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une semaine, tout le monde en parle, tellement c’est


sidérant. En trente ans de carrière, je n’ai jamais vu
Suez-Veolia: la médiation de Mestrallet
une affaire aussi lamentable, une telle déliquescence.
suscite l’indignation C’est un pur scandale », explique-t-il.
PAR MARTINE ORANGE
ARTICLE PUBLIÉ LE VENDREDI 7 MAI 2021
Des salariés de Suez, eux, sont partagés entre le
dégoût, la colère, le sentiment de trahison renouvelé.
Ils n’attendaient pas grand-chose de l’ancien président
du groupe. Mais là, certains ont l’impression que
toutes les digues de la décence ont été rompues. « C’est
une honte : dix millions d’euros pour trois jours de
travail , et tout cela pour bâtir un accord destructeur
pour Suez . Bravo les mecs ! », s’indigne Jeremy
L'ancien président d'Engie et de Suez Gérard Mestrallet Chauveau, délégué CFDT du groupe.
en 2015 © THIERRY ROGE / Belga via AFP
Dix millions d’euros! La révélation des honoraires Pour lui comme pour beaucoup, cet épisode s’ajoute
touchés par Gérard Mestrallet comme médiateur entre à «beaucoup de choses inexplicables» qui sont
Suez et Veolia crée l’inquiétude. Et voir un ancien intervenues depuis le début de l’offensive de Veolia
président organiser le dépeçage de son groupe illustre contre Suez lancée le 30 août dernier. Ce contrat en
un nouveau côté obscur de ce dossier. or n’est que l’ultime aboutissement, selon eux, d’un
processus où tout est problématique : la médiation
Dix millions d’euros ! Quand certains administrateurs
même de Gérard Mestrallet, l’accord de principe bâclé
de Suez ont découvert le montant des honoraires,
et adopté en moins de trois heures par le conseil de
révélés par BFM, que Gérard Mestrallet allait toucher
Suez, pour finir par la ruine de Suez.
pour ses services de médiation entre Suez et Veolia, ils
n’ont pas voulu le croire. À aucun moment, il n’avait « Si l’accord entre Suez et Veolia avait été
été fait allusion à ce contrat ni même à la médiation équilibré, le rôle de Gérard Mestrallet aurait pu
de l’ancien président de Suez agissant au nom de être accepté. Mais voir l’ancien président de Suez
la société Equanim dans les différentes séances du participer lui-même au dépeçage de son groupe, et
conseil. en plus empocher 10 millions, c’est inexplicable,
inacceptable,indéfendable », dit un conseiller du
Comment justifier une telle somme, ont demandé,
monde des affaires qui en arrive à avouer un certain
furieux, certains membres du conseil, qui sont
écœurement. « Quand je pense que l’Élysée et tout
déterminés à bloquer le paiement du contrat, 5 millions
l’État s’étaient mobilisés en 2006 pour sauver Suez.
pour Suez, autant pour Veolia. Invoquant les clauses
Villepin [alors premier ministre – ndlr] avait lui-même
de confidentialité du contrat, la direction de Suez s’est
annoncé sur le perron de Matignon la privatisation de
refusée à donner la moindre explication, le moindre
détail sur celui-ci. Elle n’a ni confirmé ni infirmé les
montants évoqués. L’affaire, cependant, risque de ne
pas en rester là. Les prochains conseils s’annoncent
houleux.
Car ces dix millions inquiètent et rendent fébriles
les administrateurs de Suez, sa direction et bien
d’autres encore. Ils ont un effet de souffle inattendu.
La condamnation est générale dans le petit monde
du CAC 40 et de ses affidés, à en croire un très
bon connaisseur du monde des affaires. « Depuis

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GDF et sa fusion avec Suez. Tout cela pour arriver à avec deux groupes qui se déchirent et se détruisent,
cela: deux groupes saccagés, détruits. Un champ de expliquait-il. Il fallait établir une médiation afin de
ruines », se remémore un familier du monde politique. dégager un compromis acceptable par tous.
