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Le statut de l'embryon

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Dossier

Le statut de l'embryon
- Documents - Culture de vie - Bioéthique -

Date de mise en ligne : mercredi 11 octobre 2006


Date de parution : juillet 1997

Description :
Le concept d'embryon, au carrefour entre médecins, philosophes, juristes et religieux demeure avant tout un enjeu fondamental.

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Le statut de l'embryon

"Au fond, tout se ramène à la distinction entre ce que l'on a et ce que l'on est" .

Cet aphorisme tiré du "Journal métaphysique" de Gabriel Marcel, à première vue éloigné de
notre sujet, a le mérite de nous obliger à poser cette question : notre monde contemporain ne
formerait-il pas beaucoup plus une société de "l'avoir" que de "l'être" ? La course au
bien-être matériel, la soif jamais étanchée de posséder ne l'emporteraient-elles pas de façon
manifeste sur la recherche d'un bien universel, profitable à tous, moins apparent parce que
moins clinquant, fondé sur la compréhension du sens de la personne ? Quelles sont les racines
cachées du mal profond qui rompt un équilibre et une harmonie auxquels beaucoup se
sentent intimement appelés ? C'est aussi le sens de la fameuse question : "A quoi sert à
l'homme de posséder le monde s'il vient à perdre son âme ?".

Extrait du Permanences n�343.

Cette réflexion n'est-elle pas de la plus haute importance lorsqu'elle touche aux problèmes liés au respect de la vie ?

C'est en effet au début de celle-ci que tout s'oriente vers le bien de l'homme ou que tout précipite ce dernier vers la
matérialité et l'animalité. L'essentiel commence dès le premier regard porté sur la vie, même si cet "essentiel reste
invisible pour les yeux".

Telle est la condition de l'embryon : invisible, caché dans le sein de sa mère, il existe pourtant et marque de son
"être" ceux qui l'entourent ; il ne laisse pas insensible.

Si le biologiste, le généticien et le médecin sont venus éclairer les mystères autrefois cachés de la procréation et de
la croissance de cet être humain, cela n'est pas sans éblouir certains des serviteurs de la science ni sans en
aveugler d'autres ; qui se refusera à reconnaître que l'évolution fantastique des techniques place régulièrement le
scientifique qui y a accès dans un cycle infernal ? D'où l'urgente nécessité de rappeler sa vocation : celle de
chercheur, de médecin, mais non pas d'idéologue.

Les philosophes et les moralistes ont eux aussi une place à tenir dans cet engagement pour le respect de la vie. Ils
sont ceux qui observent, qui analysent, étudient et instruisent sur les notions de personne, d'être et de chose. Force
est de constater que dans ce domaine l'Eglise est celle qui effectue le plus important et le plus éclairant des travaux
en même temps que le plus libérateur.

Le juriste aura lui aussi un rôle spécifique, ayant bien souvent le dernier mot lorsque qu'il rédige les lois ou les
interprète : prendre en compte les leçons des hommes de science, des philosophes (et de l'Église) afin de voir
comment le droit est le mieux à même de protéger l'homme en évitant le risque de le définir. Il lui reviendra la tâche
de redonner aux institutions françaises leur raison d'être qui est celle de dire le droit, c'est-à-dire ce qui est juste
juste, et non d'enregistrer, de façon bancale, les diktats de l'idéologie dominante.

Travailler au respect de la vie engage donc une société dans son ensemble. Nul ne peut échapper à ce nécessaire
"tournant culturel" qui vise à redonner à chacun son utilité, sa place, sa vocation, dans ce fantastique combat pour
promouvoir une véritable "culture de vie".

Les développements qui suivent s'attachent à montrer rapidement ce que constatent le biologiste et le généticien, et
ce que nous enseignent ceux dont la vocation est de travailler à bien penser ; il s'agira ensuite de voir plus
précisément quelle est la portée de ces enseignements pour les juristes qui ont, depuis longtemps, les arguments
suffisants pour protéger la vie, pour peu qu'ils en aient la volonté.

