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INFLUENCE DES CONCENTRATIONS

SUR LA VITESSE DE REACTION

Après la mesure de la vitesse d’une réaction, le deuxième objectif de la


cinétique chimique est la détermination de la LOI DE VITESSE,
c’est à dire l’expression mathématique qui relie la vitesse aux
paramètres influant sur elle.
Parmi ces paramètres on trouve essentiellement :
les concentrations des réactifs et des produits,
la température,
les catalyseurs,
la force ionique et la constante diélectrique du milieu,
et l’intensité lumineuse absorbée (cas des réactions
photochimiques).
On envisage d’abord le cas des réactions en phase gazeuse qui sont
plus simples puis on examinera après le cas des réactions en phase
liquide où des complications peuvent survenir.

Considérons une réaction homogène, en phase gazeuse,


purement thermique, c’est à dire une transformation se
produisant sous l’action de la chaleur, à l’exclusion de toute
autre forme d’activation (lumière, catalyseur, inducteur …) :

a1A1 + a2A2+ … + anAn > b1B1 + b2B2 + … + bnBn (1)

L’expérience montre que la vitesse d’une telle réaction n’est fonction


que :
des concentrations des réactifs et, éventuellement, des produits,
et de la température.
(d’autres paramètres interviennent en phase liquide)
Vitesse initiale r0 , vitesse courante r, vitesse
courante fictive r⋆ et facteur ϕ

Soit une réaction qu’on effectue en partant d’une charge de réactifs :

Seuls les tout premiers stades réactionnels correspondent à un


milieu ne contenant quasiment aucun produit de réaction.

Or, fréquemment, un des produits au moins complique le mécanisme


fondamental et a une influence cinétique sur la réaction.

Lorsqu’on veut établir la loi de vitesse d’une réaction et élucider


son mécanisme, Il y a donc intérêt à étudier tout d’abord sa
cinétique à avancement nul, les phénomènes y étant
généralement plus simples qu’à un avancement quelconque.
La vitesse à avancement nul ou vitesse initiale r0 est donc une donnée
cinétique importante, qui n’est fonction que des concentrations
initiales de réactifs :

r0 = f(A10, A20, …) (40)

La vitesse de réaction à un avancement quelconque (non nul) ou vitesse


courante r est fonction des concentrations courantes de réactifs et,
éventuellement, de produits :

r = g(A1, A2, … , et, éventuellement, B1, B2, …) (41)

Si on désigne par r⋆ la vitesse courante fictive de la réaction, c’est à


dire la vitesse courante qu’elle aurait, à même avancement, si aucun
des produits n’avait d’influence cinétique ; les vitesses r0 et r⋆ seront
représentées par la même fonction f des seules concentrations de
réactifs, mais des concentrations initiales A10, A20 , … dans le cas de r0
et des concentrations courantes A1, A2, … dans le cas de r⋆ :
r⋆ = f ( A1, A2, … ) (42)

Posons: ϕ = r / r⋆ (43)

Si aucun des produits formés dans la réaction n’a d’influence


cinétique sur elle, le facteur ϕ demeure égal à 1 lorsque
l’avancement de la réaction augmente (Voir la droite I de la
figure 10). Dans ce cas, on a :

r = r⋆

et, par conséquent, la même fonction f permet de représenter la loi de


vitesse initiale r0 et la loi de vitesse courante r :

r = f(A1, A2, …) (44)


Figure 10

Supposons qu’au contraire, un des produits de la réaction ait une


influence cinétique sur elle; alors ϕ ne demeure plus égal à 1
quand l’avancement augmente.
ϕ devient inférieur à 1 (Voir la courbe II de la figure 10) si la
réaction est auto-inhibée par un produit formé.
(C’est le cas de la synthèse thermique de HBr ou la pyrolyse du
néopentane en phase gazeuse).

ϕ devient supérieur à 1 (Voir la courbe III de la figure 10) si un


produit formé a un effet auto-accélérateur.
(C’est le cas de l’oxydation thermique lente de l’éthanal gazeux).