Si la direction et le conseil de Suez sont tout à fait
favorables à une solution négociée, le PDG de Veolia,
Antoine Frérot, ne l’entend pas du tout de cette oreille.
Fort des 30% de Suez qu’il a réussi à acheter à Engie
grâce au soutien de l’Élysée, il se sent en position de
force et ne voit aucune raison de ne pas pousser son
avantage : il veut tout Suez, à ses conditions, comme
L'ancien président d'Engie et de Suez Gérard Mestrallet
en 2015 © THIERRY ROGE / Belga via AFP
il l’a exposé dès la fin août.
Mais comment Gérard Mestrallet, qui a quitté la Mais le ministre ne peut se déjuger, d’autant que les
présidence d’Engie en 2017 et celle de Suez en élus locaux commencent beaucoup à s’agiter autour
2019 pour n’être plus que président d’honneur des de cette attaque hostile et menacent de relancer un
deux groupes, a-t-il pu revenir dans le dossier ? vaste mouvement de remunicipalisation de l’eau. Pour
M. Mestrallet n’a pas répondu à notre demande contourner le refus de Veolia, il demande à Bercy
d’entretien. de superviser lui-même la médiation entre les deux
groupes. Et il désigne l’homme le plus puissant du
Alors que la bataille battait son plein entre Veolia et
ministère des finances pour la diriger : le directeur
Suez, beaucoup avaient relevé le peu d’empressement
général du Trésor, Emmanuel Moulin.
de l’ancien président de Suez à voler au secours de
son ancienne maison. Il s’était juste fendu d’une Le choix d’un haut fonctionnaire pour conduire une
tribune dans le Figaro pour défendre l’indépendance telle négociation étonne un peu. « Mais au moins,
du groupe en septembre. Le service minimum pour c’était gratuit », ironise aujourd’hui un observateur.
les salariés. «Gérard Mestrallet aurait aimé que la Pour Bruno Le Maire, la candidature d’Emmanuel
direction et le conseil de Suez fassent appel à lui. Il Moulin est naturelle. Il incarne la volonté de l’État et
a été assez contrarié que personne ne veuille de ses il connaît parfaitement le dossier : avant d’être promu
conseils pendant tout ce temps », raconte un proche à la tête de la plus importante des directions de Bercy
du dossier. «Mais il a toujours été là. Il a aidé depuis en octobre 2020, il a été directeur de cabinet de Bruno
le début le groupe mais de manière très discrète », Le Maire. Il a aussi pour lui d’être un très proche
soutient à l’inverse un haut cadre du groupe, ardent du secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler, dont
défenseur de l’ancien président. l’ombre pèse sur le dossier. Cela permet de faire passer
des messages et de trouver des terrains d’entente.
Quoi qu’il en soit, Gérard Mestrallet, en habile
politique qu’il a toujours été, va profiter des règles À partir de décembre, la mission menée par Emmanuel
fixées par le ministre des finances, Bruno Le Maire, et Moulin s’engage dans la plus grande discrétion. «Une
des circonstances opportunes pour revenir au premier des préoccupations de Bercy était de maintenir deux
plan et s’imposer dans la bataille entre les deux groupes industriels. Suez était prêt à se vendre à
groupes. des fonds d’infrastructures. Or si on laisse faire
les fonds d’infrastructures, compte tenu des moyens
L’échec de la médiation Moulin
financiers dont ils disposent, les groupes industriels
C’était une des conditions posées par Bruno Le Maire, seront bientôt exclus du jeu. Les fonds rafleront tous
après avoir repris le dossier Suez et Veolia jusqu’alors les actifs», explique un conseiller de Veolia, qui a
géré discrètement mais en direct par l’Élysée : le participé aux négociations avec Bercy. À voir le tour
capitalisme français ne pouvait se donner en spectacle

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de table imaginé pour le mini-Suez, où deux fonds – ont constatée sur de multiples autres sujets: le pouvoir
Meridiam et GIP– sont censés cogérer la société, le est ailleurs, concentré en quelques mains à l’Élysée.
résultat de cette volonté n’est pas probant. Forts de ce soutien, les deux dirigeants peuvent se
Nouveau camouflet pour Bercy permettre de faire tous les bras d’honneur aux services
de l’État.
