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Cours d’économie bancaire

Joseph ATTILA
Maître de Conférences
UFR EGASS, Université d’Artois
Année universitaire 2012-2013

1
Objectif : Ce cours présente les bases de l’analyse éco-
nomique de l’activité bancaire. Il est com-
posé de trois parties. La première partie
porte sur la théorie de l’intermédiation fi-
nancière. Elle permet dans un premier temps
de comprendre pourquoi il existe des in-
termédiaires financiers, en particulier les
banques. Cette partie est ensuite consacrée à
la banque et l’économie de l’information : re-
lation banque-déposants, et relation banque-
emprunteurs. La deuxième partie s’intéresse
à la gestion et l’analyse financières de la
banque. Deux principaux axes font l’objet
de cette partie : le bilan et le compte de ré-
sultat. Enfin, la troisième partie situe l’ana-
lyse dans une perspective institutionnelle. Il
s’agit de comprendre l’évolution du système
bancaire aussi américain que français (euro-
péen).
.
Evaluation : Examen terminal : écrit de 2 heures
Public visé : Licence 3 SEG- Parcours SEF
Volume horaire : Cours magistral de 15 heures

2
Table des matières

1 La banque : nature et spécificités 8


1 Qu’est ce qu’une banque ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
1.1 Notion de banque . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
1.2 Typologie de banques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
2 Les opérations traditionnelles bancaires et les moyens de paie-
ment . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
2.1 La collecte des dépôts . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
2.2 L’octroi de crédits . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
2.3 Les moyens de paiement . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
3 Banques et système financier : les nouvelles activités bancaires 15
3.1 Evolution du système financier . . . . . . . . . . . . . . 15
3.2 Mutations du système bancaire et institutions finan-
cières non bancaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
3.3 Banques et marchés financiers . . . . . . . . . . . . . . 16

2 Le fonctionnement d’une banque : le bilan et sa gestion 19


1 Le bilan bancaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
1.1 Le passif d’un bilan bancaire . . . . . . . . . . . . . . . 20
1.2 L’actif d’un bilan bancaire . . . . . . . . . . . . . . . . 22
2 Mécanismes de fonctionnement du bilan . . . . . . . . . . . . 24
2.1 Dépôt d’espèces et remise d’un chèque . . . . . . . . . 24
2.2 La compensation interbancaire . . . . . . . . . . . . . . 25
2.3 Réserves obligatoires et excédentaires . . . . . . . . . . 26
2.4 Transformation d’actifs et profit . . . . . . . . . . . . . 26
3 Gestion du bilan . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
3.1 Gestion de liquidité et rôle des réserves . . . . . . . . . 27
3.2 Gestion d’actif . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
3.3 Gestion du passif . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31

3
3.4 Adéquation du capital . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32
3.5 Stratégies de gestion des fonds propres bancaires . . . . 35

3 Gestion des risques bancaires 37


1 Généralités sur les risques bancaires et financiers . . . . . . . . 37
1.1 Typologie des risques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
1.2 Modes de gestion des risques . . . . . . . . . . . . . . . 39
2 Le risque de crédit . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
2.1 Eléments de d’appréciation . . . . . . . . . . . . . . . . 41
2.2 Principes de gestion du risque de crédit . . . . . . . . . 42
3 Le risque de taux d’intérêt . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
3.1 Eléments de d’appréciation . . . . . . . . . . . . . . . . 47
3.2 Instruments de gestion du risque de taux d’intérêt . . . 48
4 Gestion des activités hors-bilan . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
4.1 Notion d’activités hors-bilan . . . . . . . . . . . . . . . 50
4.2 Risques liés aux activités hors-bilan . . . . . . . . . . . 51
4.3 Gestion des activités hors-bilan . . . . . . . . . . . . . 51

4 Analyse économique de la régulation bancaire 53


1 Les fondements la régulation bancaire . . . . . . . . . . . . . . 54
1.1 La thèse de «free banking» . . . . . . . . . . . . . . . . 54
1.2 Arguments favorables à la réglementation bancaire . . 54
1.3 les asymétries d’informations et réglementation bancaires 55
2 Principes fondamentaux de régulation bancaire . . . . . . . . . 56
2.1 Le filet de sécurité public . . . . . . . . . . . . . . . . . 56
2.2 Limitation des risques et les exigences en fonds propres 57
2.3 Evaluation du contrôle interne des risques . . . . . . . 58
2.4 La réglementaire bancaire internationale . . . . . . . . 58
3 La réglementation bancaire dans l’Union Européen . . . . . . 63
3.1 Les directives de coordination au sein de l’UE . . . . . 63
3.2 La réglementation bancaire en France . . . . . . . . . . 64
4 Limites et conséquences de la réglementation bancaire . . . . . 66
4.1 Les limites de la régulation bancaire . . . . . . . . . . . 66
4.2 Les conséquences de la réglementation bancaire . . . . 67
4.3 Performance des assurances dépôts . . . . . . . . . . . 67

4
Introduction générale
Dans toutes les économies du monde, la banque occupe une place impor-
tante dans le quotidien de tous les agents économiques, à savoir les ménages,
les entreprises, les Etats. D’après une enquête CREDOC 1 effectuée en 2010,
99 % des Français de plus de 18 ans sont bancarisés, soit l’un des taux les plus
élevés d’Europe. A fin décembre 2010, un ménage français sur deux possé-
dait un crédit, pour un encours annuel global se chiffrant à 1 050,5 milliards
d’euros (soit une hausse de 6,2 % par rapport à l’année précédente (Banque
de France, 2011)). Le soutien des banques au secteur privé est également
considérable, notamment en termes de gestion de leur trésorerie et de leur
fond de roulement.
Ainsi, les banques apparaissent traditionnellement comme un intermédiaire
financier , c’est-à-dire comme vecteurs du financement de l’économie et comme
réceptacles de l’épargne des ménages. Elles ont été longtemps ainsi analysées
dans une perspective macroéconomique. Suite aux mouvements de dérégle-
mentation du secteur bancaire depuis le milieu des années quatre-vingt, les
banques sont analysées dans une perspective microscopique, où elles sont
considérées comme des entreprises «standard», qui cherche, comme n’importe
quelle autre entreprise, à maximiser ses profits.
Plusieurs questions méritent aujourd’hui d’être posées à propos des banques
et de leurs activités. Dans le cadre de ce cours, nous formulons trois questions
d’ordre général.
1. Tout d’abord, que recouvre la notion de banque ?
Pour trouver une piste de réponse à la première interrogation, il faut
faire un retour dans le temps, notamment à la période médiévale. De-
puis son comptoir appelé banco en italien, la fonction du banquier était
de négocier le change des monnaies né des transactions commerciales.
De simple changeur, le banquier est devenu prêteur, puis financier.
De nos jours, non seulement le principe de fonctionnement et les ac-
tivités proposées par les banques ont évolué mais également d’autres
institutions à vocations similaires ont vu le jour sur le marché. Il n’est
dès lors plus évident de trouver une réponse univoque sur la notion
de banque. Précisons cependant que, pour des raisons pédagogiques,
ce cours empruntera des positions parfois rigides, dont il faut en être
conscient.

2. Ensuite, comment opère une banque pour dégager des pro-


fits ?
1. Centre de Recherche pour l’Etude et l’Observation des conditions de vie

5
Il importe, pour trouver des réponses adéquates à cette question, d’at-
tirer l’attention sur les spécificités du métier de banquier et les risques
auxquels elles sont confrontées. On doit noter ici la grande complexité
dans les relations entre la banque et ses clients. Si les banques col-
lectent des fonds à un moindre coût, ils doivent les «revendre» c’est-
à-dire les prêter à des agents économiques qui sont dans le besoin à
des prix leur permettant de dégager des marges bénéficiaires. Diverses
interrogations émergent alors : Quels clients ? Et à quels prix ? «Quels
clients ?» car il faut que ceux qui empruntent auprès des banques rem-
boursent et rien ne garantit ce remboursement. En fait, les banques
sont confrontées à un problème «d’asymétrie d’information», c’est-à-
dire un manque d’information sur ceux-qui sont candidats ou deman-
deurs de crédits. «A quels prix» parce que le prix du crédit dépend
de l’offre de crédit (et donc des caractéristiques du marché bancaire :
(concurrence rude entre banques) et de la demande de crédit. Une
dernière interrogation «Et si ceux qui ont déposé leurs fonds veulent
les retirer, sachant qu’ils en ont le droit à tout moment ?

3. Enfin, pourquoi les activités bancaires doivent-elle être ou


sont-elle réglementées ?
Il ne fait de doute que banques jouent un rôle de premier plan dans
le financement de l’économie : crédits aux ménages, financement des
entreprises, crédit aux Etats, etc. C’est dire donc que les activités
bancaires, qui sont le levier des économies, ont des répercussions plus
ou moins directes sur leur fonctionnement. De plus, les banques déve-
loppent de plus en plus des activités davantage dans un environnement
globalisé, intensifiant de ce fait les relations entre les pays. Les crises
bancaires et financières et d’autres scandales récents relatifs à des opé-
rations douteuses et des prises de risques inconsidérées ont fait couler
et font couler beaucoup d’encre et de salive sur les banques et les pro-
fessionnels de la banque. On comprend dès lors la nécessité de réguler
les activités bancaires et de ce point une justification de l’ingérence
de l’Etat dans les activités bancaires. Cette régulation apparaît néces-
saire non seulement dans le cadre des pays pris individuellement mais
nécessite également des actions coordonnées à l’échelle internationale
(Comité de Bâle). A ce niveau, plusieurs questions se posent : Pourquoi
faut-il réguler les banques ? Avec quels instruments ? Peut-on sauver
les banques en difficulté ? ; mais alors avec quelles conséquences ?

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L’objectif principal de ce cours est d’apporter des débuts de réponses aux
multiples interrogations suscitées plus haut, en s’appuyant sur les outils de
la science économique. Après avoir présenté la nature et les spécificités re-
latives aux banques (chapitre 1), nous mettons l’accent sur leurs principes
de fonctionnement et les outils d’analyse du bilan (chapitre 2) et des risques
bancaires (chapitre 3). Enfin, le cours aborde l’analyse économique de la
réglementation du secteur bancaire, en faisant ressortir le bien-fondé des me-
sures en vigueur et leurs implications sur les activités des banques (chapitre
4).

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Chapitre 1
La banque : nature et spécificités

1 Qu’est ce qu’une banque ?


1.1 Notion de banque
De nos jours, non seulement le principe de fonctionnement et les activités
proposées par les banques ont évolué mais également d’autres institutions à
vocations similaires ont vu le jour sur le marché. Ainsi, les banques font par-
tie, au même titre que les sociétés d’assurance et les organismes de placement
collectif en Bourse, de ce que les économistes appellent les intermédiaires fi-
nanciers. Ces derniers ont pour fonction de collecter l’épargne des agents
économiques ayant une capacité de financement (la plupart des ménages et
certaines entreprises) pour la distribuer aux agents ayant un besoin de fi-
nancement (l’État, la plupart des entreprises et certains ménages). Mais les
épargnants peuvent aussi investir directement sur les marchés financiers en
achetant les titres émis par certains emprunteurs. Selon que ces agents prê-
teurs et emprunteurs se rencontrent ainsi directement sur le marché ou par
le biais d’un intermédiaire financier, on parle de « financement direct » ou
de « financement indirect ou intermédié ».
Il est donc difficile de donner une définition rigoureuse de la banque. Ce-
pendant une définition simple et opérationnelle d’une banque est la suivante
« une banque est une institution dont les opérations courantes consistent à
octroyer des crédits et à recevoir les dépôts du public». Cette définition est
celle sur laquelle les régulateurs s’appuient pour décider si un intermédiaire
financier est une banque. On parle ainsi de la définition légale qui insiste sur
les activités de base des banques, à savoir, les dépôts et les crédits.

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1.2 Typologie de banques
Comme nous l’avons vu plus haut, les banques exercent de nombreuses
activités, qui ont beaucoup évolué ces dernières années. Ainsi, les banques
peuvent être classées dans différentes catégories, suivant l’importance relative
des activités spécifiques, la nature de ces activités, leur origine juridique, et
leur rayonnement géographique.

1.2.1 On distingue suivant leur rôle, trois catégories de banques :


1. banques de dépôt travaillent essentiellement avec leurs clients, par-
ticuliers, professionnels et entreprises, reçoivent des dépôts, accordent
des prêts. On distingue traditionnellement :
— banques de détail destinées aux particuliers, aux professionnels
et aux petites et moyennes entreprises(PME) (petites et moyennes
entreprises)
— et les Banque d’affaires destinées aux moyennes et grandes en-
treprises.
2. Les banques d’investissement travaillent essentiellement sur les
marchés financiers et notamment lancent des opérations financières
(émissions d’emprunts obligataires, souscriptions d’actions, introduc-
tions en bourse, fusions-acquisitions...)
3. Les banques centralesont pour une fonction de réglementation et
de supervision des opérations des différentes banques, notamment en
veillant à leur solvabilité, en supervisant la production de monnaie
par ces banques, et d’en réguler l’usage par le biais des taux d’intérêt
directeurs.
Dans un système bancaire comprenant plusieurs banques, seule l’une
d’entre elles, qualifiée de Banque Centrale, de Banque de premier rang
ou encore d’Institut d’émission, dispose du pouvoir d’émettre des billets.
Les autres banques, appelées banques commerciales ou banques de second
rang ne peuvent, à partir des opérations indiquées ci-dessus, créer que de la
monnaie scripturale.
Toute banque commerciale est amenée, en lui cédant des devises ou des
titres représentatifs de crédits, à se refinancer auprès d’elle afin d’obtenir les
billets qui lui sont nécessaires compte tenu de la demande émanant de sa
clientèle. Cette demande dépend du taux de préférence des agents écono-
miques pour la détention de billets, c’est-à-dire au pourcentage de monnaie
que les agents économiques désirent avoir sous forme de billets.
Chaque banque commerciale dispose d’un compte auprès de la BC. La
BC enregistre à l’actif de son bilan les effets représentatifs de crédits cédés

9
par les banques commerciales. Au passif du bilan de la BC figure le compte
des banques commerciales qui enregistre les avoirs monnaies BC dont dispose
chacune d’elles. Ces avoirs peuvent être convertis à tout moment en billets.

1.2.2 On distingue suivant leur actionnariaté :


— Les banques mutualistes : possédées par leurs sociétaires, qui sont
souvent leurs clients qui partagent entre eux l’esprit coopératif.
— Les banques commerciales sont des sociétés dont le capital est
détenu par des actionnaires et qui sont généralement cotées en Bourse.
Il existe des systèmes mixtes de banques mutualistes ayant une
partie de leur capital sous forme d’actions cotées en bourse. C’est le
cas en France du Crédit agricole, lequel par ailleurs est propriétaire
du LCL (Crédit Lyonnais), une société par actions, et de filiales et
participations diverses en France et à l’étranger.

1.2.3 Suivant la spécialisation sur un segment d’activité


• Banques spécialistes du crédit à la consommation
• Banque spécialisées dans la gestion de fortune
• Banques spécialisées dans le crédit immobilier
• Banques spécialisées dans le crédit-bail aux entreprises
• Banques spécialisées dans le financement d’une activité économique
particulière (agriculture, cafés-restaurants, commerce de l’art, pétrole,
etc.).

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Table 1.1 – Typologie de banques

Collecte des Clientèle Zone d’acti- Utilisation Récurrence Exemple


ressources vité des FP des reve-
nus
Banque Réseau Particuliers Domestique modérée Bonne *Crédit mu-
de détail d’agence PME (cas le plus tuel, *Caisses
Professionnels fréquent) d’épargne
*BNP Paribas
*Société Géné-
rale
Banque Marchés Grandes entre- Internationale Faible (activité Aléatoire *Morgan Stan-
de finan- prises de conseil) ley *Goldman
cement et Etats (parfois) Forte (finance- Sachs
d’inves- ment) * Lazard
tissement *Rothschild
(banques *BNP Paribas,
d’af- *Calyon1
faires)
Gestion Non significatif Investisseurs Internationale faible Très bonne La plupart des
d’actifs et institutionnels groupes ban-
banque particuliers caires français
privée2
Services marchés Particuliers- Domestique Forte moyenne BNP Paribas
financiers PME peronnal Fi-
spécialisés3 Grandes entre- nance (Cetelem)
prises (crédit conso)
Eurofactor du
groupe Cré-
dit agricole
(affacturage)
1
Calyon regroupe la banque de financement et d’investissement du Crédit agricole et et celle du crédit
lyonnais
2
toujours filialisée afin d’être clairement séparée des autres métiers
3
spécialisés dans le crédit à la consommation ou au logement, le crédit-bail ou l’affacturage. Fréquem-
ment adossées à un groupe bancaire

2 Les opérations traditionnelles bancaires et


les moyens de paiement
2.1 La collecte des dépôts
La collecte des avoirs liquide ou quasi liquides des autres agents écono-
miques est une des fonctions essentielles des banques. Provenant soit de la
clientèle ou de la profession, les ressources collectées sont de deux natures 1 :
elles sont à vue ou à terme.

