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Commentaire de l’article 6 du

Pacte international relatif aux droits civils et politiques

Il s’agit de l’article 6 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Ce texte a été adopté à New
York le 16 décembre 1966 par l'Assemblée générale des Nations unies, et est entré en vigueur le 23 mars 1976.
Il est complété par deux protocoles : le 1er datant de la même date et instituant un mécanisme d’examen des
plaintes émanant des particuliers. Quant au 2ème pacte facultatif, il date du 15 décembre 1989 et interdit la peine
de mort.

Ce pacte international traite exclusivement les droits et libertés classiques qui protègent les particuliers contre
les ingérences de l’État, dont le droit à la vie, objet du présent article. Il convient alors de se demander en quoi
consiste donc le droit à la vie ?

Au sens étroit, le droit à la vie signifie le droit de protection de la vie humaine contre toute atteinte à l'intégrité
corporelle de la part d'une autre personne. Néanmoins, Sur le plan juridique, ce droit recouvre un vaste champ
de questions et de connaissances. Il ne cesse d'évoluer. L'enjeu est donc de définir ce droit, si complexe et dont
chacun dispose. Il s'agit de mettre en avant les problèmes qu'il pose et ce qu'il permet.

Cette analyse se développera en deux temps. Premièrement il sera question de définir le droit à la vie dans son
sens le plus large pour ensuite s’intéresser à la peine capitale, comme étant une exception à ce droit.

I- Le droit à la vie, un droit protecteur et protégé :

Le droit à la vie fait partie des droits irréductibles, dits droits fondamentaux inhérents à la personne humaine
qui doivent impérativement être protégés par l'Etat. Ainsi, il incombe à ce dernier l'obligation de prendre des
mesures positives et négatives en vue de rendre effectif ledit droit aux individus et de le préserver.

1- Le droit à la vie, un droit protégé par la loi :

Conformément au 1er alinéa du présent article, le droit à la vie, de par sa nature, est lié intrinsèquement
à l’être humain. Il s’agit d’un droit inné dont chaque personne dispose dès sa naissance. Il est universellement
reconnu pour tous les êtres humains. D’ailleurs, nombreux sont les textes internationaux qui proclament le droit
à la vie dont les deux plus connus sont la Déclaration universelle des droits de l’Homme, dans son Article 3 : «
tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne », et le Pacte international relatif aux droits
civils et politiques dans son Article 6, objet de notre analyse.

En ratifiant la Convention internationale relative aux droits de l’enfant, adoptée en 1989 par l’Assemblée
générale des Nations Unies, les Etats parties se sont engagés à assumer et exécuter les obligations qui en
découlent. Ainsi, conformément à l’Article 4 de cette convention, le législateur accorde à l’enfant le droit
« d’avoir ses droits », dont le tout premier : le droit à la vie.

Ce droit fondamental gouverne tous les autres droits existants. Ils en découlent naturellement. Ainsi, le droit à la
vie se doit d’être protégé par la loi afin d’éviter toute action relevant de l’arbitraire. Il faut qu’il soit prévu par la
loi. Il s’agit de la garantie légale du droit à la vie au niveau des Etats parties.

Le droit à la vie est protégé sur les territoires nationaux par l’application des conventions internationales au sein
des juridictions étatiques mais également au sein même du droit positif de l’Etat. Cette garantie légale se trouve
dans la Constitution, aux niveaux des lois et de l’ensemble des règles juridiques applicables et effectivement
appliquées dans un Etat donné. L’Article 20 de la Constitution marocaine dispose : « Le droit à la vie est le
droit premier de tout être humain. La loi protège ce droit ».
Il est à noter également que l’article 4 du même Pacte prévoit des dérogations aux droits de l’Homme sous
quelques circonstances dites exceptionnelles. Le droit à la vie ressort comme étant à la tête des droits non
dérogeables aux côtés du droit à la protection contre la torture, l’esclavage ou toutes pratiques analogues, etc.

Or que cette garantie légale à elle seule n’est guère suffisante. Les Etats parties sont tenus de prendre des
mesures en vue de garantir la préservation de ce droit.

2- Interdiction de la privation arbitraire du droit à la vie :

Dans son sens large, le droit à la vie couvre un ensemble de droits qui en découlent. Ainsi, en vertu des
différents textes législatifs et réglementaires traitant de ce droit, les Etats sont tenus de respecter un certain
nombre d’obligations en vue de le préserver. L’enjeu étant la protection du droit à la vie et ses différentes
déclinaisons dans son sens large, contre toute atteinte à travers l’ensemble des obligations positives et négatives
qui incombent aux Etats. Nul ne peut être arbitrairement privé de sa vie.

