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Journal de Traumatologie du Sport 34 (2017) 208–216

Mise au point

Muscle grand pectoral : une nouvelle classification des lésions tendineuses et


musculaires distales
Pectoralis major tears: A new classification of tendon and muscle injuries
R. Guiu a,∗ , J.-D. Werthel b , A. Menguy-Fleuriot c , C. Schlur d
a IAL Nollet, 23, rue Brochant, 75017 Paris, France
b Chirurgie orthopédique, hôpital Ambroise-Paré, 9, avenue Charles-de-Gaulle, 92100 Boulogne, France
c Service médical, brigade de sapeurs-pompiers de Paris, 1, place Jules-Renard, 75017 Paris, France
d Clinique Victor-Hugo, 5 bis, rue du Dôme, 75016 Paris, France

Disponible sur Internet le 31 octobre 2017

Résumé
Objet. – Plusieurs classifications des ruptures distales du grand pectoral ont été publiées. Cependant, elles ne sont pas pleinement satisfaisantes et
ne permettent pas toujours de décrire précisément les lésions rencontrées. Ce travail permet de proposer une nouvelle classification de ces lésions.
Méthodes. – Grâce à un travail de dissection de 6 épaules cadavériques provenant de 3 sujets et un protocole de visualisation échographique pratiqué
sur 25 sujets sains, nous avons étudié les relations entre la portion claviculaire du grand pectoral, son tendon distal et sa portion sternale.
Résultats. – Le tendon du grand pectoral est constitué de deux lames aponévrotiques continues au niveau de leurs parties inférieures en formant un
U. La lame antérieure provient des segments sternaux supérieurs et la lame postérieure des segments sternaux inférieurs et abdominaux. La portion
claviculaire est purement musculaire. Elle vient s’accoler sur la partie superficielle distale de la lame antérieure, prend une part négligeable dans
la constitution du tendon et est reliée en superficie au fascia brachial.
Discussion. – Ces observations nous permettent, afin de comprendre la pathologie traumatique, de proposer une nouvelle classification des lésions
distales du tendon et du corps musculaire du grand pectoral. Il est important de considérer que la portion claviculaire peut rester insérée sur
le moignon tendineux et sembler partiellement ou complètement intacte en cas de rupture tendineuse complète. La persistance d’une portion
claviculaire ne devrait donc pas être considérée à tort comme une rupture tendineuse partielle.
© 2017 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.

Mots clés : Grand pectoral ; Rupture ; Classification ; Tendon ; Muscle

Abstract
Background. – Different classifications for pectoralis major tears have been reported in the literature. However, none of the current classifications
has been fully accepted and they do not explain all the encountered lesions. The objective of this study was to propose a novel classification of
pectoralis major tears.
Methods. – Through anatomical dissection works using 6 cadaveric shoulders from 3 subjects, and an ultrasonic imaging protocol on 25 healthy
subjects, we have studied the relationship between the clavicular head of the pectoralis major, the distal tendon and the remaining portion of the
muscle.
Results. – The tendon of the pectoralis major consists of two thin aponeurotic layers which are continuous at their lower extremities: the anterior
layer comes from the upper sternal muscular segments and the posterior layer from the lower sternal and abdominal muscular segments. The
clavicular head is purely muscular. It comes over the anterior layer and its part is very minimal in the actual tendon as it is mostly fascia prolonged
by the brachial fascia.

∗ Auteur correspondant.
Adresse e-mail : renoguiu@yahoo.fr (R. Guiu).

http://dx.doi.org/10.1016/j.jts.2017.09.002
0762-915X/© 2017 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
R. Guiu et al. / Journal de Traumatologie du Sport 34 (2017) 208–216 209

Discussion. – These findings have implications for understanding traumatic pathology and allow us to offer a new classification of the anatomy
of tears of the distal tendon and muscle body of the pectoralis major. It thus seems essential to us to consider that the clavicular head can remain
inserted on the tendon stump and be fully or partially intact in the event of complete tendon rupture. The persistence of a clavicular head should
therefore not be misinterpreted as a partial tendon injury.
© 2017 Elsevier Masson SAS. All rights reserved.