2.1.1 Les ressources à vue


Un dépôt est dit à vue lorsque son titulaire peut, à tout moment et sans
préavis, faire des retraits partiels ou globaux. On distingue les dépôts en
compte courant et les dépôts sur livrets.
1. Les deux classifications peuvent se chevaucher.

11
Tout dépôt sur ces comptes donne lieu à une ouverture de compte, sur
lequel s’enregistrent les opérations de retraits (débit) et de remise de fonds
(crédit).
Il existe une forte concurrence entre les banques et plus généralement
entre les banques et les autres institutions financières non bancaires dans la
collecte des dépôts à vue ; ce qui les conduit à diversifier, suivant des stratégies
propres à chaque banque, les offres proposées aux clients. C’est ainsi que les
banques proposent :
— les comptes courants rémunérés
— les livrets productifs d’intérêts à l’instar des caisses d’épargne

2.1.2 Les ressources à terme


Les comptes à terme constituent l’instrument le plus classique pour col-
lecter l’épargne liquide disponible auprès des ménages sous forme d’excédents
temporaires ou permanents de trésorerie. Les comptes à terme donnent à leur
titulaire plusieurs avantages. La banque verse aux détenteurs de ces comptes
un intérêt créditeur en contrepartie du blocage pour une durée déterminée
de leurs encaisses inactives. De plus, le dépôt est physiquement protégé mais
également monétairement conservé : en effet, les gains d’intérêts sur ces dé-
pôts permet de compenser les pertes dues à l’érosion monétaire 2 .
Plusieurs catégories de ressources à termes sont disponibles de nos jours
sur le marché bancaire. Aussi, les banques mobilisent l’épargne également
par le biais des comptes ou livrets à régime spécial. Il s’agit notamment
d’instruments (compte ou plan épargne) que les détenteurs peuvent alimenter
à des échéances régulières préalablement définis et qui leur donnent droit
ultérieurement à des crédits à long terme à taux bonifiés. Figurent dans
cette catégorie de dépôt, les plans épargne logements, les comptes épargne
logement.
Une autre catégorie de ressources mobilisable à terme concerne les cer-
tificats de dépôt négociables ou CDN (crée en France en 1985, équivalent
du certificate of deposit anglo-saxon). Leur durée peut s’échelonner sur une
période de 7 jours à 7 ans. Pour la banque qui l’émet, le CDN permet de se
financer à des conditions avantageuses par rapport à celles du marché moné-
taire. Le CDN est également attrayant pour le porteur en raison de sa facilité
de conversion en liquidité sur le marché secondaire : en effet, le porteur d’un
CDN peut l’échanger sur le marché secondaire à tout moment, et donc avant
l’échéance, et se procurer ainsi de la liquidité. Cette dernière propriété des
CDN constitue une différence par rapport au dépôt à terme et de ce fait sont
2. L’érosion monétaire

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fortement recherchés comme instruments alternatifs de placement.

2.2 L’octroi de crédits


Les institutions bancaires participent activement au financement indirect des
agents économiques en créant de la monnaie. Le pouvoir de création de mon-
naie donne la possibilité aux banques d’accorder des crédits.

2.2.1 Les critères de classement des opérations de crédit


La source de crédit indique la répartition des crédits par réseaux :
Banque, institutions financières spécialisées, etc.

La durée du crédit conduit à distinguer les crédits à court terme (jus-


qu’à 2 ans), le crédit à moyen terme (de 2 à 7 ans) et le crédit à long terme
(au-delà de 7ans).

Le bénéficiaire et l’objet économique du crédit : Ce critère per-


met d’analyser à qui est destiné l’opération de crédit et le motif du crédit.
On peut donc distinguer les crédits de trésorière finançant l’exploitation des
entreprises, les crédits de trésorerie des particuliers destinés à financer leur
consommation, les crédits à l’habitat pour financer le logement et les crédits
promoteurs.

2.2.2 Les principaux types de crédit


Les crédits de trésorerie aux entreprises : ces crédits sont destinés à
financer l’exploitation des entreprises. Ils peuvent prendre plusieurs formes :
les avances en compte débiteurs destinés à financer des besoins de caractère
passager, escompte d’effets commerciaux (lettre de change billets à ordre),
de divers crédits permettant la couverture de besoins spécifiques ou généraux
de trésorière.
Les crédits à l’exportation : ces crédits visent à faciliter les opérations
commerciales avec l’étranger. Ils peuvent prendre la forme de créances sur
l’étranger permettant aux entreprises exportatrices de financer des délais de
paiements accordés à leurs clients ; de crédits de préfinancement pour financer
les opérations imposant une lourde charge de trésorière à l’exportateur lors
de l’exécution de marchés importants conclus à l’étranger etc.
Les crédits finançant l’investissement des entreprises : ce sont des crédits
dont bénéficient les entreprises pour la réalisation de leurs investissements.

13
Ils sont composés de crédits distribués par les banques mais également par
d’autres institutions financières.
Les crédits de trésorerie destinés au financement de la consom-
mation des particuliers : sont consentis aux particuliers pour le finance-
ment de leurs dépenses diverses et pour l’achat de différents biens.
Les crédits à l’habitat : ces crédits sont accordés par les banques aux
particuliers ayant effectué un effort antérieur de mobilisation de l’épargne à
des taux préférentiels. Ils prennent la forme de prêts pour la construction,
l’extension u la réparation d’un logement.

2.3 Les moyens de paiement


Au-delà des activités de collecte et d’octroi de crédit, les banques concentrent
et gèrent les moyens de paiement. Elles facilitent le transfert des fonds entre
les comptes bancaires et les agents économiques.
On distingue :
— la monnaie fiduciaire (constituée de billets et de pièces)
— et les moyens de paiement scripturaux (carte, chèque, virement, pré-
lèvement, etc.)
Cette fonction de gestions des moyens de paiement par la banque est
primordiale dans le développement des activités et transactions économiques.
Les espèces ont montré leur limite quand il s’agit d’effectuer des paiements
importants, spécialement à distance, en raison des coûts et des risques liés
à leur transport. Aussi, l’utilisation des moyens de paiement scripturaux est
très développée, notamment en France. Selon les chiffres de la Banque de
France, en 2007, 15,46 milliards de transactions de paiement scripturales
ont été effectués par la clientèle de particuliers et professionnels, pour un
montant de 24 948,65 milliards d’euros. Par rapport à 2006, le nombre total
de transactions a ainsi augmenté d’environ 3,5 %. Le montant moyen d’une
transaction de paiement s’élève à 1 613,68 euros en 2007 contre 1 451, 68
euros l’année précédente.
Parmi les moyens de paiement scripturaux, le chèque demeure un moyen de
paiement très utilisé en France : en 2007, plus de 3,6 milliards de chèques
ont été échangés, ce qui représente 23,6 % des volumes de paiements réalisés
en France. Toutefois, l’usage du chèque diminue tendanciellement (en 2000,
le chèque représentait 37 % des paiements). Il semble que cette baisse profite
prioritairement aux cartes de paiement.
En 2007, les paiements par carte interbancaire ont représenté 39,7% des tran-
sactions en France. L’offre de cartes de paiement comprend à la fois des cartes
interbancaires et des cartes privatives.

14
Enfin, on observe une stabilisation du virement (16,9 % des transactions)
et une légère hausse (+ 0,8 %) de l’utilisation du prélèvement (18,8 % des
transactions) sur un an. L’utilisation des systèmes de monnaie électronique
est à ce stade marginale bien qu’ayant doublé en un an : 0,2 % du volume
des paiements.

3 Banques et système financier : les nouvelles


activités bancaires
3.1 Evolution du système financier
Dans un sens large, ces dernières années les activités des banques ne
se limitent pas seulement au dépôts et octroi de crédits. La recherche de
profitabilité combinée aux économies de gamme ont conduit les banques à
combiner les opérations traditionnelles et d’autres activités et services. Ces
nouvelles activités sont qualifiés généralement d’«hors bilan» : opérations sur
les marchés financiers (actions, obligations).
Le décloisonnement et le renforcement de la concurrence ont profondé-
ment modifié le comportement tant des institutions financières que celui des
agents économiques. Deux mouvements importants vont être alors observés :
la mobiliérisation et la désintermédiation.
S’agissant de la mobiliérisation, on observe une très forte progression des
actifs mobiliérisés (actions, obligations, titres du marché monétaire, parts
d’organismes de placement collectif en valeurs mobilières) dans le total de
placement des ménages au détriment des liquidités, et dans le financement
des entreprises au détriment des crédits bancaires.
Le second mouvement, celui de la désintermédiation fait référence au
déclin important de l’intermédiation des institutions financières. Aussi, les
capitaux disponibles sont directement orientés par les marchés vers les agents
ayant des besoins de financement, par le biais des transactions s’effectuant
sous la forme de titres.

3.2 Mutations du système bancaire et institutions fi-


nancières non bancaires
La modification du comportement des banques face à ces mutations ont,
entre autres autre, pour conséquence un effacement de la frontière entre elles
et autres institutions financières non bancaires. En effet, les banques ne sont
pas les seules institutions financières et donc les seuls intermédiaires finan-

15
ciers 3 . On distingue trois grandes catégories d’investisseurs institutionnels :
les organismes de placements collectifs (OPC), les fonds de pension et les
compagnies d’assurances.
Le tableau suivant présente les spécificités de ces institutions.

Table 1.2 – Investisseurs institutionnels

Activités spécifiques Exemple


Organismes de placements collectifs Collecte de fonds auprès d’agents Mutual funds américains Les
non financiers OPCVM (organismes de pla-
Opérations sur actifs financiers cements collectifs de valeurs
(titres du marché monétaire, obli- mobilières
gations, actions) ou immobiliers SICAV (Société d’investissement à
Aucune garantie sur le capital in- capital variable)
vesti et sa performance et FCP (Fonds commun de Place-
ment)
Fonds de pension Collecte des cotisations salariales Plan d’Epargne Retraite Populaire
et/ou patronales (PERP)
Financement des retraites (verse- Plan d’Epargne Retraite d’Entre-
ment de capital ou de rente viagère) prise (PERE)
Poids importants dans les pays à Préfon
système de retraite par capitalisa-
tion (pays anglo-saxons)
Compagnies d’assurance Collecte de l’épargne des ménages
au titre de l’assurance
Protection contre les risques de
pertes financières liées à des évè-
nements particuliers (vol, accidents,
aléas naturels. . . )

3.3 Banques et marchés financiers


Pour tenir compte de l’essor des marchés de capitaux et faire face à la
concurrence, les banques sont amenées à intervenir plus activement sur ces
marchés dans le cadre d’un processus de marchéisation et de titrisation.
La marchéisation exprime deux faits majeurs. D’une part, elle traduit la
présence de plus en plus forte des banques sur le marché monétaire et le mar-
ché financier. D’autre part, pour survivre sur un marché de forte concurrence,
elle exprime, la nécessité pour les banques d’adapter les conditions débitrices
liées aux distributions de crédit en fonctions des taux d’intérêt pratiqués sur
les marchés de capitaux.
La notion de titrisation concerne le développement des titres négociables
dans les emplois et ressources des banques. La titrisation peut concerner éga-
lement les crédits bancaires. Dans ce cas, elle désigne l’opération permettant
aux banques de convertir des blocs de crédits pouvant être négociés sur le
marché financier.
3. Il convient de noter certaines de ces institutions contribuent à l’instabilité du sys-
tème financier. Aux États-Unis par exemple, les prêts subprimes ont été octroyés par des
courtiers qui n’étaient pas des banques et n’étaient donc pas soumis aux mêmes exigences
réglementaires.

16
Banques et marchés financiers jouent désormais des rôles complémen-
taires, et non plus substituables, dans le financement de l’économie. Comme
le suggère la vague impressionnante de fusions-acquisitions de la fin du XXème
siècle, ce n’est pas de la disparition future des banques qu’il y a vraiment
lieu de s’inquiéter, c’est plutôt de l’apparition de « méga-banques » ou de
conglomérats financiers internationaux au pouvoir de marché considérable
et très difficiles à contrôler par les autorités prudentielles. La naissance de
ces conglomérats a sans doute eu pour but d’exploiter davantage les éco-
nomies d’envergures rendues possibles par la déréglementation des activités
bancaires (conglomérats banqueassurance).

Encadré 1.1 : Le marché monétaire


A l’origine le marché monétaire était destiné à permettre aux banques d’obtenir de
la monnaie BC dont elles avaient besoin : les banques déficitaires peuvent se procurer
la monnaie BC dont elles avaient besoin auprès d’autres banques ou organismes dis-
posant de liquidités excédentaires. Contrairement à d’autres pays, en France jusqu’en
1985, ce marché était réservé à un nombre imité d’intervenants (banques, organismes
publics ou semi-publics de caractères financier, les entreprises non financières et les
particuliers étant exclus des négociations sur le marché monétaires.
Pour favoriser le développement d’un système financier décloisonné et concurrentiel
et permettre une régulation monétaire par les taux d’intérêt, les pouvoirs publics pro-
cèdent en 1985 à une importante réforme du marché monétaire. Deux compartiments
sont alors crées au sein du marché monétaire :
— le marché interbancaire : réservé aux seuls professionnels du secteur
bancaire, ce marché assure la rencontre des offres et des demandes de liquidités
bancaires.
— les marchés de titres de créances négociables : ouverts à tous
les agents économiques, prêteurs ou emprunteurs, les marchés de titres de
créances négociables aboutissent à l’instauration d’un vaste marché de capi-
taux où sont échangées différentes sortes de titres : certificats de dépôts (CD),
les billets de trésorerie (BT), les bons du trésors négociables (BTN), les bons
des institutions et sociétés financières. Ces marchés permettent ainsi d’une
part la mise en œuvre de nouvelles formes de collecte de ressources par les
banques et d’autre part, de nouvelles formes de placement de trésorerie pour
les entreprises.

17
Encadré 1.2 : Le marché financier
Grâce au marché financier, l’épargne des ménages peut financer les investissements
des autres agents économiques. L’excédent des uns sert à combler les besoins des
autres par l’intermédiaire du système financier qui organise les différents transferts
de capitaux entre agents économiques. Le marché financier est un circuit spécialisé
sur lequel s’opèrent les transactions de capitaux à long terme.
L’émission des valeurs mobilières : actions et obligations, titres négociables repré-
sentatifs de capitaux à long terme, est moyen privilégié pour les collectivités privées
ou publiques de se procurer les ressources durables dont elles ont besoin pour leur
développement.
Les valeurs mobilières
Les valeurs mobilières sont les titres qui représentent des droits acquis à l’encontre
d’une personne morale, publique ou privée, par ceux lui ont apporté les capitaux
nécessaires à son financement. Ce sont des titres négociables, c’est-à-dire qui se trans-
mettent selon les procédés simplifiés du droit commercial et non suivant les formalités
de cession de créance du droit civil. La «dématérialisation» des titres rend possible
un simple virement de compte à compte pour assurer la transmission des titres.
Les actions : ce sont des titres d’associés, notamment des sociétés anonymes. Elles
sont émises lors de la constitution de la société ou d’une augmentation de capital,
en contrepartie des apports en numéraire o en nature effectués par les associés. Les
titulaires des actions, les actionnaires participent à la gestion de la société. Les ac-
tionnaires perçoivent sous formes de dividendes une partie des bénéfices réalisés par
la société, ceux pouvant varier d’une année à l’autre. On parle de valeur à revenu
variable.
Les obligations : ce sont des titres négociables représentant une créance à long terme,
notamment sur une société anonyme, l’Etat ou une autre personne morale de droit
public. Les titulaires d’obligations, les obligataires, sont remboursés du montant de
leur prêt selon les modalités prévues par le contrat d’émission. Ils perçoivent chaque
année un intérêt préalablement fixé ; d’où les obligations sont qualifiées de valeurs à
revenu fixe.
D’autres types de valeurs mobilières se sont ajoutés aux actions et aux obligations.
Des spécialistes, appartenant à une banque, gèrent un portefeuille collectif de valeurs
mobilières avec les fonds déposés par les épargnants. Les deux formules d’OPCVM
(organismes de placement collectif en valeur mobilières) sont les SICAV (société d’in-
vestissement a Capital variable) et les fonds communs de placement (FCP).
Les bourses de valeurs
Le marché financier repose sur l’activité de deux compartiments : le marché financier
primaire et le marché financier secondaire. Le marché primaire est le marché des
titres nouveaux et le marché secondaire (bourses des valeurs) celui des titres déjà
émis. Le marché secondaire est complémentaire au marché primaire car il permet aux
épargnants de vendre facilement leurs titres à la Bourse.

Conclusion du chapitre 1

18
Chapitre 2
Le fonctionnement d’une banque : le
bilan et sa gestion

Introduction
A l’instar de toute entreprise, l’objectif des banques est de maximiser leur
profit. Pour ce faire, les fonds qu’elles collectent sont utilisés pour acquérir
d’autres actifs (titres et prêts). Elles dégagent un profit sur les intérêts qu’elles
perçoivent sur les titres qu’elles détiennent et les prêts qu’elles accordent,
déduction faite des intérêts qu’elles versent sur leurs dettes.