Lorsqu’il est différent de 1, le facteur ϕ = r / r⋆ est appelé


facteur d’auto-inhibition (si ϕ < 1) ou d’auto-accélération
(si ϕ > 1) de la réaction.
Influence des concentrations initiales des réactifs sur la
vitesse à avancement nul r0

Ordres initiaux

Si la vitesse initiale r0 (vitesse à avancement nul) d’une réaction varie


avec les concentrations initiales A10, A20, … des réactifs conformément
à la loi simple :

r = k ( A ) n ( A ) n ....
0 0 10
1, 0
20
2,0
(45)

on dit que la réaction est :

d’ordre initial n1,0 par rapport au réactif A1,

d’ordre initial n2,0 par rapport au réactif A2,


… et on appelle ordre global initial n0 de la réaction la somme :

n0 = n1,0 + n2,0 + …

Le terme k0 est appelé «constante de vitesse initiale».

Si au contraire, la vitesse initiale r0 d’une réaction


n’obéit pas à une loi simple du type précédent, on dit
que cette réaction n’admet pas d’ordres initiaux.
Détermination expérimentale des ordres initiaux n0

On examine tout d’abord le cas simple où la réaction consiste en la


transformation d’un corps pur A (isomérisation, décomposition ou
polymérisation).

Si la réaction considérée admet un ordre initial n0 par rapport au seul


réactif A, sa vitesse initiale r0 doit varier avec la concentration initiale
C0 du réactif A selon la loi :

r =k C n
0 0 0
0
(46)

c’est à dire :
log r0 = log k0 + n0 log C0 (47)

Pour vérifier, il suffit d’effectuer plusieurs expériences à des


concentrations initiales C0 différentes, mais à même température, et
d’examiner si log r0 varie linéairement avec log C0.
Figure 11

Dans l’affirmative, la réaction admet un ordre initial n0 dont la valeur


est donnée par la pente de la droite (Voir Figure 11
11).
On considère maintenant le cas où la transformation implique
plusieurs réactifs :

Si la réaction considérée admet un ordre initial par rapport à chacun


des réactifs, sa vitesse initiale r0 doit varier avec les concentrations
initiales C10, C20, … des divers réactifs A1, A2, … selon la loi :

r = k C n .C n ....
0 0 10
1, 0
20
2, 0
(48)

Il est toujours possible de déterminer successivement les ordres


partiels n1,0, n2,0, … en effectuant des séries d’expériences :

Au cours d’une même série, on maintient constantes les


concentrations initiales de tous les réactifs, sauf celle du
réactif par rapport auquel on veut déterminer l’ordre initial
partiel … et l’on est ainsi ramené au cas simple d’un seul
réactif vu précédemment.
Résultats

L’expérience montre que, généralement, une réaction admet des


ordres initiaux par rapport aux réactifs et que, suivant les cas, ces
ordres sont entiers ou fractionnaires.

Il convient d’insister sur le fait que ces ordres sont expérimentaux : ils
résultent de l’étude expérimentale de l’influence des concentrations
initiales des réactifs sur la vitesse initiale de la réaction.

Les ordres ne peuvent être déterminés, à priori, par simple


lecture de l’équation stœchiométrique : les ordres partiels
n1,0, n2,0, … n’ont rien à voir avec les coefficients a1, a2, …
de l’équation stœchiométrique, qui n’a d’autre rôle que
celui d’exprimer la loi de conservation de la masse.
Exemples :

Un certain nombre de réactions de décompositions thermiques de


substances organiques (éthanal, propanal, néopentane, …) en
phase gazeuse, d’équation stœchiométrique générale :
A > B1 + B2 ex : CH3CHO > CH4 + CO
sont d’ordre initial n0 = 3/2 :
r0 = k0CA03/2

La réaction thermique de synthèse de HBr en phase gazeuse :


H2 + Br2 > 2 HBr
est d’ordre initial n1,0 = 1 par rapport à H2 et d’ordre initial n2,0 = 1/2 par
rapport à Br2 (ordre global initial n0 = 3/2) :
r = k C 1H .C 1Br2
0 0 0
2
0
2
Influence des concentrations courantes sur la vitesse
courante r

La vitesse courante r est la vitesse à avancement quelconque, non nul.


On suppose que la réaction admette des ordres initiaux :

r = k [ A ]0n .[ A ]0n ....


0 0 1
1, 0
2
2, 0
(45)

Ordres courants

1er cas : Si le facteur ϕ = r / r⋆ demeure égal à 1 lorsque l’avancement


augmente (c’est à dire si aucun des produits de la réaction n’a
d’influence sur elle) la vitesse courante r varie avec les concentrations
courantes [A1], [A2], … des réactifs seulement, selon la même loi
simple :

r ≡ r∗ = k [ A ]n .[ A ]n ....
0 1
1, 0
2
2,0
(49)
On dit alors que la réaction admet :

des ordres courants égaux aux ordres initiaux (n1,0 par rapport au
réactif A1, n2,0 par rapport au réactif A2 , …).

et un ordre global courant égal à l’ordre global initial


(n0 = n1,0 + n2,0 + … ).

