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LA SIGNATURE ASTRALE

J’éprouve encore, sur mes vieux jours, le besoin impératif de revenir sur le dossier de la
« signature », tant je ressens l’importance capitale du sujet et combien nous sommes encore
loin de pouvoir le traiter convenablement - moi compris, hélas - sans parler des innocents, et ils
dominent dans la république des astrologues, pour qui ce domaine n’est qu’à peine effleuré, si
même il est connu d’eux, outre encore ceux qui y renoncent délibérément.

Il me tenait à cœur puisque j’en avais déjà fait le thème d’un article dans le n° 2 de
l’Astrologue : « La pratique de la Dominante ». Une quarantaine d’années sont passées depuis
sa rédaction et ce recul temporel me donne la mesure d’une énorme insuffisance justifiant
cette nouvelle intervention en force.

En abordant ce thème de la « dominante » - blason de la formule astrale de la personne, ses


armoiries en quelque sorte, qui lui impriment son style – nous avons conscience de toucher à
l’essentiel de l’interprétation du thème, comme si celle-ci était sa pierre angulaire ou sa clé de
voûte. Une sorte de quête du Graal … C’est que l’enjeu n’est pas mince, car interpréter dans
cette finalité, c’est écrire l’histoire psychologique de l’individu à peu près comme on dresse la
carte d’un pays pour y donner une juste idée de son relief, des proportions de ses étendues
diverses et des relations qui s’y établissent, soit une identification de la vie qui s’y passe. Et en
raison de son importance, il ne faut pas s’étonner que cette notion soit là, déjà au départ du
passage à l’acte interprétatif. Du moins s’y pose-t-elle comme une présence latente, une
virtualité qui s’insinue et s’esquisse en se précisant à mesure qu’on le concrétise.
Naturellement, il n’est pas étonnant que cette donnée figure tout au long du discours
traditionnel, comme un message permanent des anciens et répété sous les formules les plus
diverses. D’où le recours à leur savoir, comme enseignement ouvert livré à l’esprit critique : du
moment que l’on y voit l’homme tentant d’élancer sa pensée au-dessus de la Terre pour enlacer
le Ciel au cœur d’une nuit profonde, nous devrions capter au moins un filet de vérité, venu déjà
des moulins de la Chaldée et des pétrins de la Grèce .

Une fois de plus, en la circonstance, il faut rappeler à chaque nouveau venu à l’art d’Uranie –
qu’il soit d’hier, d’aujourd’hui ou de demain – qu’il est un éphémère passager ayant sauté dans
un train en marche qui a déjà derrière lui un long périple et dont le parcours s’inscrit en
alluvions de savoir que le temps a déposé à ses pieds, son plus élémentaire intérêt étant
d’abord d’être à l’écoute des voyageurs qui ont eux-mêmes tracé l’itinéraire du parcours où il
est embarqué.

Que serait d’ailleurs l’astrologie d’aujourd’hui sans l’héritage traditionnel ? Quelle dérision le
dédain de guignols entichés de leur moderne supériorité appelée à disparaître avec eux ! Car,
n’est-ce pas l’essentiel du savoir des anciens que ceux-ci détiennent, en priorité le lumineux
arc-en-ciel du planétaire qu’aucun de nous n’eut pu miraculeusement inventer ? S’il vous plait,
outrepassez le charme suranné à l’antiquaire d’un retour sur la trace d’un passé sentant le
renfermé de vieilleries bouffées aux mites, afin d’aller plus loin pour atteindre un Fond-du-ciel,
comme en un retour à l’origine rècupérant un terreau fécondant, une fraîcheur de source
faisant vibrer sa lyre.

Aux premiers pas sur ce long chemin, on voit Ptolémée l’accomplir en posant la Nature
(singulièrement absente dans notre pensée d’aujourd’hui) comme lien obligé entre l’homme et
le monde : naissance écologique de l’ « astrologie naturelle ». Si le Soleil chauffe et la Lune
humidifie, à Saturne revient la génération du froid, alors que Mars brûle … Dès l’époque
pythagoricienne et surtout depuis Hippocrate, le clavier astral est incorporé à une doctrine des
tempéraments liant saisons de l’année et âges de la vie où se combinent éléments en leurs
principes, à travers une notion humorale naturellement congédiée par le temps.

HUMEUR SAISON QUALITE AGE

sang printemps humide-chaud jeunesse

bile jaune été chaud-sec âge mûr

bile noire automne sec-froid vieillesse

flegme hiver froid-humide enfance


Depuis cette époque lointaine, les termes Flegmatique-Sanguin-Colérique-Mélancolique
constituent quatre catégories tempéramentales, que le temps honore d’être la première
typologie humaine de l’histoire, ayant traversé plus de deux millénaires ! C’est à peine si le
vocabulaire a changé, le flegmatique étant depuis devenu un Lymphatique, le colérique un
Bilieux et le mélancolique un Nerveux. Il importe peu que le support théorique des humeurs soit
devenu caduque depuis longtemps, car le relais de nouvelles références modernes en a
conforté la classification. Faut-il rappeler que l’hydrogène, l’oxygène, l’azote et le carbone sont
les constituants de la matière vivante et font l’étoffe de tout l’univers, et qu’au laser l’atome
s’accélère ou se ralentit suivant qu’on le chauffe ou qu’on le refroidit ? Outre que, ici, l’objet
cosmique parle à l’homme le langage du monde, de la nature, parce que l’être du dehors et
l’être en soi, faits l’un et l’autre de la même chair, n’existent qu’en tant qu’ils se dépassent en
une totalité vivante, le vrai naturel étant le tout. Heureux ici est ce rappel de Victor Hugo :
« C’est une triste chose de songer que la nature parle et que le genre humain ne l’écoute pas ».
Si c’est par le ciel que nous connaissons la Terre, c’est par la Terre dans le ciel que nous
connaissons l’Homme, un Homme œuvre de la Nature.

Aujourd’hui, pareilles bases sont absentes ou exclues du bagage de plusieurs écoles


modernes, nul doute au détriment de leur valeur enseignante. Car, d’une part, cette
classification quaternaire des éléments ne cesse de renaître de ses cendres, comme en
témoignent ces diverses reconstitutions au cours du siècle dernier, à bases, cette fois,
morphologique, biotypologique, physiologique et embryologique.

D’autre part, ce qui vient de si loin reçoit maintenant, comme valeur établie, la bénédiction
d’une confirmation statistique de Michel Gauquelin (« L’Astrologie hier et aujourd’hui »,
Culture, Art, Loisir, 1972), les quatre astres en question étant, comme il en convient en direct,
de purs représentants de nos quatre éléments.
Mais revenons plus avant en remontant à l’état premier des choses : l’astrologie est d’abord
une planétologie. Animation de la vie du cosmos, le Planétaire est la matrice du langage
universel, l’alphabet des catégories fondamentales de la vie. C’est lui qui nous livre, entre le
Ciel et la Terre et dans les rapports de l’Un au Multiple, la grande chaîne des solidarités
homologiques entre toutes choses, d’un règne à un autre : humains, animaux, végétaux,
minéraux …, ainsi qu’entre les diverses parties de chaque espèce. Verbe d’une circulation de
la similitude, à l’infini propagé en un jeu de miroir homologuant ces liens entre l’homme, la
nature et l’univers. On peut déjà en juger en se reportant à l’imagier de l’iconographie des
tempéraments avec les dieux planétaires et les enfants des planètes. Chaque tempérament est
tout un milieu environnemental dans un apparentement généralisant. Si le flegmatique lunaire
est posé en un décor maritime comme le jupitérien sanguin en paysage à moulin à vent, flanqué
d’un cheval, d’un paon ou d’un volatile, le colérique martien se voit affublé en chasseur ou
flanqué d’un fauve … De même que dans la série des chars planétaires, à Saturne est alloué
l’attelage de dragons, animaux des gouffres souterrains, affiliant l’astre à son élément …

LES CHRONOCRATORIES

Tout repose sur les propriétés des corps célestes, sur le “pouvoir” de l’astre sujet à évaluation,
et l’on a vu qu’est d’abord posée en face de la donnée astrale la signature d’un tempérament.
Démarche élaborée au livre III chapitre 12 du Tétrabiblos fondant cette doctrine
tempéramentale sur la gamme du septénaire.

En plus de cette référence première aux éléments de notre environnement terrestre, la


tradition a institué, telle la gamme d’un solfège, une véritable Comédie humaine en fondant le
Planétaire sur la temporalité du système solaire, dans une succession de l’astre le plus près à
l’astre le plus lointain, échelonnant cette fois les caractères humains sur une suite des âges de
la vie humaine, de la Lune assimilée à l’enfance (surtout l’âge humide au berceau, au temps des
langes, de l’allaitement, du biberon, des bouillies, Ptolémée dixit) à Saturne identifié à la
vieillesse ridée et desséchée. Pyramide des âges élevée comme un hôtel : telle est la
linguistique caractérologique des chronocratories.