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Le statut de l'embryon

L'autorité du scientifique est liée à sa compétence


Les progrès impressionnants réalisés par les sciences dans le domaine de la vie ont pour corollaire ce désir latent,
chez certains savants, de vouloir tout expliquer grâce à la science. Il s'agit d'une erreur connue et condamnée depuis
longtemps : le scientisme. "Ou bien la science est bien science, et elle n'est pas tout ; ou elle prétend tout, devient
scientisme et cesse d'être science", nous dit Dominique Folscheld [1].

Il faut bien remarquer que dans le même temps, à la question : "où avez-vous mal ?" du personnel de santé, s'est
substituée la question : "que désirez-vous ?", signe caractéristique d'une société dans laquelle se préparent les voies
d'un eugénisme doux. On ne demande plus au médecin ou au généticien de soigner la maladie dont l'embryon ou
l'enfant sont atteints, mais de fournir un enfant sans handicap.

Aujourd'hui, nos sociétés se posent des questions au sujet des manipulations génétiques sur les embryons produits
en laboratoires. Malheureusement, les consciences s'obscurcissent de façon tragique dès lors qu'on admet de plus
en plus facilement les interruptions "thérapeutiques" de grossesse pour éliminer un embryon déclaré malade à l'issue
d'un diagnostic génétique (alors que les "ITG" ne devaient être autorisées que lorsque la vie de la mère est en
danger).

Il faut donc se rappeler avec force quelle est la vocation de l'homme de science lorsqu'il nous parle du début de la
vie humaine. Sa compétence est avant tout scientifique : il a autorité pour nous enseigner ce qu'il constate dès qu'il y
a fécondation, tout en sachant que la vérité scientifique ne nous fournit, en tant que telle, aucune valeur morale.
Nous ne pouvons donc attendre du scientifique qu'il nous dise si l'embryon est une personne ou pas dès la
fécondation.

Hippocrate avait déjà la conviction que le mélange des semences de l'homme et de la femme étant nécessaire pour
procréer un enfant. Mais ce n'est qu'entre 1668 et 1678 que Reinier De Graaf découvre les ovaires, et en 1875 que
l'on découvre la fécondation.

Dans la seconde moitié du XXè siècle, les avancées scientifiques dans ce domaine sont les plus impressionnantes
et les plus belles.

On sait aujourd'hui que l'oeuf, appelé zygote, résulte de la fusion d'un ovule et d'un spermatozoïde qui contiennent
chacun 23 chromosomes. Mais on sait surtout grâce à Jeffreys que ce zygote est irremplaçable : son patrimoine
génétique est unique.

Une autre découverte, vieille de moins de dix ans, permet enfin de dire que l'ADN apporté par le sperme n'est pas
souligné par la méthylation aux mêmes endroits que l'est le chromosome homologue apporté par l'ovule. Il en résulte
que l'oeuf fécondé est la cellule la plus spécialisée au monde parce qu'elle possède des instructions soulignant quel
passage de l'ADN doit être exprimé ou non : aucune autre cellule ne possèdera cela au cours de la vie de l'individu.

L'oeuf se divise ensuite en deux, en trois, puis en quatre, huit, seize, etc.. Selon un rythme et une logique contenus
dès le départ dans l'oeuf fécondé.

La notion de pré-embryon n'aura aucune raison d'être, comme l'explique Jacques Testart, car elle n'a été créée par
certains embryologistes que dans le but de justifier un point de vue extra-scientifique qui leur convenait (le comité
d'éthique américain avait décrété, sans référence à des considérations biologiques, qu'un intervalle de 14 jours était
nécessaire à l'acquisition d'un statut moral du produit de la conception). Cette notion de pré-embryon ne correspond
en fait à aucune réalité scientifique, l'embryon existant dès la fécondation et étant défini comme "la plus petite forme
d'un être". Le professeur Jean-François Mattéi reconnaît lui-même que la distinction entre le zygote, l'embryon puis
le foetus, est en fait arbitraire et qu'elle concerne une seule et même vie dont la fécondation marque
incontestablement le commencement.

