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Rivalités et coopérations dans le partage, l’exploitation et la préservation des ressources des

mers et des océans


Candice, Charles
Introduction :
Aujourd’hui, la maîtrise des mers et des océans demeure, plus que jamais, un enjeu géostratégique
majeur pour les États, susceptible de faire apparaître des tensions entre eux, que ce soit pour leur
possession, leur exploitation, voire leur préservation. Des coopérations entre les Etats est donc
plus que nécessaire. On peut alors se demander : quels sont aujourd’hui les enjeux
géostratégiques et diplomatiques liés à l’exploitation et à l’appropriation des espaces maritimes ?
Quelles sont les différentes coopérations qui en découlent ?

Plan :
A) Le partage des océans et de leurs ressources : une coopération rendue nécessaire par des
rivalités croissantes
B) L'exploitation et le partage des ressources : facteurs de rivalités
C) Coopérer pour préserver la mer et les océans

A - Le partage et la préservation des océans et de leurs ressources : une


coopération rendue nécessaire par des rivalités croissantes

• Jusqu’au XXème siècle, la doctrine de la « liberté des mers » est le principe juridique
fondamental de la gestion des espaces maritimes : ce principe limitait la juridiction et les
droits nationaux sur les mers et océans à une étroite bande côtière le long du littoral.

→ Cependant, à partir du XXème siècle, le fort développement de la pêche au large et


l’exploitation des hydrocarbures offshores, c’est-à-dire une exploitation s'effectuant en pleine mer
sur des plates-formes de forage pétrolier, ont entraîné une multiplication des revendications
territoriales, souvent concurrentes, sur les mers  tensions. → La question sur
l’appropriation de la haute mer, c’est-à-dire les zones maritimes qui ne sont sous l'autorité
d'aucun État, par les Etats se pose.
• En 1924, il y a une première tentative de la part de la SDN (Société Des Nations) de codifier
le droit de la mer mais c’est un échec car il y a des accords entre Etats sur la définition de la
largeur de la mer territoriale.
→ Quelques pays proclament leur souveraineté sur un espace maritime et les ressources qui s’y
trouvent. Par exemple, le Chili proclame en 1952 la souveraineté sur un espace maritime de 200
miles (370 km) au large de leurs côtes. C’est la première fois que cette distance est définie
juridiquement.
• A la fin des années 50, la coopération internationale sur le droit de la mer, sous l’impulsion
de l’ONU, tente d’établir un droit de la mer égalitaire. En effet, c’est en 1958 lors de la
Conférence de Genève sur le droit de la mer que, pour la première fois, une codification
juridique internationale est mise en place.
→ Lors de cette conférence, 4 conventions sont adoptées sur :
– la mer territoriale (sous l’entière souveraineté d'un État),
– le plateau continental, c’est-à-dire l’espace en bordure des côtes et dont la profondeur
n’excède pas 200 mètres. Il est séparé de la plaine abyssale (bien plus profonde) par un
talus continental (le texte définit les droits d’exploitation de ses ressources par les
États),
– la haute mer
– mais aussi la pêche.
→ Cependant, des pays en voie de développement remettent en cause certaines des règles fixées à
Genève.
• Par conséquent, en 1982 a lieu une nouvelle conférence sur le droit de la mer organisée par
l’ONU. Elle aboutit à la signature à Montego Bay (en Jamaïque) de la Convention des
Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM). Cette convention, ratifiée par 157 Etats et
entrée en vigueur en 1994, définit un nouveau droit de la mer.
→ Trois grands types d’espaces maritimes sont ainsi créés et délimités.
– Les eaux territoriales qui s’étendent sur 12 milles marins (22 km) depuis les côtes d’un État
et sur lesquelles ce dernier exerce une totale souveraineté.
– Les zones contigües et les zones économiques exclusives (ZEE) s’étendant
respectivement sur 24 milles marins et 200 milles marins (370 km) depuis les côtes et sur
lesquelles l’État exerce des droits souverains en matière d’exploration et d’usage des
ressources. À titre d’exemple. → Les États-Unis et la France possèdent les deux premières
ZEE du monde, avec plus de 10 millions de kilomètres carrés chacune.
– La haute mer (64 % des espaces maritimes) offre une grande liberté d’usages et de
circulation excluant la piraterie (toujours présente à notre époque, notamment dans le
détroit de Malacca, au large de la Somalie, ainsi que dans le golfe de Guinée). La haute mer
se compose des eaux dites internationales, c’est-à-dire des mers et des océans qui ne sont
placées sous l'autorité directe d'aucun pays.
→ Cependant, l’imprécision de la convention, notamment sur la largeur de ces ZEE est facteur de
conflits de délimitation de la souveraineté des Etats.
 Les activités humaines génèrent des pollutions multiples des mers et des océans (rejet des eaux usées,
continents de plastique à la dérive à la surface des océans) ainsi qu’une surexploitation des ressources
halieutiques, sans parler des conséquences du développement de l’économie bleue (Exploitation
économique durable et efficace des ressources des océans, des mers, des lacs et des rivières) :
surpêche, explosion du trafic maritime, développement de l’aquaculture et de l’exploitation off shore
des hydrocarbures.