2ème cas : Si le facteur ϕ = r / r⋆ ne demeure pas égal à 1 lorsque


l’avancement augmente, la vitesse courante r ne suit pas une loi
simple du type précédent (1er cas). Alors on a :

r = r⋆.ϕ

avec : r∗ = k [ A ]n .[ A ]n ....
0 1
1, 0
2
2,0
(50)

et le facteur ϕ est fonction de la concentration courante d’un produit au


moins.
Comment peut-on voir pratiquement si une réaction admet
ou non des ordres courants égaux aux ordres initiaux ?
Dans le cas simple où la réaction consiste en la transformation d’un
corps pur A, il s’agit de voir si oui ou non on a :
r = k0 Cn0 (51)
↑ ↑
courante courante

Si au contraire, la transformation implique plusieurs réactifs, il est


toujours possible d’étudier successivement l’influence sur r de la
concentration courante de chaque réactif :

Pour cela, on expérimente sur des mélanges tels que


tous les autres réactifs soient en gros excès par rapport à
celui dont on cherche l’influence de la concentration sur
la vitesse.
Il est donc possible de ramener le cas général au cas de la réaction
d’un corps pur A.

Si l’on suppose encore que cette réaction admet un ordre initial n0, on
a:

r = k Cn
0 0 0
0
(cas le plus fréquent)

Si cette réaction admet en outre un ordre courant égal à l’ordre initial


n0, on doit avoir :

r = k Cn
0
0
(52)

c’est à dire :

C
log r = log r + n log
0 0 (53)
C
0
Pour voir s’il en est ainsi, il suffit d’effectuer plusieurs expériences à
même température et même concentration initiale C0 du réactif A,
mais à des avancements variables, donc à des concentrations C
variables de A et de représenter sur un graphique les variations de log r
en fonction de log C (voir Figure 12) :
C 0

Si les points expérimentaux s’alignent sur une droite (I) de pente


n0, la réaction admet un ordre courant égal à l’ordre initial n0.

C’est qu’alors aucun produit de la réaction n’a d’influence cinétique


sur elle (le facteur ϕ demeure égal à 1 lorsque l’avancement
augmente). La vitesse courante r ne diminue que par la simple
consommation du réactif, selon la loi :

r ≡ r∗ = k C n
0
0
(54)
Figure 12
Supposons qu’au contraire, un des produits de la réaction ait une
influence cinétique sur el elle (ϕ ne demeure plus égal à 1 quand
quan
l’avancement augmente
augmente)) et les points expérimentaux s’écartent de la
droite (I) de pente n0 (voir Figure 12
12).
Si la réaction est auto-inhibée par un produit formé (ϕ devient
inférieur à 1), les points expérimentaux sont situés en-dessous de
la droite (I) (voir Figure 12, courbe (II)).

Si un produit formé a un effet auto-accélérateur (ϕ devient


supérieur à 1), les points expérimentaux sont situés au-dessus de
la droite (I). L’effet auto-accélérateur tend à s’opposer à l’effet de
consommation du réactif ; selon l’importance relative de ces
deux effets inverses, la vitesse courante r diminue constamment
au cours de la réaction (courbe (IIIa)) ou bien passe par un
maximum (courbe (IIIb)).

Résultats

L’expérience montre que certaines réactions admettent des ordres


courants égaux aux ordres initiaux (ϕ demeure égal à 1).
Exemple :

La décomposition thermique du peroxyde de di-butyle tertiaire :

(CH3)3C-O-O-C(CH3)3 → 2 CH3COCH3 + C2H6

a un ordre courant égal à l’ordre initial n0=1:

r = k [ A]10
0 0 et r = k [ A]1
0

en désignant par [A]0 et [A] les concentrations respectivement initiale


et courante du peroxyde.

