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INTRODUCTION

La crise financière actuelle est une illustration de la situation de fragilité qu’a développé
l’économie mondiale, une fragilité masquée par ses succès : la libéralisation globale des
marchés financiers, l’intégration des économies, l’action victorieuse des banquiers
centraux dans leur lutte contre l’inflation, et leur politique de taux d’intérêt bas.
Ainsi nous présenterons dans une première partie les agences de notation, dans une seconde
partie nous développerons, le rôle de celles-ci dans la crise des subprimes et pour finir nous
verrons dans une troisième partie la responsabilité des agences de notation dans la crise qui
frappe actuellement les Etats.

I LES AGENCES DE NOTATION

1.1 Les principales agences de notation


On distingue trois principales agences de notation connues de par le monde à
savoir : Moody's, Standard & Poor's et Fitch Ratings. Cependant ces dernières ne sont pas les
seules sur le terrain, en effet on compte également des agences de moindre envergure et plus
spécialisée tel la Coface etc….

1.2 Le métier des agences de notation


L’agence de notation est employée par l'acteur de marché qui souhaite être noté. Ainsi elle
donne son appréciation du risque de solvabilité financière du noté qui peut être soit, une
entreprise, un Etat ou une collectivité publique. L’agence de notation peut également noter
des opérations tel des emprunts, des opérations de financement structurés ou encore des
titrisations que nous verrons plus en détail. Cette appréciation de la solvabilité financière se
traduit par l’attribution d’une note correspondant aux perspectives de remboursement par
le noté de ses engagements envers ses créanciers notamment les fournisseurs, banques etc...
Ces notes vont de AAA correspondant à la qualité de crédit la plus élevée, à D, correspondant
au défaut de paiement constaté ou imminent.
L’attribution d’une note repose sur la prise en compte d’un certain nombre de données
relatives au noté mais également extérieur à savoir : l’analyse des comptes, l’examen des
risques et des perspectives économiques, la politique monétaire et budgétaire, la situation
économique.

1.3 Le but recherché de la notation…


La notation financière constitue ainsi pour les investisseurs, un critère clé dans l’estimation
du risque qu’un investissement comporte, particulièrement dans le cadre de marchés
financiers de plus en plus globaux qui rendent difficile la maîtrise de l’information et donc de
tous les paramètres de risque.

1.4 … Par conséquent un devoir d’objectivité et de transparence est nécessaire


Une obligation d’objectivité de transparence et d’indépendance s’impose de la part de
l’agence de notation vis-à-vis du noté afin de préserver la confiance du marché mais
également sa réputation. Autrement dit, une agence ne doit pas sur-noter un de ses clients car
elle risquerait de perdre sa crédibilité et induirait en erreur le potentiel investisseur.

II LE ROLE DES AGENCES DE NOTATION DANS LA CRISE DES SUBPRIME

2.1 Rappel sur les principales causes de la crise des subprime


2.1.1 Un excès de liquidité mondial entraînant une expansion du crédit hypothécaire
La masse monétaire mondiale a progressé de près de 30 % entre 2000-2007. Cette
augmentation est due notamment à la progression très rapide des réserves de change des
banques centrales des pays émergents, la Chine, des pays exportateurs de matières premières.
Cette forte liquidité mondiale a provoqué non seulement une baisse de l’inflation sur les
biens et services entraînant une baisse des taux d’intérêt mais également une hausse des
prix des actifs notamment de l’immobilier favorisant ainsi l’expansion des crédits
hypothécaires, puisque les emprunts étaient gagés sur la valeur des actifs immobiliers.
2.1.2 Une désintermédiation grandissante et des relâchements notables
Les frontières entre les deux systèmes de financement, banques de dépôt d’un coté et marchés
financiers de l’autre, étaient nettes jusqu’aux années 1980. Mais ces frontières sont devenues
floues. Ainsi dans la chaîne entre un dépôt et un crédit il y a plus de 150 intermédiaires qui se
mettent en place n’assurant pas le risque de crédit (absence de garantie dans le système
désintermédié). A partir de 2000, pour satisfaire leurs clients et pour faire face à leur exigence
de rentabilité, renforcée par la concurrence des nouveaux intermédiaires financiers, les
banques ont augmenté leur volume d’activité en relâchant les conditions d’attribution
des prêts et elles ont innové. Ainsi entre 2001 et 2006 on a pu observer une multiplication
par 7 du nombre de crédits subprime. Or un des piliers sur lequel repose la supervision du
système bancaire prévoit que l’augmentation du volume de crédits s’accompagne d’une
augmentation des besoins en fonds propres des banques qui n’a pas été le cas, les
institutions financières se sont adaptées à cette contrainte en innovant i.e. en élaborant de
nouveaux véhicules de titrisation (non respect de Bâle II).Ainsi les subprimes furent titrisés, et
vendus aux investisseurs en tranche sénior (la plus protégée) i.e. noté AAA.
2.1.3 L’irrationalité du marché et des agents financiers
L’un des principes de la finance moderne « l’efficience du marché » a été remis en cause dans
la crise financière. En effet à travers le développement de la titrisation et des modèles
mathématiques très sophistiqués, les risques des banques sont par la suite transférés vers les
investisseurs, qui doivent désormais gérer seuls le risque de défaut en cas d’un retournement
du marché. L’innovation financière a été par conséquent propice à la sous-estimation
collective des risques. Parallèlement, les acteurs de marché, poussés par la politique de
rémunération généreuse, ont pris des risques démesurés.
2.1.4 Dysfonctionnement du système de contrôle au niveau international
L’absence de contrôle des régulateurs : En effet les régulateurs de marché l’AMF et la SEC
n’ont pas pu révéler l’insuffisance des fonds propres et la gestion inadéquate du risque de
l’industrie bancaire avant l’arrivée de la crise des subprimes résultant de la complexité de la
titrisation et du marché des produits dérivés.
Les agences de notation chargées de la notation des institutions financières et bancaires.