B – L'exploitation et le partage des ressources : facteurs de rivalités


Les espaces maritimes possèdent de nombreuses ressources naturelles : ressources halieutiques,
ressources minières, ressources énergétiques (gaz, pétrole). L’exploitation de ces ressources ainsi
que les enjeux environnementaux qui y sont liés renforcent l’enjeu du partage et de l’exploitation
des espaces maritimes et génèrent de nombreux conflits.
• Tensions liées aux ressources en hydrocarbures :
→ En mer de Chine : la Chine revendique des îlots appartenant, selon le droit international, au
Japon ou au Vietnam (îles Spratleys). La maitrise de ces îlots contestés permettrait à la
Chine de demander l’extension de sa ZEE à des espaces maritimes particulièrement riches
en hydrocarbures offshore (bien que la Convention de Montego Bay précise que seuls les
espaces prêtant à une habitation humaine ou à une activité économique propre peuvent
avoir une ZEE, ce qui n’est pas le cas de ces îlots)
 Le transport du pétrole dans le canal de Suez : cause principale de la guerre de 1956 entre
l’Égypte du président Nasser d’une part, et la France et le Royaume Uni d’autre part
• Tensions liées aux ressources halieutiques :
→ Dans les années 2000, l'Union européenne et la Norvège se sont affrontées à propos du partage
du stock de harengs de l'Atlantique Nord lorsque ces poissons, sous l’effet du
réchauffement des océans, ont massivement migré vers les eaux des îles Féroé (Danemark)
→ Les zones de pêche entre la France et le Royaume-Uni dans le cadre du Brexit ou entre la France
et l’Espagne dans le golfe de Gascogne font l’objet de débats à cause de leur richesse
halieutique
• Autres sources de conflits :
→ La présence de terres rares offshore, ressources fortement convoitées puisqu’indispensables au
développement de nouvelles technologies, constituent un autre potentiel de conflits
→ L’enclavement maritime aussi : la Bolivie a ainsi longtemps exigé que le Chili lui accorde un accès
à l’Océan Pacifique

• Aujourd’hui, on estime les litiges frontaliers sur les océans à environ 70-80. Ils concernent
essentiellement les limites des ZEE.
→ C’est notamment le cas du conflit entre l’Argentine et le Royaume-Uni autour des îles
Malouines. En 1982, l’Argentine revendique la souveraineté de ces îles, alors qu’elles
appartiennent au Royaume-Uni. Un conflit armé est inévitable : plus de 900 militaires argentins et
britanniques meurent. Les Britanniques remportent ce conflit et les îles restent sous souveraineté
britannique. Néanmoins, l’Argentine revendique toujours l’archipel. Ces conflits sont la plupart
jugés par le Tribunal international du droit de la mer (TIDM), créé en 1996 (siégeant à Hambourg
en Allemagne). Lorsque le TDIM ne parvient pas à résoudre le conflit, la Cour internationale de
Justice de La Haye, constitue le dernier recours.
• Certains de ces conflits pourraient même avoir des répercussions mondiales
→ C’est le cas du conflit entre Israël, le Liban, Chypre et l’autorité palestinienne en mer
Méditerranée. L’existence d’importants gisements de gaz naturel, synonyme d’autonomie
énergétique a entraîné un conflit territorial autour de la délimitation des ZEE, chaque État
revendiquant un tracé lui donnant accès à une part importante des gisements. Ce conflit prend
une importance particulière avec les tensions préexistantes entre les différents États concernés
(Israël et le Liban d’une part, et Chypre et la Turquie d’autre part).