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Le statut de l'embryon
L'embryologiste pourra remarquer que tout homme et toute femme a été un oeuf fécondé unique ; cet être est
humain dès le départ car il appartient à notre espèce. Dès le départ s'inaugure une nouvelle vie. C'est là que s'arrête
la compétence du scientifique comme s'accordent à le reconnaître Jérôme Lejeune et Jacques Testart.

Au-delà, le fait de savoir s'il s'agit d'une personne relève d'autres autorités.

Le nécessaire jugement moral


Dès lors que l'on reconnaît dans le zygote une nouvelle vie humaine, il faut admettre qu'il y a là un nouvel être
humain. Se pose alors la question du statut de l'embryon ; comment doit-on le considérer ? Nous pourrions dire avec
Jacques Testart que "parce qu'il détient le message biologique constitutif d'une nouvelle personne, l'oeuf échappe à
la versalité des géniteurs" [2] et constater que le Larousse définit la personne par l'être humain.

Force est de constater que la philosophie et la théologie ne peuvent avoir de réponses précises pour définir la
personne, car elles ne sont pas des sciences exactes. Or, le jugement moral est essentiel car de celui-ci dépend le
résultat du discernement à porter sur "les frontières de la vie" que les progrès des sciences biologiques nous font
découvrir.

Pour la philosophie, le paradoxe est qu'à l'inverse de la chose, la personne ne se laisse pas totalement définir. Par
contre elle impose le respect, à cause de la vie qui marque l'entourage de cet être que l'on cherche à définir. C'est
une réalité sur laquelle on peut énoncer un certain nombre de paroles mais qui restera toujours un mystère : en effet,
la vie - qui caractérise aussi bien un embryon qu'un adulte dans la pleine force de l'âge ou un malade inconscient -
ne laisse personne indifférent ; l'homme a ce sentiment profond qu'il existe quelque chose qui dépasse le simple
aspect physique ou la simple auto-conscience pour définir la personne ; c'est ce que pourra constater le philosophe ;
et le religieux verra dans la vie humaine un don de Dieu qui empêchera de considérer l'embryon comme une chose.

Nous ne pouvons ici faire de longs développements nécessaires à la compréhension de la personne humaine. Mais
nous pouvons mentionner les trois grands types de réponses à la question de l'identité de l'embryon.

La biologie elle-même a fait abandonner la première de ces opinions qui considérait que l'embryon était un simple
amas de cellules, excroissance du corps maternel. Nous avons vu plus haut pour quelles raisons.

La deuxième opinion est partagée par un grand nombre de penseurs depuis le IVème siècle, dont Grégoire de
Nysse, qui considèrent que l'embryon est une personne dès la conception. La matière biologique humaine et l'âme
spirituelle ne pourraient qu'avoir été créées ensemble et donc l'embryon aurait une âme spirituelle. L'embryon serait
donc incontestablement une personne.

Défendue aussi par de nombreuses autorités, la troisième thèse dit que l'embryon deviendra une personne à un
moment qu'il est impossible de discerner. Saint Thomas d'Aquin était l'un des plus prestigieux représentant de
"l'animation médiate du foetus" : l'âme ne pouvait être infusée qu'après une organisation suffisante de la matière
biologique.

D'autres considèrent que l'embryon est une personne seulement dès qu'il est indivisible (après 14 jours, ce qui
laisserait entendre qu'avant on peut en jouir à sa guise),... lorsqu'il a une conscience (quid des malades dans le
coma ? La personne se réduit-elle à une conscience ?), lorsqu'il naît ou encore lorsqu'il parle.

L'Eglise catholique connaît ces courants comme elle connaît parfaitement les découvertes biologiques. Dans le souci
qui est le nôtre de comprendre quel pourrait être le statut de l'embryon, force est de constater que la position de ce
phare spirituel semble être d'une grande sagesse : le magistère romain n'a jamais voulu trancher ce débat entre les
tenants d'une personnalisation coïncidant avec la fécondation et ceux d'une personnalisation plus tardive.