Keywords: Pectoralis major; Injuries; Tears; Classification; Tendon; Muscle

1. Introduction successivement tout en respectant l’insertion distale de la portion


claviculaire.
L’incidence des lésions distales du grand pectoral semble Grâce à l’utilisation d’un pied à coulisse numérique (Digi-
être en constante progression ces dernières années ainsi qu’en Max, Wiha, Bruges, France), nous avons pris deux mesures sur
attestent les articles récents qui traitent le sujet [1–4]. Cette la partie antérieure du tendon (L1 et L2), et une mesure sur la
recrudescence est probablement due en grande partie à la pra- partie postérieure du tendon (L3), toutes dans le sens latéral-
tique de plus en plus répandue et assidue de la musculation. La médial. Ces mesures étaient prises systématiquement dans la
littérature reste cependant relativement pauvre avec seulement partie médiane du tendon car leurs valeurs varient sensiblement
400 cas rapportés. Il existe un consensus net en faveur d’une entre la partie supérieure et la partie inférieure du tendon :
indication chirurgicale urgente pour les lésions graves distales
du grand pectoral chez les patients jeunes et/ou sportifs [2,4]. La • L1 : longueur entre l’insertion distale du tendon et la partie la
classification des atteintes est similaire à celle des autres tendons plus latérale de la portion musculaire claviculaire ;
en ce qui concerne la localisation lésionnelle (proximale, corps • L2 : longueur entre l’insertion distale du tendon et la partie la
musculaire, jonction myotendineuse, tendineuse ou avulsion plus latérale des segments musculaires sternaux supérieurs ;
osseuse distale) [5,6], mais elle est peu précise et contradic- • L3 : longueur entre l’insertion distale du tendon et la partie la
toire quant à la caractérisation et la fréquence des atteintes plus latérale des segments musculaires sternaux inférieurs et
partielles, subtotales ou totales du tendon du grand pectoral [3]. abdominaux (Fig. 1).
Cela s’explique en grande partie par l’anatomie complexe de ce
tendon, qui a fait l’objet de plusieurs travaux sans jamais aboutir Les résultats du tableau représentent les moyennes des
à un consensus [7–11]. À travers deux études, une anatomique valeurs des 6 épaules.
et l’autre échographique, nous proposons une nouvelle classifi-
cation des lésions distales tendineuses et musculaires du grand 2.2. Visualisation échographique
pectoral.
Les images échographiques du grand pectoral ont toutes
2. Méthodologie été réalisées par un médecin du sport expérimenté en
échographie ostéoarticulaire, sur un seul appareil (Sonosite M-
2.1. Travaux anatomiques de dissection turbo 6–13 MHz linear transducer ; FujifilmSonosite, Bothell,
Washington, États-Unis).
Les corps étudiés proviennent d’un laboratoire d’anatomie. Nous avons observé de façon systématique sur 25 sujets sains,
Ils ont été conservés à 2 ◦ C ; l’âge moyen de décès était de 75 ans sans antécédents de chirurgie de l’épaule, le muscle grand pec-
(± ,71). Les spécimens inclus étaient dépourvus de cicatrices toral depuis son insertion proximale jusqu’à son tendon distal.
chirurgicales sur les épaules. Les dissections ont été réalisées La visualisation s’est faite dans deux axes avec des coupes sagit-
par deux chirurgiens spécialistes du membre supérieur. Nous tales et horizontales. Une attention particulière a été apportée à la
avons disséqué 6 épaules provenant de 3 corps (2 hommes et visualisation des ramifications aponévrotiques intramusculaires
une femme). Nous avons réalisé le même protocole de dissec- aboutissant à la formation du tendon distal.
tion pour toutes les épaules. Après avoir exposé le muscle grand
pectoral dans son intégralité depuis son insertion claviculaire 3. Résultats
et sternale jusqu’à son tendon distal, nous avons individualisé
la portion musculaire claviculaire que nous avons dissociée du 3.1. Travaux anatomiques de dissection
reste du muscle, de son insertion proximale claviculaire jusqu’à
sa portion tendineuse. Nous l’avons ensuite sectionnée à son Le faisceau claviculaire conserve jusqu’à son extrémité dis-
insertion proximale claviculaire puis nous l’avons réclinée en la tale une composante musculaire majoritaire, son insertion est
laissant insérée au niveau de son insertion distale. Nous avons superficielle et distale sur le tendon. Il vient se poser sur la
observé attentivement les relations entre la portion claviculaire lame antérieure en prenant une part paraissant minime dans
et le tendon distal restant. Les deux lames tendineuses anté- sa constitution. Le faisceau musculaire claviculaire n’a pas
rieure et postérieure ont été individualisées, et enfin sectionnées d’insertion humérale directe. La lame antérieure du tendon
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Fig. 1. Grand pectoral A. Vue frontale. B. Section dans un plan horizontal. 1. Portion claviculaire. 2. Portion sternale supérieure. 3. Portion sternale inférieure et
abdominale. 4. Tendon : lame antérieure. 5. Tendon : lame postérieure. 6. Fascia superficiel. 7. Fascia profond. 8. Humérus. a. Mesure L1. b. Mesure L2. c. Mesure
L3.