A la racine même de l’archétype duquel est issu notre savoir sur le symbolisme planétaire
réside l’identification du dieu astral et du type humain posé à un âge donné du cycle existentiel.
Ainsi, du plus lointain nous est venue l’image de Mercure représenté en jouvenceau, en
éphèbe, à l’âge de latence, lutin affairé au jeu et à la camaraderie des classes écolières. Vénus
est identifiée à une jeune beauté féminine « dans la fleur de l’âge » aux arômes printaniers,
celui de l’adolescence amoureuse, soucieuse de son charme et toute à son souci de plaire pour
ses émois sentimentaux, être aimée primant tout. Le Soleil rejoint Apollon, jeune homme
esthète parvenu à sa majorité où l’on se prend en mains, plein d’idéal et d’ambition, rêvant la
grandeur, se voulant sublime en pleine lumière, tel un héros. Lui succède Mars au cœur de
l’état adulte, âge de fer où l’on se bat pour vivre, pour conquérir sa place au soleil et atteindre
ses buts. Comme Jupiter l’est de l’âge mûr avantageux, à la barbe fleurie, bon ventre et bonne
réputation, jouissant d’être « parvenu » et profitant de ses biens acquis. Quant à Saturne,
lanterne sourde sur son long périple au bout du ciel visible, il va à merveille au terminus morose
de la vieillesse avec sa lumière terne, sa lenteur, sa distance ; si l’être se fait pasteur, l’astre
rejoint aussi le lugubre dieu du temps, porteur du sablier et de la faux, aux portes de la mort.
Il y a avec ce septuor, dans une portée totalisante, tout un rythme de la vie en un enchaînement
anthropogénétique ordonné : aux astres les plus rapides dans leur mobilité les âges où l’être
humain plastique et gracile change le plus vite et le plus considérablement ; au plus lent étant
l’âge final statique inclinant à l’immobilité, la sclérose, voire à l’état fossile.

Un tel édifice de synthèse psychologique est rejoint par la Caractérologie lorsqu’elle compose
les modulations du caractère humain dans le déroulement des âges. Il est manifeste, par
exemple, que l’émotivité (E) est amplifiée au printemps de l’existence, comme l’est l’activité (A)
au midi de la vie, autant que la secondarité (S) avec le poids des années, la primarité (P)
prévalant à l’adolescence. Ainsi, pour Le Senne, le mouvement de l’enfance à la vieillesse se
traduit-il par la métamorphose du type n-E n-A – P au type n-E n-A – S (n étant le négatif).
Gaston Berger développe ce thème en déclarant que la vie humaine suit une courbe partant de
l’Amorphe (n-E n-A- P), le bébé végétatif aux formes dilatées, pour s’achever dans l’Apathique
(n-E n-A- S), le vieillard hypovital aux formes amenuisées, en passant par les autres types
intermédiaires : E- n-A, puis E-A, ensuite n-E-A, enfin n-E n-A, en allant de la primarité à la
secondarité. De sorte que, toujours selon lui, le bébé est Amorphe, l’enfant Sanguin,
l’adolescent Sentimental ou Nerveux, l’adulte Colérique ou Passionné passant au Flegmatique,
et le vieillard Apathique. Ce qui va, ni plus ni moins, du lunaire au saturnien en une parfaite
hiérarchie évolutive. Il est bon, d’ailleurs, de constater que le caractère planétaire est tonalisé
par la succession d’âges : une forte lunarité accompagne souvent un être baigné d’enfance, au
physique poupon, demeurant plus ou moins enfantin toute sa vie ; de même qu’un être
fortement saturnisé est fréquemment habité de vieillesse au départ de sa vie, faisant plus âgé
que son âge ou se vivant plus vieux qu’il n’est.

Individu et existence procédant d’un parcours de même essence, le déroulement


chronocratorique se répercute au flux du devenir avec les transits et directions en intensifiant
la configuration planétaire à l’âge qui lui correspond. Ainsi, une configuration majeure dont la
Lune natale est l’objet aux premières années de la vie peut façonner un climat psychique et
l’installer durablement. De même, une configuration semblable de Mercure à l’âge scolaire
peut fixer le monde de l’esprit, la nature des idées, l’orientation des affinités électives.
Pareillement avec Vénus autour de ses vingt ans où le destin amoureux lui-même peut se jouer
dans un lien important. Tout comme les grands combats pour occuper sa place au soleil vont
souvent de pair avec des configurations de Mars à la trentaine-quarantaine ; ainsi que les
honneurs de carrière et succès à la cinquantaine-soixantaine avec celles de Jupiter ; au-delà
arrivant les pesanteurs des dissonances saturniennes, surtout avec les inquiétudes et
infortunes de santé.

Expression d’un « tempérament naturel » des astres, pour reprendre la pure formule de
Ptolémée, cette typologie planétaire a aussi son langage des formes, document visuel qu’une
iconographie remontant déjà à de lointains imagiers a illustré par la physiognomonie. On sait
maintenant que le génome est si bien reproduit en chacune de nos cellules qu’il est une
signature qui se lit dans nos plus minuscules fragments de peau comme dans la moindre goutte
de sang, de salive, de sueur ou de sperme, confirmant la formule qui décrit chacun de nous tout
entier par une succession particulière d’adénine-cytosine-guanine-thymine – quatre bases qui
sont peut-être cousines germaines de nos éléments – constituant notre ADN. Ce qui nous fait
revenir en force à la théorie des signatures selon laquelle la partie est à l’image du tout, la note
astrale se retrouvant dans le visage, la main, l’écriture … La conformité du corps est donc
aussi une note d’observation de la tendance : robustesse de Mars chaud et sec, stature
épanouie de Jupiter chaud et humide, contraction organique plus ou moins tenue ou nouée de
Saturne froid et sec, un combiné Mars-Jupiter pouvant faire son colosse superman … C’est de
la sorte, en une vision totalisante sur une même chaîne de correspondances, plate-forme d’une
interdisciplinarité de savoir, que nous pouvons le mieux œuvrer.

Nous sommes au cœur d’une vision unitaire fondamentale. Elle implique que le Un procède du
Tout. Ainsi, de même que chaque signe zodiacal prend son sens de sa position par rapport à
l’ensemble des autres signes, la signification de chaque astre est fondée par son emplacement
au sein du système solaire. Ici, par exemple, la Terre est le pivot de symétrie entre planètes
intérieures et extérieures, et l’on observe que l’alignement du planétaire fonde la répartition
des maîtrises zodiacales, les « domiciles » du couple des luminaires étant en face de ceux de
Saturne, comme le couple Vénus-Mars a son entrecroisement Taureau-Scorpion/Balance-
Bélier …
Ce schéma extrait de Fondements et avenir de l’astrologie (Fayard, 1974) de Daniel Verney
présente un tableau entier de la structure du planétaire où figurent cinq couples planétaires et
même le couple d’un couple. L’école conditionaliste de Jean Pierre Nicola a aussi les siens qui
ont non moins leur intérêt, pourvu qu’on ne les enferme pas dans l’exclusivité.

Une nouvelle unité englobante relève du cycle diurne-nocturne de la vie quotidienne, dont
l’interdépendance assigne à chaque astre un lieu ordonné en fonction des valeurs élémentales,
le clavier planétaire y étant centré par les axes de la croix horizon-méridien. Au Soleil de régner
sur l’hémisphère diurne, comme à la Lune sur l’hémisphère nocturne, Mercure occupant la
position centrale neutre, en interconnexion de l’ensemble. S’impose ensuite l’alignement
horizontal Mars-Vénus en un rapport de lever avec ses valeurs d’érection, de conquête ; et de
coucher avec celles de réceptivité, d’accueil, d’absortion. Tout comme va de soi l’alignement
méridien Jupiter-Saturne dans les tonalités d’un midi extraverti et d’un minuit introverti. Avec
les nouvelles planètes se localisent sur le méridien en face-à-face d’octaves, les dialectiques
Jupiter-Saturne et Uranus-Neptune, Jupiter et Uranus s’imposant au pôle solaire du midi,
comme Saturne et Neptune au pôle lunaire du minuit. On remarquera que du côté gauche de la
croix se répartissent les astres secs (tension, dureté), à droite étant les humides (détente),
ainsi que gîtent au-dessus les astres chauds (extériorisation) et au-dessous les astres froids
(intériorisation) : Saturne et Neptune en bas sont au soubassement, à la profondeur, à l’état
intérieur, ce que Jupiter et Uranus en haut sont à l’essor, à l’éclat, au spectaculaire.
A LA RECHERCHE DE L’ESSENTIEL

Il s’avère qu’un même son de cloche allait se répéter de siècle en siècle : le recours à une
estimation de l’importance du facteur astral. Une notion quantitative s’imposait : il s’agissait de
savoir quel est l’astre qui est le mieux positionné à la naissance et dont le pouvoir prévaut, a la
préséance. Longue et laborieuse enquête, encore inachevée.

Avec Paul d’Alexandrie, on passera par un « gouverneur » de l’heure, dont on verra plus loin la
nature, et la tradition latine des Arabes va nommer Almuten la planète qui assume le rôle de
planète dominante du thème natal. Peu importe sa désignation, qu’on l’appelle « Dominateur »,
« Seigneur » de la naissance, « Maître de la géniture » ou de nativité, il s’agit toujours de la
donnée astrale qui a la priorité en sein du système solaire, astre y faisant office de patron.