Dans un premier temps, l’Etat se doit de garantir à ses citoyens et à toute personne qui se trouve sur son
territoire (même celles en situation irrégulière) le droit à la Santé. Le droit à la santé étant étroitement lié au
droit à la vie. Une personne en mauvaise santé ne pourra pas profiter pleinement de sa vie. Ceci implique l’accès
aux soins, aux services de la santé, au moins en termes de santé primaire et surtout en cas de situation d’urgence.
Ce droit revêt une importance vitale.

L’Etat se doit également de mettre en place tous les moyens, y compris sécuritaires, en vue de lutter contre la
délinquance, en particulier la délinquance juvénile. D’ailleurs les dernières évolutions des législations sur le
plan international accordent de plus en plus de droits aux enfants, dont le tout premier : le droit à la vie.

De surcroit, l’Etat est soumis à une obligation de diligence. La violence constituant une atteinte grave aux droits
fondamentaux de la personne, dont le droit à la vie, est inacceptable. La prévention et la lutte contre toute forme
de violence constituent une priorité de l’action de tout Etat. Ainsi, les agents de l’Etat, à titre d’exemple, sont
tenus de respecter les obligations de recours à la force en faisant application du principe de la proportionnalité. Il
est question d’assurer une certaine adéquation entre les moyens utilisés et le but recherché. De ce fait,
l’utilisation disproportionnée de la force publique (ex : Le recours à la force en vue de disperser une
manifestation pacifique) constitue inéluctablement un acte relevant de l’arbitraire, contraire aux dispositions de
la loi. Ceci concerne de la même manière les différents acteurs privés.

Dans le domaine des activités industrielles, à titre d’exemple, les entreprises doivent adopter des mesures
d’ordre pratique propres à assurer la protection effective des individus dont la vie risque d’être exposée aux
dangers inhérents au domaine en cause. Les entreprises, responsables de la pollution atmosphérique et de la
pollution des cours d'eau, ayant violé leurs devoirs de vigilance, mettent en péril la vie des populations
avoisinantes. L’Etat se doit d’agir en imposant des mesures coercitives à leur encontre. Dans le même ordre
d’idées, le travail des enfants, dans le cadre d’entreprises privées, sous des conditions indécentes voire
inhumaines et attentatoires à leurs droits, dont le droit à la santé principalement, relève de la privation arbitraire
de leur droit à la vie, dans son acception large.

Ainsi, compte tenu de cette dimension large que revêt le droit à la vie, l’Etat est tenu de mettre en place un cadre
réglementaire, et de prendre préventivement des mesures d’ordre pratique. L’objectif étant de protéger par la loi
le droit à la vie et l’interdiction de toute privation arbitraire de ce dernier. Il convient alors de se demander, s’il
existe des exceptions à ce droit tant protégé ?
II- La peine de mort, une exception du droit à la vie :

1- Le cadre juridique contraignant du recours légal à la peine capitale :

La peine de mort est l'une des premières sanctions pénales. C’est la sanction ordonnant la suppression
de la vie d’un condamné. Elle est infligée à une personne reconnue coupable d’un crime passible de cette peine.
Le 2ème alinéa, du présent article, précise les gardes fous, dont les Etats n’ayant toujours pas aboli la peine
capitale, doivent absolument s’entourer. D’ailleurs, le recours à la négation au niveau de la 1 ère phrase du même
alinéa, « Dans les pays où la peine de mort n'a pas été abolie » fait office d’un appel à l’abolition de cette peine
par les Etats rétentionnistes.

Premièrement, la peine capitale ne peut être prononcée, par les Etats non abolitionnistes, que pour les crimes les
plus graves, reconnus ainsi par la législation en vigueur au moment de la commission du crime. Ceci renvoie à
deux principes légalistes fondamentaux : Le principe de la légalité des peines en matière pénale ainsi que le
principe de non rétroactivité des lois pénales plus sévères. De surcroît, ladite législation ne doit guère être en
contradiction, ni avec les dispositions du présent Pacte ni avec celles de la Convention pour la prévention et la
répression du crime de génocide. Ainsi, les Etats parties sont tenus de mettre à jour leurs législations nationales
respectives avec les dispositions des traités internationaux en la matière. De facto, l’incrimination de certains
comportements fondée sur une interprétation discriminatoire ou autre peut potentiellement constituer une
violation au pacte international.

