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exorbitants (les fameux «rulings») avec les autorités


luxembourgeoises, ce qui leur permettait de payer un
Pour la justice européenne, un lanceur
montant d’impôt ridicule sur leurs bénéfices.
d’alerte peut être condamné
PAR MICHEL DELÉAN
ARTICLE PUBLIÉ LE JEUDI 13 MAI 2021

La CEDH confirme la condamnation de Raphaël


Halet, un ancien salarié de PriceWaterhouseCoopers
au Luxembourg qui avait contribué à révéler le
scandale «LuxLeaks».
Raphaël Halet en mars 2021 à Metz. © Jean-Christophe Verhaegen/AFP
Après que PriceWaterhouseCoopers eut porté plainte
au Luxembourg, les lanceurs d’alerte Antoine Deltour
et Raphaël Halet avaient été condamnés à des peines de
prison avec sursis en première instance en juin 2016,
le journaliste Édouard Perrin ayant été relaxé.
Raphaël Halet en mars 2021 à Metz. © Jean-Christophe Verhaegen/AFP En appel, en mars 2017, Antoine Deltour avait encore
C’est un bien curieux signal que la Cour européenne écopé d’une peine de prison avec sursis, Raphaël Halet
des droits de l’homme (CEDH) vient d’adresser aux n’ayant pour sa part été condamné qu’à une amende de
lanceurs d’alerte. Dans un arrêt rendu le 11mai, la 1000euros ainsi qu’à 1euro de dommages et intérêts.
juridiction suprême dit qu’on peut être condamné Enfin, en janvier 2018, la Cour de cassation
en justice pour avoir rendu publics des documents luxembourgeoise a invalidé la condamnation
d’intérêt général tout en étant reconnu comme lanceur d’Antoine Deltour, mais a confirmé celle de Raphaël
d’alerte. Halet, tout en reconnaissant aux deux hommes le statut
En l’espèce, la CEDH a confirmé la condamnation de lanceurs d’alerte.
à une amende de 1000€ de Raphaël Halet, l’un La décision de la CEDH, qui devrait faire
des deux anciens salariés (avec Antoine Deltour) du jurisprudence (même s’il ne s’agit que d’un arrêt de
géant du conseil PriceWaterhouseCoopers (PWC) au chambre encore susceptible de recours, et pas d’un
Luxembourg qui avaient contribué à donner naissance arrêt de la Grande Chambre), était très attendue. Or
au retentissant scandale «LuxLeaks». dans son arrêt (on peut le lire ici), adopté à cinq voix
Avec l’aide du journaliste de «Cash Investigation» contre deux, la juridiction suprême a estimé que les
Édouard Perrin, Raphaël Halet avait révélé les décisions rendues dans cette affaire avaient ménagé
avantages fiscaux considérables accordés par le un juste équilibre entre la nécessité de préserver les
Luxembourg aux entreprises désireuses de s’installer droits de l’employeur et celle de préserver la liberté
sur son territoire. Des centaines de documents d’expression du lanceur d’alerte.
accréditant aux yeux du monde ce dont certains se Ainsi, bien que le statut de lanceur d’alerte lui
doutaient depuis des années: Apple, Amazon, Ikea, soit reconnu, Raphaël Halet voit sa condamnation
McDonald’s ou BNP Paribas bénéficiaient d’accords confirmée. À vouloir ménager la chèvre et le chou, la
décision rendue par les juges européens risque d’être
ressentie comme contradictoire.
Pour la CEDH, comme pour la Cour d’appel, les
documents révélés par Raphaël Halet n’avaient pas
un intérêt suffisant pour qu’il puisse être acquitté.

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Le caractère désintéressé de son geste explique la Pour la CEDH, les trois critères qualificatifs –
faiblesse de l’amende, qui n’est pas dissuasive pour sa «information essentielle, nouvelle et inconnue» – ont
liberté d’expression ni pour celle des autres salariés, été respectés par la Cour d’appel. En conclusion, «les
juge la Cour européenne. divulgations du requérant ne présentaient pas un
La CEDH reconnaît, comme la Cour d’appel, que «les intérêt suffisant pour pondérer le dommage qu’elle
révélations présentaient un intérêt général» et admet avait reconnu dans le chef dePWC».
qu’elles pouvaient «interpeller et scandaliser». Mais En estimant, avec cet arrêt, que le Luxembourg n’a
elle conclut que «les divulgations du requérant pas enfreint la liberté d’expression de Raphaël Halet,
présentaient un intérêt inférieur au dommage subi par la CEDH adopte une notion assez restrictive du droit
PWC, après avoir estimé qu’elles avaient une faible d’alerte. Il s’agit d’une «mauvaise nouvelle pour la
pertinence». Elle estime que «les documents n’avaient liberté d’expression et la liberté d’informer», a réagi
pas apporté d’information essentielle, nouvelle et la Maison des Lanceurs d’Alerte (MLA).
inconnue jusqu’alors».

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