Et il s’agit là du fondamental car cet astre « grandement puissant » est l’éminence qui ouvre la
porte du temple intérieur et introduit sur la piste principale de l’essence de la personne et de sa
vie. Ce que rappelle à sa manière le IIIe aphorisme du Centiloque (pseudo-Ptolémée) : « Celui
qui est habile à quelque chose, quelle qu’elle soit, aura certainement aussi l’astre qui signifie
cette chose, grandement puissant en sa naissance. » Ce que reprend Firmicus Maternus
lorsque, évoquant les dispositions humaines, il déclare tout de go, en guise d’application
restrictive : « Si c’est Mercure sous l’influence duquel il est né, il s’adonnera à l’astronomie ; si
c’est Mars, il embrassera le métier des armes ; si c’est Saturne, il se livrera à la science de
l’alchimie. »
Reproduisons cette planche de Maurice Munzinger (comme le sont les autres) qui expose les
types planétaires selon les tempéraments, car la morphopsychologie est ignorée de l’ensemble
de l’enseignement astrologique. Omission dommageable car la visualisation qu’elle implique
contribue plus que tout à concrétiser un savoir trop enclin à demeure spectral. Certes, on n’est
pas condamné, parce que l’on porte telle signature, d’en avoir une intégrale expression
physique, qu’une autre composante peut déformer : néanmoins, sa tendance plus ou moins
perçue de visu contribue avantageusement à identifier la famille astrale type du sujet. Comme
un musicien qui doit d’abord faire ses gammes, il faut pénétrer entièrement du clavier
planétaire.
On peut ainsi comprendre que tout auteur se soit mis en quête d’identifier l’astre ou la formule
astrale privilégiant chaque thème, énumérant les conditions qui favorisent la mise en valeur de
chaque planète, afin d’octroyer la priorité à celle qui emporte le plus de suffrages. Si, en
s’enrôlant sous cette bannière, l’on a du mal à aboutir à une solution finale parfaite – dans l’état
où nous en sommes, l’on en est encore à une réalisation ouverte et inachevée – du moins, dès
les premiers pas de cette démarche visant à saisir cette dominante, unique ou plurielle, ses
fondations se font jour en toute clarté.

Il n’y a pas mieux qu’un astre qui se lève ou qui culmine, voire ensuite qui se couche ou qui
passe au méridien inférieur, pour lui octroyer une valorisation essentielle. Et cela, nous le
tenons de Ptolémée lui-même. Et derrière lui va en succession se répéter, d’un auteur à l’autre,
cette constatation première, règle d’or de l’angularité.

Il est bon de rappeler cette base élémentaire qui nous ramène à l’essentiel en nous replaçant
dans la condition de l’enfantement qu’est l’acte de son « ici-maintenant ». Soit au renvoi à la
spécificité du croisement d’un « moment-lieu » : l’homme se « cosmicise » l’instant-localisé de
sa venue au monde. Fugacité et confinement d’un point d’espace-temps ; ce qui, pour saisir
cette unicité, requiert l’impact de la configuration générale du planétaire au regard de l’horizon
et du méridien, le passage astral aux angles étant le phénomène circonscrit étroitement au
fugitif événement natal. Mais il fallut avoir recours aux rapports du planétaire avec les autres
facteurs du thème : passages astraux en signes et en secteurs autant qu’aspects, etc.

Si Ptolémée s’en est tenu pratiquement à dégager la valeur de l’angularité, présence du corps
céleste aux points vitaux, ses successeurs se sont évertués à compléter la tâche et chacun y
est allé de sa recette personnelle.
Si dans son Livre des fondements astrologiques (XIIe siècle) Abraham Ibn Ezra se contente de
trouver « normal que la plus grande force soit accordée à l’angle du milieu du ciel et au premier
angle, celui de l’ ascendant », Raymond Lulle, dans son Traité d’Astrologie (vers 1300), après
avoir comparé la trace astrale à un sceau qui imprime ses empreintes dans la cire où se
retrouvent les éléments, énumère l’application de dix-huit principes. Dans De l’Usage des
Ephémérides (1634), Antoine de Villon se met aussi à rechercher les « Dignités et débilités
essentielles des planètes ». Tandis que dans son Traité des Jugements des thèmes
généthliaques (1657, Henri Rantzau en reste à l’angularité : « c’est là que planètes et étoiles
déploient toute leur influence ». Naturellement, dans son Astrologia Gallica (1661), Morin de
Villefranche va beaucoup plus loin en consacrant l’un de ses chapitres aux « Dignités et
débilités essentielles des planètes ». Retenons sa définition première : « Le Maître d’un thème
est la planète qui, dans ce thème, en raison de sa position et de sa domination au lieu principal
de la figure, surpasse en vertu active les autres planètes. » Et avec lui, il y aura un Maître de
Révolution, un Maître de l’année. Il entend même déjà comptabiliser l’énergie planétaire qu’il
fait passer par un tour d’horizon général. Naturellement, « une planète dans un angle l’emporte
sur une succédante ou cadente », mais encore son pouvoir dépend-il aussi de ses autres
positions, 5 unités étant accordées à sa présence dans son propre signe, 4 lorsqu’elle est en
exaltation, 3 en trigonocratie, alors que la débilité va jusqu’à – 5 par son exil … Ainsi est-on déjà
parti pour le calcul de la dominante dans un alignement général de facteurs plus ou moins
hétéroclites. Derrière lui, dans sa Pratique abrégée des Jugements astronomiques sur les
nativités (1717), Henry de Boulainviller ne pourra pas faire mieux, mais on en reste à un
traitement de facteurs – nous en reparlerons plus loin - dont la valeur reste en suspens.

Une relance de cette recherche va s’opérer à la rénovation de l’entrée du XXe siècle. Dans
son Langage astral, Paul Choisnard renoue avec le fil traditionnel : « le maximum d’intensité
correspond au voisinage du méridien ou de l’horizon à 10° environ (en maison cardinale ou
cadente). MC et AS offrent les places les plus importantes, à cet égard. » Mais il n’est pas suivi
par l’ensemble des auteurs des années trente et au-delà, beaucoup d’entre eux s’en tenant
alors à la paresseuse formule assignant le simple maître de l’AS au rang de maître de
l’horoscope, peu importent les positions planétaires elles-mêmes : une pratique misérable qui
se survit encore. Mais si Choisnard est à l’aise sur ce terrain premier qui se justifie, il a
conscience de la difficulté de quantifier d’autres indices en une évaluation comparative,
d’autant qu’à faire trop d’emprunts dans une contiguïté du qualitatif et du quantitatif des
facteurs pris en compte, on s’englue dans un pudding.

En une telle matière, nous sommes comme sur le terrain de l’écologie. L’environnement ne peut
être envisagé que dans sa totalité ; tous les problèmes y sont liés par une infinité
d’interférences des divers facteurs, interdisant les solutions fragmentaires. Mais on ne peut
échapper à un commencement d’analyse sans saisir d’abord une spécificité « en soi » de
chaque composante. Et ici s’impose le verdict de l’observation.
Prenons, par exemple, le déplacement de l’astre, objet de valorisation en fonction de sa vitesse
et si mal considéré a priori dans sa rétrogradation. Il est si tentant de se laisser embarquer au
fil de ce cours à reculons Or, sans me faire l’avocat du diable, je suis gêné, pour ma part, de
tomber sur des cas flagrants contredisant ce raisonnement admis, et ils sont nombreux ces
exemples choquants. Le grand pionnier de l’exploration des mers, Henri le Navigateur, a son
Mercure des Poissons rétrograde, Bougainville, toute sa vie en vadrouille maritime, a le sien du
Sagittaire également rétrograde ; de même celui des Gémeaux de Duguay-Trouin ; ainsi que
l’ont en signes différents La Pérouse, Clive, Suffren … Et que penser du Mercure du Verseau
rétrograde de Edwin Aldrin, compagnon de route céleste de Neil Armstrong qui a posé le pied
sur la Lune ? Et malgré la rétrogradation, le Mercure du Bélier fait ses pionniers comme Nadar,
Hahnemann, Lister … Ainsi que des Laplace, des Buffon, des Dalton … Tout autant : « Je suis
né avant tout pour dessiner » déclare Edgar Degas, le plus grand pastelliste de son temps :
certes, Mercure, maître d’un Jupiter en III, est au DS, mais c’est un Mercure stationnaire, sur le
point de rétrograder. Le plus grand dessinateur français de son temps, Dominique Ingres, a,
sans que l’on sache son heure de naissance, Mercure en Vierge et au centre d’une conjonction
des luminaires, certes, mais son Mercure est rétrograde en petite vitesse. L’un et l’autre sont
pourtant des génies de l’expression mercurienne de leur art. Les écrivains eux-mêmes qui l’ont
ne manquent pas, de Madame de Sévigné à Françoise Sagan en passant par Balzac et
Marguerite Yourcenar, Jacqueline de Romilly … Mais encore, autres sortes de fausses notes,
comment ne pas être gêné de voir Mercure rétrograde également chez Judy Garland, star du
chant et de la comédie déjà toute gamine ? Le Mercure du Cancer de Grégor Mendel, fondateur
de la génétique, est rétrograde, comme est le Mercure des Poissons de August Borsig,,
constructeur du réseau des chemins de fer en Allemagne, ainsi que celui du Bélier de Gottlich
Daimler, industriel de l’automobile allemande De même que le Mercure du Taureau de James
de Rothschild est rétrograde, comme l’est encore la Vénus du sculpteur Cabanel dont le nom
reste attaché à sa « Naissance de Vénus » ; ou encore le Mars d’Helmuth von Moltke, chef
militaire vainqueur des Autrichiens et des Français, etc … Il serait bon de poursuivre cette
enquête qui peut, peut-être, faire taire un préjugé et dispenser de discourir dans le vide. Ne
nous leurrons pas avec le ronronnement de nos raisonnements et venons-en toujours aux faits.
Si l’on ne veut pas pratiquer à l’aveuglette, il faut passer par eux, eux seuls étant en mesure de
faire taire les discours théoriques creux dont beaucoup parmi nous sont si friands. Il ne suffit
pas que l’idée aille au réel, encore faut-il que celui-ci réponde. Seul le témoignage de la carte
du ciel est notre maître. Pour l’instant, contentons-nous de dire qu’il est prudent de s’abstenir
de quantifier la planète à l’aune de sa vitesse de déplacement, ce qui n’exclut pas qu’elle ait
une signification qualitative.

