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Chapitre 8 > DÉFINITIONS ET DISTINCTIONS CONCEPTUELLES

Le Langage
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Langage, langue, parole, discours


« Langage » est couramment employé pour tout code, tout échange d'information, depuis le chant des oiseaux
jusqu'à la symbolique des fleurs, en passant par l'informatique ou la lecture des émotions sur le visage. Mais au
sens strict, le langage est la faculté innée à échanger des signes, à en acquérir l'usage ou à en inventer, et à les
associer dans des expressions ayant tout type de référence (choses, émotions, concepts, signes eux-mêmes,
etc.) ; en cela, le langage humain a plus de fonctions qu'une simple communication signalant des faits ou des
sentiments.
La langue est un système de signes propre à un groupe humain (le français, le chinois, etc.) ; une langue
forme un tout, elle est, dit Saussure, un système de différences, les mots se définissant les uns par les autres et
les uns par rapport aux autres.
Quant à la parole, c'est toujours l'usage de la langue que fait un individu singulier, usage oral, ou écrit sous
son nom, ayant une intonation ou un style, et créant une solidarité morale entre l'individu et ce qu'il dit (on peut
ainsi « donner sa parole »).
En grec, le terme « logos » unifie le langage avec la raison, et plus largement tout ce qui fait l'enchaînement d'un
discours.

Dialecte, argot, jargon


Un dialecte est une forme locale d'une langue, ou une forme populaire par opposition à une langue savante. Un
argot est un lexique propre à des groupes, permettant de ne pas être compris par le reste de la société ; un
jargon produit le même effet sur la base d'un vocabulaire spécialisé (médical, juridique…). L'existence de formes
communes ou distinctives du langage joue un rôle clé dans les identités collectives (nations, classes sociales,
mouvements de mode…)

Signe, indice, icône, symbole


Un signe est une chose concrète qui signifie autre chose (de concret ou d'abstrait). Un des fondateurs de la
sémiotique, Charles S. Peirce (1839-1914) distingue trois types de signes. C'est un indice, s'il est réellement lié
à ce qu'il signifie : la fumée est indice du feu, un cri indice de la douleur. C'est une icône, s'il ressemble à ce qu'il
représente : un piéton sur un panneau de signalisation, une émoticône souriante. Enfin, un symbole serait
associé à quelque chose par une convention arbitraire : que le noir soit couleur du deuil, que + soit l'addition, que
« jour » désigne le jour. Saussure, lui, réserve le nom de signe à l'union entre un signifiant et un signifié (↘
texte 5) et parle de « symbole » dans le cas où la convention est motivée par un rapport analogique ou
métonymique : ainsi la balance est symbole de la justice. En grec, le symbolon est un morceau de poterie qui a
été cassé en deux pour servir de signe de reconnaissance, ce qui contient à la fois l'idée d'une convention et
d'une ressemblance. En pratique, « symbole » peut prendre tous les sens du mot « signe », à l'exception de celui
d'indice ; cela explique que l'on parle comme Benveniste de fonction symbolique pour dire que l' être humain est
assez intelligent pour prendre une chose comme signe d'autre chose.

Sens, référence
Distinction formulée en 1892 par Gottlob Frege (1845-1925). La référence (ou dénotation) est la réalité à
laquelle une expression renvoie. Par exemple, « l'étoile du matin », « l'étoile du soir », « l'astre portant le nom de
la déesse de l'Amour » sont trois expressions ayant la même référence (la planète Vénus), mais elles n'ont pas le
même sens : le sens est le moyen, le chemin mental, la suite d'opérations, par lequel la pensée accède à la
référence.

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