1 Le bilan bancaire
Le bilan bancaire est un outil indispensable pour comprendre le fonction-
nement d’une banque 1 . Comme tout bilan, il est composé d’un actif et d’un
passif. Cependant par rapport à la comptabilité générale, l’ordre des postes
est inversé : le haut correspond aux opérations de trésorerie et le bas aux
immobilisations côté actif ; et aux capitaux propres côté passif. De plus, il
permet de retracer non seulement les opérations que la banque enregistre
mais également les agents économiques avec lesquels ces opérations ont été
faites.

1. Il faut noter qu’au niveau macroéconomique, l’activité d’intermédiation des banques


et des institutions financières peut être retracée à travers le tableau des opérations finan-
cières (TOF) de la Comptabilité Nationale.

19
Table 2.1 – Bilan type d’une banque
Actif Passif
Encaisse de trésorerie Dépôts interbancaires
Monnaie banque centrale Dépôts de gros
Réserves libres et obligatoires
Prêts interbancaires Dépôts des agents non financiers
Dépôts à vue, à terme
Compte sur livret
Compte et plan d’épargne logement
Etc.
Crédits aux agents non financiers Titres émis à l’exception des actions
Certificat de dépôts
Obligations, etc.
Portefeuille de titres Provisions
Immobilisations Capitaux propres
Total actif Total passif

Le bilan bancaire typique se présente comme suit :

Table 2.2 – Bilan type d’une banque française en 2005


Actif (% du total) Passif(% du total)
Caisse, BC 0,7 Caisse, BC -
Prêts aux EC (établisse- 19,1 Emprunts auprès des EC 22,9
ment de crédit)
Crédits à la clientèle 31,5 Dépôts des clients 24,8
Opérations sur titres 35,6 Opérations sur titres 38,2
Valeurs immobilièresDi- 6,6 Provisions, capitaux propres 7,3
vers
Divers 6,3 Divers 6,4
Total actif 100 Total passif 100

1.1 Le passif d’un bilan bancaire


Le passif d’un bilan bancaire liste la source des fonds disponibles qui
représentent les dettes de la banque vis-à-vis de ces partenaires. Les fonds

20
reçus par la banque sont collectées à partir d’une émission (ou vente) des
dettes qui sont considérées comme des ressources.
On a les postes suivants :

1.1.1 Les dépôts interbancaires


En fonction de leur situation de trésorerie, les banques échangent entre
elles de la liquidité. Quand une banque est excédentaire, elle prête sur le mar-
ché interbancaire et cette opération apparait à l’actif. Si elle est déficitaire,
elle emprunte sur le marché interbancaire auprès d’autres banques et sociétés
financières et cette opération apparaît au passif.

1.1.2 Les dépôts des agents non financiers


Ce sont des fonds mobilisables sur les comptes courants. On distingue
les comptes-chèques ne portant pas d’intérêt (dépôts à vue) sur lesquels les
chèques peuvent être émis et les comptes rémunérés, à l’exemple des comptes
NOW –negotiable order of withdrawal aux USA ou des comptes en France.
Les détenteurs de ces comptes peuvent régler une tierce personne en émettant
des chèques. Les comptes courants sont remboursables à vue, car la banque
doit être en mesure de rembourser immédiatement le déposant qui exprime
le besoin de retirer son dépôt. De même, la banque doit pouvoir verser immé-
diatement les fonds à un client qui lui présente pour encaissement un chèque
émis sur le compte d’une banque.
Les compte-chèques représentent une source importante de fonds pour
les banques. Cela peut s’expliquer en partie par le fait que c’est la source
de fonds qui coûtent moins chers pour la banque puisque les déposants re-
noncent à un intérêt au profit d’un actif liquide qui peut être utilisés pour
régler des achats. Le coût pour les banques sur ces comptes mobilisables par
chèques inclut le paiement d’intérêt et les services-traitement et annulation
des chèques, établissement et envoi de relevés mensuels, fourniture de services
aux guichets (moyens humains ou autres), frais de gestion des locaux et des
agences, publicité et marketing pour inciter les agents à déposer leurs fonds.

1.1.3 Les dépôts sans moyens de paiement


Comme leur nom l’indique, ce sont des dépôts n’offrant pas de moyens de
paiement. Les détenteurs ne peuvent pas émettre de chèque mais bénéficient
de taux d’intérêts généralement plus élevés que sur les comptes courants. Il
y a deux grands types de comptes de dépôts sans moyen de paiement : les
compte sur livret et les dépôts à terme (ainsi que les certificats de dépôts,
voir plus haut).

21
Les dépôts à terme ont une durée fixe, allant de quelques mois à plus
de cinq ans. Moins liquide pour de faible montants (moins de 100000 dol-
lars) pour le déposant qu’un compte sur livret, tout retrait avant la date de
maturité fait l’objet de fortes pénalités (confiscation de plusieurs d’intérêts).
Les dépôts à terme de plus gros montant (représentés par un certificat de
dépôt) sont disponibles pour des montants de 100000 euros et plus. Ils sont
généralement détenus par des sociétés financières ou d’autres banques car
ils sont négociables : comme les titres de dette de court terme, ils peuvent
être revendus sur le marché secondaire avant l’échéance. De ce point de vue,
les dépôts de gros représentent des actifs alternatifs aux bons du Trésor et
autres dettes à court terme.

1.1.4 Les provisions


Les provisions constituées par les banques visent à compenser le risque de
non-remboursement de certaines créances de la banque. On distingue no-
tamment les provisions pour dépréciation, c.à.d. pour créances douteuses, les
provisions pour risques de change et des provisions pour risques-pays.

1.1.5 Les capitaux propres


C’est le dernier poste du passif d’un bilan bancaire. Sa valeur nette se
calcule de la façon suivante :
Capital = Total actif − Total dette (2.1)

Les capitaux propres sont levés en vendant de nouvelles actions, ou pro-


viennent de bénéfices mis en réserve. Le capital de la banque permet à la
banque de se protéger contre la chute de la valeur des actifs qui peut entraî-
ner son insolvabilité (dettes supérieures aux actifs, ce qui obligerait à liquider
la banque).

1.2 L’actif d’un bilan bancaire


Les actifs bancaires concernent l’utilisation des fonds empruntés. On dis-
tingue les principaux éléments suivants :

1.2.1 Les réserves ou encaisses de trésorerie


Dans un système bancaire hiérarchisé, toute banque commerciale a l’impéra-
tif de détenir auprès de la BC un compte sur lequel elle dépose une partie des

22
fonds qu’elles collectent. Ce sont des encaisses monétaires ou réserves dont
la disponibilité et l’utilisation présentent un double intérêt :
1. une partie de ces réserves est détenue pour des raisons réglementaires :
ce sont les réserves obligatoires
2. l’autre partie des réserves détenue par les banques auprès des BC
constitue des réserves additionnelles ou réserves excédentaires. Elles
représentent la forme la pus liquide d’actif et permettent aux banques
de faire face à la demande de retraits directs des déposants ou aux
paiements de chèques émis sur un compte.

1.2.2 Dépôts auprès d’autres établissement de crédit


Il est courant que les petites banques logent des dépôts dans de plus grosses
banques et reçoivent en échange divers services comme l’encaissement de
chèques, les opérations de change, et les achats de titres. Il s’agit du système
de banque correspondante.

1.2.3 Les titres


La détention des titres constitue une source importante de revenu pour les
banques. Pour les banques commerciales, ces titres sont uniquement des titres
de dette car elles ne sont pas autorisées à détenir des actions. On peut classer
ces titres en trois catégories, avec des caractéristiques différentes en termes
de liquidité : titres émis par l’Etat et les agences fédérales (très liquides car
facilement échangeables à moindre frais), titres émis par les Etats fédérés
et les collectivités locales (intéressants pour les banques locales mais moins
facilement échangeables mais aussi plus risqués) et les autres titres.

1.2.4 Les prêts


Les banques réalisent leur profit principalement en accordant des prêts. Un
prêt est une dette pour l’individu qui le reçoit, mais un actif pour la banque
puisqu’il engendre un revenu. Les banques exigent des rendements importants
sur les prêts, en raison de leurs caractéristiques particulières. En effet, les
prêts sont par nature moins liquides que les autres actifs, car ils ne peuvent
être transformés en espèces qu’à échéance. Par exemple, si la banque fait
un prêt à un an, elle ne peut être remboursée que lorsque le prêt arrive à
maturité au bout d’une année. De plus, les prêts ont aussi une plus grande
probabilité de défaut que les autres actifs.

23
2 Mécanismes de fonctionnement du bilan
De façon générale, les banques dégagent leur profit par une transformation
d’actifs. La transformation d’actif est un procédé par lequel les banques
vendent des dettes ayant des caractéristiques particulières (en termes de li-
quidité, de risque et rendement) et utilisent le produit obtenu pour acheter
des actifs aux caractéristiques différentes. Considérons, pour illustrer nos pro-
pos, qu’une banque collecte un dépôt d’épargne d’un agent économique A.
Avec ces fonds, la banque peut accorder un prêt hypothécaire à un autre agent
B sur une période beaucoup plus longue, sachant que le déposant (agent A)
peut demander à retirer ses fonds à tout moment. Aussi, une autre manière
de désigner le processus de transformation des actifs est de dire que la banque
emprunte court pour prêter long.
Le processus de transformation d’actifs et l’offre de diverses services (trai-
tement de chèques, relevés bancaires, analyse de crédits, etc.) peuvent être
considérés comme n’importe quel processus de production d’une entreprise.
L’analyse des mécanismes de fonctionnement du bilan se fait à l’aide d’un
outil appelé bilan en T. Le bilan en T est un bilan simplifié, avec des lignes
tracées sous forme de T, qui fait apparaître uniquement les changements
intervenus dans les postes du bilan par rapport à un bilan initial.

2.1 Dépôt d’espèces et remise d’un chèque


Supposons, à la date t qu’un agent ouvre un compte-chèques dans une banque
commerciale A et y dépose une somme de 100 euros. Il détient désormais un
dépôt auprès de la banque A qui se matérialise sous la forme de 100 euros au
passif de son bilan de celle-ci. L’ouverture du compte chèque conduite
à une augmentation des réserves bancaires égale à l’augmentation
de dépôt. Au contraire les retraits sur les dépôts entraînent une
diminution de ses réserves. Ainsi, la banque dépose la somme de 100
euros dans son coffre, ce qui se traduit par une augmentation de 100 euros
en réserves (caisse ou coffre) à l’actif du bilan. Le compte T de la banque A
se présente ainsi :
Banque A
Actif Passif
Réserves (caisse ou +100 Compte-chèques +100
coffre)
Supposons à présent que le même agent vient déposer un chèque de 100
euros sur son compte. Cette opération se traduit dans le bilan de la banque
A de la façon suivante :

24
Banque A
Actif Passif
Effet en cours de re- +100 Compte-chèques +100
couvrement

2.2 La compensation interbancaire


Considérons un système bancaire composé de plusieurs bancaires commer-
ciales (Crédit Lyonnais, Banque Populaire, BNP Paribas, Le crédit agricole,
etc.) et évidemment d’une Banque centrale (la Banque de France). Deux
questions se posent alors : comment les banques effectuent-elles les règle-
ments entre elles ? et, quel est le volume de crédit pouvant être consentis
par l’ensemble des banques lorsque celles-ci disposent d’un supplément de
monnaie Banque centrale ?
Les agents économiques ont leurs comptes dans des banques différentes. Par
exemple, un particulier titulaire d’un compte à vue au Crédit Lyonnais peut
effectuer un paiement à un supermarché ayant un comte à vue dans une autre
banque, soit le Crédit Agricole. Chaque banque commerciale créant sa propre
monnaie scripturale, il est nécessaire qu’une communication puisse s’établir
entre les diverses banques. Cette communication s’effectue par l’intermédiaire
de la BC selon le schéma suivant :
En supposant qu’un particulier disposant un compte à la Banque P ef-
fectue un virement de 100 à l’ordre d’une entreprise disposant un compte à
la Banque E, le bilan de la BC, celui de la Banque P et celui de la banque E
sont ainsi modifiés :
Bilan de la BC
Actif Passif
Compte de la banque P +100
Compte de la banque E +100

Bilan de la banque P
Actif Passif
Compte de la BC -100 Compte des particuliers -100

Bilan de la banque E
Actif Passif
Compte de la BC +100 Compte des particuliers +100

Le recours à la BC permet donc d’effectuer le règlement entre deux agents écono-


miques ayant des comptes dans des banques différentes.

25
2.3 Réserves obligatoires et excédentaires
Comme nous l’avons évoqué plus haut, tout dépôt de fonds sur un compte-chèques
augmente les réserves de la banque alors tout retrait les diminue. Dans un système
de banque hiérarchisé, sur tout dépôt, les banques ont une obligation de garder une
certaine proportion de ce dépôt en réserves obligatoires. Avant d’analyser plus en
détails dans le chapitre suivant, l’importance des réserves obligatoire, nous allons
ici montrer comment s’enregistrent les opérations impliquant une modification des
réserves obligatoires. Il s’agit du taux de réserves obligatoires. Reprenons l’exemple
du dépôt de 100 euros sur un compte-chèques de la banque A. Si le taux de réserves
obligatoires est de 10%, la banque A doit augmenter ses réserves obligatoires de
10 euros. Le compte T de la banque A se réécrit de la façon suivante :
Banque A
Actif Passif
Réserves obligatoires +10 Compte-chèques +100
Réserves excédentaires +90
Le restant des réserves constitue les réserves excédentaires. Pour faire faire face
aux divers coûts liés à la gestion des dépôts (archivage ou restitution des chèques,
paiement du traitement et de la compensation des chèques, des virements, des
débits directs, suivi et tenue des comptes, etc.), la banque doit affecter les réserves
excédentaires à d’autres usages pour les fructifier ou les rendre productif de façon
à générer des profits. Au delà de ces avantages liés aux prêts, il faut être conscient
des problèmes d’asymétrie d’information qui les concerne. En effet, il ya l’anti-
sélection et le risque moral que la banque se doit de réduire. A cette fin, elle doit
procéder à une évaluation des emprunteurs potentiels à partir de cinq critères «les
cinq c» :
1. Le caractère de l’activité de l’emprunteur
2. Sa capacité à rembourser
3. Le collatéral engagé
4. Les conditions économiques du secteur et du pays
5. Le capital (valeur nette de l’emprunteur)

2.4 Transformation d’actifs et profit


Si nous nous mettons dans l’hypothèse où la banque décide de ne pas détenir un
excédent de réserves mais préfère accorder des prêts à la place. Le compte T de la
banque A devient :
Banque A
Actif Passif
Réserves obligatoires +10 Compte-chèques +100
Réserves excédentaires +0
Prêts +90

26
En accordant des prêts, la banque peut désormais réaliser un profit : elle détient
des dettes à court terme comme les compte-chèques, et elle utilise la possibilité
d’acheter des actifs de maturité plus longue comme des prêts à intérêts plus élevés :
on dit que les banques empruntent court pour prêter long.
Supposons que le taux d’intérêt sur les prêts est de 10% par an, la banque gagne
9 euros de revenus sur ses prêts dans l’année. Si les 100 euros en dépôts sont
rémunérés à 5% d’intérêt et les frais annuels de services s’élèvent à 3 euros, le coût
par an de ces dépôts est de 8 euros. Le profit de la banque sur ces nouveaux dépôts
est alors de 1 euro par an (soit 1% de rendements sur actifs)

3 Gestion du bilan
Après avoir étudié précédemment le principe de fonctionnement du bilan d’une
banque, l’objet de ce chapitre est d’examiner la façon dont les banques gère leurs
actifs et passifs de façon à générer le profit le plus élevé possible.
Quatre préoccupations principales sont inhérentes à la de gestion du bilan
de la banque : la gestion de liquidité, la gestion d’actif, de gestion de passif et
l’adéquation du capital.

3.1 Gestion de liquidité et rôle des réserves


Une première préoccupation de la banque est de s’assurer qu’elle dispose de
réserves suffisantes pour rembourser ses déposants lorsque ceux-ci font de retraits
des dépôts et demandent à être remboursés. Il s’agit de la gestion de liquidité :
pour conserver suffisamment de réserves, la banque doit acquérir des actifs liquides
suffisants pour faire face à ses obligations envers ses déposants.
Considérons le bilan suivant d’une banque A à la période 0 (bilan initial) se
présente comme suit :

Banque A
Actif Passif
Réserves 20 Dépôts 100
Prêts 80 Capital 10
Titres 10

Notons que tous les chiffres sont en millions d’euros. Supposons que cette
banque doit détenir sur tous les dépôts (dépôts à terme et mobilisables par chèques)
un taux de réserves obligatoires de 10%.
Pour un dépôt de 100M, la banque doit donc détenir comme réserves obliga-
toires : 100M*10%=10M. Les réserves totales étant de 20M, les réserves excéden-
taires de la banque se chiffrent à 20M-10M=10M. Si un retrait des dépôts de 10M
d’euros survient, le bilan de la banque devient :

27
Banque A
Actif Passif
Réserves 10 Dépôts 90
Prêts 80 Capital 10
Titres 10

Que s’est-il passé dans le bilan de la banque ?