Puisque la dominante est affaire essentiellement quantitative, l’idéal est, neutralisant les
préférences individuelles, de faire déboucher son enquête sur un rendu impersonnel, c’est-à-
dire d’en arriver à un calcul chiffré, résultat d’un coefficient supérieur.
Certains auteurs n’ont pas craint de vouloir se hisser à cette cime, sans se rendre compte de
l’immensité de la tâche. La pièce du genre la plus connue en France est Le Maître de
nativitéd’Alexandre Volguine. Opération d’additions d’un ensemble de facteurs pour chaque
planète : position en signe, en maison … La vérité oblige à dire que cet auteur très cultivé et par
ailleurs fort estimable, n’était nullement qualifié pour entreprendre une telle tâche, n’ayant pas
été un praticien ou l’ayant été si peu, et ne s’étant pas frotté non plus à la typologie planétaire
qui doit se cultiver sérieusement. Il eut dû abandonner sa tâche devant ses résultats
aberrants ; étant étranger au sujet au point de n’avoir été nullement offusqué devant, par
exemple, une « dominante » saturnienne d’un Rodin, pourtant si typiquement jupitérien
(l’opposé !) et consacré par une double conjonction de l’astre au MC et au Soleil, outre leur
sextil à l’AS ! C’est d’ailleurs carrément en dépit du bon sens que repose son système. Il souffre
d’abord d’une omission majeure : la valorisation par aspect en est complètement absente,
même de la planète à un angle ! Ce qui suffit déjà à le discréditer. Il manque aussi de réalisme,
n’ayant pas tiré de leçon des bilans statistiques à propos des décalages aux angularités. Outre
le reste … Tout cela n’empêche pas de nouvelles recrues d’appliquer ce système les yeux
fermés en débitant des âneries, comme au numéro 38 d’Astralis où Van Gogh, avec un Mars au
MC, maître du Soleil en Bélier, se voit catalogué vénusien …

Il faut dire qu’on en voit trente-six chandelles à relever les erreurs commises en la matière, et
venant même d’autorités auxquelles on ne pouvait s’attendre. Par exemple, Don Néroman lui-
même, tenant à regret la chose pour quantité négligeable, déclarant : « Hitler est un Martien »,
et prenant Maurice Thorez pour un uranien ( Que nous réserve 1938 ?).... On ne saurait être un
bon théoricien si l’on n’est pas suffisamment praticien.

Derrière la monstruosité de Volguine, la tentative de l’école conditionaliste, pourtant beaucoup


mieux élaborée et fort ambitieuse, n’est finalement pas meilleure. Si l’aspect est le grand
absent du système de Volguine, c’est de la maîtrise dont Jean-Pierre Nicola fait litière pour le
sien. Principale cause d’une faiblesse rédhibitoire de ses résultats, qu’on s’en tienne, pour en
juger, à ses propres exemples livrés dans ses textes du trio Pluton-Neptune-Uranus, ou qu’on
en prolonge l’application aux ouvrages scolaires de ses disciples, insuffisamment adultes pour
éprouver le besoin de le corriger.

Dernièrement, dans Comprendre les quatre éléments (Cédra-Astralis, 2006), Denis Labouré
s’est livré à son tour à un calcul de dominante de plutôt bonne tenue. Ayant traité le même
sujet, cet auteur me fait l’honneur d’y rappeler ma manière d’aborder la dominante élémentale
qu’il juge à l’état de simple approximation. C’est bien volontiers que je lui accorde cette
réserve, puisque j’estime n’être que sur la piste d’un résultat. Toutefois, il y a quelque humour
de s’entendre, pour ainsi dire, accusé d’omission de la part d’un auteur pour qui le système
solaire s’arrête carrément à Saturne, les trans-saturniennes n’ayant, selon lui, nullement droit
au chapitre, comme si l’uranien, le neptunien et le plutonien n’existaient pas ! (j’ai ciblé les plus
spectaculaires de l’histoire dans mon livre consacré à ces trois planètes). Autre fâcheuse
désertion : notre auteur se contente d’appliquer les mesures de sa grille de calcul à un thème
seulement, lequel , au surplus, est celui d’un illustre inconnu : allez savoir…

On le voit, tout ce qui a été tenté en France jusqu’à ce jour, pour méritoire qu’ait été la
démarche, est dérisoire, et si l’on s’avise de recourir à l’une ou l’autre de ces « grilles », la
déconfiture est assurée.
Force est de convenir qu’en l’état actuel de nos connaissances, nous n’avons pas encore les
moyens de nous offrir le précieux outil d’un calcul impersonnel de la dominante. Il s’agit, en
l’occurrence, d’édifier un appareil délicat en lui introduisant un ensemble de facteurs donnés
qui interfèrent et dont il convient d’étalonner les paramètres ; au surplus relativisés les uns par
rapport aux autres. Tâche énorme à accomplir, qui ne peut être menée à bien que par une
équipe de chercheurs comparant des valeurs respectives déjà difficiles à établir, et disposés à
se donner tout le temps nécessaire pour aboutir. Cela dépasse de très loin la capacité d’un
seul homme, dut-il y consacrer sa vie entière, sa subjectivité appelant de toute façon la
neutralisation d’un concours de jugements diversifiés. Un tel appareil n’est donc pas pour
demain et acceptons de pratiquer dans le provisoire fondé sur son estimation personnelle.

Tentons, maintenant, de passer en revue diverses composantes participant à la dominante.

LES ASPECTS

Il est étonnant que l’on n’ait pas, que je sache, fait bonne mesure de la part des aspects dans la
détermination de la dominante. On est pourtant là devant la banalité d’une évidence.

Du moment qu’en premier lieu ce qui compte est le passage astral à l’horizon et au méridien,
AS et MC en tête, il vient aussitôt à l’esprit que suit immédiatement derrière ce contact direct
de l’astre avec l’angle du ciel qu’est la Présence, le contact indirect à distance, c’est-à-dire son
aspect. Ce qui s’impose si l’on satisfait à l’exigence de l’ « ici-maintenant » natal. Cette version
répond pleinement au principe de base énoncé dans mon Traité pratique : « Plus une
configuration est spécifique à la naissance, croisement précis de son lieu et de son moment, et
plus elle particularise, donc plus elle « signe » l’individu. » La hiérarchie des valeurs que nous
recherchons est entièrement fonction de cette règle.

Qu’il y ait conjonction ou aspect de l’astre avec l’angle, le phénomène est de même fugacité et
il n’est pas configuration plus limitée dans le temps. Ainsi, il suffit que la même planète fasse
simultanément un aspect majeur avec l’AS et un autre avec le MC – à la manière, par exemple,
de Saturne au double trigone de l’un et de l’autre comme chez le saturnien Louis XIII – pour que
sa signature soit patente, à titre de dominante ou de sous-dominante. En tout cas, ce jumelé
d’aspects est à relever et même déjà le simple aspect à l’un des deux points mérite
considération.

Sur la toile de fond constellée des seules positions astrales du thème se présente un éventail
d’aspects aux durées extrêmes, des lunaires à contenu horaire aux trans-saturniennes à
étendue annuelle, ces derniers façonnant une ample communauté générationnelle à laquelle on
appartient. Certes, ceux-ci ont aussi leur passage angulaire, en quoi leurs natifs peuvent
devenir des cas exemplaires de leur génération. Mais, sans valorisation particulière, les
configurations des rapides ont naturellement la priorité, la mercurienne qualifiant de ses
aspects la vie de l’esprit, la vénusienne donnant le ton de la vie du cœur, etc.
Mais tout derrière l’ensemble relationnel angles-planètes par conjonction et aspects, au haut
de l’échelle de la dominante, arrive l’intervention des deux luminaires « Père et Mère
universels » par le pouvoir valorisant qu’ils exercent sur le planétaire, comme si, dans l’aspect,
ils déléguaient leur puissance ou l’investissaient à la planète, ce qui est patent en astrologie
mondiale. Pouvoir de conjonction surtout, comme si la planète était rechargée par un
renouvellement cyclique, relancée dans son parcours annuel ou mensuel.

Il va donc de soi que lorsqu’une planète est doublement conjointe au Soleil et à la Lune –
comme le Saturne du compassé empereur François-Joseph d’Autriche qui en porte la trace
d’une façon patente – cet astre se hausse à un rang significatif de dominante ou de sous-
dominante, suivant les circonstances. Mais encore, bien que moindrement, une convergence
d’aspects des deux luminaires à la même planète n’est pas sans la faire tinter, comme la
conjugaison d’une commune tonalité harmonique ou dissonante.