En mars, un compromis est arrêté. Selon le schéma
imaginé par Bercy, Suez devrait céder certaines Face au nouveau refus de Veolia, Suez décide alors
activités à Veolia pour le faire renoncer à son attaque de mettre en œuvre la pilule empoisonnée qu’il a
hostile. Le périmètre du nouveau Suez représenterait imaginée. Il annonce le 23 mars son intention d’activer
environ 9 milliards d’euros de chiffre d’affaires, la fondation néerlandaise à partir du 20 avril, ce que
moitié moins qu’actuellement. Surtout, il conserverait Veolia s’empresse de contester devant les tribunaux.
des activités internationales, notamment aux États- « C’est à ce moment-là que Gérard Mestrallet est
Unis. Une dimension à laquelle Bruno Le Maire est revenu voir Philippe Varin et Bertrand Camus. Il leur
particulièrement attaché : il veut que Suez conserve sa a suggéré de lancer une nouvelle médiation. Il ne
dimension internationale. s’est pas proposé directement. Il a été plus habile. Il
a avancé le nom d’Equanim », raconte un proche du
Même si le sacrifice demandé à Suez est important, dossier.
Philippe Varin, président du conseil, et Bertrand
Camus, directeur général, sont d’accord sur le Une plateforme de médiation de bric et de broc
compromis élaboré, estimant que le groupe a les Equanim International. Il y a encore quinze jours,
moyens de vivre dans une telle configuration. cette société était totalement inconnue. Mais depuis
Mais Antoine Frérot, revenant sur ses engagements la signature de l’accord de principe, et la publicité
précédents à lancer une OPA hostile sur son faite autour de la médiation de Gérard Mestrallet,
concurrent, le refuse sèchement. elle est sous les feux de la rampe. Elle a été créée
par Patrick Klugman et Matthias Fekl. Le premier
est devenu avocat après avoir été ancien adjoint à la
mairie de Paris et surtout très proche de Julien Dray
depuis l’époque de SOS Racisme. Le second a été
ministre du commerce extérieur et éphémère ministre
de l’intérieur sous Hollande, avant lui aussi de devenir
avocat.
Cette société ambitionne de devenir une « plateforme
Bruno Le Maire et Philippe Varin (Suez) à Bercy © Eric Piermont / AFP
internationale de médiation » afin d’aider les
«Pour la deuxième fois en quelques mois, deux entreprises à traiter leurs litiges et leurs différends dans
dirigeants qui sont liés à l’État et dépendent de un cadre discret, moins contraignant et moins cher
la commande publique se sont permis d’humilier le (sic) que l’arbitrage, pour reprendre la présentation
ministre des finances, d’envoyer balader l’État », du site. En dépit de ces intentions affichées, certains
constate un familier des allées du pouvoir. observateurs suspicieux se demandent si Equanim n’a
Si Antoine Frérot se permet un tel geste, ce n’est pas été créée pour la circonstance, si le contrat Veolia-
pas « par détestation des politiques », comme Suez n’est pas son seul contrat. Patrick Klugman
certains l’expliquent. Pas plus que la défaite publique assure que la société a d’autres contrats de médiation
administrée par Jean-Pierre Clamadieu, président du mais qu’il ne peut pas les révéler, au nom de la
conseil d’Engie, ne relève du « désir d’indépendance confidentialité.
face à l’État actionnaire ». Les deux hommes actent
seulement la dérive institutionnelle que les Français

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« Cela fait longtemps que Patrick Klugman pensait À leurs côtés se retrouvent les incontournables
à ce projet », assure de son côté une de ses du petit monde des affaires parisien : Henri de
connaissances. « Cela fait en effet de longues années Castries, ancien PDG d’Axa, Enrico Letta, président
que je suis convaincu qu’il faut développer la du Parti démocrate italien devenu une des références
médiation […]. Mais c’était d’abord une idée très imposées du Bottin mondain administro-financier
générale, une intuition qui n’a pris de forme précise parisien, et l’irremplaçable Gerhard Cromme, caution
que l’an dernier, suite à beaucoup de discussions germanique du monde des affaires français depuis trois
et échanges informels avec des amis, confrères et décennies. Ce dernier a aussi été membre du conseil
personnalités qualifiées. […]La décision de passer d’administration de Suez pendant plusieurs années.