Tableau 1 La distinction échographique entre la portion musculaire cla-


Résultats des mesures L1,L2 et L3. viculaire et sternale supérieure est parfois difficile. Par ailleurs,
Mesures Longueurs moyennes (m) Déviations standard Min–Max (mm) les fibres musculaires situées entre les lames aponévrotiques
L1 12,5 ± 1,05 11–14
antérieure et postérieure semblent, en visualisation échogra-
L2 28,1 ± 2,31 25–31 phique, s’insérer sur la partie postérieure de la lame antérieure,
L3 37,8 ± 2,78 34–41 mais il est difficile d’être formel. Il existe de nombreuses
variantes dans l’importance et la forme des contingents mus-
culaires aboutissant en particulier à la formation de la lame
postérieure mais l’aspect que nous présentons est globalement
provient de la portion musculaire sternale supérieure (subdi- respecté (Fig. 4 et 5).
visée en 4 faisceaux s1, s2, s3, s4 par Fung et al. [8]) et la lame
postérieure provient de la portion musculaire sternale inférieure
et abdominale (subdivisée en 3 faisceaux s5, s6 et s7 [8]). Nous 4. Discussion
avons retrouvé l’aspect caractéristique en torsion de cette lame
postérieure qui a fait l’objet de nombreuses études, les fibres Deux revues systématiques des cas rapportés jusqu’en 2010
musculaires inférieures correspondant à la partie supérieure de [3,5] retrouvent une grande majorité de lésions complètes
la lame et inversement. Par ailleurs, la séparation entre les deux du tendon distal du grand pectoral. À l’inverse, une analyse
lames tendineuses (antérieure et postérieure) est possible grâce rapide de publications récentes [4,12–14] semble montrer, qu’au
à une dissection prudente mais les deux lames sont en continuité contraire, les lésions partielles sont bien plus répandues que les
au niveau de la partie inférieure du tendon (Fig. 2 et 3). lésions complètes avec, dans la grande majorité des cas, une
Les résultats de mesures sont détaillés dans le Tableau 1. persistance d’une portion claviculaire intacte. Cette constata-
tion contradictoire s’explique probablement par des divergences
dans la compréhension de l’anatomie complexe de ce muscle. On
3.2. Visualisation échographique peut, sur les plans fonctionnel et anatomique, diviser facilement
le muscle grand pectoral en deux parties, la partie claviculaire
Il n’existe pas de cloisons conjonctives ou de véritables et la partie sternale (elle-même constituée de deux parties, ster-
structures aponévrotiques au niveau de la moitié proximale du nale supérieure et sterno-abdominale). Dans le même temps, le
muscle. Par contre, au niveau de la moitié distale, il est possible tendon distal du grand pectoral est lui aussi divisé par les ana-
de mettre en évidence un squelette conjonctif : on visualise les tomistes en deux lames, antérieure et postérieure. Cependant,
éléments participant à la formation des deux lames aponévro- les contingents musculaires aboutissant à chacune de ces deux
tiques (antérieure et postérieure) ainsi que les fascias profond lames ne correspondent pas à la division précédemment décrite
(en profondeur des faisceaux sterno-abdominaux inférieurs) et entre les parties musculaires claviculaires et sternales. La lame
superficiel (en superficie du faisceau claviculaire). Ces 4 élé- tendineuse antérieure provient principalement des faisceaux
ments participent à la formation du tendon en fusionnant. Il sternaux supérieurs et la lame postérieure des faisceaux ster-
faut noter qu’en raison de l’anatomie particulière de ce ten- naux inférieurs et abdominaux. Une question se pose : « quelle
don, il semble exister non pas une mais au moins trois zones de est la part exacte du faisceau musculaire claviculaire dans la
jonction myotendineuse. De proximal à distal, la jonction des constitution de lame tendineuse antérieure ? ». Nous pensons,
faisceaux sterno-abdominaux, en profondeur de la lame apo- après nos travaux, qu’elle est négligeable. Fung et al. [8], dans
névrotique postérieure, est située au niveau de la fusion de la leur article, vont dans le même sens même s’ils ne concluent pas
lame postérieure et du fascia profond, puis les faisceaux sternaux véritablement sur le sujet. Barberini [15] va plus loin encore car
supérieurs rejoignent la partie superficielle de la lame antérieure il considère la portion claviculaire du grand pectoral comme un
et du tendon et, enfin, le faisceau claviculaire vient s’insérer en muscle propre du membre supérieur avec une origine embryo-
superficie du tendon distal. logique, une vascularisation, une innervation et une fonction
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Fig. 2 et 3. Images de dissections en vue frontale. 1. Portion claviculaire. 2. Portion sternale supérieure. 3. Portion sternale inférieure et abdominale. 4. Tendon distal.
5. Tendon : lame antérieure. 6. Tendon : lame postérieure.