Il reste encore que le phénomène de cyclicité est à prendre en considération dans le rapport
des astres rapides – Mercure-Vénus-Mars - avec les lents, comme si la conjonction des
premiers avait aussi, bien que moindrement, vertu de valorisation des seconds, du fait du
renouvellement cyclique de ces derniers. Ainsi, hors angularité, rien n’est plus valorisant pour
une lente que de se trouver au centre d’un amas planétaire, tel l’Uranus de Kepler réuni à un
trio Soleil-Mercure-Vénus. Et une simple convergence d’aspects de ces rapides au même astre
mérite considération, à l’exemple du Saturne du même, recevant leurs sextils.

LA MAITRISE

Peut-on quantifier la relation de la planète dans son signe ?

On ne peut séparer le coursier de sa piste et si chacun des deux facteurs a ses propriétés
propres, se conçoivent des variations d’affinités dans la succession des passages de l’astre
d’un signe à l’autre, la planète se plaisant « davantage » dans l’un et « moindrement » dans
l’autre.

Pour en juger, remontons à la cellule du cosmos astrologique, cet œuf qui est à la fois
planétarisation du tissu zodiacal et spatialisation zodiacale du système solaire en succession
d’aspects. Noyau central d’un ancrage du mouvant et de son itinéraire dans un échelonnement
astral d’orbite en orbite du centre à la périphérie, incorporant mobiles et fixes. Là est la matrice
des rapports entre planètes, signes et aspects, la Maîtrise y faisant son apparition : le Soleil est
« maître » du Lion et la Lune « maîtresse » du Cancer, comme Saturne a « maîtrise » du
Capricorne et du Verseau. Et entre l’état de conjonction des premiers et celui d’opposition du
dernier s’intercalent les autres maîtrises : des luminaires par semi-sextil de Mercure en
Gémeaux et en Vierge, sextil de Vénus en Taureau et en Balance, carré de Mars en Bélier et en
Scorpion, et trigone de Jupiter en Sagittaire et en Poissons. Encadrement planètes-signes-
aspects des plus judicieux que l’on a même complété par l’assemblage d’affinités des douze
signes et des douze secteurs, concentrant par trios des complexes de valeurs communes :
Mars-Bélier-I, Vénus-Taureau-II, Mercure-Gémeaux-III, Lune-Cancer-IV …
Or, partant de là, il n’est pas aisé de différencier la teneur du quantitatif de celle du qualitatif de
chacun de ces complexes. Il est sûr que l’on « sent » bien que Mars et le Bélier sont proches
l’un de l’autre, quasi-identiques de tendance, et que vont bien ensemble également Vénus et le
Taureau, comme Mercure et les Gémeaux, la Lune et le Cancer, le Soleil et le Lion … comme si
ces astres étaient dans leurs fiefs respectifs. Du même coup, on est enclin à considérer que
Mars s’exprime « plus » purement quand il est dans le Bélier, que Vénus s’épanouit « plus »
chaleureusement en Taureau, que Mercure est « davantage » loquace en Gémeaux … En
opposition étant l’inverse de « l’exil » comme un vide en face d’un plein. De là la tentation
d’attribuer une cote supérieure au premier, une inférieure au second : Mars en Balance, Vénus
en Scorpion …

Il n’en faut pas moins convenir que la démarche est délicate et que c’est une manière de
« mettre les pieds dans le plat » que d’attribuer, par exemple – pour simplifier en s’en tenant
aux quatre principales catégories domiciliaires assimilées aux quatre saisons - + 2 au trône, + 1
à l’exaltation, 0 en marge, - 1 à la chute et – 2 à l’exil.

La raison en est qu’il s’agit là d’une manière de procéder relevant d’une vision linéaire
unilatérale, alors que nous sommes sur une piste circulaire qui implique un champ dialectique
de la réalité. Nous devons à notre tradition d’hémisphère boréal un trône du Soleil en Lion, août
étant un mois de magnificence vitale en tonalités fauves des épis dorés du plein été, tandis que
le cœur de l’hiver est assurément un exil solaire. Si l’astre du jour est fortifié physiquement au
Lion et affaibli physiquement au Verseau, cette vie animale du tempérament humain peut bien
s’en ressentir avec davantage de constitutions organiques fortes au premier passage et de
faibles au second. C’est en tout cas en hiver que la mortalité y est la plus forte, février
remportant la palme du nombre des décès en notre hémisphère, surtout venant du cœur. Mais,
en revanche, une statistique (non astrologique) opérée sur un millier de génies parmi les plus
grands de l’humanité a fait apparaître un maximum de naissances au cœur de l’hiver et un
minimum juste en face du calendrier annuel. Phénomène de compensation. Ainsi, si l’être dans
ses manifestations extérieures est avantagé par une naissance estivale, c’est, par contre, sa
vie intérieure, intellectuelle, morale ou spirituelle, qu’avantage une occupation du Soleil en
Verseau. Il faut donc cesser de faire des débilités une foire aux indigences, un lieu de
disgrâces, un festival d’indignités, un mouroir aux éclopés, que sais-je encore ? …

C’est la raison pour laquelle il convient d’être prudent, c’est-à-dire relativiste, pour user
judicieusement d’une telle cotation, en avançant à pas feutrés, par touches successives.
N’empêche qu’un péremptoire coup de balai donné prétentieusement à de telles subtilités se
paie très cher.

Je ne puis mieux faire que de renvoyer à mon texte : « Les Maîtrises », car, malgré cette
dialectique, on est loin de pouvoir se débarrasser à si bon compte du phénomène. C’est sur le
terrain que cela se juge et le cas exemplaire de Kepler y a été traité dans un débat où un tenant
de l’école conditionaliste s’était jeté dans la gueule du loup, bien gros étant le nœud que cet
interlocuteur s’était mis autour du cou en niant un Kepler saturnien. Il n’y a pourtant pas plus
saturnien que lui, sans que son astre soit angulaire : mais son Capricorne est occupé par un
trio Soleil-Mercure-Vénus, Uranus en plus, amas au surplus au sextil de Saturne, signe et
aspects ayant à eux seuls décidé d’une signature exemplaire que personne ne peut nier !

Je ne me suis pas contenté de cette unique illustration, pourtant suffisante et décisive. L’idée
m’est alors venue de traiter les souverains qui ne sauraient mieux répondre à la condition
solaire, en allant voir ce qui se passait d’une catégorie à l’autre, traitant plus de deux centaines
de cas. Il ne fut pas aisé de départager les trônes et exils où s’opposent les puissances
physiques et morales. En revanche, la polarisation fut sensible de l’exaltation à la chute. Ainsi,
les 15 souverains du Bélier exaltant réunissent 421 années de règne, presque autant que les 27
souverains de la déclinante Balance qui n’en rassemblent que 443, la moyenne étant de 16 ans
pour la Balance et de 28 pour le Bélier. Et avec la Danoise Margrethe II qui est déjà sur le trône
depuis 38 ans, les Bélier dépassent les Balance qui sont pourtant deux fois plus nombreux.
Outre que l’on observe chez les premiers un détrôné et un démissionnaire, contre chez les
seconds six détrônés et quatre assassinés (plus d’un tiers). On est enclin, évidemment, à voir là
un accroissement d’énergie dans l’exaltation, contrasté de son affaiblissement dans la chute Il
s’est révélé aussi qu’il fallait tenter une observation semblable avec Mars chez les militaires et
chefs de guerre, en se concentrant seulement sur les deux guerres mondiales. En 1914-1918,
Mars en Taureau et Balance tombe sur les vaincus : von Schlieffen, von Kluck, von Hindenburg,
von Ludendorff, Luigi Cardona (Caporetto) avec Charles 1er d’Autriche-Hongrie. En 1940-1945,
on trouve les deux mêmes débilités martiennes d’abord chez Paul Reynaud, Pétain, Weygand,
le général Dentz chargé d’accueillir l’ennemi à Paris, et le général Bridoux qui démobilise
l’armée à l’invasion de la zone libre en 1942. Ensuite chez Hitler, von Brauchitsch, Rommel,
Keitel qui signe la capitulation ; outre Mamoru Shigemitsu qui signe la capitulation japonaise.
Et un Hitler n’a rien moins que la Lune, Mars, Jupiter et Saturne en débilité, comme étaient les
luminaires, Saturne et Uranus chez Guillaume II. En Italie, d’une enquête faite sur
la cinquantaine des derniers papes dans le n° 1 de son « Osservatore Astrologico » (décembre
1979), Federico Capone a relevé un minimum de Mars en Bélier, Scorpion et Capricorne et un
maximum en Balance, Cancer et Taureau, contraste sensible qui pourrait être significatif d’une
intériorisation de la virilité.