à l’étape de la réalisation et de lancer Equanim Conflits d’intérêts en cascade
sous forme de société commerciale a été arrêtée
Mais Gehrard Cromme n’est pas le seul. Puisant dans
l’été dernier, après les périodes de confinement qui
son carnet d’adresses, Gérard Mestrallet semble avoir
avaient laissé un peu plus de temps pour peaufiner les
invité plusieurs de ses relations à venir rejoindre
choses », explique Patrick Klugman en réponse à nos
le « conseil stratégique international » d’Equanim.
questions.
On retrouve ainsi Marie-José Nadeau, administratrice
Si le projet a été longuement réfléchi, ses premières d’Engie mais aussi présidente du comité d’audit et
concrétisations, cependant, apparaissent avoir été membre du comité stratégique du groupe. Autant dire
faites à la va-vite, de bric et de broc. En tout cas, qu’elle a eu une voix importante dans la décision
la société n’a pas les fondements répondant à son du groupe de vendre sans appel d’offres et dans
ambition de devenir une plateforme internationale la précipitation la participation de Suez détenue par
de médiation. Créée le 3 février avec 5 000 euros Engie à Veolia. Côté Engie, toujours, il faut ajouter
de capital, elle compte quatre actionnaires : Patrick lord David Simon of Highbury, ancien administrateur
Klugman, sa femme, Matthias Fekl et Yvan Terel, et ancien président du comité de rémunération de
autre avocat. Elle est domiciliée dans une habitation GDF-Suez (devenu Engie) .
privée.
Mais la plus grande surprise pour les salariés de
Mais elle a de puissants inspirateurs. Sans être Suez a été de découvrir la présence de Miriem
actionnaires, Gérard Mestrallet et Maurice Lévy, Bensalah Chaqroun, administratrice de Suez mais
ancien PDG de Publicis– deux des personnalités aussi présidente du comité stratégique et membre du
qui ont dominé le capitalisme français et ses jeux comité ad hoc, créé pour organiser la réponse du
d’influence pendant plus de 40 ans– sont présentés groupe à l’attaque de Veolia. À aucun moment celle-
comme les membres fondateurs. « Ils nous ont ci n’a averti le conseil de sa participation à Equanim,
accompagnés, de même que […] de nombreux autres selon nos informations. Tout cela fait beaucoup et
membres d’Equanim, en nous donnant des conseils illustre ce climat incestueux si propre au capitalisme
stratégiques, forts de leur connaissance de l’économie français .
internationale », dit Patrick Klugman. Chacun en tout
Compte tenu de la présence de personnes impliquées
cas semble y être allé de son carnet d’adresses pour
ou ayant été directement impliquées dans la longue
tenter de recruter «des personnalités prestigieuses».
histoire entre Engie et Suez et désormais Veolia, cela
Quand ils ont commencé à entendre parler d’Equanim, n’aurait-il pas dû inciter les responsables d’Equanim
des salariés de Suez se sont précipités sur le site pour à se tenir à l’écart de ce dossier et à s’abstenir
tenter de voir de quoi il retournait. Certains noms les de toute intervention afin d’éviter tout soupçon de
ont surpris. «Klugman, Fekl, Cazeneuve… Quand je conflits d’intérêts ? « Tous les membres d’Equanim
vois cette ribambelle de socialistes devenus affairistes, sont éligibles à être médiateurs. En revanche,
franchement...», s’énerve Jeremy Chauveau. conformément à nos règles de confidentialité, ils ne

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sont au courant ni des dossiers entrants, ni des ou groupement quel qu’il soit auquel il est lié, a agi
dossiers en cours, ni des dossiers réglés via une en une qualité autre que celle de médiateur pour une
médiation, sauf bien sûr lorsqu’ils interviennent en des parties».