Mais l’expérience montre aussi que de nombreuses réactions


chimiques n’admettent pas d’ordres courants égaux aux ordres
initiaux.
Exemples :

La synthèse thermique de HBr qui admet des ordres initiaux :

r = k [ H ]10[ Br ]10/ 2
0 0 2 2

Mais cette réaction est un peu auto-inhibée par HBr formé :

r = k [ H ] [ Br ]
0 2
1 2
1/ 2

1+ k ''[ HBr ]
[Br ] 2

Le facteur d’auto-inhibition ϕ a pour expression :

ϕ= 1
1+ k ''[ HBr ]
[Br ] 2
La pyrolyse du néopentane :
néo-C5H12 → i-C4H8 + CH4
d’ordre initial n0 = 3/2 :
r = k [néo − C H ]30 / 2
0 0 5 12

est très fortement auto-inhibée par l’isobutène formé :

1+ k ' [i − C H ] 4 8

r = k [néo − C H ]3 / 2 [néo − C H ] 5 12

1+ k '' [i − C H ]
0 5 12
4 8

[néo − C H ] 5 12

Le facteur d’auto-inhibition ϕ s’écrit alors :


[i − C H ]
1+ k '
4 8

ϕ= [néo − C H ] 5 12
(avec: k’ << k’’)
1+ k '' [i − C H ] 4 8

[néo − C H ] 5 12
L’oxydation thermique lente de l’éthanal, qui admet des ordres
initiaux :

r = k [O ]10/ 2[CH CHO]30 / 2


0 0 2 3

est une réaction auto-accélérée par l’acide peracétique formé :

r = k [O ]1 / 2[CH CHO]3 / 2 1+ k '[CH COO H ]


0 2 3 ( 3 2
)
1/ 2
[O ] 2

Le facteur d’auto-accélération ϕ a pour expression :

[CH COO H ]
ϕ = (1+ k ' )
3 2
1/ 2

[O ]2

Les exemples donnés ci-dessus montrent que, souvent, la vitesse


initiale r0 et la vitesse courante fictive r* d’une réaction peuvent être
représentées par des fonctions du type :
r = k [ A ]0n [ A ]0n
0 0 1
1, 0
2 ....
2,0
et r ∗ = k [ A ]n [ A ]n
0 1
1, 0
2 ....
2, 0

Quant à la vitesse courante, elle peut s’écrire :

r = r* . ϕ

Le facteur ϕ pouvant, selon les cas, demeurer égal à 1 ou devenir


inférieur ou supérieur à 1 lorsque l’avancement augmente. Lorsqu’il
est différent de 1, le facteur ϕ a souvent une expression de la forme :

(1+ ϕ ') X '


ϕ= (55)
(1+ ϕ '') X ''

où, généralement, ϕ’ et ϕ” sont proportionnels à la concentration d’un


produit de la réaction et peuvent dépendre de la température et où X’ et
X” sont égaux à 1, ½ ou 0 (à avancement nul, ϕ’ et ϕ” sont nuls et ϕ est
égal à 1).
Remarque :

Certaines réactions admettant des ordres initiaux n0 et légèrement


influencées cinétiquement par des produits, ont des vitesses courantes
r qui paraissent suivre sensiblement des lois impliquant des ordres
courants n différents des ordres initiaux n0.

On considère, par exemple, la réaction de transformation d’un corps


pur A qu’on suppose admettre un ordre initial n0 :

r = k Cn
0 0 0
0

A température et concentration initiale C0 constantes, mais à


avancement variable, il arrive parfois que la vitesse courante r d’une
telle réaction varie sensiblement avec la concentration courante C du
réactif A selon la loi :

log r ≈ logr + n log C


0 (56)
C
0
C’est à dire que log r varie encore à peu près linéairement avec log C ,
C 0

mais avec une pente n différente de n0 (n n pouvant être supérieur ou


inférieur à n0) [voir Figure
igure 13, dro
droites (II) et (III)].

Figure 13
On peut dire alors que la réaction admet un ordre courant n différent de
l’ordre initial n0 :

C’est le cas de la pyrolyse de l’éthanal gazeux qui admet un ordre


courant n voisin de 2, c’est à dire supérieur à l’ordre initial
n0 = 3/2, ce qui traduit le fait que la réaction est très légèrement
auto-retardée par un produit formé.

On note aussi que lorsque log r varie avec log C selon une courbe
C 0

[voir Figure 12, courbes (II), (IIIa) ou (IIIb)], on peut appeler encore
«ordre courant» de la réaction la pente de la tangente à cette courbe.