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Le statut de l'embryon

Constatant avec raison que la personnalité de l'embryon ne peut être pour l'instant démontrée de façon absolue dès
la conception, elle demande aux chrétiens d'adhérer à sa tradition constante : "le fruit de la génération humaine dès
le premier instant de son existence, c'est-à-dire à partir de la constitution du zygote, exige le respect inconditionnel
dû à l'être humain dans sa totalité corporelle et spirituelle. L'être humain doit être respecté et traité comme une
personne humaine dès sa conception, et donc dès ce moment on doit lui reconnaître les droits de la personne, parmi
lesquels en premier lieu le droit inviolable de tout être humain innocent à la vie" [3].

Cette solution n'offre-t-elle pas, à l'homme de bonne volonté, le critère fondamental pour la solution des divers
problèmes posés par le développement des sciences biomédicales ? C'est en tout cas le plus prudent.

La question du statut juridique de l'embryon


Le problème du statut juridique vient du fait que "si l'on accepte l'idée qu'un Etat puisse dire aujourd'hui que
l'embryon est un être humain sujet de droit, on accepte qu'un autre Etat puisse dire demain qu'il ne l'est plus.
Juridiquement et humainement, rien n'est plus redoutable, car à la logique de définitions alternatives de l'embryon
s'ajouterait celle de définitions alternatives de l'homme en état végétatif, de l'homme handicapé et de celui dont on a
besoin" [4].

Il est bien délicat de décréter l'humanité d'un être humain au gré des courants d'opinion majoritaires. L'être humain,
la personne, est ou n'est pas. L'on n'existe pas un peu plus ou un peu moins pour ne pas déplaire à une minorité
militante ou à une majorité indécise. L'Histoire nous enseigne que la loi n'a pas tous les droits parce qu'au-dessus
d'elle il y a "la loi immortelle et immuable des dieux".

Nous avons vu plus haut que les sciences biologiques nous montraient de façon indéniable que l'embryon était un
être humain. Une vie nouvelle apparaît dès la conception. Refuser cette réalité serait tomber dans l'idéologie.

On peut comprendre les difficultés d'Aristote, de Saint Thomas et de ceux qui ne bénéficiaient pas de toutes les
découvertes scientifiques récentes pour définir l'instant de la personnalisation. Mais aujourd'hui, l'humanité de cet
être, dût-elle être seulement pré-intellective, est une réalité indiscutable. La conscience droite reconnaît qu'il faut lui
accorder le respect dû aux personnes car elle connaît mieux la réalité qu'est l'embryon. Il n'est plus une chose.

Mais pour le juriste, la question est nouvelle : fidèle à cette "vérité première du droit" qu'est la distinction
fondamentale entre les personnes et les choses, il se pose à nouveau la question de son sens. L'homme, chaque
homme, est objectivement "quelqu'un" et non pas "quelque chose". C'est là ce qui le distingue des autres êtres du
monde visible. Le droit, en opposant la personne à la chose, n'hésite pas à reprendre cette distinction d'ordre
philosophique en disant de la personne qu'elle est sujet de droit, et de la chose qu'elle en est l'objet. Nulle confusion
possible si l'on considère la chose en tant que non-personne. Avant que n'apparaissent les techniques de
manipulation et d'étude sur les premiers instants de la vie, existaient déjà les problèmes juridiques sur les raisons et
les bienfaits de cette "summa divisio" du droit. L'homme de loi sait qu'il touche là à un domaine sacré : la vie d'un
être humain.

Les juristes se demandent ce qu'ils doivent faire de l'embryon. Comment le législateur doit-il s'y prendre pour que le
scientifique et le juge puissent résoudre sereinement les problèmes liés aux découvertes galopantes des sciences ?
Faut-il "interdire à l'échelon mondial le diagnostic génétique sur les embryons afin d'arrêter ce nouvel eugénisme
démocratique, doux et insidieux" comme le demande Jacques Testart [5] ? Doit-on considérer l'embryon comme une
chose ? Les juristes s'y refusent. Mais ils n'osent le classer dans la catégorie des personnes. Il y a là un blocage très
net chez beaucoup d'entre eux.

Il s'agit donc de mettre les choses au clair, sans entrer dans de trop longs développements.

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Le statut de l'embryon

A la réflexion, tout est une question de méthode. Certains abordent mal le problème. Présentons-le dans l'ordre.