C - Coopérer pour préserver la mer et les océans

Le changement climatique mondial, ainsi que l’activité humaine en général (pêche commerciale,
pollution plastique, exploitation minière des fonds marins…), génèrent un besoin de coopération
internationale dans la gestion des mers et des océans

– GESTION DES RESSOURCES :


→ La surexploitation des ressources maritimes a conduit, en 1995, à l’adoption d’une convention
de promotion d'une pêche responsable (instauration de quotas de pèche par espèces, mise en
place des contrôles coordonnés, etc.). Dans le même temps, l'exploitation des minerais sous-
marins présents dans les eaux internationales est encadrée depuis 1994 par l'Autorité
internationale des fonds marins. La haute-mer n’est donc pas une zone de non-droit.

– AIRES PROTEGEES :
 La convention sur la diversité biologique, traité international adopté en 1992 lors du sommet de
la Terre à Rio de Janeiro, a permis la création d’aires marines protégées à travers le monde afin
de préserver la biodiversité des mers et des océans.
→ La coopération internationale passe aussi par la délimitation d'aires marines protégées, où se
mettent en place de véritables gouvernances régionales des océans.
→ Par exemple le Conseil de l'Arctique, créé en 1996, est un forum intergouvernemental qui
regroupe huit États (Canada, Danemark, États-Unis, Finlande, Islande, Norvège, Suède, Russie). Il
met en œuvre l'observation de la faune, de la flore, des conséquences du changement climatique,
mais aussi la lutte contre la pollution. Ce Conseil n’empêche pas les tensions entre les pays
membres, au sujet des ZEE.

– CADRE JURIDIQUE MONDIAL :


→ À l'échelle mondiale, depuis 2018, la session annuelle de la BBNJ (Biological diversity beyond
national juridiction = biodiversité marine en haute mer), premier instrument juridique de la
CNUDM (Convention des Nations Unies sur les Droits de la Mer), vise à créer un cadre
juridiquement contraignant, et international, sur la conservation et la mise en œuvre d’une
exploitation durable de la biodiversité marine, dans les zones situées au-delà des juridictions
nationales. → Le droit de la mer est donc toujours en construction. D’autant plus difficilement que
les modalités de sa mise en œuvre divisent pays développés et pays en développement.

EXEMPLE DE COOPERATION :
La mer d'Aral
Située en Asie centrale, la mer d'Aral a failli disparaître au début du XXIe siècle dû à d'importants
prélèvements d'eau sur les deux fleuves affluents.
→ Les conséquences furent désastreuses et entraînèrent la désertification des terres, une baisse
de la production agricole….
 → Pour faire face à cette catastrophe les 5 Etats riverains de la mer ont mis de cote
leurs rivalités et ont créé un fond d'investissement pour la mer d'Aral. Grâce à un
financement de la banque mondiale et du gouvernement Kazakh, un barrage en béton a
été construit en 2005 permettant de faire remonter le niveau de la mer et de réduire
significativement le taux de salinité de l’eau. Ce qui a entraîné le retour de 20 espèces de
poisson dans la mer d’Aral et la réinstallation des populations de pêcheurs dans les villages
abandonnés sur le rivage.

➔ La collaboration internationale dans le domaine de la protection de l'environnement maritime


reste limitée, malgré les initiatives multiples de l’ONU. L'émergence d'une réelle gouvernance
mondiale des océans demeure hypothétique

CONCLUSION

La convention de Montego Bay de 1982 a posé les jalons d’un nouveau droit de la mer en
définissant les zones économiques exclusives. Cependant, malgré cette convention, des conflits
apparaissent. On estime aujourd’hui que 20 % des réserves accessibles en pétrole de la planète et
30 % des réserves de gaz naturel sont sous-marines. Or, avec la raréfaction de ces ressources sur
Terre et l’envolée des prix de l’énergie, leur contrôle est plus que jamais une priorité pour les États
riverains. Dans ces conditions, les conflits liés au partage des espaces maritimes devraient
s’intensifier dans les années à venir. Si les activités humaines mettent en péril les écosystèmes
marins, comme dans le cas de la mer d’Aral, les états riverains sont contraints de mettre de côté
leurs rivalités et de coopérer afin de préserver ce qui peut encore l’être. Par exemple, il a été
proposé d’étendre les ZEE au plateau continental qui prolonge les côtes : 93 états côtiers ont ainsi
demandé une extension de leur ZEE.