Cet «ordre courant instantané» varie avec l’avancement de la réaction


et peut avoir des valeurs positives très élevées lorsque la réaction est
fortement auto-inhibée. Il peut, au contraire, être tout d’abord négatif
[voir Figure 12, courbe (IIIb)] dans le cas d’une réaction fortement
auto-accélérée.
Dans le cas où la réaction n’admettrait pas d’ordres initiaux, la vitesse
initiale r0 et la vitesse courante fictive r* suivraient des lois :

r = f ([ A ]0 ,[ A ]0 ,....)
0 1 2 et r ∗ = f ([ A ],[ A ] ,....)
1 2

plus complexes que dans les cas précédents.

Quant à la loi de vitesse courante :

r = r* . ϕ

elle serait plus complexe encore si le facteur ϕ ne demeurait pas égal


à 1 lorsque l’avancement augmente.
INFLUENCE DE LA TEMPERATURE SUR LA VITESSE DE
REACTION

Pour la plupart des réactions chimiques, on constate que la vitesse


croît avec la température. On peut dire, dans beaucoup de cas, que la
vitesse de réaction est sensiblement doublée pour une augmentation
de 10 °C.

Une seule exception à cette règle connue à ce jour :

C’est la réaction d’oxydation de NO :

2 NO + O2 → 2 NO2

dont la vitesse diminue un peu quand la température augmente :

r = k[ NO]2[O ]
2
avec une constante de vitesse k telle que :

Température (°C) 0 100 200 300


K (en valeur relative) 35,0 17,6 12,6 11,3

On considère tout d’abord des réactions dont la vitesse peut être


représentée par une relation de type simple :

r = k.f(concentrations)

où k désigne la constante de vitesse dépendant de la température et f


une fonction pratiquement indépendante de la température :

toutes les réactions admettant des ordres sont, en particulier, de


ce type.
Relation empirique d’ARRHENIUS

L’expérience montre que la constante de vitesse k d’une réaction


chimique varie avec la température absolue T (K) suivant la relation
(constatée par ARRHENIUS en 1889) :

E
k = Aexp(− ) (56)
RT

La constante A, qui a les mêmes dimensions que k, est appelée


«constante d’action» ou «facteur de fréquence», ou «facteur
préexponentiel», ou «facteur d’ARRHENIUS» :

A représente la valeur de k à température infinie.

E est une grandeur positive appelée énergie d’activation


(d’ARRHENIUS) de la réaction; R est la constante des gaz parfaits.
On peut également écrire l’équation :

d log k E
= (57)
dT RT 2

Qui traduit la relation (56) ou loi d’ARRHENIUS sous forme


différentielle :

une seule constante y apparaît, l’énergie d’activation E qui est


caractéristique de la réaction étudiée.
Détermination expérimentale de l’énergie d’activation E

La relation d’ARRHENIUS peut s’écrire :

E
log k = log A − (58)
RT
ou:
E
Logk = LogA − (59)
2,303RT

Cette relation montre que Logk varie linéairement en fonction de 1/T et


que la pente de cette droite est proportionnelle à l’énergie d’activation
E de la réaction.

Pour déterminer la valeur de E, il suffit, en principe, de disposer des


valeurs de k à deux températures.

Mais il est toujours préférable d’utiliser des données se rapportant à un


plus grand nombre de températures, pour s’assurer que les points
expérimentaux s’alignent bien sur une droite, dont on mesure la
pente ; de plus, cette méthode permet de déterminer l’énergie
d’activation avec plus de précision.

Figure 14
Il est clair que E est exprimée dans la même unité que celle
qu’on adopte pour le produit RT.

Si l’on prend : R = 1,986 cal.mol-1.degré-1, E est exprimée en cal.mol-1.

Or : 2,303 R = 4,57 cal.mol-1.degré-1,

E (cal.mole − 1 )
D’où: Logk = LogA − (60)
4,57T

La pente de la droite de la Figure 14 est alors liée à E (en cal.mol-1) par


la relation :

E
pente = − (61)
4,57
L’influence de la température sur la vitesse d’une réaction étant forte,
il est rare qu’avec une même technique de mesure, on puisse
expérimenter dans un domaine de température de plus de 100 à 150 ° ;
si la température est trop basse, la vitesse est trop faible et si la
température est trop élevée, la vitesse est, au contraire, trop forte pour
pouvoir être mesurée convenablement avec assez de précision.

Il s’ensuit que les énergies d’activation ne peuvent généralement être


déterminées qu’avec une précision médiocre, de l’ordre de ± 5 %.