tant que médiateurs », répond Patrick Klugman à Manifestement, même si sa situation est parfaitement
cette question sur les conflits d’intérêts. En un mot, la connue, Gérard Mestrallet ne remplit pas les
confidentialité est censée éviter le conflit d’intérêts. conditions fixées par le règlement d’Equanim. Il a
C’est oublier que la notion de conflit d’intérêts est présidé Engie et Suez pendant plus de dix ans. C’est
plus large que les responsables d’Equanim ne veulent lui qui a nommé le président d’Engie , le président
le dire. Car il en va de la médiation, de l’arbitrage et le directeur général de Suez aujourd’hui au cœur
comme de la justice: c’est le soupçon même de conflit de la mêlée. L’important est «la confiance des deux
d’intérêts qu’il s’agit d’écarter, afin de supprimer tout parties», explique Patrick Klugman.
doute.
Le prix de la trahison
À ces règles générales s’ajoute la question particulière
du choix de Gérard Mestrallet comme médiateur.
«Je ne comprends pas comment il a pu être retenu
comme médiateur, comment il a pu accepter ce
rôle?», constate un avocat. L’ancien président de Suez L'avocat Parick Klugman, fondateur d'Equanim © Samuel Boivin / NurPhoto via AFP
et d’Engie semble avoir une lecture très encadrée De plus, peut-on assurer qu’il n’a aucun intérêt
du conflit d’intérêts. Son mandat de senior advisor financier à l’affaire? Fin 2019, Gérard Mestrallet
auprès du fonds CVC Capital qui a justement racheté détenait plus de 16900 actions Suez. Son entourage
l’activité production-exploration d’Engie, juste après assure qu’il les a vendues, comme le rapporte BFM.
son départ de la présidence du groupe reste en mémoire Mais il lui reste aussi des actions Engie manifestement.
dans l’entreprise (voir nos articles ici et là). Mais
Enfin, les 10 millions d’honoraires facturés par
Gérard Mestrallet a toujours assuré n’y être pour rien
Equanim pour sa mission sont tout sauf une preuve
et s’être déporté à chaque fois sur le sujet.
de désintérêt. Au nom de la confidentialité, Equanim
Si la question vaut pour Gérard Mestrallet, elle vaut se refuse à infirmer ou confirmer ce chiffre et
encore plus d’une certaine façon pour Equanim. encore moins à donner le moindre détail sur le
Bousculé sur cette question des conflits d’intérêts lors contrat. Mais le montant est si exorbitant par rapport
d’un entretien sur BFMTV, Matthias Fekl a répliqué aux pratiques habituelles, bien plus élevé que toute
plein d’assurance : « Le conflit d’intérêts, c’est des procédure d’arbitrage qui réclame d’autres moyens
faits. » pendant des périodes de temps longues, qu’il ne peut
Et justement dans cette affaire, il y a des faits. qu’interroger. Même si Equanim établit la facturation,
Soucieux de présenter un encadrement juridique strict, Gérard Mestrallet est forcément associé à ce résultat.
Equanim a publié son règlement de la médiation. « Il reçoit le prix de sa trahison », commente un
La question du conflit d’intérêts y est longuement observateur.
abordée. Il prévoit notamment que la médiation doit Tout cela aurait donc dû inciter Equanim à ne
être suspendue ou interrompue dans le cas où il y aurait pas présenter la candidature de Mestrallet comme
un « intérêt financier ou autre, direct ou indirect, dans médiateur entre Suez et Veolia. Pourtant, dès son
l’issue de la médiation, (une) relation d’ordre privé premier grand contrat, la société décide de s’asseoir
ou professionnel antérieure avec une des parties, ou sur ses règles et ses principes. Fin mars, elle présentait,
(si) le Médiateur, ou toute entreprise, administration, selon nos informations, une liste de trois noms à Veolia
collectivité, personne morale de droit public ou privé

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et Suez : Gérard Mestrallet, Enrico Letta et Yves importants, quand des contrats comme celui-ci ont été
Leterme. Gérard Mestrallet fut retenu et par Suez et signés. D’autant qu’on peut s’interroger sur le fait
par Veolia. de savoir si l’embauche de Gérard Mestrallet, en tant
Le fait qu’Antoine Frérot n’ait pas récusé la que président d’honneur de Suez, ne relève pas des
candidature de l’ancien président de Suez intrigue conventions réglementées », analyse un avocat.