2.2 La responsabilité agences de notation dans cette crise

2.2.1 Objectivité et indépendance remise en cause


Comme on l’a vu précédemment il est primordial que l’agence de notation soit transparente
et indépendante des organismes notés. Or il se trouve que ce principe n’ait pas toujours été
respecté.
Présentes à toutes les étapes du processus de titrisation, elles ont noté les crédits titrisés, les
obligations et les titres émis en contrepartie etc. Ainsi les agences auraient accordé trop
généreusement des notes AAA sur les éléments titrisés ce qui aurait poussé les marchés à
miser sur ces produits considérés comme sûrs, et engendré d'importantes pertes lorsque la
véritable valeur de ces produits s'est révélée au grand jour.
Pourquoi des notes si généreuses ?
D’une part, il y a conflit d’intérêt, les agences sont payées par ceux qu’elles notent, le nombre
de clients étant assez limité, les agences se sont sans doute retrouvées en situation de
dépendance par rapport à leurs clients. De plus, pour ces produits, l’agence n’intervient pas
seulement comme évaluateur d’une entreprise mais aussi comme conseillère d’une
opération en cours de montage. Elle fait partie du processus qui constitue le produit. Elle
mélange activité de conseil et notation, autrement dit les agences ont contribué à la
création et à la diffusion de produits toxiques. En effet, des produits structurés complexes
utilisant les concepts de titrisation et de dérivés de crédit ont joué un rôle central dans
l'accélération des effets de la crise, et les agences sont critiquées pour avoir joué un rôle trop
actif dans le développement de ces produits, à un point tel que les banques utilisaient des
modèles développés par les agences pour faire leurs montages.
D’autre part, les agences ne sont pas très compétentes dans l’évaluation du risque de
crédit et du risque de liquidité, qui aurait dû être au cœur de leur analyse.
Traditionnellement, elles évaluent le risque des entreprises ou des Etats et ce sont les banques
qui évaluent les risques de crédit, de liquidité et d’une manière générale l’environnement
économique.
2.2.2 Manque de temps et de personnel
Au fil du temps, les produits financiers que les agences ont dû noter se sont révélés de plus
en plus complexes, et de plus en plus nombreux. Les analystes se sont donc trouvés
confrontés à un énorme volume de travail, impossible à surmonter sans effectuer certains
raccourcis, sans brûler des étapes, au risque de biaiser quelque peu l'évaluation finale.
Plusieurs mails témoignent de cette situation. « Nous n'avons pas les ressources nécessaires
pour supporter ce que nous faisons », se plaignait un manager en février 2007.
2.2.3 Manque de réactivité au temps opportun
Quand le marché de l’immobilier s’est retourné, les agences n’ont pas dégradé
correctement et en temps utile les titres de créances hypothécaires. Elles ont réagi trop
tard et par des dégradations brutales, ce qui a aggravé la crise. En effet, les agences de
notation ont précipité le déclin des produits structurés, produits dont il devenait urgent de se
débarrasser à en croire les agences de notation. Ces produits ont connu une « descente aux
enfers » en très peu de temps, passant en avril-juillet 2008 à des notes AAA à des « junk
bonds » en décembre 2008
De plus elles ont participé à l'assèchement du marché du crédit des entreprises. Elles n'ont
pas suffisamment anticipé l'augmentation du risque de défaut d'entreprises et ont brutalement
abaissé leur note en 2008 provoquant un durcissement des conditions de financement des
entreprises. Les difficultés du crédit se sont transformées en crise de liquidité pour les
entreprises ayant accepté de lier leur mode de financement exclusivement à l'évaluation des
agences de notations.