différentes de celles de la portion sternale du muscle. De nom- claviculaire étant la portion musculaire s’insérant le plus dis-
breux auteurs [1,3,16] semblent pourtant considérer, à tort, que la talement. Seule la partie terminale du tendon est donc apparente
lame antérieure du tendon provient majoritairement du faisceau avant de s’insérer sur la berge latérale de la gouttière bicipitale.
claviculaire, allant jusqu’à la nommer « lame claviculaire ». Le terme de jonction myotendineuse correspond au site précis
L’examen précis du tendon montre qu’il est constitué de deux ou le tendon nu commence à être recouvert par les fibres mus-
lames tendineuses distinctes de 5 à 6 cm de long environ, qui culaires claviculaires [9]. Elle est donc très proche de l’insertion
fusionnent (3 à 4 cm en proximal de l’insertion distale) [8]. Il distale (distance mesurée selon les auteurs entre 0,5 et 1,9 cm en
est recouvert en superficie de fibres musculaires, le faisceau antérieur du tendon [8] et 2,5 cm en postérieur [17]). Pour nous,
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Fig. 4. Image échographique du grand pectoral, plan horizontal. 1. Tendon distal. 2. Tendon : lame antérieure. 3. Tendon : lame postérieure. 4. Fascia profond.
5. Portion claviculaire. 6. Portion sternale supérieure. 7. Portion sternale inférieure et abdominale. 8. Humérus. 9. Deltoïde.

Fig. 5. Images échographiques successives A–B–C–D provenant de l’illustration 4, plan sagittal. 1. Tendon distal. 2. Tendon : lame antérieure. 3. Tendon : lame
postérieure. 4. Fascia profond. 5. Portion claviculaire. 6. Portion sternale supérieure. 7. Portion sternale inférieure et abdominale.