Le complexe liberticide
Les blocages psychologiques sont tenaces : une opinion trop écoutée estime que protéger juridiquement l'embryon
comme une personne reviendrait à remettre en cause la Loi Veil de 1975. La raison nous indique pourtant qu'une
exception ne peut jamais devenir un principe ; c'est bien la détermination du statut qui impose aux scientifiques et
aux juristes les limites à ne pas dépasser dans les études sur l'embryon et non l'inverse.

Cette peur de remettre en cause cette loi, ou simplement de ré-ouvrir le débat sur l'avortement, a été telle que les
discussions parlementaires à propos des lois bioéthiques du 29 juillet 1994 ont été vidées de leur sens. Ces lois ont
en fait tourné autour du pot, le tube à essai en l'occurrence, et le paradoxe des débats fut que l'on refusa la
protection de l'embryon ou, au contraire, la faculté de son utilisation, ce qui supposait, soit qu'il fut un être humain
sujet de droit, soit qu'il fut une chose.

Aussi ces textes sont bancals, car si certains articles prévoient que "la loi assure la primauté de la personne, interdit
toute atteinte à la dignité de celle-ci et garantit le respect de l'être humain dès le commencement de sa vie" [6],
d'autres articles autorisent des "études", la production d'embryons "surnuméraires", leur congélation, et ouvrent la
voie à leur inadmissible sélection. Les auteurs juristes ne s'y sont pas trompés en critiquant ces lois pour leur
manque de courage et leur incohérence. Celle-ci n'était-elle pas inéluctable dès lors que le rapport Mattéi
recommandait de "s'en tenir à la réaffirmation du respect de la vie dès son commencement et de ne pas aborder
l'impossible statut de l'embryon" [7] ? Curieuse façon de procéder pour un rapporteur catholique qui s'accordait à
reconnaître en privé, au sujet de l'embryon, "qu'il s'agissait d'une personne humaine".

Les parlementaires angoissés se posèrent d'étranges questions : comment la loi de 1994 aurait-elle pu contredire
celle de 1975, la première reconnaissant ipso facto à l'embryon, personne juridique, le droit à la vie, et la seconde
accordant à la femme (en théorie à titre d'exception, mais pratiquement sans autre condition que l'âge du foetus) le
"droit" à l'avortement ? S'agissait-il de "l'éternel conflit entre deux libertés" ? Telle est la question qui a paralysé le
législateur. Question insensée lorsqu'on sait que la vraie liberté repose sur la connaissance de la vérité. La loi de
1975 ferme les yeux au juriste alors que la science et la morale les lui ouvrent. Peu nombreux sont ceux qui font ce
constat : la majorité préfère se coucher de peur d'être liberticide.

Il est temps que les juristes comprennent qu'on ne crée pas un droit juste en faisant des exceptions des principes,
des tolérances une vérité, ni de la "docte ignorance" (le refus, par confort, de reconnaître ce qui est) une vertu ! Il n'y
a pas plus de liberté pour la femme d'avorter que pour l'homme de se suicider.

Un arsenal juridique mal employé


En fait autant qu'en droit, rien ne s'oppose à ce que l'embryon soit reconnu comme une personne. Les juristes n'ont
sans doute pas pris l'exacte mesure des outils juridiques dont ils disposent pour protéger le "petit de l'homme". Que
l'on se place au plan du droit comparé comme au plan du droit interne, malgré une impressionnante incohérence, les
arguments ne manquent pas.

Le seul travail efficace à réaliser consiste à les ordonner, les exploiter et les faire connaître.

Ainsi, en 1986, le Conseil de l'Europe, dans la résolution 1046, disait que "l'embryon et le foetus doivent bénéficier
en toutes circonstances du respect de la dignité humaine". Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques,

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Le statut de l'embryon
dans son article 6, reconnaît que "le droit à la vie est inhérent à la personne humaine, ce droit doit être protégé par la
loi ; nul ne peut être arbitrairement privé de la vie", tandis que la Convention américaine relative aux droits de
l'homme reconnaît que "le droit à la vie doit être protégé par la loi à partir de la conception". La Convention
européenne de sauvegarde des droits de l'homme tient le même langage. Pour le droit international, le droit à la vie
est reconnu et garanti à l'enfant dès avant la naissance.