— le retrait de 10M implique, comme nous l’avons vu précédemment une
diminution des réserves du même montant, soit 20M-10M=10M.
— les dépôts diminuent évidemment de 10M, ce qui donne dans le nouveau
bilan 100M-10M=90M.
— les autres postes reste inchangés à ce stade.
Pour un dépôt de 90M, les réserves obligatoires s’élèvent à 90M*10%=9M.
La banque disposent encore de réserves excédentaires de 1M. Tant que la banque
possède d’importantes réserves excédentaires, un mouvement de sortie des dépôts
ne nécessite pas de changement d’autres postes du bilan.
a) Insuffisances de réserves excédentaires :
Que se passe t-il alors lorsque la banque fait face à une insuffisance de réserves
excédentaires ?
Supposons que par rapport à la situation initiale, que la banque accorde pour
10M de prêts.

Banque A
Actif Passif
Réserves 10 Dépôts 100
Prêts 90 Capital 10
Titres 10

Autrement dit, elle utilise la totalité de ses réserves excédentaires pour faire
des prêts, ce qui explique le montant de 10M (20M-10M=10M). Si la banque doit
faire face à une sortie de dépôts de 10M, son bilan devient :

Banque A
Actif Passif
Réserves 0 Dépôts 90
Prêts 90 Capital 10
Titres 10

Après le retrait de 10M d’euros des dépôts, pour un montant équivalent de


réserves en moins, la banque se trouve en difficulté : pour des dépôts de 90M, la
banque doit détenir 10% de réserves obligatoires soit, 9M. Mais comme on peut le
constater, elle n’a plus de réserves.
Pour sortir de cette difficulté, la banque doit agir sur les autres
postes du bilan. Quatre possibilités s’offrent à elle : l’emprunt interbancaire,
la cession de titre, l’emprunt à la banque centrale et la réduction des prêts.

28
b) Emprunt interbancaire Cette première solution consiste pour la banque
à emprunter auprès d’autres banques sur le marché interbancaire ou auprès d’insti-
tutions financières spécialisée afin d’obtenir des réserves pour faire face aux sorties
de fonds de ses clients. Si la banque A obtient les 9M manquant auprès d’autres
banques ou institutions financières, le bilan devient :

Banque A
Actif Passif
Réserves 9 Dépôts 90
Prêts 90 Emprunt interban- 9
caire
Titres 10 Capital 10

Cette opération implique deux changements dans le bilan :


— l’apparition du poste «emprunt auprès d’autres banques», qui est une dette,
au passif
— l’augmentation des réserves pour un montant équivalent (9M).
Le coût d’un emprunt interbancaire correspond au taux d’intérêt sur cet
emprunt, c’est-à-dire le taux du marché interbancaire.
c) Cession de titres
Cette solution consiste à vendre une partie de ses titres pour couvrir les
sorties de dépôts. Par exemple, elle peut vendre pour 9M de titres, et
déposer le produit auprès de la BC. D’où le bilan :
Banque A
Actif Passif
Réserves 9 Dépôts 90
Prêts 90 Capital 10
Titres 1
Il faut noter que la vente des titres implique, pour la banque, des frais
de commissions et des coûts de transactions. Pour cette raison, la banque
doit choisir des titres dont les coûts de transaction sont relativement faibles.
Parmi les titres, seuls les bons du trésor, classés comme réserves secondaires,
offrent cet avantage.
d) Emprunt à la banque centrale
Cette solution consiste à acquérir des réserves auprès de la BC par un em-
prunt. Reprenons l’exemple précédent. Supposons que la banque A peut
conserver ses titres et éviter d’emprunter auprès d’autres banques ou insti-
tutions financières, elle peut emprunter 9M au guichet de l’escompte. Son
bilan devient :

29
Banque A
Actif Passif
Réserves 9 Dépôts 90
Prêts 90 Emprunt au guichet 9
de l’escompte
Titres 10 Capital 10
Le coût correspondant à cet emprunt au guichet de l’escompte est l’obliga-
tion de paiement d’un intérêt, au taux d’escompte, à la BC
e) Réduction des prêts
La dernière solution pour la banque, lorsqu’elle est confrontée au problème
d’insuffisance de ces réserves, est de réduire le montant de ses prêts et
déposer la somme reçue auprès de la BC, ce qui lui permet accroitre le
montant de ses réserves. Le bilan de la banque devient :
Banque A
Actif Passif
Réserves 9 Dépôts 90
Prêts 81 Capital 10 Titres
10
IL faut noter que la solution de réduction des prêts est le moyen le plus
couteux pour la banque. Si la banque peut résilier ses prêts à court terme
renouvelables à de faibles intervalles, elle peut par contre susciter un mé-
contentement de ses clients dont les prêts n’ont pas été renouvelés : perte
de la clientèle qui va faire affaire ailleurs.
Une seconde méthode de réduction du montant des prêts pour la banque
est de les vendre à d’autres banques. Aux Etats Unis, ce procédé, connu
sous le nom de loan sales, est en forte progression ces dernières années.
Encore une fois, la vente des prêts est couteuse pour la banque : les autres
banques peuvent ne pas vouloir payer les prêts à leur valeur nominale car
elles ne connaissent pas correctement les clients auxquels les prêts ont été
accordés.
En résumé, il est plus que justifié pour les banques de détenir des réserves
excédentaires. Ces dernières constituent une assurance contre les coûts asso-
ciés aux mouvements de retrait des dépôts (coûts d’emprunt auprès d’autres
banques, de vente de titre, d’emprunts auprès de la BC ou de résiliation
ou de vente de prêts).
La détention des réserves obligatoires présente en soi un coût. Elle revient
à renoncer à la détention des actifs porteurs d’intérêts comme les prêts ou
les titres. En raison de ce coût, les peuvent choisir d’autres moyens pour se
protéger comme les mouvements de retrait des dépôts.

30
3.2 Gestion d’actif
La sous-section précédente nous a permis de montrer l’intérêt, pour une
banque, de disposer de liquidités. Nous allons maintenant examiner la stra-
tégie qu’elle emploie pour gérer ses actifs. Cette stratégie a pour but ultime
la réalisation du maximum de profit possible, et repose sur la recherche
de trois objectifs simultanés : (i) chercher les rendements les plus élevés
possibles sur les prêts et les titres, (ii) réduire le risque, et (iii) faire des
provisions suffisantes pour préserver sa liquidité en détenant des actifs li-
quides.
Les banques peuvent atteindre ces objectifs de quatre manières différentes.
1. Premièrement, les banques peuvent essayer de trouver des emprunteurs
qui paieront des taux d’intérêt élevés et peu susceptibles de faire défaut.
2. Deuxièmement, les banques peuvent chercher à acheter des titres à taux
de rendement élevé et risque faible.
3. Troisièmement, les banques peuvent réduire leur risque en diversifiant
leur portefeuille d’actifs. Aussi, elles peuvent acheter différents types
d’actifs (à court et long terme, des titres du Trésor) ou accorder de
nombreux types de prêts à des clients différents. De nombreuses banques
ont fait faillite parce qu’elles n’ont pas suffisamment tiré parti de la
diversification : elles ont mis tous leurs œufs dans le même panier.
C’est le cas des banques spécialisées dans les prêts aux producteurs et
distributeurs d’énergie, aux promoteurs immobiliers et aux agriculteurs
ont connu d’importantes pertes dans les années 1980 avec la chute des
prix de l’énergie, de l’immobilier et des produits agricoles.
4. Enfin, la banque doit gérer la liquidité de ses actifs de manière à sa-
tisfaire les réserves obligatoires sans pour autant supporter des coûts
trop importants. Elle peut, dans cette optique, décider de détenir des
titres liquides mais à rendement plus faible que les autres actifs. Elle
peut aussi décider de détenir des titres émis par l’Etat comme réserves
secondaires, facilement convertibles en liquidités et à un moindre coût.

3.3 Gestion du passif


Avant les années 1960, les banques mettant l’accent sur la gestion d’actif et
considérait la le passif comme donné. Cette situation s’expliquait par deux
facteurs. D’une part, on observait une prédominance des mobilisables par
chèques (plus de 60%) qui était non rémunérés (pas d’intérêts). D’autre
part, le faible développement des marchés interbancaires permettait rare-
ment aux banques d’emprunter les uns aux autres. A partir des années
1960, les grandes banques de dépôts américains (money center banks) ont
commencé à réfléchir sur la possibilité de gérer le passif du bilan de façon à

31
dégager des réserves de liquidités. La conséquence en est une explosion du
marché interbancaire comme le marché des fonds fédéraux, et au dévelop-
pement de nouveaux instruments financiers comme les certificats de dépôts
négociables, qui favorisaient une mobilisation rapide des fonds. C’est donc
dire que les banques ne considéraient plus à partir de cette époque les res-
sources (passif) comme données et n’avaient plus besoin de dépendre des
comptes-chèques comme source primaire de fonds. Elles vont donc se fixer
des objectifs agressifs de croissance de leurs actifs et essayent d’obtenir des
fonds (en émettant des dettes) lorsqu’elles en avaient besoin.
De nos jours, la plupart des banques procède à une gestion combinée du
passif et de l’actif : il s’agit du comité de gestion actif/passif (ALM : as-
set/liability management). Aux USA, cette nouvelle forme de gestion a
conduit à un accroissement de la part des certificats de dépôts négociables
et des emprunts bancaires (passant de 2% du passif bancaire en 1960 à 42%
à la fin 2005), tandis que les dépôts mobilisables par chèques ont connu une
chute vertigineuse (61% du passif bancaire en 1960 à 7% en 2005).
Qu’en est-il de la situation de la France ?
1979 2000
% Dépôts bancaires (1) 36% 27%
% Obligations émises (2) 6% 18%
(1) => baisse moins prononcée
(2) => Forte croissance

3.4 Adéquation du capital


Les banques ne peuvent détenir n’importe quel montant de capital. Trois
raisons doivent guider leur choix.
1. Tout d’abord, le capital sert à éviter les faillites bancaires. Il y a faillite
bancaire, lorsque la banque ne peut remplir ses obligations de rembour-
sement envers ses déposants et ses autres créanciers et fait banqueroute.
2. Ensuite, le montant du capital affecte le rendement des actionnaires de
la banque.
3. enfin, un montant minimal de capital (le capital réglementaire) est im-
posé par les régulateurs.

3.4.1 Capital et faillite bancaire


La question se pose de savoir comment le capital protège les banques du
risque de faillite. Pour répondre à une telle question, nous allons considérer
deux banques A et B avec des bilans identiques mais présentant une diffé-
rence en dotation de capital. La banque A est fortement capitalisé, avec un

32
ratio de capital par rapport aux actifs de 10% contrairement à la banque
B qui est faiblement capitalisé avec un ratio de 4%.
Banque A Banque B
Actif Passif Actif Passif
Réserves 10 Dépôts 90 Réserves 90 Dépôts 96
Prêts 90 Capital 10 Prêts 10 Capital 4
Supposons que les deux banques ont des créances douteuses (prêts ne valant
plus rien sur le marché) de 5M d’euros. En évaluant ces créances à zéro, la
valeur totale des actifs baisse de 5M. Le capital qui est égal au total des
actifs moins celui du passif, diminue de 5M. Les bilans des deux banques
deviennent :
Banque A Banque B
Actif Passif Actif Passif
Réserves 10 Dépôts 90 Réserves 10 Dépôts 96
Prêts 85 Capital 5 Prêts 85 Capital -1
La banque A fortement capitalisé accepte plus facilement cette perte de
5M d’euros car sa couverture initiale de 10M d’euros en capital implique
que sa valeur nette (capital bancaire) est encore positive après la perte.
La valeur nette négative du capital rend la banque B insolvable : elle ne
détient pas suffisamment d’actifs pour rembourser tous les détenteurs de
ses passifs (créanciers). Une banque qui devient insolvable est fermée par
les autorités de régulation (la commission bancaire en France) et ses actifs
sont liquidés et les gestionnaires remplacés.
Les propriétaires d’une banque faiblement capitalisé peuvent ainsi voir leur
investissement anéanti. C’est la raison pour laquelle, les investisseurs pré-
fèrent détenir des parts dans les banques fortement capitalisés, c’est-à-dire
qui détient une couverture en capital importante et suffisante pour absorber
les pertes.
En fin de compte, une forte justification au maintien d’un capital élevé pour
une banque se résume ainsi : « une banque détient du capital pour réduire
sa probabilité de devenir insolvable.»

3.4.2 Capital et rendement


Un indicateur de bonne santé des banques réside dans leur bonne gestion
et donc leur capacité à dégager des profits élevés. Une bonne mesure de
la profitabilité bancaire permet de ce point de vue aux actionnaires de
s’assurer de cette bonne santé.
Une simple mesure de la rentabilité bancaire est le coefficient de rende-
ment (ROA, Return on Assets), le profit net après impôt par unité d’actif :

33
Profit net après impôt
ROA = (2.2)
Actifs

Le ROA indique combien de bénéfices sont engendrés en moyenne par unité


d’actif, ce qui permet d’avoir une information sur l’efficacité de gestion de
la banque.
Une autre mesure de profitabilité plus intéressante pour les propriétaires
(actionnaires) concerne le rendement de leur investissement. Il s’agit du
coefficient de rentabilité (ROE : Return on Equity), le bénéfice net après
impôt par unité de fonds propres :

P rof it net textaprèsimpôt


ROE = (2.3)
F onds propres

Il ya une relation directe entre le coefficient de rendement (ROA, mesure


de l’efficacité de gestion de la banque) et le coefficient de rentabilité (ROE,
mesure du rendement de l’investissement des propriétaires). Cette relation
peut être mise en évidence par le multiplicateur de fonds propres (EM,
Equity Multiplier), qui est le montant d’actifs par unité de capital :

actifs
EM =
fonds propres
Profit net après impôt Profit net aprè s impôt actifs
= × (2.4)
fonds propres actifs fonds propres
Ce qui donne, en utilisant les définitions précédentes :

ROE = ROA × EM

Ou encore

coefficentderentabilite = coefficientderendement×multiplicateurdefondspropres

L’équation (1) montre comment réagit le coefficient de rentabilité (ROE)


lorsque la banque possède un faible montant de capital. Pour un coef-
ficient de rendement (ROA) donné, plus le capital bancaire est
faible, plus la rentabilité (ROE) est élevée.
Considérons l’exemple des banques A et B précédemment décrites :
EM ROA ROE
Banque A (A=100 FP=10) 10 1% 10%
Banque B (A=100, FP=4) 25 1% 25%

34
Sous l’hypothèse que les deux banques aient été gérées avec la même ef-
ficacité, avec un coefficient de rendement de 1% chacune, le coefficient de
rentabilité de la banque fortement capitalisée est de 10% tandis que le coef-
ficient de rentabilité de la banque faiblement comptabilisée est égal à 25%.
Les actionnaires de la banque faiblement capitalisés sont clairement plus
satisfaits que ceux de la banque fortement capitalisés. C’est la raison pour
laquelle, les propriétaires d’une banque peuvent ne pas vouloir que celle-ci
détienne trop de capital.
Nous avons mis en évidence les avantages et les inconvénients du capital de
la banque du point de vue des actionnaires. Le capital est avantageux pour
les actionnaires parce qu’il rend leur investissement plus sain en réduisant la
probabilité de faillite. Cependant, le capital présente l’inconvénient d’être
couteux : plus il est élevé et plus le coefficient de rentabilité (ROE), pour un
rendement d’actifs (ROA) donné, est faible. Pour le gestionnaire, l’arbitrage
s’impose de la façon suivante : ils doivent décider de l’augmentation de la
sécurité liée à des fonds propres plus élevés (avantage) qu’ils sont prêts à
échanger contre une rentabilité plus faible lié à un montant de capital plus
élevé (coût).

3.5 Stratégies de gestion des fonds propres ban-


caires
Considérons les deux situations relatives à la détention du montant de
capital : excès de capital ou insuffisance de capital.
Tout d’abord, considérons la situation d’une banque qui a un excès de
capital et qui doit accroitre le multiplicateur de fonds propres pour aug-
menter le coefficient de rentabilité. Pour diminuer la part de capital dans
les actifs et augmenter le multiplicateur de fonds propres, la banque a trois
possibilités :
— Diminuer le montant du capital en rachetant des actions de la banque ;
— Réduire le capital de la banque en payant des dividendes lus élevés aux
actionnaires ; ce qui diminue ainsi le résultat net de la banque ;
— Maintenir le capital constant mais accroitre les actifs de la banque en
acquérant de nouveaux fonds (en émettant des certificats de dépôts),
et ensuite accorder de nouveaux prêts ou acheter plus de titres avec ces
nouveaux fonds.
Supposons maintenant que la banque soit faiblement capitalisée. Pour pré-
venir une faillite, elle doit augmenter le montant du capital par rapport
aux actifs. Trois solutions s’offrent à la banque :
1. Accroitre le capital en émettant de nouveaux fonds propres (actions) ;
2. Accroitre le capital en diminuant les dividendes payés aux actionnaires,
et en augmentant ainsi le résultat net inclus dans le compte capital ;

35
3. Conserver le montant de capital à ce niveau mais réduire les actifs
bancaires en accordant moins de prêts, ou en vendant des titres et en
utilisant ensuite le produit de la vente pour réduire les dettes.