il n’y a pas une mais trois jonctions myotendineuses : la jonction distales du grand pectoral les plus fréquentes sont les avulsions
myotendineuse de la portion claviculaire (L1) est située à 12 mm tendineuses (60 %) et les ruptures de la jonction myotendineuse
de l’insertion distale du tendon (partie antérieure du tendon), la (30 %) [3,5]. Il faut donc considérer les ruptures myotendineuses
jonction myotendineuse de la portion sternale supérieure (L2) est comme des lésions du corps du tendon situées en médial du
à 28 mm (partie antérieure du tendon) et la jonction myotendi- bord latéral de l’insertion du faisceau claviculaire. En pratique
neuse de la portion sternale inférieure et abdominale est à 38 mm pour le chirurgien, ces ruptures « myotendineuses » se trouve-
(partie postérieure du tendon). Cependant, leurs caractérisations ront sous un faisceau musculaire claviculaire complètement ou
précises sont difficiles car elles sont obliques et les mesures partiellement intact et pourront être considérées, à tort, comme
varient selon l’endroit où elles sont faites. En ce qui concerne les des lésions partielles tendineuses. Des articles récents [1,3,16]
atteintes, il ne faut pas confondre les lésions musculaires de dés- évoquent ainsi le diagnostic de ruptures partielles tendineuses
insertion myotendineuse et les ruptures tendineuses au niveau avec atteinte isolée de la lame postérieure en cas de faisceau cla-
de la jonction myotendineuse. Selon la littérature, les atteintes viculaire intact. Cette interprétation est inexacte car les auteurs
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semblent considérer, comme dans le cas précédent, une lame 4.1.3. Rupture complète « intratendineuse » ou
tendineuse antérieure provenant de la portion musculaire cla- « myotendineuse »
viculaire. C’est aussi cette erreur qui explique nos conclusions Il peut être difficile, même pour le chirurgien en peropéra-
différentes de celle du seul article publié sur la visualisation toire, de différencier avec certitude cette lésion de l’avulsion
échographique du squelette conjonctif [5]. distale avec expansion aponévrotique intacte : la portion clavi-
Par ailleurs, Stecco et al. [18] font part d’une continuité ana- culaire reste-t-elle insérée sur le moignon tendineux profond ou
tomique entre le fascia pectoral superficiel et le fascia brachial. par l’intermédiaire du fascia superficiel ? (Fig. 7A)
Cette continuité est renforcée par l’intermédiaire d’une expan-
sion aponévrotique. Cela pourrait permettre de comprendre,
par la mise en tension de l’expansion aponévrotique et la non- 4.1.4. Rupture complète « intratendineuse » ou
rétraction du faisceau claviculaire, la palpation clinique d’une « myotendineuse » associée à une lésion musculaire de la
« corde » axillaire retrouvée dans certains cas de ruptures dis- portion sternale supérieure
tales du grand pectoral. En ce sens, cette particularité peut être En pratique, en raison de la localisation « dans le muscle »
comparée avec la persistance du fascia transversalis dans les de la lésion tendineuse, celle-ci s’accompagne souvent d’une
ruptures distales du biceps brachial. désinsertion musculaire associée des faisceaux sternaux supé-
En résumé, la part du faisceau musculaire claviculaire dans rieurs (Fig. 7B). Cela a des conséquences thérapeutiques car il
la constitution de lame tendineuse antérieure est négligeable. Le sera parfois nécessaire d’associer, à la réinsertion tendineuse, un
faisceau claviculaire est purement musculaire, a une insertion geste de réinsertion musculaire sur le tendon par laçage.
sur la partie tendineuse superficielle distale et n’a pas d’insertion
osseuse distale. Le véritable tendon en U du grand pectoral pro- 4.2. Ruptures tendineuses partielles
vient donc dans sa partie antérieure des faisceaux musculaires
sternaux supérieurs et dans sa partie postérieure des faisceaux 4.2.1. Rupture subtotale du tendon
musculaires sternaux inférieurs et abdominaux. La persistance Elles correspondent à des lésions subtotales avec persistance
d’un faisceau claviculaire intact ne doit surtout pas faire conclure d’une minime partie du tendon. Il peut s’agir de la partie supé-
à une lésion tendineuse partielle et empêcher une réparation chi- rieure, probablement de la lame tendineuse antérieure. L’état
rurgicale si elle est indiquée. Le faisceau claviculaire persistant de la lame claviculaire importe peu. Le traitement est celui des
peut rester inséré sur le moignon distal du tendon rompu ou être ruptures complètes.
relié au fascia brachial.
Classification lésionnelle : nous proposons une classifi-
cation lésionnelle alternative. Nous différencions les lésions 4.2.2. Rupture isolée de la lame tendineuse postérieure
tendineuses complètes, les lésions partielles et les lésions mus- Wolfe [20] a montré qu’une atteinte partielle isolée de la lame
culaires pures. Les lésions présentées ci-dessous ont, semble-t-il, antérieure est improbable sur le plan biomécanique. Il s’agit
toutes été décrites dans la littérature, mais l’interprétation de forcément d’une atteinte isolée de la lame postérieure (Fig. 8).
l’extension lésionnelle diffère selon les auteurs. Ces atteintes sont difficiles à mettre en évidence en clinique,
en imagerie et même en peropératoire. Cependant, la réalité
4.1. Ruptures complètes du tendon distal du grand pectoral de ces lésions étant hypothétique, le traitement est incertain et
possiblement non chirurgical. Nous considérons qu’il y a proba-
En cas d’avulsion tendineuse distale complète, le faisceau blement dans la littérature une confusion fréquente entre ce type
claviculaire accompagne le tendon avulsé. de lésion tendineuse partielle et la lésion tendineuse complète
Dans certains cas, le faisceau claviculaire peut cependant res- avec persistance du faisceau claviculaire précédemment décrite.
ter en place car relié par l’expansion aponévrotique au fascia
brachial. En cas de lésion plus proximale au niveau du corps du 4.3. Lésions musculaires pures
tendon ou jonction myotendineuse, le faisceau claviculaire peut
être partiellement ou complètement intact et rester inséré sur le Le traitement de ces lésions musculaires est médical dans la
moignon tendineux. Ces lésions doivent toutes être considérées très grande majorité des cas.
comme des ruptures anatomiques complètes du tendon distal et
leur traitement optimal est chirurgical.
4.3.1. Désinsertion myotendineuse du faisceau claviculaire
4.1.1. Avulsion distale complète du tendon La désinsertion myotendineuse du faisceau claviculaire est
L’avulsion distale complète du tendon est présentée sur la présentée sur la Fig. 9A.
Fig. 6A.
4.3.2. Désinsertion myotendineuse des faisceaux sternaux
4.1.2. Avulsion distale complète du tendon avec expansion supérieurs
aponévrotique intacte Même si cette lésion est peu compatible avec la théorie de la
L’avulsion distale complète du tendon avec expansion apo- biomécanique lésionnelle de Wolfe, nous en avons rencontré un
névrotique intacte est présentée sur la Fig. 6B. cas dans notre pratique (Fig. 9B).
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Fig. 6. A–B. 1. Portion claviculaire. 2. Portion sternale supérieure. 3. Portion sternale inférieure et abdominale. 4. Tendon : lame antérieure. 5. Tendon : lame
postérieure. 6. Fascia superficiel. 6 . Fascia superficiel, expansion aponévrotique.