Remarques :

A une température donnée, la constante de vitesse k et, par suite, la


vitesse r d’une réaction sont conditionnées, tout à la fois, par la valeur
de E et par celle de A.
Considérons tout d’abord les réactions dont le facteur de
fréquence A serait le même, mais dont les énergies d’activation E
seraient, par exemple : 10,20 et 40 Kcal.mol-1.
Le graphique suivant (F (Figure 15) met clairement
ement en évidence le fait
que, pour un même facteur de fréquence, la réaction acquiert une
vitesse
sse donnée pour une température d’autant plus élevée que
l’énergie d’activation est plus grande.

Figure 15
Ce graphique montre aussi que l’accélération due à une augmentation
de température est d’autant plus considérable que l’énergie
d’activation est plus grande.

L’expérience montre que, dans les réactions chimiques, les


grandes valeurs de E ne sont généralement pas compensées (en
quelque sorte) par de fortes valeurs de A. Ce qui veut dire que,
généralement, les réactions à fortes énergies d’activation ne sont
observables qu’à des températures assez élevées et que les
réactions observées dès la température ordinaire ont, en
principe, des énergies d’activation relativement faibles, d’autant
plus faibles qu’elles sont plus rapides.
Ecarts à la relation d’ARRHENIUS

La relation d’ARRHENIUS est valable pour un très grand nombre de


réactions chimiques.

Dans certains cas, toutefois, elle n’est apparemment plus vérifiée,


lorsqu’on examine les variations de Logr (à concentrations constantes)
en fonction de 1/ T . Ces écarts sont généralement dus au fait que la
vitesse de ces réactions ne peut plus être représentée, dans tout le
domaine de température exploré, par une relation simple du type :
r = k.f( concentrations )
f étant une fonction indépendante de la température.

C’est ainsi qu’il arrive, avec certaines réactions, qu’à


relativement basse température, Logr varie linéairement avec 1/ T
mais qu’à haute température la vitesse augmente plus vite avec
la température que ne le voudrait l’extrapolation de la droite.
Souvent, un tel écart s’accompagne d’une complication de la relation
entre la vitesse et les concentrations, et de la formation de nouveaux
produits de réaction.

Ces changements sont généralement dus à l’apparition, à haute


température, de nouveaux processus dans le mécanisme de la réaction
globale.

Il peut arriver, dans certaines réactions entre gaz, qu’à basse


température la réaction s’effectue essentiellement de façon
catalytique hétérogène sur les parois du réacteur, tandis qu’à
haute température, la réaction est essentiellement homogène.
Dans de tels cas, si l’on porte Logr en fonction de 1/ T , on constate
l’existence de deux parties rectilignes qui se raccordent (voir
Figure 16).
Figure 16
La réaction catalytique à la paroi a une énergie d’activation inférieure
à celle de la réaction homogène. La droite à faible pente correspond à
la réaction de paroi à basse température. La droite à pente forte à la
réaction homogène à température plus élevée.
C’est le cas, par exemple, de la pyrolyse de HNO3 vapeur dans un
réacteur en silice :

au-dessous de 300 °C : réaction catalytique hétérogène,


E ≈ 5 Kcal.mol-1.

au-dessus de 400 °C : réaction homogène,


E ≈ 40 Kcal.mol-1.

On se rend compte, d’après ces constatations, qu’il serait


imprudent de vouloir déterminer l’énergie d’activation d’une
réaction en étudiant les variations de Logr avec 1/ T , sans
connaître les autres caractéristiques de la réaction
(homogénéité, stœchiométrie, influence des concentrations).
On se rend compte aussi que la détermination expérimentale
de la relation entre la vitesse de réaction et la température ne
vise pas seulement à décrire le phénomène d’une manière
exacte ; elle constitue aussi un moyen d’investigation
susceptible de déceler la complexité d’une réaction.

Il est donc possible, par une étude systématique de


laboratoire, d’établir la loi de vitesse d’une réaction
chimique, c’est à dire la relation entre la vitesse d’une part,
les concentrations et la température d’autre part.

Cette loi de vitesse est indispensable à l’ingénieur qui doit


calculer un réacteur industriel et choisir les conditions
opératoires. Par ailleurs, du fait que la vitesse d’une réaction
dépend de son mécanisme, la loi de vitesse est aussi utile au
chercheur qui veut déterminer le mécanisme de cette
réaction.

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