Conclusion du chapitre 2

36
Chapitre 3
Gestion des risques bancaires

Introduction
Dans le chapitre précédent, nous avons étudié le risque de liquidité et les
stratégies de gestion de celui-ci. Ce risque n’est pas le seul auquel sont
exposés les banques. Les banques de par leurs activités s’exposent à de
nombreux risques. Comme l’écrit Dominique Chabert (Manuel d’économie
bancaire appliquée), «la firme bancaire est une usine à risque».
L’objet de ce chapitre est d’examiner les caractéristiques de ces risques,
d’identifier leur origine et d’analyser les stratégies de gestion que les banques
adoptent pour leur faire face.

1 Généralités sur les risques bancaires et


financiers
1.1 Typologie des risques
• Le risque de contrepartie désigne le risque de défaillance d’un emprun-
teur qui n’honore pas ses engagements (prêt bancaire ou obligation
émise)

• Le risque de règlement-livraison désigne dans le cadre d’une opération


d’achat/vente de titre sur un marché, la non-livraison des titres à l’ache-
teur (alors qu’il les a payés) ou le non-paiement des titres au vendeur
(alors qu’il les a livrés).

• Le risque de marché est le risque de défaillance de perte qu’une position


de taux, de change, en actions, . . . peut entraîner, dans l’hypothèse d’un
scénario d’évolution défavorable d’un paramètre de marché (taux d’in-

37
Figure 3.1 – Typologie de risques

térêt, devises, cours d’une action, d’une obligation, niveau d’un indice
boursier, cours d’une matière première.

• Le risque de liquidité est le risque pour une banque de ne pas pouvoir


faire face à ses exigibilités immédiates avec ses liquidités disponibles.

• Le risque opérationnel fait référence aux risques informatiques, juri-


diques et humains inhérents à l’activité bancaire et financière.

• Le risque systémique n’est pas un risque autonome. Il est un risque


macroéconomique pouvant affecter la stabilité du système bancaire et
financier dans son ampleur. Il peut être alimenté par un risque de cré-
dit, de liquidité, de marché ou encore opérationnel, d’une ampleur telle
que la défaillance subie par une banque peut porter atteinte à d’autres
banques et au système bancaire dans son ensemble.

Dans le cadre de ce cours, nous allons nous intéresser à deux types de


risques : le risque de crédit et le risque de taux d’intérêt. A ces deux types
de risques, s’ajoutera le risque lié aux activités hors-bilan.

38
1.2 Modes de gestion des risques
La gestion des risque repose sur une évaluation des risques (quelle perte
possible et avec quelle probabilité) ainsi que les moyens de les limiter voire
de les neutraliser. Les méthodes de gestion des risques varient suivant leur
nature. Ainsi on ne gère pas a priori de la même manière un risque de crédit
«traditionnel» et un risque de marché lié à une évolution défavorable du
prix d’un actif financier.
On distingue deux grands modes de gestion des risques :
1. Une gestion internalisée : Il s’agit du mode classique de gestion des
risques. les banques développent en interne des procédures de contrôle
et de management des risques liés à leur activité.
2. Une gestion externalisée : elle repose sur le recours à des techniques
spécifiques de marché consistant, non pas à contenir le risque, mais à
le transférer : c’est le cas avec la titrisation ou les produits dérivés.

39
Table 3.1 – Différents modes de gestion de risques
Gestion in- Segmentation de la Méthodes de notation :
ternalisée clientèle - Scoring 1 pour les crédits aux particuliers, notation
externe (notations Banque de France) ou rating
par les agences de notation pour les crédits aux
entreprises.
- Classement interne
Six catégories par exemple (A= excellent,
B=bonne, C=acceptable, D=médiocre, E=douteuse,
Z=contentieux)
Limitation des Trois principes :
risques - La sélection : décision d’engagement de crédit à par-
tir des données individuelles (comptes, liasses fiscales,
. . .)
- Les limites : plafonds aux autorisations données à
chaque contrepartie
- La diversification (éviter la concentration des enga-
gements sur certaines entreprises, activités ou zones
géographiques)
Prise de garanties Moyen de réduire le risque de crédit mais ne l’élimine
pas :
- Sûretés personnelles : engagement d’un tiers, per-
sonne physique ou morale de se substituer au débiteur
en cas de défaillance (principe de caution)
- Sûretés réelles (affectation d’un bien en garantie
d’une dette (immobilier)
- Assurance (assurance de crédit, mutualisation des
risques

Gestion ex- Titrisation des cré- Securitization (anglais).


ternalisée dits bancaires Technique financière consistant à transformer un bloc
de crédit (non négociable) en un titre négociable sur
un marché secondaire
Les dérivés de crédit Instruments financiers permettant à un agent en
risque de crédit (acheteur de protection) de transfé-
rer le risque de crédit à une contrepartie (vendeur de
protecteur)
- Credit default swap (CDS) : instrument financier
permettant aux banques de transférer, par un contrat
passé entre deux contreparties (de gré à gré), le risque
de crédit.
- Credit swaps : consistent, pour deux banques, à
échanger les revenus issus de deux créances (ou por-
tefeuille de créances). Echange entre deux banques,
une spécialisé dans le crédit agricole et l’autre dans le
crédit à la consommation.

40
2 Le risque de crédit
2.1 Eléments de d’appréciation
Le risque de crédit trouve ses origines dans les activités d’octroi de crédit
ou de prêts de la banque. Il est imputable au défaut de paiement d’un
emprunteur sur les engagements tels que le prêt bancaire, les obligations
et titres de créances négociable ou les créances commerciales.
Le risque de crédit peut être caractérisé par les éléments suivants :
— Le défaut ou la défaillance de la contrepartie
— La dépréciation de la qualité du crédit (détérioration de la qualité de
crédit d’un emprunteur (pays, banque, entreprise, Etat, collectivité lo-
cale
— Incertitude sur le taux de recouvrement
— Lorsque le défaut a lieu, le créancier se trouve devant une grande in-
certitude quant au taux de récupération de sa créance
— Incertitude sur le prix de vente, si le créancier souhaite se départir de
ses titres de créances
— Incertitude sur le taux de recouvrement, si le créancier souhaite conser-
ver ses titres jusqu’au bout de la procédure de liquidation.

41
2.2 Principes de gestion du risque de crédit
Afin de gérer le risque de contrepartie, la banque a généralement recours
à une gestion de type internalisé reposant sur des procédures de collecte
d’informations et de garanties. Cette collecte d’information a pour but
de gérer le problème d’asymétries d’informations entre le banquier et son
client. Les asymétries d’informations font référence à des situations où, sur
un marché donné, certains agents économiques détiennent des informations
spécifiques, qui ne sont intégralement transmises au système de prix des
actifs.

Résolution des problèmes d’anti-sélection et d’aléa moral par


les banques
Pour être profitables, les banques et les institutions financières en général
doivent surmonter les problèmes d’anti-sélection et de risque moral qui
rendent les défaillances sur les prêts plus probables.
On distingue les principes suivants de gestion du risque de crédit : sélection
(screening) et surveillance (monitoring), établissement de relation de long
terme avec les clients, engagements de financement, collatéral et exigences
de dépôts de garantie, rationnement du crédit.

2.2.1 Sélection et surveillance


Sur un marché de crédit, avant la signature du contrat de prêt, l’asymé-
trie d’information porte sur l’observation imparfaite du niveau de risque de
l’emprunteur. La banque ne sait pas tout de l’emprunteur potentiel, notam-
ment sur sa solvabilité. Il peut en découler un processus d’anti-sélection.
Pour illustrer cette situation, considérons que le marché de prêts est com-
posé de types d’emprunteurs : des emprunteurs de bonne qualité (à faible
risque de défaut) et des emprunteurs de mauvaise qualité (à risque de dé-
faut élevé). Supposons, par exemple que le taux d’intérêt appliqué sur un
prêt est un taux moyen. Les emprunteurs de mauvaise qualité sont attirés
par ce taux qui ne correspond à leur niveau de risque effectif. Quant aux
emprunteurs de bonne qualité, ils estiment que ce taux ne correspond pas à
leur niveau de risque et vont chercher à emprunter ailleurs à de meilleures
conditions. Plus spécifiquement, la banque fait de l’anti-sélection : elle «sé-
lectionne» les mauvais emprunteurs et fait fuir les «bons».
D’une manière générale, l’anti-sélection sur le marché des prêts suppose que
les emprunteurs trient les bons risques de crédit des mauvais, de manière
que les prêts soient profitables. Une sélection efficace implique une collecte
d’information fiable sur les emprunteurs potentiels. Une sélection efficace
et une collecte d’information constituent des impératifs essentiels pour la
gestion du risque de crédit.

42
Les informations collectées par la banque sont nombreuses (voir tableau
ci-dessous). Avec les informations collectées, la banque évalue le risque de
crédit de l’emprunteur en calculant un score de crédit. Le score de crédit
est une mesure statistique dérivée des réponses qui prédit si l’emprunteur
est susceptible de poser des problèmes pour le remboursement de son prêt.
L’évaluation du risque de crédit n’est pas entièrement scientifique, une part
relève du jugement subjectif du préteur.

Table 3.2 – Informations receuillies par la banque pour l’octroi d’un prêt
Types de crédit Information collectée par la banque (pré-
teur) par le biais d’un formulaire
Etat de la situation financière (salaire,
comptes bancaires
Autres actifs (voitures, polices d’assu-
Crédit à la consommation rances, mobilier)
Charges périodiques
Relevés des autres prêts, de ses cartes de
crédit et de ses remboursements
Nombre d’années activités, nom des em-
ployeurs (information auprès de ceux-ci)
Caractéristiques personnelles (âge, santé
(bilan de santé), situation de famille,
nombre d’enfants.
Information sur les profits et pertes de la
société
Crédit professionnel Actifs et dettes
Perspectives de ventes, projets futurs
Utilisation du prêts
Etat de la concurrence dans le secteur
d’activité

43
2.2.2 Spécialisation des prêts
Une autre solution de gestion de risque de crédit est la spécialisation de
prêts. Les banques se spécialisent souvent dans les prêts aux entreprises
locales ou aux entreprises dans des secteurs particuliers (énergie, immo-
biliers). Cette spécialisation expose la banque à un risque plus fort car
elle ne diversifie pas son portefeuille de prêts mais présente l’avantage de
rendre plus facile la collecte d’information sur les entreprises locales ; la
collecte d’information est plus difficile pour les entreprises plus éloignées.
De plus, en concentrant les prêts sur des secteurs spécifiques, les banques
connaissent de mieux en mieux ces secteurs et sont plus à même de prédire
quelles entreprises seront capables de rembourser leur dette aux échéances
prévues.

2.2.3 Surveillance et application de clauses protectrices


Après la signature du contrat de prêt, la banque peut se trouver dans
l’incapacité de surveiller la bonne utilisation des fonds qu’elle a prêtés : le
crédit accordé sera-t-il bien utilisé ?). On dit que la banque est dans une
situation d’aléa moral. L’emprunteur peut ne pas être incité à fournir le
maximum d’efforts pour que son projet réussisse, où utiliser les fonds pour
d’autres projets non connus de la banque. Il peut également dissimuler une
partie de son bénéfice.
L’aléa peut être réduit par les actions de surveillance engagées par la banque
(actions de monitoring). Dans cette optique, le prêteur doit inclure dans le
contrat de prêt des dispositions protectrices (clauses restrictives ou cove-
nants) pour empêcher l’emprunteur de s’engager dans des activités risquées.
En surveillant les activités de l’emprunteur, le banquier s’assure que l’em-
prunteur respecte les clauses protectrices et ne prend pas des risques à ses
dépens.
Le modèle de Bester (1985) : mise en place de contrats différenciés qui
incitent les clients potentiels à se dévoiler. Dans le domaine de l’assurance,
contrat d’assurance caractérisé par une prime et une franchise.
Dans le domaine du crédit deux type des contrats : un contrat à un taux
d’intérêt faible et une garantie élevé=> choix des emprunteurs à faible
risque et l’autre avec taux d’intérêt élevé et une garantie faible=> choix
des emprunteurs à haut risque.
Le modèle de Diamond(1984) montre les avantages du contrôle délégué
(deleguated monitoring).

2.2.4 Relation de clientèle à long terme


Un autre principe important de gestion du risque de crédit pour les banques
et les institutions financières consiste à développer des relations de long

44
terme avec leur clientèle. Cette relation de long de terme présente plusieurs
avantages.
Premièrement, la relation de long de terme permet d’obtenir, et à moindre
coûts, de l’information sur les emprunteurs, à travers une observation de
leurs activités passées sur leur compte, et d’en déduire le comportement
de ces emprunteurs. Le solde des comptes-chèques et d’épargne renseigne
le banquier sur la liquidité de l’emprunteur et sur la période de l’année
où celui-ci d un fort besoin d’argent. Un examen des chèques émis par
l’emprunteur révèle l’identité de ses fournisseurs. Si l’emprunteur a déjà
emprunté auprès de la banque, celle-ci possède un relevé de ses rembour-
sements.
Deuxièmement, le besoin de surveillance par les prêteurs renforce l’impor-
tance de la relation clientèle de long terme. Les coûts de surveillance des
clients à long terme sont inférieurs à ceux des nouveaux clients. En effet, si
l’emprunteur a emprunté auprès de la banque par le passé, celle-ci a déjà
défini des procédures pour surveiller ce client.
Troisièmement, les relations de long terme profitent aussi bien aux clients
qu’à la banque. Une entreprise ou un particulier, déjà en relation avec une
banque trouvera plus facilement à se financer à de faibles taux d’intérêt,
car la banque peut aisément évaluer si cet emprunteur potentiel présente
un bon risque de crédit, ce qui induit des coûts de surveillance plus faibles.
Quatrièmement, une relation banque-client à long terme présente l’autre
avantage pour la banque de composer avec les éventualités de risque mo-
ral, même non anticipé. Les clauses protectrices ne permettent pas toujours
d’écarter des activités risquées. Si l’emprunteur veut préserver sa relation de
long terme dans le but d’obtenir plus facilement des prêts à des conditions
avantageuses, il est incité à éviter ces activités risquées que désapprouve-
rait la banque, même si ces activités n’ont pas fait l’objet de restrictions
explicites dans le contrat de prêt.

2.2.5 Conventions de crédit


Une méthode efficace pour banques pour réduire les coûts de sélection et de
collecte d’information consiste à offrir des conventions de crédit, c’est-à-dire
des engagements de financement (loan commitments), à des clients profes-
sionnels. Une convention de crédit est la promesse d’une banque (pour une
durée future déterminée) de fournir à une entreprise des prêts dans une
limite spécifiée, à un taux fixé qui est lié aux taux d’intérêt du marché. La
plupart des prêts commerciaux et industriels sont assortis de cet arrange-
ment. L’avantage pour l’entreprise est qu’elle dispose d’une source de crédit
quand elle en a besoin. L’avantage pour la banque est qu’un engagement de
prêt induit une relation de long terme, ce qui facilite à son tour la collecte
d’information.

45
2.2.6 Collatéral et dépôt de garantie
Pour réduire le risque de crédit, les banques peuvent exiger de la part
des emprunteurs un collatéral. Le collatéral correspond aux actifs promis
au prêteur pour compenser la défaillance de l’emprunteur. Il attenue les
conséquences de l’anti-sélection, car il réduit les pertes du prêteur dans le
cas d’un incident de paiement sur le prêt. Si l’emprunteur fait défaut sur
un prêt, le prêteur peut vendre le collatéral et utiliser le produit de la vente
pour se rembourser des pertes subies.
Une forme particulière de collatéral requise lorsqu’une banque accorde un
prêt est le dépôt de garantie (compensating balance), une pratique très
courante aux USA, mais peu utilisé ou inconnue dans l’UE : une entreprise
qui reçoit des fonds doit conserver un montant minimal réglementaire de
ces fonds sur un compte-chèques à la banque.
Exemple : prêt de 10M => dépôt de garantie d’au moins 1M sur un compte-
chèques.
Outre son rôle de collatéral, le dépôt de garantie accroît la probabilité que le
prêt sera remboursé. De fait, le dépôt de garantie aide la banque à surveiller
l’emprunteur et réduit par conséquent le risque moral. En l’occurrence, la
banque peut observer les mouvements de trésorerie sur le compte-chèques
de l’emprunter, ce qui aide par exemple la banque à détecter des situations
de difficultés financières, ou d’activités inhabituelles sujettes au risque.