Fig. 7. A–B. 1. Portion claviculaire. 2. Portion sternale supérieure. 3. Portion sternale inférieure et abdominale. 4. Tendon : lame antérieure. 5. Tendon : lame
postérieure.

Fig. 8. 1. Portion claviculaire. 2. Portion sternale supérieure. 3. Portion sternale inférieure et abdominale. 4. Tendon : lame antérieure. 5. Tendon : lame postérieure.
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Fig. 9. A–B–C. 1. Portion claviculaire. 2. Portion sternale supérieure. 3. Portion sternale inférieure et abdominale. 4. Tendon : lame antérieure. 5. Tendon : lame
postérieure.

4.3.3. Désinsertion myotendineuse des faisceaux sternaux les rapports entre les deux lames tendineuses avec un aspect
inférieurs et abdominaux d’enroulement et de torsion de la lame postérieure autour de
Cette lésion n’a, à notre connaissance, pas été décrite de la lame antérieure. Cependant, des descriptions anatomiques
façon précise dans la littérature (Fig. 9C). Pourtant, dans notre récentes mettent en évidence une autre particularité intéressante.
expérience, il s’agit de la lésion la plus fréquente du grand pec- Elles proposent de dissocier complètement la portion clavicu-
toral. Elle peut atteindre une partie ou la totalité de la portion laire du reste du muscle grand pectoral. Cela permet de mieux
musculaire sterno-abdominale et nous semble correspondre par- comprendre la localisation et l’extension des lésions du ten-
faitement aux atteintes musculaires le plus souvent bénignes et don distal du grand pectoral. Nous émettons donc l’hypothèse
rapidement résolutives très couramment décrites par les adeptes que la très grande majorité des lésions graves distales du grand
de la musculation. pectoral sont des ruptures totales du tendon, avec ou sans persis-
tance du faisceau claviculaire en fonction du degré de distalité
4.4. Autres lésions de l’atteinte. L’état de la portion musculaire claviculaire n’a pas
ou peu d’importance dans la classification de la lésion et ne
D’autres atteintes comme une rupture tendineuse isolée de la conditionne pas la prise en charge ultérieure. Le clinicien et le
lame antérieure, une lésion musculaire étendue de l’ensemble radiologue doivent donc se concentrer sur l’évaluation du tendon
du muscle, ou des lésions partielles proximales d’une partie sans prendre en compte la portion claviculaire distale du muscle.
d’une lame aponévrotique sont théoriquement possibles mais Cela simplifie l’évaluation et la prise en charge des lésions dis-
ne semblent pas avoir été rapportées dans la littérature. tales du grand pectoral. Les observations décrites dans cet article
peuvent aussi être utiles aux chirurgiens réalisant des transferts
5. Conclusion tendineux, en particulier dans les ruptures irréparables du sous-
scapulaire [19,20], utilisant une partie ou la totalité du tendon du
L’anatomie du tendon distal du muscle grand pectoral est grand pectoral, pour la sélection et la préparation de la portion à
complexe. Les anatomistes se sont longtemps concentrés sur transférer.
216 R. Guiu et al. / Journal de Traumatologie du Sport 34 (2017) 208–216

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