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chapitre 9

La cause de la descente (sabab an-nuzūl)

1/189 Nombre de savants y ont consacré un ouvrage à part, le plus ancien étant ʿAlī
b. al-Madīnī, le Šayḫ de al-Buḫārī, le plus connu de ces ouvrages étant le livre
de al-Wāḥidī, malgré ce qu’il a de déficient. Al-Ğaʿbarī l’ a résumé, mais il en
a éliminé les chaînes de transmission, sans y avoir ajouté rien d’ autre. Šayḫ
al-Islām Abū l-Faḍl Ibn Ḥağar a composé, à ce sujet, un livre qu’ il a laissé, à
sa mort, à l’état de brouillon, si bien que nous n’avons pas pu le consulter
complètement. Personnellement, j’ai composé, sur le même sujet, un ouvrage
complet, concis et entièrement rédigé, rien de semblable n’ayant été écrit sur
ce genre de chose; je l’ai intitulé Lubāb an-nuqūl fī asbāb an-nuzūl1.
Al-Ğaʿbarī dit: ‘La descente du Coran se divise en deux catégories: une
catégorie selon laquelle il est descendu indépendamment, et une autre selon
laquelle il est descendu à la suite d’un événement ou d’ une interrogation’.
Cette dernière espèce comporte plusieurs questions.

Première question [les avantages de cette discipline]

1/190 Certains prétendent que cette discipline ne sert à rien, parce qu’ elle procède à
la façon de l’histoire (tārīḫ); et en cela ils se trompent. Bien plus, elle comporte
des avantages, dont:
la connaissance du genre de raison qui motive la disposition légale de telle
décision;
la spécification de la décision pour celui qui pense que le cas doit être
considéré en fonction de sa cause particulière;
l’expression peut être générale, alors qu’existe la preuve de sa portée par-
ticulière; et quand on connaît la cause, la spécification se limite à ce qui n’est
pas l’idée (générale) que représente cette cause. L’inclusion de l’ idée que repré-
sente2 la cause (dans le sens général)3 est un impératif catégorique et l’ en ex-

1 C’est-à-dire, ‘L’essentiel des traditions sur les causes de la révélation’.


2 L’expression ṣūrat as-sabab signifie le concept ou l’idée essentielle sous-jacente à une cause
particulière. Dans le premier exemple qui suit, certes la cause est particulière, à savoir
l’événement relaté qui ne concerne que les gens de l’ Ecriture; mais l’ idée de mensonge et
d’hypocrisie qui s’en dégage est essentielle et s’appliquera à tout cas semblable.
3 Cette précision entre parenthèses se justifie par ce qu’ explicite l’ auteur, au début de la
troisième question (p. 204).

© koninklijke brill nv, leiden, 2018 | doi: 10.1163/9789004357112_012


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clure, moyennant l’effort d’interprétation, est interdit, selon le consensus géné-


ral à ce propos, relaté par al-Qāḍī Abū Bakr (al-Bāqillānī), dans at-Taqrīb ; on
n’ accordera donc aucune attention à celui qui dévie à ce sujet, en permettant
cela;
s’arrêter au sens et éliminer le doute. Al-Wāḥidī dit : ‘On ne peut pas con-
naître le commentaire d’un verset sans s’arrêter à son histoire (qiṣṣa) et sans
expliquer sa descente’.
Ibn Daqīq al-ʿĪd dit: ‘Montrer la raison de la descente est une méthode solide
pour comprendre les significations du Coran’.
Ibn Taymiyya dit: ‘Connaître la raison de la descente aide à comprendre le
verset, car la connaissance | de la cause produit celle de l’ effet’. 1/191

1. Le sens de sa (*) parole: «Ne compte pas que ceux qui se réjouissent de ce
qu’ ils ont fait …» (3, 188) faisait difficulté à Marwān b. al-Ḥakam qui disait :
‘Si tout homme, qui se réjouit pour ce qu’il a fait et qui aime être loué pour
ce qu’il n’a pas fait, est puni, alors nous serons tous punis’ ; et cela, jusqu’ à ce
que Ibn ʿAbbās ne lui montrât que le verset était descendu au sujet des gens
de l’Ecriture, lorsque le Prophète (.) leur demanda quelque chose. En effet,
ils la lui cachèrent, en l’informant sur autre chose. Ils lui firent croire qu’ ils
l’ informaient au sujet de ce qu’il leur avait demandé, essayant ainsi d’ obtenir sa
louange. C’est ce que citent les deux Šayḫ-s (al-Buḫārī, Ṣaḥīḥ, 8/233 et Muslim,
Ṣaḥīḥ, 4/2143).

2. On relate, à propos de ʿUṯmān b. Maẓʿūn et de ʿAmr b. Maʿdīkarib, | le fait 1/192


qu’ ils disaient: ‘Le vin est permis’. Et ils argumentaient à partir de sa (*) parole:
« On n’imputera pas de péché à ceux qui ont cru et qui ont fait le bien, à
cause de ce qu’ils ont consommé …» (5, 93). S’ils avaient connu la cause de
sa descente, ils n’auraient pas dit cela. Elle réside dans le fait que des gens
dirent, lorsque le vin fut interdit: ‘Qu’en est-il alors de ceux qui furent tués
sur le chemin de Dieu et qui moururent, alors qu’ ils avaient bu du vin qui est
une souillure?’. Et le verset descendit. C’est ce que citent Aḥmad (Ibn Ḥanbal,
Musnad, 1/234, 272, 295 et 304), an-Nasāʾī et un autre.

3. Du même ordre est sa (*) parole: «Celles qui n’espèrent pas la menstru- 1/193
ation parmi vos femmes, si vous avez des doutes, leur période d’ attente
sera de trois mois …» (65, 4). Le sens de cette condition fait difficulté pour cer-
tains imāms, au point que les Ẓāhirites disent qu’ il n’y a pas de péri-
ode d’attente pour celle qui n’espère plus, si elle n’a plus de doute, alors
que la cause de la descente explique ce dont il s’ agit. En effet, lorsque des-
cendit le verset de la sourate al-Baqara 2, au sujet des délais d’ attente des

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