En outre, ce 2ème alinéa de l’article 6 du PIDCP, dispose que la sentence de la peine capitale doit
impérieusement être rendue par un tribunal compétant en vertu d’un jugement définitif pour être appliquée. On
entend par jugement définitif, un jugement rendu en dernier ressort après l’épuisement de l’ensemble des voies
de recours dont la personne condamnée peut se prévaloir pour un procès équitable, comme le traite
explicitement l’article 14 du même pacte. La personne condamnée a le droit, entre autres, à l’appel, à
l’assistance juridique, etc. Un jugement expéditif n’est nullement acceptable. Ce jugement doit être rendu par
une juridiction impartiale, prévue par la loi au sein de l’organisation judiciaire du pays et compétente pour
statuer sur l’infraction en question. Ainsi, selon le comité des droits de l’Homme, les tribunaux coutumiers à
titre d’exemple, ne peuvent en aucun cas prononcer la peine capitale. Ils ne disposent aucunement de cette
compétence. Le but étant d’éviter tout simulacre de procès.

Le 3ème alinéa de cet article a mis en relation la peine de mort et les actes de génocide. Le génocide se définit
comme étant un crime consistant en l'élimination physique intentionnelle, totale ou partielle, d'un groupe
national, ethnique ou religieux. Il s’agit d’une privation arbitraire du droit à la vie. Ainsi, les Etats parties au
présent Pacte, ne peuvent, en invoquant les dispositions du présent article, déroger aux obligations assumées en
vertu de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, en cas de privation de la vie
constituant le crime de génocide. L’Etat assumera pleinement les responsabilités qui lui incomberont à cet effet.

A côté du droit à un procès équitable, les personnes condamnées à la peine capitale jouissent du droit à la
sollicitation de la grâce ou de la commutation de la peine. L’amnistie peut également être octroyée. Ces droits,
listés explicitement au niveau du 4ème alinéa, doivent être accordés à toute personne, sans aucune différence ou
discrimination. Nul ne peut en être exclu.

Dans son 5ème alinéa, l’article précise certaines catégories exclues de la condamnation à mort. Cette sentence ne
peut guère être exécutée contre les femmes enceintes. De surcroit, elle ne peut pas être prononcée contre des
personnes ayant moins de 18 ans lors de la commission du crime passible de cette peine. Or que pour ce dernier
cas, l’absence de preuves justifiant l’âge de l’auteur du crime lors de la consommation de l’infraction peut
contraindre le recours à cette disposition. Dans ce cas, le condamné a le droit au bénéfice du doute.
2- Vers une abolition totale de la peine de mort :

L’article attire constamment l’attention des Etats non abolitionnistes que seule la commission de crimes
graves peut justifier le recours à cette sentence. Il met la lumière sur l’ensemble des droits dont peut et doit
justifier tout condamné à la peine capitale, sans aucune discrimination. Il précise également les catégories qui
sont exclues de cette sentence capitale. Les dispositions légales encadrant la peine capitale et justifiant le recours
à cette sentence, cachent entre leurs lignes, de par leur formulation, un appel à l’abolition de la peine de mort par
les Etats dits rétentionnistes.

D’ailleurs le dernier alinéa du présent article confirme et soutient la tendance mondiale vers l’abolition. En
indiquant qu’aucun Etat ne peut invoquer ce Pacte en vue de retarder ou empêcher l’abolition de la peine de
mort, cet alinéa appelle les Etats, non abolitionnistes, à procéder à la réduction des infractions passibles de la
peine capitale dans un premier temps vers une abolition totale de la peine capitale de jure.

Plus des deux tiers des États dans le monde ont aboli, en droit ou en pratique, la peine de mort. Elle demeure
tout de même appliquée dans un ensemble d’États et territoires dans le monde. Au Maroc, la peine de mort a
toujours existé. Le Code Pénal marocain la prévoit pour un ensemble de crimes présentant une extrême gravité.
Un moratoire de fait est cependant observé, puisque la dernière exécution date de 1993. Si le royaume n’exécute
plus depuis 1993, l’abolition n’est pas pour autant à l’ordre du jour. De nombreuses voix s’élèvent en faveur de
son abolition. Le Maroc passera-t-il de l’abolition de facto vers l’abolition de jure ?

Nom et prénom : NACIRI Oumayma


Numéro d’apogée : 18013464