les théories de Darwin
concernant les animaux, on aboutissait à justifier la guerre. Seuls, les États les plus
forts devaient survivre en éliminant les plus faibles.
2) La conception moderne du territoire
Le territoire est tout simplement le cadre de l’exercice des compétences de l’État. Cette
conception a été proposée au début du XXe siècle par Léon Duguit sous le nom de
territoire-limite. Elle a l’avantage de la simplicité. L’État exerce une autorité exclusive
dans les limites de son territoire.

C - Le pouvoir
Le sociologue allemand Max Weber a réussi à dégager le critère qui caractérise le
pouvoir de l’État : c’est « le monopole de la contrainte physique légitime ». L’État
détient en effet la force publique : police et armée. Cela lui permet de faire respecter
ses décisions.
Lorsque dans une société, se créent des milices privées, c’est que l’État se désagrège.
L’exemple du Liban a été révélateur à cet égard.
Le pouvoir, c’est l’État au sens étroit.

2 • L’ÉTAT AU SENS ÉTROIT


En ce sens, l’État désigne les gouvernants, par opposition aux gouvernés. L’État ainsi
entendu se compose de trois éléments : c’est une personne morale, souveraine mais
limitée par le droit.