La maîtrise peut donc donner l’impression que l’astre dispose d’un point d’appui zodiacal pour
se manifester, le signe étant comme une délégation de la planète qui use de cet investissement.
Le plus clair de cette manifestation se présente lorsqu’il advient que plusieurs planètes soient
concurremment angulaires. Dans ce cas, celle qui l’emporte sur les autres est généralement
celle dont le propre signe est occupé par le Soleil, s’il advient qu’une telle occupation se
présente. Ainsi chez Van Gogh dont le Mars culminant est porté par un Soleil du Bélier qui
l’amplifie, l’un et l’autre étant un couple, faisant un tout. Il en est de même de la Lune quand la
vitalise un Soleil en Cancer, comme dans les cas de Corot, de Boudin, de Rodenbach... Ainsi
fonctionnent intimement planètes, signes et aspects.
On peut, ici, parler d’un pouvoir de la maîtrise. Le jongleur extravagant que fut Cagliostro doit
son aventure à un Mercure des Gémeaux porté par la puissance d’une conjonction Mars-
Jupiter-Saturne en Vierge, configuration que Marat convertit en forcené de plume vitriolée. De
même, il est sûr que Saturne en Capricorne est un redoublement saturnien …On verra plus loin
que les anciens n’ont pas craint d’en arriver à une multiplicité de rapports entre planètes et
signes, en successives divisions et sous-divisions.

Faisons un retour au principe pour un cas important. Il convient naturellement d’octroyer une
valorisation particulière au maître de l’AS (mais peut-être aussi au maître du MC ?), facteur qui
vient en seconde position derrière les conjonctions et aspects aux angles, la moyenne de durée
du phénomène étant de une à deux heures. Cette donnée, encore survalorisée par trop
d’ignorants, est ainsi replacée à son niveau véritable, celui, toutefois non négligeable, d’une
seconde position. Du même coup se présente une valorisation érigée parfois en dominante
lorsque la même planète a maîtrise à la fois sur l’AS et sur les luminaires, sinon sur l’un d’eux.
Ou encore lorsqu’elle aspecte l’AS lui-même, sinon le MC.

Et ce n’est assurément pas du gateau lorsqu’on se trouve en présence de co-dominantes


contraires dont la cohabitation n’est pas facile à situer, comme dans les cas de Robespierre,
homme d’Etat (Jupiter-MC) saturnien (Saturne-AS), et Charles Dullin, comédien (Jupiter-DS)
saturnien (Saturne-FC) …

LA LATITUDE

Il va de soi que le principal mouvement de nos astres du système solaire est leur parcours de
longitude qui les fait passer d’un degré à un autre, puis d’un signe à l’autre tout au long du
cercle zodiacal. S‘ajoute à ce déplacement planifié la fluctuation latérale qu’ils effectuent de
part et d’autre de la centrale piste solaire de l’écliptique. On conçoit que plus la planète est
proche de cette sente royale, soit 0° de latitude, en plein alignement du circuit solaire, plus
sensible devrait en être la manifestation. En s’écartant de cette piste, l’astre devrait perdre de
sa présence. Pure logique qui ne prouve rien, mais qu’il faudra bien, un jour, soumettre à
vérification. Comme le thème de l’approche et de l’éloignement de l’astre dans le voisinage du
périgée et de l’apogée, de la Lune surtout et de Mars. Mais encore lorsque l’astre passe sur
l’axe des nœuds, du fait que s’y croisent les orbites des deux luminaires, lieu de vibration
particulier.

Néanmoins, si le concept est une chose, la réalité peut être toute autre. On sait que les écarts
de latitude en Nord et Sud varient d’une planète à l’autre. Le dépassement est insignifiant pour
Jupiter dont l’axe de rotation se rapproche le plus de la verticale sur l’orbite, l’astre poussant
majestueusement en avant son globe énorme, qui ne s’écarte pas de plus de 1°, comme Uranus
et Neptune. Mais, de l’axe des nœuds au carré de ceux-ci, la Lune passe de 0° à 5°, et il arrive à
Mercure de frôler 5°, à Mars d’atteindre les 6° et même à Vénus les 8°. Naturellement, c’est
Pluton qui bat les records avec un éloignement de 17°. Il a franchi l’écliptique en 1930 et son
écart latitudinal était relativement faible entre 1920 et 1940. Par contre, il est devenu extrême
autour des années 1980.
Ce facteur latitudinal a pour effet de fausser l’horaire du passage astral à l’horizon, en s’en
tenant à la formule classique du thème, telle planète que l’on croit y être en secteur XII à en
juger par son seul degré zodiacal, pouvant ne pas être encore levée, ou inversement.

Ce problème a été soulevé à propos des premiers résultats statistiques de Gauquelin, l’un des
nôtres ayant laissé entendre que la non centration autour de l’Ascendant des rassemblements
au lever pouvait résulter de l’intervention de la latitude. Objection vaine puisque le décalage
après l’angle s’observait aussi au méridien. Gauquelin prit néanmoins la chose au sérieux et
publia dans les Cahiers astrologiques (N° 92) un résultat de statistique latitude comprise
prouvant que celle-ci était sans effet.

Mais, antérieurement, l’école de Don Néroman s’était avisée du problème et avait conçu le
domigraphe en vue d’évaluer la domitude de la planète. On assiste depuis quelque temps à un
retour en force sur la question, dont témoigne notamment le n° 129 de L’Astrologue avec les
interventions de Jean-Christophe Vitu - qui a relevé un quart d’erreurs d’angularité (passage
d’une maison à une autre) pour Pluton (suivi de 7,5 % pour la Lune) sur un contrôle de 10 000
thèmes ! – et de Bernard Villemain qui préconise carrément d’accompagner le thème classique
du thème de domitude, des logiciels se chargeant de l’opération, les résultats de recherche à
venir ne devant pas, quels qu’ils soient, remettre en question un tel intérêt .

Cette entrée en matière ouvre un débat où, une fois de plus, se confrontent deux principes face
au fait. Il vient d’abord à l’esprit que c’est là où le corps céleste est physiquement présent que
ce qui en émane doit se manifester. Toutefois, ce jugement se heurte à la considération que la
planète n’est qu’un adjoint du Soleil – centre où tout se passe – sans lequel elle ne serait rien.
C’est par son entremise qu’elle se manifeste. Il suffit de voir la place minuscule qu’occupent les
ronds planétaires sur le fond du volumineux disque solaire pour ne pas avoir à insister. La
planète ne vaut qu’incorporée au système solaire. Or, l’écliptique, route du Soleil, est l’artère
centrale par où défile tout ce système solaire, ce qui plaide en faveur du degré de longitude, la
présence corporelle de l’astre pouvant moins compter que son alignement sur l’écliptique. Ce
qui est matière à débat.

Ce qui me ferait pencher plutôt du côté de cette seconde version, c’est la constatation que
Pluton, en pure longitude, se trouve tout à coup être à l’AS chez quelques-unes des « étoiles du
crime » : Landru, Kürten le vampire de Dusseldorf, Haarmann le boucher de Hanovre,
« l’ennemi public numéro 1 » Jacques Mesrine… Ce qui s’aligne sur les diverses participations
de Pluton parmi les autres criminels, ainsi que sur le fond de la tendance des pulsions de mort
de l’astre. Et par-dessus tout, il se trouve que Pluton est au DS chez Freud qui a révélé ce
monde sado-anal des pulsions de mort, réveillant les démons endormis de l’enfer humain ! Il ne
semble pas que ce ne soit là qu’une hirondelle de printemps. Néanmoins, nous sommes tenus
de ne pas en rester là et d’effectuer d’importantes recherches pour aboutir là aussi à une
conclusion.
DU NOYAU A LA PERIPHERIE

Sortons du noyau dur de cette dominante, gros plan de la personne et centre de gravité du moi,
pour revenir aux autres facteurs que s’est ingéniée à concevoir une tradition prolifique,
entraînée dans un dédale qui confine au labyrinthe.

On peut résumer l’héritage traditionnel en énumérant quatre conditions de la position astrale.


1) Par rapport à la domification : l’astre sur un centre (angle) sinon en aspect de celui-ci. 2) Par
rapport au zodiaque : position en domicile, triplicité, décan, signe et quadrant de même sexe
que le natif. 3) Par rapport aux autres planètes : situation par ses aspects, en sympathie de
diurne-nocturne, par sexe. 4) Par rapport à son mouvement propre et au Soleil : mouvement
direct ou rétrograde, phase orientale ou occidentale …

Il est vrai aussi que le qualitatif est de la partie : les planètes qui se lèvent le matin avant le
Soleil (occidentales), chargées de l’humidité (féminine) nocturne, se masculinisent, se
desséchant en allant de l’horizon à la culmination, et se féminisent par humidification en
descendant de là vers l’occident (je rappelle que Mars a des affinités avec l’AS comme Vénus
avec le DS, ainsi que Jupiter avec le MC et Saturne avec le FC).