Lorsqu'on sait que les conventions internationales ratifiées par la France ont une autorité supérieure à celle des lois,
on comprend que le Conseil constitutionnel ait quelques réticences à vérifier la conformité au droit international de la
loi Veil, alors qu'il le fait pour d'autres lois. M. Stirn, ancien commissaire du gouvernement, rappelait pourtant que "la
biologie rejoint les principes du droit civil pour faire débuter la vie dès la conception" [8]. Le Conseil d'Etat a, par
contre, admis implicitement que l'embryon était une personne humaine dès la conception dans deux arrêts du 21
décembre 1990. Son Président, Marceau Long, disait en effet que "l'embryon pouvait être considéré comme une
personne" [9].

Faut-il rappeler aussi qu'une juste interprétation de la maxime "Infans conceptus", déduite des articles 725 et 906 du
Code civil, conduit à reconnaître, conformément à la volonté du législateur de 1804, que dès la conception,
l'embryon est une personne. En fait, rien n'a changé depuis que Tertullien proclamait qu'"est un homme celui qui le
sera". Que ceux qui n'ont jamais été embryon prouvent le contraire ! On peut dire, à propos d'une maison en
construction, qu'il s'agit d'une moitié de maison ; on ne pourra jamais dire au sujet de l'embryon que c'est une moitié
de personne. René Cassin avait raison de dire que "toute société qui reconnaîtrait l'avortement comme un droit de
l'homme se condamnerait à mort". Cela échappe trop souvent au juriste.

Alors que la loi de 1975 crée chez lui ce complexe lourd de conséquences, il est temps de dire une fois pour toutes
que cette loi n'a jamais créé un droit. La doctrine et la jurisprudence le savent. Le congrès des notaires de France l'a
redit en 1995. La simple lecture du texte permet de mesurer malheureusement que cette loi, aussi restrictive qu'elle
ait voulu être, ouvrait la voie à toutes les absurdités. Elle acceptait de juger si une vie valait la peine d'être vécue ou
non. Considérée comme un absolu, n'importe quelle loi humaine contient les germes d'un totalitarisme légal, surtout
lorsqu'elle est injuste. Ce positivisme juridique doit être à nouveau dénoncé ici.

Pour les lois en matière de bioéthique, soit l'on considérait l'embryon comme une personne, et alors le respect
absolu s'imposait. Soit on souhaitait l'utiliser pour des expérimentations et le considérer comme une chose ; les
discussions et les interventions du législateur étaient dès lors inutiles.

Il ressort de ces lois que l'embryon a des droits. Or, peut-il y avoir des droits sans titulaire ?

Empêtré dans des impératifs idéologiques regrettables, le législateur a néanmoins tenu à renforcer la singularité de
l'embryon : le nouvel article 16 du code civil "garantit le respect de tout être humain dès le commencement de sa vie"
alors que la loi de 1975 ne la garantissait que "dès le commencement de la vie". L'embryon est donc, en droit, un
être spécifiquement digne de protection dès la fécondation.

Ceci n'est qu'une partie, seulement, des outils dont peuvent se servir les juristes responsables qui considèrent que
l'embryon doit être protégé comme une personne.

Si les lois de 1994 posent un certain nombre de limites pour les expérimentations, elles n'en contiennent pas moins
les prémisses d'un eugénisme inquiétant.

Le "statut de l'embryon", enjeu institutionnel fondamental


La question est importante.

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Le statut de l'embryon
L'humanité de l'embryon est reconnue par la grande majorité. Mais les divisions apparaissent dès qu'il s'agit de dire
s'il est une personne ; ces fractures se comblent d'autant moins facilement que les médias n'ont qu'un mot à la
bouche ou sous leur plume dès qu'ils abordent cette question : la sauvegarde du soi-disant droit à l'avortement. C'est
dans une telle atmosphère que naissent des lois dangereuses, élaborées sous le ciel pesant du "politiquement
correct", au mépris de tout esprit de vérité et de logique, sans courage.