2.2.7 Rationnement du crédit


Une autre manière pour les institutions financières de gérer l’anti-sélection
et le risque moral réside dans le rationnement du crédit, qui consiste à
refuser d’accorder des prêts, même à des emprunteurs qui sont prêts à payer
un intérêt donné ou même plus élevé. Le rationnement du crédit prend
deux formes. La première correspond au refus du prêteur d’accorder un
prêt quel qu’en soit le montant à un emprunteur, même si celui-ci est prêt
à payer un intérêt plus élevé. Pourquoi la banque n’accorde t-elle pas des
crédits, même si l’emprunteur est disposé à payer un intérêt plus élevé ? La
réponse est que l’anti-sélection empêche cette solution. Les individus et les
entreprises aux projets les plus risqués sont exactement ceux qui souhaitent
payer des intérêts plus élevés. Imposer un taux d’intérêt plus élevé aggrave
le phénomène d’anti-sélection pour le prêteur ; c’est-à-dire qu’il accroît la
probabilité que le prêteur prête à de mauvais risques. Le prêteur préférera
donc ne pas accorder de prêts à des taux plus élevés, et refuser d’accorder
des prêts.
La seconde forme de rationnement de crédit se produit quand un prêteur est
disposé à accorder un crédit mais en le réduisant à un montant plus faible
que celui qui est souhaité par l’emprunteur. Cette forme de rationnement
préserve les institutions financières du risque moral : elles accordent des

46
prêts, mais pas des prêts aussi élevés que le désirerait l’emprunteur. Plus
le prêt sera important, plus l’emprunteur s’engagera dans des activités qui
diminueront sa probabilité de remboursement. Puisqu’un grand nombre
d’emprunteurs remboursent leurs prets si le montant prêté est faible, les
institutions financières rationnent le crédit en accordant des crédits de mon-
tants plus faibles que ceux désirés par les emprunteurs.

3 Le risque de taux d’intérêt


3.1 Eléments de d’appréciation
Le risque de taux d’intérêt trouve son origine dans la volatilité des taux
d’intérêt et le caractère aléatoire des revenus et rendements associés aux
variations de taux. Considérons le bilan de la banque A, qui se présente
comme suit :

Banque A
Actif Passif
Actifs sensibles aux taux d’intérêt 20 Dettes sensibles aux taux d’intérêt 50
Titres de court terme CD à taux variables
Prêts à taux variables et à Dépôts du marché monétaire
court terme
Actifs à taux fixe 80 Dettes à taux fixe 50
Reserves Comptes-chèques
Prêts à long terme Dépôts d’épargne
Titres de long terme CD de long terme
Fonds propres

A l’actif du bilan, 20M d’euros d’actifs sont sensibles aux taux d’intérêt,
pour des taux qui changent fréquemment (au moins une fois par an), et
80M d’euros d’actifs sont à taux fixes, c.à.d. qui demeurent inchangés sur
une longue période (sur un an). Au passif, la banque a 50M d’euros de
dettes sensibles aux taux d’intérêt, et 50M d’euros de dettes à taux fixes.
Supposons que les taux d’intérêt augmentent en moyenne de 5 points de
pourcentage, passant de 10% à 15%. Les revenus d’actifs augmentent d’1M
(=5%*20M d’euros d’actifs sensibles aux taux), tandis que les paiements
sur les dettes augmentent de 2,5M (=5%*50M d’euros sensibles aux taux).
Le profit de la banque A baisse donc de 1,5M d’euros (=1M-2,5M). Inverse-
ment, si les taux baissent de 5 points de pourcentage, par un raisonnement
symétrique, les profits de la banque A augmentent de 1,5M d’euros.
On peut donc tirer la conclusion suivante de cette illustration :
«Si une banque possède pus de dettes sensibles aux taux que d’actifs, une
hausse des taux d’intérêts réduit le profit de la banque, et une baisse des
taux augmente le profit bancaire.»
Question : Que se passe t-il si la banque possède plus d’actifs sensibles au
taux d’intérêts que les dettes ?

47
3.2 Instruments de gestion du risque de taux d’in-
térêt
Il existe deux outils de d’analyse des risques de taux d’intérêt : la mé-
thode des impasses et la méthode des durations, toutes deux permettant
de mesurer la sensibilité du profit aux variations de taux d’intérêt

3.2.1 Analyse d’impasse


Considérons que tous les actifs et les passifs à taux fixe ont la même ma-
turité. L’analyse d’impasse simple consiste à déterminer dans un premier
temps l’impasse ou le gap qui est calculé en faisant la différence entre le
montant des actifs sensibles aux taux et les dettes sensibles aux taux. Dans
l’exemple ci-dessus, l’impasse est de 20M-50M=30M. Ensuite, on multiplie
le gap par la variation du taux, ce qui permet d’obtenir immédiatement l’ef-
fet sur le profit bancaire. Par exemple, quand le taux d’intérêt augmentent
de 5 points de %, le profit varie de 5%*-30M=-1,5M d’euros, obtenu pré-
cédemment.
L’analyse d’impasse simple peut être améliorée de deux façons. Première-
ment, Il peut s’agir de considérer que tous les actifs et les passifs à taux fixe
n’ont pas la même maturité : c’est l’approche des impasses temporelles, qui
consiste à mesurer le gap pour diverses classes de maturité, appelés gaps
temporels, de manière à calculer les effets de variations de taux d’intérêt
sur une période pluriannuelle. Le second perfectionnement de l’analyse des
impasses simple, prend en compte différents degrés de sensibilités au taux
pour différents actifs et dettes sensibles aux taux : il s’agit de l’analyse
d’impasse standard.

3.2.2 Analyse des durations


La seconde méthode pour mesurer le risque de taux est l’analyse des dura-
tions, qui consiste à examiner la sensibilité des valeurs de marché du total
des actifs et passifs bancaires aux variations de taux d’intérêt. L’analyse de
duration se fonde sur le concept de duration (de Macaulay), qui mesure la
durée de vie moyenne des flux de paiement d’un titre. La duration s’avère
utile pour calculer une bonne approximation de la sensibilité de la valeur
de marché d’un titre à la variation de son taux d’intérêt :
Variation en % de valeur de marché du titre ∼ =
− (variation en points de % du taux d’inté rêt) ×
(duration en années)
L’analyse de la duration implique l’utilisation de la duration moyenne (pon-
dérée) des actifs et passifs d’une institution financière pour évaluer com-
ment sa valeur nette répond aux variations de taux d’intérêt.

48
Reprenons l’exemple de la banque A. supposons que la durée moyenne des
actifs (c.à.d. la durée de vie moyenne des flux de paiement) est de 3 ans,
et celle des dettes de 2 ans. De plus, la banque A possède 100M d’euros
d’actifs et 90M d’euros de dettes, ce qui fait que le capital de la banque
est de 10% des actifs. Avec une hausse de 5 points de % des taux d’intérêt,
la valeur de marché des actifs diminue de -5%*3ans=-15%, soit une baisse
de 15M d’euros sur les 100M d’actifs. Cependant, la valeur de marché des
dettes diminue de -5%*2ans= -10%, soit une baisse de 9M d’euros sur les
90M de dettes. Le résultat est que la valeur nette (la valeur de marché
des actifs moins celles des passifs) a diminué de 6M d’euros, soit 6% de la
valeur originelle des actifs.
De manière symétrique, une baisse de 5 points de % des taux d’intérêt
accroit la valeur nette de la banque A de 6% du total de la valeur des
actifs.

3.2.3 Stratégie de gestion du risque de taux d’intérêt


Considérons la situation de la banque A. Comment le gestionnaire gère t-il
le risque de taux d’intérêt ?
S’il est persuadé que les taux d’intérêt diminueront dans le futur, il peut
souhaiter ne rien faire car il sait que la banque possède davantage de dettes
sensibles aux taux que d’actifs. Il bénéficiera alors de cette baisse. Cepen-
dant, le gestionnaire peut penser la banque est sujette à un risque de taux
substantiel, car les taux d’intérêt au lieu de baisser, peuvent augmenter.
Pour éliminer le risque de taux, l’une des possibilités est de diminuer la
duration des actifs bancaires pour accroitre leur sensibilité. De même, il
pourrait allonger la duration des dettes. On voit ainsi que la banque pro-
cède à un ajustement des actifs et passifs bancaires. Mais il faut noter
qu’une élimination des risques par une modification du bilan peut être très
couteuse à court terme. En fonction de sa spécialisation, certains actifs et
passifs de la banque peuvent être figés sur une certaine duration. Modifier le
bilan peut s’avérer délicat dans un tel contexte. Une solution envisageable
face à une telle difficulté consiste pour la banque à recourir à des nouveaux
instruments financiers récents (les produits dérivés comme les contrats à
terme, les futures, les options 2 et les swaps 3 pour réduire son exposition
au risque de taux sans pour autant modifier son bilan.
2. Clause permettant à une partie de réaliser une opération donnée à une date future
aux conditions fixées à la date du contrat
3. Contrat d’échange de flux financiers entre institutions financières.

49
4 Gestion des activités hors-bilan
4.1 Notion d’activités hors-bilan
Le bilan ne reflète qu’une partie des activités bancaires et de ce fait n’offre
qu’une vision très partielle de l’activité bancaire. Il n’inclut que les crédits
accordés et les engagements contractés véritablement et de manière contin-
gente à la période présente. Face à l’intensification de la concurrence, les
banques développent de plus en plus des activités hors bilan qui ne corres-
pondent pas à cette définition. Le revenu de ces activités en % des actifs a
presque doublé depuis 1980.
Les opérations hors bilan recouvrent les engagements futurs ou virtuels de
la banque qui n’ont pas donné lieu à un flux de trésorerie ; mais affectent
le profit bancaire. Les activités hors-bilan incluent l’échange d’instruments
financiers et engendrent un revenu issu des commissions et des cessions de
prêts.

4.1.1 Cession de prêts


Une cession de prêt (loan sale) ; appelée aussi participation secondaire au
prêt est une opération qui consiste à vendre tout ou partie des cash-flow
d’un prêt spécifique, permettant ainsi à la banque de retirer le prêt de
son bilan. Ce sont des opérations intéressantes pour les banques car elles
peuvent réaliser des profits à partir de ces ventes de prêts pour un montant
légèrement supérieur au montant original du prêt. Ces ventes de prêts sont
également attractives pour les institutions financières car leurs taux d’in-
térêt sont élevés. Les acheteurs peuvent néanmoins de bénéficier d’un léger
accroissement de taux d’intérêt, même faible : généralement de l’ordre de
0,15 points de pourcentage.

4.1.2 Revenu de commissions


Un autre type d’activité hors-bilan concerne les activités qui permettent à
la banque de gagner des revenus à partir des commissions sur les services
spécialisés qu’elles fournissent à leurs clients. Il s’agit des opérations en
devises, l’émission de titres adossés à des prêts hypothécaires, la garantie
de titres de dettes (une banque promet de payer les intérêts et le principal
en cas de défaillance de l’émetteur des titres) et l’ouverture des lignes de
crédit de substitution. Une importante ligne de crédit est la convention
de crédit ou l’engagement de financement, grâce auquel, pour une certaine
commission, la banque accepte d’accorder un crédit à la demande du client,
jusqu’à un certain montant, et pour une période donnée. Ces lignes de crédit
peuvent également prendre la forme d’une autorisation de découvert.

50
4.2 Risques liés aux activités hors-bilan
Les activités hors-bilan accroissent le risque auquel la banque doit faire face.
La garantie d’un titre expose la banque au risque de défaut : si l’émetteur
du titre fait défaut, la banque doit faire face et rembourser les porteurs du
titre.
Les lignes de crédit conditionnelles exposent aussi la banque au risque car
celle-ci peut être forcée d’accorder des prêts alors même qu’elle n’a pas
suffisamment de liquidités ou que l’emprunteur porte un très mauvais risque
de crédit.

4.3 Gestion des activités hors-bilan


Comme souligné dans la section traitant de la gestion du risque de taux,
les banques sont amenés à échanger des contrats financiers à terme, des op-
tions sur instruments de dette et des swaps de taux d’intérêt. Les banques
peuvent également effectuer des transactions sur le marché des changes.
Bien que le désir des banques est de réduire le risque ou de faciliter l’ex-
ploitation bancaire, elles essaient aussi de déjouer les intentions du marché,
et s’engagent dans des activités spéculatives. Or cette spéculation peut être
très risquée, et a déjà conduit à des faillites bancaires (cas de la banque
britannique Barings en 1995).
Les activités de marché, bien que hautement profitables, sont dangereuses
car elles donnent lieu plus facilement à des paris importants. Un problème
spécifique à la gestion de ces activités de marché réside dans le fait que la
relation d’agence y est particulièrement dangereuse. Ce problème d’agence
apparaît entre le trader (l’agent) et l’institution financière (le principal).
En réalité, l’agent cherche à maximiser son utilité personnelle (gagner un
salaire et des primes plus elevés), ce qui peut le conduire à prendre des
risques excessifs. Mais en casde pertes souvent importantes, l’institution
financière (le principal) doit les couvrir. 4
Pour réduire le problème d’agence principal/agent, les banques doivent
mettre en place des contrôles internes. Ce type de contrôle comprend la
séparation complète des personnes chargées des activités de marché (desk)
de celles chargées de la tenue des comptes (exécution et enregistrement

4. Le monde de finance connaît quelques traders fous multimillionnaires : (i) Nick Lee-
son a fait perdre près de 1.3 milliards en 1995 à la filiale de la Barings à Singapour (ii)
Toshihide Iguchi a fait perdre en 1995 1,1 milliards à la filiale de Daiwa suite à son contrôle
des opérations sur oblogations et du back-office pendant onze ans. (iii) En 1996, au Japon,
Yasuo Hamanaka a battu les records de Leeson et Iguchi, avec une perte de 2,6 milliards de
sa maison de courtage Sumitomo Corporation (iv) John Rusnak a fait perdre une somme
relativement plus faible (691 milions) à la Allied Irish Banks, sur la période 1997-2002 ;
(iv) La médaille d’or des traders fous revient à Jérôme Kerviel, spécialiste des futures sur
indices d’actions, qui a fait perdre 6,4 milliards à la Société Générale.

51
post-marché) sur ces mêmes activités (middle et back office). Par ailleurs,
les gestionnaires doivent imposer des limites sur le montant total des tran-
sactions effectuées par les courtiers et sur l’exposition au risque de ces
institutions.
Les banques doivent aussi examiner les procédures d’évaluation des risques,
en utilisant les technologies informatiques les plus récentes. L’une de ces
méthodes consiste en l’approche des risques potentiels de perte (value-at-
risk). Selon cette approche, l’institution développe un modèle statistique
avec lequel elle calcule la perte maximale que son portefeuille est susceptible
de subir sur un intervalle de temps donné : c’est la valeur du risque ou
VaR. Exemple : une banque peut estimer que la perte maximale qu’elle est
susceptible de subir sur une journée avec une probabilité de 1% est de 1
million d’euros ; ce chiffre est la value-at-risk de la banque.
Une autre approche concerne celle des tests de stress. Selon cette approche,
le gestionnaire calcule les pertes que l’établissement peut subir si une combi-
naison d’événements défavorables se produit. Il peut notamment interroger
les modèles sur ce qui se passerait au cours d’une journée particulièrement
funeste.

52
Chapitre 4
Analyse économique de la
régulation bancaire

«La réglementation relève du privilège souverain de l’Etat ; la régulation, c’est,


dans un champ donné, un considérable pouvoir d’investigation, d’interprétation
et d’appréciation dévolu à des personnes indépendantes du pouvoir politique et
du milieu sur lequel elles exercent leur contrôle» Cohen Eli, Problèmes écono-
miques n2680

Introduction
L’objet de ce chapitre est de comprendre, d’une part, pourquoi il est néces-
saire de réguler les banques. Et d’autre part, d’examiner les principales ré-
glementations en vigueur qui définissent les champs d’actions des banques.
Par régulation bancaire, on entend est un ensemble de règles, d’incitations
et de pratiques des autorités publiques qui vise à instaurer et à maintenir
la stabilité financière.
Un système bancaire et financier est stable s’il est capable d’absorber les
chocs sans apparition de processus cumulatifs de nature à entraver l’alloca-
tion des fonds aux projets d’investissement, ou le paiement des transitons
dans l’économie.
La régulation financière a trois composantes interdépendantes :
1. la politique de supervision microprudentielle qui vise à mainte-
nir en toutes circonstances les établissements de crédit sûrs, sains, sol-
vables et solides, à garantir des conditions concurrentielles équitables à
tous les acteurs de l’industrie financière et à assurer la protection des
consommateurs des services financiers.
2. la politique de supervision macroprudentielle qui vise à edifier
une architecture cohérente et efficace des institutions et des réglemen-
tations, exempte d’anti-sélection, de risque moral et d’incitations néga-
tives.