Il y a là tout un ensemble difficile à


traiter. On assiste ici à une
application du principe du Tout
dans l’Un qui se démultiplie,
jusqu’à s’embourber dans un trop
plein. Du signe on saute au décan,
avec déjà le débat du choix entre
un passage par une traversée du
septenaire (le Bélier livré à Mars-
Soleil-Vénus) ou (ultérieurement)
soumis à sa triplicité ( Bélier Feu :
Mars-Soleil-Jupiter). De même que
l’on passe à la division des termes
au découpage inégal où se
succèdent cinq planètes,
luminaires exclus (au Bélier,
Jupiter occupe les 6 premiers degrés, Vénus les 8 suivants, puis Mercure 7°, Mars 5° et Saturne
4°) sans compter la division- diurne-nocturne et le distinguo masculin- féminin. Outre la
superposition des facteurs obtenus dont le relevé n’est pas sans tenir du capharnaüm, un
auteur comme Morin ayant fait bon marché de telles données. Le meilleur tableau qui rend
compte d’un tel ensemble reçu est le présent d’ Arcana Mundi (Biblioteca Universale Rizzoli,
1995) – qui attend d’être traduit en français - du maître historien Giuseppe Bezza.
L’insistance d’une nécessité de signature est allée jusqu’à la simplification d’un recours
spéculatif à un système chronocratorique d’heures planétaires, remontant aux Egyptiens. Ce
système est un alignement horaire distribué sur la semaine planétaire. Un jour de 24 heures
contient trois séries planétaires, plus trois faisant avancer au jour suivant, selon l’ordre
hebdomadaire (du dimanche au lundi, passage du soleil à la lune par-dessus Mercure et
Vénus). Dans ce système, le chronocrate initial qui met en branle les fileuses du destin est le
Soleil jour du dimanche, la première heure de ce premier jour lui appartenant. La série continue
ainsi jusqu’au terminus des 168 heures contenues dans les sept jours, le chronocrate de la
première heure de chaque jour devenant par surcroît celui de la journée entière. Il valait de
présenter cette figure extraite de L’Astrologie grecque de Bouché-Leclercq, quelques attardés
qui ne savent pas suffisamment lire une carte du ciel y ayant encore recours.
Fanfreluches aboutissant à ce que sur chaque heure pèse le quadruple imprimatur de
chronocrators horaire, quotidien, mensuel et annuel hiérarchiquement étagés. Néanmoins, il
n’est pas interdit de prospecter « Les Heures planétaires », traitées savamment par André
Boudineau dans l’Almanach Chacornac, 1936. En supposant encore un champ d’inconnu en
embuscade …

On est naturellement enclin à se débarrasser des expédients futiles sortis d’officine,


excroissance parasitaire ne reposant sur rien d’évident, qui encombrent le tronc de l’astrologie
classique, pour d’autant mieux s’en tenir au principe fondamental qui instaure le piedestal de la
Dominante. Et remonter à la « signature », n’est-ce pas une démarche puriste livrant, dans le
timbre de la note juste, le tonique et le capiteux du rendu humain ? Dans la filiation
paléontologique d’un Cuvier (avec sa conjonction Soleil-Neptune de la Vierge en I et Mercure
du Lion à l’AS) proclamant : « Donnez-moi un seul os, voire un seul fragment d’os, et je
reconstituerai l’animal entier !’.
Et pourtant, la quête de ce fleuron de la « signature », ouverte depuis les origines de
l’astrologie, serait-elle trop grandiose et trop indispensable pratiquement (la même
configuration locale – telle planète en tel secteur - est vécue différemment selon qu’on est
lunaire ou martien, jupitérien ou saturnien) pour se permettre d’y renoncer ? Tels certains
confrères croyant échapper à ce problème, en particulier ceux de l’école humaniste. Témoin
cette citation regrettable d’Alex Ruperti et de Marief Cavaignac de La Géométrie du ciel II : « …
on ne se base plus sur l’analyse quantitative comme dans Le Maître de nativité de Volguine, ou
sur des statistiques comme Gauquelin. Comme nous l’avons déjà dit, il n’est plus question de
« combien », de « beaucoup » ou de « peu », mais de « où » … ». Mais alors, avec la platitude de
cet alignement, où mène cette astrologie privée d’une dimension essentielle qui se veut
« esthétique et téléologique », si ce n’est de se condamner à planer, où « toute planète peut
être une « dominante » selon le genre de rapport qu’elle a avec les autres planètes », ou à
retomber au point de départ en reconnaissant, par exemple, des planètes « qui mènent », des
planètes « qui traînent » ? On ne peut fuir ce qui s’impose, surtout en priorité, sinon on se
condamne à flotter dans le flou d’une pratique molle ou à planer dans l’illusion lyrique, alors
qu’il faut incarner une astrologie installée au cœur de la vie où l’être est embrassé par le tout.

LA STRUCTURE DU THEME

Si l’on y réfléchit bien, la « signature » astrale de l’individu, c’est la totalité de son thème
ramené à l’essentiel. Du tout s’y distingue la dominante, crête qui en souligne la spécificité,
cette suprématie sur l’ensemble de ses configurations étant une astrocratie de son centre, tel
le cœur d’un organisme (à la manière de la reproduction de l’Utriusque Cosmi de Robert Fludd,
1617, qui inaugure ce texte). Ce n’est donc là qu’une fin première qui dégage le style de la
personne ; aussi faut-il aller au-delà, l’ identification de ce qui prévaut d’abord, démarche
initiale, devant conduire à finaliser la saisie globale de son ensemble configurationnel.

Au sein de celui-ci, chaque facteur a une part entière de réalité particulière, composante qui
n’a de sens que mise en perspective avec le tout. Or, il y a bien des façons de se représenter ce
tout.

Au sommet, la figuration la plus synthétique est de poser la


dominante – l’os du squelette de Cuvier - en noyau central
environné d’une toile de fond, laquelle, dans la lignée, s’ajuste en
une diffusion globale de même tonalité.

Cette toile de fond relève généralement de la composition


d’ensemble que fait la répartition planétaire autour du cercle, par
exemple avec une localisation groupée en quarte zodiacale
domifiée. Au plus simplifié, par exemple, c’est, avec un Soleil
entouré, une naissance de matinée de printemps ou de nuit d’hiver.
C’est encore une naissance signée d’un binaire de deux centres
planétaires distincts, composant une bipolarité caractérisée,
sensible dans le cas d’un face à face. Ainsi en vient-on naturellement à la composition de toiles
de fond polygonales : ternaire de figures triangulaires en équilibre ou en tension ; quartette en
jeu, assemblages sexangulaires, octangulaires …
Ce domaine a fait l’objet d’études chez nos confrères allemands et américains. Le n° spécial 72
(j-f 1968) des Cahiers astrologiques, consacré à « La Dominante », a rendu compte, grâce à la
traduction de Paul Colombet, des premières explorations de Christian Meier-Parm à la
recherche d’un « Dominateur tensionnel », son ouvrage de 1954 exposant par ce moyen une
tentative de dégager une vue d’ensemble du thème. Ainsi que du Dr Walter A. Koch, traitant à
la même époque lui aussi d’une « Horoscopie des formes », cette Gestalt le conduisant
également, utilisant les mi-points de Ebertin, à déchiffrer des figures planétaires : la « fleur »
quand une planète seule est en face de plusieurs autres, la « croix en T », triangle réunissant
une opposition et deux carrés, le »trapèze » qui groupe quatre planètes aux mêmes cotés
opposés, etc.

Les traductions américaines nous ont familiarisés avec les « Dessins planétaires » de Marc-
Edmund Jones, traduit en 1987 aux Editions Vernal-Philippe Lebaud (Apprendre l’astrologie),
mais que nous avaient fait connaître antérieurement Dane Rudhyar, qui a donné une assise
géométrique à son travail avec son chef d’œuvre : Les Aspects astrologiques (Le
Rocher,1980), et Alexander Ruperti avec Marief Cavaignac dans leur Géométrie du ciel, tome II,
Le Rocher 1987.

En fait, c’est inconsidérément que l’école humaniste a fait sienne cette pratique des figures
planétaires en les tenant pour une prise globale du thème, sa saisie synthétique peut-on même
dire, et en lui faisant jouer le rôle inapproprié de clé de l’interprétation. Or, on est loin du
compte, une telle prise devant relever du plus profond des astralités : le dessin planétaire n’est
que l’enveloppe du thème, son seul pourtour, l’essentiel étant ce qui se passe à l’intérieur de sa
sphère par rapport à son centre.

Il est aisé de comprendre qu’avec eux nous n’en sommes encore qu’à une saisie de courte
portée, laquelle n’aboutit qu’à un choix parmi quelques catégories de base, ce système
débouchant finalement sur – également - une typologie. Ce qui le pose au même plan que la
traditionnelle typologie des tempéraments, laquelle est autrement plus substantielle,
chargée d’un potentiel à coté duquel la nouvelle venue a peine à tenir la comparaison. Ce
nouveau système souffre, en effet, de deux faiblesses qui conduisent à son élimination comme
clé première d’interprétation.

Théoriquement d’abord. Le phénomène de la figure planétaire est trop installé dans la durée
pour répondre au « ici-maintenant » natal, étant donc marginal à la spécificité de la naissance.
Dans la mesure où ne sont préconisées que les planètes, les axes en étant exclus, le même
dessin planétaire peut couvrir de vastes tranches de calendrier. Ainsi en est-il du Mars de
Freud évoqué par Ruperti : » Dominant » selon lui parce que l’astre est l’anse du seau, type
auquel appartient le père de la psychanalyse. Figure s’étalant sur les 24 heures d’une dizaine
de jours …

Pratiquement ensuite. Car, aussi intéressant qu’il soit, ce dessin planétaire débouche sur si
peu de réel, sa saisie spectrale menant à l’interprétation molle d’un impressionnisme nébuleux.
Il est facile d’en apporter la preuve en mettant chacun au défi, ignorant encore le thème d’une
personne bien connue de lui, d’identifier le type – Entonnoir, Balançoire, Locomotive, Trépied,
peu importe – auquel il appartient. Cette défaillance initiale vient de ce que la figure planétaire
n’adhère pas à de l’évident, nulle véritable silhouette de personnage ne s’y esquissant.
Alors que la signature planétaire, chargée du substantiel des valeurs d’éléments sur toute la
chaîne de leurs correspondances, satisfait à une telle exigence, permettant – du moins si une
catégorie du personnage se dégage de manière significative – de passer de l’un à l’autre,
remontant du sujet au thème et descendant du thème au sujet. Or, nous avons le devoir de nous
entraîner à devenir un miroir de la synonymie. Il faut entrer au cœur de ce mouvement indivisé,
comme une navette circulant entre deux poles : du personnage connu à sa configuration
inconnue et de l’astralité connue à l’interprété encore à découvrir. Objet et sujet en envers et
en endroit tenus sous le même regard, ainsi que deux mondes rejoints dans l’unité d’un même
phénomène. D’où, avec Freud, l’abandon d’un Mars institué « dominant » à la fois sans que
personne ne l’eut imaginé ni sans qu’on puisse bien en voir la raison , pour retrouver la
substance intime du père de la psychanalyse renouvelant la psychologie : tissu de diumvirat
Pluton maître d’AS au DS à 12° du Soleil, et Uranus conjonction au Soleil et à Mercure et au
carré du MC, duo sur fond d’un renouvellement de six, voir de dix cycles planétaires (charge de
redépart vital, ici en matière de révolution psychologique).