Faute de commune pensée spéculative, n'aurait-on pas pu réaliser un accord sur une commune pensée pratique en
considérant que, dans le doute, il valait mieux s'abstenir de ravaler l'embryon au rang de non-être humain ?
D'ailleurs, le doute ne devait-il pas profiter à l'embryon ?

"Tous les grands tournants de l'humanité sont nés du refus de reconnaître la qualité d'êtres humains à des êtres
relevant pourtant de l'espèce humaine", nous dit Marie-Angèle Hermitte [10]. Comment imaginer une société
respectueuse de l'homme dès lors que celle-ci refuse la vie innocente, dès lors que les hommes qui la composent
s'érigent en "maîtres et possesseurs de la nature humaine" et imaginent la modeler à leur guise ? L'échec d'une telle
vision est aujourd'hui flagrant.

Comment s'en sortir ?

Le premier travail consiste à réconcilier chez beaucoup la science, le droit, la morale et la foi. N'est-ce pas ce que
l'Eglise catholique nous demande à l'aube du XXIème siècle ? Tel a toujours été le travail des chrétiens : unifier la
pensée, l'homme et l'humanité ; "refaire le tissu chrétien de la société humaine".

Cela passe par ce "nécessaire tournant culturel" afin de faire aimer la vie. L'ensemble des institutions politiques,
sociales et culturelles doivent se tourner vers l'accueil de la vie qui commence. C'est à un changement de regard que
nous sommes appelés.

Sinon, aucune mesure législative ne sera efficace, pas même l'abrogation de la loi Veil. Elle ne serait pas comprise.
C'est en ce sens que le "statut" de l'embryon est l'enjeu institutionnel fondamental.

La garantie offerte par la loi à la vie humaine par la protection du plus faible est la base même d'un ordre de justice.
Là tout commence et là tout revient car là s'établit la civilisation et s'achève la barbarie. Là naît l'ordre et meurt le
triomphe aveugle de la force. "Antigone est mère de l'ordre", dit le poète. Antigone, aujourd'hui, dresse sa main pour
le respect de la vie des plus petits d'entre les hommes.

C'est le sens de l'appel que l'Église lance à la France : y a-t-il une loi éternelle au-dessus de l'Etat, une loi inscrite par
Dieu dans le coeur de l'homme ? Les chrétiens ont ce beau devoir d'être le sel de la terre. Seul le levain composé de
laïcs chrétiens conscients de leurs responsabilités, aimant la vérité et chargés de la communiquer avec charité,
pourront faire qu'il n'y ait plus en France que de justes lois [11].

Cette fin de siècle est marquée par le combat d'une "culture de mort" contre une "culture de vie". L'Eglise défend la
vie en nous montrant la voie et la vérité. Le temporel et le spirituel batailleront et la Vie triomphera !

[1] Dominique Folscheld, cité par Jacques Testart, in "Le désir du gène", Champs- Flammarion.

[2] Jacques Testart, in "Le désir du gène", opus cit.

[3] "Donum vitae", instruction de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (1987).

[4] Gérard Mémeteau, Recueil Dalloz Sirey, 1994, 44ème cahier.

[5] Jacques Testart in "Le Monde".

[6] Article 16 du nouveau Code civil (issu des lois "bioéthiques" de 1994).

[7] Jean-François Mattéi cité par Bernard Edelman in Recueil Dalloz Sirey, 27ème cahier, chronique p. 205..

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Le statut de l'embryon
[8] In "La compatibilité de la législation française sur l'IVG avec la Convention européenne des Droits de l'homme" ; conclusions de Bernard Stirn ;
"Revue française de Droit admistratif" n�6, 1990.

[9] Cité par G. Mémeteau dans une conférence, in "La personne humaine, sujet de droit" (journées Savatier), publication de la Faculté de Droit de
Poitiers (PUF).

[10] Marie-Angèle Hermitte, citée par JacquesTestart, in "Le désir du gène", opus cit.

[11] Rappelons à ce propos que les lois "bioéthiques" votées en 1994 doivent être rediscutées en 1999.

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