53
3. la fonction de prêteur en dernier ressort, qui se situe à l’interface
de la politique macroprudentielle et de la politique monetaire, exercée
en cas de crise systémique par la Banque Centrale (et l’Etat) apparaît
comme le renfort ultime du filet de sécurité.

1 Les fondements la régulation bancaire


1.1 La thèse de «free banking»
D’après cette thèse, dont l’un des défenseurs est Hayek à travers notam-
ment son ouvrage « La dénationalisation de la monnaie, 1978» les banques
ne devraient pas être réglementées et devraient opérer en toute liberté, et
émettre chacune leur propre monnaie privée. Elles devraient opérer sur
un marché concurrentiel où la monnaie est un bien comme un autre, qui
ne devrait pas échapper de ce point de vue à des règles de la concur-
rence. Les banques devraient opérer en toute liberté, en émettant chacune
leur monnaie privée et en les mettant en concurrence les unes contre les
autres. («L’économie de marché pourrait mieux développer ses potentialités
si le monopole gouvernemental sur la monnaie était aboli», Hayek). Cette
concurrence permettrait de sélectionner les monnaies d’après leur stabilité
et leur capacité à préserver le pouvoir d’achat, leur acceptabilité, la qualité
de gestion de l’entité émettrice et leur efficacité comme moyen de paiement.

1.1.1 Critiques du free banking

1.2 Arguments favorables à la réglementation ban-


caire
Contrairement à la thèse du free banking, les banques font l’objet d’une ré-
glementation importante. Loin de considérer la monnaie crée par la banque
comme un bien privé pour les banques, au contraire, elle est un bien public
ou collectif en raison de ses conséquences dans l’économie. L’existence de la
réglementation bancaire est ainsi fondée sur deux principes fondamentaux :
l’existence d’externalités et l’asymétrie d’information.

1.2.1 Externalités positives et rôle des banques


Les externalités désignent «[. . . ] toute situation où les activités d’un (ou de
plusieurs) agent(s) économique(s) ont des conséquences sur le bien-être (au
sens large) d’autres agents, snas qu’il y ait des échanges ou des transactions
entre eux. Si les conséquences sont bénéfiques, ont que l’externalité est
positive ; elle est négative dans le cas contraire. (cf. Scialom, 2004, Economie
bancaire).

54
Le rôle de la réglementation, sous l’angle des externalités, est donc d’en-
courager les externalités positives et de contenir celles qui sont négatives.
En ce qui concerne les externalités positives, les banques jouent indéniable-
ment un rôle de premier plan dans le financement de l’économie. En servant
d’intermédiaire entre les agents économiques à capacité de financement et
les agents à besoin de financement, les banques contribuent à la réduction
des coûts de transaction et permettent d’assurer une expansion des activi-
tés économiques. Elles créent aussi de la monnaie scripturale qui a vocation
à circuler dans l’ensemble d’un pays. Par ailleurs, les banques n’évoluent
pas dans un environnement «isolé» : Elles font partie d’un système ban-
caire constitué d’un entrelacs de liens interbancaires (notamment sur le
marché interbancaire et dans les systèmes de paiements interbancaires).
Les banques sont utiles les unes pour les autres.
Il apparaît ici que les banques présentent des externalités positives impor-
tantes pour l’économie. Cependant, elles génèrent également des externali-
tés négatives.

1.2.2 Externalités négatives et crises systémiques


Par ailleurs, comme nous l’avons vu les banques développent des activités
et stratégies très particulières qui sont sources de risques dont les consé-
quences peuvent être considérables. Une banque qui fait faillite, fait perdre
à ses clients toutes leurs épargnes, ce qui peut entraîner des conséquences
néfastes au niveau de l’ensemble de l’économie.
Par ailleurs on doit souligner l’interdépendance des banques. Une banque
dont les moyens de paiement sont défectueux, provoquerait un ralentisse-
ment des activités économiques de toute une économie. Ou pire encore,
une banque qui fait faillite est susceptible de provoquer un effet domino :
la défaillance d’une banque peut contaminer l’ensemble du système ban-
caire. Dans cette perspective, l’objectif de la réglementation est d’endiguer
la propagation d’effets systémiques dans l’ensemble du système.

1.3 les asymétries d’informations et réglementa-


tion bancaires
Les asymétries d’informations constituent le deuxième fondement de la ré-
glementation bancaire.
Les asymétries d’informations désignent des situations de partage inéqui-
tables du savoir, par exemple, entre un prêteur et un emprunteur. Les em-
prunteurs possèdent par définition une information privée et exacte sur
leur propre risque de défaillance, que les préteurs sont dans l’incapacité de
connaître avec précision (Dominique Schabert, 2007).
La théorie financière insiste sur le rôle des asymétries d’informations dans

55
le financement de l’économie. Ces problèmes peuvent concerner aussi bien
les agents emprunteurs (les entreprises qui sont à la recherche des fonds)
que les préteurs (banques). Dans la relation banque/clientèle, les asymé-
tries s’exercent dans les deux sens. L’emprunteur, qui détient un avantage
d’information sur le prêteur, peut chercher à l’exploiter en sa faveur en
adoptant un comportement opportuniste. Par ailleurs, une fois la relation
nouée, la banque est parfois dans l’incapacité de savoir si son client se
comporte conformément à ses attentes. A l’inverse, un client déposant est
incapable de connaitre avec précision le degré de sécurité des fonds déposés
auprès de sa banque, dont les performances en termes de gestion ou de
solvabilité sont, en partie, inconnues.
L’objectif de la réglementation dans ce contexte est de limiter le plus pos-
sible les défauts d’information. Ainsi, la réglementation vise à protéger à
la fois les banques et les déposants.

2 Principes fondamentaux de régulation


bancaire
2.1 Le filet de sécurité public
La mise en place d’un filet de sécurité public vise à prévenir les paniques
bancaires et éviter l’effondrement de tout le système bancaire et financier.
La perte de confiance des déposants dans leurs banques peut entrainer
des ruées bancaires qui se traduisent par des retraits massifs de dépôts. Ce
phénomène n’affecte pas que les banques insolvables mais peut, par un effet
de contagion, atteindre aussi les banques solvables.
Un filet de sécurité protégeant les déposants peut prévenir les retraits mas-
sifs ainsi que les paniques bancaires, tout en permettant de surmonter la
réticence des déposants à confier leur argent au système bancaire.
Aujourd’hui la plupart des pays sont dotés de filets de sécurité publics très
comparables les uns aux autres. Par tradition, le cas des Etats-Unis est
considéré comme la référence, bien que le dispositif souffre de faiblesses sur
de nombreux points. Lesquels ?
En effet, aux USA, en 1934 a été créée la FDIC (Federal Deposit Insurance
Corporation). Cette institution fournit un filet de sécurité sous forme d’as-
surance des dépôts garantissant un remboursement aux déposants, quoiqu’il
arrive à la banque concernée.
Entre 1930-33, année précédent directement la création de la FDIC, le
nombre de faillite bancaires aux USA, avoisinait, en moyenne, 2000 banques
par an. Après la création de la FDIC, ce nombre est tombé à 15 banques
par an jusqu’en 1981.
La FDIC utilise deux types de méthodes pour gérer le défaut de paiement

56
d’une banque : la méthode d’indemnisation (payoff method) et la mé-
thode d’adossement (purchase and assumption method).
En ce qui concerne la méthode d’indemnisation, la FDIC met la banque en
faillite et rembourse les dépôts dans la limité fixée de 100000 dollars 1 , à
l’aide des fonds issus de la prime d’assurance payée par les banques ayant
souscrit l’assurance de la FDIC. Après la liquidation de la banque, la FDIC
paye les autres créanciers de la banque et se dédommage par la vente des
actifs restants.
La méthode d’adossement consiste à réorganiser la banque, principalement
en trouvant un partenaire repreneur prêt à assumer tous les engagements de
cette dernière, de telle manière que les déposants récupèrent intégralement
leurs dépôts. La FDIC peut venir en aide au repreneur en lui accordant
des prêts subventionnés ou en rachetant les plus mauvaises créances de
l’établissement défaillant. Cette méthode assure une garantie intégrale de
tous les dépôts, y compris ceux dépassant 100000 dollars.
L’assurance dépôt n’est pas le seul instrument dont dispose les autorités
pour protéger les déposants. Dans d’autres pays que les Etats-Unis, même
en l’absence de système explicite d’assurance des dépôts, des gouvernements
sont souvent venus en aide aux banques confrontées à des retraits massifs
des dépôts. La Banque Centrale peut également jouer son rôle de prêteur
en dernier ressort (PDR). Dans d’autres pays, on a pu observer la mise
sous tutelle par le Trésor (donner exemple), la nationalisation pour une
durée plus ou moins longue.

2.2 Limitation des risques et les exigences en fonds


propres
Les réglementations bancaires limitant la détention d’actifs risqués et im-
posant des exigences en fonds propres ont pour objet de réduire la prise
de risques par les banques coûteux pour les contribuables. Dans la mesure
où les actifs risqués sont censés être plus rémunérateurs, les banques sont
davantage incitées à les détenir. Or en cas de défaut, la banque peut faire
faillite et les déposants peuvent perdre leurs dépôts. Mais les déposants ne
disposent pas d’informations suffisantes qui leur permettent de surveiller
en temps réels une prise de risques excessifs de leur banque.
Plusieurs instruments sont utilisés par les régulateurs :
1. limitation de participations dans les entreprises, notamment sous forme
de détention d’actions ou de parts de sociétés)
2. encouragement de la diversification des risques : limitation des prêts
accordés à des catégories particulières d’agents.
1. Ceux qui ont des dépôts supérieurs à 100000 dollars peuvent retrouver jusqu’à 90%
de leur argent.

57
L’obligation faite aux banques de détenir un minimum de fonds propres
constitue une autre façon d’inciter les banques à prendre moins de risques.
Lorsqu’une banque est contrainte de détenir un montant importants des
fonds propres, elle a plus à perdre si elle fait défaut ; ce qui l’incite à s’engage
dans des activités moins risqués.
Les exigences en fonds propres peuvent se baser sur un ratio simple (ratio de
levier financier (leverage ratio)) : le coefficient minimum de capital- le
montant des fonds propres rapportés au total des actifs de la banque. Pour
être adéquatement capitalisée, une banque doit afficher un ratio supérieur à
5%. Un ratio inférieur, tombant en dessous de 3%, entraîne des restrictions
réglementaires de la banque concernée.

2.3 Evaluation du contrôle interne des risques


Traditionnellement, les inspections sur place mettent l’accent sur la qualité
du bilan de la banque à une date précise et vérifient si les règlements relatifs
au capital minimum, à son adéquation aux risques et à la détention d’actifs
sont respectés.
Cette méthode présente de nos jours ses limites face aux innovations finan-
cières et aux nouveaux instruments que développent les banques. En fait,
un contrôle focalisé uniquement sur la position d’une banque à une date
donnée ne permet pas de déceler si celle-ci s’apprête à prendre des risques
excessifs dans un avenir proche.
Les contrôleurs mettent désormais bien plus l’accent sur l’évaluation de
la rigueur des procédures de contrôle interne des risques qu’utilisent les
banques. Les contrôleurs attribuent une note globale aux banques. Cette
évaluation s’établit sur la base de six critères, résumés par l’acronyme CA-
MELS : adéquation du capital, qualité des actifs, du management, niveau
des revenus (earnings), de la liquidité, et enfin, sensibilité au risque de
marché.

2.4 La réglementaire bancaire internationale


2.4.1 Le comité de Bâle
Les faillites bancaires auxquelles s’ajoutent la détention d’actifs risqués et le
développement des activités hors-bilan ont suscité beaucoup d’inquiétudes
de la part des régulateurs mondiaux et américains. Une concertation a été
alors mise en œuvre entre les régulateurs bancaires des économies indus-
trialisées au sein du comité de Bâle sur le contrôle bancaire. Ce comité de
Bâle a été en 1974 par le comité des gouverneurs des Banques Centrales des
pays du G10 sous les auspices de la Banque des règlements internationaux,
à Bâle en Suisse. Il est composé des autorités de surveillance bancaires des

58
pays du G10 2 , d’Espagne et du Luxembourg.
Sa principale fonction consiste à établir les règles internationales en matière
de supervision bancaire. Son mandat est double : (i) renforcer la sécurité
des systèmes bancaires, (ii) et promouvoir une égalisation des conditions
de concurrence entre les grandes banques internationales.
L’accord de Bale a introduit, à partir de 1988, un deuxième type d’exigence
en capital, avec la définition d’un coefficient de fonds propres ajustés des
risques (le ratio de Cooke). Le ratio de Cooke ne s’applique dans les pays
qui ont accepté cette recommandation (plus de 100 pays). En général, son
application est limitée aux seules banques qui ont une activité internatio-
nale significative. Il est notamment recommandé aux banques de détenir
en capital l’équivalent d’au moins 8% de leurs actifs pondérés par des co-
efficients de risque 3 :
Fonds propres / Risques pondérés > 8%

Le principe est simple : pour cent euros de crédit accordé par une banque,
une charge réglementaire en fonds propres d’au moins huit euros est requise.
Cette charge est pondérée par la nature des emprunteurs. La pondération
attachée aux engagements bancaires sous forme de crédit dépend de la
nature de la contrepartie :

Table 4.1 – Pondération et risques


Entreprises 100%
Banques 20% banques de l’OCDE
100% Banques hors OCDE
Pays 0% Etats de l’OCDE
100% Autres
Collectivités locales 20% Collectivités locales de l’OCDE
100% Autres

Illustration
Si une banque prête 100 euros à une banque d’un pays de l’OCDE, la charge
réglementaire en fonds propres est de 100×0, 20 × 0, 08 = 1, 60.
— Si elle prête 100 euros à une entreprise privée, la charge en fonds
propres est de 100 × 1 × 0, 08 = 8.
— Si elle prête 100 euros à un Etat de l’OCDE, la charge est nulle.
2. France, Belgique, Canada, Italie, Japon, Allemagne, Pays-Bas, Suisse, Suède,
Royaume-Uni et les États-Unis).
3. La défi nition des fonds propres éligibles constitutifs du numérateur était large,
puisqu’elle incluait non seulement le capital et les réserves formant les fonds propres de
base (« Tier one ») mais aussi des éléments de dettes subordonnées constituant les fonds
propres complémentaires (« Tier two »)

59
Encadré 4.1 : Le caiptal réglémentaire et le capital économique
Les Fonds propres réglementaires sont définis par les régulateurs bancaires. Ils
comprennent :
— les fonds propres de base (« Tier one »), constitués principalement du
capital social et des réserves ;
— les fonds propres complémentaires, constitués principalement d’une
quote-part des plus values latentes, des emprunts subordonnés à durée
indéterminée (« upper Tier two ») et à durée déterminée(« lower Tier
two ») ;
— les fonds propres surcomplémentaires (« Tier three ») constitués princi-
palement des emprunts subordonnés et destinés à couvrir exclusivement
les risques de marché.
Le capital économique est le montant en fonds propres économiques que l’éta-
blissement estime nécessaire pour couvrir ses risques, exprimé en valeur absolue
ou en pourcentage. Les Fonds propres économiques : fonds propres défi nis par
chaque établissement. En général, ils sont composés du capital social et des
réserves et peuvent être élargis, selon les établissements, à des fonds d’une
moindre qualité.
Source : Muriel TIESSET et Philippe TROUSSARD (2005)“Capital réglementaire et capital économique“,
Banque de France, Revue de la stabilité fi nancière N7 Novembre 2005

2.4.2 Le Comité de Bâle 2


Le ratio de Cooke, dans sa formule d’origine, a montré un certain nombre
d’insuffisances.
Premièrement, seuls les risques de crédit sont couverts. Or, on observe un
développement des activités des banques sur le marché des capitaux et le marché
des dérivés. Ainsi, afin de tenir compte de ce redéploiement, cette insuffisance
du ratio de Cooke a été corrigée dès 1996 : le périmètre des risques est élargi
aux risques de marchés. Il s’agit de la réglementation sur les risques de marché,
dénommée réglementation d’adéquation des fonds propres, qui vient compléter le
ratio de solvabilité, centré sur le seul risque de crédit.
Par ailleurs, il s’agit de prendre en compte le risque opérationnel, qui est un
risque important pour les banques qui sont les plus gros utilisateurs de l’informa-
tique.
Enfin, le ratio de Cooke reposait sur une base quantitative et sommaire des
risques aux effets contestables. La pondération à 0% des Etats créait une incitation
à prêter au secteur public au détriment du secteur privé, porteur de projets d’inves-
tissement de moteur de croissance. En réalité, le ratio Cooke incitait les banques à
financer les déficits publics plus que l’entreprise. La pondération à 100% des prêts
aux entreprises du secteur industriel et commercial créait un autre biais. C’est dire
donc pour tous les engagements auprès du secteur privé, une même charge en capi-
tal était requise. La conséquence est que les banques sont incitées à privilégier les
opérations risquées offrant le rendement le plus élevé. Les banques étaient incitées
à adopter ce qu’il convient d’appeler stratégie de maximisation du « taux de ren-

60
dement réglementaire 4 », c’est-à-dire maximiser le rendement tout en respectant
la réglementation en vigueur.
A partir de Janvier 2007, le ratio de Mc Donough (Bâle 2) a remplacé le ratio
Cooke. Ce ratio s’insère dans le cadre des de réformes sur le contrôle bancaire
envisagées dans le cadre du comité de Bale II. La réforme repose sur trois piliers.