Cela suffit à reclasser les dessins planétaires à leur vraie place, qui est pour le moins seconde .
Elevés à tort au sommet où on les y avait placés, ils peuvent laisser le goût d’un espoir
désenchanté. Sans toutefois être nullement déconsidérés, car ils ont droit au chapitre eux
aussi. Ce qui justifie d’en poursuivre l’étude, en particulier la revisite qu’en a faite le
polytechnicien Paul Bernard-Decroze avec Les Blasons astrologiques, Le Rocher 1999.

Replacés en toile de fond, ils ne s’y trouvent pas seuls et, avant eux s’impose même un autre
système qui mérite hautement l’attention : celui de la « chaîne de dominante ». Il fait d’ailleurs
partie du bagage traditionnel, mais en y faisant insuffisamment parler de lui. Le mérite revient à
Don Néroman de l’avoir remis en selle à sa manière au siècle dernier, et, sur ses traces, Jean
du Sourel en a donné un fort bon aperçu (« La Dominante dispositrice ») dans le n° 72 (janvier-
février 1958) des Cahiers astrologiques consacré à la dominante. On en verra aussi une
présentation de première qualité avec André Boudineau (« Détermination des Planètes
maîtresses ») dans le n° 22 (printemps 1873) de L’Astrologue.

Dans la convergence des différentes facettes que compose la toile de fond du thème, cette
chaîne de dominante est une coupe du tissu intérieur de celui-ci. Son lignage consiste à suivre
le fil d’un collier passant de planète à planète à travers le réseau des maîtrises, puis des
maîtrises de maîtrises, en descendant du sommet à la base de la série. Une planète A dispose
d’une autre planète B lorsque celle-ci occupe le domicile de la première, et il y a réception
mutuelle lorsque C’est dans le domicile de D et D dans celui de C, comme en ce moment sont
respectivement Uranus en Poissons et Neptune en Verseau (voir « Les réceptions mutuelles »).
Sur cette base s’édifie ainsi une structure relationnelle liant un ensemble planétaire. Il s’agit là,
d’ailleurs, d’un passage obligé de filiation liant le un au tout, maillon indispensable d’une chaîne
où chaque position doit être jugée dans son amont et son aval, en fonction de son précédant et
de son suivant.

Revenons à Freud qui a Jupiter et Neptune en Poissons, Vénus en Bélier, Soleil-Mercure-


Uranus-Pluton en Taureau, Lune et Saturne en Gémeaux, Mars en Balance et l’AS en Scorpion.
De la sorte, s’écoulant sur deux étages, Vénus détient cinq maîtrises directes et trois
indirectes, outre le doublé d’une réception mutuelle, ce qui la fait se propager abondamment
dans les veines du circuit intérieur.
Un tel diagramme constitue la topologie d’une structure fonctionnelle et sa formulation est de
nous faire suivre la piste d’une certaine circulation des courants planétaires et de leurs
interférences. On peut y lire certaines données de valorisation qualitative contribuant à la
dominante, comme ici les cinq maîtrises de Vénus et l’association Vénus-Mars : Freud
psychologue de la libido. De là peut-on présenter la signature astrale de celui-ci sous l’angle
que voici :

Pluton-Uranus
Vénus

Ainsi se formule : Vénus toile de fond du type Pluton-Uranus. Ce qui va idéalement à cet
explorateur des ténèbres intérieures, livrant à la lumière de la conscience la dramaturgie de
notre nuit profonde, sur fond d’amour, de sexualité et de pulsions de mort. Dans ce cas, il est
bien difficile, pour Vénus, de séparer le qualitatif du quantitatif, mais la première valeur
prévaut, la nature de la configuration répondant à un tout autre but interprétatif que de s’ériger
en accès à la dominante. D’ailleurs, bien que moindrement que les dessins planétaires, ces
schèmes ont aussi une certaine durée qui les rend peu différenciateurs : excepté l’AS, jusqu’à
deux jours et demi du déplacement lunaire en signe. Cela suffit pour qu’une telle donnée
vénusienne (en couple Vénus-Mars) ait seulement valeur d’accompagnement au service de
l’essentiel, par exemple, ici, comme objet spécifique de verbe urano-plutonien.

Et l’enchaînement de l’un à l’autre doit être déchiffré dans un transfert planétaire de sa


maîtrise à sa présence ou inversement. Voyez, par exemple, le saturno-martien Pasteur avec
sa conjonction de six astres en Capricorne et son Saturne du Taureau (oralité planétaire et
zodiacale) au coucher, passant de la microbiologie (victoire sur les bactéries révolutionnant la
médecine) à la pasteurisation (stérilisation, conservation des boissons et aliments) maîtrisant
la nutrition. Une semblable concentration capricornienne de l’archéologue Schliemann avec,
cette fois, un Saturne en Bélier et en conjonction de Jupiter, fait ce Christophe Colomb de
l’Antiquité qui ramène à la lumière la civilisation endormie, engloutie sous les sables, des rois
d’Homère avec ses palais, tombeaux et trésors … Ou encore, on peut saisir – en valeur d’écrit
sur l’avoir - du fond de conjonction Uranus-Neptune au MC, « Le Capital » de Marx avec la
présence en III de Vénus des Gémeaux, porteuse des valeurs de sa conjonction Soleil-Lune du
Taureau en II.
Certes, avec la rescousse de cette pratique en restauration, tout n’est sans doute pas épuisé
pour parvenir à la conquête de la totalité de la carte du ciel, mais il s’agit déjà là d’une avancée
pour y parvenir. Nous faisons mieux qu’il y a un demi-siècle quand Gouchon tenait encore la
dominante comme « une question de coup d’œil » et Brahy la jugeant avec distance comme
« un simple diagnostic ». Nous approchons davantage d’une estimation correcte et d’une
utilisation générale de l’interdépendance des quatre composantes du matériau que nous
traitons, réceptacle du tout.

Pour avancer encore sur ce chemin de l’interprétation, la systémique aidera plus tard à
modéliser un organigramme des réseaux d’intercommunication qui se coordonnent au sein du
système vivant ainsi traité, où se synthétise l’opération astrologique, la confrontation de ses
participants y fonctionnant au grand jour. Sans oublier la complexité de leur traitement en
rappelant cette pensée de Pascal : « Je tiens impossible de connaître les parties sans
connaître le tout, non plus que de connaître le tout sans connaître particulièrement les
parties. »

Pour finir, il reste à dévoiler l’existence d’une « fosse aux erreurs » où tombent beaucoup
d’interprètes, leur connaissance péchant à la racine en fausses notes de la gamme planétaire,
comme si le sol de leur savoir se dérobait sous leurs pieds. Quand, par exemple, je lis – non
seulement ce cas est strictement vrai , mais de semblables pullulent ! - que de Gaulle est
neptunien … comment ne pas se dire que l’on divague purement et simplement ? On a pourtant
fait, dans notre pays, un certain effort pour prendre en mains le planétaire, depuis les ouvrages
du C.I.A. (Soleil-Lune,Jupiter-Saturne, Uranus-Neptune), voire mon dernier (Uranus, Neptune,
Pluton) jusqu’à la féconde collection planétaire des congrès d’Hermès de Yves Lenoble ; cela
n’empêche pas que ce savoir de base est généralement déficient – et c’est sur cette
insuffisance que l’on trébuche ! – alors que l’on se doit de « faire ses gammes planétaires »
autant qu’un musicien insiste sur les siennes pour livrer la pièce musicale qu’il se doit de ne
pas trahir. J’invite mon lecteur à bien réfléchir sur la question, en évacuant l’opacité de son
ignorance, s’il tient à interpréter correctement.

Tel est le travail inachevé que je pouvais présenter sur cette question primordiale de la
Dominante. Œuvre en suspens, quoique éclairante, je veux l’espérer … Rassurons-nous de
toute façon : à l’un des derniers moments de sa vie, Laplace a murmuré : « Ce que nous savons
n’est pas grand-chose, ce que nous ignorons est immense. ». Et de toute façon, aussi
prodigieuse que soit l’interrogation de la calotte des cieux qui l’inspire, le dit de l’astrologue
n’en est pas moins fragile parole humaine …

Paris, 21 mars 2009.