de nombreux observateurs. Pourquoi alors qu’il avait « Pour moi, c’est simple, cette histoire relève
repoussé de nombreuses autres propositions, a-t-il de l’escroquerie », tranche abruptement un vieux
accepté cela , alors qu’il pouvait a priori douter de connaisseur du monde des affaires.
l’impartialité de l’ancien président de Suez ? Le PDG Redoutant de voir leur responsabilité mise en cause
de Veolia est-il pressé d’en finir ? Avait-il reçu des dans cette affaire, tous les administrateurs deviennent
assurances d’obtenir des conditions plus favorables très nerveux, soupèsent leurs responsabilités tentent
que celles fixées par Bercy ? d’estimer les risques. Le jeu du Mistrigri a commencé :
Le 1er avril, l’ancien président de Suez publiait une chacun tente de se défausser sur l’autre. Les
tribune dans LesÉchos: « Le temps de l’apaisement administrateurs sur le président et le directeur général,
est venu entre Veolia et Suez.» le président sur le directeur général etc.
Le jeu du Mistrigri Selon nos informations, Philippe Varin et Bertrand
Camus ont accepté ensemble la médiation de Gérard
Quand les salariés de Suez ont appris le 12avril que
Mestrallet et son contrat, même si ce dernier a été
Gérard Mestrallet s’était imposé comme médiateur
signé uniquement par Bertrand Camus. « En tant que
entre Suez et Veolia, ce fut un choc. Rien n’avait filtré
président, il revenait à Philippe Varin d’informer le
dans le groupe sur son embauche comme médiateur.
conseil », estime un proche du dossier.
Mais plus problématique, le conseil d’administration
aussi avait été tenu à l’écart de ce choix. Le comité « Le secret n’a pas été gardé pour tout le monde.
ad hoc, censé pourtant superviser toute la défense de Delphine Ernotte [associée à toutes les négociations
Suez, n’avait pas été consulté. – ndlr] a été informée dès le vendredi soir de la
médiation de Gérard Mestrallet et de son contrat
Ce n’est que dans l’après-midi du dimanche 11 avril
», rapporte un proche du dossier. Compte tenu des
que les administrateurs apprennent cette nomination.
liens qu’entretient l’ancien président de Suez avec un
Il n’y a plus le choix : un nouveau conseil doit se réunir
certain nombre d’administrateurs du groupe, qu’il a
dans la soirée pour examiner l’accord de principe
lui-même nommés, celui-ci n’exclut pas que d’autres
qui est en train d’être discuté entre Antoine Frérot
administrateurs aient été aussi informés, sans en
et Louis Schweitzer côté Veolia, Philippe Varin et
souffler mot. Tant beaucoup semblaient pressés d’en
l'administratrice Delphine Ernotte côté Suez, et Gérard
finir.
Mestrallet au milieu.
Car l’affaire des 10 millions d’euros versés à Gérard
Pourquoi les dirigeants de Suez ont-ils gardé le
Mestrallet ne doit pas occulter le vrai scandale de
silence sur cette médiation, sur le rôle de Gérard
ce dossier et dont les administrateurs sont aussi
Mestrallet, sur le contrat avec Equanim ? Face au
comptables: cette médiation gardée secrète aboutit à
conseil, le président et le directeur général invoquent
la destruction programmée d’un groupe industriel qui
la clause de confidentialité. «Il n’y a pas de clause
compte 90000 salariés avec l’assentiment et le soutien
de confidentialité qui tienne face à un conseil. Celui
du pouvoir.
doit être informé surtout quand les enjeux sont si

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