III LA RESPONSABILITE DES AGENCES DE NOTATION DANS LA CRISE


FRAPPANT LES ETATS

Après avoir été accusé de n’avoir pas vu venir la crise des subprimes, les agences de notation
sont aujourd’hui accusées de précipiter dans la faillite de la Grèce, et demain du Portugal et de
l’Espagne entraînant un regain de tension sur les marchés financiers.
En effet, ces dernier temps c’est la notation des Etats qui est remise en question, le
changement de note est tellement important pour un Etat que l’on se demande si les critères
utilisés par les agences sont vraiment objectifs.
3.1 Le point de départ : la crise grecque
La crise grecque de 2010 a commencé fin 2009 mais n’est devenu réellement visible qu'en
2010. Elle résulte à la fois de la crise économique mondiale, d’un fort endettement et d’un
déficit budgétaire qui dépasse les 13 % du PIB. Cette crise a été aggravée par le manque de
transparence dont a fait preuve le pays dans la présentation de sa dette et de son déficit.
Une fois de plus, l’agence de notation Fitch a annoncé mardi 27 avril 2010 avoir abaissé d’un
cran la note des quatre principales banques grecques, de « BBB+ » à « BBB », avec une
perspective négative, craignant les conséquences du plan de rigueur grec sur la qualité de
leurs actifs et leurs résultats. Conséquence de cette annonce les bourses de l’Europe
s’inscrivent à la baisse.

3.2 La dégradation de la notation d’autres Etats se poursuit


L'agence d'évaluation financière Standard and Poor's a dégradé le mercredi 28 avril 2010 la
note souveraine de l'Espagne, plaçant un troisième pays de la zone euro au coeur de la
tourmente qui agite sur les marchés, au lendemain de décisions similaires sur la Grèce et le
Portugal.
L'agence a abaissé d'un cran la note de la dette à long terme de l'Espagne, de « AA+ » à
« AA », tout en maintenant la perspective négative de l'économie, estimant que la faible
croissance du pays à moyen terme va peser sur des finances publiques déjà mal en point et sur
la réduction du déficit.
Les décisions de dégrader la Grèce et le Portugal étaient en revanche directement liées au
mauvais état des finances de ces deux pays. La dégradation de la dette espagnole par S&P est
un nouveau signal d'alarme montrant que les effets de la crise grecque sont en train de
seIrépandre.

3.3 Les conséquences en cas de dégradation de la note d’un état


D’une part, les investisseurs peuvent délaisser la dette en question au profit d’autres titres,
ce qui va compliquer le placement des titres auprès des investisseurs.
En ce qui concerne le pays, avec une prime de risque plus élevée, les taux d’intérêt de la
dette augmentent automatiquement, c’est encore plus difficile pour le pays d’honorer sa
dette, ce qui fait encore accroître le risque de défaut de paiement, ce qui augmente de nouveau
les taux d’intérêt on se situe alors dans un véritable « cercle vicieux ».
Pour finir un regain de tension sur les marchés financiers.

CONCLUSION

Les agences de notation ont une part de responsabilité (mais ne sont pas les seules) dans la
crise financière, car non seulement elles n’ont pas vu venir la crise des subprimes, mais de
plus, une fois la crise ouverte, elles ont pu avoir tendance à sur réagir, en abaissant très vite
des notes qu’elles auraient dû ajuster bien auparavant et augmentant ainsi la volatilité
financière déjà élevée. La dégradation des notes a eu un impact très important, sur les
conditions de financements des entreprises, aujourd’hui des Etats, qui se sont rapidement
durcies. Les notations des agences ont participé à un phénomène d'accélération de la crise, en
plus d’ajouter de la crise à la crise en dégradant les notes des Etats. En dépit de tout cela les
agences de notation doivent continuer à exister car la notation attribuée à un Etat une
entreprise etc… constitue ainsi pour les investisseurs, un critère clé dans l’estimation du
risque qu’un investissement comporte. Cependant des reformes devraient être effectuées
par les agences de notation en plus d’être supervisées par des régulateurs afin qu’elles soient
plus fiables et moins nocives.

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