Pilier 1 : Exigences minimales en fonds propres


Ce pilier développe et renforce les règles adoptées dans le ratio Cooke. Tout en
maintenant les exigences en fonds propres au moins à 8% des actifs pondérés en
fonction des risques, il s’agit d’améliorer le calcul des actifs pondérés en fonction
des risques. Les principales innovations portent sur :
1. l’intégration du risque opérationnel comme nouvelle catégorie de risque dans
l’inventaire des actifs pondérés en fonction des risques.
2. La refonte du mode d’estimation des risques. Les banques, suivant leur maturité
et la maitrise de leur système d’évaluation et de gestion de risque, peuvent
choisir entre la méthode standardisée, où un tiers évalue le risque et la méthode
de notation fondée sur une notation interne (après approbation des organes de
contrôle).
Dans la méthode standardisée, les banques doivent appliquer des coefficients
de pondération du risque qui sont prédéterminées (fournis «clés en main») selon
le type de contrepartie (entreprises, emprunteur souverains, autres banques). Elles
peuvent s’appuyer sur des notations fournies par exemple par les agences de rating.
Plus les notes sont basses, plus le niveau de fonds propres s’élève. Ainsi, la norme
de FP de 8% pour le risque crédit peut atteindre 12% pour une cote de crédit
médiocre. En revanche, pour les crédits accordés aux entreprises dont la cote de
crédit est excellente, le coefficient est plus faible et la norme tombe de 8% à 1,6%.

4. Gain espéré rapporté au cout réglementaire en fonds propres.

61
Exemple de calcul du capital minimum d’après les données retenues par la
directive 2006/48/CE de l’union européenne.

Table 4.2 – Grille de notation de Standard and poor’s


Notations standard and Poor’s
AAA/AA A+/A- BBB+/BBB- BB+/B- Inférieur Sans
à B- nota-
tion
Etat 0 20 50 100 150 100
Banques 20 50 50 100 150 50
Entreprises 20 50 100 150 100
Particulier 75

Supposons qu’une banque accorde un prêt de 1Million à une entreprise notée


A (pondération du risque à 50%) la banque doit couvrir ce prêt avec un capital
propre de 40 0000 euros (8% de 500000 euros pondérés du risque. Si la note de
la société emprunteuse est inférieure à B-, le crédit doit être pondéré à 150% et
couvert à hauteur de 120000 euros. Si l’entreprise n’est pas noté, ce qui le cas
des PME, la banque doit appliquer une pondération de 100% et constituer une
couverture de 80000 euros.

Pilier 2 : Processus d’examen et de validation par les autorités de


surveillance
Les organes de contrôle doivent examiner la qualité des modèles internes utilisés
par les banques pour estimer leur besoins en fonds propres. En particulier, ils
doivent s’assurer que les fonds propres alloués correspondent au profil de risque
global des banques.

Pilier 3 : Discipline de marché


L’objectif visé ici est de renforcer la discipline de marché par une améliora-
tion des informations communiquées par les banques (reporting) : informations
détaillées sur les entités qui contrôlent les groupes bancaires, montant des di-
videndes, composition du capital, participations minoritaires, ventilations géogra-
phiques et sectorielles. . . La multiplication de ces informations est un moyen, pour
les autorités de contrôle et pour les actionnaires, de mieux exercer leur fonction de
monitoring.

2.4.3 Le Comité de Bâle 3


Bâle 3 fait suite à Bâle 2. Elle vient renforcer le bilan des banques par la mise
en place de nouvelles règles visant à prévenir toute crise du secteur bancaire d’une
crise telle que connue depuis 2008. Quatre mesures principales sont mises en avant :

62
1. Renforcement des fonds propres Cette mesure s’inscrit dans la logique
qu’il existe des fonds propres de meilleure qualité que d’autres dans leur capa-
cité d’absorption des pertes. Il s’agit donc d’améliorer la qualité du « noyau
dur » des capitaux des banques, le « Core tier 1 ». Les activités les plus risquées
verraient ainsi leurs fonds propres alloués sensiblement renforcés.
2. Adaptation des liquidités
Le Comité de Bâle propose la mise en place de deux ratios de liquidité :
— le « liquidity coverage ratio », ratio court terme, qui exigerait des banques
internationales de détenir un stock d’actifs sans risque facilement négo-
ciables, afin de résister pendant 30 jours à une crise
— le « net stable funding ratio », ratio long terme, qui lui vise le même objectif
mais sur un an.
3. Création de « coussins contracycliques »
Constitués de résultats mis en réserve en haut de cycle, ils seraient utilisés en
cas de crise et aussitôt reconstitués en cas de période faste.
4. Modification du ratio d’effet de levier

3 La réglementation bancaire dans l’Union


Européen
3.1 Les directives de coordination au sein de l’UE
La Commission européenne et le Conseil des ministres des Etats membres de
l’UE ont défini dès les années 1970 une politique bancaire et financière inédite
pour promouvoir l’intégration et la stabilité financière. Cette politique consiste
à combiner une réglementation microprudentielle européenne harmonisée
des établissements, d’une part, et une supervision macroprudentielle par
les autorités de contrôle nationales d’autre part. Ce dispositif conduit aussi
à séparer la politique monétaire (qui est placée sous l’autorité de la Banque
Centrale Européenne) et la politique bancaire et financière. L’article 105 du
Traité européen attribue au Système européen de la banque centrale (SEBC)
l’objectif de « maintenir la stabilité des prix».
Sur le plan de la supervision macroprudentielle, le rôle du SEBC, est seulement
(article 105.5) de «contribuer à la bonne conduite des politiques menées par les
autorités compétentes en ce qui concerne le contrôle prudentiel des établisse-
ments de crédit et la stabilité du système financier». La politique bancaire, au
sens large, a donc été confiée aux banques centrales et aux autorités de contrôle
nationales, et la BCE n’a été investie, en principe, que d’un rôle consultatif
(article 25 du protocole sur les statuts du SEBC et de la BCE.
En matière bancaire, le marché unique entré en vigueur en 1993, instaure quatre
principes d’organisation :

63
Une réglementation prudentielle européenne harmonisée : elle résulte de la
transposition dans le droit national de chaque Etat membre de l’EEE d’un vaste
programme législatif sur les services financiers : contrôle bancaire, surveillance
du secteur des assurances et des institutions de retraite, valeurs mobilières et
fonds d’investissement, surveillance intersectorielle, paiements, compensations,
règlements-livraisons des transactions, règles comptables, droit des sociétés,
intégrité du marché et fiscalité.
Une reconnaissance mutuelle des réglementations nationales non harmonisées :
le principe de reconnaissance mutuelle a donné naissance au passeport euro-
péen. Toute institution de crédit, entreprise d’investissement ou prestataire de
services financiers reçoit une licence délivrée par les autorités chargées de la
supervision dans son pays d’origine, conforme aux dispositions prudentielles
obligatoires des directives bancaires de la CEE, mais qui peuvent comporter
des dispositions particulières propres au pays considéré. La licence européenne
donne droit aux institutions financières de s’implanter dans les pays de l’UE
et d’y mener leurs activités sans qu’elles aient à solliciter une nouvelle licence
dans le pays d’accueil.
Une supervision et un contrôle exercés par les autorités du pays d’origine : Cette
disposition, qui est un corolaire du passeport européen, implique que les pays
d’origine ou pays d’attache supervise et contrôle les succursales d’une banque
implantée à l’étranger. En revanche, les filiales 5 d’une banque à l’étranger sont
contrôlées et surveillées par les autorités du pays d’accueil.
Une coopération entre les autorités nationales de supervision et de contrôle :
Cette coopération est indispensable pour gérer les difficultés des établissements
dont les conséquences peuvent se propager dans les pays voisins.

3.2 La réglementation bancaire en France


Le dirigisme financier instauré dans les années 1940, efficace dans l’organisa-
tion des modes de financement de l’activité en période de rationnement puis
de reconstruction, montra ses limites face à la concurrence et l’intégration in-
ternationales.
L’harmonisation européenne de la réglementation bancaire, à partir de 1977, et
l’ouverture du marché unique en 1993, imposèrent une mutation des systèmes
bancaires et financiers nationaux. Le système bancaire et financier français a
dû reformer son système de régulation, afin de s’adapter à la banalisation des
5. Une succursale est une entreprise directement rattachée à une autre société. A la
différence de la filiale, la succursale n’a pas une personnalité morale distincte de sa “maison-
mère”. C’est une simple structure décentralisée. Par exemple, contrairement à une filiale,
la maison mère et la succursale ont une comptabilité commune, établissent la même liasse
fiscale, Une filiale est considérée comme une entreprise indépendante. Une filiale est la
propriété de l’entreprise mère et est gérée par celle-ci ; elle a ses propres actions, son propre
conseil d’administration, son attestation de non objection et sa réglementation intérieure.

64
statuts des établissements, à la concurrence, à la recherche de l’efficience et
de la rentabilité, au rétablissement du lien entre les banques et les marchés
financiers internationaux et à la nécessité pressante de se consolider.
Depuis 1984, le secteur bancaire a connu un mouvement intense de restructura-
tion et de modernisation intense. Plusieurs lois bancaires ont ainsi été votées :
loi bancaire du 24 Janvier 1984 6 banque universelle de façon concurrentielle.
Ils sont en conséquence assujettis aux mêmes obligations relatives au contrôle
prudentiel (RO, capital minimum, assurance dépôt, etc.) relative à l’activité et
au contrôle des établissements de crédit, la loi du 15 Août 2003.
La plupart des mécanismes prudentiels et de contrôles sont appliqués dans
le cadre des dispositifs internationaux (Comité de Bâle) et des directives de
l’Union européennes (Marché unique des services financiers) dont le but ultime
est d’assurer la stabilité bancaire et financière.
Le Comité des Etablissements de Crédit et des entreprises d’inves-
tissement (CECEI) est l’autorité administrative indépendante de l’Etat sinon
de la Banque de France, chargée de «veiller au bon fonctionnement du système
bancaire» (art. L511-10 du code monétaire et financier) 7 . L’article L 511-10
énonce que le Comité apprécie « l’aptitude de l’entreprise requérante à réali-
ser ses objectifs de développement dans des conditions compatibles avec le bon
fonctionnement du système bancaire et qui assurent à la clientèle une sécurité
suffisante». Il apparaît donc que le CECEI reçût donc les attributions d’un
régulateur général de la stabilité financière. Il est chargé de délivrer les agré-
ments et de procéder aux retraits d’agréments des établissements de crédit.
Les compétences du CECEI furent étendues par la loi du 15 Août 2003 sur
la sécurité financière à la supervision des entreprises d’assurance, de façon à
mieux appréhender le développement continu de la bancassurance.
La commission bancaire a pour fonction d’exercer la surveillance et le
contrôle de la conformité des comportements des établissements à la régle-
mentation prudentielle. Elle est également dotée d’un pouvoir juridictionnel
partagé avec l’autorité judiciaire. Elle est présidée par le gouverneur de la
Banque de France ; c’est une autorité administrative non doté de la personna-
lité juridique (comme le CECEI). Ses six membres sont nommés par le ministre
des Finances.
Un organisme important est l’Autorité des Marchés Financiers (AMF)
dont la mission est de superviser l’industrie du titre et les marchés financiers.
Selon l’article L621-1 de la loi de 1984 modifié par la loi n2003-706 du 1er Août
2003, «l”Autorité des marchés financiers, autorité publique indépendante dotée
de la personnalité morale, veille à la protection de l’épargne investie dans les
instruments financiers et tous autres placements donnant lieu à appel public
6. Avec la loi de 1984, tous les établissement de crédit furent décloisonnés et autorisés
à développer une activité de
7. Disponible sur le site ../customXml/item1.xmlwww.minefi.gouv.fr/minefi/ministère/index.htm.

65
à l’épargne, à l’information des investisseurs et au bon fonctionnement des
marchés d’instruments financiers. Elle apporte son concours à la régulation de
ces marchés aux échelons européen et international.»
L’Autorité de Contrôle Prudentiel (ACP),créée par l’ordonnance du 21 janvier
2010 est née de la fusion de la Commission bancaire, de l’Autorité de Contrôle
des Assurances et des Mutuelles (ACAM) et Comité des établissements de
crédit et des entreprises d’investissement (CECEI). Elle est une autorité admi-
nistrative indépendante adossée à la Banque de France, et est chargée de :
— Contribuer à la préservation de la stabilité financière
— Veiller à la protection des clients et des assurésl’agrément et de la sur-
veillance des établissements bancaires et d’assurance dans l’intérêt de leurs
clientèles et de la préservation de la stabilité du système financier.

4 Limites et conséquences de la réglemen-


tation bancaire
4.1 Les limites de la régulation bancaire
Le filet de sécurité est un couteau à double tranchant. L’inconvénient ma-
jeur d’un tel dispositif découle du risque moral, c’est-à-dire de l’incitation
d’une partie engagée dans le contrat à entreprendre des activités préju-
diciables à l’autre partie. Le risque moral est présent aussi du côté des
déposants que des banques. Du côté des déposants, l’existence d’un dis-
positif de filet de sécurité fait que les déposants ne sanctionnent plus leur
banque en retirant massivement leurs dépôts lorsqu’ils la suspectent d’avoir
pris trop de risques. Du côté des banques, le bénéfice d’un dispositif de filet
de sécurité, les incite davantage à prendre plus de risque.
Par ailleurs le filet de sécurité peut souffrir d’un autre problème : l’anti-
sélection. Les agents les plus à même de provoquer la faillite bancaire sont
ceux également qui désirent le plus tirer avantage de l’assurance. Dans la
mesure où les déposants sont protégés par le filet de sécurité public, ils ont
moins de raison de contrôler leur banque, et les entrepreneurs qui ont le
gout du risque trouvent beaucoup d’attrait à l’industrie bancaire, car ils
savent qu’ils peuvent d’y engager dans des activités très exposées. Dans la
pire des situations, sans intervention de l’Etat et sans surveillance par les
déposants, les escrocs trouvent aussi attrayante l’industrie bancaire pour
leurs activités puisqu’il est leur plus facile de frauder et de détourner des
fonds.

66
4.2 Les conséquences de la réglementation ban-
caire
D’après les promoteurs du dispositif prudentiel, on peut espérer des consé-
quences positives en Europe. Sur le plan macroéconomique, il peut en résul-
ter une augmentation du PÏB de l’UE de 0,07% 8 . Au niveau des institutions
de crédit, le dispositif conduira à une diminution des exigences de capital de
l’ordre de 5%, qui se traduira par une augmentation annuelle de leurs pro-
fits de 10 à 12 milliards. On notera également que ce dispositif n’entraînera
d’inconvénients particuliers pour les petites institutions de crédit, et n’af-
fectera pas la compétitivité pour l’ensemble des établissements financiers
européens. Après quelques années d’application, qu’en est-il réellement ?

4.3 Performance des assurances dépôts


Les systèmes publics d’assurance dépôt se sont développés à travers le
monde à la suite de la prise de conscience de l’importance des problèmes
bancaires provoquée par le nombre croissant de crises bancaires. Dans les
années 1960, le nombre de pays adoptant une assurance dépôt était d’en-
viron 70. En 2005, 87 Etats avaient mis en place une assurance dépôt. Ce
développement des systèmes d’assurance dépôt est-il souhaitable ? A-t-il
contribué à l’amélioration des systèmes financiers et à la prévention des
crises bancaires ?
La réponse semble être négative dans la plupart des cas. Des recherches
ménées par la Banque Mondiale 9 montrent :
— l’adoption d’un système public d’assurance explicite des dépôts s’ac-
compagne d’une moindre stabilité bancaire et d’une plus forte incidence
des crises bancaires
— le système public d’assurance explicite des dépôts peut retarder le déve-
loppement financier des pays, avec des effets négatifs plus prononcé dans
les pays où l’environnement institutionnel est faible : absence d’Etat
de droit, réglementation et supervision du secteur financier inefficaces,
forte corruption.
Un environnement institutionnel fort est donc nécessaire pour empêcher les
banques à prendre des risques excessifs. or, dans les économies émergentes,
il est difficile de mettre en place un tel cadre institutionnel. Il en résulte donc
que l’adoption d’une assurance dépôt dans ces pays pourrait être contre-
productive du point de vue de la stabilité et de l’efficience des systèmes
bancaires.

8. Cf. l’étude suivante à lire “Study on the financial and macroeconomic consequences
of the draft proposed new capital requirements for banks and investment firms in the EU”,
disponible sur le site l’UE“
9. Finance for Growth : Policy choices in a volatile world, 2001

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Conclusion du chapitre 4

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